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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 11:59

Un titre pudique, émouvant, pathétique...

 

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Ce recueil est composé de deux romans, revus et complétés par l’auteur, parus précédemment dans la collection Anticipation du Fleuve Noir.

 

Pour une poignée d’Hélix Pomatias : Chris Malet possède un don pagel1.jpgrare et peu commun, ce qui l’amène à travailler pour les Services Secrets, épisodiquement et quelque peu en dilettante. Il est capable de se projeter physiquement au sein d’un roman, quel qu’il soit et d’en modifier sensiblement le déroulement, d’influer sur l’histoire, de sauver par exemple des personnages d’une mort qui était irrévocablement décidée par l’auteur.

Et si son supérieur fait appel à lui, c’est bien parce qu’une situation décrite dans un roman d’origine étrangère risque de porter préjudice à la nation entière. Oui mais, voilà, tout ne se passe pas toujours comme on le voudrait et Chris Malet en fait l’amère expérience, à son corps défendant.

Complètement délirant, ce livre est une farce énorme, une bouffonnerie, au sens noble des termes, un tourbillon dans lequel s’enchevêtrent les situations les plus cocasses, alors qu’elles devraient être tragiques, et le lecteur est entraîné à la suite du héros comme sur un immense toboggan. Les aventures ou mésaventures de Chris Malet se suivent à un rythme infernal et c’est tout juste si le lecteur a le temps de reprendre son souffle. Et pourtant du souffle il lui en faut, ne serait-ce que pour pouvoir rire tout son saoul.

Tout concourt à réjouir le lecteur, que ce soit dans la description des événements, des situations, dans la formulation des dialogues, dans l’apparition de personnages secondaires tels que Hammett ou Chandler, ou encore dans les adjonctions et différents notules en bas de page, façon San-Antonio. Jusqu’à l’auteur lui-même qui prend une part active et fort intéressante à l’action et à la rédaction de son propre ouvrage.

 

pagel2.jpgLe cimetière des astronefs : Gaba est un petit trafiquant, fournissant de tout et n’importe quoi, aux quatre coins de l’univers, ce qui dénote de sa part esprit d’initiative et propension à se fourvoyer dans des endroits inaccessibles. Son astronef Betty n’est plus de première jeunesse, mais fidèle à l’adage “ c’est dans les vieux pots qu’on fait la bonne soupe ” Gaba ne crache pas dans le potage. Il a rendez-vous dans un centre de loisirs à Tchoume, ou sur Givrée, je ne sais plus bien. Le principal n’étant pas le lieu mais le pourquoi, c’est à dire le motif de ce rendez-vous.

Aykip D. Foot Jr charge notre ami, nous pouvons lui décerner ce qualificatif puisque Gaba est tout de même le héros de l’histoire, de dérober un cerveau positronique sur un astronef afin de contrer John I. Mustgotothe, le créateur fabriquant exclusif de cette petite merveille. Seulement l’unique moyen de s’approprier un cerveau positronique est simple, dangereux, aléatoire et tutti quanti. Il suffit de récupérer le dit organe sur la carcasse d’un astronef hors service, mais pas n’importe où : dans le cimetière des astronefs, qui comme celui des éléphants est inconnu, inaccessible, ailleurs et plus loin. Gaba, de la marine de l’air, n’écoutant que son courage et le bruit sympathique des billets froissés par une main généreuse, s’élance au cou de l’Aventure.

Michel Pagel et Le cimetière des astronefs sont au roman de science-fiction ce que San-Antonio est au roman policier. Installez-vous à l’aise, dans vos charentaises, laissez-vous transporter dans l’univers délirant, onirique, farfelu, débridé (aucune connotation anti-asiatique), fantaisiste, bizarre, extravagant, fantastique, et complètement dingue. En un mot réjouissant et jubilatoire.

 

 

Ce recueil est également disponible sur le site du Bélial en version numérique, au prix de 7,99€ et les deux romans qui le composent peuvent être achetés séparément en format numérique au prix de 4,99€ chacun.

 

Michel PAGEL  : Les escargots se cachent pour mourir. Editions du Bélial. Parution Juin 2003. 300 pages. 15,00€.

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 07:27

Ramses.jpg Parodiant une célèbre devise publicitaire qui fut assaisonnée à toutes les sauces, collant à l’image de marque d’un hebdomadaire belge pour enfants qui connut son heure de gloire dans les années 50 à 70, Pierre Thiry invite tous les lecteurs de dix à cent-dix ans à découvrir son ouvrage qui emprunte à la littérature populaire tout en gardant son propre imaginaire.

Sigismond est un bouquiniste érudit et entre lui et sa nièce Alice, s’échangent des joutes littéraires. Mais lorsqu’Alice, qui possède un lapin blanc prénommé Raymond et un gros Saint-bernard répondant au nom de Ramsès auxquels elle aime raconter des histoires, lui demande quels livres a écrit J.K. Rowling, Sigismond est fort embêté. Pour une fois il ne connait pas la réponse. Les défis s’enchaînent tout autour de la littérature populaire, les noms de Dumas, Paul D’Ivoi, Andersen, Jules Verne, Daniel Defoe jouent les balles de ping-pong. Sigismond est à nouveau piégé, il ne connait pas le personnage créé par Georges Chaulet.

Ultime attaque d’Alice : qui a écrit Ramsès au pays des points-virgules. Devant son ignorance elle lance un nom, comme ça, un peu au hasard. Jérôme Boisseau. Afin de ne pas sombrer définitivement, de perdre de son prestige devant une nièce taquine, il affirme connaitre l’auteur, et un peu excédé il lance, afin de rompre la conversation : Va te faire cuire un œuf. Alice lui rétorque, c’est aussi de Jérôme Boisseau ? Sigismond lui affirme qu’en effet c’est le titre de l’ouvrage et qu’il va en retrouver un exemplaire. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il a bien l’intention de rédiger le fameux bouquin. Et c’est ainsi, qu’en s’endormant dans le métro, Sigismond rêve d’une histoire farfelue dans laquelle le lecteur entre de plein pied, en suivant les tribulations de Sissi.

Sissi est une gamine qui aime préparer des pancakes et ce jour là elle est enquiquinée, n’ayant plus d’œufs pour réaliser ses gâteaux favoris. Dans la rue elle est interpellée par une chanson interprétée par un petit monsieur qui siège sur le trottoir entre un vieil ordinateur et quelques boîtes de conserve cabossées. Il arbore fièrement un chapeau haut-de-forme huit reflets et déclare s’appeler Ramsès II. Il ne ressemble guère à l’image que se faisait Sissi de ce célèbre pharaon Egyptien, mais charmée par l’histoire de celui-ci elle décide de partir avec lui dans sa deux-chevaux rouge afin de parcourir le monde. C’est ainsi qu’ils arrivent en Angleterre où ils sont accueillis par Alice et son lapin.

Alice requiert leurs services, le lapin servant d’interprète, afin de résoudre un ténébreux mystère qui entoure le château de Baskerville habité par un certain Lord Cyklopp qui terrorise la région. Je vous fais grâce des détails, ne désirant pas dévoiler les tribulations de nos amis. Simplement je me contenterai de vous dire que le lecteur se trouve plongé dans une atmosphère dans laquelle il trouvera des évocations des Milles et une nuits, d’Alice au pays des Merveilles, des contes pour enfants comme le Chat botté, une mésaventure méconnue de Pinocchio, un personnage de Star Wars, Walton Watson, Charles Hockolmess, Princesse Sissi et autres références à découvrir. Sans oublier quelques fables de La Fontaine, revisitées par l’auteur, le jazz et l’hommage à Boris Vian. Que viennent faire les points-virgules du titre ? Juste une déclamation en honneur de cette ponctuation tout simplement parce que c’était la bête noire de Pétain.

Cet ouvrage n’a d’autre prétention que de divertir le lecteur et l’entraîner dans un imaginaire fantastique débridé, et c’est réussi. Evidemment les grincheux ne manqueront pas de fustiger contre un manque de rigueur, de cartésianisme, mais n’est-ce pas justement le propos des classiques tels que Les Mille et une nuits, Alice au pays des merveilles et autres contes de Perrault, Andersen, des frères Grimm et tous ces auteurs qui ont enchanté notre enfance, sans oublier les romanciers populaires ? Quant à l’épilogue, il est logique, et s’il ne convient pas au lecteur, celui-ci peut se permettre de le modifier, toute latitude lui étant laissée par l’auteur.

 

 

Pierre THIRY : Ramsès au pays des points-virgules. Editions Books on Demand. Novembre 2009. 184 pages. 13,00€.

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 13:47

A Nantes sous la Terreur !

 

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Après leur attaque avortée devant Granville, les Chouans ou Vendéens surnommés aussi les Brigands par les Révolutionnaires, se replient vers Dol emmenés notamment par Guy de Paramé.

Mais l'armée des Bleus de Kléber n'est pas loin et La Briantais, le commandant des canonniers accompagné de son fidèle Decius, n'est pas loin

Denise qui chevauche en compagnie du jeune Roch tente de rejoindre ses amis Vendéens mais elle tombe entre les mains des Révolutionnaires. Roch défend si bien sa cause, qu'elle est remise à La Briantais qui veut la protéger. Seulement l'infâme Thomas Laîné est sur leurs traces bien décidé à récupérer le scapulaire contenant des indications sur le trésor de Marie-Rose, sa grand-tante et qui avait été confiée à Denise.

bouffay.jpgDenise et Guy Paramé, qui a lui aussi été fait prisonnier, sont emmenés dans les geôles du Bouffay, une prison nantaise.

Quelques semaines plus tard, La Briantais, qui a obtenu un congé, est à Nantes. Il veut délivrer Denise afin de lui permettre de se rendre à Jersey puis en Angleterre où elle sera en sécurité. Le général De Marigny, un Chouan déguisé en ouvrier, est là lui aussi et son but est de faciliter l'évasion de Guy de Paramé. Ils se retrouvent nez à nez devant un tripot, rendez-vous des exaltés de la Révolution. Thomas Laîné est là lui aussi, s'étant accoquiné avec ces assassins, avec toujours en tête de pouvoir récupérer le fameux scapulaire.

Nantes est le théâtre des exactions orchestrées par le sangchouans-nantes.jpguinaire Carrier qui possède une façon bien particulière de se débarrasser des Chouans ou assimilés. Des prêtres, des laboureurs, des artisans, des femmes et des enfants sont emprisonnés même s'ils ne participent pas à la révolte. Non seulement des exécutions par la guillotine sont programmées, mais ce qui met le plus en joie Carrier et ses sicaires, ce sont les noyades en masse organisées à bord de gabares ou de galiotes, ce qu'il appelle des déportations verticales. Les prisonniers condamnés à mort sont enfermés dans des cales puis le navire est sabordé et coulé. Ceux qui tentent de survivre en nageant et en s'agrippant au bord des canots qui surveillent l'opération ont les mains tranchées à coup de sabre. Ou alors ils sont carrier litho belliardbalancés par dessus bord des galiotes, les mains et les pieds attachés par des cordes, ce qui signifie une noyade inéluctable. Mais des mariages sont également organisés par Carrier et ses adjoints, Bachelier, Goulin et Grandmaison. Un homme et une femme sont attachés, nus, ensemble et sont jetés à l'eau, à la grande joie des Sans-culottes, qui pour la plupart sont ivres, et souvent n'ont rejoint la Révolution que par intérêt personnel. Leur joie est à son comble lorsqu'ils peuvent attacher ensemble un curé et une religieuse.

Guy de Paramé et Denise doivent faire partie du prochain contingent, et quoique La Briantais et de Marigny soient adversaires ils s'unissent afin de leur éviter ce traitement. Thomas qui est dans les bonnes grâces des Révolutionnaires doit participer, malgré lui, à cette évasion. Il échafaude plan sur plan pour récupérer le scapulaire, mais La Briantais et degaspard_de_bernard_de_marigny_2.jpg Marigny veillent au grain, et il est obligé de devenir leur complice. La Briantais prend place seul dans un canot tandis que Decius se poste sur la berge. De Marigny, déguisé en charpentier, une hache à la main se trouve à bord de la galiote qui doit être sabordée. Thomas Laîné, quant à lui, doit leur faciliter les opérations d'évasion. Seulement, un impondérable surgit en la personne de Grandmaison qui entend diriger les manœuvres à sa façon même s'il a derrière la tête son plan concernant l'avenir de Guy de Paramé et de Denise. Thomas sait qu'il est surveillé, et qu'éventuellement il peut-être dénoncé comme traître.

Cet épisode des noyades de Nantes, dont on peut retrouver l'historique dans divers articles sur le net, reste l'un des événements marquant de la Terreur, alors que peu de livres scolaires relatent ces événements. Mais il serait injuste de jeter l'opprobre uniquement sur les Bleus alors que les Chouans eux-aussi se rendirent coupables d'exactions. Et si Fortuné de Boisgobey s'attarde sur cette période sanguinaire nantaise, il n'omet pas de signaler que les Vendéens ne furent pas des saints pour autant.

Toutefois, un paragraphe intéressant interpelle le lecteur et nous renvoie à des déclarations négationnistes plus ou moins récentes.

Il a été écrit des livres pour démontrer qu'on avait beaucoup exagéré le nombre des victimes de la terreur nantaise. Carrier, Grandmaison et Pinard ont eu des défenseurs posthumes qui avouent bien deux ou trois noyades, autant de fusillades et quelques petites fournées de guillotine, mais qui soutiennent que leurs tristes héros n'ont pas été jugés équitablement par l'histoire.

Heureusement, ils ont été exécutés, et leur acte d'accusation est là, rédigé par des républicains purs, par des membres du tribunal révolutionnaire qu'on ne s'est pas encore avisé de ranger parmi les modérés.

Ce roman date de 1880, soit près de quatre-vingt dix ans après les événements décrits, mais l'horreur était encore présente dans bien des mémoires. Mais comme pour les négationnistes des camps de concentration, des fours crématoires, de la Shoah, même si l'on sait pertinemment qu'ils profèrent des mensonges, des dénis, il n'en est pas moins vrai que certaines personnes fragiles mentalement ou qui abondent au plus profond d'eux-mêmes dans leur sens, colportent à l'envi ces déclarations honteuses.

Si l'épopée nantaise prend une grande part dans ce second tome de L'Enragé, elle se poursuit en comportant de nombreuses péripéties jusqu'àmare-de-bouillon.jpg la Mare de Bouillon, mais tous ces protagonistes n'étant pas au complet. La mare de Bouillon existe réellement et est plus proche d'un étang que d'une simple flaque d'eau puisqu'elle possède une superficie de cinquante-cinq hectares. Depuis 1972 la commune de Bouillon est rattachée à celle de Jullouville, elle-même station balnéaire crée en 1882 par Armand Jullou, d'où son nom.

Il n'y aurait pas d'histoire véritablement complète si à l'intérieur de ce récit ne se greffait pas une histoire d'amour contrariée. Guy de Paramé aime Denise qui elle-même ressent un profond sentiment envers La Briantais qui lui ne la considère que comme une amie. Mais n'en disons pas plus, car l'essentiel n'est pas là. Et le scapulaire, me demanderez-vous avec pertinence ? Ses pérégrinations et son contenu sont décrits dans le roman.

 

Lire la chronique du Tome 1 de l'Enragé mais également Rubis sur l'ongle et un article sur Fortuné de Boisgobey.


Fortuné du BOISGOBEY : L'Enragé tome 2 : Des noyades de Nantes à la Mare de Bouillon. Editions Pascal Galodé. Parution le 23 janvier 2014. 264 pages. 23,90€.

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 08:40

Bon anniversaire à Max Obione né le 13 février 1944.

 

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Ce n’est pas parce qu’il ingurgite à forte d’innombrables bouteilles de bière, qu’il a perdu son esprit vindicatif et raciste. Au contraire. Essoufflé, les tuyaux de sa bonbonne d’oxygène greffés sur la lèvre supérieure en guise de moustaches, il arrive quand même à agoniser sa fille d’injures. Et il se joint au concert de récriminations de ses voisins lorsque ceux-ci vitupèrent contre les étrangers sans papiers et la lâcheté du gouvernement qui n’arrive pas à canaliser tous ces migrants en transit. Sa fille, qu’il appelle la Grosse, avec maman c’était moins pire, juste Boulette. C’était avant qu’elle décède et que les frangins ne viennent plus à la maison, parce que le père a remplacé la photo de Lénine par celle de Le Pen.

Ce soir là pourtant, le père est allé trop loin. Boulette, alors qu’elle allait procéder à une miction dans le jardin, entend du bruit. Elle est inquiète, pensant à un chenapan venu l’épier, l’espionner. Il n’en est rien. Juste un étranger, un Kurde, qui s’exprime comme il peut en anglais. Il a faim et Boulette tombe sous le charme de ce jeune homme qu’elle trouve beau. Un hélicoptère survole le quartier et les voisins sont agglutinés devant la porte d’entrée du père. Ils sont en train de fulminer contre ces étrangers qui n’hésitent pas à s’introduire chez eux, violer leurs femmes et leurs filles et je ne sais quoi d’autre.

Boulette est exaspérée et dans ces conditions là, on ne se contrôle plus. On fait des actes irréparables mais oh combien apaisants. Et avant d’inviter son nouvel ami chez elle, elle procède à un serrement de vis. M’enfin, les enfants aussi ont le droit de serrer la vis à leurs pères, surtout lorsqu’ils se montrent ignobles !

 

Max Obione s’inspire, non pas vraiment d’un fait-divers mais extrapole avec la noirceur qui caractérise ses romans sur le problème des réfugiés qui s’agglutinent autour d’un Sangatte aujourd’hui interdit. En quelques pages il nous raconte comment une vie peut basculer à cause de plusieurs éléments : le racisme de certains adultes face à des événements qui les dépassent, la pitié, l’émoi d’une jeune fille en butte à la cruauté parentale et qui découvre l’amour envers un jeune étranger, amour exacerbé par les virulences d’un père alcoolique, et d’autres facettes pas trop propres de ce racisme latent qui imprègne toutes les couches de la population, l’appât du gain aussi. En un peu plus de vingt pages Max Obione décrit en phrases courtes, en rafales staccato de mitraillette, cette histoire somme toute misérable, sauf en certains paragraphes dans lesquels les phrases s’allongent comme les langueurs océanes et les joutes amoureuses débutantes. Max Obione joue dans la sobriété, tout est dit avec force et il n’y a pas de passages superflus.

A lire de Max Obione : Gun, Le jeu du lézard, Scarelife, Ironie du short et Gaufre royale.

Voir également mon entretien en deux parties avec Max Obione.


Max OBIONE : Boulette. Collection La Porte à côté N°58. Editions Atelier In8. Parution février 2011. 32 pages. 4,00€.

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 13:49

Comme disait ma grand-mère : Café bouillu, café foutu !

 

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Lorsque vous êtes en train de déguster, les yeux fermés, une tasse de café après un bon repas, pour un moment de détente entre collègues, ou en avalant la tête ailleurs votre jus matinal, vous êtes-vous demandé d'où provenait cette fragrance et ce goût, différents selon les occasions et le breuvage servi ?

Et pourquoi bon nombre d'écrivains, Balzac en tête, avaient une cafetière, l'ustensile pas la serveuse, à portée de main et de lèvres, tout en noircissant le papier ?

cafeier-chambe-2.JPGJulien n'a que vingt ans mais c'est un caféologue averti qui a de tenir car son grand-père est torréfacteur, et Julien a toujours vécu au milieu des sacs de fève et l'odeur des grains en train de chauffer à la température adéquate. Sa mère est décédée lors de son accouchement et le père n'a plus jamais remis les pieds dans l'échoppe. Ils n'étaient pas mariés, et le grand-père a élevé seul son héritier. Mais Julien n'a jamais vraiment été accepté, encaissant sans rien dire les reproches dont le plus grave se résumait en ceci : il était le meurtrier de sa mère. Puis vers huit ou neuf ans, Julien est devenu progressivement aveugle, sans qu'une possible intervention médicale puisse être envisagée. Son nez a pris la relève et il peut rien qu'en humant la subtile odeur d'un fumet citer la variété de la graine, et ses papilles ne sont pas en reste.

Mais l'univers du café il connait, du début, de la plantation de la plante, les diverses variétés, l'art de torréfier, et celui de déguster bien évidemment. Il connait aussi le côté Noir du café, pratiqué par des courtiers qui à l'aide d'artifices font monter ou baisser les cours selon leurs intérêts. Julien vient d'être mis à la porte par son grand-père car il a osé une comparaison qui n'a pas été du goût de son aïeul. Lorsqu'il a balancé devant les clients que Nespresso serait au café ce que furent les aldéhydes dans le Shalimar de Guerlain et qu'y résister serait pure folie, j'ai vu rouge. Sans ménagement je l'ai attrapé par le col et je l'ai jeté dehors avec sa sacoche et sa canne.

Alors Julien n'a eu d'autre recours que demander à son amie d'enfance Johanna de l'héberger. Ce qu'elle a accepté sans barguigner. Elle est journaliste mais elle veut changer de métier. Elle se verrait bien boulangère mais pour l'instant Julien est là et elle écoute avec un certain ravissement et beaucoup de curiosité toutes les anecdotes qu'il lui narre avec emphase.

Cela va naturellement de la légende de ce petit chevrier qui cafe1.jpgse rendit compte que ses chèvres étaient plus fougueuses après avoir ingéré des cerises de café (c'est ainsi que se nomment les baies avec leur pulpe) jusqu'à nos jours avec grand renfort de publicité pour des capsules vantées par un acteur de cinéma, vendues dans des salons luxueux bien loin des paquets de moulu pour prolétaires, en passant par l'arrivée en France, la consécration de ce breuvage d'abord chez Procope (le plus ancien café de Paris même s'il a perdu de son charme et de son aura), et les indispensables conseils perdus de vue. Par exemple même pour du café moulu emballé sous vide, il est préférable après ouverture de le conserver au réfrigérateur.

Julien et Johanna décident de s'envoler pour le Brésil et de se rendre dans une plantation, fournisseur du grand-père torréfacteur, qui demeure à taille humaine, respectueuse de la production sans utiliser toutes sortes de produits néfastes pour la santé. Pendant ce temps, le grand-père de Julien se retrouve à l'hôpital et couché sur son lit, piqué de partout avec des perfusions comme une poupée vaudou, il se remémore les vingt années passées auprès de son petit-fils, se rendant compte que peu à peu il s'est mal conduit envers lui. Mais la mort de sa fille lors de son accouchement l'a traumatisé et il ne sait plus que penser. Comme c'est si près, l'enfance, quand on a soixante-dix automnes, comme c'est si loin à quarante ans.

L'histoire du café ne fait qu'un avec l'histoire de la France : Les cafés deviennent restaurants, et le quartier du Palais Royal un immense bordel à ciel ouvert. On ne se cache plus et on consomme les baisers sous les arcades; c'est alors que Louis-Philippe ordonne la fermeture des tripots coupe-jarrets et chasse les filles à coups de cravache. Lentement, sous le voile épais du puritanisme, le quartier s'ennuie, s'endort, les clients se font rares, le déclin est proche. Les cafés ferment sous l'indifférence générale. L'histoire se répète de nos jours sous une autre forme, et l'économie dépend souvent de décisions arbitraires.

maragogypeL'histoire de Julien et de Johanna, leurs tribulations, puis celle narrée par le grand-père s'imbriquent dans celle du café. L'on ne se rend pas compte devant son bol ou sa tasse, chez soi ou au café, combien la préparation de la précieuse graine demande de soins et de manipulations.

 


Bon grain, bonne mouture, bonne préparation, méthode à dépressurisation ou extraction douce en alambic de verre... Sélectionner les grains, c'est bien, mais de la plantation jusqu'à l'extraction, une vingtaine d'étapes sont déterminantes pour la vertu du breuvage.

Il est loin le temps de ma grand-mère qui versait l'eau bouillante sur la poudre disposée sur un lit de chicorée, une chaussette servant de filtre. D'où probablement l'expression jus de chaussette pour un breuvage limite consommable, et pour celui qui était franchement à jeter, jus de chaussette de facteur rural.

Un roman doublé d'une étude très riche, très érudite sans être rébarbative, avec en annexes des conseils de préparation, de choix dans les grains, et des articles comme Les grands crus, Les femmes et le café, La santé par le café, Avec ou sans sucre, et même Les vertus et recettes du marc de café. Un ouvrage qui vous fera déguster le café autrement, et si vous passez devant l'échoppe d'un torréfacteur, humez cette odeur qui s'échappe et embaume l'atmosphère.

Après le Roman du Parfum et le Roman du Café, pourquoi ne pas rêver au Roman du Chocolat ? Tiens, je me prendrai bien un petit maragogype, moi ! Sans sucre, évidemment.


Pascal MARMET : Le roman du café. Collection Le roman des lieux et destins magiques. Editions du Rocher. 238 pages. 21,00€.

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 08:23

Le son argentin de l'Argentine !

 

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Je n’aime pas qu’on m’appelle ma puce. Oups (ça fait bien, ce n’est pas vulgaire, et démontre une certaine contrition de la part de celui qui prononce ce mot) ce n’est pas ma puce, mais Mapuche. Et qu’est-ce que cela signifie ? Je ne m’intéresse aux quatrièmes de couverture qu’après avoir lu le roman. A cause du lieu où se déroule l’intrigue ? L’Argentine, je le sais parce que je l’ai appris en glanant ici et là quelques renseignements, souvent par hasard, et en m’intéressant à autre chose. Mais en règle générale je ne suis pas plus intéressé par les histoires se déroulant dans les pays d’Amérique du Sud, que par ceux qui ont l’Europe du Nord pour cadre.

L’envie de découvrir ce roman me titillait de plus en plus, et me disant qu’il était temps de sursoir à cette torture imposée, irréfléchie, et avouons-le imbécile, j’ai entamé la lecture. D’abord avec ce regard de l’entomologiste qui pense n’avoir découvert qu’une espèce d’insecte déjà recensée, puis après un examen approfondi se rend compte qu’il examine un cas rare.

Déjà, dès les premières pages, mais j’y reviendrai, je me suis senti en osmose avec quelques réflexions énoncées par Caryl Ferey, et de savoir que nous abondions dans le même sens, fit que je me suis laissé allé à continuer ma lecture balayant mes premiers préjugés. Ensuite l’histoire en elle-même, ou plutôt les personnages décrits avec réalisme, humanisme, empathie, et bien loin de la caricature.

Jana ne vit que par l’art. Elle est sculptrice et peintre, et la vente de ses œuvres lui suffit pour survivre. Elle est seule, n’est pas dispendieuse, mais elle est libre. Et cela vaut toutes les richesses du monde. Alors qu’elle s’escrime sur ce qu’elle pense être son chef d’œuvre, la carte du cône Sud de l’Argentine dressé sur un socle de béton et dont elle défonce à l’aide d’une masse les anciens territoires. Jana est une Mapuche, une ethnie qui a été dépouillée et quasiment décimée par les chrétiens lors de l’invasion espagnole.

Elle est dérangée en plein travail par un appel téléphonique émanant de son amie Paula. Paula est inquiète, elle n’a pas de nouvelles de Luz, un travesti comme elle qui tapinait avec elle sur les quais depuis six mois. Luz avait laissé un message vers une heure et demie, lui donnant rendez-vous à cinq heures. Il est sept heures et Paula est alarmée. Rendez-vous est pris au Transformer, une boite où Jana n’a pas mis les pieds depuis des années. Mais l’ambiance n’a pas changé, toujours aussi glauque.

Luz est retrouvée, son corps émasculé flottant parmi les immondices qui stagnent sur les eaux du Richuelo. Les policiers sont sur place et interrogent Jana et Paula. Mais cette dernière ne peut apporter que de vagues renseignements. Elle ne connait que le véritable prénom de Luz, Orlando. C’est tout.

Ruben Calderon est un rescapé des geôles clandestines de Videla, dans l’école de Mécanique de la Marine. Il avait été incarcéré, adolescent, puis après avoir végété quelques mois en cellule, libéré un jour de juillet 1978, sans aucune explication, lorsque l’équipe nationale d’Argentine avait gagné la coupe du monde de football. Son père, Daniel Calderon, poète de renommée internationale, avait quitté l’Europe où il séjournait pour rejoindre son pays, mais il avait été arrêté à son arrivée puis avait disparu de la circulation, tout comme sa jeune sœur. Elena, la mère de Ruben, avait alors pris la tête des Grands-mères de la Place de Mai. Ruben qui s’était tourné provisoirement vers le journalisme s’est alors installé comme détective, afin de retrouver les responsables des disparitions, d’hommes, de femmes, d’enfants. Et ce sacerdoce se fait dans la douleur, car la grande majorité des juges, des militaires qui officiaient sous la dictature ont été reconduits dans leurs fonctions.

Trente ans ont passés. Son ami Carlo, journaliste d’investigation ce qui n’est pas sans danger non plus, lui apprend qu’une de ses amies, Maria Victoria Campallo, photographe, avait essayé de le joindre sans résultat, lui annonçant qu’elle avait quelque chose d’important à lui montrer. Mais elle n’a plus donné signe de vie. Or Maria est la fille d’un important homme d’affaires de Buenos Aires, principal soutien du maire. Ruben veut bien, par amitié, essayer de retrouver la jeune femme.

Les chemins de Ruben et de Jana vont se croiser et remuer la boue. Les vieux fantômes ne sont pas loin et le voile qui recouvre les forfaits et les exactions des militaires durant les années de sang va peu à peu se déchirer. Mais les religieux ne sont pas non plus en odeur de sainteté, oubliant ce pour quoi ils se sont engagés, bafouant la vocation de charité, d’amour, de paix, de fraternité. Mais ceci s’est vérifié tout au long de l’histoire. Des enfants arrachés à leurs parents et adoptés par des personnes influentes sont au cœur de l’intrigue. Mais également les anciens militaires qui ont réussi à camoufler leurs méthodes sanguinaires et leurs responsabilités dans la dictature.


mapuche1.jpgMapuche est certes un roman noir car les événements décrits relèvent de l’histoire la plus glauque de l’Argentine, mais également un thriller car certaines des scènes proposées s’inscrivent dans la plus pure tradition du roman d’aventures. Spectaculaires elles sont narrées avec fougue, virtuosité, délire, enthousiasme, frénésie, violence, sauvagerie et le lecteur les vit, les ressent en étant littéralement au plus près de l’action.

J’allais oublier : La politique néolibérale de Carlos Menem avait conduit le pays en une spirale infernale à la banqueroute, avec à la clé accroissement de la dette, réduction des dépenses publiques, exclusion, flexibilité du travail, récession, chômage de masse, sous-emploi… le tout sous les encouragements du FMI. Et la tendance s’était inversée lorsque justement cette politique avait été abandonnée. Cela ne vous rappelle rien ? La Grèce par exemple, non ? Il est vrai que le FMI œuvre dans l’intérêt des financiers et non dans celui des pays.

Juste une petite erreur, à mon avis, dans une description de bagarre, de tentative de meurtre à laquelle est confrontée Ruben. Un homme derrière lui tend sur sa gorge une corde à piano. Pour se défendre Ruben attrape les testicules du tueur dans son dos et les tord. Sous la douleur l’homme recule. Je ne veux pas essayer cette figure de combat mais il me semble que l’homme qui tenait la corde à piano en reculant aurait dû trancher la gorge de Ruben. Or il n’en est rien. Tant mieux pour Ruben, sinon, l’histoire tournait court. Cela me laisse sceptique, mais comme je vous l’ai dit, je ne veux pas essayer.


Caryl FEREY : Mapuche.  (Première édition : collection Série Noire, éditions Gallimard). Réédition Folio Policier N°716. 560 pages. 8,40€.

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 15:18

Un roman d'anticipation rétrospective...

 

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Cela fait maintenant trois hivers que Mounj sillonne vallées, montagnes, forêts à la recherche d'une tribu d'Hommes-droits. Il trace des traits, d'où son surnom d'Homme-qui-dessine hérité de son père et de son grand-père, traits qui esquissés à l'aide de bâtons fins et de cendre mélangée à de la salive représentent le chemin parcouru. Alors qu'il recherche une proie afin de se sustenter, il aperçoit une harde de rennes. Il abat à l'aide de sa sagaie un faon déjà blessé et découpe les pattes, plus faciles à transporter. Il s'est installé auprès de la rivière et le lendemain il distingue comme un gros rocher obstruant le flot de l'eau. Le cadavre d'un Homme-qui-sait tué par une sagaie.

Mounj est surpris par quelques représentants d'une tribu d'Hommes-qui-savent et il se retrouve prisonnier. Ceux-ci l'accusent d'en être à son sixième ou septième meurtre, ce dont il se défend avec âpreté. Djub, le chef de la tribu lui signifie qu'il connaîtra bientôt le même sort que les chasseurs retrouvés morts. Dans le sac que porte Mounj se trouvent non seulement des objets destinés à reproduire sur les rouleaux d'écorce de bouleaux mais aussi des outils qu'il ne connait pas. Aussitôt il accuse Mounj de pratiquer la magie et il confie son prisonnier à ses deux fils Maï et Haoud. Les deux adolescents issus du même ventre sont totalement différents aussi bien dans leur physique que dans leur caractère. Maï ressemble à son père mais il est plus effacé, plus timide, tandis que Haoud plus petit et trapu est un véritable autocuiseur en perpétuelle ébullition.

prehistoire.jpgMounj propose d'attendre afin de savoir un nouveau meurtre est perpétré, ce qui le mettrait hors de cause et Djub se laisse plus ou moins fléchir, décalrant qu'il prendra sa décision à la prochaine lune. D'autant que si Mounj a quitté sa tribu, c'est sur les injonctions de son père. En effet les hommes et les femmes sont atteints d'un mal mystérieux et les enfants survivent rarement longtemps après leur naissance. Sa mission, et il l'a acceptée, était de trouver un femme d'une autre tribu des Hommes-droits afin de sauvegarder la race. L'Homme-qui-dessine est enfermé au fond d'une galerie qui s'enfonce dans le Womb, une montagne traversée par une rivière et dont certaines grottes recèlent des peintures sacrées. Et ces peintures, que Mounj découvre un peu par hasard et à cause d'une indiscrétion, lui laissent entrevoir une porte de sortie.

 

Les romans ayant pour thème la préhistoire sont trop peu nombreux pour que l'on ne pense pas immédiatement à l'œuvre de Rosny Aîné, qu'il s'agisse de La Guerre du feu ou de Helgvor du Fleuve bleu par exemple, ou encore Le Rêve de Lucy de Pierre Pelot et Yves Coppens.prehistoire1.jpg

Mais le propos de Benoît Séverac n'est pas tant de décrire un épisode charnière de la vie de nos ancêtres mais également d'établir un parallèle, non avoué, avec notre époque. L'histoire se déroule il y a maintenant trente mille ans, environ, et l'homme dit de Neandertal commence à décliner alors que le Sapiens sapiens se rapproche plus de l'homme actuel. Les Hommes-droits ou néanderthaliens qui vivaient en tribus éloignées les unes des autres se reproduisaient en famille d'où cette dégénérescence et le départ de Mounj, un adolescent à la recherche de sang nouveau pour renouveler sa descendance. Et Djub retourne le couteau dans la plaie en affirmant : Les Hommes-droits sont un peuple inférieur. Vous êtes en train de disparaître.

Nous n'avons pas d'enregistrements sonores et photographiques de cette période mais les découvertes dès 1856 d'ossements, puis des dessins dans les grottes Chauvet, de Cougnac, de Foissac, de Lascaux ou de Marsoulas, pour ne citer que les plus célèbres, ainsi que les travaux des paléontologues ont permis de mieux connaître l'évolution. Or l'un des problèmes fut bien la consanguinité et si l'on compare à aujourd'hui, il faut avouer que les sentiments racistes, ségrégationnistes et l'ostracisme qui est une forme d'exclusion sociale perdurent, l'humanité court à sa perte, à plus ou moins longue échéance.

L'épilogue de cette intrigue fourmille de rebondissements, avec un final peut-être inattendu, qui s'inscrit dans une logique qui n'a pas toujours été respectée et que de nos jours est remise en cause, et à laquelle tous ceux qui se cantonnent dans des convictions ségrégationnistes devraient réfléchir.

Un roman novateur qui offre au lecteur une réflexion sur l'humanité sans l'avouer mais est sous-jacente.

Avec une préface de Francis Duranthon, paléontologue et directeur  du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse.

 

A lire également de Benoït Séverac : Silence et Le garçon de l'intérieur.


Benoît SEVERAC : L'Homme-qui-dessine. Editions Syros. Hors Collection. Parution le 16 janvier 2014. 216 pages. 14,50€.

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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 11:42

L’exode de l’Exodus ou Il était un petit navire...

 

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Les tribulations de l’Exodus, le navire qui devait emmener plus de 4500 Juifs vers la Terre Promise, ont été immortalisées par le roman de Leon Uris, et surtout par le film éponyme d’Otto Preminger avec Paul Newman. Seulement dans la réalité, ce voyage ne s’est pas déroulé comme cela a été conté.

Sous couvert de roman, Maud Tabachnick nous raconte la véritable histoire du President Warfield, rebaptisé Exodus 47, de ses passagers et de ceux qui ont été à l’origine de cette aventure. Elle met en scène, si l’on peut dire, des personnages réels, contrairement à Leon Uris et Otto Preminger qui eux avaient inventé des héros de fiction. Et le terme du voyage ne fut pas si idyllique qu’il fut conté.

30 mai 1947. Le jeune Serge Menacé, dont les parents ont été abattus sur ordre de Paul Touvier, a demandé une entrevue avec l’abbé Glasberg qui officie à Lyon. Ce n’est pas tant en souvenir de sa grand-mère, que le religieux a rencontré au camp de Drancy, que Serge veut le voir, mais parce qu’il pourrait l’aider, lui et ses compagnons, grâce aux relations que l’ecclésiaste entretient. En effet la Haganah, l’armée juive clandestine, veut ramener au pays les Juifs qui n’ont plus d’endroit pour vivre. La Haganah a acheté un vieux bâtiment à Baltimore, le President Warfield, et après des réparations dans un port italien, il stationne à Sète afin d’emmener plus de quatre mille cinq cents passagers. Or Glasberg peut, grâce à son ami le cardinal Gerlier qui a ses entrées à Matignon, obtenir des autorités civiles et militaires l’autorisation d’embarquer. Mais les quotas édictés par le gouvernement anglais sont gelés.

En effet l’empire britannique, depuis des décennies, possède une main mise sur les états arabes qu’il n’est pas prêt de vouloir abandonner. Et Clement Attlee, le premier ministre, est fermement décidé à empêcher tout embarquement vers la Palestine. Un agent du SIS, Secret Intelligence Service, John Milton, est envoyé sur place pour faire avorter le projet. Ahmed Yassim, qui dirige depuis deux ans la principale branche armée des Volontaires arabes constituée dès 1920, est chargé de prévenir les Anglais s’il découvre les projets sionistes. L’armée des Volontaires arabes a été constituée vingt ans auparavant, en réponse à la déclaration Balfour qui précisait dans un courrier adressé à Lord Lionel Rotschild l’intention du gouvernement de Sa Majesté d’envisager favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national juif.

En catimini Yossi Harel, le commandant politique, Ike Aronowicz, le jeune capitaine de l’Exodus, Saul, Marga, Yosh et quelques autres compagnons délivrent les Juifs qui sont parqués depuis des mois dans des cantonnements dispersés sur le territoire français suite à leur libération des camps de concentration allemands, et les amènent à bord de camions jusqu’à Port de Bouc d’où doit avoir lieu l’embarquement. Ils attendent les papiers qui doivent leur permettre de quitter le port, à destination théoriquement de la Colombie. Un subterfuge qui ne convainc pas les Britanniques. Des bâtiments britanniques suivent le navire dans les eaux méditerranéennes et l’empêchent d’aborder les côtes palestiniennes alors que l’Exodus n’est qu’à vingt-sept kilomètres de Haïfa. La suite sera plus terrible.

 

Il est difficile de ne pas ressentir un sentiment de révolte, à la lecture de ce roman-document, devant l’acharnement des troupes britanniques envers ces fils d’Israël, qui souhaitent tout simplement retrouver après des siècles d’errance le pays dont ils ont été spoliés. Depuis une vingtaine d’années, des communautés juives vivent en Palestine, en plus ou moins bonne intelligence avec les Arabes. Seulement les intérêts financiers sont en jeu. En effet, à l’ONU, un vote doit avoir lieu afin d’entériner la décision de créer un état d’Israël, en partageant la Palestine. Les Etats-Unis sont pour et s’avèrent être un soutien actif pour les délégués Juifs. L’URSS, Staline est antisémite et son action envers un comité antifasciste juif créé en 1942 est là pour le prouver, n’y sont pas favorables. Les enjeux financiers sont représentés par le sous-sol arabe qui possède une véritable richesse pétrolifère.

Autre fait troublant, c’est la collusion entre le grand mufti Hadj Amin al-Husseini, qui avait choisi le camp d’Hitler durant la guerre, la légion arabe se battant courageusement aux côtés des Nazis. En cette année 1947, les Arabes ont néanmoins obtenu des Anglais que le quota de soixante-quinze mille immigrants soit maintenu et que l’interdiction de vendre des terres aux nouveaux arrivants soit renforcée. Le Pétrole, de tout temps, a toujours senti bon.

demain2.jpgSi l’on peut comprendre les récriminations des Palestiniens, si l’opinion internationale prend leur défense vis-à-vis d’Israël et des affrontements qui opposent ces deux nations, il ne faut pas oublier que depuis près de vingt siècles les Juifs sont rejetés de partout. Ils ont perdu leur terre, ils ont été spoliés, et ce qui leur est reproché aujourd’hui, ils l’ont subi en étant chassés de leur nation. Si torts il y a, il faut les attribuer aux deux camps, à leur entêtement, à leur manque de tolérance. Egalement à l’intolérance religieuse, au fanatisme, à l’intégrisme, d’où qu’ils viennent. Sans oublier l’esprit mercantile qui n’est pas l’apanage d’une nation. Et l’on peut se poser la question de savoir comment les grandes puissances réagiront lorsqu’il n’y aura plus de pétrole en jeu ?

Un roman-document qui éclaire l’origine de biens des conflits et qui propose une vision non édulcorée de l’histoire. Quant aux Juifs qui ne purent débarquer de l’Exodus, ils furent envoyés sous bonne escorte britannique à Hambourg où ils végétèrent ensuite dans des camps de rétention allemands.

 

A lire également : L'étoile du temple, La honte leur appartient et Désert barbare, ainsi qu'un entretien avec Maud Tabachnik.


Maud TABACHNIK : Je pars demain pour une destination inconnue. (Première édition : Collection Cœur noir. Editions de L’Archipel. Septembre 2012). Réédition Archipoche N° 291. 288 pages. 7,65€

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 15:53

Un livre ne meurt jamais, tel le Phénix il renait de ses cendres grâce aux rééditions papiers ou numériques.

 

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D'ici quelques mois vous pourrez sur votre tablette numérique prendre connaissance des éditions  "French Pulp " qui réuniront dans un premier temps, une centaine d'ouvrages des auteurs de  romans populaires dont C.A.L est représentante : Polar ,espionnage, Science Fiction, Angoisse, Romans .... les grands titres  d'un patrimoine français  injustement  qualifié de  "Littérature de Gare" et qui prend  aujourd'hui place dans nos Classiques .

 

Telle était la déclaration l'an dernier de Nathalie et Jean-Marie Carpentier de Calfrance. Et cette promesse ils l'ont tenue puisque depuis le mois de janvier 2014 ils proposent des ouvrages en version numérique d'auteurs qui ont connu un vif succès dans les années 60 à 80 : Georges-Jean Arnaud, Pierre Nemours, Brice Pelman, André Lay, Serge Jacquemard, G. Morris-Dumoulin, Pierre Latour, Stefan Wul, Francis Ryck, Claude Joste et quelques autres. A ce jour 42 titres sont disponibles au prix moyen de 4,99€.

Si je ne possède pas de tablette ou liseuse, je me félicite toutefois de cette excellente initiative car cela permet de redonner vie à des romans, leur évite de sombrer dans l'oubli, et qui est également un hommage à leurs auteurs.

Le mieux est peut-être vous rendre sur la page de French Pulp Editions et de consulter la liste des ouvrages déjà disponibles.

 

Bunker Parano de Georges-Jean Arnaud s’inscrit dans la période dite de la maison-piège, un thème qui est même le titre d'un de ses romans, période qui nous valut quelques belles réussites comme Le Coucou, et quelques autres.

 

Trente ans, divorcée, au chômage depuis quelques années, Alice s’est réfugiée dans l’alcool, principalement le cognac. Pour survivre et payer son liquide favori elle se prostitue à l’occasion.

Un employé de la mairie lui offre de reprendre son ancien métier, assistante sociale, et de s’installer dans un immeuble promis à la démolition dans le cadre de la rénovation du quartier. Peu de temps auparavant un couple s’est suicidé par peur de l’expulsion et un journaliste qui a couvert l’affaire a été licencié. Elle doit se renseigner sur les locataires, armés, qui amassent les provisions comme s’ils devaient tenir un long siège. A aucun moment la maison est vide.

Arbas, un cadre au chômage, fixe les règles de vie, les sorties des autres locataires. Alice, aidée par le journaliste qui va s’installer chez elle, enquête, perquisitionne, intriguée par le comportement de ses voisins et découvre des anomalies comme le logement vide dont les pièces ont été redistribuées.

Outre le problème immobilier, ce sont les difficultés d’intégration et le racisme qui sont évoqués dans ce roman qui baigne dans une atmosphère d’angoisse permanente et feutrée.

Ce roman, dont la première édition date de 1982, édité au Fleuve Noir dans la collection Spécial Police sous le numéro 1743, n'a rien perdu de son actualité, de sa force, de son réalisme trente ans après.

Une collection à découvrir et des livres à redécouvrir sans modération !


Georges-Jean Arnaud : Bunker parano. French Pulp Editions. 4,99€.

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 14:11

Dans la vie intime et sexuelle des héros de la littérature policière !

 

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Qu’ont en commun Arsène Lupin, Joseph Rouletabille, Sherlock Holmes, Eugène-François Vidocq, Fantômas, Hercule Poirot et Miss Marple ?

Non seulement ce sont des héros populaires mais leurs hagiographes ont oublié, gommé, sciemment ou non, tout un pan (comme aurait dit Peter) de leur biographie. Celle con cernant leur sexualité, quoique celle-ci ne fût pas le plus important dans l’élaboration des énigmes qu’ils eurent à résoudre. Mais ce ne furent que des hommes et des femmes comme vous et moi, la célébrité en plus je vous l’accorde, qui connurent les joies de forniquer sans vergogne.

Etienne Liebig répare cet oubli fondamental en nous proposant quelques bluettes mettant nos héros dans des positions sinon scabreuses, au moins particulièrement jouissives. Ainsi Arsène Lupin doit démêler une affaire dans laquelle le ministre de l’intérieur (de l’époque) est intimement partie prenante à son corps défendant. Ou plutôt sa femme car c’est bien d’elle qu’il s’agit, victime con-sentante, ou non d’un Arsène Lupin lubrique et farceur. Il est vrai qu’à la décharge de la jeune femme, son ministre de mari est plus souvent à l’extérieur qu’à l’intérieur, n’oublions pas qu’il est ministre du même nom, du foyer familial. Aussi lorsqu’une nuit elle pense que son mari daigne enfin s’occuper de son foyer intime elle ne déroge pas à son empressement. Mais quelle n’est point sa surprise quand son époux réfute lui avoir prodigué des hommages nocturnes. Hommages signés des initiales A.L. sur la partie intérieure de son arrière-train.

Joseph Rouletabille, le fameux et jeune journaliste est convoqué ainsi que quelques confrères pour découvrir le résultat d’un meurtre en chambre close. Le parfum qui subsiste dans la pièce le ramène quelques années en arrière, lorsqu’il fut recueilli par les mères souffrantes de la charité bienheureuse, une fragrance qui lui rappelle le parfum de la Chatte en noir.

Introduisons nous maintenant dans l’antre du détective britannique Sherlock Holmes lorsque celui-ci est con-vié par une demoiselle Ambergotthy à enquêter sur la disparition de l’héritier des Lonsdalle qui devait devenir son mari. Le lecteur appréciera la faculté déployée par Holmes à démontrer que la jeune fille, si elle désire préserver sa virginité n’en jouit pas moins des bienfaits d’un trompettiste roux capable de se servir de son instrument anatomique sans déflorer la drôlesse. Envers et contre tous.

Vidocq narre dans son langage argotique et fleuri les mésaventures funestes d’une jeune fille de la Haute qui aurait fauté par derrière, malgré les préceptes de la noblesse qui con-sidère que l’envers ne vaut pas l’endroit.

Juve, le policer, et Fandor, le journaliste, sont con-frontés au génie du mal, Fantômas qui ne manque pas de subterfuges et se montre toujours masqué, et couvert.

Enfin pénétrons dans l’univers d’Agatha Christie en suivant les pérégrinations de ses deux héros récurrents, Hercule Poirot et Miss Marple. Hercule qui avance sans l’ombre d’un doute à la recherche d’un jouet, un olisbos en ivoire pour se montrer précis, objet déposé dans le berceau d’une jeune fille alors qu’elle était toute jeunette et orpheline et qu’un malotru lui a dérobé. Miss Marple, suite à un pari osé avec sa sœur, découvrira que sous la soutane du pasteur de sa paroisse se dresse une fontaine de jouvence alors que la femme d’icelui n’est guère accueillante.

 

Thierry Liebig s’amuse véritablement dans ces historiettes qui ne manquent pas de saveur, tout en respectant le style mais en extrapolant, inventant des aventures amoureuses à ceux qui furent les héros de notre adolescence et qui le demeurent. Ce sont des hommes et des femmes qui ont bien le droit de goûter au plaisir de la chair, aux plaisirs devrais-je écrire, se prêtant avec bonheur à toutes les situations, par agrément ou par souci professionnel. Un ouvrage qui a du jus et pudibonds s’abstenir. Car les prises de positions de l’auteur permettent à ces personnages de s’exprimer, s’extérioriser, s’intérioriser en toute bonhommie, sans fausse pudeur, avec une joie et une jouissance communicatives.


Etienne LIEBIG : Le Parfum de la Chatte en noir et autres pastiches érotiques de romans policiers. Editions La Musardine. paru le 25 mars 2010. 224 pages. 8,50€.

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