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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 12:54

Bon anniversaire à Alain Demouzon né le 13 juillet 1945.

Alain DEMOUZON : N'importe où avec une fenêtre.

Maxime Lehutin est promis à un bel avenir.

Pensez donc, son premier roman, finement littéraire, a obtenu l'un des cinq mille obscurs prix décernés en France par an, et de la presse critique favorable.

Son éditeur pense en vendre mille cinq cents exemplaires et lui ouvre les portes de sa collection policière Nuit Métallique, à condition de pondre trois polars par an.

L'écriture, Max la ressent comme une merveilleuse et douloureuse aventure pleine de désappointement et d'aridité. Mais il l'aime trop pour ne pas tout lui sacrifier par avance. Ce qu'il lui faut : une fenêtre. Regarder par delà la baie vitrée, c'est l'espoir, la contemplation d'un autre monde. L'entrebâiller, c'est l'aspiration vers l'aventure, c'est chevaucher allègrement le grand souffle romanesque, jongler avec les lettres puis les mots puis les phrases. Stop.

Greg Von Bluff, l'éditeur de Max, bouleverse les données, propose un contrat mirifique et bouscule notre écrivain en herbe. Il le lance sur le sentier de la guerre à la recherche d'un temps perdu. Le temps perdu par Marcel Proust à écrire cette prose qui se révèle être apocryphe.

Dur dur pour les maisons d'éditions, ce manuscrit indigeste. Qui dit indigeste dit indigestion. Qui dit indigestion dit pruneaux. La voilà la panacée ! Les pruneaux généreusement offerts par le Syndicat, avec en prime un revolver, le tout délicatement posé dans une boîte à chaussures. Il faut absolument que Max retrouve et fasse disparaitre de la circulation l'auteur de cette thèse selon laquelle Marcel Proust ne serait pas l'auteur des écrits proustiens.

Proust alors ! Le pavé dans la mare.

 

Partant de cette donnée simple, Demouzon rêve, extrapole sur ce qui pourrait être un cauchemar éditorial, lance son héros sur les pistes de l'imaginaire, égratignant, griffant, s'ébrouant, piaffant, ruant, pataugeant allègrement, faisant feu de tout bois, tirant dans les coins.

Il parodie, il blasphème, il vitupère, il vilipende, il surprend, il ironise, il raille, il mord, il pique, il se gausse, il se moque, il joue. L'impertinence faite homme.

Un régal, une jubilation, une récréation pour le lecteur. Une véritable macédoine de petites phrases que le chroniqueur amoureux de littérature qui, comme moi, ne se prend pas au sérieux, ramasse, glane, emmagasine, engrange, puis offre en un bouquet chatoyant et vénéneux au lecteur abasourdi.

Et tout le monde y passe, tout le monde en prend pour son grade. Le monde de l'édition bien sûr, mais également les auteurs, les découvreurs de talents, les critiques, les lecteurs aussi.

Demouzon possède une machine à écrire transformée en moulinette.

N'importe où avec une fenêtre, c'est un pamphlet, une satire, une réjouissance, une récréation, une bouffée d'air pur, une profession de foi, une Bible.

Pour souligner mes propos, je vous propose un florilège, quelques extraits savoureux qui, j'en suis persuadé, vous incitera à découvrir cet ouvrage iconoclaste, franchement hilarant et pourquoi pas moralisateur.

 

Je viens de gagner 18 000 francs dans l'édition, sans écrire une seule ligne. Me voilà un écrivain authentique.

Voyons, les gens ne lisaient pas Proust ! Non, mais ils l'achetaient.

Je n'ai pas lu votre livre, mais je l'admire beaucoup. Sincèrement.

Ne soit pas méprisant : tous les romans sont à suspense !

Un sacré bosseur, celui-là, prêt à tout, ponctuel et efficace. Un vrai professionnel. Restera inconnu et méprisé.

Alain DEMOUZON : N'importe où avec une fenêtre. Editions Seghers. Parution Mars 1990. 304 pages.

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 13:10

Bon anniversaire à Dean R. Koontz, né le 9 juillet 1945.

Dean R. KOONTZ : Les étrangers.

Phobie : forme de névrose caractérisée par la peur morbide, l'angoisse de certains objets, actes, situations ou idées.

Telle est la définition donnée par le Petit Robert. Et c'est bien d'une phobie dont sont atteintes subitement certaines personnes vivant en des points éloignés des Etats-Unis, qui apparemment ne se connaissent pas, qu'aucun lien ne rattache.

A Laguna Beach Dominick Corvaisis, jeune écrivain promis au succès, est soudain atteint de somnambulisme. A Boston, Giner Weiss, promise elle aussi a un bel avenir, semble atteinte de troubles de mémoire et d'une peur irraisonnée lorsqu'elle est confrontée à une paire de gants noirs ou d'une bonde de lavabo.

A Chicago, un prêtre, Brandon Cronin, perd brusquement la foie, alors qu'à Elko County, Ernie Block, propriétaire d'un motel est traumatisé par la nuit. A Las Vegas, une jeune enfant, Marcie, ne peut entendre parler d'hôpital ou de docteurs sans être en proie à une véritable terreur.

Jack Twist, un ancien militaire dont la femme est dans le coma depuis huit ans, ne trouve plus aucun goût dans l'accomplissement de sa nouvelle occupation : le vol de fourgons de transport d'argent.

Quels que soient les remèdes envisagés, les psychothérapies tentées, rien ne peut les soulager. Au contraire, leur mal empire au fil des jours. Leurs obsessions se développent au fur et à mesure, s'amplifient, se modifient.

Certains, comme Dominick ou Brandon possèdent des pouvoirs surnaturels.

Peu à peu dans leur mémoire, des morceaux de souvenirs remontent à la surface, comme un mur qui s'effriterait, qui se désintégrerait tout doucement. Une immense toile d'araignée les relie, dont le centre est le Tranquility Motel.

Chacun de son côté va essayer de reconstituer ce qu'il est passé dix-huit mois auparavant, mais ils se heurtent à un blocage, comme s'ils avaient subi un lavage de cerveau.

Réunis par une puissance anonyme, ils vont tenter de mettre leurs forces en commun pour conjurer le mal mais devant eux se dresse le terrible colonel Falkirk, lui aussi obsédé, mais pas de la même manière.

La lune, une lune rouge, est l'épicentre de leurs obsessions.

 

Dean R. Koontz ne déçoit jamais ses lecteurs en vieux routier de l'écriture qu'il est. Après avoir goûté au roman policier sous les pseudonymes de K.R. Dwyer ou Brian Coffey, il s'est reconverti avec bonheur vers le thriller surnaturel, le fantastique moderne, que ce soit sous son nom ou celui de Leigh Nichols.

Les étrangers, un excellent toman de suspense et d'épouvante qui ne sacrifie pas à la mode, c'est à dire au sanguinolent, mais dont l'épilogue est un message porteur d'espoir et de tolérance.

Réédition J'ai Lu épouvante. Parution 5 mars 1993. 638 pages

Réédition J'ai Lu épouvante. Parution 5 mars 1993. 638 pages

Réédition J'ai Lu épouvante. Parution 22 janvier 1997. 638 pages.

Réédition J'ai Lu épouvante. Parution 22 janvier 1997. 638 pages.

Dean R. KOONTZ : Les étrangers (Strangers - 1986. Traduction de Jacques Guiot). Collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution 11 janvier 1989.

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 12:21

Bon anniversaire à Jean-Paul Nozière né le 7 juillet 1943.

Jean-Paul NOZIERE : Des manches et la belle.

Délicious Djembé n’a pas dû tout comprendre ce que lui avait expliqué Manu Dobanga. Braquer un fourgon rempli de faux billets, avec à bord deux convoyeurs dont un rouquin sur l’Isardrome de l’A…

Et s’il n’a pas tout compris D.D. ce n’est pas forcément à cause de la migraine qui lui torpille le crâne malgré tous les comprimés qu’il a ingurgité, mais parce que Manu en était au moins à son dixième verre de rhum, que les numéros attribués aux autoroutes c’était plus compliqué que de jouer au loto et qu’il ne connaissait personne du nom de Rouquin.

Il pense toucher au bout lorsque, ayant roulé pendant cent soixante bornes, il trouve une aire de repos avec une Pizza Room. Il est content D.D. (c’est son surnom) et se frotte les mains par avance. Dans la salle de restaurant deux hommes sont attablés et l’un appelle l’autre Rouquin. C’est sur, il touche au but.

Il s’empare des clés du véhicule, un fourgon mortuaire. Ils sont forts ces Finlandais, en effet ce sont des Finlandais qui doivent convoyer l’argent, des faux billets mais ce n’est pas grave, ils sont forts ces Finlandais pense-t-il ébahi. Quelle classe et quel sens de la dissimulation !

Un prêtre noir, comme lui, qui traîne dans le secteur, n’aura plus à se poser de questions. D.D. s’en débarrasse à l’aide de son couteau suisse qui ne le quitte jamais et endosse sa soutane. Comme tenue de camouflage, on ne fait pas mieux. Et direction… Sponge, la petite ville où le curé malien devait officier, et à lui les billets.

Il ne va surtout pas revenir au bercail, remettre le pactole à Manu et toucher des peccadilles alors qu’une fortune l’attend dans le cercueil qui gît tranquillement parmi les fleurs artificielles.

 

D.D. n’a que vingt ans et ne comprend pas toujours tout, alors les événements qui vont suivre, ce sera plutôt en spectateur qu’il les subira, mais comme un spectateur à qui l’on demande de participer à une représentation dont il n’a pas compris le scénario.

Dans la veine de James Hadley Chase, le titre d’ailleurs de ce roman rappelle celui de J.H. Chase Une manche et la Belle, et qui fut adapté au cinéma par Henri Verneuil en 1957, Jean-Paul Nozière nous entraîne dans une espèce de parcours machiavélique et déjanté. Mais ce n’est pas pour autant que notre auteur se livre à l’écriture d’un pastiche. Il possède son univers et ses points de fixation, qui deviennent de plus en plus prégnants à cause de l’actualité malsaine entretenue par nos hommes politiques.

Un petit roman (par le nombre de pages), agréable à lire et qui sous couvert d’une certaine légèreté de ton, donne à réfléchir, ne serait-ce que sur les motivations de familles qui adoptent un petit Noir (né au Tanganyika dans le roman), comme ils adopteraient un animal de compagnie.

 

Jean-Paul NOZIERE : Des manches et la belle. Suite Noire N°34. Editions La Branche. Parution janvier 2010. 94 pages.

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4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 14:04

Hommage à Georgette Heyer décédée le 4 juillet 1974.

Georgette HEYER : Meurtre d'anniversaire

Un repas d'anniversaire, cela devrait se fêter dans la joie et la bonne humeur.

Mais à Cliff House, ce repas se déroule dans une atmosphère guindée, entre la famille Kane, presqu'au complet, et les Mansell, leurs associés.

Faut préciser que les Kane et les Mansell ne sont pas tout à fait d'accord sur les orientations et l'avenir de la société qu'ils dirigent. Les uns préfèrent maintenir le cap, sans grande audace et sans péril, les autres désirant s'agrandir et poser des jalons en Australie.

Silas Kane, dont c'est justement l'anniversaire, décide de terminer la soirée par une petite balade au clair de lune. Promenade fatale puisque son corps est découvert le lendemain au pied de la falaise.

Son successeur, Clement Kane, décède peu après d'une indigestion de plomb. Un coup de revolver fatal.

La police locale va recourir aux bons offices de Scotland Yard et à l'un de ses meilleurs limiers, l'inspecteur Hannasyde.

Parmi tous les membres de ces deux familles, seuls la vieille madame Kane, octogénaire invalide, et le jeune Timothy Harte possèdent des personnalités marquantes.

Madame Kane s'érige un peu en despote tandis que Timothy, quinze ans, se conduit en enfant terrible et irrévérencieux de la tribu.

 

Après un début quelque peu soporifique, la mise en place de tous les personnages s'avérant un brin laborieuse, le roman prend de l'ampleur.

L'action se précise, prend le pas sur les dialogues, grâce surtout à l'apparition de nouveaux personnages dont la mère de Timothy, de retour d'une chasse au fauve en Afrique.

Un roman intéressant au goût légèrement rétro, mais faut-il encore préciser que ce roman a été publié pour la première fois en Grande-Bretagne en 1937.

 

Petites précisions :

Georgette Heyer connut un grand succès au Royaume-Uni, surtout grâce à ces romans sentimentaux et ses romances historiques.

Bizarrement la publication de ses œuvres en France n'a réellement eu lieu qu'après sa mort en 1974. Quelques ouvrages toutefois dans la collection le Masque dans les années 1940, pour la partie policière. Elle a véritablement été traduite, toujours pour ses romans policiers chez Fayard à la fin des années 1980, début 1990, et pour ses romans sentimentaux historiques aux éditions de Trévise dans les années 1980.

Les éditions Milady nous en proposent quelques-uns depuis 2012, souvent des rééditions de la collection Historique de chez Harlequin . Comme quoi il ne faut pas toujours négliger ou mépriser cette maison d'éditions qui, il est vrai, submerge un peu le marché. Alors, avec un peu de chance et du courage pour éplucher tout ce qui se présente sous vos yeux dans les vide-greniers, vous pourrez peut-être dénicher votre bonheur.

 

Réédition Le Livre de Poche. Parution octobre 1999. 286 pages.

Réédition Le Livre de Poche. Parution octobre 1999. 286 pages.

Georgette HEYER : Meurtre d'anniversaire (They Found Him Dead - 1937. Traduction de Denise Meunier). Editions Fayard. Parution octobre 1989. 336 pages.

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 07:45

Bon anniversaire à Claude Amoz, née le 26 juin 1955.

Claude AMOZ : Dans la tourbe.

Révélée à Vienne en 1997 en obtenant le Grand Prix du roman policier Sang d’Encre pour Le Caveau, Claude Amoz a connu la consécration en 1999 avec deux romans : Dans la tourbe qui paraît chez Hors Commerce dans la collection Hors Noir, et L’ancien crime chez Rivages collection Rivages/Noir N°321.

 

Dans la tourbe est comme un huis-clos qui met en scène quelques vieillards d’une maison de retraite dirigée par des religieuses. Ils ont droit à une semaine de « vacances » dans un ancien orphelinat nommé les Roches Sourdes. Parmi les privilégiés, Francis, ancien livreur en camionnette, exploité toute sa vie par un épicier qu’il vénère encore, Elie, un violoniste promis à un bel avenir mais dont le talent a été gâché à cause d’une dipsomanie issue d’un drame dont il ne connaît même plus la raison, et des femmes dont deux infirmes, une autre en manque d’affection et une demoiselle, heureuse et fière de l’être, assoiffée de culture. Un pharmacien, piètre automobiliste, dont la femme atteinte d’une dépression à répétition est hospitalisée pour la énième fois, se joint au petit groupe qui compte déjà dans ses rangs une bénévole Irlandaise.

Seulement le potard se retrouve dans un pays, une ambiance, une atmosphère qu’il connaît bien puisqu’il y a vécu l’année de ses quinze ans. Une année qu’il se rappelle sans effort. L’odeur de la tourbe qui entoure la maison de retraite est toujours présente, obsédante. Le responsable du musée local est un ancien condisciple, spécialiste des coups fourrés et des intimidations, des sous-entendus. Alors entre tous ces protagonistes s’engage un bras de fer arbitré par une mémoire collective et individuelle défaillante, programmée et insidieuse, statufiée dans la tourbe qui rejetterait de vieux cadavres comme un placard expulserait un squelette encombrant.

 

Claude Amoz écrit comme si elle apposait sur l’intrigue une mousseline, un voile transparent qui laisserait apparaître le temps d’une phrase la signification profonde de son propos puis tout s’estompe, brume qui se déchire pour mieux se reformer et englober dans des rets un paysage qui se déforme au fur et à mesure que le lecteur avance dans l’intrigue. Comme des fumerolles qui s’élèvent dans l’air alors qu’un soleil fugace frappe la tourbe avant de s’estomper aussi rapidement qu’il est arrivé.

 

Claude AMOZ : Dans la tourbe. Collection Hors Noir. Editions Hors Commerce. Parution janvier 1999. 268 pages.

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 11:27

Bon anniversaire à Catherine Fradier, née le 22 juin 1958.

Catherine FRADIER : Ballon.

Tandis que des centaines de milliers de supporters, à un ou deux près, envahissent la France, désirant encourager leurs équipes respectives, dépensant sans compter leurs euros, faisant le bonheur des débits de boissons et fournissant allègrement du travail à ceux qui sont au chômage ou non lors des dégâts occasionnés par leurs débordements joyeux, là-bas, en Orient, un gamin pigne auprès de sa mère son ballon.

Il a oublié son ballon sur la plage, à cause des bombardements. Alors sa mère, Razan, sachant que le père lui offrira gentiment quelques torgnoles en rentrant, Qusaï effectuant six tours dans ses baskets délabrées sans toucher les bords, Razan décide d'aller récupérer le jouet de son fils malgré son ventre en capilotade.

 

En quatre pages, Catherine Fradier aborde un sujet grave. Elle nous montre les horreurs de la guerre à travers un événement parmi tant d'autres, un court épisode de la vie quotidienne, alors que tout devrait être joie pour des gamins qui n'ont rien demandé sauf une parcelle de bonheur, toucher la lune par exemple.

Une page d'histoire écrite tout en finesse, en toucher de plume, et le lecteur assiste, comme au cinéma, à ce qui pourrait être un moment de détente au milieu de la guerre. Mais la détente n'est pas celle à laquelle Qusaï pourrait, devrait, avoir droit, car les doigts des hommes sont dessus.

Catherine FRADIER : Ballon. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution juin 2016. 1,49€.

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 14:01

Gilles Maurice Dumoulin alias G. Morris, G. Morris-Dumoulin ou encore Vic Saint-Val, est décédé le 10 juin 2016. Il était né au Havre le 16 janvier 1924.

G.M. Dumoulin en compagnie de Brice Pelman, à la Bilipo en octobre 1999 pour les 50 ans du Fleuve Noir

G.M. Dumoulin en compagnie de Brice Pelman, à la Bilipo en octobre 1999 pour les 50 ans du Fleuve Noir

Il travaille dès l’âge de treize ans chez un importateur de coton. De fil en aiguille, cet autodidacte qui apprend plusieurs langues étrangères grâce à la méthode à « six mille » et aime imiter Charles Trenet, monte une troupe de théâtre en 1942, puis se tourne vers la littérature en devenant tout d’abord traducteur de Mickey Spillane, d’Irwin Shaw (Le Bal des Maudits) ou de Robert Ruark (Le carnaval des dieux) et enfin, sous la pression amicale de critiques éclairés, se lance dans la production de romans policiers, d’espionnage puis d’anticipation.

Une œuvre aujourd’hui évaluée à plus de deux cents titres.

Il reçoit en 1955 le grand prix de littérature policière pour «Assassin mon frère» paru dans la collection «Un Mystère» aux Presses de la Cité dans lequel il prend pour décor le fameux camp Philipp Morris implanté à la fin de la guerre près du Havre et où il a été employé comme interprète.

Il intègre l’écurie du Fleuve Noir en 1963, produisant des romans pour les collection Spécial Police, Espionnage, Anticipation et la collection Vic-Saint-Val dont les premiers titres sont écrits en collaboration avec Patrice Dard. Parallèlement il écrit des chansons et des scénarios de films dont les réalisateurs s’appellent Henri Decoin ou Edouard Molinaro.

Pour en savoir plus sur cet auteur prolifique dont certains ouvrages ont atteint les 100 000 exemplaires, chiffre dont aimerait s’enorgueillir bien des best-sellers d’aujourd’hui, le meilleur moyen est de lire sa biographie, même si parfois on reste sur sa faim, «Le forçat de l ’Underwood» paru chez Manya en 1993.

 

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 13:27

Hommage à Gilles-Maurice Dumoulin,

alias G. Morris, Vic-Saint-Val, décédé le 10 juin 2016.

G. MORRIS-DUMOULIN : Paris sera toujours pourri.

Entrant par hasard dans un bistrot, Peter Warren, le détective privé franco-américain, reconnaît Jo Carven, un vieil ami boxeur reconverti en restaurateur. Les retrouvailles se déroulent bon enfant et Warren ne manque pas de retourner chez ce copain à la table accueillante.

Ce jour là, alors qu’il dîne en compagnie de Jo et d’un autre ami de l’ancien boxeur, Warren aperçoit un jeune homme qui semble se défier d’une voiture puis s’engouffre précipitamment dans le bar. Ce n’est autre que Franck, le neveu de Jo, qui six mois auparavant s’était envolé pour les Etats-Unis, après s’être largement servi dans le tiroir-caisse du tonton, et n’avait plus donné de ses nouvelles. Franck qui revient avec une mallette bourrée de dollars, plus de deux cents mille ce qui est un joli pécule pour recommencer dans la vie. Warren est intrigué par ce pactole et il file Franck jusqu’à un immeuble trop bourgeois pour être honnête.

En effet la personne que le neveu rencontre, Yossip Maresco, se révèle selon Jo comme une authentique crapule magouillant dans tous les domaines. Il prévient Jo et tous deux s’invitent dans la résidence de Maresco, lequel les accueillent sourire aux lèvres. Mais Jo n’apprécie vraiment pas la collusion entre Franck et l’homme qui tripatouillait les matchs de boxe et est devenu maquereau, fournisseur de drogues et autres délits.

Alors Mallard propose de le prendre dans on entreprise d’informatique, la NALS, “  Nous Avons La Solution ”. Franck devrait s’acheter une nouvelle conduite. Mais elle n’est qu’extérieure et cela forcément lui retombe sur le museau. Warren va être obligé de louvoyer entre un ninja plutôt svelte, un truand serbe et un ingénieur japonais, aidé par sa secrétaire Sophia, qui elle aussi sera frustrée. On ne peut pas tout avoir.

Une nouvelle aventure pour notre ami Warren, qui prouve une fois de plus que l’amitié n’est pas un vain mot, malgré les emmerdements que cela procure parfois. Il ne cherche pas systématiquement les embrouilles, mais celles-ci lui tombent sur le paletot au moment où il ne les attend pas, malgré un métier à risques. Un humaniste qui sait que le chemin de la vie est empierré et qu'il doit marcher sur des œufs afin d’éviter les explosions en tout genre. C’est un dur au cœur tendre qui ne cède pas à la facilité, même si elle s’appelle Sophia, et qu’elle tente de démontrer à son patron qu’elle accepterait volontiers d’effectuer des heures supplémentaires chez lui.

G. MORRIS-DUMOULIN : Paris sera toujours pourri. Collection Dur à cuire. Editions de L’Arganier. Parution 18 septembre 2008. 232 pages.

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 08:34

Hommage à Michel Lebrun décédé le 20 juin 1996.

Michel LEBRUN : Sex-voto.

En 1939, dans Esquisse d'une psychologie de cinéma, André Malraux concluait : Par ailleurs le cinéma est une industrie. Cela a-t-il vraiment changé ? Pour Michel Lebrun, en 1975, cette affirmation était toujours de mise.

Et pourtant, Simon Malaterre, producteur, est à la recherche d'une forme d'esthétisme dans le cinéma qu'il finance. De l'art et d'essai plutôt que de lard et d'essais. Il prône un cinéma moralisateur, vertueux, et a même l'intention de réaliser un film ambitieux sur sainte Thérèse de Lisieux. Seulement il n'a que les yeux pour pleurer car il lui manque une grande partie du financement.

Pourtant il a déjà prévu des grandes vedettes pour participer à ce film. Marlène Jobert et Charles Bronson dans les rôles principaux. Il ne leur pas demandé leur avis, mais il est persuadé qu'ils ne manqueront pas de signer à l'annonce d'un tel projet. Seulement il faut de l'argent, car la vedette coûte cher, n'est-ce pas Mère Denis ?

Des retombées sur des films précédents sont promises à condition de commencer un nouveau tournage avant les trois mois. Il y aurait bien une solution, demander aux collaborateurs, le metteur en scène et l'auteur, de différer leurs défraiements, mais ils sont égoïstes. Ils refusent. Et Simon Malaterre est vraiment en colère, lui qui peut se vanter d'avoir obtenu un Oscar, le Grand Prix de l'Office Catholique du Cinéma, et quelques autres trophées prestigieux. Et il ne peut s'empêcher de vitupérer contre les pratiques administratives.

 

Je vais donner un coup de semonce à tous ces fossoyeurs. Je vais pondre un article soigné que je ferai passer dans le Cinémato. Nous allons reprendre la liste de tous ces films merdiques qui ont obtenu des avances sur scenario et des primes à la qualité, ça fait toujours rire. Puis je vais parler de mon projet, et leur mettre le nez dans leur caca. L'Etat subventionne des films contestataires, scatologiques, voire pornographiques comme La grande bouffe et autres saloperies, et quand un producteur entre mille ose préparer une vie de Sainte-Thérèse, on lui rit au nez !

Un repas d'affaires en compagnie d'un autre producteur spécialisé dans des films Q, devenus X, tourne au vinaigre. L'homme veut bien lui prêter de l'argent mais à condition que Malaterre se tourne vers des films moins cultes et plus cul. Malaterre refuse et s'obstine, ce qui fait que les ponts sont coupés entre les deux hommes, et les fonds aussi.

Si Malaterre manque d'argent, il n'est pas dénué de ressources et d'idées. D'abord confier le nouveau scénario à un ami, qui grenouille dans les Lettres, même s'il n'a jamais écrit pour le cinéma, et comme il lui a sauvé la vie, quelques décennies auparavant, de le pistonner auprès de la commission qui attribue les aides à la création. Après tout cet ami est membre de cette commission, alors un petit coup de pouce de sa part, ce serait un juste retour des choses.

Seulement, outre ses problèmes financiers, Malaterre connait quelques désagréments à cause de l'attitude de sa fille. Et acculé, il acceptera, à contrecœur de tourner un film, dérivé de Sainte Thérèse et le monde interlope, dans lequel les scènes de sexe seront simulées. Les attributs masculins n'apparaitront pas à l'écran. Bref un film avec une introduction, un développement et une conclusion. Seulement, les scènes dites osées, explicites, seront réservées pour la revente du film à l'étranger, afin de satisfaire à des exigences provenant de pays qui ne rechignent pas à admirer la beauté de jeunes hommes et filles batifolant ensemble.

 

C'est bien l'hypocrisie cinématographique que Michel Lebrun dénonce ici avec humour, ironie et causticité dans une trame policière. Il suffit qu'un film soit catalogué comme un véritable chef d'œuvre pour qu'il soit encensé et que le réalisateur peut tout se permettre. Les Galettes de Pont-Aven, Les Valseuses et plus tard 37.2 le matin ou encore L'amant bénéficient d'une aimable tolérance, tandis que les films catalogués X sont relégués dans des salles dont la réputation en pâtit.

Michel Lebrun connaissait bien le monde du cinéma et de la télévision, ayant œuvré comme scénariste ou dialoguiste pour des films impérissables tels que Estouffade à la Caraïbe, Ces dames s'en mêlent, La dernière bourrée à Paris, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause !, La tête du client... et pour la télévision quelques épisodes de la Série Les cinq dernières minutes ainsi que pour Le sang des Atrides.

Alors ce microcosme du cinéma, Michel Lebrun le écrit avec réalisme et humour féroce, car le dieu Argent règne en maître et que sans lui, opérateurs du son, éclairagistes, cameramen, metteurs en scène et acteurs ne pourraient vivre. Seulement pour réaliser un film, il faut accepter quelques compromissions.

 

Mon problème est un problème d'éthique. Durant toute ma carrière, j'ai réussi, seul sur la place de Paris à garder mon nez propre. Je n'ai jamais un film pour gagner de l'argent facilement en flattant les goûts du public, et cette politique s'est avérée payante sur la longueur. Je me sens avili, crasseux, d'entrer dans le système, dans l'épicerie.

Michel LEBRUN : Sex-voto. Editions Presses de la Cité. Parution 1er trimestre 1975. 254 pages.

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 12:33

Bon anniversaire à François Darnaudet, né le 16 juin 1959.

François DARNAUDET : Le retour du Taxidermiste.

Pour faire peau nette, comme disait un ami palefrenier !

Ce recueil, qui a obtenu le Prix Virtuel (Ex Prix Rompol) du roman policier 2008, comprend deux titres dont un inédit. Le premier roman, Le Taxidermiste, écrit en collaboration avec Thierry Daurel, a été publié en avril 1985 chez Corps 9, autant dire qu'il était devenu introuvable. Le second roman, Le Club des cinq fous, aucune analogie avec le Club des Cinq d'Enyd Blyton, tout juste un clin d'œil, est dû à la seule plume de François Darnaudet et devait être publié au Fleuve Noir dans une collection disparue entre temps. Et mon tout donne ce Retour du Taxidermiste, deux textes fantastico-policiers.

Commençons par le début, cela facilitera la suite :

 

Le Taxidermiste.

Pour se faire la main, le narrateur, on saura plus tard qu'il se nomme Jacques Marioton, attrape un chat puis l'empaille. Faut bien un début à tout. Il se rend régulièrement à la bibliothèque du Ve arrondissement de Paris, où il retrouve ses compagnons, et compulse des ouvrages sur la taxidermie. Hector Balsinfer, retraité, passe son temps à dormir sur un recueil des journaux du Figaro, année 1933, excellent somnifère qui ne délabre pas l'estomac comme les cachets et autres potions dites magiques; Albert Cziffram ancien prof de maths qui a tapé sur un inspecteur d'académie, ce qui n'était pas la solution; Ali m'Gari qui pour un rien pousse des cris, au grand dam des bibliothécaires.

A cause d'une bavure, le narrateur, l'autre qui répond au nom de Charles Jabert, a été obligé de changer de métier. Ancien inspecteur de police il est devenu représentant en matériel électronique. Ce soir là il est content, il va retrouver Hélène qui doit l'attendre chez lui. Elle a décidé de partager son appartement, au moins il n'aura plus les pieds froids le soir dans son lit. Seulement Hélène n'est pas là. Le lendemain il apprend par la télévision qu'Hélène a été retrouvée chez elle, dans un piteux état. Pourtant l'empailleur avait bien travaillé, le boulot était fignolé.

Le naturaliste, à l'origine de la mort d'Hélène, ne s'arrête pas en si bon chemin et d'autres jeunes femmes sont ainsi découvertes au gré de ses maux de tête. Car les névralgies sont fréquentes, de plus il arbore un œil de verre, c'est peut-être pour cela qu'il regarde les représentantes du sexe féminin de travers.

Le chemin du taxidermiste et du policier vont se croiser, et ce ne sera pas le fruit du hasard.

Dans ce premier roman, les deux auteurs s'amusent avec le genre gore alors naissant, le premier roman de la collection Gore du Fleuve Noir parait justement en 1985, initié par des films qui connurent un certain retentissement comme Massacre à la tronçonneuse. Ils ne se cantonnent pas dans un style rigide mais multiplient les délires, en se renvoyant peut-être la balle lors de la rédaction. En effet dans certains passages, des mots ou des locutions sont sciemment répétés, comme un mantra, tel ce détecteur de métaux ferreux et non ferreux qui apparait au moins cinq fois dans la même page. Le quartier de l'Odéon est au cœur du sujet même si d'autres lieux comme le quartier Montparnasse sont largement évoqués. Et le Panthéon, Cluny, endroits symboliques du Ve arrondissement parisien ont marqué François Darnaudet, puisque l'un de ces romans publiés plus tard se nommera justement Les Dieux de Cluny. Enfin il faut signaler que toutes les têtes de chapitre font référence à des films, le premier cité étant Drôle de drame.

 

Le Club des cinq fous

Nous retrouvons dans une chapelle de l'église Saint Sulpice quelques protagonistes ayant évolué dans Le Taxidermiste. Mais pas tous. Marioton n'est plus. Albert Cziffram non plus. Inexplicablement il a disparu. Ne restent que Ali M'Gari, éternel étudiant en sociologie et Hector Balsinfer qui se sert toujours des reliures du Figaro en guise de somnifère. A ces deux inamovibles rescapés de la confrérie Théorème de la Nuit se sont joints pour former l'association Triste Planète les sieurs Inocybe de Patouillard, religieux agressif qui siège justement en l'église Saint Sulpice, Gérard Touzbarre, ancien ingénieur des Travaux publics et collectionneur invétéré et enfin Francisco Cervantoche, ancien auteur-acteur et metteur en scène de ses propres pièces destinées à quelques résidents d'un asile dans lequel il a vécu et actuellement vendeur chez Presciences, une boutique qui fourni de tout à l'intention des chercheurs naturalistes.

En lisant un ouvrage consacré à la réincarnation par la taxidermie, ils se sont mis en tête de ressusciter le Grand Maître Marioton en procédant à des expériences sur des sujets vivants. Il leur faut respecter certaines règles que tous n'ont pas exactement assimilées et surtout qu'ils détournent en pensant bien faire, leur esprit naviguant en dehors de toute logique. Ali M'Gari, dont ce n'est pas le véritable patronyme, s'est institué Premier Président de Triste Planète, en l'absence de Cziffram, et il ne fait pas l'unanimité. Ils ont entamé leur démarche par l'invocation du Bedouk, sans effet réel, donc il leur faut trouver un autre exorcisme. En attendant à la fin de leurs réunions, ils passent leurs nerfs sur un pauvre chanoine étripé et gisant dans un confessionnal et M'Gary donne pour se défouler des coups de pied à un clochard rencogné au porche du monument religieux.

Le premier à s'y coller est Gérard Touzbarre qui est inspiré par la visite du musée Orfila. Et ce sera sa servante-maîtresse Gudule qui est l'heureuse élue de cette expérience. Il garde la tête afin de réaliser un moulage de cire et se débarrasse du corps. L'inspecteur principal Malvy est chargé par son patron le commissaire Daurel (clin d'œil à son comparse) de résoudre cette énigme.

Mais cette tentative avorte et il faut renouveler ce procédé d'une autre manière s'ils veulent parvenir à leur but.

 

Dans ce second opus consacré au Club des cinq fous, qui à l'origine n'étaient que quatre mais avec l'inflation... ce second opus donc est plus gravement et sérieusement jubilatoire que le premier. François Darnaudet est seul aux commandes mais il emprunte toutefois quelques rites stylistiques puisé dans le premier ouvrage. Ainsi en parlant d'une jeune femme, future victime, le mot provocant est employé au moins une quinzaine de fois afin de la décrire physiquement, vestimentairement, sans que cela choque ou provoque l'ire du lecteur. Une répétition amusante qui sied bien au contexte.

François Darnaudet est plus inventif et créatif dans la démesure et il s'ébroue dans les descriptions comme le ferait un thanatopracteur devant une assemblée de carabins. L'histoire, tout comme les protagoniste, est complètement décalée et déjantée. Si le gore prédomine, l'humour en pied-de-nez est omniprésent décontractant les mâchoires et l'estomac noué. Et le final est fort bien amené, laissant place toutefois à un possible retour des Cinq fous qui enregistrent l'arrivée d'une nouvelle recrue. Mais voilà, le mot fin est suivi d'un ? Alors, suite ou pas suite ?

Ce recueil est augmenté d'une bibliographie exhaustive des œuvres de fiction établie par Alain Sprauel.

 

Quelques chroniques sur les ouvrages de François Darnaudet :

François DARNAUDET : Le retour du Taxidermiste. Collection Blanche N°2046. Editions Rivière Blanche. 212 pages. 17,00€.

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