Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 14:17

Ne sont pas forcément des chercheurs d'or !

Patrick ERIS : Ceux qui grattent la terre.

Pour obtenir un emploi, que faut-il ? Un curriculum vitae en béton ? De l'expérience ? De la hardiesse ? De la chance ?

Surtout de la chance, car pour Karin Frémont, ce n'était pas gagné d'avance. Depuis deux ans qu'elle est demandeuse d'emploi, à vingt-quatre ans, elle commençait à désespérer. Et puis voilà, la secrétaire du riche et énigmatique Harald Schöringen, auteur à succès, lui confirme qu'elle va bientôt lui céder sa place, aspirant à une nouvelle vie, voire un mariage, ou quelque chose comme ça, tout au moins retrouver sa terre natale, la Grande Bretagne. Le fait que Karin porte un prénom à consonance germanique a peut-être été décisif.

Quoi qu'il en soit, la voici apte à devenir la secrétaire de Schöringen, spécialiste du surnaturel, ou encore à l'instar des critiques qui aiment les superlatifs : le Sherlock Holmes du fantastique, le Sulitzer du sensationnel, le Pourfendeur de spectres, en un mot un énigmologue. Il est un véritable phénomène de librairie et pourtant ses œuvres ne sont pas des romans, mais des essais, des études, des documents... Et comme elle possède une licence d'histoire, ce qui l'a amplement servie pour postuler chez Paul Emploi, Karin est plongée dans un domaine qu'elle connait bien, la recherche dans les vieux papiers et les articles journalistiques.

A priori, le travail que va effectuer Karin n'est guère contraignant. Du classement d'articles selon un processus bien défini, plus d'autres bricoles qui sont dans ses cordes. Par exemple aller acheter une pizza chez le restaurateur du coin, lorsque Farida, la femme de ménage est absente et ne peut faire la cuisine. C'est donc sans regret qu'elle quitte Paul Emploi.

Seulement, tout comme Barbe-Bleue, Schöringer interdit à Karin d'entrer dans son antre, son inner sanctum, une pièce dans laquelle il se calfeutre, un appartement dans le vaste appartement situé tout près de la basilique meringuée de Montmartre. Pour correspondre avec son employeur, elle se sert de l'interphone placé à l'entrée de l'inner sanctum, ou par messages via le système intranet de l'appartement. Rarement elle est admise à franchir l'huis de cet antre. Elle est alors face à un homme se déplaçant en fauteuil roulant, aux larges épaules.

Karin est toute contente de pouvoir enfin approvisionner son compte en banque. Elle ne possède comme amis que Josiane, connue lors de son adolescence, et Julien qui sillonne la France en tant que représentant, qu'elle rencontre de temps à autre.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si la nuit, ses rêves n'étaient peuplés de visions macabres. Un homme noir, des murs de ténèbres, et autres cauchemars macabres. D'ailleurs cet homme noir il lui semble bien l'avoir entraperçu un jour en montant l'escalier pour rejoindre l'appartement.

Ce qu'elle ignore, elle aurait dû lire le roman car le lecteur lui est au courant, c'est que la bignole est en proie à ce genre de cauchemars, et qu'elle entend la nuit, quand elle est éveillée, des scriiitch... scriiitch... propices à engendrer des cauchemars.

Un beau matin, qui n'est pas si beau que ça d'ailleurs, Karin se réveille après avoir subi une fois de plus les assauts des murs de ténèbres et de l'homme noir. Près d'elle git un cadavre, un sexagénaire qui habite l'immeuble. Or un an plus tôt un homme avait disparu sans laisser de traces...

 

Nimbé d'une aura fantastique, ce roman emprunte à certaines légendes dont celle de l'homme noir. Pour autant il s'agit d'une œuvre bien personnelle que nous offre Patrick Eris, car bien avant le fantastique, c'est l'angoisse latente, qui prend peu à peu des dimensions tragiques, qui imprègne cette histoire.

Une intrigue qui se divise en deux parties, la première parisienne, qui mène Karin de son embauche jusqu'à ce matin de terreur, puis la seconde qui se déroule en province, Schrödinger ayant décidé de s'installer dans une demeure propice à continuer ses recherches et l'écriture de ses manuscrits loin de l'agitation parisienne. Mais pour cela Karin doit découvrir l'habitation adéquate dans laquelle il pourra recréer à l'identique son inner sanctum, lieu auquel il tient tant.

Un ouvrage à placer entre des romans de Georges-Jean Arnaud et ceux de Serge Brussolo, en phase avec ces thèmes de l'homme noir et de la maison-piège, non loin de romans signés Marcel Aymé, comme Le Passe-Muraille et Alexandre Dumas, pour leur côté fantastique diffus, Les Mille et uns fantômes ou Le château d'Eppstein, par exemple.

Lentement l'angoisse monte, progressivement l'épouvante étreint l'héroïne principale, tout doucement l'univers dans lequel elle est plongée se délite. Patrick Eris sait évoquer les frayeurs cachées, les mettre en scène, sans jouer sur le grandiloquent, le sensationnel.

Ce qui n'empêche pas Patrick Eris de jouer avec l'actualité et certains personnages réels. Schöringen a l'habitude de réunir un petit comité d'amis choisis, d'écrivains et de chroniqueurs, afin de dîner ensemble et passer la soirée. Mais :

Tu sais, si tu t'attendais à voir du people, tu vas être déçue ! Même ces deux frangins bizarres dont on parle à la télé, eh bien, ils ne sont jamais venus ! Schöringen les déteste.

Lorsque les fous sont plus nombreux que les gens sains d'esprit, n'est-ce pas ces derniers que l'on fait enfermer ?

Patrick ERIS : Ceux qui grattent la terre. Collection Sentiers obscurs. Editions du Riez. Parution 9 février 2016. 308 pages. 16,90€.

Repost 0
21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 13:10

Et je dirais même mieux : Viscères ... au poing !

Mo HAYDER : Viscères

Depuis qu'il a subi une opération cardiaque, il a un caractère de cochon. Pas tout à fait, disons plutôt un cœur de cochon car Oliver Anchor-Ferrers vit maintenant avec des valves porcines à la place des siennes. Mais il lui faut quand même ingurgiter quelques médicament à heures fixes.

Lorsqu'il arrive aux Tourelles, une immense résidence campagnarde ressemblant à un manoir, d'où son nom, en compagnie de sa femme Matilda et de Lucia, sa fille âgée de trente ans, et de leur chienne Ourse, il pense enfin pouvoir se reposer et se remettre de son opération. Matilda s'occupe du jardin et Lucia passe son temps à écrire des poèmes et à dessiner ou lire des magazines. C'est une jeune fille boudeuse, ayant adopté une apparence gothique mais si cela gêne quelque peu ses parents, ils ne s'en offusquent pas à cause de son passé. Et il semblerait bien que ce passé se projette à nouveau laissant affluer des souvenirs pénibles.

Quinze ans auparavant Lucia sortait avec un adolescent de deux ans plus vieux qu'elle et elle pensait que ce serait pour la vie. Mais il l'avait délaissée pour une autre fille et elle les avait retrouvés sauvagement assassinés, mutilés, éviscérés dans un fourré au delà des jardins des Tourelles. Leurs entrailles avait été accrochés à des branchages, placés en forme de cœur. Et Matilda vient de discerner le même trophée à peu près au même endroit. De quoi les bouleverser et faire perdre la raison à Lucia. Ils pensent immédiatement à celui qui a été arrêté peu après et qui purge une longue peine de prison, méritée, mais aurait éventuellement bénéficié d'une remise de peine.

Deux hommes qui se prétendent être des policiers se présentent à eux, sous les noms de Honey et Molina. Mais bientôt ceux-ci ne se conduisent plus en policiers venus résoudre l'assassinat d'une voisine éloignée mais comme des individus acharnés à les séquestrer. Ils ne donnent aucune indication sur leurs motivations, se contentant d'humilier les trois résidents. Oliver, qui est un scientifique, un physicien spécialiste de la lumière, s'interroge et cherche à savoir s'il n'aurait pas failli à un certain moment, principalement dans le manuscrit, qu'il rédige en secret, et pourrait être un brûlot vis-à-vis de certaines personnes ou institutions.

 

Pendant ce temps le commissaire adjoint Jack Caffery est en proie a de violentes migraines. Lui aussi possède un passé douloureux, son frère Erwan, alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années, a disparu et n'a jamais plus donné de signe de vie. Un pédophile sévissait dans la région et il est actuellement écroué. D'autres membres ont aussi été arrêté, mais pas tous. Assistant à une commémoration à l'instigation d'une mère qui a décidé de faire construire un mémorial en l'honneur de sa fille victime d'un dérangé mental, Jack décide de reprendre son enquête. La femme qui est devenue alcoolique pleure sa fille, mais elle avait récupéré son corps tandis que Jack n'a jamais retrouvé celui de son frère.

En solitaire, aidé toutefois dans certaines démarches par des collègues ou des connaissances, il repart sur les traces de son enfance, interrogeant des témoins de l'époque, quémandant l'aide du Marcheur, un homme qui lui aussi peut lui apporter des éléments de réponse. Le Marcheur est accompagné d'un petit chien nommé Ourse, dont il ne connait pas la provenance. Si Ourse possède un collier, sous lequel était glissé un reliquat de papier avec la mention aidez-nous, aucune identification ne peut aider Jack Caffery à remonter aux propriétaires. Pourtant c'est bien grâce à la petite chienne que les deux affaires vont insensiblement converger.

 

Telle une sorcière qui ajouterait les condiments au fur et à mesure de la préparation d'une potion magique, Mo Hayder mitonne son suspense en incorporant petit à petit les ingrédients. Une grosse dose de terreur et une autre d'angoisse, assaisonné d'un suspense qui va grandissant et devient cauchemardesque.

Et lorsque la température désirée est atteinte dans la marmite de l'intrigue, les révélations éclatent à la surface comme des bulles pestilentielles.

Mo Hayder imbrique ces deux récits en laissant apparaître la vraie nature des personnages, principalement ceux de Honey et Molina, particulièrement retors, et lorsque l'on pense que tout est dit, des rebondissements surgissent sans crier gare. Mo Hayder manipule ses personnages et le lecteur, avec machiavélisme mais sans artifice qui pourrait laisser penser à des cachotteries. Tout est soigneusement amené, développé, et les protagonistes plongent dans le cauchemar alors qu'ils espéraient une rédemption.

Un roman étouffant, oppressant, et le lecteur ressent un sentiment contradictoire : il a hâte d'arriver à l'épilogue et en même temps il aimerait que cette histoire ne finisse jamais.

Première édition Collection Sang d'encre. Editons Presses de la Cité. Parution le 15 janvier 2015. 448 pages. 22,00€.

Première édition Collection Sang d'encre. Editons Presses de la Cité. Parution le 15 janvier 2015. 448 pages. 22,00€.

Mo HAYDER : Viscères (Wolf - 2014. Traduction de Jacques Martinache). Réédition Pocket Thriller. Parution 14 janvier 2016. 506 pages. 7,90€.

Repost 0
18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 14:47

Plus près des étoiles...

Franck BOUYSSE : Grossir le ciel.

Non, les Américains n'ont pas l'apanage de la littérature des grands espaces, les Français eux aussi savent décrire ces étendues désertiques , âpres, rudes, que sont certaines contrées hexagonales.

Souvenez-vous des romans noirs de Charles Exbrayat dans Un matin elle s'en alla, et de Jean-Pierre Chabrol avec Le Crève-Cévennes par exemple, qui s'érigeaient comme les chantres des Cévennes justement. Maintenant il faudra ajouter Franck Bouysse.

Les Doges. Deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres coincées entre montagnes, forêts, prairies, et le vert qui s'efface une partie de l'année au profit de la blancheur neigeuse.

En ce début d'année 2007, Gus soigne ses bêtes à l'étable, quelque soit le temps, dix-sept mères paisible et bonasses, et huit veaux assoiffés. Puis il boit son bol de lait, fume ses cousues, pense, écoute la télé car souvent quand il neige le râteau ne capte plus les images. Ce jour il n'y en a que pour l'abbé, celui aidait les pauvres, et qui vient de décéder.

Gus est un solitaire, qui ne s'est jamais marié, même si dans sa jeunesse il a fréquenté vaguement une jeune fille. Mais c'est loin tout ça. C'est un quinquagénaire qui n'a que pour unique compagnon Mars, chien perdu sans collier, et qu'il a appelé ainsi non pas en l'honneur du dieu de la guerre mais parce qu'il l'a trouvé un mois de mars.

Il ne faut pas oublier Abel, le vieil homme qui habite une autre veille ferme, sise à quelques centaines de mètre de là. Ils boivent parfois ensemble des verres de vin rouge, discutent mais pas trop. Abel est là depuis longtemps, toujours peut-être, mais les deux hommes n'ont véritablement fait connaissance que dix ou vingt ans auparavant, alors que les parents de Gus étaient décédés. Une demande de coup de main pour un vêlage difficile, puis l'engrenage, une bouteille chez l'un, une bouteille chez l'autre, guère plus de rapports.

Les parents de Gus qui ne l'ont pas élevés, le traitant comme un moins que rien. Seule la grand-mère savait réconforter le gamin, car les parents ne pensaient qu'à le rabrouer, le battre, le tenir en piètre estime. C'est tout ça qu'il se ressasse, le Gus.

Alors qu'il chasse des grives, Gus entend des cris aigus, non loin de chez Abel, puis dans la neige une grosse tache rouge, comme du sang qui se serait égaré là alors qu'il n'avait rien à y faire. Plus tard, il trouvera un porte-clefs de voiture puis découvrira des traces fraîches de pas, de pieds nus tout petits comme apposés par un enfant. Intrigué et inquiet il se rend chez Abel et prend prétexte d'avoir besoin d'une tronçonneuse. Mais tout semble aller comme d'habitude, d'ailleurs l'échange de verres de vin confirme une quiétude relative.

Seulement il reçoit des visites de personnes qui ne semblent pas égarées mais veulent absolument lui proposer quelques chose. Un suceur de Bible qu'il renvoie immédiatement d'où il vient, c'est à dire de nulle part ou d'ailleurs, il n'en sais rien. Tout ce qu'il sait c'est que ce personnage l'importune, tout comme l'avait importuné le représentant d'une banque qui voulait l'inciter à placer de l'argent à tout prix.

Jusqu'à ce que le drame éclate.

 

Avec une écriture fluide, aérienne, envoûtante, imagée - les métaphores sont particulièrement jouissives - des dialogues percutants, ce roman rural est à l'égal de cette contrée, âpre, violent, rude, mais passionnant. Peu de personnages, à part Gus et Abel, des gens de passage qui dérangent, et ceux de la ville proche, l'épicière, le cafetier, Paradis le gros propriétaire et notable qui porte bien mal son nom, l'édile, et quelques autres dessinés sous formes de silhouettes, dont les rapports sont plus ou moins conflictuels, malgré les chopines. Paradis qui n'a jamais pu accéder à la mairie malgré tous les efforts entrepris.

Il faut croire qu'il ne suffit pas de payer des coups au bistrot pour acheter un électorat, ou que les poivrots ne sont pas si nombreux que ça au village, ou bien encore que la démocratie a des vertus insoupçonnées.

Gus est un personnage complexe, frustre d'apparence, et en même temps pratiquant l'art de la dialectique, seulement parfois il peut s'emmêler dans ses déductions hâtives, ne possédant pas toutes les clés, malgré ce porte-clefs qui l'intrigue.

Franck Bouysse s'inscrit dans un courant littéraire qui démontre qu'on peut écrire de belles histoires, comme des fables, avec peu de choses, peu d'actions, mais des faits, des souvenirs poignants, des réminiscences, et un décor. Un roman naturaliste qui s'affranchit des poncifs actuels sur la drogue, le chômage, les jeunes des banlieues en révolte, mais offre le souffle vivifiant d'un univers campagnard loin des préoccupations économiques émanant d'un dictat bruxellois. Nous sommes en plein cœur de la France profonde, celle qui n'est pas superficielle.

Les apparences ont la vie dure et on leur fait dire aussi ce qu'on veut bien.

Première édition : La Manufacture de Livres. Parution 9 octobre 2014. 240 pages. 16,90€.

Première édition : La Manufacture de Livres. Parution 9 octobre 2014. 240 pages. 16,90€.

Franck BOUYSSE : Grossir le ciel. Le Livre de Poche Policier N°34007. Parution le 6 janvier 2016. 240 pages. 6,90€.

Repost 0
16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 13:58

Bon anniversaire à Graham Masterton

né le 16 janvier 1946.

Graham MASTERTON : Le portrait du mal

Des cadavres, la police est amenée à en découvrir chaque jour.

Qu'il s'agisse de morts naturelles, de suicides, d'assassinés pour des raisons diverses.

Mais des cadavres dépourvus de leur épiderme, dépiautés littéralement comme des lapins, c'est tout de même plus rare, et, oserai-je dire, incongru.

Un tableau représentant douze personnages, dû à un peintre préraphaélite obscur et médiocre, conservé jalousement par un directeur de galerie de peintures et qui peu à peu se détériore (le tableau, pas le directeur !) est convoité par une femme mystérieuse. Quel peut-être le rapport entre ce tableau et ces cadavres dépiautés ?

 

Le portrait du mal de Masterton est une habile variation du fameux Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, en reprenant les thèmes principaux mais inversés.

Un roman ambitieux écrit de main de maître par un Graham Masterton au mieux de sa forme, dans lequel l'humour y est moins présent que dans certaines de ses productions, mais où, je cite François Truchaud son traducteur, mais où l'horreur y est beaucoup plus sérieuse, plus abominable.

Un tournant dans la carrière de Masterton qui n'est plus considéré par certains critiques comme le successeur de Stephen King, mais bien comme le rival en passe devenir le numéro Un de l'horreur fantastique.

Il faut avouer que dès les premières pages, le lecteur est happé par l'intrigue, englué dans une histoire haletante où les temps morts sont rares.

Chronique écrite en 1989 pour une émission radio.

Editions Pocket, collection Terreur. Parution septembre 1989. 478 pages.

Editions Pocket, collection Terreur. Parution septembre 1989. 478 pages.

Graham MASTERTON : Le portrait du mal (Family Portrait - 1985. Traduction de François Truchaud). Réédition Milady. Parution avril 2010. 475 pages. 7,00€. Version Kindle 5,99€.

Repost 0
9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 13:38

N'est pas celle du Père Noël !

Georges-Jean ARNAUD : La défroque.

Avec son menton en galoche, ce qui lui a valu son surnom, qui posé sur les cageots de légumes ou de fruits, les retient sur son diable, et avec ses petits bras musclés, Luigi Sorgho est très demandé par les déballeurs sur le marché de Hyères.

Il boit ses rosés que lui ont offert les acheteurs pour ses bons et loyaux services de manutentionnaire, chez Henri, un petit bar rendez-vous des marchands et maraîchers. Italien, il vit avec sa sœur Grazia dans un petit appartement qui leur suffit amplement. Ils sont restés célibataires et cela leur convient bien.

Ce jour là il aperçoit un homme, habillé de bric et de broc, buvant une menthe à l'eau (mais n'est pas maquillé comme une star de ciné). Ce visage, il le connait mais est incapable de se remémorer où il a vu ce personnage qui lui sourit. Luigi s'informe auprès d'Henri. Le cafetier ne peut guère donner de renseignements. L'homme apporte des cageots de cerises, lorsque c'est la saison, et achète de la ficelle à Marguin, un grossiste, et circule dans une vieille fourgonnette. Les autres consommateurs, qui taquinent volontiers Galoche, n'en savent pas plus, sauf qu'il vivrait dans une communauté près de Méounes. Il y a en même un qui lâche avec détachement qu'il lui fait penser à un curé.

Le déclic ! Le soir même Galoche annonce à sa sœur qu'il a vu l'abbé Corti, en civil. Il est inquiet. Ayant assassiné deux ans auparavant un homme, il s'était confessé sur les instances de Grazia à cet abbé alors qu'ils séjournaient à Digne. Ce crime était resté impuni, mais quand même. Que fait donc Corti à Hyères, si ce n'est pour le harceler. Il faut absolument retrouver où il crèche (normal pour un curé), et savoir ce qu'il lui veut. Peut-être pour le dénoncer.

Alors Grazia et lui vont unir leurs forces pour découvrir où se terre ce curé. Et ce qu'ils apprennent dépasse leur entendement. Corti n'est plus curé, de plus il est marié et dirige avec sa femme une communauté recueillant des routards. Galoche s'affole et obnubilé par son premier crime et la peur au ventre que son ancien confesseur le dénonce auprès de la police, il va commettre un second meurtre.

 

Luigi est un être fruste, s'exprimant difficilement en français, vivant sous la domination de sa sœur Grazia, confite, comme un vieux citron, en dévotion. La peur de se voir confondu pour un crime ancien, être dénoncé par un ancien curé, l'empêche de réfléchir sereinement, et dans sa panique va commettre justement ce qu'il ne fallait pas faire. Il est vrai qu'il est mal conseillé par Grazia, mais il redoute également les forces policières, n'étant pas vraiment en règle dans son pays d'adoption.

Peu à peu, à la façon de Frédéric Dard et d'Alfred Hitchock conjugués, Georges-Jean Arnaud joue sur l'inquiétude de ce couple frère-sœur, non incestueux je précise, inquiétude renforcée par la peur que leur passé les rattrape. Ils sont incapables de penser, réfléchir sereinement, et s'affolent avant de savoir réellement ce que fait Corti dans la région.

Une atmosphère romanesque lourde qui de plus est développée par la chaleur de la région. Luigi-Galoche ne crache pas, au contraire, sur les petits verres de rosé qui lui sont offerts, s'en paient quelques-uns supplémentaires ce qui bien évidemment occulte sa réflexion, son cerveau étant quelque embrumé.

 

Si le thème de ce suspense est intemporel, un homme fautif qui pense, à tort, être traqué, certains éléments ancrent ce roman dans une époque révolue.

Ainsi, en ce début des années 1970, il est commun de parler encore en anciens francs, même si le nouveau franc est de mise depuis 1960. Ce qui peut occasionner à ceux qui n'ont pas connu cette période quelques désagréments dans la compréhension des sommes indiquées. Luigi reçoit cinq à dix francs (nouveaux) pour son travail de manutention auprès des acheteurs de légumes. Dans le même temps une brave femme indique qu'elle touche deux mille francs (anciens soit vingt francs) pour une demi-journée de travail.

Dans le bureau de poste où Luigi et Grazia recherchent un numéro de téléphone, ils sont surpris de ne pas trouver l'annuaire des Basses-Alpes, oubliant que depuis 1970 ce département a été rebaptisé Alpes-de-Haute-Provence. Et alors qu'ils veulent téléphoner à l'évêché afin de demander un renseignement concernant Corti, la demoiselle (c'est toujours une demoiselle) du guichet téléphonique leur signifie qu'il y a une demi-heure d'attente. L'automatique n'était pas encore en place partout, ce qui amène à nous souvenir du fameux sketch de Fernand Raynaud, le 22 à Asnières.

 

Merci à Patrick qui se reconnaitra et m'a fait parvenir ce roman.

Première parution collection Spécial Police N°1044. 1973.

Première parution collection Spécial Police N°1044. 1973.

Réédition collection Spécial Police N°1604. 1980.

Réédition collection Spécial Police N°1604. 1980.

Georges-Jean ARNAUD : La défroque. Collection Crime Fleuve Noir N°19. Editions Fleuve Noir. Parution février 1992. 224 pages.

Repost 0
29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 16:14

Tu sais ma môme que j'suis morgane de toi...

Brice TARVEL : Le démon du grenier.

Parce que ses parents, qui travaillent à Paris pour une nouvelle chaîne de télévision, dont l'audience laisse à désirer, n'ont guère de temps à lui consacrer, Morgane a été confiée à sa grand-mère qui vit dans un coin reculé de la Lozère, près de Florac.

Mamie Edwige possède une réputation de sorcière, et il est vrai qu'une pièce de sa maison a été transformée en laboratoire, dans lequel éprouvettes, cornues, cristallisoirs et autres bibelots de chimiste avéré cohabitent en bonne intelligence, même si le nez de Morgane est parfois agressé par les émanations qui s'en dégagent. Mais il faut toutefois avouer que mamie Edwige possède un don, celui de chasser les fantômes, spectres, revenants, ectoplasmes et conjurer les sortilèges et qu'elle est très demandée. Seulement tout est scientifique affirme mamie Edwige, ne pratiquant la magie d'aucune sorte.

Parmi les élèves du collège de Mende où elle étudie, Morgane n'a guère d'amies. Evidemment avec un prénom pareil, il est bon de soupçonner qu'elle aussi s'adonne quelque peu à la sorcellerie et à la magie. Seul trouve grâce à ses yeux, Valentin, qu'elle aide à résoudre ses exercices de maths, ce qui leur permet de rester ensemble un peu plus longtemps. Au plus grand plaisir des deux adolescents qui ressentent l'un pour l'autre un sentiment plus fort que de l'amitié ou de l'affection.

Maintenant que les présentations sont faites, intéressons-nous à ce soir de fin novembre. Neuf heure vient de sonner au clocher de Florac, et aucune bonne odeur de soupe aux légumes chatouille les narines de Morgane qui commence sérieusement à avoir faim. Mamie Edwige a laissé passer l'heure du repas, absorbée par la préparation de sa nouvelle recette chimique : le goudron bleu.

C'est à ce moment que retentit la sonnette de la porte. Elles découvrent un petit bonhomme ventripotent, un gnome que Morgane catalogue tout de suite comme une incarnation de Quasimodo ou de Grincheux. Il s'agit du père Chassagnac, ferronnier d'art de son métier, fabricant de girouettes. Le bonhomme est tout tourneboulé. Alors qu'il travaillait à la pose d'une nouvelle girouette, il a aperçu sur le toit d'une vieille bâtisse voisine un oiseau énorme qui ressemble tout à la fois à un corbeau et à un toucan mais aux dimensions multipliées au moins par dix.

Décision est prise rapidement et sans tergiverser : Chassagnac est chargé de construire une énorme cage tandis que mamie Edwige, Morgane, bientôt rejointes par Valentin, se dirigent vers la chaumière et son impressionnant volatile. Seulement il leur faut prendre des précautions car des pierres de lune ont été utilisées pour l'édification de cette bâtisse. D'abord se méfier de l'oiseau, le Corcan comme le définit par contraction mamie Edwige, et dont les réactions peuvent être imprévisibles et peut-être mortifères. Ensuite cette maison qui recèle bien des dangers, mamie Edwige et ses petits accompagnateurs vont bientôt en subir les conséquences. Ils commencent à léviter, comme Mary Poppins, mais en vrai. Et Morgane aperçoit de grosses lucioles au travers des fourrés environnants. De même elle pense distinguer dans le grenier derrière un tas de vieilles bricoles, comme un fantôme dont le visage serait revêtu d'une cagoule de cuir.

 

Ce roman et les autres de la série Morgane, que j'espère pouvoir vous présenter bientôt, sont destinés à un lectorat allant de dix à cent-dix ans, des jeunes adolescents et aux plus vieux, ceux qui ont gardé leur âme d'enfant. Tout comme l'auteur d'ailleurs.

Conte de fée moderne, Le démon du grenier emprunte aux récits qui ont enchanté notre enfance, dans lesquels le surnaturel bon enfant prime, mais s'adapte au goût du jour. Les nouvelles technologies sont passées par là, et s'immisçant dans un scientifique merveilleux, ce sont les soi-disant progrès élaborés par le genre humain, celui qui est toujours à la recherche de transformations génétiques, qui sont mis en scène dans ce roman.

L'angoisse et l'humour malicieux sont les deux mamelles de cette histoire dont le propos est plus profond qu'il y parait. Ne serait-ce que, sans vouloir déflorer par trop l'intrigue, de respecter Dame Nature et éviter de mettre dans des structures spécialisées des personnes atteintes de différences physiques, de les rejeter.

 

Première édition : Atelier de Presse. Parution janvier 2008.

Première édition : Atelier de Presse. Parution janvier 2008.

Réédition : Editions des Lucioles : avril 2011.

Réédition : Editions des Lucioles : avril 2011.

Brice TARVEL : Le démon du grenier. Série Morgane. Editions Malpertuis. Collection Brouillards. Parution 28 novembre 2015. 118 pages. 10,00€.

Repost 0
11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 09:16

Ne scintille plus...

Ivan ZINBERG : Etoile morte.

Décidément, il ne fait pas bon travailler comme femme de service dans les hôtels américains. Quand elles ne sont pas agressées par un individu lubrique, elles découvrent un cadavre !

Seulement celui qui vient d'être repéré n'est pas mort béatement dans son lit, même s'il a participé à une séance de copulation auparavant. L'homme bâillonné est attaché par les membres aux montants du lit, il a été éventré et émasculé d'une soixante de coups de couteau, l'arme enfoncée dans l'anus. Il existe de meilleurs endroits pour ranger ce genre d'ustensile de cuisine.

Sean Madden, de la section homicide du LAPD de Los Angeles, et son coéquipier Carlos Gomez sont chargés de cette affaire peu banale. Tout d'abord il leur faut éplucher les séquences vidéo provenant des environs de l'hôtel ou de l'établissement même. Ils repèrent une femme blonde accompagnant Paul Gamble, le défunt, mais les images sont floues. De plus cette femme prend soin de cacher son visage derrière des lunettes noires grand format, ne se montrant jamais de face.

Les premières constatations dans la chambre du crime ne sont guère positives, rien n'ayant été laissé au hasard par la meurtrière. Seules quelques empreintes sur la moquette permettent de penser qu'un trépied y avait été installé, afin de procéder à un enregistrement des ébats meurtriers.

Ils se renseignent également auprès de l'épouse de Gamble, un riche entrepreneur qui a monté une start-up informatique qui engrange les bénéfices. Auprès de la secrétaire de Gamble, ils apprennent que l'homme était une bête de sexe, qu'il l'avait violée à plusieurs reprises, ainsi que de jeunes stagiaires, les payant ensuite grassement pour qu'elles se taisent. Toutefois, la secrétaire découvre dans le coffre de l'homme d'affaire un CD montrant Gamble en pleine activité, avec elle mais aussi avec une autre jeune femme dans un endroit inconnu. Elle remet l'objet à Sean Madden et son coéquipier, ce n'est pas grand chose, mais les petites informations, révélations mises bout à bout peuvent faire avancer l'enquête.

Toutefois Sean Madden doit déranger car en sortant d'un cinéma il aperçoit une voiture, une femme blonde à l'intérieur et un tuyau qui dépasse comme s'il s'agissait d'un fusil. Le bon réflexe consiste à se coucher sur le trottoir, à l'abri, ce qu'il fait. Il est sain et sauf, mais une jeune asiatique en subit les dommages collatéraux. Elle n'est que blessée, il appelle les secours et va même lui rendre visite à l'hôpital.

 

La veille de la découverte du corps de Gamble, Michael Singer, un reporter-photographe spécialisé dans la traque des vedettes de cinéma. Il possède de très nombreux informateurs qui lui fournissent d'amples renseignements ou l'aident dans ses démarches, des policiers et un informaticien rasta, genre baba-cool adepte de la fumette notamment. Chasseur de scandales il est rémunéré par la presse à sensation, ce qui lui permet de payer ses indics en conséquence.

C'est ainsi qu'il apprend par un policier que Naomie Jenkins, une vedette d'un journal télévisé, a été kidnappée puis violée. Elle a été droguée et s'est réveillée dans un hangar dans une zone industrielle, mais elle ne se souvient de rien. Cette fois il ne s'agit plus pour Mike Singer d'une affaire croustillante mais bien d'un acte répréhensible et il comprend fort bien que les médias n'en aient pas été informés. Il va mettre tout en œuvre pour découvrir qui sont ses ravisseurs violeurs, touché par la grâce et la dignité de la jeune femme. Il en devient même secrètement amoureux.

En remontant la filière grâce à ses contacts, il va se trouver au cœur d'une sombre histoire de films pornographiques.

 

Deux enquêtes qui vont bientôt converger, des hommes étant retrouvés assassinés dans les mêmes conditions que Gamble, et des femmes ayant subi des viols selon les mêmes méthodes endurées par Naomi Jankins.

Un roman qui débute en mode diésel, avec de très nombreuses digressions, explications, mais qui peu à peu s'emballe pour finir en trombe, comme une course contre la montre en côte.

Sean Madden le policier, et Michael Singer le paparazzi, tiennent une place importante, pour ne pas dire prépondérante dans ce récit, aussi bien dans leurs recherches, leur quête, que par leur charisme.

Ivan ZINBERG : Etoile morte.

Sean Madden, est devenu orphelin très jeune, ses parents étant décédés dans un accident de voiture. Mais s'il s'est retrouvé seul, placé en orphelinat, il a eu la chance, si l'on peut dire, de ne pas être démuni, ses parents étant extrêmement riches. Mais il a décidé de travailler, et le métier de policier l'a attiré pour diverses raisons. Il habite la Chemosphère, une construction d'architecte, mais il ne fait pas étalage de sa richesse. Il vit seul, ayant eu une compagne mais celle-ci l'a quitté. Il ne boit pas d'alcool, ne se drogue pas, un homme normal en quelque sorte.

Michael Singer lui aussi est un solitaire, ne vivant que pour son travail de reporter journaliste. Il a su s'entourer d'hommes et de femmes qui sont devenus des complices, mais dans cette affaire il se prend pour un enquêteur, une sorte de détective privé, attiré sentimentalement par Naomi Jenkins et lui vouant une forme de culte.

Les deux enquêtes, totalement différentes au départ, vont converger avec comme point commun Gamble, car les motivations des différents protagonistes se rejoignent, s'aimantent, comme le Bien et le Mal s'attirent justement à cause de leur antagonisme. Deux aiguilles d'une horloge, placée sur un pivot central érectile, qui au départ vont dans des sens opposés, se rejoignent, se superposent puis reprennent leur course dans le temps.

Si les descriptions sont travaillées, sérieuses, minutieuses, détaillées, parfois de façon clinique, minutées, permettant de visiter les différents quartiers et villes qui composent Los Angeles, les traits d'humour et les allusions ne manquent pas. Ainsi Sean Madden est allé voir Bleu Bell, l'adaptation longue de 37.2 le matin, et en sortant du cinéma il distingue une voiture avec la femme blonde à l'intérieur. Ceci ne vous rappelle rien ? Mais si, le roman de Sébastien Japrisot, La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil, adapté plusieurs fois au cinéma !

 

N'hésitez pas a visiter le site des éditions Critic, vous trouverez quelques jolies pépites...

Ivan ZINBERG : Etoile morte. Thriller. Editions Critic. Parution le 5 novembre 2015. 478 pages. 20,00€.

Repost 0
6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 15:15

C'était un p'tit bonheur...

Georges-Jean ARNAUD : Le petit bonheur piégé.

Solange Simoni, mère célibataire d’un garçon de trois ans a compris trop tard pourquoi Pierre Lafitte, gérant d’une agence immobilière à Toulon, l’a embauchée.

Il s’intéressait plus à son enfant qu’à elle, même s’il l’a culbutée à quelques reprises sans passion. Seul le besoin que l’enfant l’appelle Papa comptait apparemment à ses yeux. Lors d’une virée, elle s’est endormie dans la voiture. Au réveil elle est seule perdue dans la montagne. Plus d’enfant, plus de patron.

Une disparition orchestrée avec traces de sang et une vieille machette retrouvée par les gendarmes. Suspecte elle passe quelques années en prison. Dix neuf ans plus tard, sortie de geôle et après divers boulots, l’envie de reconstituer son passé, de retrouver au moins Gilbert, la tenaille. Elle s’aperçoit qu’ils n’étaient qu’un leurre.

Philippe, alias Peter Bruckner, était un agent de la Stasi. Pour protéger sa compagne Agnès et ses enfants, il lui fallait s’inventer une famille fictive. Elle interroge Tata Marcelle, la nourrice de Gilbert qui a sombré dans l’alcoolisme, laquelle lui apprend que la propriétaire de l’agence était liée à Peter. Une piste qui semble coupée mais dont elle renoue les liens peu à peu pour retrouver l’oncle de celle qui vivait avec Peter, Alex, un apiculteur, braconnier, sauvage, cupide et libidineux.

Pendant ce temps Agnès est abordée par Michael qui est persuadé retrouver sa mère. Agnès a fui durant toutes ses années par monts et par vaux, retrouvant Peter quatre fois par an, à dates et lieux précis. Jusqu’au jour où Peter est décédé d’un cancer.

Gertrud, la mère de Peter, est, elle aussi, en France. Ancienne nazie, communiste fanatique, elle est à la recherche de documents, remontant le passé de son fils et de son petit-fils qui la déteste. Elle étrangle Tata Marcelle puis tue une belle-sœur d’Agnès. Solange extorque la vérité auprès d’Alex, mais il la maîtrise et l’enferme dans un puits.

 

Le petit bonheur piégé s’inscrit dans la veine du roman intimiste avec lequel Arnaud s’est forgé une solide réputation de chroniqueur de personnages en quête d’identité.

C’est également un retour en arrière, sur les agissements de la Stasi, la police politique Est-allemande, sur la chute du mur de Berlin et des espoirs que la destruction de ce symbole a suscités.

Sans oublier ce goût de la manipulation qui imprègne pratiquement tous les ouvrages de G.-J. Arnaud, avec en point de crête une mise en scène réglée au détail près, la description de sentiments exacerbés, de liens familiaux en déliquescence, une complexité d’intrigue savamment orchestrée, qui font passer en arrière plan et oublier cette distorsion dans le temps et les coïncidences qui amènent les personnages à se mettre en mouvement ensemble au même moment. Une réussite.

 

Georges-Jean ARNAUD : Le petit bonheur piégé. Collection Les Noirs du Fleuve Noir N°50. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1998. 350 pages.

Repost 0
4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 16:43

Allumer le feu, allumer le feu...

Patrick S. VAST : Igneus.

En ce 31 octobre 2014, peu avant minuit, alors qu'il s'apprête à entrer chez lui, Aralf, musicien du Groupe ADRIAN, sent derrière lui une présence. Un homme demande à lui parler. Aralf est intrigué, il s'avance, un éclair jaillit, l'inconnu s'enfuit, Aralf n'est plus qu'une torche vivante, morte. Le quartier de Wazemmes à Lille est vraiment pittoresque.

Au même moment, dans un restaurant routier à la sortie de Tournai en Belgique, Jizza attend. Elle ne sait pas trop quoi. Elle a reçu un appel téléphonique lui demandant de se rendre au Trucker, ce qu'elle a fait, et depuis elle attend. A ce moment un homme entre dans le bar, émettant d'une voix tremblante cette litanie : C'est l'heure, oui, c'est l'heure...

Sur l'injonction du cabaretier l'homme s'esquive, désemparé. Une tragique histoire qui s'est déroulée trente ans auparavant, jour pour jour. A l'emplacement du routier s'élevait une discothèque, et dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1984, un incendie s'est déclaré, près de cent cinquante personnes, dont les quatre membres du groupe de rock métal qui effectuaient leur prestation, succombant sous la proie des flammes. En sortant du bar, Jizza est prise en charge par quatre jeunes hommes voyageant à bord d'un minibus. Dans l'habitacle elle entend une chanson qui lui remémore quelques souvenirs, Still loving you des Scorpions, mais légèrement transformée. Elle goûte à une cigarette améliorée que lui tend l'un des quatre chevelus qui portent en bandoulière une croix inversée. Lorsqu'elle se réveille elle est allongée sur un banc lillois.

Pendant ce temps, dans la campagne aveyronnaise, près de Vinérac, un gamin frappe à la porte d'une maison. Il grelotte, semble avoir peur et ne sait que dire au secours. Si la femme veut bien l'accueillir, l'homme le renvoie sèchement. Pour lui le gamin s'est échappé du centre du Ropiac, un lieu à la réputation sulfureuse. De nombreux gamins vivent dans ce centre particulier et comme Lucette, la fille de ce couple, y travaille, l'homme ne veut pas d'embêtement. Le gamin s'enfuit, peu après un coup de feu retentit dans la nuit.

 

Jizza est la guitariste chanteuse du groupe ADRIAN, et le capitaine Legrand, un policier lillois, lui apprend le décès par combustion d'Aralf. Jizza est effondrée, d'autant qu'en regardant une pochette de disque dans la collection de son père, elle reconnait les quatre membres du groupe Wild Mind. Ils ressemblent étrangement aux quatre garçons dans le van qui l'ont prisent en stop la nuit précédente.

A Toulouse, Xavier doit se rendre à Lille pour effectuer une nouvelle mission. Il vient d'en rater une mais son commanditaire exige qu'il renouvelle son expérience. Il possède une liste, sur laquelle figurait Arnaud Delattre, alias Aralf, mais également Jizza et son père. Le guide l'exige.

Lucette est amie avec Oriane, autre membre du personnel du Ropiac. Elle est au courant de la tentative d'évasion de l'un de leurs jeunes pensionnaires. Elles sont au service d'une secte sataniste et Oriane a prévenu Chastagne qui traque justement ce genre de groupuscules dont celle du professeur Soriot qui dirige Ropiac. Chastagne et Oriane ont beau se rendre à la gendarmerie de Rodez, puis s'adresser à un commissaire toulousain, rien n'y fait. Personne ne veut s'intéresser à leur histoire, tout juste si on ne les traite pas de fous paranoïaques.

Charles Manfret, qui dans sa jeunesse a joué dans un groupe punk, The Sox Guns (tiens, ça me rappelle vaguement quelque chose, pas vous ?), se consacre désormais, toujours à la musique mais comme chroniqueur musical. Il apprend en lisant le journal le décès d'Aralf, ce qui ne l'intéresserait pas plus que ça si les noms de Jizza et surtout celui de Louis Genelli n'y étaient pas accolés. Or Louis Genelli, il l'a connu, beaucoup plus jeune.

 

Dans ce roman tout feu tout flamme, nous retrouvons le thème qui avait été développé dans le précédent ouvrage, Requiescant, celui de la combustion spontanée. Mais le développement est totalement différent, plein de bruit et de fureur, empreint de rock métal, celui qui a bercé nos années 70/80. La musique adoucit les mœurs, parait-il, mais ce n'est pas toujours vrai, lorsque d'autres éléments s'en mêlent.

Ainsi la présence satanique d'une secte n'est pas fortuite et Patrick S. Vast en démontre les dérives dangereuses, morbides, traumatisantes et funestes. Ainsi l'église sataniste créée par Soriot est calquée sur le modèle et les principes édictés par Anton LaVey.

Surtout lorsque des personnes appartiennent en même temps à des associations influentes, à but caritatif, comme la confrérie du Prisme de l'Eveil qui s'infiltre dans l'histoire. Une célèbre association internationale, le Rotary Club pour ne pas la citer, possède comme devise : Servir d'abord. Ce qui est louable en soi. Mais il ne faut pas oublier cette devise secondaire qui dit : Qui sert le mieux profite le plus. Or sous des dehors de solidarité envers les autres, c'est bien la solidarité envers ses propres membres qui prévaut, jusqu'au plus haut de la pyramide sociale. Servir l'intérêt particulier passe avant l'intérêt général. Je parle bien entendu du Prisme de l'Eveil, n'allez pas me prêter de mauvaises intentions.

 

Igneus est un excellent roman qui en deux cents pages narre une histoire foisonnante, musicale, flamboyante, et Patrick S. Vast démontre que point n'est besoin de noircir une multitude de feuillets inutilement pour parvenir au but premier : divertir le lecteur. Il ne s'embarrasse pas de digressions oiseuses et longuettes pour expliquer les faits et gestes des satanistes, il les évoquent tout simplement et cela ne nuit en rien à la narration. Au contraire, celle-ci est plus fluide, plus rapide.

Il est amusant de noter que bon nombre de personnages sont maigres, efflanqués, habillés de noir, et à chaque j'avais l'impression d'être face à des clones de Iggy Pop.

 

Patrick S. VAST : Igneus. Editions Fleur Sauvage. Parution le 10 novembre 2015. 208 pages. 16,40€.

Existe en version Kindle : 9,99€.

 

Repost 0
4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 13:32

Hommage à Cornell Woolrich, alias William Irish, né le 4 décembre 1903.

William IRISH : Le territoire des morts

En apparence anachronique, ce roman de William Irish reflète pourtant l'un des thèmes majeurs de l'œuvre de l'auteur : le pessimisme.

Pessimisme qui conduit les héros malgré eux, une invitation aux retrouvailles de l'autre côté du monde réel, du monde des vivants.

Les romans qui se terminent bien, à la conclusion heureuse, sont fait rare chez Irish. C'est l'amour passion, l'amour coup de foudre qui prime, trouvant son aboutissement et son apogée dans la tourmente. L'amour éternité ne peut se réaliser qu'après d'âpres combats, dans un au-delà mythique.

Un homme aime une femme sur une vision, une rencontre fortuite, mais est-ce vraiment le déclic émotionnel ou seulement les prémices à une autre passion plus ravageuse, plus intellectuelle ?

Pour cela il faudrait analyser toute l'œuvre de William Irish, et surtout se reporter à sa vie privée et des incidences qu'elle eut sur justement son œuvre. Que ce soit au travers des romans mondialement connus tels que La sirène du Mississippi, La mariée était en noir, J'ai épousé une ombre, Lady Fantôme et d'autres moins connus mais tout aussi intéressants, comme ce Territoire des morts, l'amour contrarié est viscéralement ancré. Mais si Le territoire des morts aborde un thème plus fantastique, il n'a garde d'oublier les relations émotionnelles homme/femme.

 

Parce qu'il est en panne de voiture, Larry frappe une nuit à la porte d'une habitation perdue dans la nature. A l'une des fenêtres du premier étage s'inscrit en blanc le visage d'une jeune femme. Coup de foudre réciproque et Larry enlève Mitty.

Après le mariage devant un juge, ils partent en voyage à bord d'un bateau. Lors de l'escale de Puerto Santo, Mitty descend à terre. Larry s'inquiète, descend lui aussi, fouille la ville à la recherche de son épouse, et lorsqu'enfin il la retrouve, le bateau a levé l'ancre.

Commence alors une étrange histoire. Irrésistiblement Mitty est attirée par ce qui se trouve de l'autre côté de la montagne. Pourtant tous les témoignages concordent et sont formels : il n'y a rien de l'autre côté, personne. C'est le Territoire des morts.

 

Dans une histoire à la Ridder Hagard, William Irish a su créer une atmosphère insidieuse, envoûtante, diabolique, toute à l'image de son œuvre.

Première édition, tirage limité : Sinfonia. 1987.

Première édition, tirage limité : Sinfonia. 1987.

William IRISH : Le territoire des morts (Savage Bride - 1950 ou 1952. Traduction de Gérard de Chergé). Collection Série 33. Editions Clancier-Guénaud. Parution avril 1988. 256 pages.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables