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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 06:41

Vous reprendrez bien un petit verre ?

Frédéric DARD : La dynamite est bonne à boire.

Depuis de longs mois, le jeune Santos travaille dans une mine d'extraction d'argent. Comme tous les autres mineurs, il s'est laissé embobiner par des promesses alléchantes, seulement il n'avait pas lu, comme souvent, les petites lignes.

En effet ce qui est donné, gagné à la sueur de leur front, est repris, dépensé en alcool et en prostituées dans les almacen, les casas et les bazars pouilleux. Et comme ils se sont engagés à ne pas quitter Chimihuaca, dans les Andes, avant la fin de leur contrat, et qu'ils dépensent plus que ce qu'ils gagnent, les mineurs sont aspirés dans une spirale infernale.

Pour Santos, les filles, l'alcool, c'est fini, et le soir il rêve à un avenir flou, accroupi au pied d'un tuna, un cactus candélabre. Et il distingue dans la nuit Consuelo, la femme du capataz, le directeur de la mine. Elle est belle, plus jeune que son mari, réservée et distante. Il s'introduit chez le capataz, en l'absence de celui-ci. Consuelo est allongée sur un divan, écoutant de la musique mais elle ne rejette pas l'intrus.

Santos se blesse à la main, et le docteur, ou supposé tel, étant absent, Consuelo le soigne. Peu à peu, ils vont prendre l'habitude de se retrouver le soir jusqu'au jour où Santos tente de la prendre dans ses bras. Mais elle se rebiffe et le griffe au visage.

Auprès de ses deux camarades de chambrée, Santos allègue un contact violent avec une bête. Si Aleichu est trop imbibé pour se réveiller, Oruro le borgne lui est bien réveillé et ne croit pas à la fable que veut lui faire croire Santos.

Santos n'a plus envie de retourner à la mine, et tandis que ses compagnons le quittent, il décide de se pendre. Après l'appel rituel, Santos est porté manquant et le capataz se rend à la casa de Santos pour le découvrir étranglé. Aussitôt il requiert les services du toubib et direction l'infirmerie où le pendu est laissé pour mort. Consuelo est secouée par la vision du corps mais Santos n'est pas décédé.

Consuelo lui demande pardon pour la veille et tous deux avouent s'aimer. Afin de punir Santos, le capataz lui signifie qu'il va le transférer à Tujuy, une autre mine. Consuelo lui propose alors de s'enfuir au Chili, à Antofagasta, où ils pourront voir la mer, car elle même doit partir en voyage et elle le rejoindra. Elle lui avoue qu'elle a travaillé à Tujuy, comme prostituée mais pour Santos, c'est une période révolue qu'il vaut mieux oublier.

Alors Santos s'évadera à dos de mulet, le capataz en possède trois, qu'Oruro empruntera et ils partiront ensemble, malgré le différent qui a opposé les deux hommes. Ils se sont battus, Oruro ayant prononcé des paroles malheureuses concernant Consuelo, mais la hache de guerre est enterrée. Les deux hommes quittent donc le camp à dos de mulet, se dirigeant vers la frontière chilienne par de petits chemins escarpés, bravant les dangers, aussi bien humains que géographiques.

 

Roman d'aventures et de suspense, La dynamite est bonne à boire doit son titre à cause de l'habitude que prennent les mineurs de mélanger de la dynamite à l'alcool qu'ils ingurgitent, provoquant un mélange détonnant leur permettant d'oublier leur condition d'exploités.

C'est également un roman d'amour entre Consuelo, l'ancienne prostituée, et Santos, le frustre et jeune mineur. Amour magnifié par le voyage entrepris par Santos en compagnie d'Oruro, ponctué par le bivouac près d'un mausolée dédié à deux amants qui se donnèrent la mort en 1934 et qui rappelle le destin des amants de Vérone.

Le long périple entrepris par les deux hommes verra son apogée la frontière chilienne franchie. Et la deuxième partie du roman est particulièrement poignant et émouvant. Un des mulets portant un cadavre sur le dos va rebrousser chemin, rentrant au bercail en empruntant les routes parcourues à l'aller.

Un voyage pénible car contrairement aux deux hommes le mulet n'a pas de provisions et d'eau pour subsister et il parcourt les chemins escarpés avec pour seul viatique son obstination, son courage, son inconscience devant les multiples dangers qui se dressent devant lui. Au dessus de lui tournoient les buîtres, des vautours, et à ses pieds se dressent des serpents, tandis que les mouches le harcèlent.

Un roman de suspense qui monte en puissance au fil des pages, et même si le lecteur pense connaitre la fin, il est emmené dans cette intrigue qui recèle son lot de surprises. Un roman psychologique également dans lequel Frédéric Dard démontre toute la puissance de son écriture.

L'un des plus beaux romans de Frédéric Dard, sinon le meilleur et le plus chargé émotionnellement sans mièvrerie.

 

Première édition : Collection Spécial Police N°210. Editions Fleuve Noir. 1959.

Première édition : Collection Spécial Police N°210. Editions Fleuve Noir. 1959.

Réédition : Presses-Pocket 1967.

Réédition : Presses-Pocket 1967.

Réédition : Collection Frédéric Dard N°28. Parution 4è trimestre 1978.

Réédition : Collection Frédéric Dard N°28. Parution 4è trimestre 1978.

Autres chroniques  :

Frédéric DARD : La dynamite est bonne à boire. Editions Pocket. Parution le 23 mars 2017. 192 pages. 6,30€.

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 06:05

Où Mary Lester démontre qu'elle a du chien...

Jean FAILLER : La cité des dogues.

Cela fait huit mois que Solange Roch a été retrouvée sur une plage malouine, morte, le corps déchiqueté probablement par les rochers affleurant. C'était le 15 mars alors qu'elle était portée disparue depuis une dizaine de jours. L'enquête de police diligentée par le commissaire Rocca a conclu à un accident cardiaque.

Simone Roch, trente quatre ans, était une sportive accomplie, jouant au tennis et battant les meilleur(e)s, pratiquant la planche à voile et la voile, courant ses dix kilomètres quasiment tous les jours sur le Sillon. Et rien ne la prédisposait à décéder d'un arrêt cardiaque. Mais son mari, le notaire Roch, un notable qui est également le suppléant du député, ne croit pas à la version officielle.

Et c'est ainsi que Mary Lester, auréolée par la résolution de quelques affaires, dépendant du commissariat de Quimper, est chargée de reprendre le dossier et d'y apporter son grain de sel. Le député possède des relations qu'il a contactées afin que la lieutenante soit détachée auprès du commissaire Rocca.

Le commissaire Rocca est imbu de sa petite personne, et ses lieutenants filent droit, notamment le lieutenant Maüer qui évite de prendre des initiatives. Elle se rend à Paramé chez le notaire, dans sa malouinière, ou plutôt son vide-bouteilles, une maison ancestrale qui à l'origine servait de garçonnières et de lieu de rendez-vous pour les corsaires en goguette. L'homme est apparemment attristé par la mort de sa femme et il ne croit nullement en les conclusions du médecin légiste.

Mary Lester rencontre d'abord des partenaires de jeux de Simone, au tennis ou à la voile, mais ceux-ci se contentaient de pratiquer leurs sports en sa compagnie. Rien de sexuel là-dedans, rien de compromettant. Alors elle demande à Maüer de vérifier si des disparitions inquiétantes ne se seraient pas produites à la même époque ou plus tard.

Ce n'est pas de bon cœur que le lieutenant se penche sur les dossiers, pourtant il découvre trois affaires qui n'ont pas été traités. Un jeune homme et deux personnes âgées n'ont pas donné signe de vie depuis quelques mois. Comme il faut bien se sustenter, Mary se rend à la pizzeria où travaillait le jeune homme. Les deux patrons du restaurant italien ont reçu une carte postale de leur ancien employé en provenance des Antilles. Ils avaient tout simplement omis de le signaler au commissariat. Un coup d'épée dans l'eau.

Mais pour les deux personnes âgées, c'est plus inquiétant. Un homme qui s'était installé dans une maison de retraite et une femme qui vivait chez elle. Leur point commun, celui d'être des sportifs, comme Simone. Et tous les jours ou presque, ces deux disparus avaient l'habitude de se promener, en marchant d'un bon pas, sur le Sillon, un chemin qui longe la plage.

 

Ne sentant pas à l'aise dans l'hôtel qu'elle avait dans la vieille ville, Mary Lester prend une chambre dans un autre établissement situé sur le Sillon, ce qui lui permet d'avoir une meilleure vision et un panorama unique sur la mer.

Pour autant, elle n'est pas rassurée, surtout le soir, lorsqu'elle croise un homme à l'air chafouin et rébarbatif, promenant ses deux chiens. Officiellement il est habilité à veiller sur le port comme vigile pour une entreprise de sécurité. Elle apprend que les dogues sont une vieille tradition malouine, abrogée en 1770, et qu'ils étaient lâchés dans les douves et sur la grève afin de protéger la cité des envahisseurs en provenance de la mer. Mary allie donc connaissances historiques et enquête dans une histoire qui m'a fait penser un peu à Charles Exbrayat dans ses romans provinciaux.

 

Jean Failler, nous décrit Saint-Malo et une partie de son histoire sans jouer les guides touristiques. Par petites touches il montre la cité de Robert Surcouf sans encombrer son intrigue.

Le lecteur averti se doutera dès le début, ou presque, de l'identité du ou de la coupable, et le comment, mais c'est le pourquoi qui le tiendra en haleine. Et surtout l'atmosphère du roman, les démêlés de Mary avec le commissaire Rocca et avec Maüer qui traîne les pieds, plus quelques scènes au cours desquelles sa vie ne tiendra qu'à un fil ou à une laisse.

Un roman simple, mais pas simplet, dans lequel l'auteur privilégie l'étude des personnages à la construction de l'intrigue, tout du moins à la résolution de l'énigme.

 

Première édition : Editions Alain Bargain. Parution 2eme trimestre 1996. 240 pages.

Première édition : Editions Alain Bargain. Parution 2eme trimestre 1996. 240 pages.

Jean FAILLER : La cité des dogues. Collection Mary Lester N°8. Editions du Palémon. Parution 1998. 304 pages. 9,00€. Version numérique 5,99€.

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 06:23

Si, un peu quand même...

Michel MOATTI : Tu n'auras pas peur.

La pêche au gros est pratiquée, en général, en milieu marin pourtant il est des endroits improbables dans lesquels on peut s'adonner à ce sport physique.

Un mort vient d'être retrouver dans les eaux du Lower lake, un lac de Crystal Palace, quartier situé au sud de Londres. Mais il ne s'agit pas d'un mort ordinaire. Lynn Dunsday est journaliste au Bumper, un média en ligne et elle vient d'être informée de l'horrible découverte par une auxiliaire du journal dont le métier est de traquer les informations susceptibles de constituer le corps d'un article sensationnel.

Lynn se rend donc sur place et retrouve Trevor Sugden, vieil ami et journaliste lui aussi au Broadway News, journal papier à faible diffusion mais dont le format est original. Et sur place, ils s'aperçoivent immédiatement que ce fait-divers devrait passionner les lecteurs à cause de la mise en scène qui l'entoure.

Un palan vient de retirer des eaux du lac un siège baquet sur lequel est attaché un cadavre. Le corps porte autour du cou une pochette bleue, un peu comme en sont dotés les passagers d'un avion. Et des traces de peinture bleue dégoulinent délayées par l'eau.

Les deux journalistes sont refoulés par les policiers qui forment un barrage délimitant l'endroit où le corps a été repêché, mais la télévision est sur place. Lynn et Trevor enragent de ne pouvoir compléter leur reportage, mais rien n'y fait. Toutefois ils possèdent déjà assez d'éléments pour écrire leurs articles.

Andy Folsom est un policier attaché au service des homicide et il est chargé en compagnie de son responsable d'enquêter sur cette macabre découverte. Il sort depuis quelques temps avec Lynn, des rendez-vous amicaux dans des bars ou restaurants, et il aimerait bien que cela devienne plus fusionnel. Lynn n'est pas encore prête à engager une relation amoureuse mais il ne désespère pas. Il peut apporter un peu plus de précision sur ce cadavre pour l'heure encore inconnu.

Avec Trevor, Lynn se lance dans la recherche d'informations plus concrètes. La mise en scène lui rappelle quelque chose, ainsi qu'à Trevor. Et c'est le déclic. Un accident d'avion qui s'est déroulé quelques dizaines d'années auparavant, le 10 décembre 1967. Le Beechcraft à bord duquel le chanteur, alors âgé de vingt-six ans, s'est écrasé dans le lac Momona, Wisconsin. Son corps avait été repêché alors qu'il était encore attaché à son siège baquet. Détail macabre, l'un de ses bras avait été congelé dans les eaux du lac. Or le cadavre possède la même particularité.

Cette mise en scène démontre que l'assassin joue avec les policiers. De plus le meurtrier vient de poster sur Internet des vidéos le montrant exécuter son forfait. Bien sûr il n'est pas reconnaissable mais c'est l'acte de mise à l'eau qu'il a filmé.

Lynn obtient des détails par son ami Andy, malgré les mises en garde de ses supérieurs, tandis que Trevor possède lui aussi ses sources de renseignements, dont il ne veut dévoiler la provenance mais qu'il partage toutefois en partie avec la jeune journaliste.

Un jeu pour le meurtrier, une provocation également. Et un nouveau meurtre est perpétré sur la personne d'une femme, dans une mise en scène tout aussi macabre qui rappelle une autre affaire.

 

Plus que l'enquête en elle-même, une intrigue construite avec rigueur, menée par les policiers d'un côté et les deux journalistes de l'autre, sans que jamais ou presque apparaisse l'assassin, ce sont les parcours des trois protagonistes principaux, Lynn Dunsday, Trevor Sugden et Andrew Folsom qui forment la colonne vertébrale du roman. Chacun d'eux ou presque sont des fracturés de la vie. Et le journalisme est leur rédemption. Mais jusqu'à quand ?

Mais un autre problème est évoqué, celui de l'information partagée que l'on subit chaque jour plus ou moins consciemment et dont le contenu se veut agressif et intrusif afin de capter l'attention du maximum de lecteurs. Dégotter l'information le premier, tel est le mot d'ordre des rédacteurs en chef, et plus particulièrement celui du Bumper, mais pas n'importe quoi. Du sensationnel, des citations, des témoignages. Et comme le déclare Grant, le patron de Lynn :

Un bon papier, c'est quand les gens le lisent et ont envie de raconter l'histoire qu'ils viennent de lire à tous leurs copains.

Pour autant, il ne veut pas entrer dans le système du voyeurisme, dans le genre de sites qui comme Bestgore diffusent des vidéos sordides, d'horreur, de petits films tels que la dégustation par un individu taré de morceaux de viande prélevés sur son copain (véridique!). Ou des viols, des meurtres, tout ce qui plait à une population qui se délecte du visionnage de ces reportages tournés dans un but inavouable. Des photos et des vidéos non bricolées, non retouchées, partagées, car les gens ont le droit de connaître la vérité, d'après le créateur de ce site malsain. Et il en existe d'autres.

Car tous se retranchent non seulement dans le droit mais dans le devoir d'information, la soif de vérité et la lutte contre les prétendues censures du Net. Et la frontière entre information et voyeurisme est floue.

C'est tout cela que Michel Moatti dénonce dans ce roman, car au-delà de l'intrigue bien ficelée mettant en scène un assassin qui justement aime faire de la mise en scène, dans un but bien précis, ce sont les médias toujours à l'affût du sensationnel qui sont visés. Et la mise en ligne de vidéos n'est plus seulement affaire de professionnels, mais d'amateurs qui sur Youtube, par exemple, mettent n'importe quoi pourvu que cela choque et attire des visiteurs. Le poids des mots, le choc des photos, slogan cher à Paris-Match, est détourné au profit de ceux qui veulent faire de l'audience, à n'importe quel prix.

Mais Michel Moatti, tout en apportant quelques descriptions, ne joue pas dans cette cour vénéneuse, et les images que le lecteur peut se représenter, il se les forge mettant son imaginaire au service du suggéré. D'ailleurs le rythme est rapide, les chapitres sont courts, presque comme des articles journalistiques, et l'ennui, qui pourrait insidieusement s'insérer consécutif à de trop longues descriptions, n'a pas le temps de s'installer que déjà on passe à une autre image, comme une lecture kaléidoscopique.

 

Michel MOATTI : Tu n'auras pas peur. Editions H.C. Parution le 16 février 2017. 474 pages. 19,00€.

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 06:28

Des jumelles sans la courroie mais dans un bel étui !

Sophie AUBARD : Pas de deux.

Entre Manon et Solyne, c'est le jour et la nuit.

Manon, l'extravertie bruyante, et Solyne, l'introvertie silencieuse.

Pourtant tout devrait les rapprocher mais tout les sépare, même si elles vivent ensembles. Elles sont jumelles et ont vécu un drame dans leur adolescence.

Alors que le 24 décembre 1997, les deux jeunes filles et leurs parents étaient en vacances dans les Petites Antilles, afin de changer des séjours à la neige, un petit avion de tourisme a percuté leur voiture sur une route menant à la plage. Un passage dangereux, la route étant à proximité des pistes d'atterrissage. Bilan, deux morts et deux rescapés dans le véhicule, sans compter les occupants de l'avion d'instruction.

Depuis Manon et Solyne vivent dans un appartement situé en haut d'une maison de ville de Levallois-Perret, en compagnie de leur chien Haka. Sous le regard curieux de leur voisine madame Chaville, une vieille dame solitaire et toujours à l'affût.

Manon est vive, enjouée, insouciante, travaillant l'après-midi pour une boîte de communication implantée dans la commune. Elle sort souvent le soir, retrouvant son amie Charlène dans un bar. Elle s'amuse, laissant sa sœur seule à la maison.

Solyne est timide, réservée, et travaille le matin à la médiathèque de Levallois. Le samedi elle fait ses courses sur le marché, mais ne parle à personne. D'ailleurs pour ne pas être dérangée, elle feint d'être en communication téléphonique, le portable accroché à l'oreille. Elle est bénévole dans une association caritative et fréquente l'église du quartier. Mais c'est avec une certaine réticence qu'elle distribue les repas et s'approche des indigents. Et elle se méfie de l'œil inquisiteur de madame Chaville, œil qui obstrue le judas lorsqu'elle rentre ou sort.

Manon est attirée par le nouveau serveur qui officie derrière le comptoir du Balajo, son bar préféré, et elle s'en ouvre à Charlène qui elle se dépêtre avec ses affaires de cœur. Il s'appelle Naël et est étudiant. Son père vit toujours au Liban dont il est originaire. Les présentations sont rapides, et ils se promettent de se revoir le plus rapidement possible.

Et tandis que Solyne cultive sa sobriété, Manon déguste le Chablis avec gourmandise, rentrant parfois un peu pompette. Solyne reste solitaire et Manon fréquente Naël.

 

Ce qu'elles ignorent, c'est qu'un homme les suit, les épie, lorsqu'elles sortent ou rentrent chez elles, toujours séparément. Et il envoie des messages adressés à un mystérieux correspondant, messages qu'il signe Le Clown.

 

Une vie tranquille, rangée dans une banlieue proche de Paris, deux jeunes femmes apparemment sans histoires qui vivent ensembles sans heurt, ou presque. Parce que parfois Solyne n'est pas contente de Manon et elle le dit, le crie presque. De ses sorties nocturnes, de son goût pour le Chablis, de sa propension à ne pas ranger leur petit appartement. Solyne est tellement rigoureuse.

Et peu à peu le lecteur découvre les us et coutumes de ces deux sœurs, si différentes dans leurs réactions. Il lit les messages du Clown et les recommandations ou exigences de son correspondant.

Et il se demande si Sophie Aubard n'aurait pas utilisé un thème dont certains auteurs de romans policiers de détection usèrent de temps à autre, avec plus ou moins de bonheur. Alors le doute s'installe dans l'esprit du lecteur. Elle, Sophie Aubard, n'aurait pas osé quand même ! Et si, elle a osé, mais c'est si bien amené, si habilement construit, que le lecteur se laisse prendre par la main jusqu'à un épilogue logique et émouvant.

Une histoire d'amour, un roman à l'eau de rose diraient certains, mais également un roman de suspense, une énigme qui devient angoissante quant au devenir de ces deux sœurs, et juste quelques personnages qui gravitent autour d'elles. L'auteur s'attache à l'aspect psychologique de Manon et Solyne et construit son intrigue avec brio, ce qui n'était pas facile au départ. Elle joue en permanence sur la corde raide sans être déséquilibrée.

Une histoire simple et pourtant la vie est compliquée, à moins que ce soit le contraire. Mais une belle histoire qui nous change des brutalités policières ou autres, des affaires de drogue, des loubards de banlieue, de la morosité de la vie. Même si la vie n'a pas épargné nos deux jumelles. Un roman rafraichissant alors que l'intrigue joue sur les nerfs.

 

Chaque début de chapitre est consacré à un accident aéronautique, ce qui nos remémore quelques souvenirs mais en même temps l'on découvre d'autres accidents qui n'ont pas forcément fait la une des journaux, ou si peu.

 

Le rugby est un sport de voyous joué par des gentlemen, alors que le foot est un sport de gentlemen joué par des voyous.

Sophie AUBARD : Pas de deux. Editions L'Atelier Mosesu. Parution le 19 janvier 2017. 210 pages.8,95€.

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 07:06

Au programme vaudou et musique cajun...

Sacha ERBEL : L'emprise des sens.

Animée par un besoin de changement, la belle Talia prend l'avion pour La Nouvelle-Orléans, vers des vacances de rêve pense-t-elle.

Lors du vol, elle est même surclassée et se retrouve en première. Elle est sous l'emprise d'un cauchemar issu de la lecture d'Autant en emporte le vent, mais les images sont détournées, violentes, putrides. Ce n'est pas la première fois qu'elle est ainsi sujette à de telles images. Le steward est charmant et comble du bonheur elle est invitée dans la cabine de pilotage. Son charme naturel agit sur le pilote qui lui offre un sourire avec de nombreux sous-entendus.

En sortant de l'aéroport afin d'héler un taxi, elle aperçoit une femme qui pointe le doigt vers elle, semblant la désigner. Un camion passe, Talia craint l'accident, mais lorsque la voie est dégagée, et qu'elle peut traverser pour rejoindre le trottoir d'en face, l'inconnue s'est évaporée.

Talia réside dans une petite maison d'hôtes charmante, de style colonial, mais elle veut visiter la ville. Elle se promène dans le quartier français puis au détour d'une rue elle aperçoit l'enseigne, sur laquelle est inscrit Baron's shop, d'une boutique consacrée à la vente de souvenirs vaudous. Elle entre et tandis qu'elle examine les divers objets qui s'y trouvent, bijoux anciens, amulettes, statuettes, elle est interpellée par une femme à la peau d'ébène, vêtue d'une tunique aux couleurs chatoyantes. Talia discute aimablement avec Azaïa jusqu'au moment où la boutiquière lui affirme qu'elle possède un lien ancestral avec la religion vaudou. Talia est interloquée surtout lorsque la femme lui déclare que dans ses veines coule sang d'une prêtresse.

Cédric, le pilote, lui donne rendez-vous dans un bar branché en début de soirée, et Talia en est tout émoustillée. Mais cette rencontre s'avère assez décevante aussi elle rentre dans sa chambre où, une fois encore elle est en proie à un cauchemar sanglant. Elle distingue une main tenant un couteau, des éclaboussures de sang, une pierre sur laquelle est inscrit un nom : Marie Laveau. Lorsqu'elle se réveille et se regarde dans le miroir, elle s'aperçoit que son visage est en sang.

Alors qu'elle se promène dans le cimetière Saint-Louis, lieu fréquenté par les touristes, Talia distingue un attroupement. Un cadavre, en position assise, nu, les bras le long du corps, la figure maquillée de façon ridicule, plus quelques blessures sur le torse, adossé à une tombe sur laquelle le nom de Marie Laveau est gravé. Les policiers sont sur place. Louis Lafontaine en compagnie du médecin légiste, Basil Pembroke, procèdent aux premières constatations morbides. Les organes génitaux de la victime lui ont été enfoncés dans la gorge.

Le mort n'est autre que Cédric, le pilote. Le rêve, ou plutôt le cauchemar de Talia est effacé comme il est coutume de dire. Commence alors une histoire dans laquelle Talia devient l'héroïne, mais une héroïne malgré elle. Elle fait partie prenante de cette enquête, ne pouvant se résoudre à en être une spectatrice. Car la magie vaudou, bénéfique ou maléfique est partout présente. D'autres victimes sont à dénombrer, torturées selon le même processus. Et cela ressemble furieusement à d'autres meurtres perpétrés douze ans auparavant, alors que Louis Lafontaine et Basil Pembroke étaient en place à Bâton-Rouge. Comme si le sort les rejoignaient. Mais cette fois, c'étaient des femmes qui s'érigeaient en victimes.

En incrustation le lecteur suit le parcours d'un nommé James, rejeté dès sa naissance par sa mère. Elle le maltraite, le bat, mais lui n'est qu'adoration envers sa génitrice. Jusqu'au jour où les événements se précipitant, il décide de franchir la barrière.

 

Ne vous y trompez pas, si l'identité du meurtrier y est partiellement dévoilé, il ne s'agit que d'une manipulation démoniaque de la part de l'auteur.

La description de la Nouvelle-Orléans, l'évocation du jazz et de la musique cajun sont des éléments indispensables mais pas primordiaux et donc n'alourdissent pas le récit. De même la pratique du vaudou est décrite mais sans plus. L'auteur s'attache plus aux personnages qui gravitent dans cette histoire aux multiples rebondissements.

Parfois puéril et naïf au départ, le personnage de Talia prend peu à peu de l'épaisseur, de la consistance, ses cauchemars récurrents la tenaillant. Elle devient le personnage clé d'une enquête à laquelle elle est intimement liée. Ses traumatismes ressurgissent, mais elle n'est pas la seule à être sous l'emprise du Baron samedi. La peur devient envoûtante, et s'imprègne insidieusement dans l'esprit du lecteur. Le final est bien amené et est prometteur malgré un début guère convaincant.

 

Sacha ERBEL : L'emprise des sens. Editions La Liseuse. Parution 14 novembre 2016. 246 pages. 17,99€ version papier. 2,99€ version Kindle.

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 06:53

Corps et liens oui mais pas Cornéliens, quoi que...

KÂÂ/CORSELIEN : Corps et liens. Volume 2.

Ce second opus consacré à Pascal Marignac, plus connu sous les alias de Kââ, de Corsélien et un peu moins de Béhémoth, comporte trois romans qui n'avaient pas été réédités jusqu'à ce jour et qui pourtant méritaient de l'être.

En effet l'univers trouble et angoissant mâtiné d'horreur de Kââ, pseudonyme sous lequel Pascal Marignac qui n'a jamais publié sous son véritable patronyme, était le plus connu, tranchait, sans jeux de mots, avec celui de ses confrères angoisseurs.

Deux de ses pseudonymes ont été empruntés à des personnages mythiques de la Bible ou de la littérature populaire.

Ainsi Béhémoth est une créature mentionnée dans Le Livre de Job, et désigne métaphoriquement toute bête de grande taille et puissante.

Kââ est bien entendu le nom du serpent figurant dans Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling. Seulement alors que dans ce roman, le python est un ami de Mowgli, aidant Baloo et Bagheera lorsque le Petit d'homme est enlevé par les Bandar-Log, dans le film produit par les studios Walt Disney il incarne l'un des prédateurs de Mowgli. Une double face ange et démon dont Pascal Marignac s'est peut-être inspiré dans le choix de ce pseudonyme.

 

BEHEMOTH : Voyage au bout du jour.

 

Depuis la mort de sa femme, Philippe, expert-comptable dans une grosse société, est complètement désemparé. Au point que son patron lui enjoint d'aller se reposer quelques jours aux frais de la princesse.

Alors il vadrouille, mais ne prend aucun plaisir à son périple breton qui le mène jusqu'à Brest. Là, dans un café crasseux, minable, il fait la connaissance de Liane, la serveuse, une jeune fille désabusée, genre souillon attendant le Prince Charmant.

C'est l'escapade sur l'île d'Ouessant où ils recherchent leur second souffle et l'oubli. Et ce qui aurait pu être une lune de miel agréable se transforme en cauchemar. Des pieuvres géantes sèment l'horreur, l'angoisse; l'épouvante.

Mais d'où viennent ces monstres marins ?

Et ce yacht noir qui croise au large, n'est-il pas une émanation de l'enfer ?

Des questions angoissantes, certes, mais des réponses encore plus terrifiantes.

Sous le pseudonyme de Béhémoth, l'auteur n'en est pas à son coup de maître. En effet il s'est fait connaître au Fleuve Noir sous les pseudos de Kââ et de Corsélien, mais son passage dans une jeune maison d'édition concurrente l'a obligé de changer d'alias.

C'est un auteur déroutant, irritant, à l'écriture et aux narrations en dents de scie. On ressort de ce livre un peu frustré en ayant l'impression d'être passé à côté d'un chef-d'œuvre de la littérature d'épouvante.

Il joue avec les nerfs, selon le principe de la douche écossaise, mais cela est peut-être dû à sa condition d'enseignant puisqu'il est (était) professeur de philosophie.

Peut-être a-t-il rédigé rapidement cet opus, pressé par Patrick Siry qui montait sa maison d'édition après avoir quitté , ou s'être fait débarqué, le Fleuve Noir, rameutant autour de lui quelques pointures de cette emblématique éditeur populaire. Ainsi que Gourdon, le fabuleux dessinateur qui a tant œuvré pour le Fleuve Noir, lui apportant ses lettres de noblesse.

Première édition : Collection Maniac N°3. Editions Patrick Siry. Parution septembre 1988. 160 pages.

Première édition : Collection Maniac N°3. Editions Patrick Siry. Parution septembre 1988. 160 pages.

CORSELIN : Lésion irréparables.

Quatrième de couverture de l'édition originale.

Le moment le plus étonnant avait été celui où le pieu de fer, ayant traversé tout au long le corps nu de Gunther Schodan, était apparu, pointe brillante au fond de la bouche ouverte sur un effroyable cri muet.

Première édition Collection Gore N°106. Editions Vaugirard. Parution janvier 1990. 160 pages.

Première édition Collection Gore N°106. Editions Vaugirard. Parution janvier 1990. 160 pages.

KÂÂ : Dîners de têtes.

Parfois il faut trancher dans le vif, comme l'on dit.

Toutefois, il y a des limites à respecter, et s'amuser à jouer de la guillotine, en décolletant des têtes comme au bon vieux temps de la Révolution, voilà qui dépasse les bornes.

Le juge Renaud, qui fait connaissance de la petite ville de province où il exerce, est invité chez des bourgeois dont il apprécie moyennement la promiscuité, lorgne plus sur sa greffière que sur les dossiers qui s'accumulent, et s'amuse à provoquer les représentants de la maréchaussée locale.

Seulement rentrer chez soi le soir et découvrir sur une table basse, dans un antique carton à chapeaux, une paire de têtes fraîchement découpées, alors qu'il se promettait du bon temps avec sa greffière, cela refroidit les ardeurs. D'autant que ce trophée n'est pas le premier, et il est en droit de se demander jusqu'où cela va continuer.

Le maniaque de la guillotine lui ne se pose pas de questions. Mais attention, son engin bicentenaire, il ne l'utilise pas sur un coup de tête. Enfin c'est ce qu'il pense. Il a ses raisons que la raison ignore.

 

A mi chemin entre le Sérial Killer et le roman de terreur, Dîner de têtes ne verse pas dans le gore, genre dans lequel Kaa s'est illustré dans la défunte collection du même nom sous le pseudonyme de Corsélien. Cela tourne souvent à la farce macabre, et si l'on est accroché par l'intrigue, on ne rentre pas tout à fait dans cette histoire à laquelle il manque cette angoisse profonde que nous distillait sa grande sœur, la collection Angoisse sans S du Fleuve Noir. Il y manque l'aura d'épouvante mâtinée de fantastique qui sied si bien à ce genre de littérature. Kaa possède trop de métier pour nous laisser sur notre faim, et il nous doit un roman plus élaboré, plus imprégné de cette réelle angoisse qui prend aux tripes, sans que l'on perde la tête.

 

KÂÂ/CORSELIEN : Corps et liens. Volume 2.

Ce n'est pas parce que j'ai émis quelques réserves concernant ces romans qu'il vous faut les occulter. S'ils m'ont légèrement déçus, c'est bien parce que Pascal Marignac avait fait mieux dans le genre, et on est plus sévère avec ceux que l'on aime qu'avec les autres. Mais ils restent néanmoins très intéressants, plus que ceux pondus par des auteurs poussifs. A mon avis.

À sa mort en 2002, l'écrivain Serge Brussolo le considérait comme le meilleur auteur de roman noir des vingt dernières années, du moins c'est ce qu'il écrivait dans Petit renard (Le Masque n°2471. 2002). Et il ne faut pas oublier non plus, que les auteurs étaient assujettis à un nombre imposé de pages, et évidemment certains pouvaient se sentir brimés et les lecteurs frustrés.

Ce recueil est complété par une préface et une présentation des trois romans par David Didelot, une nouvelle de Corsélien et une autre de Schweinhund.

Pour commander cet ouvrage et d'autres, car il existe une promotion à na pas rater sur Rivière blanche, cliquez sur le lien ci-dessous.

Autres romans de Kââ  présentés sur ce blog :

KÂÂ/CORSELIEN : Corps et liens. Volume 2. Collection Noire N°93. Editions Rivière Blanche. Parution décembre 2016. 380 pages. 25,00€.

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 06:34

Oh mon bateau...

Denis FLAGEUL : Fantôme de mer.

Planté devant sa fenêtre, Louis Gonidec scrute l’horizon, la mer en proie à la colère du vent de décembre.

Malgré le tiraillement qu’il ressent dans le bras gauche, il stationne jusqu’à ce qu’enfin il aperçoive ce qu’il espère et redoute à la fois. Une barque, une fluorescence qui flotte rapidement sur l’eau, entre Erquy et Fréhel. Absorbé, il ne voit pas le temps passer.

Viviane, sa maitresse… de maison, monte se coucher tandis que lui reste devant la croisée, avant de s’intéresser à ses documents et ses tableaux. Des marines, dont des toiles de Méheut et Böcklin, puis il sort.

Lorsqu’il rentre il se retrouve nez à nez avec deux personnages qui sont en train de dévaliser sa bibliothèque. Une attaque, une douleur dans la poitrine et Louis tombe à terre. Viviane réveillée par le vacarme descend précipitamment, mais ne peut que constater le départ des intrus et apercevoir Louis gisant. Les gendarmes procèdent aux premières constatations mais Viviane ne peut accompagner Louis plongé dans le coma à l’hôpital, n’étant pas de la famille.

Irène, la fille de Louis et Armel son mari armateur, ainsi que Mona une de ses petites-filles, arrivés aussitôt sur les lieux du drame, doivent procéder à un inventaire. Entre Mona et ses oncle et tante, l’entente ne règne guère. Ils ne voient que par Murielle, leur fille, mariée à un homme destiné à la politique et à un avenir prometteur.

L’inventaire est long, mais avec un peu de méthode, Mona et Murielle se rendent compte que des dossiers contenant des documents et deux tableaux ont disparu. Murielle repart, ses parents aussi, ils ont autre chose à faire, et Mona s’accroche. Elle était attachée à Grand-Pa, et des photos réveillent ses souvenirs. Murielle, la pleurnicheuse, Richard et elle sur la grève. C’était il y a vingt ans de cela. Depuis Mona est étudiante en histoire de l’art, elle a des problèmes financiers, mais malgré tout elle s’accroche à ce larcin et l’énigme qui en découle.

Les deux voleurs ont perpétré leur forfait à la demande d’un certain Kovalsk, mais les inimitiés, les dissensions s’installent dans le petit groupe et l’un d’eux s’enfuit, jetant dans une benne à ordures le sac contenant les documents, ne gardant par devers lui qu’un paquet assez volumineux.

 

Dans une ambiance frisant le fantastique, Denis Flageul nous entraîne dans une histoire dont l’un des éléments principaux est le Bag Noz, la barque de nuit, censée convoyer les personnes péries en mer.

Et la dernière victime de l’année, tout comme pour l’Ankou sur terre, deviendra le nouveau marin, le pilote de cette embarcation. Une superstition, une légende qui est ancrée dans l’imaginaire populaire breton.

Mais est-ce vraiment une affabulation ? Tout pourrait porter à le croire, sauf que les témoignages concernant la vision de cette barque flottant au dessus de l’onde par des personnes apparemment dignes de foi et relatée dans différents journaux locaux dans les années 1960 abondent.

Le fantastique nous entoure, il suffit pour le percevoir de montrer un peu de bonne volonté. L’intrigue qui en elle-même est plaisante, nous permet de voyager dans les Côtes d’Armor avec des intrusions en Ille et Vilaine, entre terre et mer.

Le Grand-Pa, Louis Gonidec, recherche ses racines et possède une quantité impressionnante de livres, de documents sur la vie maritime des siècles précédents, des tableaux achetés dans des brocantes et qui se révèlent être de valeur.

Et de nombreux lecteurs acharnés pourront se retrouver en ce personnage sympathique. Sûrement plus que certains de ses ancêtres. L’épilogue peut éventuellement laisser sur sa faim, mais avec un peu de fantaisie imaginative, vous pouvez continuer l’histoire en lui collant le dénouement qui vous agrée.

Denis FLAGEUL : Fantôme de mer. Collection Polar & Grimoire. Edition Terre de Brumes. Parution 20 octobre 2011. 160 pages.

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 14:03

Hommage à Maurice Périsset décédé le 12 novembre 1999.

Maurice PERISSET : Les poignards de feu.

Horriblement défigurée, Valentine est irrémédiablement clouée dans un fauteuil roulant depuis l'accident de voiture survenu cinq ans auparavant.

Entre l'infirme et sa sœur Catherine, la fautive, de quinze ans sa cadette, les relations sont assez tendues.

Valentine passe son temps comme elle peut, assistée par Marie une jeune femme du village. Catherine, qui travaille en tant que secrétaire médicale à Toulon, effectue chaque jour quatre-vingts kilomètres et supporte de moins en moins cette charge.

Elles vivent dans une villa de location, à l'abri des regards indiscrets, alors qu'il serait si facile de vendre La Bastide rose, propriété inhabitée de Valentine, et de placer l'infirme dans une maison spécialisée tandis que Catherine s'achèterait un studio.

Bastien, dix-neuf ans, accusé d'avoir voulu étrangler sa jeune belle-mère, s'évade du Centre psychiatrique de Pierrefeu. Un fait-divers qui va précipiter les événements et exacerber la tension entre les deux sœurs. Bastien va trouver l'hospitalité auprès de Valentine mais pour peu de temps. Il est obligé de fuir.

La gendarmerie est sur les dents; le corps d'un clochard est découvert dans la forêt de Dom. Si le meurtre ne fait aucun doute, le lieu du crime est aléatoire. Bastien est soupçonné, d'autant qu'il a été vu en compagnie du vagabond faire la manche.

Catherine, qui rencontre en cachette son ami Sergio, un bellâtre, décide de partir en week-end. Marie s'occupera de Valentine. Le drame qui couvait s'embrase soudain. La forêt prend feu et Valentine qui était resté seule dans la villa a dû périr dans les flammes.

Marie et Catherine sont convoquées à la gendarmerie pour y effectuer leur déposition. C'est le moment que choisit Marie pour tenter un chantage auprès de Catherine. Elle lui donne même rendez-vous à la Bastide rose, cette fameuse bastide dont Valentine ne voulait se séparer sous aucun prétexte, et que Catherine aurait vendu avec joie.

D'ailleurs cet incendie d'origine criminelle n'a-t-il point été allumé afin de se débarrasser de l'infirme et d'un testament défavorable ?

 

L'épilogue de cette histoire est prévisible et hitchcockien.

La montée de la tension est toutefois admirablement décrite et même si lecteur se doute de ce qui doit inévitablement et logiquement se passer, il est pris par l'ambiance.

Une situation standard exploitée avec bonheur par un auteur qui excellait dans l'art du suspense.

Maurice PERISSET : Les poignards de feu. Collection Dossiers du Quai des Orfèvres. Editions du Rocher. Parution le 1ernovembre 1990. 240 pages.

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 06:33

Nick Carter est immortel !

Nick CARTER, le grand détective américain contre Dazaar, l'Immortel Maléfique

Je vous tiens pour un des très rares contemporains qui ont incontestablement des droits à mon estime. Mais il me plait de vous prendre, vous et vos talents, pour vous prouver à vous-même combien vaine et méprisable est l'intelligence humaine, et combien les plus habiles d'entre les hommes sont livrés à ma merci. En conséquence, à partir de ce moment, je vous poursuivrai sans pitié; mais cela ne veut pas dire que je désire, provisoirement du moins, déterminer votre mort. Que vous deviez, tôt ou tard, périr de ma main, cela va de soi, car j'ai décidé de vous choisir pour le jouet de mes caprices, et j'ai définitivement réglé votre sort.

Signé Dazaar.

 

La guerre est déclarée entre l'expéditeur du pli qu'est en train de lire Nick Carter et le détective. Mais qui est ce mystérieux correspondant, qui promet des joyeusetés incommensurables en matière de torture et de jouer avec lui comme le chat avec la souris, et dans quelles conditions cette missive est-elle parvenue à Nick Carter, c'est ce que nous allons tenter d'expliquer.

 

Alors qu'il est en train d'étudier un dossier dans la pièce qui lui sert de bureau, dans son pavillon new-yorkais, Nick Carter est dérangé par sa vieille gouvernante. Un homme du nom de Thompson désire s'entretenir avec lui. Cet homme lui apprend que sa vie est menacée, tout comme celle du détective d'ailleurs. Craintif il regarde autour de lui et débite son laïus :

Il y a actuellement à New-York un homme qui n'inspire tout d'abord que respect et admiration. Il est doué d'une intelligence vraiment surprenante; il possède les qualités de l'homme d'Etat et du diplomate; il s'est assimilé les connaissances qui font l'érudit et le savant, et maintes il m'a fait l'effet d'avoir emprunté à Protée le don des métamorphoses.

Et il continue sa description en affirmant que sous cette noble et séduisante apparence se cache un monstre qui se fait appeler Dazaar et parfois le cheik Adi. A ce moment un poignard se fiche dans la table, ayant traversé et cassé l'un des vitraux de la porte de communication entre les deux salons. Une arme particulière dont la lame est affutée des deux côtés et qui avec la garde représente une croix.

Aussitôt Nick Carter demande à ses deux fidèles amis et hommes de main, Patsy et Ten Itchi, de courir dans la rue à la poursuite du lanceur de dague. D'autres dagues ont été lancées dans l'huisserie de la porte d'entrée et dans la serrure, retardant la sortie des deux hommes. Lorsque Carter revient dans la pièce où il a laissé Thompson, celui-ci est décédé d'une arme similaire plantée en plein cœur.

Après une nuit agitée, Carter reçoit donc la fameuse missive dont il est question au début de cet article.

 

Et c'est ainsi que Nick Carter va connaître une aventure en neuf épisodes contre Dazaar, neuf épisodes mouvementés durant lesquels sa vie sera en danger mais sortant vainqueur des affrontement à chaque fois. Ce qui est normal puisque Dazaar a promis de le faire souffrir et de jouer avec lui le plus longtemps possible.

Le plus étonnant pour Nick Carter est de constater que cet ennemi possède non seulement de multiples identités, de multiples visages, mais qu'il possède le don d'ubiquité. Et que telle l'hydre de Lerne, Dazaar vaincu, emprisonné, voire suicidé, vit toujours, matérialisé en sept individus.

Encore plus étonnant et surprenant, l'apparition d'abord éthérée d'Irma Plavatsky, avec laquelle il devait se marier cinq ans auparavant et est décédée à Paris, enterrée au Père-Lachaise. Plus incompréhensible est de la revoir physiquement possédant une double personnalité. Elle ne se souvient pas de lui puis elle recouvre sa lucidité durant quelques minutes et retourne dans son rêve éveillé, mélangeant la fiction et la réalité. Mais bien vivante est son ancienne gouvernante, qui l'accompagna jusqu'à ses derniers moments, madame Aïra, qui vit dans une maison abritant Irma ou son double.

Les affrontements, les confrontations entre le détective et Dazaar seront donc nombreux et mortifères, surtout pour des connaissances du détective, pour des policiers dépêchés par son ami l'inspecteur McClusky, pour ses amis, dont Patsy qui se trouve souvent en mauvaise position, et les moyens employés sont divers et variés.

Ainsi il assiste, impuissant, à la combustion d'une dizaine de policiers transformés en torches vivantes sous l'impulsion d'un produit qui plus tard se révélera être du radium.

Mais sa faculté de pouvoir se grimer et changer totalement d'allure, d'apparence, quelque soit le lieu où il se trouve, lui permet souvent d'échapper à ceux qui sont lancés à ses basques ou de les suivre dans leurs déplacements. Et heureusement, il peut compter également et surtout sur Ten Itchi, qui ne se contente pas de veiller sur l'intégrité physique de son maître, mais doit résoudre une mission à lui confiée.

Mais qui est Dazaar qui fait trembler tant de personnes ? Selon certains, il serait d'origine tibétaine et posséderait d'étranges pouvoirs mis au service de ses pièges, se montrant un tortionnaire intraitable, cruel, impitoyable. Et ce n'est pas pour rien qu'il est surnommé l'Immortel Maléfique. Et lorsque Nick Carter et son ami McClusky pensent pouvoir lui mettre le grappin dessus, ils déchantent rapidement. Le dangereux malfaiteur n'est plus dans la maison où il a élu domicile mais dans une autre propriété, de l'autre côté de l'Hudson, deux endroits reliés par un tunnel sous le fleuve. Il est entouré de nombreux séides nommés les Adorateur du Diable.

Nick CARTER, le grand détective américain contre Dazaar, l'Immortel Maléfique

Réunis dans ce fort volume neuf histoires qui se suivent et se complètent et qui à l'origine étaient publiées sous forme de fascicules de 32 pages, démontrant l'imagination fébrile, sans faille et inépuisable de l'auteur (ou selon les histoires, des auteurs), imagination qui offre moult péripéties sans traîner en longueur. Les événements s'enchaînent inexorablement, pour la plus grande joie du lecteur, qui peut souffler entre deux épisodes avant de repartir à l'assaut des aventures épiques de Carter et consorts. Ces fascicules étaient hebdomadaires et si le lecteur attendait avec impatience la suite, il pouvait se changer l'esprit en lisant, à la même époque, les aventures de Buffalo Bill alias William Cody, et autres héros de papier ou non. Je me permettrai même d'ajouter que les auteurs actuels, qui aiment à délayer leur prose, n'ont rien inventé en ce qui concerne les aventures rocambolesques dont ils aiment faire profiter leur héros, mais qu'ils devraient prendre modèle sur la concision des textes tout en les truffant de péripéties improbables et palpitantes afin d'entretenir l'intérêt du lecteur.

 

Ces neuf épisodes sont précédés d'une excellente préface signée Francis Saint-Martin, qui développe en une quarantaine de pages la naissance de Nick Carter, puis ses différents avatars jusque dans les années 1980, avec pour les éditions françaises Noël Ward comme scripteur ou côté américain Michael Avallone. Dans sa postface Marc Madouraud, chercheur impénitent et passionné, décrit le parcours des aventures de Nick Carter, à l'écran, avec notamment Eddie Constantine, sur les ondes et sur papier, là aussi en une quarantaine de pages. Ces deux préface et postface sont largement pourvues, tout comme les épisodes, de reproductions photographiques des couvertures des aventures de Nick Carter en fascicules ou en livres. Ne serait-ce que pour ces deux textes fort documentés, l'achat de cet ouvrage, indispensable dans une bibliothèque qui se veut complète, éclectique, représentative d'une culture littéraire populaire, serait amplement justifié.

 

Au sommaire donc:

Préface de Francis Saint-Martin.

La maison des Sept démons. Première publication dans New Nick Carter Weekly N°372. 13 février 1904.

La Reine des Sept. N°373. 20 février 1904

Une empreinte énigmatique. N°374. 27 février 1904.

Les adorateurs du Diable. N°375. 5 mars 1904.

Descente de Dazaar aux enfers. N°376. 12 mars 1904.

Le dernier des mystérieux Sept. N°377. 19 mars 1904

Revenu de la tombe. N°394. 16 juillet 1904.

Un pacte avec Dazaar. N°395. 23 juillet 1904.

Mort de Dazaar. N°396. 30 juillet 1904.

Postface de Marc Madouraud

Nick CARTER, le grand détective américain contre Dazaar, l'Immortel Maléfique (traduction de Jean Petithuguenin). Préface de Francis Saint-Martin. Postface de Marc Madouraud. Collection Baskerville. Editions Rivière Blanche. Parution septembre 2016. 554 pages. 42,00€.

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 12:53

N'est pas une poupée de cire et de son...

Gaston LEROUX : La poupée sanglante.

Dans un coin retiré de l'île Saint-Louis, près du Pont Marie et de la rue Le Regrattier anciennement rue de la Femme-sans-Tête, à l'ombre des hôtels où vécurent Madame Du Châtelet, Georges Sand, Baudelaire, Gérard de Nerval ou encore Daumier, se dresse l'échoppe de Bénédict Masson relieur d'art.

Face à sa boutique, ou presque, celle du vieux Norbert, horloger mais travaillant à des mécaniques, des chimères, des régulateurs, à la recherche d'un mouvement perpétuel. Avec le vieux Norbert habitent sa fille, la jeune et belle Christine, et son neveu, le prosecteur. Ne chercher pas dans un dictionnaire ce qu'est un prosecteur, en voici la définition, ce qui vous évitera de perdre du temps inutilement et avancer dans la lecture de cet article : Un prosecteur est une personne chargée de la préparation d'une dissection en vue d'une démonstration, d'ordinaire dans une école de médecine ou un hôpital.

En réalité Norbert, sa fille et son neveu, n'habitent pas sur la rue, mais dans un pavillon séparé de la boutique par un jardinet. Bénédict Masson n'a jamais vu ce pavillon jusqu'au jour où il se rend compte que depuis la lucarne du grenier de son habitation, il lui faut emprunter une échelle, il perçoit les mouvements, non perpétuels, de Christine qui couche dans l'atelier, c'est-à-dire au deuxième étage du pavillon, le premier étage étant réservé à Norbert et son neveu, le prosecteur.

Or Jacques, le neveu, est plus ou moins fiancé avec Christine. Et Masson, est amoureux de la belle jeune fille au port d'archiduchesse. Mais comment se déclarer alors qu'on sait pertinemment qu'on est laid, pour ne pas dire un monstre. Je n'invente rien, c'est Bénédict Masson lui-même qui l'affirme :

Je suis un monstre !... je suis d'une laideur terrible. Pourquoi terrible ? Parce que toutes les femmes me fuient !

Il est vrai qu'ayant passé, après l'obtention d'un premier Prix lors d'une exposition des maîtres de la reliure, une annonce pour recruter des élèves femmes, celles qui se sont présentées ne sont pas restées longtemps près de Bénédict, parfois qu'une journée. Depuis plus personne ne les a revues ou n'a eu de leurs nouvelles.

Donc Bénédict Masson se conduit comme un voyeur et il aperçoit Christine qui à l'aide d'une clé ouvre un énorme bahut. Un homme en sort qu'elle embrasse. Frustré Masson ne peut voir la suite car Christine a fermé la porte-fenêtre et tiré les rideaux.

Masson continue ses observations à travers la lucarne et il découvre que chez son voisin il se passe des choses étranges avec cet homme qui sort du bahut. Mais ne précipitons pas les événements et précisons que la bâtisse qui abrite l'horloger et sa famille, est dépendante de l'hôtel de Coulteray mais n'offre aucun point de passage pour les relier. Le marquis de Coulteray, Georges-Marie-Vincent, est le dernier représentant d'une longue lignée de nobles et il s'est marié avec la fille cadette du gouverneur de Delhi, miss Bessie Clavendish, qu'il a connue lors d'un voyage aux Indes anglaises, et bien entendu galantes.

Donc, un jour, il surprend Christine avec celui qu'elle appelle Gabriel, le tenant par la main. La jeune fille lui rend visite, lui demandant de relier cinq ouvrages auxquels elle tient particulièrement, cinq Verlaine. Puis la nuit même alors qu'il est à son poste d'observation, il assiste à l'intrusion de Norbert dans la pièce où Christine se repose, l'horloger brandissant une arme formidable, une sorte de chenet de bronze, et frappe Gabriel à la tête tandis que Christine implore : ne le tue pas ! A Jacques, le prosecteur qui vient se mêler à la scène, Norbert déclare tout simplement qu'il ne lui obéissait plus !

Tandis que Bénédict se demande ce que Norbert et son neveu ont fait du cadavre, il se hâte chez l'horloger afin de rencontrer Christine et celle-ci lui avoue que les ouvrages ne sont pas sa propriété mais appartiennent au marquis qui recherche un relieur d'art pouvant se consacrer à sa bibliothèque. C'est ainsi que l'artisan artiste peut pénétrer chez le marquis où il fait la connaissance de sa femme. Une femme pâle, engoncée dans des vêtements, et qui a froid perpétuellement. Mais il est étonné de voir dans la galerie, alors qu'il attend la jeune femme, des tableaux représentant le même personnage, dans des tenues différentes datant des siècles derniers. Les ancêtres du marquis qui lui ressemblent étrangement comme deux gouttes d'eau, comme si c'était le même individu qui avait posé pour ces reproductions. Elle est gardée, ou accompagnée, par deux personnages, Sing-sing un petit valet de pied indou et Sangor, le valet de chambre du marquis, sans oublier le docteur Saïd Kan.

Un opuscule lui est prêté, Les plus célèbres Broucolaques. Une forme de vampires ou de faux ressuscités. Et Gabriel, que Bénédict pensait mort, fait sa réapparition !

 

Le récit de Bénédict Masson est enchâssé entre les deux parties de présentation, et ce qui compose la suite du récit, entre l'île Saint-Louis, et les environs de Corbillères-les-Eaux, près de la Loire, en région Touraine. Le côté urbain et pourtant secret, renfermé, presque sauvage de la pointe de l'île, s'oppose aux espaces bucoliques de la forêt dans laquelle est blottie la maisonnette de Bénédict, maisonnette dans laquelle il se réfugie parfois, près de l'étang aux eaux de plomb. Non loin du château de Coulteray. Certains personnages gravitent dans les deux endroits, dont la marquise qui a de plus en plus froid, est de plus en plus pâle et possède un bobo dans le cou.

De nouveaux protagonistes apparaissent, dont le père Violette, ancien garde-chasse du marquis et braconnier à ses heures. Le père Violette qui professe à l'encontre du relieur d'art une haine farouche alimentée par de la jalousie. D'abord Bénédict Masson ne chasse ni ne pêche jamais, se contentant de rester des heures dans les bosquets ou blotti parmi les roseaux. Et il rumine, en compagnie de la mère Muche, qu'il approvisionne en repas clandestins, la propriétaire cuisinière de l'auberge de l'Arbre vert, à l'affaire de la disparition des femmes qui ont côtoyé un jour ou l'autre le relieur d'art et qui ont disparu bel et bien.

Et c'est dans ce décor entre ville et campagne que se déroule cette intrigue qui se prolonge dans La machine à assassiner, une intrigue qui connait un début d'épilogue mais dans laquelle tout n'est pas expliqué.

La Poupée sanglante offre une habile synthèse entre roman policier, roman de suspens, roman fantastique et roman du surnaturel, par un maître de l'étrange et du mystère, dont les titres de gloire, la série des Rouletabille dont Le Mystère de la chambre Jaune et Le Parfum de la Dame en noir, la série des Chéri-Bibi, ou encore Le Fauteuil hanté, Le Fantôme de l'Opéra, pour ne citer que les plus connus, ont partiellement éclipsé une grande partie de son œuvre riche et abondante.

Gaston LEROUX : La poupée sanglante.

A noter que La poupée sanglante a paru en 1923 en feuilleton dans Le Matin sous le titre La Poupée sanglante, 1re partie : La Sublime Aventure de Bénédicte Masson, puis chez Jules Tallandier en 1924 et que La Machine à assassiner a paru en feuilleton dans Le Matin sous le titre La Poupée sanglante, 2e partie : Gabriel, et toujours chez Jules Tallandier en 1924.

 

Gaston LEROUX : La poupée sanglante. Collection L'Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 4 mai 2016. 304 pages. 14,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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