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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 04:28

Une information chasse l’autre, et le voile de l’oubli tombe dessus inexorablement.

Gérard STREIFF : September. Crime d’états.

Qui se souvient de l’assassinat de Dulcie September le 29 mars 1988 ? Qui se souvient d’ailleurs de Dulcie September, hormis quelques communes qui ont donné son nom à des places, des rues, des établissements publics ?

Chloé Bourgeade s’est reconvertie comme détective privée pour l’agence le Sémaphore, dirigée de main de maître par Marike Créa’h. Deux autres détectives, masculins, complètent l’effectif de l’agence. Des missions lui sont confiées et elle s’en sort toujours à son avantage, ce qui n’est pas étonnant car elle est opiniâtre, réfléchie, rapide et servie par une intelligence qui a déjà fait ses preuves lorsqu’elle était pigiste pour Bergeron et sa revue Les Papiers Nickelés. Plus quelques autres qualités qu’il serait trop long à énumérer ici.

Elle vit toujours dans la péniche l’Andante, mais elle n’est plus seule. Son ami Racine, ex-libraire reconverti comme historien auprès de la capitainerie du port de l’Arsenal, non loin de la Bastille et du canal Saint-Martin, s’y est installé. Mais s’ils se retrouvent de temps à autre dans le même lit, ils possèdent chacun leur chambre, leur cabine plutôt. Ils préservent leur liberté et leur tranquillité.

Racine ne prend pas racine sur la péniche. Il bouge beaucoup, entretient de nouvelles relations avec les autres mariniers, dont un certain Joseph W., un septuagénaire qui pourrait être Hollandais. C’est un peu court comme nom, mais c’est ce qu’il a fourni à la capitainerie, et il aurait bossé à la Scorarm. Chloé éclaire sa lanterne, car la Scorarm est une entreprise basée sur tout un étage de l’Ambassade de l’Afrique du Sud, et donc il se pourrait que ce monsieur W. soit un commercial spécialisé dans la vente d’armes.

Racine remarque un attroupement auprès de l’Uranus, le magnifique yacht de monsieur W. Le commissaire du quartier est là et il apprend à Racine que le navigateur en eaux troubles vient de se faire abattre de cinq balles dans la tête. Un peu plus tard, l’ancien libraire se prend de bec avec un individu qui désire parler à ce mystérieux monsieur W. Alors il enquête en compagnie du commissaire, lequel ne lui cache pas qu’il le soupçonne, on ne sait jamais, et s’incruste sur l’Andante, subjugué par Chloé. Au grand dam de Racine qui sent une pointe de jalousie lui perforer le cœur.

Chloé aussi se met de la partie, en dilettante ou presque, malgré les nombreuses enquêtes dont elle est chargée par sa patronne. Et comme enfin l’identité de Monsieur W. est découverte et que d’autres événements dramatiques se profilent à l’horizon, le mystère s’épaissit, gagnant en intensité.

 

Ce nouvel opus des enquêtes de Chloé Bourgeade, met en relief l’assassinat de Dulcie September, apportant des éléments de réponse à une enquête qui fut rapidement mise sous le boisseau de la part des politiques de l’époque. Mitterrand avait plus à faire avec les élections présidentielles proches et une réélection à la clé.

Cette histoire est émaillée de nombreuses anecdotes qui tournent autour de diverses affaires, des pans de l’histoire de Paris et du port de l’Arsenal, des épisodes non dénuées d’intérêt même si l’on a l’impression que l’auteur joue sur les digressions.

Mais Gérard Streiff n’oublie pas non plus de prendre pour patronyme de ses personnages, celui de personnes existantes ou ayant existé, et certains se reconnaitront, dont un copain qui se prénomme Jean-Noël, et qui est journaliste à Ouest-France. Seul le lieu où il est affecté diffère de la réalité. Et Gérard Streiff n’oublie pas d’entourer son intrigue de notes d’humour, ce qui n’enlève en rien la gravité de l’enquête d’un épisode du passé, passé sous silence.

Les échanges entre Racine et le commissaire Dargenta ne manquent pas de sel comme en témoigne la citation suivante :

 

Le polar ? Bof. Je suis du métier, pourtant, mais c’est bien simple, je n’en lis jamais. Vous savez d’ailleurs ce qu’en disait Paul Claudel : Le roman policier s’adresse aux couches les plus basses de la société. Je suis assez d’accord.

Pauvre Claudel. Remarquez, il en connait un brin en polar avec ce qu’il a fait subir à sa pauvre sœur Camille. Mais passons. Citation pour citation, je préfère celle de Cavanna : J’aime le polar parce que j’aime le roman et que le vrai roman ne se trouve plus guère que dans le polar.

 

Certains hommes politiques, même ceux hauts placés, devraient réfléchir à cette répartie signée Cavanna.

 

Pour en savoir plus sur Dulcie September, cliquez sur le lien ci-dessous :

Retrouvez Chloé dans la chronique ci-dessous :

Gérard STREIFF : September. Crime d’états. Editions La Déviation. Parution le 13 mars 2020. 128 pages. 12,00€.

ISBN : 979-1096373307

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commentaires

A
Merci du conseil, je note.
Répondre
O
Mais de rien, Alex, c'est avec plaisir...

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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