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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 03:47

Quand André-Paul Duchâteau s’adonnait à la sherlockmania !

André-Paul DUCHÂTEAU : Sherlock Holmes revient.

Surtout connu pour les scénarii de Ricochet, illustrés par son compère Tibet, André-Paul Duchâteau a également écrit de nombreux romans policiers à dominance humoristique.

Dans ce recueil, il s’attaque, gentiment et toujours avec humour, à un monument de la littérature policière en offrant quatre nouvelles, qui ne révolutionnent pas la geste de Sherlock Holmes mais contribuent à magnifier la légende du détective créé par Arthur Conan Doyle.

Quatre nouvelles sans fil conducteur mais dont certains personnages apparaissent et réapparaissent au long des récits, et je ne parle pas bien sûr de Sherlock Holmes et de son inamovible ami, secrétaire, et biographe.

 

Le Noël de Sherlock Holmes :

Une jeune actrice, Janet Fields, se présente le soir de Noël chez Sherlock Holmes. Elle est reçue par Watson qui, coïncidence heureuse, vient de lire un article concernant la pièce de théâtre dans laquelle elle joue.

Mal apparemment d’après un spectateur car elle vient de recevoir un message l’avertissant que son correspondant va la tuer ce 24 décembre, au cours de la représentation. Et c’est signé Jack l’Eventreur.

Alors Sherlock et son ami Watson se rendent au théâtre afin d’assister à la représentation et se présenter dans la loge de la jeune comédienne. Mais c’est le directeur de l’établissement qui est retrouvé assassiné.

 

Défis à Sherlock Holmes :

Raffles, le célèbre aventurier et gentleman cambrioleur, lance deux défis à Sherlock Holmes, lequel accepte galamment et s’en tirera à son avantage. Ce n’est point tant ces deux défis, bien imaginés par André-Paul Duchâteau, qui comptent, quoi que, mais bien ce personnage de Raffles, précurseur d’Arsène Lupin, créé par William Ernest Hornung, lequel n’était autre que le beau-frère d’Artur Conan Doyle. Une affaire de famille.

 

Le meurtre de Diana Bonté :

Trois sœurs, les sœurs Hawkins, se présentent chez Sherlock Holmes, requérant son aide dans une affaire de meurtre programmé. Elles sont toutes trois romancières, écrivant sous le pseudonyme commun de Diana Bonté des romans catalogués comme livres pour dames. Elles ont reçu un de leurs ouvrages avec une croix rouge tracée à côté de leur nom de plume, puis une boîte contenant une veuve noire, cet amical arachnide poilu.

A Sherlock Holmes rien d’impossible, ce qui n’empêche pas une pendaison. Suicide ou meurtre ?

On reconnaîtra aisément dans ce pseudonyme commun (mais pas commun) un clin d’œil appuyé aux sœurs Brontë.

 

Le propriétaire de Chelsea :

Etre un riche industriel, cela n’empêche de mourir d’un accident de la route. Une deux-chevaux, une voiture hippomobile, renverse le richissime Fortescue victime d’un meurtre avéré, le véhicule ayant été volé et retrouvé la nuit suivante. Pour Sherlock Holmes, l’assassin ne peut être que l’un des quatre locataires d’un immeuble dont Fortescue était le propriétaire. Des personnages étant étroite relation avec le défunt.

Le lecteur retrouve, dans cette nouvelle, Janet Fields dont il a fait la connaissance dans Le Noël de Sherlock Holmes ainsi que l’inspecteur Lestrade.

 

Quatre nouvelles empreintes d’un humour très British, ce qui ne gâte rien, et des déductions émises par Watson lequel est souvent contredit par Holmes. Ce qui ne l’empêche pas de tarabuster parfois le grand homme.

Mais il vous faut réagir et prendre un peu de distraction, Holmes. Vous ne pouvez pas continuer à rester confiné ici vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

André-Paul DUCHÂTEAU : Sherlock Holmes revient. Collection Attitudes. Claude Lefrancq éditeur. Couverture et illustrations intérieures de René Follet. Parution 1992. 160 pages.

ISBN : 9782871530862

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 03:23

Dans la lignée d’Ernest Hemingway, mais avec sa propre personnalité.

James SALTER : American Express

Pratiquement inconnu en France, James Salter, soixante dix ans, s'inscrit dans la lignée des auteurs américains attirés par la vieille Europe, et ses nouvelles font indéniablement penser à Hemingway. Ce recueil dont les nouvelles sont de petites tranches de vie puisées à Barcelone, ou encore en Italie, ou tout simplement dans son pays d'origine permettent à Salter de faire une entrée discrète mais réussie chez nous.

Des polaroïds qui fixent des voyages empreints d'amour, d'amitié mais également d'échecs, d'espoirs déçus.

Malcolm aime Barcelone parce qu'il est né le jour où Gaudi est mort, renversé par un autobus; parce que Paul Morand a su magnifier cette ville dans une de ses nouvelles. Malcolm et Nico, son amie, partent pour la plage en compagnie d'Inge dont les amours sont contrariées. Un après-midi et une soirée qui s'étiolent comme l'oiseau de Nico qui a perdu son compagnon de cage une semaine auparavant. Telle est le trame de Am Strande von Tanger.

Dans American Express, nouvelle titre du recueil, deux amis, avocats new-yorkais, visitent l'Italie, partageant la même chambre et les mêmes filles, tout en se souvenant de Brenda, un de leurs amours, mariée et divorcée.

Autres rivages met en scène une jeune hollandaise, jeune fille au pair chargée de l'éducation d'un bambin et qui reçoit de son amant, parti en Europe, des lettres dont la teneur est trop explicite aux yeux de la mère de l'enfant. Mais la nouvelle peut-être la plus poignante de cet ouvrage est la mort solitaire d'une écuyère à la suite d'un accident de cheval.

 

Le recueil terminé, le lecteur ne peut s'empêcher de ressasser certaines des phrases qui parsèment l'ouvrage de Salter et de les méditer.

Ainsi celle-ci extraite de Américan Express :

Les femmes tombent amoureuses quand elles commencent à vous connaître. Pour les hommes, c'est exactement l'inverse : quand ils finissent par vous connaître, ils sont prêts à vous quitter."

 

Sommaire :

Am Strande von Tanger

Vingt minutes

American express

Autres rivages

Le cinéma

Fils perdus

Akhnilo

Crépuscule

Via Negativa

La destruction d Goethanum

Terre

 

James SALTER : American Express (Dusk and other stories –1988. Traduction de Lisa Rosenbaum). Editions de l'Olivier. Parution janvier 1995. 210 pages.

ISBN : 9782879290232

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11 septembre 2020 5 11 /09 /septembre /2020 03:52

Crème anglaise… et américaine !

HITCHCOCK présente : Histoires de la crème du crime.

Comme c’est l’habitude dans cette collection, il n’existe aucune présentation des auteurs et des textes. Il faut faire appel à l’Archiviste qui a dénombré cinq nouvelles déjà publiées dans Hitchcock Magazine, les autres étant inédites. Quant aux auteurs, certains sont de célèbres inconnus et une petite notice les concernant eut été la bienvenue. D’autant que le nom William Jeffrey est attribué à Bill Pronzini par certains spécialistes, mais la nouvelle qui figure dans ce recueil est recensée dans la bibliographie du créateur du détective sans nom (le Nameless) en collaboration avec Jeffrey Wallman.

 

Mais détaillons un peu ce recueil.

A la fenêtre de Kim Antieau est ce que l’on peut définir comme une histoire en boucle. En voyage au Mexique avec son mari et le frère de celui-ci, une jeune femme aperçoit un soir dans la rue une autre femme trainée par deux policiers prêts à se servir de leurs armes. Cet incident la perturbe fortement, déjà influencée par son beau-frère qui ressent continuellement de la peur. Rentrée chez elle, elle ne peut s’empêcher de penser à ce qu’elle a vu et décide de retourner dans le village mexicain.

 

Le grand saut de Gary Brandner est comme une parodie mettant un jeune détective privé de vingt-deux ans qui a obtenu sa licence par correspondance. Comme il ne peut payer son loyer, sa logeuse est décidée à le flanquer dehors, à moins qu’il accepte une petite enquête. Il se prend tout aussi bien pour Bogart que pour Mike Hammer de Mickey Spillane.

Le mariage, cita-t-il, c’est comme le piment. Une fois qu’on y est habitué, on ne trouve plus ça aussi piquant.

Mensonges d’un jour d’été de Nora H. Caplan, met en scène une gamine dont les parents viennent de s’installer dans une vieille maison plus que centenaire dans un petit village à quelques cinquante kilomètres de Washington. La fillette s’ennuie jusqu’au jour où elle se trouve une amie de son âge. Mais à chaque fois que la mère veut voir cette nouvelle compagne, celle-ci vient de partir. Une histoire qui frise le fantastique.

Fortune de mer de James Holding, un habitué de Mystère Magazine et Hitchcock Magazine, est plus une nouvelle maritime qu’une nouvelle policière proprement dite. Vetuka, vieux pêcheur, appartenant au Clan des Requins, installé dans une des îles Salomon et ayant participé au conflit mondial lors de la bataille de Guadalcanal, reçoit la visite de son neveu Likuva et d’un ami de celui-ci, un Japonais du nom de Michiko. Ils désirent se rendre sur le lieu d’échouage d’un navire japonais, coulé lors du conflit, et contenant 50 000 yens or. Ils demandent donc à Vetuka de les emmener sur place avec une arrière-pensée en tête.

Mauvaise mine de William Jeffrey a pour personnage principal Flagg, qui prétend appartenir à l’administration du fisc américain, département des fraudes. C’est ce qu’il déclare à la jeune serveuse du bar L’oasis de Barney qui l’a surpris en pleine nuit farfouillant dans le bar. Il s’est rendu compte que le whisky qui lui avait été servi quelques heures plus tôt était un alcool de contrebande. Il vérifie donc les bouteilles au bar et dans la réserve et sa conviction est faite. Il ne lui suffit plus qu’à remonter à la source. L’épilogue nous réserve une surprise enivrante.

 

Permettez-moi de présenter les autres histoires très rapidement afin de ne pas déflorer tout le contenu du recueil et de vous occasionner une indigestion. Précisons donc que Charles Peterson, dans Idolâtries met en scène un loubard rangé des voitures et qui est sollicité pour effectuer un nouveau petit travail illégal. Dans Hold-up de Talmage Powell, une vieille femme se présente au trésorier et chef-comptable d’un hôpital et sous la menace l’oblige à lui remettre l’argent confiné dans le coffre. La fin morale ne surprendra personne, lorsque l’on connait les difficultés que subissent les Américains pour payer les établissements de santé. Une histoire toujours d’actualité.

Ça sent mauvais de John F. Suter nous propose une virée dans la campagne. Un individu à la mauvaise réputation est découvert assassiné dans un terrain boisé près d’une rivière. Seuls les deux propriétaires des lieux sembleraient être les coupables, tandis qu’une odeur nauséabonde poursuit le shérif, voire le précède. Ce n’est qu’une mouffette qui secrète un liquide malodorant dans son sillage.

Dans Comme un porc de Brice Walton, nous pataugeons dans la mangrove et les bayous à la suite d’un adolescent de dix-huit ans, qui vient de se marier avec une gamine de seize ans. Le lendemain de son mariage il a été arrêté pour voies de fait à cause d’un accès de jalousie, soupçonnant sa femme de le tromper. Il a bu, un acte inhabituel chez lui. Mais il n’est pas le véritable responsable moral, étant trop dépendant psychiquement de son père.

Enfin, dans L’âge ne fait rien à l’affaire, de Stephen Wasilik, nous suivons deux retraités se lançant dans une enquête concernant la petite-fille d’une amie d’une résidente qui est accusée de meurtre envers son compagnon trop volage. Ils vont démontrer, avec humour, au policier chargé de l’enquête qu’il a trop rapidement résolue, qu’il faut voir parfois plus loin que le bout de son nez et ne pas se fier aux apparences.

Décidément, Morley, tu n’arriveras jamais à te mettre dans la tête qu’il n’y a plus de vieux dans ce pays, mais seulement des électeurs du troisième âge que les hommes politiques doivent choyer et traiter avec le plus grand respect, car ils seront la majorité de demain.

 

Sommaire :

ANTIEAU Kim : A la fenêtre (At a window facing west – 1990. Traduction Christiane Aubert).

BRANDNER Gary : Le grand saut (The wet goodbye – 1979. Traduction Jean-Paul Gratias). Publié dans Hitchcock Magazine Nouvelle série N°3.

CAPLAN Nora H. : Mensonges d'un jour d'été (Summer evil – 1960. Traduction Bruno Martin). Publié dans Hitchcock Magazine N°87.

HOLDING James : Fortune de mer (Shima Maru – 1980. Traduction Philippe Kellerson).

JEFFREY William : Mauvaise mine (Day of the moon – 1970. Traduction Arlette Rosenblum). Publié dans Hitchcock Magazine N°114.

MCKIMMEY James : Epaves (A delicate balance – 1969. Traduction Pierre Billon).

MULLINS Terry :         Peuple de paix (People of peace – 1990. Traduction Jean Esch)

NATSUKI Shizuko : Châtiment divin (Divine punishment – 1991. Traduction Philippe Kellerson).

NEVINS Junior Francis M. : La leçon de choses (A picture in the mind – 1977. Traduction D. Wattwiller).

PETERSON Charles : Idolâtries (Works for Idol hands – 1982. Traduction Philippe Barbier).

POWELL Talmage : Hold-up (The hold-up. 1979. Traduction Maurice-Bernard Endrèbe). Publié dans Hitchcock Magazine Nouvelle série N°6.

SUTER John F. : Ça sent mauvais (Haunted my memory – 1990. Traduction L. de Pierrefeu).

WALTON Brice : Comme un porc (Just like a hog – 1958. Traduction Jean-Bernard Piat). Réédition de Travail de boucher publié dans Hitchcock Magazine N°41.

WASYLYK Stephen : L'âge ne fait rien à l'affaire (The liberating of Olivette Goudy – 1979. Traduction Louis de Pierrefeu).

HITCHCOCK présente : Histoires de la crème du crime. Le Livre de Poche N°4299. Parution février 1992. 320 pages.

ISBN : 9782253059318

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8 septembre 2020 2 08 /09 /septembre /2020 03:59

Romanciers, attention : ceci peut vous arriver !

Michel PAGEL : Désirs cruels.

Toute jeune voleuse, Marilith s’introduit nuitamment dans une propriété afin de dérober une toile de maître. Seulement elle ignore qu’une caméra dissimulée dans une boiserie filme ses faits et gestes. Et elle est toute surprise lorsqu’un homme armé l’arrête dans son élan. Il n’est pas seul, étant suivi par son patron, le romancier Marbœuf.

Après l’avoir complimentée sur sa jeunesse, sa joliesse, ses yeux verts, Marbœuf lui intime de se déshabiller. Pas de quoi déstabiliser le domestique nommé Baptiste, tranquille comme son prénom l’indique, ni la jeune femme qui se défait de son collant intégral. Alors qu’elle s’apprête de se débarrasser de ses sous-vêtements, l’écrivain l’arrête dans son élan. Ce n’est pas un individu lubrique. C’était juste pour vérifier qu’elle n’est pas armée.

Il sort de l’ombre dans laquelle il était resté et Marilith distingue alors un homme âgé, décrépit, le visage rongé comme s’il y avait eu projection d’acide. Marbœuf a connu son heure de gloire et a même loupé le Prix Goncourt quinze ans auparavant. Mais depuis, non seulement il est atteint d’une sorte de maladie qui le ronge physiquement, mais de plus, il ne produit plus rien. Son inspiration s’est épuisée. Lui aussi d’ailleurs est épuisé. Alors il propose un étrange marché à sa visiteuse nocturne.

Elle doit lui narrer quatre histoires, complètes et inédites, durant quatre nuits. Une par nuit. Et Marilith ne manque pas d’imagination, se renouvelant à chaque fois, abordant des thèmes différents.

 

La première nuit, Marilith raconte Rosie, nouvelle dédiée à Richard D. Nolane et S.K. Sheldon. Une histoire de routier légèrement éméché qui prend en stop une jeune femme trempée par la pluie. A bord deux petits personnages sèment la perturbation, Séraphin et Adonides, ange et démon. Castaing, le routier, sympa, sauve un vieux couple qui se défend, en pleine nature, comme il peut des attaques de deux loubards. Un couple bizarre qui roule à bord d’un vieux véhicule, une voiture vivante qui se délecte de chair et de sang.

L’île des révélations, c’est l’île d’Yeu qui sert de décor. Ou plutôt de lieu d’arrivée prévu pour quelques touristes d’horizons divers qui empruntent la navette qui relie le continent à l’île. Mais au cours du voyage, le ferry est victime d’un naufrage et les rescapés échouent sur une île inconnue. Chacun d’eux va peu à peu révéler sa véritable nature.

Les mains de Farah Yole met en scène une femme peintre qui œuvre dans le surréalisme morbide. Cette nouvelle est dédiée à Clive Barker et il n’est donc point besoin de décrire plus l’ambiance qui règne dans ce récit.

Enfin quatrième nuit, La balade de Luna Park nous entraîne dans un parc d’attractions un peu, voire beaucoup, spécial. Et cette promenade monstrueuse met en scène, entre autre, Imma, une Noire qui se métamorphose, devant les yeux ébaubis du public, en gorille. Une nouvelle dédiée à Roland C. Wagner.

 

Peu à peu, au fil des nuits, Marbœuf se régénère, rajeunit. Le vieil homme scrofuleux reprend des forces et guérit, physiquement et psychiquement. Mais il existe un revers à la médaille.

Calqué sur le principe des Contes des mille et une nuits, mais avec toutefois une notable différence : une nuit, une histoire complète, ce roman de Michel Pagel qui contient non pas quatre nouvelles mais cinq, le fil conducteur pouvant être considéré comme une nouvelle également, est un exercice de style qui conforte tout le bien que l’on pensait de l’auteur comme romancier et nouvelliste accompli. Même si certaines de ces nouvelles sont un peu faibles, l’univers décrit est captivant, souvent surréaliste, et lorgne aussi bien vers le romantique, sans que cela soit pour autant une bluette, que vers le gore.

 

Réédition dans La Comédie inhumaine. Bibliothèque du Fantastique. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1998. 640 pages.

Réédition dans La Comédie inhumaine. Bibliothèque du Fantastique. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1998. 640 pages.

Réédition : La comédie inhumaine volume 1. Les Moutons électriques. Parution mai 2020. 960 pages.

Réédition : La comédie inhumaine volume 1. Les Moutons électriques. Parution mai 2020. 960 pages.

Michel PAGEL : Désirs cruels. Collection Anticipation N°1725. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1989. 192 pages.

ISBN : 2-265-04232-3

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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 04:14

Quelques bonnes nouvelles d’Alfred…

Alfred HITCHCOCK présente : Histoires qui virent au noir.

L’intitulé de cet ouvrage est un peu trompeur car le grand Alfred n’est juste qu’un prête-nom, un label. Car de présentation des textes ou des auteurs, point. Mais ne boudons pas notre plaisir en découvrant, ou redécouvrant des nouvellistes connus et reconnus et des méconnus.

Et parfois, les textes de ces nouvellistes méconnus, probablement parce qu’ils furent peu prolifiques, égalent, voire dépassent, en valeur ceux de leurs confrères bien installés.

Naturellement, on retrouve avec plaisir la signature de Bill Pronzini qui nous emmène à Singapour, sur les traces d’un ancien aviateur qui, après l’accident qui a coûté la vie à son associé deux ans auparavant, a décidé de se retirer des tarmacs. Mais il suffit qu’un homme l’aborde dans un bar lui demandant instamment de l’emmener quelque part, et d’une jeune femme qui se dresse sur sa route, pour déclencher un engrenage dans lequel il va devoir déployer ses ailes.

Michael Collins nous propose une nouvelle aventure, conventionnelle, de son détective privé Dan Fortune le manchot. Le problème est bien de ne pas oublier qu’il n’a qu’un bras pour effectuer certains gestes. De ma main unique, je réussis à ouvrir promptement la porte en braquant aussitôt mon arme. Tout est dans la coordination des mouvements.

Laurence Block, autre auteur qui en général ne déçoit jamais nous présente une jeune fille de dix-sept ans qui, kidnappée, ne s’affole pas et va profiter de la situation tout en manipulant ses ravisseurs.

On retrouve également les piliers des recueils de nouvelles, des romanciers et nouvellistes qui ont eu les honneurs de collections prestigieuses, comme la Série Noire ou Un Mystère, et qui ont pour noms Richard Deming, Ed Lacy, Jack Ritchie, Jonathan Craig. Moins courant la présence de W.E.D Ross, plus connu en France, sous de multiples pseudonymes, pour ce que l’on appelle des romances à l’eau de rose, mais marinées de piquants.

Les femmes sont souvent décrites comme des blondes évaporées, mais elles savent se montrer manipulatrices aussi. Le reflet d’une époque révolue, qui n’était pas sans charme, sauf pour les féministes qui ne comprennent pas, parfois, la plaisanterie. Ainsi que penser de ce dialogue :

Vous savez, dit-elle, nous ne nous sommes pratiquement pas quittés depuis deux semaines et vous n’avez même pas essayé de m’embrasser.

Je suis un homme marié, mademoiselle. Je vous l’ai déjà dit. J’ai une femme et des enfants.

Elle fit une petite moue et me lança un regard chargé de reproches.

Je n’ai pas dit que je vous aurais laissé faire, mais vous n’avez même pas essayé. Avouez que ce n’est pas très flatteur pour moi.

C’est extrait de Import-export de W. L. Heath.

 

Sommaire :

PRONZINI Bill : La statuette de jade

DEMING Richard : Ecrémage

WASYLYK Stephen : Un petit acompte

LACY Ed : La mauvaise aubaine

CAROUSSO Georges : A l'épinglé !

COLLINS Michael : Un silence de mort

ELLIS Elijah : A feu et à sang

BLOCK : Laurence : La joyeuse kidnappée

MCKIMMEY Junior James : Un coup de pompe

HEATH W.L. : Import-export

RITCHIE Jack : Demoiselles à marier

ROSS W.E. Dan : Les perles de Li Pong

CRAIG Jonathan : Appelez-moi Nick

HOLDING James : Drôle d'endroit pour se garer

HOWARD Clark : Le gardien

SANDAVAL Jaime : L'art et la manière

Alfred HITCHCOCK présente : Histoires qui virent au noir. Editions Presses Pocket N°2367. Parution février 1987. 288 pages.

ISBN : 9782266018838

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1 août 2020 6 01 /08 /août /2020 03:33

Un univers fantastique intimiste

Gérard PREVOT : Le démon de février et autres contes fantastiques.

Le fantastique selon Gérard Prévot lorgne vers le surnaturel mais s’inscrit dans le passé-présent comme le souligne Franz Hellens dans sa présentation qui figure en fin de volume, dans la partie dédiée au dossier concernant l’auteur. Mais ce pourrait être dans l’avenir présent.

Ce sont comme des prémonitions d’événements à venir, des images qui s’imposent, conduisant le personnage principal souvent narrateur, à extrapoler des épisodes qui ne sont pas encore réalisés. Exemples en sont donnés dans les deux premières nouvelles, et plus particulièrement dans L’affaire du Café de Paris. Le narrateur aperçoit un soir, en sortant du café où il a ses habitudes, un chat dans une vitrine jouant avec une tête. Pourtant le lendemain, alors qu’il s’attend à ce que des personnages relatent l’événement, personne ne commente cette vision. Et la serveuse du café le soir même avoue qu’il s’agit de son petit chat qu’elle s’empresse d’aller délivrer. Mais aucun incident n’est à signaler. Pourtant c’est un peu plus tard, dans des circonstances étranges, que cette vision se réalisera. Dans Le démon de février, la nouvelle titre du recueil, la vision qu’aurait eu la nourrice du narrateur est quelque peu provoquée.

Ce pourraient être également des divinations, des prédictions annoncées par une cartomancienne qui affirme dans Des lions, un jour, à Louisa accompagnée de son fiancé Julius Pfistermeister qu’elle se mariera avec un bel homme brun. Or Julius est blond. Quant à l’avenir de Julius, elle préfère garder vers elle sa vision. Toutefois, pressée par son interlocuteur, elle avoue peu après qu’il sera dévoré par des lions. Cela se déroulait durant l’Oktoberfest de Munich et Julius avait quelque peu bu.

 

Le coup de pouce du destin, cela existe. Il y a des hasards brusques comme des coups de vent qui peuvent, en quelques secondes, bousculer les vies les mieux établies.

Telles sont les deux premières phrases de la nouvelle intitulée Par temps de pluie et de brouillard, et effectivement, ce coup de pouce du destin est tout simplement une frange qui pourrait confiner au fantastique mais qui n’est qu’une simple étourderie.

Mais le plus souvent il s’agit d’une émanation, d’un état d’esprit plus que d’une manifestation physique. La sensation de fantastique qui en résulte conduit à un transfert de personnalité. Ainsi dans Correspondance, qui comme son titre l’indique est une nouvelle épistolière. Dans La doublure, le fantastique qui régit l’intrigue peut s’expliquer comme mettant en scène une jeune fille atteinte de troubles bipolaires.

Le guitariste de minuit s’inscrit dans la lignée des nombreuses nouvelles mettant en scène des automates. Ici, l’automate est un joueur d’échecs qui ne connait pas souvent l’échec justement. Mais un autre automate lui fait pendant, un joueur de guitare qui ne s’exprime qu’une minute, à minuit, jouant à chaque fois un air différent. Une nouvelle qui s’inspire librement des automates du baron Von Kempelen, ingénieur à la cour impériale de Vienne.

Bien d’autres nouvelles mériteraient d’être légèrement disséquées, mais cette façon de procéder risquerait de trop en dévoiler et détourner l’éventuel lecteur de cet ouvrage qui œuvre dans le feutré, l’indicible, contrairement à certains ouvrages dont l’aspect fantastique se réduit à mettre en scène des monstres issus d’une imagination lovecraftienne ou à débordement sanglant à la manière de Clive Barker.

 

Sommaire :

1 - Le Démon de février, pages 5 à 9, nouvelle

2 - L'Affaire du Café de Paris, pages 11 à 25, nouvelle

3 - Les Amours de Pergolèse, pages 27 à 34, nouvelle

4 - Un jardin dans l'île d'Arran, pages 35 à 41, nouvelle

5 - Les Confidences de Gert Verhoeven, pages 43 à 47, nouvelle

6 - Le Mathématicien, pages 49 à 55, nouvelle

7 - Le Feu purificateur, pages 57 à 63, nouvelle

8 - Le Guitariste de minuit, pages 65 à 74, nouvelle

9 - Correspondance, pages 75 à 81, nouvelle

10 - Par temps de pluie et de brouillard, pages 83 à 87, nouvelle

11 - Des lions, un jour, pages 89 à 93, nouvelle

12 - L'Amnésique, pages 95 à 105, nouvelle

13 - Le Diable dans la forteresse, pages 107 à 110, nouvelle

14 - La Valse interdite, pages 111 à 115, nouvelle

15 - Les Fous de Damme, pages 117 à 121, nouvelle

16 - Le Cadavre de Beachy Head, pages 123 à 126, nouvelle

17 - La Doublure, pages 127 à 132, nouvelle

18 - La Trajectoire, pages 133 à 139, nouvelle

19 - La Petite gare de North Berwick, pages 141 à 151, nouvelle

20 - Étrange éclipse, pages 153 à 157, nouvelle

21 - Le Rapport venu du Rhin, pages 159 à 179, nouvelle

 

Gérard PREVOT : Le démon de février et autres contes fantastiques. Collection Marabout N°369. Editions Gérard. Parution 1970. 192 pages.

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 04:00

Lorsque le chantre des Cévennes se penche sur quelques épisodes de son existence…

Jean-Pierre CHABROL : La rencontre de Clotilde.

Incontestablement, ces contes s’inspirent, librement ou non, de quelques péripéties qui ont marqué son enfance mais pas que. Des historiettes placées dans le temps mais qui pourraient se dérouler de nos jours, le thème étant intemporel.

Emouvants, touchants, cyniques parfois, humoristiques quelque fois, ces contes sont le reflet d’un mode de vie puisé dans les années d’entre-deux guerres, dans un petit village qui pourrait être Chamborigaud, dans le Gard, puis à Alès. Des communes qui possédaient encore des commerces vivants, de bouche ou d’autre, et qui offraient de l’animation dans le bourg.

Le boucher comme Bartavel, un personnage haut en couleur, mais la main sur le cœur dans La punition du boucher. Presse-bouton, comme lui-même se définit, le photographe qui débarque un jour, s’approvisionnant sans régler ses achats, promettant beaucoup mais donnant peu, dans Le chèque sans provision. Toujours aimable et souriant. Comment lui résister !

Il s’en dégage comme une certaine nostalgie, pourtant Jean-Pierre Chabrol décrit les scènes, les lieux, sans établir de comparaison entre hier et aujourd’hui, mais avec chaleur et une tendresse qui parfois confinent à l’empathie. Normal puisque, sans se mettre réellement ou explicitement en scène, il est l’un des personnages de ces contes.

Narrateur, témoin, ou se cachant derrière l’un des protagonistes, il est présent sans se mettre en avant. Sauf, s’il est impliqué personnellement et intimement, alors il s’exprime à la troisième personne, pudeur oblige. C’est ce qui arrive dans La rencontre de Clotilde, les noms des personnages étant légèrement modifiés mais le contexte relevant de la réalité.

 

Ces nouvelles ne manquent pas d’humour, parfois féroce et cynique, comme dans Cyprien et la femme, ou de ces petites touches émotionnelles et humanistes comme dans La caissière du buffet ou L’enfant du tribunal. Des épilogues qui laissent augurer qu’il existe encore des personnages qui privilégient l’affectif, la sensibilité, l’humanisme, à l’aspect financier et répressif aveugle. Mais pas toutes, car dans Cyprien et la femme, la dernière phrase est terrible dans le mépris affiché par le personnage de Cyprien, un ancien compagnon du narrateur, retrouvé par hasard dans une rue de Paris.

Le maire du dimanche pourrait être une histoire se déroulant de nos jours, tant le contexte n’a pas changé, peut-être même amplifié avec les parachutages effectués par les partis politiques pour placer leurs protégés à des postes de responsabilités dans un but uniquement électoral et comptable. Un maire, avocat marseillais, possédant une résidence secondaire dans la petite ville du Gard, élu parce qu’il possède les oreilles du préfet et d’autres notabilités, ce qui fait la fierté des villageois, mais délègue ses responsabilité auprès du secrétaire de mairie, entre autre, se contentant de signer les papiers dans sa voiture lorsqu’il repart à la fin du week-end, lorsqu’il est venu. Car il n’est pas souvent présent dans la commune qui l’a élu.

Des nouvelles qui sont comme un souvenir, un reportage, une documentation, une histoire de la France dite profonde, des images d’Epinal, même si cela se passe dans les Cévennes, des touches de couleurs, des petits riens qui se perpétuent dans les mémoires, un ensemble qui forge toute une existence.

 

Sommaire :

Le chèque sans provision

La punition du boucher

Le sanglot du mec

La caissière du buffet

Le bistrot survivant

Camargue blues

Le maire du dimanche

Le petit notable

Le bleu-charrette

L'enfant-singe

Le métis au pantalon

L'enfant du tribunal

L'apprenti comédien

Les comédiens à l'hôpital

Cyprien et la femme

On s'aimera quelques jours

Violente

Fanchon

La rencontre de Clotilde

Le temps passe par la fenêtre

Jean-Pierre CHABROL : La rencontre de Clotilde. Contes à mi-voix 2. Collection Librio N°63. Editions E.J.L. Parution avril 1995. 98 pages.

ISBN : 9782277300632

Première édition : Grasset et Fasquelle. 1985.

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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 04:40

Douze nouvelles anciennes

mais non rassises à déguster…

Robert E. HOWARD : Le Tertre maudit.

Comme bien des romanciers populaires, le nom de Robert E. Howard a été éclipsé par celui de l’un de ses personnages principaux, Conan le Barbare, et dans un moindre rayonnement par Solomon Kane.

Pour autant, malgré son décès prématuré à l’âge de trente ans suite à un suicide, Robert E. Howard reste l’un des nouvellistes de talent constamment réédité.

Son univers est entièrement tourné vers le fantastique surnaturel, et il lorgne vers d’autres grands maîtres de cette discipline dont il fut le contemporain et dont il put lire les œuvres et peut-être parfois s’en inspirer tout en gardant sa propre personnalité.

Ainsi dans La malédiction de la mer, voire Du fond des abîmes, on le sent proche littérairement parlant de William Hope Hodgson, mais l’on perçoit également une parenté avec Howard Phillips Lovecraft toujours dans Du fond des abîmes plus que dans Le monolithe noir qui a été publié sous le titre La pierre noire dans le recueil Légendes du mythe de Cthulhu, une anthologie d’August Derleth connu pour ses relations avec H.P.L.

Douze nouvelles d’inspiration diverse qui parfois sont liées entre elles par le décor, un personnage apparaissant ou évoqué à deux ou trois reprises, par l’emplacement géographique.

Ainsi dans … En replis tortueux et Le cœur de Jim Garfield, les deux histoires débutent de la même façon. Le narrateur, accompagné, se repose le soir installé sur sa véranda. Mais l’histoire est totalement différente.

De même La malédiction de la mer et Du fond des abîmes se passent au même endroit, à Faring, petit port au bord de la mer.

On retrouve le docteur Blaine à deux reprises dans des épisodes qui n’ont rien à voir entre eux, et le Texas et états proches, servent souvent de décor, d’aujourd’hui ou prenant leur genèse au moment de la guerre entre Fédérés et Confédérés, la fameuse guerre de Sécession, qui a cessé c’est sûr, mais dont les traces persistent encore dans les mémoires.

Une sonnerie de trompettes évoque le personnage de Jim Garfield, déjà mis en scène dans Le cœur de Jim Garfield.

Ainsi de nombreuses convergences lient plus ou moins ces nouvelles entre elles, et seule Lance et crocs, son premier texte publié à l’âge de dix neuf ans dans la revue Weird Tales, qui publie également Lovecraft et Clark Ashton Smith, se démarque de par sa teneur qui n’est pas sans rappeler les romans dits préhistoriques ou romans des Âges farouches de J.H. Rosny Aîné, dont principalement La guerre du feu ou Helgvor du Fleuve bleu.

 

Robert E. Howard possédait une imagination débordante, malgré les quelques similitudes évoquées, et l’on se demande quelle serait l’importance bibliographique de ses œuvres s’il ne s’était pas suicidé à l’âge de trente ans. C’est en 1928, alors qu’il a vingt-deux ans, que sa carrière débute réellement avec des récits de boxe publiés dans divers Pulps, et que Weird Tales publie les premières aventures de Solomon Kane.

 

Sommaire :

Lance et crocs (Spear and Fang - 1925)

La malédiction de la mer (Sea Curse - 1928)

Du fond des abîmes (Out of the Deep - 1967)

... en replis tortueux (The Dream Snake - 1928)

Coup double (The Man on the Ground - 1933)

Le cœur de Jim Garfield (Old Garfield's Heart - 1933)

Pour l'amour de Barbara Allen (For the Love of Barbara Allen - 1966)

Le Tertre Maudit (The Horror from the Mound - 1932)

Le Monolithe Noir (The Black Stone - 1931)

Une sonnerie de trompettes (A Thunder of Trumpets - 1938)

Le Cavalier-Tonnerre (The Thunder-Rider - 1972)

La Vallée Perdue (The Valley of the Lost - 1966)

Première édition : Collection Fantastique/SF/Aventures N°154. Editions NEO. Parution 1985.

Première édition : Collection Fantastique/SF/Aventures N°154. Editions NEO. Parution 1985.

Robert E. HOWARD : Le Tertre maudit. Recueil de nouvelles. Collection Howard. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1991. 224 pages.

ISBN : 9782265045538

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30 mai 2020 6 30 /05 /mai /2020 03:25

Ou quand les éditions Asphalte cultivent les fleurs de bitume.

Londres Noir. Recueil proposé par Cathi UNSWORTH.

Ces fleurs sont les nouvelles qui décrivent, loin des clichés des cartes postales destinées aux touristes, des quartiers qui recueillent la faune hétéroclite, cosmopolite et interlope qui s’y trimballe. Souvent des musiciens qui auraient pu devenir des stars mais qui vivent en marginaux, n’ayant pas obtenu le succès escompté pour diverses raisons.

Ces fleurs sont aussi celles qui fissurent le goudron recouvrant les rues malfamées, l’orge, le houblon ou encore le pavot et qui ne seront pas foulées au pied par des visiteurs en mal de sensations fortes à moins que leurs pas les conduisent justement les traces de ces vaincus de la vie. Parce que, eux-mêmes, se sentent en adéquation et désirent s’accrocher à des images de vaincus, à partager une vie d’errance, à se fondre dans les squats et les bars louches, à avaler moult pintes de bière, de whisky, et s’envoyer en l’air à l’aide de poudre blanche en compagnie de filles anorexiques et de gars désabusés.

Dans ce Londres Noir, recueil de nouvelles préparé, concocté et proposé par Cathi Unsworth, c’est bien l’alcool et la drogue qui régit le quotidien des protagonistes de ces récits écrits par des pointures comme Ken Bruen et des auteurs plus ou moins inconnus chez nous mais qui ont à leur actif pour la plupart déjà quelques romans noirs.

Ils sont dix-sept et possèdent en point commun d’être ou d’avoir été journalistes et de graviter dans le monde musical. Soit comme compositeur comme Sylvie Simmons qui a rédigé une biographie de Serge Gainsbourg, John Williams qui écrit pour un fanzine punk et joue dans des groupes ou encore Max Décharné, auteur de recueils de nouvelles, des essais sur la musique, le cinéma et la contre culture, batteur du groupe Gallon Drunk et chanteur du groupe de garage punk The Flaming Stars.

Certains personnages pensaient pouvoir trouver amour, peut-être, gloire sûrement (et beauté ?) mais ils se rendent comptent qu’ils se sont fourvoyés et repartent chez eux loin dans le Nord. C’est ce qui arrive aux protagonistes de Sic transit gloria mundi de Joolz Denby, auteur de Stone Baby publié chez Baleine.

Mais tous n’ont pas ce privilège et continuent de végéter dans les brumes de l’alcool, de la fumée et de la poudre. D’autres sont des passagers de la rue, dont c’est le travail d’arpenter ce bitume. Dans Rigor mortis de Stewart Home, le narrateur est un flic et ce qu’il fait, il le fait en son âme et conscience. D’ailleurs il se défend en déclarant : Toute personne sensée reconnaîtrait que sans lois ni agents de police préparés à faire le sale boulot avec vigilance, la société deviendrait une véritable jungle. Ceci dit, il y a encore trop d’âmes charitables qui aiment salir l’image de la police de Londres.

Et que penser de cette phrase du poète gallois Dylan Thomas, citée par John Williams dans New Rose : Un alcoolique, c’est quelqu’un que tu n’aimes pas et qui boit autant que toi.

 

Sommaire :

BARRY Desmond : Backgammon (Soho)

BRUEN Ken : A bloc (Brixton)

HOME Stewart : Rigor Mortis (Ladbroke Grove)

ADAMSON Barry : Maida Hell (Maida Hell)

WARD Michael : I fought the Lawyer (Mayfair)

SIMMONS Sylvie : Je déteste ses doigts (Kentish Town)

BENNETT Dan : Rituels au parc (Clifford Park)

UNSWORTH Cathi : Trouble is a Lonesome Town (King's Cross)

DECHARNE Max : Chelsea 3, Scotland 0 (King's Road)

WAITES Martyn : De l'amour (Dagenham)

DENBY Joolz : Sic transit gloria mundi (Bradford)

WILLIAMS John : New Rose (New Cross)

SYKES Jerry : L’île aux pingouins (Camden Town)

PILKINGTON Mark : Montée sur un cheval blanc (Dalston)

McNALLY Joe : Le Sud (Elephant & Castle)

McCABE Patrick : Who do you know in Heaven 'Algate)

HOLLINGS Ken : Betamax (Canary Wharf)

Première édition septembre 2010

Première édition septembre 2010

Réédition Folio. 2012.

Réédition Folio. 2012.

Londres Noir. Recueil proposé par Cathi UNSWORTH. Traductions de Miriam Perier. Editions Asphalte. Parution 28 mai 2020. 336 pages. 12,00€.

ISBN : 978-2-918767-98-5

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 04:39

Pour la fin du monde prends ta valise
Et va là-haut sur la montagne on t'attend…

Gérard Pelaprat.

 

La Grande Anthologie de la Science-fiction : Histoires de fins du monde.

Dans sa préface, Jacques Goimard recense toutes, ou presque, les formes de la fin du monde vu par les auteurs de science-fiction, et en premier l’ouvrage Les Posthumes de Restif de la Bretonne datant de 1802. Il s’agit d’un thème terriblement actuel puisqu’il s’agit de la fonte des glaces polaires. Un phénomène inquiétant souvent pris à la légère par les hommes politiques, quel que soit le pays qu’ils dirigent, mais également mis en doute par certains scientifiques.

Mais ce qui revient le plus souvent dans cet inventaire, c’est la fin du monde provoquée par l’humain se servant d’armes nucléaires. L’Apocalypse nucléaire ou bactériologique déclinée avant, pendant ou après. La plupart du temps c’est la troisième version qui est décrite mais si le résultat compte, il ne faut pas oublier qu’auparavant, il y eut les prémices.

Dans Foster, vous êtes mort ! de Philipp K. Dick, nous suivons le parcours d’un gamin dont le père est anti-P. C’est-à-dire, que contrairement à ses voisins, à ses concitoyens, il a refusé de faire installer un abri antiatomique dans son jardin. Il est le propriétaire d’un magasin de meubles en bois, mais la mode détourne les éventuels clients, et sa boutique végète. Foster, en rentrant de l’école où il s’est une fois de plus fait sermonner par son institutrice est en extase devant un abri nouvelle génération. Le vendeur lui refuse la visite de l’installation car il n’a pas l’argent nécessaire. Pourtant Foster en rêve et il parvient enfin à convaincre son père d’acheter cet abri, quitte à s’endetter pour de très nombreuses années.

Ecrite en 1954, Philipp K. Dick décrit la paranoïa dont étaient victimes les Américains à cette époque, nombreux étant ceux qui installèrent des abris dans leur jardin. Mais l’auteur dénonce aussi le système commercial, les abris étant dépassés au bout de quelques mois, et il fallait investir à nouveau dans de nouvelles installations à la pointe du modernisme et des technologies. Achetez ou mourez, c’est le nouveau slogan.

 

Tandis que les têtes nucléaires tournoyaient haut dans le ciel… Ainsi débute la nouvelle de Robert Bloch : Le jour se lève. La guerre n’est pas terminée mais un homme, un rescapé habillé d’un costume spécial réservé, volé peut-être, aux militaires de haut rang, sort de son abri blindé et part à la découverte des dégâts. De nombreux objets souvent futiles jonchent les routes, mais qui possédaient leur importance lors de leur utilisation, dont les bretelles de faux seins en caoutchouc dans lesquelles il manque de se prendre les pieds. Et puis les cadavres fauchés en pleine activité, bricolage ou simulacre de la reproduction.

 

Loth de Ward Moore nous renvoie à un épisode de la Bible, lors de la destruction de Sodome. Le changement en statue de sel de la femme de Loth, alors qu’il fuyait la ville promise à la destruction en compagnie de son épouse et de ses filles.

Comme tous les habitants de Los Angeles, et plus particulièrement ceux de Rambla Catalina, David Jimmon s’apprête à fuir sous les instances du gouvernement. Il a chargé dans sa voiture tout le nécessaire indispensable pour une nouvelle vie dans la campagne ou les bois et la place est comptée pour que sa femme Molly, sa fille Erika, et ses deux fils Jir et Wendell s’installent à l’intérieur. Mais le chien n’est pas invité au voyage, malgré les récriminations de Wendell. Il saura bien se débrouiller seul, argue David Jimmon. Et les voilà partis, sans un mot pour les voisins ou les amis, Pearl et Dan, au grand désespoir de Molly. La route est encombrée et David s’évertue à emprunter de petites routes. Car David a tout préparé, soigneusement, et rien ne lui fera changer d’idée.

 

Se réveiller dans un lit, entourée de drôles de créatures habillées de combinaisons spatiales semblables à des tenues de ski avec au dessus de la tête comme un bocal à poissons rouges, voilà qui a de quoi étonner. Mais lorsqu’on est la seule ou presque à réchapper d’une catastrophe, on ne se pose guère de questions, sauf les essentielles. Ces créatures venues d’ailleurs ont la particularité de ressembler à des animaux, ours, chevreuil, lapin… Rien de sera pareil à avant, surtout lorsque l’on a toujours vécu en étant Carnivore. Une nouvelle étrange signée G. A. Morris.

 

Durant la guerre atomique, les soldats subissent un enfer quotidien, et le soir ils reçoivent des soins et des médicaments leur permettant de passer une bonne nuit. Et le lendemain matin, ils repartent au combat frais et dispos. C’est ainsi que Denton perd la notion du temps et lorsqu’il rend visite à Miriam, celle qu’il aime, cloîtrée dans un hôpital, il croit que sa dernière visite remonte à trois jours. Erreur, elle affirme que cela fait un mois qu’il n’est point venu. Et que la guerre dure depuis dix ans. Il n’en revient pas. Il part à la recherche de médicaments pour la soulager, mais il est difficile de trouver du monde dans cet hôpital où tous les médecins sont des robots. Une vision futuriste guère réjouissante par Idris Seabright dans La mort de chaque jour.

 

L’arrêt des nuages aux frontières, c’est ce que l’on veut nous faire croire, mais dans la réalité fictionnesque, c’est tout autre. Ainsi dans Seule une mère de Judith Merrill, les dégâts collatéraux existent, surtout pour les femmes enceintes. Mais l’amour maternel est aveugle, c’est bien connu. Heureusement.

 

L’Intelligence artificielle prend de plus en plus de place dans notre quotidien, quitte à nous rendre esclave. Dans Le vaisseau fantôme de Ward Moore, une anticipation de 1951, un avion bombardier se pose sur un terrain d’atterrissage. Personne n’est présent pour le réceptionner et surtout pour l’alimenter en kérosène. La pompe se met toute seule en position, l’ouverture est automatique, et le flot de carburant se déverse, tandis qu’à l’autre bout de la chaine, à des milliers de kilomètres de là, une machinerie extrait et transforme le précieux liquide. Tout cela sans la main de l’homme. L’avenir est à la technologie automatique, mais pourquoi et dans quelles conditions cela est-il possible ?

 

Enfin, dans La lune était verte de Fritz Leiber, nous entrons dans l’intimité d’un couple, confiné comme leurs semblables, dans un appartement en rez-de-chaussée. Seul l’homme peut aller vaquer au dehors de temps à autre. Pendant ce temps, Effie, sa femme, rêve devant la fenêtre obturée de volets en plomb placés à l’intérieur de la pièce. Pourtant, un soir, elle ose défier son mari absent et ouvre les volets, admirant derrière les vitre la lune verte. Elle croit apercevoir une silhouette, mais son mari s’interpose. La jalousie est toujours aussi prégnante dans les moments critiques… surtout lorsque l’homme s’aperçoit que sa femme est enceinte, ce qu’il n’avait pu réaliser depuis des années.

Or, les naissances sont rares, et pourtant l’humanité en a besoin, pour des raisons qui dépassent l’entendement :

Lorsque la communauté remonterait à la surface, chaque enfant bien portant prendrait une valeur inestimable, non seulement pour la survie de l’espèce mais encore pour une éventuelle reprise de la guerre contre les communistes.

Une nouvelle édifiante écrite en 1952 !

 

Dix-huit nouvelles qui nous montrent, nous décrivent l’avant, le pendant et l’après d’une guerre nucléaire. Et comme certains le diront fort justement, on préfère l’avant car après c’est pendant…

 

Sommaire :

Introduction à l'anthologie, pages 7 à 14,

Préface : Jacques GOIMARD, Le Thème de la fin du monde.

Philip K. DICK : Foster, vous êtes mort ! (Foster, You're Dead). Trad. Bruno Martin.

Theodore STURGEON : Mémorial (Memorial). Trad. Frank Straschitz.

Robert BLOCH : Le Jour se lève (Daybroke). Trad. P. J. Izabelle.

Ward MOORE : Loth (Lot).

Idris SEABRIGHT : La Mort de chaque jour (The Death of Each Day). Trad. Arlette Rosenblum.

Judith MERRIL : Seule une mère… (That Only a Mother). Trad. Alyette Guillot-Coli.

Fritz LEIBER : Le Prochain spectacle au programme (Coming Attraction.  Trad. P. Soulas.

Ward MOORE : Le Vaisseau fantôme (Flying Dutchman). Trad. Roger Durand.

Lester DEL REY : Les Gardiens de la maison (The Keepers of the House). Trad. Denise Hersant.

Robert SHECKLEY : Les Filles et Nugent Miller (The Girls and Nuggent Miller). Trad. René Lathière.

Alfred BESTER : La Vie n'est plus ce qu'elle était (They Don’t Make Life Like They Used To). Trad. Michel Deutsch.

G. A. MORRIS : Les Carnivores (The Carnivore). Trad. Didier Coupaye.

Fritz LEIBER : La Lune était verte (The Moon is Green). Trad. Didier Coupaye.

William TENN : Un système non-P (Null-P). Trad. Marcel Battin.

Horace B. FYFE : Que la lumière soit (Let There Be Light). Trad. Bruno Martin.

Walter Michael MILLER : Frère Francis (A Canticle for Leibowitz).

William TENN : La Ruée vers l'Est (Eastward Ho!). Trad. Christine Renard.

Stephen Vincent BENET : Dans les eaux de Babylone (By the waters of Babylon). Trad. Marcel Battin.

Dictionnaire des auteurs.

 

La Grande Anthologie de la Science-fiction : Histoires de fins du monde. Le Livre de Poche N°3767. Parution 4e trimestre 1974. 416 pages.

ISBN : 2-253-00608-4

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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