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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 14:32

Et rien en contrepartie ?

 

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Il parait que le sport, c’est bon pour la santé. Il parait ! Car James Hayman nous démontre le contraire. Suivez le guide !

Ce soir-là, tandis qu’il se rend dans un restaurant italien en compagnie de Kyra sa compagne, le chef de la brigade criminelle de Portland, dans le Maine, Michael McCabe ne pensait pas avoir à son menu du cœur. D’habitude il se régale d’un plat simple, un steak bleu à la new-yorkaise tandis que Kyra se délecte des spécialités du chef. Il est vrai que Kyra est artiste peintre et elle aime les couleurs tandis que McCabe est un intellectuel, détaché des nourritures terrestres. Intellectuel, c’est peut-être dire vite, mais il possède une mémoire d’éléphant, capable de réciter mot pour mot des passages d’un livre lu quelques mois auparavant. Tandis qu’il termine son apéritif, immuablement un whisky, il est appelé au téléphone par son adjointe Maggie. Le corps d’une adolescente a été découvert par un ivrogne dans une décharge de ferraille.

Arrivé sur place, il constate, et cela avant même que la médecin légiste Terri Mirabito soit arrivée, que l’adolescente est décédée et que plus rien ne pourra la ressusciter : son thorax a été ouvert proprement et longitudinalement et son cœur a été extirpé. A quelles fins (non, pas à quelle faim !) ? Il relève d’autres indices, d’absence d’une boucle d’oreille et des traces de brûlures sur la poitrine et les cuisses. Bientôt il a la confirmation que ce cadavre est celui de Katie, une adolescente de seize ans, sportive et joueuse de football, disparue depuis une semaine.

Et comme si cette affaire ne suffisait pas, une autre non moins inquiétante se profile. Lucinda, une jeune femme de vingt-sept ans, s’est fait enlever alors qu’elle effectuait son entrainement matinal, sur un chemin en bordure du fleuve, en compagnie de son chien Fritz, afin de participer sous peu à un dix kilomètres. Pas de témoins, car à cette heure matinale rares sont ceux qui courent dans le brouillard. Sur place McCabe procède, au péril de sa vie, aux premières inspections. Une casquette de base-ball appartenant à la joggeuse est retrouvée ainsi que le cadavre de son animal plusieurs mètres plus bas dans la pente qui rejoint la berge du fleuve.

Un lien pourrait être établi entre ces deux disparitions et McCabe et son équipe espèrent pouvoir retrouver son ravisseur afin que Lucinda ne connaisse pas le même sort que Katie. Opiniâtre McCabe suit plusieurs pistes à la fois. Celle du petit ami de Kate, avec lequel elle s’était disputée, n’est pas à écarter, mais il privilégie toutefois celle d’un spécialiste de la découpe. En premier Spencer, chirurgien spécialisé dans la transplantation cardiaque à l’hôpital de Portland. Il rencontre l’homme de l’art qui lui fait mauvaise impression et remarque accrochée dans son bureau une photo le représentant en compagnie de trois amis. L’attitude de Spencer sur ce cliché regardant l’un de ses compagnons est assez ambiguë. Spencer a du répondant et argue que si McCabe continue à l’importuner, il va en référer à son chef, le commandant Shockley. Tous deux font partie du même club mais cela n’impressionne guère le policier qui en a vu d’autres.


Un petit génie de l’informatique travaillant dans les services de police parvient, en visionnant la vidéo qui surveillait la décharge, à discerner des éléments utilisables pour réduire le champ des possibilités en ce qui concerne la véhicule ayant servi à transporter le corps ainsi qu’à donner un signalement approximatif de l’homme qui a déposé le cadavre de Katie. Ce n’est pas grand-chose mais il faut faire avec. Lors de la conférence de presse organisée par Shockley, en présence de McCabe qui se serait bien passé de cet entracte, l’un des journalistes demande pourquoi le brillant policier qui officiait auparavant à New-York a été muté à Portland. Le genre de question qui fâche. McCabe aurait-il un secret ? La réponse fournie par Shockley semble assez convaincante pour faire taire les curieux. McCabe aperçoit dans la foule une jeune femme qui n’est pas journaliste et profite de la cohue pour s’éclipser. Il la revoit plus tard et elle affirme avoir des révélations à lui faire.

McCabe s’entretient avec l’entraineur de football de Katie qui est aussi son professeur de biologie. Mais il oriente son enquête vers tous les chirurgiens de l’état susceptible de pouvoir extraire un cœur proprement de son enveloppe. Et en compulsant son ordinateur, il dégotte qu’une affaire similaire s’est produite trois ans environ auparavant en Floride. Il téléphone à l’un des policiers qui était en charge de l’enquête et apprend que Lucas Kane, le fameux ami figurant sur la photo était en Floride aussi mais qu’il est mort, assassiné.


Les heures défilent et le temps presse car McCabe espère retrouver saine et sauve Lucinda avant que le chirurgien, ou présumé tel s’occupe de son cœur. Et d’autres affaires semblables refont jour. Or à chaque fois ce sont des femmes blondes, jeunes, sportives qui ont disparu sans qu’on les retrouve.


Démarrant comme un bon roman policier de suspense classique, Donne-moi ton cœur bascule peu à peu dans le frileur (thriller pour les anglophiles). L’angoisse devient de plus en plus oppressante et le lecteur participe à cette course contre la montre tournant fébrilement les pages jusqu’à l’épilogue. Bientôt il possède une petite idée de l’identité du coupable, mais l’auteur, en marionnettiste adroit, a su garder quelques ficelles invisibles dans ses mains, jouant à faire évoluer ses personnages avec dextérité et instillant l’angoisse progressivement. Peu à peu il donne de l’épaisseur justement à ceux-ci, s’attardant sur McCabe, ses antécédents, mais également sur sa vie privée. Le policier est inquiet lorsqu’il laisse Casey, sa fille de treize ans, seule, car sa femme l’a quitté pour plus riche que lui. Les goûts de luxe ont été plus forts que l’amour. D’ailleurs elle se manifeste pour revoir Casey, alors qu’elle n’avait pas donné de signe de vie depuis trois ans. Alors oui, McCabe se demande si c’est pour récupérer Casey ou simplement une tocade. Kyra, sa compagne du moment, effacée dans le récit est toujours présente au bon moment, tandis que Maggie sa coéquipière, il apprend à la connaître et à l’apprécier.

D’autres faits sont également révélés, qu’ils fassent partie du récit ou non, mais qui ne l’alourdissent pas, tout juste un répit dans la progression montante de l’intrigue et de l’angoisse qui la nimbe.


James HAYMAN : Donne-moi ton cœur (The Cutting – 2009. Traduit par Frédéric Brument). Pré-publié chez France-Loisirs sous le titre L’écorcheur de Portland. Editions de l’Archipel. 12 juin 2013. 418 pages. 22,00€.

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 07:45

  Colporter, oui, mais pas n'importe quoi... !


 corde au cou-copie-1

 Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira à toi, antienne bien connue. C’est un peu ce que fait Roger le colporteur, dans un but pacifique, puisque les ruraux ne pouvant se déplacer pour acquérir ou même découvrir les nouveautés en matière de bimbeloterie, il sillonne la campagne, transportant sur son dos moult objets.

En cette fin d’année 1473, il arrive à Bristol, grelottant de fièvre malgré une robuste constitution, condition sine qua none pour parcourir par tous temps villes et villages. Il est recueilli par Margaret Walker, une veuve, et Lillis, sa fille. Il est soigné, nourri, choyé, plus qu’il n’aurait pu le penser puisque Lillis va jusque dans sa couche afin de lui réchauffer les membres. Lorsqu’il apprend que le père de Margaret est décédé peu de temps auparavant, traînant avec lui une sombre histoire mettant en cause le frère d’un riche bourgeois de la cité, il décide de mettre au service de la veuve ses facultés de déduction dont il a déjà fait profiter un édile de Bristol quelque temps auparavant. Ce qui d’ailleurs lui ouvre certaines portes, lesquelles resteraient en temps normal fermées à un manant tel que lui.

Le père de Margaret, après avoir été tisserand, est devenu l’encaisseur des loyers de Edward Herepath, usant pour cela d’une autorité un peu trop abrupte. Un jour il disparaît. Son chapeau est retrouvé flottant sur les eaux de la rivière. Et bien entendu l’argent collecté a disparu. Immédiatement Robert, le jeune frère d’Edward, un malandrin dont la mauvaise réputation n’est pas usurpée, est soupçonné de s’être emparé de l’argent et d’avoir tué le vieil homme.

S’il reconnaît le vol, Robert se défend d’avoir perpétré un assassinat. Il est toutefois pendu après avoir été jugé. L’affaire se tasse jusqu’au jour où le père de Margaret réapparaît, l’esprit nébuleux, affirmant avoir été enlevé par des marchands d’esclaves Irlandais. Il porte encore les traces de stigmates de coups, des traînées de sang ont été relevées dans la pièce, d’autres subsistent sur ses vêtements. L’opinion populaire, malgré ce retour impromptu, considère que Robert est bien le coupable présumé d’un forfait accompli, le vol d’argent, et d’un autre, la tentative d’assassinat.

Au bout de quelques mois le sexagénaire décède de mort naturelle. Cependant pour certains la culpabilité de Robert est mise en doute. Encore faible, Roger, pour payer sa dette envers ses logeuses, va se mettre en quête d’une improbable vérité. C’est ainsi qu’il est confronté à une secte, ou plutôt à des hérésiarques, les lollards, disciples de John Wycliff, théoricien professant un anticléricalisme virulent et ancêtre spirituel de Luther et Calvin. Ce n’est pas parmi cette congrégation que Roger trouvera le meurtrier, c’eut été trop facile, mais elle lui apportera des éléments de réponse aux nombreuses questions qu’il se pose.

Kate Sedley joue finement l’approche de l’anglicanisme sans le nommer, les rapports déjà tendus entre Anglais et Irlandais, et décrit avec une précision étonnante la vie quotidienne en Angleterre à la fin du XVème siècle sans que l’enquête, noyau du roman, soit occultée. Une plongée dans l’histoire qui met en exergue l’intégrisme, là encore sans le nommer, puisque le christianisme, le catholicisme plus exactement, était religion officielle et qu’il ne fallait surtout pas penser autrement que selon des règles édictées et inviolables. Roger, tout en étant croyant, se montre tolérant. Qualité extrêmement rare; malgré les bonnes volontés d’hier et d’aujourd’hui, car la démagogie veut que la tolérance soit prônée mais pas souvent respectée. Mais ceci est un autre débat.


 Kate SEDLEY : La corde au cou. Collection Grands Détectives N° 2956. 10/18.

 

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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 14:30

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Se retrouver face à un jeune homme, à la peau brune, maigre, vêtu d’un manteau trempé, incite à refermer la porte sur lui plutôt qu’à la laisser entrouverte, ou même l’inviter à entrer. Et Virginia Colar balance entre les deux solutions, l’éconduire ou accéder à sa demande de chambre. Car Virginia loue des chambres, mais l’homme qui se tient devant elle ne l’inspire pas vraiment. Enfin, surmontant sa répulsion, elle accepte de le loger, à condition qu’il ait les moyens de la régler. Il sort des billets froissés et des pièces de monnaie noircies comme s’il les avait gardées des années dans une boîte en ferraille parmi d’autres objets rouillés.

Il prétend se nommer Robert X. à l’instar de ceux qui appartiennent à cette organisation, dont elle ne sait plus trop bien le nom, les Black Panthers ou les Black Muslims. Mais du moment qu’il peut payer d’avance et qu’il ne se montre pas trop dérangeant, pourquoi pas ? Robert X. effectivement sait se montrer discret. Pas de bruit dans sa chambre, tout juste s’il lui répond quand elle lui apporte un bol de soupe pour qu’il se réchauffe. Juste pour savoir s’il y a une église baptiste dans le coin. Par Fletcher, le chauffeur de taxi de Sainte Adrienne, ville située non loin de Bâton rouge en Louisiane, qui voit tout ce qui se passe dans la petite ville, elle apprend que son locataire, qui a dit venir de Chicago, se promène le soir, qu’il déambule ou alors qu’il stationne de longues heures la nuit assis devant la porte de l’église du pasteur Phillip Martin. Un étrange étranger…

Elijah, instituteur à l’école primaire de Sainte Adrienne, habite chez les Martin. Alors qu’il est en voiture, il propose à Robert X. de le déposer en voiture, là où il le désire. Et parvient à le faire parler, un peu. Robert X. déclare vouloir assister à une conférence, la conférence d’un homme noir, sans plus. Sur une impulsion, peut-être parce que l’homme lui est sympathique ou solitaire, il l’invite à une soirée qui doit se dérouler deux jours plus tard, un samedi, lui promettant qu’un couple d’amis, Sheperd et sa copine Beverly tous deux enseignants, viendront le chercher.

Ainsi fut dit, ainsi fut fait.

Le samedi, dans la maison du révérend Phillip Martin, de nombreuses personnes sont présentes, et pas uniquement pour boire un verre. Le pasteur est aussi le président d’un comité de défense des droits civiques, et une action est envisagée afin d’obliger Chenal, le plus gros commerçant de la ville, de payer ses employés Noirs sur le même pied d’égalité que les Blancs. Robert X. refuse d’enlever son manteau, malgré la proposition d’Alma la femme de Phillip Martin, et se tient à l’écart des invités. Lorsque l’archidiacre Mills le remarque, il lui semble bien avoir déjà vu ce visage quelque part. Mais lorsque les yeux du pasteur se posent sur lui, c’est comme s’il voit un fantôme. Et il s’effondre. Ses amis affirment qu’il s’agit d’un malaise, provoqué par la fatigue. L’une des femmes présentes, sourde et donc n’entendant pas les explications, affirme qu’il est ivre. Ah, ces jugements énoncés sans fondement et colportés comme les pistils du pissenlit. Personne ne prend dessus heureusement. Mais Phillip Martin est vraiment mal en point. Il se cloître dans un mutisme qui inquiète Alma et ses amis, ses trois jeunes enfants aussi. Il est déboussolé, sort de sa chambre à l’insu de sa femme, et est en proie à l’incertitude, se posant de multiples questions. Non, pas de doute, ce Robert X. est son fils, l’un des enfants qu’il a eu lors d’une de ses nombreuses relations charnelles avant son mariage quinze ans auparavant avec Alma.

Il le revoit beaucoup plus jeune, mais ne se souvient plus de son prénom. Il lui faut le retrouver, s’expliquer avec lui, renouer qui sait. L’homme fort, digne, droit dans ses bottes, confiant en lui, imbu de ses prérogatives, de son influence, de sa force, de son charisme, n’est plus qu’un homme en proie aux doutes, aux interrogations.

Ernest J. Gaines, le chantre de l’Amérique noire sudiste, ne se contente pas de narrer les retrouvailles difficiles entre un homme et son fils. C’est l’Amérique de la fin des années soixante qu’il décrit, une Amérique rongée encore par le racisme et la ségrégation, mais également les rapports conflictuels en deux générations. La condition des Noirs américains n’a que peu évoluée, et ils sont toujours victimes d’un système de rejet. Vous croyez que la loi, elle devrait s’occuper de la famille à la place du père ? D’après la loi, elle a même pas été violée. Les filles noires, ça se fait pas violer ; elles provoquent leurs violeurs, les filles noires.

Cette Amérique qui est contente de trouver de jeunes Noirs pour combattre et assurer la défense du monde, elle les oublie lorsqu’ils rentrent au foyer. Quand ils rentrent, ils leur donnent rien à faire, ni travail, ni rien du tout. Et quand ils volent de la nourriture pour pouvoir manger, ils les tuent. Dans quel monde est-ce que nous vivons !

Le ressentiment des Noirs envers les Blancs est de plus en plus prégnant et certains envisagent même de tout brûler. Ce pays est la dernière béquille de la civilisation occidentale, du moins de ce qu’eux, ils appellent « civilisation ». En le brûlant, on la détruit, la civilisation occidentale. On remet le monde comme il était et on repart à zéro. Un ressentiment qui envisage un extrémisme parmi les plus exaltés. Mais sur le fond ont-ils vraiment tort ? Et cet esprit de fronde est partagé par de nombreux Noirs, même pacifistes. Y’a que deux choses que le Blanc comprend, m’sieur : les balles et le feu. Ce pays tout entier a été construit par les balles et le feu. Allez demander aux Indiens, aux Japonais ; allez demander aux Coréens, aux Vietnamiens. Rien que des gens de couleur. Même quand il lynche un nègre, il faut qu’il le brûle.

Ernest J. Gaines prenant pour base une histoire simple, un fils prodigue renié par son père et rentrant au foyer pour y accomplir ce qu’il lui semble être un devoir, vis-à-vis de sa mère et de ses deux frère et sœur, trempe peu à peu sa plume dans un encrier où a été ajouté un peu de vitriol, dénonçant les injustices, les inégalités, sachant que ses écrits ne resteront que des écrits, des idées couchées sur le papier pour mieux alerter ses compatriotes des rancœurs qui commencent à bouillonner dans le cœur et l’esprit de ses frères de couleur.

D'Ernest J. Gaines, lire également : Par la petite porte et Colère en Louisiane 


Ernest J. GAINES : Le nom du fils (In my father’s house – 1978. Traduit par Michelle Herpe-Voslinsky et Jean-François Gauvry). Editions Liana Levi. 15 mai 2013. 272 pages. 19,00€.

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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 07:29

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Keller est un personnage qui, malgré son statut de tueur, se révèle sympathique. C’est un être solitaire, quelque peu mythomane, qui se fait son petit cinéma à lui, extrapolant des situations tout en sachant qu’elles ne proviennent que d’une imagination fertile parfois un peu envahissante. On l’appelle par téléphone, on lui confie une mission, et il ne se pose pas de questions. Il s’exécute ou plutôt il exécute. Pour la plus grande joie de son patron et de ses commanditaires.

Toutefois il lui arrive de détourner les règles. Quand il tue par exemple le commanditaire d’un meurtre pour faire bonne mesure. Ses relations avec son psychiatre se terminent mal, il s’entiche d’un chien, recueille la jeune fille qui garde le cabot (il l’est un peu lui-même !) lorsqu’il est en déplacement, bref, il a une vie presque normale. Il ne ressent pas d’états d’âme mais parfois des problèmes de conscience le taraudent. Il n’est guère facile de faire un choix entre la victime et le client.

Keller ne devrait pas faire partie de vos relations et pourtant vous l’adopterez. Il n’agit pas en fanatique, en tueur programmé, au contraire. Il lui arrive de réfléchir, de déroger à la règle, de se montrer humain, serviable. Et même de se passionner pour des passe-temps futiles, tels que la collection de timbre-poste.

Un livre qui, découpé en dix chapitres, rassemble autant de nouvelles, tranches de vie d’un tueur payé pour accomplir proprement sa pratique.

Les deux personnages de Lawrence Block, Keller et Rhodenbarr, qui de prime abord, et de par leur statut hors norme, devraient se révéler antipathiques mais, à cause d’une forme d’éthique et d’humanisme qui se dégage de leur aura, ne parviennent pas à susciter le moindre rejet. En réalité on voudrait devenir leur confident, relation privilégiée, rôle que tient le lecteur.


Lawrence BLOCK : L’amour du métier. Editions Points. 336 pages. 6,50€.

 

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 15:38

Louise ? Michel ? Un clin d’œil ?

 

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Installé sur l’île d’Iririki, dans l’archipel de Vanuatu, depuis quelques temps, Michel occupe son temps en petits boulots. Accompagnateur par exemple pour touristes désireux de découvrir la faune et la flore locales, ou guide présentant des tableaux classiques et naïves dans une galerie de peinture. Une vie calme, rangée, sans soucis majeurs, ponctuée de dégustation de kava, une décoction des racines d’une plante de la famille du poivrier. Le goût est assez proche de celui du produit que les dentistes injectent dans la mâchoire, avant de passer la roulette. L’effet est le même, ça insensibilise et ça donne un curieux sentiment de dédoublement, dans les muscles, les organes, les nerfs et jusque dans le cerveau (je suis désolé mais je n’en ai pas sous la main à vous proposer).

Donc Michel vaque tranquillement louant au mois un bungalow pied dans l’eau. Le rêve ! Jusqu’à ce petit matin où à peine réveillé il va nu à sa fenêtre afin de scruter l’état du ciel. Une jeune femme est à bord d’un catamaran, se battant avec son embarcation pour la mener vers la passe. Il l’apostrophe, elle dévisage amusée sa modeste virilité matinale mais ne dit pas non à sa proposition de prendre le petit déjeuner ensemble. Pas pour maintenant, car elle est occupée. Il la retrouve un peu par hasard sur le marché et les présentations ayant déjà été faite, pas selon les critères bonnes manières, il ne leur reste plus qu’à échanger leurs prénoms. Elle s’appelle Louise et veut bien déjeuner en sa compagnie.

Ils entament un papotage de bon aloi et quelques confidences de part et d’autres. Elle a loué son catamaran en Nouvelle Calédonie et a entrepris une longue traversée du Pacifique, seule à bord. Michel est sur l’île suite à un démêlé avec un baron de la drogue à qui il doit de l’argent.

Le soir même ils font connaissance un peu plus intimement, plus que ça même, pourquoi se montrer restrictif, et elle lui propose de continuer ensemble ses pérégrinations maritimes. En réalité ce voyage a un but bien précis, mais elle ne précise pas exactement en quoi ça consiste. Et le pauvre Michel ne sait pas que son voyage l’emmènera au milieu d’un cimetière de ferraille.

Ce court roman, qui en réalité est une nouvelle, est une incitation à l’exotisme, à visiter les îles paradisiaques, qui ne le sont plus guère depuis que les Européens se sont installés dessus. Mais ceci est une autre histoire. C’est également le prétexte pour Didier Daeninckx de pointer du doigt des négligences, des défaillances, dans la gestion de déchets, le tout sous couvert d’un humour noir qui pourrait être aussi de la mauvaise humeur. Si l’on s’attend à l’épilogue, il n’en reste pas moins que l’on a effectué une belle promenade en mer en compagnie de Louise et Michel.


Didier DAENINCKX : Voiles de mort. Illustrations de LOUSTAL. Petits Polars du Monde N° 2. 56 pages. 2,00€.

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 14:18

Elles sont en grève ?

 

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Peut-être avez-vous constaté comme moi que cette année, guère d’abeilles batifolent sur les fleurs. A cause du temps maussade ? A cause de fleurs en retard dans la floraison ? A cause d’un dérèglement de leur métabolisme ? A cause d’une raison inexpliquée ? Toutes les hypothèses peuvent être envisagées, même les pires.

Dans un couple, il faut toujours que l’un cède devant les caprices de l’autre, sous peine de conflits et de dissolution. La commissaire antimafia Simona Tavianello, qui préfère passer ses vacances au bord de la mer, plus précisément à Salina l’une des îles Eoliennes près de la Sicile, a accepté, pour une fois, de se plier selon aux désirs de son mari, le questeur (une sorte de commissaire principal) en retraite Marco Tavianello. Mais au lieu de se balader dans cette vallée du Piémont où ils résident, elle a imposé son envie d’aller acheter du miel chez l’apiculteur Giovanni Minoncelli. Seulement en poussant la porte du bâtiment, ils se trouvent confrontés à un cadavre gisant à terre.

L’adjudant de carabiniers Calabonda, surnommé Cacabonda à cause d’un journaliste ou d’un de ses hommes qui a mal compris l’énoncé de son nom ainsi qu’aux quelques boulettes qui entachent sa carrière, prend la direction des opérations. Près du corps une feuille blanche a été déposée avec inscrits au feutre ces quelques mots : Révolution des Abeilles. Pas grand-chose à se mettre sous la main sauf que, quelques heures plus tard, Caca… pardon Calabonda se met en contact avec Simona et Marco, qui discutent de l’affaire à une terrasse de café, pour leur demander comment il se fait que la balle tirée dans la tête du défunt provient de l’arme de service de la commissaire antimafia. Son arme de service qu’elle avait emmenée avec elle sur l’injonction de ses supérieurs. A la même terrasse, Giuseppe Felice, journaliste local, se demande comment aborder les deux vacanciers. Mais une timidité rédhibitoire le cloue sur sa chaise.

La victime n’est autre que l’ingénieur Bertolazzi, lequel était chargé pour le compte de la société Sacropiano de la commercialisation des produits de la firme, c'est-à-dire de semences OGM et de pesticides. Et bien évidemment il était la cible privilégiée de la colère des apiculteurs de la région. Depuis quelque temps les hyménoptères sont sujets au syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles domestiques. Elles partent sans crier gare et on ne les retrouve jamais. Pas de cadavres, ni dans la ruche, ni à proximité. Un phénomène inquiétant. Aussi penser que Minoncelli serait l’auteur du meurtre est présent à l’esprit de Calabonda, sauf qu’au moment du drame celui-ci était justement dans la propriété de Bertolazzi en train de manifester et de déployer des bannières en compagnie d’autres membres du collectif de protection des abeilles.

Une autre piste est envisagée car Bertolazzi était un homosexuel, ce qui en soi n’est pas problématique, mais il avait une vie sexuelle assez dense et pour l’heure son amant était un berger Albanais vivant non loin. Bien malgré elle Simona Tavianello est impliquée dans cette ruche bourdonnante Un autre homicide est enregistré près des ruches de Monticelli. Particularité de la victime : sa tête est à moitié défigurée par une attaque d’abeilles, l’autre a été emportée par une balle de gros calibre.

Ciuffani, un journaliste bien connu de Simona pour être proche du pouvoir, deux frères, l’un responsable de la Sacropiano et l’autre patron du journal local, s’invitent dans cet essaim déjà constitué de journalistes, de carabiniers, d’apiculteurs en colère et autres.

Serge Quadruppani se montre aussi pointilleux dans l’écriture de ses romans que dans ses traductions, notamment celles des romans d’Andrea Camilleri. Il ne se contente pas de narrer une histoire mais apporte de nombreux éléments afin d’affiner son propos. La disparition des ouvrières, des abeilles, est un problème de société dont pâtissent les apiculteurs. Et derrière cette profession, c’est tout un système voué aux produits chimiques qui est mis en cause. Mais la politique s’invite également dans cette histoire qui ne pouvait ignorer les remous du parti au pouvoir, la concussion, mais aussi Le Ligue du Nord.

Serge Quadruppani nous offre une autre vision du monde actuel, plus proche de la nature, pointant du doigt les dérives des laboratoires chimiques et de la finance. Evidemment, la vie des abeilles, ou plutôt la mort touche peu de monde, pour l’instant, mais si ceci n’est qu’un microcosme, cette brèche ouverte peut s’étendre de façon sournoise à tout un système écologique préjudiciable à l’être humain.


Serge QUADRUPPANI : La disparition soudaine des ouvrières. (Réédition des éditions du Masque. Septembre-2011). Folio Policier N°701. 256 pages. 7,20€

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 07:33

Rien de tel qu'un bon voisinage pour mettre l'ambiance !

 

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Las de la vie urbaine, Karen et Michel décident de quitter Amsterdam et de s’installer dans un petit village proche de la capitale avec leurs deux enfants. Au début, tandis que Michel va travailler, Karen malgré son emploi à domicile s’ennuie un peu. Les premiers mois, ils reçoivent bien leurs amis, mais cela ne dure qu’un temps. Heureusement ce seront les enfants, comme bien souvent, qui établiront la liaison.

Karen fait la connaissance de Hanneke, puis de fil en aiguille le cercle s’élargit. Bientôt ils seront cinq couples, ou considérés comme tel, des nouveaux riches, à se réunir les uns chez les autres pour boire, pour papoter, pour boire, pour faire la fête, pour boire. Une petite association dénommée le club des dîneurs. Entente cordiale assurée, sauf que parfois il y a de légers dérapages. La bonne humeur est de rigueur, même si unetelle n’apprécie pas les écarts de langages, les attitudes, les provocations d’une autre, même si les hommes se montrent parfois provocants, séducteurs, émoustillants, grivois, désirant comparer dans le pré d’à côté si l’herbe est aussi tendre que dans leur jardin. Un vernis de façade qui se craquèle, se fissure, se lézarde sous les insinuations, les petites trahisons, avérées ou non, les mensonges.

Jusqu’au jour où tout bascule. Réveillée en pleine nuit par le téléphone Karen apprend que la maison de Babette et Evert est en train de brûler. Branle-bas de combat pour récupérer les enfants, des objets, savoir si les parents sont indemnes. Hélas non seulement Evert périt dans l’incendie, mais une lettre découverte dans sa voiture laisse supposer qu’il est à l’origine du drame. Depuis quelques temps il était en proie à une dépression, ce dont ses amis s’étaient rendu compte, ne pensant pas toutefois que cela pourrait tourner au drame. Le jour de l’enterrement d’Evert, Hanneke se saoule, et disparaît. Le lendemain elle est retrouvée, gisant sur le trottoir, tombée du balcon de sa chambre d’hôtel où elle s’était réfugiée. Accident, suicide, meurtre ? Toutes les hypothèses sont avancées.

noort.gifUne introspection dans le monde des nouveaux riches, des Bobos qui ont bobo. Saskia Noort met en scène avec finesse cinq couples, dont Karen la narratrice et son mari Michel, et dévoile peu à peu la vie intime de ses personnages. Installées dans un village pour fuir la ville, même si les maris se déplacent tous les jours pour rejoindre la capitale, ces cinq femmes cherchent à se créer leur monde, et non pas à s’intégrer. Un peu comme les coloniaux qui se réunissaient le soir dans leurs bungalows pour écluser leur whisky et parler du pays qu’ils avaient quitté pour amasser une fortune dont ils ne profiteraient pas. La tension monte progressivement, chacun regarde l’autre afin de déceler qui est le coupable potentiel, et les crises de nerf succèdent aux crises de rire. Karen, la dernière arrivée, se raccroche tant qu’elle peut, comme le lierre aux pans de murs qui se dégradent. Angoisse et sexe vont régenter sa vie même si elle tente de combattre les deux.


Prix SNCF du Polar Européen 2010.


Saskia NOORT : Petits meurtres entre voisins. (De Eetclub – 2004 ; traduction Mireille Cohendy. Réédition des éditions Denoël.) Folio Policier n° 613. Tirage limité sous étui. 10,00€. En version normale 7,20€.

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 16:38

Et comme disait ma grand-mère: ne fais pas l'oeuf !

 

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C’est comme si un cataclysme s’était abattu sur la ville. Des morts partout, des voitures encastrées les unes dans les autres, les passagers d’un car figés dans la mort, des consommateurs aux terrasses terrassés leur dernier verre à la main. De même pour les animaux, petits ou gros. Pourtant rien ne semble à l’origine de cette catastrophe. Pas de guerre, pas de déflagration nucléaire, aucune origine visible suspecte. Seuls un homme et une femme nus marchent dans la rue main dans la main, surveillés par un rescapé caché parmi les décombres.

Effectuons un bond dans le temps en nous projetant cinq cents ans environ en arrière et entrons en catimini dans le laboratoire d’un alchimiste. L’homme a réussi à doubler sa production d’argent métal à partir du minerai de cuivre. Mais le Grand Œuvre n’est point sa préoccupation première. Il veut également accéder à la découverte de la Panacée, la médecine universelle, l’élixir de longue vie. Et aussi, mais cela est déjà réalisé, parvenir à la transmutation de l’âme. En 1518, au Clos Lucé, tandis que Leonardo Da Vinci planche sur l’une de ses nombreuses activités, il est tout à la fois artiste, scientifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, peintre, sculpteur, architecte, urbaniste, botaniste, musicien, poète, philosophe et écrivain (dire que personnellement je peine à réaliser modestement l’une de ces occupations !), un visiteur se présente. Tandis que Da Vinci dissèque un cadavre, le Flamand se dit intéressé par les mystères de la vie et il aimerait pouvoir compulser les innombrables croquis du maître italien.

Quelques années plus tard, en 1547 exactement à Arles, un homme se présente chez Michel de Nostredame, pensant trouver auprès de celui-ci de nouvelles connaissances en alchimie végétale. L’alchimiste qui travaille sur une traitement contre la peste est contrarié et demande à son visiteur de reporter leur entretien au lendemain. Durant la nuit, l’homme, le Flamand, dit aussi l’Anonyme d’Anvers, est réveillé par des bruits. Michel de Nostredame est atteint selon son serviteur d’une crise d’épilepsie. Or ce n’est point de mal étrange que Nostredame souffre mais d’un état de transe. D’ailleurs le Flamand le voit rédiger quelques lignes sur un bout de papier qu’il enferme dans un tiroir avant de s’endormir paisiblement. Il s’empare de quelques-unes des Centuries de Nostradamus.

En 2012 à Aniche, Annie dort comme une bienheureuse lorsque par la fenêtre s’engouffre comme un vent qui tournicote, un halo de forme ovoïde qui la nimbe doucement puis s’infiltre en elle. Au Palais de la Bière, Bob le patron et ses trois amis, Léo le copain d’Annie, ouvrier verrier, Bubu l’anarchiste et Fifi professeur d’anglais, confèrent, discutent, conversent, parlotent, bavardent… et boivent. Léo rentre se coucher et tandis qu’il ronfle comme un poêle à charbon (normal nous sommes dans le Nord) en plein rendement de surchauffe, Annie se lève pimpante, guillerette avec dans la tête une idée nouvelle. Elle se rend à son travail, elle est archiviste au Centre historique Minier de Lewarde, et son premier souci est de s’infiltrer dans une cave afin de trouver elle ne sait trop quoi. Elle est guidée par une lueur qui la mène jusqu’à un coffre. Et dans ce coffre, qu’y-a-t-il ? Un trésor sans aucun doute et elle en fait part à Léo qui en compagnie de ses amis se promet de lui faire un sort (pas à Annie mais au coffre).

Dans ce court roman, outre les pérégrinations de l’Anonyme d’Anvers déjà décrites ci-dessus, nous retrouvons dans les années 1860 les personnages fort sympathiques que sont (ou furent) Jules Verne et Emile Zola, quoique ceux-ci ne s’estimaient guère, et qui grâce à leur curiosité naturelle concernant cette région purent écrire leurs chefs d’œuvre tels que Voyage au centre de la Terre et Germinal. Nous suivons également les tribulations d’un carnet convoité par bon nombre de personnes, et sinon le posséder, tout au moins le consulter. Eminemment ancré dans le domaine du fantastique, cet ouvrage nous propose quelques belles pages historiques sur la région, sur les conditions de travail des mineurs et accessoirement des verriers, avec la participation exceptionnelle de personnages célèbres en acteurs invités (certains disent Guest star, il parait que cela fait mieux si l’on s’exprime en anglo-saxon) qui donnent une saveur particulière à ce qui aurait pu n’être qu’une aimable bluette.

 

A lire dans la même collection : Entretiens avec un très vieux vampire de Roger Facon et 666, quai de la Scarpe de Michel Meurdesoif.


Jean-Marc DEMETZ : Les Œufs de Lewarde. Collection 666 ; éditions Engelaere. 144 pages. 7,00€.

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 11:08

Liées d'une petite faveur...

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Bernie Rhodenbarr possède pignon sur rue comme libraire et bouquiniste. Profession fort honorable s’il en est. Mais ce n’est qu’une de ses activités, car il se transforme à l’occasion en cambrioleur. Théoriquement il a raccroché son passe et son attirail au clou, mais lorsqu’une jeune femme avenante et semble-t-il désemparée lui demande un petit service, il s’exécute.

Et c’est ainsi qu’il réserve une chambre d’hôtel afin de s’emparer d’une liasse de lettres écrites sur du papier mauve par Gulliver Fairborn à son agent littéraire Anthéa Landau. L’écrivain mythique, dont le premier livre paru dans les années 60 a bouleversé plusieurs générations d’étudiants, est une sorte d’anachorète, changeant très souvent d’adresse, refusant de se laisser photographier, bref un inconnu célèbre. Et comme miss Landau a décidé de mettre sa correspondance aux enchères, Bernie est comme qui dirait réquisitionné.

Seulement, ce qu’il ne pouvait deviner, c’est que, au lieu des missives, il trouverait dans la chambre de la peu scrupuleuse Anthéa le corps de celle-ci sur son lit. Et s’il n’avait pas été aperçu par une résidente, cela aurait pu bien se passer, mais voilà, le petit grain de sable enraye la mécanique.

 

Dans ce nouvel opus, machiavélique à souhait, avec moult rebondissements, réunion des différents protagonistes comme dans les bons vieux whodunit, épilogue plus ou moins moral, Bernie Rhodenbarr va essayer de ne pas trop perdre de plumes, et surtout ne pas entacher plus une réputation déjà bien établie au sein de la police. Cambrioleur, certes, mais sympathique quand même, comme l’étaient en leur temps Arsène Lupin, Le Saint ou encore Le Baron.


Lawrence BLOCK : Les Lettres mauves. Editions Points. 352 pages. 6,50€.

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 13:41

  J'aime flâner sur les grands boulevards, y'a tant de choses, tant de choses, tant de choses à voir...

 

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Mai 1861. Sous les ordres du baron Haussmann, de vieux immeubles et des maisons insalubres sont démolis, des bidonvilles sont rasés, afin de récupérer de la place pour l’ouverture de boulevards, la construction d’immeubles de prestige et de parcs. La surface viabilisée de la capitale passe de treize arrondissements à vingt et les travaux concernant le boulevard Malesherbes et le parc Monceaux doivent être terminés pour le 13 août date officielle de l’inauguration.

En ce lundi 27 mai, malgré les consignes qu’il avait données la veille à sa vieille nourrice Tamara, Achille Bonnefond est réveillé de bonne heure. Un envoyé du ministre de l’Intérieur Victor de Persigny, lui annonce qu’il est attendu Place Beauvau, le nouveau siège du ministère. Détective privé, spécialiste des affaires criminelles, ayant l’oreille de Napoléon III, Achille se voit souvent confier des enquêtes en raison de ses capacités, enquêtes qui ne peuvent être diligentées par les forces de polices habituelles. Or celle qui se profile entre ce cadre d’une mission de confiance et doit être tenue secrète.

Dans le parc Monceaux qui est en rénovation, le cadavre d’une jeune femme a été découvert. Il est malaisé de l’identifier car le visage et le corps, même les parties intimes qui sont en général à l’abri des regards, ont été arrosés de vitriol. Seule particularité, ses longs cheveux roux. Le cadavre tenait dans la main un mot signé par la Nouvelle Charbonnerie Démocratique Universelle. En effet les carbonari italiens ne se sont pas remis de la condamnation puis de l’exécution d’Orsini qui avait perpétré un attentat visant Napoléon III trois ans auparavant et ils veulent venger leur compagnon. Sous sa tête est glissée une lame de tarot.

D’après le médecin légiste, cette inconnue vivait misérablement, aurait eu un enfant et peut-être eu à faire avec une faiseuse d’anges. Cela n’avance guère Achille qui décide de confier l’enquête à son ami et ex-associé Félix. Ils s’étaient connus sur les bancs de l’école puis ils avaient monté ensemble une agence de détectives privés. Achille préférant enquêter en solo, Félix avait gardé l’agence. Il s’est marié, contrairement à Achille qui aime la liberté mais accumule les conquêtes, il s’est enrobé aussi tandis qu’Achille est resté svelte. Félix accepte donc la mission, et d’après la description qui lui a été faite de la jeune femme, il décide de se renseigner auprès d’une de ses connaissances, un chiffonnier du nom de Baise-la-mort surnommé ainsi pour avoir échappé à l’échafaud et au bagne. Seulement Félix est victime d’un accident de la route et il est obligé de garder le lit, Cécile son épouse le bichonnant. Avec une double fracture de la jambe et des côtes cassées, il ne peut plus assumer sa tâche.

Achille reprend alors le flambeau et s’enquiert du dénommé Baise-la-mort, lequel va l’entraîner de la Petite Pologne (près de l’actuel Parc Monceau) jusqu’à Clichy en passant par le Champ Perrey (aujourd’hui Neuilly et Levallois-Perret), les quartiers Mazas et Maubert. Tous quartiers miséreux servant de refuges aux indigents, aux relégués de la société, aux chiffonniers… Achille, sous la houlette de Baise-la-mort se déguise en biffin et arpente les venelles, les taudis, les bouges de ces endroits déshérités, à la rencontre de personnes susceptibles de pouvoir fournir une identité à la morte. Enfin, un nom leur est proposé, la Vierge-folle. Suffit de trouver quelqu’un l’ayant suffisamment connue pour dévoiler son identité réelle et ses antécédants.

Après avoir planté le décor historique et parisien dans lequel vit Achille Bonnefond, qui demeure boulevard des Capucines, avoir exposé son passé familial, il est le fils d’un riche homme d’affaires mais a coupé les ponts pour emboiter le pas dans les traces de son idole Vidocq, décrit ses amours, actuellement la belle et jeune Lucille de Brizacq mariée à un homme complaisant et surtout riche, et dont il commence à se lasser se rendant compte qu’elle est surtout égoïste, sa maîtresse Marthe qu’il retrouve de temps à autre, sa nourrice et servante Tamara et sa chatte Pakoune qui n’a qu’un œil, Frédérique Volot change tout à coup de registre.

Après l’étude d’une société bourgeoise et d’une ville en pleine mutation, ce dont profitent les spéculateurs immobiliers, Frédérique Volot nous plonge dans l’envers du décor. Loin des fastes, des ors, des dorures, des insouciances, le lecteur est invité à visiter les quartiers où se terrent les miséreux, les ivrognes, les pochardes, les filles de joie, les pédophiles, les incestes, les gamines ayant déjà connu les assauts des mâles, des chiffonniers. Ces derniers forment une sorte de caste organisée en une sorte d’échelle sociale. Le lecteur ne peut s’empêcher de penser aux Mystères de Paris d’Eugène Sue en découvrant cet univers cosmopolite. A noter que les chiffonniers, ou biffins, procédaient déjà au tri sélectif et au recyclage, des activités dont Achille Bonnefond ignorait l’existence. Achille et son compagnon Baise-la-mort, affublé d’un chien portant le sobriquet de Totor la guillotine, marchent dans la boue et les détritus, dorment dans des endroits insalubres, côtoient la maladie, les miasmes et les rongeurs. Grimé plus vrai que nature, Achille essaie de se fondre dans la masse, regrettant son logis douillet et ses repas fins.

Le côté énigme policière sert de fil rouge à ce roman historique afin de reconstituer une époque en pleine mutation dans un roman qui est aussi une étude de mœurs et nous ne sommes pas loin des romans naturalistes chers à Zola et confrères.

Voir également l'avis de Claude sur Action-Supense ainsi que chez Yv.


Frédérique VOLOT : La Vierge-Folle. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. 336 pages. 19,50€.

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