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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 09:55

Hommage à Jacques Blois né le 26 mars 1922.

Jacques BLOIS : Un portrait.

Jacques Blois, de son vrai nom Jacques Faucher est né le 26 mars 1922 à Bonn en Allemagne mais est périgourdin d’origine. Après des études classiques et un passage à la faculté de Sciences puis de médecine-chirurgie avec comme loisirs le jazz, le théâtre et le rugby, il connaît les affres de la Seconde Guerre Mondiale.

En 1943 il est déporté pour une durée de deux ans avec au bout du compte une condamnation à mort signifiée par la S.D. « 65 jours en cellule à attendre corde ou rafale » (correspondance personnelle). Il est libéré par un commando Patton et passe deux ans en internat de sana-chirurgical où les radioscopies dévorent ses hématies. « J’abandonne et vais me refaire une santé en haute montagne. Barrage de Tignes puis chantier expérimental dans les Hautes Pyrénées (ravitaillé par les choucas). En 1954 je suis l’un des assistants de l’Abbé Pierre pour la création d’Emmaüs ».

En 1956 le PDG d’un grand magasin parisien l’appelle et il y restera pendant 27 ans, gravissant tous les échelons. Dans le même temps il se délasse par l’écriture de ses ouvrages pour le Fleuve et multiplie les rencontres au cours de nombreux voyages. Depuis il vit dans la paix magique d’une forêt templière avec la découverte de la pensée complémentaire de Lao-Tseu. L’écriture « n’est qu’une branche de l’éventail largement ouvert tout au long de ma vie pour ma plus grande joie ». Le rugby, l’équitation, le théâtre, le jazz (Hot Club de France), la haute montagne et les voyages dans l’Europe, la Scandinavie et la Chine profonde pour le Tao, le tout lié à ses occupations professionnelles, chantiers de travaux publics d’Emmaüs et commerce, complètent cet éventail.

Mais sa passion principale, c’est bien la vie. « La vie sous toutes ses formes ! Le spectacle gratuit et permanent de la Comédie Humaine ! Toutes mes activités ont été passions d’homme libre loin de l’autoritaire de la philosophie grecque et des brumeuses incertitudes d’un Descartes » Parmi les romanciers de littérature populaire qu’il lit avec plaisir, bon nombre d’auteurs du Fleuve dont Claude Rank, Pierre Nemours, André Caroff et Klotz. En littérature générale, il aime Montaigne, Rabelais, Giono, Céline, Revel, Blondin, Bodard, Morrison, Chester Himes, Gunther Gräss, des Japonais et des Chinois. « Parce qu’ils ont le souffle, la maîtrise du souffle qui donne ce fleuve aux mille caprices sur lequel les mots voguent comme des barques. A l’inverse il y a le tripatouillage (je suis poli) méningé des pédants besogneux et sans souffle... »

S’il est venu à l’écriture, c’est un peu par atavisme régional. « Mes racines sont ancrées dans une région noble, le Périgord, où l’on aime conter, raconter. De la parole à l’écriture, il n’y a qu’à saisir un stylo (à la suite d’un pari que j’ai perdu). Malgré une activité débordante j’ai écrit, dans ma joie, deux ouvrages sans imaginer une seconde qu’un éditeur... C’est un ami qui m’a propulsé dans le cirque en confiant mes histoires aux Presses, et sans m’en avertir. Bonne farce ! Rendez-vous au Fleuve Noir et c’était parti pour plus de soixante-dix ouvrages, toujours avec le même relax, le même plaisir, et surtout sans effort, car comme je raconte, j’écris d’instinct avec le support de banales règles classiques et la beauté de notre langage - hier mais plus aujourd’hui -. Quant au terme populaire, j’ignore ce qu’il veut dire. Cette marée pathologique de tout mettre à rancir dans des bocaux sur des étagères de hauteur différente - quelle sclérose ! Pour moi, il n’y a pas cinquante littératures - il y a une écriture humaine comme la peinture est humaine.

Toutefois Jacques Blois n’aime pas trop le terme littérature populaire, trop ancré selon lui dans l’esprit du public comme une sous-littérature. Il préfère la formule « littérature d’action et d’aventures », citant volontiers Christophe Mercier : « ...la littérature populaire est devenu un grand fourre-tout, comme si le fait d’écrire pour un large public, et de lui plaire, était un péché originel et excluait du Parthénon littéraire... ! Les romanciers populaires ne sont pas des primaires, mais des écrivains conscients, des expérimentateurs de forme. L’art pour l’art - hors de toute démonstration - c’est eux ! ». Ce qu’il ne manquait pas de développer lors de conférences données au profit du Rotary Club notamment. Petite anecdote amusante, le parcours d’un manuscrit - « N’ayant jamais eu le goût et le temps de lécher les moquettes, mes passages au Fleuve Noir étaient rapides et quasi anonymes. Un jour j’adresse un manuscrit de polar au Fleuve. Un mois plus tard il me revient refusé! Trop en avance pour l’époque ??? Sans état d’âme, je le range dans un tiroir. Deux ou trois ans plus tard, coup de fil du Fleuve un rien énervé. As-tu un manuscrit police bientôt prêt, c’est urgent ! Je promets pour la fin de la semaine. Largement le temps de sortir le refusé de son placard. Honnêtement je change le titre. Un mois plus tard, accepté. Trois mois plus tard en librairie. Sic gloria transit. Merci Sainte Modestie narquoise... ». Le cinéma ne s’est pas intéressé ouvertement à l’œuvre de Jacques Blois, pourtant celui-ci constate que des idées lui ont été « prises en toute sérénité silencieuse. Ceci est une autre histoire qui me laisse indifférent ! ».

Jacques Blois est décédé en mai 2010.

Cet article a été réalisé d'après une correspondance échangée avec l'auteur.

Jacques BLOIS : Un portrait.

Collection L'Aventurier:

129 - Retour à l'expéditeur

131 - La Marotte de Dame Marouatte

132 - Gymnastique suédoise

135 - Cure sans sommeil

137 - Le Pool aux oeufs d'or

139 - Le Cheval de proie

142 - Poivre, sel et piment

145 - A contre-carats

147 - A titre d'huile

150 - Bal en berne

152 - Voyage sans horizon

154 - Voltige en Haut-Adige

159 - Vampé, le vampire

162 - Le Bénitier du Diable

167 - Le Radeau des médusés

169 - Trident aux dents

173 - Le signe du trèfle

177 - Paradis, part à deux

181 - Pot aux pruneaux

184 - De l'or dans l'aile

189 - A cloche-cheval

 

Jacques BLOIS : Un portrait.

Espiomatic-Infrarouge -

17 - Le Conch frappe les trois coups

19 - Le Conch joue à la balle

21 - Le Conch, 8ème plaie d'Egypte

23 - Tap tap Conch

25 - Le Conch ne fait pas de fleurs

27 - Spécial pétrole, Conch !

30 - Le Conch au carnaval des anges

43 - Pépites en rafale

 

Jacques BLOIS : Un portrait.

Spécial Police -

732 - Panique en sous-bois

779 - Une bien belle affiche

817 - Qui trop embrase

866 - Le gobe-souris

899 - A brûle-chassis

924 - Blouson à redorer

949 - La mort vient en jouant

992 - Au clair de la mort

1029 - Je tue pour toi

1046 - Quand tout s'effiloche

1078 - Escale pour un voyou

1388 - Trois pieds dans une tombe

1405 - Trop peureux pour être honnête

1442 - Taxi tire-lires

1544 - Le gros, le grand et la pagaille

1588 - Appelez-moi Victoire!

1609 - Silence! on tourne... mal

1655 - Les mains au feu

1694 - Un éphémère chez les books

1799 - Trois belles, trois méchants, trois flic

 

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 06:53

Des uchronies royales !

Pierre BAMEUL : Un portrait.

Né le 10 novembre 1940 à Barneville-sur-mer dans la Manche, Pierre Bameul, dont c'est le véritable patronyme, est issu d'une vieille famille du Cotentin du côté maternel, et d'une famille paternelle également normande mais avec des apports britanniques et anglo-normands proches (Guernesey) ainsi que flamands plus anciens.

Sa prime enfance reste imprégnée des souvenirs du Débarquement américain, auquel il a assisté aux "premières loges". Un événement qui a suscité sa passion pour l'histoire et la culture américaine, notamment la science-fiction. Après la Libération, il est parti vivre à Argenteuil, dans le Val-d'Oise, où son père, rentré de guerre, a repris son emploi à la SNCF.

En 1950, c'est le retour de la petite famille, Pierre Bameul est enfant unique, à Cherbourg où il a passé son adolescence. Il débute comme apprenti puis ouvrier ajusteur à l'Arsenal maritime de Cherbourg avant de partir combattre en Algérie comme sous-officier dans l'Armée de Terre. Rentré au pays après la "chute" de l'Algérie française, il travaille dans l'électronique à la CIT de Cherbourg puis dans la société Dormeuil dans la même ville. Il se marie en 1964, à Cherbourg, avec une femme à moitié... américaine.

En 1970 départ pour Bordeaux avec sa femme et son fils. Une entreprise de confection aquitaine lui offrant un meilleur emploi mais c'est le dépôt de bilan et Pierre Bameul se retrouve chômeur. Il profite de cette période pour écrire de la SF et prend des cours de recyclage en comptabilité. Après divers petits boulots, éphémères, il entre à FR3 Aquitaine en 1979 d'abord comme économe, puis une fois intégré; comme secrétaire de rédaction et y termine sa carrière. Son fils Franck, né en 1965 à Cherbourg, est médecin-parasitologiste à Bordeaux, et sa fille Flora est née à Bordeaux en 1984.

Depuis la naissance de sa fille, Pierre Bameul a dû laisser l'écriture par manque de temps, pris par des horaires difficiles à FR3 qui l'amènent à travailler tard le soir ainsi que durant les week-ends, une longue étude de l'anglais et un militantisme royaliste accaparant. Pourtant il a des projets. Un roman sur la Guerre d'Algérie; Une histoire des mouvements royalistes français à la fin du XXe siècle. Il est également passionné par l'histoire, en particulier l'histoire de l'Antiquité ainsi que l'histoire française des deux derniers siècles. Ce qui constitue une des raisons de ses opinions royalistes. Autre conséquence, dans le domaine de la SF, son thème préféré est l'Uchronie. Par ce biais, écrit-il, on peut toujours lire ou écrire l'Histoire telle qu'elle aurait pu évoluer si... Puisqu'avec des si l'on récrirait l'Histoire...

 

Grand lecteur éclectique, Pierre Bameul est capable de lire plusieurs livres à la fois et alterne science-fiction, polar, roman médical, aventures exotiques, "œuvre intello", roman historique, roman d'espionnage... Rien qu'en SF, son domaine de prédilection, il pense avoir lu environ deux mille cinq cents ouvrages, essentiellement d'auteurs américains. Mais il est quelque peu saturé de tout cela et en particularité des fictions romanesques. Il lit surtout des livres d'histoires et des mémoires et biographies de personnages historiques, tant généraux que simples soldats.

 

A ma question, Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin d'écrire et surtout de la littérature populaire, il m'a répondu :

Cela appelle plusieurs réponses.

A) J'ai commencé à lire vers quatre ans. J'ai su déchiffrer d'abord Achtung Minnen ! sur les pancartes allemandes (c'était très utile), puis je lisais facilement les textes des affiches - première littérature populaire - dès que j'eus acquis les principes alphabétiques et syllabiques que m'apprirent, sur le tas, les adultes de mon entourage. Le virus de la lecture m'avait atteint et avait accaparé mon imaginaire. Après la guerre, quand je venais en vacances à Cherbourg, mon grand-père maternel m'emmenait souvent chez deux vieilles institutrices qui possédaient une énorme bibliothèque garnie de livres édités au XIXe et début du XXe siècle. Ce fut pour moi une source extraordinaire de découvertes historiques. En outre, j'avais toujours en mémoire le formidable déploiement de forces de l'armée américaine et ses moyens qui paraissaient si extraordinaires aux yeux des Normands réduits à la misère par l'Occupation. Pour l'enfant-témoin que j'avais été, les Américains me faisaient l'effet d'Extraterrestres. Ils avaient déjà engendré mon goût pour la science-fiction.

B) Les réalités de la vie dans une famille aux modestes ressources m'entraînèrent à travailler jeune; aussi trouvais-je dans la lecture cette évasion intellectuelle qui me permettait de tenir le coup dans l'engrenage de l'esclavage salarié. Subterfuge aujourd'hui remplacé par la télévision, dans les couches populaires soumises aux mêmes conditions. De lire à écrire, il n'y avait qu'un pas à franchir. Néanmoins je considérais la lecture romanesque d'évasion comme une quasi-schizophrénie, et ce n'est qu'après avoir rencontré à Bordeaux Francis Carsac, dont j'avais lu les ouvrages de SF, que cela m'incité à écrire à mon tour des romans de SF.

C) J'ai opté pour la littérature populaire, parce que les réalités du monde du travail, de la guerre, de la famille, des études, de la vie et de la mort, font que je n'adhère pas aux rêveries des 'intellos" qui croient pouvoir refaire le monde par le biais d'ouvrages proposant aux lecteurs des superbes pensées-modèles inapplicables à ce qui fait le tempérament et l'essence même des humains. J'ai donc préféré les romans populaires sans prétention, qui permettent de rêver, certes, mais en faisant nettement le distinguo entre l'imaginaire et le réel. D'agréables évasion, souvent satiriques, du quotidien.

Certains ont trouvé antinomiques mon goût de la SF et mes idées royalistes. Il n'y a pourtant là aucune contradiction : mon royalisme résulte de l'étude raisonnée de la pérennité des sociétés humaines, tandis que mon goût pour la SF provient de la curiosité qui pousse l'humanité à chercher toujours plus loin.

 

Dans le numéro N°322 de Fiction d'octobre 1981, Francis Valéry et Jean-Daniel Brèque écrivaient :

Lorsqu'on rencontre Pierre Bameul et qu'on discute un peu avec lui, on est tantôt irrité, tantôt charmé, par les propos qu'il tient et par son attitude joviale et tranquille... Nous avons dit que Pierre Bameul était irritant. Nous le maintenons. On ne l'a jamais entendu dire du mal de quelqu'un. A la longue, c'est fatiguant... On ne compte plus ses changements d'adresse, de métier, ses manuscrits tour à tour refusés, acceptés sous réserve, re-refusés, etc. Car Pierre Bameul a un grave, mais alors vraiment très grave défaut : il ne sait pas faire court. Il trouve une bonne idée, et vlan, trois mois après, il vous fait lire un manuscrit de 1 000 pages. Et quand vous lui dites, tu sais, les éditeurs ne publient pas de si gros trucs, faudrait couper un peu, il revient deux mois après en disant : J'ai trouvé, j'ai récrit en coupant un peu et puis en arrangeant un peu, ça fera trois tomes de 400 pages chacun !

 

De nos jours, cette propension à fournir des manuscrits si touffus ne serait pas rédhibitoire. Au contraire. Mais la roue a tourné.

 

Article rédigé grâce à une correspondance personnelle avec l'auteur en septembre 1998.

 

Bibliographie :

Romans

Je paye donc je suis. Galaxie N° 151 & 152. Janvier et février 1977. Editions OPTA.

Écrit dans le passé, Fiction N° 292 & 293. Juillet/Août et Septembre 1978.OPTA.

Par le Royaume d'Osiris, Nouvelles éditions OPTA, 1981

L'Ère du Vent, Éditions ARMADA, 2011

 

Série Pour nourrir le Soleil

La Saga d'Arne Marsson, Fleuve noir, 1986

Le Choix des Destins, Fleuve noir, 1986.

Réédition en numérique de ces deux romans regroupés sous le titre Pour nourrir le Soleil, Editions L'Ivre-Book, 2017.

 

Nouvelles

Les Vieux au Poteau !, 1975 Prix de la meilleure nouvelle de SF française au Congrès de la SF française d'Angoulême en 1975. Revue Galaxie N°137. Editions OPTA. Octobre 1975.

Copyright Editions Azerty. Revue Galaxie N° 144. OPTA. Mai 1976

Le cavalier antique, FR3 Bordeaux. 1977 nouvelle radiophonique.

l'Echelle Mobile, Anthologie Des Métiers d'avenir. Editions Ponte Mirone. 1979

L'Ultime Bastion, Espaces Libres n° 4, Association amiénoise de science-fiction, juillet 1979.

Les Redresseurs de torts, Opzone N°7. Avril 1980

Mobilis in Mobili, Anthologie Mouvance IV. 1980. Réédition 2013

Héroïne fantaisie, Anthologie Les jeux de l'humour et du bizarre. Avril 1983.

La Rosée du Veld, Anthologie Les Passagers du vent. Octobre 1986

Pour une larme du Soleil, Anthologie Compagnie des Glaces. Fusée N°24. Rivière Blanche. Décembre 2012

Conte du Guerrier chétif, Galaxie Nouvelle série 22/64 mars 2013

Les Bienheureux des Pieux, Anthologie Dimension Sidération. Fusée 43. Rivière Blanche 2016

Montre-nous ton pouvoir, 2016. Édition numérique.

 

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 12:28
Dominique ROCHER : Un portrait.

Née à Alençon (orne) le 6 juillet 1929, Dominique Rocher a suivi des études d'infirmière et a collaboré comme journaliste à un quotidien du Sud-ouest, ainsi qu'à la revue Rencontres Artistiques et Littéraires dont elle fut directeur artistique. Deux statuts professionnels dont elle se servira plus tard lors de la rédaction de ses romans.

Elle a vécu à Paris, à Angoulême en Charente puis est revenu à Paris au début des années 1960 et s'est installée définitivement en proche banlieue parisienne. Mariée à André Rocher, journaliste, lui-même auteur au Fleuve Noir de quelques romans dans la collection Angoisse sous le nom de Michel Saint-Romain.

 

Si la littérature l'a fait toujours habitée depuis sa naissance, c'est le sentiment d'angoisse qui a géré sa vie et en est resté une quotité intégrante. Ce qui explique une partie de son œuvre marquée par la production de romans justement publiés dans la collection Angoisse du Fleuve Noir. Sa carrière littéraire débute avec la parution d'un roman historique, Le Désert rouge, dans la collection Alternance des Editions du Scorpion en 1959. Roman ayant pour thème la campagne d'Egypte de Bonaparte.

Suivront quels ouvrages sur commande, ésotériques pour la plupart, concernant l'interprétation des rêves (Le langage universel des rêves aux Editions de L'Olivier d'Argent sous le pseudonyme de Noémie Quid en 1984), les rites magiques, deux romans de suspense aux éditions Rive Droite, La voix du seppuku et Doublé Fatal, ainsi qu'un ouvrage de médecines naturelles chez le même éditeur, et de nombreuses nouvelles publiées dans des recueils collectifs au éditions du Choucas, aux éditions Cheminements, à l'occasion du Salon du roman Noir de Cognac ou par l'association L'Ours Blanc dans la revue Les Chemins de traverse.

Mais c'est bien dans la Collection Angoisse du Fleuve Noir que Dominique Rocher s'est pleinement exposée et exprimée, en créant le personnage du docteur Saint-Christol pour deux romans dans la collection Angoisse. Mais il n'est pas le seul médecin présent dans les romans publiés dans cette collection.

Et par la suite, ce sera le personnage de la Rouquine, l'infirmière Olga Vincent qui opérera notamment en Afrique dans quelques romans publiés chez Lulu.com ou Manuscrit.com.

Et pourquoi de la littérature populaire ? Dominique Rocher me répondait lors d'une correspondance épistolaire : La littérature populaire est à l'image de la vie, pleine de suspense. Enigme de la naissance, de notre destinée. Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Qu'est-ce qui nous attend au tournant... et à la fin de notre vie ? Peut-être une façon de se rassurer. Dans le roman de suspense, l'énigme est en général résolue. A l'image de celui ou de celle qui choisit la carrière médicale dans l'espoir inconscient de vaincre la mort.

Concernant l'angoisse Dominique Rocher déclarait à Olga Georges-Picot dans le Bulletin Fleuve Noir Information N°67 de septembre 1970 :

Pourquoi écrivez-vous?

Pour oublier mon angoisse.

Quel événement de votre vie vous a poussé à écrire ?

Ma naissance. L'angoisse fait partie intégrante de l'aventure humaine. Comme tout le monde je suis née avec elle.

Qu'est-ce que l'angoisse pour vous ?

Une bête sauvage dont il faut faire un animal familier.

Dominique Rocher, qui êtes-vous réellement ?

Une toute autre personne que celle que j'ai essayé de vous faire entrevoir. L'angoisse en fait, c'est de se sentier toujours à côté de la question. A côté des gens, à côté de l'amitié, à côté de l'amour.

Vous m'aviez dit qu'il restait l'humour ?

C'est une erreur. L'humour, en réalité, n'est qu'une forme subtile de l'angoisse. Elle est partout, en somme. Si vous le rencontrez et si vous avez de la chance de la reconnaître, faites-lui un sourire. C'est encor le meilleur moyen de vous en tirer.

L'humour est toujours présent dans les romans de Dominique Rocher, principalement dans ses romans de suspense. Car outre les arts martiaux, c'est bien vers l'humour anglais et l'humour noir que vont ses préférences.

Et qu'en est-il de l'inspiration ?

A cette question Dominique Rocher répondait dans Fleuve Noir Information N°117 de septembre/octobre 1975 :

L'inspiration naît au cours de lectures, au hasard de faits quotidiens qui, soudain, déclenchent une émotion. Grâce à cet élément émotif, les objets ou les êtres prennent une autre dimension. Ils bénéficient d'un éclairage nouveau qui les transposent dans une autre réalité, tout aussi vraie, à laquelle s'ajoutent l'insolite et le poétique. Chaque auteur transparait dans ses romans et aucun humain n'étant semblable, chaque œuvre est forcément différente.

J'avais eu le plaisir de faire la connaissance de Dominique Rocher lors d'un salon organisé dans l'enceinte de la Bilipo. Nous avions correspondu et sachant que Philippe Ward recherchait des auteurs ayant œuvré au Fleuve Noir, je lui avais fourni ses coordonnées. Et le 1er décembre 2004, Dominique Rocher m'annonçait qu'elle devait être éditée chez Rivière Blanche en avril 2005. Ce qui fut fait et un second suivi quelques années plus tard.

 

Dominique Rocher s'est éteinte le 13 septembre 2016, faisant don de son corps à la science.

Collection Angoisse :

167 : Délire (1969)

174 : Boomerang (1969)

179 : Les Voyances du Docteur Basile (1970)

186 : Le Pacte du sang (1970)

198 : Le Docteur soigne la veuve (1971)

209 : L'Homme aux lunettes noires (1971)

221 : Le Monstre sans visage (1972)

231 : Humeur rouge (1973)

257 : La Clinique de la mort (1974)

 

Collection Anticipation :

685 : La Nuit des Morphos (1975)

 

Voir les ouvrages de Dominique Rocher chez Rivière Blanche ici :

Autre site utile à consulter :

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 14:10

Hommage bis à Brice Pelman décédé le 17 octobre 2004.

Gilles-Maurice Dumoulin et Brice Pelman en octobre 1999 pour les cinquante ans du Fleuve Noir à la BILIPO.

Gilles-Maurice Dumoulin et Brice Pelman en octobre 1999 pour les cinquante ans du Fleuve Noir à la BILIPO.

Votre premier roman « Le cadavre et moi » parait dans la collection L’Aventure criminelle dirigée par Pierre Nord. Ensuite paraissent quatre livres au Masque, sous le pseudonyme de Pierre Darcis. Pourriez-vous nous parler de cette époque, qui s’étale de 1960 à 1967.

Oui.

Au cours des années que j’ai passées dans ce club de lecteurs, j’avais quand même eu le temps d’écrire un roman. Ce roman s’appelait effectivement

Je l’avais tapé en plusieurs exemplaires, afin de le soumettre aux quatre ou cinq maisons qui à l’époque éditaient des romans policiers. Et Pierre Nord a été le seul à m’écrire une lettre encourageante, une longue lettre de deux pages que je garde encore comme une relique. J’ignorais qu’il était le colonel Brouillard, je ne savais à peu près rien de lui. Mon roman lui plaisait mais il contenait trop de maladresses pour être publié sous sa forme initiale. Pierre Nord m’a incité à le modifier.

J’ai introduit des inter-chapitres, retapé l’histoire, surtout le dénouement. Il a été tiré d’emblée à trente mille exemplaires et la critique l’a bien reçu. De plus j’étais le seul français de la collection * et ça c’était une particularité qui jouait en ma faveur. Mais avant d’en arriver là j’avais dû m’atteler à une besogne beaucoup plus ingrate. Il s’agit des traductions. Des traductions de l’anglo-saxon avec la collaboration de ma femme.

Pierre Nord avait un sens pratique certain. Il appréciait mon style qui était approprié au genre policier et il savait que ma femme était professeur agrégée d’anglais. Alors il m’a demandé de traduire un roman à l’essai. Ma femme m’a dicté au magnétophone un premier jet en m’indiquant les différentes nuances à donner à telle ou telle phrase, tel ou tel mot, et je rédigeais ensuite la version définitive. Ce travail finalement est devenu satisfaction, et c’est ainsi que nous sommes devenus presque à notre corps défendant traducteurs de la collection L’Aventure criminelle chez Fayard.

Par la suite Pierre Nord m’a chargé de raccourcir, ou de développer des romans, d’accentuer leur côté argotique, de faire en sorte qu’une simple histoire policière puisse être éditée dans la collection espionnage qui se vendait beaucoup mieux. La traduction proprement dite se doublait d’un travail d’adaptation que j’assimile personnellement à un travail de forçat. Chaque livre m’était payé au forfait, à l’époque 70 000 francs, le franc lourd n’avait pas encore fait son apparition. A l’heure de travail, nous gagnions moins qu’une femme de ménage. De plus comme un fait exprès nous récoltions toujours les livres les plus longs.

Cela dit, comme dans la chanson, je ne regrettais rien. Mais Pierre Nord me faisait miroiter l’espoir d’une seconde publication dans sa collection. Cet espoir était la carotte. Traduire, et encore traduire. Et je traduisais comme à l’avenant. Après une vingtaine de romans toutefois j’ai refusé de marcher et j’ai envoyé mon manuscrit au Masque qui l’a accepté. C’était

J’ai passé avec Pierre Nord d’excellentes soirées, vidé de nombreuses bouteilles de whisky. Il est mort et j’en profite pour lui rendre hommage. Et Pierre Nord vivait à Monaco, j’habite à Nice. Cela facilitait les contacts.

Alors ce travail de traducteur, je l’ai poursuivi ensuite pour Mystère Magazine et Hitchcock Magazine. J’ai calculé que j’avais dû traduire plus de trois-cents nouvelles. Ce qui n’est pas rien. Enfin bref ce travail m’a compté pour la pratique de la nouvelle et des romans policiers et m’a beaucoup appris.

 

 

* Brice Pelman, alias Pierre Darcis ne se souvenait peut-être plus que les premiers numéros de la collection L'aventure criminelle étaient signés Pierre Nord, que le numéro 9, Le taureau par les cornes, était dû à Frédéric Hoë qui a récidivé avec le N°57, La peau du lion, et que Hugues G. Clary était probablement français puisque les deux romans signés de ce pseudo ne possédaient pas de titre originaux en anglais ou américain.

 

Le cadavre et moi Collection l'Aventure criminelle N°72. 1960.

Le cadavre et moi Collection l'Aventure criminelle N°72. 1960.

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 08:23

Bon anniversaire à Olivier Thiébaut

né le 21 septembre 1963.

Petit entretien express avec Olivier THIEBAUT.

Dans le roman noir, comme en général dans toute littérature, existent les textes qui dérangent et dont les chroniqueurs parfois n'osent rendre compte, peut-être de peur de se mouiller. L'enfant de cœur d'Olivier Thiébaut paru dans la Série Noire (N°2332) quasiment en même temps que La Sirène rouge de Maurice Dantec (N°2326) n'a pas eu les honneurs de la grande presse, ou alors juste quelques lignes en catimini. Il est vrai que ce roman est plus intimiste que la plupart des productions habituelles de la vénérable vieille dame en noir et jaune. Et qu'il aborde un thème un peu tabou. Faut-il pour cela l'occulter ? Non, au contraire, il faut en parler et ne pas hésiter à donner son avis.

Toutes les sensibilités doivent être respectées et ce n'est pas parce qu'une histoire trouble la conscience qu'elle doit se trouver sous l'éteignoir.

 

 

Prévenu Thiébaut: nom, prénom, âge, profession, antécédents scolaires ?

Je m'appelle Olivier Thiébaut, je suis né le 21.09.63 à Cherbourg. Mon père était inspecteur du trésor, ma mère prof d'anglais. Tous deux sont bien vivants, je tiens à le préciser. Scolarité chaotique avec au bout du compte Bac D., DEUG LAEC...

Ce qui veut dire ?

Lettres, arts, expression, communication. Tout un programme pour beaucoup de vent dans la tête. Puis une licence de cinéma. Ce qui est loin de valoir une licence IV...

Pas d'humour déplacé si vous voulez bien.

Bien monsieur. Quant à mon expérience professionnelle, elle se résume en de petits boulots. Animateur et directeur adjoint de jolies colonies de vacances, surtout avec des enfants de la DDASS; puis stagiaire et assistant, mais très peu, à la mise en scène et enfin scénariste sur une dizaine de séries télévisées. Sinon, mis à part les oreillons à 20 ans, je ne vois pas de quoi défrayer la chronique.

Comment vous est venue l'idée de ce roman.

J'avais envie de raconter une histoire d'adolescent. Ce passage entre l'enfance et l'âge adulte engendre, à mon sens, des comportements intéressants dus à la fragilisation, l'incertitude, le manque de confiance en soi... De plus je souhaitais mettre en scène un personnage de "victime" qui devienne malgré lui un "bourreau". De là à me lancer dans une sorte "d'Oedipe version rock and roll", il n'y avait qu'un pas. D'autre part, le côté familial et intimiste sans héros flics ou détectives ( d'autres auteurs font ça mieux que moi) est un genre un peu délaissé. Et pourtant, statistiquement, on a plus de chance de se faire assassiner en famille au coin du feu que dans la rue par un étranger patibulaire... Quant à la poésie, je voulais insérer un élément un peu onirique, en décalage avec le côté sordide de l'histoire. Pour Benoît, le héros, si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi, elle tient lieu de véritable religion même s'il ne l'assimile qu'à la fin. Voilà pour l'idée dont, finalement, je ne sais plus d'où elle vient. Si, de J.B. Pouy qui m'a dit un jour : " Ecris-moi un polar... Je te laisse deux mois..." J'ai mis un an. C'est énervant les gens qui pensent qu'on est aussi doués qu'eux...

Qu'elle est la part d'autobiographie ...

Elle est quasiment nulle pour autant qu'un auteur puisse totalement faire abstraction de son vécu.

Quelles sont vos antécédents littéraires ?

Dès le berceau mes parents m'ont appris à aimer la lecture. . Plus tard, ils ont insisté sur l'importance de l'expression écrite. C'est devenu une quasi obsession. Sinon, j'aimerais bien prendre l'apéro avec le prof de français qui m'a mis 7 à l'oral du BAC et qui m'a dit que si je voulais écrire, j'avais du boulot...

Un peu de respect, s'il vous plaît. Bien, passons à vos auteurs préférés et quelles sont vos influences ?

Ça fait deux question !

Pas d'impertinence et répondez !

Difficile... En polar, j'aime surtout les auteurs français. Moins de flics, de détectives... Et surtout une réalité bien de chez nous que je suis plus facilement capable d'appréhender et où l'identification est plus évidente. Je ne citerai pas de nom pour ne pas passer pour un fayot mais Pouy, par exemple, j'aime beaucoup... Hors polar, encore que, selon moi, la frontière est très mince, j'apprécie particulièrement : Vian, Nabokov, Belleto, Toole - L'unique conjuration des imbéciles - , Céline ... Et encore bon nombre d'auteurs, surtout ceux qui sur un bouquin de 500 pages ne font pas 400 pages de description pour expliquer comment le petit pont qui enjambe la rivière est joli quand le soleil se couche.

Et votre travail comme scénariste à la télé ?

Alimentaire mon cher Watson, oh pardon ...

Vous êtes excusé, mais uniquement parce que vous savez apprécier à sa juste valeur J.B.

Merci de votre mansuétude. Je voulais dire que mon travail comme scénariste c'est ... c'est un boulot qui m'a appris la rigueur, le sens du rebondissement, la simplicité d'une écriture directe et aussi l'humilité.

Acquitté, au bénéfice du doute, et à condition que vous fassiez des petits frères à L'enfant de cœur.

 

(Entretien publié dans la revue 813 N°52 de juin 1995).

 

*****

Des petits frères à L'enfant de cœur, Olivier Thiébaut en a fait quelques-uns, entre deux scénarii et des illustrations notamment pour des ouvrages destinés aux adolescents et publiés aux éditions Sarbacane. Mais il a écrit, seul ou en compagnie d'Eric Kristy, de Jean-Claude Schineizer et autres, des scénarii de téléfilms et séries telles que Une femme d'honneur, Les enquêtes d'Eloïse Rome, Le grand patron, Fabien Cosma ou encore de Chante !

 

Bibliographie :

Enquête d’un père, éd. Après la Lune, coll. Lunes Blafardes, 2006 ;

L’un seul, Editions Lignes noires. 2000.

J’irai revoir mon Cotentin, Éditions Baleine, coll. Tourisme et Polar, 1998.

Les Pieds de la dame aux clebs, Éditions Baleine, coll. Le Poulpe, N°15. 1996.

Rock and Vérole. La Loupiote N°4. 1996.

Larmes de fond, Éditions Baleine, coll. Instantanés de Polar, no 5. 1995.

L’Enfant de cœur, Gallimard, coll. Série noire n° 2392. 1993.

 

Romans Jeunesse

À feu et à sang, Syros, coll. Souris noire, 1996 puis 2000, illustré par Lewis Trondheim.

Frères de sang, Syros, coll. Souris Noire, 1998.

 

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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 08:51

René REOUVEN, ou l’apocryphe talentueux.

René REOUVEN : Un entretien.

Lors de la sortie en librairie du Cercle de Quincey, René Reouven a accepté de répondre à quelques questions. Cet entretien a été publié dans la Revue 813 N°66 de mars 1999.

 

Avec Le Cercle de Quincey, René Reouven joue avec le temps, mêlant habilement passé et présent, laissant planer sur ce roman les ombres de De Quincey, de Jules Romains, de Dostoïevski et de Shakespeare, par personnages interposés. Ce n’est pas le coup d’essai de Reouven qui, depuis de nombreuses années, joue ainsi à cache-cache avec les littérateurs, principalement du siècle dernier : Courteline, Alphonse Allais, Gaston Leroux, André Gide, Oscar Wilde, R.L. Stevenson, Jules Verne et surtout Conan Doyle.

Avec un peu plus d’une trentaine de romans à son actif, en quarante ans de carrière, René Reouven reste toutefois un cas à part, comme un anachronisme dans le monde du polar. Il a débuté en signant des ouvrages de littérature dite générale, démarche inverse de bien des auteurs qui aspirent à la consécration en reniant leurs origines de polardeux. Puis il écrit aussi bien des romans de science fiction, des essais, un Dictionnaire des Assassins, des nouvelles. Il engrange les Prix, mais sans faire vraiment parler de lui, se retranchant derrière son œuvre comme derrière un paravent. C’est surtout quelqu’un de modeste.

René REOUVEN : Un entretien.

« René Reouven est un excellent constructeur d’intrigues mais il aime bien rajouter un petit quelque chose en jouant avec les références littéraires qui feront jubiler les connaisseur ». Michel Lebrun et Jean-Paul Schweighaeuser dans Le guide du Polar (Syros -1987).

 

La première question, rituelle, est de demander à l’auteur de se présenter, dont acte :

Je suis né en 1925 à Alger et je publie depuis 1959. Après des études secondaires, c’est l’armée. Puis je deviens commissaire aux Enquêtes Economiques de l’Algérie. J’en démissionne au bout de quelques années pour tenter l’expérience du kibboutz. Plus tard, de retour en France, j’exerce au sein des Services Académiques de l’Education Nationale, d’où j’ai pris ma retraite pour exercer l’activité d’auteur à plein temps.

 

Comment vous est venu le goût, l’envie d’écrire ?

Le goût de lire m’a conduit au goût d’écrire, et d’écrire surtout ce qui me tentait, à savoir ce que j’aurais aimé lire. C’est la raison pour laquelle je ne me suis pas borné à un seul genre : je les aime tous. Je suis toujours à l’aise dans ce que j’écris, dans la mesure où je ne m’impose rien, ni genre, ni thème, ni mode.

 

Vous avez commencé par de la littérature générale puis vous vous êtes lancé dans le roman policier. Comment s’est effectuée cette transition ?

J’ai toujours plus ou moins écrit, sans penser tout d’abord à me faire publier. Et puis un jour j’ai prêté un manuscrit à un camarade qui a pris le temps de le taper, ce qui m’a mis dans l’obligation de le présenter à un éditeur. C’était un roman de littérature générale, comme vous dites, qui s’appelait La route des voleurs. Et par la suite j’en ai écrit quatre ou cinq et un roman de science-fiction avant de m’orienter vers la littérature policière vers laquelle me poussaient en vérité mes goûts, car sur les romans de littérature générale que j’ai écrit, il y en a trois qui sont à thème policier. D’ailleurs, si j’ai écrit plus de trente livres, je ne juge plus utile de porter dans ma bibliographie les romans de littérature générale, la grande disent les imbéciles, par lesquels j’ai commencé. Cinq ou six ouvrages qui ont obtenu le Prix Cazes et le grand prix de Littérature de la Fondation Del Duca pour l’ensemble de mon œuvre, laquelle à l’époque ne comptait pas de romans policiers.

 

René REOUVEN : Un entretien.

Quels ont été vos maîtres ?

Je peux dire que j’ai été influencé par des ouvrages différents qui vont de Zevaco à Arthur Koestler. Ce sont ceux qui m’ont appris, sinon à penser, mais qui m’ont donné quelques grands schémas dans lesquels je me suis un peu orienté.

 

Que représente pour vous la littérature policière ?

Pour moi la littérature policière c’est la meilleure parce qu’elle ne se contente pas de raconter des histoires. Elle fait en plus appel à toutes les ressources de l’esprit du lecteur. Elle établit un dialogue en quelque sorte, puisque l’auteur propose un problème, le lecteur y réfléchit. Il y a même des romans policiers où l’auteur s’adresse au lecteur et lui pose le problème. C’est un jeu excitant pour l’esprit, et, en plus, c’est une histoire qui peut-être passionnante, qui peut retenir en dehors de tout autre problème.

 

Comment travaillez-vous ? Préparez-vous un plan longtemps à l’avance et laissez-vous mûrir vos idées, ou vous astreignez-vous à des pages d’écriture quotidiennes ?

En réalité je ne m’astreins à rien du tout. Lorsque j’ai une idée, je la laisse mûrir très très longtemps. Je fais le plan peu à peu, au fur et à mesure que l’idée se développe, et lorsque l’inspiration me vient, je me mets à écrire. Il peut m’arriver de rester sans écrire pendant plusieurs jours, voire une ou deux semaines, lorsque je ne me ressens pas dans l’état d’esprit nécessaire pour pouvoir écrire. Les idées se décantent, elles s’ordonnent, peut-être inconsciemment, et finalement je me remets à écrire mais je ne m’astreins à aucune contrainte, ni dans le temps, ni dans le lieu.

 

Où puisez-vous vos sujets ?

Un peu n’importe où. Moins souvent dans la presse comme mes confrères le disent généralement. Souvent, je l’avoue, il m’arrive de lire des romans policiers où j’imagine une solution ou une vérité qui est cachée, que je pense être celle proposée par l’auteur, et je m’aperçois qu’il propose une autre vérité. A ce moment là j’utilise la vérité que moi j’avais imaginée et, très souvent, c’est quelque chose qui peut réussir.

 

Pourquoi avoir utilisé les pseudonymes de René Reouven et d’Albert Davidson ?

Lorsque j’ai commencé à écrire des romans policiers sous couverture spécialisée, je venais de publier plusieurs romans de littérature générale pour lesquels j’avais obtenu des prix. Je pensais qu’il n’était pas très élégant de publier des romans policiers sous mon nom et puis, d’autre part, comme je ne proposais pas la même marchandise aux lecteurs, je ne voulais pas l’abuser. Quant au nom de Reouven, la raison pour laquelle je l’ai pris remonte au temps où je vivais en Israël dans un kibboutz. C’est la transcription approximative de René. J’ai donc utilisé ce pseudonyme, puisque j’en avais déjà un. C’était inutile d’en chercher un autre. En ce qui concerne Albert Davidson, c’est un peu différent. J’ai écrit un livre qui s’appelait Elémentaire, mon cher Watson et à ce moment là, la directrice de la collection Sueurs Froides, qui était à l’époque Noëlle Loriot, m’a proposé de prendre un pseudo anglo-saxon. Non pas tellement pour abuser les journalistes, mais sutout pour que le lecteur, qui pratique un chauvinisme à l’envers dans cette matière, soit plus tenté d’acheter ce livre parce que simplement, lorsque l’on parle de Sherlock Holmes, on imagine surtout que ce sont les anglo-saxons qui savent en parler.

 

Etes-vous fasciné par Sherlock Holmes ?

Je suis moins fasciné par Sherlock Holmes que par son environnement britannique et surtout victorien. Je crois que le romantisme de l’horreur prend, dans ce cadre, ses plus belles couleurs, même si elles sont feutrées par le brouillard.

 

Vos livres sont souvent empreints d’un humour corrosif. Le ressentez-vous comme tel ?

Je pense que cela correspond un peu à mon caractère. Je crois que la vie n’est acceptable qu’à condition de l’accommoder à une certaine sauce d’humour, et surtout lorsqu’il s’agit d’histoires aussi horribles qu’on raconte dans des romans policiers. C’est peut-être ce que l’on appelle l’humour noir. Et ça correspond, d’une certaine façon, à une forme d’esprit que j’ai et qui consiste à voir le côté cocasse de chaque situation. Je pense en outre que sur le plan littéraire ça peut apporter certaines trouvailles. En fait l’humour qu’on peut trouver dans mes romans, voire dans mes essais comme le Dictionnaire des Assassins, est pour moi le condiment nécessaire à l’assaisonnement de la mort, qui, sans lui, tournerait vite à la monotonie.

 

René REOUVEN : Un entretien.

Quelles sont les qualités que vous appréciez le plus dans la vie, chez les autres, et les défauts que vous abhorrez le plus ?

Les qualités que j’apprécie le plus chez les autres, c’est la propreté, la dignité, l’honnêteté au sens moral et intellectuel. Bien entendu un certain courage. L’intelligence n’est pas une qualité, c’est un don, par conséquent je l’écarte. Il est plus intéressant, bien sûr, de parler avec quelqu’un d’intelligent, mais je ne pense pas que ce soit la qualité primordiale. Quant aux défauts que j’abhorre le plus, ce que je ne peux pas encaisser, c’est l’hypocrisie d’une part, et d’autre part d’être sans gêne. De penser que tout vous est dû. Le fait de penser ausssi que le monde attend le message que vous allez lui délivrer. Bref, vous avez parlé tout à l’heure de ma modestie. En fait la modestie, c’est la paresse. C’est la raison pour laquelle je suis un peu dans une tour d’ivoire dans ce domaine.

 

Contrairement à beaucoup d’auteurs, et même en prenant des pseudonymes, vous êtes toujours resté fidèle au même éditeur. Bizarre, non ?

Non, non, pas bizarre du tout. Je n’ai pas eu de gros problèmes avec mon éditeur et comme je vous l’ai dit, je suis un paresseux. Je ne me vois pas en train de frapper à d’autres portes, sauf évidemment si nos relations s’envenimaient. Ce qui peut toujours arriver...

 

Loin de tout tapage et de tout bruit, vous avez construit une œuvre comportant plus d’une trentaine de romans. Œuvre importante plus par la qualité que par la quantité. Que pensez-vous des auteurs plus prolifiques que vous ?

Il n’a jamais été question dans mon esprit de construire une œuvre. J’écris comme ça vient, à droite, à gauche, à hue et à dia. Et dirait l’autre, j’arrête quand je veux. Je pense que c’est une question de choix. Moi, quand j’écris, c’est pour m’amuser, c’est pour y prendre du plaisir. Il est certain qu’il y a des auteurs qui ont choisi une fois pour toute de vivre de leur plume. Et il est certain également que ça les met dans l’obligation d’écrire beaucoup, parfois avec des fortunes diverses. Il y a des gens qui sont capables d’écrire vite, bien et beaucoup. Comme Georges-Jean Arnaud par exemple. Moi, je ne crois pas que je serais capable de le faire. La qualité des textes est simplement due au fait que j’écris des livres tels que j’aimerais en lire. Et si j’ai écrit une trentaine de romans, il ne faut pas oublier que j’ai écrit sur une période de quarante ans.

 

Que pensez-vous des jeunes loups qui montent et montrent les dents, faisant parfois beaucoup parler d’eux ?

Je les comprends. Chacun son caractère. Ils ont choisi, eux, de se faire connaître, ils sont beaucoup moins paresseux que moi, ils s’agitent... Cela fait peut-être partie du travail d’auteur. C’est un travail que moi je n’aime pas beaucoup faire. Il semble qu’ils aient tout à fait saisi la vérité de notre temps. A mon avis les dents valent mieux que la langue, mais je suis trop paresseux pour faire comme eux. Et puis, l’arrivisme, ce n’est jamais que l’ambition des autres.

 

Lisez-vous les critiques lors de la parution d’un nouveau roman et comment réagissez-vous ?

Quand un de mes nouveaux romans paraît, bien sûr que je lis les critiques. D’ailleurs mon éditeur m’adresse les photocopies de toutes les critiques qui paraissent. Je n’ai pas trop à me plaindre, généralement je ne suis pas malmené par la presse. Il peut arriver qu’un de mes romans ne plaise pas; c’est le droit du critique de le dire. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’un critique, s’il n’a pas écrit lui-même, n ‘a pas le droit de juger les autres. Quand je vais voir un film, que je serais incapable de réaliser, si c’est un navet, je dis que c’est un navet. Bien entendu, quand les critiques sont mauvaises, ça ne me fait pas plaisir, mais après tout c’est le jeu. C’est moi qui l’ai choisi et je ne vois pas pourquoi je me plaindrais.

 

Pourquoi votre goût pour la littérature classique, goût qui se ressent dans votre œuvre, parfois de façon iconoclaste ?

Mon goût pour la littérature classique ? Une revanche perverse contre ceux - certains professeurs du secondaire - qui ont tout fait pour m’en dégoûter. Heureusement, les méthodes ont bien changé, et je retournerais bien sur les bancs. Et puis, encanailler dans le polar les institutions littéraires que sont devenus certains auteurs, me parait une œuvre de salubrité publique.

 

René REOUVEN : Un entretien.

Quels sont vos projets ?

J’ai un manuscrit chez Denoël qui doit paraître dans la collection Présences : La partition de Jéricho. Dans l’anthologie Noëls meurtriers, réunie au Masque par Jean-Pierre Croquet, j’ai donné une nouvelle, La nuit des Mages. Enfin, j’achève une grande nouvelle pour l’anthologie de Steampunk que Daniel Riche prépare pour le Fleuve Noir : Ame qui vive.

René REOUVEN : Un entretien.
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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 14:01

Gilles Maurice Dumoulin alias G. Morris, G. Morris-Dumoulin ou encore Vic Saint-Val, est décédé le 10 juin 2016. Il était né au Havre le 16 janvier 1924.

G.M. Dumoulin en compagnie de Brice Pelman, à la Bilipo en octobre 1999 pour les 50 ans du Fleuve Noir

G.M. Dumoulin en compagnie de Brice Pelman, à la Bilipo en octobre 1999 pour les 50 ans du Fleuve Noir

Il travaille dès l’âge de treize ans chez un importateur de coton. De fil en aiguille, cet autodidacte qui apprend plusieurs langues étrangères grâce à la méthode à « six mille » et aime imiter Charles Trenet, monte une troupe de théâtre en 1942, puis se tourne vers la littérature en devenant tout d’abord traducteur de Mickey Spillane, d’Irwin Shaw (Le Bal des Maudits) ou de Robert Ruark (Le carnaval des dieux) et enfin, sous la pression amicale de critiques éclairés, se lance dans la production de romans policiers, d’espionnage puis d’anticipation.

Une œuvre aujourd’hui évaluée à plus de deux cents titres.

Il reçoit en 1955 le grand prix de littérature policière pour «Assassin mon frère» paru dans la collection «Un Mystère» aux Presses de la Cité dans lequel il prend pour décor le fameux camp Philipp Morris implanté à la fin de la guerre près du Havre et où il a été employé comme interprète.

Il intègre l’écurie du Fleuve Noir en 1963, produisant des romans pour les collection Spécial Police, Espionnage, Anticipation et la collection Vic-Saint-Val dont les premiers titres sont écrits en collaboration avec Patrice Dard. Parallèlement il écrit des chansons et des scénarios de films dont les réalisateurs s’appellent Henri Decoin ou Edouard Molinaro.

Pour en savoir plus sur cet auteur prolifique dont certains ouvrages ont atteint les 100 000 exemplaires, chiffre dont aimerait s’enorgueillir bien des best-sellers d’aujourd’hui, le meilleur moyen est de lire sa biographie, même si parfois on reste sur sa faim, «Le forçat de l ’Underwood» paru chez Manya en 1993.

 

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 12:30

Avant la parution de ma chronique concernant le nouveau roman de Sonja Delzongle, Quand la neige danse, dans la collection Sueurs Froides chez Denoël, je vous propose un entretien réalisé en compagnie de Bruno, de Passion Polar, lors de la parution de son roman: Le Hameau des Purs. Voici donc le fruit de nos cogitations et les réponses de cette auteure qui s’est livrée avec patience et sympathie au feu croisé de nos questions.

Sonia DELZONGLE : un entretien.

Bruno : Tout d’abord, pour les lecteurs de Passion Polar et des Lectures de l'Oncle Paul qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter en quelques mots ?

SD : Quelques mots ne suffiraient pas (surtout pour mes défauts) ! Alors je vais au plus simple… Je fus peintre, je suis journaliste et je veux devenir un écrivain…célèbre !

 

Bruno : Tu vis à Lyon. Pourtant l’action de ton dernier roman «  Le hameau des purs » se déroule dans une toute autre région, dans une contrée magnifique mais qui l’hiver venu se referme sur ses habitants. Cette région c’est le Vivarais-Lignon. Une région que tu connais personnellement ?

SD : Oui, une région où j’ai passé quelques weekends, justement dans un de ces hameaux austères de pierres grises, sans que ce soit pour autant celui des Purs…

 

Bruno : Cette région est magnifique en même temps qu’elle est rude . Alors que dans beaucoup de roman policiers, la nature, l’environnement jouent un rôle secondaire, dans ton roman au contraire ceux-ci sont quasiment des personnages à part entière de l’histoire que tu racontes, pourquoi ce choix ?

SD : Vous êtes plusieurs intervieweurs et chroniqueurs à définir cet environnement comme un personnage principal (dimension que j’adore précisément dans les romans nordiques où la nature est très présente et puissante) et je trouve cette remarque très juste. En fait, ce n’est pas vraiment un choix, mais quelque chose qui s’est imposé au fil des mots, en fonction de ma sensibilité à cet univers.

 

Bruno : D’un côté, sous son grand manteau blanc elle enferme les personnages dans un huit clos en plein air, et de l’autre, il y a ce lac, aussi profond et insondable que peut l’être l’esprit de certains personnages du lieu. La nature n’est pas neutre dans ton roman, j’oserai presque dire qu’elle est même un peu complice de ce personnage insaisissable qu’est cet Empailleur ? Je me trompe ?

SD : C’est très vrai, puisque c’est elle, cette nature-là, qui l’a façonné et fait de lui un être à l’âme insondable et aux pulsions presque animales.

 

Paul : Souvent les romanciers affirment que leurs personnages leur échappent et n’en font qu’à leur tête. Fut-ce le cas pour Le Hameau des Purs ?

SD : Les miens n’ont pas intérêt, je n’aime pas les mutineries ! J’ai eu un peu de mal avec Audrey, une vraie rebelle, mais ce n’est pas le cas pour les autres personnages. Je me situe plutôt dans la catégorie des romanciers qui « sont » d’une certaine façon leurs personnages. Je ne crois pas que la création puisse à ce point échapper au créateur, c’est une excuse à ses propres égarements ! A moins que le créateur ou le romancier ne souffre de schizophrénie…

 

Paul : Cette communauté des Purs ressemble à celle des Amish. Or celle-ci, implantée aux Etats-Unis dans quelques états, a été fondée en France, à Sainte-Marie aux mines (Haut-Rhin) en 1693, si l’on en croit les historiens. Avez-vous enquêté de ce côté pour mettre en scène vos personnages ? 

SD : Absolument, et pour cela, Internet est une source précieuse, à condition de faire un tri… Je me suis documentée surtout sur les mœurs des Purs, dont m’avait déjà parlé une amie qui a une maison familiale dans un hameau à proximité de celui où vit une communauté de Purs… Il y en a dans d’autres régions de France, mais ils se sont pas mal regroupés dans le Vivarais-Lignon, région en harmonie avec leur mode de vie.

 

Sonia DELZONGLE : un entretien.

Paul : Aviez-vous prévu la fin qui se trouve dans le chapitre intitulé Le Lac, et même est-ce lui qui a généré le roman ?

SD : Bien que des éléments viennent toujours se rajouter à l’histoire lorsqu’elle est sur le métier à tisser, oui, la fin était prévue, mais ce n’est pas cette partie qui est à l’origine du roman. En fait, un jour, j’ai aperçu un type d’aspect marginal, avec une vraie gueule, à vélo portant sur le dos du matériel de pêche dans les rues de Lyon et à partir de cette « vision », Léman est né… avec son histoire. L’écrivain n’est qu’une machine à recycler la réalité…

 

Bruno : Une autre originalité de ton roman c’est ce tueur en série. Alors qu’habituellement dès qu’il est question de serial killer, les auteurs rivalisent de scènes toutes plus sanguinolentes les unes que les autres, toi tu as fait le choix de le laisser à la périphérie du roman. On a connaissance de ses actes, on sent sa présence pesante tout au long du roman, mais on ne le voit jamais. Qu’est ce qui à motiver cette approche ?

SD : Je me défends d’utiliser des procédés, c’est donc bien malgré moi qu’une telle ombre plane encore une fois sur l’histoire. Déjà dans mon avant-dernier roman, A Titre Posthume (un thriller éditorial divertissant mais moins abouti, à mon sens, que le Hameau des Purs) l’absence d’un des personnages pèse sur l’intrigue. Les absents n’ont pas toujours tort…  Et j’ai toujours préféré ce qui est suggéré à ce qui est montré ou décrit crument. C’est pourquoi j’adore le cinéma de Hitchcock.

Quant aux scènes sanguinolentes, je ne déteste pas et suis une fan d’histoires de vampires, mais plutôt de Dracula de Bram Stoker ou de Nosferatu au cinéma que de Twilight… D’ailleurs j’en ai une dans mes tiroirs (dont l’intention est de bouleverser la légende) que j’ai abandonnée, découragée par ce déchaînement de publications sur le thème. J’attends un peu…

 

Paul : La taxidermie joue un mini-rôle dans ce roman. Vous ne l’exploitez pas beaucoup et pourtant c’est l’un des fondements de l’intrigue. Parce que vous-êtes fascinée et en même temps dérangée par cette pratique ?

SD : Disons que comme toute chose qui fascine et répugne ou dérange en même temps, on y va timidement, avec une certaine pudeur. Et puis, faire d’un mini-rôle un des fondements de l’intrigue, c’est un petit tour de force, non ?

 

Bruno : Ton roman a une architecture assez particulière. Une première partie où les choses se devinent plus qu’elles ne se disent, où le passé affleure la surface du présent. Une seconde, brutale, comme un coup de pied qui viendrait faire tomber les stalactites de glace accumulées tout au long de l’hiver. Je me suis même demandé si tu n’avais pas écris ton roman en deux temps, à deux périodes différentes. Est-ce le cas ?

Cette cassure était elle volontaire et si oui pourquoi ce choix ?

SD : Belle image que celle du coup de pied ! Non, j’ai écrit mon roman d’une traite, commencé au début de l’automne après une gestation et terminé à la fin de l’hiver. J’aime les fêlures et les cassures, les ruptures de rythme, mais aussi, l’idée de violer le lecteur ne me déplaît pas. Alors si c’est le cas, tant mieux…

 

Citron vert

Citron vert

Paul : Vous êtes parallèlement artiste, créatrice plasticienne et peintre. Dans la toile « L’insoutenable légèreté des lettres » votre œuvre est divisée en quatre parties, un peu comme le roman, mais ce n’est pas ce que l’on voit le plus qui prime. Un parallèle entre la peinture et la littérature ?

SD : Déjà aux Beaux-Arts j’avais esquissé un travail sur « l’invisible », alors le parallèle doit en effet exister. Nous sommes des entités, malgré nos cassures. Imprégnée de contes plus ou moins fantastiques toute mon enfance, je privilégie l’imaginaire. Ce que l’on ne voit pas est l’un de ses principaux composants. Chez les êtres, c’est la même chose, je m’attache surtout à ce qui ne saute pas aux yeux. Leur essence.

 

Paul : Vous écrivez dans votre Blog’art : Savoir manier la perspective, utiliser les proportions au mieux, est en effet la moindre des choses et le moindre des respects envers soi-même et les autres. C’est un peu ce que le lecteur ressent avec Le Hameau des Purs. La perspective est primordiale en art pictural comme en littérature ?

SD : Oui, il me semble. Tant mieux si on ressent cette volonté à la lecture du Hameau des Purs. Avoir « l’idée » est une chose (tout le monde en a !), mais savoir l’exploiter sur la longueur relève d’un travail rigoureux et d’une remise en question constante. Je trouve dommage de saborder une idée originale par une absence de qualité d’écriture. Trop de romans sont publiés sur ce modèle. Et pourtant, ils marchent !  J’aime assez la justesse de cette citation de Jean Paulhan : "Chacun sait qu'il y a, de nos jours, deux littératures : la mauvaise, qui est proprement illisible, on la lit beaucoup. Et la bonne, qui ne se lit pas".

 

Paul : Dans Carnets d’Afrique, vous pratiquez, si je ne me trompe pas, l’art du collage. J’ai ressenti la même impression en lisant Le Hameau des Purs. Me trompé-je ?

SD : Un collage qui pourrait s’apparenter à de la marqueterie… Plus qu’ « art du collage » pour le Hameau des Purs ou le roman, d’ailleurs, j’utiliserais plutôt la métaphore du modelage. Il y a l’armature, le squelette, puis la matière brute comme l’argile que l’on va poser sur l’armature puis façonner en enlevant ou rajoutant de la matière.

 

Bruno : Journaliste, peintre, finalement écrivain ! D’où te vient cette envie de t’exprimer sous différentes formes ?

SD : Si tu le permets, Bruno, je changerais juste l’ordre… D’abord écrivain…dans l’âme (mon goût pour l’écriture remonte à l’enfance, même si je ne suis publiée que sur le tard), ensuite peintre plasticienne et enfin journaliste (une autre forme d’écriture, alimentaire, celle-ci !). L’art et l’écriture ne sont pas si éloignés, l’écriture étant un art et l’art (notamment la peinture) pouvant être une écriture. Je crois que je suis née comme ça… je ne sais pas faire autre chose, j’ai d’ailleurs pu le constater en exerçant des jobs très différents.

 

Bruno : Que t’apporte l’écriture que ne peut t’apporter la peinture  par exemple?

SD : Garder les mains propres…

 

Bruno : Si je me rappelle bien, tu es une grande fan des Thrillers américains. Ta culture polar se situe-t-elle davantage Outre-Atlantique qu’en France ? Et quels sont les auteurs qui ton marqués ?

SD : « Fan » suffira, parce que « grande fan » m’obligerait à avoir une excellente culture en la matière, ce qui n’est pas le cas. Déjà, si l’on distingue le polar du thriller, mes penchants vont vers ce dernier. Côté polar, avec des Manchette ou des Simenon, les Français n’ont rien à envier aux anglo-saxons, sauf peut-être, Agatha Christie. Et depuis, nous avons Fred Vargas…

Dans le thriller, je crains que certains auteurs français, à commencer par le choix d’un pseudo américanisé, ne prennent aux anglo-saxons les travers les pires (comme des chutes granguignolesques), au lieu de trouver un style « thriller à la française ». Les Américains ont bien su se construire une identité dans ce genre, pourquoi pas les Français ? Mais certains trouveront peut-être que j’ai aussi cédé à ce travers sur quelques aspects du Hameau des Purs… Pourtant, j’aime trop les auteurs anglo-saxons (James Ellroy, le prenant Connelly, Tony Hillerman, R.J. Ellory, une vraie découverte, qui a accepté mon invitation sur Facebook, la belle Mo Hayder pour Tokyo, et Shane Stevens avec Au-delà du mal) pour ne pas m’inspirer de ce qu’ils font de meilleur en y mettant ma patte… Toutefois je n’irai pas non plus jusqu’à dire, à l’instar d’un de mes confrères débutant, que les grands noms français du thriller actuel « ne me font pas peur », bien sûr que si, ils me font peur parce que je n’ai pas (encore) vendu 300 000 exemplaires, qu’ils sont dans l’ensemble plus jeunes que moi, qu’ils en sont à leur dixième roman publié et qu’ils prennent toute la place sur les consoles des meilleures ventes en librairie.

 

Bruno : A ton avis qu’est ce qui distingue justement le polar français, du polar américain ?

SD : Là encore, polar ou thriller ? Si c’est un terme généraliste, l’efficacité associée à une qualité d’écriture (souvent elliptique) en faveur des Américains, une ambiance, les lieux, mais encore une fois, il y a du polar de grande qualité en France.

 

Bruno : A Lyon tu avais évoqué avec moi ton prochain roman. Celui-ci prend t-il forme ? Quand penses-tu le publier ?

SD : Il prend bien forme, oui. Quant à sa publication, c’est à mon éditeur d’y penser…

 

Bruno : Quel est le dernier polar que tu as lu et que tu as aimé ?

SD : Sans hésitation, le thriller Au-delà du mal de Shane Stevens (pas tout à fait terminé), parce que c’est aussi un vrai roman.

 

Paul : Quel est le défaut que vous détestez le plus, qui vous met en colère, et quelle est la qualité qui pour vous est primordiale ?

SD : Je déteste par-dessus tout la lâcheté (qui est souvent source de mensonge et d’une forme d’égoïsme) et, justement, l’égoïsme. Une qualité essentielle pour moi est la gentillesse (d’où découlent l’altruisme, la générosité et le dévouement).

 

Sonia DELZONGLE : un entretien.
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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 13:41

Un romancier berger qui n'en faisait pas tout

un fromage !

THIRION Louis : Un portrait.

Né le 25 octobre 1923 à Neufchâteau dans les Vosges, Louis Thirion s'est éteint le 9 décembre 2011 à Paris.

Après une enfance qui l'entraîne des Vosges jusqu'à Dieppe en passant par les Basses-Alpes (devenues Alpes de Haute Provence) Louis Thirion sera marqué par la tentative sanglante de débarquement Anglo-Canadien le 19 août 1942, qu'il voit d'une fenêtre de la maison familiale. Ce jour là il passe du statut d'adolescent à celui d'adulte.

A cette époque il s'intéresse surtout au "bricolage" scientifique utilisant pour cela l'imposant matériel abandonné par son père, pionnier de la radio et collaborateur aux premières émissions de Radio Tour Eiffel. Ce qui l'amène à monter des postes émetteurs clandestins, établissant des liaisons radio avec des chalutiers navigant dans la Manche, ce qui se traduitt par une certaine confusion et engendre quelques enquêtes gênantes. Ce qui l'a amené à devenir interprète pour l'armée américaine, pour le 195 Rail of Batellion, en 1944.

Mais laissons la parole à Louis Thirion qui s'exprimait ainsi :

Plus tard, cette manie devait me créer des problèmes et je me souviens d'un certain soldat allemand venu imprudemment seul et sans arme acheter des œufs, qui me trouva écouteurs aux oreilles, en pleine zone interdite. Je ne sais pas lequel eut le plus peur des deux, mais je crois bien que cette maison, perdue dans le lacis inextricable des chemins creux normands, fut abandonnée par notre équipe en moins de dix minutes.

Plus tard, la paix revenue, je voyageai avec optimisme en Europe, à la recherche d'un moyen de gagner ma vie sans m'ennuyer. Mais de la pêche au thon pour laquelle je n'étais pas doué, en passant par le forage de puits de mine et la vente de calendriers polychromes, j'accumulais des expériences plus ou moins réussies.

Puis décidant d'utiliser quelques diplômes qui traînaient dans mes dossiers, je collaborai pendant quelques années avec un laboratoire. Initié aux secrets de la recherche biologique moderne, je découvris cet infini à la fois merveilleux et inquiétant qu'est le bouillonnement de la vie. J'eus brusquement envie de réfléchir et quittant le laboratoire, je devins berger. Seul sur les flancs austères des Pré-Alpes du Sud, en présence de l'infini cosmique, j'écrivis mon premier roman de science-fiction.

 

C'est ainsi que de 1960, étant agriculteur fromager dans la Drôme, puis son retour à la ville en 1970, travaillant dans la publicité pharmaceutique, puis un mariage tardif en 1972 conclu par la naissance de trois enfants, Louis Thirion écrivit des romans et des pièces de théâtre.

Son premier ouvrage, Waterloo morne plaine, fut publié en 1964 aux éditions du Scorpion et chroniqué dans Le Canard enchaîné le 20 mai 1964. L'article se terminait ainsi : un récit truculent, enlevé à la pointe de la baïonnette bic, suavement irrespectueux et contraire aux plus solides enseignements de l'école de guerre. A conseiller aux associations d'officiers de réserve.

THIRION Louis : Un portrait.

Suivirent deux romans d'espionnage aux éditions S.E.G. Un guépard pour Olga et Le guépard se mouille, respectivement en 1966 et 1967, puis Les résidences de Psycartown chez Eric Losfeld en 1968, qui eut l'honneur d'être chroniqué par Jacques Chambon dans la revue Fiction N°184.

1968, année turbulente mais également prolifique pour Louis Thirion qui entre aux éditions Fleuve Noir.

Parmi les auteurs de la Collection Anticipation, Louis Thirion est un peu l'électron libre méconnu coincé parmi une horde de romanciers issus du sérail, même s'il ne fut pas le seul a intégrer la digne vieille dame de la Science-fiction française à cette époque et à n'avoir produit quasiment uniquement que des romans relevant de ce genre.

Non seulement il n'est pas astreint à produire quatre romans par an, comme la plupart de ses collèges, mais de plus s'il inscrit ses ouvrages dans le space opera, ou opéra de l'espace, genre privilégié à l'époque, le traitement et ses sources d'inspiration divergent profondément.

Son premier roman, Les Stols, parait en juin 1968, date hautement symbolique puisque suivant les fameux débordements et les contestations du mois de mai.

En octobre 1998, Louis Thirion me précisait dans un courrier la genèse de ses romans de science-fiction et plus particulièrement la saga de Jord Maogan :

Ce fut un jour d'hiver des années 60 qu'accoudé au comptoir de zinc d'un bistrot minable de la rue Saint-André des Arts, aujourd'hui transformé en piège à touristes, que je me suis entendu dire par l'un des intellectuels de base de cette époque que les propos que je tenais à propos du monde en général et de l'évolution de la pensée moderne en particulier étaient superfétatoires.

Rendu modeste par cette affirmation péremptoire, je décidai de ne pas me mesurer aux géants mais de distraire le plus grand nombre. Cette décision a marqué ma vie car l'on parle encore de Sartre alors que personne ne parle jamais de moi mais qui dira le plaisir secret que l'on éprouve de se voir lire dans les autobus, les véhicules de livraisons en stationnement et les trains.

Il est vrai que Jord Maogan antihéros maladroit et emprunté auquel le Fleuve Noir (sans doute abusé sur sa véritable nature) a donné vie était un personnage peu banal. Principalement occupé à faire entrer les boules les plus grosses dans les plus petites, il a parcouru l'univers en translations instantanées (procédé emprunté depuis avec succès par nombre de suiveurs). Miracle on a parlé de moi pour me chercher des parrains; l'on a cherché des sources d'inspiration étrangères là où il n'y avait que cogitation personnelle. J'avais peut-être le droit de porter la barbe comme Karl Marx (ce que je me suis bien gardé de faire) mais je n'avais pas le droit d'avoir autant d'imagination que Van Vogt. Pire encore, je ne savais pas exploiter les filons par la production intarissable de clones. J'ai donc tué Maogan. La suite a été anarchique. Une succession de romans touts différents les uns des autres. Pourtant des bouquins comme Le temps des rats ou Cette chose qui vivait sur Véra sont restés bien actuels et en Amérique l'on a pris beaucoup de plaisir à lire Réalité 2.

THIRION Louis : Un portrait.

A la question bateau et pourtant incontournable : Comment vous sont venus le besoin, l'envie, le plaisir d'écrire et pourquoi de la littérature populaire, Louis Thirion m'avait répondu :

Parce qu'à notre époque les autres auteurs se prennent trop au sérieux.

 

Et s'il fut impossible aux critiques spécialisés d'accoler le nom de Louis Thirion à un célèbre précurseur, cet auteur atypique a suscité toutefois quelques vocations dont Roland C. Wagner. D'ailleurs, Roland C. Wagner, qui signe la postface de l'ouvrage Dans les espaces déjantés (éditions Critic), un long article consacré à la collection Anticipation avant Louis Thirion et présente l'œuvre de Thirion, ne tarissait pas d'éloges sur ce romancier qui lui fit découvrir à l'âge de dix ans la science-fiction en général et la mythique collection du Fleuve Noir en particulier.

 

Fin 1983, début 1984, paraissait le numéro 2 d'une revue au titre quelque peu provocateur : Le Singe revue cynique, qui était dirigée par Philippe Godard. Au sommaire la première partie d'un roman de Louis Thirion : Le bonheur est pour demain, titre apparemment resté inédit. Mais notre auteur signait également des articles de fond, dont : Tentative d'explication rationnelle de l'utilisation du fœtus humain dans une société post-reaganienne mécanisée, sous le pseudonyme du Docteur Mabuse-Lambioffier. Combien d'années fut éditée cette revue, combien de numéros furent publiés ? Seul Philippe Godard, qui par la suite collabora avec Louis Thirion pour l'écriture de quatre romans jeunesse pourrait nous le préciser.

 

Sources : Correspondance personnelle avec l'auteur et Fleuve Noir Info N°56 de septembre 1969.

 

Anticipation

354 - Les Stols

377 - Les Naufragés de l'Alkinoos

393 - Les Whums se vengent

427 - Ysée-A

456 - Sterga la noire

543 - Le Secret d'Ipavar

590 - Métrocéan 2031

599 - Chevaliers du temps

998 - Chez temporel

1182 - Le Répertoire des époques de cette galaxie

1204 - Expérimentation alpha

1283 - Ticket aller-retour pour l'hyperspace

1339 - Lorsque R'Saanz parut

1348 - Galactic paranoïa

1442 - Que l'éternité soit avec nous !

1455 - Le Temps des rats

1509 - Accident temporel

1644 - Réalité 2

1673 - Les Guerrières de Arastawar

1701 - Cette chose qui vivait sur Vega

1734 - Ysee A (rééd. de 427)

1800 - Requiem pour une idole de cristal

 

Super Luxe

62 - Sterga la noire (Rééd. de Antic. 456)

 

Autres publications :

Sigurt le Viking, Hachette Jeunesse, avec Philippe Godard. (2004)

Sigurt le Viking et la montagne d'argent, Hachette Jeunesse, avec Philippe Godard.(2005)

Sigurt le Viking: Le pur-sang des vagues, Hachette Jeunesse, avec Philippe Godard. (2005)

Passeport pour la 5e dimension, Rivière Blanche. (2005)

Helios, Rivière Blanche.(2007)

Adam, L'Enfant-Monde suivi de Solaise, Rivière Blanche. (Ouvrage posthume - 2012)

 

Dans les espaces déjantés : réédition de Les Stols, Ysée-A et Sterga la noire. Editions Critic novembre 2015.

 

Pièces de Théâtre :

Les Pilules jouée au Théâtre de l'Epée de bois

Les orgues du vent; Eudes l'enfant venu d'ailleurs; Le petit bonhomme de San Francisco; Appartement 6000, toutes jouées au Théâtre de l'étrange sur France Inter, avec notamment Roger Hanin et Pierre Tornade.

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 15:11

Contrairement à Serge Gainsbourg qui chantait Je suis venu te dire que je m'en vais, Michel Averlant est parti, sans tambour ni trompette, sur la pointe des pieds, rejoindre le Paradis des romanciers et des directeurs littéraires.

Michel Averlant en compagnie de Maurice Bernard Endrèbe et Igor B. Maslowski. Photo de R. Landin

Michel Averlant en compagnie de Maurice Bernard Endrèbe et Igor B. Maslowski. Photo de R. Landin

C'est par un contact Facebook (je n'aime pas le vocable d'ami lié à Facebook, cela me donne l'impression de faire partie d'une secte), que j'ai appris le décès de Michel Averlant le 23 septembre de cette année 2015. Apparemment, à preuve du contraire, les médias et magazines spécialisés n'ont pas évoqués cette disparition, alors un petit hommage se devait de lui être rendu pour bons et loyaux services.

Né le 2 février 1931 à Malo-les-Bains (Nord) et après de multiples petits boulots, Michel Averlant intègre Détective-Club, dirigé par Frédéric Ditis, le 16 août 1953. Officiellement il sera secrétaire, mais ses missions sont diverses : taper le courrier, faire les paquets, établir les factures, corriger les épreuves et séduire... les critiques. Ceci de 1953 à 1955, arrêt de Détective-Club.

Frédéric Ditis crée alors La Chouette en compagnie de Geneviève Manceron, qui avait intégré la petite équipe en 1954, et Michel Averlant. Ditis avait décidé de se passer des auteurs et de se partager le travail à trois. C'est ainsi que les premiers paraissent sous les noms de Michel Averlant, qui pensait prendre un pseudonyme mais y a finalement renoncé, et de Bruno Bax, alias derrière lequel se cachait Geneviève Manceron

Frédéric Ditis trouvait des idées de livres et les confiait à des nègres qui en faisaient des canevas. Puis Geneviève Manceron et moi devions rédiger les bouquins au rythme de six par an.

Des rééditions complétaient cette première livraison, des Anthony Morton, créateur de la série Le Baron, et des rééditions issues du catalogue Détective-Club, dont Ange de William Irish.

Avant d'entrer chez Ditis, je ne lisais guère de romans policiers. Je trouvais cela plutôt rasoir. Les écrire, j'ai trouvé cela encore plus rasoir ! J'avais horreur d'écrire, j'avais horreur de Ludovic Martel, mon "héros". J'avais horreur des canevas que pondait ce nègre. C'était un type très gentil que j'ai rencontré après et qui trouvait que je gâchais ses idées.

Ensuite Michel Averlant part aux Etats-Unis pour étudier l'anglais pour devenir traducteur à temps complet. Il rentre en France à la demande de Ditis en 1966 afin de s'occuper de la collection J'ai Lu Policier. Puis J'ai Lu policier cède le pas également. Il travaille également pour la radio, adaptant notamment La Dame du lac de Chandler, et a travaillé pour quelques épisodes de L'homme à la voiture rouge d'Yves Jamiaque, un feuilleton-radiophonique qui connaissait alors un énorme succès.

La raison de cet abandon ?

Parce qu'on ne vendait plus qu'à 25 000 exemplaires, ce qui, à l'époque, n'était pas suffisant.

Ensuite Michel Averlant devient chef de fabrication lorsque Jacques Sadoul entre chez J'ai Lu en 1968. Il assure les traductions, les corrections, et entre 1978 et 1982 effectue de nombreuses "fugues" pour aller vivre durant trois mois au Brésil, revenant en France trois mois puis repartant. Lattès lui propose alors de travailler chez Hachette puis Le Masque.

J'étais stupéfait ! Je croyais la collection morte et enterrée depuis longtemps. Lattès m'a proposé d'y faire ce que je voulais.

 

Michel Averlant dépoussière la vieille dame et crée deux nouvelles collections internes au Masque : Les Maîtres du Roman Policier puis Les Reines du Crime, rééditant des classiques devenus introuvables publiés à l'origine au Masque ou dans des collections comme L'Empreinte, Détective-Club, La Tour de Londres...

Surtout il fait retraduire les romans d'Agatha Christie, lesquels avaient connus des coupes lors de leurs premières parutions. Il remet au catalogue les romans de John Dickson Carr et propose de très nombreux inédits. Et il ouvre son catalogue à de jeunes auteurs étrangers leur permettant de se faire connaître. Réginald Hill, Peter Lovesey, ou encore Ruth Rendell qui avait déjà publié par ailleurs mais dont le nom brille d'une aura scintillante, ou encore des Français tels que Michel Grisolia, Alexis Lecaye alias Alexandre Terrel, Paul Halter, Andréa H. Japp...

Michel Averlant était un homme très discret et il n'existe guère de photos de lui.

Sources : Les métamorphoses de la Chouette. Ouvrage de Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret. Futuropolis. Octobre 1986. Entretien réalisé par Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret en février 1986.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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