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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 09:06

Avant de dresser le portrait d'Agnès Laurent, auteur de quelques romans dans la collection Angoisse du Fleuve Noir, permettez-moi d'émettre quelques considérations intempestives.

 

agnes-laurent.jpg


Certaines personnes, dont les raisons m'échappent sauf peut-être dans un but lucratif, ont tendance à parer Frédéric Dard de toutes sortes de pseudonymes. C'est ainsi qu'ils lui octroient les noms, au Fleuve Noir, de ceux de Jean Murelli, de Frédéric Valmain/James Carter, Marcel G. Prêtre, de Virginia Lord, Patrick Sven, Jean Redon pour tout ou partie de leurs romans, ou encore chez d'autres éditeurs pour certains titres Georges Langelaan, Michael Maltravers.

Ce "quelqu'un", moi je le soupçonne de trouver des pseudos de Dard un peu partout pour vendre sa marchandise à des prix prohibitifs !

C'est ainsi que s'exclame l'un des intervenants dans une liste laurent3de discussion (Forum BDFI voir également Littérature Populaire). Et personnellement j'ai pu le constater lors de quelques incursions chez les bouquinistes du Square Georges Brassens, situé sur l'emplacement des anciens abattoirs de Vaugirard dans le XVème arrondissement parisien, où des ouvrages côtés 1€ étaient vendus dix ou vingt fois plus avec la mention Pseudo de Frédéric Dard. Pour appuyer leurs affirmations, ces individus signalent qu'entre les romans d'Agnès Laurent et ceux d'Hélène Simart, les différences sont trop importantes pour que la production puisse être imputée à la même personne. Comme s'il n'existait pas de divergence fondamentale entre les romans signés Frédéric Dard et ceux de San Antonio. Et si l'on calcule l'ensemble de cette production attribuée de manière éhontée à Frédéric Dard, il aurait fallu que l'auteur berjallien écrive 36 heures sur 24, à moins de bénéficier de la plume de quelques nègres.

 

Revenons donc à Agnès Laurent qui fait l'objet de cet article.

L'alias Agnès Laurent est non seulement indiqué dans le Dilipo mais il avait déjà été signalé dans Le Vrai visage du Masque de Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret (Futuropolis - 1984) et une recherche sur le site de la BNF le confirme. Il est bien attribué à Hélène Simart, célèbre auteur de romans à l'eau de rose, comme il est convenu d'appeler la production romanesque destinée aux jeunes femmes depuis la nuit des temps, c'est à dire depuis les petits fascicules Ferenczi jusqu'à nos jours chez Harlequin. Or, dans cette production abondante se cachaient et se cachent encore d'autres romancières, et romanciers, qui ont fait leurs preuves par ailleurs, mais je m'éloigne du sujet.

Je confirme également qu'Agnès Laurent est bien l'un des pseudonymes d'Hélène Simart puisant mon affirmation dans un document dont je vous livre ci-dessous et in-extenso la teneur.

 

AGNES LAURENT, héritière de Bizet, est fermée à la grande musique, mais aime inventer les intrigues.

Je suis née à Paris, le 15 octobre 1918, sous le signe de la Balance. Mes parents divorcèrent quand j'avais trois ans. Tout prend sa source dans l'enfance...

Je n'aurais certainement pas eu le même caractère ni la même destinée si j'étais restée dans un foyer uni. Elevée avec tendresse par mes grands-parents, mais séparée de mon frère et de mes parents, je fus une petite fille triste. Ma mère, chanteuse (petite fille de Georges Bizet), ne venait me voir qu'épisodiquement. Quant à mon père, il dirigeait une imprimerie et était écrivain. Remarié, il mourut jeune, à la suite du décès tragique de sa nouvelle femme. Comme les derniers romantiques, il est mort d'amour. J'ai hérité de son âme.

La nostalgie du foyer perdu

A sept ans, je publiais fièrement un poème intitulé L'Anguille dans le journal de Jaboune : Benjamin. Puis bien d'autres, au fil d'une adolescence timide et mélancolique. Mais les poèmes ne sont qu'un exutoire et n'intéressent que ceux qui les écrivent. J'en possède plein une malle qui ne seront jamais publiés !

J'ai continué mes études jusqu'au bac, au lycée Racine, où je disputais les premières places de dissertations à Françoise Parturier qui est devenue "une grande".

Quelques années de pension achevèrent de me donner la nostalgie de foyer perdu. A dix-huit ans, un mariage-éclair, sur un coup de tête, sans amour vrai et vite dissous. C'est alors que j'ai été "catapultée" dans la vie. Divers métiers : vendeuse, secrétaire, figurante, barmaid, ouvrière.

Une anecdote : ayant travaillé pendant quatre mois dans une usine de chocolat, à Bobigny, j'ai été ouvreuse et, à l'entracte, vendait ces mêmes chocolats qu'aujourd'hui je déguste, confortablement installée dans une loge de théâtre. Trois étapes...

Pendant toute cette période, je n'ai jamais cessé d'écrire. C'est un besoin qui n'a rien à voir avec l'argent. Tout d'abord des contes courts dans l'Aurore, puis des nouvelles et des romans complets dans divers hebdomadaires féminins, enfin des romans.

J'aime camper un climat, alterner les genres. Romans roses et romans noirs. Avant d'écrire une histoire, j'y pense pendant de longs mois. Mais je l'écris très vite. Quinze jours ou trois semaines.

Il y a quelques années, j'ai connu la plus grande aventure qui puisse arriver à une femme, son plus grand bonheur aussi. Un grand amour : mon mari. Deux fils... Enfin un foyer heureux, bien à moi. J'essaie de concilier ma vie familiale et mon travail. Ce n'est pas toujours facile, mais heureusement pour moi, j'ai bon caractère et ne suis pas maniaque. Je m'arrange, je triche, car mon appartement est petit. Ma machine change souvent de place. Parfois, je fuis le jerk qui jaillit de l'électrophone de mon plus jeune fils pour me réfugier dans la cuisine ou la salle de bain !

Les plus beaux voyages sont immobiles

simart2.jpgEn 1965 je reçois le Prix du Roman Populaire. Le nom me plaît. Je n'ai jamais pensé lancer un message à l'humanité ! Distraire certains me suffit. En 1967, le Prix Max-du-Veuzit, qui récompense le roman le plus reproduit.

J'ai peur de ne pas avoir assez d'une existence pour réaliser tous mes projets; écrire tous les sujets qui me passent par la tête. Mais je n'ai pas peur de la mort. Ma santé a été toujours fragile. Je ne m'en soucie pas. Une seule angoisse : qu'il arrive malheur à ceux que j'aime. C'est ça, la fin du monde.

J'aime inventer des intrigues, imaginer des héros ou les prendre sur le vif, à l'occasion d'un fait divers ou en "regardant l'humanité sous le nez".

Les voyages ? Si je m'écoutais, je resterais chez moi ! Les plussimart3.JPG beaux voyages sont immobiles, les plus grandes aventures sont intérieures... Mais mon mari me force à voyager. Il n'a pas tort, car on ne décrit bien que ce qu'on a vu.

Malgré ma peur-panique de l'avion, j'y suis montée, car un de mes personnages était pilote. Conscience professionnelle ! La peur subsiste.

Mes goûts ? Simples. Je n'aime ni la violence ni l'injustice. Je ne juge jamais personne, car les défauts sont des maladies de l'âme et il n'y a pas de coupables, seulement des victimes. Il faut aider et plaindre et non blâmer. Mon frère, qui est président de Tribunal, ajoute en souriant, quand nous discutons sur ce sujet : punir. "Pour moi, la bonté passe avant l'intelligence"., jamais du chasseur. Pourtant, mon mari est un haut fonctionnaire de la police ! A mon avis, l'indulgence est la plus grande qualité. Il n'y a qu'une chose que je n'admets ni ne pardonne : la guerre. Non seulement elle est cruelle, mais si inutile ! L'orgueil aussi est un défaut stupide.

L'amitié ? Un sentiment d'homme que je n'ai pas rencontré.

Après la littérature, c'est la peinture que je préfère. Mais je suis "fermée" à la grande musique. Je ne lis pas autant que je le voudrais. Question de temps, ce temps qui ne nous donne jamais celui de réaliser tous nos rêves.

On me croit gaie, parce que je suis vive, souriante. Mais, "à l'intérieur" je suis mélancolique.

La joie, comme la foi, question de grâce

Quand j'avais vingt ans, je pensais : "on ne peut pas être à la fois gai et intelligent". Bien sûr, depuis, j'ai révisé ce jugement, mais il m'en reste des traces. Comme disait Chateaubriand : ... ma mère m'infligea la vie... Le courage, c'est quand même d'essayer de vaincre la tristesse. La joie, c'est comme la foi. Question de grâce. Ne l'a pas qui veut, malgré ce qu'en disait Pascal.

De même qu'il n'y a pas d'athées à part entière, je ne crois pas qu'il existe un chrétien sans doute, il m'arrive de murmurer : "Mon Dieu, faites que vous existiez..." A mon avis, l'existence de Dieu est le plus grand problème. Nul ne l'a résolu. Mais si le Christ n'est qu'une histoire, du moins elle était belle.

Revenons à l'inspiration. Certes, ce n'est pas un mythe et l'on écrit ses meilleures pages sous son impulsion. Pourtant, elle ne vient pas toujours, cette inspiration ! Et il faut bien "s'y mettre", car on n'écrirait pas assez. Ecrire n'est sans doute pas un travail comme les autres, mais c'est un travail quand même. Les paresseux ne font rien.

Un jour, une brave femme qui venait de lire un des mes romans m'a dit : "Vous avez de la chance, c'est quand même moins fatigant que de bêcher son jardin ! Et puis, ça vous vient tout seul".

Elle avait à la fois tort et raison.

Pour résumer, une maxime que j'aime et dont je fais ma règle de vie : "Le bonheur est fait de tous les malheurs qu'on n'a pas".

 

Source : Fleuve Noir Informations. Numéro 68 d'octobre 1970. (merci à Alain de la Bilipo qui m'a transmis la photocopie de couverture ainsi que celle de l'article.

 

Evidemment, ceux qui affirment toujours qu'Agnès Laurent n'est qu'un avatar de Frédéric Dard objecteront que celui-ci a très bien pu écrire ces lignes pour noyer le poisson. Une assertion à laquelle je rétorquerai que s'il a obtenu le Prix du Roman Populaire 1965 pour La fille aux yeux dorés (Bibliothèque de la Famille, Editions Tallandier) ainsi que le Prix Max-du-Veuzit 1967 pour Le prix du Silence (collection Floralies, éditions Tallandier), il faudrait le créditer également du pseudonyme d'Hélène Simart puisque ces deux romans sont signés de ce nom. Il faut être sérieux et ne pas affirmer sur uniquement des présomptions ou de vagues ressemblances dans les textes des romans édités. Les argumentations avancées ne tiennent pas la route.

 

Bibliographie d'Agnès Laurent :

 

Collection Angoisse au Fleuve Noir :laurent2.jpg

182 - Au cœur de ma nuit

188 - L'Ultime rendez-vous

194 - Le Justicier

206 - L'Ennemi dans l'ombre

228 - Le Sang des étoiles

237 - Requiem pour un fantôme

 

Aux éditions du Masque

1520 - L'assassin qui aimait les rousses.

 

Aux éditions Del Duca, dans l'hebdomadaire Nous Deux :laurent1.jpg 46 nouvelles policières de fin 1974 (numéro 1429) à juin 1982 (numéro 1823) dont :

1550 (23 mars 1977) : Il se prenait pour Sherlock Holmes

1614 (14 juin 1978) : L'innocent assassin

1712 (30 avril 1980) : Enquête pour un défunt.

Si l'on prend pour argent comptant la thèse qu'Agnès Laurent et Frédéric Dard ne sont qu'une seule et même personne, il faudrait donc ajouter à la production de l'écrivain berjallien des nouvelles parues dans le magazine Nous deux, ce qui serait pour le moins surprenant. Et je pense que cet hebdomadaire se serait enorgueilli de l'avoir comme nouvelliste.

 

Sous le pseudonyme d'Hélène Simart :

 simart1.jpg

Editions Ferenczi : Six romans dans la collection Petit Livre de 1957 à 1958.

Editions Del Duca : Huit romans dans la collection Delphine de 1958 à 1969 et vingt nouvelles pour le magazine Nous Deux de 1975 à 1984.

Editions Tallandier : Environ cinquante romans dans les collection Pervenche; Sept Couleurs; Bibliothèque de la famille; Arc-en-ciel; Floralies; Quatre couleurs.

 

Sous le pseudonyme d'Emily Smith :

4 romans dans la collection Colombine chez Harlequin de 1981 à 1983 plus 3 nouvelles dans Nous Deux en 1977 et 1978.

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commentaires

A
Très cher Paul,
Votre billet contient bien des inexactitudes. Vous doutez que Dard ait écrit pour "Nous deux". Ce lien vous montrera exactement le contraire http://www.toutdard.fr/book/nous-deux-n2000/
Le second point est que ceux qui recherchent des pseudos de Dard - dont moi-même - ne sont pas des marchands qui cherchent à faire monter les prix. Les marchands n'ont pas vraiment le temps de lire. Vous remarquerez d'ailleurs que le prix des Agnès Laurent n'est pas monté bien haut.
Le troisième point est que j'ai lu effectivement des Hélène Simart et des Emily Smith. Ni de près ni de loin cela ne ressemble à ce que signait Agnès Laurent.
Enfin on sait de source sûre que Dard connaissait bien l'actrice Agnès Laurent qui avait joué dans certains des films qu'il avait écrits. C'est sans doute le personnage de la starlette dans "San Pedro ou ailleurs".
C'est en effet un sujet difficile sur lequel il faut se garder d'avoir des certitudes définitives.
Bien amicalement
Alexandre
Répondre
P
Bonjour Paul
Très intéressant ton article sur Agnès Laurent , je vais essayer de me trouver "L'assassin aimait les rousses "...
Encore merci .
Bonne journée.
Amitiés.
Répondre
O


Bonjour Patrick


Et des Hélène Simart tu en as lu ? Moi, cela me tente pour me faire une petite idée...


Amitiés



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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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