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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 15:26

Comme disait ma grand-mère, on ne joue pas avec les couteaux...

 

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Figés tels des statues, simples soldats, samouraïs et ninjas attendent l’ordre de fondre sur la forteresse qui se dresse fièrement dans la vallée. Le daimyo, le roi dragon, envoie un cavalier porter un message à Dame Kachiko, la femme de Thoshiro le maître des lieux et vassal du daimyo. La réponse, négative, ne se fait pas tarder alors l’attaque est lancée et s’ensuit un véritable massacre.

Quinze ans plus tard, Hatanaka, un ancien samouraï devenu un yamabushi (guerrier de la montagne) et le jeune Ichirô rodent dans la montagne. Ichirô est âgé de quinze ans et un élève assidu du vieil Hatanaka qui lui apprend le maniement du Katana, une arme blanche redoutable, ainsi que la sagesse. Il lui fait également quelques révélations sur sa naissance.

Lors de l’attaque de la forteresse par le daimyo, les parents d’Ichirô qui étaient les seigneurs du lieu, sont décédés et Hatanaka, l’un des rares survivants, s’est occupé du nouveau-né. Depuis ils voyagent dans les montagnes. Ichirô est effondré par cette nouvelle et il est décidé à se venger. Ils recueillent un jeune paysan, qui erre dans la nature, rejeté de son village à cause de sa couardise. Mais Buta (porc en japonais), s’il est pleutre, est une force de la nature et il porte à lui seul les ballots contenant les affaires des voyageurs. Lorsqu’ils arrivent devant la forteresse du daimyo, un recrutement de samouraïs est organisé. Ichirô, malgré les avis contraires d’Hatanaka, s’inscrit dans ce jeu du quitte ou double. Heureusement les premières passes d’arme s’effectuent à l’aide d’un Bokken, un sabre en bois, réplique du katana. Ôno, le jeune samouraï recruteur, un individu imbu de son pouvoir, qui affiche sa morgue et son mépris avec ostentation, décide de changer les règles du jeu. Dorénavant ce sera avec le katana que les combattants se départageront, le perdant restant définitivement sur le carreau. Les candidats se pressent moins, mais que ne ferait-on pas lorsqu’on est un rônin, un samouraï sans emploi ? Et pour faire bonne mesure Ôno défie Ichirô. Malgré sa science des armes Ichirô encaisse les coups, son adversaire jouant au chat et à la souris avec lui. Et bientôt l’issue fatale se profile…

Lorsqu’il sort de son étourdissement, Ichirô, affaibli par de nombreuses blessures se rend compte qu’il a été déposé sur le charnier composé des corps des combattants défunts. Hatanaka et Buta confectionnent une civière de fortune et sortent de l’enceinte malgré les soldats qui gardent la porte. L’étrange convoi se replie sur la montagne enneigée et se terre dans une grotte, jusqu’au jour où Ôno rejoint les trois membres. Il est en fuite car il a enfreint la loi en laissant la vie sauve à Ichirô et que des gardes en charge de l’entrée, et donc par la même occasion de la sortie, ont péri sous la colère de Hatanaka. Il craint le courroux du daimyo, ce qui n’est pas une idée en l’air mais une réalité. Le Shogun a fait appel à un ninja pour retrouver, et pourfendre, les fuyards.

Les pérégrinations de la petite troupe se poursuivent, et ils seront bientôt rejoints par un voleur et un ninja.

Ce roman semi-fantastique, truffé de combats acharnés, de retournements de situation, réserve bien des surprises dont l’épilogue qui appelle une suite et offre déjà une résolution de certains mystères. Situé dans un Japon médiéval, il est destiné à ceux que l’on pourrait appeler de jeunes adultes mais il ne leur est pas uniquement réservé. Les lecteurs avides de sensations fortes, de fantastique pas trop appuyé, d’effets spéciaux dignes des films ou séries télévisées (genre Power rangers) aux arts martiaux japonais avec cascades réalisées par des ninjas n’ayant pas de problèmes de sciatiques et autres maladies articulaires, seront enthousiasmés par les prouesses des combattants et les nombreuses péripéties qui foisonnent dans ce roman. L’auteur habilement a préféré jouer sur les scènes d’action, reléguant une quelconque philosophie ennuyeuse au fond du placard.

Katana s’apparente donc à un roman d’aventures qui se lit avec une certaine jubilation. Si l’aspect nippon n’est pas appuyé, et les décors pouvant tout aussi bien être transposés au Tibet ou toute autre chaîne montagneuse, ce sont bien entendu les techniques de combat et les armes blanches utilisées ainsi que la présence de geishas qui situent le roman dans cette partie énigmatique du monde. Un divertissement qui ne s’encombre pas d’explications oiseuses. Cela fait du bien de temps à autres.


Jean-Luc BIZIEN : Katana. Vent rouge, volume 1. Editions Le pré aux clercs. Collection Pandore. Mai 2013. 336 pages. 16,00€.

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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 08:55

Quel diplomate !

 

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La collection Angoisse du Fleuve Noir est devenue mythique au fil des ans, alors que du temps de son vivant elle n’a jamais connu l’aura et le succès de ses grandes sœurs Spécial Police et Espionnage. Aujourd’hui elle est très recherchée par les collectionneurs et donc pratiquement introuvable sauf à des prix souvent prohibitifs chez les bouquinistes spécialisés. Dans l’entretien accordé par Dominique Rocher à Richard D. Nolane, les ventes des romans de la collection Angoisse s’étalaient au début des années soixante-dix entre 10 000 et 35 000 exemplaires. Ce qui, comparé aux chiffres de ventes des deux collections citées ci-dessus (voir mon article sur les chiffres de vente du Fleuve Noir), ne comptait guère dans la balance commerciale. A cela une raison simple. Les lecteurs pensaient découvrir des romans dédiés au fantastique et comme ce genre littéraire ne fut guère prisé, et ne l’est guère plus aujourd’hui encore, ils n’ont pas été attirés par le contenu. Pourtant le titre même de cette collection annonçait la couleur : Angoisse. Et c’est bien l’angoisse qui prédominait, une angoisse parfois teintée de fantastique, mais également d’horreur ou de terreur.

L’Ambassadeur des âmes, courte nouvelle qui ouvre le recueil et donne son titre éponyme à l’ouvrage, m’a fait penser à un spot publicitaire tourné par George Clooney. Je vous laisse découvrir pourquoi et attardons nous sur le premier des deux romans qui figurent dans ce volume et ont été tous deux publiés dans la collection Angoisse au début des années 70.

L’homme aux lunettes noires. Marie a décidé de partir en Inde en compagnie de Marc, son amant. Avec Gilles son mari, ce n’est plus ça, quant à son fils Renaud, il est dans une institution en Suisse à cause d’une santé défaillante. Avant leur départ Marc et Marie dînent dans un restaurant chinois et sont abordés par une diseuse de bonne aventure. Bonne aventure, vraiment ? La Gitane « voit » du sang sur la main de Marie, une mort est annoncée. Pas de quoi refroidir les envies de Marie de tout quitter, Paris, son mari, son enfant, pour aller en Inde avec Marc. Car dans le bureau de son époux elle a découvert un dossier la concernant et révélant son incartade. Toutefois comme il n’est jamais inutile de prendre quelques précautions, elle propose à sa servante qui est enrhumée, le chauffage dans la chambre de bonne étant défaillant, de coucher dans sa chambre. De toute façon, ce n’est pas un problème puisqu’elle fait chambre à part avec son mari, comme cela est de coutume dans le grand monde, et ce soir là elle est ailleurs. Le seul petit hic, c’est qu’elle retrouve Anna assassinée avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur son avenir. Tant pis, ce voyage, elle l’a voulu, elle le fera, et même si Marc n’est pas au rendez-vous au départ de l’avion, elle embarque comme cela était convenu. Elle remarque un homme portant des lunettes noires qui semble surveiller ses faits et geste. Arrivée sur place elle est prise en charge par un guide, Rani, qui s’impose à elle. Mais l’homme aux lunettes noires est souvent présent mais il possède la faculté de disparaitre aussitôt dès qu’elle tourne la tête. Elle le suspecte d’appartenir à la police, Interpol pourquoi pas. Et Marc qui n’arrive toujours pas alors que sa chambre d’hôtel est réservée.

Humeur le second roman présent dans ce volume, édité à l’origine sous le titre de Humeur rouge, met en scène un psychanalyste à la tendance masochiste refoulée, exerçant son métier pour le plaisir. Mais ses clients eux ont vraiment besoin de lui. Témoin ce patient du nom de Robert Hamelin, atteint d’un eczéma douloureux provoqué par sa nervosité, qui suit des séances de psychanalyse. Bizarrement ce psoriasis disparait lorsqu’il assiste à un accident, ou à un homicide, qu’il a provoqué. Son humeur, sa nervosité, son comportement caractériel peu à peu déteignent sur le médecin.

Les quatre autres nouvelles qui complètent l’ouvrage, La route du destin, Lov’machine, Meurtre à la page et Tu as dit vampire ? jouent sur le cauchemar, sur l’introspection des pensées de ceux qui côtoient le protagoniste auquel un docteur visionnaire a greffé une sorte de détecteur de mensonge, les effets parfois néfastes d’Internet, et enfin sur la visite intempestive d’un inconnu dans la chambre d’hôpital d’un jeune malade atteint de leucémie.


Ces romans et nouvelles d’une agréable facture se lisent avec plaisir, car si le fantastique n’est pas loin, c’est l’angoisse insidieuse qui se détache de ces textes. Pas de débordement d’hémoglobine, pas de complaisance, pas de sensationnel, pas de clichés, pas d’outrance dans l’horreur, tout réside le plus souvent dans la suggestion que dans la description.

Le lecteur retrouvera une constante dans pratiquement tous ces romans et nouvelles : la médecine représentée par des toubibs ou des infirmières. Pas étonnant puisque Dominique Rocher a fait des études d’infirmière avant de se tourner vers le journalisme. Elle explique d’ailleurs son parcours dans l’entretien réalisé par Richard D. Nolane. Alain Sprauel quant à lui a établi une bibliographie complète des œuvres de Dominique Rocher, romans nouvelles, et autres.

Vous serez sûrement intéressés de parcourir le catalogue des éditions Rivières Blanches. L’illustration de couverture est signée Arnaud Demaegd.


Dominique ROCHER : L’Ambassadeur des âmes. Collection Noire 23. Rivière Blanche. 336 pages. 20,00€.

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 16:34

Au cas où il ne serait pas complètement mort !

 

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L’étrange découverte que viennent de faire le capitaine Mord-bœuf et les quelques sergents qui l’accompagne ne va sûrement pas leur remettre les idées à l’endroit, eux qui ont déjà des difficultés à comprendre même ce qui est simple. Alors trouver dans le cimetière de Cahors le cadavre d’un défunt, mort depuis quinze jours, sur la glèbe, hors de son tombeau et un poignard fiché dans la poitrine, cela a de quoi vous retourner le ciboulot et regarder alentours si le diable ne s’amuserait pas à la vue de leur visage déconfit.

Mord-Bœuf, en compagnie du sergent Pelfort Pasturat, fait part immédiatement de sa trouvaille pour le moins incongrue à Guillaume de Cardaillac, seigneur-comte et évêque de Cahors, qui se dit in petto que le sieur Enguerrand de Cessac, usurier de son vivant, continuera à l’enquiquiner même dans la tombe. Puisqu’il en est sorti. Aussitôt mission de renvoyer le cadavre dans le trou et ramener l’arme du crime, est confiée aux deux gens d’arme mais celle-ci est sabotée. La mission, pas l’arme. Pasturat a glissé le cadavre en sa destination finale dont il n’aurait jamais dû ressortir oubliant de ce fait le poignard dans le corps.

En époque bénie où ni Internet ni téléphone portable existaient, les rumeurs et mauvaises nouvelles se propagent sans l’apport de technologies. Et c’est ainsi que Dame Braïda, mariée avec Domenc et maman d’une jolie petite Ava de deux ans, apprend les avatars du corps de Cessac. Elle a repris les affaires de son père, finances et transports de ballots par gabarres sur la rivière l’Olt, mais de nature curieuse, sitôt qu’un mystère se présente à elle, elle le prend à bras le corps et il lui faut le résoudre, quitte à sacrifier les affaires en cours. Dans le ménage, c’est elle qui porte les braies, ce qui ne déplait en rien à son époux. Ava tient de sa mère, refusant de se coucher ou prendre son biberon si elle en a décidé ainsi et en proférant des litanies de no-no-no-no-no-no-non ! Un côté rebelle qui fait fondre ses parents.

Pendant ce temps, en sa maison forte, le chevalier Aimard de Roquebrune, au passé entaché de quelques vilenies, tient conciliabule avec son quintet de coupe-jarrets. Sont présents, Plate-couille dont l’historique du patronyme est décrit dans l’ouvrage, de Godet-fendu, une particularité due à l’apparence de son visage qui lui permet de renverser sur ses habits autant de liquide qu’il en boit, ce qui n’est pas peu dire, de La Feuille dont l’unique accessoire destiné à ouïr ressemble un peu à celle de Monsieur Spock, et enfin Les-Jumeaux, appelés ainsi pour des raisons évidentes dont point n’est besoin de s’attarder sur l’origine. Or Aimard s’aperçoit que sous la ceinture de l’un des jumeaux il manque un poignard. Le sicaire est incapable de s’expliquer sur cette vacuité ventrale. Passablement énervé, le chevalier demande à ses hommes, si tant est qu’ils puissent comprendre les ordres, de s’enquérir de cette disparition et de la rumeur qui se propage concernant la réapparition d’un cadavre affublé d’une arme blanche.

Braïda enquête de son côté, auprès de Giovanni Conti le Lombard et autres personnages ayant eu affaires avec Enguerrand de Cessac, ou de Jacob le médecin juif qui affirme que le défunt aurait succombé d’une mauvaise fièvre aggravée par les tergiversations de trois autres médicastres mandés par sa servante, Arsende. Mais il est persuadé qu’en réalité il y avait eu crime. Les deux serviteurs de Braïda qui lui font office de garde du corps, Géraud et Pisse-dru, point n’est besoin de justifier cet alias, traquent les informations dans les bouges et tripots, au Mouton embroché principalement, lieu de rendez-vous des hommes du guet et autres poivrots de gente compagnie.

Braïda se demande, si, j’insiste sur le si, l’origine de ce meurtre ne résiderait pas en la construction future d’un pont sur l’Olt, près de l’embarcadère. Ce passage de pierre étant édifié au détriment financier de l’évêque Guillaume de Cardaillac, qui tire profit du péage pour la traversée à l’aide d’un bac. Braïda aussi, dans une moindre mesure, mais elle n’est pas concernée dans ce (double ?) meurtre. Tandis que penser que l’évêque aurait fait occire l’un de concitoyens pour une vulgaire rentrée d’argent défaillante, serait pour le moins incongru.

 

Dans le cadre d’un roman historique, ce livre est aussi la chronique d’une petite ville au Moyen-âge, mais sans posséder la lourdeur des descriptions ennuyeuses que certains romanciers privilégient au détriment de l’intrigue. Le décor est simplement posé, l’auteur privilégiant les portraits physiques et intellectuels des personnages. Car il faut bien l’avouer et l’écrire, qu’ils soient hommes du guet ou coupe-jarrets, ceux-ci manquent singulièrement de finesse mentale. Les rouages de leurs cellules grises sont passablement grippés, et ceux qui s’adressent à eux doivent choisir des mots simples afin qu’ils saisissent le message qui leur est adressé. Ce qui ne va pas sans incompréhension de leur part, la plupart du temps, et je suis modeste.

 

Un humour frais, léger, primesautier, règne sur ce roman dont l’épilogue est pour le moins inattendu, dont l’intrigue est savamment amenée et agencée. Dame Braïda est une forte femme, psychiquement et non physiquement, et cela nous change des femmes fatales ou écervelées. On disait de Braïda qu’elle pourrait faire se mettre en rang les chênes têtus des causses. D’ailleurs c’est quasiment la seule femme au visage et au corps avenant présente dans ce roman. Les autres ressemblant plus à des fantômes ou à des fées Carabosse, ce dont elles n’ont pas toujours conscience. De plus Braïda est énergique, impulsive, ce qui ne l’empêche point de s’adonner à la réflexion lorsque son enquête l’exige. Ainsi elle se remémore un vieux précepte édicté par son père : Lorsque l’on veut dissimuler un objet, ou une lettre, la meilleure cache est de le laisser à la vue. Ceci ne vous rappelle rien ?

Après avoir fait sa connaissance dans La chair de la Salamandre, nous restons sous le charme de Braïda et espérons la retrouver prochainement dans de nouvelles aventures médiévales. En attendant je vous invite à déguster un bon petit Cahors gouleyant, mais attention, sans en renverser une goutte.


Jean-Louis MARTEIL : L’assassinat du mort. La Louve éditions. 240 pages. 15,00€.

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 07:54

-C’est affreux de se faire dévorer par un requin !

-Pas tellement plus que d’être électrocuté par un grille-pain.

 

 

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  Cape-Town en Afrique du sud, le pays où l’apartheid a été théoriquement banni. C’est dans cette ville que Caryl Ferey nous propose d’effectuer un petit voyage en compagnie d’Alice, bientôt quinze ans, et vérifier si la ségrégation économique et raciale est toujours de mise.

La mère d’Alice, géographe de formation et éthologue, c'est-à-dire qu’elle observe les comportements des espèces animales dans leur milieu naturel afin de les comparer à ceux des humains, est toujours par monts et par vaux. Et Alice, en proie à un cauchemar récurrent, est élevée par son père. Aussi lorsque l’éthologue, coincée au Cap par des circonstances indépendantes de sa bonne volonté, leur propose de venir la rejoindre, c’est la meilleure des nouvelles qu’ils ont reçue depuis des mois.

Avec Montgomery, son collègue océanographe, elle avait projeté de créer un parc naturel marin ayant pour but la protection des requins blancs, une espèce en voie de disparition. Malheureusement, Montgomery a été attaqué par l’un des deniers représentants vivant dans la baie de Gordon, un squale non bagué, ce qui est préjudiciable dans leur entreprise. Montgomery est blessé, et a eu la chance de ne perdre aucun membre, mais une enquête policière est en cours.

Alice peut à loisir s’intéresser au paysage, aux agissements de leur voisin, propriétaire d’un hôtel de grand standing, Le Beach Palace. Et ce qu’elle aperçoit ne le rend pas franchement sympathique. Il se rend coupable d’agissements racistes envers une gamine vivant dans l’un des bidonvilles de la ville, le township de Khayelitsha. Deux hommes portant une bâche qu’ils ont prise dans le coffre d’un 4X4 s’entretiennent avec l’hôtelier et dans l’imagination d’Alice aussitôt s’élabore l’idée d’un trafic pas très catholique. Imagination débordante ou réalité ? Alice a-t-elle mis le bras dans un engrenage qui pourrait lui être fatal ?

Caryl Ferey propose une histoire simple, émouvante, captivante qui s’inscrit par petites touches dans un humanisme fondamental dénué du ton moralisateur généralement utilisé pour l’édification des jeunes lecteurs. Il expose des faits, place ses personnages devant des situations périlleuses, sans outrance, sans manichéisme, presque avec désinvolture, ce qui renforce le tableau qu’il livre, celui de la description d’un bidonville mais aussi des agissements de personnages peu scrupuleux, pour qui tout est profit. Et comme Caryl Ferey est un grand voyageur, ce qu’il décrit, il le connait. L’intrigue devient le support de la peinture d’une Afrique du Sud actuelle.

 

Caryl FEREY : L’Africaner de Gordon’s Bay. Collection Souris Noire, éditions Syros. 136 pages. 6,00€.

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 13:56

Pour une poignée de  beagles...

 

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Une voiture plongée dans la Loire, ce ne pourrait être qu’un fait divers de plus dans la vie d’un gendarme ou celle du lieutenant Zollinger, de la police judiciaire du Loiret. Seulement ce véhicule a percuté quelques jours auparavant une adolescente qui circulait en scooter. Si sa vie est hors de danger, la gamine risque de perdre une jambe. Mais Zollinger n’a pas que ça à reprocher à cette automobile qui se lave dans la Loire. Elle aurait participé à un braquage d’un bar-tabac-loto (y’en a qui cumulent), une enquête qui lui a échu.

Zollinger est un fervent chasseur, et il sait se servir aussi bien de ses oreilles, de son nez que de ses yeux. Et ses yeux repèrent une trace rougeâtre sous le coffre. N’ayant pas la patience, vertu pourtant indispensable au Nemrod qu’il est, d’attendre l’arrivée des techniciens de la police scientifique, il force l’ouverture et découvre le cadavre d’un jeune homme. Il s’agit de David Lagardière, bien connu, sinon des services de police, dans le milieu des films classés X. Surnommé Woodendick, David possède un attribut viril défiant toute concurrence, et il était en tournage dans la région. Cécil Q2000, le réalisateur bien connu, déplore cette défection indépendante de la bonne volonté de son acteur. David a été passé à tabac avant d’arborer un sourire kabyle guère photogénique.

Le père de David, un homme politique qui a été secrétaire d’état et magouille dans la finance et les puits de pétrole déclare qu’il ne l’avait pas vu depuis des années. Toujours selon Cecil Q2000, David avait quitté le foyer familial à sa majorité ou presque, s’adonnant à la drogue et éventuellement à la prostitution à Paris, voyageant beaucoup, fréquentant les milieux homosexuels, et ne demandant aucun subside à son géniteur. Lagardière père s’est remarié et a eu une gamine, Mylène, avec sa nouvelle épouse Christine.

Reine, institutrice et amie de Zollinger, a justement Mylène dans sa classe. En attendant que la et (sa) maîtresse finisse quelques préparatifs, le policier assis à un pupitre proche de celui de Mylène, fouille dans les affaires d’icelle. Il trouve des dessins qui pour une gamine de huit ans démontrent un réel talent. Sur l’un d’eux des chiens, des beagles, sont représentés couchés. Mais leur positionnement n’est pas vraiment normal. Zollinger trouve même des traces rouges figurant du sang. Il s’invite dans l’immense propriété de Lagardière père et les chenils sont propres, nettoyés. Pas de chiens à l’horizon, pas d’aboiements. Plus tard Lagardière affirmera que ses beagles ont été décimés par un étrange virus et qu’il ne les a pas remplacés.

Alors qu’il baguenaude sur les routes solognotes, Zollinger se rend compte qu’il est suivi par un véhicule qui tente de l’envoyer au fossé. Zollinger connaît bien la région pour s’y promener souvent lors de parties de chasse. Il se réfugie en haut d’un mirador et brise le genou d’un de ses deux poursuivants à l’aide de sa carabine de chasse, une arme à feu qui ne le quitte jamais, rangée la plupart du temps dans le coffre de sa voiture. Il surprend une conversation entre les deux hommes, des étrangers, dont un au moins est Ukrainien.

Le commissaire Ferrand de la financière le contacte et lui livre quelques informations sur Lagardière, ses implications dans les puits de pétrole ou de gaz ukrainiens, et de possibles magouilles avec les anciens dirigeants du pays.

 

Fin d’Amérique, dont le titre est le nom d’un hameau, s’avère être une enquête policière comportant des imbrications politico-financières, avec en toile de fond l’ombre d’une secte. Mais c’est le personnage de Zollinger qui retient l’attention. Vieux sanglier solitaire, Zollinger se démarque de ses collègues car il ne boit pas ou peu. Il sacrifie volontiers à quelques bières, aux vins de pays, genre Cheverny, mais lorsqu’il rencontre des témoins il se contente d’une menthe à l’eau. Solitaire dans son travail, il a horreur d’être accompagné d’un équipier, laissant les taches technologiques et administratives à Sandy. Et s’il rencontre à plusieurs reprises Google, c’est parce que celui-ci est un indic fiable, et possédant d’énormes ressources quand aux informations qu’il peut lui apporter. Même sa relation avec Reine, il la vit presque en pointillé, étant profondément attaché à la jeune femme mais n’osant pas imaginer un avenir d’époux et de père.

 

En recevant ce livre, j’étais excité comme une jeune fille qui doit rencontrer son promis qu’elle n’a jamais vu. Et de loin, il est vrai qu’il a de la classe le Prince Charmant. Corps d’Adonis sculpté dans le marbre dont l’apparence athlétique ne doit rien aux salles de musculation ni aux anabolisants. Seulement cette jeune fille remarque peu à peu que le visage d’Apollon est constellé de comédon disgracieux.

Des mots tronqués, tel réal pour réalisateur, divi pour divisionnaire, opé pour opération, chir pour chirurgien, tech pour technicien, braco pour braconnier, cela peut peut-être plaire aux Djeuns qui ne lisent pas sauf leurs textos, mais pour les vieux lecteurs comme moi, cela défrise les globes oculaires. Et que dire de l’emploi immodéré de mots anglo-saxons qui font penser que l’auteur, au lieu de respecter son lecteur, se conduit comme un jeune cadre frimeur. Avec quelques bubons supplémentaires sous forme d’argot des années cinquante assaisonnés au nouveau parler. Mais, bien évidemment cela n’engage que moi, et sûrement que bon nombre de lecteurs ne seront pas dépaysés lors de cette lecture et y trouveront même leur compte. Cela relève de l’exercice de style, intention louable en soi, mais je suis profondément classique, sauf en quelques rares occasions. Pourtant de nombreux passages, bucoliques, pastoraux, forestiers, parsèment ce roman et m’ont fait songer à Raboliot, par exemple, de Maurice Genevoix. Une ode à la nature et à la faune, Zollinger se montrant chasseur invétéré mais respectueux et sachant apprécier cette Sologne qui l’accueille.


Damien RUZE : Fin d’Amérique. Editions Krakoen, collection Polar. 384 pages. 16€.

 

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 08:06

Bon Anniversaire à Frédérick Tristan, né le 11 juin 1931, qui a signé une quinzaine de romans policiers sous le pseudonyme de Mary London.

 

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La soirée d’anniversaire de Lord Hamilton, organisée en sa villégiature de Villers sur mer près de Deauville, se clôt par un incident qui jette quelque peu le froid parmi l’assemblée. Lady Karen, la jeune femme du noble britannique, à la quarantaine superbe et éclatante, lacère à coups de kriss malais un tableau peint pour cette occasion par Andréa Pendleton, artiste peintre (du moins c’est ainsi qu’elle se définit) vivant aux crochets de Lord Hamilton. Dans la nuit le corps de la secrétaire du lord anglais est découvert sur les planches de la cité balnéaire. Elle a été poignardée. Le lendemain, Sir Malcolm Ivory, qui avait été invité par lord Hamilton, lequel lui avait promis de lui donner un ouvrage rarissime, arrive en plein pataquès. Et comme si cela ne suffisait pas le jour d’après c’est Hamilton lui même qui est découvert dans son lit, raide. Suicide ou meurtre ? La veille Hamilton avait annoncé son intention de modifier son testament, déclaration qui n’était peut-être pas au goût de tous. Sir Ivory va mener son enquête conjointement avec la commissaire Duvalier, Liliane pour les intimes dont il fera bientôt partie, auprès des habitants du domicile de Hamilton, Victoria Manor. Outre Lady Karen, vivent ou étaient présent les deux funestes journées, Robert, le fils qui s’adonne volontiers à la boisson, Andréa Pendleton, artiste peintre, Apolonius Tycoon, qui se prétend poète, tous deux ayant appartenu à une mouvance hippie à la fin des années soixante et surnommée les “ Fous de Cheyne Walk ”, enfin Sticker le banquier et Morgan le majordome.

Digne héritier des auteurs anglais de romans de suspense et de détection, Mary London, alias Frédérick Tristan, livre à chaque épisode des enquêtes de Sir Malcolm Ivory des intrigues sympathiques qui tiennent la route et plonge le lecteur dans des aventures délicieusement désuètes. Cette fois l’intrigue est placée aux alentours de Deauville, sur la Côte Fleurie, dans une région fort prisée des Anglais. Un roman rafraîchissant et divertissant à déguster entre deux romans noirs.

 

Mary London : Meurtre anglais à Deauville. (traduction de Jean-Paul Baudricourt), collection Les enquêtes de sir Malcolm Ivory. Editions du Rocher. Février 2005. 232 pages. 17,20€.

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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 16:40

Amateurs, à vos claviers... !

 

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Un synopsis, c’est un peu comme l’esquisse d’un tableau pour un peintre. L’auteur couche sur le papier ses idées premières, avant de les retravailler, de le mettre en forme pour en dégager un scénario puis de convertir le tout en roman. Ou d’abandonner en cours de route le projet.

Jean-Pierre Andrevon nous livre quelque 66 synopsis qui n’ont pour l’heure pas encore fait l’objet d’un roman, des idées qui lui sont venues en voyant une scène, en écoutant quelques paroles échangées en public ou une fulgurance qui lui a traversé l’esprit et qu’il a aussitôt consignées sur une feuille afin de ne pas en perdre une miette. Car nous savons tous que ce qui n’a pas été noté dans l’instant se perd irrémédiablement dans les limbes de la mémoire.

En ouvrant cet ouvrage, je me suis dit combien celui-ci pourrait être précieux pour un auteur, débutant ou confirmé, lui offrant sur un plateau une trame dont il pourrait se servir impunément, satisfaire ainsi à une sorte de plagiat prémédité mais non répréhensible. Or en lisant son préambule, titré Eclaircissements nécessaires, je me suis rendu compte que c’est sciemment que Jean-Pierre Andrevon nous livre le fruit de ses cogitations : Je ne peux en aucune façon vous assurer que quelques unes des ébauches ici réunies ne deviendront pas, dans les années futures, ce pour quoi elles ont été crachées et conservées : un roman bien formé, une nouvelle moulée à la louche. Si ça vous amuse, vous pourrez toujours vérifier à mesure de l’écoulement du temps. Parallèlement, si l’un ou l’une d’entre vous qui allez me lire, écrivant ou écrivain, trouve dans ces récits en gésine de quoi alimenter un texte, ne vous gênez surtout pas ! Les idées sont à tout le monde, en priorité à qui les exploite ; et nulle taloche publique, nulle exploitation judiciaire ne viendrait souligner ce forfait, je peux vous l’assurer… En attendant, je peux me dire : au moins 66 de sauvés !

N’étant pas écrivain, ni même écrivaillon, ceci ne me concerne pas au premier chef. Mais étant de nature curieux, dans le bon sens du terme, c'est-à-dire, m’intéressant à tout sauf à la vie privée, je me suis jeté goulûment sur ces textes qui couvrent une, deux, voire trois pages, guère plus à part quelques uns qui sont plus fouillés et ne demandent qu’à s’étoffer. D’ailleurs dans Le chant des baleines, le dernier texte du recueil qui porte donc le numéro 66, Jean-Pierre Andrevon se promet bien d’écrire cette histoire, qu’il y prendrait plaisir, non seulement parce qu’il est le plus complet mais aussi parce qu’il lui est le plus cher. Dont acte, monsieur Andrevon, lâchez ce que vous faites actuellement, sans vous commander, et écrivez-nous ce roman, ne serait-ce que pour votre satisfaction personnelle, pour vous sentir fier de l’avoir mené au bout, et pour ne pas décevoir vos lecteurs.

Je n’ai pas lu ces textes dans l’ordre, mais j’ai pioché dans le sommaire afin de déguster en priorité ceux dont les titres m’attireraient s’ils étaient publiés en roman. Et parmi ceux-ci, les numéros 34, Sherlock Holmes rencontre le docteur Jekyll et M. Hyde, et 35, Sherlock Holmes sur Mars. Intrigants, non ?

Mais que se cache–t-il derrière ces titres qui en eux-mêmes font déjà saliver le lecteur impénitent ? Dans le n° 34, Sherlock enquête sur le meurtre de prostituées dans le quartier de Whitechapel en cette année 1888. En compagnie d’un jeune dandy du nom de Dorian Gray, il parvient à sauver de la mort une péripatéticienne et ils suivent l’assassin jusqu’à la propriété du docteur Jekyll, lequel comme on le sait est atteint d’un dédoublement de la personnalité. Quoique clamant son innocence, Jekyll est arrêté mais est bientôt libéré, une lady étant retrouvée entièrement vidée de son sang. Or Dorian Gray est surpris un soir en train de boire le sang d’une femme. C’est un vampire qui obéit aux ordres du grand-maître, qui vit dans un manoir situé au cœur de Londres, et qui n’est autre que Dracula. Mais l’histoire n’est pas terminée. Jean-Pierre Andrevon pensait en extirper un roman, voire une bande dessinée, en ajoutant quelques personnages supplémentaires dont L’Homme Invisible de H.G. Wells. Or cette idée a été plus ou moins traitée dans une BD signée Alan Moore et Kevin O’Neill sous le titre de La Ligue des gentlemen extraordinaires.

Dans Sherlock Holmes sur Mars, tout y est ou presque, puisque quelques dialogues sont ébauchés, entre Sherlock et Moriarty ou entre Sherlock et Watson. Sans trop vouloir déflorer l’intrigue, je peux juste dire, ou écrire, que l’action se déroule en 1917 et que les Allemands affirment avoir trouvé le moyen de se rendre sur Mars. Bien entendu le gouvernement britannique envoie Holmes en terre prussienne afin d’enquêter sur cette hypothèse qui serait véritablement une première et risquerait de permettre aux Allemands d’étendre leur hégémonie et faire basculer la guerre en leur faveur. Holmes est capturé, enfermé dans un compartiment d’une fusée et s’endort abruti de somnifères. Lorsqu’il se réveille, quarante jours plus tard selon Moriarty, son célèbre ennemi lui apprend qu’il est sur la planète rouge. Sous couvert d’anticipation, de science-fiction et de fantastique, Jean-Pierre Andrevon construit son intrigue de manière très rationnelle, en ménageant ses effets et en apportant des solutions qui semblent simples mais auxquelles il fallait penser, déductions holmésiennes à l’appui.

Quelques titres ont attiré mon attention, par leur énoncé mystérieux. Mort et apothéose de Joseph Vissarionovitch Djougachvili, dit Staline, par exemple car il m’a renvoyé immédiatement à ce roman intitulé Le dernier dimanche de monsieur le chancelier Hitler. Et vérification faite, je ne m’étais pas trompé, car effectivement Jean-Pierre Andrevon déclare que le scénario de cette nouvelle pouvait être le pendant du roman cité.

J’espère que vous avez passé un agréable après-midi, Toujours nous irons vers la mer, Ces chers petits, Le repas dans l’ombre, Une balade en ville, Des amis fidèles, autant de titres prometteurs respirant la joie de vivre, les petits bonheurs simples de la vie quotidienne, les promenades bucoliques, les flâneries. Mais sous le voile placide du titre se cache une autre réalité, plus assaisonnée d’humour noir, lorgnant du côté du fantastique ou de l’onirisme, comme dans Une balade en ville, thème souvent traité mais inépuisable car offrant de nombreuses possibilités d’exploitation.

Il serait long et peut-être fastidieux de recenser tous ces synopsis, mais il est bon de savoir que cela couvre tous les genres de la littérature populaire, genres qu’affectionne Jean-Pierre Andrevon, lequel œuvre aussi bien dans le roman policier que dans le fantastique et la science-fiction ou encore les romans destinés à la jeunesse. Mais il ne se cantonne pas dans l’écriture puisqu’il chante et dessine. D’ailleurs la couverture est signée de l’auteur. Un artiste polyvalent qui ne déçoit jamais.

Des synopsis à déguster à profusion comme autant de nouvelles qui trouveront peut-être preneur et révéleront de nouveaux talents. A charge pour ceux qui écriront les romans d’avouer que l’idée principale leur a été soufflée par Jean-Pierre Andrevon, les éparpillant comme autant de graines destinées à germer dans des jardins en friche.


Jean-Pierre ANDREVON : Soixante-six synopsis… et autant d’histoires à écrire. Collection KholekTh N° 21. Editions La Clef d’Argent. 292 pages. 13€.

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 13:16

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Après la Grande Conflagration qui ravagea la Terre, les hommes ont compris qu’il valait mieux vivre en bonne intelligence. Des progrès ont été accomplis dans tous les domaines, et principalement dans celui de la conquête spatiale. Un homme a même posé un pied sur Mars.

En cette fin du XXIème siècle, exactement en l’an 2078, des stations orbitales surveillent l’espace. Et l’une de ces stations signale l’apparition d’une météorite qui devrait côtoyer la Terre. Le Commodore Jess Gumpert, qui devait passer ses vacances avec Lucyle et effectuer une croisière de rêve, est rappelé d’urgence à la base de Chadwiggan. Il doit vérifier avec trois autres collègues, la distance et le périple de cet astéroïde inconnu. A leur grande surprise, ils constatent que l’objet n’est autre qu’un engin volant, dépourvu de hublot, de couleur noire, de forme ronde un peu comme un coquillage bivalve bombé à chacune de ses deux faces.

Enigma, tel est le nom donné à cet intrus, ne semble pas se préoccuper de leur navette et ils regagnent la Terre afin de rendre compte aux autorités compétentes. Le président du GCU, le Grand Conseil Unifié, prend à cœur cette information qui doit rester secrète. Lors de la conférence de presse mensuelle, Gumpert est invité a expliquer succinctement sa mission, les médias étant au courant de son voyage dans l’espace, mais en restant le plus vague possible dans ses propos. Seulement une journaliste un peu trop fouineuse, de toutes façons c’est son métier de vouloir se renseigner à tous prix, perspicace et persévérante se doute qu’un événement inhabituel vient de se produire. Elle tente de rejoindre Gumpert à la base de Chadwiggan, mais celui-ci est déjà reparti en mission et elle est vertement renvoyée dans ses foyers, c’est à dire son journal. A nouveau Gumpert et ses acolytes observent l’engin et à leur grande surprise, celui-ci oblique sa trajectoire et se dirige vers la Terre.

Les soucoupes volantes, de préférence d’origine inconnue et se dirigeant vers la Terre, ne constituent plus un thème innovant. Toutefois Piet Legay, en vieux routier de l’écriture et du roman populaire, sait trouver de nouveaux centres d’intérêts. Et l’un de ceux-ci réside dans la façon d’aborder le problème par le conseil suprême alors en place sur Terre. En effet le Président redoute la panique de ses concitoyens engendrée par la terrible nouvelle d’un engin inconnu dans l’atmosphère terrestre. Il s’inquiète en effet de l’influence de la révélation de ce secret sur les croyances religieuses de tout bord s’il révélait que l’univers est peuplé. De quoi remettre en cause le fondement même des cultes. Et une fois de plus il est prouvé que lorsqu’un homme politique préfère imposer le secret afin de ne pas engendrer affolement et frayeur, d’autres, comme le général Swank dans le récit, s’insurgent contre l’inconscience du gouvernement qui se refuse à dévoiler la nature de l’objet incriminé afin d’éviter la panique de la population. Une leçon de lucidité qui prouve qu’il faut voir plus loin que le bout de son nez. Mais également qu’il est difficile de trouver le bon équilibre. Enfin, si l’épilogue est logique, il nous ramène à une expérience, une tentative de l’homme pour communiquer avec d’éventuels habitants de l’espace.

 

Piet LEGAY : Enigma. Editions Rivière Blanche. Collection Blanche N° 2056. 228 pages. 17€.

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 06:31

Le mensonge coule aussi facilement de la bouche du diplomate que le lait du pis de la vache.

 

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Le lac d’Amour est considéré comme le lieu mal famé de Bruges, rendez-vous des homosexuels. La découverte d’un corps baignant dans son sang laisse supposer une tentative de meurtre crapuleux, une hypothèse qui ne tient pas longtemps. Un homme, qui déclare avoir découvert le corps et appelé immédiatement les secours, répond aux questions du commissaire Van In, rapidement arrivé sur place. Le témoin, qui se nomme Jaime Ruiz, est Espagnol. Il travaille au Collège d’Europe et parle cinq langues, ce qui arrange Van In, lequel n’a plus besoin d’interprète.

En compagnie de ses adjoints, le fidèle Guido Versavel lui aussi homosexuel, Robert Bruynooghe le bourru et l’aguichante Carine Neels, Van In est chargé de l’enquête qui, pour leur patron De Kee, toujours énervé, n’est qu’une péripétie sans importance. Il confie une autre mission autrement plus importante à ses yeux : l’exposition Hibrugia.

En partenariat avec l’Espagne qui va déléguer des personnalités de marque, le tableau Guernica de Picasso doit être exposé dans une sorte de bunker construit spécialement pour l’occasion sans oublier quelques belles œuvres de Velasquez, du Greco et de Goya. Jos Viaene, la victime, est identifié grâce à un bout de papier retrouvé dans une de ses poches, et les recherches entreprises établissent qu’il travaillait comme agent de sécurité pour les musées de la ville.

Dans une sacoche du vélo qui était caché dans un fourré, et appartenant à Jos Viaene, les policiers trouvent le schéma d’une installation d’alarme. Au bas du papier figure une note griffonnée : Ruiz. Mais l’homme donne sa version. Selon lui ce serait plutôt ruis, qui signifie en néerlandais bruit parasite. Van In n’est pas convaincu par cette explication mais il n’en laisse rien paraître.

Sa principale préoccupation est de rencontrer un certain Boedt, le responsable de la sécurité. La mère de Viaene effondrée lâche quelques noms de personnes fréquentant son fils : Guido Jacobus, Olivier Boedt et Els Hocepied. Le premier est le fils d’un antiquaire, le deuxième celui du responsable de la sécurité, et Els Hocepied mannequin de profession. Viaene est dans un coma profond et comme si cela ne suffisait pas un inconnu lui loge une balle dans la tête, ce qui lui évitera de trop parler. Van In et son équipe rencontrent tour à tour les trois individus et quelques pistes se profilent à l’horizon quant à leurs collusions. Du moins entre Els et Ruiz. Mais les événements n’en restent pas là. Un tableau, Le Jugement dernier de Jérôme Bosch, est volé malgré les détecteurs et les alarmes. Or le ou les voleurs sont passés par la seule ouverture qui n’était pas protégée. Mais d’autres cadavres viennent s’immiscer dans le décor, tandis que Boedt décide de se suicider. La piste de l’ETA est avancée et De Kee, le commissaire en chef comme il aime à le rappeler en toutes occasions, vitupère parfois à tort et à travers.

 

Cette enquête faussement nonchalante mais fortement arrosée, Van In s’abreuvant généreusement de bière et autres boissons dégustées selon les circonstances, se révèle parfois brouillonne et l’épilogue est complètement sinon imprévisible, disons un peu hors sujet. Mais ce sont aussi les à-côtés de l’enquête qui donne du corps à l’histoire. Hannelore, la compagne de Van In, est juge d’instruction et participe activement à l’enquête, accompagnant souvent son homme. Ce qui procure de petits échanges aigre-doux entre le couple, mais aussi des moments de complicités attendrissants et jubilatoires.

Pour le plaisir, quelques citations :

Le mensonge coule aussi facilement de la bouche du diplomate que le lait du pis de la vache.

Etait-ce sa faute si Dieu avait créé la crevette et que le diable y avait ajouté du cholestérol ?

La différence entre une démocratie et une dictature se mesure souvent au temps nécessaire pour que les décisions prises en haut lieu soient appliquées.

Petite réflexion personnelle, je me demande parfois dans quelle catégorie ranger la France.


Pieter ASPE : Le tableau volé. (Zoenoffer – 2001 ; traduit du Néerlandais par Emmanuèle Sandron. Première édition : Editions Albin Michel). Le Livre de Poche Policier/Thriller. 336 pages. 6,90€.

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 14:56

Plus long et plus savoureux que 2 minutes 35 de bonheur !

 

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Dans Paris que la soldatesque allemande commence à envahir, trois musiciens de jazz, plus un, gravent sur des galettes de récupération des morceaux instrumentaux, mais à chaque fois les disques partent à la poubelle. Hiero est mécontent du son de la prestation de l’ensemble. Pourtant ce sont des instrumentistes aguerris, mais cela ne fonctionne pas, ou mal. Le matériel peut-être, les conditions d’enregistrement dans un local qui ressemble plus à un placard qu’à un véritable studio, à la prestation de l’un d’entre eux. A moins que ce soit dû au caractère perfectionniste de Hiero, surnommé le môme, à sa mauvaise humeur peut-être, ou à la maladie. Bref, Hiero n’est pas content et jette systématiquement les galettes. Sid subtilise subrepticement la dernière et la glisse dans l’étui de sa grand-mère, sa contrebasse. Puis tout le monde se rend à l’appartement de Dalilah, la copine de Louis Armstrong qui leur a prêté des matelats. Tous sauf, le musicien supplémentaire, Bill Coleman qui rentre chez lui.

A cette séance participaient outre Bill Coleman, à la trompette, Hieronymus Falk dit Hiero, lui aussi à la trompette, Charles C. Jones, qui préfère qu’on l’appelle Chip, à la batterie et Sidney Griffiths dit Sid à la contrebasse. Il ne faut pas parler de chant du cygne mais chacun y pense.

Cinquante deux ans plus tard, en 1992 à Baltimore, Sid est un vieux musicien de quatre-vingt-deux ans, qui vit dans son appartement parmi les déchets d’une vie. Chip passe le voir. Lui aussi est délabré, la vieillesse, la drogue aussi dont il a fait un usage immodéré pendant un certain temps. Si Sid a décroché de la musique de jazz, de la musique tout court d’ailleurs, ayant travaillé pendant une trentaine d’années comme secrétaire médical, Chip lui a continué à flageller ses peaux et à les brosser, à taper dessus, étant encore un batteur renommé et demandé. Chip lui propose de partir à Berlin, visionner un film sur leur ancien groupe, les Hot Time Swingers, puis il révèle que Hiero ne serait pas mort comme ils l’avaient supposé mais vivrait en Pologne.

A Berlin, la projection du film met mal à l’aise Sid. Comme à son habitude, Chip a raconté n’importe quoi et tous les spectateurs regardent Sid honteux décamper de la salle. Plus tard Chip, sans vraiment faire amende honorable, déclare qu’en réalité il a été piégé par le réalisateur, qu’il a été manipulé. Sid veut bien l’admettre une fois de plus, car entre Chip et lui, depuis qu’ils se connaissent, à l’âge de douze ans près d’un bac à sable, ils ont toujours été comme chien et chat. Lui Sid, le bon gros toutou désirant être ami avec le chat, lequel chat a toujours sorti ses griffes, sauf dans les quelques moments où il ronronnait.

Le flux de souvenirs lui remontent à la tête comme un alcool, dont ils abusaient à cette époque, remonte dans l’œsophage, se niche au fond de la gorge, brûlant tout sur son passage. Dans les années soixante, par un improbable concours de circonstances, la galette a été retrouvée cachée dans un coffre niché dans un mur et que des ouvriers ont mis au jour en démolissant des cloisons. Mais surtout l’année 1939, alors qu’ils jouaient à Berlin, Chip, Hiero, Sid et trois autres musiciens, Paul un Juif blond au piano, Ernst à la clarinette et Fritz au saxo, au club Le Molosse. L’arrivée de Dalilah Brown, la chanteuse de Louis Armstrong, le jeu de la séduction qu’elle a entamé avec Hiero et Sid, Chip n’étant qu’un spectateur caustique. L’algarade avec des gestapistes, à cause de leur couleur de peau. Car si Hiero est Allemand, il est aussi Noir, fils d’une Allemande et d’un Camerounais. Un Sang-mêlé tout comme Chip et Sid. La bagarre et le mort du côté SS, l’obligation de se terrer dans les caves du Molosse, l’arrestation de Paul et son enfermement à Sachsenhausen, la défection de Fritz, puis la recherche de papiers, la fuite vers le château du père de Ernst qui doit leur fournir des visas, le trajet vers Paris où ils doivent graver un disque en compagnie de Louis Armstrong, les nombreux déboires qu’ils subissent, l’arrivée des troupes allemandes et la panique qui s’ensuit.

 

Le narrateur, Sid, raconte son histoire comme un tromboniste joue de son instrument. Il coulisse son histoire d’avant en arrière, par de longs glissements en franchissant allègrement les années ou par petites glissades dans le temps, tirant de son trombone des accents pathétiques, enlevés, des fulgurances, des glissandos. Parmi les musiciens qui gravitent, Louis Armstrong, bien évidemment, en chair et en os, avec son éternel mouchoir essuyant la sueur coulant de son front, mais aussi la figure tutélaire de King Oliver, le père des trompettistes et des cornettistes. Pourtant il manque un autre musicien qui ne deviendra célèbre qu’un peu plus tard, mais dont le jeu musical ressemble à celui de Hiero, ou inversement. Son style était mélancolique, lent, il maintenait les notes plus longtemps que de raison. La musique aurait dû retentir comme une sirène de navire qui sonne au large – dure, brillante, claire. Le môme, putain, il la rendait trouble, en faisant passer les notes pas seulement par-dessus les mers, mais aussi à travers la terre.

Si le jazz est présent, prégnant, comme une composition écoutée en sourdine tout en vaquant à autre chose, l’auteur s’attache à décrire non seulement ses personnages, leurs réactions, leur investissement, leurs différents, il décrit cette période trouble du Berlin de l’année 1939 puis du Paris 1940, les bouleversements vécus de l’intérieur par des musiciens de jazz, musique honnie par Goebbels, le racisme qui se propage dans toute l’Allemagne. A Hambourg, lorsque Sid découvre avec stupéfaction que le parc zoologique dédié théoriquement aux animaux a été transformé en parc zoologique humain. Mais également à Paris, déclarée Ville ouverte, lorsque les habitants de la capitale commencent à paniquer, à vouloir rejoindre Bordeaux via la Gare d’Austerlitz, la panique, les cris d’orfraies venant de toute part, les insultes qui pleuvent sur Sid et ses compagnons (ils se font traiter de Sénégalais comme si c’était l’injure suprême engendrant en même temps une peur inconsidérée).

Esi Edugyan écrit comme certains romanciers Noirs américains, empruntant leurs tics, alternant les images poétiques à la réalité la plus dure, oubliant sciemment une partie de la négation, comme nous le faisons la plupart du temps dans nos dialogues oraux. Un roman âpre, éloge de la musique, de l’amitié, mais également la description sans complaisance d’une époque que l’on aimerait savoir révolue.  


Esi EDUGYAN : 3 minutes 33 secondes. (Half Blood Blues. Traduit par Michelle Herpe-Voslinsky). Editions Liana Levi. 368 pages. 22€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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