Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 12:55

C'est en Svetambre... comme aurait pu chanter Gilbert Bécaud !

 

svetambre01.jpg


Comme son titre l’indique, l’univers des nouvelles de Lucie Chenu s’articule surtout autour des enfants, avec une pointe de magie, d’angoisse, de fantastique, de féérie poétique.

L’inspiration nait dans un ressenti, une émotion, une image, une extrapolation de faits divers issus le plus souvent de petits événements vécus par l’auteur, ou encore un défi entre auteurs, des mots imposés, un premier paragraphe suggéré. Une interversion entre réalité et virtuel, un prolongement rêvé, ou cauchemardé, une extrapolation de situations de la vie courante.

Ainsi l’histoire d’une petite fille et de sa mère se promenant dans la campagne et narrée dans Vent d’Autan relève d’un événement réel mais exploité avec une légère transposition, ainsi que dans Carnaval dont le titre est tout un symbole ou encore dans La source qui prend son origine par une journée de grosse chaleur alors que l’auteur rêvait d’une bonne douche.

Autres personnages récurrents, les animaux quels qu’ils soient. Les oiseaux dans Les aigles de Valmy, parc ornithologique près de Banyuls qui offre des attractions touristiques avec des perroquets, des rapaces, des cigognes et bien évidemment des aigles. Seulement la représentation ne se déroule pas comme les autres jours, les oiseaux sont nerveux et les cigognes perdent chacune une plume sur des enfants, tandis qu’une femme se comporte bizarrement. Le village-aux-chats nous entraine dans le sillage de ces contes animaliers chers à Perrault et ses confrères, tandis que dans Ecoutez la légende tout se joue sur la chute, tout comme dans Guide de la métamorphose animale à l’usage des sorciers débutants.

L’utopie n’est pas loin comme dans Traitement de texte, une nouvelle répondant aux trois lois de la robotique édictées par Isaac Asimov. D’autres détonnent comme Les trois sabres, dont on pourrait trouver une inspiration japonaise mais le jeu de tarot sert de déclencheur, ou Le théâtre de Barbe-Bleue qui pourrait illustrer l’un des sept péchés capitaux : la gourmandise.

Sans vouloir véritablement passer un message politique, Lucie Chenu n’oublie pas les préoccupations actuelles, principalement les ségrégations et les discriminations, les outrages et les humiliations subies par les femmes, les animaux et la nature. Mais ceux-ci peuvent se venger, il ne faut pas l’oublier. Ce qui prime toutefois dans ces nouvelles c’est la tendresse qui s’en dégage, même si elle n’est pas forcément apparente.

 

Certaines de ces nouvelles, écrites à deux, quatre ou même six mains, ont été déjà éditées dans de petits fanzines ou sur le net mais elles méritaient une audience plus large. J’espère que via Rivière blanche ce sera effectif, ce qui ne serait que justice. Ce livre est accompagné d’une très belle préface de Nathalie Dau et de dix neuf hommages écrits par, entre autres, Jean-Pierre Andrevon, Jean-Michel Calvez, Claude Ecken, Noé Gaillard, Pierre Gévart ou encore Joëlle Wintrebert.


Lucie CHENU : Les enfants de Svetambre. Nouvelles. Rivière Blanche 2065. 304 pages. 20,00€.

Repost 0
21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 13:21

Aujourd'hui, journée mondiale de l'Alzheimer. Un livre de circonstance !

 

langaney.jpg


Si je tiens mon carnet de bord, mon journal intime comme une gamine énamourée ayant échangé son vrai premier baiser avec celui qu'elle considère comme son Prince Charmant mais qui deviendra bien vite son Prince Marchand en gros et en bétail, c'est à l'instigation du docteur, mince, je ne me rappelle plus son nom. Attendez, cela va me revenir. Ah oui, le docteur Granger.

Il faut dire qu'à quatre-vingt huit ans, je suis née le 6 janvier 1920 à Melun, j'ai les neurones qui commencent à s'empâter ou à s'entourer de filaments, ce qui me perturbe la mémoire récente. Mais je me souviens bien du Vendeur de Salles de bain qui est venu m'importuner et qui pensait m'arnaquer. Je l'ai poursuivi avec la Jaguar, muni de mon pistolet et d'un œil atteint de la cataracte. Alors forcément je me suis retrouvée dans le fossé, l'arme à feu valdinguant dans un fourré. Tiens, faudra que je le récupère, on ne sait jamais. Bilan quelques semaines à l'hôpital puis retour à la maison.

Au fait, je ne me suis pas présentée. Je m'appelle Gisèle Mathurine Léonce Teillard, épouse Galandeau. Mais mes amis, dont Maurice, qui est décédé, me disait Minette. Maurice, Etienne, Jeannot, Poulet, presque tous ont disparu, dans des circonstances tragiques. J'avais une jeune sœur aussi, Armande, que j'ai quittée lorsque j'avais dix-neuf ans. Elle n'en avait que douze et comptait sur moi. Elle m'en a toujours voulu. Mais elle est décédée, après avoir vécu aux USA, s'être mariée avec un ancien GI et avoir eu un fils. Edouard, alias Eddy, qui s'est présenté un beau jour, après mon accident. Est-ce vraiment mon neveu, ou un policier, à moins que ce soit quelqu'un qui en veut à mon argent. Qui sait, il débarque comme ça, comme si c'était naturel.

Le docteur, comment se nomme-t-il déjà, Granger, oui, Granger, a accéder à ma demande d'avoir une infirmière. Noémie s'occupe donc de mes médicaments, même si je possède un semainier et que je pourrais très bien gérer ma consommation toute seule, même si j'ai des trous de mémoire. Oh, mais je me souviens bien d'avant, quand avec Maurice, Jeannot, Etienne et Poulet, nous formions une bande. D'ailleurs j'ai dû m'exiler et je ne suis rentrée que lorsque tout a été prescrit. Faut avouer que sur mon CV, ces quelques lignes peuvent attirer les chacals : Complicité de vol à main armée, complicité d'escroquerie en bande organisée avec destruction de documents constituant la preuve d'un délit, entrave à la justice, corruption active, blanchiment d'argent, délit d'évasion par effraction... et j'en oublie peut-être.

Je gère mes comptes moi-même, même si parfois j'ai tendance à m'embrouiller dans le rendu de monnaie. Mes codes, j'ai tendance à les oublier, mais depuis un certain temps, j'ai l'impression que quelqu'un visite mon ordinateur. Alors il me faut aller dans un cybercafé, en cachette, car je soupçonne Léonie, ou Eddy de vouloir s'intéresser à magot. Ou les deux, Noémie et Eddy car je les ai surpris, mais je ne me suis pas fait remarquer, en train de perpétrer la tradition du simulacre de reproduction.

Et que dire du Père Simon, toujours à me lorgner du haut de son perron. S'il croit que je ne le vois pas ! D'ailleurs j'ai appris qu'il n'est arrivé au village que trois semaines avant moi alors que je pensais qu'il faisait partie des meubles, comme mes vieux voisins, que je ne fréquente pas.

Léonie, Eddy, Eddy, Noémie, peut-être bien que l'un des deux, plutôt Eddy d'ailleurs, serait le fils de Thiriet, celui s'est retrouvé le nez dans les pâquerettes grâce à nous, Maurice, Etienne, Jeannot et Poulet. De toute façons Thiriet père, je ne souviens plus du nom du fils, n'était pas quelqu'un de bonne compagnie....

 

tartine-01.jpgCondensé entre La Vieille dame indigne de René Allio en 1965 et Tatie Danielle, le film d'Etienne Chatilliez sorti en 1990, de Ma Dalton et de Tartine Mariol surnommée Tante Tartine, l'héroïne de BD des années 50/60 (je sais, on a les références qu'on peut) ce roman met en scène une vieille femme au passé trouble, qui vit avec ses souvenirs et est atteinte des prémices de plus en plus prégnants de la maladie d'Alzheimer. Mais avec des traces de paranoïa, ce qui n'arrange rien.

Minette ressent les affres de la maladie, ce qui ne l'empêche pas de porter un regard critique sur les personnes qui composent son voisinage. De même, si elle s'est fait arnaquer, il ne lui a pas fallu longtemps pour s'en rendre compte. Elle raisonne avec lucidité, malgré sa maladie qui est en phase moyenne. Ça fait un bail que je le sais, que ça ne tourne plus rond là-haut. Mais je n'y pensais pas. J'ai toujours été forte pour ça, pour ignorer ce qui m'emmerde. Jusqu'au jour où ça n'a plus été possible. Et il faut avouer qu'elle ne s'embarrasse pas de principes, sinon des siens.

Lorsqu'elle s'imagine, à tort où à raison, c'est tout l'intérêt de la suite de l'histoire, qu'aussi bien Eddy, qu'elle appelle plus tard, Emile, que Noémie transformée selon les jours en Léonie, que le père Simon, sont à la recherche de son magot, elle joue au chat et à la souris avec eux. Elle entame même une véritable partie mentale d'échec. Et son idée est de déplacer son argent en se rendant à Monaco puis de finir sa vie dans une île des Caraïbes.

Anouk Langaney signe son premier roman et révèle un potentiel imaginatif assez impressionnant dans la maîtrise de son sujet. Maintenant il ne nous reste plus qu'à attendre son prochain opus afin de déterminer si les espoirs contenus dans celui-ci se confirment.

Voir la critique de Claude sur Action-Suspense.
Anouk LANGANEY : Même pas morte ! Editions Albiana, collection Néra. 140 pages. 15,00€.

Repost 0
20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 08:14

Le 5 octobre paraîtra aux éditions de l'Archipel le nouveau roman de Michel Quint : Veuve noire. En attendant pourquoi ne pas lire ou relire ce livre ?

 

cake-walk2.gif


En ce premier janvier, la famille Cordier s'achemine le père, Sigismond, la mère, Lilas, et le fils, Nicolas, dix huit ans, qui se traîne comme un boulet. Un rituel qui les mènera chez mémé Zélia, puis chez tata Margot, ensuite chez les sœurs Maton et enfin, dernière visite aux Desurmont.

Dans un fossé gît le cadavre de Noré. Tandis que papa et maman sont partis chercher du secours, Nicolas reste. Les souvenirs remontent, ceux qu'il a vécu, ceux qu'il a appris au hasard de son enfance. L'arrivée de Noré dans le village comme forain, défiant le mur de la mort à bord de sa moto, puis l'accident. Nicolas avait sept ans, mais il se rappelle tout. Papa descendant dans la fosse; Mélie, une jeune fille qui mangeait une tarte en face de lui et dont les miettes ont peut-être provoqué la chute du saltimbanque. Le corps de Noré sur une table dans le café tenu par mémé Zélia et Mélie déposant comme une obole le reste de son gâteau sur la combinaison du motard. Puis le mariage de Noré et de Mélie.

Nicolas n'était pas né, mais il revit pourtant la rencontre de son père avec sa mère, Lilas. Lilas, aguicheuse, servant des bières ou des verres de gnôle dans le café tenu par ses parents et s'extasiant derrière la vitrine pour la Buick de Roland qui en profitait pour la peloter, sous les yeux de Sigismond. Et l'accident de voiture qui coûta la vie à Roland, les plaies de Lilas, les cicatrices recousues par mémé Zélia dans le gallodrome devant les parieurs de combats de coq.

Lilas mise à l'index, fille perdue et dévoyée mais dont Sigismond demandera quand même la main. Puis l'installation de Noré tenant une boutique de cycles et de mobylettes, Mélie à la caisse. Et tata Margot, la jeune sœur de Lilas, considérée comme la pure de la famille et qui s'envoya en l'air le jour où l'on enterrait le grand-père de Nicolas et l'intoxication des convives par des champignons servis au cours du repas des funérailles. Nicolas et Mélie surprenant tata Margot et Noré dans leurs ébats. Noré qui aimait les deux femmes et les honorait à tour de rôle. Mélie s'empiffrant de champignons vénéneux puis mourant quelques mois plus tard. Un suicide, mais pour le village, c'était Noré le coupable, le meurtrier.

Puis la longue déchéance de Noré devenu clodo, s'habillant de bric et de broc, provocateur, mais auquel tata Margot devenue institutrice puis directrice d'école, s'accrochait telle une sangsue.


cake walk1Le cheminement de ces rois mages modernes est un véritable parcours du combattant. Nicolas et ses parents, assurés que tata Margot calmée les rejoindra, terminent leur pèlerinage annuel chez les Desurmont. Thérèse, la fille aînée à la libido exacerbée, joue avec les sens de Nicolas tandis que François, le frère annonce à ses parents stupéfiés qu'il arrête ses études.

 

Michel Quint est un romancier à part dans la cohorte des auteurs de romans noirs ou policiers, tant par le ton que par le style. Intimiste, il s'épanouit dans le pathétique. Il écrit avec des phrases qui cinglent comme des coups de sabre à la surface d'une mare, faisant remonter des bulles d'où se dégagent des miasmes de souvenirs, ou avec des phrases bandonéon qui s'étirent à l'infini. J'avais écrit à propos de Sanctus que Michel Quint se vautre dans l'écriture alliant au rêve un hyperréalisme débridé. Il le démontre une nouvelle fois avec brio.

Lire également du même auteur :  Bella Ciao.


Michel QUINT: Cake Walk. Editions Joëlle Losfeld. Première parution avril 1993. Réédition collection Arcanes novembre 2001. 214 pages. 8,65€.

Repost 0
19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 15:26

Le bon gars du Gabon

 

otsiemi.jpg


Le lundi matin, c'est un rituel, le capitaine Koumba et son adjoint Owoula, de la Police Judiciaire de Libreville, sont convoqués par le colonel Essono afin de faire le point sur les affaires en cours. Certaines d'entre elles sont résolues ou sur le point de l'être, mais d'autres restent en suspens. Dont plus particulièrement le vol du chéquier de l'ancien ministre des Mines et du Pétrole Odilon Mébalé.

Mais il y a aussi cette affaire de photos de gamines nues qui circulent sur Internet, gamines qui se sont suicidées par la suite. Enfin une mère et son bébé se sont fait renverser par une voiture qui a pris le large sans demander son reste. Une partie du numéro d'immatriculation a pu être relever mais la voiture de marque japonaise est représentée en trop grand nombre dans la cité pour être rapidement localisée. D'autant que les différents services auxquels les policiers pourraient avoir accès ne sont pas informatisés et les recherches risquent de prendre des mois avant d'obtenir un résultat concret.

La découverte d'un cadavre sur la plage du bord de mer, près du Palais Présidentiel, attire les curieux, l'attraction du jour. Les deux gendarmes du Service des Recherches, Boukinda et son coéquipier Envame sont dépêchés sur les lieux. Il se peut que l'homme soit mort par noyade, et la balle qu'il a reçu dans la gorge aura sans aucun doute accéléré cette submersion. D'après son état physique cela fait déjà un petit bout de temps qu'il a passé de vie à trépas. Et, détail macabre, deux doigts de sa main gauche ont été sectionnés. Comble de l'ironie, la douille qui a servi au meurtrier à perpétrer son forfait est retrouvée dans une poche du défunt.

Le corps mort rend son identité : il s'agit de Roger Missang, journaliste aux Echos du sud, hebdomadaire qui a eu plusieurs fois les honneurs d'être suspendu pour des articles jugés non conformes à l'esprit démocrate de la République du Gabon et offensants envers le parti dirigeant. Et bien évidemment la première des suppositions qui vient à l'esprit de nos gendarmes du service de recherche est qu'il s'agit d'une d'un règlement de compte politique. Or nous sommes en 2008, et des élections présidentielles auront lieu en 2009. L'actuel président est candidat à sa propre succession. Envame et Boukinda ont recours à Gaspard Mondjo, fondateur et rédacteur-en-chef de l'hebdomadaire L'Enquêteur spécialisé dans les faits-divers.

Mondjo propose d'autres pistes, mais la douille est du même calibre, et provient de la même arme que celle qui a exécuté Pavel Kurka, ancien soldat de l'armée tchèque, cousin éloigné de la femme de Baby Zeus, le ministre de la Défense, lequel est le fils du Président. Kurka était le chef des gardes du corps de Baby Zeus. On ne sort pas de la famille ! D'autant que Baby Zeus lui aussi brigue la place de président.

Les enquêtes menées d'un côté par Koumba et Owoula, de l'autre par Bukinda et Envame vont se croiser, et s'ils ne s'entendent guère, ils vont devoir quand même collaborer.

Selon les termes consacrés, ce roman est une fiction, quoiqu'inspiré de personnages et de faits réels. Et Janis Otsiémi se lâche dans la description de la politique menée au Gabon, et ne se prive pas de taper à gauche et à droite. Dans un style fleuri, il décrit son pays coincé entre modernisme et conservatisme rétrograde. Le musée National des Arts et Traditions ne contient que de pâles copies d'œuvres disséminées de par le monde. Ce qui permet à Janis Otsiémi d'écrire : La colonisation n'a pas seulement été une mission civilisatrice, mais aussi un pillage des biens et des âmes.

Les représentants de forces de l'ordre, qui étaient déjà les protagonistes de son précédent roman Le Chasseur de lucioles, sont des hommes les autres. Ils sont pour la plupart des adeptes de la cuisse tarifée, possèdent une ou des maîtresses, ce qui les met dans une position indélicate lorsque celle-ci se retrouve enceinte, car leur femme ou concubine est jalouse et ne peut accepter ce genre de situation, ce qui se comprend. L'antagonisme entre services différents n'est pas l'apanage d'un pays et l'on retrouve ce cas de figure un peu partout, au grand dam de la résolution d'enquêtes parfois. Et les douaniers mangent souvent au râtelier.

Si j'ai écrit que le style de Janis Otsiémi est fleuri, ce roman est toutefois moins décalé, moins haut en couleurs que ces précédents et je pense plus particulièrement à La vie est un sale boulot qui rappelait plus nos auteurs des années cinquante avec un mélange d'argot et d'expressions locales jouissives. Le contexte ne s'y prêtait peut-être pas, car plus ancré dans le domaine politique. Un roman caustique qui devrait intéresser de nombreux lecteurs qui recherchent autre chose qu'un roman noir américain, malgré la référence à James Ellroy, et une plume alerte, corrosive et sarcastique.


De Janis Otsiémi :  La vie est un sale boulot,  La bouche qui mange ne parle pas et  Le chasseur de lucioles.


Janis OTSIEMI : African tabloïd. Editions Jigal. Septembre 2013. 208 pages.16,80€.

Repost 0
18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 14:24

Comme disait ma grand-mère : Tu as le droit de retourner ta veste, mais n'oublie pas de changer ton portefeuille de côté !

 

coben.jpg


Si le lectorat, principalement féminin, et quelques critiques encensent l'œuvre d'Harlan Coben, il n'en va pas de même de tous les chroniqueurs spécialisés dans le roman noir et qui s'expriment via leurs blogs. Des avis souvent péremptoires n'incitant pas à se plonger dans un roman de cet écrivain américain. Longtemps je me suis fié à ces articles divers et (a)variés en me promettant de ne pas lire un roman d'Harlan Coben. Un parti pris, un apriori qui me satisfaisait, et puis je me suis dit qu'après tout il valait mieux que je me forge ma propre opinion. Aussi, sautant le pas comme un collégien osant embrasser pour la première fois une jeune fille, j'ai ouvert cet ouvrage en me demandant bien si je ne faisais pas une bêtise, si je n'allais perdre mon temps au détriment de tous ces volumes qui s'entassent et me font de l'œil, me lançant des appels pathétiques afin que je daigne leur consacrer un peu de mon précieux temps. Le résultat est là et je n'ai pas à me mordre les doigts d'avoir oser, d'autant que mes doigts, comme mes yeux, je les protège fin de pouvoir tourner les pages dans une frénésie non réfrénée.

Avec son mètre quatre-vingt-douze et ses quatre-vingt-dix kilos, Mickey Bolivar, bientôt seize ans, est le candidat idéal pour les recruteurs de basket. Or justement, le basket c'est sa passion, et il s'entraîne chez lui, enfin chez Myron, à placer des paniers, mais surtout cela lui sert de dérivatif lorsque les idées noires lui polluent l'esprit. Son père Brad est décédé dans un accident d'automobile huit mois auparavant, et sa mère est soignée dans une clinique spécialisée dans les addictions, à la drogue notamment. Il a beaucoup voyagé Mickey, suivant ses parents, qui œuvraient dans des missions humanitaires, les suivant partout où ils essayaient d'apporter un minimum de réconfort.

La rentrée dans le lycée près de Newark est passablement agitée. Principalement à cause d'une prof qui pense qu'un bizutage est indispensable pour acquérir une cohésion de groupe. Il se rebelle et soutient une jeune adolescente, Emma ou Ema selon ses interlocuteurs, la petite grosse comme elle se définit. C'est vrai qu'Ema est enrobée, toujours sur la défensive, et son look de gothique, vêtements noirs, tatouages et piercings n'étant pas fait pour améliorer son physique. Et elle est toujours à traîner alors qu'elle n'a que quatorze ans. Il se fait un ami, Spoon, un peu niais, le fils du concierge et qui se révélera un aide précieux. Et afin de ne pas déroger à la règle se dressent sur son chemin les trublions patentés de service Buck et Troy. Troy qui pense qu'étant le fils du commissaire de police de la ville, il peut tout se permettre.

J'allais oublier Ashley, sa petite amie, qu'il a embrassée deux fois depuis la rentrée des cours, trois semaines auparavant. Seulement ce jour là, pas d'Ashley. Elle ne se présente pas à l'école, et personne n'a de nouvelles. Et comme une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, Mickey est victime moralement d'un incident. Passant près d'une vieille maison en rentrant chez lui, enfin chez Myron puisque son oncle l'héberge, une vieille femme surnommée la femme Chauve-souris lui déclare que son père n'est pas mort. Pourtant Mickey sait que son père n'est plus là. Il était dans la voiture au cours de l'accident.

Avec Ema il retourne chez la femme Chauve-souris, mais il n'y a personne. Il s'infiltre dans la bicoque tandis qu'Ema fait le guet. Il remarque une photo représentant quatre personnes dont le tee-shirt est décoré d'un papillon avec des yeux sur les ailes. De la lumière filtre de sous la porte de la cave. Seulement une voiture noire arrive d'un chemin à l'arrière par les bois et il est coincé. Il réussit néanmoins à fuir en compagnie d'Ema, mais il a eu chaud. Grâce à Spoon qui possède les clés de l'école, Mickey parvient à découvrir l'adresse d'Ashley Kent mais lorsqu'il se présente à son domicile, c'est l'affluence. Des policiers et des infirmiers sont présents engageant le corps de Kent dans une ambulance. Madame Kent affirme qu'un homme tatoué a frappé son mari, mais à la question de Mickey concernant Ashley, elle déclare qu'ils n'ont pas de fille.

Un homme chauve, mais qui ne sourit pas et qui semble surveiller ses moindres faits et gestes, un Tatoué introuvable, une femme Chauve-souris qui s'est volatilisée dans la nature, Rachel, la pom-pom girl du lycée qui lui fait des avances, autant de personnages qui gravitent autour de Mickey mais d'autres éléments le perturbent. Ainsi sur la tombe de son père, il remarque une feuille avec dessiné dans un coin le papillon déjà vu chez la femme Chauve-souris, le même dessin qu'il retrouvera plus tard dans d'autres endroits. Le numéro d'immatriculation de la voiture noire, A30432, qu'il reverra également dans à plusieurs places, et dont il pense qu'il pourrait s'agir d'une date de naissance (ce qui n'est pas logique puisqu'aux USA comme en Grande-Bretagne le mois précède le jour), tels sont les éléments qui vont le conduire dans une aventure dont il ne mesure pas les conséquences et les risques. En suivant deux chemins, celui de la femme Chauve-souris et celui d'Ashley qui lui manque.

 

coben1.jpgHarlan Coben, écrit dans ses remerciements J'ai eu un plaisir fou à écrire A découvert. Et bien je peux vous assurer que moi aussi j'ai pris un plaisir fou à lire ce roman qui nous entraîne sur les traces du père de Mickey, à la découverte de la jeunesse du jeune homme, mais également sur une piste qui devient un peu récurrente, Auschwitz. Les personnages, outre Mickey, sont émouvants et mystérieux. Plus particulièrement Ema, dite la Grosse, qui sous des dehors gothiques, agressifs, a la répartie incisive, ne dit rien sur ses parents, si elle en a. Mais elle se montre courageuse, aussi bien envers ceux qui se moquent d'elle qu'en face du danger. Quant à Spoon, qui est toujours en train de remonter ses lunettes sur son nez, sous des dehors un peu niais, sa conversation est souvent déphasée, et il aborde les gens par des affirmations dans le genre de George Washington était stérile, ce qui a pour don de déstabiliser ses interlocuteurs. Mickey qui par son physique parait plus que son âge, possède de faux papiers, qui lui avaient été fournis par son père lors de leurs périples, qui indiquent qu'il a vingt et un ans, ce qui lui permet de conduire la voiture de son oncle presque en toute impunité. Myron, le héros d'une précédente série, était fâché avec le père de Mickey, et celui-ci bien évidement n'apprécie pas la tutelle dont il fait l'objet. Myron ne remplacera jamais son père, au contraire Mickey lui en veut et cherche par tous les moyens à l'éviter. Pourtant Myron, qui possède un vieux contentieux avec Taylor le commissaire de police, joue un rôle prépondérant dans cette histoire. Des similitudes, des affinités, des rejets qui se transmettent entre deux générations.

Ce roman, rondement mené, agréable, n'est pas destiné aux intellectuels exigeants adeptes de digressions philosophiques et absconses. Mais les personnages sont émouvants, de même que l'intrigue est captivante, et si l'histoire en elle même est quasi close, il reste des parts d'ombre qui seront dévoilées dans A quelques secondes près, paru au Fleuve Noir simultanément que cette réédition. Il s'agit un peu d'un roman-feuilleton, dont chaque histoire est entière mais se prolonge.

Alors, oui j'ai retourné ma veste, et je ne le regrette pas ! Et bientôt ma chronique sur A quelques secondes près.


Harlan COBEN : A découvert. (Shelter - 2011. Traduit par Cécile Arnaud. Première édition : Fleuve Noir 2012. Réédition Pocket N° 15559. Parution 5 septembre 2013. 320 pages. 7,20€.

Repost 0
17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 09:32

Evaluation de la douleur !

 

dolorometre.jpg


Qui n'a jamais émis l'idée, en son for intérieur, de pouvoir évaluer et éventuellement comparer son degré de douleur, lors d'une crise de migraine par exemple, à ce ressenti exprimé par des proches. A-t-on plus mal que sa collègue de travail ? Ou, même n'avance-t-elle pas des céphalées inexistantes pour se faire dorloter et obtenir un congé de maladie?

Armand de Cardonna vit en reclus dans une imposante villa dans un quartier bourgeois de Dijon. Depuis douze ans il n'est pas sorti de chez lui. Toutes les semaines son épicier lui livre les provisions nécessaires à sa survie, recueillant sur le perron le règlement de la livraison précédente. Parfois un ouvrier qui effectue les réparations nécessaires et par deux fois le médecin est venu lui rendre visite. La douleur, plus psychique que physique de Cardonna provient de la perte dans un accident d'automobile de sa femme et de son fils unique. Douze ans à rester confiné dans cette villa. Ancien ingénieur brillant, ayant créé une usine prospère fabricant des phonographes et des postes radio, Cardonna décide un jour d'inventer pour son propre usage un appareil susceptible de mesurer la douleur.

Cette nouvelle, Le doloromètre universel, qui donne son titre éponyme au recueil nous transporte dans un univers à la limite du fantastique dans une ambiance diffuse. Les autres textes sont calqués sur ce modèle. Pas de fantastique agressif avec monstres et créatures allégoriques, mais comme un retour à l'imaginaire de notre enfance où la moindre image, le moindre ressenti pouvait entraîner l'esprit dans des mondes dont on peut se forger une perception rien qu'en regardant un nuage.

Dans Vertige, un homme se réveille avec la sensation de vivre au plafond. La maison a basculé, le plafond est devenu plancher, et il a du mal à accepter que rien n'a changé. Les docteurs consultés n'ont rien trouvé d'anormal, peut-être un revirement comportemental, un vertige positionnel paroxystique bénin. Ses amis essayent de lui changer les idées, mais cette impression de vertige demeure, comme si le ciel et l'espace étaient devenus un gouffre sans fond.

A Charenton-le-Pont existe une maison de santé psychiatrique, plus communément appelée un asile de fous. Un ami du scripteur lui remet des archives datant de son grand-père qui, journaliste dans les années 1920, avait rédigé un article à la demande de son rédacteur en chef. Celui-ci voulait du croustillant. Si un article a été réellement publié, celui des archives est resté dans un tiroir.

La Force nous entraîne dans une succession de suicides inexplicables. Les milieux scientifiques sont dans l'expectative. Un virus pourrait-être à l'origine de cette épidémie qui prend des proportions inquiétantes du jour au lendemain. Les statistiques s'affolent et des policiers sont chargés de l'enquête. Mais par quel bout la prendre ?

Le nuage nous ramène à notre enfance quand regardant le ciel, nous imaginions voir un éléphant, une tête de chien, ou autre image qui se déformait sous l'impulsion du vent. Depuis des décennies un homme se tient sur les bords d'un aérodrome scrutant le ciel avec ses jumelles. Peu à peu le narrateur parvient à lier connaissance avec cet individu au comportement bizarre. L'homme lui avoue observer des nuages, et plus particulièrement un qui ressemble à une tortue, car un pilote, dont il était le mécanicien est entré avec son avion à l'intérieur de la masse mais n'en est jamais ressorti.

Suivent deux contes dont le décor se situe à Pouilly en Auxois. Dans le premier, Sous la voûte, l'action a pour cadre le tunnel de canal de Bourgogne qui relie la Seine à la Saône. Long de plus de trois kilomètres trois-cents, il permet aux péniches de continuer leur trajet grâce à des toueurs électriques. Or il s'en passe des choses parfois dans ce tunnel. C'est ce qu'un éclusier raconte au narrateur. Quant à Thor à Pouilly, lorsque l'on vous dit d'une personne qu'elle est électrique, ce n'est pas forcément une métaphore.

Des histoires simples, mais pas simplettes entendons-nous bien, qui n'œuvrent pas dans un fantastique grandiloquent ou agressif mais qui possèdent une aura diffuse, comme une évasion de l'esprit au cours laquelle on extrapole un vécu, une image, une impression, une idée. Philippe Gontier s'inspire d'une mise en situation à l'ancienne, mettant en scène le narrateur face à des amis, des connaissances qui lui livrent des anecdotes, des documents, ou en ayant lui-même été un participant involontaire d'un épisode décrit.

Philippe Gontier est un fin connaisseur de la Littérature Populaire en animant diverses revues dont Sur les rayons de la Bibliothèque Populaire qui proposait des fiches de romans anciens mais également Le Boudoir des Gorgones, au rythme de parution aléatoire avec des nouvelles jamais rééditées d'auteurs anciens des présentations de ces auteurs, souvent méconnus.


Philippe GONTIER : Le doloromètre universel. Collection KholekTh N°23. Editions de LA Clé d'Argent. Parution Août 2013.98 pages. 6,00€.

Repost 0
16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 07:47

Il était une foi, une crise de foi !

 

barcelona.jpg


Coincés entre les Francs au Nord et les Kastillans au sud, les Okcitans, les Khatars (pas ceux du PSG) et les Katalans subissent une guerre de religion, un schisme fomenté par le Pape Gontran dit le Défiguré et promoteur de la Nouvelle Foi.

En réalité, c'est plus compliqué que cela. Au Nord, il y avait (les corons, mais pas que...) le sénéchal Laguerre (ville attaquée par Laguerre, ville prise par la guerre) et le cardinal (ou selon les circonstances la) cardinal Posel Virt Schnessturm, pape de la dernière Nouvelle Foi, et ses affidés, dont Jirrodo le Nain, Galerne de Palerme, Bernadette di Venezia, ainsi que dans sa mouvance Agna la bruxia et quelques autres. Mais l'obsession de Posel Virt est de posséder le Grazal, qui lui permettrait de régner sur tous les territoires. Au sud, ce n'est guère mieux, avec les Kastillans qui veulent annexer la Katalogne.

Au milieu une poignée d'irréductibles s'élèvent et tentent de contrer les nombreuses attaques. Simon de Malfort, le commandant suprême de l'expédition franque a détruit Besierz et ces résistants en ont encore le souvenir. Xavi EL Valent qui a réussi a réanimer le Glaive de justice et ses compagnons, Lo Singlar et Olympe de Fois essaient de s'allier au sultan An-Nisar tandis qu'à Barcelona, dans les sous-sols de la Sagrada Katland, Pau, Enrekhtouès, Dard M'Odet font face à des adversaires particulièrement belliqueux. D'autant que Roland, le mort-vivant toujours en possession de sa fidèle Durandal n'épargne personne.

Heureusement Xavi et ses compagnons sont des sorciers et ils possèdent des armes susceptibles de contrer les attaques, à gauche, à droite, au centre, derrière, devant, de leurs adversaires qui disposent de zombies, d'animaux mutants comme les Minautaures et autres qui plient, rompent sous les coups mais se relèvent inexorablement.

Grâce au sultan An-Nisar, Xavi est accompagné de la belle Cheikha et surtout il lui est donné en cadeau des tuplars, des chevaux ailés issus d'une croisement de purs-sangs et de vautours. A condition toutefois de les rendre viables, car ces bestioles métissées décèdent quelques heures après leur naissance.

Ce roman épique, qui n'est pas sans rappeler les tristes heures de la croisade des Albigeois, du massacre des Cathares, une croisade mise en œuvre par l'église romaine à l'encontre de ce qui était considéré comme une hérésie, est écrit en trois parties : Le chant 1 : La bataille de Barcelona par Boris et François Darnaudet; le chant 2 : Cheikha, la Mujâhid par Gildas Girodeau et le chant 3 : Mourir à Montségur par Philippe Ward. Tandis que les deuxième et troisième parties se déroulent comme un prolongement de roman, la première ressemble à une succession de vignettes où batailles, combats, engagements divers entre les différentes forces en présence, entre sorciers, animaux mythiques, loups-garous, tigro-raptors, mutants et guerriers indestructibles. Presque comme une bande dessinée sans malheureusement les images ou un jeu de rôle.

Une épopée vive, pleine de fureur, de sang, de coups bas, de trahisons, de coups fourrés de toutes sortes et dont le lecteur ne ressort que difficilement tant les scènes d'action défilent à cadence accélérée.

Vous avez pu reconnaître parmi les différents protagonistes des noms qui ne vous sont pas inconnus, ceux, déformés, des auteurs qui ne s'attribuent pas forcément les beaux rôles, endossant le costume de méchants. Mais au détour d'une phrase, d'une scène, d'un épisode, d'autres personnages apparaissent dont des chroniqueurs sur la toile, un certain archevêque Zeu-Grard, dont vous pouvez retrouver les articles sur K.Libre et un archevêque-centurion du nom de Mau-Gendre qui figure dans un rôle de composition, évidemment. D'autres petits clins d'œil sont placés ça et là que je vous laisse découvrir au fur et à mesure de la lecture. Il en ressort une lecture agréable dont la religion dite chrétienne ne sort pas grandie, mais cela eut été étonnant si l'on analyse toutes les exactions dont elle s'est rendue coupable au cours des siècles envers ceux qui ne se pliaient à sa doctrine.

Ce roman de Fantasy est également une ode à la Catalogne, province scindée en deux par les Pyrénées et écartelé entre deux nations, la France et l'Espagne, à son besoin de reconnaissance et d'indépendance qui l'anime et l'agite des deux côtés de la frontière, légitimement.

Juste un tout petit et léger reproche : un troisième volume est annoncé, et il serait bon de récapituler les noms des personnages, leur fonction et leur appartenance à tel ou tel clan. La lecture en sera facilitée. Mais ce n'est qu'un petit détail, qui ne mérite pas qu'on s'attarde dessus, et d'ailleurs je me demande pourquoi je l'ai soulevé. Si, pour ne pas être taxé de flagorneur !

 


A lire le premier volet de la Saga de Xavi : Le Glaive de justice.

 

F & B DARNAUDET; G. GIRODEAU; P. WARD : De Barcelona à Montségur (La saga de Xavi El Valent 2). Collection Blanche, éditions Rivière Blanche. 212 pages. 17,00€.

Repost 0
15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 07:48

Où il y a Gênes, il n'y a pas de plaisir !

 

slocombe.jpg


Correspondant à Paris du journal britannique Daily World d'obédience bolchéviste, Ralph Exeter vit avec sa femme Evguénia, d'origine Russe et leur fils Fergus à Saint-Cloud. Il cohabite plutôt car le ménage bat de l'ile, ses nombreuses incartades nuisant à la paix du ménage. Il accumule les conquêtes dont la dernière est Emma Sinclair Medley, poétesse et auteur dramatique américaine, dont il veut se séparer. Il professe des idées politiques favorables aux communistes, Fania sa belle-sœur étant elle-même marxiste. Seulement Fania, si elle est intelligente mais laide, a été écartée au profit d'Evguénia car la jolie poupée russe était enceinte des œuvres d'Exeter.

Parallèlement à ses activités journalistiques, Ralph Exeter émarge au Komintern, le réseau de propagande, d'agitation révolutionnaire et de renseignement créé en 1919 à Moscou et destiné à contrôler les partis communistes étrangers. Durant la Première Guerre Mondiale il avait été affecté au service du Renseignement de la Royale Air Force et, à cause d'une bévue épistolaire, il avait été convoqué par le colonel William Evans. Or heureusement pour Exeter celui-ci ressentait des sympathies envers la révolution russe. Depuis ce temps, Exeter continue à recueillir des informations et les remet à Evans, lequel en échange lui glisse une enveloppe bourrée de billets destinés à payer ses informateur.

En ce mois d'avril 1922, doit se tenir à Gênes une conférence internationale et des diplomates, des ministres de toute l'Europe y participeront ainsi que, pour la première fois, des délégués du gouvernement soviétique. Exeter fait partie de ces journalistes désignés pour couvrir l'événement avec une mission de confiance à remplir. Dans un café Evans lui confie une enveloppe qu'Exeter doit remettre à Rakovski, et à lui seul, l'un des envoyés du gouvernement russe. Mais il lui faudra se méfier de l'entourage du délégué russe qui est accompagné de Tchitchérine, Ioffé, Vorovski, Krassine et Litvinov ainsi que d'hommes de la de l'ancienne Tchéka devenue le Guépéou, la police politique soviétique.

Dans le train qui l'emmène à Gênes, Exeter voyage en compagnie d'un individu prétendant se nommer Marius Moselli qui lui fait un cours sur les pucerons lanigères. L'homme est un représentant de commerce en engrais et produits insecticides et s'avère particulièrement ennuyeux. Au cours du repas qui est servi dans la salle de restaurant du train, tandis qu'Exeter déjeune en compagnie d'un autre voyageur croisé dans un couloir, son regard est attiré par une belle jeune femme. Son nouveau compagnon Herbert Holloway est un journaliste américain qui a pour habitude de boxer contre son ombre et de gloser sur la pêche. La jeune femme se nomme Melicent Theydon-Payne et Moselli s'invite à sa table.

Lorsqu'Exeter et Holloway retrouvent le compartiment du journaliste britannique, ils sont attendus par Moselli qui braque un revolver et réclame l'enveloppe confiée à Exeter. S'ensuit des échanges de coups et Holloway défenestre l'homme alors que le train roule en pleine campagne. La mission d'Exeter est fortement comprise. L'incident passe inaperçu mais ce qu'Exeter et son compagnon ne manquent pas de remarquer à Pavie ce sont les exactions perpétrées par des Squadristis à l'encontre d'un de leur confrère. Un passage à tabac en règle et pour faire passer les coups quelques bolées d'huile de ricin.

Le séjour d'Exeter à Gênes est ponctué d'incidents de toutes sortes, et il risque même à plusieurs fois d'y laisser sa vie. Entre les soldats italiens qui lui retirent son passeport, les membres de la Tchéka qui surveillent l'hôtel Impérial à Santa Margharita où sont logés les délégués russes, les squadrisi à la botte de Mussolini, sa rencontre avec le Duce, le meurtre de Yatskov, et autres épisodes douloureux et hauts en couleurs, Exeter ne sait plus où donner de la tête. Ses rencontres mouvementées avec Milicent qu'il a fini par retrouver, mais aussi d'autres protagonistes dont Eastman, un journaliste américain proche du parti communiste, Jo Davidson, un plasticien, Elyena Krylenko, l'une des secrétaires de la délégation, Styrne au caractère impitoyable ou encore Bielefeld le galeriste d'art. Les Russes recherchent qui dans leur camp est à l'origine de fuites transmisent à un agent britannique du nom de Stephen Reilly, alias Sigmund Rosemblum dont la présence à Gênes est indéniable, mais sous quels traits, et qui aurait pu être confondu si Exeter ne s'était pas fait subtiliser le document.

Première station avant l'abattoir, titre emprunté à une expression de Louis-Ferdinand Céline, est tout aussi bien un roman d'aventures dans la grande tradition du genre, qu'un roman d'espionnage mâtiné de roman policier ou qu'un documentaire politique qui pourrait figurer dans une revue d'histoire. En effet Romain Slocombe retrace les soubresauts dans le début des années 1920 des tensions entre pro et antibolchéviques, mais surtout les tensions nombreuses entre les différents responsables du parti communiste. Le profil psychologique des différents protagonistes qui n'apparaissent pas dans ce roman, Lénine, Trotsky, Staline, est étudié en profondeur, mettant en avant leur caractère et les nombreux antagonismes qui les habitaient, les décisions qu'ils prenaient et les méfaits dont ils se rendirent coupables. Mais ce sont surtout leurs partisans, des fanatiques, qui sont décrits dans leurs actes et leurs paroles. Mussolini, dont les idées politiques étaient totalement différentes n'est pas épargné non plus, et ses adeptes se conduisent en véritables bêtes dénuées d'humanisme. L'intolérance, la force brutale, les exactions sont profession de foi et ils torturent en toute impunité des innocents. Dénués de scrupules, ils se conduisent en despotes, et n'hésitent pas à éliminer ceux qui n'adhèrent pas à leurs idées, ou leur font de l'ombre. Cette partie documentée laisse place peu à peu à une succession d'épisodes mouvementés et le lecteur qui avait entamé sa lecture en mode diesel est happé par cette intrigue au nombreux rebondissements.

Un fin de volume Romain Slocombe a établi une présentation des personnages réels, des faux vrais protagonistes dont Herbert Holloway alias Ernest Hemingway et personnages fictifs.


Romain SLOCOMBE : Première station avant l'abattoir. Editions du Seuil, collection Le Seuil Policiers. Parution le 5 septembre 2013. 416 pages. 21,50€.

Repost 0
14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 08:49

Pour qui sont ces serpents qui sifflent...

 

serpent.jpg


Si un grand nombre de lecteurs potentiels établissent leur opinion sur un roman grâce à une couverture attractive ou à une quatrième de couverture plus ou moins intéressante, le chaland sera plus souvent happé par les premières lignes de l’ouvrage. Celles-ci sont souvent prédominantes dans l’achat éventuel.

Aussi je ne peux résister au plaisir de vous en dévoiler ces phrases qui incitent par leur force à se plonger dans cette histoire touchante et émouvante :

Je suis morte il y a treize ans.

J’avais six ans.

On m’a retrouvée noyée dans le lac, sous la glace, pas très loin de la maison. Les poches de ma robe étaient bourrées de pierres.

Les poissons avaient dévoré mes doigts et mon visage. On m’a identifiée à ma taille et à mes vêtements.

Mon joli anorak rose et mon sac à dos Scooby-Doo.

On m’a enterrée un après-midi de janvier. Il neigeait.

Sur ma tombe il y a gravé « Susan Lawson 1992-1998 A notre cher petit ange ».

Quand le cercueil est descendu dans le trou, ma mère s’est mise à hurler. Mon père s’est évanoui.

Intriguant, non ?

 

En ce 23 décembre, la parution d’un article écrit par un jeune journaliste aux dents longues ravive de douloureux souvenirs aux habitants de la petite ville d’Ennatown. Treize ans auparavant la jeune Susan Lawson disparaissait. Elle était âgée de six ans. Son corps avait été retrouvé quelques mois plus tard sous les eaux gelées du lac Winnipek, et n’avait pu être identifiée que grâce aux vêtements qu’elle portait. C’était la cinquième victime de celui qui avait été surnommé Le Noyeur. Seule une des petites kidnappées n’était jamais réapparue. Elles avaient toutes entre cinq et sept ans.

Snake T. est plongé dans la lecture de l’article lorsque Vince le rejoint. Snake T., vingt-six ans, est un ancien rappeur mis sur la touche à cause d’une bagarre pour une vilaine histoire de jalousie. Bilan, une balle dans le dos, et une incapacité à se déhancher, courir et même marcher sans ses béquilles. Fini la gloire et retour au pays comme un simple fils de marchand de pizzas.

Vince est plus alerte, la quarantaine démolie quand même par l’alcool. Une carrière brisée à cause de son intempérance et d’une bavure, une balle perdue qui a étoilé la tête d’un gamin qui n’avait rien fait de mal sauf d’être dans la ligne de tir du policier dont la main tremblait alors qu’il coursait un revendeur de drogue soupçonné de crime de sang. Pour lui aussi, fini les galons de lieutenant et retour au bercail. Limogeage en règle. Il travaille depuis peu à l’entretien du cimetière, là où est enterré son père, afin d’aider le père Roland qui n’est plus en très bonne santé. Il est essaie de ne plus boire, mais…

Il n’est pas le seul à avoir sombré dans l’alcoolisme. Pour des raisons différentes que lui, par exemple les parents des gamines disparues. Les pères qu’il rencontre au hasard des allées dans le cimetière. Quoi que certains peuvent se reprocher d’avoir sur la conscience la disparition de leur enfant, ayant accompagné leur fille jusqu’à l’arrêt du car mais ne pas avoir attendu le passage de celui-ci pressé d’aller se rincer la glotte.

Dans une cave, végète depuis des années, treize exactement, Susan Lawson. Elle n’est pas décédée et a donné naissance à une petite fille Amy, âgée aujourd’hui de cinq ans. Daddy, c’est ainsi que le ravisseur exige qu’il soit appelé, leur fournit comme victuailles du porridge (pouah la bouillie d’avoine) et des croquettes pour chien. Susan à dix-neuf ans n’est plus qu’une ombre, perdant ses dents et ses cheveux par poignées (les cheveux pas les dents). Amy est muette, mais elle a appris à lire dans les bouquins et les livres d’images que Daddy leur ramène parfois. Susan sait qu’elle n’en a pour plus longtemps, aussi elle veut qu’Amy puisse prend son envol. Elle arrive à dévisser une grille qui donne sur une sorte de boyau par lequel Amy doit pouvoir s’échapper, porteuse d’un morceau de papier, un appel à l’aide.

En ce vingt-trois décembre, à deux jours de Noël où les préparatifs vont bon train, tous ne pensent pas à boire et à festoyer. Black Dog par exemple, qui ne sait ni lire, à part quelques mots, ni écrire, ancien militaire pas très futé (non, ce n’est pas un pléonasme). Il vit dans les futaies de l’immense parc d’Ennatown. Il se débrouille pour survivre, trainant derrière lui un charriot dans lequel il dépose ses maigres affaires et ce qu’il récolte dans les poubelles. Dans sa tête trottinent en boucles ses pensées relatives à sa période militaire et ses amis, peu à vrai dire, aujourd’hui défunts. Il recueille la petite Amy, qu’il appelle Army, n’ayant pas compris ce qu’elle a écrit, et la prend sous sa protection.

Ils se rendent en ville à la recherche de nourriture et Black Dog pense pouvoir endiguer leur faim avec des parts de pizza jetées par le père de Snake T. Amy tend son morceau de papier à une dame mais celle-ci ne comprend pas son geste et le temps qu’elle cherche ses lunettes, le couple Black Dog et Amy s’enfuient. Ils ont peur de se faire choper. Snake T. aperçoit Black Dog qui s’enfuit avec la gamine accrochée à lui mais le temps qu’il réalise, ils sont loin, hors de portée.

Ce pourrait-il qu’il vient d’assister à un nouvel enlèvement ? L’article qu’il a lu peu avant laisse penser à ce genre d’événement. D’autres personnages ont entrevu ce drôle de couple, ont déduit la même chose et une sorte de paranoïa s’installe dans la petite ville. Le Noyeur a-t-il refait surface ?

Ennatown, à l’origine Ennaton, le serpent d’eau en langage Seneca, la peuplade indienne qui vivait sur cette terre avant d’être quasiment rayée de la carte, Ennatown est une petite ville de quatre mille deux cents âmes et huit églises. Les habitants sont pour la plupart relativement aisés, mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont heureux. Certains boivent, d’autres cherchent des compensations charnelles en dehors du lit conjugal. La population blanche prédomine, et quelqu’un comme Black Dog ne passe pas inaperçu. Et peu à peu le traumatisme lié aux enlèvements et aux meurtres qui se sont déroulés treize ans auparavant se réveille.

Brigitte-Aubert.JPGBrigitte Aubert décrit une galerie de personnages troublants, qui reflètent une certaine mentalité rurale américaine, sans être pour autant caricaturaux. Des passages émouvants s’insèrent dans les descriptions des faits et gestes des différents protagonistes, dans leurs actes et leurs pensées. Pour certains d’entre eux, cette quête d’une petite fille enlevée ou supposée kidnappée, peuvent amener à une rédemption. D’autres englués dans leur idées strictes empreintes de religiosité ou de morgue professorale, se fourvoient.

A chacun de ses romans, Brigitte Aubert renouvelle son style et son inspiration et La ville des serpents d’eau est ne déroge pas à ces qualités. Et puis il faut souligner les petits effets, qui touchent le lecteur, comme lorsque l’auteur narre les découvertes d’Amy. Amy ne connait rien du monde seulement par les livres d’images que Daddy amenait parfois et elle est contente de pouvoir employer (dans sa tête) des mots face à ce qu’elle découvre. Et Brigitte Aubert pour mieux nous faire partager les impressions d’Amy écrit ses mots en majuscule.


De Brigitte Aubert, à lire aux éditions Points :  La mort des bois,  Eloge de la phobie,  Les quatre fils du docteur March. Aux éditions Fayard :  Le souffle de l'Ogre et dans la collection Petits Polars du Monde : Boulevard du Midi.


Lire également la chronique de Claude sur Action-suspense concernant Le Royaume disparu.


Brigitte AUBERT : La ville des serpents d’eau.( Première édition : Le Seuil Policiers. Editions du Seuil. 2012). Réédition éditions  Points Policiers 336 pages. 7,00€.

Repost 0
11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 10:00

Quand Jigal se met en trois pour vous être agréable !


Ce mois de septembre paraissent aux éditions Jigal trois nouveautés que j'aurai probablement l'occasion de chroniquer :

African tabloïdde Janis Otsiemi, Loupo de Jacques-Olivier Bosco et Le chat Ponsard d'André Fortin. Mais auparavant penchons-nous sur trois rééditions fort bienvenues en format poche.

 

pauvres.jpg

Maurice Gouiran: Putains de pauvres ! 280 pages. 9,50€.

Retrouver trente après, un amour de jeunesse, n’est pas toujours désagréable, seulement cela dépend des conditions et de l’état physique des protagonistes. Ainsi, alors qu’il stationne au comptoir de son bar habituel, le Beau Bar, Clovis est tout étonné d’être abordé par une clocharde en laquelle il reconnaît Laura, la jolie Laura de son adolescence. Elle lui révèle que des SDF sont les victimes d’hommes circulant en 4X4, les aspergeant d’essence ou les brutalisant à mort. Et qu’une épidémie de grippe, aviaire, chikungunya ou autre, sévirait parmi les quartiers pauvres de la ville.

Bien évidemment les événements ne sont pas relayés par les médias et les autorités dites compétentes, ou si peu. Elle n’en sait guère plus Laura, mais elle peut toutefois orienter Clovis vers un maçon portugais reparti au pays après le décès d’un ami lui aussi Portugais et maçon dans un hôpital marseillais, et que trois pompiers auraient contracté la maladie en l’évacuant d’un squat. Les pompiers vont mieux, grâce à leur jeune âge et leur constitution solide. Mais les pauvres, les sans-abris, qui manquent du minimum vital n’ont pas cette chance. La suite de ma chronique ici

 

violents.jpg

Philipe Georget : Les violents de l'automne. 456 pages. 9,80€.

Les sanglots longs des violents de l'automne blessent mon cœur d'une longueur monotone et résonnent sur les arbres, les terrasses, les toits et la Tramontane s’en donne à cœur joie !  

Je sais, ce n’est que de l’à peu près (je demande pardon à Paul Verlaine), mais ce n’est pas Gilles Sebag, inspecteur au commissariat de Perpignan, qui me jettera le premier vers, lui qui est habitué à détourner les proverbes, maximes et autres aphorismes. Genre, lors d’un repas, la pépie vient en mangeant. Un humour potache qui lui permet de mettre de côté ses petits problèmes familiaux et professionnels. Toujours hanté par une éventuelle infidélité de sa femme Claire, il est sollicité par sa fille Séverine pour s’immiscer dans une enquête non officielle.

En effet Matthieu, le frère d’une de ses amies d’école, a été tué dans un accident alors qu’il roulait en scooter. Il a été percuté par une camionnette mais selon la sœur de Mathieu, tout n’est pas clair dans cet accident et les policiers jugent l’affaire close. D’ailleurs le conducteur de la camionnette, qui est un alcoolique avéré, jure qu’un véhicule blanc a brûlé un stop l’obligeant à dévier de sa trajectoire, engendrant l’accident malheureux et tragique. Sebag promet à sa fille d’étudier le dossier et voir s’il peut dénicher quelque chose qui infirmera les conclusions de ses collègues, durant ses temps libres. Seulement une autre affaire plus délicate requiert pour l’heure toute son attention. La suite ici

 

parjures.jpg

Gilles Vincent : Parjures. 248 pages. 9,50€.

Un dicton affirme : jamais deux sans trois et je viens de le vérifier. Partant d’un même postulat de base, la libération prématurée d’un protagoniste ayant bénéficié d’une réduction de peine alors qu’il avait été condamné pour meurtre ou viol, trois romanciers démontrent qu’un sujet analogue peut-être traité différemment. Après Le fossé d’Hervé Jaouen et Petits meurtres chez ces gens-là de Dulle Griet, voici donc une troisième intrigue ayant un détenu libéré parmi les personnages principaux.

Sortie aux aurores de ses rêves récurrents par un appel téléphonique, la commissaire de police Aïcha Sadia en remercierait presque son correspondant, l’un des hommes de son équipe le lieutenant Camorra. Lorsqu’elle arrive sur place, elle pourrait imaginer qu’elle se trouve sur un tournage de film, sauf que la scène du crime est bien réelle. Un corps dont la tête a été tranchée, le corps reposant sur un billot, posés près du cadavre un petit verre d’alcool et un mégot. Nul doute qu’il s’agit là d’une reconstitution à l’ancienne d’une exécution capitale. D’ailleurs, les papiers d’identité de l’individu sont retrouvés dans son pardessus déposé non loin, l’homme dont la tête a été décollée est un ancien prisonnier libéré depuis peu de temps. Un mois auparavant un autre ancien condamné a subi le même triste sort. La suite ici

 

Et n'oubliez pas, l'important c'est la prose !

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables