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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 08:18

Mais attention aux piquants des bogues…

Arthur MORRISON : Dorrington, détective marron

Si Arthur Morrison, 1863 – 1945, fut célébré de son vivant comme un brillant représentant anglais du naturalisme et un des maîtres de la detective fiction, de nos jours il est quasiment oublié, sauf des nostalgiques des parutions anciennes.

Or cet auteur fut un précurseur et un innovateur dans le domaine de la littérature policière, mettant en scène Dorrington, un détective peu scrupuleux. Ses aventures sont narrées par l’une de ses victimes, James Rigby, ce qui le différencie d’un Watson par exemple lequel était béat d’admiration devant son colocataire et ami, mais de plus ses exploits sont racontés à rebrousse-temps.

Nous découvrons le personnage Dorrington, par l’intermédiaire de James Rigby qui voyage à bord d’un steamer le menant en Angleterre. Rigby, en confiance envers ce compagnon affable et fin diseur, lui narre son enfance en Australie, puis lors d’un voyage en Europe la mort de son père assassiné par la Camorra alors qu’il n’avait que huit ans, son adolescence, la mort de sa mère et son intention de réaliser ses affaires, un héritage immobilier concernant un terrain susceptible de receler des gisements de cuivre. Il doit rencontrer un solicitor mais Dorrington est fort intéressé et il envisage de s’approprier les documents. Rigby va se trouver dans une fâcheuse posture et grâce à un ouvrier parvient à s’en sortir vivant. C’est ainsi qu’il s’accapare quelques documents appartenant à Dorrington, dans le bureau de celui-ci, et qu’il va pouvoir remonter le parcours délictueux de ce détective peu commun.

 

Après Le récit de Mr. James Rigby, nous remontons donc le temps, avec toujours ce spolié comme narrateur. Janissaire est un jeune cheval de course, un yearling, prometteur. Naturellement, peu de temps avant la course auquel ce poulain de deux ans doit participer, les paris vont bon train. Dorrington, apprenant par hasard que l’animal risque de subir un traitement néfaste, imagine un artifice pour déjouer les manigances.

Le Miroir de Portugal est, comme son nom ne l’indique pas forcément, un diamant à la valeur inestimable qui a parcouru les siècles, passant de main en main jusqu’à sa disparition au cours de la Révolution Française. Deux cousins, d’origine française mais installés à Londres, se disputent cette pierre, et Dorrington est sollicité pour trancher. Il le fera, mais à sa façon.

Dans La Compagnie Avalanche, Bicycle et Pneu, Limited, nous retrouvons le monde des paris, mais cette fois dans un sport en plein développement, la course de bicycle sur piste. Le vélocipède prend une telle ampleur que de nombreuses entreprises se montent, et afin de se développer lancent un système de participation financière par action. Et naturellement, certains petits débrouillards s’immiscent dans ce qui peut devenir un marché juteux. Heureusement Dorrington est là pour rétablir la situation.

Comme le dit fort justement l’un des protagonistes :

Comme je l’ai dit mille fois, les parieurs sont, de nos jours, le fléau de tous les sports.

Plus de cent ans après cette déclaration, cela ne s’est pas arrangé.

 

La mort étrange de Mr. Loftus Deacon nous entraine dans les aîtres d’un vieux collectionneur d’objets japonais. L’homme a été retrouvé assassiné dans son appartement, et les policiers se trouvent devant un problème de meurtre en chambre close. Un ami de cet amateur de japonaiseries et exécuteur testamentaire sollicite l’aide de Dorrington, lequel va découvrir, sinon l’assassin, mais comment il s’est débrouillé pour perpétrer son forfait. Une arme blanche a été dérobée, un Katana forgé par un maître armurier quelques siècles auparavant. Or ce Katana est un objet sacré dont un Samouraï ne peut se défaire, quel qu’en soit le motif. L’un des principaux présumés coupables n’est autre que le fils de celui qui a cédé le Katana à Mr. Loftus Deacon, et il désirait à tout prix récupérer l’objet.

L'argent du vieux Cater prend pour intrigue également, comme Le Miroir de Portugal, une histoire d’héritage que se disputent deux cousins. Dorrington va mettre son grain de sel dans cet imbroglio dont les trois protagonistes principaux, le vieux Cater et les deux cousins, sont de fieffés usuriers, n’ayant aucun scrupule et n’hésitant pas à mettre sur la paille leurs débiteurs.

 

Si ces trois histoires mettent en scène un détective dont la préoccupation principale est de gruger clients et autres, parfois la morale est sauve.

L’auteur s’attache plus à décrire les traits de caractère des personnages que leur physique, et n’hésite pas à remonter dans le temps pour leur donner du volume.

Ces nouvelles, qui ont été publiées dans The Windsor Magazine de janvier à juin 1897, n’ont en rien perdu de leur saveur, et ne sont en rien désuètes, même si elles reflètent une certaine époque. Or justement, c’est cette plongée dans le vieux Londres, qui parfois fait penser à Dickens, dans les milieux sportifs ou des collectionneurs, milieux qui n’ont guère changé dans leur comportement même si le modernisme est passé par là, ou des usuriers dont les pratiques sont aujourd’hui celles de certaines banques, qui donnent du charme à ces historiettes. Les valeurs morales sont battues en brèche, légalement ou non, et Dorrington est toujours présent pour essayer d’en tirer profit. Essayer, car parfois il se retrouve le bec dans l’eau, ne tirant pas le profit qu’il escomptait, mais sachant retomber toutefois sur ses pieds.

Arthur Morrison, un auteur à découvrir ainsi que son personnage dont Arsène Lupin a emprunté quelques traits de caractère et de façon de procéder.

 

Sommaire :

Introduction de Jean-Daniel Brèque.

Le récit de Mr. James Rigby

Janissaire

Le Miroir de Portugal

La Compagnie Avalanche, Bicycle et Pneu, Limited

La mort étrange de Mr. Loftus Deacon

L'argent du vieux Cater

Sources.

Arthur MORRISON : Dorrington, détective marron (Dorrington Deed-Box – 1897. Traduction d’Albert Savine, revue et complétée par Jean-Daniel Brèque). Collection Baskerville N°35. Editions Rivière Blanche. Parution février 2017. 236 pages. 20,00€.

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2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 10:20

Toujours vivaces malgré les nouvelles

technologies… ou peut-être à cause !

George SAND : Croyances et légendes de nos campagnes.

Si la région du Berry vous fait penser tout de suite à quelques images, dont celles qui figuraient dans nos livres d’histoires, connues sous le nom des Très Riches Heures du Duc de Berry, il ne faut pas s’arrêter à cette particularité de cette belle province, à ces représentations médiévales, mais en explorer l’histoire littéraire, culturel, patrimoniale, et j’en passe sciemment sinon je serais vite hors sujet.

Parmi les personnages célèbres qui possèdent des accointances avec le Berry, citons Jacques Cœur, Benjamin Rabier fabuleux dessinateur animalier, Jacques Tati, le cinéaste à la pipe et son personnage de Monsieur Hulot dont le premier long-métrage, Jour de fête, se déroule à Sainte-Sévère, et bien d’autres dont une certaine Amantine, Aurore, Lucille Dupin, baronne Dudevant plus connue sous le nom de George Sand.

Cet alias, elle le doit à sa collaboration avec Jules Sandeau, lorsqu’ils écrivirent ensemble Blanche et Rose en 1831 après avoir rédigé de nombreuses nouvelles, puis elle signera seule Indiana en 1832. Mais ce ne sont pas là ses débuts littéraires puisque dès 1829 elle avait écrit des récits de voyage sous son véritable patronyme, ainsi qu’un roman La Marraine.

Elle est connue, hors littérature, pour son engagement féministe, fustigeant le mariage et luttant contre les préjugés, par ses frasques amoureuses et sa tenue vestimentaire masculine, lançant une mode dont elle ne savait pas combien ceci allait prendre de l’importance quelques décennies plus tard.

Si ses premiers romans bousculent les conventions sociales et magnifient la révolte des femmes, c’est bien par la suite qu’elle aborde les problèmes de société, mettant en scène dans des romans champêtres le milieu paysan, avec des romans comme La Mare au diable, François le Champi, La Petite Fadette, pour ne citer que les plus connus, souvent édités dans des versions abrégées pour des collections juvéniles.

Elle s’inscrit dans un mouvement que l’on pourrait désigner comme romantique quoique s’imposant à contre-courant des idées prônées en ce qui concerne la Femme, et en même temps dans ces mouvements littéraires comme le naturalisme, l’existentialisme, l’humanisme, avant la lettre.

George SAND : Croyances et légendes de nos campagnes.

George Sand s’intéresse beaucoup à la vie des paysans, mais également aux légendes narrées à la veillée, ainsi qu’au folklore local, les mettant en scène dans ses romans et nouvelles, avec son apport personnel en ce qui concerne la religion. Dans l’une de ses correspondances avec un membre du clergé, en 1844, elle écrit ceci :

Je puis avoir beaucoup d'estime et d'affection personnelle pour des membres du clergé, et je fais point de guerre systématique au corps dont vous faites partie. Mais tout ce qui tendra à la réédification du culte catholique trouvera en moi un adversaire, fort paisible à la vérité (à cause du peu de vigueur de mon caractère et du peu de poids de mon opinion), mais inébranlable dans sa conduite personnelle. Depuis que l'esprit de liberté a été étouffé dans l'Église, depuis qu'il n'y a plus, dans la doctrine catholique, ni discussions, ni conciles, ni progrès, ni lumières, je regarde la doctrine catholique comme une lettre morte, qui s'est placée comme un frein politique au-dessous des trônes et au-dessus des peuples.

 

Or, dans certains des textes qui composent Croyances et légendes de nos campagnes, souvent George Sand revient sur la religion, gardant ses convictions et les intégrant dans des histoires à résonnance fantastique.

Ainsi dans La Petite Fadette, dont le nom masculin est Fadet ou Farfadet, créature légendaire qui signifie aussi esprit follet ou fée, le lecteur peut-il lire ce passage édifiant :

 

-Mais, disait Landry, ce que tu crois là, que le diable n’existe point, n’est pas déjà trop chrétien, ma petite Fanchon.

-Je ne peux pas disputer là-dessus, répondit-elle ; mais s’il existe, je suis bien assurée qu’il n’a aucun pouvoir pour venir sur la terre nous abuser et nous demander notre âme pour la retirer du bon Dieu.

 

Une façon de montrer que l’église joue avec les superstitions, quoiqu’elle s’en défende, lorsque cela l’arrange. De même dans Le curé et son sacristain païen, extrait de Promenades autour d’un village en 1857, un prêtre est choqué lorsque son sacristain lui demande de bénir des figurines en bois. Il prétend que ces personnages grossièrement taillés ne sont que la représentation d’idoles. Or, pourtant, les santons sont entrés dans les crèches des églises et y ont largement leur place, sans que quiconque y voie quoi que ce soit de profane. Et si dans Le métayer sorcier, même ouvrage d’origine, une superstition veut que les bœufs et les ânes aient la faculté de s’exprimer lors de la messe de minuit, ce symbole de la nativité m’a toujours étonné. Comment placer dans une crèche près du berceau de l’enfant Jésus un bœuf, un animal castré. ? Puis l’arrivée des bergers accompagnés de leurs moutons, animaux symboles de manque de réflexion et prêts à suivre un individu sans se poser de question.

Mais ce ne sont pas les seuls exemples mettant en scène un curé, souvent s’élevant contre les superstitions animant ses paroissiens, ceux-ci amalgamant les anciennes coutumes druidiques, ou ayant fait un ou des vœux durant leur jeunesse, ne voulant pas revenir sur la parole donnée.

George SAND : Croyances et légendes de nos campagnes.

Georges Sand défend également, entre autres, les Compagnons du Tour de France, origine de la Franc-maçonnerie. Dans Le sabbat des compagnons, extrait de Le compagnon du Tour de France 1840, un vieillard, entrepreneur en menuiserie, reproche à son fils de vouloir embaucher deux ouvriers issus du compagnonnage, déclarant :

Il te faut des compagnons du Tour de France, des enfants du temple, des sorciers, des libertins, de la canaille de grands chemins.

L’on retrouve bien cette peur de l’étranger, issu d’autres régions, et de ceux qui pratiquent une façon de travailler, de penser, de vivre, que celle à laquelle les anciens sont habitués. Or cette appréhension existe toujours, malgré le brassage, les moyens modernes de communication. Mais elle s’exprime autrement.

Les animaux, dits surnaturels, surtout les loups, font partie du folklore paysan, et l’on ne s’étonnera dont point de retrouver certains personnages qui étaient considérés comme marginaux, le meunier ou le cornemuseux.

 

Ce recueil est constitué d'un florilège de George Sand car si tout tourne autour des légendes, il s'agit d'extraits puisés, soigneusement, par Christophe Matho dans les ouvrages de la grande Dame de Nohant, tels que La petite Fadette, Jeanne, Légendes rustiques ou encore Les maîtres sonneurs.

Et il nous incite à lire ou relire ces ouvrages, dans des versions non édulcorées, non abrégées, et l’on se rendra compte que Georges Sand fut une grande femme de lettres, dont les écrits n’étaient pas si anodins que ceux qui étaient destinés à la jeunesse pouvaient le laisser croire, et que dans ses textes, elle prônait un humanisme, mot un peu galvaudé de nos jours, dont devraient s’inspirer de nos jours bien des religieux, des hommes politiques, ou tout simplement des intégristes de tous bords.

 

A signaler les très beaux et charmants textes de Jeannine Berducat qui signe la préface, de Maud Brunaud, l’avant-propos, et de Michèle Dassas qui a écrit la postface, sans oublier l’iconographie dont certaines images signée de Gustave Doré mais de bien d’autres illustrateurs, dont malheureusement le nom n’apparait pas toujours.

 

George SAND : Croyances et légendes de nos campagnes.

A lire également dans le même registre :

George SAND : Croyances et légendes de nos campagnes. Collection Passeurs de mémoire. Editions CPE. Parution 3 mars 2017. 158 pages. 20,00€.

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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 09:59

Mais ce livre n’en est pas un… !

EDOGAWA RANPO : Mirage.

Maître et précurseur du roman policier nippon, Edogawa Ranpo, écrit aussi parfois Rampo, nous propose deux nouvelles d’inspiration fort différente.

Mirage, nouvelle éponyme de ce recueil, se révèle plus à connotation fantastique que policière. Le narrateur est intrigué par le manège de son voisin de compartiment qui a placé un oshi (tableau en relief : petite planche de bois sur laquelle sont collés des personnages ou des animaux de papier épais rembourré de coton pour leur donner de l’épaisseur et recouverts de soie) face contre la vitre du train à bord duquel ils voyagent.

Le voyageur raconte alors l’histoire de ce tableau vivant.

 

Vermine. Depuis sa jeunesse, Masaki, riche orphelin, ressent une profonde et anormale aversion pour l’humanité, aversion doublée d’une timidité excessive. Seul son ami Ikeuchi trouve grâce à ses yeux. Mais autant Masaki est timide, réservé, replié sur lui-même, autant Ikeuchi brille en société. Et c’est par l’entremise d’Ikeuchi que Masaki retrouve Fumiko dont il était amoureux à l’école, et qui depuis est devenue une grande comédienne. En dix ans, la petite écolière chrysalide s’est transformée en belle jeune fille papillon.

Leurs retrouvailles se concrétisent dans un restaurant et Fumiko fait comprendre à Masaki qu’il ne lui est pas indifférent. Mais Masaki n’est que le jouet de la duplicité de Fumiko.

 

Le lien entre ces deux textes, l’un fantastique, l’autre cannibalo-policière, se révèle être l’amour.

L’amour fou que porte un homme à une jeune fille. Amour impossible dans Mirage, amour contrarié dans Vermine. Et au travers de cet amour, c’est un engrenage en spirale qui s’amorce.

Edogawa Ranpo puise dans deux cultures à l’influence profonde. Il retient la suavité, la poésie japonaise, et il les incorpore à une trame plus dure, d’inspiration américaine, oscillant entre le roman noir moderne et les classiques.

N’oublions pas qu’Edogawa Ranpo est la prononciation japonaise d’Edgar Poe, un hommage. Il est le précurseur et l’un des fondateurs d’une nouvelle école littéraire nipponne et de la littérature policière. Pour certains, ces textes paraîtront un peu désuets, puisqu’ils datent tous deux de 1929, mais que l’on découvre avec plaisir tout comme l’on se plonge avec délices, par exemple, dans l’univers de Pierre Véry.

EDOGAWA RANPO : Mirage. Traduction Karine Chesneau. Collection Picquier Poche N°138. Editions Philippe Picquier. Parution avril 2015. 144 pages. 6,00€.

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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 08:34

A en perdre la tête…

Jérôme SORRE & Stéphane MOURET : Le Chérisseur de têtes et autres pacotilles pour Le Club Diogène

Combinaison entre le Club des Cinq d’Enyd Blyton et celui des Veufs noirs d’Isaac Asimov, (il en existe d’autres, mais ce n’étaient que deux exemples) voici le Club Diogène créé par Jérôme Sorre et Stéphane Mouret.

Ou plutôt dont les aventures sont narrées par Jérôme Sorre et Stéphane Mouret et créé par Monsieur dont la tête de bébé joufflu repose sur un corps de vieillard et qui intervient de temps à autres dans les récits. « Le club Diogène n’a vœu d’exister que pour contrecarrer l’anesthésie croulante dans laquelle nous maintient la société », déclaration prononcée dans Un péché presque de chair.

Composé de sept membres, cinq hommes, Le Maréchal, D’Orville, Vayec, Franklin et Fédor, et deux femmes, Camille et Lison, ce club évolue dans le Paris de la fin du XIXème siècle, à l’affût de faits divers croustillants et mystérieux.

Ils ne se connaissent que par leur nom d’emprunt, et ne possèdent aucune précision sur leur vie privée. Ils se réunissent le soir rue du Tonneau dans une suite, la 52, d’un hôtel décrépit, l’hôtel Impérial. Ils peuvent se chamailler pour un rien, cela devient un jeu, une joute verbale.

Dans Attention : Traquenard, la nouvelle qui introduit nos personnages, le lecteur est invité à les rencontrer, en chair et en os, une expérience déchirante.

Une amie commune se déroule pendant la semaine sanglante, fin mai 1871. Les Versaillais et les Communards s’affrontent dans des combats sans merci, alors que les denrées viennent à manquer. Le Maréchal, le plus âgé du groupe, accompagné de Lison et Fédor, sent que La Bosse, entité diabolique qui se repaît de la chair fraîche, va sortir de son trou. Tous trois tentent de la pourchasser, de l’annihiler, jusque dans les gargouilles de Notre-Dame ou dans les égouts parisiens jusqu’au Père Lachaise.

Dans Chef d’œuvre, Le Maréchal, doyen du club, vient d’assister à un événement étrange. Un homme s’est emparé de la tête d’un condamné à mort et du panier qui la contenait, avec l’aval du bourreau qui a actionné la guillotine. Qui est donc cet homme, et pourquoi cette emplette d’un genre macabre ? C’est ce que vont s’attacher à découvrir les membres du Club Diogène, dans une enquête qui donnera quelques sueurs froides à l’un d’eux et mettra en scène un personnage mystique et collectionneur.

Ça pour une… met en scène une étrange bestiole tandis que dans Stupre une séance de spiritisme va se clore au cimetière du Père Lachaise.

 

Ce club de l’étrange est un recueil de onze nouvelles plaisantes à lire, écrites dans une langue savoureuse. Cet opus, premier d’une série qui en comporte plusieurs, joue avec la terreur, l'épouvante, mais sans artifice grandguignolesque ou outrageusement sanglant quoique certaines scènes se révèlent assez dégoulinantes. Bref un petit bonheur de lecture.

Un conseil, si vous désirez acquérir cet ouvrage que je vous recommande fortement, évitez de passer par la Zone mais commander le directement chez l’éditeur, cela vous reviendra moins cher et il sera neuf.

 

Jérôme SORRE & Stéphane MOURET : Le Chérisseur de têtes et autres pacotilles pour Le Club Diogène (1871-1877). Collection Absinthes, éthers, opiums N°9. Editions Malpertuis. Parution décembre 2009. 402 pages. 18,00€.

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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 08:42

Et si Django Reinhardt n’avait pas succombé à une congestion cérébrale le 16 mai 1953 ?

Patrick WILLIAMS : Les quatre vies posthumes de Django Reinhardt.

Partant de ce postulat Patrick Williams, éminent connaisseur du guitariste, imagine, en empruntant trois identités, quatre chemins parcourus par Django, quatre destins vécus par le musicien sorti du coma.

Dans cette première vie, relatée par un journaliste du nom de Guy Leclère, intitulée Sensationnel ! Un concert de Django Reinhardt et Thelonius Monk en duo, le 16 mai 1973 Django se tue dans un accident de la route entre Fontainebleau et Paris. Ce journaliste est chargé d’écrire l’article nécrologique et c’est pour lui l’occasion de revenir sur les deux journées qu’il a partagées avec le Gitan quelques années auparavant. Deux jours composés de déambulations dans le 18ème arrondissement parisien, en évitant toutefois certaines rues, certains quartiers, revisitant les lieux où Django aime manger, boire, jouer. Il va s’infiltrer dans des clubs de jazz en compagnie du musicien, prendre le train pour Samois, l’une des résidences de Django, et l’écouter parler, de Bud Powell, de sa conception de la musique, de l’improvisation, de Bud Powell, des artistes avec lesquels il a joué et enregistré des faces mémorables, de Bud Powell, de son concert programmé avec Monk, de Bud Powell qui inlassablement revient comme une antienne, comme une fixation, un refrain entre deux couplets plus ou moins longs.

A signaler qu’une discographie posthume est recensée, comprenant des enregistrements effectués en compagnie de Mary-Lou Williams, Gerry Mulligan, Henri Crolla, Dizzy Gillespie, Benny Golson, Donald Byrd, Ben Webster ou encore le trio Arvanitas. Que de disques perdus dans la nature !...

 

Dans A room with a view, 43e étage, James D. Cszernynk, critique littéraire nous entraîne à New York sur les traces de Django et de sa femme Naguine dans Manhattan où le guitariste s’est installé après sa sortie du coma. Il vit dans un grand appartement dont les murs sont remplacés par d’immenses baies vitrées et il peut ainsi voir la Grosse Pomme quasiment à 360 degrés. Le plus surprenant n’est pas son insouciance légendaire, ses flâneries dans le quartier, mais bien qu’il se soit reconverti, avec succès, dans la musique électro-acoustique. Une hérésie, peut-être, pourtant le succès discographique est au rendez-vous. Il décède le 23 avril 1983, paisiblement endormi dans son fauteuil préféré, face à l’ouest, rêvant, méditant, contemplant le décor, une ouverture sur l’espace, la liberté.

Laissons les grincheux (de moins en moins nombreux) se lamenter en rappelant que le succès n’est pas obligatoirement synonyme de qualité – il est vrai que l’industrie de la musique populaire en a apporté de multiples preuves dans la seconde moitié du XXème siècle. Il serait étonnant, pouvons-nous leur répliquer, en leur rappelant le caractère spontané de l’emballement populaire, que l’humanité tout entière se trompât. Quel crédit apporter à ce dogme élitiste que la faveur du plus grand nombre dévalorise ce qui en est l’objet ?

 

Dans Sous une pluie de fleurs d’acacias, l’auteur qui se cache sous le pseudo de Bertrand Journens, romancier, nous montre un Django flâneur, bucolique, champêtre, adepte éphémère d’une existence pastorale, puisqu’il fréquente durant un moment l’Eglise Pentecôtiste. Django, se réveillant après un coma de dix-huit mois fin octobre début novembre 1954, déclare avec un surprenant Bonjour ! à l’infirmière de garde, qu’il n’a jamais dormi durant son long séjour dans l’au-delà de la vie active, malgré toute les visites que lui ont rendu sa famille, ses proches, ses amis, des visites souvent bruyantes peu propices au repos. S’est-il reposé, a-t-il réfléchi à un avenir musical ?

Il reprend sa guitare, avec difficulté, à force d’obstination retrouve sa dextérité, mais la foi n’est plus le même. Il apprécie plus les longues balades solitaires sur les bords de la Seine que les concerts, et lorsqu’il se rend dans les clubs de jazz, c’est pour écouter ses amis, ses confrères que pour participer. Et lorsqu’il accepte d’enregistrer à nouveau, fidèle à son habitude, il oublie les rendez-vous. Ensuite il s’établira avec Naguine à Paris, enfin il s’établira, c’est un bien grand mot, disons qu’il vagabondera d’hôtel en hôtel et qu’enfin il s’installera dans une petite maison de ville dans le quartier de Charonne.

Avec Naguine ou seul, de plus en plus souvent seul, il déambulera à Belleville, Ménilmontant, La Chapelle, Barbès, Pigalle, Clichy arpentant l’allée centrale située entre les deux voies des boulevards, là où s’érigent platanes et acacias (en réalité faux-acacias ou robiniers), des arbres presque incongrus comme ceux qui défient les immeubles des deux côtés de cette longue voie qui sépare les 9ème, 10ème, 11ème arrondissements des 17ème, 18ème et 19ème arrondissements ou, plus au nord, les rues parallèles aux boulevards des Maréchaux. Et lorsque Naguine ne pourra plus le suivre dans ses déambulations il continuera, même lorsqu’elle sera hospitalisée. Il la quittera endormi sur un banc, embaumé par la senteur de fleurs d’acacias, trois jours avant le décès de sa compagne de toujours.

 

Enfin la dernière partie de cet ouvrage Une postérité à n’en plus finir, signée Patrick Williams porte bien son titre puisque Django Reinhardt règne toujours dans les cœurs et les oreilles de tous ceux qui apprécient sa musique, jazz manouche, et dont les nombreux émules et membres de la famille des Gitans, portent encore le flambeau, qu’il s’agisse d’Angelo Debarre, Bireli Lagrène, pour citer les plus connus, mais aussi Ninine, Tchavolo Schmitt, Romane, Babik, Coco et David Reinhardt, la famille Ferret : Boulou, Matlo, Sarane, Elios et bien d’autres sans oublier Patrick Saussois et le tout jeune et prometteur Swann.

Un ouvrage dans lequel fiction et réalité se disputent la prépondérance, et qui démontre la connaissance et la virtuosité de Patrick Williams, le djangologue le plus averti des connaisseurs de la vie de Django et de sa musique, et qui lui permet d’imaginer ce qui aurait pu être et ne sera jamais.

Patrick WILLIAMS : Les quatre vies posthumes de Django Reinhardt. Collection Eupalinos. Editions Parenthèses. Parution mars 2010. 288 pages. 16,00€.

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 12:17

La France profonde possède ses charmes littéraires à ne pas négliger.

Les Contes et Légendes du Poitou.

Chaque province, ou région, possède un réservoir inépuisable de Contes et légendes transmises oralement depuis des siècles, voire des millénaires, qui ont fait par la suite la plus grande joie des scripteurs, perpétuant sur papier leur transmission. Et incidemment offrant une source d'inspiration à de nouveaux conteurs qui pouvaient à loisir améliorer, transposer, enrichir ces textes à leur convenance, puisant l'idée conductrice comme Lafontaine s'inspira d'Esope.

Ces contes et nouvelles sont évidemment le reflet d'une société, la roublardise, la jalousie, l'amusement aux dépens d'autrui, la conjuration d'une peur, l'exorcisme du Diable, l'adjuration d'un animal fantastique auquel on prête des pouvoirs surnaturels, ou tout simplement de petits faits quotidiens tournés en dérision.

Le Poitou, composé de la Vienne et des Deux-Sèvres, ainsi que de la Vendée et d'une partie de la Haute-Vienne et du nord de la Charente, n'est pas une province réputée pour ses contes et légendes, comme la Bretagne par exemple. Pourtant, elle possède un patrimoine historique et littéraire indéniable qui forgea une partie de ces contes. En oblitérant les batailles célèbres qui se déroulèrent sur son sol, celle de Poitiers par exemple qui opposa Charles Martel aux Sarrazins, puis toujours à Poitiers celle qui vit s'affronter le Prince Noir à Jean II dit le Bon, en ne tenant pas compte de ses personnages célèbres, dont Théophraste Renaudot, père du premier journal imprimé, la Gazette, le 31 mai 1631, support indispensable pour relater les faits-divers et accessoirement devenir le vecteur littéraire par excellence, il reste dans l'imaginaire populaire au moins un personnage légendaire qui perdure : la Fée Mélusine. Et quelques animaux issus du bestiaire fantastique dont la Bête d'Angles, un ours qui fit de nombreux ravages parmi les jeunes filles concurrençant la Bête du Gévaudan.

Les quarante-huit textes recueillis dans ce volume sont regroupés en chapitres aux noms évocateurs : Les revenants, Les créatures fantastiques, Les pactes avec le diable, Légendes pieuses, Génies et fées, Des faits à la légende, Conte des oiseaux, Contes facétieux et contes de fées.

 

Parcourons quelques-uns de ces contes afin de nous donner une idée plus précise du contenu, contes que l'on peut retrouver dans d'autres régions, sous des formes différentes mais dont l'idée principale est la même.

Ainsi dans Le Curé de Parthenay-le-Vieux, nous retrouvons l'histoire d'un curé qui pour aller au ciel, est obligé de trouver un servant pour célébrer une messe comme dans Le moine du Castennec, issu des Contes et légendes de Bretagne.

Plus étonnant est le conte intitulé Le Conte de la fève. Un pauvre homme nommé Jacquet, dont la femme s'appelle Jacquette et ses onze enfants surnommés les petits Jacquilou, plante une fève dans son courtil. Cette fève pousse et devient si haute qu'elle touche les nuages. Il en entreprend l'ascension et se retrouve au Paradis, devant Saint-Pierre. Cette histoire ressemble par certains points à Jacques et le haricot magique, conte d'origine anglaise, ainsi qu'avec quelques historiettes qui mettent en scène Trois vœux. Mais bien évidemment il ne s'agit que d'un contexte similaire, le développement est différent ainsi que l'épilogue.

Le Fermier bien avisé démontre toute la rouerie dont peut faire preuve un paysan face à un maître qui se montre jaloux de ses bonnes fortunes. Lassé de voir les veaux de Rouleau, le paysan, venir brouter dans ses blés, le maître lui promet que la prochaine fois il tuera les bêtes. N'importe répond Rouleau, je porterai les peaux à la foire. Et ce qui fut dit, fut fait. Par un heureux concours de circonstances, des bandits de grands chemins passent par là et Rouleau grimpe à un arbre, lâche ses peaux à terre. Les malandrins apeurés s'enfuient, pensant à un sort diabolique, et laissent leur baluchon empli d'or. Et c'est ainsi que Rouleau va berner à plusieurs reprises son maître bien moins finaud que lui.

La véritable histoire de Mélusine prend sa source dans les nombreux contes de fées qui de touts temps alimentèrent l'imaginaire. Pour avoir offensé son père, le roi d'Albanie Elinas, elle fut châtiée par sa mère, la fée Pressine, laquelle lui infligea comme malédiction de se transformer, les samedis, en serpent de la ceinture jusqu'aux pieds. Elle rencontra Raimondin, le neveu du comte de Poitiers, ils tombèrent amoureux l'un de l'autre, furent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Mais Raimondin, un jour, dérogea à sa promesse de ne pas regarder Mélusine le samedi.

 

Les animaux tiennent une place non négligeable et l'on retrouve le Loup-garou, emblème du bestiaire fantastique, ou encore le Cheval Mallet, animal fabuleux qui lorsqu'il a une personne sur son dos traverse les airs, pouvant parcourir en une nuit l'univers, non sans contrepartie.

Les guerres ne sont pas oubliées, et outre les deux principaux faits d'armes évoqués plus haut, il ne faut pas oublier cette année 1202, au cours de laquelle Philippe-Auguste, roi de France, et le roi Jean dit Sans-Terre qui règne sur l'Angleterre et une partie de l'Aquitaine, s'opposent. Les troupes anglaises sont répandues dans le Périgord et le Limousin, et le Poitou est une province attisant les convoitises, principalement la ville de Poitiers, comme en atteste Le siège de Poitiers.

 

Les textes, courts, sont agrémentés de nombreuses illustrations, dessins et photographies noir et blanc, qui apportent un cachet et un intérêt supplémentaires à cet ouvrage. Les auteurs, dont Francine Poitevin, respectent le parler local, patois ou dialecte, dans les dialogues, et nul n'est besoin d'un dictionnaire pour comprendre le sens des échanges verbaux.

 

A lire dans la même collection :

Les Contes et Légendes du Poitou. Avec la participation amicale de Francine Poitevin, Casimir Puichaud, Léo Desaivre, et autres auteurs poitevins. Préface de Gérard Bardon. Collection Contes & Légendes. Editions Marivole. Parution juin 2017. 160 pages. 20,00€.

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 10:02

Le personnage de Sherlock Holmes est l'arbre qui cache la forêt luxuriante que constitue l'œuvre littéraire d'Arthur Conan Doyle.

Arthur Conan DOYLE : Contes autour du feu.

Sherlock Holmes a phagocyté aussi bien son créateur que l'œuvre entière de Sir Arthur Conan Doyle, ne laissant que quelques bribes émerger de temps à autres. Bien sûr des rééditions du Brigadier Gérard, de La Grande Ombre, Le Monde perdu et quelques autres, sont programmées chez différents éditeurs et surtout en version numérique, mais le choix est assez succinct dans l'ensemble.

Alors retrouver des textes quasi inédits, la première publication datant de 1911 pour le recueil Du Mystérieux au tragique, et de 1912 pour celui de La main brune, chez Pierre Lafitte dans la collection Idéal-Bibliothèque, ne pourra que réjouir tous ceux qui aiment Conan Doyle et désirent lire autre chose que les écrits de Watson consacrés à son ami détective.

Ces Contes autour du feu auraient pu être intitulés Contes au coin du feu comme l'avait suggéré l'auteur dans son avant-propos :

[Ces contes ] qui sont collectés dans le présent recueil ressortissent au grotesque et au terrifiant - des contes à lire "au coin du feu" par une nuit d'hiver. Telle serait à mes yeux l'atmosphère idéale pour de semblables récits, si un auteur pouvait choisir le lieu et l'heure pour les raconter comme un artiste choisit l'éclairage et l'emplacement pour exposer ses tableaux.

 

Il n'est pas besoin d'attendre les longues heures d'hiver pour déguster ces contes publié entre 1892 et 1908, la majorité toutefois l'étant durant l'année 1898, et qui procurent effroi, peur, terreur, suspense, angoisse, avec un brin de fantastique pour certains. Et même parfois l'ombre de Sherlock se profile lors d'un conte d'énigme et de suspense. Sans oublier des technologies qui semblent de nos jours dépassées mais qui pour l'époque étaient une véritable révolution et offraient ce parfum de mystère indispensable pour fournir une ambiance de surnaturel.

Souvent des médecins sont soit personnages principaux, soit des faire-valoir intéressants, l'auteur n'oubliant pas que lui-même fut médecin et que ses débuts furent difficiles, la clientèle ne se pressant pas à sa porte. C'est un peu le sort réservé au narrateur de Le Chasseur de scarabées, mais un médecin dont l'exercice de son art répugne et qui préfère la science et plus particulièrement la zoologie. Et c'est ainsi que lisant par désœuvrement une petite annonce, le docteur Hamilton est recruté par Lord Linchmère démontrant qu'il connait l'entomologie, les coléoptères. C'est une condition sine qua none, mais le travail pour lequel il embauché est quand même un peu spécial.

L'entonnoir de cuir joue sur le registre du fantastique et aborde le spiritisme. Un ami du narrateur vit à Paris, et précisément avenue de Wagram à Paris, et la description de la maison est celle du grand-oncle paternel et parrain de Conan Doyle (Une précision apportée par Thierry Gilibert dans son admirable préface). Or cet ami chez qui le narrateur est convié à passer la nuit est féru de livres et d'objets rares possédant une histoire, de préférence une histoire digne d'être contée. Il se targue d'avoir acquis récemment un entonnoir qui date de Louis XIV et qui aurait pu appartenir à Nicolas de la Reynie. Nul besoin de préciser que le visiteur est intrigué et durant la nuit, il va être la proie d'un rêve étrange.

L'homme aux six montres aurait pu être une enquête de suspense et d'énigme au cours de laquelle Sherlock Holmes se serait à nouveau illustré. Mais lors de sa parution le célèbre détective barbotait encore dans les eaux suisses. Un homme est retrouvé mort dans un compartiment de première classe réservé aux fumeurs. Un couple s'installe dans le compartiment voisin, ne désirant pas voyager avec un individu s'attaquant les poumons au cigare. Lorsque le train arrive en gare environ un heure et demie plus tard, l'attention des cheminot est attirée par le fait qu'une portière est ouverte. Nulle trace des trois voyageurs. Mais un cadavre est à genoux, atteint d'une balle en plein cœur dans le compartiment du couple. Un véritable tour de passe-passe qui trouvera sa solution dans un courrier adressé à un expert en criminologie qui avait enquêté cinq ans auparavant. Mais Arthur Conan Doyle aborde, ce qui était innovant pour cette époque prude, le sujet de l'homosexualité, en deux ou trois lignes, sans ostentation, comme ça par hasard. Mais qui constitue le ressort même de l'intrigue.

Histoire de train également avec Le train perdu. Comme son titre l'indique, un train spécial affrété par un homme d'affaires s'évanouit entre deux gares. Le principe est simple, ne souffre d'aucune mystification, mais il fallait y penser, à cette époque.

Dans Le Docteur noir, l'affaire se déroule dans un petit village des Midlands, province où naquit un homme de théâtre du nom de Shakespeare, peut-être en avez-vous entendu parler. Mais ce n'est pas de lui que nous entretient Conan Doyle, mais d'un médecin qui vient de s'installer dans la contrée, et qui malgré son teint basané et son origine inconnue est accepté par ses concitoyens. Le seul reproche qu'ils peuvent avoir à son encontre est de rester célibataire. Or justement il vient de trouver chaussure à son pied et des fiançailles sont programmées. Mais pour une raison inconnue le docteur rompt et il est peu de temps après découvert mort dans son bureau. Cette histoire emprunte à une situation qui sera beaucoup exploitée par la suite.

Le thème de La boite de laque pourrait laisser penser à un conte fantastique. Une voix féminine s'échappe de la pièce dans laquelle un veuf se réfugie quotidiennement. Plus jeune, cet homme qui vit quasiment cloîtré, confiant l'éducation de ses enfants à des précepteurs, brûlait la chandelle par les deux bouts, mais il s'était assagi sous l'influence de sa femme aujourd'hui décédée. Arthur Conan Doyle utilise une technologie nouvelle pour l'époque pour expliquer le phénomène, mais il n'en reste pas moins que l'ambiance est particulièrement poignante.

Enfin, avec Le Pot de caviar, il s'agit d'un épisode de la révolte des Boxers, en Chine au début du XXe siècle. Une petite garnison basée à Ichau, non loin du golfe de Liang-Toung, est assiégée par les troupes chinoises. Cette garnison est composée de chrétiens indigènes et d'ouvriers du chemin de fer sous les ordres d'un officier allemand assisté de quelques civils européens. Alors qu'ils espéraient l'arrivée de soldats devant les délivrer, ils se rendent compte qu'ils sont sous les tirs des Boxers. Les vivres ne vont pas tarder à manquer aussi l'officier propose pour dernier repas un pot de caviar à se partager entre tous les assiégés. Pas d'énigme mais un épilogue tragique pétri de suspense qui pourrait de référer à un épisode napoléonien, celui de Waterloo.

 

Des contes qui pour certains sont véritablement ancrés dans leur temps, qui peuvent sembler désuets de nos jours, mais possèdent le charme des contes anciens dans lesquels primaient l'histoire à chute. Depuis, bon nombre de situations ont été utilisées, pas toujours avec bonheur et rigueur. Certains de ces contes sont simples, sans être simplets, et démontrent de la part de l'auteur une imagination au service du plaisir du lecteur, alternant effroi, suspense, énigme, fantastique, sans forcer la dose, et traités avec élégance et même une certaine dérision, voire autodérision, comme si l'ombre de Sherlock Holmes planait.

Des contes qui peuvent tout autant se lire au coin du feu que sous un parasol.

 

Sommaire :

L'entonnoir de cuir

Le chasseur de scarabées

L'homme aux six montres

Le pot de caviar

La boite de laque

Le docteur noir

En jouant avec le feu

Une pièce de musée

Le train perdu

Retiré des affaires

La chambre scellée

Le chat du Brésil

L'étrange collègue

La main brune

L'île hantée

Le voyage de Jelland

Une visite nocturne

Arthur Conan DOYLE : Contes autour du feu. Traduction de Louis Labat revue et complétée par Jean-Daniel Brèque. Introduction de Thierry Gilibert. Collection Baskerville N°37. Editions Rivière Blanche. Parution juin 2017.

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 09:42

Qu'elle est belle ma Bretagne quand elle pleut...

François CADIC : Les contes et légendes de Bretagne.

Les contes et légendes font partie du patrimoine culturel tout comme la cuisine de terroir. Ils sont immuables et pourtant chacun apporte son grain de sel et son savoir-faire.

Si de nos jours, Claude Seignolle s'érige en chantre incontestable des contes et légendes des provinces françaises, il ne faut pas oublier qu'auparavant des glaneurs avaient déjà récolté ces histoires qui se contaient le soir au coin du feu. Au XIXe siècle les colporteurs transportaient les almanachs contenant, outre les marées, les phases de la lune, les jours de marché, et autres renseignements indispensables à la vie quotidienne dans les campagnes, et ces contes, signés ou anonymes, y figuraient en bonne place. Puis des collecteurs prirent le relais ou complétèrent ce qui était déjà présent, en rédigeant des ouvrages qui aujourd'hui nous sont restitués.

Ainsi l'abbé François Cadic, né à Noyal Pontivy dans le Morbihan, le 29 septembre 1864, décédé le 27 juillet 1929 à Saint-Jean-Brévelay, Morbihan, est un écrivain et folkloriste breton. Il enseigne l'histoire dans le collège de Jésuites à Paris, puis occupe en 1897 la chaire d'histoire de l'Institut catholique de Paris et fonde la même année, la Paroisse bretonne de Paris. Il est considéré de nos jours encore comme l'un des meilleurs collecteurs de la tradition orale de la Basse-Bretagne.

 

Ces prolégomènes terminés, passons au contenu de l'ouvrage qui comporte quelques illustrations, des dessins en noir et blanc, et un commentaire explicatif, à la fin de chaque historiette. Deux parties titrées Les puissances inférieures et Les revenants composent ce volume dont la préface est signée de l'auteur.

Justement, cette préface met d'abord en évidence, pour l'auteur, le besoin et le côté utile de glaner ces histoires et de déplorer l'abandon des traditions. Rappelons que cet ouvrage a paru en 1919 avec les commentaires explicatifs, une première édition ayant été réalisée en 1914 et comportant en plus Les puissances supérieures.

La légende s'en va. Notre siècle de sciences positives lui sera mortel. Bientôt de ces fictions merveilleuses qui enchantèrent l'imagination de nos pères et bercèrent la douleur humaine il ne demeurera plus qu'un vague souvenir ou des débris informes. Déjà on a peine à en retrouver quelques dépositaires.

François Cadic faisait montre de pessimisme, et grâce à lui et quelques confrères en écriture, puis de la part d'éditeurs qui exhument ou publient de nouveaux conteurs, les légendes et traditions perdurent, trouvant même parfois un regain de verdeur.

Dans Les puissances inférieures, la part belle est faite au Diable ou au Malin comme il était coutume de l'appeler et de le surnommer Polik ou Guillaume. Il passe un marché, la plupart du temps avec un meunier ou un tailleur, mais ceux-ci parviennent, parfois, à déjouer les pièges et à contrarier son pacte. Et ces puissances inférieures sont les diablotins que le Malin a pêché avec son épuisette et n'ont pas su contrarier son dessein. Et avec les commentaires explicatifs qui suivent chaque légende, légendes situées dans le Pays vannetais et une partie de la Cornouaille, on apprend que les meuniers et les tailleurs représentaient une caste à part, les paysans dépendant d'eux, surtout pour la farine et le pain. Quant aux tailleurs, leurs travaux d'aiguille leur évitaient d'être affligé de mains calleuses.

 

La seconde partie, Les revenants, comme son titre l'indique, est consacrée aux disparus qui ont quelque chose à se reprocher, des indélicatesses commises à l'encontre de leurs voisins, et qui reviennent sur terre, abandonnant pour un temps le purgatoire où ils végètent, pour réparer leurs fautes.

Des paysans qui empiètent sur les lopins de terre de leurs voisins, des religieux qui doivent se faire pardonner une faute quelconque et reviennent afin d'assister le recteur. Mais tous les villageois ne sont pas empreints de catholicisme, et certains empêchent la rémission des péchés.

 

L'une des propriétés remarquables de la Bretagne, ce sont les calvaires qui fleurissent au bord des routes, des carrefours, ou des places. Et en bon prêtre qu'il était, François Cadic ne peut s'empêcher de jeter l'anathème sur les révolutionnaires.

En vain les barbares iconoclastes de la Révolution se sont-ils efforcés de les déraciner, les calvaires ont redressé la tête, plus nombreux que jamais.

 

Si dans l'imaginaire breton l'Ankou, la personnification de la mort, et les korrigans, ou poulpiquets, des lutins farceurs, sont souvent les personnages emblématiques des légendes et contes, François Cadic les évite préférant s'attacher au Diable et ses serviteurs, les diablotins, et aux revenants, car il s'agit bien de mettre en exergue les fautes et de montrer que la pénitence et le pardon peuvent être octroyés même après la mort. Et de fait, le lecteur n'a pas l'impression de lire ou relire des histoires qu'il connait déjà mais de s'immiscer dans un monde parfois onirique et il découvrira une partie de la Bretagne en dehors des ouvrages touristiques convenus.

 

Sommaire :

Préface.

 

Les puissances inférieures.

Le mystère du Blavet

L'étang de Renorche

La ronde des damnés

Le moulin du Ruello

Travail de diables

Le tailleur de Melrand

Le forgeron de Locoyarne

Le cavalier infernal

Les sabots de Noël

 

Les revenants :

Le revenant du Miz du

Bien d'autrui tu ne prendras

A la recherche de la peur

Le moine du Castennec

Le marquis de Pontiez

Le fils du roi de France et le mort

La maison du naufrageur

L'ermite et le damné

François CADIC : Les contes et légendes de Bretagne. Collection Contes et Légendes. Editions Marivole. Parution Mai 2017. 160 pages. 20,00€.

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 07:02

Malgré quelques flétrissures, la Grosse Pomme est toujours goûteuse !

Dimension New-York 2. Cyberbabel.

L'avantage de ce genre de recueil réside dans le plaisir de retrouver des auteurs dont on apprécie les écrits mais également de découvrir de nouvelles plumes prometteuses.

Chacun traite son sujet selon sa sensibilité, ses connaissances, ses envies, son imaginaire, ses réminiscences, son approche par l'anticipation, la science-fiction, le roman noir ou autre. En deux pages ou en un peu moins de soixante dix, chaque auteur insère une part de lui-même, avec passion, avec fougue, avec talent.

 

Ce qui suit ne va peut-être pas vous intéresser, alors passez allègrement ce passage et rendez-vous à la présentation de certains textes, pas tous, car cela deviendrait fastidieux.

Certains ouvrages m'attirent plus que d'autres pour des raisons personnelles, et lire une nouvelle, un roman dont New-York est le décor, le théâtre, possède un attrait particulier et me ramène à ma tendre enfance. Je ne vais pas tout dire, je ne suis pas à confesse, mais mes parents ayant travaillé sur des paquebots de la Compagnie Générale Transatlantique, une ligne Le Havre-Southampton-New-York, et pour mon père des escales dans les Antilles, New-York a toujours représenté une destination de rêve et en même temps une forme de danger latent et insidieux. Les noms de Harlem, Manhattan, Brooklyn, le World Trade Center, résonnaient à la maison, la statue de la Liberté était érigée dans mon esprit, des chanteurs comme Bing Crosby étaient souvent évoqués, et en voyant les scènes de rues du film West Side Story et les affrontements entre bandes de jeunes, c'était comme si je les avais déjà vécues par procuration. Bien sûr, par la suite, d'autres d'images se sont infiltrées dans mon esprit, mais celles de la jeunesse demeurent indélébiles. Stop, fin des confidences, passons au sujet de cette chronique.

 

Parmi toutes les nouvelles répertoriées dans ce fort volume, j'en ai choisi quelques-unes qui pour moi sont représentatives de l'esprit qui anime Philippe Ward, l'initiateur et concepteur de cette anthologie sur la Grosse Pomme que vous dévorerez jusqu'au trognon. Eclectisme dans la manière d'aborder le thème central, et opportunité de confronter de vieilles plumes à de nouveaux auteurs.

 

Avec Bunny, Serguei Dounovetz ne met pas en scène le lapin facétieux créé par Tex Avery puis Bob Clampett, mais un Français, le narrateur, qui débarque à New-York, avec l'adresse d'un hôtel, adresse fournie par Monsieur Cuong. Bientôt Noël, et la ville est sous la neige. Son taxi l'emmène à Spanish Harlem, puis il se rend à Chinatown, dans une échoppe de barbier, pour découvrir Koliane, la nièce de Monsieur Cuong, assassinée. Dans la pure lignée des nouvelles noires, Bunny entame ce recueil de bien belle manière.

Alors, forcément, Meurtre au Weaden Palace de Manon Jean, semble un peu fade à côté. Le corps d'Alexandra Reilly, la secrétaire personnelle d'un célèbre homme d'affaires, est découvert dans une décharge. Il n'a rien à y faire, même si en affaires les moyens pour arriver ne sont pas toujours honnêtes. Aussi un binôme, féminin-masculin, de policiers nouvellement créé est chargé de l'enquête, qui sera résolue par Emilia. Ambiance classique dans une enquête classique mais une plume prometteuse qui a été découverte lors d'un concours Plumes Noires au Salon Polar et BD de Bon-Encontre, concours organisé pour de jeunes talents lycéens.

Avec Paul Art, qui ne se nomme pas ainsi mais ce n'est pas le sujet de cette chronique, nous découvrons New-York sous un aspect inhabituel. Celui d'une femme ainsi surnommée à cause de ses jambes immenses comme des gratte-ciels. Elle aurait pu se nommer également Tour Eiffel, mais c'est New-York qui est venu spontanément à l'esprit de ses interlocuteurs. Michel et le narrateur reçoivent la visite de New-York, qui veut leur proposer un petit travail. Ils ont raccroché les gants, officiellement, même si de temps à autre ils visitent des maisons dans la campagne où ils se sont retirés. Ils ont beau protester, rien n'y fait, on ne résiste pas à New-York. Le titre de la nouvelle Le nègre de New-York.

 

Avec Piet Legay, on lit du lourd. D'abord parce que sa nouvelle Réplique Mortelle est la plus longue du recueil, 67 pages, et qu'il s'érige en vieux briscard de l'écriture, ayant tâté de tous les domaines. Cela débute comme une scène de gentil batifolage, scène perturbée par un homme qui se plaint de sa tête, laquelle vient de s'ouvrir comme une noix de coco. Puis Vlad Slavek qui gémit parce qu'il a soif. Pas sûr que le traitement que lui réservent des inconnus va lui étancher sa déshydratation, avec un bloc de ciment aux pieds. L'agent spécial Muldoon et sa coéquipière l'agent Hoang sont chargés d'enquêter pour un couple qui a cru apercevoir dans la foule leur fils disparu depuis des années, tandis que des promeneurs sont les témoins d'événements étranges. Un éclair se produit et d'un seul coup apparaissent des personnes, trois environ, qui se dispersent rapidement. De petits faits qui bientôt vont trouver leur explication mais n'en disons pas trop.

 

Mille Milliards de New-Yorks, de Boris Darnaudet, est à la nouvelle fantaisiste ce que la chanson à texte est à la chanson de variété. Un peu comme La mémoire et la mer de Léo Ferré par rapport à La danse des canards. C'est beau, de la prose poétique qui se veut joyeuse mais m'a semblé légèrement opaque.

Tout aussi opaque, mais c'est normal, car je suis plus roman noir, policier, historique que science-fiction, chacun ses thèmes de prédilection, Le jardinier de Central Park de Jean-Pierre Laigle. Dans quelques centaines d'années, voire de milliers, la Terre ne sera plus ce qu'elle est. Une lapalissade peut-être, mais qu'il est bon de prendre en compte. New-York par exemple n'est plus qu'un champ de ruines, les gratte-ciels ressemblent à des chicots, et dans Central Park, le poumon de New-York qui s'est recroquevillé sur lui-même, officie Petr Equart, l'expert agricole en chef de la base. Les survivants vivent dans les sous-sols, et ne peuvent se déplacer que dans des scaphandres, l'air étant raréfié, pollué. Une mission archéologique martienne, dirigée par Jana Klen, arrive à bord d'une navette. Petr Equart montre son domaine à la visiteuse et celle-ci précise sa mission, ou du moins ce qui est supposé être sa mission.

 

Pour Jean-Pierre Favard, New-York New-York, c'est un rengaine qu'écoute en boucle Fanny, sa copine de lit. D'ailleurs New-York est le centre du monde pour la jeune femme qui n'a que ce mot dans la bouche, la chanson, les livres, l'histoire, les musées, l'origine concernant l'appellation de la Grosse Pomme. Cela a le don d'énerver le narrateur, mais après tout Fanny a le droit de posséder ses centres d'intérêt. Et peu à peu le narrateur est imprégné de New-York comme un drap de plage peut l'être de sable quand il a bien été piétiné.

 

J'aurai pu vous entretenir de Micky Papoz, de Eris et Sandman, de Laurent Whale, de Barbara Sadoul, de Bruno Poschesi, et de tant d'autres, mais ma chronique aurait été trop longue et puis le plaisir de la découverte aurait été éventé.

Ce recueil vous incite à découvrir les faces cachées d'un New-York tentaculaire, une ville qui ne dort jamais, et un troisième volume est en route car il y a tant à écrire sur cette mégapole. Alors dégustez, dévorez jusqu'au trognon cette Grosse Pomme, mais attention, pas comme des goinfres. Non, en prenant de petites bouchées, en mastiquant bien, en reprenant sa respiration, en laissant le suc s'écouler sur votre langue, en savourant, gardant en bouche parfois quelques morceaux, un petit verre de cidre pour digérer et hop, on reprend un fragment, tout en sachant qu'à chaque fois la saveur est différente.

 

SOMMAIRE :

DOUNOVETZ Serguei : Bunny

MANON Jean : Meurtre au Weaden Palace

LAIGLE Jean-Pierre : Le jardinier de Central Park

ART Paul : Le Nègre de New-York

WHALE Laurent : 5430 mètres et quelques

SADOUL Barbara : Une bonne fille

LEGAY Piet : Réplique mortelle

BERTIN Jérôme : 343

DARNAUDET Boris : Mille milliards de New-York

ISS Raymond : La poésie des ruines

DESCAMPS Mathis : J'aurai pu

ERIS & SANDMAN : Manhattan Project

FERNANDEZ Fabien : Disparition

LUNE AF : Sidney un soir d'octobre

GUITTARD Arnaud : Las Cloacas de Nueva York

POCHESCI Bruno : Le grand trognon

LORIN Patrick : L'incident Wulf

JOBT Gulzar : La réussite de Kelly Dow

JESSALYN : Elle ne dort jamais

BOULANGER & SCARDIGLI : Zone de turbulences spectrales

LEOURIER Christian : Tr. 225/1 NY

PAPOZ Micky : Besoin d'ailleurs ?

HENRY Leo : Les Femmes-Limites de Terra Prima

FAVARD Jean-Pierre : New-York, New-York

MORIN Philippe : Grand Central Station : Terminus

 

Dimension New-York 2. Cyberbabel. Recueil collectif concocté par Philippe Ward. Préface de Didier Forray. Collection Fusée N°58. Editions Rivière Blanche. Parution mai 2017. 514 pages. 35,00€.

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 08:59

Coucou, coucou, fait moi peur...

Maurice LEVEL : La Peur et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants.

Moins connu que son cousin Marcel Schwob, Maurice Level aura bénéficié de son vivant d'une aura littéraire importante et son œuvre composée essentiellement de contes, sera traduite en plusieurs langues, en anglais, en américain dans la mythique revue Weird Tales, en portugais, en italien, en suédois et même en finnois.

De nos jours, il est quelque peu oublié ou méconnu, pourtant ces textes valent largement le détour, à l'instar de ceux de Guy de Maupassant dont il était un fervent admirateur, ou encore d'Edgar Poe et de quelques autres.

Si l'on dissèque quelque peu les nouvelles ici présentées, on s'aperçoit que Maurice Level joue peu sur le fantastique, mais plus sur la peur, le frisson, la terreur, l'angoisse, l'épouvante. Des faits anodins qui prennent soudain une importance primordiale et délétère dans le quotidien d'un personnage. Et à part dans L'Allée et L'Aveugle, rédigés à la troisième personne du singulier, tous les autres contes sont écrits à la première personne, comme si Maurice Level narrait des aventures personnelles, dont ses amis ou connaissances en furent les victimes.

 

Dans La Peur, le narrateur qui est procureur de la République recueille les confidences, les aveux d'un homme malade et qui avoue un meurtre. Ce sont dans quelles circonstances ce crime a été perpétré, et pourquoi, qui donnent du sel à cette historiette datant de ses débuts en écriture. Comme le fait justement remarquer Philippe Gontier dans ses notes à la fin de chaque texte, ce quatrième conte publié de Maurice Level, emprunte à des thèmes déjà exploités, mais tout en lui offrant une intrigue différente.

L'Aveugle, comme son titre l'indique, met en scène un non-voyant qu'accompagne une jeune femme, Louise, son épouse depuis cinq ans. Si lui aime ce tendron à lui confié par ses parents avant de décéder, pour Louise c'est une charge que de vivre à longueur de journées, et surtout de nuits, avec cet homme prévenant mais vieux. Un conte cruel qui s'inspire des technologies relativement nouvelles pour l'époque.

Le Fou est ainsi appelé à cause de son humeur sauvage, et c'est par hasard que le narrateur fait sa connaissance. Marchant sur le chemin des douaniers, alors qu'il fait nuit, le narrateur dérape et risque de chuter dans le vide. Le Fou, qui marchait non loin, le sauve et l'emmène chez lui et lui raconte son histoire, celle pour laquelle il s'est retiré du monde. Un texte morbide dont l'origine est l'adultère, thème fort prisé de tous temps et qui prend ici une résonnance particulière.

On, met également en scène un homme qui s'est retiré près de la mer, dans une maison sur la falaise. Il écrit à son ami, le narrateur, que des bruits étranges se produisent à intervalles réguliers dans sa maison et il en devient fou. Dans une ambiance surnaturelle, ce conte propose toutefois une explication logique à ces événements, mais la superstition est parfois plus forte que le cartésianisme ou le rationnel.

Le surnaturel est également l'un des ressorts prévalant dans Le tigre du major Atkinson, mais une explication logique est avancée lors de l'épilogue, avec toutefois une dose de scepticisme comme reliquat. Comme souvent, même s'il est démontré que telle manifestation ne peut se réaliser que d'une façon, un doute subsiste et c'est sur cette incertitude que joue Maurice Level et qu'il construit ses histoires .

 

Après une introduction due à Philippe Gontier, chaque texte bénéficie de notes, de petits suppléments fort utiles apportant des éclairages intéressants sur leur origine, le contexte, leur parution, leur analogie avec d'autres contes et nouvelles. Ces notes qui émanent d'un amateur cultivé, passionné, érudit, sont ce que l'on pourrait appeler la cerise sur la gâteau et forment comme un entracte entre deux textes.

Jean-Luc Buard, en véritable rat de bibliothèque, terme amical à l'encontre d'un chercheur infatigable, recense pour chaque texte les différentes parutions dans les divers journaux et magazines avec date et numérotation, ainsi que les diverses traductions et parution étrangères. Un travail de fourmi pas toujours reconnu à sa juste valeur et qui méritait d'être salué ici.

Enfin l'article Maurice Level vu par ses contemporains, dont Colette et Paul Reboux, clôt cet ouvrage qui devrait avoir une suite, du moins c'est ce que j'espère.

 

Sommaire :

La peur

L'aveugle

Le fou

La photographie

On ?...

A neuf mille sept cents mètres

Babel

L'allée

La bonne mère

Le tigre du major Atkinson.

 

Maurice LEVEL : La Peur et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants. Collection Terreurs anciennes N°2. Editions Clef d'Argent. Parution juin 2017. 120 pages. 9,00€.

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