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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 03:47

Quand André-Paul Duchâteau s’adonnait à la sherlockmania !

André-Paul DUCHÂTEAU : Sherlock Holmes revient.

Surtout connu pour les scénarii de Ricochet, illustrés par son compère Tibet, André-Paul Duchâteau a également écrit de nombreux romans policiers à dominance humoristique.

Dans ce recueil, il s’attaque, gentiment et toujours avec humour, à un monument de la littérature policière en offrant quatre nouvelles, qui ne révolutionnent pas la geste de Sherlock Holmes mais contribuent à magnifier la légende du détective créé par Arthur Conan Doyle.

Quatre nouvelles sans fil conducteur mais dont certains personnages apparaissent et réapparaissent au long des récits, et je ne parle pas bien sûr de Sherlock Holmes et de son inamovible ami, secrétaire, et biographe.

 

Le Noël de Sherlock Holmes :

Une jeune actrice, Janet Fields, se présente le soir de Noël chez Sherlock Holmes. Elle est reçue par Watson qui, coïncidence heureuse, vient de lire un article concernant la pièce de théâtre dans laquelle elle joue.

Mal apparemment d’après un spectateur car elle vient de recevoir un message l’avertissant que son correspondant va la tuer ce 24 décembre, au cours de la représentation. Et c’est signé Jack l’Eventreur.

Alors Sherlock et son ami Watson se rendent au théâtre afin d’assister à la représentation et se présenter dans la loge de la jeune comédienne. Mais c’est le directeur de l’établissement qui est retrouvé assassiné.

 

Défis à Sherlock Holmes :

Raffles, le célèbre aventurier et gentleman cambrioleur, lance deux défis à Sherlock Holmes, lequel accepte galamment et s’en tirera à son avantage. Ce n’est point tant ces deux défis, bien imaginés par André-Paul Duchâteau, qui comptent, quoi que, mais bien ce personnage de Raffles, précurseur d’Arsène Lupin, créé par William Ernest Hornung, lequel n’était autre que le beau-frère d’Artur Conan Doyle. Une affaire de famille.

 

Le meurtre de Diana Bonté :

Trois sœurs, les sœurs Hawkins, se présentent chez Sherlock Holmes, requérant son aide dans une affaire de meurtre programmé. Elles sont toutes trois romancières, écrivant sous le pseudonyme commun de Diana Bonté des romans catalogués comme livres pour dames. Elles ont reçu un de leurs ouvrages avec une croix rouge tracée à côté de leur nom de plume, puis une boîte contenant une veuve noire, cet amical arachnide poilu.

A Sherlock Holmes rien d’impossible, ce qui n’empêche pas une pendaison. Suicide ou meurtre ?

On reconnaîtra aisément dans ce pseudonyme commun (mais pas commun) un clin d’œil appuyé aux sœurs Brontë.

 

Le propriétaire de Chelsea :

Etre un riche industriel, cela n’empêche de mourir d’un accident de la route. Une deux-chevaux, une voiture hippomobile, renverse le richissime Fortescue victime d’un meurtre avéré, le véhicule ayant été volé et retrouvé la nuit suivante. Pour Sherlock Holmes, l’assassin ne peut être que l’un des quatre locataires d’un immeuble dont Fortescue était le propriétaire. Des personnages étant étroite relation avec le défunt.

Le lecteur retrouve, dans cette nouvelle, Janet Fields dont il a fait la connaissance dans Le Noël de Sherlock Holmes ainsi que l’inspecteur Lestrade.

 

Quatre nouvelles empreintes d’un humour très British, ce qui ne gâte rien, et des déductions émises par Watson lequel est souvent contredit par Holmes. Ce qui ne l’empêche pas de tarabuster parfois le grand homme.

Mais il vous faut réagir et prendre un peu de distraction, Holmes. Vous ne pouvez pas continuer à rester confiné ici vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

André-Paul DUCHÂTEAU : Sherlock Holmes revient. Collection Attitudes. Claude Lefrancq éditeur. Couverture et illustrations intérieures de René Follet. Parution 1992. 160 pages.

ISBN : 9782871530862

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12 juillet 2020 7 12 /07 /juillet /2020 04:17

Dans la lignée de Fantômas, de Zigomar et de Fu-Manchu…

Anonyme : Le professeur Flax, monstre humain.

Si le personnage de Harry Dickson est surtout connu grâce aux traductions du néerlandais par Jean Ray qui a décidé par la suite d’imaginer de nouvelles aventures au célèbre détective surnommé le Sherlock Holmes américain en s’appuyant sur des illustrations de couvertures, il ne faut pas oublier non plus qu’il fut d’abord édité en France grâce à des traductions, non signées, de Gustave Le Rouge en autres.

En effet, cet auteur prolifique a traduit les six aventures au cours desquelles Harry Dickson et son fidèle ami et élève Tom Wills vont être confrontés à l’ennemi public numéro 1, le professeur Flax, qui est un peu une émanation de personnages malfaisants dont le plus représentatif est peut-être Fantômas. Sans oublier, mais il n’est pas Français, l’horrible Fu Manchu du britannique Sax Rohmer, un malfaisant incarnant le péril jaune souvent utilisé pour l’édification des jeunes et moins jeunes lecteurs.

Ces aventures totalement débridées (de nombreuses poursuites à dos de cheval ont lieu), paraissent invraisemblables dans leur démesure, tout comme le furent les épisodes consacrés à un autre héros le célèbre Furax. Et pourtant, malgré les débordements parfois outranciers des épisodes qui se succèdent sans répit ni relâche, ces textes possèdent encore de nos jours un parfum de nouveauté loin des aventures policées qui étaient publiées à cette époque.

Dans La prisonnière du clocher, nous retrouvons Harry Dickson dans la région de l’Epire, chevauchant seul en compagnie d’un léopard et arrivant près d’une auberge. Muni de documents officiels, il est pris pour un ministre. Les habitants sont effrayés à la vue du léopard mais cela ne les empêche pas de se presser auprès de l’étranger. Le maire annonce que le prêtre du village a été assassiné une heure auparavant, probablement par un des brigands qui infestent la région. La bonne du curé, qui voudrait bien en peut point, lui apprend que quelques jours auparavant une jeune fille, apparemment de bonne famille, s’était entretenue avec le prêtre puis était repartie à cheval dans la nuit.

En compagnie de son léopard qui lui sert de chien, cherchant des traces et des empreintes dans la cave, Harry Dickson découvre le corps emmuré d’une femme en costume macédonien. La servante reconnait en cette dépouille l’inconnu qui s’était entretenue avec le prêtre. Une lettre est découverte signée Flax, qui se fait désormais appeler Mustapha Bey. Aussitôt il se décide à se rendre à Jannuia où Flax s’est probablement rendu pour se diriger ensuite vers Constantinople.

Harry Dickson prend le train, placé dans un compartiment où est déjà installé un voyageur endormi. Mais le léopard, de par ses mouvements, déclenche une machine infernale reliée à un revolver. L’animal décède. Un piège qui était destiné à Harry Dickson. Le contrôleur du train n’était autre que Flax et le combat qui devait s’engager entre les deux hommes est perturbé par l’attaque d’Albanais.

Le train est arrêté et l’un des jeunes Albanais se fraie un chemin entre les agresseurs. Il parvient à monter sur le marchepied du wagon : il s’agit de Tom Wills, l’élève et apprenti de Dickson.

L’aventure continue pour les deux amis jusqu’en Chine où Flax les a précédé, continuant ses méfaits. Et dans la capitale chinoise, Dickson et Tom Wills vont affronter leur ennemi jusqu’à un clocher où est attachée une jeune femme dont la vie ne tient qu’à un battant de cloche. Ce qui justifie le titre de cet épisode.

Suivent deux autres épisodes tout aussi échevelés, hauts en couleurs et en péripéties improbables, Flax et Dickson possédant l’art du grimage et du déguisement.

 

 

Sommaire :

La prisonnière du clocher

Le rajah rouge

Le bourreau de Londres

Postfaces de Jacques Bisceglia et Gérard Dôle.

Anonyme : Le professeur Flax, monstre humain. Collection Harry Dickson. Volume 2. Corps 9 éditions. Parution janvier 1984. 288 pages.

ISBN : 2-904846-01-8

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 05:38

Avec la mer du Nord pour seul terrain vague…

Nadine MONFILS : Les vacances d’un serial killer.

Le soleil au bord de la Mer du Nord, ça existe. Du moins Alphonse Destrooper, surnommé Fonske, fabricant de boulettes à la sauce lapin à déguster avec des frites une fois et même plusieurs, Alphonse donc, accompagné de sa femme Josette et de ses deux enfants, Steven, qui doit son prénom à Steven Seagal, une lubie de la mère, et Lourdes, comme la fille à Madonna, autre lubie de Josette, le pense, l’espère. Direction Blankenberge.

Accrochée derrière la voiture, la caravane Wa-Wa, possession de la mémé qui est à l’intérieur. Un cas que cette mémé, appelée Mémé Cornemuse à cause de son faible envers les Ecossais qui ne portent pas de culotte. Son phantasme à elle.

Josette est longue à se préparer car elle tient à faire impression aux nombreux touristes, qui ne vont peut-être pas se déplacer jusqu’à Blankenberge, et c’est attifée d’un immense chapeau de paille qu’elle s’installe dans le véhicule. Pendant ce temps les deux adolescents sont occupés, surtout Steven, à tripoter une caméra et ils espèrent bien pouvoir ramener de leur séjour un petit film sympathique.

Mais le voyage débute mal. Un motard chipe le sac de Josette et tout l’argent du voyage s’envole. Comme quoi il ne faut pas rouler les vitres ouvertes. Puis Josette en se retournant plante son chapeau de paille en forme de lampadaire dans l’œil d’Alphonse. L’accident est inévitable et la caravane se décroche. Le véhicule n’a pas grand-chose mais Mémé Cornemuse reste en rade. Pas de quoi s’affoler, elle fait du stop et gagne quand même l’auberge miteuse où la famille doit passer ses vacances.

La promesse de voir la mer de sa fenêtre est une tromperie. Enfin, pas tout à fait, car une glace, comme l’on en trouve dans certaines sorties de cour ou à des carrefours dangereux, est posée dans la cour et en la lorgnant on peut voir la mer de l’autre côté de la maison.

Les péripéties tragi-comiques s’enchaînent sans discontinuer. D’abord dans la station service où s’arrête Alphonse pour procéder à une miction, Steven et sa sœur filment pour occuper le temps. Ils découvrent un cadavre dans l’une des toilettes et reconnaissent leur voleur. Alphonse se serait-il vengé ? Mémé Cornemuse n’est pas en reste car il ne faut pas lui monter sur les pieds (une façon de parler). Résultat, l’homme qui l’avait prise en stop, et après aussi d’ailleurs avec son consentement, se retrouve à l’état de nature morte cachée sous le canapé de la caravane. Et d’autres individus vont connaître le même sort. Mémé Cornemuse n’a pas froid aux yeux, ni ailleurs d’ailleurs, et tout pantalon masculin qui passe à sa portée est riche de promesses charnelles.

 

Les vacances de rêve se transforment peu à peu en cauchemars pour les personnages de ce roman, sauf pour Mémé Cornemuse qui se sort toujours de situations difficiles et pour le lecteur qui s’amuse à découvrir ces multiples épisodes grandguignolesques. Et de nouveaux personnages qui s’infiltrent dans cette histoire et n’en ressortiront peut-être pas, sauf les pieds devant.

Un roman délicieusement amoral dans lequel Nadine Monfils se déchaîne via Mémé Cornemuse, laissant libre court à son imagination débridée et réjouissante. Ce qui ne l’empêche pas en certaines occasions d’édicter des vérités premières.

 

Nadine MONFILS : Les vacances d’un serial killer. Editions Pocket N°14972. Parution 7 juin 2012. 256 pages.

ISBN : 978-2266222303

Première édition : éditions Belfond. Parution le 17 février 2011.

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 04:53

Un épigone d’Arsène Lupin !

Yves VARENDE : Toujours plus fort. Lord Lister N°2.

Au début du vingtième siècle, les petits fascicules allemands ou néerlandais avec personnages récurrents proliféraient, et Harry Dickson est le plus connu de ces héros imaginés par d’obscurs écrivaillons.

Jean Ray s’est emparé de la série des Harry Dickson, adaptant et réécrivant les aventures du célèbre Sherlock Holmes américain, puis en imaginant et rédigeant de nouvelles péripéties. Mais bien d’autres héros eurent les faveurs du public et parmi eux Lord Lister, dit Sinclair le mystérieux inconnu, ainsi que Buffalo Bill, Nick Carter…

Trente fascicules ont été publiés en France dans un savant désordre entre 1909 et 1911, tandis qu’en Belgique ce furent quatre-vingt dix numéros qui virent le jour entre 1925 et 1932. Et Allemagne la série débuta à partir de la mi-novembre 1908. Ces renseignements, je les ai puisés dans ce volume des aventures de Lord Lister grâce à l’érudition d’Yves Varende qui lui-même a réécrit, adapté, nettoyé, restauré, dépoussiéré quelques-uns de ces fascicules qui ont gardé leur fraîcheur et leur naïveté parfois. Les principaux auteurs de ces fascicules se nommaient Kurt Matull et Théo von Blankensee mais bien d’autres polygraphes apportèrent leurs pierres, parfois un peu lourdes à digérer, dans cet édifice.

Dans sa préface, Yves Varende, pseudonyme de Thierry Martens qui fut aussi un auteur de bandes dessinées belges et rédacteur du journal Spirou de 1969 à 1978, nous décrit cette période prolifique, avec tous les nombreux personnages qui furent des héros immortels et qui est une marque de fabrique germanique, puisque de nos jours les fascicules consacrés à Perry Rhodan notamment connaissent toujours un succès de librairie tandis qu’en France ce genre de publications n’existe plus depuis des décennies et la fin des éditions Ferenczi.

Ainsi dans cette préface, écrite entre janvier et octobre 1995, peut-on lire quelques réflexions intéressantes qui de nos jours prennent encore plus d’ampleur, de pertinence et de justesse.

Quelques romanciers populaires ont parfois l’honneur d’une consécration dans la collection Bouquins de Robert Laffont, mais il reste beaucoup à faire et les « directeurs littéraires » sont souvent d’une inculture notoire pour tout ce qui ne leur a pas été enseigné par Lagarde et Michard. Ces intellectuels ne lisent que ce qui est à la mode et se gardent bien de défricher les sentiers rendus à la végétation. Inutile de demander à ces pantouflards qu’ils découvrent les ruines sublimes perdues dans la jungle !

 

Autre réflexion non dénuée de bon sens adressée cette fois aux auteurs.

On ne compose malheureusement plus beaucoup de tels univers populaires de nos jours. S’il y a désaffection pour la lecture, c’est peut-être parce que trop d’auteurs oublient que le but essentiel d’un écrivain doit être d’offrir une agréable détente à ses amis lecteurs, même s’il aborde parfois des sujets plus difficiles ou ouvrant des controverses.

Le rêve des dirigeants de nos sociétés est d’offrir de la détente insipide et sans saveur pour que le cirque politique devienne le dernier spectacle à la mode. Ils interdiraient volontiers de réfléchir hors des sentiers battus et craignent ce qui n’est pas « politiquement correct ».

Lorsque l’on veut filtrer l’information, diriger la pensée, limiter l’expression et imposer des œillères au peuple, la démocratie ne se distingue plus beaucoup des dictatures qu’elle prétend combattre. L’homme n’est plus considéré que comme un contribuable fiché et numéroté, destiné à assister, impuissant, au festival des canailleries des partis et des puissants qui se partagent le pouvoir.

 

Après cette longue présentation fort instructive, et pertinente, suivent quatorze nouvelles ayant pour protagoniste principal Lord Lister, nouvelles précédées d’une présentation de l’auteur, ainsi qu’un court texte qui avait servi de remplissage pour Les esprits de Bertha Dunkel mais qui peut se lire indépendamment du texte originel.

 

Je reviendrai plus longuement sur chacune de ces nouvelles, si j’en ai le temps (voire le courage), mais juste un petit mot pour vous mettre en appétit sur La ville de la nuit éternelle.

L’action se déroule à San Francisco où se rendent Lord Lister et son inséparable jeune ami et adjoint Charley Brand. Lister veut se procurer un produit spécial auprès de l’un des Chinois de la ville et tous deux se trouvent entraînés dans une sombre histoire d’enlèvements de jeunes filles. Et le lecteur captivé les suit dans leurs déambulations souterraines, le sous-sol de San Francisco et plus particulièrement le quartier chinois, le Chinatown californien, étant aménagé en véritable labyrinthe creusé par les habitants eux-mêmes sous la férule d’un mystérieux chef de bande d’une triade.

Cette périlleuse mission est le reflet d’une psychose de l’époque, le péril jaune souvent traité par de nombreux romanciers populaires dont le principal représentant est sans conteste Sax Rhomer et son personnage de Fu-Manche, initié par le Capitaine Danrit dans L’invasion jaune. Et cette ville souterraine inspira à Henri Vernes une aventure de Bob Morane, La cité de l’Ombre jaune en 1965.

 

 

Sommaire :

Préface.

La ville de la nuit éternelle

Baxter en vacances

Une périlleuse mission de confiance

L'affaire de la canonnière

Le trésor de guerre du Roghi

Une campagne électorale

Le secret du coffre-fort

Le trésor sacré de çiva

Le vase de Chine

Une mirifique agence de voyage

Un vol au musée

La torpille aérienne

Le saint en argent

Les esprits de Bertha Dunkel

Marholm, détective

Bibliographies : Lord Lister en langue française et Lord Lister en langue allemande.

Table des matières.

 

A noter également en hors texte la reproduction en couleurs des couvertures des quatorze premières nouvelles.

Yves VARENDE : Toujours plus fort. Lord Lister N°2. Collection Volume. Editions Lefrancq. Parution juin 1996. 1004 pages.

ISBN : 978-2871532835

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7 mars 2020 6 07 /03 /mars /2020 04:54

Quand deux monstres sacrés de la littérature s’affrontent…

Lois H. GRESH : Les dimensions mortelles.

Rien qu’en regardant la couverture, le lecteur sait où il met les yeux. Et cela ôte un peu le mystère de ce roman, dévoilant l’identité des protagonistes. Et en y regardant d’un peu plus près, on apprend qu’un volume 2, mettant en scène les mêmes personnages principaux, va paraître en octobre, ce même lecteur se dit que l’histoire n’est pas finie et qu’elle peut se prolonger indéfiniment.

L’éternel combat du Bien contre le Mal.

Alors faire autant de simagrées, imaginer autant de circonvolutions, d’énigmes, de cachotteries au départ, énerve quelque peu. Quand est-ce le fond du sujet va-t-il être enfin abordé ?

Tout débute en octobre 1890, lorsque Sherlock apprend en lisant son journal favori, que quatre cadavres ont été découverts à Whitechapel dans un état de puzzle sanglant et macabre. Ou plutôt que les différents morceaux ont été rassemblés en une sorte de jeu de construction. Et trône parmi ces décombres une étrange sphère en os, percé d’un petit trou, à l’intérieur de laquelle sont gravés d’étranges symboles arcaniques. Parmi les défunts, le constructeur d’une machine bizarre entreposée dans un atelier délabré. Le fils de celui qui a monté cet ensemble de tuyaux, de morceaux de métal, de joints et de soufflets, apprend à Sherlock Holmes et Watson que cet engin à vapeur avait été financé par un personnage dont il ne connait pas le nom. Et la machine prend de l’ampleur, comme si elle vivait et se gonflait, inspirait quelque produit délétère.

Soudain la machine s’emballe, alors que passe un tramway à vapeur sur rails, et il semblerait bien qu’une corrélation soit à effectuer entre ce passage et le véhicule. Une explosion déchire les parages et ils n’ont que le temps de s’enfuir. Mais des passants ou habitants n’ont pas eu cette chance. Et Watson croit apercevoir sa femme Mary, son bébé dans les bras, avant d’être lui-même blessé.

En sortant de son évanouissement, il est rassuré. Sa femme et son fils vont bien et s’ils étaient sur place, c’est parce que Mary avait reçu un message, signé de son nom, l’enjoignant de se rendre sur les lieux. En examinant cette missive Sherlock et son compère pensent qu’il s’agit de Moriarty qui leur aurait joué un tour à sa façon, une farce de fort mauvais goût.

L’inspecteur Bentley et le professeur Fitzgerald sont au chevet de Watson avançant de nombreuses hypothèses.

A Avebury, dans le Wiltshire, un ébéniste qui ne fabrique que des meubles spéciaux, mettant des années pour les confectionner à l’attention de riches acheteurs, est tué par un fauteuil transformé en machine infernale. Le fils de l’artisan génial en informe Sherlock et Watson, et ceux-ci se rendent sur place afin d’enquêter sur ces étranges événements qui se produisent quasi simultanément.

Les meubles étaient conçus grâce à des plans provenant d’ancêtres les possédant depuis des siècles, des plans dessinés sur des parchemins de peau.

 

Ce fort volume n’entre pas dans ce que l’on pourrait qualifier le Canon holmésien, mais de nombreux auteurs se sont largement démarqués depuis la parution des aventures de Sherlock pour s’en offusquer.

Non, ce n’est pas là le bât qui blesse. Mais ce roman est lourd à digérer, verbeux, bavard, trop long avec trop de digressions, pour retenir mon attention. Plusieurs fois, j’ai décroché, le reprenant quelques jours plus tard, avançant péniblement dans ma lecture. Mais je dois avouer que je n’ai guère d’accointance aussi avec Cthulhu et les dieux imaginés par le Maître de Providence, même si ce monstre n’est que l’alibi (ou pas) de ce récit confus.

Il s’agit d’un pastiche, certes, mais pas vraiment bourré d’humour. Plutôt d’horreur, et cette sorte de sensation ne m’attire guère. Un roman qui paraît s’adresse à un lectorat jeune, avide de sensations fortes, débridées, complexes, qu’à un vieux de la vieille (et de la veille) comme moi. Seul le passage concernant Watson s’inquiétant de la santé de sa famille m’a intéressé, et encore, comment croire qu’il soit si dépendant de Sherlock pour partir, avec remords certes, courir l’aventure. A moins que justement l’aventure soit sa drogue. Sherlock Holmes possède bien la sienne dont il use et abuse selon les cas.

La fin toutefois est plus épique, franchement dirigée vers l’horreur et le terrifiant, dans une mise en scène grandiloquente qui confine à un épisode du Grand Guignol, et qui parfois fait sourire dans sa démesure.

Dubitatif et pas vraiment convaincu par ce style, par cette histoire, mais ce n’est que mon opinion personnelle, que je partage volontiers, et à laquelle tout un chacun n’est pas obligé d’adhérer.

Lois H. GRESH : Les dimensions mortelles. Sherlock Holmes vs Cthulhu tome 1 (Sherlock Holmes vs Cthulhu : The Adventure of the Deadly Dimensions – 2017. Traduction de Thomas Bauduret). Editions Ynnis. Parution le 8 janvier 2020. 480 pages. 24,90€.

ISBN : 9782376971153

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18 février 2020 2 18 /02 /février /2020 05:33

Une enquête en deux temps…

Ellery QUEEN : Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur

Le mythe de Jack l’Eventreur, et surtout le secret de son identité, aura fait, et continue encore de nos jours, fantasmer bon nombre de romanciers, d’écrivains de littérature policière. La tentation de proposer à Sherlock Holmes de résoudre ce problème étant un attrait supplémentaire.

Aussi pouvoir incorporer le détective américain Ellery Queen à la geste holmésienne fut un pas que franchirent allègrement les deux cousins, Frédéric Danay et Manfred B. Lee qui signaient leurs œuvres du nom de leur héros, et inversement.

Une rencontre qui s’effectue par manuscrit interposé et qui permet à Ellery Queen, le héros détective, de compléter et d’élucider l’enquête menée à l’origine par Sherlock Holmes lui-même.

Un manuscrit parvient donc anonymement à Ellery et, oh stupeur et jubilation, celui-ci s’aperçoit qu’il s’agit d’une aventure inédite du célèbre détective britannique relatée par son fidèle biographe, le bon docteur Watson.

Déchiré par son envie de découvrir cette enquête tumultueuse et historique et son devoir de rédiger un nouveau roman, Ellery Queen passe de l’un à l’autre, en privilégiant toutefois la lecture du manuscrit.

Tout à fait le genre d’enquête qui a le don d’exciter ses neurones, et dans laquelle il se délecte.

Il y apportera même la touche finale en clôturant l’enquête menée par Sherlock, celui-ci n’ayant pas tout révélé à Watson.

Un pastiche savoureux qui ne déparerait pas parmi les aventures rédigées par Conan Doyle.

 

Double pastiche même, car si ce roman porte le label Ellery Queen, le véritable auteur serait Paul W Fairman avec la collaboration des deux cousins ci-dessus nommés.

Ellery Queen était devenu une véritable entreprise, publiant le magazine Ellery Queen’s Mystery Magazine et qui vécu de longues années en France sous le nom de Mystère Magazine, une revue de référence pour tous les amateurs.

Et Ellery Queen, auteur, embaucha quelques romanciers célèbres pour proroger les aventures d’Ellery Queen, héros de romans. Ainsi des romanciers, issus de la littérature populaire, policière et de science-fiction, se cachèrent-ils sous cet alias et l’on pourrait signaler : Jack Vance, Theodore Sturgeon, Stephen Marlow, Richard Deming ou encore Avram Davidson. Tous auteurs possédant par ailleurs une bibliographie imposante et digne d’intérêt.

Ellery QUEEN : Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur (A Study in Terror – 1966. Pas de nom de traducteur). Présentation de Maurice Renault. Collection J’ai Lu Policier N°2607. Editions J’Ai Lu. Parution 10 mai 1989. 192 pages.

ISBN : 9782277226079

Première édition : Editions Stock. 1968

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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 05:13

Y’ a-t-il un psy dans la salle ?

Patrice DUVIC : Autant en emporte le divan.

Derniers détectives privés, Doullens et Resquita, tirent le diable par la queue. Ils possèdent la machine à explorer le temps de Wells, un engin qui les aide dans leurs enquêtes, peu nombreuses, et déclenche des catastrophes.

Liza Verdegris, cliente argentée et vamp dont le dégoût des hommes est dû à un traumatisme infantile, demande au duo d’enquêter sur son passé. Elle aimerait connaître ce qu'il s’est passé lorsqu’elle n’avait que huit ans, en 2007.

Resquita enquête et apprend que leur cliente a perdu à quelques jours d’intervalle ses parents dans un accident d’avion, sa meilleure amie, étranglée par sa poupée, puis son confesseur dans une explosion de gaz. Elle rencontre Carolyne, ex-condisciple de Liza, conservatrice d’un musée et spécialiste des métiers en voie de disparition. Elle croise Liza lorsque celle-ci se rend chez son oncle qui habite dans le même immeuble mais ils n’ont gardé aucun contact.

Doullens est informé que leur cliente est internée dans une clinique psychiatrique qu’elle a regagnée après avoir fugué. Selon le directeur, elle a sur la conscience la mort de quelques psychanalystes qui la soignaient. Les autres sont décédés soit dans des accidents, soit par suicide.

L’archiviste du musée fournit la liste des psychanalystes ayant pu côtoyer Liza. Resquita se fait tabasser par des voyous qui lui demandent de stopper ses recherches tandis que l’un d’eux filme l’agression. Le dernier psychanalyste figurant sur la liste est assassiné et Carolyne s’est emparée de ses archives. Resquita découvre le cadavre de la conservatrice tuée par le revolver qu’il a eu l’imprudence de confier au robot flic de l’immeuble. Il parvient à s’enfuir.

Oscar, le tueur et petit ami de Carolyne, avoue que l’agression n’était qu’une mise en scène imaginée par la conservatrice et qu’elle exerçait une sorte de chantage. En triturant le programme du robot flic, les détectives se rendent compte que celui-ci était aux ordres de l’oncle de Liza. Liza avait été spoliée par son parent qui avait tué tous les protagonistes susceptibles de détenir la vérité sur son traumatisme.

Doullens remonte le temps.

 

Complètement loufoque, ce roman de Patrice Duvic joue sur le côté burlesque en pastichant personnages et situations. Les dialogues sont vifs et savoureux. La face humoristique met en valeur le problème de la robotisation à outrance tout en gardant la fascination de la science-fiction. Ce qui est démontré dans l’épilogue apocalyptique.

Mais l’on retiendra le couple d’enquêteurs dont la complémentarité rejoint celle de Laurel et Hardy, de Bertha Cool et Donald Lam (deux personnages de romans créés par A.A. Fair plus connu sous le nom d’Erle Stanley Gardner) et de bien d’autres créés par des auteurs qui ne se prennent pas au sérieux tout en restant raisonnables et crédibles dans le délire, et même inquiétants dans leurs extrapolations de visionnaires.

Patrice Duvic (1946 - 2007) fut surtout un excellent directeur de collection dont principalement la collection Terreur aux éditions Pocket, mais il fut aussi un anthologiste avisé, deux fonctions qui ont relégué dans l’ombre sa peu prolifique carrière d’écrivain.

Patrice DUVIC : Autant en emporte le divan. Collection Anticipation N° 1997. Edition Fleuve Noir. Novembre 1996. 224 pages.

ISBN : 2-265-06160-3

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 04:59

Méfiez-vous des associations d’amateurs de Sherlock Holmes !

Paul JEFFERS : Irrégulier, mon cher Morgan !

Depuis sa création par Conan Doyle, Sherlock Holmes a inspiré de nombreux écrivains de romans populaires, soit en déformant son nom comme dans Arsène Lupin contre Herlock Sholmes, soit en lui prêtant de nouvelles aventures comme dans La solution à 7% de Nicholas Meyer ou L’assassin du boulevard de René Reouven, ou encore Marx et Sherlock Holmes d’Alexis Lecaye sans oublier les nombreuses parodies et pastiches. La liste est trop longue pour être exhaustive, pour être énumérée.

Dans d’autres romans, il apparaît seulement en filigrane, comme dans le roman de Julian Symons, Dans la peau du rôle, où un acteur s’identifie au célèbre détective.

Sherlock Holmes possède ses fans qui lui ont consacré un musée, reconstituant le bureau, l’appartement du 221B Baker Street. Ils se sont également regroupés en associations dont la plus célèbre est celle des Baker Street Irregulars, du nom de la bande d’enfants traînant dans les rues de Londres et qui sont occasionnellement mis à contribution par le célèbre détective.

 

C’est cette association des Irréguliers de Baker Street qui est mise en scène dans ce roman de Paul Jeffers.

Les honorables membres de cette société holmésienne sise à New-York, à la veille d’un déplacement à Londres, reçoivent un mystérieux message. Un seul mot est inscrit, mais un mot terrible : RACHE. Ce qui signifie en allemand Vengeance. Plaisanterie ou farce ?

Ni l’un ni l’autre apparemment, car l’un des éminents spécialistes décède en se rendant au Queen Victoria Hôtel, rendez-vous de ces passionnés. Peut-être n’est-ce qu’un accident ?

Mais un second Irrégulier est victime à son tour d’un accident… ou d’un meurtre. Les participants à cette réunion commencent alors à se poser des questions, à s’interroger sur les motifs de ces homicides, allant jusqu’à se soupçonner mutuellement.

Irrégulier, mon cher Morgan ! est un roman amusant, truffé de références holmésiennes et dont se délecteront les amateurs des aventures de Sherlock Holmes et autres avatars.

Paul JEFFERS : Irrégulier, mon cher Morgan ! (Murder most Irregular – 1983. Traduction Christiane Poulain). Le Masque Jaune N°1807. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution novembre 1985. 192 pages.

ISBN : 9782702416518

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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 03:38

Dans les couloirs de la politique, il s’en passe de drôles de choses…

Fabrice LEUWEN : Meurtre en Balladurie.

Au cours d'une réception organisée en faveur de Jean Claude Barreau à l'occasion de la parution de son nouveau livre, le Ministre de l'Intérieur Charles Pasqua est pris d'un malaise après avoir ingurgité un verre de whisky. Il est transporté d'urgence au Val de grâce mais les médecins ne peuvent que constater son décès. Un bulletin laconique et officiel annonce un arrêt cardiaque.

Dans les sphères gouvernementales on pare au plus pressé. Le Premier Ministre Edouard Balladur nomme Nicolas Sarkozy en remplacement du Corse et Patrick Devedjian hérite du Budget. Un Groupe Armé des Musulmans de France revendique aussitôt le meurtre de Pasqua tandis qu'Action Directe informe qu'il est à l'origine de ce décès. L'autopsie révèle que Charles Pasqua a été victime d'une dose mortelle de poison.

Les deux premiers communiqués sont pris au sérieux mais les soupçons se portent également sur le Front National de Libération Corse. Une quatrième piste se dessine lorsque Jacques Chirac révèle que Pasqua lui avait écrit une lettre l'assurant de son soutien lors des prochaines élections présidentielles. Un règlement de compte politique est alors envisagé. Les Socialistes sentant la majorité s'entre-déchirer se réunissent, et élaborent une tactique devant leur permettre de gagner la bataille.

 

Dans ce roman purement fictionnesque, à l'épilogue un peu tiré par les cheveux quoique la fin reste ouverte à cause des allusions prononcées par les différents protagonistes, l'auteur, ou plutôt les auteurs qui se cachent sous le pseudonyme stendhalien de Fabrice Leuwen, nous plonge dans l'univers secret des rouages de la machine gouvernementale.

Crocs en jambe et sourires font bon ménage. Si Pasqua fait figure de personnage privilégié de par son décès prématuré et de l'encensement qui s'ensuit, personne, aussi bien journalistes que personnel politique, n'échappe aux coups de griffes de l'auteur.

Seul reproche que je formulerai, le manque d'humour dans un ouvrage qui, à moins que je me trompe, n'a été écrit que pour divertir le lecteur.

 

Fabrice LEUWEN : Meurtre en Balladurie. Collection Les lieux du crime. Editions Calmann-Lévy. Parution 8 janvier 1995. 216 pages.

ISBN : 9782702124000

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23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 04:07

Hommage à Boris Vian, décédé le 23 juin 1959.

VERNON SULLIVAN : Elles se rendent pas compte.

Convié à une soirée organisée pour les dix-sept ans de Gaya, Francis Deacon a décidé de se déguiser en femme. Et il se rend compte que tous les invités ont adopté la même idée, mais inversement.

Il a eu du mal à se transformer, empruntant de véritables faux seins, demandant à un Chinois de procéder à une séance d’épilation à la cire, se parant d’une perruque. Il est plus vrai que nature et de nombreuses femmes, dont Flo qui s’est déguisée en page, se laissent prendre à sa nouvelle identité. Même Gaya ne le reconnait pas. Francis, qui pour l’occasion se prénomme Frances, prénom dont la sonorité est approchante, en profite pour démontrer que même déguisé en femme il reste un homme, ce qui amène Flo, qui au départ pensait lutiner avec une femme, se laisse emporter par ses attributs masculins. Mais ce n’est qu’un divertissement.

Il surprend Gaya montant dans sa chambre en compagnie d’une homme qu’il ne connait pas. L’homme redescend, et Francis trouve Gaya quelques minutes plus tard dans sa salle de bain dans un état lamentable. Elle s’est droguée, quelques marques rouges de piqûres sur son bras l’attestant.

Une semaine plus tard, il reçoit une invitation de Gaya lui annonçant son prochain mariage avec un dénommé Richard Walcott, qui n’est autre que l’approvisionneur de drogue et homosexuel non déclaré. D’ailleurs Francis est convié à un repas auquel assistent outre Gaya, Walcott, un autre personnage dont le maquillage facial ne laisse guère de doute. Francis subtilise une liasse conséquente de billets, dix mille dollars ce qui peut lui fournir de l’argent de poche pour des années, dans le sac de Gaya.

Les échanges sont vifs et Francis, désirant protéger Gaya va se mettre en chasse contre les fournisseurs de drogue, Ritchie, son jeune frère qui poursuit des études de médecine, lui prêtant main forte volontiers. Seulement Francis ne sait pas où il vient de mettre les pieds. Dans une fourmilière gérée par la propre sœur de Walcott. Et le Chinois qui avait été mandé chez Francis pour épiler Ritchie, se retrouve avec un couteau planté dans le ventre, ce qui est pour le moins gênant pour enduire de cire les jambes du frérot qui est soulagé de ne pas être obligé de se voir supprimer les poils par une méthode qu’il juge barbare.

Francis ne désarme pas car il se demande pourquoi Gaya accepte un mariage contre nature, comment elle en est arrivée à se droguer, et pourquoi autant de lesbiennes et d’homosexuels gravitent autour d’elle.

 

Washington sert de décor à cette histoire plantée au début des années cinquante, et Vernon Sullivan, alias Boris Vian, avec humour, pastiche les romans noirs américains de l’époque.

De l’action, encore de l’action, toujours de l’action, et le pauvre Francis voit pousser sur son crâne les bosses plus rapidement que les agarics champêtres après une ondée estivale bienfaisante. Mais s’il encaisse, tout comme son frère d’ailleurs, il n’est pas égoïste et il rend les coups sans en calculer le nombre. Les morts résultant de coups de feu ou d’armes blanches ne sont pas comptabilisés, et c’est tant mieux, il faudrait une calculette. Sans oublier les courses poursuites effrénées en automobiles ou canots à moteur sur les rives du Potomac.

Mais qui dit action dit aussi scènes de libertinage, mais afin d’échapper à la censure, lorsque les ébats deviennent un peu trop chauds, un peu trop explicites, Vernon Sullivan remplace les descriptions par des points de suspension. D’ailleurs il explique dans une note en bas de page :

Les points représentent des actions particulièrement agréables mais pour lesquelles il est interdit de faire de la propagande, parce qu’on a le droit  d’exciter les gens à se tuer, en Indochine ou ailleurs, mais pas de les encourager à faire l’amour.

Les digressions en forme de point de vue énoncées envers les homosexuels et les lesbiennes, ne seraient pas forcément de nos jours au goût de bon nombre de personnes bien-pensantes mais parfois hypocrites, notamment en ce qui concerne les divers qualificatifs employés. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un pastiche et que les scènes de sexe ne sont décrites qu’elliptiquement ou allusivement, même celle de triolisme. Nonobstant, de lire ce genre de propos laisse un petit goût amer que ne devaient pas ressentir les lecteurs des années cinquante. Des propos misogynes qui ne sont plus de mise de nos jours. Ainsi Ritchie s’exprime ainsi à son frère, qui n’est pas en reste de mauvais esprit :

Parce que souvent les gousses, c’est des filles qui ont tourné de ce côté-là parce qu’elles étaient mal aimées. Elles sont tombées sur des types brutaux, des qui les ont blessées ou brusquées. Si on leur fait ça bien gentiment… Elles doivent y reprendre goût.

Il en a des ressources, mon petit frère. Ça m’a l’air de bien s’organiser drôlement ce boulot.

Et puis, m’envoyer une lesbienne, ça m’a toujours dit quelque chose.

Au fond, ce qu’on est en train de faire, c’est un genre d’entreprise de redressement des dévoyées.

Je suis sûr mesdames que vous apprécierez cette analyse machiste !

 

VERNON SULLIVAN : Elles se rendent pas compte. Traduction de Boris Vian. Editions Eric Losfeld/ Le Terrain vague. Parution le 20 février 1965

Première édition : Le Scorpion. Juin 1950. Nombreuses rééditions.

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