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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 08:15

Hommage à John Creasey décédé le 9 juin 1973, également connu sous les pseudos de J.J. Marric, Anthony Morton, Michael Halliday...

J.J. MARRIC : Un mois de la vie d'un flic

La série consacrée à George Gidéon, policier à Scotland Yard, possède quelques variantes dans le temps, du moins lors de la publication des premiers romans : Ainsi après 24 heures de la vie d'un flic, ont suivi 7 jours de la vie d'un flic puis La nuit d'un flic, tous publiés dans la collection Un Mystère des Presses de la Cité.

Mais sous le nom de plume de J.J. Marric, se cachait un vieux routier de l'écriture, un auteur protéiforme qui fut publié par ailleurs sous son patronyme de John Creasey, de Jeremy York et peut-être le plus connu de ses pseudonymes Anthony Morton pour les aventures du Baron, gentleman cambrioleur. Mais j'aurai l'occasion d'y revenir.

Donc en ce mois de mai, et plus particulièrement le dimanche 1er mai, George Gideon, qui a franchi toutes les étapes pour devenir chef du C.I.D., organe qui correspond à notre Brigade Criminelle, quitte son bureau afin de déjeuner en compagnie de sa femme Kate dans un restaurant à Marble Arch.

En traversant Hyde Park il est intrigué par le geste d'une femme qui donne une gifle, apparemment sans raison, à son gamin. Ce geste lui déplait fortement et cela lui fait penser à une série de vols à la tire par des gamins qui selon toutes vraisemblances sont entraînés, peut-être par leurs parents, à ce genre de délit. Et naturellement il en parle à sa femme lors de leur repas.

Mais d'autres affaires recueillent son attention dès le lendemain. Ainsi l'un de ses adjoints lui apprend que Frisky Lee, un ennemi intime de Gideon qui vient de se marier, projette de s'embarquer pour l'Australie. Or Frisky Lee est un receleur, possédant de nombreuses boutiques, qui n'a jamais pu être inquiété, les preuves à son encontre n'ayant jamais pu être établies. Et Gideon souhaite pouvoir l'arrêter et mettre fin à ses trafics. D'autant qu'il soupçonne Frisky Lee d'être à l'origine des vols à la tire par les gamins. Donc il veut démontrer que Frisky Lee est impliqué dans le recel d'objets volés afin de l'empêcher de s'expatrier.

Un souhait qui ne sera jamais réalisé car Frisky Lee est découvert assassiné, et le présumé coupable est lui aussi abattu. Mais justement, était-il vraiment le meurtrier de Frisky Lee ?

Le corps d'une femme défenestrée accapare l'attention d'autres enquêteurs. Selon toutes vraisemblances, il s'agit d'un suicide, seulement son mariage ne remontait qu'à quelques semaines, et cette mort arrange bien les affaires du mari.

Gideon décide de s'octroyer quelques jours de vacances à la station balnéaire de Brighton avec sa femme. Un homme le reconnait et pense que Gideon aussi l'a reconnu. Mais le policier qui avait le soleil dans les yeux ne s'est rendu compte de rien. Pourtant si le soleil ne lui avait pas occulté la vision, peut-être aurait-il évité un drame. Mais le hasard veille, et un agent pense avoir déjà vu l'homme qui est lui aussi en instance de mariage. Mais où et quand ?

Si toutes ces affaires ne suffisaient pas à accaparer l'attention de Gideon et ses hommes, une femme vient déposer plainte. Sa fille a disparu et elle soupçonne son mari dont elle est divorcée de l'avoir enlevée.

 

Un mois dans la vie d'un flic montre l'étendue des enquêtes auxquels des policiers peuvent être confrontés, surtout un responsable qui doit tout superviser, coordonner, vérifier en se déplaçant parfois sur le terrain, et qui démontre que la mémoire joue un rôle important. Dans les années 1950, l'apport de l'informatique était nul et il fallait se fier uniquement à sa mémoire et à ses fiches.

Des enquêtes résolues parfois grâce à un petit coup de pouce du destin, mais pas que. La constance, la patience, peuvent être récompensées, surtout lorsqu'il existe des interconnexions.

Et parallèlement à ces enquêtes, se greffe l'histoire de Peter Wray, le gamin giflé par sa mère dans Hyde Park. Et l'on ne peut s'empêcher de se remémorer l'école du vol à la tire dans Oliver Twist de Dickens, Fagin enseignant aux gamins comment s'emparer d'un portefeuille, d'un foulard, d'un objet, en glissant une main dans une poche ou un sac à main. Et l'auteur met en avant le problème des enfants obligés tout jeunes à voler, ne se rendant pas compte de la portée de leur forfait. Cela devient presque un jeu, mais un jeu souvent accompagné de brimades.

Pour autant l'auteur s'intéresse également à la vie familiale de Gideon, ainsi qu'à ses adjoints, dont Lemaître dit Lem qui traverse une passe difficile suite au départ de sa femme, mais sans approfondir les incursions dans leur vie privée.

 

La traduction de Pierre Gouly laisse à désirer. Il est vrai que bon nombre de traducteurs n'étaient pas aussi pointilleux que ceux de nos jours, enfin certains, et que la réédition d'ouvrages de cette époque demande souvent une nouvelle traduction. Le personnage de Gideon devient tout simplement Gédéon alors qu'en quatrième de couverture il est bien précisé qu'il s'agit de Gideon de Scotland Yard. De plus le traducteur mélange allègrement dans son texte francs et livres sterlings. Une aberration due probablement à une non relecture.

 

J.J. MARRIC : Un mois de la vie d'un flic (Gideon's month - 1958. Traduction de Pierre Gouly). Collection Un Mystère N°488. Editions Presses de la Cité. Parution janvier 1960. 192 pages.

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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 05:27

Hommage à Frédéric Dard, décédé le 6 juin 2000.

Frédéric DARD : La Crève.

Attention, un auteur peut en cacher un autre ! Les fidèles du Fleuve Noir le savent très bien, eux qui au départ ont eu du mal à admettre que San Antonio n’était que le reflet d’art ( !) d’un auteur regardant le monde dans un miroir déformant.

Et La Crève, l’un des premiers romans du père heureux et comblé du célèbre commissaire, n’annonçait certes pas la gauloiserie, l’humour débridé, l’ironie douce-amère, le persiflage argotique de celui qui réinventait les relations auteur-lecteur.

Il faut avouer qu’à l’époque où ce livre fut écrit et publié (1946 aux éditions Confluences), il fallait une grosse dose de courage pour mettre en scène des personnages aussi troubles, sans les juger négativement comme toute une populace survoltée et prompte à retourner sa veste a pu le faire, confrontée à une réalité douloureuse.

Dans un huis-clos qu’aurait pu écrire Sartre, quatre personnages, la famille Lhargne ( !) composée du père cantonnier, de la mère à la panse fibromeuse, de la fille éternelle amoureuse, du fils milicien, se trouvent confrontés à un avenir sans issu. La guerre fait rage, la libération avance à grands pas, et ceux qui ont opté pour une France nazie sont coupés de ceux qui se découvrent une fibre patriotique.

Si certains des propos des quatre personnages sont acerbes, vis-à-vis d’eux-mêmes, ils ne remettent pas en cause le noyau familial. A quoi servent les mères lorsqu’elles ne sont plus capables de sauver leurs enfants ? Question fondamentale. Des êtres qui sont perdus, déboussolés, naviguant au gré des vagues, ne comprenant plus ce qui leur arrive, ce qui se passe.

Un changement dont Petit Louis, le milicien, est exclu. Et dire qu’autrefois je faisais partie de la foule pense-t-il, alors qu’Hélène, la fille qui a besoin d’amour, tant physique que moral, souligne : Nous autres avons tant besoin d’un Dieu, et ce sont nos parents qui le possèdent. La mère se fait des reproches : Voilà bien l’erreur des pères, ils battent leurs enfants lorsque ceux-ci sont petits et après ils n’osent plus. Et pourtant c’est quand les enfants sont grands qu’ils peuvent le mieux supporter les coups et qu’ils en ont vraiment besoin.

 

Frédéric Dard ne jette pas l’opprobre, il se contente de décrire, parfois de partager l’humiliation de ceux qui ont fauté, de ceux qui se sont rendus coupables de trahison sans vraiment en être conscient, tout en dénonçant une justice expéditive.

La mémoire est comme un organe douloureux. Certains s’y habituent comme à un mal de dent chronique et familier, d’autres préfèrent un arrachage pur et simple. Ne cherchez pas l’ombre de San Antonio dans ce roman, mais découvrez une œuvre majeure, une œuvre d’art et d’essai transformé.

Première édition : éditions Confluences. 1946.

Première édition : éditions Confluences. 1946.

Réédition Editions Fleuve Noir. Décembre 1989.

Réédition Editions Fleuve Noir. Décembre 1989.

Frédéric DARD : La Crève. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 2010. 160 pages. 6,95€. Existe en version numérique à 7,49€.

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 07:00

Bon anniversaire à Sandra Scoppettone née le 1er juin 1936.

Sandra SCOPPETTONE : Tout ce qui est à toi ...

Qui pourrait penser que ce petit bout de bonne femme de 1m57 est détective privé, qui plus est ancienne du FBI !

Lauren Laurano n'en est pas moins féminine et les petites rides qui se dessinent aux coins des yeux l'agacent. Mais une nouvelle affaire l'attend, proposée par Jill, une amie. Lac, qui doit son prénom à des parents baba cool et humoristiques, puisque leur nom de famille était Huron, Lac a été violée par son petit ami.

En réalité il s'agit d'une homme dont elle venait de faire la connaissance par le biais de petites annonces. Lauren doit retrouver la piste du goujat. Seulement Lac se suicide. Enfin c'est ce que son meurtrier aurait voulu faire croire. Il s'agit bel et bien d'un assassinat. Lauren se pose la question primordiale, à savoir : le meurtrier et le violeur ne font-ils qu'une et même personne ?

Et la voilà obligée de se mettre à l'informatique, elle qui a horreur des micro-ordinateurs. Ce qui perturbe quelque peu son ménage avec Kip. Kip, diminutif de Christine. Lauren est lesbienne et comme dans tous les ménages, les anicroches, les tensions, les réconciliations sur l'oreiller existent et peuvent même amener sinon à la résolution des problèmes, au moins sur une piste fiable.

 

Entre Lauren Laurano, l'héroïne, et Sandra Scoppettone, l'auteur, les points de ressemblances sont nombreux. Faut-il s'en étonner ? Un auteur se met plus ou moins en scène, se projette inconsciemment, donnant la part belle à son propre clone de fiction. Il enjolive peut-être mais se dévoile en même temps. Lauren la détective se montre fragile et pugnace à la fois, tributaire dans sa vie privée et tenace dans sa vie professionnelle.

Un personnage attachant, peut-être plus que le Brandstetter de Joseph Hansen, dont l'homosexualité s'affiche certes, mais dont la sensibilité est moins évidente.

Sandra Scoppettone ne manque pas d'humour et même si l'épilogue se révèle un peu longuet et tiré par les cheveux, son roman vaut autant par la qualité de l'intrigue que par l'analyse psychologique - qui n'est pas forcément un plaidoyer - de la société américaine et surtout de l'intolérance envers des communautés dites marginales.

Réédition Pocket 7 septembre 2000.

Réédition Pocket 7 septembre 2000.

 

Sandra Scoppettone s'est fait connaitre sous le nom de Jack Early à la Série Noire :

Sandra SCOPPETTONE : Tout ce qui est à toi ... (Everything You Have Is Mine - 1991. Traduit de l'américain par Christophe Claro). Collection Les Noirs. Editions du Fleuve Noir. Parution 3 octobre 1995. 406 pages.

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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 10:57

Bon anniversaire à Serge Brussolo né le 31 mai 1951.

Serge BRUSSOLO : La captive de l’hiver.

Marion, l’ymagière dont les fidèles lecteurs de Serge Brussolo ont pu faire la connaissance dans Pèlerins des ténèbres (Le Masque grand Format) nous revient dans une nouvelle aventure réfrigérante : La captive de l’hiver.

Alors qu’elle sculpte tranquillement ses statues dans une abbaye de la côte normande, les Vikings débarquent à nouveau, semant comme à leur habitude la panique. Mais ce n’est pas après les gens du village qu’ils en ont cette fois même si tueries, pillages et enlèvements sont de rigueur. C’est bien Marion qu’ils sont venus chercher et qu’ils ramènent chez eux à bord de leur drakkar.

Marion est flanquée d’une duègne Svénia, d’origine normande, mais cela fait tellement longtemps qu’elle est à la botte des ravisseurs qu’elle se considère un peu comme des leurs. Elle prodigue Marion de ses conseils et surtout elle l’aide en toutes choses quotidiennes car Marion porte des gants de fer afin de ne pas abîmer ses précieuses mains. Abîmer est un prétexte car les Vikings sont persuadés posséder en elle une sorcière et si elle était amené à les toucher, le feu les dévorerait.

Une périlleuse mission l’attend : remodeler, entretenir des statues de glace représentant les Dieux nordiques. Mais sous cette charge elle pressent une autre fonction qu’elle doit être amenée à résoudre au péril de sa vie.

 

La magie Brussolo fonctionne toujours, même si ce roman n’est ni polar, ni fantastique, ni historique, tout en flirtant avec ces genres.

Livre d’aventure sans grand suspense, on est toutefois happé par la force d’évocation du maître quoi qu’il ait écrit des romans plus prenants, mais bon, on lui pardonnera volontiers d’avoir pour une fois tombé dans la facilité.

Le seul suspense réside en la suite des aventures de Marion, puisque l’épilogue est une fin ouverte.

 

Serge BRUSSOLO : La captive de l’hiver. Collection Moyen Format aux éditions du Masque. Parution 16 mai 2001. 306 pages. 20,00€.

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 05:16

Hommage à Roger Moore, décédé le 23 mai 2017.

Roger MOORE: Amicalement vôtre. Mémoires.

“ Le 14 octobre 1927, peu après minuit, Lily Moore, née Pope, mit au monde un petit garçon de 58,4 centimètres à la maternité de Jeffrey Road, dans le quartier de Stockwell, au sud de Londres. Georges Alfred Moore, mon père, agent de police au commissariat de Bow Street, avait vingt trois ans. Ça, c’est qu’on m’a raconté. J’étais bien évidemment trop jeune pour me souvenir d’un jour aussi capital que celui de ma naissance. Je fus baptisé Roger Georges Moore et restai fils unique. Dès leur première tentative, mes parents avaient atteint la perfection. A quoi bon recommencer ? ”

Ces premières lignes de la biographie de Roger Moore donnent le ton. L’humour est omniprésent dans le voyage organisé de ses vies. Vies familiale et cinématographique, petits accrocs et grandes joies qu’il aborde avec tact. Le personnage des séries télévisées ou de cinéma ressemble à l’homme. Elégant, raffiné, charmeur, quelque peu aristocrate, il privilégie la distinction aussi bien en paroles qu’en actes mais surtout il se conduit en gentleman. Il se campe avec autodérision, et narre avec une jubilation certaine les blagues d’adolescent pré pubère dont ses partenaires subissent les conséquences. Lorsqu’il a été trop loin, il reconnaît son erreur et se promet de ne plus recommencer. Il ne dit jamais de mal de tous ceux qu’il a pu côtoyer au cours de sa carrière. D’ailleurs il affirme “ J’ai toujours pensé que si l’on a rien de gentil à dire sur quelqu’un, il vaut mieux se taire ” (page 279). L’élégance même vous dis-je.

Le père de Roger, qui était un acteur amateur doué, aimait mettre en scène des pièces de théâtre et réaliser les décors. C’était également un bon musicien et un magicien tout à fait honorable. Et comme il aimait aller au cinéma en compagnie de sa famille, tout était réuni pour que le jeune Roger trouve sa vocation. Pourtant les débuts sont assez difficiles. Il travaille dans un studio d’animation, monte sur les planches, au théâtre des armées notamment en Allemagne durant son service militaire, puis fait de la figuration, de la doublure. Comme il faut assurer sa subsistance, il pose comme modèle pour des catalogues de tricots. Il joue de petits rôles et obtient un engagement pour interpréter Ivanhoé. C’est le début de sa carrière de Serial Actor. Suivront Le Saint assurant une certaine notoriété internationale puis Amicalement vôtre, série avec Tony Curtis, la consécration. Manquait à sa carrière de vrais premiers rôles dans des films de grand spectacle. La série des James Bond y pourvoira. Roger Moore sait aussi se montrer humaniste et les derniers chapitres, parfois poignants, de sa biographie le démontrent. Sous la carapace se révèle un homme engagé, sous la houlette de Audrey Hepburn, et milite depuis plus de quinze ans dans le cadre de l’Unicef. L’épilogue illustre le caractère facétieux de Roger Moore qui conclut par une pirouette : “ …On m’a souvent demandé quelle serait mon épitaphe. La réponse est simple. Comme je n’ai pas l’intention de mourir, je n’en aurai aucune !

Plus qu’une biographie, c’est une belle leçon d’optimisme et de philosophie.

Réédition des Editions de L’Archipel. Parution octobre 2008. Cahier photos 16 pages.

Réédition des Editions de L’Archipel. Parution octobre 2008. Cahier photos 16 pages.

Roger MOORE: Amicalement vôtre. Mémoires. Editions Archipoche. Parution octobre 2012. 450 pages. 8,65€. Avec la collaboration de Gareth Owen. Traduction de Vincent Le Leurch, Bamiyan Shiff et Christian Jauberty. Réédition des Editions de L’Archipel. Parution octobre 2008. Cahier photos 16 pages.

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 05:30

Hommage à Sir Arthur Conan Doyle né le 22 mai 1859.

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe.

Il n'y a pas que Sherlock Holmes dans la vie de Sir Arthur Conan Doyle, l'écrivain Ecossais a écrit également de très nombreux romans et nouvelles d'inspiration historique, maritime, médicale et autre.

Dans ce recueil trois nouvelles qui démontrent son talent de conteur et sa capacité à se renouveler, quitte à parfois égratigner comme on le verra dans Le Drapeau vert.

 

La première de ces nouvelles, La nouvelle catacombe, nous entraîne en Italie, à Rome. Immisçons-nous subrepticement dans un salon. Deux hommes, deux amis, l'un Anglais, l'autre Allemand, sensiblement du même âge et qui partagent la même passion pour l'archéologie, discutent à propos d'objets que Burger a amené dans un plat en vannerie. Kennedy en déduit immédiatement que Burger vient de découvrir une nouvelle catacombe, et il aimerait en connaître l'endroit. Seulement il est avare pour fournir des renseignements, ce que lui reproche Burger. Alors un compromis est trouvé. Burger lui dévoilera le lieu si Kennedy l'informe de ses relations avec une certaine miss Mary Saunderson.

 

Transportons-nous maintenant avec Slapping-Sal dans les Caraïbes, à bord de La Léda, une frégate anglaise de trente-deux canons, commandée par le capitaine A.F. Johnson. Dans une tempête ils ont perdu de vue Le Didon, vaisseau qui les accompagnait. C'est le moment pour le capitaine de prendre connaissance du pli cacheté qui lui a été remis. Sa mission, s'il l'accepte mais il ne peut pas faire autrement, est de rencontrer la frégate française La Gloire, qui perturbe les activités commerciales du Royaume-Uni, et de mettre fin à ses agissements ainsi qu'à ceux de la Slapping-Sal, un navire pirate qui a non seulement pillé des navires britanniques mais a torturé les équipages. Si l'affrontement entre La Léda et La Gloire est particulièrement mortel pour bon nombre de marins, dans les deux fractions, une alliance inopinée peut faire basculer la victoire dans un camp ou dans l'autre, selon l'honneur des participants.

 

Enfin Le drapeau vert nous entraîne d'abord en Irlande puis en Nubie dans les années 1870. Dennis Conolly, malgré la mort de son frère jumeau lors d'un affrontement entre soldats Anglais et fusiliers Irlandais, s'engage sous la bannière britannique. Trop fauché pour s'embarquer vers les Amériques, et la verte Erin devenant trop dangereuse pour lui, il s'enrôle et est avec quelques compatriotes versé dans le bataillon des Royal Mallows. Ce bataillon est destiné à servir à l'étranger, et c'est ainsi que Dennis et ses compagnons se retrouvent en Nubie combattre une alliance conclue entre trois chefs arabes. Le ressentiment des soldats Irlandais envers leurs hiérarchie britannique est vif, une mutinerie est même sur le point de se déclencher, mais un épisode de la bataille va permettre de souder les rangs.

Dans ce dernier texte Sir Arthur Conan Doyle n'est guère respectueux envers la Reine Victoria, dont le nom n'est jamais cité, seulement sous son surnom de la Veuve. Mais le regard qu'il porte envers les combattants résonne quelque peu avec l'actualité :

Assis au milieu des rochers ou couchés à l'ombre, ils regardaient curieusement la colonne [britannique] qui se déployait lentement sous leurs yeux tandis que les femmes,  avec des outres emplies d'eau et des sacs de dhoora, allaient de groupe en groupe, leur récitant aux uns et aux autres les versets de guerre du Coran qui, au moment de la bataille, sont, pour le vrai croyant, plus enivrants que le vin.

Si les aventures de Sherlock Holmes sont très souvent rééditées, il serait bon de ne pas oublier les autres textes, contes, nouvelles et romans, de Conan Doyle, qui offrent toute une palette de plaisirs de lectures.

 

Contient :

La nouvelle catacombe (The New Catacomb - 1898)

Le Slapping-Sal (The Slapping Sal - 1893)

Le drapeau vert (The Green Flag - 1893)

Traductions de Henry Evie. Illustrations de couverture et intérieures de Martin Van Maële

 

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe. Collection Rouge N°27. Société d'Edition et de Publication. Parution vers 1910. 100 pages.

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 07:33

Hommage à Michel Audiard né le 15 mai 1920.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Journaliste à Paris-Matin, féru d'arts, Georges Masse attire les femmes, de préférence jolies, tel l'acacia les abeilles.

D'après ses dires il serait le gendre idéal :

Ayant reçu de mes chers parents le bon exemple, solidement instruit chez les Pères, drôlement porté sur le travail honnête, éclairé quant aux bienfaits de la vie rustique et aux méfaits de l'alcool (le whisky... Pouah!); voilà le garçon que je suis.

Tenez ! Mon rêve serait de rencontrer l'âme sœur, une petit provinciale avec des nattes dans le dos et des joues roses, jouant d Mozart au clavecin, lisant Paul Bourget dans le texte et ne voulant pas se laisser embrasser de peur d'attraper un enfant.

Au lieu de cela, devinez sur quoi je tombe à tous les coups ?... Sur des évaporées scandaleuses, moulées dans des pull-overs lance-grenades, avec des jupes à ouverture éclair et des battements de cil à dégeler un Conseil des Ministres.

Donc le garçon bien sous tout rapport qui organise avec ses collègues une petite fête pour l'anniversaire de son patron qui vient juste d'avoir cinquante ans, et tout ce beau monde pointe chez le sieur Golstein les bras chargés de bouteilles. Mais les fioles de champagne ne suffisent pas et Golstein puise dans sa réserve personnelle, perdant justement de sa réserve quant à Masse qu'il avait pourtant reçu avec une cartouchière en bandoulière et un fusil à la main, connaissant l'humeur farceuse de son employé. Et il avait raison Golstein de se méfier du journaliste puisqu'il retrouve Masse avec sa femme dans le même plumard. A la masse il est. En représailles, il lui suggère de prendre des vacances et c'est comme ça que Masse se retrouve à Venise. Et que le début de ses aventures mouvementées commence.

Lors de sa première soirée il est abordé par Arsène de Loubiac, fils de notaire en rupture de ban, qui lui propose de lui faire visiter la ville et ses endroits pas forcément touristiques. Et son cicérone l'entraîne au Triana-Club, un endroit fréquenté par les joueurs de poker. Masse n'est pas contre et les voilà tous deux embarqués dans un canot pour rejoindre le tripot haut de gamme installé sur un yacht, toléré par la police mais supposé clandestin, tenu par le Grec. Personne n'y trouve à redire sauf un concurrent, un certain Saddley.

Masse se rend compte rapidement que ses deux adversaires au poker sont des tricheurs, mais le prouver est une autre paire de manche. Et bientôt son portefeuille est réduit à l'état de limande. Les esprits s'échauffent et Zelos, dit le Grec, invite le journaliste à se rendre dans son bureau afin de régler le contentieux. Il lui ouvre la porte et tandis que Masse s'engouffre dans la pièce plongée dans le noir, un coup de feu est tiré. Une réception pour le moins imprévue.

C'est le début des ennuis pour Masse qui n'en demandait pas autant. La tireuse véhémente se nomme Nora Cassidi et elle en veut au Grec, une vague histoire familiale. Naturellement elle s'était trompée de cible, cela arrive. Mais pour Masse qui pensait rentrer dans ses fonds, c'est le contraire qui se produit. Le Grec exerce une forme de chantage et Masse doit signer un chèque de dix fois supérieur à ce qu'il doit, chèque qui sera remis à la banque le surlendemain. Mais Masse est à sec.

S'ensuit une sorte de complicité entre Nora et lui et ils se rendent chez le père de la jeune fille. Cassidi, qui s'est remarié avec Clara, une femme nettement plus jeune que lui, est alité, malade. Entre dans la danse le fameux Saddley, concurrent du Grec, et Masse est obligé de composer avec lui. Le journaliste est tiraillé entre Nora, sa belle-mère Clara, Cassidi le malade, Saddley et ses sbires, le Grec et les siens. Un imbroglio auquel s'ajoute Térésa Leoni, jeune commissaire de police de Venise qui ne prend pas de gants pour mener ses interrogatoires mais plutôt une lampe à souder. Il paraît que c'est très efficace pour délier les langues.

 

Ce roman ne possède pas la gouaille qui fera la réputation de Michel Audiard, même si le narrateur est ironique, cynique et persifleur.

Dans cet opus Michel Audiard me fait penser à Brett Halliday par certains côtés et en même temps à Peter Cheney. Une intrigue tarabiscotée, noyée dans des relents d'alcool, avec un personnage un peu débordé par les événements et en même temps insolent, possédant une arme à feu, ce qui n'est pas courant pour un journaliste.

Concomitamment à la parution de ce roman est sorti en salles le film éponyme réalisé par André Hunebelle, sur un scénario et des dialogues de Michel Audiard. Avec dans les rôles principaux, Raymond Rouleau, Anne Vernon, Tilda Thamar, Monique Darbaud, Bernard Lajarrige, Jacques Dynam, John Kitzmiller...

 

A noter que la quatrième de couverture précise : Tout ce que le film ne peut montrer, vous le lirez dans Massacre en dentelles, un nouveau succès de Michel Audiard.

J'ai toujours couché avec tous les hommes qui se sont donnés la peine d'y arriver.

S'il fallait que les femmes s'occupent d'où vient l'argent qu'elles dépensent, les bijoutiers pourraient fermer boutique.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.
Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles. Collection Spécial Police N°26. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1952. 224 pages.

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 05:44

Hommage à Robert Heinlein décédé le 8 mai 1988.

Robert HEINLEIN : Le chat passe-muraille

Question : A quel moment un Zygote, c'est à dire l'œuf fécondé produit de l'union des gamètes, peut-il penser, sachant qu'un spermatozoïde et un ovocyte ne pas sont conscients de leur existence ?

Partant de ce principe, n'est-il pas envisageable d'imaginer qu'à force de connexions et d'interconnexions, un ordinateur puisse un jour se mettre à penser ?

Ces deux questions pourraient donner le ton et l'ambiance qui se dégagent de la troisième partie du livre de Robert Heinlein, ce Chat passe-muraille, un chaton plutôt du nom de Pixel qui passe au travers des murs parce qu'il est trop jeune pour savoir que c'est impossible.

Après deux parties farfelues et complètement délirantes débutant comme un roman policier, cette histoire diverge vers les multi-dimensions, les mondes parallèles (l'on retrouve la théorie du chat de Schrödinger) comme si l'auteur avait voulu changer de sujet en cours de route.

Pour rappel :

Un individu qui lui est inconnu demande au colonel Campbell d'assassiner quelqu'un. Mais lui-même meurt assassiné. Du coup Campbell s'enfuit avec sa nouvelle épouse afin d'échapper à un complot. Un trajet qui les oblige à quitter la station spatiale Règle d'or à bord d'une navette trop vétuste et ils s'écrasent sur la Lune. Un incident qui les emmène à fréquenter des personnages de tous bords dans différentes villes lunaires jusque dans un hôtel miteux. La femme de Campbell, avec laquelle il n'est marié que depuis trois jours, tente de le persuader qu'elle est un agent spatio-temporel dans un univers totalement déjanté, où il est difficile de savoir, par exemple, si les gens sont âgés de trente ou trois cents ans, où les navettes ne comportent que quatre places munies de toilettes victoriennes, ce qui est évidemment plus agréable et confortable que la cabane au fond du jardin, et autres élucubrations jouissives.

La troisième partie, qui est légèrement soporifique en comparaison des deux précédentes, ne doit pas justement faire oublier les deux premières. Un roman jubilatoire dû à une imagination débordante et débridée d'un auteur de science-fiction engagé.

Cette citation extraite d'un dialogue souligne la différence pouvant exister entre écrivain et romancier.

- Vous êtes écrivain, vous faites de la littérature peut-être ? Sans intrigue ?
- Moi ? Je ne sais pas écrire de littérature, j'écris des histoires.

Réimpression mars 1993.

Réimpression mars 1993.

Robert HEINLEIN : Le chat passe-muraille (The Cat who walks through Walls - 1985. Traduction de Jean-Paul Martin). Inédit. Collection J'ai Lu Science-fiction N°2248. Parution 1987. 508 pages.

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 10:24

Hommage à Ruth Rendell, décédée le 2 mai 2015.

Ruth RENDELL : La maison aux escaliers

Une silhouette de femme entrevue dans la foule, et pour Elizabeth, c’est tout un passé d’angoisse qui remonte à la surface. Cette silhouette c’est celle de Bell, une jeune femme qui a énormément compté dans la jeunesse d’Elizabeth, et plus particulièrement pendant les années vécues dans la Maison aux Escaliers. Une maison toute en hauteur, cinq étages, cent six marches. Une maison achetée par Cosette, drôle de nom pour une riche veuve, et qui sert de refuge à de nombreux parasites, hommes et femmes marginalisés.

S’établissent une période de liberté, de sexualité active, une atmosphère de débauche. L’amitié et la camaraderie comptent autant, ou plus, que l’amour sentiment. Cosette a bien eu quelques soupirants mais elle entretient l’obsession d’un amant selon ses critères. Un amant qui se fait attendre. Les jours passent, s’étirent.

Un jour, Elizabeth fait la connaissance de Bell. Bell est une énigme vivante, ressemblant étrangement à un portrait peint par Bronzino au seizième siècle et à une héroïne de Henry James décrite dans son roman Les ailes de la colombe. Entre Cosette, la cinquantaine décrépite, récente veuve à la recherche de l’amant insaisissable, Elizabeth traumatisée par une maladie héréditaire, la chorée de Huntington, et Bell, affabulatrice, peut-être responsable de la mort de son mari, peintre raté adepte de la roulette russe, s’établissent des relations plus qu’amicales.

Mais un ver ronge le beau fruit. Bell vit maintenant à demeure dans la Maison aux Escaliers. Elle leur présente comme son frère, Mark, un jeune homme qui lui ressemble étrangement. Mark est un acteur, jouant un rôle dans un feuilleton radiophonique. Pour Cosette, c’est le coup de foudre. Et Mark tombe sous son charme vieillissant. Situation qui provoque un effet inverse entre Bell et Elizabeth, leurs relations saphiques s’estompant. Cosette, déjà riche, se retrouve soudain en possession d’une forte somme d’argent quand Mark perd son emploi, son petit rôle dans le feuilleton, seule activité qui le reliait au monde du théâtre.

Il informe Elizabeth que Cosette et lui ont décidé de déménager, de vivre ensemble et de vendre la Maison. En aucun cas Bell ne doit être au courant, enfin pas dans l’immédiat. Et puis elle aura une compensation, un petit appartement que lui offrira Cosette. Un soir, alors que Mark, Cosette, Elizabeth. Bell et quelques autres sont conviés au restaurant par un couple d’amis, surgit une femme, Sheila Henryson, qui se présente comme la belle-sœur de Mark. Le pavé dans la mare. Consternation à la tablée. Mark et Bell ne sont pas frère et sœur, mais amants. Ou étaient. A l’origine une méprise de la part d’Elizabeth et que Bell a su exploiter. Mais Mark avoue à Cosette que, de plus en plus, il était réticent à jouer dans cette mise en scène ignoble.

 

Ecrit à la première personne, ce roman est narré par Elizabeth qui revit ses souvenirs, ses amours, ses amitiés, ce drame également au contact de Bell. Des mémoires où le passé se mêle au présent et où, peu à peu, les zones d’ombre s’évanouissent au fur et à mesure des révélations de Bell : l’assassinat de Silas, son mari, camouflé en accident, ses années de prison, etc. Mais pour Elizabeth, c’est également la révélation ou la confirmation de sa responsabilité directe et indirecte dans ce drame.

Ruth Rendell, spécialiste des romans d’énigme dans lesquels la psychologie joue un grand rôle, n’est jamais allée aussi loin dans l’introspection de ses personnages. Des personnages ambigus déchaînant des passions qui se traduisent par des violences morales et une angoisse latente. Cependant, ce roman est un peu comme un anachronisme dans son œuvre. L’étude de caractère de ses personnages pervers, névrosés, psychopathes est comme à l’habitude extrêmement fouillée mais la façon de les décrire présente comme un décalage par rapport à ses autres romans et s’érige en marge.

Par certains côtés, La maison aux escaliers est un livre dense, poignant, violent ; par d’autres il se révèle décevant. Trop d’introspection, de calculs, pas assez de réalisme. Un roman qui oscille entre l’écriture, le romantisme fin du dix-neuvième siècle et la liberté de mœurs des années soixante-dix. Reste qu’un palier de plus est franchi par cette grande dame qui nous réserve bien d’autres surprises sous le pseudonyme de Barbara Vine.

 

Ruth RENDELL : La maison aux escaliers (The house of stairs - 1988. Traduction de Isabelle Rosselin-Bobulesco). Editions Calmann-Levy. Parution 1990.

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 05:21

Hommage à Frédéric H. Fajardie décédé le 1er mai 2008.

Frédéric H. FAJARDIE : Polichinelle mouillé.

Susceptible, et avec raison, Quintin n'a pas apprécié qu'un adolescent boutonneux se moque de sa bosse. La scène s'est déroulée sur les quais du métro à la station Bel-Air. Evidemment, à dix-sept ans et pour se faire mousser auprès de ses camarades, il faut se faire remarquer. Et c'est ainsi qu'il a glissé sa main sur la bosse mouillée par la pluie de Quintin, par défi et en le traitant de Polichinelle mouillé. Et que Quintin a déclaré dans sa moustache Pour ça je te tuerai.

Et c'est comme cela que Quentin, septuagénaire vivant seul dans son petit appartement de Montreuil, sa femme Mauricette qu'il avait surnommée Barbara étant décédée neuf mois auparavant, devient un tueur. Car ce qu'il a ressenti en bousculant l'adolescent dont il ne connait pas le nom et donc qu'il appelle Bel-Air du nom de la station où il a perpétré son forfait, c'est comme une délivrance, un acte patriote, éliminant un individu qu'il a classé comme fasciste, un nazi.

Quintin prend goût à débarrasser la société de ce qu'il prend pour des loques, des nuisibles, des inconsistants. Ainsi l'homme qui vient de se pincer les doigts dans les vantaux à fermeture automatique et qui se plaint auprès des autres voyageurs n'aurait pas attiré plus que ça son attention, si l'homme ne s'était blessé volontairement à un doigt à l'aide d'un petit couteau, juste pour qu'on compatisse. Et ce n'est pas le fait que l'individu soit Arabe qui attise l'ire de Quintin, mais bien cette propension à geindre.

Sa prochaine victime est un homme qui profère à l'encontre d'une jeune fille des mots inconvenants, des propositions malhonnêtes. D'accord, cette gamine qui paraît n'avoir que seize ans est attifée façon allumeuse qui refuse la pompe à incendie, une aguicheuse attirant tous les regards vers elle, ne semblant pas se rendre compte de l'intérêt qu'elle suscite avec sa jupe aussi grande qu'une ceinture et son habillement en rouge et noir. Au lieu d'embrasser la bouche pulpeuse de la gamine, l'individu peu scrupuleux va embrasser les rails, ça lui apprendra.

 

Le commissaire Antoine Padovani est chargé de l'enquête sur le Pousseur du métro. Il est entouré par Tonton, son supérieur, et d'autres commissaires, l'affaire le vaut bien, mais par quel bout prendre cette affaire, les témoins se contredisant comme souvent dans ces cas-là. Il remarque même que la jeune fille, qui a toutefois dix-huit ans, toujours aussi séductrice et provocante, fournit un signalement probablement erroné, peut-être en remerciement pour l'homme qui a châtié l'importun. Mais l'affaire n'est pas simple à résoudre, d'autant que malgré leur statut de commissaires certains des enquêteurs se montrent quelque peu des bras cassés. Enfin, Padovani, habitué des affaires pourries, ne renonce pas. Même si des membres de la maffia locale s'immiscent dans ce drôle de cirque. Même si cette jeune fille essaie de détourner Antoine Padovani de son rôle d'époux intègre.

 

Pour Fajardie, le roman était le vecteur idéal pour montrer les travers d'une société urbaine contemporaine, mettant en scène des personnages qui relèvent d'une certaine chevalerie, tel Quintin, mais dont les actes ne sont guère en conformité avec la légalité.

Profondément enraciné politiquement dès 1968 à la Gauche Prolétarienne, Fajardie ne renie pas ses valeurs, même si au fil des ans il "s'assagit", se montrant moins virulent, plus mesuré dans ses propos.

Nouveau prêtre du Néo-polar à ses débuts, Fajardie aborde avec Polichinelle mouillé une narration plus souple, tout en gardant ses repères idéologiques, n'hésitant pas à dénoncer des pratiques jugées fascistes ou nazies. Si le personnage de Quintin peut paraître immoral, il réagit à des besoins profonds, dont la réminiscence se dévoile au fil du déroulement de ses méfaits. Et Fajardie déplace peu à peu le côté roman noir vers une enquête-énigme construite comme un jeu de piste avec un côté poétique.

Ce roman est dédié à Francine, comme tous ses livres d'ailleurs, et la femme du commissaire Antoine Padovani se nomme Francine, tout comme la femme de Fajardie. Une nouvelle preuve de fidélité qui l'animait et d'ailleurs on se rend compte que Padovani est un peu une projection de l'auteur dans ses gestes, ses réflexions, son regard envers ses contemporains, ses engagements.

Un roman court et percutant.

 

Réimpression de La Petite Vermillon de septembre 1996.

Réimpression de La Petite Vermillon de septembre 1996.

Première édition : collection Sueurs Froides. Editions Denoël. 1983.

Première édition : collection Sueurs Froides. Editions Denoël. 1983.

Frédéric H. FAJARDIE : Polichinelle mouillé. Collection La Petite Vermillon N°61. Editions de La Table Ronde. Parution le 22 septembre 2016. 176 pages. 7,10€.

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