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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 06:53

Corps et liens oui mais pas Cornéliens, quoi que...

KÂÂ/CORSELIEN : Corps et liens. Volume 2.

Ce second opus consacré à Pascal Marignac, plus connu sous les alias de Kââ, de Corsélien et un peu moins de Béhémoth, comporte trois romans qui n'avaient pas été réédités jusqu'à ce jour et qui pourtant méritaient de l'être.

En effet l'univers trouble et angoissant mâtiné d'horreur de Kââ, pseudonyme sous lequel Pascal Marignac qui n'a jamais publié sous son véritable patronyme, était le plus connu, tranchait, sans jeux de mots, avec celui de ses confrères angoisseurs.

Deux de ses pseudonymes ont été empruntés à des personnages mythiques de la Bible ou de la littérature populaire.

Ainsi Béhémoth est une créature mentionnée dans Le Livre de Job, et désigne métaphoriquement toute bête de grande taille et puissante.

Kââ est bien entendu le nom du serpent figurant dans Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling. Seulement alors que dans ce roman, le python est un ami de Mowgli, aidant Baloo et Bagheera lorsque le Petit d'homme est enlevé par les Bandar-Log, dans le film produit par les studios Walt Disney il incarne l'un des prédateurs de Mowgli. Une double face ange et démon dont Pascal Marignac s'est peut-être inspiré dans le choix de ce pseudonyme.

 

BEHEMOTH : Voyage au bout du jour.

 

Depuis la mort de sa femme, Philippe, expert-comptable dans une grosse société, est complètement désemparé. Au point que son patron lui enjoint d'aller se reposer quelques jours aux frais de la princesse.

Alors il vadrouille, mais ne prend aucun plaisir à son périple breton qui le mène jusqu'à Brest. Là, dans un café crasseux, minable, il fait la connaissance de Liane, la serveuse, une jeune fille désabusée, genre souillon attendant le Prince Charmant.

C'est l'escapade sur l'île d'Ouessant où ils recherchent leur second souffle et l'oubli. Et ce qui aurait pu être une lune de miel agréable se transforme en cauchemar. Des pieuvres géantes sèment l'horreur, l'angoisse; l'épouvante.

Mais d'où viennent ces monstres marins ?

Et ce yacht noir qui croise au large, n'est-il pas une émanation de l'enfer ?

Des questions angoissantes, certes, mais des réponses encore plus terrifiantes.

Sous le pseudonyme de Béhémoth, l'auteur n'en est pas à son coup de maître. En effet il s'est fait connaître au Fleuve Noir sous les pseudos de Kââ et de Corsélien, mais son passage dans une jeune maison d'édition concurrente l'a obligé de changer d'alias.

C'est un auteur déroutant, irritant, à l'écriture et aux narrations en dents de scie. On ressort de ce livre un peu frustré en ayant l'impression d'être passé à côté d'un chef-d'œuvre de la littérature d'épouvante.

Il joue avec les nerfs, selon le principe de la douche écossaise, mais cela est peut-être dû à sa condition d'enseignant puisqu'il est (était) professeur de philosophie.

Peut-être a-t-il rédigé rapidement cet opus, pressé par Patrick Siry qui montait sa maison d'édition après avoir quitté , ou s'être fait débarqué, le Fleuve Noir, rameutant autour de lui quelques pointures de cette emblématique éditeur populaire. Ainsi que Gourdon, le fabuleux dessinateur qui a tant œuvré pour le Fleuve Noir, lui apportant ses lettres de noblesse.

Première édition : Collection Maniac N°3. Editions Patrick Siry. Parution septembre 1988. 160 pages.

Première édition : Collection Maniac N°3. Editions Patrick Siry. Parution septembre 1988. 160 pages.

CORSELIN : Lésion irréparables.

Quatrième de couverture de l'édition originale.

Le moment le plus étonnant avait été celui où le pieu de fer, ayant traversé tout au long le corps nu de Gunther Schodan, était apparu, pointe brillante au fond de la bouche ouverte sur un effroyable cri muet.

Première édition Collection Gore N°106. Editions Vaugirard. Parution janvier 1990. 160 pages.

Première édition Collection Gore N°106. Editions Vaugirard. Parution janvier 1990. 160 pages.

KÂÂ : Dîners de têtes.

Parfois il faut trancher dans le vif, comme l'on dit.

Toutefois, il y a des limites à respecter, et s'amuser à jouer de la guillotine, en décolletant des têtes comme au bon vieux temps de la Révolution, voilà qui dépasse les bornes.

Le juge Renaud, qui fait connaissance de la petite ville de province où il exerce, est invité chez des bourgeois dont il apprécie moyennement la promiscuité, lorgne plus sur sa greffière que sur les dossiers qui s'accumulent, et s'amuse à provoquer les représentants de la maréchaussée locale.

Seulement rentrer chez soi le soir et découvrir sur une table basse, dans un antique carton à chapeaux, une paire de têtes fraîchement découpées, alors qu'il se promettait du bon temps avec sa greffière, cela refroidit les ardeurs. D'autant que ce trophée n'est pas le premier, et il est en droit de se demander jusqu'où cela va continuer.

Le maniaque de la guillotine lui ne se pose pas de questions. Mais attention, son engin bicentenaire, il ne l'utilise pas sur un coup de tête. Enfin c'est ce qu'il pense. Il a ses raisons que la raison ignore.

 

A mi chemin entre le Sérial Killer et le roman de terreur, Dîner de têtes ne verse pas dans le gore, genre dans lequel Kaa s'est illustré dans la défunte collection du même nom sous le pseudonyme de Corsélien. Cela tourne souvent à la farce macabre, et si l'on est accroché par l'intrigue, on ne rentre pas tout à fait dans cette histoire à laquelle il manque cette angoisse profonde que nous distillait sa grande sœur, la collection Angoisse sans S du Fleuve Noir. Il y manque l'aura d'épouvante mâtinée de fantastique qui sied si bien à ce genre de littérature. Kaa possède trop de métier pour nous laisser sur notre faim, et il nous doit un roman plus élaboré, plus imprégné de cette réelle angoisse qui prend aux tripes, sans que l'on perde la tête.

 

KÂÂ/CORSELIEN : Corps et liens. Volume 2.

Ce n'est pas parce que j'ai émis quelques réserves concernant ces romans qu'il vous faut les occulter. S'ils m'ont légèrement déçus, c'est bien parce que Pascal Marignac avait fait mieux dans le genre, et on est plus sévère avec ceux que l'on aime qu'avec les autres. Mais ils restent néanmoins très intéressants, plus que ceux pondus par des auteurs poussifs. A mon avis.

À sa mort en 2002, l'écrivain Serge Brussolo le considérait comme le meilleur auteur de roman noir des vingt dernières années, du moins c'est ce qu'il écrivait dans Petit renard (Le Masque n°2471. 2002). Et il ne faut pas oublier non plus, que les auteurs étaient assujettis à un nombre imposé de pages, et évidemment certains pouvaient se sentir brimés et les lecteurs frustrés.

Ce recueil est complété par une préface et une présentation des trois romans par David Didelot, une nouvelle de Corsélien et une autre de Schweinhund.

Pour commander cet ouvrage et d'autres, car il existe une promotion à na pas rater sur Rivière blanche, cliquez sur le lien ci-dessous.

Autres romans de Kââ  présentés sur ce blog :

KÂÂ/CORSELIEN : Corps et liens. Volume 2. Collection Noire N°93. Editions Rivière Blanche. Parution décembre 2016. 380 pages. 25,00€.

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 06:34

Oh mon bateau...

Denis FLAGEUL : Fantôme de mer.

Planté devant sa fenêtre, Louis Gonidec scrute l’horizon, la mer en proie à la colère du vent de décembre.

Malgré le tiraillement qu’il ressent dans le bras gauche, il stationne jusqu’à ce qu’enfin il aperçoive ce qu’il espère et redoute à la fois. Une barque, une fluorescence qui flotte rapidement sur l’eau, entre Erquy et Fréhel. Absorbé, il ne voit pas le temps passer.

Viviane, sa maitresse… de maison, monte se coucher tandis que lui reste devant la croisée, avant de s’intéresser à ses documents et ses tableaux. Des marines, dont des toiles de Méheut et Böcklin, puis il sort.

Lorsqu’il rentre il se retrouve nez à nez avec deux personnages qui sont en train de dévaliser sa bibliothèque. Une attaque, une douleur dans la poitrine et Louis tombe à terre. Viviane réveillée par le vacarme descend précipitamment, mais ne peut que constater le départ des intrus et apercevoir Louis gisant. Les gendarmes procèdent aux premières constatations mais Viviane ne peut accompagner Louis plongé dans le coma à l’hôpital, n’étant pas de la famille.

Irène, la fille de Louis et Armel son mari armateur, ainsi que Mona une de ses petites-filles, arrivés aussitôt sur les lieux du drame, doivent procéder à un inventaire. Entre Mona et ses oncle et tante, l’entente ne règne guère. Ils ne voient que par Murielle, leur fille, mariée à un homme destiné à la politique et à un avenir prometteur.

L’inventaire est long, mais avec un peu de méthode, Mona et Murielle se rendent compte que des dossiers contenant des documents et deux tableaux ont disparu. Murielle repart, ses parents aussi, ils ont autre chose à faire, et Mona s’accroche. Elle était attachée à Grand-Pa, et des photos réveillent ses souvenirs. Murielle, la pleurnicheuse, Richard et elle sur la grève. C’était il y a vingt ans de cela. Depuis Mona est étudiante en histoire de l’art, elle a des problèmes financiers, mais malgré tout elle s’accroche à ce larcin et l’énigme qui en découle.

Les deux voleurs ont perpétré leur forfait à la demande d’un certain Kovalsk, mais les inimitiés, les dissensions s’installent dans le petit groupe et l’un d’eux s’enfuit, jetant dans une benne à ordures le sac contenant les documents, ne gardant par devers lui qu’un paquet assez volumineux.

 

Dans une ambiance frisant le fantastique, Denis Flageul nous entraîne dans une histoire dont l’un des éléments principaux est le Bag Noz, la barque de nuit, censée convoyer les personnes péries en mer.

Et la dernière victime de l’année, tout comme pour l’Ankou sur terre, deviendra le nouveau marin, le pilote de cette embarcation. Une superstition, une légende qui est ancrée dans l’imaginaire populaire breton.

Mais est-ce vraiment une affabulation ? Tout pourrait porter à le croire, sauf que les témoignages concernant la vision de cette barque flottant au dessus de l’onde par des personnes apparemment dignes de foi et relatée dans différents journaux locaux dans les années 1960 abondent.

Le fantastique nous entoure, il suffit pour le percevoir de montrer un peu de bonne volonté. L’intrigue qui en elle-même est plaisante, nous permet de voyager dans les Côtes d’Armor avec des intrusions en Ille et Vilaine, entre terre et mer.

Le Grand-Pa, Louis Gonidec, recherche ses racines et possède une quantité impressionnante de livres, de documents sur la vie maritime des siècles précédents, des tableaux achetés dans des brocantes et qui se révèlent être de valeur.

Et de nombreux lecteurs acharnés pourront se retrouver en ce personnage sympathique. Sûrement plus que certains de ses ancêtres. L’épilogue peut éventuellement laisser sur sa faim, mais avec un peu de fantaisie imaginative, vous pouvez continuer l’histoire en lui collant le dénouement qui vous agrée.

Denis FLAGEUL : Fantôme de mer. Collection Polar & Grimoire. Edition Terre de Brumes. Parution 20 octobre 2011. 160 pages.

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 14:03

Hommage à Maurice Périsset décédé le 12 novembre 1999.

Maurice PERISSET : Les poignards de feu.

Horriblement défigurée, Valentine est irrémédiablement clouée dans un fauteuil roulant depuis l'accident de voiture survenu cinq ans auparavant.

Entre l'infirme et sa sœur Catherine, la fautive, de quinze ans sa cadette, les relations sont assez tendues.

Valentine passe son temps comme elle peut, assistée par Marie une jeune femme du village. Catherine, qui travaille en tant que secrétaire médicale à Toulon, effectue chaque jour quatre-vingts kilomètres et supporte de moins en moins cette charge.

Elles vivent dans une villa de location, à l'abri des regards indiscrets, alors qu'il serait si facile de vendre La Bastide rose, propriété inhabitée de Valentine, et de placer l'infirme dans une maison spécialisée tandis que Catherine s'achèterait un studio.

Bastien, dix-neuf ans, accusé d'avoir voulu étrangler sa jeune belle-mère, s'évade du Centre psychiatrique de Pierrefeu. Un fait-divers qui va précipiter les événements et exacerber la tension entre les deux sœurs. Bastien va trouver l'hospitalité auprès de Valentine mais pour peu de temps. Il est obligé de fuir.

La gendarmerie est sur les dents; le corps d'un clochard est découvert dans la forêt de Dom. Si le meurtre ne fait aucun doute, le lieu du crime est aléatoire. Bastien est soupçonné, d'autant qu'il a été vu en compagnie du vagabond faire la manche.

Catherine, qui rencontre en cachette son ami Sergio, un bellâtre, décide de partir en week-end. Marie s'occupera de Valentine. Le drame qui couvait s'embrase soudain. La forêt prend feu et Valentine qui était resté seule dans la villa a dû périr dans les flammes.

Marie et Catherine sont convoquées à la gendarmerie pour y effectuer leur déposition. C'est le moment que choisit Marie pour tenter un chantage auprès de Catherine. Elle lui donne même rendez-vous à la Bastide rose, cette fameuse bastide dont Valentine ne voulait se séparer sous aucun prétexte, et que Catherine aurait vendu avec joie.

D'ailleurs cet incendie d'origine criminelle n'a-t-il point été allumé afin de se débarrasser de l'infirme et d'un testament défavorable ?

 

L'épilogue de cette histoire est prévisible et hitchcockien.

La montée de la tension est toutefois admirablement décrite et même si lecteur se doute de ce qui doit inévitablement et logiquement se passer, il est pris par l'ambiance.

Une situation standard exploitée avec bonheur par un auteur qui excellait dans l'art du suspense.

Maurice PERISSET : Les poignards de feu. Collection Dossiers du Quai des Orfèvres. Editions du Rocher. Parution le 1ernovembre 1990. 240 pages.

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 06:33

Nick Carter est immortel !

Nick CARTER, le grand détective américain contre Dazaar, l'Immortel Maléfique

Je vous tiens pour un des très rares contemporains qui ont incontestablement des droits à mon estime. Mais il me plait de vous prendre, vous et vos talents, pour vous prouver à vous-même combien vaine et méprisable est l'intelligence humaine, et combien les plus habiles d'entre les hommes sont livrés à ma merci. En conséquence, à partir de ce moment, je vous poursuivrai sans pitié; mais cela ne veut pas dire que je désire, provisoirement du moins, déterminer votre mort. Que vous deviez, tôt ou tard, périr de ma main, cela va de soi, car j'ai décidé de vous choisir pour le jouet de mes caprices, et j'ai définitivement réglé votre sort.

Signé Dazaar.

 

La guerre est déclarée entre l'expéditeur du pli qu'est en train de lire Nick Carter et le détective. Mais qui est ce mystérieux correspondant, qui promet des joyeusetés incommensurables en matière de torture et de jouer avec lui comme le chat avec la souris, et dans quelles conditions cette missive est-elle parvenue à Nick Carter, c'est ce que nous allons tenter d'expliquer.

 

Alors qu'il est en train d'étudier un dossier dans la pièce qui lui sert de bureau, dans son pavillon new-yorkais, Nick Carter est dérangé par sa vieille gouvernante. Un homme du nom de Thompson désire s'entretenir avec lui. Cet homme lui apprend que sa vie est menacée, tout comme celle du détective d'ailleurs. Craintif il regarde autour de lui et débite son laïus :

Il y a actuellement à New-York un homme qui n'inspire tout d'abord que respect et admiration. Il est doué d'une intelligence vraiment surprenante; il possède les qualités de l'homme d'Etat et du diplomate; il s'est assimilé les connaissances qui font l'érudit et le savant, et maintes il m'a fait l'effet d'avoir emprunté à Protée le don des métamorphoses.

Et il continue sa description en affirmant que sous cette noble et séduisante apparence se cache un monstre qui se fait appeler Dazaar et parfois le cheik Adi. A ce moment un poignard se fiche dans la table, ayant traversé et cassé l'un des vitraux de la porte de communication entre les deux salons. Une arme particulière dont la lame est affutée des deux côtés et qui avec la garde représente une croix.

Aussitôt Nick Carter demande à ses deux fidèles amis et hommes de main, Patsy et Ten Itchi, de courir dans la rue à la poursuite du lanceur de dague. D'autres dagues ont été lancées dans l'huisserie de la porte d'entrée et dans la serrure, retardant la sortie des deux hommes. Lorsque Carter revient dans la pièce où il a laissé Thompson, celui-ci est décédé d'une arme similaire plantée en plein cœur.

Après une nuit agitée, Carter reçoit donc la fameuse missive dont il est question au début de cet article.

 

Et c'est ainsi que Nick Carter va connaître une aventure en neuf épisodes contre Dazaar, neuf épisodes mouvementés durant lesquels sa vie sera en danger mais sortant vainqueur des affrontement à chaque fois. Ce qui est normal puisque Dazaar a promis de le faire souffrir et de jouer avec lui le plus longtemps possible.

Le plus étonnant pour Nick Carter est de constater que cet ennemi possède non seulement de multiples identités, de multiples visages, mais qu'il possède le don d'ubiquité. Et que telle l'hydre de Lerne, Dazaar vaincu, emprisonné, voire suicidé, vit toujours, matérialisé en sept individus.

Encore plus étonnant et surprenant, l'apparition d'abord éthérée d'Irma Plavatsky, avec laquelle il devait se marier cinq ans auparavant et est décédée à Paris, enterrée au Père-Lachaise. Plus incompréhensible est de la revoir physiquement possédant une double personnalité. Elle ne se souvient pas de lui puis elle recouvre sa lucidité durant quelques minutes et retourne dans son rêve éveillé, mélangeant la fiction et la réalité. Mais bien vivante est son ancienne gouvernante, qui l'accompagna jusqu'à ses derniers moments, madame Aïra, qui vit dans une maison abritant Irma ou son double.

Les affrontements, les confrontations entre le détective et Dazaar seront donc nombreux et mortifères, surtout pour des connaissances du détective, pour des policiers dépêchés par son ami l'inspecteur McClusky, pour ses amis, dont Patsy qui se trouve souvent en mauvaise position, et les moyens employés sont divers et variés.

Ainsi il assiste, impuissant, à la combustion d'une dizaine de policiers transformés en torches vivantes sous l'impulsion d'un produit qui plus tard se révélera être du radium.

Mais sa faculté de pouvoir se grimer et changer totalement d'allure, d'apparence, quelque soit le lieu où il se trouve, lui permet souvent d'échapper à ceux qui sont lancés à ses basques ou de les suivre dans leurs déplacements. Et heureusement, il peut compter également et surtout sur Ten Itchi, qui ne se contente pas de veiller sur l'intégrité physique de son maître, mais doit résoudre une mission à lui confiée.

Mais qui est Dazaar qui fait trembler tant de personnes ? Selon certains, il serait d'origine tibétaine et posséderait d'étranges pouvoirs mis au service de ses pièges, se montrant un tortionnaire intraitable, cruel, impitoyable. Et ce n'est pas pour rien qu'il est surnommé l'Immortel Maléfique. Et lorsque Nick Carter et son ami McClusky pensent pouvoir lui mettre le grappin dessus, ils déchantent rapidement. Le dangereux malfaiteur n'est plus dans la maison où il a élu domicile mais dans une autre propriété, de l'autre côté de l'Hudson, deux endroits reliés par un tunnel sous le fleuve. Il est entouré de nombreux séides nommés les Adorateur du Diable.

Nick CARTER, le grand détective américain contre Dazaar, l'Immortel Maléfique

Réunis dans ce fort volume neuf histoires qui se suivent et se complètent et qui à l'origine étaient publiées sous forme de fascicules de 32 pages, démontrant l'imagination fébrile, sans faille et inépuisable de l'auteur (ou selon les histoires, des auteurs), imagination qui offre moult péripéties sans traîner en longueur. Les événements s'enchaînent inexorablement, pour la plus grande joie du lecteur, qui peut souffler entre deux épisodes avant de repartir à l'assaut des aventures épiques de Carter et consorts. Ces fascicules étaient hebdomadaires et si le lecteur attendait avec impatience la suite, il pouvait se changer l'esprit en lisant, à la même époque, les aventures de Buffalo Bill alias William Cody, et autres héros de papier ou non. Je me permettrai même d'ajouter que les auteurs actuels, qui aiment à délayer leur prose, n'ont rien inventé en ce qui concerne les aventures rocambolesques dont ils aiment faire profiter leur héros, mais qu'ils devraient prendre modèle sur la concision des textes tout en les truffant de péripéties improbables et palpitantes afin d'entretenir l'intérêt du lecteur.

 

Ces neuf épisodes sont précédés d'une excellente préface signée Francis Saint-Martin, qui développe en une quarantaine de pages la naissance de Nick Carter, puis ses différents avatars jusque dans les années 1980, avec pour les éditions françaises Noël Ward comme scripteur ou côté américain Michael Avallone. Dans sa postface Marc Madouraud, chercheur impénitent et passionné, décrit le parcours des aventures de Nick Carter, à l'écran, avec notamment Eddie Constantine, sur les ondes et sur papier, là aussi en une quarantaine de pages. Ces deux préface et postface sont largement pourvues, tout comme les épisodes, de reproductions photographiques des couvertures des aventures de Nick Carter en fascicules ou en livres. Ne serait-ce que pour ces deux textes fort documentés, l'achat de cet ouvrage, indispensable dans une bibliothèque qui se veut complète, éclectique, représentative d'une culture littéraire populaire, serait amplement justifié.

 

Au sommaire donc:

Préface de Francis Saint-Martin.

La maison des Sept démons. Première publication dans New Nick Carter Weekly N°372. 13 février 1904.

La Reine des Sept. N°373. 20 février 1904

Une empreinte énigmatique. N°374. 27 février 1904.

Les adorateurs du Diable. N°375. 5 mars 1904.

Descente de Dazaar aux enfers. N°376. 12 mars 1904.

Le dernier des mystérieux Sept. N°377. 19 mars 1904

Revenu de la tombe. N°394. 16 juillet 1904.

Un pacte avec Dazaar. N°395. 23 juillet 1904.

Mort de Dazaar. N°396. 30 juillet 1904.

Postface de Marc Madouraud

Nick CARTER, le grand détective américain contre Dazaar, l'Immortel Maléfique (traduction de Jean Petithuguenin). Préface de Francis Saint-Martin. Postface de Marc Madouraud. Collection Baskerville. Editions Rivière Blanche. Parution septembre 2016. 554 pages. 42,00€.

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 12:53

N'est pas une poupée de cire et de son...

Gaston LEROUX : La poupée sanglante.

Dans un coin retiré de l'île Saint-Louis, près du Pont Marie et de la rue Le Regrattier anciennement rue de la Femme-sans-Tête, à l'ombre des hôtels où vécurent Madame Du Châtelet, Georges Sand, Baudelaire, Gérard de Nerval ou encore Daumier, se dresse l'échoppe de Bénédict Masson relieur d'art.

Face à sa boutique, ou presque, celle du vieux Norbert, horloger mais travaillant à des mécaniques, des chimères, des régulateurs, à la recherche d'un mouvement perpétuel. Avec le vieux Norbert habitent sa fille, la jeune et belle Christine, et son neveu, le prosecteur. Ne chercher pas dans un dictionnaire ce qu'est un prosecteur, en voici la définition, ce qui vous évitera de perdre du temps inutilement et avancer dans la lecture de cet article : Un prosecteur est une personne chargée de la préparation d'une dissection en vue d'une démonstration, d'ordinaire dans une école de médecine ou un hôpital.

En réalité Norbert, sa fille et son neveu, n'habitent pas sur la rue, mais dans un pavillon séparé de la boutique par un jardinet. Bénédict Masson n'a jamais vu ce pavillon jusqu'au jour où il se rend compte que depuis la lucarne du grenier de son habitation, il lui faut emprunter une échelle, il perçoit les mouvements, non perpétuels, de Christine qui couche dans l'atelier, c'est-à-dire au deuxième étage du pavillon, le premier étage étant réservé à Norbert et son neveu, le prosecteur.

Or Jacques, le neveu, est plus ou moins fiancé avec Christine. Et Masson, est amoureux de la belle jeune fille au port d'archiduchesse. Mais comment se déclarer alors qu'on sait pertinemment qu'on est laid, pour ne pas dire un monstre. Je n'invente rien, c'est Bénédict Masson lui-même qui l'affirme :

Je suis un monstre !... je suis d'une laideur terrible. Pourquoi terrible ? Parce que toutes les femmes me fuient !

Il est vrai qu'ayant passé, après l'obtention d'un premier Prix lors d'une exposition des maîtres de la reliure, une annonce pour recruter des élèves femmes, celles qui se sont présentées ne sont pas restées longtemps près de Bénédict, parfois qu'une journée. Depuis plus personne ne les a revues ou n'a eu de leurs nouvelles.

Donc Bénédict Masson se conduit comme un voyeur et il aperçoit Christine qui à l'aide d'une clé ouvre un énorme bahut. Un homme en sort qu'elle embrasse. Frustré Masson ne peut voir la suite car Christine a fermé la porte-fenêtre et tiré les rideaux.

Masson continue ses observations à travers la lucarne et il découvre que chez son voisin il se passe des choses étranges avec cet homme qui sort du bahut. Mais ne précipitons pas les événements et précisons que la bâtisse qui abrite l'horloger et sa famille, est dépendante de l'hôtel de Coulteray mais n'offre aucun point de passage pour les relier. Le marquis de Coulteray, Georges-Marie-Vincent, est le dernier représentant d'une longue lignée de nobles et il s'est marié avec la fille cadette du gouverneur de Delhi, miss Bessie Clavendish, qu'il a connue lors d'un voyage aux Indes anglaises, et bien entendu galantes.

Donc, un jour, il surprend Christine avec celui qu'elle appelle Gabriel, le tenant par la main. La jeune fille lui rend visite, lui demandant de relier cinq ouvrages auxquels elle tient particulièrement, cinq Verlaine. Puis la nuit même alors qu'il est à son poste d'observation, il assiste à l'intrusion de Norbert dans la pièce où Christine se repose, l'horloger brandissant une arme formidable, une sorte de chenet de bronze, et frappe Gabriel à la tête tandis que Christine implore : ne le tue pas ! A Jacques, le prosecteur qui vient se mêler à la scène, Norbert déclare tout simplement qu'il ne lui obéissait plus !

Tandis que Bénédict se demande ce que Norbert et son neveu ont fait du cadavre, il se hâte chez l'horloger afin de rencontrer Christine et celle-ci lui avoue que les ouvrages ne sont pas sa propriété mais appartiennent au marquis qui recherche un relieur d'art pouvant se consacrer à sa bibliothèque. C'est ainsi que l'artisan artiste peut pénétrer chez le marquis où il fait la connaissance de sa femme. Une femme pâle, engoncée dans des vêtements, et qui a froid perpétuellement. Mais il est étonné de voir dans la galerie, alors qu'il attend la jeune femme, des tableaux représentant le même personnage, dans des tenues différentes datant des siècles derniers. Les ancêtres du marquis qui lui ressemblent étrangement comme deux gouttes d'eau, comme si c'était le même individu qui avait posé pour ces reproductions. Elle est gardée, ou accompagnée, par deux personnages, Sing-sing un petit valet de pied indou et Sangor, le valet de chambre du marquis, sans oublier le docteur Saïd Kan.

Un opuscule lui est prêté, Les plus célèbres Broucolaques. Une forme de vampires ou de faux ressuscités. Et Gabriel, que Bénédict pensait mort, fait sa réapparition !

 

Le récit de Bénédict Masson est enchâssé entre les deux parties de présentation, et ce qui compose la suite du récit, entre l'île Saint-Louis, et les environs de Corbillères-les-Eaux, près de la Loire, en région Touraine. Le côté urbain et pourtant secret, renfermé, presque sauvage de la pointe de l'île, s'oppose aux espaces bucoliques de la forêt dans laquelle est blottie la maisonnette de Bénédict, maisonnette dans laquelle il se réfugie parfois, près de l'étang aux eaux de plomb. Non loin du château de Coulteray. Certains personnages gravitent dans les deux endroits, dont la marquise qui a de plus en plus froid, est de plus en plus pâle et possède un bobo dans le cou.

De nouveaux protagonistes apparaissent, dont le père Violette, ancien garde-chasse du marquis et braconnier à ses heures. Le père Violette qui professe à l'encontre du relieur d'art une haine farouche alimentée par de la jalousie. D'abord Bénédict Masson ne chasse ni ne pêche jamais, se contentant de rester des heures dans les bosquets ou blotti parmi les roseaux. Et il rumine, en compagnie de la mère Muche, qu'il approvisionne en repas clandestins, la propriétaire cuisinière de l'auberge de l'Arbre vert, à l'affaire de la disparition des femmes qui ont côtoyé un jour ou l'autre le relieur d'art et qui ont disparu bel et bien.

Et c'est dans ce décor entre ville et campagne que se déroule cette intrigue qui se prolonge dans La machine à assassiner, une intrigue qui connait un début d'épilogue mais dans laquelle tout n'est pas expliqué.

La Poupée sanglante offre une habile synthèse entre roman policier, roman de suspens, roman fantastique et roman du surnaturel, par un maître de l'étrange et du mystère, dont les titres de gloire, la série des Rouletabille dont Le Mystère de la chambre Jaune et Le Parfum de la Dame en noir, la série des Chéri-Bibi, ou encore Le Fauteuil hanté, Le Fantôme de l'Opéra, pour ne citer que les plus connus, ont partiellement éclipsé une grande partie de son œuvre riche et abondante.

Gaston LEROUX : La poupée sanglante.

A noter que La poupée sanglante a paru en 1923 en feuilleton dans Le Matin sous le titre La Poupée sanglante, 1re partie : La Sublime Aventure de Bénédicte Masson, puis chez Jules Tallandier en 1924 et que La Machine à assassiner a paru en feuilleton dans Le Matin sous le titre La Poupée sanglante, 2e partie : Gabriel, et toujours chez Jules Tallandier en 1924.

 

Gaston LEROUX : La poupée sanglante. Collection L'Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 4 mai 2016. 304 pages. 14,00€.

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 11:32

Tombe la neige
Tu ne viendras pas ce soir
Tombe la neige
Et mon cœur s'habille de noir

 

Brigitte GUILHOT : Soluble.

Bloquée par la neige dans sa maison isolée, dans un lieu-dit de montagne, loin de tout, Rita, la narratrice, vit avec pour toute compagnie son chat le bien-nommé Elgato.

Ce matin-là, surprise ! La neige, non seulement cerne tout, mais a érigé un mur tout autour de la maison, bloquant les issues. De quoi rester coite, en plein milieu de l'escalier, vêtue d'une veste rouge de camionneur. Une veste offerte.

Petit rituel matinal, allumer la radio. Et dans les grésillements émis Rita entend une information hachée, qui la touche de près. De très près.

Astérion H., le poète, l'écrivain, l'homme de théâtre, qui a effectué quelques séjours en prison, Astérion H. s'est éteint le matin même à l'hôpital Tenon. La voix sans visage du transistor est brutalement coupée. Rita est désemparée. Non pas parce que la radio est devenue muette, mais bien par cette annonce qui la bouleverse.

Astérion H. monamour, monamour, monamour.... Comme un mantra Rita psalmodie ces mots enchaînés, comme elle était enchaînée à Astérion, comme Astérion était enchaîné à la vie. En principe. Et pourtant il est parti...

Les jours vont passer, Rita est anéantie, désemparée, perdue, en colère également. Astérion faisait partie intégrante de sa vie et il revient quotidiennement dans sa pensée, lui suggérant des idées, des faits, des gestes. L'esprit lui joue des tours, Elgato n'en peut mais. Et puis le Livre d'Astérion est là qui lui tend les pages, elle se remémore des phrases, des écrits, comme des maximes.

Une mouche tournicote, l'importune et bientôt Rita se demande si le corps d'Astérion n'a pas envahi celui de ce diptère enquiquineur. Et pour faire bon compte, bon conte, la mouche va se trouver emprisonnée dans les pages du livre.

 

Sous forme de long message destiné à l'édification d'un enfant, celui de sa fille, Rita la narratrice clame, crie son amour envers Astérion, mais également son désespoir, son accablement, son envie de le revoir, de l'étreindre. Elle se remémore des épisodes passés en sa compagnie, mais d'autres petits faits qui se rattachent à sa maison à sa vie quotidienne, à l'après nouvelle du décès.

Elle raconte ce que l'on peut ressentir dans ces moments d'égarement, de perturbation morale, physique, psychique, cette longue déliquescence dans un trou d'enfer, dans une claustration voulue par les éléments météorologiques et peut-être sa volonté.

Une histoire dont l'épilogue réserve des surprises en cascades, qui s'enchaînent inéluctablement pour le plus grand plaisir du lecteur, et qui explique des petits faits, des gestes, des pensées, qui semblaient anachroniques ou pour le moins surprenants.

 

Pour commander l'ouvrage, se rendre ci-dessous

Autre chronique sur Brigitte Guilhot :

Brigitte GUILHOT : Soluble. Editions de L'Ours Blanc. Parution le 19 juillet 2014. 120 pages. 9,00€.

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 14:23

Roy, mais bientôt Reine...

Sandrine ROY : Lynwood Miller.

A cause d'une tempête de neige qui a endommagé les lignes téléphoniques et électriques, Lynwood Miller qui s'est installé dans une ancienne bergerie est obligé de s'éclairer avec un groupe électrogène. Mais pour que celui-ci fonctionne, il faut du carburant et Lynwood s'aperçoit avec dépit qu'il n'en a plus. Alors qu'il était tranquillement installé à lire un roman de Fantasy d'un auteur Français, Basil Clark. Un excellent moyen pour peaufiner ses connaissances dans la langue de son pays d'adoption, la France, et plus particulièrement les Pyrénées.

Donc, il doit se résoudre à se rendre en pleine nuit jusqu'à la cave d'une cabane de berger sur le chemin du lac, des bidons y étant entreposés. Arrivé près de la bâtisse, il entend une voix féminine appeler Joooohn ! Son véritable prénom. Personne ne le connait et pourtant cette voix le hèle sans aucun doute, et il s'agit bien d'un appel au secours. Il se précipite et délivre une jeune fille que deux hommes séquestrent. Tandis qu'il corrige sévèrement les deux kidnappeurs allemands, déduction effectuée par leurs propos, la gamine, car pour lui c'en est une, s'échappe. Il la retrouve alors qu'elle aborde le lac et commence à se noyer, la glace n'ayant pu supporter son poids. Il la ranime puis l'emmène chez lui où il la soigne. Elle a été violée, en porte les marques sanglantes, et elle est choquée.

Avant de continuer plus loin dans notre relation des faits et de ce qui va arriver, intéressons-nous à Lynwood Miller, pour tous, et John pour Elisabeth dite Eli.

Il est Américain, un ancien des forces spéciales et il est arrivé en France quelques mois auparavant pour se ressourcer. Il a fait la connaissance de Simon, trente-sept ans, célibataire vivant toujours chez Maman, ce qui d'ailleurs désole sa génitrice. Simon et Lynwood se prennent d'amitié et bien naturellement l'Américain fait part de sa mésaventure à son ami informaticien. Car Simon est un petit génie, sans bouillir, de l'informatique et il est très demandé pour dépanner des sociétés étrangères ou françaises. Il s'introduit sans vergogne dans les données secrètes sans pour autant en profiter par malversation.

Les parents d'Eli sont heureux de retrouver leur fille saine et sauve. Kellerman, le père, demande toutefois à un ami, le commissaire Marchand d'enquêter sur les ravisseurs. Ceux-ci, qui ont réussi à fuir pendant l'escapade lacustre d'Eli, ont commis un nouveau méfait. L'un d'eux mal en point a été soigné par un vétérinaire et ils n'ont pas hésité à lui trancher la gorge afin d'éviter qu'il parle.

Kellerman est obligé d'avouer à Lynwood et Simon qui ne lâchent pas l'affaire, Simon par amitié pour Lynwood et Lynwood par attrait pour Eli, qu'en réalité la gamine a vingt six ans et qu'avec sa femme ils ont omis de lui avouer qu'ils l'avaient adoptée. Une information qui ouvre de nouveaux débouchés dans l'enquête menée conjointement pat Marchand, Lynwood et Simon, lesquels sont complémentaires dans leurs recherches et leurs analyses.

Le père géniteur d'Eli est un Allemand, ancien compagnon de Kellerman, et comme les hommes de main étaient de même nationalité, le lien est vite établi. Seulement, lorsque Lynwood et consorts le rencontrent à Berlin, ce père qui a eu Eli hors mariage avec une femme considérée comme atteinte psychiquement, certains journalistes à l'époque n'ayant pas hésités à employer le mot viol, cet homme est malade, en fin de vie, et il narre ce parcours chaotique tout en avouant que sa famille, femme et enfants, était au courant de cet épisode peu glorieux.

Un autre fait significatif est à mettre au crédit d'Eli. Celle-ci est non seulement l'auteur signant sous le pseudonyme de Basil Clark, mais de plus elle possède des pouvoirs surnaturels. Elle peut déplacer à distance des objets et lire dans l'esprit des gens. Elle guérit Lynwood dont un genou est en vrac, séquelle d'une vie d'avant. Mais c'est une jeune fille renfermée, qui préfère vivre en solitaire, agoraphobe et démophobe. Seulement, elle ne peut prévoir ce qui va lui arriver comme incidents, accidents, alors qu'elle peut pressentir ce qui peut se passer pour d'autres personnes, de son entourage ou non.

 

Lynwood Miller est un roman qui mélange les genres et bouscule les codes. Tout autant roman policier mêlant quête et enquête, il aborde le surnaturel et insère une histoire d'amour qui ne veut pas dire son nom, le parcours de Lynwood et celui d'Eli les obligeant à se méfier de leurs sentiments. Surtout de la part d'Eli d'ailleurs.

Action, aventure, amour, amitié, pourraient être les quatre A, ou as, qui sont les points cardinaux de cette intrigue qui, chaque fois, est relancée de façon cohérente tout en partant dans des dimensions différentes. Comme le souligne l'éditeur, Roman policier mais pas que...

Un roman qui pourrait se définir comme une course cycliste par étapes, le Tour de France par exemple, sportivement parlant. En effet, l'intrigue se décompose en étapes de sprint, avec des actions rapides, des étapes de plaine au cours laquelle l'action prend le temps de se développer avec des protagonistes qui veulent échapper au peloton, et des étapes de montagne dans lesquelles les héros souffrent, et l'arrivée en fanfare sur les Champs Elysées ou plutôt le retour au pays, dans le calme et la sérénité, ou presque, avant le prochain ouvrage qui pourrait préfigurer un nouveau départ.

Sandrine ROY : Lynwood Miller. Editions Lajouanie. Parution 10 juin 2016. 304 pages. 19,00€.

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 13:10

Bon anniversaire à Dean R. Koontz, né le 9 juillet 1945.

Dean R. KOONTZ : Les étrangers.

Phobie : forme de névrose caractérisée par la peur morbide, l'angoisse de certains objets, actes, situations ou idées.

Telle est la définition donnée par le Petit Robert. Et c'est bien d'une phobie dont sont atteintes subitement certaines personnes vivant en des points éloignés des Etats-Unis, qui apparemment ne se connaissent pas, qu'aucun lien ne rattache.

A Laguna Beach Dominick Corvaisis, jeune écrivain promis au succès, est soudain atteint de somnambulisme. A Boston, Giner Weiss, promise elle aussi a un bel avenir, semble atteinte de troubles de mémoire et d'une peur irraisonnée lorsqu'elle est confrontée à une paire de gants noirs ou d'une bonde de lavabo.

A Chicago, un prêtre, Brandon Cronin, perd brusquement la foie, alors qu'à Elko County, Ernie Block, propriétaire d'un motel est traumatisé par la nuit. A Las Vegas, une jeune enfant, Marcie, ne peut entendre parler d'hôpital ou de docteurs sans être en proie à une véritable terreur.

Jack Twist, un ancien militaire dont la femme est dans le coma depuis huit ans, ne trouve plus aucun goût dans l'accomplissement de sa nouvelle occupation : le vol de fourgons de transport d'argent.

Quels que soient les remèdes envisagés, les psychothérapies tentées, rien ne peut les soulager. Au contraire, leur mal empire au fil des jours. Leurs obsessions se développent au fur et à mesure, s'amplifient, se modifient.

Certains, comme Dominick ou Brandon possèdent des pouvoirs surnaturels.

Peu à peu dans leur mémoire, des morceaux de souvenirs remontent à la surface, comme un mur qui s'effriterait, qui se désintégrerait tout doucement. Une immense toile d'araignée les relie, dont le centre est le Tranquility Motel.

Chacun de son côté va essayer de reconstituer ce qu'il est passé dix-huit mois auparavant, mais ils se heurtent à un blocage, comme s'ils avaient subi un lavage de cerveau.

Réunis par une puissance anonyme, ils vont tenter de mettre leurs forces en commun pour conjurer le mal mais devant eux se dresse le terrible colonel Falkirk, lui aussi obsédé, mais pas de la même manière.

La lune, une lune rouge, est l'épicentre de leurs obsessions.

 

Dean R. Koontz ne déçoit jamais ses lecteurs en vieux routier de l'écriture qu'il est. Après avoir goûté au roman policier sous les pseudonymes de K.R. Dwyer ou Brian Coffey, il s'est reconverti avec bonheur vers le thriller surnaturel, le fantastique moderne, que ce soit sous son nom ou celui de Leigh Nichols.

Les étrangers, un excellent toman de suspense et d'épouvante qui ne sacrifie pas à la mode, c'est à dire au sanguinolent, mais dont l'épilogue est un message porteur d'espoir et de tolérance.

Réédition J'ai Lu épouvante. Parution 5 mars 1993. 638 pages

Réédition J'ai Lu épouvante. Parution 5 mars 1993. 638 pages

Réédition J'ai Lu épouvante. Parution 22 janvier 1997. 638 pages.

Réédition J'ai Lu épouvante. Parution 22 janvier 1997. 638 pages.

Dean R. KOONTZ : Les étrangers (Strangers - 1986. Traduction de Jacques Guiot). Collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution 11 janvier 1989.

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 08:33

Bon anniversaire à Georges-Jean Arnaud, né le 3 juillet 1928.

Georges-Jean ARNAUD : Les Gardiennes

Les bulldozers ont envahi le terrain vague en face de chez Claire Dejean. Ce pourrait n’être qu’un épisode supplémentaire dans l’urbanisation d’une petite ville, mais non car apparemment des enjeux stimulent les portables et renouent les relations.

D’abord Simon, qui appelle sa mère, Claire, afin de connaître l’état d’avancement des travaux. Ensuite, Augusta, brouillée depuis des années, pour ne pas dire des décennies, avec Claire et qui d’un seul coup s’incruste le matin, afin elle aussi de vérifier si un pépin ne surviendrait pas. A moins qu’elle l’espère ce pépin !

Alors allons-y pour les croissants et la bouteille thermos de café. Claire ne demande pas mieux que ce petit supplément alimentaire, elle qui est obligée de chiner dans les poubelles dès potron-minet afin de recueillir un croûton de pain, une conserve périmée.

A l’origine de ce rapprochement inattendu la disparition de sa fille Elodie, laquelle fréquentait Simon. Les cadavres ne se trouvent pas uniquement dans les placards, peut-être aussi dans les terrains vagues, sous les coups de butoir des pelleteuses.

 

Une atmosphère pesante pour ce court roman du prolifique mais toujours intéressant Georges-Jean Arnaud.

Ici il prend pour thème un fait divers insignifiant. Un projet immobilier fait remonter à la surface de la mémoire une douloureuse affaire qui n’a jamais connu de véritable aboutissement. La disparition d’Elodie est-elle due à un meurtre perpétré de sang-froid, et surtout de ce magmas de pierrailles et de terre une preuve va-t-elle enfin être dénichée ?

Par exemple un bijou quelconque démontrant qu’Elodie a été enterrée et que son corps gît depuis des années dans ce terrain.

L’angoisse ressentie par les deux mères n’a pas la même origine, et G.-J. Arnaud distille avec virtuosité et malice ce venin qui tient en haleine le lecteur grâce à une tension latente et insidieuse.

 

Georges-Jean ARNAUD : Les Gardiennes. Collection Eden Fictions, Eden production. Parution 17 juin 2003. 60 pages.

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 12:33

Bon anniversaire à François Darnaudet, né le 16 juin 1959.

François DARNAUDET : Le retour du Taxidermiste.

Pour faire peau nette, comme disait un ami palefrenier !

Ce recueil, qui a obtenu le Prix Virtuel (Ex Prix Rompol) du roman policier 2008, comprend deux titres dont un inédit. Le premier roman, Le Taxidermiste, écrit en collaboration avec Thierry Daurel, a été publié en avril 1985 chez Corps 9, autant dire qu'il était devenu introuvable. Le second roman, Le Club des cinq fous, aucune analogie avec le Club des Cinq d'Enyd Blyton, tout juste un clin d'œil, est dû à la seule plume de François Darnaudet et devait être publié au Fleuve Noir dans une collection disparue entre temps. Et mon tout donne ce Retour du Taxidermiste, deux textes fantastico-policiers.

Commençons par le début, cela facilitera la suite :

 

Le Taxidermiste.

Pour se faire la main, le narrateur, on saura plus tard qu'il se nomme Jacques Marioton, attrape un chat puis l'empaille. Faut bien un début à tout. Il se rend régulièrement à la bibliothèque du Ve arrondissement de Paris, où il retrouve ses compagnons, et compulse des ouvrages sur la taxidermie. Hector Balsinfer, retraité, passe son temps à dormir sur un recueil des journaux du Figaro, année 1933, excellent somnifère qui ne délabre pas l'estomac comme les cachets et autres potions dites magiques; Albert Cziffram ancien prof de maths qui a tapé sur un inspecteur d'académie, ce qui n'était pas la solution; Ali m'Gari qui pour un rien pousse des cris, au grand dam des bibliothécaires.

A cause d'une bavure, le narrateur, l'autre qui répond au nom de Charles Jabert, a été obligé de changer de métier. Ancien inspecteur de police il est devenu représentant en matériel électronique. Ce soir là il est content, il va retrouver Hélène qui doit l'attendre chez lui. Elle a décidé de partager son appartement, au moins il n'aura plus les pieds froids le soir dans son lit. Seulement Hélène n'est pas là. Le lendemain il apprend par la télévision qu'Hélène a été retrouvée chez elle, dans un piteux état. Pourtant l'empailleur avait bien travaillé, le boulot était fignolé.

Le naturaliste, à l'origine de la mort d'Hélène, ne s'arrête pas en si bon chemin et d'autres jeunes femmes sont ainsi découvertes au gré de ses maux de tête. Car les névralgies sont fréquentes, de plus il arbore un œil de verre, c'est peut-être pour cela qu'il regarde les représentantes du sexe féminin de travers.

Le chemin du taxidermiste et du policier vont se croiser, et ce ne sera pas le fruit du hasard.

Dans ce premier roman, les deux auteurs s'amusent avec le genre gore alors naissant, le premier roman de la collection Gore du Fleuve Noir parait justement en 1985, initié par des films qui connurent un certain retentissement comme Massacre à la tronçonneuse. Ils ne se cantonnent pas dans un style rigide mais multiplient les délires, en se renvoyant peut-être la balle lors de la rédaction. En effet dans certains passages, des mots ou des locutions sont sciemment répétés, comme un mantra, tel ce détecteur de métaux ferreux et non ferreux qui apparait au moins cinq fois dans la même page. Le quartier de l'Odéon est au cœur du sujet même si d'autres lieux comme le quartier Montparnasse sont largement évoqués. Et le Panthéon, Cluny, endroits symboliques du Ve arrondissement parisien ont marqué François Darnaudet, puisque l'un de ces romans publiés plus tard se nommera justement Les Dieux de Cluny. Enfin il faut signaler que toutes les têtes de chapitre font référence à des films, le premier cité étant Drôle de drame.

 

Le Club des cinq fous

Nous retrouvons dans une chapelle de l'église Saint Sulpice quelques protagonistes ayant évolué dans Le Taxidermiste. Mais pas tous. Marioton n'est plus. Albert Cziffram non plus. Inexplicablement il a disparu. Ne restent que Ali M'Gari, éternel étudiant en sociologie et Hector Balsinfer qui se sert toujours des reliures du Figaro en guise de somnifère. A ces deux inamovibles rescapés de la confrérie Théorème de la Nuit se sont joints pour former l'association Triste Planète les sieurs Inocybe de Patouillard, religieux agressif qui siège justement en l'église Saint Sulpice, Gérard Touzbarre, ancien ingénieur des Travaux publics et collectionneur invétéré et enfin Francisco Cervantoche, ancien auteur-acteur et metteur en scène de ses propres pièces destinées à quelques résidents d'un asile dans lequel il a vécu et actuellement vendeur chez Presciences, une boutique qui fourni de tout à l'intention des chercheurs naturalistes.

En lisant un ouvrage consacré à la réincarnation par la taxidermie, ils se sont mis en tête de ressusciter le Grand Maître Marioton en procédant à des expériences sur des sujets vivants. Il leur faut respecter certaines règles que tous n'ont pas exactement assimilées et surtout qu'ils détournent en pensant bien faire, leur esprit naviguant en dehors de toute logique. Ali M'Gari, dont ce n'est pas le véritable patronyme, s'est institué Premier Président de Triste Planète, en l'absence de Cziffram, et il ne fait pas l'unanimité. Ils ont entamé leur démarche par l'invocation du Bedouk, sans effet réel, donc il leur faut trouver un autre exorcisme. En attendant à la fin de leurs réunions, ils passent leurs nerfs sur un pauvre chanoine étripé et gisant dans un confessionnal et M'Gary donne pour se défouler des coups de pied à un clochard rencogné au porche du monument religieux.

Le premier à s'y coller est Gérard Touzbarre qui est inspiré par la visite du musée Orfila. Et ce sera sa servante-maîtresse Gudule qui est l'heureuse élue de cette expérience. Il garde la tête afin de réaliser un moulage de cire et se débarrasse du corps. L'inspecteur principal Malvy est chargé par son patron le commissaire Daurel (clin d'œil à son comparse) de résoudre cette énigme.

Mais cette tentative avorte et il faut renouveler ce procédé d'une autre manière s'ils veulent parvenir à leur but.

 

Dans ce second opus consacré au Club des cinq fous, qui à l'origine n'étaient que quatre mais avec l'inflation... ce second opus donc est plus gravement et sérieusement jubilatoire que le premier. François Darnaudet est seul aux commandes mais il emprunte toutefois quelques rites stylistiques puisé dans le premier ouvrage. Ainsi en parlant d'une jeune femme, future victime, le mot provocant est employé au moins une quinzaine de fois afin de la décrire physiquement, vestimentairement, sans que cela choque ou provoque l'ire du lecteur. Une répétition amusante qui sied bien au contexte.

François Darnaudet est plus inventif et créatif dans la démesure et il s'ébroue dans les descriptions comme le ferait un thanatopracteur devant une assemblée de carabins. L'histoire, tout comme les protagoniste, est complètement décalée et déjantée. Si le gore prédomine, l'humour en pied-de-nez est omniprésent décontractant les mâchoires et l'estomac noué. Et le final est fort bien amené, laissant place toutefois à un possible retour des Cinq fous qui enregistrent l'arrivée d'une nouvelle recrue. Mais voilà, le mot fin est suivi d'un ? Alors, suite ou pas suite ?

Ce recueil est augmenté d'une bibliographie exhaustive des œuvres de fiction établie par Alain Sprauel.

 

Quelques chroniques sur les ouvrages de François Darnaudet :

François DARNAUDET : Le retour du Taxidermiste. Collection Blanche N°2046. Editions Rivière Blanche. 212 pages. 17,00€.

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