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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 08:32

Chassera les nuées de l'hiver et de l'obscurantisme ?

Gabriel JAN : Le Printemps des Magiciens.

Conteur et poète, Nosiel entreprend la rédaction des tribulations qu'il a effectuées en compagnie de son ami Darion, durant leur jeunesse. Ces Chroniques du Grand Pays sont destinées à entretenir la mémoire du passé pour la plus grande édification de Thébor, le fils de Darion âgé de presque dix ans.

Darion, fils d'Ysorne qui fut en son temps preux chevalier puis cabaretier, parcourt le pays depuis cinq ans en compagnie de Nosiel et de Golsaf, le Méditeur, son maitre et père spirituel. Aujourd'hui, Darion est âgé de vingt-deux ans tandis que Nosiel en a trois de plus. Golsaf, qui semblait éternel, sent sa fin venir. Il lègue à Darion, lequel est promit à un bel avenir, une bague sertie d'une pierre parfaitement sphérique, pure comme le diamant, l'Œil d'Astrée. Et cette bague peut devenir une arme redoutable, à condition de s'en servir avec prudence, car son utilisation demande une grande dépense d'énergie, et cela pourrait être préjudiciable à Darion voire même le priver durant un laps de temps plus ou moins long du Don qu'il porte.

Golsaf est un Magicien, et Darion, même s'il n'est pas encore en possession de tout son art, doit continuer et réussir dans l'entreprise qui animait le mourant. D'abord Darion doit retrouver un autre magicien, Sholon, qui lui expliquera comment repousser les assauts des Ailes Sombres, les Mange-Lumière, les lambeaux de nuit qui effraient les gens simples, et qui pour l'heure ne représentent pas une grande menace. Mais si ces lambeaux de nuit parviennent à s'organiser, ce serait la ruine sur le Grand Pays.

Mais une autre mission attend Darion. Il doit venger son père qui a été la victime des soldats de Mohav cinq ans auparavant. Depuis Mohav règne en dictateur sur son royaume, méfiant envers les étrangers, dénonçant les magiciens, imposant le culte des trois dieux, Luctabal, Nictabal et Gothoor, fanatisant son armée et ses sujets.

En chemin Darion et Nosiel rencontrent un homme qui erre, à la recherche de la méditation, et espère qu'un jour le Printemps des Magiciens secouera le joug infligé par Mohav. Un Printemps des Magiciens pour lequel œuvre aussi Darion. Mais Lothar, tel est le nom de ce magicien en errance, avoue qu'il est dominé par Phem, un Magicien qui utilise son Don à des fins maléfiques.

C'est donc, qu'investit de trois missions, juguler les méfaits de Mohav d'un côté, de Phem de l'autre, et annihiler le regroupement des lambeaux de nuit, des Ailes sombres, que Darion va pérégriner, en compagnie de Nosiel ou seul, d'un bout à l'autre du Grand Pays. Il va connaitre de nombreuses aventures, souvent périlleuses, obligé de se servir de son Don, faire alliance avec des rebelles, connaître l'amour et les trahisons, la gloire et les revers, commettant des erreurs. Mais il sera également confronté à la dualité, son esprit étant envahi par le Mal.

C'est ce parcours que Nosiel narre, soit à la première personne lorsqu'il est directement impliqué en compagnie de Darion, ou à la troisième personne lorsqu'il rédige sa chronique d'après des témoignages de Darion ou d'autres interlocuteurs.

 

Le Printemps des Magiciens est un conte philosophique qui pourrait être une parabole sur certains événements passés, plus ou moins proches, et ce roman publié en 2014 nous renvoie à une élection récente avec ce peuple des Insoumis. Mais les Insoumis décrits dans ce roman ne sont que ceux qui ne veulent pas se soumettre à une religion imposée, celle des trois dieux.

D'un côté un dictateur, imposant sa politique religieuse et sectaire, de l'autre un Magicien dont les dons ne servent qu'à asservir la population, tous deux rêvant de gloire et d'hégémonie. Et les Ailes Sombres appelés aussi lambeaux de nuit figurent la nuit qui s'étend sur un pays à cause du refus de la connaissance. Un peu Nuit et Brouillard.

Les Magiciens représentent la science qui peut se transformer en bienfait ou méfait selon l'utilisation qui en est faite, Mohav étant l'incarnation de la régression.

Depuis 1972, il n'avait alors que vingt-six ans, Gabriel Jan a écrit de très nombreux romans de science-fiction, d'angoisse, historiques, policiers, mais c'est bien dans le domaine de la Fantasy qu'il donne sa pleine mesure. Avec Le Printemps des Magiciens, dont le décor est un pays imaginaire ancré dans une époque médiévale, il a écrit un roman épique éblouissant, que l'on peut lire avec de la magie dans les yeux, ou en essayant de décrypter les messages que l'auteur désire délivrer. C'est un peu l'apologie de l'union entre les hommes à condition que cela serve l'humanité, à tendre vers un monde meilleur, entreprise louable mais pas toujours comprise. D'ailleurs je vous invite à découvrir le portrait de Gabriel Jan en suivant le lien ci-dessous, situé sous quelques chroniques de ses précédents ouvrages.

 

Et pour commander ce roman, vous pouvez vous adresser directement sur le lien des éditions Rivière Blanche.

Gabriel JAN : Le Printemps des Magiciens. Collection Blanche N°2115. Editions Rivière Blanche. Parution mars 2014. 364 pages. 22,00€.

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 08:02

Qu'est-il de pire pour un écrivain que le syndrome de la page blanche ?

Daniel CARIO : Les yeux de Caïn.

Celui de ne pas retrouver son vocabulaire, d'être obligé de rechercher ses mots, d'utiliser la fonction synonymes sur son ordinateur.

Peu à peu Lucas Macaire, romancier quinquagénaire renommé sent son lexique lui échapper et si au début il n'y prête guère attention, bientôt cet état lui pèse. Une situation qui l'handicape.

Sa femme Michèle, plus jeune que lui de dix ans, architecte travaillant chez elle pour un cabinet, s'inquiète. D'autant que ses absences mémorielles s'amplifient et peu à peu il devient dépendant. Il n'est plus que l'ombre de lui-même, ne marchant plus, ne se souvenant de rien, devenant inexorablement une loque, ratatiné dans son fauteuil.

Le couple est ami avec Levesque, un neuropsychiatre qui accepte d'étudier ce cas qui n'atteint théoriquement que les personnes plus âgées. Et après des examens, un texte que doit écrire Lucas sans se relire et sans recourir à un subterfuge quelconque, la dégénérescence neuronale de Lucas est démontrée. Les premières fois, l'expérience est probante, mais sans plus, mais plus le temps passe, rapidement, le texte devient rapidement une rédaction de gamin, puis du grand n'importe quoi. Le verdict tombe : maladie d'Alzheimer.

Un stage à l'hôpital est envisagé, mais pour Lucas, c'est comme si sa femme l'abandonnait. Une autre solution est envisagée. Levesque connaît un directeur de recherche qui vient de mettre au point une molécule susceptible de redonner la mémoire à Lucas. Mais celui-ci est de plus en plus atteint et il faut à Michèle et au neuropsychiatre employer des ruses pour que celui-ci soit soigné.

Un séjour à l'hôpital ne pouvant être envisagé dans l'état actuel, Lucas sera soigné à son insu dans une dépendance de l'établissement qui pour l'occasion est transformée en chambre d'hôtel. Lucas est accompagné par Michèle, comme si le couple partait en vacances. Le risque réside lors des promenades du patient dans le parc, mais Lucas est trop affaibli pour se promener. Une infirmière, jouant le rôle de serveuse, lui fait ingurgiter des boissons droguées et lorsqu'il est endormi, lui fait des injections hypodermiques contenant la molécule. Et comme Michèle est présente, le malade se méfie moins.

La molécule est efficace, trop peut-être. Lucas recouvre sa mémoire et même plus, seulement un inconvénient s'installe. Il souffre de migraines terribles. Mais s'il ne prend plus son traitement, il retombe dans son manque de mémorisation. Bientôt Lucas est en proie à de subites réminiscences, des reviviscences qui s'imposent comme des images issues de son enfance. Peut-être même d'avant. Comme des agressions qui entraînent le couple jusqu'à Guéret puis à Montluçon sur la piste d'yeux vairons, comme ceux que possèdent Michèle. Pas vraiment vairon, mais une hétérochromie qui donne à Michèle un charme particulier. Un cœur marron est dessiné dans ses iris vert.

 

La première partie du roman est axée sur la longue dégradation de Lucas, longue relativement puisqu'elle s'étale sur quelques mois. Et le lecteur se surprend à souffrir avec ce héros atteint d'une maladie de plus en plus courante qui atteint le cerveau et lui obère les souvenirs proches.

Le processus de perte de mémoire nous pend aux yeux et l'on est en droit de se demander, parfois lorsque l'on cherche un mot, si nous ne sommes pas atteint de cette maladie neurologique insidieuse.

Si cette partie repose plus sur l'aspect psychologique et les rapports du patient avec sa maladie, la seconde nous entraîne sur la piste d'un tueur en série et le ton change, même si Lucas se trouve confronté à un problème qui le touche particulièrement. Une seconde partie qui nous emmène du côté de Stephen King, avec une approche légèrement fantastique, tout en relevant du domaine policier.

Autant la première partie est intimiste, la seconde est plus mouvementée et donne le frisson. Un roman agréable qui nous offre une autre facette du talent de l'auteur, évoluant entre Bretagne, Creuse et Allier.

Daniel CARIO : Les yeux de Caïn. Groix Editions & Diffusion. Parution mai 2017. 384 pages. 14,90€.

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 10:08

Je ne suis pas un héros

Mes faux pas me collent à la peau

Je ne suis pas un héros...

Frédérique TRIGODET : An American Hero.

Pas facile de devenir un écrivain lorsqu'on a connu une enfance perturbée. Pourtant ce n'était pas l'envie ni le désir de se hisser au sommet des ventes avec des piles de livres sur les étals et d'entretenir une petite cour d'écrivaillons qui lui manquait.

Seulement devenir écrivain ne s'improvise pas, on en couche pas des mots sur le papier à la simple demande d'un rêve. Alors, afin de ne pas se déconnecter du monde du livre, il essaie de devenir bibliothécaire. Mais les examens de passage, ce n'est pas son truc. Pourtant il bûche l'oral, l'écrit, tout en effectuant de petits boulots. Il faut bien manger quand même.

Résigné, il laisse les années s'écouler, jusqu'au jour où il prend en stop, l'ancêtre du covoiturage, un individu, ancêtre des hippies, pas très net question propreté et peut-être encore moins net dans sa tête. Bref le genre de personnage qu'il vaut mieux éviter, et qu'il prend quand même à bord de son véhicule. Il lui paie même un petit-déjeuner. Un bienfait qui n'est pas perdu. L'homme fait à notre narrateur une proposition honnête et inattendue.

 

Frédérique Trigodet rêvait-elle d'être un homme et de devenir un jour écrivain célèbre ? Pour se muer en homme, c'est peut-être trop tard, quoi que avec les progrès de la science médicale, rien n'est perdu. Mais devenir un écrivain célèbre, disons qu'elle a déjà parcouru quelques étapes, et que ce n'est pas près de terminer en eau de boudin.

En effet, elle est déjà l'auteur de quelques nouvelles chez Madame Ska, cinq au total, mais ce n'est pas fini, du moins c'est une supposition qui n'engage que moi. Et si vous être curieux, que vous lisez les magazines féminins, ce qui n'est pas rédhibitoire malgré les réticences de quelques pseudos intellectuels qui dénigrent tout sans savoir, sans comprendre, sans avoir lu ni même s'y intéresser un tant soit peu, persuadés qu'ils sont les détenteurs de la Vérité, si donc vous lisez des magazines féminins genre Nous Deux, vous pouvez retrouver le nom de Frédérique Trigodet parfois au sommaire. Et là non plus, ce n'est pas fini puisque de nouvelles publications sont prévues.

Quant à ceux qui crachent dans la soupe sans l'avoir goutée, des auteurs comme Jean-Marie Palach, Brice Tarvel et André Caroff ont fourni des nouvelles pour ce magazine, et ce ne sont pas les seuls. Mais comme c'était sous d'autres pseudonymes...

 

Frédérique TRIGODET : An American Hero. Collection Noire Sœur. Nouvelle numérique. Editions SKA. Parution Juin 2017. 14 pages. 1,99€.

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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 09:54

Et preuves à l'appui !

Jean-Luc HOUDU : Ultime épreuve.

L’action se situe à Saumur, au début du XVIIe siècle. Un des ouvriers, ou oeuvriers comme on les appelait à l’époque, de l’imprimeur Maillet est découvert assassiné alors que toutes les issues sont hermétiquement fermées.

Un homme habillé de noir s’est présenté, selon Petit Pierre l’apprenti réfugié dans les combles, et a occis le compagnon. Apeuré, il s’est barricadé et c’est dans un recoin que Pierre Peloup, le lieutenant criminel de la cité chargé de réorganiser la police, va le trouver tout tremblant et incapable de donner le moindre détail. Il a assisté au début de l’entretien, puis au meurtre mais ne sait comment s’est volatilisé le meurtrier. Une enquête compliquée pour le policier, d’autant qu’entre les protestants et les catholiques la tension monte.

Maître Maillet s’est installé depuis deux ans à Saumur, auparavant il exerçait à La Rochelle, et c’est de cette même cité qu’était originaire son employé. Quelqu’un de bien, muni de recommandations élogieuses. Pourtant, selon les éléments découverts près du cadavre, il imprimait en cachette de son patron, des almanachs, sur du mauvais papier, ce qui est contraire à l’éthique de l’époque et des membres de cette profession sise à Saumur. Un mystère qui s’il n’est pas élucidé rapidement risque de faire dégénérer les relations entres les membres des deux communautés religieuses de la ville.

 

La prise de La Rochelle sous le règne de Louis XVIII, à l’instigation de Richelieu et si bien décrite dans Les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, est en fond de drame de ce récit qui met en scène une petite ville de province en apparence sans préoccupation.

Quoique le départ du gouverneur de la ville, Duplessis-Mornay, renvoyé par le roi lors de son passage à Saumur, n’ait guère fait de vagues, le lieutenant Peloup doit marcher sur des œufs et surtout ne pas soulever de vagues, qui pourraient se transformer en mascaret et mettre la ville à feu et à sang.

C’est dans ce contexte historique que Jean-Luc Houdu nous propose un roman qui, sans être vraiment didactique ou pédagogique, nous imprègne de l’atmosphère de l’époque et nous familiarise avec l’imprimerie, une noble profession qui a bien changé depuis. Les tenants et les aboutissants, les problèmes politiques qui se rattachent à ce meurtre n’ont guère changé. Il suffit de remplacer Catholiques et Protestants par Gauche et Droite, ou inversement, pour retrouver des imbrications actuelles. Le meurtre en chambre close étant le petit plus qui accroche.

Les dialogues posent quelquefois problème de lecture, en ce que l’auteur s’est amusé à reconstituer le parler d’autrefois. Au début c’est amusant, mais pour qui n’est pas habitué à cette démarche cela devient un tantinet lassant à moins que cela se révèle une découverte, l'héritage de Rabelais, de Scarron, de Cyrano de Bergerac, le vrai pas celui de la fiction d'Edmond Rostand, de Madeleine de Scudéry ou encore de Madame de Lafayette et son décrié, par un certain N.S., Princesse de Clèves, et des libertins représentés par Théophile de Viau, Tristan L'Hermitte, liste non exhaustive...

En annexe les curieux pourront étancher leur soif de connaissance avec l’âge d’or de l’Imprimerie et de la Librairie à Saumur, une partie qui ne manque pas d’intérêt et met en valeur ce métier qui à l’origine était une véritable révolution dans l’écrit, beaucoup plus que le passage de la machine à écrire à l’ordinateur.

Première édition : Editions Cheminements. Parution mai 2001.

Première édition : Editions Cheminements. Parution mai 2001.

Jean-Luc HOUDU : Ultime épreuve. Editions Feuillage. Parution 8 juin 2017. 260 pages. 14,00€.

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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 05:44

Et demain est un autre jour...

Hervé HUGUEN : A toi demain.

La Cour d'Assises de Rennes vient d'annuler la condamnation d'un homme accusé et jugé coupable par le Tribunal de quimper trois ans auparavant. Le commissaire Nazer Baron, qui avait participé en renfort lors de la première enquête, est sur place et son regard inquisiteur s'attarde sur des membres de la famille de la victime présents ainsi que sur d'autres personnes liées de près ou de loin au drame.

L'avocat a convaincu les jurés, non de l'innocence ou de la culpabilité du prévenu, mais du manque de preuves. Le directeur de la Police Judiciaire de Rennes demande à Nazer Baron de tout reprendre à zéro.

Olivia Morcadet avait été retrouvée morte, assassinée, dans sa chambre, par Martial, son ex-mari, fin août, trois ans auparavant. Immédiatement la Brigade de Recherche de la gendarmerie de Landerneau avait été prévenue, et la légiste avait déterminé la mort par quatre balles dans la région du cœur. Toutefois, la mise en scène, si mise en scène il y avait, était assez bizarre, du moins intrigante, avec la robe retroussée, la culotte déposée auprès des mollets. Mais il n'y avait eu ni viol, ni même pénétration. Le décès remontait à quelques heures.

Après un premier mariage, qui n'avait duré que quelques années à cause d'un mari violent, Olivia s'était remariée avec Martial, une union concrétisée par la naissance de trois filles, Patricia, Julie et Constance. Patricia est mère d'un jeune garçon, tandis que Julie et Constance sont célibataires, mais elles sont encore jeunes. Puis Olivia s'était entichée d'un jeune Turc, de vingt-cinq ans plus jeune qu'elle, lors d'un séjour dans un centre de vacances en Turquie, elle l'avait épousé, mais cela n'avait fonctionné, et un nouveau divorce à la clé. L'homme travaille à Concarneau et ne pouvait être à La Roche-Maurice, lors du meurtre. Du moins, c'est ce qui ressort d'après les comparatifs d'horaire. Le compagnon de Patricia est également dans le viseur des gendarmes. Il est considéré comme un dilettante, un fainéant, malgré son travail d'informaticien indépendant. Seulement il ne roule pas sur l'or, et un coup de pouce financier de la part d'Olivia aurait été le bienvenu.

Malgré ses déboires matrimoniaux, ou peut-être à cause, Olivia s'était inscrite sur un site de rencontre, et là aussi des pistes sont à explorer.

Ce qu'a fait Baron en concordance avec les gendarmes de Landerneau.

Mais l'enquête est à reprendre depuis le début.

 

Les deux premières parties, intitulées Le Meurtre et Le doute, sont consacrées à cette enquête menée par les gendarmes, puis l'apport de Nazer Baron. Des répétitions, des redites forgent la narration, comme si le lecteur, à l'instar des enquêteurs, lisait, relisait les rapports d'enquêtes, de la légiste, s'imprégnait des différents témoignages, analysait les impressions, mettait en avant les tergiversations, comparait les déclarations, essayait de comprendre.

La troisième partie, La Vérité, est consacrée à cette nouvelle enquête, à l'exploration de nouvelles pistes.

Un livre sur les doutes qui imprègnent une enquête dans laquelle toutes les suppositions sont valables, et que rien de probant ne se dégage concernant un coupable potentiel, lorsqu'aucun mobile vient conforter une impression. Un roman mettant en évidence les tâtonnements, parfois nécessaires, afin de ne pas tomber dans les pièges de la facilité et des conclusions hâtives.

 

Hervé HUGUEN : A toi demain. Série Nazer Baron N°11. Editions du Palémon. Parution le 8 avril 2017. 288 pages. 10,00€.

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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 09:45

Lettre ou ne pas lettre, telle est la question !

Laurent WHALE: Le réseau Mermoz.

Tout excité, Andrew Kerouac, l'archiviste des Rats de poussière, s'introduit dans le bureau de Dick Benton, le responsable du service et demande à ce que le sénateur O'Reilly le contacte immédiatement. Il tient dans les mains une capture d'écran représentant une lettre mise aux enchères sur une plate-forme de vente en ligne.

L'objet est une lettre adressée à Aristide Briand, alors ministre des Affaires étrangères de la IIIe république, aux bons soins du chef de cabinet chilien. Une lettre datant des années 1930 et qui n'a jamais été décachetée, n'est jamais parvenue à son destinataire. Et il ne s'agit pas d'une bafouille égarée par Guillaumet lors de sa traversée des Andes. Mais ce qui interpelle le directeur de la Bibliothèque du Congrès à Washington, et responsable des Rats de poussière, c'est le cachet postal apposé sur la missive. L'emblème national-socialiste du gouvernement allemand d'avant-guerre, emblème devenu tristement célèbre sous le nom de croix gammée.

Seulement Antonia, la spécialiste informaticienne qui parvient toujours à faire parler La Pompe, son puissant ordinateur, et s'infiltre dans tous les systèmes, annonce que l'enchère vient d'être interrompue. Elle a toutefois réussi à percer l'identité de la personne qui avait mis en vente la lettre, une certaine Amandine habitant à Marseille. Lettre qui est fort convoitée, comme vont s'en rendre compte Dick Benton et ses amis. Les premiers à se manifester sont deux membres de la CIA qui lui enjoignent d'enquêter sur ce pli.

Après en avoir été informé, le sénateur républicain O'Reilly, surnommé le Grizzly, convient qu'il faut que Dick Benton se rende sur place, accompagné de Maureen, la punkette aux mèches de cheveux vertes et rouges, imparable pour passer inaperçue, et de Jack, un agent géant qui travaille pour diverses agences et est l'amoureux officiel de Maureen. Direction Marseille à la recherche de la vendeuse.

A Marseille, un jeune rasta, Emmanuel Trouillot dit Mantrou pour les amis, commence à s'affoler. Il est l'auteur de l'enchère, ayant trouvé la fameuse enveloppe dans les affaires de son grand-père, collectionneur de vieux papiers en tous genres qui vient de décéder. Il a décidé de la mettre aux enchères utilisant pour ce faire l'ordinateur de son amie Amandine. Or il n'a plus de nouvelles de Mandie, et il se demande si elle n'aurait pas été enlevée. Car des hommes sont à ses trousses, des Russes.

La virée marseillaise de Benton and Co s'avère être un véritable pastis, car outre les Russes, des personnages guère sympathiques et d'humeur violente, des agents du Mossad, les services secrets israéliens, s'invitent dans la danse, représentés par Sacha, une jeune femme qui vient de perdre son mari dans un attentat. Elle sera secondée par deux hommes qui sont déjà dans la cité phocéenne, des Français au service de son pays, ainsi que par un Arabe. Et comme si cela ne suffisait pas, les énervés de l'Etat Islamique, alias Daech, viennent mettre la pagaille dans ce ballet qui n'est pas trop bien réglé.

 

Le 13 mai 1940 Churchill déclarait : Je n'ai rien d'autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur...

Une phrase qu'aurait pu reprendre Dick Benton en s'adressant à ses deux acolytes partis à la recherche de la lettre de l'Aéropostale. Car les épisodes qu'ils vont subir vont s'avérer particulièrement tumultueux. Mais ils ne sont pas les seuls car Mantrou, assisté par une petite frappe, revendeur de drogue, vont eux aussi se trouver sous la vindicte des Russes, mais ils ne s'en laisseront pas conter et la vengeance sera terrible et particulièrement violente. Le roman se clôt dans une véritable débauche apocalyptique qui va laisser un bon nombre de combattants, et d'innocents, sur le flanc. Sur fond d'attentats parisiens car le début de l'année 2015 fut particulièrement propice à cette forme de manifestations explosives.

 

Certains passages violents sont trop explicites, et si comme moi vous n'appréciez guère les scènes de torture, vous pouvez les passer, cela n'entachera en rien votre plaisir de lecture, au contraire.

 

Laurent Whale, comme à son habitude dans cette série des Rats de poussière, nous entraîne dans différentes époques, survolant particulièrement les années 1930 et 1936, puis un épisode de 1944. Et l'on retrouve avec plaisir Antoine de Saint-Exupéry, en pleine gloire littéraire grâce notamment à Courrier Sud, son premier grand succès, alors chef d'escale de l'Aéropostale à Cap Juby au Maroc, dans le protectorat espagnol.

Mais également Jean Mermoz, dit l'Archange, lors de sa traversée de l'Atlantique, en 1930 puis en 1936 lors de son dernier voyage. Ces épisodes s'inscrivent dans l'histoire de l'aéropostale de Didier Daurat, offre des éléments intéressants sur certains points mal définis, et surtout sur le côté litigieux de Mermoz dans son engagement dans les Croix-de-Feu puis lors de la dissolution de cette ligue devenant le Parti social français, parti politique français de la droite conservatrice à tendance nationaliste mais hostile au nazisme et à l'antisémitisme. Je regrette toutefois que ces évocations soient trop resserrées par rapport à l'histoire proprement dite de la missive retrouvée et mise aux enchères qui nous ramène à l'actualité. Cela aurait presque pu être une uchronie.

Pour découvrir les épisodes précédents des Rats de poussière, suivez les liens ci-dessous :

Découvrez le catalogue des éditions Critic :

Laurent WHALE: Le réseau Mermoz. Les rats de poussière 3. Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 1er juin 2017. 458 pages. 20,00€.

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 05:33

Sur la route des souvenirs...

François DARNAUDET : Boris, ses motos, les Bardenas et autres déserts....

Ne cherchez pas dans ce texte une intrigue policière, une utopie science-fictionnesque, une évasion fantastique. Non, juste un cri d'amour sous forme de rédemption, un palliatif à la douleur, une façon de retrouver par des images, par des souvenirs, des instants de vie. Et surtout de dompter un sentiment de culpabilité qui ronge, qui gangrène, de modérer un manque, une disparition.

 

Boris, le fils de l'auteur, a voulu tester les lois de la gravité le 30 août 2015, en sautant du haut du viaduc de Collioure. Mais comme Icare il s'est mal réceptionné, laissant un grand vide auprès de ses parents et ses amis.

Ses motos, c'est surtout sa Honda CB 500 rouge, celle avec laquelle il effaçait les cercles de peur de ses pneus. Et afin de ne pas être en infraction avec la code de la route, il portait un casque. Seulement le casque, comme la casquette, cela comprime le cerveau, cela met la pression. A tel point qu'il était atteint de dépression.

Les Bardenas, c'est une région désertique du nord de l'Espagne, au sud de la Navarre. Un désert qui ressemble étrangement aux paysages mythiques de l'Ouest américain comme Monument Valley.

Les autres déserts évoqués dans le titre ? Le désert affectif ressenti après la disparition brutale de Boris. Le désert d'une présence filiale, d'une connivence littéraire également.

 

François Darnaudet raconte avec pudeur ce passage à vide puis le moment où il a enfourché la moto de Boris, retrouvant des sensations de jeunesse, et parcourant de Collioure jusqu'aux Bardenas, en passant par Andernos, effectuant un trajet émotionnel, purificateur, thérapeutique, comme un exutoire physique à une douleur. Autre exutoire, l'écriture, avec laquelle l'auteur peut soulager sa peine, du moins essayer, et qui se concrétise par la parution de ce texte.

Un texte humain qui permet de se retrouver, de surmonter sa douleur, peut-être, mais aussi de communiquer avec ceux qui ont subi ce genre de traumatisme et de faire comprendre à ceux pour qui la vie et le destin se sont montrés indulgents qu'ils risquent eux aussi un jour de connaître la perte non programmée d'un être cher.

Pour découvrir littéraire de Boris Darnaudet, je vous propose quelques liens.

François DARNAUDET : Boris, ses motos, les Bardenas et autres déserts.... Parution le 17 avril 2017. 76 pages. En vente sur Amazone. Version papier (conseillée) : 6,50€. Existe en version numérique.

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 05:35

Ainsi font font font les jolies petites menottes, ou les bienfaits des dictées...

Frank KLARCZYK : Mort point final.

Si votre copine, ou votre femme, vous attache les poignets aux montants du lit avec des menottes, ne croyez pas forcément qu'il s'agit d'une nouvelle figure du kamasoutra...

Paul Catard, lorsqu'il se retrouve enchaîné par sa maîtresse Mélanie Vasseur, lieutenante de police, croit assister à une séance inédite alors que la nuit avait déjà été mouvementée. Les draps s'en souviennent encore. Mais Mélanie s'éclipse, le laissant scotché, les poignets menottés. Après de nombreux efforts il parvient à se libérer du sparadrap collé sur la bouche et à ameuter le voisinage.

Les policiers n'en reviennent pas, et lorsque le capitaine Vigeois, du commissariat d'Antony, recueille le récit du jeune homme c'est pour se demander s'il n'est pas en face d'un affabulateur, d'un mythomane. Pourtant Paul Catard est formel, tout ce qu'il a à déclarer est véridique.

 

Quelques années auparavant Mélanie a vécu une expérience douloureuse alors qu'elle était dans un lycée à Brive.

La journée aurait pu débuter normalement, comme d'habitude, avec les sempiternels accrochages entre élèves, les petites jalousies féminines, les réflexions désagréables dans la cours de récréation, avant de rejoindre les bancs de la classe de Deuxième C.

Leur professeur de français semble abattu, et pour Maryline, ce sont deux heures mortelles qui se profilent. Elle ne pensait pas si bien dire. M. Bernard, dont la vie familiale s'est réduite à sa plus simple expression depuis son divorce et le départ de son garçon lorsque celui-ci a atteint sa majorité, vit seul et n'a pour unique viatique que sa passion pour la langue française et ses livres. D'ailleurs ce matin-là, il entame son cours avec une référence à Marche ou crève de Richard Bachman, alias Stephen King. Mais la dictée qu'il leur propose sera un passage du livre de Dante, et c'est bien l'Enfer qui se profile.

La référence à Marche ou crève n'est pas anodine. Tout de suite les élèves savent qu'il ne s'agit pas d'une partie de plaisir : une faute, un avertissement. Deux fautes, et le, ou la, récidiviste sera abattu au sens littéral du terme. Et pour bien faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'une figure de style, M. Bernard sort de son cartable un revolver muni d'un silencieux.

Deux heures qui vont être longues, pénibles, stressantes, mortelles...

 

En ce matin donc au cours duquel Vigeois auditionne les révélations sur sa lieutenante qui malgré son traumatisme a réussi à intégrer les effectifs de police, une information qui leur parvient tend à confirmer les propos de Paul Caltard. Cela ne fait que trois ou quatre mois qu'il connait Mélanie et il en est amoureux fou. Peut-être est-ce pour cela qu'elle s'est confiée en partie à lui. Mais il n'est plus question de débattre de leurs ébats, car la situation est grave. Pas encore désespérée mais cela ne saurait tarder si Vigeois et ses hommes ne prennent pas le taureau par les cornes. Un attentat est programmé au parc de la Légion d'honneur à Saint-Denis, et la cible serait une personnalité importante, très importante même. L'heure n'est plus à la discussion mais à l'action.

 

En un peu plus de 180 pages, là où il en faut 400 à 500 à Stephen King, Frank Klarczyk parvient à instiller une atmosphère d'angoisse parfois insoutenable, un suspense parfaitement maîtrisé pour une intrigue habilement décrite et écrite. Les passages constituant la demi-journée tragique avec M. Bernard en chef d'orchestre meurtrier, s'insèrent dans les quelques heures entre lesquelles Caltard est découvert nu sur le lit et le dénouement qui laisse au lecteur le soin de se forger lui-même son propre épilogue.

C'est tout le système de l'éducation nationale qui est mise en cause, ou plutôt les décisions, souvent aberrantes, qui sont prises en haut-lieu par des personnes qui n'ont jamais travaillé dans cette institution mais se permettent d'en changer les règles selon leur bon vouloir et surtout afin de laisser un nom avec de nouvelles réformes qui de toutes façons seront probablement abandonnées lors d'un nouveau gouvernement.

Et pendant ce temps ce sont les enseignants, et bien entendu les étudiants, les scolaires en général qui en subissent les conséquences.

Mort point final, d'accord, mais point de temps mort dans ce roman enlevé, prenant, dramatique, et oserais-je écrire, éducatif.

 

Frank KLARCZYK : Mort point final. Collection Plumes noires N°3. Editions Lucien Souny. Parution le 6 mai 2017. 190 pages. 6,50€.

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 09:15

Il faut toujours se méfier des idées préconçues et des conclusions hâtives !

Thomas FECCHIO : Je suis innocent.

Ni céder aux sirènes du passé qui veulent absolument qu'un ancien coupable est obligatoirement un récidiviste.

A six heure du matin pile, les policiers conduits par le capitaine Germain s'introduisent en force dans la chambre de Jean Boyer. Sans explication aucune, l'homme qui vit seul dans une dépendance de ferme, est emmené au commissariat de Reims. Mais si les explications manquent, les coups pleuvent, assenés par le lieutenant Chevron, surnom donné à Martinelli à cause sa propension à ne posséder que des Citroën, et ses deux adjoints, des brutes épaisses au cerveau ramolli.

Boyer est donc accusé du viol et du meurtre d'une jeune femme dont le corps a été découvert enfoui partiellement en forêt sous un tumulus, à quelques kilomètres de l'endroit où il loge. Une mise en scène signée pour les enquêteurs qui n'ont pas mis longtemps à supposer que Boyer est le meurtrier.

En effet, Boyer avait déjà été condamné en 1968 pour un fait similaire, puis au milieu des années 1980 pour viol, non suivi d'homicide sur d'autres jeunes femmes. Il n'est sorti de prison que depuis quelques semaines, et en cette fin d'année 2006, l'obligation de résultat prévaut. Boyer a beau affirmer, jurer, clamer qu'il est innocent, rien n'y fait. Il a tout de même le droit d'avoir un avocat commis d'office. Une jeune avocate, qui débute et n'est pas trop à l'aise. Tout comme le capitaine Germain d'ailleurs dont c'est la première grosse affaire, tandis que Chevron est un vieux de la vieille.

Certains éléments sont troubles et il n'est pas persuadé de la culpabilité de Boyer. D'ailleurs il s'en remet à son ami le juge Forlain, la trentaine comme lui, qui doit instruire l'affaire. Certains faits ou éléments plaident en la faveur de Boyer. D'abord celui-ci possède un alibi, ayant dormi ce soir-là chez une quinquagénaire en mal d'affection habitant à Soissons. Ensuite un sac à main a été retrouvé sur un tas de détritus au fond du jardin. Or cet objet qui est neuf, avec aucune empreinte dessus, n'était pas présent lorsque Germain avait visité les lieux. Toutefois au bénéfice du doute Boyer est relâché sous conditions.

Boyer comprend qu'il doit se défendre pour prouver son innocence, mais les obstacles nombreux se dressent devant lui. Car tout est fait pour l'accabler, mais qui peut lui en vouloir ? Le père de la dernière victime qui s'introduit chez lui nuitamment ? Un père manipulé par un individu qui se réclame de la police par téléphone. Et le juge Forlain qui passe la main à une confrère, question d'antériorité parait-il car justement les parents inquiets avaient déposé une main courante, n'ayant pas de nouvelles de leur fille.

Quant au capitaine Germain, il est obligé de composer avec son passé. Une mère à qui il rend visite régulièrement ce dont il se passerait bien et un père, notaire, assassiné alors qu'il était encore jeune. Enfin, un assassinat qu'il n'a découvert que beaucoup plus tard, croyant que son géniteur était décédé d'un accident de la route.

Dans sa quête de la vérité, Boyer va se montrer peu fiable, effectuant quelques dérapages qui ne plaident pas en sa faveur. Toutefois le capitaine Germain se demande s'il n'est pas lui aussi le jouet d'un manipulateur. Seulement par qui et pourquoi, telles sont les deux questions qui commencent à le tarauder.

 

Le dénouement est digne des romans américains formatés avec multiples renversements de situations, fournissant au lecteur un sentiment d'oppression.

Mais pour l'auteur, ce qui prédomine, c'est bien la pression dont sont accablés juges, souvent orientés, et enquêteurs. Placer cette intrigue fin 2006 pour se poursuive début 2007 n'est pas innocent. Pour autant certains policiers se montrent obtus, la présomption d'innocence s'effaçant devant leur persuasion de la culpabilité d'un prévenu qui porte derrière lui un lourd passé.

La nature des délits ou l'importance des affaires n'entraient plus en ligne de compte du moment que les chiffres évoluaient dans le bon sens. Mais lorsqu'un crime particulièrement horrible avait un retentissement médiatique, le ministre harcelait soudain les enquêteurs pour exiger des résultats rapides.

Il est vrai que ce ministre ne pense pas uniquement au résultat dans un sens de justice. Les journaux sont à l'affût, certains plus complaisants que d'autres qui eux essaient d'analyser sereinement les faits et les déclarations, et il lui faut se concilier les bonnes grâces des médias et surtout des potentiels électeurs pour montrer qu'il maîtrise la situation.

Il [le ministre de l'Intérieur] déroulait un plan sécuritaire qui serait un tremplin électoral formidable pour la présidentielle de 2007. Ses principaux leviers : plus de pouvoirs aux policiers et des peines planchers pour éviter tout laxisme de la part des juges, surtout avec les récidivistes.

 

Ce roman pose également une question primordiale et pernicieuse. Doit on croire un individu ayant déjà été condamné pour viol et pour meurtre, qu'il a avoués, et qui déclame son innocence dans une nouvelle affaire ? Ne s'agit-il pas alors de la poudre aux yeux de la part de policiers désirant régler au plus vite une affaire, même si les doutes subsistent. D'autant que certains personnages peuvent se montrer manipulateurs dans l'ombre.

Thomas FECCHIO : Je suis innocent. Collection Polar en Nord N°221. Grand format. Editions Ravet-Anceau. Parution le 2 février 2017. 304 pages. 14,00 €.

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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 04:51

Capri, c'est fini,
Et dire que c'était la ville
De mon premier amour...

Catherine RABIER : Les sirènes de Capri.

Pour un vieux sédentaire comme moi, la lecture est un moyen unique pour voyager en pantoufles et engranger des images magnifiques de régions admirables comme ces descriptions que nous propose Catherine Rabier dans ce court roman, régions que je ne visiterai jamais, de peur être déçu en étant sur place, n'en retrouvant ni le charme, ni l'élégance et la beauté.

Catherine, c'est également le nom de la narratrice quadragénaire qui est envoûtée, subjuguée, enivrée par les paysages qu'elle découvre à son arrivée sur l'île de Capri. Un séjour de dix jours qu'elle met à profit, dès son arrivée pour se rendre à pied à la Casa come me, la villa de Malaparte perchée sur un promontoire donnant sur la mer.

Au début de son séjour elle a fait la connaissance d'Adelchi, jeune éphèbe d'une vingtaine d'années qui ne la laisse pas indifférente, et réciproquement. Adelchi se présente comme un étudiant d'une université vénitienne, et actuellement il est en séminaire avec quelques condisciples sous la houlette du professeur Ermete, archéologue. Et il lui propose de l'emmener à la Casa come me, qui est fermée au public. L'entrée sera ouverte, pour elle, car les étudiants et le professeur y résident, étudiant l'architecture.

Elle refuse de se rendre à la villa par bateau, proposition honnête ou non d'Adelchi, préférant grimper à pied, malgré un genou douloureux. Elle est accueilli par son cicérone et peut visiter certaines des pièces de la demeure et admirer quelques sculptures. Elle est même invitée à déjeuner en compagnie du maître, Ermete, un homme intrigant, et ses étudiants à une tablée de douze. Elle est la seule femme et s'aperçoit que les assiettes et couverts représentent tous un signe du zodiaque.

Elle va alors vivre durant quelques jours une aventure entre rêve et réalité, dans ce décor enchanteur, situé non loin des Faraglioni, trois immenses rochers dans la mer, les bains de Tragara, le Rocher des Sirènes qui serait selon une légende les sirènes ayant essayé de détourner Ulysse mais n'ayant pas réussi se seraient transformées en rochers.

Une aventure périlleuse au cours de laquelle Catherine manque se noyer.

 

La Casa come me

La Casa come me

En lisant ce court roman, on ne peut s'empêcher de penser à Prosper Mérimée, à Alexandre Dumas, à Gérard de Nerval dont une phrase extraite de El Desdichado est placée en exergue, non pas pour l'histoire, mais par le romantisme qui s'en dégage, par la force d'évocation des personnages, par la forme narrative, par les descriptions du décor et par les références à la mythologie grecque ou indo-européenne avec Mithra Sol Invictus.

Sont évoqués Curzio Malaparte, écrivain, cinéaste, journaliste, correspondant de guerre et diplomate italien, et sa fameuse villa, Axel Munthe, médecin suédois qui vécu à Capri dans la villa San Michele, participant aux secours lors d'une épidémie de choléra à Naples en 1883, et à Raymond Guérin qui passa trois semaines dans la Casa come me et a rédigé Du côté de chez Malaparte en 1950.

Un texte rafraîchissant, sensible, charmant, fleuretant avec le fantastique, tout en émotions et en couleurs, un voyage onirique et romantique frisant la tragédie, placé entre hier et aujourd'hui.

Les Faraglioni

Les Faraglioni

Catherine RABIER : Les sirènes de Capri. Parution 17 avril 2017. 64 pages. En vente uniquement sur Amazone. Version papier (conseillée) 6,33€. Existe en version numérique.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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