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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 13:54

Sous les projecteurs de Charlie Hebdo...

Marek CORBEL : Mortelle sultane.

Le 7 janvier 2015, un attentat contre Charlie Hebdo était perpétré. Le 9 janvier de la même année, c'était un hyper casher qui se trouvait pris pour cible. Le 11 janvier une foule immense manifestait pour montrer son soutien aux victimes. Parmi celle-ci des inconnus et des politiciens de tout bord, surtout présents par démagogie. Trois événements qui ont marqué la vie politique et médiatique.

Pourtant un autre épisode a été passé sous silence. Celui d'un forfait ayant pour protagonistes trois femmes. Sihem, trentenaire issue d'une banlieue dite défavorisée, de ces cités qui ont poussé comme des champignons et en possède la durée de vie, délabré aussitôt construites. Avec elle Diane, la bimbo et Laurence, plus âgée et surtout abonnée aux alcools forts qui lui détruisent les neurones, un palliatif pour masquer sa déchéance. Et en ce 12 janvier, à bord d'une voiture déglinguée, Sehim récupère ses deux complices avant de rejoindre Roissy pour une destination aléatoire : Dubaï ou Collioure. Au choix.

Pendant ce temps, le lieutenant Belkacem, promu capitaine au Château des Rentiers, haut lieu de la brigade financière, depuis le 1er janvier, tente de prendre ses marques, habitué qu'il était à bosser au commissariat du XIIIe. Fini le bitume à arpenter pour ce péripatéticien policier. Mais auparavant il doit passer au 36 quai des Orfèvres, où il retrouve avec plaisir Alain Charry, lieutenant à la Crim, dit le Pinède à cause de sa taille et de son origine landaise. L'envers du décor, c'est le commissaire divisionnaire Monteil, un homme irascible, incisif aux dents longues. Heureusement son ami Duval est toujours présent pour l'aider dans les coups durs.

Par l'un de ses indics, Belkacem apprend qu'une opération doit avoir lieu, mais il faut trouver le commanditaire, un certain Kader, un caïd de banlieue. Charry, qui ne charrie pas, lui signale qu'Aguarelli, un Corse, vient d'être transformé en passoire, un déguisement comme un autre mais auquel on ne survit pas. L'année commence bien.

 

La lecture de ce roman m'a donné l'impression d'être un spectateur entrant par hasard dans une salle de cinéma, alors que la projection du film a débuté depuis un certain temps, et partant alors que la séance n'est pas terminée. Je dois avouer que je n'ai pas tout compris au film, me laissant bercer par des images, des répliques, des situations qui se juxtaposent comme de courts-métrages.

On passe allègrement du 12 janvier au 6 janvier, puis on retrouve le 12 pour remonter au 7, ainsi de suite jusqu'à la fin du roman, dont l'avant dernier chapitre est daté du 12 et l'épilogue du 11.

Etant un vétéran de la lecture (je déteste l'hypocrite mot senior utilisé pour définir les retraités), je commence à avoir les neurones fatigués, et peut-être est-ce pour cela qu'il faut m'expliquer longuement le pourquoi du comment, alors que dans cette histoire tout est plus suggéré que développé.

Un roman destiné aux quadragénaires aimant s'imbiber dans une nouvelle histoire de banlieue, ancrée dans un contexte historique. Wesh...

Marek CORBEL : Mortelle sultane. Collection Noir de Suite. Editions du Horsain. Parution 20 mai 2016. 144 pages. 8,00€.

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 12:50

Georges Brassens était vraiment un anticonformiste. Pour preuve...

Jean-Paul SERMONTE : La tombe buissonnière de Georges Brassens.

Venir de la Haute Saône afin de se recueillir sur la tombe de Georges Brassens au cimetière du Py à Sète, et se retrouver devant une sépulture vide, telle est la mésaventure qui arrive à Marguerite Huon, qui n'est pas huée mais en tombe de saisissement.

Elle alerte immédiatement le gardien qui flânait dans le quartier, et aussitôt le premier adjoint au maire, le directeur du complexe funéraire, le commissaire de police se retrouvent tous devant ce sépulcre où ne résonne pas la voix de Georges Brassens chantant Elégie pour un rat de cave. Les caves, ce sont eux, et il faut faire quelque chose. Mais quoi ?

Le monde politique, le monde médiatique, le monde tout court en reste pantois. Il est vrai que les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux. Et Georges Brassens qui sort de sa tombe est un fait peu commun. D'accord il a été aidé, il faut maintenant découvrir par qui et pourquoi.

Pour calmer l'opinion, Sophie Lavigne, policière de trente trois ans et fille de policier, est chargée de mener l'enquête, associée à Arnaud Rivière de la Botté, quinquagénaire oisif fin connaisseur de l'œuvre de Georges Brassens. Une homme, une femme, qui au premier abord ne sont guère fait pour s'entendre, mais il leur faut mettre de l'eau dans leur vin, et peu à peu les relations tendues vont se distendre et même va naître entre Sophie et Arnaud une forme de complicité.

Ce qui pourrait être un canular ne fait pas rire tout le monde. D'autres, des petits malins sans aucun doute, à moins que ce soit les mêmes qui désireraient monter une collection, tentent de subtiliser le cercueil de Gilbert Bécaud. D'autres chanteurs célèbres, à textes bien évidemment, vont-ils attiser la cupidité de ces énergumènes ?

 

Dans un contexte policier, il s'agit pour Jean-Paul Sermonte de rendre un hommage à un poète qui défiait dans ses chansons la Camarde. Une quasi vénération de la part d'un érudit fondateur de la revue Les Amis de Georges, lui-même auteur-compositeur et interprète.

Hommage appuyé mais avec une certaine dérision, et l'on croit voir l'ami Georges Brassens, toujours aussi pétulant, les yeux pétillant de malice, rire dans sa moustache, un sourire moqueur au coin des lèvres, et chantonner Les croque-morts améliorés.

Qui va permettre aux braves gens
De distinguer les funéraires,
Les anciens croque-morts ordinaires,
Des galopins un peu folâtres
Qui se mettent en deuil exprès
Les croque-morts améliorés !

Si le croque-mort s'en va sifflant
Les joyeux couplets à  vingt francs,
C'est un honnête fonctionnaire,
C'est un croque-mort ordinaire.
Mais s'il écoute en idolâtre
Les disques des be-bop cassés,
C'est un croque-mort amélioré !

 

Le lecteur, même jeune, qui ne connait que de nom Georges Brassens et seulement deux ou trois chansons, lestes et paillardes comme Gare au gorille ou Quand Margot dégrafait son corsage, sourira à ce texte empreint de bonhommie, qui nous change des déférences laudatrices et compassées.

Sans vouloir l'affirmer, il me semble qu'il s'agit ici d'une réédition de Brassens ou la tombe buissonnière, publié en 2006 aux éditions Didier Carpentier.

Première parution supposée aux éditions Didier Carpentier. Parution 4 mai 2006. 110 pages.

Première parution supposée aux éditions Didier Carpentier. Parution 4 mai 2006. 110 pages.

Jean-Paul SERMONTE : La tombe buissonnière de Georges Brassens. Editions du Moment. Parution 4 mai 2016. 182 pages. 14,95€.

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 14:12

Va falloir le détacher avant la montée des artistes...

Jean-Marie PALACH : Du sang sur le tapis rouge.

Alors que l'ordonnance de renvoi de l'affaire du covoiturage est signée auprès des assises du Val de Marne, alors qu'un meurtre vient d'être perpétré dans un hôtel de la rue Gossec dans 12e arrondissement de Paris, la commissaire Clémence Malvoisin est convoquée chez Le Pavec, le Préfet de Police, pour une enquête très particulière.

Dans le bureau du fonctionnaire, elle est mise en présence du délégué du festival de Cannes, festival qui doit débuter dans quelques jours. Or Cyprien-Louis de Villetaneuse est franchement embêté. Depuis 2003, une accident se produit invariablement tous les ans, accident sérieux entraînant mort d'homme ou de femme. Et il aimerait bien que cette soixante-septième édition ne soit pas une nouvelle fois endeuillée.

Villetaneuse a monté un dossier à l'intention de Clémence et il s'avère que toutes les victimes ont un lien, plus ou moins proche avec Claude Bergerac, le célèbre producteur possédant à son actif bon nombre de succès. Or cette année 2014 devrait être l'apothéose de Bergerac car l'homme a du nez. Il vient de signer en tant que producteur, réalisateur et acteur un film synthèse entre Beaumarchais et Jacques Demy, Le Barbier de Cherbourg.

Clémence doit donc se rendre à Cannes, munie d'une nouvelle identité et prendre rang dans l'équipe de Bergerac, comme scénariste d'un prochain film. Bien entendu seuls le Préfet, l'adjoint de Clémence, le délégué général et Bergerac seront au courant de cette mystification destinée à cacher le véritable but, découvrir le coupable des ces attentats déguisés. Elle en fait part à son mari qui, jaloux, n'apprécie pas cette escapade cinématographique. Et, coïncidence bienvenue, son fils est en stage dans une boite de production cinématographique et va pouvoir lui donner moult informations sur ce domaine et ce petit monde fermé dont elle ne connait que quelques grandes lignes, ce qui lui permettra de tenir son rôle avec justesse. De même elle se voit coiffer par une spécialiste et monter une garde-robe par une couturière ayant habillé toutes les grandes actrices.

2003, l'année du premier accident, est également synonyme de fracture dans la vie familiale de Bergerac. Lionel, l'un de ses fils, promis à un brillant avenir d'écrivain, a disparu, et depuis n'a jamais redonné de ses nouvelles. Il est considéré par tous comme mort. Clémence s'intègre rapidement dans la petite équipe, où elle est acceptée par tous pour son charisme. Seul Sacha, l'autre fils de Bergerac qui n'est pas issu de la cuisse de Jupiter pais plutôt d'Eole tant il brasse du vent, fait tâche parmi tous ces professionnels du cinéma, quelle que soit leur fonction. Sans oublier Tseng-Nio, le chauffeur garde du corps, ou Brigitte, la vieille vendeuse de roses.

Pendant que Clémence peaufine son rôle puis qu'elle se rend à Cannes, que se passe-t-il à la Section Est de la police judiciaire ? Langlade son adjoint supervise les enquêtes en cours, particulièrement celle menée par le jeune Florent Bragatour chargé de démêler l'affaire de l'hôtel Gossec et découvrir le meurtrier de ce client de passage. Quant à Maurice, le planton, il continue de lire les œuvres de Roger-Paul Jean, le juge chargé d'instruire le procès de l'affaire de covoiturage. D'ailleurs il a prêté un des romans à Clémence et les autres suivront le même chemin. Car ces romans sont excellents, vivants, précis, humanistes, ce qui étonne un peu tout le monde, Roger-Paul Jean étant connu pour son rigorisme et son côté solitaire.

Lors de son séjour Clémence va faire la connaissance d'un acteur, haut en couleurs, bourru, grossier, vulgaire et pourtant attachant, Gérard Mordarieu, lequel circule en scooter. Elle va aussi se trouver sous le charme de Willem Dafoe, en tout bien tout honneur, malgré les appréhensions de son mari. Seulement elle échappe à un attentat, grâce à Mordarieu, et d'autres tentatives vont ponctuer son séjour.

 

Trois enquêtes, pour le prix d'une, qui vont se compléter, comme le faisait Ed McBain dans ses romans consacrés à la saga du 87e district. Car ce n'est pas parce que Clémence est à Cannes en mission semi-officielle, que la vie s'arrête. Il faut bien continuer à débrouiller les affaires en cours.

Un roman admirablement bien construit et qui ne manque pas de clins d'œil. Par exemple Clémence se rend chez la couturière, Mimi Boutillier, qui habite la même adresse que les éditions Viviane Hamy. Un appel déguisé ?

De même les romans écrits par Roger-Paul Jean portent les mêmes titres que ceux déjà consacrés à Clémence Malvoisin, se qui permet à l'auteur d'en écrire tout le bien qu'il en pense. C'est de bonne guerre.

Un roman vif, alerte, bien troussé, mais le personnage de Clémence Malvoisin, la meilleure flic de France, aurait mérité un traitement moins laudateur. Elle est belle, ce n'est pas un reproche, elle éclipse tout le monde et joue son rôle à la perfection malgré son ignorance du monde cinématographique. C'est presque trop beau pour être vrai. Et puis elle possède une qualité que je lui envie : elle a une capacité de lecture que j'aimerai bien avoir. Elle dévore le roman de trois-cents pages de Roger-Paul Jean en quatre heures. Ah si je pouvais en faire autant !

Et si l'enquête cannoise de Clémence est intéressante, celle de Florent Bragatour à l'hôtel Gossec l'est tout autant, sinon plus.

 

Jean-Marie PALACH : Du sang sur le tapis rouge. Pavillon Noir. Corsaire éditions. Parution le 2 mai 2016. 362 pages.14,00€.

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 08:22

... a le cœur dans le pantalon...

Jeanne DESAUBRY : Le Roi Richard.

Il aime bien ses filles, Richard, trop bien même. Les petits cadeaux pour elles, les petites gâteries pour lui.

Il a connu leur mère dans un bal, un mariage vite fait, deux gamines à trois ans d'écart, et tout le temps parti pour son travail. Au retour, tout pour ses filles, parfois des claques assaisonnées de gifle pour elle.

Léna, onze ans et demi, Lou-Anne, trois ans de plus. Et puis un jour patatras, la mère qui s'aperçoit que Lou-Anne a du retard. C'est une règle quand on ne prend plus la pilule car paraît-il cela donne de l'acné. Les garçons doivent en ingurgiter plusieurs par jours à ce compte là.

La mère, elle sait ce qu'il se passe lorsqu'elle a le dos tourné. D'ailleurs le Roi Richard, même s'il n'apprécie pas du tout ce surnom dont elle l'a affublé, ne s'en cache pas. En rentrant des courses avec Lou-Anne, la mère se rend compte que son mari a dû jouer comme souvent avec Léna. Il rajuste son pantalon négligemment.

Même si au début la mère n'avait pas aimé les privautés entre père et filles, elle avait dû s'y habituer. Des câlins pour faire passer la pilule amère, des références bibliques ou mythologiques, et une incisive pétée afin qu'elle ne montre plus les dents. Le roi, sa femme et les petites princesses...

Et tout va de mal en pis, ça dégénère, les coups et les douleurs ça ne se discute pas, ça s'encaisse sans rien dire.

 

Nouvelle noire, Le Roi Richard certes l'est, mais ce n'est pas une fiction, du moins telle qu'on voudrait que ce soit. Ces choses là ne se font pas, c'est bien connu. Pourtant la société regorge d'exemples similaires. Le règne patriarcal existe toujours, même si c'est plus caché, plus diffus. Et l'on sait bien que les bleus ne sont pas toujours le résultat d'une rencontre inopinée avec une porte et qu'une grossesse n'est pas le fait d'une liaison passagère avec un bel inconnu amant d'un soir.

Jeanne Desaubry plante le stylo là où ça fait mal, avec concision, pudeur, retenue, sobriété, sans s'emberlificoter dans des détails inutiles, sans misérabilisme. Elle pointe avec justesse cette gangrène que certains ne veulent pas voir, réfutent même, le droit de cuissage familial qui n'est pas l'apanage des petites gens, mais que l'on retrouve dans toutes les couches de la société.

Une nouvelle qui touche au cœur et laisse des bleus à l'âme.

 

Jeanne DESAUBRY : Le Roi Richard. Nouvelle numérique. Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution mai 2016. 1,49€.

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 08:26

Du vent dans les pales...

Max OBIONE : Barouf.

Après avoir été localier pour un journal de Fécamp, avoir suivi des études de journalisme à Lille puis sévi dans des rédactions parisiennes et en avoir eu marre, Bob Mougin a créé au Havre son propre journal en ligne. Le EWE, Excelsoir Web Edition. Trois mille huit cent cinquante huit abonnés au compteur, à 2,50€ par mois, disséminés dans toute la France et même ailleurs, c'est un joli score qui permet à Bob de vivre presque raisonnablement et d'embaucher Fati, sa secrétaire stagiaire en CDD. C'est ce que l'on appelle un auto entrepreneur qui ne roule pas en voiture mais en Motocyclette bleue, 350cm3, ce qui est gonflé.

Bob s'est fait un copain de Gaston, un goéland rapide, et se nettoie les dents au troquet en bas de chez lui à base de café Robusta qui lui remette les neurones en place le lendemain de soirées un peu trop arrosées. Normal me direz-vous qu'au Havre les soirées et mêmes les journées soient arrosées. La pluie en Normandie, c'est la marque de fabrique. Mais ce n'est pas de l'ondée bienfaisante à laquelle je pensais, vous non plus d'ailleurs.

Il reçoit des lettre anonymes bien sûr, la plupart du temps injurieuses comme il se doit, des mails et autres bricoles susceptibles de lui fournir des indications précieuses pour des enquêtes de proximité de préférence. En lisant Le Libre, traduction Le Havre Libre, car il ne dédaigne pas pour autant s'informer quotidiennement sur support papier, Bob s'intéresse à un entrefilet.

En parlant de goéland, un plaisantin de mauvais goût a déposé un volatile la tête tranchée sur le parvis de la mairie. Une étiquette était attachée à l'une de ses pattes portant l'acronyme LPH. Une info à mettre au frais de même que ce laridé désargenté. Mais une autre mission attend Bob Mougin dans le pays de Caux, et plus exactement dans la vallée de l'Egoine.

Enfourchant hardiment sa fidèle Rosalinde, sa motocyclette reçue en héritage, Bob se rend donc à Drancourt où des mécontents ont bloqué la route en forme de protestation contre le projet d'implantation d'un parc d'éoliennes. Il se restaure et prend une chambre chez Arlette, tenancière d'un troquet épicerie, spécialiste des abats, puis rencontre le maire, et surtout un sculpteur-soudeur, Denglais, membre d'une association de défense contre l'invasion de ces structures enlaidissant le magnifique paysage normand. Le préfet a délivré un permis de construire, mais l'on sait tous que les préfets sont des valets de l'Etat.

Denglais en sculpteur émérite cisèle sa diatribe et ses propos de façon professorale, circonstanciée, claire, précise, passionnée, et Bob Mougin enregistre ces déclarations pour l'édification du petit peuple et surtout ceux qui une fois de plus vont se faire gruger par ricochets c'est à dire les contribuables. Et l'enquête conduite par Bob semble contrecarrer les plans d'individus mal intentionnés puisqu'il manque être écrasé par un tracteur urbain genre 4X4.

 

Avec un ton sérieusement humoristique ou humoristiquement sérieux, Max Obione nous place devant un cas de conscience : l'éolienne est-elle nécessaire pour l'avenir de l'homme ? Est-elle sans danger pour l'environnement, pour la santé, pour le confort et le bien-être de ceux qui vivent à proximité ? Est-elle rentable ? Autant de questions cruciales que devraient se poser les édiles avant de refuser ou d'accepter, souvent sous la contrainte ou par appât du gain, l'implantation de ces sculptures mobiles et modernes.

Un sujet plus grave qu'il y paraît, un fait de société narré avec une certaine malice et quelques clins d'œil envers des personnages de la mythologie blogueuse et des tenants de la chronique littéraire. Je ne m'étendrai pas plus sur ce sujet, je vous laisse apprécier, d'autres sujets et personnages étant nettement plus importants.

En effet, il me semble, et l'auteur me contredira si je me trompe, que le choix du nom de journaliste un peu Tintin dans ses démarches, Bob Mougin, n'a pas été choisi au hasard. De 1948 à 1962 un certain Robert Grandmougin plus connu sous le nom de Jean Grandmougin officiait comme journaliste, éditorialiste et rédacteur en chef à Radio Luxembourg devenue RTL. Ses propos en faveur de l'Algérie Française et ses relations n'ayant eu guère l'honneur de plaire au gouvernement de l'époque, il a été prié de démissionner. Moralité, quelque soit le gouvernement et son bord politique, gauche ou droite, si l'on ne plait pas on débarque et on dégage.

Quant à Bob Mougin, il a décidé de ne plus employer à tort et à travers son juron favori, qui se réfère à la prostitution, et de le remplacer par des noms de femmes historiques connues pour leur propension à coucher avec des personnages hauts placés et de préférence rois et nobles de cour en échange de faveurs. Ainsi profère-t-il à satiété Récamier, Pompadour et autres délicieuses personnes sans toutefois tomber dans la facilité d'user de patronymes actuels.

Max OBIONE : Barouf. Editions In8/Court Circuit. Parution le 2 mai 2016. 188 pages. 12,00€.

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 13:01

Et des amputations mystérieuses...

Alexandre DUMAS : Le docteur mystérieux.

Des maisons d'éditions proposent depuis des années des rééditions de ce roman, soit en version numérique, soit en version papier, mais la plupart n'offrent que des versions abrégées ou largement amputées.

Ce qui fait que de nombreux lecteurs ne reconnaissent pas la patte de Dumas (et de ses collaborateurs) et trouvent l'histoire un peu légère, principalement son approche de la Révolution.

Aussi cette chronique est écrite d'après l'ouvrage paru en 1966 aux éditions Gérard dans la collection Marabout Géant N°256. 512 pages.

 

Médecin installé depuis trois années à Argenton, dans la Creuse, Jacques Merey préfère soigner les petites gens et refuse une patientèle riche et noble. Auparavant il habitait Paris et nul ne sait quelles furent les raisons qui l'ont amené dans cette petite ville de province.

S'il est apprécié des pauvres, il est aussi décrié, car ses méthodes ne sont pas en concordance avec celles de ses confrères, des rétrogrades issus des médicastres mis en scène par Molière. Ainsi il hypnotise des malades et surtout des blessés afin de prodiguer les premiers soins sans être importuné par les cris de douleur de ses patients, et pouvoir opérer en toute tranquillité d'esprit, aussi bien pour lui que pour celui qui les reçoit. Et bien entendu, certains n'hésitent pas à propager la rumeur d'une quelconque sorcellerie de sa part tandis que d'autres ne cessent de louer son humanisme.

En ce 17 juillet 1785, des gens du château de Chazelay sont dépêchés par le seigneur du lieu afin qu'il mette fin à la terreur qu'inflige un chien enragé dans la cour de la demeure. Il n'a pas l'intention de se déplacer mais Marthe, sa vieille servante, lui demande de rendre ce service, malgré son antipathie envers le marquis, car des valets et des paysans sont susceptibles d'être mordus par le canidé enragé.

Celui qui se définit comme le médecin des pauvres et des ignorants parvient à maîtriser le chien en le regardant fixement dans les yeux et afin de lui épargner la vie, le recueille. L'animal se montre affectueux envers ce nouveau maître et quinze jours plus tard, l'entraîne au cœur d'une forêt proche d'Argenton jusqu'à une cabane. Vivent là un bucheron, braconnier à ses heures, et sa mère. Scipion, puisqu'ainsi se nomme le chien, leur fait fête mais surtout Jacques Merey aperçoit acagnardée dans un coin, une enfant.

Il l'a ramène chez lui et en compagnie de Marthe la soigne, l'éduque, car Eva, ainsi décide-t-il de la prénommer, est une innocente, une idiote, qui ne parle pas et semble ne pas comprendre ce qu'on lui dit. Les seuls mouvements de sympathie, d'affection qu'elle montre, le seul sourire qui éclaire sa face, sont destinés à Scipion qui lui-même ne ménage ses démonstrations de joie à retrouver la gamine de sept ou huit ans.

Chez lui, avec l'aide de sa fidèle Marthe et de Scipion, Jacques Merey va apprivoiser l'innocente, lui délier la langue, lui apprendre ensuite à lire, à jouer du piano, bref à transformer la chrysalide en un magnifique papillon, en employant des procédés innovants pour l'époque, comme l'électrothérapie. Et l'affection ressentie par le médecin envers sa jeune protégée se transforme peu à peu en un doux sentiment amoureux qui est partagé.

 

Sept ans plus tard, le Marquis de Chazelay a appris qu'Eva, qui est sa fille et se prénomme Hélène, a été soignée par Jacques Merey et qu'elle est devenue une jeune fille fort avenante et instruite. Il décide de la récupérer, au grand dam des deux amants (dans l'acception du terme du XIXe siècle, c'est à dire les deux amoureux) et de la placer dans un couvent.

Jacques Merey remet Hélène solennellement au Marquis de Chazeley en lui formulant qu'elle est belle, chaste et pure digne d'être la femme d'un honnête homme. Une autre mission attend Merey, car il vient d'être nommé membre de la Convention et doit se rendre immédiatement à Paris, rejoindre ses amis Danton et Camille Desmoulins. Ceci se déroule en août 1792.

C'est avec regret qu'il quitte Argenton, déclarant qu'il est un philosophe et non un homme politique, médecin et non législateur. Acerbe il continue sa diatribe auprès du maire d'Argenton qui lui a obtenu ce poste auprès de la Convention et lui dit de prendre sa lancette, le bistouri et la scie car il y a de l'ouvrage à la cour pour les médecins et surtout les chirurgiens en prononçant ces paroles : Comme chirurgien, la place est prise, et vous avec là-bas un terrible tireur de sang qu'on appelle Marat.

Dans la capitale, Merey retrouve donc avec plaisir ses amis Danton et Desmoulins, et il participe comme émissaire aux batailles de Valmy puis de Jemmapes. Les heurts entre Danton, Robespierre, Marat et quelques autres ne font que s'amplifier et Danton est sur la sellette. Même si Merey ne partage pas tous les sentiments qui anime l'Aboyeur, le surnom du Georges Danton, il ne l'abandonne pas dans les moments critiques. Toutefois fidèle à son statut de médecin il vote la prison à perpétuité pour Louis XVI, refusant de se prononcer en faveur de la peine de mort. Un avis curieusement partagé par Monsieur de Paris, le bourreau Charles Sanson.

Ce sont des années de Terreur et Jacques Merey est invité à surveiller les agissements de Dumouriez, convaincu de trahison. Il se rend utile aux généraux Arthur Dillon et Miakinsky, sous les ordres de Dumouriez, lors de batailles dans la Meuse, grâce à ses connaissances du terrain, étant natif de la région. Il se rend à Valmy, à Jemmapes, dans le nord de la France et en Prusse, toujours pour le compte de la Révolution, sans oublier sa jeune protégée. Il essaie de savoir où elle réside mais les événements se précipitent, et il est soit constamment par monts et par vaux ou à Paris assistant au démêlés qui mettent aux prises les principaux ténors de la Convention.

 

Connu pour ses infidélités à l'histoire de France, Dumas se défend par ces phrases : les historiens et même les légendaires ont été rarement justes pour Louis XVI. Les légendaires étaient presque tous de la domesticité du roi. Les historiens sont presque tous du parti de la République. Soyons du parti de la postérité, c'est le droit du romancier.

S'il ne relate pas fidèlement les événements qui se sont déroulés entre 1792 et 1793, Dumas appose sa patte, et il est parfois virulent envers certaines personnalités de l'époque, et vitupère notamment contre le Pape Pie VI, le traitant de pontife bellâtre et l'accusant d'avoir ensanglanté la terre française, notamment par ses agissements et ses conseils dans la guerre de Vendée, des épisodes que ne connut pas le romancier mais sûrement informé par des écrits de son père, Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie dit le général Dumas.

On retrouve la fougue qui a forgé le succès des Trois Mousquetaires et autres romans plus connus que ce méconnu Docteur mystérieux, mais également cette conviction révolutionnaire qui l'anime, tout en présentant certains des personnages historiques sous un jour complètement différent de celui qui nous est habituellement présenté. Danton, par exemple, dont il nous fait partager l'intimité et les convictions, se montre plus humain que le Danton des livres scolaires. Mais l'on sait que même les historiens, qui vivent bien longtemps après les événements décrits, se réfèrent à des textes souvent écrits soit par des laudateurs, soit par des partisans animés de mauvais esprit, et dont les textes reflètent souvent la partialité qui les anime.

Ce roman posthume d'Alexandre Dumas parut pour la première fois en 1872, Dumas décédant en 1870, mais fut écrit en 1868 et fait partie de Création et Rédemption, la seconde partie étant La fille du Marquis.

Ouvrage paru en 1966 aux éditions Gérard dans la collection Marabout Géant N°256. 512 pages

Ouvrage paru en 1966 aux éditions Gérard dans la collection Marabout Géant N°256. 512 pages

Editions Coda. Contient la suite : La fille du marquis. Parution décembre 2009. 650 pages.

Editions Coda. Contient la suite : La fille du marquis. Parution décembre 2009. 650 pages.

Alexandre DUMAS : Le docteur mystérieux. Editions Archipoche. Parution 1er octobre 2014. 7,65€. 240 pages

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 08:51

Une histoire qui ne manque pas de sel !

Jean-Luc BANNALEC : Les marais sanglants de Guérande

Ayant abandonné son fief concarnois, le commissaire Dupin se dirige grâce à un plan manuel dans les marais salants de Guérande à la recherche de barils bleus.

Il n'est pas en mission officielle mais s'est rendu sur le site à la demande d'une journaliste de Ouest-France, Lilou Bréval, qui traite plus les dossiers de fond que les affaires locales. Il a connu Lilou Bréval lors d'une précédente enquête, narrée dans Un été à Pont-Aven, et il sait que, si elle l'a contacté, ce n'est pas pour des broutilles.

Alors qu'il n'embêtait personne, on lui tire dessus. Une fusillade qui laisse présager qu'on en veut à sa vie, et que sa promenade parmi les étiers dérange quelqu'un. Donc l'information concernant les barils ne serait pas vaine, seulement il lui faut échapper à ce péril. Il se réfugie in-extremis dans une cabane. Et manque de pot (de sel) il ne capte aucun réseau avec son téléphone portable.

Au bout de quelques heures il est délivré par des policiers menés par la commissaire Rose, de Guérande, lesquels policiers ont été avertis de la fusillade. Penaud Dupin est obligé de confier que son enquête est en marge de la légalité puisqu'il n'est pas dans son domaine de juridiction. La commissaire Rose toutefois se montre bon enfant, la réputation de Dupin ayant franchi les frontières du Finistère. Mais elle n'apprécie guère cet empiétement sur son territoire.

Lilou Bréval ne répond pas aux nombreux messages qui lui sont adressés, et personne parmi ses connaissances ne peut les informer de sa présence en tel ou tel endroit.

Les fameux bidons bleus s'avèrent jouer à l'arlésienne jusqu'au moment où ils sont retrouvés dans un cristallisoir. La question primordiale réside alors à définir quel pouvait être leur contenu.

La commissaire Rose est officiellement désignée pour conduire cette enquête lorsque le cadavre de Lilou Bréval est découvert. Dupin étant accepté comme enquêteur complémentaire. Il en profite pour faire venir ses deux adjoints, qui ne seront pas de trop dans cette affaire car d'autres cadavres vont épicer l'enquête.

 

Dupin tient de plus en plus de Maigret, et malgré que cette affaire soit résolue en trois jours, il se montre aussi impatient parfois que son célèbre prédécesseur. L'enquête piétine, ne cesse-t-il de marmonner (le lecteur aussi, qui ne piétine pas mais aimerait que cela avance plus vite).

Car le côté documentaire, même s'il est précis, important pour la compréhension du décor, de la psychologie des personnages, ressemble parfois à un guide touristique qui s'étalerait de Guérande et engloberait le golfe du Morbihan avec ses nombreuses îles. Un guide touristique qui empiète largement sur l'histoire policière mettant aux prises différents protagonistes, paludiers indépendants, coopérative saline et grosse société méditerranéenne spécialisée dans le sel non marin.

 

Elle (Lilou Bréval) s'intéressait aux discussions et aux conflits autour du Pays blanc, son évolution. Les rivalités qui opposaient les indépendants, les coopératives et les grosses entreprises, mais aussi la commune et la Région. L'esprit de compétition qui dominait ce qu'on appelle le marché global du sel.

 

Le travail des paludiers, la cristallisation du sel, sa récolte, tout le travail qui tourne autour de ce pétrole blanc recueilli dans le Pays blanc, tout y est décrit minutieusement, et l'on pourrait presque sentir sur la langue ce goût particulier du sel de Guérande, le meilleur au monde selon les habitants de la presqu'île guérandaise, et je ne suis pas loin de penser comme eux.

Comment Dupin mènerait-il ses enquêtes sans la fidèle, précieuse et efficace Nolwenn, sa secrétaire qu'il peut joindre jour et nuit pour obtenir des renseignement indispensables dans ses différentes recherches ? Mais pas uniquement des renseignements, des retrouvailles également, et elle devient la complice et l'initiatrice d'un petit complot permettant Dupin de revoir sa Dulcinée alors que le moment est critique.

Dupin est quelque peu rétrograde, j'en connais d'autres, avec son téléphone portable qui refuse d'accéder au réseau alors qu'un appareil plus puissant lui serait utile dans ses déplacements. Or le téléphone se révèle un objet à l'importance primordiale et pas uniquement pour l'enquête.

Un roman paisible, idéal pour lire en vacances, surtout si vous pensez vous rendre en Bretagne, délassant et instructif, qui vous permettra d'allier en toute sérénité dégustation de produits locaux et voyages dans les marais salants et les balades sur les îles, et vibrer par procuration avec tous les dangers que cela comporte.

Ce roman s'il était adapté à la télévision, tiendrait plus de la série Inspecteur Derrick que d'Alerte Cobra.

 

Un autre avis ? Celui de YV sur son blog :

 

Mes précédentes chroniques sur les romans de Jean-Luc Bannalec :

 

Jean-Luc BANNALEC : Les marais sanglants de Guérande (Bretonisches Gold Kommissar Dupins Dritter Fall - 2014. Traduction d'Amélie de Maupeou). Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution le 7 avril 2016. 400 pages. 21,00€.

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 12:56

Hommage à Louis C. Thomas, décédé le 12 mai 2003.

Louis C. THOMAS : Des briques en vrac.

Entre Perrine, comédienne souvent à la recherche d'un cacheton, et Jo, boxeur sur la touche suite à un combat au cours duquel il a failli perdre la vue, c'est le grand amour.

Mais il faut bien faire bouillir la marmite, et il n'est pas dans la mentalité de Jo de vivre aux crochets de Perrine.

Aussi la proposition de Vezzano, ex-condisciple de Jo, qui traficote dans les milieux pugilistiques, cette proposition, pour douteuse qu'elle soit, arrange bien les affaires du boxeur au chômage et en panne de liquidités.

Mais Jo, un peu cupide et pas assez méfiant, va se mordre les doigts de cette association.

A la clé une mallette bourrée de billets de 500 francs tout neufs, une histoire de gnons, et un cadavre.

 

Une histoire typiquement américaine traitée par un grand monsieur Français de la littérature policière, et ce roman paru initialement en 1983 dans la collection Engrenage n'a pas perdu de son charme et de sa force, les années passant.

Bien des années après, Des briques en vrac est le genre de roman que l'on relit avec plaisir, tant Louis C. Thomas sait (savait) raconter des histoires avec maîtrise, d'une manière simple mais efficace.

De plus, le décor et l'endroit y sont pour quelque chose de particulier, ayant travaillé et habité moi-même non loin des lieux dans lesquels se déroulent l'action de ce roman, La Fourche et l'avenue de Clichy, quartier que Louis C. Thomas connaissait fort bien puisqu'il y habitait également.

A noter que dans ce roman un clin d'œil est adressé à Michel Lebrun, romancier et scénariste qui lui aussi résidait tout près.

Des briques en vrac, parmi toute la production de Louis C. Thomas, reste un grand souvenir de lecture avec Les Mauvaises fréquentations, Les écrits restent, Jour des morts et un certain nombre d'autre, car il n'y a pas de déchets dans la production de cet auteur atteint de cécité tout jeune, ce qui ne l'a pas empêché d'être un romancier prolifique et un scénariste pour des séries télévisées comme Les cinq dernières minutes et des films comme Voulez-vous danser avec moi ? de Michel Boisrond.

 

Première parution : Collection Engrenage N°57. Editions Fleuve Noir. Parution 1982. 222 pages.

Première parution : Collection Engrenage N°57. Editions Fleuve Noir. Parution 1982. 222 pages.

Louis C. THOMAS : Des briques en vrac. Collection Hermé Suspense. Editions Hermé. Parution août 1990. 226 pages.

Réédition format EPub parution 23 octobre 2015. 4,49€.

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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 08:04

Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés...

Olivia DUPUY : Sur parole. Sous titré : Fausses notes en Ré.

Et cadavre dénudé, étranglé, dont la poitrine est surmontée d'une petite pyramide de gros sel tassé et la lèvre supérieure agrémentée d'une ligne de farine, ou quelque chose d'approchant.

Pour le quinquagénaire commissaire Meyer, nouvellement muté à La Rochelle, la mise en scène de ce meurtre est particulièrement déroutante. Seule petite compensation, cela lui permet de découvrir l'île de Ré, qu'il ne connaissait que par la chanson de Charles Aznavour, Dans le petit bois de Trousse chemise.

En compagnie du lieutenant Privat, qui connait fort bien la région, Meyer entame son enquête en interrogeant les compagnons de la jolie rousse assassinée. Ce sont des étudiants toulousains venus passer quelques jours de détente, et rien dans leurs propos indique une quelconque faille dans leur emploi du temps. Laetitia, ainsi se prénomme la défunte, vingt-trois ans, seule au dernier recensement ayant plaqué son petit ami, ou le contraire, s'était éloignée du groupe de vacanciers afin de répondre au téléphone.

L'opérateur de son portable fournit une indication précieuse : le dernier appel qu'elle avait reçu provenait de La Rochelle, et plus particulièrement du commissariat. Probablement un coup d'épée dans l'eau. Bizarre quand même.

Une deuxième jeune fille est retrouvée morte, dans des conditions similaires. Le point commun principal entre ces deux mortes réside dans la couleur de leurs cheveux. Rousses toutes les deux. Un tueur en série roussophobe sévirait-il sur l'île de Ré ?

Afin de cerner le tueur, d'analyser son comportement, voire ses pulsion, il est fait appel au Département des sciences comportementales de la gendarmerie, c'est-à-dire à une profileuse, un gendarme cynophile et son animal, mais sont recensés également les individus ayant sur leur casier judiciaire des antécédents prohibés, viols notamment. Quatre personnes sont susceptibles d'avoir perpétré ces crimes, mais il ne faut pas s'arrêter sur quatre noms. Car la deuxième victime (il y en aura une autre !) avait également correspondu avec le commissariat de La Rochelle, du moins l'un de ses éléments.

Meyer s'empêtre dans les différentes démarches qu'il effectue, heureusement secondé par le lieutenant Privat. Veuf, il s'inquiète pour l'avenir de sa fille, d'autant qu'elle ne lui donne guère de nouvelles, et souvent oublie de lui téléphoner. Et puis une autre affaire requiert son attention. Des pommes de pin sont récoltées illégalement afin de récupérer les pignons destinés à des pays étrangers dont les habitants en font une consommation excessive.

 

Ce roman, de facture classique, possède un petit côté Agatha Christie avec les comptines qui permettaient la résolution des affaires. Bien construit, il offre au lecteur une énigme et un suspense habilement menés. Et les candidats-tueurs, s'ils sont en nombre réduits, cachent bien leur jeu. En incrustation, figure quelques pages d'un journal intime.

Le commissaire Meyer est attendrissant et possède ses secrets que l'on découvre peu à peu, mais pas tous. Quant à Privat, il cultive une particularité, qu'en général seuls les ensuqués utilisent afin de dissiper les brumes éthyliques et vidanger leur estomac : il jette des grains de sel, à la place de sucre, dans son café.

Toutefois, les nombreuses coquilles et approximations, surtout dans les premiers chapitres, perturbent la lecture, tout comme les comédons défigurent un angélique visage d'adolescent acnéique.

Par exemple, page 35, il est fait mention de 15 heures pour un appel téléphonique, et quelques lignes suivantes, on peut lire 11 heures, au lieu de 23 heures. Ceci n'est pas grave, mais choque mes yeux. De même page 21, On en sera plus dès qu'on connaîtra... au lieu de On en saura plus... Des bricoles, vous dis-je, mais qui empoisonnent la lecture.

Olivia DUPUY : Sur parole. Sous titré : Fausses notes en Ré. Collection Zones noires. Editions Wartberg. Parution 1er avril 2016. 204 pages. 12,90€.

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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 09:36

Bon anniversaire à Jacques-Olivier Bosco, dit Job, né le 10 mai 1967.

Jacques-Olivier BOSCO : Loupo.

Vous prenez un quart d'Auguste Le Breton, cuvée Les Hauts-murs, un quart de Léo Malet période La vie est dégueulasse, un quart d'André Héléna façon Les compagnons du destin, un dernier quart de José Giovani, vous ajoutez quelques pépites d'argot des cités, vous agitez, vous laissez reposer, vous saupoudrez d'une pointe de Bobby Lapointe, et vous pouvez déguster en égoïste le nouveau JOB, tranquillement installé dans votre fauteuil.

Il ne faut pas s'étonner si Loupo vit renfermé dans un studio au dernier étage d'un immeuble parisien près de la Nation. S'il entasse ses affaires, des armes, des sacs bourrés de billets qu'il a aménagé pour s'en faire un fauteuil, dans un placard dont les deux portes sont continuellement ouvertes. S'il dort toujours habillé, un flingue à portée de la main. S'il rêve, ou plutôt cauchemarde les nuits. Tout petit il avait pris l'habitude de rester des heures enfermé dans un cagibi tandis que son père, mais était-ce vraiment son géniteur, répandait violemment son fiel courroucé sur sa mère, en ne ménageant pas sa voix, ses cris, ses éructations. A quatre ans il s'est échappé et retrouvé dans un commissariat. Comprenant ses déboires, l'administration l'a placé dans un orphelinat puis dans un centre de détention. Il s'y est fait des amis, des potes qu'il voit toujours, Kangoo, Le Chat et deux autres qui lui rendent service de temps à autre.

Loupo est devenu un petit braqueur, aidé en cela par Kangoo qui l'emmène sur les lieux du hold-up en moto, et qui surveille la rue tandis que Loupo ramasse l'argent. Une banque, une poste, un cinéma, Loupo ne se pique pas d'ostracisme, tout lui convient. Il arrive toujours avec une arme à la main, tire un coup en l'air, peut-être pour conjurer le sort, car il se souvient toujours d'un braquage qui s'est mal terminé, à ses débuts.

Ce jour là il est réveillé en sursaut par Kangoo, car ils doivent peaufiner le prochain hold-up, toujours proposé par Le Chat qui travaille dans les assurances et leur fournit une liste des coups possibles. La dernière fois, c'était au Gaumont Italie, un cinéma. La guichetière, une jeune femme fort avenante, lui avait souri, et sous une impulsion qu'il n'a pu contrôler, il y est retourné, il a pris un ticket pour voir Mauvais sang, la rouquine derrière sa vitre l'a reconnu, pourtant il n'avait plus son casque de motard, et elle lui a donné rendez-vous à la fin de la projection. Elle est belle. Il est timide, alors il n'a pas osé la raccompagner jusqu'au bout.

Le lendemain comme prévu départ pour la banque où le hold-up doit avoir lieu. Bizarrement un vigile est à l'entrée, ce qui n'était pas prévu. Tant pis. Tandis que Kangoo attend dehors, la moto prête à démarrer - chapeau les roues ! - Loupo se dirige vers le guichet et comme à son habitude, afin de bien montrer sa détermination, il tire un coup de feu vers un panneau. Erreur, un gamin jouait derrière, sérieusement blessé, peut-être mortellement atteint. Tout en ordonnant d'appeler une ambulance, il veut quand même récupérer l'argent escompté, mais le directeur de l'agence lui signifie que les coffres ne contiennent rien, ou presque, ayant été averti du hold-up. Double coup sur la tête pour Loupo qui s'enfuit en compagnie de Kangoo.

Il rentre chez lui complètement démantibulé, effondré, ne sachant que faire. Sur son palier la gamine, pas bête, l'attend. Elle l'a suivi la veille et elle sait où il habite, alors ils entrent dans le studio, puis... Permettez-moi de ne pas vous déflorer tous les détails mais de revenir à nos moutons, le braquage loupé. J'allais oublier, elle s'appelle Nora.

Loupo est furieux. D'abord un gamin sur la conscience, ensuite il est persuadé qu'il a été dénoncé, mais par qui c'est ce qu'il doit découvrir. Et puis normalement Le coup, celui qui est prévu prochainement, le dernier, il lui faut le réaliser. Pour cela il a besoin d'un lance-roquette. Une bande des cités pourrait éventuellement le lui fournir, mais ils ne sont pas clairs. Loupo s'y rend, quand même, avec Kangoo, et des armes de poing efficaces. Tellement efficaces qu'elles vont cracher la mort. Il ne faut pas s'en prendre à ses amis, et le meneur de la cité a froissé Le Chat dans sa vie privée. Loupo sait aussi qui l'a trahit, comment et pourquoi, et le voilà lancé sur la piste d'un vieux à l'oreille déchiquetée qui n'est pas sorti d'un roman d'Edmond About. C'est plutôt lui qui le serait à bout...

 

Bien installé sur le siège arrière de la moto, avec Loupo aux commandes, ou JOB, je ne sais plus trop car tout c'est déroulé si vite, je me suis payé une virée qui restera marquée dans mes annales de lecteur. A fond la caisse, limitation de vitesse bafouée; nous avons franchi allègrement la ligne jaune de la légalité, roulant à contresens, défiant les voitures de flics lancées à nos trousses, empruntant des chemins de traverse, nous baladant même sur des toits parisiens glissants, mais pas avec la moto, à pied, je précise au cas où, attention à la chute, et lorsque le voyage s'est terminé, je me suis demandé si je ne venais pas de vivre un rêve et avais vécu toutes ces tribulations par procuration. A peine remis de ces aventures, encore tremblotant, je vous livre les sensations ressenties et vous invite à les partager. Et encore, je ne vous ai pas tout dévoilé !

Au fait j'ai évoqué plus haut Bobby Lapointe. Vous vous demandez peut-être pourquoi. Tout simplement à cause de ce genre de phrase :

Mon premier coup, frac pour le fric, fric-frac et braque la banque. Un branque, ouais, à l'époque....

Première parution Jigal Polar, éditions Jigal. Parution septembre 2013. 200pages. 16,80€.

Première parution Jigal Polar, éditions Jigal. Parution septembre 2013. 200pages. 16,80€.

Jacques-Olivier BOSCO : Loupo. Réédition Pocket Thriller. Parution 12 mai 2016. 192 pages. 5,95€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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