Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 12:17

La France profonde possède ses charmes littéraires à ne pas négliger.

Les Contes et Légendes du Poitou.

Chaque province, ou région, possède un réservoir inépuisable de Contes et légendes transmises oralement depuis des siècles, voire des millénaires, qui ont fait par la suite la plus grande joie des scripteurs, perpétuant sur papier leur transmission. Et incidemment offrant une source d'inspiration à de nouveaux conteurs qui pouvaient à loisir améliorer, transposer, enrichir ces textes à leur convenance, puisant l'idée conductrice comme Lafontaine s'inspira d'Esope.

Ces contes et nouvelles sont évidemment le reflet d'une société, la roublardise, la jalousie, l'amusement aux dépens d'autrui, la conjuration d'une peur, l'exorcisme du Diable, l'adjuration d'un animal fantastique auquel on prête des pouvoirs surnaturels, ou tout simplement de petits faits quotidiens tournés en dérision.

Le Poitou, composé de la Vienne et des Deux-Sèvres, ainsi que de la Vendée et d'une partie de la Haute-Vienne et du nord de la Charente, n'est pas une province réputée pour ses contes et légendes, comme la Bretagne par exemple. Pourtant, elle possède un patrimoine historique et littéraire indéniable qui forgea une partie de ces contes. En oblitérant les batailles célèbres qui se déroulèrent sur son sol, celle de Poitiers par exemple qui opposa Charles Martel aux Sarrazins, puis toujours à Poitiers celle qui vit s'affronter le Prince Noir à Jean II dit le Bon, en ne tenant pas compte de ses personnages célèbres, dont Théophraste Renaudot, père du premier journal imprimé, la Gazette, le 31 mai 1631, support indispensable pour relater les faits-divers et accessoirement devenir le vecteur littéraire par excellence, il reste dans l'imaginaire populaire au moins un personnage légendaire qui perdure : la Fée Mélusine. Et quelques animaux issus du bestiaire fantastique dont la Bête d'Angles, un ours qui fit de nombreux ravages parmi les jeunes filles concurrençant la Bête du Gévaudan.

Les quarante-huit textes recueillis dans ce volume sont regroupés en chapitres aux noms évocateurs : Les revenants, Les créatures fantastiques, Les pactes avec le diable, Légendes pieuses, Génies et fées, Des faits à la légende, Conte des oiseaux, Contes facétieux et contes de fées.

 

Parcourons quelques-uns de ces contes afin de nous donner une idée plus précise du contenu, contes que l'on peut retrouver dans d'autres régions, sous des formes différentes mais dont l'idée principale est la même.

Ainsi dans Le Curé de Parthenay-le-Vieux, nous retrouvons l'histoire d'un curé qui pour aller au ciel, est obligé de trouver un servant pour célébrer une messe comme dans Le moine du Castennec, issu des Contes et légendes de Bretagne.

Plus étonnant est le conte intitulé Le Conte de la fève. Un pauvre homme nommé Jacquet, dont la femme s'appelle Jacquette et ses onze enfants surnommés les petits Jacquilou, plante une fève dans son courtil. Cette fève pousse et devient si haute qu'elle touche les nuages. Il en entreprend l'ascension et se retrouve au Paradis, devant Saint-Pierre. Cette histoire ressemble par certains points à Jacques et le haricot magique, conte d'origine anglaise, ainsi qu'avec quelques historiettes qui mettent en scène Trois vœux. Mais bien évidemment il ne s'agit que d'un contexte similaire, le développement est différent ainsi que l'épilogue.

Le Fermier bien avisé démontre toute la rouerie dont peut faire preuve un paysan face à un maître qui se montre jaloux de ses bonnes fortunes. Lassé de voir les veaux de Rouleau, le paysan, venir brouter dans ses blés, le maître lui promet que la prochaine fois il tuera les bêtes. N'importe répond Rouleau, je porterai les peaux à la foire. Et ce qui fut dit, fut fait. Par un heureux concours de circonstances, des bandits de grands chemins passent par là et Rouleau grimpe à un arbre, lâche ses peaux à terre. Les malandrins apeurés s'enfuient, pensant à un sort diabolique, et laissent leur baluchon empli d'or. Et c'est ainsi que Rouleau va berner à plusieurs reprises son maître bien moins finaud que lui.

La véritable histoire de Mélusine prend sa source dans les nombreux contes de fées qui de touts temps alimentèrent l'imaginaire. Pour avoir offensé son père, le roi d'Albanie Elinas, elle fut châtiée par sa mère, la fée Pressine, laquelle lui infligea comme malédiction de se transformer, les samedis, en serpent de la ceinture jusqu'aux pieds. Elle rencontra Raimondin, le neveu du comte de Poitiers, ils tombèrent amoureux l'un de l'autre, furent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Mais Raimondin, un jour, dérogea à sa promesse de ne pas regarder Mélusine le samedi.

 

Les animaux tiennent une place non négligeable et l'on retrouve le Loup-garou, emblème du bestiaire fantastique, ou encore le Cheval Mallet, animal fabuleux qui lorsqu'il a une personne sur son dos traverse les airs, pouvant parcourir en une nuit l'univers, non sans contrepartie.

Les guerres ne sont pas oubliées, et outre les deux principaux faits d'armes évoqués plus haut, il ne faut pas oublier cette année 1202, au cours de laquelle Philippe-Auguste, roi de France, et le roi Jean dit Sans-Terre qui règne sur l'Angleterre et une partie de l'Aquitaine, s'opposent. Les troupes anglaises sont répandues dans le Périgord et le Limousin, et le Poitou est une province attisant les convoitises, principalement la ville de Poitiers, comme en atteste Le siège de Poitiers.

 

Les textes, courts, sont agrémentés de nombreuses illustrations, dessins et photographies noir et blanc, qui apportent un cachet et un intérêt supplémentaires à cet ouvrage. Les auteurs, dont Francine Poitevin, respectent le parler local, patois ou dialecte, dans les dialogues, et nul n'est besoin d'un dictionnaire pour comprendre le sens des échanges verbaux.

 

A lire dans la même collection :

Les Contes et Légendes du Poitou. Avec la participation amicale de Francine Poitevin, Casimir Puichaud, Léo Desaivre, et autres auteurs poitevins. Préface de Gérard Bardon. Collection Contes & Légendes. Editions Marivole. Parution juin 2017. 160 pages. 20,00€.

Repost 0
17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 10:02

Le personnage de Sherlock Holmes est l'arbre qui cache la forêt luxuriante que constitue l'œuvre littéraire d'Arthur Conan Doyle.

Arthur Conan DOYLE : Contes autour du feu.

Sherlock Holmes a phagocyté aussi bien son créateur que l'œuvre entière de Sir Arthur Conan Doyle, ne laissant que quelques bribes émerger de temps à autres. Bien sûr des rééditions du Brigadier Gérard, de La Grande Ombre, Le Monde perdu et quelques autres, sont programmées chez différents éditeurs et surtout en version numérique, mais le choix est assez succinct dans l'ensemble.

Alors retrouver des textes quasi inédits, la première publication datant de 1911 pour le recueil Du Mystérieux au tragique, et de 1912 pour celui de La main brune, chez Pierre Lafitte dans la collection Idéal-Bibliothèque, ne pourra que réjouir tous ceux qui aiment Conan Doyle et désirent lire autre chose que les écrits de Watson consacrés à son ami détective.

Ces Contes autour du feu auraient pu être intitulés Contes au coin du feu comme l'avait suggéré l'auteur dans son avant-propos :

[Ces contes ] qui sont collectés dans le présent recueil ressortissent au grotesque et au terrifiant - des contes à lire "au coin du feu" par une nuit d'hiver. Telle serait à mes yeux l'atmosphère idéale pour de semblables récits, si un auteur pouvait choisir le lieu et l'heure pour les raconter comme un artiste choisit l'éclairage et l'emplacement pour exposer ses tableaux.

 

Il n'est pas besoin d'attendre les longues heures d'hiver pour déguster ces contes publié entre 1892 et 1908, la majorité toutefois l'étant durant l'année 1898, et qui procurent effroi, peur, terreur, suspense, angoisse, avec un brin de fantastique pour certains. Et même parfois l'ombre de Sherlock se profile lors d'un conte d'énigme et de suspense. Sans oublier des technologies qui semblent de nos jours dépassées mais qui pour l'époque étaient une véritable révolution et offraient ce parfum de mystère indispensable pour fournir une ambiance de surnaturel.

Souvent des médecins sont soit personnages principaux, soit des faire-valoir intéressants, l'auteur n'oubliant pas que lui-même fut médecin et que ses débuts furent difficiles, la clientèle ne se pressant pas à sa porte. C'est un peu le sort réservé au narrateur de Le Chasseur de scarabées, mais un médecin dont l'exercice de son art répugne et qui préfère la science et plus particulièrement la zoologie. Et c'est ainsi que lisant par désœuvrement une petite annonce, le docteur Hamilton est recruté par Lord Linchmère démontrant qu'il connait l'entomologie, les coléoptères. C'est une condition sine qua none, mais le travail pour lequel il embauché est quand même un peu spécial.

L'entonnoir de cuir joue sur le registre du fantastique et aborde le spiritisme. Un ami du narrateur vit à Paris, et précisément avenue de Wagram à Paris, et la description de la maison est celle du grand-oncle paternel et parrain de Conan Doyle (Une précision apportée par Thierry Gilibert dans son admirable préface). Or cet ami chez qui le narrateur est convié à passer la nuit est féru de livres et d'objets rares possédant une histoire, de préférence une histoire digne d'être contée. Il se targue d'avoir acquis récemment un entonnoir qui date de Louis XIV et qui aurait pu appartenir à Nicolas de la Reynie. Nul besoin de préciser que le visiteur est intrigué et durant la nuit, il va être la proie d'un rêve étrange.

L'homme aux six montres aurait pu être une enquête de suspense et d'énigme au cours de laquelle Sherlock Holmes se serait à nouveau illustré. Mais lors de sa parution le célèbre détective barbotait encore dans les eaux suisses. Un homme est retrouvé mort dans un compartiment de première classe réservé aux fumeurs. Un couple s'installe dans le compartiment voisin, ne désirant pas voyager avec un individu s'attaquant les poumons au cigare. Lorsque le train arrive en gare environ un heure et demie plus tard, l'attention des cheminot est attirée par le fait qu'une portière est ouverte. Nulle trace des trois voyageurs. Mais un cadavre est à genoux, atteint d'une balle en plein cœur dans le compartiment du couple. Un véritable tour de passe-passe qui trouvera sa solution dans un courrier adressé à un expert en criminologie qui avait enquêté cinq ans auparavant. Mais Arthur Conan Doyle aborde, ce qui était innovant pour cette époque prude, le sujet de l'homosexualité, en deux ou trois lignes, sans ostentation, comme ça par hasard. Mais qui constitue le ressort même de l'intrigue.

Histoire de train également avec Le train perdu. Comme son titre l'indique, un train spécial affrété par un homme d'affaires s'évanouit entre deux gares. Le principe est simple, ne souffre d'aucune mystification, mais il fallait y penser, à cette époque.

Dans Le Docteur noir, l'affaire se déroule dans un petit village des Midlands, province où naquit un homme de théâtre du nom de Shakespeare, peut-être en avez-vous entendu parler. Mais ce n'est pas de lui que nous entretient Conan Doyle, mais d'un médecin qui vient de s'installer dans la contrée, et qui malgré son teint basané et son origine inconnue est accepté par ses concitoyens. Le seul reproche qu'ils peuvent avoir à son encontre est de rester célibataire. Or justement il vient de trouver chaussure à son pied et des fiançailles sont programmées. Mais pour une raison inconnue le docteur rompt et il est peu de temps après découvert mort dans son bureau. Cette histoire emprunte à une situation qui sera beaucoup exploitée par la suite.

Le thème de La boite de laque pourrait laisser penser à un conte fantastique. Une voix féminine s'échappe de la pièce dans laquelle un veuf se réfugie quotidiennement. Plus jeune, cet homme qui vit quasiment cloîtré, confiant l'éducation de ses enfants à des précepteurs, brûlait la chandelle par les deux bouts, mais il s'était assagi sous l'influence de sa femme aujourd'hui décédée. Arthur Conan Doyle utilise une technologie nouvelle pour l'époque pour expliquer le phénomène, mais il n'en reste pas moins que l'ambiance est particulièrement poignante.

Enfin, avec Le Pot de caviar, il s'agit d'un épisode de la révolte des Boxers, en Chine au début du XXe siècle. Une petite garnison basée à Ichau, non loin du golfe de Liang-Toung, est assiégée par les troupes chinoises. Cette garnison est composée de chrétiens indigènes et d'ouvriers du chemin de fer sous les ordres d'un officier allemand assisté de quelques civils européens. Alors qu'ils espéraient l'arrivée de soldats devant les délivrer, ils se rendent compte qu'ils sont sous les tirs des Boxers. Les vivres ne vont pas tarder à manquer aussi l'officier propose pour dernier repas un pot de caviar à se partager entre tous les assiégés. Pas d'énigme mais un épilogue tragique pétri de suspense qui pourrait de référer à un épisode napoléonien, celui de Waterloo.

 

Des contes qui pour certains sont véritablement ancrés dans leur temps, qui peuvent sembler désuets de nos jours, mais possèdent le charme des contes anciens dans lesquels primaient l'histoire à chute. Depuis, bon nombre de situations ont été utilisées, pas toujours avec bonheur et rigueur. Certains de ces contes sont simples, sans être simplets, et démontrent de la part de l'auteur une imagination au service du plaisir du lecteur, alternant effroi, suspense, énigme, fantastique, sans forcer la dose, et traités avec élégance et même une certaine dérision, voire autodérision, comme si l'ombre de Sherlock Holmes planait.

Des contes qui peuvent tout autant se lire au coin du feu que sous un parasol.

 

Sommaire :

L'entonnoir de cuir

Le chasseur de scarabées

L'homme aux six montres

Le pot de caviar

La boite de laque

Le docteur noir

En jouant avec le feu

Une pièce de musée

Le train perdu

Retiré des affaires

La chambre scellée

Le chat du Brésil

L'étrange collègue

La main brune

L'île hantée

Le voyage de Jelland

Une visite nocturne

Arthur Conan DOYLE : Contes autour du feu. Traduction de Louis Labat revue et complétée par Jean-Daniel Brèque. Introduction de Thierry Gilibert. Collection Baskerville N°37. Editions Rivière Blanche. Parution juin 2017.

Repost 0
11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 09:42

Qu'elle est belle ma Bretagne quand elle pleut...

François CADIC : Les contes et légendes de Bretagne.

Les contes et légendes font partie du patrimoine culturel tout comme la cuisine de terroir. Ils sont immuables et pourtant chacun apporte son grain de sel et son savoir-faire.

Si de nos jours, Claude Seignolle s'érige en chantre incontestable des contes et légendes des provinces françaises, il ne faut pas oublier qu'auparavant des glaneurs avaient déjà récolté ces histoires qui se contaient le soir au coin du feu. Au XIXe siècle les colporteurs transportaient les almanachs contenant, outre les marées, les phases de la lune, les jours de marché, et autres renseignements indispensables à la vie quotidienne dans les campagnes, et ces contes, signés ou anonymes, y figuraient en bonne place. Puis des collecteurs prirent le relais ou complétèrent ce qui était déjà présent, en rédigeant des ouvrages qui aujourd'hui nous sont restitués.

Ainsi l'abbé François Cadic, né à Noyal Pontivy dans le Morbihan, le 29 septembre 1864, décédé le 27 juillet 1929 à Saint-Jean-Brévelay, Morbihan, est un écrivain et folkloriste breton. Il enseigne l'histoire dans le collège de Jésuites à Paris, puis occupe en 1897 la chaire d'histoire de l'Institut catholique de Paris et fonde la même année, la Paroisse bretonne de Paris. Il est considéré de nos jours encore comme l'un des meilleurs collecteurs de la tradition orale de la Basse-Bretagne.

 

Ces prolégomènes terminés, passons au contenu de l'ouvrage qui comporte quelques illustrations, des dessins en noir et blanc, et un commentaire explicatif, à la fin de chaque historiette. Deux parties titrées Les puissances inférieures et Les revenants composent ce volume dont la préface est signée de l'auteur.

Justement, cette préface met d'abord en évidence, pour l'auteur, le besoin et le côté utile de glaner ces histoires et de déplorer l'abandon des traditions. Rappelons que cet ouvrage a paru en 1919 avec les commentaires explicatifs, une première édition ayant été réalisée en 1914 et comportant en plus Les puissances supérieures.

La légende s'en va. Notre siècle de sciences positives lui sera mortel. Bientôt de ces fictions merveilleuses qui enchantèrent l'imagination de nos pères et bercèrent la douleur humaine il ne demeurera plus qu'un vague souvenir ou des débris informes. Déjà on a peine à en retrouver quelques dépositaires.

François Cadic faisait montre de pessimisme, et grâce à lui et quelques confrères en écriture, puis de la part d'éditeurs qui exhument ou publient de nouveaux conteurs, les légendes et traditions perdurent, trouvant même parfois un regain de verdeur.

Dans Les puissances inférieures, la part belle est faite au Diable ou au Malin comme il était coutume de l'appeler et de le surnommer Polik ou Guillaume. Il passe un marché, la plupart du temps avec un meunier ou un tailleur, mais ceux-ci parviennent, parfois, à déjouer les pièges et à contrarier son pacte. Et ces puissances inférieures sont les diablotins que le Malin a pêché avec son épuisette et n'ont pas su contrarier son dessein. Et avec les commentaires explicatifs qui suivent chaque légende, légendes situées dans le Pays vannetais et une partie de la Cornouaille, on apprend que les meuniers et les tailleurs représentaient une caste à part, les paysans dépendant d'eux, surtout pour la farine et le pain. Quant aux tailleurs, leurs travaux d'aiguille leur évitaient d'être affligé de mains calleuses.

 

La seconde partie, Les revenants, comme son titre l'indique, est consacrée aux disparus qui ont quelque chose à se reprocher, des indélicatesses commises à l'encontre de leurs voisins, et qui reviennent sur terre, abandonnant pour un temps le purgatoire où ils végètent, pour réparer leurs fautes.

Des paysans qui empiètent sur les lopins de terre de leurs voisins, des religieux qui doivent se faire pardonner une faute quelconque et reviennent afin d'assister le recteur. Mais tous les villageois ne sont pas empreints de catholicisme, et certains empêchent la rémission des péchés.

 

L'une des propriétés remarquables de la Bretagne, ce sont les calvaires qui fleurissent au bord des routes, des carrefours, ou des places. Et en bon prêtre qu'il était, François Cadic ne peut s'empêcher de jeter l'anathème sur les révolutionnaires.

En vain les barbares iconoclastes de la Révolution se sont-ils efforcés de les déraciner, les calvaires ont redressé la tête, plus nombreux que jamais.

 

Si dans l'imaginaire breton l'Ankou, la personnification de la mort, et les korrigans, ou poulpiquets, des lutins farceurs, sont souvent les personnages emblématiques des légendes et contes, François Cadic les évite préférant s'attacher au Diable et ses serviteurs, les diablotins, et aux revenants, car il s'agit bien de mettre en exergue les fautes et de montrer que la pénitence et le pardon peuvent être octroyés même après la mort. Et de fait, le lecteur n'a pas l'impression de lire ou relire des histoires qu'il connait déjà mais de s'immiscer dans un monde parfois onirique et il découvrira une partie de la Bretagne en dehors des ouvrages touristiques convenus.

 

Sommaire :

Préface.

 

Les puissances inférieures.

Le mystère du Blavet

L'étang de Renorche

La ronde des damnés

Le moulin du Ruello

Travail de diables

Le tailleur de Melrand

Le forgeron de Locoyarne

Le cavalier infernal

Les sabots de Noël

 

Les revenants :

Le revenant du Miz du

Bien d'autrui tu ne prendras

A la recherche de la peur

Le moine du Castennec

Le marquis de Pontiez

Le fils du roi de France et le mort

La maison du naufrageur

L'ermite et le damné

François CADIC : Les contes et légendes de Bretagne. Collection Contes et Légendes. Editions Marivole. Parution Mai 2017. 160 pages. 20,00€.

Repost 0
27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 07:02

Malgré quelques flétrissures, la Grosse Pomme est toujours goûteuse !

Dimension New-York 2. Cyberbabel.

L'avantage de ce genre de recueil réside dans le plaisir de retrouver des auteurs dont on apprécie les écrits mais également de découvrir de nouvelles plumes prometteuses.

Chacun traite son sujet selon sa sensibilité, ses connaissances, ses envies, son imaginaire, ses réminiscences, son approche par l'anticipation, la science-fiction, le roman noir ou autre. En deux pages ou en un peu moins de soixante dix, chaque auteur insère une part de lui-même, avec passion, avec fougue, avec talent.

 

Ce qui suit ne va peut-être pas vous intéresser, alors passez allègrement ce passage et rendez-vous à la présentation de certains textes, pas tous, car cela deviendrait fastidieux.

Certains ouvrages m'attirent plus que d'autres pour des raisons personnelles, et lire une nouvelle, un roman dont New-York est le décor, le théâtre, possède un attrait particulier et me ramène à ma tendre enfance. Je ne vais pas tout dire, je ne suis pas à confesse, mais mes parents ayant travaillé sur des paquebots de la Compagnie Générale Transatlantique, une ligne Le Havre-Southampton-New-York, et pour mon père des escales dans les Antilles, New-York a toujours représenté une destination de rêve et en même temps une forme de danger latent et insidieux. Les noms de Harlem, Manhattan, Brooklyn, le World Trade Center, résonnaient à la maison, la statue de la Liberté était érigée dans mon esprit, des chanteurs comme Bing Crosby étaient souvent évoqués, et en voyant les scènes de rues du film West Side Story et les affrontements entre bandes de jeunes, c'était comme si je les avais déjà vécues par procuration. Bien sûr, par la suite, d'autres d'images se sont infiltrées dans mon esprit, mais celles de la jeunesse demeurent indélébiles. Stop, fin des confidences, passons au sujet de cette chronique.

 

Parmi toutes les nouvelles répertoriées dans ce fort volume, j'en ai choisi quelques-unes qui pour moi sont représentatives de l'esprit qui anime Philippe Ward, l'initiateur et concepteur de cette anthologie sur la Grosse Pomme que vous dévorerez jusqu'au trognon. Eclectisme dans la manière d'aborder le thème central, et opportunité de confronter de vieilles plumes à de nouveaux auteurs.

 

Avec Bunny, Serguei Dounovetz ne met pas en scène le lapin facétieux créé par Tex Avery puis Bob Clampett, mais un Français, le narrateur, qui débarque à New-York, avec l'adresse d'un hôtel, adresse fournie par Monsieur Cuong. Bientôt Noël, et la ville est sous la neige. Son taxi l'emmène à Spanish Harlem, puis il se rend à Chinatown, dans une échoppe de barbier, pour découvrir Koliane, la nièce de Monsieur Cuong, assassinée. Dans la pure lignée des nouvelles noires, Bunny entame ce recueil de bien belle manière.

Alors, forcément, Meurtre au Weaden Palace de Manon Jean, semble un peu fade à côté. Le corps d'Alexandra Reilly, la secrétaire personnelle d'un célèbre homme d'affaires, est découvert dans une décharge. Il n'a rien à y faire, même si en affaires les moyens pour arriver ne sont pas toujours honnêtes. Aussi un binôme, féminin-masculin, de policiers nouvellement créé est chargé de l'enquête, qui sera résolue par Emilia. Ambiance classique dans une enquête classique mais une plume prometteuse qui a été découverte lors d'un concours Plumes Noires au Salon Polar et BD de Bon-Encontre, concours organisé pour de jeunes talents lycéens.

Avec Paul Art, qui ne se nomme pas ainsi mais ce n'est pas le sujet de cette chronique, nous découvrons New-York sous un aspect inhabituel. Celui d'une femme ainsi surnommée à cause de ses jambes immenses comme des gratte-ciels. Elle aurait pu se nommer également Tour Eiffel, mais c'est New-York qui est venu spontanément à l'esprit de ses interlocuteurs. Michel et le narrateur reçoivent la visite de New-York, qui veut leur proposer un petit travail. Ils ont raccroché les gants, officiellement, même si de temps à autre ils visitent des maisons dans la campagne où ils se sont retirés. Ils ont beau protester, rien n'y fait, on ne résiste pas à New-York. Le titre de la nouvelle Le nègre de New-York.

 

Avec Piet Legay, on lit du lourd. D'abord parce que sa nouvelle Réplique Mortelle est la plus longue du recueil, 67 pages, et qu'il s'érige en vieux briscard de l'écriture, ayant tâté de tous les domaines. Cela débute comme une scène de gentil batifolage, scène perturbée par un homme qui se plaint de sa tête, laquelle vient de s'ouvrir comme une noix de coco. Puis Vlad Slavek qui gémit parce qu'il a soif. Pas sûr que le traitement que lui réservent des inconnus va lui étancher sa déshydratation, avec un bloc de ciment aux pieds. L'agent spécial Muldoon et sa coéquipière l'agent Hoang sont chargés d'enquêter pour un couple qui a cru apercevoir dans la foule leur fils disparu depuis des années, tandis que des promeneurs sont les témoins d'événements étranges. Un éclair se produit et d'un seul coup apparaissent des personnes, trois environ, qui se dispersent rapidement. De petits faits qui bientôt vont trouver leur explication mais n'en disons pas trop.

 

Mille Milliards de New-Yorks, de Boris Darnaudet, est à la nouvelle fantaisiste ce que la chanson à texte est à la chanson de variété. Un peu comme La mémoire et la mer de Léo Ferré par rapport à La danse des canards. C'est beau, de la prose poétique qui se veut joyeuse mais m'a semblé légèrement opaque.

Tout aussi opaque, mais c'est normal, car je suis plus roman noir, policier, historique que science-fiction, chacun ses thèmes de prédilection, Le jardinier de Central Park de Jean-Pierre Laigle. Dans quelques centaines d'années, voire de milliers, la Terre ne sera plus ce qu'elle est. Une lapalissade peut-être, mais qu'il est bon de prendre en compte. New-York par exemple n'est plus qu'un champ de ruines, les gratte-ciels ressemblent à des chicots, et dans Central Park, le poumon de New-York qui s'est recroquevillé sur lui-même, officie Petr Equart, l'expert agricole en chef de la base. Les survivants vivent dans les sous-sols, et ne peuvent se déplacer que dans des scaphandres, l'air étant raréfié, pollué. Une mission archéologique martienne, dirigée par Jana Klen, arrive à bord d'une navette. Petr Equart montre son domaine à la visiteuse et celle-ci précise sa mission, ou du moins ce qui est supposé être sa mission.

 

Pour Jean-Pierre Favard, New-York New-York, c'est un rengaine qu'écoute en boucle Fanny, sa copine de lit. D'ailleurs New-York est le centre du monde pour la jeune femme qui n'a que ce mot dans la bouche, la chanson, les livres, l'histoire, les musées, l'origine concernant l'appellation de la Grosse Pomme. Cela a le don d'énerver le narrateur, mais après tout Fanny a le droit de posséder ses centres d'intérêt. Et peu à peu le narrateur est imprégné de New-York comme un drap de plage peut l'être de sable quand il a bien été piétiné.

 

J'aurai pu vous entretenir de Micky Papoz, de Eris et Sandman, de Laurent Whale, de Barbara Sadoul, de Bruno Poschesi, et de tant d'autres, mais ma chronique aurait été trop longue et puis le plaisir de la découverte aurait été éventé.

Ce recueil vous incite à découvrir les faces cachées d'un New-York tentaculaire, une ville qui ne dort jamais, et un troisième volume est en route car il y a tant à écrire sur cette mégapole. Alors dégustez, dévorez jusqu'au trognon cette Grosse Pomme, mais attention, pas comme des goinfres. Non, en prenant de petites bouchées, en mastiquant bien, en reprenant sa respiration, en laissant le suc s'écouler sur votre langue, en savourant, gardant en bouche parfois quelques morceaux, un petit verre de cidre pour digérer et hop, on reprend un fragment, tout en sachant qu'à chaque fois la saveur est différente.

 

SOMMAIRE :

DOUNOVETZ Serguei : Bunny

MANON Jean : Meurtre au Weaden Palace

LAIGLE Jean-Pierre : Le jardinier de Central Park

ART Paul : Le Nègre de New-York

WHALE Laurent : 5430 mètres et quelques

SADOUL Barbara : Une bonne fille

LEGAY Piet : Réplique mortelle

BERTIN Jérôme : 343

DARNAUDET Boris : Mille milliards de New-York

ISS Raymond : La poésie des ruines

DESCAMPS Mathis : J'aurai pu

ERIS & SANDMAN : Manhattan Project

FERNANDEZ Fabien : Disparition

LUNE AF : Sidney un soir d'octobre

GUITTARD Arnaud : Las Cloacas de Nueva York

POCHESCI Bruno : Le grand trognon

LORIN Patrick : L'incident Wulf

JOBT Gulzar : La réussite de Kelly Dow

JESSALYN : Elle ne dort jamais

BOULANGER & SCARDIGLI : Zone de turbulences spectrales

LEOURIER Christian : Tr. 225/1 NY

PAPOZ Micky : Besoin d'ailleurs ?

HENRY Leo : Les Femmes-Limites de Terra Prima

FAVARD Jean-Pierre : New-York, New-York

MORIN Philippe : Grand Central Station : Terminus

 

Dimension New-York 2. Cyberbabel. Recueil collectif concocté par Philippe Ward. Préface de Didier Forray. Collection Fusée N°58. Editions Rivière Blanche. Parution mai 2017. 514 pages. 35,00€.

Repost 0
21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 08:59

Coucou, coucou, fait moi peur...

Maurice LEVEL : La Peur et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants.

Moins connu que son cousin Marcel Schwob, Maurice Level aura bénéficié de son vivant d'une aura littéraire importante et son œuvre composée essentiellement de contes, sera traduite en plusieurs langues, en anglais, en américain dans la mythique revue Weird Tales, en portugais, en italien, en suédois et même en finnois.

De nos jours, il est quelque peu oublié ou méconnu, pourtant ces textes valent largement le détour, à l'instar de ceux de Guy de Maupassant dont il était un fervent admirateur, ou encore d'Edgar Poe et de quelques autres.

Si l'on dissèque quelque peu les nouvelles ici présentées, on s'aperçoit que Maurice Level joue peu sur le fantastique, mais plus sur la peur, le frisson, la terreur, l'angoisse, l'épouvante. Des faits anodins qui prennent soudain une importance primordiale et délétère dans le quotidien d'un personnage. Et à part dans L'Allée et L'Aveugle, rédigés à la troisième personne du singulier, tous les autres contes sont écrits à la première personne, comme si Maurice Level narrait des aventures personnelles, dont ses amis ou connaissances en furent les victimes.

 

Dans La Peur, le narrateur qui est procureur de la République recueille les confidences, les aveux d'un homme malade et qui avoue un meurtre. Ce sont dans quelles circonstances ce crime a été perpétré, et pourquoi, qui donnent du sel à cette historiette datant de ses débuts en écriture. Comme le fait justement remarquer Philippe Gontier dans ses notes à la fin de chaque texte, ce quatrième conte publié de Maurice Level, emprunte à des thèmes déjà exploités, mais tout en lui offrant une intrigue différente.

L'Aveugle, comme son titre l'indique, met en scène un non-voyant qu'accompagne une jeune femme, Louise, son épouse depuis cinq ans. Si lui aime ce tendron à lui confié par ses parents avant de décéder, pour Louise c'est une charge que de vivre à longueur de journées, et surtout de nuits, avec cet homme prévenant mais vieux. Un conte cruel qui s'inspire des technologies relativement nouvelles pour l'époque.

Le Fou est ainsi appelé à cause de son humeur sauvage, et c'est par hasard que le narrateur fait sa connaissance. Marchant sur le chemin des douaniers, alors qu'il fait nuit, le narrateur dérape et risque de chuter dans le vide. Le Fou, qui marchait non loin, le sauve et l'emmène chez lui et lui raconte son histoire, celle pour laquelle il s'est retiré du monde. Un texte morbide dont l'origine est l'adultère, thème fort prisé de tous temps et qui prend ici une résonnance particulière.

On, met également en scène un homme qui s'est retiré près de la mer, dans une maison sur la falaise. Il écrit à son ami, le narrateur, que des bruits étranges se produisent à intervalles réguliers dans sa maison et il en devient fou. Dans une ambiance surnaturelle, ce conte propose toutefois une explication logique à ces événements, mais la superstition est parfois plus forte que le cartésianisme ou le rationnel.

Le surnaturel est également l'un des ressorts prévalant dans Le tigre du major Atkinson, mais une explication logique est avancée lors de l'épilogue, avec toutefois une dose de scepticisme comme reliquat. Comme souvent, même s'il est démontré que telle manifestation ne peut se réaliser que d'une façon, un doute subsiste et c'est sur cette incertitude que joue Maurice Level et qu'il construit ses histoires .

 

Après une introduction due à Philippe Gontier, chaque texte bénéficie de notes, de petits suppléments fort utiles apportant des éclairages intéressants sur leur origine, le contexte, leur parution, leur analogie avec d'autres contes et nouvelles. Ces notes qui émanent d'un amateur cultivé, passionné, érudit, sont ce que l'on pourrait appeler la cerise sur la gâteau et forment comme un entracte entre deux textes.

Jean-Luc Buard, en véritable rat de bibliothèque, terme amical à l'encontre d'un chercheur infatigable, recense pour chaque texte les différentes parutions dans les divers journaux et magazines avec date et numérotation, ainsi que les diverses traductions et parution étrangères. Un travail de fourmi pas toujours reconnu à sa juste valeur et qui méritait d'être salué ici.

Enfin l'article Maurice Level vu par ses contemporains, dont Colette et Paul Reboux, clôt cet ouvrage qui devrait avoir une suite, du moins c'est ce que j'espère.

 

Sommaire :

La peur

L'aveugle

Le fou

La photographie

On ?...

A neuf mille sept cents mètres

Babel

L'allée

La bonne mère

Le tigre du major Atkinson.

 

Maurice LEVEL : La Peur et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants. Collection Terreurs anciennes N°2. Editions Clef d'Argent. Parution juin 2017. 120 pages. 9,00€.

Repost 0
18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 07:33

Vous les femmes...

Patrice DUPUIS : Le sang des femmes.

Avec une plume tendre teintée d'empathie et d'humour noir féroce, Patrice Dupuis nous invite à vivre trois histoires de femmes, complétées par deux portraits sous forme de prologue et d'épilogue, le tout dans une unité de lieu.

Certains oseraient qualifier les femmes qui sont présentées dans cet ouvrage d'erreurs de la nature. Pour mon compte je préfère le terme de femmes d'exception.

 

Dans la première de ces nouvelles, La serrure à secret, Electre et Ambre sont deux sœurs très attachées l'une à l'autre. Mais elles sont pourvues toutefois d'un caractère différent, et la cohabitation est souvent difficile.

 

Le Lazaret, c'est l'abbatiale sise en Provence, un ancien établissement construit depuis des siècles sur l'emplacement d'un château-fort médiéval, et transformé depuis longtemps en hôpital particulier. Elle abrita des lépreuses, et de nos jours, ce sont des jeunes filles et jeunes femmes qui y vivent. Virginie vient d'être nommée directrice par la fondation qui gère l'institut et elle est reçue par Géraldine, qui fut la secrétaire de la précédente, et gardera son poste si la nouvelle le veut bien. Alix, la bibliothécaire chargée de l'assister dans ses nouvelles fonction, Alix n'est pas sans charme, mais elle est dépourvue de seins. Seuls ses mamelons pointent de façon sensuelle sous sa robe largement échancrée qui laisse voir des scarifications en forme de croix sur sa poitrine. Elle guide Virginie dans le déambulatoire, une magnifique bibliothèque renfermant des ouvrages précieux et des toiles et des sculptures à caractère subversif. Mais Alix souffre d'une affection, rentrée en temps normal, mais qui peut se développer pour peu qu'elle la sorte de son enveloppe.

 

Une pause dans l'éternité prend son origine dans la découverte d'un vieux coffre en bois de châtaignier que Virginie entreprend de faire restaurer par une artiste italienne. Un coffre qui renferme en son sein des documents se rapportant à une certaines Magdalène, abbesse du monastère dans les années 1320 et qui fut considérée comme une réincarnation de la Vierge-Mère.

 

Trois nouvelles donc qui se complètent et qui ont pour thème la femme, la Femme, meurtrie dans sa chair, dans son sang, dans son corps et dans son esprit. Trois très beaux textes complétés par un prologue et un épilogue qui forment un écrin, mettant en valeur ces trois nouvelles sensibles, parfois dérangeantes oh combien humaines.

Patrice Dupuis est une voix, ou une plume, singulière dans le domaine du conte, et qui justifie pleinement l'ancienne acception du roman dit noir et qui aujourd'hui est nommé gothique. Et la Femme qu'il érige en héroïne n'est pas la poupée souvent encensée, la femme naïve ou ingénue ou au contraire la femme fatale se jouant de l'homme. C'est la Femme meurtrie...

Patrice DUPUIS : Le sang des femmes. Collection KholekTh N°34. Edition Clef d'Argent. Parution mai 2017. 106 pages. 9,00€.

Repost 0
22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 05:30

Hommage à Sir Arthur Conan Doyle né le 22 mai 1859.

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe.

Il n'y a pas que Sherlock Holmes dans la vie de Sir Arthur Conan Doyle, l'écrivain Ecossais a écrit également de très nombreux romans et nouvelles d'inspiration historique, maritime, médicale et autre.

Dans ce recueil trois nouvelles qui démontrent son talent de conteur et sa capacité à se renouveler, quitte à parfois égratigner comme on le verra dans Le Drapeau vert.

 

La première de ces nouvelles, La nouvelle catacombe, nous entraîne en Italie, à Rome. Immisçons-nous subrepticement dans un salon. Deux hommes, deux amis, l'un Anglais, l'autre Allemand, sensiblement du même âge et qui partagent la même passion pour l'archéologie, discutent à propos d'objets que Burger a amené dans un plat en vannerie. Kennedy en déduit immédiatement que Burger vient de découvrir une nouvelle catacombe, et il aimerait en connaître l'endroit. Seulement il est avare pour fournir des renseignements, ce que lui reproche Burger. Alors un compromis est trouvé. Burger lui dévoilera le lieu si Kennedy l'informe de ses relations avec une certaine miss Mary Saunderson.

 

Transportons-nous maintenant avec Slapping-Sal dans les Caraïbes, à bord de La Léda, une frégate anglaise de trente-deux canons, commandée par le capitaine A.F. Johnson. Dans une tempête ils ont perdu de vue Le Didon, vaisseau qui les accompagnait. C'est le moment pour le capitaine de prendre connaissance du pli cacheté qui lui a été remis. Sa mission, s'il l'accepte mais il ne peut pas faire autrement, est de rencontrer la frégate française La Gloire, qui perturbe les activités commerciales du Royaume-Uni, et de mettre fin à ses agissements ainsi qu'à ceux de la Slapping-Sal, un navire pirate qui a non seulement pillé des navires britanniques mais a torturé les équipages. Si l'affrontement entre La Léda et La Gloire est particulièrement mortel pour bon nombre de marins, dans les deux fractions, une alliance inopinée peut faire basculer la victoire dans un camp ou dans l'autre, selon l'honneur des participants.

 

Enfin Le drapeau vert nous entraîne d'abord en Irlande puis en Nubie dans les années 1870. Dennis Conolly, malgré la mort de son frère jumeau lors d'un affrontement entre soldats Anglais et fusiliers Irlandais, s'engage sous la bannière britannique. Trop fauché pour s'embarquer vers les Amériques, et la verte Erin devenant trop dangereuse pour lui, il s'enrôle et est avec quelques compatriotes versé dans le bataillon des Royal Mallows. Ce bataillon est destiné à servir à l'étranger, et c'est ainsi que Dennis et ses compagnons se retrouvent en Nubie combattre une alliance conclue entre trois chefs arabes. Le ressentiment des soldats Irlandais envers leurs hiérarchie britannique est vif, une mutinerie est même sur le point de se déclencher, mais un épisode de la bataille va permettre de souder les rangs.

Dans ce dernier texte Sir Arthur Conan Doyle n'est guère respectueux envers la Reine Victoria, dont le nom n'est jamais cité, seulement sous son surnom de la Veuve. Mais le regard qu'il porte envers les combattants résonne quelque peu avec l'actualité :

Assis au milieu des rochers ou couchés à l'ombre, ils regardaient curieusement la colonne [britannique] qui se déployait lentement sous leurs yeux tandis que les femmes,  avec des outres emplies d'eau et des sacs de dhoora, allaient de groupe en groupe, leur récitant aux uns et aux autres les versets de guerre du Coran qui, au moment de la bataille, sont, pour le vrai croyant, plus enivrants que le vin.

Si les aventures de Sherlock Holmes sont très souvent rééditées, il serait bon de ne pas oublier les autres textes, contes, nouvelles et romans, de Conan Doyle, qui offrent toute une palette de plaisirs de lectures.

 

Contient :

La nouvelle catacombe (The New Catacomb - 1898)

Le Slapping-Sal (The Slapping Sal - 1893)

Le drapeau vert (The Green Flag - 1893)

Traductions de Henry Evie. Illustrations de couverture et intérieures de Martin Van Maële

 

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe. Collection Rouge N°27. Société d'Edition et de Publication. Parution vers 1910. 100 pages.

Repost 0
21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 15:27

Point final ? Non, points de suspension...

Sylvie HUGUET : Point final.

Ayant déjà assez glosé lors de précédentes chroniques sur les bienfaits procurés par la lecture de nouvelles, je ne reviendrai donc pas dessus, mais me contenterai de vous présenter un nouveau recueil dû à la plume de Sylvie Huguet qui joue aussi bien sur la dérision que l'ironie.

Oh non, vous n'allez pas vous esclaffer, seulement sourire et surtout réfléchir, car de nombreux textes nous renvoient à ce qui nous rassemble, la lecture, et ce qui tourne autour du livre et de l'écrit en général.

L'écrit qui devient le vecteur prônant le droit à la différence, et conduit à des situations absurdes, abracadabrantesques, amenant à imposer sa différence, focalisant des idées, des pensées, confinant à des déclarations qui sont plus ambigües et délétères que ce qu'elles devaient dénoncer à l'origine. Le droit à la différence qui peut tout aussi bien être morale que physique.

Et si l'écrit ne suffit pas, les paroles, des avocats parfois, viennent contrebalancer le pouvoir des mots en s'insinuant dans des approximations et des failles juridiques.

 

Parcourons quelque peu les textes de Sylvie Huguet et arrêtons-nous sur quelques exemples afin de démontrer ce qui a été écrit ci-dessus.

Dans L'Imprévu, deux hommes, deux écrivains, à la vision de leur art totalement différente, s'opposent cordialement. L'un est prolifique et ses succès ne se comptent plus tandis que l'autre est plus effacé, ne rédigeant parfois qu'une ligne par jour et naturellement ses rares ouvrages sont plus confidentiels. Pourtant ils sont d'accord pour dénigrer une partie de leurs confrères ou consœurs, notamment Betty Mariland, connue pour ses voiles froufroutants de mousseline rose, stigmatisant sa production littéraire sentimentale jugée d'une sottise abyssale.

Epreuves met en scène une romancière qui vient de terminer un manuscrit, mais pour que celui-ci soit accepté elle doit corriger les épreuves, quatre fois de suite. A Graphipolis, les Ecrivains détiennent le pouvoir, et le premier devoir de l'Etat est de préserver et d'illustrer la Langue. Seulement se relire, corriger, traquer les fautes d'orthographe, de syntaxe, de vocabulaire, une fois ça va, mais quatre cela devient un pensum, une punition, un calvaire.

Lettre à Voltaire est une épître écrite au philosophe par un agnostique à la fin du XXIe siècle. Les religions monothéistes ont pris l'ascendant sur le droit de ne pas se conformer à une religion ou une autre, la séparation de l'Etat et de l'Eglise ayant été abolie. Et pour vivre, le rédacteur de cette lettre avoue avoir trompé l'Etat en créant une nouvelle religion basée sur le culte d'Apis. Et on ne manquera pas de mettre des noms sur des ministres revendiquer publiquement une foi qu'ils auraient dû garder en leur particulier, s'ils avaient fait leur devoir.

Dans Morte, nous entrons dans ce droit à la différence légalisé. Et ayant opté pour le droit au suicide, est-il possible de revenir sur sa décision ?

De même dans Criminel, le narrateur avoue avoir refusé son pourvoi, d'avoir transformé son procès en tribune, d'avoir scandalisé tout le monde, et d'avoir aggravé son cas au point de le rendre indéfendable. Mais qu'est-ce qui motivait cette posture ?

Dans La Cérémonie, là encore il s'agit de la mort, dans une mise en scène particulière.

Dans ce droit à la différence, le physique importe beaucoup, et Le crime de Ronsard peut nous renvoyer à une situation familiale et politique actuelle, mais qui démontre que lorsque l'on veut dénoncer certains abus, la façon de procéder est plus nuisible que le but recherché. Dans ce texte nous assistons à une séance de mannequinat, mais l'auteure se repose sur une étude de l'HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité) et qui mettait en exergue un poème de Ronsard, jetant justement un regard discriminatoire sur un texte et une façon de l'interpréter fallacieuse. Déjà refuser de reconnaître le statut de personnes âgées en les gratifiant de Senior alors qu'en toute logique on devrait parler de Vétérans, comme dans les compétitions sportives, est une forme de discrimination jugée politiquement correcte.

Le handicap physique est aussi abordé dans Le Peuple sourd. Des parents sourds bénéficient de certains avantages, par exemple ne pas subir les éclats de voix des voisins, les bruits de radios dont le volume est poussé au maximum, les pétarades des motos et des voitures. Mais pour autant, tout le monde doit-il devenir sourd pour bénéficier d'un avantage silencieux ?

 

Dix-neuf textes dans lesquels Sylvie Huguet transpose toute son regard vif, acéré, caustique, voire corrosif mais toutefois tout en retenue, afin de dénoncer quelques aberrations dont inconsciemment nous sommes victimes. Bien sûr, comme pour le chercheur qui dans son laboratoire examine au microscope une culture microbienne peut prendre une importance visible, Sylvie grossit les traits, les dysfonctionnements, mais n'est-ce pas le meilleur moyen pour que le lecteur en prenne conscience ?

 

Sommaire :

L'avenir de l'homme

L'imprévu

Epreuves

Lettre à Voltaire

La cérémonie

Morte

Criminel

Le crime de Ronsard

Le peuple sourd

Attention, fleurs méchantes

Au nom du droit

Jurisprudence

Reconversion

Longévité

Les Templiers d'Adam

Des anthropoïdes

Serment

L'héritier

Point final

Sylvie HUGUET : Point final. Recueil de Nouvelles. Collection KholekTh N°33. Editions de La Clef d'Argent. Parution le 5 avril 2017. 138 pages. 9,00€.

Repost 0
12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 05:36

Pour ne garder que le meilleur ?

Gaëtan BRIXTEL : Vous offrir le pire.

L'art de la nouvelle est un exercice littéraire difficile et contraignant, fort prisé des Anglo-Saxons. Mais en France la nouvelle est considérée comme un art mineur, souvent dédaigné, méprisé.

Pourtant que de romanciers ou écrivains se sont illustrés par leurs courts textes, d'Edgar Poe à William Irish en passant par Ernest Hemingway, Conan Doyle, Fredric Brown, Robert Bloch, Isaac Asimov, Raymond Carver, Jean Ray, et bien d'autres, et pour les Français, le maître en la matière Guy de Maupassant et ses émules, Marc Villard, Frédéric H. Fajardie, Georges Olivier Châteauraynaud, Daniel Boulanger, sans oublier ceux qui ont effectué leurs premières armes en publiant dans de petites revues plus ou moins confidentielles comme Pascal Dessaint.

L'art de la nouvelle ne consiste pas à écrire quelques pages, et basta. Non, il faut une histoire, une atmosphère, et surtout une chute, que ce soit issu d'un quotidien qui pourrait sembler banal ou d'un imaginaire survolté.

Il est vrai que souvent une historiette, un événement qui vous arrive à vous ou à une de vos connaissances peut servir de support à une nouvelle, mais encore faut-il donner de la consistance au texte dans la description des personnages et de ce qui leur arrive pour n'en garder que le principal sans être pour autant disert. Il faut un regard aiguisé, une perception acérée des sentiments, pratiquer une économie de mots pour entrer dans le vif du sujet sans attendre. C'est à dire le contraire de cette chronique qui n'a pour but que de vous présenter un nouvel auteur prometteur.

Pour ceux qui fréquentent, en tout bien tout honneur, Madame Ska, ce nom ne leur est pas inconnu : Gaëtan Brixtel. Ils apprécieront aujourd'hui de pouvoir lire plusieurs de ses textes, certains inédits, en version papier, ce qu'on fait de meilleur si l'on veut posséder un ouvrage dédicacé. Mais si on entrait dans le vif du sujet comme disait Casanova !

Deux thèmes majeurs charpentent ces nouvelles : l'enfance et l'adolescence, et la violence, morale et/ou physique, provoquée dans le cadre de la famille ou par des proches.

 

Ainsi Dans ton ventre met en scène une jeune femme qui coure dans la rue, visiblement dans le but de se faire faucher par une voiture. Mais Tu, Toi le lecteur, Tu es cette fuyarde et Tu t'immisce dans son esprit, revivant Tes années de mariage avec un mari violent auquel Tu destines un petit cadeau.

 

Poubelle girl, dont le titre est un hommage au roman Poubelle's Girls de Jeanne Desaubry, possède pour décor un immeuble en décrépitude, dans une zone urbaine sensible qui autrefois connut un certain chic. Mais c'était avant. Aujourd'hui les habitants ont l'habitude de déposer leurs sacs poubelles à l'entrée de la cave, dédaignant les descendre. la puanteur envahit la cage d'escalier. Et il y a la Fille, mal fringuée, mal coiffée, mal lavée, assise sur les marches, qui pleure.

 

Pour sa fête d'anniversaire, Teddy a invité ses copains, Nicolas, Antonin et Pierre, ainsi que sa copine Rachel. Teddy est le plus vieux, quinze ans, les autres sont un peu moins âgés, mais la mère de Teddy pense qu'elle peut leur faire confiance et les laisser seuls dans l'appartement, pour la soirée. Bière au menu, clopes, un peu de shit, Teddy et ses copains font comme les grands et ils s'émancipent. Mais ils ne sont pas habitués à ce genre de mélanges, Rachel encore moins qui s'éclipse dans la chambre afin de se reposer. Et au début c'est Juste pour voir, que les quatre ados la rejoignent.

 

Dernière visite, c'est comme une délivrance pour monsieur Balmain qui vit seul, et il en est content, satisfait même, heureux en un mot. Sa femme dont il est séparé depuis des années vient de décéder dans un EHPAD. De toute façon Renée, la défunte a toujours été malade, souffrante. Du chiqué. Pour certains elle fut même une hypocondriaque vindicative. Mais ne disons pas du mal des morts, ne soyons pas méchants comme elle le fut sa vie durant. N'entamons pas non plus une procédure de réhabilitation, comme ces prêtres qui déclament une apologie totalement mensongère lors de la cérémonie des funérailles. Pour Elise Chassaigne, sa fille, ce sont surtout les remontées nauséabondes de son enfance qui encombrent son esprit. Une enfance tumultueuse qui l'amenait à souiller ses draps, engluée dans la peur de sa mère.

 

Une histoire banale ne l'est pas tant que ça, mais si les gens en parlent en catimini, Julie, qui a vécu cet incident malheureux, essaie de ne pas les entendre. Ce qui lui est arrivé, c'est tout simple. Julie n'avait que quinze ans, le bel âge pour découvrir l'amour. Pas pour se faire violer. Mais faut bien faire comme si, après Ce qui lui est arrivé. Ou pas.

 

Mini-Pouce est une jeune mère célibataire dont la gamine enchante les jours et les nuits des voisins par ses pleurs et surtout ses cris. Mais pour le narrateur, là aussi c'est un peu comme une délivrance. Les cris de la gamine, Alice, dissimulent les Voix qui résonnent dans sa tête. Alors il se propose de garder Alice, il est libre, et la jeune mère pourra aller vaquer à ses propres occupations, rechercher du travail.

 

Des historiettes simples en apparence, voire banales, mais qui prennent une importance vitale si l'on se penche attentivement dessus, et si l'on regarde autour de soi. On se rend compte que nous connaissons tous, plus ou moins, des personnes qui ont vécu ou vivent ce genre de désagrément, des histoires familiales pas piquées des vers, qu'il suffit d'exploiter avec tact.

Toutefois le style narratif de Gaëtan Brixtel incite le lecteur à être partie prenante de ces tranches de vie, lui laissant même le soin d'interpréter selon sa sensibilité la chute, le dénouement. Et bizarrement j'ai cru parfois me trouver en compagnie de personnages issus de l'univers de Reiser, avec un clin d'œil à Francis Veber. En effet on retrouve le nom d'Elise Chassaigne dans deux des textes, Poubelle girl et Dernière visite, sans que pour autant il y ait corrélation entre les deux protagonistes.

Gaëtan Brixtel n'a que vingt-sept ans, et toute la vie devant lui, mais on ne peut s'empêcher de songer qu'il a, sinon vécu personnellement certains épisodes décrits, au moins connus certains de ses faux héros de papier, qu'il a puisé dans son entourage des situations, des traits, des répliques.

 

Gaëtan BRIXTEL : Vous offrir le pire. Recueil de nouvelles. Présentation Jeanne Desaubry. Editions du Horsain. Parution novembre 2016. 176 pages. 8,00€.

Repost 0
18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 05:43

L'étoile Jan Thirion ne pâlira pas...

Jan THIRION : La compil.

Accrochée au firmament littéraire depuis le 2 mars 2016, l'étoile Jan Thirion brille de mille feux, même si parfois quelques éclipses se produisent.

Et autour de cette étoile, gravitent de nombreux satellites, de petites lucioles constituées de romans, nouvelles et micro-fictions.

Les habitués des Lectures de l'Oncle Paul ont déjà pu découvrir certains textes, les autres ne manqueront pas de se précipiter sur cet ouvrage dans lequel Jan Thirion révèle tout son humour aigre-doux, son ironie, ses pieds-de-nez, et surtout sa tendresse, sa révolte aussi.

Au sommaire, quinze nouvelles qui mettent en valeur toute la palette de l'imaginaire de Jan Thirion, dans des scènes parfois empruntées au quotidien, mais agrémentées à la sauce Jan Thirion, c'est à dire un mélange savant de douceur, de fantaisie, de noirceur, d'érotisme, de poésie, le tout lié dans un style jubilatoire qui lui était propre.

Promenons-nous allègrement dans cet univers et découvrons quelques petites perles semées à l'usage d'un Petit Poucet qui veut voyager dans un univers onirique, parfois cauchemardesque, lumineux ou sombre, un parcours divers mais enchanteur. Ou pas.

 

Par exemple dans Le voyage à dos de cailloux, le narrateur suit une jeune fille qui veut échapper à son destin programmé dans un pays où les femmes ne sont que du bétail. Elle n'est pas la seule dans ses pérégrinations, mais le narrateur s'est focalisé sur elle. Il la suit dans son parcours de fugitive mais quel peut être son avenir ailleurs, dans un pays qui n'accepte les migrants que pour mieux les parquer, ou abuser de leur naïveté. Un leurre. Mais le narrateur ne joue-t-il pas sur ce leurre pour attiser la compassion ?

Une lecture à double entrée, car le narrateur, au lieu de suivre cette femme et ses compagnes dans leur fuite, pourrait être un journaliste ou un écrivain rédigeant un article loin des zones décrites, tranquillement installé dans son fauteuil. L'art de décrire sans se déplacer comme l'avait dénoncé Jean Yanne au début du film Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

 

Réussir une séparation est une histoire onirique, émouvante et effrayante à la fois. Un couple, Ma Princesse et Chéri, et leurs deux enfants. Au début tout allait bien entre Ma Princesse et Chéri, mais aujourd'hui, le regard n'est plus le même. Les relations non plus. La tension s'est installée entre eux deux et chacun fait comme si de rien n'était. Ils se préparent à partir, chacun emmenant un gosse dans un sac accroché au dos. Ils sont armés et se dirigent vers la ville haute, eux les habitants de la ville basse.

 

La grande sortie du dimanche met en scène Alias, réfugié avec son copain dans un immeuble délabré prêt à s'effondrer. Alias boit du vin, quitte à se perforer les entrailles, mais comme il n'y a plus guère de nourriture, il faut se contenter que ce qu'il y a. Il donne à boire aussi à des pigeons qui viennent sur le rebord de la fenêtre, principalement l'Empereur. Et comme tous les dimanches, Alias photographie les mouvements de cars dans la rue, la sortie du centre d'hébergement, les gens taiseux qui s'agglutinent dans les cars jaunes, les jeunes une peluche en bandoulière, heureux de vivre apparemment, dans un car vert. Et Alias photographie, comme tous les dimanches le départ vers ailleurs.

 

Dans la nuit, une pierre blanche, que fixe la narratrice. Elle se souvient de ses quatre ans, des nuits couchée dans la paillotte près de sa mère, son père veillant ou faisant semblant de dormir. De ses repas constitués d'insectes. De ce camp d'internement.

 

Quatre textes qui possèdent en points communs la fuite, la guerre civile, l'incarcération, l'exclusion, les enfants. Des textes forts, puissants, loin d'un marivaudage guilleret. Des textes ancrés dans une réalité qui se déroule, là-bas, dans des contrées que l'on ne connait pas, dont on a entendu parler, des exactions, des remises à niveau, la famine, la peur, la violence. Cela pourrait se dérouler hier, aujourd'hui ou demain, dans des pays qui ont pour nom exotique Corée, Cambodge, Somalie, Kosovo, Afrique du Sud...

Jan Thirion écrit (écrivait devrais-je dire mais ses textes sont toujours vivants même s'ils traitent de la mort) comme s'il expulse une obsession prégnante afin d'atteindre la sérénité, apportant un témoignage qui se veut l'espérance d'une vie meilleure en dénonçant des actes de barbarie. Pour autant Jan Thirion ne se délecte pas de la violence qui peut se dégager de ses nouvelles, il la dévoile pudiquement, il la suggère, il l'enrobe d'un humanisme non feint.

 

Sommaire :

Le voyage à dos de cailloux

L'enfant couché à l'aller, au retour

Lac noir

Les échassiers

Réussir une séparation

Salon du livre et du reptile

La grande sortie du dimanche

Une signature héroïque

Schizo

Dans la nuit une pierre blanche

10 rounds

Flash mortel

Plume de sang

Moi, gorille, auxiliaire de vie

La grande déculottée

 

Quelques nouvelles publiées chez Ska et reprises dans cet opus :

Et pour commander cet ouvrage, une seule adresse :

Jan THIRION : La compil. Nouvelles. Collection Noire Soeur. Editions SKA. Parution avril 2017. 410 pages. 6,99€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables