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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 16:07

Ce ne serait pas bête !

Nicholas BLAKE : Que la bête meure...

Six mois après le drame qui a coûté la vie à son fils Marty, alors âgé de huit ans, Franck Cairnes, auteur de romans policiers sous le pseudonyme de Felix Lane, décide de rédiger son journal destiné à un lecteur inconnu. Et il débute sa narration ainsi :

20 juin 1937. Je vais tuer un homme. Je ne connais ni son nom, ni son adresse, ni son aspect physique. Mais je vais le trouver et le tuer.

Marty a été renversé par un chauffard, il est décédé, et les recherches effectuées par la maréchaussée n'ont rien donné. Alors Felix, car c'est sous ce nom que notre romancier a décidé d'enquêter, va se substituer aux policiers et retrouver l'automobiliste indélicat qui n'a pas daigné s'arrêter alors qu'il savait pertinemment qu'il avait percuté quelqu'un.

Il raisonne comme l'auteur de romans policiers qu'il est et à force de suppositions, de déductions, arrive à la conclusion que l'homme est en accointance avec un garagiste, ou garagiste lui-même, car son véhicule ayant été endommagé, il a dû le faire réparer en catimini afin de ne pas laisser de trace auprès des enquêteurs. C'est par hasard qu'en franchissant un gué, pensant que l'homme aurait pu se débarrasser des pièces endommagées dans la rivière, qu'il trouve un témoin. L'homme a aperçu un couple avec une voiture à l'avant cabossé. Une piste se profile, le témoin ayant reconnu la femme, actrice de cinéma.

Tandis qu'il essaie de remonter la piste, Felix Lane reçoit des lettres anonymes l'accusant de ne pas avoir su s'occuper de son gamin. Ce qui le chagrine fortement, car il faisait tout pour pallier l'absence de la mère décédée quelques années auparavant.

Lane contacte son agent afin qu'il puisse s'introduire dans les milieux du cinéma, prétextant qu'il a besoin de s'instruire pour planter les décors de son nouveau roman. La pêche est fructueuse puisqu'il fait la connaissance de Lena, actrice jouant dans des seconds rôles. Elle lui apprend que sa sœur est mariée avec un garagiste, dans un petit village du comté de Gloucester où lui même vit. Ce ne sont pas les quelques dizaines de kilomètres qui le séparent de ce village qui font obstacle.

Ses relations avec Lena deviennent assez intimes. Il s'installe dans une auberge du village puis il s'arrange pour être invité chez George Rafferty, le garagiste. L'homme est violent, contrairement à son associé Harrisson Carfax, tandis que sa femme, Violet, la sœur de Lena, est une femme effacée. Sa mère est directive et son fils Phil subit les remontrances du père et de la grand-mère, toute incartade, minime qu'il soit, étant sujette à rebuffade, voire plus. Felix est attiré par la fragilité de Phil et propose même de lui donner des cours de rattrapage.

Felix Lane étudie le comportement de Rafferty afin de parvenir à la conviction que celui-ci est bien le chauffard ayant pris la vie de son fils Marty. Puis il envisage de se débarrasser du bonhomme lors d'une partie de pêche en canot sur la rivière. Seulement il ne peut mener à bien son projet. Le soir même, Rafferty décède d'un empoisonnement. Et Felix jure qu'il n'est pas coupable, possédant même un alibi.

 

Ce roman divisé en trois partie, avant, pendant et après, c'est à dire la recherche du chauffard, la perpétration du meurtre ou plutôt l'essai manqué, puis l'enquête sur le décès par empoisonnement de Rafferty. Et l'entrée en scène Nigel Strangeways, détective amateur renommé et sa femme Georgia qui a déjà participé à quelques-unes de ses enquêtes ainsi que de l'inspecteur Blount de Scotland Yard.

La première partie, écrite à la première personne puisqu'il s'agit d'un journal allant du 20 juin au 21 août, narre l'enquête de Felix Lane concernant le meurtrier de son fils. Une histoire de vengeance décrite en direct par le principal intéressé, principalement psychologique et déductive. La deuxième partie étant l'essai de perpétration du meurtre envers le garagiste, la troisième étant du domaine du roman policier classique cherchant à découvrir le coupable dans l'empoisonnement du garagiste, à moins qu'il s'agisse tout simplement d'un suicide maquillé. Le tout sur fond de manipulation et de machiavélisme.

Première édition : Collection de l'Empreinte N°152. Editions de la Nouvelle Revue Critique. Parution 1938. 256 pages.

Première édition : Collection de l'Empreinte N°152. Editions de la Nouvelle Revue Critique. Parution 1938. 256 pages.

Publié en 1938 dans la collection de l'Empreinte, ouvrage de référence pour la rédaction de cet article, ce roman a été adapté en 1969 au cinéma par Claude Chabrol avec dans les rôles principaux, Michel Duchaussoy, Caroline Cellier, Anouk Ferjac et Jean Yanne.

 

La Collection de l'Empreinte proposait en outre en fin de volume une chronique d'échecs signée François Le Lionnais, ingénieur chimiste, mathématicien épris de littérature, doublé d’un écrivain passionné de sciences, fondateur en 1960 de l'Oulipo, Ouvroir de Littérature Potentielle, qui donnera naissance plus tard à l'Oulipopo, Ouvroir de Littérature Potentielle Policière.

Suivaient ensuite un concours de problèmes policiers et bien entendu la solution au problème précédent. Ce concours était doté de cinquante prix, le premier étant un magnifique lampadaire (c'est du moins ce qui est annoncé), le deuxième étant de 300 francs de livres à choisir dans le catalogue des éditions de la Nouvelle Revue Critique et ainsi de suite. Sachant que ce roman valait 7,50 francs, cela équivalait à 40 ouvrages pour le gagnant en deuxième position et 8 ouvrages pour ceux arrivés entre la vingt-sixième et cinquantième position. A noter que les participants à ces concours envoyaient leur réponse de toute la France mais également de Belgique, de Suisse, du Portugal, du Maroc, de Tunisie, d'Indochine...

 

Une canne à pêche est une baguette munie d'un hameçon à un bout et d'un imbécile à l'autre.

Réédition collection Un Mystère 3e série. N°34. 1969.

Réédition collection Un Mystère 3e série. N°34. 1969.

Voir également les avis enthousiastes de Claude dans Action-Suspense et de Pierre dans BlackNovel1.

Nicholas BLAKE : Que la bête meure... (The Beast Must Die - 1938. Traduction de Simone Lechevrel). Collection Bibliomnibus Polar. Editions Omnibus. Parution 12 mai 2016. 224 pages. 13,00€.

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 07:28

A déguster sans modération...

Jean RAY : Les contes du whisky.

Si le nom de Jean Ray est indissolublement lié au personnage d'Harry Dickson, il ne faut pas oublier la partie majeure de ses contes et romans que les éditions Alma rééditent aujourd'hui.

En effet le sieur de Gand, grand fantastiqueur belge, possède à son actif des classiques comme Malpertuis, La cité de l'indicible peur, Les derniers contes de Canterbury, Les contes noirs du golf, sans oublier bien d'autres ouvrages signés John Flanders, qui défient le temps.

Plongeons nous donc dans ces Contes du whisky, avec délectation, et peut-être pour certains de nous, ce côté nostalgique des découvertes enregistrées il y maintenant près de cinquante ans et qui se sont dissolues au fil des ans.

Trente huit textes réunis sous ce titre générique, publiés dans divers supports comme L'Ami du livre et Le Journal de Gand, entre 1921 et 1925 puis réunies dans son premier volume de nouvelles en 1925.

Chaque histoire est narrée à la première personne, comme si les aventures, les espoirs, les déceptions, les envies, les peurs, les regrets, c'était Jean Ray qui les avaient subis. Il existe dans ces textes un accent de vérité, comme de confession, d'épanchement. Ainsi dans A minuit, le lecteur peut se croire vraiment le confident du narrateur :

Alors je parlai très bas, et le whisky au fond de mon verre, reçut avec horreur dans sa mobile chair d'or, la douloureuse semence de mes larmes.

Un "héros" qui subit le plus souvent qu'il ne provoque. Et dans les brumes de Londres, ce sont les brumes éthyliques du cerveau qui régissent son esprit.

L'univers de Jean Ray est sombre, très sombre, le cauchemar obsédant, comme ces peurs craintives de l'enfant enfermé dans une pièce plongée dans le noir. Les ombres de la nuit rôdent, tenaces, alimentées des décors de docks, de ruelles mal éclairées, de bouges enfumés. Pas de monstres à proprement parler comme chez Lovecraft, car tout se dissout dans l'indicible, le ressenti, les fantômes intérieurs. Des situations qui provoquent peur, frissons, horreur, répulsion, frayeur, épouvante.

Et l'ombre derrière moi pesait sur ma chair frissonnante comme la détresse sur mon cœur.

C'est la tristesse qui prédomine, qui alimente les peurs. Quand on est joyeux, tout est rose. Dans ces textes tout est noir. Et c'est bien pour refouler la peur, la nuit, les ombres, que le narrateur boit.

On ne refuse pas une gorgée de vieux whisky par un jour brumeux pesant sur le marécage comme un manteau mouillé (Dans les marais de Fenn).

Le whisky est bien le liquide le plus absorbé dans ces nouvelles parfois morbides, et comme pour l'œuf et la poule, est-ce le whisky qui provoque cet état, ce sentiment de peur, ou au contraire parce que le narrateur est envahi par l'anxiété, la crainte, l'appréhension, qu'il boit ?

Jean Ray sait se montrer caustique, et si de nombreuses références sont glissées dans ses contes, Maupassant, Sir Arthur Conan Doyle, entre autres, il griffe au passage d'autres auteurs. Dans La Maison hantée, chronique fantaisiste, le whisky n'est pas le seul compagnon à glisser dans l'estomac du narrateur. Il s'enfile allègrement Cointreau, Armagnac, Bénédictine, Vieille Chartreuse, discutant avec un aimable fantôme. Il conclut, mais ceci n'enlève en rien le charme de cette histoire :

Il bâilla, mais personne ne saura dire si c'est sur la bêtise humaine ou sur le dernier volume de M. Paul Bourget qu'il avait ouvert, qu'il bâillait son profond ennui.

Il est vrai que Paul Bourget séduit le public mondain, mais qu'il n'est pas renommé pour ses romans populaires. Au contraire, ses études de mœurs et de caractères sont soporifiques, est-ce pour cela qu'il fut encensé par des intellectuels au début du XXe siècle. Ceci n'est qu'un aparté.

Le lecteur, qui a déjà lu Jean Ray, retrouve une seconde jeunesse, et il s'imbibe de ces nouvelles, s'en délecte, et s'il ressent un certain effroi, il ne peut s'empêcher de continuer sa lecture, comme on titille une dent qui fait mal pour en prolonger la souffrance.

Cette édition qui se veut originale et intégrale reprend les textes publiés dans la version Marabout, mais est complétée par onze autres nouvelles qui ne figuraient pas dans le volume précité. Seulement le volume Marabout possédait trois nouvelles réunies sous le titre La croisière des ombres, qui ne sont pas reprises ici. Peut-être le seront-elles dans La croisière des ombres, volume pour paraître prochainement.

Ce volume est complété par le recensement du parcours éditorial des Contes du whisky, mais surtout, et cela intéressera les amateurs pointilleux, de la date et le nom du magazine dans lesquelles elles furent publiées pour la première fois. Ainsi qu'une élégante et érudite postface d'Arnaud Huftier.

 

Réédition collection Le Masque Fantastique. Librairie des Champs Elysées. 1980.

Réédition collection Le Masque Fantastique. Librairie des Champs Elysées. 1980.

Collection Marabout fantastique N°237. Editions Gérard. 320 pages. Parution en 1965.

Collection Marabout fantastique N°237. Editions Gérard. 320 pages. Parution en 1965.

Jean RAY : Les contes du whisky. Alma éditeur. Parution 12 mai 2016. 288 pages. 18,00€.

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 07:11

Reine des neiges un jour, Reine des neiges

toujours...

Max OBIONE : Reine des neiges et autres gens d'ici.

Ce titre pourrait faire penser à un film d'animation, à un conte féérique, à un monde merveilleux, c'est tout le contraire.

Max Obione aime à se plonger dans le quotidien ordinaire des petites gens, des sans-dents, des sans avenir, des exclus de la normalité, traquant le sordide derrière les portes closes ou étalé de l'autre côté du soleil. Ce qui n'exclue pas l'amour, l'amitié, l'humanisme, le rêve, l'espoir, même si celui-ci possède un goût de frelaté. Et ce n'est pas parce que ce sont des défavorisés de la nature qu'il faut attenter à leur dignité, à leur honneur, à leur intégrité.

Ainsi dans Le petit légume, la narratrice n'accepte pas qu'un homme recueilli par sa mère afin qu'il se repose, dénigre son grand-frère. A dix ans, on sait quand quelqu'un se moque des autres, et que cet individu soiffard et sans gêne traite Jean-Mi de Petit légume, cela la révolte. Ce n'est pas parce que Jean-Mi est couché dans une caisse, qu'il possède deux nageoires en guise de bras et de mains, qu'il ne peut s'exprimer qu'avec les yeux, qu'il faut lui manquer de respect.

Reine des neiges, c'est la vieille dame qui s'assied tous les jours à la même place dans le bus, étalant autour d'elle ses cabas. Elle est assurée de s'installer au même endroit car l'odeur qui se dégage d'elle n'est pas recensée par les parfumeurs de Grasse. Pourtant la narratrice n'hésite pas à lui parler et lui faire narrer son aventure, le pourquoi de Reine des neiges.

Ankylose pourrait être une nouvelle mouture du Blé en herbe, ou au livre Le Rouge et le Noir que le jeune narrateur est en train de lire, car la copine de maman qui vient passer quelques jours chez eux, au Havre, le rejette après l'avoir dessalé dans l'eau de mer. Ce n'est pas parce que Josiane travaille à l'ORTF, qu'elle est considérée comme une traînée par sa mère qui a les idées qui ne descendent jamais en dessous de la ceinture, qu'elle doit se moquer de lui.

Le pied de Jeanne n'est pas une histoire bancale mais l'aventure d'une jeune femme devenue détective privée à la suite d'un accident lorsqu'elle était policière. Elle se fait draguer par un homme portant beau sur lui dans une boîte de nuit. Elle n'est pas une danseuse accomplie, pourtant il l'invite à échanger leur salive et plus si affinité. Et ce n'est pas la jambe artificielle de Jeanne qui va l'empêcher de prendre son pied.

Entre hier et aujourd'hui, Max Obione nous présente sa ville d'adoption, Le Havre. Ainsi dans Momo au présent, nous sommes en 1951, lorsqu'Auguste Perret visite un chantier de la reconstruction d'après-guerre. Et que certains en profitent pour faire leur blé en chapardant du ciment.

Canon, c'est peut-être la mère qui l'est, physiquement, mais c'est surtout son travail. Elle est femme-canon dans un cirque. Quant à sa fille, elle est obligée de supporter son frère qui est toujours dans son dos.

Un groupe rock auditionne des candidats afin de remplacer au pied et à la voix levés leur chanteur défaillant. Big Dicky Joe, le dernier à se présenter, semble être le bon, et ce qui les étonne, c'est que pour eux c'est un parfait inconnu alors qu'il possède de nombreuses références.

Un vieux danseur cire consciencieusement sa paire de chaussures, des Carlito, vestiges d'un passé de gala. Il formait avec Maddy, son épouse, un couple de danseurs renommés qui écumait les concours, jusqu'à Las Vegas. C'était le bon temps décrit dans Fin de Maddy.

 

Treize nouvelles qui mettent en scène surtout des femmes, soit comme protagonistes principales, soit comme seconds rôles indispensables. On le sait, le poète l'a chanté, la femme est l'avenir de l'homme. Dans la vie comme dans la mort. Alors, sordides, ces histoires, oui, mais poignantes, tristes, dans lesquelles l'humour noir féroce, caustique, dilue la désespérance, la pitié et la compassion. Une joie de vivre factice, et pourtant une grande envie de vivre... autre chose.

Max OBIONE : Reine des neiges et autres gens d'ici. Nouvelles. Collection Cappucinos. Editions des Falaises. Parution mai 2016. 140 pages. 12,00€.

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 13:05

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai.

Délaissant pour un temps - des cerises - le roman noir, Jacques Mondoloni nous entraîne dans la cueillette primesautière de ses souvenirs. Souvenirs de printemps, alors que les pavés fleurissaient dans les mains des étudiants et que ceux-ci offraient leurs bouquets aux flics hilares, bâtons de guignol dans les mains. Souvenirs de jeune déluré, sonorisateur engagé‚ pour accompagner Chanteur Engagé par une station de radio périphérique.

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Chanteur Engagé est la vedette du Car Podium et bien content de porter la bonne parole aux ruraux et provinciaux. Engagé mais pas intellectuel, le Chanteur. Populaire. C'est la consigne. Etre et rester populaire.

 

Le narrateur, embarqué dans cette galère, entre province et Paris, entre sono et lumière, entre pétards et turbulence, entre théâtre en plein air et Odéon. Le bon vieux temps où les étudiants bizutaient les syndicats, où les hommes politiques tiraient à eux une couverture effilochée, où flics et grévistes se tenaient par la main dans une ronde enflammée, prémices de la Saint-Jean et des départs en vacances. Il faut bien que jeunesse se passe et la turbulence d'un enfant témoigne de sa bonne santé.

 

Merci Jacques de l'avoir fait, et nostalgie livre de chevet. Mondoloni joue des phrases comme des ricochets. Les verbes se catapultent, billes de flippers renvoyés par les plots des événements. Mai, j'y étais, vieux grognard sans étiquette ni distinction.

 

Ce roman est précédé d'extraits de Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Les tribulations d'un ingénieur du son, surnommée la Boue, et de ses compagnons, l'éclairagiste, les musiciens, le secrétaire de J.B., la révélation de l'année 87, lors d'une tournée de l'Idole. Il ne faut pas oublier les groupies qui accompagnent l'Idole, mais également Marie-Jeanne que les musicos et les techniciens se partagent allègrement entre deux canettes. Marie-Jeanne, plus ou moins bien roulée mais toujours en pétard !

Les difficultés avec les bénévoles des communes dans lesquelles J.B. et ses accompagnateurs doivent se produire, la grève envisagée afin d'obtenir une augmentation, les voyages de nuit après le spectacle et le débranchement des spaghettis de fils électriques, les beuveries et les réveils difficiles, l'annonce impromptue de l'arrivée des femmes de J.B. et de la Boue, les deux F. pour Fantôme et Framboise, qui débarquent le thermomètre à la main pour bien signifier que c'est le moment propice pour procréer, la méthode Ogino à l'envers en quelque sorte, relâche dans un gîte-château... et... Bref, la galère quoi !

Narrée sur un mode caustique et humoristique, cette histoire, Jacques Mondoloni l'a peut-être vécue, ou tout au moins il en a emprunté des séquences véridiques pour décrire le monde du spectacle et surtout des intermittents. Lui-même ayant été sonorisateur-régisseur, il sait ce dont il écrit et c'est réjouissant en diable, sauf pour ceux qui vivent ce genre de situation mais n'en perdent pas pour autant leur bonne humeur.

 

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai. Préface d'Alphonse Boudard. Réédition Editions Arcane 17. Parution 9 juin 2016. 316 pages. 22,00€.

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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 14:35

Et que j'écouterai attentivement...

Frédérique VOLOT : Toutes ces choses à te dire.

2003. Alors qu'il fignole un tableau en ajoutant quelques touches de peinture, Ettore se sent mal. C'est vrai qu'il est vieux, qu'il a pas mal bourlingué et vécu d'événements tragiques depuis sa naissance en 1910. En entendant le bruit qu'il produit en tombant, Lucie, sa femme, s'inquiète et prévient immédiatement les autorités médicales. Mais elle sait, et elle en a confirmation, qu'Ettore n'en a plus pour longtemps. Il est usé. Il réclame son violon, qui ne l'a jamais quitté, et demande à voir Ange, sa petite-fille partie en Russie où elle a trouvé un compagnon afin de lui transmettre un message, lui confier une mission.

 

Défilent alors dans la tête d'Ettore sa vie tumultueuse et mouvementée, ses pérégrinations de Gorizia jusqu'à Vittel, son enfance, son adolescence à Trieste, puis son départ pour la France et son installation dans les Vosges.

En cette année 1916, la guerre fait rage entre l'Autriche-Hongrie et l'Italie, et le premier fait marquant dont se souvient avec précision, c'est le laitier qui perd la tête. A cause d'un obus. Les Italiens se sont rendus maître de la province et l'ont annexée. Et les exactions envers les Slovènes sont nombreuses. Les années passent, la famille est obligée de se rendre à Trieste, mais les Slovènes doivent se soumettre à la férule des Italiens, bientôt dirigés par Mussolini. Une forme d'épuration raciste débute envers les habitants de cette province qui est tombée dans leur giron.

Les années passent, dans la douleur et la pauvreté. Pourtant Ettore et sa famille vont trouver du soutien parmi leurs compatriotes, les Slovène devenus Italiens de force. Il va apprendre à lire, à écrire, la moindre des choses, mais surtout à jouer du violon. Certains membres de sa famille osent défier les autorités et fuient vers l'Argentine. Ettore gagnera la France, en 1930, il a vingt ans, mettant plusieurs mois avant d'atteindre une petite station thermale des Vosges, et grâce à son violon, intégrera une formation musicale qui se produit dans les bals populaires. Il possède aussi dans ses bagages une solide formation de cordonnier-tapissier-ébéniste. Le travail ne manque pas et il fait la connaissance de Lucie.

Lucie a grandi entre frères et sœurs, une mère aimante mais brutalisée par un mari ivrogne. Elle est née en 1914, et sa jeunesse est marquée par les taloches paternelles. Sauf lorsqu'il est obligé d'aller sur le front combattre les Allemands. Mais à son retour, les brutalités vont empirer et l'atmosphère est électrique. Heureusement, parfois, il se rend chez une amie, alcoolique elle aussi, et pendant ce temps il suspend les coups destinés à sa femme et ses gamins, sauf l'aîné, le chouchou.

Lucie devient vendeuse dans une pâtisserie chic, et c'est ainsi qu'elle fait la connaissance d'Ettore, venu acheter quelques friandises entre deux bals. C'est le coup de foudre bientôt suivi par les prémices du nazisme. Les esprits racistes commencent à bougonner, à râler contre ces étrangers qui prennent la place des Français. Néanmoins, Ettore et Lucie vont se marier, en catastrophe car une descendance est programmée, et ils peuvent s'installer quiètement.

Les vexations ne manquent pas, enflent de jour en jour, mais Ettore est un excellent ouvrier et nul ne peut lui reprocher un travail bâclé. Bientôt la guerre se profile, et un jour de 1943 les gendarmes viennent chercher Ettore pour l'envoyer dans un camp de travail, une concentration d'étrangers italiens, yougoslaves, russes vivant en France et ayant fui la dictature régnant dans leur pays, dans la forêt d'Eperlecques. Ettore fait partie des étrangers en surnombre dans l'économie nationale. L'enfer subi par des centaines de prisonniers gardés par des soldats russes, qui se montrent pires dans les exactions que l'envahisseur allemand.

 

Roman historique, inspiré de faits réels et dont une grande partie est issue de la biographie familiale, Toutes ces choses à te dire est un exemple de courage de la part d'hommes et de femmes qui subissent la vindicte, le racisme, la ségrégation forgée par des dictatures et des guerres ethniques et religieuses. D'abord entre l'Empire austro-hongrois et l'Italie puis en France, les vexations envers les étrangers ne manquant pas de s'exprimer en toute liberté et impunité. C'est pour moi la découverte de faits qui se sont déroulés lors de la Première Guerre Mondiale, non loin de nos frontières, la célébration de 14/18 occultant tout un pan de l'histoire européenne.

De même j'ignorais l'existence et l'histoire du camp de Watten, dans le Pas-de-Calais, qui est un véritable abcès. Les étrangers qui y sont parqués, venus se réfugier en France, ont été rejeté par une grande partie de la population, des épisodes indignes d'individus se prétendant civilisés. Et l'on ne peut s'empêcher de mettre en comparaison des événements avec de nombreuses réactions et déclarations politiques actuelles tendant à faire croire que s'il y a du chômage, c'est de la faute des réfugiés issus de divers pays européens ou africains, et le parcage dans des camps de rétention. Toujours dans le Pas-de-Calais.

Un roman du souvenir, dédié entre autres à Ettore/Hector et Lucie, les grands-parents de l'auteur, un roman de la mémoire, poignant, émouvant, touchant, révoltant parfois, qui laisse un goût d'amertume une fois refermé et qui une fois de plus démontre que l'histoire devrait être une leçon de vie et de morale, mais que souvent elle est oubliée et bafouée. L'histoire se répète, et toujours dans le mauvais sens.

On peut juste regretter le titre et la couverture qui font penser à un roman de Mary Higgins Clark et qui ne transmettent pas toute l'émotion contenue dans ces pages.

 

Ne manquez pas l'avis d'Yv sur son blog dont l'adresse figure ci-dessous.

Précédents romans de Frédérique Volot :

Frédérique VOLOT : Toutes ces choses à te dire. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution 19 mai 2016. 352 pages. 21,00€.

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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 13:47

La peinture à l'hawaïle
C'est bien diffic'hawaïle
Mais c'est bien plus beau
Dalida la di a dadi
Que la peinture à l'eau *

 

Michel DRESCH : Le plasticien.

Pour un beau tableau, c'est un beau tableau. Et le concierge qui découvre cette scène haute en couleurs pourrait penser à une nouvelle composition de Kovacs, le peintre plasticien qui vit dans l'appartement-atelier de la rue Neuve-Tolbiac.

Mais il s'agit bien de Kovacs couché sur le dos, les mains jointes sur la poitrine, les yeux fermés. Comme un gisant qui serait endormi. Sauf que l'ultime œuvre de Kovacs, c'est lui-même, mort. Plus incongrus, les multiples dessins qui ont été enfournés dans son pantalon. Et dans la bouche un morceau de chiffon imprégné de peinture fraîche.

Le pipelet prévient immédiatement Johanna, la compagne du plasticien et dont ses relations avec Kovacs étaient plutôt élastiques. Il la trompait ouvertement, elle essayait de lui remonter le moral lorsqu'il était en crise. Toutefois elle est étonnée qu'il se soit remis à peindre, car Kovacs avait abandonné l'aspect pictural pour se consacrer d'abord à des œuvres modernes commandées notamment par des municipalités nouvelles, puis depuis quelques années à des Installations, des structures répétitives qui connaissaient un réel succès.

Ce meurtre serait-il l'œuvre (!) d'un confrère jaloux, de Johanna trop souvent blessée moralement et quelque peu jalouse, d'un larron extérieur à la pratique des arts plastiques ? Pour le commissaire Joubert, qui débarque dans le domaine artistique, lui qui est plus habitué aux tripatouillages politiques, et son adjoint Lucas, c'est la bouteille à l'encre. Il lui faut démêler les liens complexes qui unissaient Kovacs à des personnages aussi différents que Johanna la maîtresse, Axel l'ex-mari, Marie-Paule la nouvelle maîtresse, Lassus le galeriste, les autres peintres qui se réunissent dans d'anciens entrepôts de Bercy. En réalité peu de monde, car tout tourne autour des quatre premiers nommés et de leurs relations bizarroïdes, compliquées, et dont les obstacles ne manquent pas de surgir à tout moment.

 

Dans une intrigue classique où évoluent peu de personnages, lesquels avaient tous une raison plus ou moins légitime pour supprimer le plasticien, lequel n'était pas un homme sans reproche, le propos de Michel Dresch est surtout de décrire le monde de l'art moderne sous ses différents aspects. La tension conceptrice, le besoin moral et financier de reconnaissance, les différents acteurs qui gravitent dans le domaine artistique du créateur rongé par les affres de l'innovation et du succès, au marchand d'œuvres d'art dont souvent il dépend, un microcosme dédié à l'art plastique et pictural, un monde en réduction qui se déploie sous les yeux du profane que je suis et a tout autant été conquis par cette description que par l'intrigue elle-même.

 

*Bobby Lapointe.

 

Pour en savoir plus sur cette collection ArtNoir et ses ouvrages n'hésitez pas à visiter le catalogue :

Michel DRESCH : Le plasticien. Collection ArtNoir. Cohen & Cohen éditeurs. Parution le 24 mars 2016. 222 pages. 20,00€.

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 13:41

Disparue, tu as disparue.
Disparue, tu as disparue

Au coin de ta rue.
Je t´ai jamais revue.

 

Didier JUNG : Disparu.

Il ne s'agit pas d'elle, comme dans la chanson, mais de lui. Lui, c'est Jean-Marc, le mari de Carole.

C'est ce que Carole apprend à Alain lors d'une réunion à La Défense. Tous deux possèdent des postes importants, elle à EDF, lui ingénieur dans une usine de composants à Châlons-sur-Marne. La dernière fois qu'ils se sont vus Alain et elle, c'était il y a déjà seize ans. Mais ils se reconnaissent de suite. Normal, ils se sont fréquentés, aimés, puis la vie les a séparés d'un commun accord.

Alain a épousé Sylvie, un amour de jeunesse qui travaille dans un cabinet d'avocats, a eu deux enfants et a divorcé. Sylvie l'a abandonné pour un collègue. Carole est mariée avec Jean-Marc, un ami d'enfance qu'Alain lui avait présenté lorsqu'ils vivaient plus ou moins ensemble. Jean-Marc travaillait pour une banque, diplôme de Sciences-Po en poche. Au début tout était bel et bien et il refusait une mutation en province. Cinq ans auparavant il a démissionné, est parti travailler pour une banque concurrente, charger d'effectuer des audits d'agence. Mais c'était lourd, toujours par monts et par vaux, et de plus il s'était découvert une nouvelle passion, la peinture.

Jean-Marc était lassé de ses déplacements continuels et Carole ne voulait pas quitter Meudon, leur maison, leurs enfants, étant casanière. Et puis un beau jour, trois ans auparavant, alors que Carole devait aller le rejoindre à la gare, Jean-Marc n'était jamais descendu du train. Et depuis Carole n'a eu aucune nouvelle de lui. Elle a bien contacté la police, demandé d'effectuer des recherches dans l'intérêt des familles, mais Jean-Marc est majeur et il fait ce qu'il lui plait. Bref, depuis, sans réponse, Carole reste dans l'expectative.

Alain lui avoue alors qu'il était resté en contact téléphonique épisodiquement avec son ami d'enfance, et que ce jour du 15 juin 1990, alors que cela faisait un an qu'ils n'avaient échangé aucune conversation, Jean-Marc lui a narré cette fameuse inspection dans l'agence strasbourgeoise, mais surtout qu'il a décidé de prendre le maquis. Et cette phrase prend tout son sens en cet échange avec Carole. En effet lorsqu'ils étaient jeunes adolescents, Alain et Jean-Marc avaient passé quelques jours de vacances dans les environs de Propriano.

Alain ne peut laisser Carole avec ses inquiétudes et il lui propose de contacter un sien ami, un ancien commandant de police qui avait été détaché au service de sécurité pour la boîte où il travaille. Depuis trois ans Morazzani est en retraite dans son île natale, mais nul doute que reprendre du service en dilettante et suppléer à l'incompétence ou mauvaise volonté du policier que Carole avait contacté, lui permettrait d'échapper à un quotidien supposé ennuyeux.

Morazzani accepte de bon cœur malgré son récent mariage sur le tard d'enquêter durant quelques jours, loin de chez lui et de sa femme Thelma connue lors d'une croisière nordique. Après tout Propriano n'est éloigné de chez lui que de deux cents kilomètres environ, il couchera sur place et ne devrait connaître aucune difficulté pour retrouver l'absent, ancien banquier et peintre.

 

Didier Jung a composé un roman d'excellente facture classique, mais qui est presque un défi au lecteur car l'épilogue en contrepoint propose un dénouement bien venu et quelque peu amoral, selon le point de vue où l'on se place. Or le lecteur est à même de résoudre lui aussi l'énigme pour peu qu'il lise attentivement l'histoire et s'attarde parfois sur quelques détails.

Morazzani prend sa tâche au sérieux, enquêtant, rencontrant voisins, policiers, personnes susceptibles d'avoir côtoyé Jean-Marc et de l'avoir aidé à se cacher, essayer de cerner son profil psychologique, mais également déguster les plats dont il se délecte en fin connaisseur et gourmet, de partir sur de mauvaises pistes, tenter de reprendre le bon chemin. En cela Morazzani possède une légère ressemblance avec Maigret, physiquement et moralement. Mais pour enquêter et s'imposer dans le paysage sans dévoiler qu'il fut policier, Morazzani se fait passer pour un sujet britannique, et il s'intéresse comme tout bon touriste qui se respecte à Colomba, personnage réel et héroïne d'un roman de Prosper Mérimée.

Quant aux différents personnages, protagonistes qui évoluent dans ce roman, ils possèdent une face cachée qui peut laisser supposer une entourloupette de la part de l'un d'eux. Et Didier Jung les décrit finement, sans mettre l'accent plus sur l'un que sur l'autre, en les montrant dans leur élément, mais en laissant planer un doute.

L'épilogue, sans être moral, reflète quelques épisodes qui pourraient être le reflet d'affaires s'étant déroulées il y a quelques années et dont on n'a jamais connu le véritable dénouement.

 

Didier JUNG : Disparu. Collection Bordeline. Editions Territoires Témoins. Parution 25 mai 2016. 156 pages. 15,00€.

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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 14:28

En mai, fait ce qu'il te plait... Une bonne petite insurrection estudiantine par exemple, comme en 1968.

Patrick RAYNAL : Une ville en mai.

C'est dans ce contexte de révolte que Frédéric est de retour dans sa bonne ville de Nice, après un séjour de dix ans en Afrique. Il était parti parce qu'entre lui et son ex-épouse, le torchon brûlait. Et s'il revient, c'est à cause de l'appel au secours épistolaire de Domi. Leur fille Sophie a disparu. Depuis trois mois !

Il serait peut-être temps de s'inquiéter !

Frédéric réaménage dans son vieil appartement puis il téléphone à Domi qui a trouvé un compagnon, Jérôme, un bellâtre sur lequel elle peut passer ses nerfs. Car elle a toujours été comme ça Domi, les nerfs à fleur de peau, et au moindre incident, à la moindre contrariété, elle monte comme le lait sur le feu, et même plus vite.

Et bien entendu leur rencontre débute en terrain miné, la discussion est vive et animée mais Frédéric parvient toutefois entre deux échanges ping-pong à obtenir quelques renseignements. En plus de ceux qu'il possède, car depuis quelques années Sophie correspondait avec son père. Ce que sa mère ignore. Elle lui avait même envoyé un cliché d'elle en bikini, et c'est (c'était ?) un sacré brin de fille.

Selon Domi, Sophie fréquentait un garçon en particulier, un nommé Thomas, en deuxième année de sociologie et qui est à la tête d'un mouvement estudiantin contestataire. Le coup de massue (comme le général) pour Frédéric qui ne s'attendait pas à ce que sa fille fréquente les communistes, terme générique pour tout ce qui de mouvance d'extrême-gauche. D'ailleurs c'est pour cela que Sophie et sa mère se sont engueulées et que Sophie a fini par claquer la porte.

A part le prénom de Thomas, Domi ne peut lui fournir plus de renseignement, alors Frédéric se résout à demander à un sien ami de fouiller et de lui apporter des éléments concrets afin d'entamer des recherches. Pancrazi, un ancien des RG, accède volontiers aux désidératas de Frédéric. Et c'est ainsi que le père frustré va remonter peu à peu le parcours de Sophie. Thomas non n'a pas de nouvelles de Sophie depuis quelques temps, de même que la colocataire de Sophie.

Dans l'enceinte de l'université de Nice, tenue par Thomas et ses amis, un drame vient de se dérouler. Le cadavre d'un professeur d'obédience d'extrême-droite a été retrouvé sur la plage. Sophie serait-elle à l'origine de ce meurtre ? Qu'est-elle devenue ? Est-elle encore vivante ou morte ? Autant de questions et d'autres qui se greffent les unes aux autres qui jalonnent le parcours d'enquêteur que s'est dévolu Frédéric. Un père qui découvre que sa fille, sa chère Sophie, possède des zones d'ombre et des ambigüités qu'il a du mal à cerner.

Et entre les diverses mouvances politiques, communiste, trotskiste, maoïste, ou encore marxiste-léniniste à laquelle Sophie appartenait, plus la résurgence de l'extrême-droite qui n'a jamais cessé d'exister mais prend de plus en plus d'importance, le lecteur qui n'a pas connu ces troubles qui enflammaient aussi bien Paris que la province découvre un pan de l'histoire de cette seconde partie du XXe siècle qui aura marqué toute une génération et dont les soubresauts sont encore prégnants à plusieurs titres.

 

Dans cette ambiance de révolte, de contestation, se déroule une affaire de disparition et d'un père aux abois. L'épilogue ne joue pas sur le sensationnel, au contraire, et pourrait paraître frustrant si justement Patrick Raynal ne s'était résolu qu'à raconter une histoire policière.

Mais c'est un peu de sa jeunesse qu'il dévoile, lui qui a passé une partie de son adolescence à Nice, fréquenté la faculté de Nice où il obtient une maîtrise de lettres modernes et qu'il milita activement dans un des mouvements d'extrême-gauche, la Gauche Prolétarienne.

C'est donc tout un pan de cette épopée qu'il nous narre, et il est amusant de constater qu'avec l'âge la façon d'aborder ces groupuscules a fondamentalement évolué. Mais tous les contestataires de cette époque ne possèdent plus la même foi, et l'on pourrait citer Daniel Cohn-Bendit qui était surnommé Dany le Rouge, Jacques Sauvageot, Alain Geismar dont les parcours ont évolué politiquement et professionnellement.

A noter, et pour revenir au roman, qu'apparaît la figure de Corbucci dit Corbu, un détective privé dont Patrick Raynal narrera quelques aventures dans Corbucci, recueil de nouvelles chez Albin Michel et Dead girls don't talk nouvelle numérique chez SKA.

 

Patrick RAYNAL : Une ville en mai. Editions de l'Archipel. Parution 11 mai 2016. 268 pages. 18,00€.

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 14:10

Le roi des détectives, le Sherlock Holmes américain, le détective de l'impossible,

l'immortel Harry Dickson est de retour !

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Tout comme le Sherlock Holmes de Conan Doyle, Harry Dickson possède ses admirateurs qui en véritables passionnés perpétuent ses aventures dans des ouvrages apocryphes, des pastiches qui ne sont pas parodiques mais entretiennent la légende.

Robert Darvel est de ceux qui perpétuent sa mémoire, tout comme l'ont fait ou le font encore Gérard Dôle et Brice Tarvel.

Mais reste l'examen de passage. Et à la lecture de ces cinq histoires, dont quatre avaient été précédemment publiées sous de très belles couvertures, aux éditions du Carnoplaste, on peut dire que Robert Darvel respecte le fond et la forme tout en imaginant de nouveaux épisodes tout aussi prenants, surprenants, plongeant le lecteur dans une atmosphère digne de ceux écrits par Jean Ray.

Le fond avec cette ambiance fuligineuse qui entoure chacune de ces enquêtes, souvent enrobée de fantastique, et dans la forme avec des phrases élégantes sublimées par l'adjonction recherchée de mots désuets, sans pour cela tomber dans la facilité de la vulgarité. Ce qui nous change d'une grande production actuelle et nous ramène au bon vieux temps où les écrivains avaient du style, et surtout n'utilisaient pas, pour masquer leur méconnaissance de la langue française, des mots issus du vocabulaire anglo-saxon, sans que cela soit justifié. Mais ceci est un autre débat.

Mais explorons un peu cet ouvrage :

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Le dieu inhabité. Harry Dickson N°185.

C'est Goodfield qui l'affirme, il s'agit d'un crime banal. Mais pour Harry Dickson, qui habite non loin du lieu où s'est déroulé le meurtre, aucun crime ne saurait être qualifié de banal. Une femme aux mœurs légères a été retrouvée égorgée et son corps a été placé dans un broyeur. Pas beau le corps, sauf pour le médecin légiste. Un policier a aperçu le meurtrier mais n'a pas réussi à le rattraper. C'est lui qui a prévenu Goodfield lequel s'est rendu séance tenante chez Harry Dickson. Un autre assassinat est perpétré dans les mêmes conditions, à la différence près qu'il semblerait que le second tueur soit un gamin ayant copié le maître. Les événements se précipitent, Ted Manley est retrouvé décapité, un gamin ayant Auntie Daphné dans la tête est alpagué mais échappe aux policiers dont un qui possède une oreille factice, et des plumes blanches sont retrouvées voletant de-ci de-là. Le gamin s'est défilé mais il a laissé derrière lui une chaussure contenant son pied. Un pied factice lui aussi. Pour Harry Dickson, il faut interroger le fabricant, un artisan ébéniste-prothésiste. Seulement Goodfield a lui aussi été égorgé...

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Le secret de la pyramide invisible. Harry Dickson N°183.

Quatre hommes ont rendez-vous à Haggerdale Manor, un château en ruine dans la lande Whitestone Heath, propriété de Augustus Haggerdale qui n'a pas donné signe de vie depuis des années. Le mystère plane et la mort rôde. Deux ingrédients qui ne peuvent qu'inciter Harry Dickson et son sympathique élève Tom Wills à enquêter sur place. Une affaire qui ne va pas les laisser de glace, à laquelle on ajoute des singes, une pyramide incongrue, une tempête fantastique et autres éléments propices à nous plonger dans une aventure dont les stigmates peuvent se lire sur des visages.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

La treizième face du crime. Harry Dickson N°202

De retour d'Equateur où il a accompli avec succès un accord portant sur l'importation de satin, George Beetham est importuné sur les quais par un barbier qui veut à tout prix lui faire la barbe. Beetham l'éconduit, il n'a pas besoin de ses services, et il s'éloigne rapidement. John Symond, un collègue de notre voyageur devait lui proposer de l'emmener en cab. Tant pis pour George et comme Symond n'a pu se tenir au courant des derniers événements, il achète au crieur qui passe le journal du jour. La manchette annonce un nouveau crime horrible. Le Barbier Gloussant a encore sévi. Et ce n'est pas fini car George est suivi et même précédé par ce fameux barbier, qui n'est pas de Séville. Alors que le figaro s'apprête à trancher la gorge de George, deux piliers encadrant un porche et représentant deux colosses s'emparent de l'individu et le portent dans une niche où se terre la reine Elisabeth, Première je précise, et le broient. Une affaire qui ne peut laisser indifférent Harry Dickson, toujours accompagné de Tom Wills, et entraînera les deux hommes dans les dédales d'un Londres particulièrement sanglant.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

La rivière sans visage. Harry Dickson N°181.

Tom Wills est sous le choc de l'émotion. Son ami Jack Crofton avec qui il a couru de multiples dangers et fait les quatre-cents coups a disparu. Jack Crofton est surnommé Fascicule Jack à cause d'une particularité indélébile : il a le visage tatoué. Mais pas n'importe quels tatouages. Un fatras de lettres et de mots scarifiés par des marins qui ne lui avaient pas pardonné son intrusion dans un schooner. Tom Wills faisait partie de l'équipée mais agile comme une anguille il avait pu échapper aux griffes des matelots vindicatifs. Bref Fascicule-Jack a disparu et c'est inquiétant. Harry Dickson promet de tout faire pour le retrouver et leur enquête sera jalonnée de personnages tous plus inquiétants les uns que les autres.

L’Homme qui n’avait pas tué sa femme, le détrousseur à l’étalingure et des Six Couples Sanglants, un spirite ambulant et sa charrette à ectoplasmes et bien d'autres phénomènes.

 

Harry Dickson s'amuse. Inédit.

Nouvelle inédite qui clôt avec bonheur cet ouvrage et est suivie d'une postface mêlant fiction et réalité, vécu et imaginaire.

Le modeste jardin botanique de Bridgenorth est clos au public le soir. Les deux gardiens veillent consciencieusement à fermer à double tour les entrées qui sont dans l'autre sens les sorties. Toutefois, dans les bâtiments toute vie n'est pas exclue. En effet des chercheurs travaillent sur des plantes médicinales rares dont Lafolley qui reste tard dans la serre qui leur est attribuée. Redhead et deMars attendent tranquillement dans leur logement que le souper leur soit servi. Les deux hommes aperçoivent une silhouette de femme qui s'approche de la serre où se tient Laffoley et il leur semble qu'il s'agit de leur collègue miss Lafertoe en train de marmonner. Un cri retentit et peu après Lafolley est retrouvé mort.

 

Un ouvrage à conseiller pour tous les nostalgiques d'Harry Dickson et aussi à ceux qui veulent découvrir de nouveaux auteurs qui sortent du lot et reprennent l'héritage des grands anciens avec bonheur.

On y retrouve l'ambiance, l'atmosphère fantastique, fantasmatique même, qui prédominent dans les nouvelles du sieur de Gand, un mélange d'enquêtes policières et de surnaturel, effarantes, surprenantes, ahurissantes, inventives.

Un registre dans lequel Robert Darvel excelle et qu'il est bon de découvrir dans une collection moins confidentielle que les fascicules qu'il édite, même si ceux-ci sont proposés en ligne sur un site cavalier.

 

Pour retrouver toutes les publications du Carnoplaste, rendez-vous ci-dessous :

Robert DARVEL : Harry Dickson 1. Collection Hélios noir N°49. Editions Les Moutons électriques. Parution le 3 mars 2016. 322 pages. 9,90€.

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 12:57

A ne pas confondre avec Le Mort descend ou Le Sort dément...

Gilles VIDAL : Le sang des morts.

Vernais, paisible station balnéaire, sur laquelle brille implacablement le soleil estival... Mais en grattant bien la couche superficielle, il s'avère que le côté débonnaire n'est que de façade, vanté pour des fins touristiques. Ainsi que fait le cadavre d'un homme dans une piscine hors sol posée sur la pelouse en attendant l'installation d'un véritable aquarium pour humains ? Margot Farges la sirène déçue par un mariage où elle pensait trouver uniquement calme et prospérité est en colère. Elle vient d'apprendre que son mari diffère d'une journée sa rentrée au bercail.

Théoriquement il est en déplacement pour son travail, mais elle sait qu'il en profite pour planter ailleurs son couteau qui lui sert à découper le contrat de mariage. De toute façon elle s'en moque, du moment que sa carte de crédit est approvisionnée, il peut faire ce qu'il veut. Elle lui reproche surtout son manque de franchise. Alors pour calmer sa mauvaise humeur légitime, elle décide de prendre un bain dans le jardin et c'est ainsi qu'elle trouve au pied de l'échelle amovible, une paire de chaussure et des vêtements. Et un corps qui flotte sur le ventre. Suicide ? C'est à Garcia, le médecin légiste d'en décider. Les policiers ont été prévenus par un appel téléphonique anonyme et le lieutenant Stanislas Delorme, Stan pour les intimes dont bientôt fera partie Margot, est sur place lorsqu'elle reprend ses esprits.

Stan est un inspecteur consciencieux, apprécié de son supérieur le commissaire Vignes, et lorsqu'il rentre chez lui, il est accueilli avec une joie exubérante par Lucky, un Westie blanc qu'il a adopté. Il distribue les câlins comme si c'était un gamin. On pourrait penser que tout va bien pour Stan, seulement son père qui vit en dehors de la ville est bloqué dans un fauteuil roulant, suite à un accident vasculaire cérébral, ce qui ne l'empêche pas de se rouler un petit joint de temps à autre, reliquat de sa période hippie. Un défaut qu'il pense ignoré de son fils.

Félicien Faderne est atteint de troubles obsessionnels compulsifs, et il lui faut vérifier à plusieurs reprises si tout est bien rangé, les fenêtres closes et les robinets fermés. Maniaque il néglige toutefois sa vêture. Du moment que sa clé USB soit bien entreposée dans la poche intérieure de son blouson, peu lui importe la façon dont il s'habille. Une clé précieuse, car Félicien travaille toute la journée sur un écran manipulant des chiffres. Et à trente ans il a l'avenir devant lui. Il travaille pour un centre de recherches. Et quelques balles qui sifflent à ses oreilles en sortant ce jour là de chez lui. Une voiture qui vrombit, une voix qui l'interpelle, il n'a pas le temps de réfléchir et le voici à bord d'un véhicule conduit par une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux. Devant l'attitude autoritaire d'Anne, c'est ainsi qu'elle se présente, il se demande si elle l'a sauvé des envies meurtrières de personnages vindicatifs, ou si elle l'a enlevé pour des raisons qui restent à déterminer. Il doit jeter son téléphone portable par la fenêtre de la voiture, quant à son ordinateur portable elle ira le récupérer. Du moins elle le promet car il se sent tout nu sans son micro qui est un prolongement de lui-même. Et elle s'entretient régulièrement par téléphone avec un certain Horb.

Walter, qui travaille pour une agence en écrivant des articles pour des catalogues, mais rêve de devenir romancier, est contacté par son jeune frère Stephan, avec lequel il communique rarement. Stéphan lui apprend que leur père a été retrouvé. Il s'était échappé d'un hôpital où il était interné depuis des mois. Quant à leur mère, elle a disparu douze ans auparavant, sans plus jamais donner de nouvelles, et Stéphan a eu beau effectuer des recherches et alerter le commissariat, elle est toujours dans la nature. Quant à Irène, l'ancienne petite amie de Walter, elle refait surface, sans crier gare et il semblerait qu'elle soit totalement paumée.

Un nouveau meurtre est découvert, et le corps pourrait être celui d'un Russe car il possède des tatouages, des inscriptions en cyrillique.

Un homme tout nu brandissant une pioche (peu après ce sera une bêche, comme quoi on ne peut pas se fier aux témoignages) a été arrêté en pleine rue. Il est interné d'office pour démence, mais en pénétrant dans le jardin puis dans la maison, Stan et les policiers qui l'accompagnent sont stupéfaits par ce qu'ils voient. Un véritable dépotoir, pire qu'une décharge, et à l'intérieur, des cadavres. D'autres corps seront retrouvés peu après en déblayant les ordures, mais ils ont en commun d'avoir le visage scarifier, comme si quelqu'un s'était amusé à le remodeler.

 

Ces événements, en apparence disparates et sans rapport entre eux vont bientôt se réunir pour former un tableau à la Jérôme Bosch, des pièces de puzzle qui vont s'emboiter inexorablement.

Tous les protagonistes de ce roman possèdent une coupure, une fêlure, une fissure, une fracture mentale ou physique, et personne n'est épargné par le sort qui s'acharne inéluctablement sur leur intégrité. Même ceux qui ne font qu'une apparition furtive ont droit à un petit portrait, soit de leur aspect vestimentaire, de leur déchéance, de leur passé. Ainsi cette dame qui arbore des tee-shirts avec des phrases en forme de contrepèteries du genre : Pensez le changement au lieu de changer le pansement. Et sous forme de bande-sons, des nombreuses références discographiques ponctuent le récit, tout comme celles qui sont littéraires. Anne est aussi appelée Zatte, car Ouarzazate et mourir, titre d'un roman d'Hervé Prudon dans la série du Poulpe.

Certaines scènes, certaines extrapolations dans le déroulement du récit viennent parfois interférer, mais cela apporte un petit piquant tout comme quelques feuilles de persil ou deux trois brins de ciboulettes disposés élégamment donnent une touche de couleur à un plat de crudités sans le dénaturer.

Réédition Multivers Editions. Formats ePub ou Kindle : 3,99€.

Réédition Multivers Editions. Formats ePub ou Kindle : 3,99€.

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Gilles VIDAL : Le sang des morts. Réédition Collection Hélios Noir. Editions ActuSF. Parution le 2 juin 2016. 400 pages. 8,00€.

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  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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