Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 15:52

Embrouilles dans le Brouilly !

 

chaisambitieux.jpg


Alors que les vignerons s'activent dans le Beaujolais à tailler les ceps afin de les préparer à une nouvelle poussée de sève qui favorisera la pousse des branches supportant les lourdes grappes de raisin, lesquelles grappes seront ensuite coupées pour leur transformation en divin nectar, Archibald Sirauton, le bien-nommé, ancien juge et maire de Saint-Vincent-des-vignes, se rend sur les terres du vieux Martinien qui a toujours sur sa langue quelques rumeurs à colporter. Le vieux vigneron pense qu'Archi vient lui parler de sa morte retrouvée douze jours auparavant près d'un calvaire dans son vignoble. La femme gisait nue, le crâne fracassé et défigurée. Pour les recherches, va falloir que les gendarmes y mettent du leur, d'autant qu'aucune disparition n'a été signalée même si la morte était probablement de la région.


St-Amour001.jpgNon, ce n'est pas pour ça qu'Archi s'est déplacé mais bien du salon de l'agriculture qui va se tenir à Paris sous peu. Et il propose une place à Martinien car l'un des vignerons vient de se désister à cause sa femme qui est atteinte d'une maladie que des médicaments ne peuvent résorber : elle est jalouse. Pour finaliser ce projet, direction le Café de la Mairie, lieu de rassemblement incontournable des assoiffés quoique leur cave soit bien garnie. Mais Archi est surpris d'y retrouver Goma, le père Hyppolite, qui bien qu'originaire d'Afrique Noire a su s'adapter et se faire adopter. La conversation roule sur divers points qui n'entrent pas le secret du confessionnal, comme par exemple le cas Bougonne. Bougonne est la gouvernante et plus de la famille Sirauton depuis trente-deux ans et son péché mignon est de tirer les cartes. Elle a un sens divinatoire qui porte ombrage à la religion.

Autre fait abordé, le cas Pillorget. Eric Pillorget, le Duc du Beaujolais, gros propriétaire mais aussi exploitant avisé et commerçant mondialiste avant l'heure, il exporte notamment au Japon, Eric Pillorget a disparu depuis trois mois. Un soir il était là, le lendemain matin, plus personne. Et comme s'il n'attendait que ça, le mobile d'Archi le rappelle à l'ordre. Bougonne l'avertit qu'un individu l'attend au manoir. Ce visiteur n'est autre que Jarry, le directeur financier et comptable de la société Pillorget. Et Jarry s'inquiète, tout comme dans un autre domaine Bougonne qui a perdu son portefeuille. Jarry est dans une drôle d'impasse. La famille du disparu se déchire, les enfants désirant vendre le domaine à des Chinois, sa femme au contraire souhaitant tout garder et continuer comme si Pillorget était toujours là. Un conflit d'intérêt qui ne peut être résolu qu'en comptant les parts d'actions, content ou pas de chaque part.

Et c'est bien là que ça se complique. 

Le commissaire Poussin de Lyon, un personnage prétechaisambitieux1ntieux et incapable, et son adjoint Bordas, véritable dictionnaire des procédures policières, ont bien été prévenus par Edmonde Pillorget et par Jarry, mais rien n'y fait, aucune trace d'Eric et pendant ce temps les Chais risquent de prendre l'eau. 

Au cœur de la Dombes, un anachorète qui vit près d'un lac recueille un chemineau et lui propose de s'installer sous une tente.

 

Une enquête de plus pour Archibald Sirauton, dont le lecteur a pu lire une précédente aventure dans Le Vignoble du Diable (Si ce n'est fait, n'hésitez pas à le commander chez votre libraire à défaut de pouvoir le trouver chez votre caviste), aventure qui ne manque pas de piquant. Ou plutôt de perlant comme ces fines bulles du Beaujolais nouveau qui titillent vos papilles. Archi est un personnage atypique, vêtu de bric et de broc, des vêtements que l'on trouve qu'au Pérou et autres contrées incas et des colifichets en provenance directe d'Asie. Ancien Juge, il est devenu maire à la demande générale, personne ne désirant briguer le fauteuil de l'édile ce qui permet à tout un chacun de récriminer sans cesse. Il est assisté de Bougonne, déjà présentée, de Filoche, un jeune homme qui aurait pu mal tourner si Archi ne s'était pas intéressé à lui lors d'un procès, et enfin de Tirebouchon, un aimable canin à qui il ne manque que la parole. Et pourtant parfois, il en aurait des choses à dire, mais en vieux sage il préfère se taire.

Archi va donc rencontrer la famille Pillorget en leur Chais, surnommé le Chais des Ambitieux, mais qui dit ambition ne signifie pas forcément union, et Archi sera à même de s'en rendre compte. Seuls Jarry, de par ses fonctions et son honnêteté affichée, et Maxime le filleul de Pillorget, lui semblent loyaux et peu intéressés. L'intrigue comporte plusieurs entrées, et Archi sera aidé efficacement dans certaines démarches par le capitaine de gendarmerie Fernandez, qui emploie volontiers des néologismes issus de la contraction de deux mots, tel que mervéfique, et surtout de Xa, sa compagne qui est obligée de se rendre souvent à Paris, son métier de comédienne intermittente du spectacle la réclamant souvent.

Les cadavres ne manquent pas à l'appel et à la pelle, et je vous rassure tout de suite Archi résoudra ce rébus compliqué. Mais les affaires de famille sont toujours embrouillées. L'humour, que n'aurait pas renié Charles Exbrayat, plane sur cette intrigue fort bien menée et apporte au lecteur une douce euphorie comme peut le faire une fillette, ou deux, de Beaujolais.


Philippe BOUIN : Les Chais des ambitieux. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution le 13 mars 2014. 324 pages. 20,50€.

Repost 0
16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 14:29

Le retour aux fondamentaux !

 

Queen.jpg


Agé de soixante-trois ans et jeune retraité de la police new-yorkaise, l'inspecteur Richard Queen a décidé de passer quelques semaines chez le couple Pearl, son ami et policier lui-même Abe et sa femme Beck. Queen est veuf depuis plus de trente ans, son fils Ellery est en voyage en Europe à la recherche d'idées pour ses prochains romans, alors il profite des beaux jours pour se reposer près d'un lac du Connecticut. Face à l'endroit où il réside se dresse Nair Island, surnommée Million-Nair Island, que six propriétaires se partagent.

Au cours de l'une de ses promenades à bord d'un canot à moteur Queen fait la connaissance de Jessie Sherwood. Il redoute de ne pas avoir assez d'essence pour effectuer le trajet retour et il demande à la jeune femme s'il peut se servir à la pompe de ses patrons. Miss Sherwood est la nurse de Michael Humffrey, un bambin âgé de quelques mois. Elle -même n'a que cinquante ans à peine et Richard Queen lui en donne quarante. Ce n'est pas flatterie de sa part car il est vrai que Jessie ne parait pas son âge. Peut-être parce qu'elle n'a jamais été mariée, son fiancée médecin étant décédé durant la guerre. Et elle a trouvé cet emploi car madame Humffrey ne souhaitait pas confier le bébé à n'importe qui. Jessie est infirmière diplômée mais surmenée à cause de son travail à l'hôpital. Ces présentations faites ils se quittent bons amis et se proposent de se revoir. Ce sera plus vite qu'ils le pensent.

Ronald Frost, le neveu d'Humffrey vient passer le week-end d'Independance Day, un 4 juillet, mais c'est un jeune homme qui tète volontiers la bouteille et se montre jaloux envers Michael. Il a un besoin urgent de liquidités mais son oncle refuse de le dépanner. Il part en colère et le soir même quelqu'un tente d'enlever le gamin en s'introduisant dans la chambre à l'étage à l'aide d'une échelle. Jessie entend du bruit et s'élance rapidement dans la pièce. Mais c'est juste pour apercevoir une vague silhouette qui s'enfuit. La police est alertée et Abe Pearl est chargé de l'affaire. Comme Queen n'a rien de spécial à faire et que le travail d'enquêteur lui manque, il décide d'aider son ami. Les soupçons se portent immédiatement sur Ronald, mais celui-ci a disparu.

Quelques jours plus tard, Michael est retrouvé mort dans son lit. Selon les premières constations il serait mort étouffé par un oreiller que sa mère aurait disposé contre le bois du lit afin qu'il ne se cogne pas la tête. Funeste mesure. Seulement Michael est un enfant adopté par les Humffrey. Et selon Jessie, quelque chose ne colle pas, entre ce qu'elle a aperçu dans la pénombre au moment de la découverte du petit corps, puis quelques heures après lorsque les constatations sont effectuées par le docteur. L'affaire est grave et l'inspecteur Queen se retrouve dans son élément.


queen2.jpgPour mener son enquête non officielle à bien, Queen de retour à New-York tout comme la famille Humffrey, est obligé de faire appel à d'anciens collègues à la retraite pour l'aider dans des recherches et les filatures qui s'ensuivent. Dans quelles conditions le petit Michael a-t-il été adopté ? Qui est sa mère utérine ? Qui a servi d'entremetteur entre la parturiente et les parents adoptifs ? Autant de questions plus quelques autres auxquelles il faut absolument fournir une réponse s'il veut découvrir le coupable.

Une intrigue simple et efficace, toutefois assez tarabiscotée pour dérouter le lecteur, car les prétendants au meurtre ne manquent pas. Le tout en à peine deux-cents pages, dans un rythme enlevé, qui ne manque pas d'émotion et de sentimentalisme bon enfant. Et il est bon de retrouver une enquête classique dans laquelle le côté fleur bleu apporte une note sensible. Entre Jessie Sherwood et Richard Queen s'établit une forme d'amitié qui devient bientôt un sentiment amoureux. Pourtant tous deux possèdent, malgré leur âge, beaucoup de pudeur, et ils n'osent se déclarer. Peut-être justement à cause de leur âge et de leurs antécédents conjugaux perturbés par la disparition d'un être aimé alors qu'ils étaient encore jeunes. Et il est de bon goût de ne pas assister à une coucherie dès le premier jour de la rencontre, ce que n'hésitent à provoquer les romanciers de nos jours qui mettent la charrue avant les bœufs, les taureaux devrais-je plutôt écrire dans ce cas de figure.


Ellery QUEEN : Le cas de l'inspecteur Queen (Inspector Queen's Own Case - 1956. Traduction révisée de S. LECHEVREL; Première parution Collection Un Mystère N°336 - 1957). Collection Polar Bibliomnibus, éditions Omnibus. Parution le 10 avril 2014. 198 pages. 9,00€.

Repost 0
15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 15:52

bastards


Le vertige de la page blanche est un phénomène bien connu des écrivains, et lorsqu'ils y sont confrontés, ils tombent dans le gouffre du manque d'inspiration. Le succès est peut-être arrivé trop vite, à moins qu'il soit atteint du syndrome du Prix Pulitzer, qu'il a obtenu avec mention très bien mais Alexander Byrd n'arrive plus à aligner plus de deux ou trois chapitres.

Natif du comté de Missoula dans le Montana, véritable vivier d'artistes en tout genre et de prosateurs mondialement connus, Alexander Byrd, Xander, a préféré poursuivre ses études, sans s'essouffler, à l'université de Columbia située dans la Grosse Pomme. Il aurait pu, par exemple devenir journaliste, il a même suivi un stage dans un journal. Non, il préfère recueillir des impressions et les consigner sous forme d'articles qui lui serviront pour ses romans. Et depuis qu'il est lauréat du fameux Prix Pulitzer, il continue d'emmagasiner sur son ordinateur des débuts de chapitre, mais cela ne veut pas se mettre en forme.

bastards1.jpgIl a rendez-vous dans Central Park avec Colum McCann, car il a décidé de s'inscrire au cours d'écriture créative. Mais le romancier qui connait les possibilités de Xander le dissuade d'y participer. Au contraire, il lui conseille plutôt de rechercher sur le terrain l'inspiration, l'idée majeure. Il lui suggère de s'intéresser à un fait-divers auquel des gamins ont assisté comme spectateurs impuissants et qui suscite de nombreuses réactions. Une vieille dame attaquée dans un quartier délabré de New-York, s'est débarrassée de ses agresseurs à l'aide de ses bras, ses jambes, d'un outil de jardin et d'un chat qu'elle promène dans un cabas.

Maria, qui travaille dans le service relations publiques de la police de New-York, et Xander sont amis depuis près de vingt ans. Ils se sont connus à l'université de Columbia, mais ont eu un parcours différent tout en étant similaire. Ils sont veufs tous les deux, ayant perdus leurs conjoints peu après leur mariage. Depuis leurs relations sont en pointillés, mais leur amitié n'est pas entamée. Xander lui demande donc de lui fournir tout renseignement susceptible de le mettre sur la piste de celle qui a été surnommée Cat-Oldie. Maria ne tarde pas à le mettre en contact avec Kyle Kentrick, fils du célèbre juge du même nom, assistant du procureur fédéral, lequel lui présente Laurence McNair, agent spécial masculin du FBI, qui vit chez lui. Les deux hommes possèdent de maigres informations sur Cat-Oldie, même si personne n'a jamais essayé de relier certaines affaires auxquelles elle a été mêlée. Ils savent qu'elle pratique les sports de combat, qu'elle entre soixante et quatre-vingt-dix ans et qu'elle se promène avec un maine coon.

Muni de ces quelques renseignements, et avec l'aval des deuxHarryHoudini1899.jpg hommes, Xander arpente les rues de New-York, avec sur les épaules ou dans la capuche de son blouson un stray cat pur race cent pour cent gouttière. C'est ainsi que dans le cimetière où est inhumé le magicien prestidigitateur et spécialiste de l'évasion Harry Houdini, décédé en 1926, il remarque une vieille femme qui porte un cabas avec un chat à l'intérieur et décide de la suivre. Elle emprunte un bus et il effectue le parcours à l'aide de rollers qu'il garde toujours à portée de mains dans un sac à dos. Jusqu'au moment où dans une ruelle mal famée il est agressé lui-même par quelques voyous. Téméraires, les jeunes gens, qui ignorent que Folksy, c'est le nom du matou, n'aime pas être dérangé et surtout qu'un individu quelconque puisse molester son maître. Un coup de griffe au passage, aidé par Xander qui lui non plus n'a pas les mains dans ses poches, et la venue impromptue de la vieille dame mettent rapidement fin au combat. Cat-Oldie l'emmène chez elle, à travers un dédale de rues, puis elle lui avoue qu'elle s'était rendue compte qu'il était sur ses traces. Elle lui raconte une partie de sa vie, du moins ce qu'elle veut bien en dire, peut-être en affabulant puisqu'elle prétend avoir connu Houdini, et enfin elle se présente : Bond, Janet Bond.

ian_fleming_page_pic_resize.jpgCeci ne vous rappelle rien ? Eh oui, elle a aussi connu Ian Fleming, et d'ailleurs c'est sa façon de se présenter qui aurait inspiré le romancier qui avait aussi calqué son personnage sur celui d'un ami. Mais ce n'est pas tout, elle parle aussi de son ami Steinbeck et de quelques autres artistes qu'elle aurait bien connu. Alors mensonge ? Probablement, car dans ce cas il faudrait évaluer son âge à cent ans, voire plus. Racontars, affabulations ? Probablement aussi, il faut se méfier des vieilles dames, même si elles ne sont pas indignes. Xander en parle à ses nouveaux amis, mais un événement va perturber cette recherche. Maria est victime d'un accident de voiture. Accident, vraiment ? Et madame Janet Bond qui communique avec lui par messages électroniques. Vraiment bizarre...

Personnages d'écrivains vivants et morts se côtoient par bastard4le biais des connaissances et celui des souvenirs. Alexander va rencontrer outre Calum McCann, des romanciers comme Norman Spinrad ou Jérôme Charyn tandis que Janet Bond en réfère à Steinbeck et Ian Fleming. Et au détour des pages Ayerdhal ne manque pas d'évoquer Roland C. Wagner qui venait de disparaître tragiquement.

Les passages mettant en scène les chats, Szif de madame Janet et Folksy d'Alexander sont particulièrement savoureux, mais l'on sait que les chats et les écrivains ont toujours fait bon ménage, sauf peut-être depuis l'apparition des claviers d'ordinateurs.

 

L'attention d'Alexander est train de s'effriter. Toute proportion gardée, s'il adore déduire le cheminement qui mène à un raisonnement, il supporte mal qu'on lui détaille l'histoire de l'univers depuis le big-bang pour lui raconter une anecdote datant de la veille.

Au risque de décevoir l'auteur et l'éditeur, je réagis de la même façon. Et cette histoire, par trop délayée, entrelardée de graisse, même si c'est de la bonne graisse, du bon cholestérol comme affirmeraient les médecins qui désirent protéger votre santé, m'a parfois occasionné quelques moments de somnolence. C'est dommage ! Je préfère nettement les bons vieux romans des années cinquante à quatre-vingt durant lesquelles l'éditeur et l'auteur, à de rares exceptions près, privilégiaient les ouvrages ne dépassant pas deux-cent-cinquante pages. Le style était rapide, l'action présente à tout moment et les textes n'étaient pas englués dans des descriptions ou des digressions trop littéraires. Et le lecteur pouvait à loisir s'empiffrer de bouquins ce qui évidemment avait une grande répercussion sur les ventes.


AYERDHAL : Bastards. Editions Au Diable Vauvert. Parution le 20 février 2014. 528 pages. 20,00€.

Repost 0
13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 09:40

Bon anniversaire à Bill Pronzini né le 13 avril 1943.

 

john-faith.jpg


Les personnages de ce roman évoluent dans le petit comté de Pomo, en Californie. Et les habitants de ce comté n’apprécient guère les Indiens qui y vivent pourtant depuis des décennies, et donc à fortiori ils se méfient des étrangers.

John Faith, lorsqu’il demande un bungalow pour la nuit, est vite catalogué par le propriétaire du motel. D’autant que son physique ne plaide guère en sa faveur. Il n’est pas à vraiment parler un bel homme et possède physiquement tout de la brute.

Ce qui ne laisse pas indifférent quelques femmes, qu'elles soient seules, délaissées, battues par un conjoint jaloux ou veuves nymphomanes. Et l'attirance qu'il suscite auprès de ces gentes dames ne joue pas en sa faveur. De suite il devient l'homme sur qui se focalisent toutes les détestations des mâles. Et lorsque le chef de la police l’aperçoit sortant précipitamment de chez Storm Carey, l’insatiable, qui gît le crane défoncé, John Faith devient le coupable idéal.


john-faith1.jpgAutour du chef de la police gravitent des personnages dont le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils ne sont guère reluisants : Douglas Kent l’éditorialiste alcoolique du journal local, Zenna Wilson qui interprète à sa façon les péripéties qu’elle lorgne avec voyeurisme, Harry Richmond l’hôtelier, Tracy la jeunette enceinte d’un petit voyou, Audrey Sixkiller, l’institutrice indienne souvent en butte au rejet de la population, George Petrie, le banquier, Lori, la barmaid, et quelques autres.

Bill Pronzini met l’accent sur les travers de tout ce petit monde, ou sur leurs qualités, sur le sectarisme et l’intolérance qui règnent insidieusement ou ouvertement. L’histoire est narrée tour à tour par les différents protagonistes qui se dévoilent ainsi au lecteur sans pudeur. Un admirable tour de force de ce maître du roman noir américain.

 

A lire également de Bill Pronzini : Mercredi des Cendres.

 

Bill PRONZINI : Le crime de John Faith. (Première édition : Editions du Rocher. Mars 2001) Réédition Folio Policier n° 277. décembre 2002. 432 pages. 8,90€.

Repost 0
11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 14:02

Un plan Q mal géré qui tourne en catastrophe !

 

dame-de-feu.jpg


Un homme habillé à la mode, c'est à dire en noir, capuche rabattue sur la tête afin qu'on ne lui voit pas le visage, s'est installé à l'arrière d'un bus parisien de la ligne 86. Arrivé à la station Bastille, il descend, laissant derrière lui des cadavres, des passagers qui étaient installés juste devant lui. Huit personnes viennent d'être abattues froidement.

Au 36 quai des Orfèvres, une cellule de crise visionne l'enregistrement effectué grâce à la caméra vidéo placée dans le bus. Le directeur de la PJPP et huit collaborateurs découvrent avec stupéfaction la façon de procédé du tireur qui a agit avec calme, précision, efficacité. Les douilles ont été récupérées dans un sac plastic entourant l'arme, un modèle employé dans les années 70 par des unités antiterroristes. Un travail de professionnel. Parmi les cadavres dont l'identité est relevée figure Marion, la compagne du commandant Martin, qui n'est pas de service. Jeannette, l'adjoint du policier se propose d'aller lui annoncer la mauvaise nouvelle. Martin est effondré et demande à Jeannette de garder Rodolphe, le gamin qu'il a eu avec Marion. Le double effet qui s'coule est provoqué lorsque Marion frappe à la porte. Eh oui, ce n'est pas elle qui était dans le bus mais une amie à qui elle avait prêté sa carte de journaliste tandis qu'elle batifolait dans les bras d'un amant de passage. Un confrère auquel elle ne tient même pas.

L'affaire du bus est confiée à trois groupes, des collègues de Martin, mais celui-ci est écarté provisoirement car considéré comme trop proche et virtuellement impliqué. Heureusement il possède en Bélier une alliée, ainsi qu'avec Laurette, la psy qui émarge aux services de police. Et par les deux femmes il glane quelques indiscrétions dont il ne tire pas immédiatement profit mais qu'il emmagasine dans sa mémoire. De même Tureau, une des chefs de groupe, qui se déclare lesbienne, au moins une femme qu'il ne draguera pas, lui délivre quelques renseignements. Une lettre adressée au Directeur de cabinet du ministre de la Défense, dont la teneur ne peut pas être mise en doute, revendique l'attentat. Non pas l'identité de l'expéditeur puisque celui-ci signe anonyme, mais bien parce que la description du carnage est le même que sur la bande vidéo. Une deuxième bafouille exigeant une rançon et en précisant les modalités de la remise la suit de peu, puis une autre. Et ces missives sont écrites dans un style qui sent son militaire ou son gendarme à plein nez.

Martin est empêtré dans sa relation distendue avec Marion, donc il doit improviser la garde de son fils Rodolphe, poursuivre ses recherches et aider Juliette à se sortir du pétrin dans lequel elle est fourrée. En effet son adjointe qui vit depuis peu une relation avec un psychiatre, est harcelée téléphoniquement par une femme. Il se pourrait que cette personne soit une proche de son amant mais leurs cogitations ne donnent rien. Au contraire, Juliette va se trouver avec une accusation de meurtre sur les bras.

Pendant ce temps, dans un petit village du Vexin, Aurélien, un lycéen de seize ans, travaillant bien à l'école, apparemment sans histoire, possède une double vie à l'insu de ses parents. En effet depuis quelques mois il a une liaison avec la mère de son meilleur ami Cyprien. Entre Louise et lui, c'est jeux interdits et le blé en herbe. Et lorsque le mari de Louise est en déplacement, ce qui lui arrive fréquemment à cause de son travail, les deux amants se retrouvent en catimini. Et puis cela change Aurélien de sa vie monotone dans ce village dortoir, avec un père vigile dans une usine de fabrication de pain industriel. Entre sa mère et son père, les éclats fusent parfois, faute à la bière, et faute aussi à il ne sait quoi. Il se souvient que dix ans auparavant la famille vivait à Paris, et qu'ils ont dû déménager pour une raison dont il n'a pas à connaître la teneur.

 

damefeu2.jpgOn retrouve dans ce roman quelques uns des personnages habituels à cette série des Dames entamée avec Dame de Cœur et qui poursuit allègrement son chemin littéraire et depuis quelque temps à la télévision. La liaison de Martin avec Marion, leurs incartades et leurs disputes, leur attachement, alimentent l'histoire, non pas afin d'épaissir artificiellement le roman mais pour donner de la consistance aux personnages et à la structure de l'intrigue. De l'humanisme également et l'on s'attache autant aux protagonistes qu'à l'intrigue foisonnante.

Alexis Lecaye ne se contente pas d'imaginer une intrigue mais il joue à en entremêler deux et même trois, car au début du roman Juliette enquête sur le meurtre d'une jeune femme, enquête qui se poursuivra malgré l'attentat du bus, puis le harcèlement dont elle est victime. Le rythme est soutenu, et le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer dans cette histoire à rebondissements multiples et divers. Peut-être est-ce dû à son expérience de scénariste, de dialoguiste, réalisateur et producteur de nombreux téléfilms dont en particulier la série Julie Lescaut, qui compte pas moins de cent-un épisodes.


Alexis Lecaye qui œuvre depuis le début des années 1980 et possède à son actif plusieurs succès littéraires et télévisés, n'avait pas besoin d'un bandeau apposé sur ce roman dont le texte est signé Jean-Christophe Grangé : Un sommet dans le paysage actuel du polar.

Ceci, à mon avis, est presque irrévérencieux et indécent envers Alexis Lecaye qui pourrait en remontrer à Jean-Christophe Grangé en matière d'écriture et de maîtrise d'intrigues.

 

A lire également d'Alexis Lecaye : Dame de Carreau; Dame de Trèfle; Dame d'Atout.


Alexis LECAYE : Dame de feu. Editions du Masque. Parution le 12 mars 2014. 398 pages. 19,00€.

Repost 0
10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 13:22

Pour que lumière soit faite !

 

lucioles.JPG


Il me semble que, en premier lieu, je dois vous préciser ce qu’est une luciole. Contrairement à ce que vous pourriez penser, la luciole n’est pas un insecte, de son nom latin Lampyridae. Ce n’est pas non plus une chanteuse française, un personnage de manga ou encore le nom du service de transport circulant uniquement de nuit dans l’agglomération nantaise.

La luciole est une tuée-tuée, une katangaise, en parler imagé local gabonais. En France, on dirait, si l’on veut faire montre de courtoisie, une respectueuse, une hétaïre, une courtisane, une fille de joie, une belle-de-nuit ou une belle-de-jour, une péripatéticienne, et si on emprunte à la langue verte, une gagneuse, une tapineuse, une morue, une greluche, une pétasse, une horizontale, une catin, en un mot une prostituée. Le résultat est le même mais le prix diffère selon les appellations, c’est comme tout, le haut de gamme et le bas de gamme, le produit de marque, le produit distributeur et l’économique.

La découverte du corps d’une prostituée dans un motel de Libreville ne pourrait être qu’un incident mais la façon dont elle a été tuée pose de sérieux problèmes au capitaine Koumba et à son adjoint Owoula. La fille a été salement amochée et une bouteille sectionnée enfoncée dans son vagin. C’était, selon les informations recueillies auprès de ses consœurs, une free-lance, c’est-à-dire qu’elle n’avait aucun compte à rendre à un maquereau quelconque. Mais il est difficile de découvrir son identité car toutes se font appeler par des prénoms d’emprunt. Les deux hommes et les policiers affectés à l’enquête n’ont pas le bout d’un commencement de début de fragment d’embryon de petit peu de pas grand-chose de morceau de piste sur les motivations du tueur et par la même d’en définir le profil. D’autant que quelques jours plus tard, un deuxième meurtre est perpétré dans les mêmes conditions, dans un autre motel, puis un troisième. Ils établissent des recoupements et réussissent à mettre en évidence que toutes ces défuntes sont d’origine camerounaise. S’agirait-il d’une vengeance ethnique ? Ils ne sont pas loin d’envisager cette hypothèse. Toutefois cette avalanche de meurtres instille un début de panique, de psychose générale parmi la population locale.

Pendant ce temps, suite à la découverte d’un corps masculin sur la plage, la Direction Générale des Recherches est elle aussi confrontée à un autre problème. L’homme faisait partie de l’armée, il était en retraite, mais il trainait derrière lui une casserole, une affaire de vols d’armes dans laquelle il pourrait être impliqué. Un peu plus tard, un fourgon de transport de fonds est braqué, et une grosse somme d’argent est subtilisée. Boukinda et Envame, les enquêteurs, n’ont eux aussi guère de grain à moudre, sauf peut-être lorsque le corps d’un nommé Sisko est retrouvé quelques balles dans le corps, balles provenant d’une des armes volées. Il leur faut mettre quelques indics sur le coup, afin de retrouver les voleurs et surtout le butin.


lucioles2.jpgJanis Otsiemi se plonge avec délices dans cette double enquête qui nous renvoie aux bons vieux polars français qui maniaient l’argot avec bonheur, mais également dans certains romans noirs américains écrits par les petits maîtres du genre. Mais il apporte sa touche personnelle en incluant maximes et aphorismes imagés en tête de chapitre ou dans le corps même du récit. Ainsi Si des chèvres lient amitié avec une panthère, tant pis pour elles. Mais Otsiemi ne se contente pas de narrer une histoire. Il montre du doigt des problèmes qui ne sont pas réservés au Gabon, mais à une grande partie des pays africains et que l’on pourrait étendre à l’Europe. Le Sida (Syndrome inventé pour décourager les amoureux) est présent. Autre thème encore plus réaliste qui suinte dans tous les esprits et se trouve à l’origine de bien des homicides : les rivalités ethniques. Le tribalisme doublé du népotisme, du clientélisme et de l’allégeance politique est ici un sport national, tout comme le football l’est au Brésil. Plus qu’une chasse aux sorcières, l’épuration ethnique est légion dans toute l’administration gabonaise. Certains ministères étaient même réputés être la propriété d’une certaine ethnie. Vive la république tribaliste !

Comment voulez-vous qu’un pays qui connait des divisions internes à cause de l’appartenance de certains à des peuplades différentes connaisse la paix intérieure et extérieure ? Et on pourrait étendre ces réflexions à des partis politiques qui placent leurs hommes liges aux postes clés indépendamment de leurs qualités. Sans oublier les dissensions religieuses qui pourrissent les relations entre les hommes.


Janis OTSIEMI : Le chasseur de lucioles. (Première édition : Collection Polar ; éditions Jigal. février 2012). Réédition Pocket, collection Thriller. Parution le 10 avril 2014. 216 pages. 5,30€.

Repost 0
10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 07:58

Quand le numérique réveille les textes anciens !

 

cercle-argent.png


Un hold-up dans la rue, Julien qui passe par hasard, et c'est ce que l'on appelle communément dans les médias la bavure. Un petit garçon est mortellement touché par une balle dite perdue. Pas pour tout le monde. Julien est flic et ne porte quasiment jamais son revolver sur lui. Pourtant ce jour là, fut-ce une prémonition, il était en possession de son arme. L'un des cambrioleurs est blessé, l'autre s'enfuit, tandis que dans la foule un enfant gît.

Julien n'a de cesse de savoir s'il est responsable de la mort de l'enfant. Et il se fait un point d'honneur de retrouver le second bandit. L'enquête est confiée au commissaire divisionnaire Blasier, un ex-collègue de Julien qui a su monter les degrés de la hiérarchie en opportuniste. Divorcé, mal dans sa peau arrivé au tournant critique de la cinquantaine, Julien, macho, Don Juan, se découvre un but. Retrouver le cambrioleur et l'appréhender, malgré les réticences de son chef. Julien se transforme en enquêteur solitaire quoique accompagné de Malgar, un collègue, mais il risque de trébucher à cause de crocs en jambe professionnels.

L'analyse balistique est formelle, c'est l'arme du bandit qui est à l'origine de la mort du gamin. Julien reprend son enquête à l'endroit où il a perdu la trace du bandit, dans une librairie-bar. Les témoins du drame, dont Dupoing, un ancien journaliste, ne peuvent apporter de plus amples renseignements. Seul le regard les a impressionné : un regard de psychopathe. Revillier, le truand blessé, ne peut que donner le prénom de son acolyte: Jean. Une image de synthèse est réalisée d'après les divers témoignages, et le visage qui se reflète ne lui est pas inconnu.

Une algarade oppose Julien à Blasier qu'il accuse de ne pas être net sur ce coup. Revillier est découvert mort, son corps charcuté, déchiré comme par une bête sauvage. Lors de son enquête à la librairie-bar, Malgar enregistre les dépositions de Mag, la patronne et d'un client, des témoignages qui divergent. Quatre gros bras habillés en militaire essayent de lui prendre son magnéto mais Malgar se refugie chez l'ex-journaliste. Lorsque Julien vient récupérer son matériel, c'est pour découvrir le retraité, mutilé, baignant dans son sang. D'après le portrait robot et des indications fournies par Blasier, le tueur recherché serait Rocco Almédéria, ancien des Brigate Nere italiennes, néo-fasciste, auteur de nombreux attentats et de l'enlèvement de la femme du président, et officiellement mort, abattu par les Forces Spéciales. En épluchant les archives militaires Julien découvre que Revillier a fait partie des services spéciaux et qu'il habitait dans le même immeuble que la librairie-bar. Un membre de la brigade antiterroriste lui apprend que Revillier, lors du braquage de la banque, était en mission, et que le président en personne ordonne le classement de l'affaire.


cercle-argent2.png.jpgEmmanuel Errer, alias Jean Mazarin, revenait avec ce roman après quelques années de silence dans un registre plus grave qu'il y parait. La dérive du flic désabusé dans un environnement qui n'incite guère à l'éclatement dans le travail et sa prise de conscience dans un drame de la rue qui risque de se banaliser face à la recrudescence de la marginalité et de l'illégalité, sont transcendées par des approches science-fictionnesques et fantastiques.

Il met en scène des personnages peu commun, notamment celui de Mag, tenancière d'une librairie-bar, une échoppe peu banale, sorte de réconciliation des petits commerces conviviaux. A noter que sur la quatrième de couverture d'origine, Julien est baptisé Lucien. Peut-être une réminiscence de Lucien Poirel, autre personnage créé par Jean Mazarin, un inspecteur de la P.J. guère conformiste.


Des livres numériques que vous pouvez commander sur Feed Books


Emmanuel ERRER : Le Cercle d'argent. (Première parution Collection Crime-Fleuve Noir N°23. Editions Fleuve Noir. Avril 1992). Réédition en version numérique : French Pulp Editions. 4,99€.

Repost 0
9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 09:47

La Roumanie, pays de toutes les convoitises !

 

Arion.jpg

 

Le 6 janvier 1992, se déroule un entretien entre le responsable du KGB Mikhaïel Sergheevitch Tchervenko et le nouveau Président de la Russie, Arkadi Feodorovitch Matouchine. Matouchine, qui a remplacé l'homme arborant une tache sur le crâne, et qui s'enfile des verres de vodka plus facilement que s'il s'agissait d'eau minérale, est en colère. La chute du mur de Berlin deux ans et quelques mois auparavant puis l'éclatement de l'empire russe en autant de satellites indépendants sont comme une épine dans le pied de l'ours russe. Et pour l'heure sa vindicte s'adresse à l'encontre de la Roumanie dont la récente indépendance l'agace. Ceausescu est mort, il a été remplacé par Ion Ilescu, le fondateur du Front de salut national. Matouchine désire ardemment que la Roumanie réintègre le giron russe et pour cela il imagine une machination machiavélique.

Michael_I_of_Romania_by_Emanuel_Stoica.jpgAlors que le roi Michel 1er de Roumanie, destitué depuis 1947 et vit en Suisse, avait été interdit de séjour pour la Noël 1991, Matouchine désire l'inviter pour les célébrations de Pâques qui doivent se dérouler à la mi-avril. Il sait pertinemment que dans le cœur des Roumains, Michel 1er tient encore une grande place, et si le souverain décédait dans un attentat, cela provoquerait des troubles qui permettrait à la Russie d'annexer le pays. La mission doit être confiée à un tueur expérimenté qui opérera sur le sol roumain.

Fred Colter, surnommé l'homme aux mille visages, vit à Beverly Hills et il est considéré par ses voisins comme un homme tranquille. Il est vrai qu'il ne fréquente pas grand monde. Et lorsqu'il quitte son domicile il s'entoure d'un maximum de précautions, comme lors de son voyage à Las Vegas où il doit récupérer de nouvelles instructions. Un contrat cher payé mais son commanditaire a les reins solides. Il possède une solide réputation : consciencieux, méticuleux, fiable.

A Sharjah, près de Dubaï, Al Kerim se réveille, une jolie blonde à ses côtés. Elle l'avait abordé la veille au soir alors qu'il dînait. Ils avaient mangé à la même table et elle s'était présentée comme venant de Russie, désireuse de devenir riche. Au petit matin, il rétribue largement ses bons et loyaux services nocturnes puis la laisse dans le lit. Ce qu'il ignore, et en réalité ces services n'étaient pas si loyaux, c'est qu'elle émarge auprès des services secrets israéliens, le Mossad. Elle le suit, ayant changé d'apparence, et si elle n'a pas tout à fait réussi le travail pour lequel elle est rémunérée, ce dont l'un des ses chefs se plaindra par la suite, elle découvre toutefois un secret qui était bien gardé. En effet, Al Kerim, soupçonné d'être un terroriste sans qu'aucune preuve puisse établir ses participations dans des attentats, possède un frère jumeau Al Abhaz. Le mystère est levé, mais pas celui de leur nouvelle mission qui doit les conduire en Roumanie, des opérations de représailles dictées par leurs responsables islamistes. Ils doivent venger la mort de Ceausescu, le dictateur roumain de sinistre réputation.

A Bucarest, le sénateur Turicu fulmine, comme à son habitude. Surnommé la Colombe carnivore, à cause de son appétit et de sa voracité pour l'argent et le pouvoir, il s'est enrichi sous le régime dictatorial. Et depuis l'installation du nouveau régime, il se présente comme un défenseur intègre. Mais l'habit ne fait pas le moine, et en réalité il pratique à grande échelle la corruption et le chantage, devenant un chef de parti redoutable. Il est abordé par un homme qui lui propose de convaincre le président roumain d'inviter officiellement le roi déchu. Turicu renâcle puis accepte lorsque l'homme lui confie qu'en échange il aurait la possibilité de devenir président.

 

Après le KGB, le Mossad, le SRI, les services secrets roumains, entre bientôt la CIA dans la danse et tout cela donne un roman détonant et détonnant. Avec une logique et un machiavélisme implacable, George Arion, dont c'est le premier roman traduit en France, construit une intrigue à la John Le Carré. En quatrième de couverture il est précisé qu'il lorgne également du côté de Tom Clancy, mais n'ayant pas lu de roman de cet auteur américain, je ne m'engagerai pas dans cette voie.

Ce roman d'espionnage et de politique fiction date de 1997 et a été réédité en Roumanie en 2008 sous un autre titre. Il était donc ancré dans l'actualité lors de sa première édition, puisque, après une première visite en 1992, le roi Michel 1er recouvre sa citoyenneté roumaine en 1997, après l'arrivée du nouveau président Emil Constantinescu. Aujourd'hui cet aspect politique est bien loin de nos préoccupations, mais il n'en reste pas moins que ce roman se présente comme un témoignage d'une époque perturbée. Et les récents événements ukrainiens, et auparavant les manipulations et les tentatives de rapprochement ou d'annexion de la Tchétchénie et les turbulences subies par d'autres pays, anciens satellites de l'empire soviétique, prennent encore plus de reliefs.

 

 

George ARION : Cible royale (Nesfârşita zi de ieri, 1997 ; réédité sous le titre Sah la rege en 2008. Traduit du roumain par Sylvain Audet-Gӑinar). Editions Genèse. Parution le 13 février 2014. 256 pages. 22,50€.

Repost 0
8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 07:48

Lorsque Pierre Dumarchey ne s'appelait pas encore Pierre Mac Orlan !

 

femmesdumonde.jpg


et qu'il signait de petits livres érotico-pornographiques sous son nom et divers pseudonymes dont Chevalier de X, Pierre du Bourdel, Sadinet ou encore Sadie Blackeyes, tous alias à l'appellation évocatrice.

Mariée et veuve à dix-huit ans, Hermine de Cœur est une jeune femme encore vierge. Son époux impuissant et podagre n'a pu honorer son épouse. Toutefois si son membre reproducteur s'obstinait à rester au repos, il avait encore la langue agile, assez pour lui procurer quelques satisfactions clitoridiennes. La jeune femme qui aborde la trentaine est riche et elle désire créer un pensionnat réservé uniquement aux jeunes garçons dont elle va confier l'éducation amoureuse à son amie Sœur Sainte-Fanny, une quadragénaire qui sera assistée de Sœur Véronique et de la nonnette Louison. L'établissement de Kergoz, non loin de Quimper, convient parfaitement à ses projets.

Hermine a été dépucelée côté verso par l'abbé Gitar le jour de sa communion. Elle ne connut par la suite que des amours saphiques, prêtant volontiers sa croupe rebondie et épanouie à la langue de ses amantes dont l'aimable marquise de Bellerose, ou à des objet divers façonnés à dessein, pouvant même être portés à la taille pour faciliter leur intromission dans l'endroit choisi, mais toujours au même endroit qui est l'envers, car Hermine tient à sa virginité comme se doit de le faire une jeune fille de bonne famille.

Venue superviser les ébats, pardon l'éducation de ses jeunes protégés, Hermine s'occupe de l'intendance, c'est-à-dire du bon fonctionnement des relations entre éducatrices et pensionnaires. Elle jette son dévolu sur un chérubin de quinze ans à peine, Georges, qu'elle confie à Louison qui doit l'amener peu à peu à découvrir ce qu'une femme attend d'un homme, en plus des cours de latin et de grec et autres délices scolaires. Et lorsque Hermine ou Sœur Sainte-Fanny, ou autre éducatrice, décident que Georges ne s'est pas montré obéissant, il a droit à une fessée administrée à l'aide de verges sur son postérieur déculotté. Et comme ces braves pédagogues le tiennent sur leurs genoux, la tête penchée en avant, elles peuvent lorgner sur ce que le gamin appelle son trou mignon. Stop ! Je n'ose aller plus loin.

 

Ce court roman mettant en scène des femmes perverses, elles l'avouent elles-mêmes, est narré avec humour et une naïveté libidineuse. Si Pierre Mac Orlan fait référence à Thérèse philosophe, roman attribué à Boyer d'Argens et datant du XVIIIème siècle, il eut pu également citer Le roman de Violette de la Comtesse de Manoury. Parfois poétique, parfois cru, le texte n'envie en rien à ceux qui depuis s'échelonnent sur les étals des libraires et que tout un chacun peut acheter sans se sentir coupable d'être attiré par des livres dits licencieux.

Si Emmanuelle, dont l'auteur n'était autre que le mari d'Emmanuelle Arsan, a connu avec la libération des mœurs et de la censure, un énorme succès conforté par l'adaptation cinématographique, les romans d'aujourd'hui dont les fameuses 50 nuances de Grey et autre Tout ce qu'il voudra, ne sont que des resucées (oui, j'ai osé !) de ces œuvres libertines qui furent parfois publiées sous le manteau. Certains trouveront choquant de mettre en scène des enfants dont l'apprentissage est confié à des religieuses, et de considérer la sodomie comme un contraceptif naturel, mais tout ceci est aussi vieux que le monde et peut-être même plus. Et si ce roman est parfois gentiment scatologique, les jeunes femmes du roman appréciant le bruit et l'odeur de quelques flatulences lâchées dans des rires communicatifs, l'érotisme, ou la pornographie pour certains, n'atteint pas la force et la perversion qui se dégagent dans certains des romans précités. Ainsi dans Les Enfants d'Emmanuelle, la précocité des enfants est mise en avant, ainsi que l'inceste tandis que dans Tout ce qu'il voudra prône le sadisme et le masochisme chers au divin marquis de Sade ou à Sacher-Masoch dont les noms ont contribué à ces néologismes.

Ce roman a été publié pour la première fois en 1909 chez Jean Fort, trois ans avant le premier succès signé Pierre Mac Orlan : La maison du retour écœurant. Par la suite Pierre Mac Orlan écrira d'autres ouvrages érotiques, j'aurai l'occasion d'y revenir, tout en continuant sa carrière de romancier à succès, dont A bord de l'Etoile Matutine, Le Quai des brumes ou encore L'Ancre de miséricorde. Une œuvre de jeunesse sulfureuse, à découvrir, qui ne l'empêcha pas de devenir membre de la prestigieuse Académie Goncourt en Janvier 1950 et de recevoir la légion d'honneur en 1966 décernée par le Premier ministre de l'époque Georges Pompidou sur la proposition d'André Malraux, après une enquête de moralité effectuée par les renseignements généraux, à cause de ses écrits érotiques bien évidemment. Comme quoi la cul...ture n'est pas rédhibitoire !

L'introduction, pardon la préface, érudite, est signée Alexandre Dupouy.


Chevalier de X : Femmes du monde & Sang bleu. Collection Lectures amoureuses N°163. Editions de La Musardine. Parution 4 juillet 2013. 144 pages. 7,95€.

Repost 0
6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 07:32

Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !

 

survivants-copie-1.jpg


Depuis la Guerre d’Extermination, qui s’est déroulée bien des siècles auparavant, les Survivants vivent dans des Abris, numérotés, toujours à la merci de Kérébron, une entité monstrueuse, un ordinateur super puissant qui lance ses tentacules à travers la terre afin d’anéantir le restant de la population.

Le jeune bioélectronicien More est persuadé avait découvert la parade susceptible d’anéantir ce monstre malgré les doutes du Commandeur des Guerriers. Mais il s’avère que certains Guerriers, dont leur chef, trahissent les Survivants.

More devient le point de mire du Docteur Benson qui enjoint au Commandeur de se défaire de ce trublion. Les Ordhommes, l’unité d’élite de Kérébron, s’infiltrent dans l’Abri et les victimes sont nombreuses. More, sans qu’il s’en doute, bénéficie de protection occulte et il est envoyé dans un autre abri dont le Commandeur des Guerriers, Germanus, œuvre lui aussi pour détruire Kérébron.

More va connaître de multiples avatars avant de pouvoir enfin s’infiltrer dans la cité qui abrite Kérébron. Il va notamment se rendre à Paris sous terre, une reconstitution souterraine de la capitale, rencontrer d’énigmatiques personnages, dont , un errant, traverser une forêt maléfique, traverser un marécage peuplé d’entités monstrueuses, combattre des oiseaux, affronter des ennemis vindicatifs et puissamment armés. Il sera aidé dans son entreprise par une jeune femme, Andréa, à laquelle il ne sera pas indifférent.

 

Placé sous le signe des quatre A, Anticipation, Action, Aventures et Amour (eh oui, un peu de romantisme ne nuit pas !) ce roman s’inscrit non seulement comme un hommage à la collection Anticipation mais également à quelques maîtres dont Pierre Barbet (d’ailleurs l’un des personnage s’appelle Dominique Mayne – David Maine étant l’un des pseudos utilisés par Pierre Barbet).

Mais ce roman ne se contente pas de témoigner respect et culte, c’est aussi une parabole sur l’avenir, sur la prépondérance de plus en plus omniprésente de la machine sur l’homme. L’homme a créé son propre malheur, à lui de réparer ses erreurs. D’un côté se trouveront les Don Quichotte, de l’autre les modernistes, les progressistes, les réformistes à tout va, quel que soit le prix à payer. Une vision qui évidemment ne sera pas partagée par tout le monde, à moins que le message n’existe pas, du moins dans l’esprit des auteurs.

 

Et n'hésitez pas à consulter le site des éditions  Rivière Blanche.


Jean-Marc et Randy LOFFICIER : Les survivants de l’humanité. Collection Blanche N° 2002. Editions Rivière Blanche. 248 pages. 17,00€. Existe en version E-Book à 6,00€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables