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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 06:00

Un coup j'te vois, un coup j'te vois plus...

Marie DEVOIS : Gauguin mort ou vif.

C'est ce qu'aurait pu dire aux gendarmes Luc Péron qui effectue sa promenade hygiénique matutinale. Et pour mieux se remettre sur pied rien ne vaut la marche à pied. C'est ainsi que Luc Péron, longeant la falaise du Pouldu, sur la commune de Clohars-Carnoët aperçoit un homme allongé sur le sable, inerte. Il descend, s'approche, met un doigt sur la carotide afin de savoir si elle bat toujours. Rien. L'homme est nu, est entièrement tatoué, jusque sur le crâne. Près du corps, des vêtements, des sandales, un sac à dos, et plus étonnant un plateau de jeu.

Il prévient immédiatement la gendarmerie puis remonte tranquillement et péniblement le raidillon jusqu'au haut de la falaise. A son arrivée, il se retourne, plus de cadavre. Envolé le tatoué. Le témoin et les gendarmes sont bien embêtés, car sans corps comment procéder à une enquête. Et il ne s'agit pas d'une farce de la part de Luc Péron, les objets ci-dessus décrits étant encore présents. L'adjoint du procureur de la République ainsi que le maire sont prévenus, car les gendarmes ne lâchent pas prise.

 

Deux jours auparavant, un vol avec effraction a été commis à Tourch, au centre culturel communal, et un tableau, enfin une copie, prêtée par la conservatrice de Pont-Aven, dans le cadre d'une exposition itinérante a disparu. A la place du tableau une inscription a été placée : Contes Barbares.

D'autres faits se produisent, notamment dans la maison de Gauguin, mais un tatoueur de Quimper va faire progresser sensiblement l'enquête. En effet le promeneur à la santé fragile possède une excellente mémoire et il a pu décrire fidèlement les représentations figurant sur le corps. Le tatoueur était en vacances lors des événements qui se sont déroulés sur l'estran du Pouldu, et en compulsant les journaux lors de son retour, il reconnait immédiatement l'un des clients qui lui avait demandé de procéder à ces décalcomanies corporelles.

A la grande frustration des gendarmes qui avaient conduit l'enquête du départ, c'est le commissaire Paul Magnin de Quimper qui hérite du dossier.

 

Paul Gauguin est l'invité vedette de ce roman et les iles Marquises offrent un décor incomparable en sus des paysages bretons. La présence de Gauguin est toujours prégnante dans ces deux endroits qu'il a marqué de son empreinte durablement.

Outre cette intrigue admirablement maîtrisée, intrigue construite comme un jeu puisque justement c'est un jeu de l'Oie, jeu qui fit les délices de notre enfance avant d'être détrôné par les jeux vidéos, qui est l'une des composantes principales.

Mais le personnage de Paul Gauguin nous livre des côtés obscurs de sa personnalité grâce à Marie Devois qui ne le montre pas forcément comme une figure emblématique de la cellule familiale. Si le talent du peintre n'est pas à mettre en doute, sa vie privée elle est assez fluctuante pour attiser l'attrait d'un auteur qui connait bien les arcanes de l'art pictural, comme elle nous l'avait déjà démontré dans ses précédents romans.

Un roman de suspense et d'énigme tout en étant un roman historique, dévoilant le côté clair-obscur d'un artiste au multiples facettes et un roman-jeu.

Quant au pourquoi de la mise en scène sur la plage, elle est à rechercher dans les arcanes des îles Marquise et des escroqueries d'un couple, mise en scène qui n'atteint pas la personne qui devait en faire la découverte.

Marie DEVOIS : Gauguin mort ou vif. Collection ArtNoir. Editions Cohen & Cohen. Parution 19 mai 2016. 258 pages. 20,00€.

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 11:21

Il est des rendez-vous plus agréables...

Jean CONTRUCCI : Rendez-vous au Moulin du Diable.

S'il est un crime qui soulève l'indignation du peuple dans son ensemble, toutes opinions politiques, religieuses ou morales confondues, c'est bien l'enlèvement d'un enfant.

Alors qu'elle vient de s'installer sur un banc du parc du Pharo la jeune nourrice d'un non moins jeune bambin âgé de deux ans environ, est abordée par une dame vêtue de noir et dont le visage est dissimulé par une voilette. Depuis la naissance du minot Bernadette Arnoux s'occupe ainsi du Petit Paul, le fils du riche entrepreneur de Marseille, Marius Gauffridy, lui portant plus d'affection que sa propre mère qui ressemble à une asperge trop cuite.

Donc Bernadette n'est pas en face d'une vision et la dame lui annonce qu'elle doit rentrer immédiatement car son patron vient de se blesser. Et afin que la soubrette-nourrice accourt au plus vite au secours du sieur Gauffridy, elle lui propose de l'emmener avec sa calèche en compagnie de Petit Paul. Seulement arrivée sur place, non seulement Gauffridy est en bonne santé mais la dame prévenante s'esbigne avec le gamin. Naturellement Bernadette, qui n'est plus très chouette, est effondrée.

Le sieur Marius Gauffridy, qui parti de rien de son arrière-pays, s'est construit un empire florissant dans diverses branches du métier du bâtiment. Mais il est resté un homme frustre, irascible, pensant qu'avec de l'argent tout s'achète et que les billets de banque peuvent aplanir toutes les difficultés.

Evidemment la police et les journalistes sont avertis. Eugène Baruteau, le responsable de la sûreté marseillaise met ses hommes en chasse, tandis que son neveu, le sémillant Raoul Signoret tel un chien de chasse renifle les pistes. Les appels à témoins produisent leur effet : tout le monde a aperçu la dame noire claudicante et l'enfant dans les bras, ce qui pose tout de même un problème pour les enquêteurs, à moins que cette personne insaisissable soit dotée du don d'ubiquité. Les rumeurs vont bon train, des hypothèses sont avancées, car c'est bien le fils d'un homme en vue qui vient d'être kidnappé. Alors entre vengeance d'un concurrent ou d'un ouvrier, enlèvement crapuleux ou drame familial, les suppositions ne manquent pas. Seul bon point à donner à l'actif de l'entrepreneur qui d'habitude ne prend pas de gants pour mettre à terre ses contestataires, il garde à son service la jeune Bernadette éplorée.

Raoul devient l'interlocuteur privilégié entre le père et le ravisseur. En effet Marius Gauffridy lui demande de passer une annonce dans son journal, le Petit Provençal, tandis que le ravisseur lui donne des instructions concernant la rançon par téléphone. Ce qui lui pose un cas de conscience car en aucun cas il doit en avertir les policiers. Or Raoul ne peut se résoudre à mentir par omission à son oncle Eugène, qu'il considère comme son père. Ce serait le trahir et il ne s'en sent ni le courage, ni la volonté. Heureusement Cécile, sa femme infirmière, qui est toujours de bon conseil et l'a aidé dans de précédentes enquêtes, va lui souffler une solution qui devrait ménager tout le monde.

Le rapt d'un enfant a depuis longtemps été un thème abondamment traité en littérature populaire et policière. Mais Jean Contrucci l'aborde avec sensibilité et pudeur. Tout ou presque est narré du côté de la famille et des policiers, l'enfant et son ou ses ravisseurs restant dans l'ombre dans une grande partie du roman. Jean Contrucci ne tombe pas dans le pathos ou le misérabilisme qui était l'apanage des grands feuilletonistes du XIXème siècle mais il ne joue pas non plus sur les descriptions de violence parfois nauséabondes dont font preuve nos romanciers actuels qui axent leurs propos sur le sensationnel au détriment de la retenue et de la nuance. Les non-dits sont parfois plus forts dans un récit car ils encouragent le lecteur à établir sa propre opinion et entretenir son imaginaire.

Mais l'empreinte des feuilletonistes déjà évoqués est présente, dans cette histoire qui ne se termine pas lorsque Petit Paul (pléonasme qui me fait toujours sourire puisqu'on m'appelait ainsi) est retrouvé. Dans quelle condition et dans quel état, je me retranche derrière le droit de réserve.

L'aventure continue et les cadavres sortent du placard, ou du puits, physiquement ou mentalement. Le titre en lui-même évoque le mystère et le récit réserve de nombreux rebondissements. Quant aux têtes de chapitres, qui malheureusement aujourd'hui n'ont plus cours et c'est dommage, elles incitent à prolonger la lecture malgré les aiguilles du réveil qui tournent inexorablement. Je me contenterai de deux exemples :

Chapitre : 2

Où l'on vérifie une règle bien établie dans la presse : le malheur des uns fait le bonheur des journalistes.

Chapitre 3 :

Ou notre héros apprend de la bouche du commissaire central les conditions de l'enlèvement du petit Paul.

Cela donne envie de lire la suite, non ?

Première édition : Editions Jean-Claude Lattès. Parution 3 mars 2014. 358 pages. 18,00€.

Première édition : Editions Jean-Claude Lattès. Parution 3 mars 2014. 358 pages. 18,00€.

Jean CONTRUCCI : Rendez-vous au Moulin du Diable. Réédition Le Livre de Poche. Parution 8 juin 2016. 384 pages. 6,90€.

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 13:53

Un recueil en forme de testament...

Boris DARNAUDET : Chroniques cruelles d'hier et de demain.

Il est difficile pour un chroniqueur de présenter un recueil de textes écrits par un romancier et nouvelliste en devenir parti voir si ce qu'il avait imaginé correspondait à la réalité.

Le 30 août 2015, Boris a décidé de rejoindre le paradis des romanciers. C'est son choix que l'on doit respecter. Pourquoi, comment, faut-il vraiment épiloguer sur ce départ ? Il reste ses écrits, et le mieux pour lui rendre hommage, est de les lire.

Personnellement, je ne connaissais pas Boris. J'ai fait sa connaissance en 1997 avec le roman Daguerra cosigné François et Boris Darnaudet. Après quelques autres collaborations plus appuyées, Boris a décidé de voler de ses propres ailes et son premier texte en solo lu est Le projet Obis réédité dans ce recueil. Puis ce fut La colère des Dieux Aztèques chez Amazon. Plus quelques nouvelles dispersées ici ou là dans des revues mais le plus souvent en collaboration avec François son père, figure tutélaire. Sans oublier la saga de Xavi, De Barcelona à Montsegur (volume 2) et Détruire Roma (volume 3 à paraître), une œuvre collective à laquelle ont participé François Darnaudet, Gildas Giraudeau et Philippe Ward et éditée chez Rivière Blanche.

Ce recueil comprend donc trois romans, Chroniques de Don Emilio, Projet Obis et Le cycle du Cube, une novella Nindô qui devait faire l'objet d'un roman mais reste inachevé et sept nouvelles. Trois d'elles relève du domaine de la SF, les quatre autres du domaine fantastique.

Il est à noter que souvent pour ses romans, Boris les construisait à partir de nouvelles qu'il cannibalisait, le tout formant un texte pourtant très compact.

Par exemple la nouvelle Celui qui sème parue précédemment en solo dans le volume Projet Obis a été intégrée dans Chroniques de Don Emilio. Pour mémoire : Celui qui sème nous invite à effectuer un petit voyage en arrière de quelques siècles au moment où les Espagnols tuaient sans état d’âme et avec la bénédiction de la religion les autochtones des nouveaux territoires découverts par les explorateurs intrépides. Mais imposer sa religion par la force, assassiner, exterminer sans vergogne la population locale est sans compter sur les dieux des contrées ainsi conquises. La nouvelle L'argent du voleur, parue dans Lanfeust Mag N° 152 en 2012, constitue le premier chapitre des Chroniques de Don Emilio. Ces chroniques ont été inspirées par la lecture de La conquête du Mexique par Bernal Diaz Del Castillo, et l'univers de cette invasion espagnole au pays des Aztèques lui avait également fourni la trame La colère des dieux aztèques.

Parmi les nouvelles de SF : Le sas qui est une allégorie concernant la surpopulation. Heng est un employé un peu particulier. Il est chargé de procéder à l’élimination par injection des personnes qui désirent se faire euthanasier. La population a été classifiée et ce matin-là se présente un vieil homme, un quinquagénaire, un SDF classé Epsilon. Justement ce sont ceux-là qui doivent mourir en priorité. Mais les candidats à la mort sont nombreux et volontaires. On retrouve peut-être l’influence de Aldous Huxley et de Le meilleur des mondes avec cette classification alphabétique grecque des individus.

Mille Milliards de New-Yorks est à la nouvelle fantaisiste ce que la chanson à texte est à la chanson de variété. Un peu comme La mémoire et la mer de Léo Ferré par rapport à La danse des canards. C'est beau, de la prose poétique qui se veut joyeuse mais m'a semblé légèrement opaque.

 

Le dernier métier est tout aussi dérangeant que Le Sas, et pourtant bien réel car déjà les prémices se font sentir insidieusement. L'univers des jeux vidéos ou plutôt des joueurs qui consacrent leur vie à cette passion qui devient une drogue. X@ndor777 pratique les jeux vidéos, surfe sur la Gameframe comme 99,99% des citoyens. Et il est tout étonné d'apprendre que d'autres individus se réunissent afin de discuter sans être assujettis à cette nouvelle drogue mentale. Il est ami avec Morpheus, un écrivain-scénariste, la dernière profession existante. Tout le reste est effectué par des machines qui fonctionnent de manière autonome. Et l'amour dans tout cela ?

Parmi les nouvelles dites fantastiques, j'ai particulièrement apprécié La nuit du bayou, qui nous plonge quelque peu dans l'atmosphère d'un vieux feuilleton télévisé, et se range dans ce genre quelque peu délaissé, le western fantastique. Tim l'Irlandais et ses amis, le vieux chamane Chactun et le moine guerrier Li, se présentent chez Richmond, le maire de La Nouvelle-Orléans, dont la fille a disparu. Ils se font fort de la retrouver mais d'autres prétendants détectives sont déjà sur place. Notamment Jim South et son acolyte Artemus Goudron. Mais à cette disparition se greffe une autre histoire, celle de documents dont la valeur est jugée inestimable.

Le cinglé est l'un des premiers textes de Boris et tient en trois pages denses. Fred est paranoïaque et schizophrène, qui pense qu'on lui en veut. Il se méfie de tout et de tous, masquant par un bout de scotch la caméra de son ordinateur et suivant des cours de krav maga. Mais qu'en est-il vraiment et sa défiance est-elle justifiée ?

Dans Réflexions sur la vie et la mort, un extrait du journal de Boris est extrêmement significatif des doutes de l'auteur. Et cette phrase ne peut laisser indifférent :

Si notre vie n'est pas due au hasard, la mort permet de connaître la vérité ou tout au moins est le pas suivant vers la découverte de notre vraie nature.

L'on appelle cela de la folie, mais moi, j'appelle cela de la curiosité.

 

Salut Boris ! Je ne te connaissais pas mais j'ai passé d'agréables heures en ta compagnie !

TABLE DES MATIERES:

Préface de Philippe Ward.

 

Chroniques de don Emilio.

 

Nouvelles de sf

-- Le sas

-- Mille milliards de New-Yorks

-- Le dernier métier

 

Projet obis.

 

Le cycle du cube :

-- Gro-mak-gra-che

-- Le dieu venu d'un autre monde

-- Jérusalem

-- La traque sans fin.

 

Nouvelles fantastiques

-- La nuit du bayou

-- Le cinglé

-- Le père Léon

-- Fin de vie

 

Nindô


Réflexions sur la vie et la mort. Extrait de Journal
Biobibliographie
Bibliographie
Postface de Sergueï Dounovetz.

 

Boris DARNAUDET : Chroniques cruelles d'hier et de demain. Hors collection. Editions Rivière Blanche. Parution 1er juin 2016. 312 pages. 18,00€.

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 13:01

Les bons comptes font les bons amis, les bons contes aussi...

James HOLIN : Un zéro avant la virgule.

Quinquagénaire chauve mais regard pétillant, Lacroix est flatté lorsqu'il apprend par le président de la Chambre régionale des comptes de Normandie qu'il pourrait devenir président de la première section. Une place qu'il brigue depuis de nombreuses années, mais l'occasion ne s'était pas encore présentée.

Mais auparavant Lacroix doit réaliser un petit contrôle, tout ce qu'il y a de plus anodin, au musée de la Sculpture contemporaine de Deauville. Un musée original situé en plein air, selon le président. Seule contrariété ressentie par Lacroix, il sera associé à Eglantine de Tournevire, magistrate à la Cour des comptes. Et Lacroix est bien obligé d'accepter cette collaboratrice qu'il n'apprécie guère. Mais pour le président c'est indispensable, car la directrice de ce musée particulier, Isabelle Bokor, est candidate aux élections régionales sur la liste du maire de Deauville, Koutousov, ancien secrétaire d'état au logement et sculpteur mammaire.

Eglantine de Tournevire est fâchée avec la ponctualité et c'est régulièrement en retard qu'elle se présente à ses rendez-vous. Faudra que Lacroix s'y habitue. Pour l'heure, il rejoindra Deauville en train tandis qu'Eglantine partira de Rouen installée confortablement dans sa Morgan. Et bien entendu ils ne coucheront pas ensemble. Je veux dire qu'ils ne partageront pas le même hôtel. Lacroix possède un portefeuille en peau de hérisson, Eglantine ne lésinant pas sur les dépenses grâce son héritage.

Dans le train, Lacroix fait la connaissance d'un homme bizarre, un incruste qui ne se départ jamais de son mouchoir parfumé à la menthe poivrée, et qui justement se rend à l'inauguration d'une statue réalisée par le père du maire Koutouzov. Une abomination qui va être célébrée grâce à l'amour filial.

Enfin rendez-vous est pris avec madame Bokor, et effectivement elle en a un, un entretien au cours duquel Eglantine démontre ses connaissances en art plastique. Madame Bokor présente aux deux envoyés spéciaux Jean-Guy Bougival, l'agent comptable qui devrait leur faciliter dans leurs recherches et vérifications. Eglantine de Tournevire qui ne manque pas d'à-propos en profite pour demander la possibilité d'assister à l'inauguration. Requête acceptée par madame Bokor avec dédain.

Au cours de cette cérémonie, Bougival avale son bulletin de naissance. Les premières constatations sont effectuées par Koutousov, maire et mammologue tout en étant toubib. Un empoisonnement ne fait aucun doute, mais la substance est inconnue.

 

Le capitaine Arnaud Serano est débordé par les événements car il doit assurer la sécurité des citoyens Deauvillais, le festival du Film américain devant ouvrir dans peu de temps. Un invité de marque doit être reçu avec les honneurs et il serait dommage qu'un incident quelconque plombe cette festivité annuelle. Mais le préfet de la Perruchole le tanne. En plus de son boulot il doit enquêter sur le décès prématuré et suspect de Bougival. Alors la sécurité sera assurée par un militaire et son petit détachement en plus de la municipale.

Eglantine va s'immiscer dans cette enquête qui la passionne, la change de son quotidien de femme récemment divorcée. Une enquête piquante pour Eglantine d'autant qu'apparemment quelqu'un lui en veut. Elle habite sur les bords de Seine, une imposante maison située sur la colline, et reporte son affection sur son chat et son cheval. Seulement son cheval est la victime collatérale de cette affaire.

 

Passons directement aux remarques qui fâchent, on en sera débarrassé et on pourra s'étendre plus longuement sur la partie positive du roman. Il manque toutefois un peu de maîtrise, à moins que ce soit de la faute des correcteurs, dans l'appellation des noms d'habitants. On écrit des Caennais et non Cannais, par exemple. Et je tiens à préciser que dorénavant l'emploi de mots anglais est désormais taxé à la douane puisque la Grande-Bretagne est sortie de l'Union Européenne et doit donc posséder un visa pour s'introduire dans la langue française. Donc, désolé, mais il serait plutôt convenable de ne pas employer le mot Hipster, celui-ci désignant à l'origine de jeunes blancs amateurs de jazz qui adoptaient le style vestimentaire et fréquentaient des musiciens afro-américains. De même il existe un mot français pour désigner un Bodyguard, qui est Garde du corps. Je sais je suis pointilleux et on ne me refera pas. Mon côté vieux ronchon.

 

Mais en dehors de ce qui ne sont que de petits défauts, il est à signaler de belles pages, et parfois un humour presque britannique (ça c'est permis), un peu à la façon de P.G. Wodehouse. Un roman qui allie humour et sérieux.

Des scènes très cinématographiques sont disséminées et par exemple j'ai relevé celle de la baleine échouée dans l'estuaire de la Touque, encombrant le passage. Et bien évidemment tandis que certains préconisent une solution radicale, d'autres tentent de sauver ce cétacé perdu et gonflé.

Ou encore lors de la cérémonie d'hommage rendu au comédien Hollywoodien, John Baltimore. Paul Hector Flambard, dit PHB, le grand intello de la rue de Valois, l'agrégé de philo peine à jouir, l'énarque pisse-vinaigre qui citait du Péguy, s'invite dans la manifestation et tente de porter sur lui tous les regards. On reconnaîtra dans PHB un certain supposé intellectuel dans ce penseur, auteur, éditorialiste, vedette de télévision, philosophe, visionnaire, homme de médias, de lettres et de cinéma, moraliste (j'en passe volontairement) dont il ne manque que la modestie. pas facile mettre un nom sur ce personnage issu du réel ? Avec sa crinière poivre et sel, ses chemises blanches ouvertes sur son persil, ses costumes sur mesure super 13's bleu nuit et ses souliers vernis, cette description devrait vous aider.

A part les deux ou trois petits défauts cités précédemment et qu'il sera facile de corriger par la suite, l'auteur nous propose un roman jubilatoire qui joue avec les mots et les chiffres, car il ne faut pas oublier que nos deux envoyés de la cour des comptes sont là surtout pour travailler et éplucher les factures, les recettes et les dépenses de ce musée de la sculpture contemporaine avec en toile de fond ce festival du film américain annuel. Et se glisse dans l'intrigue un léger ingrédient nommé fantastique qui donne son piquant à cette histoire.

Quant aux différents personnages qui évoluent dans ce roman, ils sont pour la plupart atypiques, ce qui permet des descriptions et des mises en scène particulièrement réjouissantes.

Monsieur Serano, comment trouvez-vous Deauville ?
Sympa mais pluvieux. On a de la chance quand l'été tombe un week-end.

James HOLIN : Un zéro avant la virgule. Collection Polars en Nord. N°211. Editions Ravet-Anceau. Parution 14 juin 2016. 280 pages. 14,00€. Version numérique 10,99€.

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 13:50

Polar mode d'emploi et une enquête brillamment construite.

Paul FOURNEL : Avant le polar.

Le lieutenant Maussade ne l'est pas tant que ça, ce qui n'est pas un anachronisme comme le fait remarquer justement, finement et aimablement l'auteur puisque la corpulence du commissaire Maigret n'était pas en adéquation avec son patronyme.

Une gamine est retrouvée morte dans le parc Montsouris, dans le quatorzième arrondissement parisien, avec une mise en scène macabre dont je passe les détails puisque tout est précisé dès les premières pages. Un meurtre non signé, même si une culotte Petit-Bateau blanche avec des cœurs roses est retrouvée non loin.

La démarche consistant à recueillir les premières informations sur la jeune Clémentine auprès des parents d'icelle revient à Maussade. Il rencontre donc la mère qui répond volontiers à ses questions. Le père ? Parti depuis trop longtemps. Ils ne se parlent plus. Clémentine était, je cite, une jeune fille très régulière, bonne élève, travailleuse, sans histoire. Donc rien de spécial à signaler, sauf qu'elle regardait depuis un certain temps plus souvent la photo de son père bien mise en évidence, se renseignait sur son mode de vie, qu'elle n'allait plus à la messe depuis quelques semaines, qu'elle connaissait un garçon plus vieux qu'elle et qui lui écrivait des poèmes. Bref une petite vie d'adolescente de treize ou quatorze ans que connaissent bon nombre de jeunes filles de son âge.

Il ne reste plus à Maussade qu'à enquêter justement auprès des fréquentations de Clémentine, le jeune homme, ses copines d'école, le collège La Bruyère Sainte Isabelle, et quelques autres. Et la sage Clémentine était-elle si sage qu'il y paraissait ?

 

L'intérêt de cette intrigue ne se niche pas dans le déroulement de l'enquête menée par Maussade, de sa déception du départ de Mathilde, celle qui partageait sa vie avant de vivre ailleurs, de sa relation avec la mère de Clémentine. Non, car ceci n'est pas qu'un roman c'est un mode d'emploi.

Polar, mode d'emploi pourrait être le sous-titre de cet ouvrage, car l'auteur, qui est le troisième président de l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), met en place les principes qui régissent à la construction d'un roman policier sous forme de notes.

Ainsi peut-on lire en début de la Note 1 : Trouver une entame. Placer le crime. Après avoir longuement regardé la scène, le lieutenant Maussade ferma les yeux comme pour l'imprimer.

Note 2 : Fixer le héros. Le lieutenant Maussade. Brun, grand, la trentaine, plutôt élégant.

Note 4 : Un peu de documentation. Sous son aspect domestiqué, le parc Montsouris est le territoire des ombres.

Et ainsi de suite jusqu'à la Note 99, chaque note équivalent à un chapitre plus ou moins court.

Des conseils qui se résument à comment aborder un roman, mettre en place les personnages, laisser planer le doute, et éventuellement réfléchir à un avenir possible en adaptation télévisée :

Note 16 : Si ce polar doit faire un téléfilm un jour, ou mieux encore une série ("Lieutenant Maussade") il est indispensable de mettre un personnage noir ou handicapé.

Donc des notes utiles à un débutant désirant se lancer dans l'écriture d'un roman policier, lui fournissant des conseils, des trucs et astuces, des balises, tout en racontant sous forme d'exemple l'enquête de Maussade et ses différentes interventions. En laissant soin au lecteur parfois de combler quelques trous, de lui suggérer certaines scènes, de l'amener à participer lui aussi.

Un exercice de style réjouissant qui ne pourra laisser indifférent.

Paul FOURNEL : Avant le polar. 99 notes préparatoires à l'écriture d'un roman policier. Editions Dialogues. Parution 19 mai 2016. 78 pages. 15,00€.

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 14:28

Ma sorcière bien-aimée...

DARNAUDET - ELRIC : Witchazel et le sort du Wlouf.

La vie est dure pour une jeune sorcière, surtout lorsqu'elle débute comme Hamamélis et qu'elle vient de quitter sur un coup de tête sa mère et sa sœur.

Elle est diplômée en sorcellerie et compte bien exercer ses talents à la Lagune brune, un territoire composé d'îlots. Un aimable gondolier, naviguant gaiment, lui propose de l'emmener, qui plus est gratuitement. Seulement, au bout de dix jours, l'officine d'Hamamélis gentille sorcière, reste désespérément vide. Pas trace de client.

Seul le chat Pristi lui rend visite chaque jour, lui offrant un bouquet de fleurs. Et des fleurs elle en a plein les vases et par-dessus la tête. Le père Duchêne aussi vient lui dire un petit bonjour amical, et lui rapporte les rumeurs, les ragots de clients potentiels. Hamamélis possède trop d'atouts qui jouent contre elle. Elle est trop jeune, trop jolie, trop gentille, inexpérimentée, bref elle est comme de nombreux jeunes qui voudraient s'installer mais ne peuvent le faire pour des raisons fallacieuses. Passons.

La nuit porte conseil a déclaré le père Duchêne. Hamamélis décide de se vieillir, de changer de nom, et surtout de prouver à tous qu'elle n'est pas manchote, mais mulote, en s'adonnant à quelques tours de magie avec la complicité du chat Pristi. Elle s'installe dans son échoppe après avoir changé de raison commerciale : Witchazel, la plus grande sorcière.

Les badauds qui ont pu assister à ces quelques exploits commencent à affluer et une file indienne de quémandeurs de sorts s'aligne sur le chemin menant à son antre, fort agréablement aménagé et lumineux.

Parmi ces nouveaux clients, certains n'hésitent pas à lui formuler des sollicitations particulières. De plus elle apprend par le chat Pitau, le cousin de Pristi, que celui-ci est emprisonné dans le tronc des Soupirs, accusé d'avoir volé la baronne des Trois-crics. Ni une, ni deux elle rend immédiatement visite à son ami, est arraisonnée par des policiers dont je ne définirai pas le comportement, et le commissaire, un client, lui propose d'élucider cette affaire en contrepartie de la liberté de Pristi.

 

Frais, réjouissant, ce conte animalier dont le décor emprunte à Venise, un lieu cher à Darnaudet, joue sur les situations et vous l'avez déjà deviné, les jeux de mots et de maux.

On pourrait penser à Benjamin Rabier, à Maurice Cuvillier le créateur de Sylvain et Sylvette, à Cécile et Jean de Brunhoff créateur et illustrateur de Babar, mais sans les personnages humains qui évoluaient dans leurs histoires, pour cette aimable fable dans laquelle apparaissent Maître Hibou Deficelle, notaire, un serpent à sornettes, un canard déchainé, et autres sympathiques, ou prétendus tels, personnages comme la Pie Lélectrique.

Et Hamamélis devenue Witchazel, la gentille mulote qui veut aider ses concitoyens par la bonté grâce à ses sorts et ses potions, va résoudre pour le mieux cette intrigue bon enfant qui n'est pas uniquement destinée justement aux enfants. Les adultes vont se délecter à lire et regarder ses aventures tout comme ils aiment se replonger dans celles de Tintin, des Pieds Nickelés, de Lucky Luke. Grâce aux dessins d'Elric, on entre dans le charme de cette fameuse ligne claire de l'école belge, tout en y dérogeant car il possède son style déjà établi dans le précédent album réalisé avec François Darnaudet : Harpignies.

Les deux auteurs, François Darnaudet et Elric se complètent et nous livrent ce premier tome d'une nouvelle série à suivre, sans oublier la coloriste Laure Durandelle.

DARNAUDET - ELRIC : Witchazel et le sort du Wlouf. Witchazel 1. Editions Kramiek/Paquet. Parution 29 juin 2016. 48 pages. 10,00€.

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 14:23

Roy, mais bientôt Reine...

Sandrine ROY : Lynwood Miller.

A cause d'une tempête de neige qui a endommagé les lignes téléphoniques et électriques, Lynwood Miller qui s'est installé dans une ancienne bergerie est obligé de s'éclairer avec un groupe électrogène. Mais pour que celui-ci fonctionne, il faut du carburant et Lynwood s'aperçoit avec dépit qu'il n'en a plus. Alors qu'il était tranquillement installé à lire un roman de Fantasy d'un auteur Français, Basil Clark. Un excellent moyen pour peaufiner ses connaissances dans la langue de son pays d'adoption, la France, et plus particulièrement les Pyrénées.

Donc, il doit se résoudre à se rendre en pleine nuit jusqu'à la cave d'une cabane de berger sur le chemin du lac, des bidons y étant entreposés. Arrivé près de la bâtisse, il entend une voix féminine appeler Joooohn ! Son véritable prénom. Personne ne le connait et pourtant cette voix le hèle sans aucun doute, et il s'agit bien d'un appel au secours. Il se précipite et délivre une jeune fille que deux hommes séquestrent. Tandis qu'il corrige sévèrement les deux kidnappeurs allemands, déduction effectuée par leurs propos, la gamine, car pour lui c'en est une, s'échappe. Il la retrouve alors qu'elle aborde le lac et commence à se noyer, la glace n'ayant pu supporter son poids. Il la ranime puis l'emmène chez lui où il la soigne. Elle a été violée, en porte les marques sanglantes, et elle est choquée.

Avant de continuer plus loin dans notre relation des faits et de ce qui va arriver, intéressons-nous à Lynwood Miller, pour tous, et John pour Elisabeth dite Eli.

Il est Américain, un ancien des forces spéciales et il est arrivé en France quelques mois auparavant pour se ressourcer. Il a fait la connaissance de Simon, trente-sept ans, célibataire vivant toujours chez Maman, ce qui d'ailleurs désole sa génitrice. Simon et Lynwood se prennent d'amitié et bien naturellement l'Américain fait part de sa mésaventure à son ami informaticien. Car Simon est un petit génie, sans bouillir, de l'informatique et il est très demandé pour dépanner des sociétés étrangères ou françaises. Il s'introduit sans vergogne dans les données secrètes sans pour autant en profiter par malversation.

Les parents d'Eli sont heureux de retrouver leur fille saine et sauve. Kellerman, le père, demande toutefois à un ami, le commissaire Marchand d'enquêter sur les ravisseurs. Ceux-ci, qui ont réussi à fuir pendant l'escapade lacustre d'Eli, ont commis un nouveau méfait. L'un d'eux mal en point a été soigné par un vétérinaire et ils n'ont pas hésité à lui trancher la gorge afin d'éviter qu'il parle.

Kellerman est obligé d'avouer à Lynwood et Simon qui ne lâchent pas l'affaire, Simon par amitié pour Lynwood et Lynwood par attrait pour Eli, qu'en réalité la gamine a vingt six ans et qu'avec sa femme ils ont omis de lui avouer qu'ils l'avaient adoptée. Une information qui ouvre de nouveaux débouchés dans l'enquête menée conjointement pat Marchand, Lynwood et Simon, lesquels sont complémentaires dans leurs recherches et leurs analyses.

Le père géniteur d'Eli est un Allemand, ancien compagnon de Kellerman, et comme les hommes de main étaient de même nationalité, le lien est vite établi. Seulement, lorsque Lynwood et consorts le rencontrent à Berlin, ce père qui a eu Eli hors mariage avec une femme considérée comme atteinte psychiquement, certains journalistes à l'époque n'ayant pas hésités à employer le mot viol, cet homme est malade, en fin de vie, et il narre ce parcours chaotique tout en avouant que sa famille, femme et enfants, était au courant de cet épisode peu glorieux.

Un autre fait significatif est à mettre au crédit d'Eli. Celle-ci est non seulement l'auteur signant sous le pseudonyme de Basil Clark, mais de plus elle possède des pouvoirs surnaturels. Elle peut déplacer à distance des objets et lire dans l'esprit des gens. Elle guérit Lynwood dont un genou est en vrac, séquelle d'une vie d'avant. Mais c'est une jeune fille renfermée, qui préfère vivre en solitaire, agoraphobe et démophobe. Seulement, elle ne peut prévoir ce qui va lui arriver comme incidents, accidents, alors qu'elle peut pressentir ce qui peut se passer pour d'autres personnes, de son entourage ou non.

 

Lynwood Miller est un roman qui mélange les genres et bouscule les codes. Tout autant roman policier mêlant quête et enquête, il aborde le surnaturel et insère une histoire d'amour qui ne veut pas dire son nom, le parcours de Lynwood et celui d'Eli les obligeant à se méfier de leurs sentiments. Surtout de la part d'Eli d'ailleurs.

Action, aventure, amour, amitié, pourraient être les quatre A, ou as, qui sont les points cardinaux de cette intrigue qui, chaque fois, est relancée de façon cohérente tout en partant dans des dimensions différentes. Comme le souligne l'éditeur, Roman policier mais pas que...

Un roman qui pourrait se définir comme une course cycliste par étapes, le Tour de France par exemple, sportivement parlant. En effet, l'intrigue se décompose en étapes de sprint, avec des actions rapides, des étapes de plaine au cours laquelle l'action prend le temps de se développer avec des protagonistes qui veulent échapper au peloton, et des étapes de montagne dans lesquelles les héros souffrent, et l'arrivée en fanfare sur les Champs Elysées ou plutôt le retour au pays, dans le calme et la sérénité, ou presque, avant le prochain ouvrage qui pourrait préfigurer un nouveau départ.

Sandrine ROY : Lynwood Miller. Editions Lajouanie. Parution 10 juin 2016. 304 pages. 19,00€.

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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 07:13

Un titre référence à Jean-Patrick Manchette !

Nils BARRELLON : La position des tireurs couchés.

Non Zlatan n'est pas un joueur de foot. Enfin pas le Zlatan du roman même s'il joue avec des balles. Ce Zlatan là, de son nom Gubic est policier à l'Anti-Gang et plus particulièrement un tireur de haute précision, un tireur d'élite. Et comme dans la police, on se charrie entre collègues, il est surnommé Ibra.

Une agence bancaire vient d'être braquée et les malfrats tiennent en otages une dizaine de personnes. Zlatan est à l'affût en compagnie de son adjoint, le lieutenant Gretpman, dit Greta Garbo. C'est pas très futé comme surnom, mais pour le moment, les idées sont ailleurs. Ils sont concentrés sur leur cible, le chef du gang tient une arme.

L'assaut va être donné et Zlatan touche sa cible comme à l'entraînement. Joli tir commente Gretpman. Un épisode parmi tant d'autres et une fois de plus Zlatan est le héros de la journée.

Ce n'est pas pour autant qu'il faut se reposer sur ses lauriers. Zlatan se rend au 36 quai des Orfèvres, pour son travail, en moto. Un matin, alors qu'il roule derrière un véhicule, le conducteur perd tout à coup le contrôle de sa voiture. Du travail de professionnel estime Zlatan, tandis que des policiers arrivent sur place de même que les secours et la Scientifique. Zlatan détermine immédiatement d'où est partie la balle meurtrière. D'une tour située à quelques centaines de mètres.

Peu après il reçoit un message téléphonique l'invitant à se rendre à la maison du Barreau. Sur place il est abordé par un avocat, lequel lui signale qu'il a lui aussi reçu un message le conviant à le rencontrer. Zlatan est surpris par cette information. L'avocat est abattu par une balle qui ne manque pas cette fois encore sa cible. Zlatan d'un regard repère immédiatement l'endroit où se tenait le meurtrier. Il s'élance mais ne peut intercepter l'individu qui se défile.

Zlatan se demande s'il ne serait au cœur de cette affaire intrigante et si lui même ne va constituer la prochaine cible.

Parallèlement, il se remémore ses années d'adolescence, lorsqu'il vivait à Sarajevo et était ami avec Goran. Entre Serbes et Bosniaques, ce n'était pas une guerre des tranchées mais des affrontements entre tireurs positionnés sur des toits et qui abattaient tout ce qui bouge, femmes et enfants y compris. Or Zlatan a failli, une fois. Et depuis, il repense incessamment à ce manque.

 

Evidemment Nils Barrellon ne nous propose pas un épilogue auquel on s'attendait, mais quelque chose de plus complexe et de plus simple à la fois.

Rapide, comme la balle qui transperce l'air à sept cent quatre-vingt dix mètres par seconde, 790/s, efficace comme le tireur couché sur une table pour offrir le moins de prise à l'adversaire et être bien positionné, La position des tireurs couchés est narré de main de maître, avec une précision défiant le meilleur snipper (en français dans le texte).

Le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer, les digressions étant réduites au maximum, l'action étant une cible privilégiée.

Nils BARRELLON : La position des tireurs couchés. Edition Fleur Sauvage. Parution le 19 mai 2016. 208 pages. 16,40€.

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2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 15:15

En juillet, Fées ce qu'il te plaît...

Chantal ROBILLARD présente : Dimension Fées.

Parmi les nombreux héros de notre enfance, Martine, D'Artagnan, Pardaillan, Le Club des Cinq, Lagardère, Sissi et combien d'autres, il est de petits personnages qui se sont infiltrés dans nos rêves et notre quotidien et que Chantal Robillard, aidée de vingt-cinq complices, remet à l'honneur : les Fées.

Souvenez-vous ! La fée Clochette chère (?) à Peter Pan, la fée Viviane et l'épée Excalibur donnée au roi Arthur, la fée Morgane demi-sœur d'Arthur dont Merlin est le maître de magie, la fée Mélusine, la fée Carabosse, les fées marraines que l'on retrouve dans bon nombre de contes tels que Cendrillon, La Belle au bois dormant, Riquet à la Houppe... sans oublier celle qui catalogue une maîtresse de maison dans toute demeure qui se respecte en propreté, la Fée du logis.

Mais il est des fées qui n'appartiennent pas aux légendes, celles qu'ont rencontrées nos auteurs et qu'ils nous présentent comme leurs secrets d'enfance, qu'ils gardaient jalousement dans l'écrin de leur imagination.

Alors permettez-moi de vous en présenter quelques-unes, mais pas toutes sinon où serait le plaisir de la découverte de ces charmantes jeunes (en général) filles que l'on peut trouver aussi bien à la campagne que dans les zones urbaines.

Les fées des champs et les fées des villes.

 

Christine Baroche dans Le Diable n'est plus ce qu'il était s'identifie à une fée, ou plutôt elle s'exprime à sa place. Il est vrai que cette charmante jeune fille au doux nom de Mélangette est pudique et se promène près des locaux d'œuvres caritatives, vidant les sacs à provision qu'elle a consciencieusement emplis afin de fournir des denrées aux plus démunis.

Pierre Dubois, le grand elficologue ardennais, nous emmène sur les traces de Monsieur Paul, un vieil homme qui revoit son enfance et son adolescence. Tout jeune il vivait dans une masure, préférant jouer dans la forêt et la campagne plutôt que de partager les jeux des autres enfants. Demeuré seul après la mort de ses parents, il braconne. Catalogué comme asocial, il n'a guère fréquenté l'école pourtant il sait lire comme peut s'en rendre compte le châtelain qui le recueille et lui offre le gîte et le couvert contre de menus travaux. Le premier ouvrage auquel s'intéresse Monsieur Paul, c'est La petite sirène d'Andersen, et bien d'autres livres suivront. Non seulement il lit mais il possède une mémoire phénoménale. Et un autre pouvoir qu'il n'est peut-être pas décent de dévoiler maintenant. En étrange exil et Un retour sont les titres des deux nouvelles qui mettent en scène Monsieur Paul.

Dans Le voile de l'aube, Patrick Fischmann nous ramène quelques centaines d'années en arrière, lorsque les nobles quittaient leurs terres pour partir en croisade chez les Sarrazins. La gente dame à laquelle il avait fait la cour avant de partir l'a attendu et ils ont convolé en justes noces. Seulement le comte Hubert de la Maulnet est revenu l'esprit perturbé par les batailles et la disparition de ses compagnons d'arme. Et lorsque son épouse accouche, il est furieux car la descendance espérée n'est pas au rendez-vous.

Hervé Thiry-Duval évoque La cascade des Blondines, et ces histoires que l'on se racontait à la veillée. Comme celle de Mariette et Florentin, un couple de tourtereaux qui pour échapper aux yeux indiscrets s'étaient promenés près de la cascade. Florentin avait été subjugué par les Blondines. Comme quoi il veut mieux parfois rester chez soi.

Claudine Glot nous présente Adèle, une passionnée de fées, traquant des Hautes Terres d'Ecosse jusqu'à Prague, en passant par le Portugal et la Bretagne, les ouvrages sur ces êtres légendaires. C'est justement grâce à un libraire écossais qu'elle fait la connaissance de son mari lui aussi passionné de ces êtres éthérés. Lors d'un voyage à l'île de Skye, alors qu'il affirme entendre des chants près de la Mare au Fées, il s'écoule brutalement, mort. Mais la vie continue pour Adèle qui se retire en Bretagne. Le titre ? A Fair Revenge.

 

Fées des villes et fées des champs, ai-je écrit un peu plus haut ? Oui, on en trouve partout, pour peu que l'on prête attention au paysage.

Ainsi dans Nixia et moi de Pierre Bordage, le narrateur (l'auteur lui-même ?) est chargé de procéder à des vérifications hebdomadaires dans les stations d'épuration. Ce jour-là, il aperçoit une jeune fille assise dans les mauvaises herbes bordant la grande cuve. Il fait semblant de ne pas s'intéresser à elle, juste un sourire, mais un peu plus tard, le visage de cette inconnue le tarabuste. Il s'enquiert même dans son voisinage si quelqu'un l'a déjà aperçue, la connaît. Personne ne voit dont il s'agit, il se fait chambrer d'ailleurs. La semaine suivante et les autres il retrouve au même endroit. Ils font connaissance et elle accepte de le suivre chez lui. Mais elle le prévient, parfois, la nuit elle devra sortir et lui rester bien au chaud, ne pas tenter de la suivre.

Une histoire qui ne manque pas de sel, c'est bien celle d'Estelle Faye, titrée fort à propos Sel. La narratrice est arrivée sur le continent sud-américain. Elle a débarqué à Recife, au Brésil, et entame un long voyage qui doit la mener jusqu'au Pacifique. Pour moyen de locomotion, un vélo aménagé avec un side-car enfin de transporter quelques affaires personnelles et surtout deux bonbonnes d'eau pour se désaltérer lors de la traversée du désert. Le Salar. En repartant de son dernier relais, elle est stupéfaite par la vue d'une moto appuyée, sans antivol. Ce n'est pas tant ce manque de protection qui l'interloque mais la peinture acrylique dont est tatoué l'engin. Une fée pin-up qui lui cligne de l'œil. Une moto qu'elle reconnait pour l'avoir déjà croisée à plusieurs reprises le long de son parcours.

Si l'histoire précédente se déroule quelques années après l'an 2040, Ugo Bellagamba, avec La fin de toutes les fêtes, effectue un retour arrière, en l'an 1819, ce qui prouve que les fées traversent aussi bien le temps que les distances. Camille s'ennuie dans le château des Clermont-Tonnerre, sur la route de Sardaigne. Son père l'a déposé six mois auparavant, à la demande du roi Victor-Emmanuel 1er et il lui avait promis de revenir le chercher avant les fêtes de la Nativité. Mais celles sont passées depuis onze jours et son père est toujours absent. Une vieille femme entre dans la pièce alors qu'il s'apprêtait à manger. Elle est décharnée, sale, et lui raconte son périple, et en s'ébrouant fait s'envoler un nuage de cendre. Il la reconnait, et à la question de savoir s'il a été très sage durant les fêtes, il lui répond, oui, j'ai été très sage, Befana...

 

Arrive maintenant un entracte proposé par Roland Marx, un poème tautologique titré Félicie, aussi me soufflerez-vous, dont chaque phrase débute et se termine par une déclinaison phonétique de fée.

Mais il est temps pour moi de retrouver ma bonne fée et vous laisser découvrir par vous même cet ouvrage, même si je sais que certains auteurs m'en voudront de ne pas avoir présenté leurs textes. Toutefois je puis vous soumettre le sommaire alléchant, qui se clôt par une nouvelle de la fille de Jean Giono, Sylvie Durbet-Giono, et une postface de Chantal Robillard.

TABLE DES MATIERES:
Préface de Chantal Robillard
Christiane Baroche
: Le Diable n'est plus ce qu'il était !
Pierre Dubois : En étrange exil et ... Un Retour
Patrick Fischmann : Le voile de l'aube
Hervé Thiry-Duval : La cascade des Blondines
Claudine Glot : A fair revenge
Pierre Bordage : Nixia et moi
Estelle Faye : Sel
Ugo Bellagamba : La fin de toutes les fêtes
Roland Marx : Félicie
Hélène Marchetto : Fin
Muriel Chemouny : La Porte des Merveilles
Joel Henry : Barbe au Bois dormant
Jacques Lovichi : Carabosse, la véritable histoire
Bernard Visse : Une vague odeur de sardines grillées
Olympia Alberti : La Nuit des étoiles filantes
Henri Etienne Dayssol : A tant rêver
Jean-Pascal Ansermoz : Mûre
Joel Schmidt : Une Pianiste d'un autre monde
Philippe Di Folco : Les Faits du logis
Sybille Marchetto : Histoires de pandas et de fées
Françoise Urban-Menninger : La Petite voix de mon enfance
Olivier Larizza : Vers l'Orient
Emmanuel Honegger : La Stratégie du lierre
Elisabeth Chamontin : De quelques fées injustement méconnues
Sylvie Durbet-Giono : L'Enchanteur du Paraïs
Chantal Robillard : La fontaine Jean le Bleu, en guise de postface 

Laissez-vous prendre la main par toutes ces fées, laissez votre esprit vagabonder, rêver, rajeunir, le temps est Fée pour vous.

Chantal ROBILLARD présente : Dimension Fées. Collection Fusées N°46. Editions Rivière Blanche. Parution avril 2016. 222 pages. 20,00€.

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 13:22

Des baffes et des claques...

Léonard TAOKAO : Des basses et débâcles.

L'hiver Thomas travaille comme commis de cuisine dans une station de ski. Au moins il est au chaud, au lieu de se geler sur les pistes comme moniteur pour débutants. Et ses quatre ou cinq mois de saison effectués, il regagne le Cantal retrouver ses amis qui gîtent dans une vieille ferme où ils vivent de l'argent gagné avec de petits boulots.

En réalité leur principale occupation estivale est de participer à des fêtes musicales en plein air, comme animateurs. Des raves parties, cela s'appelle. Les bêtes raves, pour certains. Mais ce n'est pas un petit déménagement, car outre les voitures particulières, des caravanes et même un camion sont indispensables pour transporter tout le matériel de sonorisation et les projecteurs. Ils se sont fait une renommée qui va au delà des frontières comme robots mixers de musique électronique.

Cette année là, Thomas ne rentre pas seul au bercail. Il est accompagné d'un jeune chien qu'il a adopté, car cela lui fendait le cœur de savoir que sinon l'animal irait dans une SPA ou un refuge du même acabit. Au début, le canidé se nommait Choco, c'était beau pourtant Choco, mais les copains de Thomas ont préféré l'affubler du nom de Loco. Peut-être parce que Loco motive...

Ils herborisent, car ils font une grande consommation de flore prohibée, ils s'envoient quelques cachets aussi, et ils retournent en enfance en suçant des buvard trempés d'acide. Bref la belle vie sans oublier les liquides permettant de digérer tout ça. Et parfois la tête brinqueballe.

Il ne faut pas oublier non plus qu'ils investissent des terrains qui ne leur appartiennent pas et les propriétaires n'hésitent pas à appeler la maréchaussée pour les déloger. Mais même si les propriétaires des parcelles occupées, les riverains mécontents du boucan ne se manifestent pas, les gendarmes sont toujours sur le qui vive, alors ils jouent aux gendarmes et aux voleurs. Heureuse jeunesse qui subit toutefois des désagréments dans leurs affrontements.

 

Encore une histoire de drogue, d'alcool, pas trop de sexe, beaucoup de mots anglo-saxon, auxquels je ne comprends pas grand chose.

Petit aparté : depuis le Brexit, ou sortie de la Grande-Bretagne de l'Union Européenne, il va falloir se munir d'un visa pour franchir les frontières et payer une taxe de douane pour l'intromission et l'utilisation de mots et locution d'origine anglaise. Donc, théoriquement, les auteurs et les éditeurs, n'étant pas fortunés pour la plus grande part, devront se méfier du langage usité, sous peine de subir une pénalisation financière. Fin de l'aparté.

 

Donc à priori, cette histoire ne m'aurait guère intéressé si Loco ne sauvait pas la mise.

En effet ce brave chien recueilli par Thomas, et rien que pour cela ce musicien adepte des vinyles me serait sympathique, Loco, donc, partage la vedette avec son nouveau maître. Et chacun à leur tour ils narrent les aventures, et mésaventures qu'ils subissent, les désagréments, les joies aussi lorsqu'il y en a. Loco vit avec les autres chiens de la troupe, possédant des affinités avec certains, ressentant du mépris ou de l'agacement pour d'autres. Le monde animal n'est guère différent de celui des humains, et si affrontement se produit, ce n'est pas pour des futilités politiques, religieuses ou autres, mais parce qu'une gamelle pleine est en jeu.

Loco est un philosophe qui s'ignore, tout comme ses congénères. Ainsi un dogue argentin squelettique harangue la petite troupe de canidés :

Oui, chiens et chiennes de toutes races. Oui, je vous le répète. Le problème n'est pas trop de savoir comment l'homme est apparu, encore moins la façon dont il a évolué. Le problème est bien de trouver une solution pour enfin s'en débarrasser.

Loco pense aussi à la destinée de ses frères inconnus :

J'eus une pensée soudaine pour tous mes congénères qui vivaient en immeuble ou tournaient en rond dans le minuscule jardin d'une ridicule maison de lotissement. Que retiendront-ils de leurs vies quand ils feront le point à la porte du paradis des clébards.

Loco est un chien intelligent, instruit, qui regarde la vie avec sagesse. Et en cela il est plus intéressant à suivre dans ses déambulations et ses périples que ceux des humains qu'il côtoie.

Et comme c'est un roman à deux voix, ou plutôt à deux écritures, on peut suivre les réflexions et les pérégrinations de Thomas et de Loco grâce à des caractères d'imprimerie différents.

Léonard TAOKAO : Des basses et débâcles. Collection Bordeline. Editions Territoires Témoins. Parution 25 mai 2016. 172 pages. 15,00€.

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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