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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 10:11

Histoires noires pour nuits blanches...

Jean RAY : Le Grand Nocturne suivi de Les Cercles de l'épouvante.

Avec des Si, on mettrait Paris en bouteille, affirme le proverbe. Et l'on peut toujours imaginer que le succès de Jean Ray est dû par l'occupation des Nazis en Belgique et surtout de la fermeture de la frontière avec la France.

Dans sa postface, Arnaud Huftier, grand connaisseur de Jean Ray et de son œuvre précise :

Le 20 août 1940, une ordonnance instaure la censure préalable. L'une de ses missions est de briser l'influence culturelle française prépondérante en Belgique. Il s'agit donc de redonner une visibilité nouvelle à la production littéraire belge au nom des "valeurs nationales".

Ce qui provoque par voie de conséquence une émergence d'auteurs belges, et comme l'a remarqué alors Germaine Sneyers, la production belge gravitait autour de deux pôles : le régionalisme et l'onirisme. Le fantastique est également favorisé de même que l'insolite.

Le Poe belge, comme l'a surnommé Gaston Derycke dans Cassandre le 10 janvier 1943, se voit hissé au sommet de la littérature belge tout simplement parce que son œuvre propose, d'une certaine manière, la synthèse de l'enracinement belge et du fantastique - tout en faisant l'ellipse sur les questions politiques.

Cette période signe la résurrection de Jean Ray, et le natif de Gand se voit porté au pinacle des lettres, tout autant belges que françaises. Il deviendra la Référence du Fantastique, à la hauteur de ses confrères belges Simenon et Steeman qui, eux, œuvraient dans le policier et le roman noir. Si Simenon vivait à l'époque en France, Steeman était en Belgique, fondant avec Jules Stéphane, Thomas Owen, Evelyne Pollet et Max Servais, la coopération d'édition les Auteurs Associés, coopérative que rejoindra Jean Ray.

De 1942 à 1944, des années d'intense activité pour Jean Ray qui se concrétisent par la parution du Grand Nocturne et des Cercles de l'épouvante, avec des textes inédits ou repris dans des publications précédentes dans des magazines belges, mais aussi des Derniers contes de Canterbury et deux romans Malpertuis et L a cité de l'indicible peur, tous devenus des classiques de la littérature fantastique.

 

Certaines thématiques reviennent quasi systématiquement, chères à l'auteur. Le port, l'eau, l'alcool, la nuit, la brume... et des conversations entre adolescents, marins, camarades de comptoir.

Les conversations pour installer l'ambiance, avec souvent un interlocuteur naïf, le port et l'eau pour amplifier l'atmosphère sombre qui s'englue dans nuit et la brume, et l'alcool pour permettre les divagations des personnages, jouant entre réalité et virtualité, entre le tangible et l'irrationnel. Les événements vécus, imposés aux personnages, découlent-ils d'un fantastique quotidien ou proviennent-ils d'une absorption trop fréquente et effrénée d'alcool ?

Le soin de trancher est laissé au lecteur qui se délecte rétrospectivement de la peur et de l'effroi ressentis par des protagonistes se mouvant dans la banalité quotidienne des troquets ou d'endroits tout aussi dangereux et maléfiques, comme les cales d'un navire.

Et pour ceux qui ne connaitraient pas encore Jean Ray et son œuvre, une excellente entrée en matière et un régal de lecture, une écriture dépouillée de tout ce sadisme, cette violence, ces hyperboles dans la brutalité contenus dans la plupart des romans d'horreur qui foisonnent actuellement, le suggestif prenant la place au descriptif.

 

Sommaire :

Le Grand Nocturne

Le Grand nocturne

Les sept châteaux du roi de la mer

Le fantôme dans la cale

Quand le Christ marcha sur la mer

La scolopendre

 

Les Cercles de l'épouvante :

Liminaire. Les cercles.

La main de Goetz von Berlichingen.

L'assiette de Moustiers.

Le cimetière de Marlyweck

L'homme qui osa.

L'auberge des spectres.

L'histoire du Wûlkh.

Le miroir noir.

Fin. Hors des cercles.

 

Autres textes :

Monsieur Briscombe et le feu.

Last chance

En ville inconnue.

 

Postface de Arnaud Huftier.

Bibliographie.

Jean RAY : Le Grand Nocturne suivi de Les Cercles de l'épouvante. Alma Editeur. Parution le 2 mars 2017. 310 pages. 18,00€.

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 06:54

Inusable Sherlock et éternel Holmes ! Bis !

Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes.

Sherlock Holmes, personnage emblématique de la littérature policière, et de la littérature tout court, est peut-être le héros de fiction ayant connu le plus de textes apocryphes, de parodies et de pastiches.

En effet, le premier texte le mettant en scène et n'étant pas signé par Conan Doyle, est écrit à peine quatre mois après cette naissance littéraire, par le créateur d'un autre monument de la littérature populaire britannique, James M. Barrie et son héros Peter Pan.

C'est ce que j'écrivais en introduction du recueil Les avatars de Sherlock Holmes, édité quasi concomitamment avec cette œuvre, Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes, qui nous offre une palette plus complète mettant en scène le célèbre détective britannique. Toutefois il est à noter que la nouvelle qui entame ce recueil se trouve également dans le volume précité, mais dans une traduction légèrement différente. Je passerai donc dessus pour m'attarder un peu plus longuement sur d'autres textes qui valent largement le détour.

Des textes écrits entre 1892 (Robert Barr - Le grand mystère de Pegram) et 2012 (Bernard Oudin - L'aventure du banquier pervers), qui démontrent combien le personnage de Sherlock Holmes a pu inspirer les auteurs, depuis sa création jusqu'à nos jours et sont un véritable foisonnement d'imagination parfois au service de l'actualité.

 

Ainsi dans L'aventure du banquier pervers de Bernard Oudin, publiée en 2012, l'auteur tient à préciser que Toute ressemblance avec des personnes ou des événements ayant défrayé la chronique de l'année 2011 relèverait de la plus improbable coïncidence.

Pourtant, examinons quelque peu le début. Mycroft Holmes, le frère de Sherlock pour ceux qui ne le sauraient pas, demande au détective de passer le voir au Club Diogène, où ils ont leurs habitudes. Accompagné de Watson, Sherlock se rend donc au club pour apprendre qu'une sale affaire entache l'honneur de Wagner-Cohen, le célèbre banquier fondateur de la Banque de commerce et d'investissement. Celui-ci est accusé par une femme de chambre du Claridge d'avoir voulu abuser d'elle. Le banquier naturellement nie les faits. Pourtant Harriet O'Shaughnessy, Irlandaise catholique, ne démord pas de sa version. La fin est évidemment pure imagination de l'auteur, puisque l'histoire se déroule quelques dizaines d'années en arrière et l'implication politique atteint l'Echiquier de la Couronne.

 

Plus étonnant, c'est la présence dans ce recueil de Jean Giraudoux, écrivain et diplomate français surtout connu pour ses pièces de théâtre comme La guerre de Troie n'aura pas lieu ou La folle de Chaillot. D'un cheveu est d'une œuvre de jeunesse datant de 1908.

De même Arthur Conan Doyle nous offre avec La kermesse du terrain de cricket, une parodie de ses propres textes.

Bien évidemment, tout le monde sait qu'entre Arsène Lupin et Sherlock Holmes s'était engagé un duel, ou plutôt un défi. Arthur Conan Doyle n'avait pas apprécié que Maurice Leblanc emprunte son personnage et le créateur d'Arsène Lupin dut changer le nom du détective en Herlock Sholmès.

Quant à Jack London, il ne s'agit pas d'une parodie, mais d'une forme d'éloge dans lequel il mêle son admiration pour Arthur Conan Doyle, son désir de le rencontrer et son parcours personnel comme trimardeur, sa passion pour la boxe puis journaliste.

Bref ce recueil est un véritable panel des parodies et des pastiches holmésiens, incluant des auteurs français, ce qu'avait omis le recueil des avatars de Sherlock Holmes.

Ce volume est agréablement illustré, ce qui lui confère un charme indéniable, par Leonid Koslov, Scott Bond, Vlou et un anonyme.

 

Sommaire :

BARR Robert : Le grand mystère de Pegram

BARRIE James M. : L'aventure des deux collaborateurs

DOYLE Arthur Conan : La kermesse du terrain de cricket

LEHMANN R. C. : Le cambriolage d'Umbrosa

HARTE Bret : Le vol du coffret à cigares

LEHMANN R. C. - Yard

KAHN William B. - La beauté secourue

LEBLANC Maurice : Herlock Sholmès arrive trop tard

GIRAUDOUX Jean - D'un cheveu

ALCESTE - Le coupable

O'HENRY - Les aventures de Shamrock Jolnes

LONDON Jack - Arthur Conan Doyle

STEELE Frederic Dorr - L'aventure de l'éditeur de livres d'art assassiné

KUMMER Frederic Arnold - Le meurtre de la cathédrale de Canterbury

REOUVEN René - La plus grande machination du siècle

Bibliothécaires Royal Borough - Le comptable pressé

ASHMAN Peter G. - Epinglé au mur

LIEBOW Ely M. - L'aventure de l'héboniste chronique

FORTIER Jacques - L'autre défenestration de Prague

OUDIN Bernard - L'aventure du banquier pervers

Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes. Recueil collectif. Editions Baker Street. Parution le 19 janvier 2017. 288 pages. 18,00€.

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 06:03

Tu lui demanderas qu'elle me rapporte ma clarinette et mon saxophone soprano ...

Marc VILLARD : Si tu vois ma mère.

Spécialiste de la nouvelle et du roman minimalistes, Marc Villard ne s'exprime jamais mieux que lors qu'il met son imagination au service du jazz et des Etats-Unis.

Avec protagonistes des personnages célèbres ou non ayant connu des démêlés durant leur quotidien, des tranches de vie cabossées, des parcours chaotiques, des dérapages.

 

Lamborghini Miura : Miles Davis a décidé que des représentants de son peuple, des Afro-américains, pourraient bénéficier de billets à tarif réduit pour assister à l'un de ses concerts. Seulement cela ne plait guère à l'organisateur qui délègue à deux petits bras l'accrochage de son véhicule. Ce ne pourrait être qu'une banale histoire de gros sous, mais tout réside dans l'humour féroce des deux dernières phrases.

 

South Central 92 : Lee Benton est fauché et il a dû mettre son trombone en gage. Il veut récupérer son instrument mais des émeutes secouent South Central. Les agresseurs de Rodney King ont été déclarés non coupables, ce qui attise la fureur de la communauté Black. Lorsqu'il arrive chez Marvin Slater, le dealer blanc du quartier, celui-ci est mort. Tué par des Noirs, comme Lee. C'est sa fille âgée d'une dizaine d'années et adepte de la batterie qui l'affirme. Comme elle ne possède plus aucun parent, Lee décide de la prendre sous son aile. L'épilogue est un pied-de-nez aux préjugés.

 

La pierre noire : Andy Parker est infirmier au Metropolitan Hospital et lorsqu'il ne soigne pas ses patients, il dessine des portraits à la pierre noire, plus propre que le fusain. Des personnes rencontrées dans le métro, sur son lieu de travail également. Surtout. Ce jour-là il vient de croquer Costello, un vieil homme qui est décédé quelques minutes auparavant lorsqu'il apprend que Billie Holiday a été admise dans les locaux. Marc Villard se penche sur les derniers jours d'une icône du jazz.

 

La Baronne : La baronne, c'est Pannonica de Koenigswarter, mécène des jazzmen et mère nourricière de cent-vingt-deux chats. Deux petits loubards ont décidé de s'emparer d'objets de valeur dans sa grande maison, alors que Nica et Charlie Rouse, le trompettiste, sont partis au Five Spot voir jouer le pianiste Barry Harris. Mais ils ne s'attendaient pas à trouver sur place Thelonious Monk qui cuve sa fatigue. C'est en farfouillant dans des vinyles qu'ils reconnaissent ce musicien représenté sur des pochettes de disques. Thelonius qui ne veut pas qu'ils touchent au piano.

 

Une vie bien pourrie : Un épisode mouvementé dans la vie d'Art Pepper, le saxophoniste fauché qui s'injecte des substances prohibées dans le bras. Juana, l'une des prostituées mexicaines qui travaillent dans ce quartier de Los Angeles, il les connait charnellement presque toutes, lui demande de devenir son protecteur, son mac officiel étant parti pour deux mois. Art Pepper est bien embêté car il a déjà Diane sur le dos.

 

Les mélomanes : Le jazz toujours, bien évidemment, mais avec un invité vedette, Charles Bukowski. Un musicien, accompagné d'un pack de six bières, qui déclare adorer ses poèmes, s'invite chez lui. Mais l'écrivain n'apprécie pas du tout le style free-jazz du saxophoniste. Alors dans sa rubrique Journal d'un vieux dégueulasse, il l'éreinte.

 

Arnaqueurs : Comme son titre l'indique, il s'agit bien d'une arnaque que Paul Davis, saxophoniste, accepte d'organiser. Manuela, une prostituée qui loge dans le même hôtel miteux de San Diego, a imaginé pouvoir subtiliser une rondelette somme d'argent à Sanchez, mais pour cela il lui faut l'aide de Paul Davis. Et comme la plupart des musiciens, le saxophoniste est fauché. Alors il accepte.

 

Marvin et Rosa : Jeune trompettiste, Marvin Hawley se rend pour un cours avec son prof de musique. Mais il sent qu'il arrivera en retard, quand une femme noire, comme lui, refuse laisser sa place dans le bus bondé à un Blanc malgré les exhortations du chauffeur. Cette femme qui refuse d'obtempérer en ce 1er décembre 1955 se nomme Rosa Parks, et elle sera à l'origine du mouvement de protestation des Noirs de Montgomery (Alabama), qui feront la grève des transports pour se rendre à leur travail en signe de solidarité. Parmi les manifestants, le jeune Martin Luther King. Un épisode qui datera dans le lutte contre la ségrégation aux Etats-Unis.

 

Seize nouvelles, inédites ou qui ont déjà été publiées notamment dans la revue Jazzman avant que celle-ci soit absorbée par Jazz Magazine, ou chez SKA en version numérique, qui mettent en scène des musiciens de jazz fauchés pour la plupart, vivant de drogue et d'alcool. Une représentation de l'Amérique chère à Marc Villard, loin du rêve américain. Marc Villard possède une écriture évocatrice des démêlés de ses paumés qui se débattent et veulent s'en sortir par la musique de jazz.

Et je n'ai pu m'empêcher de songer, en lisant ces textes, à un autre écrivain, romancier, nouvelliste, journaliste et correspondant de guerre, Ernest Hemingway. Un style sobre et pourtant poétique, décrivant une génération perdue, selon l'expression de Gertrude Stein.

Un rapprochement peut-être osé, car Marc Villard possède son propre style et ses points de fixation, ses obsessions, personnels, mais qui pour moi s'est instauré comme une évidence.

Quant au titre, il renvoie à un morceau de Sidney Bechet, enregistré en 1952.

 

Sommaire :

Lamborghini Miura

South Central 92

La pierre noire

Drums

Don't explain

La baronne

Une vie bien pourrie

Les mélomanes

Nostalgia in Times Saure

Arnaqueurs

Le pont

Tijuana Moods

La route du blues

Marvin et Rosa

Cadillac Walk

Roma 1987

Marc VILLARD : Si tu vois ma mère. Nouvelles. Collection Bande à part. Editions Cohen & Cohen. Parution le 23 février 2017. 188 pages. 15,00€.

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 14:42

Mais le plus tard possible...

Jean-Paul NOZIERE : Et vous mourrez longtemps.

La frontière entre littérature pour adolescent et celle pour adulte n'existe pas pour Jean-Paul Nozière. Il s'adresse à tout le monde, sur le même pied d'égalité, faisant fi de l'âge, car les thèmes abordés s'adressent aussi bien aux deux catégories de maturité.

Huit nouvelles composent ce recueil, des textes inédits ou déjà publiés lors de parution dans des ouvrages collectifs.

Elles possèdent en commun un procédé théâtral, ou radiophonique, avec peu de personnages. D'ailleurs le ton est donné dès la première de ces nouvelles, intitulée Délivrance.

Les projecteurs s'allument. Sur la scène, deux corps sont allongés sur un sol couvert de poussière rouge. Un homme et une femme...

Cet homme, c'est Hugo, encouragé par Inès. Il n'en peux plus, il est fatigué. Depuis deux mois ils marchent. Ils n'ont plus rien à manger, ils ont soif. C'est l'home qui se plaint tandis que la femme l'exhorte à continuer. Ils doivent grimper une falaise puis redescendre le chemin qui mène à la grotte, but de leur pérégrination. Hugo est défaitiste, heureusement Inès est là pour le motiver.

 

Blanc comme neige : Un policier interroge Bambi, un surnom donné comme une dérision mais que le gamin revendique. L'homme veut connaître le fin fond de l'histoire des billets truqués, et surtout quel rôle lui et son copain Emeci ont joué dans cette histoire. Emeci, comme M.C. Solar. Un huis-clos entre un adulte et un gamin mais qui aura le dernier mot ?

 

Alain Delon : A cause de ses copains poivrots, comme lui, qui l'ont surnommé Alain Delon, Momo est devenu fier comme Artaban. Et c'est dur de se rendre compte devant la glace qu'il est un vieux rabougri, fringué comme une loque.

 

N'oubliez pas de composter votre mort : Dans le train corail qui effectue la liaison Lyon-Perrache/Dijon, un trajet que Léa vient d'effectuer une douzaine de fois, toutes les semaines, enfin elle pense que cette fois c'est la bonne. Elle tend son billet non composté au contrôleur. Une façon comme une autre pour engager la conversation avec l'homme de la SNCF qui apparemment n'attend que ça. D'ailleurs, il remarque qu'elle lit un roman policier et la discussion prend un tour littéraire et il avoue avoir été publié à la Série Noire. Il a en tête une histoire de tueur en série qui propose à ses futures victimes un pistolet, les laissant composter leur mort. Un peu l'histoire de l'arroseur arrosé.

 

La messe est finie : Le père Angelo Tortori est complètement déprimé. Son église tombe en ruines mais il n'a pas les moyens financiers pour engager des réparations. L'évêque n'a que faire de la paroisse de San Domenico et le père Angelo enrage. Il s'adresse au Christ qui le regarde du haut de sa croix. Une solution existerait bien, elle se nomme Fausta Carli, une vieille dame riche dont l'héritage serait le bienvenu. Une histoire qui rappelle un peu Don Camillo avec les imprécations du curé et ses discussions avec le Christ, lequel le met en garde contre toute envie d'outrepasser quelques règles des Dix commandements.

 

Voici quelques-unes des histoires dont Jean-Paul Nozière nous régale, avec cet humanisme qui joue sur la dérision et l'humour noir. Des scénettes qui pourraient être adaptées dans un film à sketches comme Les 7 péchés capitaux, Le Diable et les dix commandements, La Française et l'amour, Les contes de Canterbury, Les Parisiennes, Le crime ne paie pas et autres films qui furent en vogue principalement dans les années 50/60.

A conseiller à ceux qui aiment les bonnes nouvelles, et à ceux qui désireraient découvrir un genre possédant toutes les facettes d'un prisme dont la vengeance, la jalousie, la cupidité, le machisme seraient les vitrines principales.

 

Sommaire :

Délivrance

Blanc comme neige

Alain Delon

N'oubliez pas de composter votre mort

La sœur de Pinocchio

Morte dans l'après-midi

La messe est finie

Et vous mourrez longtemps

 

Jean-Paul NOZIERE : Et vous mourrez longtemps. Collection Nouvelles. Editions Thierry Magnier. Parution le 11 janvier 2017. 208 pages. 11,00€.

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 06:14

Plus fort que Vivaldi et ses 4 saisons...

Jean-Christophe CHAUMETTE : Les 7 saisons du Malin.

Les 7 saisons du Malin est un recueil de nouvelles déclinant les âges de la vie en prenant comme thème les 7 péchés capitaux.

Ainsi, la Naissance associée à l’Envie met en scène une jeune femme qui aurait tout pour être heureuse mais ne se contente pas de ce qu'elle possède. C’est une jalouse, une envieuse, et évidemment cela va lui jouer un sale tour.

L’Enfance et la Gourmandise vont souvent de pair, mais le boulimique Francis va apprendre à ses dépends qu’il faut parfois se raisonner.

Suivent l’Adolescence et la Luxure, la Jeunesse et l'Avarice, l’Âge adulte et la Paresse, l’Âge mûr et la Colère, enfin la Vieillesse et l’Orgueil.

Le tout avec toujours comme personnage récurrent Théophanis Theosphelpemis.

 

Un recueil à lire le sourire aux lèvres, afin de conjurer le sort et ne pas laisser le Malin s’arroger le droit de régler le destin à sa façon.

Jean-Christophe Chaumette narre ces différents épisodes avec une verve satanique et l’on en redemande.

Jean-Christophe Chaumette a débuté au Fleuve Noir, mais la récession enregistrée tant en nombre de titres qu’en auteurs Français publiés par cette maison d’édition quinquagénaire (lors de la parution de la première édition de ce recueil) fait que quasiment tous les romanciers qui signaient au Fleuve ont été laissés sur la touche. Rares sont ceux qui ont pu tirer leur épingle du jeu et s'attirer les faveurs d'autres éditeurs.

 

Première parution : Collection 2000.com. Editions Naturellement. Parution mars 2000.

Première parution : Collection 2000.com. Editions Naturellement. Parution mars 2000.

Jean-Christophe CHAUMETTE : Les 7 saisons du Malin. Editions L'ivre-Book. Parution 25 février 2017. 166 pages. Version numérique 3,99€.

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 06:55

Inusable Sherlock et éternel Holmes !

Les avatars de Sherlock Holmes.

Sherlock Holmes, personnage emblématique de la littérature policière, et de la littérature tout court, est peut-être le héros de fiction ayant connu le plus de textes apocryphes, de parodies et de pastiches.

En effet, le premier texte le mettant en scène et n'étant pas signé par Conan Doyle, est écrit à peine quatre mois après cette naissance littéraire, par le créateur d'un autre monument de la littérature populaire britannique, James M. Barrie et son héros Peter Pan.

Avec un humour très britannique, James M. Barrie se met en scène dans cette nouvelle intitulée Une soirée avec Sherlock Holmes. Il rend visite à Conan Doyle et le célèbre détective est là, se prélassant dans un fauteuil. Débute alors entre les deux hommes une joute oratoire, afin de déterminer qui sera le plus déductif.

Annoncé comme recueil inédit, il faut toutefois relativiser puisque le texte de P.G. Wodehouse, Extraits du carnet d'un détective, a déjà été publié dans le volume 2 du Mémorial Sherlock Holmes, chez Clancier-Guénaud, en octobre 1982 sous le titre Le plus grand triomphe d'Adrian Mulliner dans une traduction de Geneviève Lebaut. Cette nouvelle met en scène un détective privé, Adrian Mulliner, qui veut absolument narrer une de ses aventures aux quelques membres du club présents ce soir-là. Il dénigre Sherlock Holmes, se demandant comment il peut s'en sortir financièrement.

Comme l'indique le titre de cette nouvelle écrite par Edward Frederic Benson et Eustace H. Miles, Le retour de Sherlock Holmes nous propose les retrouvailles de Watson et de son ami alors que le détective était censé avoir disparu dans les chutes de Reichenbach.

Si A. A. Milne est plus connu comme le créateur de Winnie l'Ourson, popularisé par les Studios Disney, il ne faut pas oublier qu'il fut aussi un romancier pour adulte, dont l'excellent Mystère de la maison rouge, un classique du roman de détection réédité en 1995 au Masque. Avec L'enlèvement de Sherlock, sous-titrée La seule version authentique des aventures de Holmes, voici une histoire totalement décalée qui tient en quatre pages, seulement.

Je passe rapidement sur les autres nouvelles qui figurent dans ce recueil, non pas quelles soient inintéressantes, au contraire, mais pour m'attarder un peu plus longuement sur Le Mystère de Pegram de Robert Barr. Rien que le titre, ou plutôt cette histoire, est un véritable mystère car elle fait l'objet de deux traductions quasiment simultanées. Celle-ci est signée Jean-Paul Gratias, et le titre original est : Detective Story Gone Wrong : The Adventures of Sherlaw Kombs.

Une fois encore le clone du détective de Conan Doyle, grâce à son don de déduction parviendra à résoudre une énigme ferroviaire qui semblait dès le départ vouée à l'échec. Mais pour une fois, tout en ayant raison, il se trompera sur l'identité du coupable.

Ce qui m'a amusé et interloqué tout à la fois, c'est le fait que le traducteur, avec sûrement une bonne raison, a changé le nom du protagoniste. Sherlaw Kombs est devenu sous sa plume, ou son clavier, Charlot Keums. Peut-être dans un but de compréhension phonétique, allez savoir. Et quand on nous serine que les traducteurs veulent rester fidèles au texte original !

Enfin, dans la nouvelle qui clôture ce recueil, L'affaire du second butin, est due également à Robert Barr, on ne se lasse pas de redécouvrir cet auteur britannique contemporain de Mark Twain, Jerôme K. Jerôme, H. G. Wells et Conan Doyle et avec lesquels il collabora. Mais dans cette historiette Conan Doyle lui-même est mis en scène tout comme Sherlock Holmes à qui il rend sa véritable identité.

 

Les avatars de Sherlock Holmes est une anthologie extraite du Grand livre des parodies et pastiches holmésiens composé par Otto Penzler en 2015, un volume qui devrait être suivi d'autres publications, pour le plus grand plaisir des amateurs de Sherlock Holmes mais également de textes humoristiques et quelque peu insolents.

 

Sommaire :

Avant-propos de l'éditeur.

 

James M. Barrie : Une soirée avec Sherlock Homes (An Evening With Sherlock Holmes). Traduction de Jean-Paul Gratias.

P.G. Wodehouse : Extrait du carnet d'un détective (From a Detective's Notebook). Traduction de Frédéric Brument.

E.ustace H. Miles : Le retour de Sherlock Holmes (The Return of Sherlock Holmes). Traduction de Frédéric Brument.

A. A. Milne : L'enlèvement de Sherlock (The Rape of Sherlock). Traduction de Frédéric Brument.

John Kendrick Bangs : Une énigme pragmatique (A Pragmatic Enigma). Traduction de Frédéric Brument.

Stephen Leacock : Tiré par les cheveux (An Irreductible Detective Story). Traduction de Frédéric Brument.

Robert Barr : Le mystère de Pegram (Detective Story Gone Wrong : The Adventures of Sherlaw Kombs). Traduction de Jean-Paul Gratias.

Robert Barr : L'affaire du second butin (The Adventure of the Second Swag). Traduction de Jean-Paul Gratias.

Les avatars de Sherlock Holmes. Rivages Noir N°1037. Editions Rivages. Parution 4 janvier 2017. 140 pages. 6,20€.

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 09:04

Bon anniversaire à Pierre Colin-Thibert

né le 29 janvier 1951.

Colin THIBERT : Le bâtard de l’espace.

Projetant, dans un futur plus ou moins proche, des faits de société, pseudo culturels ou scientifiques, Colin Thibert extrapole avec une ironie grinçante des petits événements qui semblent de prime abord anodins. Seulement il faut se méfier de ce que l’avenir nous réserve.

Dans Le bâtard de l’espace, nouvelle éponyme de ce recueil, des producteurs de télévision ont imaginé, afin de redorer leur blason et reconquérir une part d’audience qui fléchit, de réaliser un nouveau concept de Loft Story à bord d’une navette spatiale. Bien sûr les dés sont pipés, seulement pendant que les téléspectateurs se focalisent sur cette émission, des actes graves se déroulent sur Terre.

Fauché par un camion alors qu’il s’amusait en skate, le héros de Bonheur et Alacrité se réveille dans une chambre d’hôpital en 3057. Décédé, il avait été cryogénisé, et c’est par hasard que son corps a été découvert. Les êtres humains sont devenus plus paisibles, plus tolérants, plus calmes, plus pacifiques. Mais il suffit d’une visite, en compagnie d’autres élèves, d’un musée pour que tout se dérègle.

Dans Pivorce un jeune adolescent rencontre un avocat afin de se plaindre des mauvais traitements qu’il subit de la part de ses parents. Il veut pivorcer, comme les parents qui divorcent. Mais ses revendications sont-elles recevables ?

Le jour de ses quinze ans Lionel a comme cadeau d’anniversaire la surprise d’apprendre que son père lui a programmé un clone, pour si un jour il lui arrivait un accident. Tel est le point de départ de Alter Ego, une nouvelle qui prouve que parfois il est plus commode de se retrancher dans la facilité que d’affronter l’adversité.

Nettement plus poignante Le cobra nous entraîne à la suite de touristes qui découvrent avec effroi que dans le pays qu’ils visitent, de nombreux autochtones sont handicapés. Se renseignant auprès de l’un d’eux, ils apprennent avec horreur que tous ces mutilés vendent soit un œil, soit un bras, soit une jambe pour survivre.

Dans Vendredi sur la huitième lune, un chercheur de sélénium va se rendre compte, à ses dépens, qu’il n’est pas bon de trafiquer un robot, même s’il manque de compagnie. Quatre autres nouvelles complètent ce recueil qui s’intéresse à l’avenir, notre avenir, et sous couvert d’un humour souvent ravageur, décapant, et nous amène à réfléchir à un soi-disant progrès. A classer auprès des ouvrages de Fredric Brown.

 

Colin THIBERT : Le bâtard de l’espace. Nouvelles. Editions Thierry Magnier. Parution 19 janvier 2009. 186 pages. 10,10€.

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 06:34

La vie mode d'emploi ?

Eric SCILIEN : Comment réussir sa vie sans être une rock star.

Trois tranches de vie qui pourraient relever d'un quotidien banal mais qui, à cause d'une distorsion, se voient sublimées ou au contraire se révèlent mesquines, grotesques.

 

Tout le monde veut changer de vie.

Alex, le narrateur, a quitté la vie parisienne pour se ressourcer dans un coin perdu en Ardèche. En accord avec Nadège, sa compagne, il a décidé de retaper une vieille bâtisse et de la transformer en gîte rural. Seulement il rénove tout, tout seul, car les fonds ne lui permettent pas d'employer des ouvriers du bâtiment. Nadège assure leur pitance et les matériaux en travaillant, quelques semaines par-ci, par-là, dans des restaurants des environs.

Cela n'avance pas vite car Alex commence tout et ne finit rien, une façon de procéder qu'il assume. Mais il ne faut pas l'ennuyer, le déranger pour des broutilles. Comme Christophe dont l'appel téléphonique arrive comme un cheveu sur la soupe, une invitation pour le mariage d'une amie de Nadège. Pas grave si Alex ne vient pas, la présence de Nadège suffira. Alex ressent une pointe, grosse comme un pieu, de jalousie lui perforer l'esprit et rembarre l'importun.

Jusque là, rien que de très insignifiant, même si les relations entre Nadège et Alex sont parfois tendues. Non, tout bascule lorsqu'un individu, fagoté trimardeur, frappe à sa porte et lui demande de lui rendre un petit service. Rien de bien méchant, même si l'homme possède des arguments dissuasifs de rébellion et de refus. Une arme dans la main, une coquette somme d'argent dans l'autre, il exige qu'Alex l'accompagne dans son tracteur urbain, genre 4X4, afin de creuser un trou au fond des bois.

Et parfois il faut attendre sept ans pour voir s'esquisser un retournement de situation !

 

Les plus belles victoires se forgent au cœur de la défaite.

La narratrice revient sur un événement qui a compté dans la vie de son mari, lui qui s'entraînait tous les jours dans une discipline sportive ingrate en prévision des jeux olympiques.

Une page d'amour et une attention de tous les jours, un encouragement constant, pour juste arriver à un exploit qui peut sembler minime en soi, mais important, en regard d'une consécration aurifère. Une prouesse qui ne sera jamais célébrée par une remise de récompense mais qui change la vie d'un homme. Une leçon de courage.

 

Comment réussir sa vie sans être une rock star.

Titre éponyme de ce recueil, cette nouvelle met en scène un homme qui aurait aimé être mais n'y est jamais parvenu. Il aurait voulu par exemple devenir un grand guitariste, de rock de préférence, mais n'a réussi qu'à exécuté Jeux interdits, la base à une corde. Depuis il a rempli soixante-sept classeurs de coupures de presse sur ses idoles, celles des années 60/70, des groupes devenus mythiques auxquels il s'identifiait. Son problème ne réside pas dans cette insignifiance, mais dans l'ascension, le talent, la renommée acquise par son cousin Thomas.

Tout ce qu'il avait voulu entreprendre devenait mesquin, tandis que Thomas possédait une notoriété, une célébrité, une aura sans conteste. Sa femme est obèse, ses enfants traînent des boulets derrière eux, tandis que Thomas est marié à un mannequin qui a défilé sur toutes les scènes internationales. Et ce n'est qu'un tout petit exemple. Thomas qui a joué avec les plus grands, aux Etats-Unis ou accompagnant Johnny lors d'un concert parisien.

Alors forcément, quand Thomas est présent à une fête familiale, il accapare l'attention. Tous les yeux sont tournés vers lui. Mais Jean-Louis, petit employé municipal aux espaces verts, possède un talent caché qu'il saura exploiter le temps venu et incidemment.

 

En écrivant ces trois textes à la première personne, l'auteur oblige le lecteur à s'identifier à ces antihéros du quotidien, à se mettre dans leur peau, et à ressentir les mêmes affres, les mêmes désillusions, les mêmes angoisses, les mêmes déceptions.

Reprenant la célèbre phrase d'Andy Warhol, À l'avenir, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale, Eric Scilien nous offre trois portraits de personnages qui ne sont pas forcément inconsistants, mais espéraient mieux de la vie et des efforts qu'ils, et leur entourage, avaient consentis. Ce n'est pas vraiment une renommée mondiale dont ils ont besoin, mais bien d'une reconnaissance de leur talent, de leur obstination, du travail qu'ils ont effectué avec opiniâtreté. Une reconnaissance de leur présence.

Dans la première de ces nouvelles, on ressort complètement vidé, et l'on voudrait pouvoir la continuer et aider le narrateur. Dans la deuxième, on ne peut que s'incliner devant la persévérance d'une femme qui veut à tout prix que celui qu'elle aime s'en sorte, aidée par une tierce personne. Quant à la dernière, humoristique et jouant sur la nostalgie, on s'aperçoit qu'il suffit de peu pour se dépasser et devenir une célébrité sinon mondiale disons de son quartier ou de son village, mais surtout de retrouver confiance en soi.

La nouvelle n'est pas le genre littéraire prisé par les Français, et c'est dommage. Car Eric Scilien mérite mieux qu'une publication confidentielle. Ah, s'il avait écrit un roman de 500 pages, peut-être qu'un éditeur germanopratin se serait penché sur sa prose !

Eric SCILIEN : Comment réussir sa vie sans être une rock star. Bookless éditions. Parution 16 novembre 2016. 132 pages. Broché 8,44€. Numérique 4,99€.

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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 14:35

L'Octopode a neuf (?) bras pour écrire

neuf histoires...

COLLECTIF : Le Poulpe court toujours...

Qui l'eut cru, lorsque Jean-Bernard Pouy, Patrick Raynal et Serge Quadruppani ont créé ce curieux personnage anar et libéral, justicier moderne, que Gabriel Lecouvreur, ainsi surnommé à cause de ses bras démesurés, allait connaître une destinée et une longévité littéraire populaire ?

Aujourd'hui il a cinquante-six ans, d'après son état-civil, mais peut se targuer d'avoir vécu vingt et un ans d'aventures périlleuses. Et comme le festival Noir sur la ville fête également son anniversaire, vingt ans de bons et loyaux services envers le roman noir, il suffisait d'un concours, non pas de circonstances, pour mettre notre céphalopode à la sauce armoricaine et au jet d'encre sympathique en recueil.

Recueillons-nous donc sur les neuf textes proposés par des amateurs doués et des professionnels consciencieux, qui pour une fois dérogent à leur poulpophobie afin de mettre en scène les aventures surprenantes de cet animal, véritable zythologue, brasseur de bras contre les moulins à vent de la bêtise humaine et ses dérives, et dégustateur de houblon fermenté, houblon ou brun d'ailleurs, breuvage appelé aussi bière mais à ne pas confondre avec celles en bois.

Place maintenant aux servants de cette messe littéraire, à laquelle nous ne risquez pas de vous ennuyer, lesquelles apparaissent en procession par ordre alphabétique :

 

François Cariou : What else, Angels ?

Alors qu'il procède à ses activités habituelles au bar du Pied de porc à la Sainte-Scolasse, dégustation du café matinal et lecture du journal, Gabriel est interloqué par le manège d'un client. L'homme boit un pastis, et mord dans son verre. La bouche pleine de sang et de morceaux de verre, l'homme explique que sa femme Malika, préposée au nettoyage de bureaux pour une entreprise privée, vient de passer par la fenêtre de l'immeuble où elle officiait de nuit. Ni l'homme, ni Gabriel ne croient à un suicide. Une enquête qui ne rapportera rien au Poulpe, sinon la satisfaction d'avoir effectué une bonne action.

Pascale Dietrich : Bascoulard !

Gabriel se rend à Bourges, où vit encore sa grand-mère, pour enquêter sur l'assassinat d'un peintre marginal local, Marcel Bascoulard. Il a bien connu l'artiste-clochard qui vivait dans la cabine d'un camion échouée sur un terrain vague. Le peintre aimait se déguiser en femme et il était devenu une figure locale. Alors Gabriel assiste à l'inhumation, repérant quelques figures de notables et d'édiles de la cité berrichonne susceptibles de l'avoir trucidé.

A noter que Marcel Bascoulard a réellement existé et l'on peut lire la notice qui lui est consacrée sur Internet.

Pascale Fonteneau : Les Faux Jetons maltais.

Lors d'une inspection du travail, un demi-cadavre est retrouvé dans des fondations pas terminées sur un chantier. Celui qui s'est débarrassé de ce demi-cadavre, l'autre partie ayant été incinérée, n'a fait son boulot qu'à moitié. Or le défunt, qui portait ses papiers scotchés sur une jambe, n'aurait jamais dû se trouver à l'endroit où il a été découvert, puisqu'il est mort l'année précédente. Cindy, une serveuse de bar qui entend les clients discuter de cette affaire, décide d'en faire part (c'est de circonstance) à son amie Chéryl qui transmettra au Poulpe. Lequel part aussitôt pour Bruxelles, là où cette macabre découverte a eu lieu.

Bernard Granjean : L'abbé Bette du Gévaudan.

Un intrus dépose une coupure de journal devant le nez et les lunettes de Gabriel, tranquillement installé au Pied de porc à la Sainte-Scolasse. De la part d'Alexandre et Alice précise-t-il. Alice, la seule qui aurait pu l'obliger à quitter son statut de célibataire. Ceci ne nous regarde pas, cette information relevant du domaine privé. Mais au nom d'Alice et à la lecture de l'articulet, tendu par cet homme qui est un jésuite en rupture des liens de l'église, Gabriel se rend immédiatement à Marvejols. Il se passe de drôles (enfin pas si drôles que ça) de trucs dans la région. Des personnes ont disparu et le cadavre d'un gamin a été retrouvé égorgé dans l'Aubrac. Nul doute que pour le localier, la Bête est de retour.

Eric Lainé : Poulpe miction.

Ce n'est pas qu'il soit porté sur la religion, mais bien parce que Cheryl le lui suggère pour lui changer les idées, que Gabriel se rend en Belgique, à Maredsous exactement, chez les Bénédictins. Deux moines ont disparu d'un monastère. Et comme tous les monastères bénédictins qui fabriquent des boissons alcoolisées, genre Dom Pérignon ou Bénédictine, celui de Maredsous est spécialisé dans la bière. Un bon prétexte pour aller y mettre son nez.

Jean-Patrick Muller : L'arène des paumés.

Le XIe arrondissement parisien subit la convoitise des nouveaux Bobos qui investissent le quartier, multipliant les rénovations, ôtant l'âme de ce quartier populaire, avec la bénédiction de la municipalité, et la rapacité des promoteurs immobiliers. Gabriel assiste à une scène au cours de laquelle Gérard, le patron du Pied de porc à la Sainte-Scolasse manque s'étouffer. Deux clients attifés clowns, c'est à la mode parait-il, osent demander deux pink killer. Deux bières blanches au pamplemousse, en bon français. Et voilà Gabriel parti sur le pied de guerre, conforté dans sa mission lorsque de la cour d'un établissement nouvellement rénové, il surprend une conversation édifiante.

 

Voici donc les textes des quatre lauréats du concours de cette année ainsi que ceux des deux auteurs féminins qui ont acquis leurs lettres de noblesse et inscrit leurs noms au fronton des Arts et Lettres.

Maintenant il ne me reste plus qu'à vous présenter les deux piliers de Lamballe, des poulpophobes, et le gardien de but.

Jean-Hugues Oppel : Chais et rasades.

Toujours entre deux voyages, deux moyens de transports, Gabriel jette un œil et quelques réflexions sur la situation actuelle de la France. Revenant d'Australie et partant pour Bordeaux, il s'insurge intérieurement sur l'état d'urgence imposé mais qui ne résout rien, sa nouvelle enquête qui l'emmène dans les chais, la vigne produisant des raisins de moins qualité et donc un vin au goût douteux, tout en déplorant l'absence de Chéryl alors que c'est lui qui n'est jamais là. Il (Oppel) revient sur ces débuts en duettiste à la Série Noire.

Jean-Bernard Pouy : Deux êtres se rencontrent et un tombereau de merde s'installe dans leur cœur... Résumé en Je hais le Poulpe.

Franchement notre J.B.national en a marre du Poulpe qui lui a rongé la vie, sinon plus. Le Poulpe l'a absorbé, digéré, vampirisé, et l'auteur n'existe plus derrière sa créature, alors qu'il n'était pas le seul à l'avoir procréé. Tout un pan, le principal, de sa carrière littéraire s'efface derrière l'octopode humain. Un texte acerbe, teinté d'une amertume compréhensible et de désabusement.

Marc Villard : Ce n'est qu'un combat, continuons le début.

Tout comme Oppel, Marc Villard n'a jamais voulu franchir le pas, mais en guise de respect pour les organisateurs du festival Noir sur la ville, il leur devait bien un texte. Aussi, ce faisant il détourne légèrement la Bible poulpesque, et nous entraîne dans un de ses lieux favoris : Paris. Mais il place son histoire dans lors d'une des nombreuses convulsions qui ont malmené la capitale, les événements de Mai, mettant en scène quelques étudiants, dont Antoine Lecouvreur, qui n'est pas le dernier à se révolter, étant fiché à la Sorbonne. Soixante-huitard que jamais.

Au travers de ces neuf textes on découvre un Poulpe vieillissant, dont la santé (non pas la prison) chancelle, mais qui fidèle à son charisme court toujours par monts et par vaux tel le preux chevalier, à la défense de la veuve et de l'orphelin et de ses amis.

Frédéric Prilleux, se dresse logiquement en préfacier humoriste et persuasif tandis que Denis Flageul nous offre sa Ballade du Poulpe.

 

Un numéro collector du Poulpe que vous pouvez vous procurer sans inconvénient et avec la bénédiction de l'association La Fureur du Noir et la Médiathèque de l'IC au prix de 11,50€, frais de port (hallal) compris, via le bon de commande que vous trouverez ci-dessous si vous cliquez sur le lien proposé :

COLLECTIF : Le Poulpe court toujours... Une production Noir sur la ville. Collection Le Poulpe N°291. Editions Baleine. Parution novembre 2016. 160 pages. 11,50€.

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 09:51

Les primaires, c'est élémentaire,

mais pas secondaire !

COLLECTIF : Mortelles primaires.

Les flonflons, les majorettes, les applaudissements, les prises de paroles empreintes d'amabilité, les sourires réjouis, les congratulations sincères et cordiales, les poignées de mains franches et énergiques, les accolades, les les jeux télévisés dont il ne sortira qu'une seul vainqueur, tout ça c'est terminé. Pour la Droite.

Mais pour la Gauche, les enjeux sont encore ouverts, malgré une défection récente de taille. Il a lancé l'éponge, mais les affamés de pouvoir se pressent au balcon.

Les auteurs se sont vu attribuer une personnalité politique de gauche susceptible de se présenter aux primaires, mais avec une contrainte. Celle du 49.3 qu'il faut dégainer le plus vite possible, tel Lucky Luke.

Mais ce 49.3 qui peut se révéler parfois une arme redoutable, pas forcément utilisé toujours avec bon escient, peut se présenter sous plusieurs formes. A l'auteur de décider comment il va s'en servir. Dans l'intérêt du lecteur évidement.

Et ils se défoulent les auteurs, avant de pouvoir le faire en glissant délicatement leur bulletin de vote lors de la véritable élection présidentielle. Pour l'instant ce ne sont que les préliminaires, et chacun sait que les préliminaires constituent une phase importante pour sublimer la jouissance émanant de l'éviction d'un candidat qui déplait.

Certains jouent à la baballe, car la coupe d'Europe de foot, c'est sacré. Et c'est un bon moyen pour détourner l'attention des amateurs de la balle ronde, la politique et ses dégâts étant occultés. Mais le stade est aussi un lieu propice pour organiser un gentil petit attentat. Du moins c'est ce que pense Maurice Gouiran.

Les retours en politique sont-ils possibles ? Guère d'hommes politiques n'en ont bénéficié, traînant derrière eux une casserole ou simplement une parole malheureuse à l'encontre d'un adversaire. Ainsi Lionel Jospin, tranquillement installé dans l'île de Ré. Il est agressé, mais les auteurs avaient peut-être les raisons de provoquer un attentat. C'est Pierre Dharéville qui gère.

Si Patrick Fort nous entraîne au Bal masqué, Jeanne Desaubry nous emmène beaucoup plus loin, aux Tropiques, perdant en cours de route sa valise.

Jacques Mondoloni préfère mettre en scène une mini pièce de théâtre, un dialogue entre l'auteur et le Politique qui reste masqué. Une situation qui permet à un nouveau candidat de se déclarer. Ne cherchez pas, les prétendants ne manquent pas.

Chantal Montellier nous propose une définition de la politique, définition que je vous livre sans ambages et dont vous ferez votre profit, je n'en doute point :

Sans la fantaisie et l'imaginaire pour la nourrir et l'ensemencer, la politique est une femme frigide et stérile !

 

Ce ne sont que quelques aperçus rapides et je vous laisse découvrir toutes les perles que referme ce recueil, nul doute que vous allez, sinon vous amuser, du moins prendre du plaisir à voir ainsi nos hommes et femmes politiques chahutés par nos auteurs.

Et Valls...ez petits manèges

 

Sommaire :

ALMASSY Eva : French touch (Arnaud Montebourg)

ARRABAL Diego : Strom clouds Nuées d'orage (Manuel Valls)

BIBERFELD Laurence : Va vers la lumière, Jean-Pierre (Jean-Pierre Chevènement)

BLOCIER Antoine : Moi, président (François Hollande)

DAENINCKX Didier : Jean-Luc et le fantôme de Louise (Jean-Luc Mélenchon)

DELAHAYE Dominique : 1800, 60, 32 (Gérard Filoche)

DESAUBRY Jeanne : Putain de valise (Cécile Duflot)

DHARREVILLE Pierre : Retour en farce (Lionel Jospin)

DOMENGES Pierre : Le sang des estives (Daniel Cohn-Bendit)

FORT Patrick : Au bal masqué (Emmanuel Macron)

GIRODEAU Gildas : Business is business (Benoît Hamon)

GOUIRAN Maurice : Un stylo pour Lolo (Laurent Fabius)

DEL PAPPAS Gilles : Treize reste Taubira (Christiane Taubira)

MASSELOT Philippe : Zapping ! (Stéphane Le Foll)

MONDOLONI Jacques : Politique, mon amour (Anonyme)

MONTELLIER Chantal : Jeannette (Pierre Laurent)

OBIONE Max : Chabichou Payet (Ségolène Royal)

PATERNOLLI Philippe : No, no, no (Martine Aubry)

SAINT-DO de Valérie : Par Saint Georges (Bernard Cazeneuve)

VIEU Marie-Pierre : Radicale Thérapie (Marisol Touraine)

VIVIANT Arnaud : Révolution 9 (Clémentine Autain)

STREIFF Gérard : Résidence (Myriam El Khomri)

COLLECTIF : Mortelles primaires. Editions Arcanes 17. Parution 5 décembre 2016. 286 pages. 20,00€.

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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