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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 16:06

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Comme tout gamin, Michael Lanyard ne se souvient pas de ses premières années d’enfance. Juste qu’il a été amené dans un fiacre alors qu’il n’avait que quatre ou cinq ans dans un hôtel restaurant parisien, le Troyon, du nom de son propriétaire. D’origine anglaise, il ne parle que cette langue mais se mettra rapidement au français, conservant la faculté d’être bilingue. Il est d’abord hébergé dans une sorte de placard puis est relégué dans une petite pièce au grenier. Il répond au nom de Marcel et n’empruntera celui de Michel Lanyard sous les conseils avisés d’un client Irlandais, Bourke.

La nuit, Marcel parcourt les rues de la capitale, chipant à gauche et à droite pour pouvoir s’acheter des livres qu’il dévore. Bourke est un client régulier qui dépose sur sa table de nuit des pièces et Marcel se sert sans vergogne jusqu’au jour où Bourke le surprend. Le truand, car s’en est un, le prend sous son aisselle, lui fournit une identité et lui enseigne les rudiments du métier. Bourke décède et le Loup devenu Solitaire prend son envol, normal lorsqu’on est un rapace.

Lanyard, plus connu des services de police et de ses confrères sous le nom de Loup Solitaire, possède une couverture non mitée. C’est un collectionneur d’art reconnu, et la nuit, il se transforme en Arsène Lupin, une filiation qu’il revendique. Ayant réalisé deux beaux coups à Londres il débarque à Paris avec les bijoux de la richissime Madame Omber ainsi que des documents subtilisés à Ekstrom, lequel les avait lui-même dérobés à un ingénieur français qui avait conçu un appareil révolutionnaire dans le domaine de l’aviation.

A la descente du train en provenance de Londres il a la mauvaise surprise de se rendre compte qu’un agent de Scotland Yard du nom de Roddy et un homme de la préfecture de police reluquent les figures des passagers. Mais les deux hommes ne s’intéressent pas à lui, du moins ils ne paraissent pas l’apercevoir. Quoique possédant des cachettes dans la capitale, c’est sur une impulsion qu’il se rend en taxi à l’hôtel Troyon qui a changé de propriétaire. Or le premier individu qu’il aperçoit est le fameux Roddy. Une coïncidence, sans aucun doute. L’homme semble surtout surveiller une vieille connaissance, le comte Rémy de Morbihan qui est en train de manger en compagnie l’Américain Bannon et de sa fille Lucy.

Morbihan tout comme Bannon, sous des dehors respectables, sont deux malfrats et Lucy, Lanyard l’apprendra peu après dans des circonstances particulières, est en réalité infirmière et s’appelle Lucy Shannon. Mais les événements se précipitent. Le soir même il découvre Lucy dans sa chambre, et elle prétend être atteinte de somnambulisme. Lanyard est persuadé que quelqu’un a visité l’une de ses caches et il en a la preuve en découvrant une inscription sur un billet de banque adressé au Loup Solitaire. La Meute l’invite à participer à une réunion dans un lieu dit l’Abbaye de Thélème, un restaurant. Il s’y rend confiant et reconnait, malgré leurs masques, Morbihan, Popinot et Wertheimer, trois malfrats qui lui proposent une association. Seul lui est inconnu le quatrième homme. Naturellement Lanyard refuse, justifiant son surnom de Solitaire. De retour à l’hôtel il découvre Roddy assassiné tandis qu’un inconnu tente de le faire passer de vie à trépas.

Lanyard est obligé de fuir, de chercher une cachette, aidé en cela par Lucy dont les agissements sont pour le moins mystérieux. Une partie de cache-cache débute entre Lanyard et les membres de la Meute réunis en Syndicat des Bas-fonds. Il s’éprend de Lucy et apparemment il ne lui est pas indifférent mais elle est désire rester sur ses gardes. Les nombreuses tribulations de Lanyard influent sur sa façon de se conduire et il décide de devenir honnête. Mais y arrivera-t-il ? Pourra-t-il tenir sa promesse pour conquérir le cœur de Lucy ? Et qui est Lucy qui se conduit d’une façon énigmatique ?

Bien évidemment le lecteur ne pourra s’empêcher, et avec raison, de rapprocher le Loup Solitaire d’Arsène Lupin dont les trajectoires sont sensiblement équivalentes. Avec un charme désuet nous suivons les pérégrinations de cet homme, de ce voleur dandy qui est amené à louvoyer entre le Bien et le Mal, reprenant ses activités de voleur pour mieux se dédouaner, obligé de retrouver son habit de cambrioleur pour pouvoir s’innocenter.

Les tribulations de Lanyard l’amènent à voyager, le plus souvent en automobile, dans un Paris qui n’est plus vraiment celui que nous connaissons, avec l’évocation des anciennes fortifications par exemple. Il devient même à l’occasion chauffeur de taxi. Mais des scènes ne manquent pas de pittoresque, surtout lorsque Lanyard est obligé de prendre l’avion, un coucou, lui qui n’apprécie guère ce moyen de déplacement. Une ambiance rétro dont on sort attendri, comme lors d’une séance de cinéma à la vision d’un film en noir et blanc et parfois muet. D’ailleurs vingt-quatre adaptations cinématographiques ont été réalisées entre 1917 et 1949, c’est dire si ce héros attachant connut un véritable succès justifié et mérité.

Louis-Joseph Vance a écrit huit romans consacrés au Loup Solitaire et seulement cinq ont été traduits en France, dans la collection Le Masque. Il en manque donc trois à l’appel et si Jean-Daniel Brèque avait l’heureuse initiative de les proposer aux lecteurs français, nul doute qu’il y aurait des amateurs pour les lire. Un vœu pieux ?

 

 

Louis-Joseph VANCE : Le Loup solitaire (The Lone wolf – 1915. Traduit par Théo Varlet & Louis Postif. Première édition 1928, collection Le Masque N°13. Librairie des Champs Elysées). Collection Baskerville N° 12, éditions Rivière Blanche. 280 pages. 20,00€.

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 13:22

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Hamed Ben Bella, figure marquante de l’indépendance de l’Algérie aura passé plus de vingt ans de sa vie en prison.

Gérard Streiff, en journaliste consciencieux, relate la vie de cet homme profondément épris de justice, de liberté et d’amour de son pays, quoique fils d’émigrants marocains.

L’ouvrage débute sur une image insolite. Ahmed Ben Bella en footballeur. Carrière qu’il aurait pu continuer si la seconde guerre mondiale n’en avait pas décidé autrement. Grâce à Ben Bella, l’Olympique de Marseille gagne son match contre Antibes, match comptant pour le championnat de France et joué le 21 avril 1940. Ce sera le dernier match joué en championnat.

Né à Marnia en 1918, un 25 décembre, Ben Bella est un enfant assez précoce et ses résultats scolaires encourageants puisqu’il obtient son certificat d’études à douze ans. Mais pour des raisons administratives son père falsifie sa date de naissance, le vieillissant de deux ans. Il part au service militaire en 1937. Déjà le jeune Ben Bella était un enfant révolté et dans l’école qu’il intègre à Tlemcen, pour passer le brevet, il se rebelle à quatorze ans contre son maitre qui, protestant rigoriste, se moque de l’Islam. Il échoue au brevet ce qui ne l’empêche pas de faire une prépa militaire et il est intégré en 1937 au 141e régiment d’infanterie alpine qui est basé à Marseille. Il passe sergent et ses espoirs de footballeur s’évanouissent fin avril 1940. La vraie guerre vient de commencer.

Toujours l’esprit rebelle il n’accepte pas la discrimination qui règne dans le régiment. Alors il est muté dans un régiment de tirailleurs marocains, où il se sent plus à l’aise. De nombreuses péripéties émaillent ces années de guerre. De révolte contre certains supérieurs, de faits de guerre glorieux, notamment en Italie au Monte Cassino. Fin juin 1944 il est décoré de la médaille militaire, une distinction remise par le Général de Gaulle lui-même qui a fait le voyage.

Mais le 8 mai 1945, jour de la signature de l’Armistice, des émeutes éclatent à Sétif et Constantine. Des dizaines d’Européens sont tués et la répression ne se fait pas attendre. En représailles ce seront des milliers de morts que déplorera l’Algérie. Ce carnage signe l’engagement politique de Ben Bella qui adhère au MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) et malgré que les dés soient pipés, Ben Bella est élu en 1947 comme conseiller municipal de Marnia.

Le MTLD tergiverse et certains, des jeunes principalement, trouvent que ce parti est trop mou. Une OS, Organisation Spéciale, est créée et Ben Bella est nommé à sa tête. Les fonds manquent et le meilleur moyen de s’en procurer est d’en prendre là où il y en a. Un hold-up est organisé contre la Poste d’Oran, et en mars 1950 Ben Bella est arrêté. Il écope de huit ans de prison mais il parvient à s’évader. Muni de faux papiers, il regagne Marseille puis Paris au début des années 50. En 1954 est créé le Comité révolutionnaire d’unité et d’action et Ben Bella est nommé à sa tête en compagnie de huit autres membres. En octobre 1954, le groupe qui a pris le nom de FLN, Front de libération nationale, réuni en Suisse, décide l’insurrection et le 1er novembre 1954, la guerre d’Algérie débute avec au départ peu d’armes. Ce soulèvement prendra des proportions que les plus anciens connaissent et ont parfois vécues.

Ben Bella est véritablement la figure marquante de la libération de l’Algérie, de son indépendance, mais de loin, car emprisonné. On pourrait le comparer à Toussaint Louverture, figure historique des mouvements anticolonialistes et abolitionniste d’Haïti, œuvrant pour l’émancipation des Noirs.

Si ce livre, écrit avec simplicité et clarté, sans parti pris, avec impartialité, par Gérard Streiff est destiné aux préadolescents, théoriquement, mais les adultes peuvent pour ne pas écrire doivent le lire car si tout un chacun connait le nom de Ben Bella, attaché à la signature des accords d’Evian, peu connaissent la carrière de l’homme, son engagement politique, ses convictions, les transformations envisagées et pour certaines réussies lors de son court mandat présidentiel.

guerre-algerie.jpgEn complément à cet ouvrage, une chronologie : l’Algérie de la colonisation à l’indépendance ; une filmographie et un entretien avec l’auteur. Il est à noter que, et c’est signalé dans l’ouvrage, qu’Alexandre Dumas, en 1846 avait écrit une nouvelle, Arabes et Français, dans laquelle il dénonçait la colonisation, le premier texte anticolonialiste de la littérature française. De même, Boris Vian avait composé en 1954 pour la guerre d’Indochine la chanson Le déserteur et publiée dans le douloureux contexte de la guerre d’Algérie. Elle sera censurée jusqu’en 1962.

Dans la même collection et sur la même thématique, Gérard Streiff a signé : La guerre d’Algérie ; Discours et textes officiels. Un complément indispensable pour se remémorer ou mieux connaître des événements qui ont marqué durablement les esprits, avec souvent des rancœurs de part et d’autre, toujours fermement ancrés dans les consciences.


Du même auteur : Le trésor de Staline et dans la même collection : L'espion qui a vaincu Hitler, Richard Sorge.


Gérard STREIFF : Ben Bella et la libération de l’Algérie. Collection Histoire & Société. Editions Oskar. De 12 à 112 ans. Novembre 2011. 96 pages. 9,95€.

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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 09:19

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D’après une info repérée dans le quotidien britannique The Telegraph et relayée par Ouest-France du 3-4 août 2013, il y aurait plus de probabilité que les couche-tard développent un comportement narcissique, machiavélique et psychopathique. Un point commun partagé par Hitler et Staline. Or serait-ce à cause de cette propension à veiller le soir que Staline n’a pas voulu croire les informations que lui a délivrées Richard Sorge, alors en poste à Tokyo ?

Né d’un père allemand et d’une mère russe, Richard Sorge nait en Azerbaïdjan. En effet son père est ingénieur dans le pétrole et travaille dans la région de Bakou, non loin de la frontière iranienne. La famille revient en Allemagne peu avant le déclenchement de la première guerre mondiale. Richard Sorge possède donc la double nationalité allemande et russe mais il combat dans l’armée allemande au début du conflit, alors qu’il est trop jeune pour être incorporé. Il est blessé trois fois, séjourne trois fois à l’hôpital. Il rencontre une infirmière qui est profondément pacifiste et socialiste et sa vison sur la guerre change du tout au tout. Il participe à ces mouvements tandis qu’en Russie c’est la fameuse révolution d’octobre. De socialiste il devient communiste et côtoie l’Internationale Communiste dont le siège est à Berlin. Il choisi son camp et intègre les services secrets russes. Il quitte l’Allemagne pour la Russie et suit l’école d’espionnage. Il est envoyé d’abord en Allemagne avec une couverture de journaliste puis en Asie, la Chine en premier lieu puis le Japon. Il possède une couverture de journaliste allemand mais travaille pour les Russes.

C’est à Tokyo qu’on fait sa connaissance dans ce roman. Il est devenu le secrétaire de l’ambassadeur allemand et recueille auprès de ses nombreux contacts, ses fourmis comme il les appelle, de nombreuses informations que son ami Max Klausen transmet par radio à Borzine qui est en poste à Vladivostok. Lors d’une réception il apprend qu’Hitler, qui pourtant avait signé un pacte de non-agression avec Staline, a décidé d’envahir la Russie. Seulement Staline, trop imbu de lui-même, et peut-être naïf, croyant que le pacte le protégerait, lui envoie une fin de non recevoir. Pour lui, il s’agit d’une information tronquée. Sorge est fou de rage, et continue de transmettre les infos à Moscou, avec précision. Et à la date prévue, la Russie est envahie, et malgré ses avertissements, l’armée soviétique n’est pas prête. Les hommes et le matériel sera rapatriés en urgence du fin fond de la Sibérie jusque sur les lieux des combats. L’on sait comment cet affrontement se termine, dans des bains de sang, avec des millions de morts à comptabiliser.

Ce livre, relatant ces événements qui se situent entre avril 1941 et novembre 1944, est complété par un dossier comprenant une description du groupe Ramsay, le petit réseau de Richard Sorge, des extraits des mémoires de l’espion russe, et un entretien avec Gérard Streiff, l’auteur.

Si tout le monde a entendu parler de Richard Sorge, combien connaissent véritablement son histoire et l’influence qu’il eut sur le déroulement du front russe, qui d’ailleurs aurait été moindre si Moscou l’avait écouté. D’autres informations sont parvenues à Staline qui en a tenu plus ou moins compte. Mais Sorge a été abandonné par les siens et il ne fut reconnu par l’URSS qu’en 1964, onze ans après la mort de Staline, lequel n’a jamais voulu reconnaître ses erreurs et ses défaillances.


Gérard STREIFF : L’espion qui a vaincu Hitler : Richard Sorge. Collection Histoire & Société. Editions Oskar. De 12 à 112 ans. 112 pages. 9,95€.

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 07:55

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1967. Un an avant mai 68 et sa révolution estudiantine et prolétarienne. Révolution qui ne secoue pas uniquement la France mais d’autres pays européens et également certains campus des Etats-Unis.

1967. Deux ans avant cette fameuse année érotique chère à Serge Gainsbourg. Le début du déferlement d’ouvertures de sex-shops, de la parution de livres, symbiose de l’érotisme et du pornographique, du tournage de films audacieux préparant l’arrivée sur le marché de films dits classés X, du déclin de la censure (en ce qui concerne les choses du sexe) et du bouleversement radical dans les mœurs.

1967. L’espoir pour l’ouvrier de l’utopique louche de caviar dans sa gamelle, en quête d’une ascension sociale, alors que le bourgeois s’encanaille en fumant des Gauloises trop fortes pour ses petites bronches.

L’Angleterre se trouve plongée en pleine crise d’adolescence, de croissance. La pudique Albion retrousse ses jupes et donne une bouffée d’air frais à des dessous mités. Lydia, héroïne pervertie, névrosée et schizophrène, elle l’avoue, a trouvé le joint : lorsque sa mère lui coupe les vivres vestimentaires, elle se déloque et pose pour des photos d’art (doux euphémisme) en compagnie de dockers membrus et frustres. Si seulement elle y trouvait son plaisir. Que nenni ! Ces séances la laissent irritée ! Elle est envahie du dégoût d’elle-même et de la société en particulier.

Un qui n’apprécie guère ces séances photographiques et rémunératrices, quoique, c’est John Odion, millionnaire en quête d’amour charnel et sentimental, tandis que les deux cousins de la Belle hébétée se frottent les mains, principalement Viper, eux qui commercent dans le graveleux authentique et le sado-maso libidineux et sénile.

Pour la mère de Lydia, Lady Quench, qui améliore son ordinaire en organisant des visites dominicales du domaine familial à des touristes balisés, c’est dur d’avoir élevé des enfants d’une telle engeance. Alors que Lydia vend ses charmes, ou ce qu’il en reste, sa sœur Béatrice milite au Parti Communiste. Shocking !

vices-prives.jpgLes autres personnages qui gravitent dans ce roman, Mendip le cousin associé de Viper et homosexuel, Farlock, tout le contraire du valet inspiré du personnage de Wodehouse l’inimitable Jeeves, qui se conduit en domestique exécrable et ivrogne, ou encore sir Andrew, légume cloué dans son fauteuil, plus raide et moins pensant que le roseau, et autres personnages imbus d’eux-mêmes, pourris de l’intérieur et à l’extérieur guère plus avenant, tous ces personnages semblent sortir d’une galerie de monstres.

Des monstres pas forcément physiquement, mais mentalement sûrement.


Peinture au vitriol d’une certaine catégorie de Britanniques, d’une société en pleine décadence, Vice privés, vertus publiques montre les lézardes dans l’édifice puritain au cours des années 60. Mais de cette dégradation morale ne jaillit pas le rayon de soleil régénérateur. C’est la purulence qui suinte. Le personnage de Lydia focalise tout l’avilissement et le désespoir qui tenaillent les jeunes héritiers en mal de vivre. Les autres ne vivent pas, ils survivent.

Bizarrement, ce roman, noir, est une bouffée de fraîcheur surtout après avoir lu J’étais Dora Suarez.


A lire également du même auteur : Bombe surprise.


 Robin COOK : Vices privés, vertus publiques (Private places and public places – 1967. Traduction de Jean-Paul Gratias). Editions du Terrain vague. 1990. Réédition Rivages Noir N°166. Octobre 1993. 254 pages. 7,65€.

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 14:20

Les sept cavaliers de l’Apocalypse entourés de leurs mentors ont frappé !

 

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L’apocalypse, qui à l’origine signifiait révélation ou dévoilement, a pris au fil des siècles une connotation de catastrophe rapide et violente. C’est donc ce contexte que les responsables du concours ImaJn’ère ont incité les participants à un concours de nouvelles à développer. Et tous ont pris à leur compte une vision basée sur des faits réels, ou par le biais de la politique-fiction ont décrits des événements qui pourraient nous tomber sur le râble un jour.

Les sept gagnants dont certains ne sont pas à leur coup d’essai délivrent par leurs textes un message qui n’est guère à l’honneur, la plupart du temps, des dirigeants gouvernementaux.

Et le petit train qu’ils composent en autant de wagons brinquebalant sur des rails de l’incertitude est entraîné par une locomotive habituée à conduire les voyageurs-lecteurs dans des chemins escarpés. Jean-Bernard Pouy, puisque c’est de lui dont il s’agit, s’est posé la question de savoir dans Scato intégriste comment pourrait évoluer la société si l’Eglise catholique, qui déjà se montre homophobe, lançait une croisade tout en défendant le mariage.

Avec Le goût amer des empanadas, Julien Heylbroeck, qui a déjà fourni quelques nouvelles dans des anthologies publiées par Rivière Blanche, reviens sur trois journées décisives dans l’histoire du Chili. Le 9 septembre 1973, l’inspecteur Caballero ainsi que son adjoint Casares sont amenés à enquêter sur le meurtre de Junio Vidal, le grand patron d’une entreprise de transport. Les camionneurs sont en grève, la veuve est éplorée et mondaine, et l’armée s’agite. La junte militaire s’apprête à renverser le président chilien.

Les oubliés de Vincent Herbillon s’inscrit dans l’après-cataclysme apocalyptique, dans un pays non défini mais qui affecte toute la planète. Et les Oubliés sont tous ceux qui sont rejetés, parqués, recherchant une maigre nourriture parmi les détritus. Ils sont surveillés par des miliciens qui n’hésitent pas à tirer sur ceux qui veulent fuir leur condition. Les gros, les hommes politiques, les financiers jouissent quant à eux d’une aisance obscène.

Jilali Hamham avec 93 panthers imagine une révolte des habitants d’origine arabe de la banlieue parisienne et plus précisément les habitants du 9.3. Houriad Jawad, la Marianne au keffieh comme elle a été surnommée, et ses trois compagnons remontent une avenue proche des Champs Elysées à bord d’un fourgon. Elle est communication avec d’autres véhicules qui ont quitté le département de la Seine Saint-Denis, exacerbés par l’ostracisme qui y règne. Ils ont mitonné un feu d’artifice à leur manière et essaient de ne pas se faire remarquer par les motards de la police qui sillonnent l’avenue.

Emeute  d’Eric Lainé extrapole sur l’explosion de haine qui s’est déclarée dans des quartiers parisiens suite à un banal fait divers comme il en arrive parfois. Une voiture volée, une course poursuite avec un véhicule de la Bac, des policiers qui ne se maitrisent pas et un coup de feu tiré en l’air atteignant un gamin jouant sur une terrasse d’un quatrième étage. L’engrenage de la violence et des habitants se prennent pour des résistants, devenant des miliciens presque pour le plaisir, se croyant dans un jeu de rôle.

Yuri, crâne rasé et couturé de cicatrices, le personnage principal de Extrasystole, de Jérôme Verschueren, est l’homme de main de Paul, un homme secret, riche, le dirigeant d’une société de clearing. Yuri a des problèmes de cœur, pourtant il a toujours vécu sainement, même en tôle  : vodka bio, à profusion. Ce jour-là, 21 décembre 2012, il sait qu’il n’a plus que quelques heures à vivre, mais auparavant il faut qu’il termine un boulot.

Samedi 12 décembre a également inspiré Jean-Hugues Villacampa, l’instigateur de ce concours, dans Samedi noir. Des policiers en armure et des membres d’un Service d’ordre anar s’affrontent boulevard Voltaire à Paris. Le chômage vient de dépasser les cinq millions de personnes et encore tout le monde n’est pas compté. Des familles entières sont jetées à la rue. Dans ce contexte Arnaud est au four et au moulin, et ce n’est pas de la galette.

On se revoit à la Saint-Truphème propose Robert Darvel, le créateur des éditions du Carnoplaste. Trois meurtriers, les assassins de la malheureuse Gabrielle deRhuys, ont un problème. Que faire du corps ? Ils entreprennent de le découper en trois et chacun de leur côté d’en emmener un morceau, et de s’en débarrasser, selon leur inspiration. Et de revoir à la Saint-Truphème pour échanger leur façon de procéder.

Nouvelle qui vous rappellera sans aucun doute votre enfance, Tir aux pigeons de Dominique Delahaye. Gamin, Jean-Pierre a reçu en étrennes un tir aux pigeons, un mobile sur lequel sont juchés des volatiles en carton et qu’il faut abattre d’une flèche munie d’une ventouse. Son copain Philippe était très fort à ce jeu-là tandis que Jean-Pierre peinait. C’était dans une ville où les hauts-fourneaux ne chômaient pas. Pas encore. Bien des années plus tard, les hauts-fourneaux s’éteignent et Jean-Pierre a entrepris de réaliser une action d’éclat.

 

Le thème récurrent est bien la rébellion, l’émeute, l’insurrection, menées par des factions intégristes, par des rejetés de la société, des bandes organisées ou des particuliers. Ce qui se traduit soit par des actes isolés soit par des opérations mûrement réfléchies qui entrainent des faits divers qui pourraient passer inaperçus ou mettent la société en danger.

Chaque auteur a développé selon son inspiration, son envie, sa vision d’un monde en déliquescence, ce thème qui était l’objet d’un concours de nouvelles lancé par l’association ImaJn’ère. Le sujet retenu était plus précisément : Apocalypse sociétale : Notre société n’a jamais attendu les prévisions apocalyptiques des fins-du-mondistes de tout poil pour concocter les pires atteintes aux droits fondamentaux de l’Homme et l’imagination diabolique des hommes de pouvoir surprend chaque jour un peu plus le commun des mortels. La notion d’apocalypse ou de fin du monde se décline sous les formes les plus divers selon sa propre perception du cataclysme ultime.

Et vraiment les auteurs s’en sont donné à cœur joie pour imaginer ce qui pour eux est le symbole du cataclysme, de l’apocalypse. Souvent dans un déchaînement de violence, parfois avec un humour noir très prononcé, ils se sont dépatouillés avec brio de ce qui n’était pas au départ un thème évident, et surtout ils ont su le renouveler.

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L’association ImaJn’ère sous la houlette de Jean-Hugues Villacampa édite également deux fanzines, La Tête en l’ére et La Tête en rêve, que vous pouvez télécharger en visitant le site de PhénomèneJ,  une bouquinerie basée à Angers et qui édite également le plus vieux fanzine français La Tête en Noir dirigé de main de maître par Jean-Paul Guéry, le préfacier de l’ouvrage et son petit frère La Tête en Rose dont l’unique rédacteur est Michel Amelin. ou celui de ImaJn'ère.


Contact par courrier à Phénomène J : 3 rue Montault ; 49100 Angers.


Total Chaos : Recueil collectif. Editions ImaJn’ére. 192 pages. 14,00€.

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 15:35

Pour quelques accords de plus !

 

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Abandonnant (provisoirement ?) Tonton et ses sbires, les Marx Brothers de la littérature, les Charlots du roman policier, Samuel Sutra nous invite à plonger dans un univers qu’il connait bien : le jazz. Et comme il professe une même passion envers la musique que l’écriture, comme il y barbote avec un plaisir non coupable, nous suivons son nouvel opus avec un intérêt non dissimulé. Car Kind of Black, dont le titre est un clin d’œil à Miles Davis et son Kind of Blue, personnifie le genre de roman dont on attend avec impatience le mot FIN et dont on aimerait, paradoxalement, qu’il dure le plus longtemps possible.

Pour Stan Meursault, pianiste de jazz émérite et reconnu, c’est un grand jour. Ou plutôt ce sera une grande nuit. Sarah Davis va se produire pour un concert unique au Night Tavern, le renommé club de jazz où il joue chaque soir. Sarah Davis, c’est l’étoile accrochée au firmament du jazz, la nouvelle Billie Holiday, qui était partie aux USA pour faire carrière et qui n’était pas revenue depuis. Et cette fin de journée va se dérouler en toute tranquillité car un de ses élèves a fait défection. Car on peut être un musicien de jazz virtuose et donner des cours pour assurer sa subsistance et payer son loyer.

Au Night Tavern, Stan retrouve avec appréhension Sarah, qui n’a pas changé, peut-être embellie même. Elle est accompagnée de Baker son agent, et sous entendu son compagnon. Et tandis que Baker règle les derniers détails au bar, c’est le problème avec les imprésarios il y a toujours un tas de papiers à signer même pour un concert donné pour la gloire. Stan a obtenu le privilège de pouvoir enregistrer, grâce à un magnétophone astucieusement dissimulé, ce concert à des fins d’exploitation. Stan retrouve Sarah dans sa loge et ils ont beaucoup de choses à se dire, mais il y a comme un blocage. Que se raconter qu’on ne sait déjà après dix ans de séparation ?

Il s’installe sur scène avec comme accompagnateur un contrebassiste et un batteur, deux jeunes pétris de talent et la soirée risque d’être mémorable. Et elle l’est effectivement, mais pas dans le sens où les spectateurs l’entendent.

Stan entame de ses doigts déliés et papillonnant sur le clavier le morceau destiné à introduire (musicalement et sur scène) Sarah, mais point d’apparition. Alors il effectue son annonce au micro, mais toujours point de Sarah. Sarah qui ne risque plus de quitter sa loge, un poignard l’a envoyé au pays déjà encombré des jazzwomen.

Jacques est en vacances, en récupération, mais son patron ayant besoin de lui, il saute vite fait dans ses habits et arrive au Night Tavern sans perdre de temps. Jacques est policier, célibataire, et les vacances c’est pas vraiment son truc. Ce n’est pas tant parce que Jacques est meilleur que les autres que son patron fait appel à lui, mais bien parce qu’il est coincé. Il n’a personne d’autre sous la main, d’ailleurs Jacques n’aura qu’à prendre les premières dépositions, humer l’atmosphère, laisser travailler la scientifique, puis ce sera au tour de son collègue Blay, qui pour l’heure est injoignable, de prendre la relève. Jacques est fou de jazz, ce qui serait déjà une motivation pour empoigner au débotté le boulot.

Au Night Tavern, Franck, son patron l’accueille soulagé. Jacques interroge les présents, c'est-à-dire Victor March, le patron de la boîte, Marianne, la serveuse, une superbe rousse à la quarantaine resplendissante, le technicien du son, les musiciens et Stan Meursault. Stan qu’il connait de réputation et c’est comme s’il approchait une idole. D’ailleurs il plaque quelques notes sur le piano, encouragé par Stan, mais il faut bien l’avouer, Jacques n’est qu’un amateur. Il a appris la musique, joué en dilettante, mais n’a jamais vraiment été jusqu’au bout de ses envies. Un honnête tapeur de touches. D’ailleurs Stan veut bien lui donner quelques cours. Mais le regard de Jacques est aussi attiré par la présence de Lisa, de la police scientifique. Il ressent quelque chose pour ce bout de femme, même s’il ne veut pas se l’avouer. Il faudrait interroger aussi Baker, l’imprésario. Mais celui-ci manque à l’appel. Il est reparti pour les USA aussitôt les papiers signés. Un départ précipité, une fuite ?

La soirée avait attiré beaucoup de monde, mais la cave ne pouvait contenir autant de spectateurs, et la plupart ont suivi les prémices du concert par retransmission interposée. Jacques demande à visionner les bandes vidéo, et quelque chose lui attire l’œil, fugacement. Quoi il ne saurait dire, alors même si le lendemain Blay prend la relève, Jacques tire un trait sur ces congés et va enquêter en parallèle avec la bénédiction de Franck, son patron. Et entre Jacques et Stan s’amorce une ébauche d’amitié, une complicité musicale.

Le lecteur habitué à ce genre de roman de suspense se doutera assez rapidement de l’identité du ou de la coupable, et de l’épilogue, mais ce petit travail des cellules grises est rapidement mis de côté. Car ce qui importe, c’est la bande-son qui imprègne l’ouvrage. Comme si le lecteur lisait tout en écoutant un enregistrement d’Oscar Peterson par exemple.

Samuel ne se gargarise pas d’un jargon spécifique, celui employé avec emphase par des chroniqueurs spécialisés et qui pensent qu’en utilisant des termes abstrus ils vont conquérir de nouveaux adeptes, ou qui veulent démontrer que ce sont des connaisseurs éclairés et que le quidam, qui tente de s’intéresser à leur prose, ne leur arrive pas à la cheville en rédigeant des papiers rebutants. Samuel Sutra reste simple, en véritable amoureux du jazz qui sait que le meilleur moyen de prouver cet attachement est de se mettre à la portée (eh oui) de son interlocuteur. Ce qui ne l’empêche pas parfois d’envoyer de petites piques envers des pratiques que tous les gamins dont les parents aimeraient les voir jouer d’un instrument ont eu à subir.

Deux ans de solfège au forceps, et du classique dans la foulée. Pour le jazz, faut attendre. Deux ans de solfège avant de toucher un instrument ! ça a suffi à dégouter des générations entières de gamins, qui auraient pu être des virtuoses si on les avait laissés tripoter un instrument. On dit « jouer » de la musique, mais en France, on ne l’a pas compris. On torture avant. C’est un peu comme si, dès la maternelle, on obligeait les gamins à apprendre la grammaire avant de les autoriser à parler.

Un peu de désabusement aussi dans son propos. Jacques se rend chez un disquaire afin de se procurer des enregistrements de Sarah Davis. Le vendeur lui fait remarquer que c’était avant qu’il fallait les acheter, maintenant c’est un peu tard. Et les radios ne sont pas en reste, qui découvrent qu’une excellente chanteuse de jazz se nommait Sarah Davis.

Quant au jazz en lui-même, il semble que c’est un domaine réservé, non pas à une élite, mais bien à des amoureux, et que ce n’est pas de la musique préfabriquée.

Le jazz. C’est une musique peuplée de morts. On vit à une époque où le plus gros vendeur de disques est un DJ, où ceux qui font les plus grosses carrières chantent en play-back des titres qu’ils n’ont pas écrits et dont ils ne comprennent même pas le sens. Moi, mon univers, il est peuplé de gars qui ont vécu dans la misère et dont on n’a découvert le nom souvent qu’après leur mort. C’est presqu’un univers posthume. Ainsi parle Stan !


Avec ce roman Samuel Sutra franchit quelques marches de plus vers les étages supérieurs.

 

Du même auteur :  Le pire du milieu;  Les particules et les menteurs;  La femme à la mort.

 

 

Samuel SUTRA : Kind of Black. Collection Lecture confort. Editions Terriciaë. 250 pages. 16,00€.

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 14:36

A la ville comme à la campagne… attention à Lamarche !

 

lamarche


Quoi qu’en pensent certains, les villes ne sont composées que de petits villages, où tout le monde se connait, s’estime, se fréquente ou s’évite soigneusement. Les amours y naissent mais les drames éclosent.

Impasse du Paradis, drôle de nom pour ce qui est un enfer vécu au quotidien par les habitants et ceux qui l’empruntent.

Dans cette impasse gîte un café, Chez Camille, fréquenté par les habitués. Une ambiance feutrée, vieillotte, désuète, dans laquelle l’odeur de la vinasse et de la bière aigre se mêle à celle du chien mouillé. Les flippers et la télé toujours allumée alimentent un brouhaha discret. Discret, comme les patrons, des gens aimables au sourire accroché en permanence.

A une fenêtre de l’étage, une gamine qui regarde à longueur de journées à travers les carreaux sales. Pour ce que l’on peut en voir elle est habillée de guenilles. Elle est maigre et pâle. Patrick, un consommateur qui prend le fond de ses verres pour une boule cristal, est plus obnubilé par Pôle Emploi que par cette silhouette figée.

Mona qui arpente le trottoir, plaçant dans son soutien-gorge les billets froissés des clients, a elle aussi remarqué l’enfant. De même que Maria Conception, la bignole qui sort les poubelles, ou encore Jimi qui joue au découpage de bras avec une seringue, comme les gamins qui plantaient des aiguilles autour d’un dessin pour le découper. Jusqu’au jour où la gamine ne se tient plus à la fenêtre. Mais on retrouve Patrick qui a le droit de garder son gosse de temps en temps et lui offre les manèges, beaucoup de tours, des friandises et tout ce que le gamin désire malgré qu’il ne touche que le RSA (revenu sévèrement anémié).

Il y a aussi Monsieur Jo, et Marianna, qui était toujours gaie, chantonnant en préparant la popote. A côté, sur le même étage du sixième, Louis, qui rêvasse, se remémorant le bon temps lorsqu’il taquinait le goujon dans la Charmette chez son grand-père. Et la Charmette, ce petit ruisseau il en aurait bien besoin, l’incendie embrasant l’étage. Et Momo, qui lorsqu’il croise Jimi affalé dans l’impasse ne prend pas la peine de l’aider, croyant que le pauvre bougre a bu plus que de raison, plus que de raisin. De toute façon Momo, il pense à son chien qu’il a retrouvé les quatre pattes en l’air. C’est pas du jeu. María Conception, pour boucler les fins de mois qui sont toujours difficiles nettoie les toilettes de la gare. Un petit boulot à mi-temps. Et on en trouve de drôles de choses dans les toilettes. D’ailleurs ce n’est même pas drôle. Surtout la découverte d’un sac plastique. Un grzand coup de balai.

A Lusigny les Charmette, on pourrait croire que tout est simple ; le grand air c’est bon pour la santé. Et pour le moral. Mais non, il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Tiens, lorsque le fils rentre après des années d’absence, ce n’est pas forcément le retour de l’enfant prodigue.

Comme dans tous les petits villages, et les grandes villes, le point de rendez-vous, c’est le café. Par exemple pour Jean-Robert, le châtelain, qui peut s’encanailler à l’abri des regards courroucés de sa femme. Gégé et Francis épluchent le journal, plus particulièrement les petites annonces. Ce n’est pas que Francis a besoin d’un nouveau tracteur ou de pièces détachées, non, il recherche une compagne. La femme au foyer. Parce que Labour est dans le blé, c’est bien gentil mais faut s’inscrire et avoir un minimum de présence. Etre un vrai gai-luron ou un misogyne invétéré. Et puis ils sont sélectionnés comme les bestiaux à un comice agricole dans l’émission. Alors lorsqu’ils lisent : Je suis belle et j’adore m’amuser… nul doute que la perle rare est là entre les lignes.

Tandis que celui-ci s’abreuve copieusement, nonchalamment allongé sur une méridienne, la femme de Jean-Robert s’exerce au ball-trap. Malheureusement elle ne touche jamais sa cible, au grand amusement de Jean-Robert qui ne ménage pas ses railleries. Ceci se passe au grand air, mais dans les maisons du village, les petites méchancetés ordinaires vont bon train. Trois femmes mangent en silence, la pitance déposée dans des assiettes dont l’image du fond figure trois citrons sur fond bleu. Et la nourriture a vraiment un goût acide, car le père n’est pas là.

Derrière ses carreaux, la vieille regarde le temps passer, ses voisins se disputer, et rumine quelques petits meurtres, pour le plaisir, car même si on est âgée, y’a des moments où tout énerve. Par exemple les deux hommes qui se battent pour une histoire de chat perdu, ou empoisonné, allez savoir. Mais les adultes ne sont pas les seuls à vouloir changer le monde. Les enfants aussi. Par exemple Tante Amélie qui se remémore sa jeunesse, lorsqu’elle faisait du cheval sur la statue érigée dans un angle de la cour de l’école. Un ange c’était, elle s’en souvient bien. Et puis les autres, les vrais enfants, ceux qui prennent le car et tarabustent Michel, le conducteur.

Des scènes de la vie quotidienne, de petits faits-divers inspirés de la réalité, retranscrits comme de nombreux épisodes d’un feuilleton parfois macabre, chaque événement possédant ses propres protagonistes qui parfois s’échappent et vont voir si dans un autre épisode, ce ne serait pas mieux. Des tranches de vie d’où s’exhale l’humour noir, celui sans lequel la vie ne vaudrait pas d’être vécue. La mort rôde en permanence, attendant ses prochaines victimes, comme l’eau qui dort qui ne souhaite qu’une chose, une offrande juvénile.

Léo Lamarche œuvre dans l’intimisme, dans le minimalisme. Elle peaufine ses textes et souvent l’épilogue est terrible. Plus dure sera la chute ! Léo Lamarche n’encombre pas les étals des libraires. Elle est rare, et comme tout ce qui est rare, elle est précieuse.


Lire également de Léo Lamarche : Macadam blues


Léo LAMARCHE : Nous sommes tous des assassins. Nouvelles. Collection l’Atelier. Editions Souffle court. 142 pages. 7,90€.

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 07:51

visage


Être placée dans une institution en Suisse, même si c’est pour son bien, pèse pour Anne qui s’ennuie. Elle s’enfuit et rejoint sa mère à Cannes. Jessica fait contre mauvaise fortune bon cœur, ce qui est une façon de s’exprimer car elle possède une immense fortune héritée de son premier mari, le père d’Anne. Il était le propriétaire d’un laboratoire de parfumerie et produits divers de maquillage dont a héritée Jessica, mais est décédée dix ans auparavant. D’ailleurs entre son père et Anne, il n’y avait guère d’affinités.

Et puis Julien, son beau-père, déclare au contraire qu’Anne a bien fait de venir les retrouver. Il est vrai qu’Anne s’entend mieux avec Julien qu’avec Jessica sa mère.

Oui, quand j’écris s’entend bien, c’est à prendre au figuré car Anne est sourde et muette, et elle tient dans sa main en permanence un tableau ou un bloc de papier, ce qui lui permet de converser plus facilement, même si elle sait lire sur les lèvres.

Amado, un jeune dragueur, aborde Anne qui est amusée par la tête du jeune homme lorsqu’elle lui apprend son handicap. Mais Anne, si elle n’a pas encore connu le loup, comme il était écrit dans les bons vieux romans à l’eau de rose, n’est pas pimbêche pour autant et ils deviennent rapidement amis. D’autant qu’elle lui offre quelques billets, car Amado est fauché.

Julien est musicien, pianiste, auteur-compositeur. Pour l’heure il n’est pas encore très connu, mais cela ne saurait tarder. Corinne, une jeune chanteuse qui se produit à Cannes interprète quelques-unes de ses chansons. Ce n’est pas encore la gloire mais qui sait. Jessica connait quelques personnes influentes dans le milieu musical et elle lui arrange un rendez-vous avec un producteur télé qui éventuellement pourrait recourir à ses services pour la bande annonce d’une série. Seulement Jessica est jalouse et elle soupçonne qu’entre Corinne et Julien, ils ne se contentent pas d’échanger des partitions et qu’ils sont sur la même longueur d’onde. Elle n’a pas tort.

D’ailleurs Anne non plus n’est pas dupe et elle demande à Amado de surveiller Julien et Corinne, puisqu’il peut se déplacer rapidement et incognito avec sa moto. Et elle a rapidement conformation de ses soupçons.

Julien se rend à Paris afin de rencontrer le producteur conseillé par Jessica et retrouve par hasard un ami avec lequel il a effectué son service militaire en Algérie. Pendant ce temps Jessica se renseigne sur Corinne et une soirée est prévue.

Avec peu de personnages, Jean-Pierre Ferrière monte une intrigue savamment agencée et si le lecteur pense connaître la solution finale, s’il croit anticiper les événements en imaginant tel ou tel épilogue, il se trompe. Car tout l’art de Jean-Pierre Ferrière est de savoir faire monter la pression, le suspense, et en maître machiavélique il dirige à sa guise ses différents protagonistes, y compris le lecteur. Le thème de la femme fortunée remariée avec un homme plus jeune qu’elle, ne possédant pas un fifrelin, et attiré par une jolie jeunette, est un thème que l’on pourrait penser éculé. Le théâtre de boulevard et les vaudevilles l’ont largement exploité et pourtant tout n’a pas encore été exploré.

Jean-Pierre Ferrière se complait à décrire les relations Homme-femme (vous mettez le pluriel où vous voulez), et en peu de mots il croque psychologiquement ses créatures avec justesse et finesse. Point n’est besoin de longs paragraphes ennuyeux, en quelques lignes tout est décrit. Avec simplicité, fluidité et limpidité.

Ce roman se déroule au début des années soixante, ce qui lui apporte une saveur particulière. Les prolétaires roulent en 2CV ou en Dauphine, et ils découvrent des musiques nouvelles dont le jerk.


Jean-Pierre FERRIERE : Ma mort aura ton visage. Collection Rose Noir. Editions Campanile. 160 pages. 6,90€.

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 07:46

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Le 3 septembre 1939 marque un tournant dans la vie de Pierre, six ans, et sa sœur Joséphine qui elle est âgée de douze ans. Ils ne le savent pas encore mais leurs parents en sont conscients. La France et l’Angleterre viennent de déclarer la guerre à l’Allemagne qui vient d’envahir la Pologne. Quelques mois s’écoulent avant que la soldatesque allemande déferle et investi le port du Havre.

Les mois, les années passent. Le père de Pierre et de Joséphine, qui travaille à la centrale électrique décède dans un accident sur son lieu de travail. Les Havrais connaissent les privations et leur mère a bien du mal à leur trouver la nourriture nécessaire à leur survie. Les bombardements pilonnent la population et les blessés sont nombreux. Le pire est à venir.

En septembre 1944 l’avancée des Alliés se précise et l’aviation britannique pilonne la cité portuaire. Joséphine s’est engagée dans les équipes nationales et aide avec les autres volontaires les démunis, les sans abris, les victimes. Avec sa mère Pierre se réfugie dans le tunnel Jenner qui doit relier la ville basse au plateau. Mais ce n’est qu’un cul de sac car les travaux entamés en 1939 ne sont pas terminés. Les galeries s’effondrent et Pierre est l’un des rares survivants à être recensés. Sa mère sera retrouvée plus tard, morte, écrasée par l’éboulement. Mais Pierre ne l’apprendra qu’au bout de quelques jours.

Il recherche sa sœur qui en compagnie de ses camarades est réfugiée au Guillaume Tell, célèbre café du centre ville. L’édifice a été bombardé, pourtant elle essaie de retrouver des survivants. Elle aussi sera prise sous les décombres de l’incendie qui s’est déclaré et Pierre sera définitivement orphelin. Tandis qu’il s’inquiète pour sa mère et sa sœur, il assiste un chirurgien au Bois Cody, l’aidant à soigner les blessés, en cautérisant les amputés et en changeant les pansements. Et lorsque qu’il apprendra qu’il est devenu orphelin, c’est tout naturellement que le chirurgien l’adoptera avec l’accord de sa femme et du gamin.

En novembre 2012, l’ex-commissaire Hyacinthe Téodovna, devenue agent de sécurité dans un supermarché du quartier de l’Eure, quartier sensible depuis des décennies, est alertée par une caissière. Une cliente vient de s’effondrer devant sa caisse. La vieille dame rapidement secourue avoue avoir eu un malaise car son fils est décédé quelques jours auparavant. Hospitalisé à l’hôpital Pierre-Janet dans une unité de soin d’office carcérale, il s’est suicidé en se pendant à l’aide de ses draps. Elle a assisté à l’enterrement mais n’a pu voir le corps de son fils.

Hyacinthe habite chez son amie Sabine, médecin légiste. Enfin pas chez elle vraiment mais dans une dépendance de sa propriété, tout comme leur autre amie Célia. Les trois femmes s’entendent bien, mangent chez l’une ou chez l’autre selon l’occasion, et se racontent leurs petites histoires. Mais Hyacinthe et Célia évitent de parler d’un passé un peu trop douloureux. C’est ainsi que Sabine se retrouve avec un cadavre sur les bras, celui d’un accidenté de la route. L’homme, qui était nu, s’est jeté sur une voiture en pleine nuit. Mais les blessures qu’il porte ne sont pas toutes dues à l’accident. Or, en comparant les deux affaires, il semblerait que le détenu et l’accidenté soit le même personnage. Ce qui intrigue Hyacinthe, qui si elle ne fait plus partie de la police, n’en a pas moins gardé son esprit d’investigatrice et d’enquêteuse. Les trois femmes vont unir leurs efforts pour résoudre cette énigme aidée un petit génie informaticien qui peut bidouiller dans n’importe quel ordinateur.

 

Autant l’avouer tout de suite, si j’ai bien aimé ce roman, c’est d’abord par ses qualités mais aussi parce qu’il m’a ramené plus de soixante ans en arrière, lorsque j’habitais la commune de Sanvic, située sur les hauteurs du Havre et qui fut commune indépendante jusqu’en 1955 et que j’ai fréquenté, nul n’est parfait, l’église Saint-Denis, qui n’est pas une petite église mais ressemble, dans mes souvenirs à une cathédrale.

Les deux histoires, celle d’hier avec Pierre, et celle d’aujourd’hui avec ce personnage qui meurt deux fois en des endroits différents, s’entremêlent pour se rejoindre dans un final qui ne manque pas de suspense et d’angoisse. Evidemment la partie historique, celle de la guerre et des ravages causés par les bombardements prend une grande place dans cette intrigue, mais les fils sont lâches, distendus et pourrait faire l’objet d’un roman à elle seule.

Hyacinthe est une femme au profit particulier et son passé ne plaide pas en sa faveur, d’ailleurs c’est pour cela qu’elle a été mise en disponibilité. Mais elle possède néanmoins un certain charme, une présence, un charisme comme il est bon de dire actuellement, qui ne laisse pas indifférent le lecteur. Elle a un chien, Broc, normal dans sa profession, mais aussi Youri, un iguane que l’on voit trop peu rarement.

L’auteur marie à souhait et avec machiavélisme passé et présent et on se laisse embarquer dans son récit qui navigue entre hier er aujourd’hui sans casser le rythme. On suit avec plaisir les différents protagonistes en se demandant quand et comment ils vont se rejoindre. Et c’est réussi. Il est seulement dommage qu’Aude Lhôtelais sacrifie à une mode, celle de l’érotisme, et ces quelques courts passages me semblent superfétatoires. Ils sont décrits d’une façon clinique alors qu’en procédant avec poésie cela eut été plus en harmonie avec le texte, lui apportant des moments de détente.

Nonobstant ce petit bémol, le roman d’Aude Lhôtelais est un formidable voyage tragique dans une ville qui fut sinistrée et dont l’architecture réalisée par Auguste Perret à la fin de la guerre est aujourd’hui classée au patrimoine de l’Unesco. La reconstitution est époustouflante et l’on suit Pierre dans ses diverses péripéties avec intérêt. La suite emprunte à un roman policier classique, même si les éléments qui gravitent autour relèvent du thriller, et plus particulièrement du thriller médical. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que toute forme de recherche scientifique salutaire ne peut se faire sans une dose d’extrapolation schizophrénique.

 

Mais Aude Lhôtelais manie également l’humour noir. Par exemple cet épisode qui relève de la tragicomédie : le cadavre d’une femme à la morphologie imposante ne peut entre dans le scanner de l’Institut Médicolégal à des fins d’autopsie. Aussi il est fait appel à l’Ecole Vétérinaire de Maisons-Alfort dont les services possèdent un appareillage permettant d’autopsier les gros animaux !


Aude LHÔTELAIS : Plus jamais ça ! Collection Polars en nord. Editions Ravet-Anceau. 288 pages. 11,50€.

 

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 09:09

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Un vieux château transformé en hôtel, le château de Caillet entouré d’un grand parc, implanté dans le Val d’Oise et facilement accessible de Paris, tel est le Rêvotel, géré par Marc-Georges Benadur.

En fait cette demeure appartenait à Marlène de la Fédoyère, mais des revers d’argent l’ont obligée à se séparer du domaine, contre compensation, évidemment. Le nouveau propriétaire est Robert Lesage, vénérable truand jamais arrêté mais fiché auprès des services de police et Marlène s’est mariée avec Benadur, gardant ainsi une main sur son ex demeure.

Si Kléber, le vieil homme à tout faire, est resté parce qu’il ne savait pas où aller, Gaby la vieille servante a préféré quitter les lieux et se réfugier dans les bois environnants. L’hôtel accueille une clientèle variée, issue de tous horizons, dont des familles comme ce père accompagné de ses deux filles et de son ami, des amoureux en goguette et l’expression l’amour rend aveugle est parfaitement justifiée dans ce cas, des chercheurs, des membres du Besef (Bloc éthique des entrepreneurs français) en séminaire, des membres du CRAC 40, des touristes Russes venus pour des raisons bien particulières, raisons qui se greffent sur l’exposition internationale de Paris en 1937 et ses suites et qui ont bien connu Lesage vingt ans auparavant.

Non invités mais qui font partie intégrante du paysage, deux individus louches qui n’hésitent pas à supprimer les curieux qui les dérangent dans leur travail de recherches. Tout ce petit monde se croise, se reconnait vaguement, se dissimule, fait semblant, s’emberlificote, recherche la paix, un trésor ou comment faire encore plus de profit. En toile de fond la fameuse glacière de Staline dont Marlène est si fière. Et lorsqu’un Russe a perdu son alter égo, l’ambiance dégénère, surtout quand des sangliers s’invitent à la visite du parc. Un mâle édenté, surnommé Attila, est pris en chasse afin d’occuper les esprits et démontrer que certains des participants à la curée savent se servir d’une arme, seulement dans les entrailles du solitaire est retrouvée la carte d’accréditation du Russe disparu.

En prenant pour base de son intrigue des faits réels dont la découverte en 2004 dans la glacière d’un château du Val d’Oise des reliques des massifs qui ornaient l’entrée du pavillon soviétique lors de la fameuse exposition universelle de 1937, Gérard Streiff nous propose une fiction dont le début et l’épilogue ne dépassent pas vingt quatre heures. Un épilogue qui se clôt en un véritable bouquet infernal. Tous les participants à cette tragédie comique sont plus ou moins farfelus, à tout le moins atypiques, dignes des films noirs de Georges Lautner et Michel Audiard dont Les tontons flingueurs en sont le fleuron.


Gérard STREIFF : Le trésor de Staline. Collection Forcément Noir, éditions Krakoen. 2010. 190 pages. 10,20€. Existe en version numérique à 3,00€.

 

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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