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10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 10:11

Hommage à Ursula Curtiss décédée le 10 octobre 1984.

Ursula CURTISS : Le cimetière des innocentes.

Ursula Curtiss est une auteure quelque peu oubliée mais qui fut et demeure l’une des grandes prêtresses du roman de suspense, ouvrant la voie à Ruth Rendell et ses consœurs actuelles.

 

Une vieille dame qui s’est découvert une occupation fort lucrative, alors qu’elle a peiné toute son existence, embauche des gouvernantes aux revenus subséquents puis elle les supprime au bout de quelques semaines, ou quelques mois, les enfouissant dans son jardin, cachant la tombe sous un peuplier.

Seulement la dernière de ses dames de compagnie n’est point aussi naïve qu’elle le supposait et lui donne du fil à retordre, d’autant que des éléments extérieurs, tels que famille, voisins ou chien abandonné, lui compliquent la tâche.

Un roman qui n’a perdu ni de son attrait ni de sa puissance et qui se lit avec plaisir, sans que l’on puisse lui reprocher une datation comme certains romans parus dans la même décennie ou la même collection.

Le genre d’ouvrage qui ne vieillit pas car l’intrigue est intemporelle et il est dommage que cette collection n’ait point rencontré le succès.

 

Américaine née Ursula Reilly le 8 avril 1923 à New-York, décédée le 10 octobre 1984 à Albuquerque (Nouveau Mexique). Elle était la fille d’Helen Reilly, elle aussi auteur de romans policiers. Elle trouve sa voix en dactylographiant quelques manuscrits de sa mère durant sa jeunesse, publiant son premier roman policier en 1948. Elle possède à son actif une vingtaine d’œuvres, et se classe parmi les meilleures auteures américaines de suspense.

Le plus souvent elle met en scène des personnages féminins ordinaires, dont la vie est brutalement mise en danger suite à des incidents mineurs. Si elles recherchent auprès de leur entourage une aide, elles ne devront qu’à leur seule initiative à se sortir du mauvais pas dans lequel elles s’engluent, affrontant leurs peurs dans des histoires angoissantes.

Les romans d’Ursula Curtiss ont été traduits en France au Masque, dans la collection Un Mystère et dans la collection féminine Nous Deux.

 

Première parution collection Un mystère N°667.

Première parution collection Un mystère N°667.

Ouvrages :

 

Dans la collection L’Aventure criminelle dirigée par Pierre Nord :

N°68 : Le pire des crimes (The face of the tiger – Trad. de l’américain par Nicolète et Pierre Darcis). Réédition Le Club des Masques no 271.

N°86 : Une carpette sur une tache de sang (The Stairway (1957)  

N°98 : Une veuve si peu éplorée (Widow's Web - 1956). Réédition Le Club des Masques no 280.

N°110 : Portrait d'un traître (The Noonday Devil - 1951).

N°143 : Une veuve de trop  (Hours to kill - 1961)

 

Collection Le Masque :

N°909 : Les Deux Faucilles (The Second Sickle. 1950). Réédition Le Club des Masques N°350.

N 1329 : La Vieille Lily (Danger Hospital Zone - 1966).

N°1341 : Que désires-tu Célia ? (Letter of Intent - 1971). Réédition Le Club des Masques N°525.

 

Collection Un Mystère :

N°209 : Les Heures noires (The Deadly Climate - 1954). Réédition Presses Pocket no1139. Réédition dans Polars années cinquante, vol. 2, Omnibus.

N°761 : La Guêpe (The Wasp - 1963). Réédition Presses Pocket N°1087. Réédition Le Masque N°1974.

N°736 : Les Heures noires (Out of the Dark ou Child's Play - 1964) Réédition Presses Pocket N°1168. Réédition Éditions du Rocher, Bibliothèque du suspense N°6.

 

Enfin, un pied de nez à ceux qui dénigrent les collections dédiées aux femmes publiant des romans soi-disant à l’eau de rose :

 

Collection Nous Deux :

N°290 : N'ouvrez pas la porte ! (Don't Open the Door - 1968). Éditions Mondiales. 1970

 

Ursula CURTISS : Le cimetière des innocentes. Collection Bibliothèque du Suspense N°4. Editions du Rocher. Parution en 2001.

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 07:30

Allons donc, London…

Pêcher la crevette

Allons donc, London…

Pêcher le petit poisson.

Jason DARK : Peur sur Londres.

Médium amateur mais ne faisant pas commerce de ses dons, Miriam Di Carlo est réveillée brusquement en pleine nuit dans son appartement londonien par un pressentiment.

De sa fenêtre, elle assiste impuissante à un cataclysme qui s’abat sur la capitale britannique. Les bâtiments, les monuments s’effondrent, et dans le ciel s’inscrit l’image d’une jeune femme à la beauté froide, visage surmonté de deux petites cornes.

Il s’agit d’Asmodina, la fille du Diable.

A peu près au même moment, John Sinclair, inspecteur du Yard, spécialiste des affaires criminelles surnaturelles, est lui aussi tiré de son sommeil. Sa montre, arrêtée de même que son réveil, marque cinq heures.

C’est alors que le cauchemar commence.

Sa secrétaire, son patron, ses amis ne le reconnaissent pas. Pourtant il n’a pas changé physiquement. Quant à imaginer un complot, à une farce, ce n’est pas le genre de la maison. Alors ?

Intrigué John Sinclair revient chez lui, bien décidé à tier au clair ces manifestations pour le moins inamicales.

Le cauchemar continue.

L’immeuble où il habite s’effondre, projetant d’énormes blocs de béton sur la chaussée, écrasant les passants. C’est l’affolement général. La catastrophe tourne au chaos, à l’apocalypse. Soho n’est plus que ruines.

 

John Sinclair, chasseur de spectres, n’est pas sans rappeler ces héros qui passent leur vie à combattre les démons, les forces du Mal.

Successeur d’Harry Dickson, qui connut son heure de gloire grâce à Jean Ray mais issu d’une imagination teutonne, John Sinclair pourrait être le cousin de Bob Morane et autres grands pourfendeurs du Mal dans la tradition de la lutte contre les Esprits malfaisants dans une atmosphère de surnaturel.

Priorité est donnée à l’action, au spectaculaire, au divertissement populaire, ce qui n’exclut pas une certaine recherche dans l’intrigue, les rebondissements, et la maîtrise de l’histoire.

Bizarrement cette série a démarré, à quelques jours près, au moment où Léo Campion, chansonnier, homme de théâtre et de cinéma, est décédé. Léo Campion avait interprété pour la télévision une série, La Brigade des maléfices, dans laquelle il incarnait un policier, le commissaire Paumier, spécialisé dans les enquêtes relevant du surnaturel et dont les bureaux étaient situés dans les combles du 36 Quai des Orfèvres. Six épisodes ont été diffusés en 1970.

 

Jason DARK : Peur sur Londres. Une aventure de John Sinclair, chasseur de spectres N°1. (Angst über London – 1981. Traduction de Jean-Paul Schweighauser). Editions Fleuve Noir. Parution mars 1992.

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 09:12

Il existe deux catégories de cancres : les cancres

  résistants et les cancres las…

Pierre BENGHOZI : Loki 1942.

Et les cinq cancres qui évoluent dans ce roman appartiennent plutôt à la première catégorie.

Ils sont consignés par leur institutrice Ida Grieg dans une petite école de Stavanger, seulement ce qui devait être une séance de rattrapage devient une claustration. Les soldats allemands les ont enfermés, Ida Grieg étant soupçonnée détenir un document destiné aux résistants mais également afin d’assouvir un contentieux.

Malgré le principe de neutralité affichée par la Norvège, les troupes nazies ont envahi le pays et la Résistance s’est organisée. Ida, comme bon nombre de ses collègues, s’est engagée contre l’avis des autorités. Puis elle est redevenue institutrice, on ne se refait pas.

Lorsque la soldatesque nazie déboule dans se classe, elle cache précipitamment un papier dans son corsage. Elle reçoit un coup de crosse qui la laisse un œil en vrac et étourdie. Les gamins ne sont pas impressionnés, au contraire, ils s’intéressent à l’intimité de l’évanouie. Seulement une menace plane sur leurs têtes.

Cinq soldats ont été abattus par les Résistants, et pour venger cet affront, le lieutenant Abel Lehmann doit répliquer en exécutant cinq personnes. Son choix s’est porté sur les occupants de cette classe, mais comme ils sont six, un seul survivra.

Un seul ou une seule, car outre l’institutrice, sont présents Nils l’aîné et Mathias le puîné, les jumeaux monozygotes, Dagmar, le gros, Jan, l’effacé, et Solveig, la seule fille du lot mais pas la moins délurée. Ils révisent manuellement les sciences naturelles et leur système reproducteur. Mais comme ceci se déroule sous le pupitre, on n’en dira pas plus afin de ne pas passer pour un voyeur.

Ida Grieg sort de son étourdissement, et entreprend d’apprendre à ses élèves un poème, Les invectives de Loki, l’ancien dieu de la discorde, extraits du Codex Regius. Un choix qui n’est pas innocent, car ces vers contiennent un message caché que seul un Résistant peu comprendre. Mais pour enfoncer ce texte dans la tête de ces chères têtes blondes, il va falloir du temps, y passer la nuit peut-être, selon le principe du Lire-Ecrire. Et tous doivent le connaître par cœur ce texte, sachant qu’il ne devrait y avoir qu’un seul survivant qui sera désigné au sort.

 

Construit comme un huis-clos, les principales scènes se déroulant dans la classe, parfois entrecoupées de réminiscence de l’institutrice qui retombe à plusieurs reprises dans un évanouissement qui ressemble à un coma, ou une scène ou deux dans lesquelles on est en compagnie du lieutenant dans un bureau exigu, Loki 1942 nous entraîne dans un épisode peu connu de la Seconde Guerre Mondiale.

En effet l’Allemagne envahit la Norvège en 1940 malgré le principe affiché de neutralité, mais l’auteur ne s’étend guère sur cet épisode, préférant placer son intrigue dans un seul lieu, une classe d’école. Le lieutenant Abel Lehmann ne se sent pas vraiment impliqué mais il obéit aux ordres, tandis que le soldat qui l’accompagne parfois est nettement plus virulent.

Même si les antécédents politiques, professionnels et familiaux d’Ida Grieg sont dévoilés, ils n’influent guère sur l’intrigue. Son comportement, sa force de caractère, ses idées et sa ténacité importent plus. Et surtout c’est la conduite de ses cinq élèves qui est analysée, presque disséquée, des trublions qui pensent plus à démontrer leur paresse, leur mauvaiseté, loin du cancre rêveur de Prévert. Pourtant ils parviennent peu à peu, sous la pression des éléments, à se transcender, sans pour autant perdre leur caractère d’électron libre.

Un court roman, prenant, sans digressions inutiles, qui se clôt en une fin ouverte qui ne demande pas pour autant une suite.

Pierre BENGHOZI : Loki 1942. Editions Serge Safran. Parution 7 septembre 2017. 160 pages. 15,90€.

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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 06:55

Une potion à déguster sans modération…

Patrick S. VAST : Potions amères.

Les hypermarchés et les grandes surfaces commerciales, situés en dehors des villes, drainent la clientèle sans vergogne, ne laissant souvent dans les centres-villes que les miettes financières.

Pourtant, certaines échoppes continuent, bravant ce flot mercantile, à subsister, offrant des services, des conseils, des produits inconnus de la grande distribution ou jugés peu rentables.

Ainsi à Béthune, dans une petite rue marchande, les époux Rogonot tiennent une herboristerie, et, faut bien sacrifier à la mode, proposent également des produits bio.

Aux côtés de ce couple sexagénaire, travaille Denise, l’employée trentenaire qui ne s’est pas remise de la mort de son fiancé cinq ans auparavant, puis de sa mère l’an passé. Elle s’enfonce tout doucement dans une vie morne, monotone, dénuée de sourires, et André Ansart, représentant en produits bio et secrètement amoureux d’elle, aimerait la voir revivre, si possible avec lui.

Le destin de Denise bascule à cause de plusieurs conjonctions, qui s’avéreront néfastes pour certaines personnes de son entourage. Un lundi après-midi, elle est chargée par ses employeurs, Patrice, qui se remet doucement d’un problème cardiaque, et Germaine, une femme au caractère trempé dans ses décoctions amères, de déposer à la banque la recette du week-end. 2000 euros dans une sacoche qui lui est subtilisée par un motocycliste.

L’individu peu scrupuleux qui vient de s’adonner à ce vol à la tire, est sorti de la prison de Sequedin peu de temps auparavant. Gérard Bourgeois est un petit malfrat, et surtout père de famille. Sa compagne Lydie, qui lui avait déjà donné deux enfants, en a profité pour en avoir un troisième durant son absence, faut bien occuper ses journées. Seulement, cela ne paie pas le loyer, et c’est pour cela que Gérard a arraché la sacoche de Denise.

Il retrouve un ancien codétenu, qui n’est pas si ancien mais c’est la formule consacrée, Abdel, qui lui aussi a besoin d’argent liquide. Pendant son incarcération, sa copine Sandra est devenue hôtesse d’accueil dans un bar montant, avec son consentement, et il voudrait bien la récupérer. Seulement cela a un coût, et comme il n’a pas les fonds nécessaires, il lui faut trouver de quoi payer, rapidement, car quinze jours plus tard, la prime de débauchage sera doublée.

En attendant de monter leur coup, Gérard retrouve son ancien patron, vendeur de cycles. Entre-temps, le commerçant s’est reconverti dans les scooters, et Gérard devient le mécanicien attitré et vendeur. D’ailleurs l’une de ses premières ventes, il va la réaliser auprès de Denise qui a reçu une pub dans sa boîte aux lettres. Elle pense que les déplacements motorisés dans la campagne pourraient être une panacée à sa morosité et sa déprime.

Et voilà comment en peu de personnages Patrick S. Vast construit une intrigue linéaire solide, voire machiavélique, reposant sur quelques protagonistes secondaires entourés de faire-valoir convaincants. Des commerçants voisins de l’herboristerie principalement, mais également un policier, un docteur à l’ancienne, c’est-à-dire qu’il se déplace au moindre appel de sa clientèle, une jeune fille handicapée mentale…

Le fil rouge est constitué par Denise, qui s’éprend de Gérard, lequel se joue de la jeune femme comme d’une marionnette ; par Caroline, l’handicapée mentale mutique ; et surtout par Germaine, l’herboriste.

Germaine et ses idées toutes faites, ses déductions hâtives, ses conclusions à l’emporte-pièce, son manque de réflexion, et son assurance dans ses analyses qui manquent de profondeur.

 

Si Patrick S. Vast dédie ce roman à Simenon, Steeman et Duchâteau, il peut logiquement se revendiquer comme l’héritier de Georges-Jean Arnaud, Louis C. Thomas, Boileau-Narcejac et de petits maîtres qui ont œuvré dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir, tels que André Lay et quelques autres, et dont la spécialité était le roman policier d’inspiration suspense psychologique. De l’action certes, mais pas de violence décrite inutilement, des moments de tendresse, et des personnages ancrés dans un quotidien, notre quotidien. Et c’est également le système de l’autodéfense qui est abordé, une réplique souvent employée par des commerçants spoliés mais qui se retrouvent souvent au banc des accusés.

Patrick S. Vast effectue un retour aux sources après avoir tâté, brillamment, du thriller à tendance fantastique, étoffant sa palette de romancier en verve.

 

Vous pouvez vous procurer cet ouvrage auprès de l’éditeur en cliquant sur le lien ci-dessous, ou chez votre libraire en lui indiquant le numéro d’ISBN

978-2-95661888-0-8

 

Patrick S. VAST : Potions amères. Editions Le Chat Moiré. Parution le 7 septembre 2017. 240 pages. 9,50€.

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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 15:11

L'argent contre l'amour !

Jules VERNE : Un billet de loterie.

Loin des romans d'aventures exotiques, mystérieuses, scientifiques, voire didactiques ou pédagogiques, Un billet de loterie, tout comme Le Pilote du Danube, Famille-Sans-Nom, ou encore César Cascabel, s'attache à s'intéresser au sort d'une famille sans pour cela que les protagonistes effectuent un long voyage ou alors, s'ils le font, l'auteur ne s'appesantit pas dessus et surtout sur des découvertes extraordinaires.

Un billet de loterie s'apparente plus à un roman d'amour qu'à une exploration aventureuse et périlleuse, même si certains épisodes dont le caractère de dangerosité est évident mais nécessaire pour présenter quelques personnages y sont intégrés.

Dans le comté de Telemark, situé au sud de la Norvège, vit une famille composée de la mère, Dame Hansen, et de ses deux enfants, Hulda et Joël, ainsi que d'un cousin, Ole Kamp, adopté à la mort de ses parents. Elle est veuve et tient une auberge fréquentée surtout l'été par les touristes venus visiter la région.

Si Hulda, qui n'a que dix-huit ans, aide sa mère, Joël sert de guide aux touristes et Ole est marin. Il s'est embarqué sur un chalutier un an auparavant et il donne régulièrement de ses nouvelles depuis Terre-Neuve. Sa dernière lettre remonte à un mois, annonçant son retour entre le 15 et 20 mai, de l'année 1862, et déjà toute la famille s'apprête à fêter les noces. Seulement le temps passe, Ole ne rentre pas. Le navire aurait-il fait naufrage ?

Un individu arrive à l'auberge, et sans se présenter, demande gîte et couvert. Rien ne lui agrée, tout lui déplait, il dénigre, mais pour autant, tel un maquignon, il examine, il observe, il vérifie, il calcule, comme si l'auberge allait tomber dans son escarcelle. Dame Hansen ne voit pas d'un bon œil ce client désagréable, mais lorsqu'enfin il part en inscrivant son nom sur le registre, elle pâlit et devient renfermée, déchirant la note qu'elle avait préparée.

Ole ne donne toujours pas de ses nouvelles et cela devient de plus en plus inquiétant. Pour autant la vie continue, et Joël doit rejoindre un touriste afin de lui faire visiter le pays. Il incite Hulda à l'accompagner afin de lui changer les idées, et il fait bien car lorsqu'ils arrivent au point de rendez-vous, c'est pour découvrir le touriste dans une situation inconfortable, en équilibre instable sur les chutes du Rjukanfos. Ils parviennent à sortir Sylvius Hog du mauvais pas dans lequel il s'était fourvoyé, lui épargnant une dégringolade mortelle.

Sylvius Hog n'est pas un touriste banal. Il est professeur de législation à Christiania et député au Storthing, et est connu, apprécié et honoré dans le pays norvégien qui à l'époque était sous la domination du roi de Suède. Hog possède de nombreuses relations, et est ami avec les armateurs du Viken, le bateau de pêche sur lequel Ole est devenu maître, grâce à ses qualités. Aussi, en remerciement de son sauvetage inespéré, il envoie des courriers un peu partout afin de savoir ce qu'est devenu le navire, et par voie de conséquences les marins-pêcheurs qui étaient à bord. Et c'est ainsi qu'un jour, alors que la date fatidique du retour est largement dépassée qu'il reçoit un pli de la Marine, pli qui contient entre autre un billet de loterie qui avait été enfermé dans une bouteille jetée à la mer. Au dos de ce billet, un mot de Ole expliquant que le navire est en perdition, qu'il sombre dans les eaux glaciales et témoigne de son amour à Hulda.

 

Mais ce billet de loterie attise l'envie et nombreux sont ceux qui sont prêts à l'acheter. Les enchères montent rapidement, car si par hasard, ce billet était gagnant, on peu toujours rêver, il rapporterait à son heureux possesseur la coquette somme de cent mille marks. Cela ne rendra pas Ole à Hulda, mais il lui reste au moins un souvenir de son fiancé. Or Dame Hansen doit une forte somme à Sandgoïst, qui rime avec égoïste, ayant effectué des placements malheureux et son auberge étant hypothéquée.

Série Jules Verne inattendu. 10/18 N°1274. Parution 4ème trimestre 1978.

Série Jules Verne inattendu. 10/18 N°1274. Parution 4ème trimestre 1978.

Loin des longues, et parfois fastidieuses, descriptions dont Jules Verne aimait émailler ses récits d'aventures, Un billet de loterie met en situation une famille banale, si l'on peut s'exprimer ainsi, confrontée à un double problème, la perte d'un être cher et le manque d'argent par impécuniosité ou maladresse dans des placements d'argent.

Face à cette famille, surtout le frère et la sœur, qui essaient de ne pas perdre courage devant l'adversité et les nouvelles guère rassurantes, voire négatives, se dressent deux hommes au comportement totalement contraire. Si le député est proche des petites gens, l'usurier est surtout proche de son portefeuille et le malheur l'indiffère. Car seul l'argent qui devrait rentrer dans son escarcelle l'importe, malgré le tollé général provoqué par sa conduite.

Moraliste et empreint de bons sentiments comme on pouvait en trouver sous la plume d'Hector Malot par exemple, dans Sans famille ou En famille, Un billet de loterie est un roman plaisant, touchant, agréable à lire, frais et n'ayant pas subi les outrages du temps. On se rend compte combien étaient tributaires des moyens de communication les habitants vivant dans des villes ou villages plus ou moins isolés, mais que pour autant ils prenaient leur mal en patience, sans accuser qui que ce soit.

Il est évident que ce roman a été écrit pour l'édification de la jeunesse, mais les adultes ne doivent pas bouder leur plaisir à la lecture de ce roman de Jules Verne, moins connu que Vingt mille lieues sous les mers, Michel Strogoff, Le tour du monde en quatre-vingts jours ou Cinq semaines en ballon, mais plus proche de nous par bien des côtés.

Certains, que je n'ose qualifier de rabat-joie, pourraient penser que ce roman possède une trame simpliste pétrie de bons sentiments, ce que je concède volontiers, mais il faut savoir garder son âme d'enfant, et même si l'épilogue est par trop heureux, il s'agit d'une preuve d'optimisme non négligeable à une époque où tout nous amène à douter et à nous plaindre dès le premier accroc.

 

Jules VERNE : Un billet de loterie. Collection Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 16 mars 2017. 224 pages. 11,00€.

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29 juillet 2017 6 29 /07 /juillet /2017 12:45

Et son deuxième prénom, c'est Harmonie ?

Guillaume MORRISSETTE : L'affaire Mélodie Cormier

Alors que ses parents sont décédés accidentellement quelques mois auparavant, Marco Genest reçoit une lettre anonyme, déposée dans sa boîte aux lettres, lui promettant des révélations sur les circonstances de leur mort.

Cette missive était glissée dans un tube plastique contenant également quelques feuillets, comme des extraits d'une journal intime. Perturbé, Marco en informe aussitôt son amie Josée. Tous deux épluchent la lettre, recto, puis le journal, et enfin la lettre côté verso, comme l'expéditeur l'a demandé.

Ce journal, remontant à avril 2000, narre un épisode concernant un certain Cédric qui s'amuse à ennuyer ses voisins et plus particulièrement une vieille dame. L'expéditeur s'est employé à jouer les vengeurs masqués au grand dam du fameux Cédric. Et la missive se termine par une petite énigme permettant à Marco de découvrir un autre tube.

Josée et lui ne mettent guère de temps à la résoudre et ils sont en possession d'une nouvelle lettre et d'un extrait de journal datant de 2002, mettant en cause un prof et la façon dont le scripteur s'est vengé d'un éducateur qui abusait de son pouvoir sur ses élèves. Une nouvelle énigme est offerte à la sagacité de Marco, et à Josée par la même occasion, les mettant sur la piste d'un troisième tube. Pourtant une autre surprise attend Marco au fond du cylindre. La montre de son père y est coincée. Comment cet objet est-il tombé en possession de ce narrateur fier de ses exploits ?

Et ce jeu petit jeu de devinettes, qui a débuté un dimanche matin continue jusqu'au mardi soir, avec une révélation surprenante et qui devrait rester secrète au moins jusqu'au jeudi, toujours à la demande de ce personnage machiavélique.

 

Pendant ce temps, l'inspecteur-détective Héroux de la police municipale de Trois-Rivières dans la province du Québec, au Canada, est face à un problème d'enlèvement depuis le jeudi. Mélodie, une gamine de dix ans a disparu, alors que son père venait de la déposer devant son école. Mais Mélodie n'a jamais franchi le porche de l'établissement. Selon quelques témoins, le véhicule du père, un pick-up noir aurait été aperçu stationné non loin, puis quelqu'un affirme l'avoir vu sur la route avec une gamine apeurée dedans, mais jamais rien de probant. Sauf que le sac d'école de Mélodie est retrouvé dans le fond du véhicule, qu'un élastique à cheveux a été découvert sur le chemin, et d'autres petits faits accablent le père. Celui-ci avait prévu un alibi, mais il est bien vite obligé de dire la vérité concernant son emploi du temps, sans pour autant apporter une preuve quelconque.

Héroux a beau multiplier les démarches en compagnie de ses adjoints qui sont au four et au moulin, les résultats sont maigres, pour ne pas dire inexistants.

 

Les deux affaires, celle de Marco et l'enlèvement de Mélodie se trouvent imbriquées l'une dans l'autre avec des interconnexions inattendues et préjudiciables pour Marco. Une course contre la montre débute, Josée devenant auxiliaire de la police malgré son statut de témoin privé.

 

Guillaume Morrissette a construit un roman que l'on pourrait qualifier de ludique si l'enlèvement d'une gamine n'était pas au cœur de l'intrigue. Et justement cette histoire d'enlèvement pourrait paraître ordinaire, ce thème ayant été abordé des centaines de fois depuis la naissance du roman policier. Mais l'auteur ne se focalise pas sur ce rapt, car l'intérêt se place ailleurs. Il ne s'agit que d'un dommage collatéral, qui peut engendrer quelques conséquences, le but étant dans la manipulation exercée par la personne qui a procédé à l'enlèvement. Une méprise est à l'origine de l'affaire et pour en annihiler les conséquences ultérieures, seule la manipulation machiavélique est utilisée comme palliatif.

Un roman à l'intrigue angoissante, et pourtant le lecteur ne vibre pas comme à un enlèvement de gamin mais comme un joueur confronté à une devinette qui peut se révéler fatale, telle celle que posait le, ou la sphinx selon la mythologie grecque et qui fut résolue par Oedipe.

Première édition : Editions Guy Saint-Jean. Canada. Parution le 11 mars 2015.

Première édition : Editions Guy Saint-Jean. Canada. Parution le 11 mars 2015.

Guillaume MORRISSETTE : L'affaire Mélodie Cormier. Editions City. Parution le 29 mars 2017. 352 pages. 19,90€.

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 12:19

Parfois je préfère rester à la mienne de place !

Guy RECHENMANN : A la place de l'autre.

En ce 21 septembre 1992, passage de l'été à l'automne, Anselme Viloc qui promène Jipsy, épagneul bécassière en manque d'activité, est stupéfié à la vue d'une statue vivante représentant une jeune femme en position de yogi sur l'estran, près d'une casemate.

En cette fin d'après-midi, l'inconnue est seule sur la plage, mais ce n'est pas ce qui interloque l'inspecteur Anselme Viloc. Elle a les yeux dans le vide, comme absente, et marmonne en boucle, je sais où est mon fils, je sais où il est. Seul le chauffeur du car l'a vue la veille, mutique, pourtant elle n'avait pas l'air perdue. Mais personne ne peut indiquer qui elle est.

Une énigme pour Viloc qui se voit confier cette affaire par son supérieur hiérarchique puisqu'apparemment une disparition serait à déplorer. D'ailleurs c'est ce que pense le psychiatre à qui a été confiée la jeune femme dans l'unité neurologique de l'hôpital Pellegrin de Bordeaux. Et toujours cette incantation, Je sais où est mon fils... complétée par C'était le 21... Le 21 quoi ? Une anomalie puisque, selon le toubib, cette jeune femme dont on apprendra un peu plus tard le prénom, Marina, est vierge. Et elle parle de son fils ! Incompréhensible.

Anselme et Jérémy, son ami et collègue, ne possèdent que peu d'éléments pour débrouiller ce casse-tête qui se débloque grâce à une observation d'un bistrotier. Et si on utilisait les épingles à cheveux trouvées dans le sac de Marina, pieds dans l'eau, et de lui mettre des lunettes de soleil pour prendre une photo qui serait diffusée dans les journaux locaux ? Bingo, les cafetiers sont de bons conseils en général et le bailleur de Marina se manifeste.

Il s'agit d'un ancien boucher, copain avec le père de Marina parti vivre dans la région paloise avec sa seconde femme. Et c'est à la demande de celui-ci qu'il a hébergé dans une de ses propriétés la jeune femme. Une énigme de résolue, mais cela n'avance pas le schmilblick de l'enfant disparu. Lilly, la fille de la compagne de Jérémy, âgée de douze ans mais nettement plus mature que sa mère, avance l'hypothèse d'une réincarnation. Pourquoi pas !

 

L'inspecteur Anselme Viloc est un policier à l'ancienne, proche de Maigret, se montrant à l'instar de son prédécesseur à l'écoute, n'hésitant pas à côtoyer témoins et suspects, à discuter avec eux, à partager un verre. Un policier que l'on pourrait, non pas aimer, faut pas abuser quand même, mais apprécier pour cet humanisme qui se dégage de sa personne.

Il est le contraire des policiers actuels, formatés à ne pas sourire, un fer-à-cheval greffé sous le nez à la place de la bouche. Des policiers homéopathes qui soignent le mal par le mal, combattent la violence par la violence.

Donc Viloc, discute, cause, parle, bavarde, papote, et j'en passe, avec les cafetiers, du Cap-Ferret, d'Andernos, de Taussat, et d'ailleurs, côtoyant des personnages, des imbibés qui se montrant affables, diserts, ou peu réceptifs.

Heureusement, son patron, le commissaire Plaziat, apprécie sa façon de procéder, même s'il lui met la pression, lui accordant un sursis d'un mois pour résoudre cette affaire, mois renouvelable à la demande en fonction des résultats. Et en compagnie de Jérémy qui parfois se dérange sur le terrain, pour affiner des renseignements, Viloc épluche les mains courantes des années précédentes, puis remontant en arrière jusqu'à la période de la seconde guerre mondiale, à la recherche d'un fameux 21 septembre. Et cela devient délicat lorsqu'un bout de tissu dépassant légèrement du sable près de la casemate prouve qu'un enfant a été enterré quelques décennies auparavant. Avec ce morceau de chiffon, il tient une piste, mais c'est un chat qui l'aidera à résoudre cette énigme, un Sacré de Birmanie à trois pattes, le chat du boucher. Un chat mais également un dessinateur-médium qui met son don au service de la recherche. Car quelqu'un s'évertue à pratiquer la politique de la terre brûlée en éliminant quelques protagonistes.

 

Tout cela s'expliquera par la découverte de cahiers rédigés depuis des décennies, des cahiers familiaux qui remontent au début du XXe siècle. Et si une partie des événements prend sa naissance durant la Seconde Guerre mondiale, la genèse remonte dans un éclatement familial et dans des esprits perturbés pour des raisons que la raison ignore.

Un roman en deux parties, la première privilégiant les éléments d'enquête puis la seconde qui fournit des éléments de réponse au fur et à mesure que Viloc, policier poète-philosophe-archiviste, décortique les journaux, puis les carnets familiaux, démêlant les imbrications familiales jonchées de coïncidences. Coïncidences qui deviennent logiques lorsque le puzzle est reconstitué.

Ce roman a été distingué au Prix Polar de Cognac 2016 et a reçu le Prix Virtuel du Polar 2016 du site Rayon Polar grâce aux votes des lecteurs, amateurs avertis. Et une visite à ce site riche en chroniques littéraires et cinématographiques est vivement conseillée.

 

Une jeune femme ou une vieille dame ? A vous de jouer.

Une jeune femme ou une vieille dame ? A vous de jouer.

Guy RECHENMANN : A la place de l'autre. Editions Vents Salés. Parution le 13 mai 2016. 286 pages. 19,50€.

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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 08:47

Des ombres en pleine lumière...

Marie DEVOIS : Turner et ses ombres.

Se réveiller dans une pièce dépouillée, aux murs blancs, avec comme décoration un crucifix, et subir en boucle la chanson Hailstones des Tigers Lillies, ne plus se souvenir comment elle est arrivée là, voilà de quoi désemparer Camille Magnin, venue à Londres pour quelques jours, sur l'instigation de son mari, Paul, commandant de police à Quimper.

Elle ne porte sur elle qu'un tee-shirt, on lui a ôté ses vêtements, et pour manger elle a droit à un plateau garni que vient lui servir une espèce de scaphandrier. Homme ou femme le scaphandrier mutique ? Et cette musique lancinante qui lui martèle le crâne, alors qu'auparavant elle l'appréciait.

Peu à peu les souvenirs remontent à la surface. Non, elle n'est pas amnésique, juste les quelques instants, minutes ou heures qui ont précédé son enlèvement lui échappent. Elle se souvient qu'elle était venue à Londres visiter, entre autres, la Tate Britain, et s'imprégner des œuvres de Joseph Mallord William Turner exposées dans la Clore Gallery. Des peintures postimpressionnistes impressionnantes.

 

Pendant ce temps, à Quimper, Paul Magnon s'inquiète. Cela fait deux jours maintenant qu'il n'a pas eu de nouvelles de sa femme, alors qu'au début de son séjour elle fui téléphonait régulièrement. Il en informe un de ses collègues britanniques, le superintendant John Adams, dont il a fait la connaissance lors d'un séminaire et avec lequel il est resté en relations. Le policier promet de s'impliquer dans la recherche de Camille, en compagnie de son adjoint, mais une autre affaire requiert ses services.

Une nappe rouge s'étend sur la Tamise, à proximité de la Tate Britain, ressemblant à un écoulement de sang, et des passants ont entendu une musique provenant de nulle part. Puis c'est une installation au goût douteux découverte par des gardiens et dont la signification leur échappe qui s'offre à leurs regards. Et un tableau de Turner est subtilisé, La dixième plaie d'Egypte.

Marie DEVOIS : Turner et ses ombres.

Quel rapport existe-t-il entre ces événements pour le moins anachroniques et quel lien avec l'enlèvement de Camille peuvent-ils se rattacher ?

Autant de questions que se posent Paul Magnin et John Adams, d'autant que des interrogations légitimes se forgent dans leur cerveau. Et dans celui de Camille qui va être libérée, lâchée dans la nature.

Des doutes mettent en cause l'intégrité du couple. Paul serait-il à l'origine de cette captivité puisqu'à priori il est le seul à connaître la passion de Camille pour les Tiger Lillies ? Ce n'est que l'une des suppositions qui traversent les esprits, mais d'autres surgissent nuisant aux relations entre toutes ces personnes et à la bonne résolution de l'enquête.

 

Si dans la première partie de l'histoire, et surtout avec les images de la Tamise ensanglantée et autres événements incompréhensibles pour les enquêteurs, plane un petit air d'intrigue à la Fantômas et autres feuilletons du début du XXe siècle qui empruntaient au sensationnel, la seconde partie est plus tournée vers le roman à suspense additionné d'une réflexion sur le rôle du mécénat et ses imbrications hypothétiques en ce qui concerne leurs motivations, de même que sur celui de certains journalistes.

 

La Clore Gallery

La Clore Gallery

Marie DEVOIS : Turner et ses ombres. Collection ArtNoir. Editions Cohen & Cohen. Parution le 24 mai 2017. 282 pages. 21,00€.

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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 07:23

Allez directement à la case Aubenque et lisez avec intérêt !

Alexis AUBENQUE : Retour à River Falls.

Dans ce roman touffu et complexe, comme chacun des romans d'Alexis Aubenque d'ailleurs, chacun des protagonistes peut se référer à Janus, le dieu aux deux visages contraires. La dualité du temps passé et du temps présent, du Bien et du Mal, plus ou moins accentué, l'avers et le revers du comportement caché. Tous possèdent une fissure, une faille, un gouffre dans lesquels sont enfouis des secrets qui peu à peu émergent au grand jour leur permettant de recouvrer le calme et la sérénité, l'estime de soi, ou au contraire accentuant le côté négatif du personnage.

Journaliste de guerre et baroudeur, Stephen Callahan revient à River Falls, treize ans après en être parti. Officiellement, c'est pour se reposer de ses aventures, se ressourcer, et il a même trouvé une place au journal local, le Daily River, qui publiera ses chroniques rubrique arts et culture, concomitamment avec son ancien employeur, News of Washington. Officiellement, car officieusement, il a en tête une sorte de règlement de compte avec lui-même. Alors qu'il aborde l'entrée de la ville, il aperçoit un cirque qui vient de s'installer, mais pour l'heure il a plus pressé à faire.

Il arrive dans le quartier des manoirs, où vit sa grande sœur Ashlyn qui élève seule ses trois enfants. Tawny, adolescente rebelle de dix-sept ans, Beverly, quinze ans, qui, handicapée moteur, passe ses journées en fauteuil roulant, et le petit dernier, Lucas, turbulent, mais c'est de son âge car il n'a que neuf ans et réclame des cadeaux à son oncle.

Il se présente donc à Zucker, le patron du Daily River, lequel lui signifie que certains de ses collaborateurs voyaient d'un mauvais œil cette intégration. Il en profite pour présenter à Callahan Marion, sa nièce, qui est stagiaire et ils devront faire équipe ensemble.

Callahan se rend vite compte que malgré son jeune âge, dix-huit ans, Marion en veut et que son statut de nièce, elle ne le revendique pas. Elle est volontaire et surtout impertinente. Leur premier reportage doit être consacré au Big Circus installé aux abords de la ville. Callahan et Marion sont accueillis par un nain jovial, des gros bras vindicatifs, puis par Esméralda, la cartomancienne, patronne de tout ce petit monde qui n'accepte pas cette intrusion dans son domaine. Marion vitupère contre les conditions de captivité des animaux étiques qui s'ennuient dans leurs cages et Callahan prend quelques photos. Ce qui déplait fortement à Esméralda qui propose à Callahan de combattre l'un des lutteurs, et s'il gagne il pourra effectuer son reportage comme il l'entend. Il l'emporte mais ses ennuis ne sont pas terminés. Enfin ils peuvent quitter, après qu'Esméralda lui a lu les lignes de la main, avec un résultat qu'elle préfère garder pour elle, car apparemment l'avenir de Callahan est chaotique. Mais un autre reportage attend le journaliste et sa stagiaire. Un tueur aurait été repéré dans la forêt.

 

Pendant ce temps, et même un peu avant, des randonneurs ont découvert dans une grotte le cadavre d'une jeune fille. La scène de crime est particulièrement pénible, je vous épargne les détails, et il semblerait qu'un fou se soit amusé à la défigurer, apposant sur les murs de la grotte des dessins représentant des lames de tarot.

L'identité de l'adolescente est rapidement dévoilée et Logan le shérif, qui est revenu à River Falls depuis quelques semaines et a été reconduit dans ses fonctions précédentes, mène l'enquête en compagnie de Lindsay son adjointe. En interrogeant les proches de la victime, et plus particulièrement une amie de son âge, Logan se met sur la piste d'un camp de migrant à la recherche d'un nommé Sam. Lorsqu'ils arrivent sur place, l'adolescent s'enfuit et Lindsay se lance à sa poursuite. Elle parvient presque à l'attraper lorsqu'elle tombe dans la rivière.

C'est à ce moment que Callahan arrive et sauve in extrémis Lindsay. Lindsay qui fut son amour de jeunesse.

 

Logan, son équipe et Jessica Hurley, sa compagne, profileuse de son état, prennent cette enquête à bras le corps, tout comme Callahan et Marion mais en parallèle.

Une enquête douloureuse car les souvenirs, plus particulièrement les mauvais, remontent à la surface, que les événements se précipitent, s'enchainant inexorablement sur des réminiscences du passé proche ou lointain. Tout n'est que mensonges ou vérités cachées.

Une enquête qui montre la perversité humaine et qu'un fait-divers peut en cacher un autre, comme des engrenages complexes. Vous avez un petit bobo, vous passez une radiographie qui n'est pas satisfaisante, puis un scanner, une IRM, et vous vous retrouvez avec cancer généralisé à la fin des examens. Dans ce roman, c'est la même chose, et ce n'est pas fini, car Alexis Aubenque qui maîtrise le suspense à la manière des feuilletonistes d'antan qui au dernier moment vous signifiait un à suivre prometteur, nous donne rendez-vous pour juin 2018 afin de poursuivre ensemble de nouvelles aventures.

L'enquête principale est bouclée, mais les dommages collatéraux subsistent. Et cela me fait penser à une mare, dont la surface est lisse sous le soleil. Il suffit qu'une grenouille plonge et déjà les rides se forment et lorsqu'elle est suivie par toute sa famille, l'eau se trouble, la vase remonte et bientôt cette mare n'est plus qu'un bouillonnement de fange délétère, méphitique.

Alexis AUBENQUE : Retour à River Falls. Collection Thriller. Editions Milady. Parution le 16 juin 2017. 480 pages. 7,90€.

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 08:02

Qu'est-il de pire pour un écrivain que le syndrome de la page blanche ?

Daniel CARIO : Les yeux de Caïn.

Celui de ne pas retrouver son vocabulaire, d'être obligé de rechercher ses mots, d'utiliser la fonction synonymes sur son ordinateur.

Peu à peu Lucas Macaire, romancier quinquagénaire renommé sent son lexique lui échapper et si au début il n'y prête guère attention, bientôt cet état lui pèse. Une situation qui l'handicape.

Sa femme Michèle, plus jeune que lui de dix ans, architecte travaillant chez elle pour un cabinet, s'inquiète. D'autant que ses absences mémorielles s'amplifient et peu à peu il devient dépendant. Il n'est plus que l'ombre de lui-même, ne marchant plus, ne se souvenant de rien, devenant inexorablement une loque, ratatiné dans son fauteuil.

Le couple est ami avec Levesque, un neuropsychiatre qui accepte d'étudier ce cas qui n'atteint théoriquement que les personnes plus âgées. Et après des examens, un texte que doit écrire Lucas sans se relire et sans recourir à un subterfuge quelconque, la dégénérescence neuronale de Lucas est démontrée. Les premières fois, l'expérience est probante, mais sans plus, mais plus le temps passe, rapidement, le texte devient rapidement une rédaction de gamin, puis du grand n'importe quoi. Le verdict tombe : maladie d'Alzheimer.

Un stage à l'hôpital est envisagé, mais pour Lucas, c'est comme si sa femme l'abandonnait. Une autre solution est envisagée. Levesque connaît un directeur de recherche qui vient de mettre au point une molécule susceptible de redonner la mémoire à Lucas. Mais celui-ci est de plus en plus atteint et il faut à Michèle et au neuropsychiatre employer des ruses pour que celui-ci soit soigné.

Un séjour à l'hôpital ne pouvant être envisagé dans l'état actuel, Lucas sera soigné à son insu dans une dépendance de l'établissement qui pour l'occasion est transformée en chambre d'hôtel. Lucas est accompagné par Michèle, comme si le couple partait en vacances. Le risque réside lors des promenades du patient dans le parc, mais Lucas est trop affaibli pour se promener. Une infirmière, jouant le rôle de serveuse, lui fait ingurgiter des boissons droguées et lorsqu'il est endormi, lui fait des injections hypodermiques contenant la molécule. Et comme Michèle est présente, le malade se méfie moins.

La molécule est efficace, trop peut-être. Lucas recouvre sa mémoire et même plus, seulement un inconvénient s'installe. Il souffre de migraines terribles. Mais s'il ne prend plus son traitement, il retombe dans son manque de mémorisation. Bientôt Lucas est en proie à de subites réminiscences, des reviviscences qui s'imposent comme des images issues de son enfance. Peut-être même d'avant. Comme des agressions qui entraînent le couple jusqu'à Guéret puis à Montluçon sur la piste d'yeux vairons, comme ceux que possèdent Michèle. Pas vraiment vairon, mais une hétérochromie qui donne à Michèle un charme particulier. Un cœur marron est dessiné dans ses iris vert.

 

La première partie du roman est axée sur la longue dégradation de Lucas, longue relativement puisqu'elle s'étale sur quelques mois. Et le lecteur se surprend à souffrir avec ce héros atteint d'une maladie de plus en plus courante qui atteint le cerveau et lui obère les souvenirs proches.

Le processus de perte de mémoire nous pend aux yeux et l'on est en droit de se demander, parfois lorsque l'on cherche un mot, si nous ne sommes pas atteint de cette maladie neurologique insidieuse.

Si cette partie repose plus sur l'aspect psychologique et les rapports du patient avec sa maladie, la seconde nous entraîne sur la piste d'un tueur en série et le ton change, même si Lucas se trouve confronté à un problème qui le touche particulièrement. Une seconde partie qui nous emmène du côté de Stephen King, avec une approche légèrement fantastique, tout en relevant du domaine policier.

Autant la première partie est intimiste, la seconde est plus mouvementée et donne le frisson. Un roman agréable qui nous offre une autre facette du talent de l'auteur, évoluant entre Bretagne, Creuse et Allier.

Daniel CARIO : Les yeux de Caïn. Groix Editions & Diffusion. Parution mai 2017. 384 pages. 14,90€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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