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14 avril 2020 2 14 /04 /avril /2020 04:20

Duperies, mensonges et conspirations en tout genre à la Cour de France.

Alexandre DUMAS : La Reine Margot.

Le dix-huit août 1572 aurait pu être une date marquante de l’histoire de France si elle n’eut été éclipsée par une autre beaucoup plus tragique. En effet le Louvre en effervescence célébrait le mariage entre Marguerite de Valois, fille de Catherine de Médicis, et d’Henri de Bourbon, roi de Navarre, fils de Jeanne d’Albret. Cette union devait sceller celle des Catholiques et des Huguenots.

La nuit de noce, au lieu d’honorer sa jeune épouse, Henri de Navarre va rejoindre sa maîtresse, Charlotte de Sauve, femme d’atours de la reine mère, Catherine de Médicis. Quant à Marguerite, dite Margot, elle reçoit dans sa chambre le Duc de Guise, son amant auquel elle a sauvé la vie et qui lui rend quelques lettres et lui signifie leur rupture.

Entre Marguerite nouvellement reine de Navarre et Henri son époux, s’il n’y a pas eu consommation du mariage, il existe toutefois un respect réciproque qui ne tardera pas à se muer en complicité sous les assauts venimeux de la reine mère et des trois frères de Margot. Principalement Charles IX, le duc d’Anjou futur Henri III et le jeune duc d’Alençon.

 

Charles IX est un jeune roi violent, emporté, difficilement canalisable, et subordonné à sa mère qui œuvre en coulisse. Hypocrite, il affirme que l’amiral de Coligny est son père, spirituel évidemment, mais dans le même temps il agit pour le désigner comme cible à quelques sbires chargés de l’abattre dans une rue à l’aide d’arbalètes. C’est le 24 août 1572, de sinistre mémoire. Le début de la Saint-Barthélemy au cours de laquelle les Catholiques, des Chrétiens parait-il, se chargent de passer de vie à trépas les Huguenots qui résident dans la capitale. Un véritable carnage qui amène Henri de Navarre à abjurer sa religion. Au grand dam de bon nombre de ses fidèles. Mais il faut se montrer diplomate.

 

Pendant ce temps, deux hommes entrent dans Paris, chargés d’une mission. L’un, le comte Joseph Hyacinthe Lerac de la Mole, un Provençal, est chargé de remettre une missive à Henri de Navarre, tandis que l’autre le comte Annibal de Coconnas dit le Piémontais, est porteur d’un message pour le duc de Guise. Ils arrivent ensemble rue de l’Arbre-sec, non loin du Louvre, et repèrent une auberge qui leur semble fort accueillante, A la Belle-Etoile. Ils sympathisent, remplissent leur mission et s’installent malgré leur manque de laquais, ce qui déplait à La Hurière, l’hôtelier.

Seulement Coconnas est catholique et La Mole huguenot et lors des événements du 24 août 1572, ils se regardent en chien de faïence, en venant aux armes. Blessés tous deux ils seront pris en charge par un personnage qu’il n’est pas de bon ton de fréquenter. Nonobstant, ayant appris la profession mortifère de cet inconnu, qui ne le restera pas longtemps, Coconnas lui serre la main. Geste dont l’homme, touché et ému, se souviendra plus tard.

Duels, guet-apens, empoignades, méfiance, empoisonnements, duperies, mensonges, duplicité, hypocrisie, complots, retournements de situation, autant de faits d’arme et d’épisodes sanglants qui imprègnent ce roman, sans oublier intrigues politiques, familiales et amoureuses. Catherine de Médicis œuvre pour que le roi de Navarre soit éliminé de la course du trône, au cas où il serait amené à régner. Car Henri, duc d’Anjou est officiellement roi de Pologne et se doit donc à son nouveau royaume. Et la santé de Charles IX laisse à désirer. Et mentalement, il n’est guère fiable. Alors elle a recours aux bons services de Rémi Florentin, parfumeur, alchimiste et occasionnellement fabricant de poisons en tous genres mais mortels.

Complots, alliances et mésalliances, se tissent comme des toiles d’araignées dans les cabinets secrets et les couloirs labyrinthiques du Louvre. Des passages secrets qui favorisent les amours adultérines entre la reine Margot et La Mole, ou Henriette de Nevers, l’amie de Margot et Coconnas.

 

Ce roman est le premier d’une trilogie, les deux autres étant La dame de Monsoreau et Les Quarante-cinq, romans qui se lisent indépendamment les uns des autres. Certains personnages disparaissent, d’autres continueront leur chemin et leurs méfaits.

Alexandre Dumas, et son complice non crédité Auguste Maquet, nous offrent leur vision de la France lors des guerres de religion et plus particulièrement du massacre de la Saint-Barthélemy. Et apportent un éclairage saisissant sur la mort de Charles IX, officiellement décédé d’une pleurésie, constat effectué par Ambroise Paré.

Au milieu des épisodes sanglants d’égorgements, d’étrippements, de massacres, surnagent des scènes d’amitiés et d’amour. En effet entre La Mole et Coconnas s’établit une amitié plus forte qu’une fraternité, parfois au détriment de leurs amours avec la reine Margot et Henriette de Nevers. des amours contrariées par les manigances royales, plus particulièrement de la part de Catherine de Médicis, tandis que le futur Henri IV entretient avec sa femme une complicité qui n’est pas amoureuse mais sincère.

Un livre qui se lit avec plaisir et malgré le nombre de pages, à la police de caractère réduite, on ne voit pas le temps passer.

Roman d’action et d’amour, ce roman a été adapté en film par Patrice Chéreau en 1994 avec Isabelle Adjani.

Alexandre DUMAS : La Reine Margot. Bibliothèque Marabout Géant N°138. Editions Gérard. Parution 1962. 504 pages.

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 05:50

Pierre Pével s’immisce entre Alexandre Dumas et Anne McCaffrey.

Pierre PEVEL : Les lames du Cardinal.

Surveillé par Petit-ami, son animal favori qui n’est autre qu’un dragonnet, Armand du Plessis, plus connu sous l’appellation de Cardinal de Richelieu travaille, rédigeant des notes, écrivant des lettres, préparant ses réunions ministérielles, et autres occupations qui accaparent tout son temps et plus particulièrement ses nuits.

Il reçoit en son cabinet particulier le capitaine de La Fargue, un militaire qui depuis cinq ans est retiré de la vie militaire. Depuis l’affaire de La Rochelle dont il garde un mauvais souvenir. Mais en ce printemps de 1633, Richelieu lui demande de reformer les Lames du Cardinal, une petite compagnie d’aventuriers sans peur et sans reproche (presque) qui avait été dissoute sur ses ordres. Du moins ce qu’il en reste.

Le cardinal confie à La Fargue une mission, retrouver un chevalier espagnol, à l’instigation de l'ambassadeur d'Espagne, ce qui permettrait de mener à bien des négociations entre les deux pays qui entretiennent une tension digne de la guerre froide, mais ce qu’il ne dit pas, c’est que cette tâche en cache une autre. Aussitôt les anciens membres de cette sorte de confrérie qu’est Les Lames du Cardinal reforment leur petit groupe. Se retrouvent la baronne Agnès de Vaudreuil et six autres aventuriers dont Saint-Lucq, un sang-mêlé, fruit des amours d’un Drac avec une humaine. Certains d’entre eux sont toujours en exercice comme Antoine Leprat, chevalier d’Orgueil, qui est mousquetaire du Roi, ou encore Arnaud de Laincourt qui lui est enseigne aux gardes du Cardinal. Tous personnages atypiques, fringants cavaliers ou vétérans handicapés.

Tout ce petit monde se retrouve avec plus ou moins de bonheur et de plaisir, l’affaire de La Rochelle restant en travers des gorges, mais la promesse d’une prime conséquente efface en partie les tensions et les réticences.

Une société secrète, La Griffe noire, composée de dragons (l’animal), dont les desseins sont de déstabiliser le royaume français au profit de la cour d’Espagne, et qui possèdent la particularité de prendre apparence humaine, œuvre dans l’ombre.

Mais comme partout et de tout temps, des personnages jouent un double-jeu et les trahisons risquent de mettre à mal la mission des Lames du Cardinal.

Guet-apens, chevauchées épiques, duels, combats féroces avec pour protagonistes les dracs qui sont réfugiés dans un château médiéval, des malandrins issus de la Cour des miracles, de vrais faux handicapés, et des personnages puissants qui fomentent des trahisons, des imposteurs ou des voyageurs ayant empruntés de fausses identités, tout ceci nous entraîne dans un roman de cape et d’épée à la sauce Fantasy, roman qu’Alexandre Dumas n’aurait pas renié. D’ailleurs, subrepticement le nom d’Athos est évoqué, ainsi que celui de Rochefort ou encore l’âme damnée du Cardinal, le père Joseph.

Roman de fureur et de complots, Les Lames du Cardinal nous plonge dans un univers historique dont les personnages réels côtoient les protagonistes fictifs.

Mais comme tout bon roman d’aventures, se glisse une histoire d’amour dans cette intrigue. Mais chut, je ne vous ai rien dit.

Ce premier volet d’une trilogie est mené non point tambour battant mais comme un cheval au galop à la recherche d’aventures périlleuses, et il donne l’envie de prolonger la lecture par les deux autres tomes qui constituent une fantasy historique proche de l’uchronie.

 

Des critiques et chroniqueurs qui veulent faire court en marquant les esprits, n’hésitent pas à déclarer de façon lapidaire : A lire de toute urgence. Ce qui est loin de prouver qu’ils ont jeté un œil, à défaut des deux, sur un livre et donc ne l’ont pas lu.

Une façon que je qualifierais de désinvolte vis-à-vis des lecteurs, et de l’éditeur dont ils se contentent de signaler la parution à peu de frais et de travail. Mais que l’éditeur recense ce genre d’article dans « La presse en parle et est enthousiaste », cela n’engage pas les chroniqueurs sérieux à se démener pour rédiger leurs notules.

 

Réédition L’intégrale. Contient : Les lames du Cardinal ; L’alchimiste des Ombres ; Le Dragon des Arcanes. Editions Bragelonne. Parution le 12 juin 2019. 768 pages. 10,00€.

Réédition L’intégrale. Contient : Les lames du Cardinal ; L’alchimiste des Ombres ; Le Dragon des Arcanes. Editions Bragelonne. Parution le 12 juin 2019. 768 pages. 10,00€.

Pierre PEVEL : Les lames du Cardinal. Première édition Bragelonne. Parution septembre 2007. 304 pages.

Nombreuses rééditions chez Bragelonne et Folio SF.

Réédition L’intégrale. Contient : Les lames du Cardinal ; L’alchimiste des Ombres ; Le Dragon des Arcanes. Editions Bragelonne. Parution le 12 juin 2019. 768 pages. 10,00€.

ISBN : 979-1028109097

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 04:11

Dans le ghetto de Lisbonne…

Jean-Marie PALACH : La bataille de Mocambo.

En cette fin du mois de juin 1712, le Pombal, le navire au bord duquel s’est embarqué Loïc dit Sabre d’or, est en vue de Lisbonne. Le jeune marin espère rejoindre sa promise, Amalia, la fille de l’amiral Azevedo, qui fêtera ses seize ans le 31 juillet. Il espère surtout arriver avant le mariage, arrangé, de celle qu’il aime avec un noble Anglais, Thomas Howard, duc de Norfolk et neveu d’Anne, reine de Grande-Bretagne et d’Irlande, et faire capoter cette union.

Il a voyagé comme marin, prétendant se nommer Rodrigo et être natif de Faro, d’une mère portugaise dont le grand-père était Hollandais. Il lui faut bien justifier ce nom lusitanien avec ses cheveux blonds et ses yeux verts. Grâce à son ami Antonio, il pourrait trouver un logement chez le maître d’équipage auquel il a sauvé la vie, mais il préfère se rendre chez les frères Costa, les oncles de Carmelita. Il a connu Carmelita à Rio de Janeiro et elle lui a remis une lettre d’introduction pour les patrons de l’auberge du Nouveau Monde.

Après discussions, les deux aubergistes acceptent de loger Loïc dans une petite dépendance, au fond de la cour. En contrepartie ils exigent qu’il serve en salle, travail auquel le jeune garçon était habitué dans l’estaminet de sa mère surnommé La Belle Marquise. Les deux frères sont très proches de leurs reis, l’argent portugais, et Loïc, ne voulant pas se dévoiler, affirme être démuni. Ils possèdent une trentaine d’esclaves africains qu’ils louent principalement comme porteurs d’eau pour les notables des hauts quartiers.

Loïc fait la connaissance de Violette, l’une des esclaves, une jeune femme magnifique, mère d’un petit Luis, qui travaille plus que les autres esclaves car elle n’a jamais voulu céder à leurs avances. Elle lui narre ses aventures et surtout ses mésaventures et comment elle, qui est instruite, est arrivée entre les pattes des frères Costa.

Il devient également l’ami de Gustavo, un ancien capitaine qui ne peut plus naviguer et passe ses journées attablé dans l’auberge. Ainsi que de Michele Durafore, qui se dit Portugais, mais est Français comme lui. Les deux compatriotes en arrivent à échanger des confidences gardant toutefois vers eux quelques secrets.

Si Loïc se fait des amis, il se fait également des ennemis notamment avec Bernardo le brutal responsable des esclaves. Lors d’une journée où Loïc l’accompagne encadrant les porteurs d’eau, à la demande expresse des frères Costa, il vient à la rescousse d’un des esclaves. Et il prend aussi la défense de Violette qui manque trébucher.

Mais les jours passent et la journée fatidique approche. Il parvient à s’infiltrer dans le château d’Azevedo, espérant pouvoir communiquer avec Amalia. Caché derrière des tentures, il surprend Azevedo et deux autres hauts militaires complotant contre le Roi Jean V, dit le Magnanime. Il est découvert, parvient à échapper aux sbires lancés sur sa trace et rentre à l’auberge. Seulement les soldats ne sont pas longtemps sans découvrir sa cache et Violette l’emmène dans le Mocambo, le quartier réservé aux Noirs, esclaves affranchis ou en fuite, un territoire sur lequel règne la Princesse Yennenga, une vieille femme noire encore belle et dont l’aura sur ses sujets ne souffre d’aucune contestation.

Loïc est recherché mais sa popularité grandit parmi la population, malgré les mensonges éhontés qui sont propagés par Azevedo et sa clique. Le roi, qui est un peu falot et s’en remet volontiers à ses généraux, ordonne la destruction du quartier de Mocambo. La vie de Loïc, Violette, la Prince Yennega et tous les Noirs qui vivent dans cette enclave, ne tient qu’à un fil.

 

La bataille de Mocambo est un roman d’aventures à prédominance historique et didactique, destiné à l’édification des adolescents, mais pas que. Bien des adultes pourraient en tirer profit, à moins d’être obtus dans leurs convictions négatives.

Ce roman dénonce les conditions d’exploitation des esclaves noirs africains au XVIIIe siècle au Portugal, des conditions précaires mais ce pays n’était pas le seul à se montrer aussi dur. Bien d’autres pays, dont la France, se conduisaient ainsi, de manière indigne.

Il est bon parfois de rappeler ce qu’il se passait afin de comprendre les réticences, voire le ressentiment, de certains peuples vis-à-vis des Européens et de leur méfiance.

Un roman humaniste donc mais dont l’épilogue est apparenté à un conte merveilleux, sans les fées, dont on sait que la fin, en général, se termine bien. Presque toujours.

Ce roman clôt la saga de Loïc dit Sabre d’or et c’est dommage. J’aurais bien lu d’autres aventures de ce marin intrépide et attachant, même si parfois, par ses actions d’éclat, il se montre un peu à l’égal d’un super héros, un peu à la manière de Michel Zevaco dans ses feuilletons historiques, notamment la saga des Pardaillan.

 

Jean-Marie PALACH : La bataille de Mocambo. Les aventures de Loïc le corsaire tome 4. Editions du Volcan. Parution le 8 octobre 2019. 228 pages. 12,00€.

ISBN : 979-1097339173

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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 04:28

Deux Dumas méconnus !

Alexandre DUMAS : Le Sphinx rouge suivi de La Colombe.

Initialement intitulé Le Comte de Moret, Le Sphinx rouge fut publié pour la première fois en feuilleton dans Les Nouvelles en 1865. La première version intégrale en volume fut éditée dans la collection Marabout Roman, aux éditions Gérard en 1960 sous son nouveau titre, qui est plus conforme au contenu du roman.

Si ce volume comporte en outre une longue nouvelle, La Colombe, c’est parce qu’elle reprend deux personnages du Sphinx rouge, le Comte de Moret et Isabelle de Lautrec. Or cette nouvelle fut publiée en 1850 et donc antérieure au Sphinx rouge, mais l’action se situe quelques années après la fin du Comte de Moret. Il s’agit donc d’une suite anticipée et les deux textes peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre sans que cela nuise à la lecture.

Toutefois, désirant me mettre dans la peau et la tête du lecteur à l’époque de la parution de ces deux romans, j’ai lu en premier La Colombe puis j’ai continué par Le Sphinx rouge. Ce qui ne m’a pas du tout perturbé, comme ces romans qui narrent un épisode de la saga d’un héros en cours d’existence puis la série connaissant du succès, un roman dit des origines est rédigé afin de mieux cerner le ou les personnages. Mais ce n’est qu’un choix personnel.

 

La Colombe :

Dans ce roman épistolaire, le lecteur ne sait pas quelle est l’identité des deux correspondants. Cela sera dévoila au fil des échanges, expéditions et réceptions des missives qui sont acheminées par une colombe.

Le scripteur masculin, qui se révèlera être le Comte de Moret, remet en liberté une colombe qu’il a recueillie, plaçant sous son aile un billet, daté du 5 mai 1637, destiné au légitime propriétaire du volatile.

Quelques jours plus tard, par la même messagère, il reçoit une missive de remerciements, mandant dans quelles conditions cette colombe prénommée Iris est parvenue jusqu’à lui. Et comme Iris se morfond apparemment de son sauveteur, elle l’a renvoie avec la réponse à ce message, espérant qu’une liaison épistolaire puisse s’établir dans la durée.

Et c’est ainsi qu’au fur et à mesure des échanges des révélations sont effectuées par les deux épistoliers qui se rendent compte que non seulement ils sont éloignés de quelques dizaines de lieux, qu’ils sont tous deux dans un couvent en attendant de prononcer leurs vœux mais qu’ils se connaissent.

Ils s’aimaient mais les événements, qui sont décrits, les ont séparés, et ils souhaitent ardemment se retrouver et pouvoir s’aimer au grand jour. Seulement… Eh oui, il y a un seulement car le jour de la prononciation des vœux du comte de Moret est proche, et Isabelle de Lautrec ne sait si elle parviendra à temps et si elle-même pourra être relevée de son engagement.

Les événements décrits dans cet échange de missives se sont déroulés cinq ans auparavant et donc quatre ans après l’épisode au cours de laquelle ils se sont connus.

Un roman d’amour charmant et épistolaire, dont le suspense est toujours entretenu et qui aurait pu être écrit en collaboration avec la comtesse Dash, selon le site Dumas père.

 

Le début de l’intrigue historique du Sphinx rouge se déroule le 5 décembre 1628, soit quatre jours après le retour du cardinal de Richelieu, siège de La Rochelle qui a fait l’objet d’un des épisodes du roman d’Alexandre Dumas Les Trois Mousquetaires, ce que ne manque pas de rappeler l’auteur.

La première a pour décor l’auberge de La Barbe peinte, rue de l’Homme-Armé, à Paris (actuellement une partie de la rue des Archives). Un homme est allongé sur un banc en bois attendant de trouver de l’argent pour régler ses dépenses à son hôtelier. Il s’agit d’Etienne Lathil, homme de main, sbire, spadassin, prêt à donner de sa personne lors de duels et même à suppléer le cas échéant l’offensé.

Surgissent trois hommes qui veulent lui confier une mission contre une forte somme d’argent, des pistoles qui lui permettraient de vivre durant quelques semaines et rembourser ses dettes auprès de l’aubergiste. Seulement il refuse, car l’homme qu’il doit combattre n’est autre que le comte de Moret, fils naturel d’Henri IV et de Jacqueline du Bueil. S’attaquer à la personne sacrée d’un fils du défunt roi Henri IV n’entre pas dans ses projets, dans sa morale pourtant élastique. S’engage alors un combat au cours duquel il est blessé grièvement, les agresseurs s’enfuyant en le laissant sur le sol de l’auberge. Mais ses trois offenseurs en viennent eux-mêmes aux mains, ou plutôt à la pointe de l’épée à cause d’un malentendu amoureux. Et l’un d’entre eux, sinon tous plus ou moins, sont proches du cardinal de Richelieu, pour des raisons dont il a le secret.

En parlant de secret, découvrons le comte de Moret, qui lors de cet incident, se trouvait dans une des chambres de l’auberge, en compagnie de Madame de Fargis, l’une des dames d’honneur de la reine Anne d’Autriche, à qui elle a été présentée par la reine mère Marie de Médicis. Le comte de Moret revient d’Italie et il est chargé de remettre trois lettres aux deux reines. Il se rend au Louvre et est convoyé dans le dédale des couloirs par une jeune personne dont il tombe tout de suite amoureux, alors qu’il est déjà l’amant de deux autres attitrées de la cour. Il s’agit d’Isabelle de Lautrec, qui alors n’a que seize ans, mais qui elle aussi ressent plus que de la sympathie envers ce jeune homme.

C’est ainsi que nous faisons la connaissance de ces deux protagonistes qui figuraient dans la Colombe mais qui n’apparaissent qu’épisodiquement dans ce roman. Car tout est axé sur le cardinal Armand Duplessis, duc de Richelieu, lequel est au centre d’une conspiration menée par la reine mère, la reine Anne d’Autriche et Gaston d’Orléans, le frère de Louis XIII et quelques autres favoris qui n’apprécient pas la prépondérance du ministre auprès du roi.

Se greffe alors l’épisode tragique de l’assassinat du roi Henri IV, le 14 mai 1610, par un fanatique charentais, François Ravaillac. Une scène bien connue des écoliers mais qui garde toujours une partie de son mystère, et dont les historiens abordent des solutions, souvent logiques mais laissent planer le doute. Ravaillac se serait confié avant d’être exécuté à une personne qui aurait consigné ses révélations sur une lettre. Depuis la dépositaire de cette missive est gardée au secret dans une geôle d’un couvent, survivant depuis dix-huit ans de pain sec et d’eau, dans des conditions insalubres. La lettre n’a jamais été retrouvée, et Richelieu met tout en œuvre pour délivrer cette femme et connaître le fin fond du drame afin de pouvoir avoir prise sur les deux reines et leurs partisans, et en informer, si besoin est Louis XIII.

 

De nombreux critiques littéraires et historiens sont unanimes lorsqu’ils déclarent qu’Alexandre Dumas détournait l’histoire de France dans ces romans. Le fait est que si le Comte de Moret a réellement existé, de même que la plupart des protagonistes de ce roman, il n’est pas présenté tout à fait comme il le fut et des zones d’ombres entourent sa mort.

Ce roman fourmille d’anecdotes, de retours sur le passé, d’explications nécessaires à la bonne compréhension du récit et l’analyse des personnages évoluant dans un contexte de suspicions et des événements qui se sont déroulés des décennies auparavant.

Comme nous avons la prétention que nos livres deviennent, sinon de notre vivant, du moins après notre mort, des livres de bibliothèques, nous demanderons à nos lecteurs de leur faire passer sous les yeux au commencement de ce chapitre une revue de la situation de l’Europe, revue nécessaire au frontispice de notre seconde partie et qui, rétrospectivement, ne sera point inutile à l’intelligence de la première.

 

Et Alexandre Dumas justifie quelque peu ce que l’on a appelé des distorsions historiques en ces termes :

L’histoire est curieuse et mérite que nous ouvrions une parenthèse pour la raconter, cette parenthèse dut-elle être un peu longue. Il n’y a pas de mal d’ailleurs que l’on apprenne chez les romanciers certains détails qu’oublient de raconter les historiens, soit qu’ils les jugent indignes de l’histoire, soit que probablement ils les ignorent eux-mêmes.

Il aurait pu ajouter que l’on peut parfois douter de l’impartialité de certains historiens surtout du vivant de ceux qu’ils encensent ou au contraire dénigrent pour des raisons politiques.

 

Louis XIII est montré comme un personnage ennuyeux, triste, effacé, mais il possède ses raisons pour se conduire ainsi. La reine mère, Marie de Médicis, et la reine Anne d’Autriche sont décrites comme des intrigantes, aidées en cela par des proches tout acquis à leur cause, mais également par jalousie.

Mais le personnage principal, autour duquel tourne toute l’intrigue, est bien ce cardinal de Richelieu, qui grâce à de nombreux indicateurs, est au courant de tout, ou presque, ce qui se trame en cachette. C’est un joueur d’échecs qui parfois a des doutes sur le placement de ses pions, sur les tactiques à envisager, mais qui ne se laisse jamais débordé. Si dans les Trois Mousquetaires, la reine Anne d’Autriche était dessinée à son avantage et le cardinal comme un homme implacable et parfois antipathique, ici c’est tout le contraire, déjouant les intrigues et les complots de la cour. Il aide Louis XIII a s’affirmer en tant qu’homme et roi.

Ce dialogue entre le comte de Moret et la duchesse de Chevreuse est assez explicite à ce sujet :

Ah ! que vous êtes bien le fils – légitime s’il en fut – de Henri IV ; tous les autres ne sont que des bâtards.

Même mon frère Louis XIII ? dit en riant le comte.

Surtout votre frère Louis XIII, que Dieu garde ! Que n’a-t-il un peu de votre sang dans les veines !

Nous ne sommes pas de la même mère, duchesse.

Et, qui sait, peut-être pas du même père non plus.

 

Et au détour des pages on retrouvera des personnages qui n’influent guère sur le récit mais feront parler d’eux, Marion Delorme en tant que courtisane, maîtresse du marquis de Cinq-Mars et de Richelieu selon des historiens, et Pierre Corneille, qui débutait comme auteur de pièces de théâtre et qui, dans le récit, aide Richelieu en compagnie de quelques autres poètes, à écrire une tragédie en cinq actes dont il a ébauché quelques scènes et écrit une partie des dialogues : Mirame. Un aspect méconnu du ministre de Louis XIII.

Edition Marabout Géant n°42.

Edition Marabout Géant n°42.

Alexandre DUMAS : Le Sphinx rouge suivi de La Colombe. Editions du Cherche-Midi. Parution le 11 octobre 2018. 720 pages. 22,00€.

ISBN : 978-2749159072

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2 novembre 2018 5 02 /11 /novembre /2018 06:07

Elles ne le sont pas toutes ! Heureusement ?

Pierre Alexis PONSON du TERRAIL : La femme immortelle.

Ce roman, publié en 1869 ou 1870 selon certains, tandis que d’autres affirment qu’il aurait été édité en 1852, les dates divergent, est une amusante incursion dans le fantastique vampiresque et historique puisque l’action se déroule durant la Régence de Philippe d’Orléans, qui suppléa le jeune roi Louis XV qui n’avait que cinq à la mort de son père le Roi Soleil. Cette transition historique servit de support à de nombreux romans de cape et d’épée, dont le plus connu peut-être est Le Bossu de Paul Féval, dont le début de l’intrigue se déroule avec les soubresauts du système financier imaginé et instauré par le banquier Law.

Comme tous les soirs, le Régent Philippe d’Orléans a convié à sa table quelques fidèles et favoris. Parmi les présents, le Cardinal Dubois, qui a invité un de ses parents éloignés, le marquis de La Roche-Maubert, qui arrive juste de sa Normandie. Mais un couvert attend un autre convive. Le chevalier d’Esparron, qui a disparu depuis quatre mois. On est sans nouvelle du jeune gentilhomme et les questions vont bon train. On sait qu’il avait reçu une missive émanant d’une femme, le parfum qui se dégageait de cette lettre ôtant les doutes, lui donnant rendez-vous de nuit au bord de l’eau sur l’ancien emplacement de la Tour de Nesles.

La police s’était renseignée et selon les sources, quelques précisions avaient été obtenues. Il se serait rendu dans un cabaret dénommé à la Pomme d’or, tenu par la femme Niolle. Selon la cabaretière, une femme portant un loup et arrivant par barque aurait soupé avec le chevalier puis ils auraient pris une chambre. Pendant ce temps les deux mariniers, masqués également, auraient attendu dans l’embarcation. Au petit matin, l’inconnue serait repartie par voie d’eau laissant d’Esparron dormir. Curieuse l’aubergiste était allée voir dans la chambre et avait aperçu d’Esparron avec au cou comme une piqûre d’épingle. Le soir même la femme était revenue, avait soupé avec le chevalier puis ils étaient repartis ensemble.

La narration de cet épisode remémore quelques souvenirs au marquis de la Roche-Maubert. Quarante-cinq ans auparavant la même mésaventure lui serait arrivée. Mésaventure qu’il narre aux convives ébahis. Après avoir été entraîné, les yeux bandés, au fil de l’eau et amené dans un endroit secret, probablement sous terre dans une salle luxueuse, il avait été nourri et désaltéré de mets et vins fins, puis s’était endormi. A son réveil, il avait ressenti une petite coupure au cou. La femme lui avait confié que c’était une épingle de sa broche qui l’avait effleuré puis déclaré qu’elle avait bu son sang. Elle était plus vieille que son physique charmant le laissait supposer car elle avait affirmé qu’elle avait connu le roi Henri IV.

Il s’agissait pour elle de recueillir du sang afin de devenir immortelle et de transformer ce liquide en or. Convaincue de sorcellerie, elle avait été jugée et brûlée sur un bûcher. Il ne restait plus des cendres quelques heures plus tard.

C’est alors que d’Esparron se présente, comme si de rien n’était et s’installe à table. Il porte au cou comme une petite blessure mais il démontre rapidement que c’est lui-même qui se fait des ponctions à l’aide d’une lancette.

Mais le mythe de la femme immortelle, revenant quarante-cinq ans plus tard et commettant les mêmes méfaits, est lancé. De nombreux protagonistes sont sur ses traces, des policiers, des ennemis, mais des amis également, heureusement pour elle.

 

De nombreux personnages évoluent dans ce roman dense, compact, dont Castirac, jeune chevalier gascon dont l’aspect physique et plus particulièrement son nez n’est pas sans rappeler Cyrano de Bergerac, personnage créé par Edmond Rostand en 1897. D’autres personnages font leur apparition au cours de l’histoire, tel le prince margrave de Lansbourg-Nassau, riche noble apparenté à la famille royale de l’empire germanique. Des femmes, jeunes ou non, belles ou non, avenantes ou véritables mégères damnent le pion à bien des personnages masculins, Ponson du Terrail ne se montrant nullement machiste. Et naturellement cette fameuse femme immortelle qui a traversé les siècles sans aucun dommage physique. Mais il faut se méfier des apparences.

Ponson du Terrail nous entraîne dans une histoire vampiresque d’inspiration fantastique dont tout est révélé à la fin de façon rationnelle, sauf le thème de l’alchimie qui perdure et donne du sel à l’histoire.

Et nous sommes plongés dans une histoire véritablement « rocambolesque » avec de très nombreux rebondissements, des pérégrinations sous la Seine, et des retours en arrière, naviguant allègrement l’époque au cours de laquelle se déroulent l’histoire et sa genèse quarante-cinq ans auparavant, de la romance amoureuse aussi.

Malgré ce que l’on pourrait croire, ce roman n’est pas un fouillis mais une intrigue extrêmement maîtrisée, aux imbrications machiavéliques, et l’auteur retombe sur ses pieds à chaque fois, reprenant le fil du récit bien des chapitres après qu’une action se soit déroulée.

Nonobstant toutes les critiques négatives que l’on lire ici et là concernant Ponson du Terrail et ses fameuses incohérences, je n’ai trouvé dans le récit aucune de ces petites phrases ou descriptions incohérentes dont il serait coutumier à en croire certains. Surtout sachant que l’auteur travaillait sur plusieurs histoires à la fois, qu’il ne se relisait pas et fournissait jour après jour, donc sans correction possible, ses feuilletons.

 

Pierre Alexis PONSON du TERRAIL : La femme immortelle. Collection L’Aube Poche Littérature. Editions de l’Aube. Parution 20 octobre 2016. 472 pages. 14,00€.

ISBN : 978-2815920124

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13 novembre 2017 1 13 /11 /novembre /2017 09:35

L’héritier ? Oui, de Dumas et de Zévaco !

Pierre PEVEL : L’Héritier. Le Haut-Royaume 2.

Dans le précédent volume du Haut-Royaume, Le Chevalier, nous avions laissé Lorn Askarian dans une fort mauvaise posture. Pour preuve, en l’hiver 1547, se déroulent ses funérailles dans la Citadelle. Les chevaliers de la Garde d’Onyx, dont il avait trié sur le volet les membres, assistent à l’enterrement, en présence du Haut-Roi Erklant II, un souverain en fin de vie.

La reine Célyane, nettement plus jeune que son époux, n’est que la régente en attendant le décès, proche selon les apparences, du roi. Pour autant elle ne devrait pas régner, car Erklant II possède un fils de son premier mariage, et d’autres de son remariage avec Célyane. Elle est conseillée par Estévéris, son premier ministre.

Alan a pris la tête de la Garde d’Onyx, qui était plus ou moins dissolue, suite à la mort présumée de Lorn et il en a fait une petite armée qui recommence à s’imposer dans le paysage politique trouble du Haut-Royaume.

Dans le même temps, au duché de Sarme, Alissia se morfond et vit en recluse. Elle pleure son amour, Lorn, et passe son temps à la lecture. Mais on n’échappe pas à son destin, surtout lorsque celui-ci est commandé par des intérêts politiques. Elle est promise à un vieux noble, le Duc Erian d’Ansgarn. Dans quelques mois elle sera mariée et auparavant il faut sacrifier à la cérémonie des fiançailles. Le vieux duc est représenté par le jeune comte Brendal de Forland lors de cette fête, et alors que normalement les deux jeunes gens ne doivent pas se voir avant d’être présentés officiellement, Alissia l’aperçoit. Ils se retrouvent côte à côte, et ce qui n’était pas prévu arrive. Ils tombent amoureux l’un de l’autre.

Les frontières sont fragiles, des hommes complotent en secret, des armées se constituent, la guerre est prête à être déclenchée. Il suffit d’un rien pour que tout bascule. Et ce rien est provoqué par la mort d’un homme, un assassinat.

Mais un événement que nul n’avait prévu se produit. Lorn n’est pas mort comme annoncé à la fin du premier épisode, Le Chevalier. Et bientôt il va faire son retour, bousculant les événements. Certains seront contents de sa réapparition, d’autres, peut-être les plus nombreux, beaucoup moins satisfaits car il dérange des plans ourdis par des personnages réunis en congrès.

 

Cette suite des aventures d’Alan, d’Alissia, de Lorn et autres personnages dont on a fait la connaissance dans Le Chevalier, est tout aussi prenante, même si elle est un peu touffue, les chapitres se succédant selon le principe sacré du roman-feuilleton, au moment où un personnage est en difficulté, où un événement se profile, hop, on saute dans un nouvel univers et on reprend ceux qu’on avait perdus ou laissés en plan quelques chapitres précédents.

Amours, trahisons, combats, retournements de situation, réapparition de personnages, tout est employé pour appâter le lecteur, sans oublier quelques animaux merveilleux, dont les dragons-volants chers à Pierre Pevel. Un souffle épique plane sur cette saga, et l’on ne peut s’empêcher de penser à quelques romans lus dans notre jeunesse et qui nous ont profondément marqués.

Il existe une filiation avec Dumas, le grand Alexandre, et son héros du Comte de Monte-Cristo, Edmond Dantès, mais également à Michel Zévaco, pour la bravoure, la ruse, les situations inextricables, les chevauchées, l’amitié, les amours et les trahisons, des éléments indispensables, qui animaient Pardaillan ou Le Capitan.

Pierre Pevel est le digne héritier de ces romanciers, mais il évolue dans un domaine qui à l’époque leur était inconnu, l’heroic-fantasy ou en français le merveilleux fantastique. Il maîtrise admirablement et rigoureusement ses intrigues, même si le lecteur se sent parfois un peu perdu dans le foisonnement bouillonnant de son imaginaire et du déroulement de ses intrigues.

 

Pierre PEVEL : L’Héritier. Le Haut-Royaume 2. Collection Fantasy. Editions Milady. Parution le 26 août 2016. 628 pages. 8,20€.

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 08:14

Une variante de Un pour tous, Tous pour un

Amédée ACHARD : Envers et contre tous. Les aventures de Monsieur de la Guerche 2.

Ou la suite des aventures de Monsieur de la Guerche et de son ami Renaud de Chaufontaine.

Des aventures épiques, dangereuses, qui les conduisent de Suède en Tchécoslovaquie, un peu pour accompagner le roi Gustave-Adolphe dans ses démêlés belliqueux avec la coalition germano-autrichienne, mais surtout pour délivrer des griffes de leurs ennemis, Jean de Werth et ses acolytes Matheux Orlscopp et le capitaine Jaconus, les belles cousines Mademoiselle de Souvigny et Mademoiselle de Pardaillan.

Les liens du cœur sont une chose que ne respectent guère les ruffains et nos deux héros sont soumis à rudes épreuves afin de mériter l’amour de leurs belles.

La guerre fait rage, mais pas uniquement sur les champs de bataille. La jalousie exacerbée et féminine de Madame d’Igomer ferait se battre des montagnes mais l’amour se montre toujours (dans les romans !) le plus fort.

 

Embuscades, guet-apens, château-forts, oubliettes, passages secrets, tortures morales et physiques, marais, déguisements, traîtrises, ce roman est parsemé d’embûches pour nos deux preux chevaliers français, véritable parcours du combattant, jeux de rôle avant la lettre.

De tous les personnages secondaires qui gravitent dans ces deux romans, Les coups d’épée de Monsieur de la Guerche et celui-ci, c’est Carquefou, le doux et peureux valet et compagnon d’armes de Monsieur de la Guerche, qui m’a laissé l’impression la plus forte, envers qui j’ai ressenti comme une certaine affection.

Carquefou, qui devant le danger ou tout simplement par amitié, arrive à faire fi de sa peur, de sa couardise naturelle, et se montrer aussi courageux, sinon plus, que ses compagnons. Comme il le déclare sans fausse pudeur :

On peut être poltron de naissance, par caractère et par principe, et n‘en être pas moins brave dans l’occasion.

 

Il eut été dommage de laisser ces romans s’étioler au fond de bibliothèques poussiéreuses alors que tant d’inepties encensées sont présentées aujourd’hui comme des chefs-d’œuvre.

 

Amédée ACHARD : Envers et contre tout. Les aventures de Monsieur de la Guerche 2. Collection Verso. Editions Phébus. Parution août 1991. 324 pages. 22,45€.

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 08:04

Ne sont pas des coups d’épée dans l’eau !

Amédée ACHARD : Les coups d’épée de Mr de la Guerche.

Auprès des Trois Mousquetaires qui se sont vaillamment illustrés dans le roman de cape et d'épée, j'ai cité Alexandre Dumas Porthos, Paul Féval Aramis, Michel Zévaco Athos, se glisse la silhouette d’un jeune homme qui tel d’Artagnan se bat comme un beau diable afin de se hisser au niveau des grands: Amédée Achard.

Contemporain de Dumas père, Amédée Achard s’est perdu dans les oubliettes de la littérature à cause d’une trop grande facilité et d'une prolixité romanesque qui lui ont porté ombrage. Pourtant Amédée Achard a longtemps figuré au catalogue de la bibliothèque Verte, dans une version malheureusement tronquée, près d’auteurs aussi éminent que Jules Verne, Jack London ou Paul Féval.

Les coups d'épée de Mr de la Guerche est un roman assez curieusement proche des Trois Mousquetaires et en même temps fort éloigné dans la lettre et dans l’esprit. Évidemment l’on retrouve le ton épique, les chevauchées, la soif d’aventures, l’amitié et l’amour, les conflits et les serments, les fourbes et les serviteurs loyaux, tous ingrédients nécessaires à la crédibilité d’un roman d’aventures, de cape et d'épée, et qui seront largement utilisés dans les westerns et autres romans populaires. De même quelques similitudes de lieux et de personnages apparaissent dans les deux romans. Par exemple le siège de la Rochelle, prétexte à bravoure. Cependant la comparaison s'arrête là.

Chez Dumas, quatre personnages en quête de gloire et de fortune s’opposaient au Cardinal de Richelieu et à ses sbires. Dans Les coups d'épée de Mr de la Guerche, deux amis d’enfance vont se côtoyer, se battre l’un l’autre, puis l’un près de l’autre, jusqu’en Suède. Pourtant à l’origine tout devait les séparer : Armand-Louis de la Guerche est un protestant convaincu tandis que Renaud de Chaufontaine rêve de convertir son parpaillot de camarade à la religion catholique.

Et c’est là qu’Amédée Achard diffère profondément de Dumas. Car jamais il ne raillera les Huguenots comme le fait, par Mousquetaires interposés, Dumas, lors, par exemple, de la description du siège de la Rochelle. Au contraire il se montre sobre, tolérant, renvoyant dos à dos catholiques et protestants, ou mieux, les faisant s'apprécier en maintes occasions. Et c’est peut-être justement cette to1érance, cette largesse d’esprit qui jetèrent un voile d’oubli sur ces romans, les brocardeurs de tous poils, de toutes convictions n’ayant rien à leur reprocher, sauf peut-être cette indulgence qu’ils qualifièrent de platitude.

Et si les personnages d'Amédée Achard ne possèdent point l’envergure de ceux mis en scène par Dumas père, l’action, elle, s’en trouve sublimée. Il n’existe aucune longueur dans ces romans. Trop souvent omis, jusque dans les histoires de la littérature populaire française, Amédée Achard recouvre une nouvelle jeunesse, un second souffle avec la complicité de Michel Le Bris et des éditions Phébus.

Et s’il m’était permis de faire une petite suggestion, je proposerais à l’éditeur de continuer dans cette voie en exhumant quelques ouvrages moins connus dont ceux d’Alfred Assolant, par exemple.

 

Amédée ACHARD : Les coups d’épée de Mr de la Guerche. Préface de Michel Le Bris. Collection Verso. Editions Phébus. Parution août 1991. 374 pages. 23,05€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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