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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 08:43

Lady Day, un fruit étrange...

Billie HOLIDAY : Lady sings the blues.

Eleonora aurait pu s’appeler Cendrillon, tant sa jeunesse, son adolescence, sa vie même, seront calqués sur cette héroïne de conte pour enfant. Mais aucun prince charmant ne lui offrira une paire de chaussures de vair, et les souliers vernis qu’elle portera, elle se les aura achetés avec ses propres deniers.

Mais avant de devenir Lady Day, sobriquet affectueux donné par Lester Young, qu’elle même avait surnommé Prez, Billie Holiday, puisque c’est bien d’elle dont il s’agit, aura connu bien des déboires, des misères, des incidents, des viols, des enfermements en maison de redressement, la prison, des brimades familiales, des injures raciales, puis la drogue, toutes choses dont un enfant ne possédant pas sa force de caractère, aurait eu du mal à se relever.

Dès sa naissance, cela s’était mal engagé. Sa mère n’avait que treize ans, son père quinze, et quand ils se sont mariés, Billie en avait trois. Son père rêvait d’être trompettiste mais les aléas de la guerre firent qu’il rentra gazé, les poumons en capilotade. Il se reconverti en guitariste, et au bout de quelques temps trouva un engagement dans l’orchestre de Fletcher Henderson. Sa mère obligée pour gagner son pain, travailla comme boniche, et la confia à la cousine Ida, laquelle avait déjà deux enfants et vivait avec les parents et l’arrière-grand-mère.

Outre les tabassages répétés que la cousine Ida ne manquait pas de lui infliger pour n’importe quelle raison, la plupart du temps sans raison valable, le premier grand choc qu’eut Billie fut de se réveiller coincée dans les bras de l’arrière-grand-mère morte. Afin de se faire un peu d’argent elle lava les perrons blancs des bourgeoises blanches. Lorsqu’elle a commencé à chanter, ce fut pour des picaillons, mais elle courra toujours après l’argent, même lorsque les cachets devinrent conséquent. Faut dire qu’elle se laissait arnaquer naïvement, fallait qu’elle paie sa chambre, ses repas, ses tenues de gala, ses déplacements. Et ce ne sont pas ses enregistrements qui lui assuraient un pécule.

Les faces enregistrées étaient payées au compte gouttes, à la séance, et après, lorsque les disques marchaient bien, avaient du succès, c’étaient les compagnies qui empochaient. Les musiciens, les chanteurs ne touchaient pas de royalties. Et nous étions loin du piratage Internet dénoncé actuellement par les majors.

Elle se sera produit avec les plus grands orchestres et musiciens, Benny Goodman, Lester Young, Ben Webster, Louis Armstrong, et tant d’autres. Dans des clubs huppés ou minables, parfois à sa grande honte. Ne lui a-t-on pas demandé un soir de se foncer la peau car elle était jugée trop claire aux yeux d’un propriétaire de club, en comparaison de ses musiciens.

Le racisme du Sud et du Nord, différents dans leur approche mais tout aussi inconvenant, blessant, désobligeant, offensant, choisissez le qualificatif il ne sera jamais assez fort, elle le subira tout au long de sa vie.

Née le 7 avril 1915, décédée le 17 juillet 1959, Billie Holiday aura vécu un enfer, et succombera d’abus de stupéfiant et d’alcool. Heureusement il restera les disques qu’elle a enregistrés, avec son orchestre ou avec des partenaires prestigieux, et en les écoutant, après avoir lu ce livre, on ne pourra s’empêcher d’être ému et révolté par tout ce qu’elle a enduré. Un véritable roman noir, dans tous les sens du terme, même si ce n’est qu’une biographie.

Billie HOLIDAY : Lady sings the blues. Collection Eupalinos ; Editions Parenthèses. Récit recueilli par William Dufty . Traduit de l’américain par Danièle Robert. Première parution janvier 2002. Réimpression 2013. 12,00€.

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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 07:23

Allez directement à la case Aubenque et lisez avec intérêt !

Alexis AUBENQUE : Retour à River Falls.

Dans ce roman touffu et complexe, comme chacun des romans d'Alexis Aubenque d'ailleurs, chacun des protagonistes peut se référer à Janus, le dieu aux deux visages contraires. La dualité du temps passé et du temps présent, du Bien et du Mal, plus ou moins accentué, l'avers et le revers du comportement caché. Tous possèdent une fissure, une faille, un gouffre dans lesquels sont enfouis des secrets qui peu à peu émergent au grand jour leur permettant de recouvrer le calme et la sérénité, l'estime de soi, ou au contraire accentuant le côté négatif du personnage.

Journaliste de guerre et baroudeur, Stephen Callahan revient à River Falls, treize ans après en être parti. Officiellement, c'est pour se reposer de ses aventures, se ressourcer, et il a même trouvé une place au journal local, le Daily River, qui publiera ses chroniques rubrique arts et culture, concomitamment avec son ancien employeur, News of Washington. Officiellement, car officieusement, il a en tête une sorte de règlement de compte avec lui-même. Alors qu'il aborde l'entrée de la ville, il aperçoit un cirque qui vient de s'installer, mais pour l'heure il a plus pressé à faire.

Il arrive dans le quartier des manoirs, où vit sa grande sœur Ashlyn qui élève seule ses trois enfants. Tawny, adolescente rebelle de dix-sept ans, Beverly, quinze ans, qui, handicapée moteur, passe ses journées en fauteuil roulant, et le petit dernier, Lucas, turbulent, mais c'est de son âge car il n'a que neuf ans et réclame des cadeaux à son oncle.

Il se présente donc à Zucker, le patron du Daily River, lequel lui signifie que certains de ses collaborateurs voyaient d'un mauvais œil cette intégration. Il en profite pour présenter à Callahan Marion, sa nièce, qui est stagiaire et ils devront faire équipe ensemble.

Callahan se rend vite compte que malgré son jeune âge, dix-huit ans, Marion en veut et que son statut de nièce, elle ne le revendique pas. Elle est volontaire et surtout impertinente. Leur premier reportage doit être consacré au Big Circus installé aux abords de la ville. Callahan et Marion sont accueillis par un nain jovial, des gros bras vindicatifs, puis par Esméralda, la cartomancienne, patronne de tout ce petit monde qui n'accepte pas cette intrusion dans son domaine. Marion vitupère contre les conditions de captivité des animaux étiques qui s'ennuient dans leurs cages et Callahan prend quelques photos. Ce qui déplait fortement à Esméralda qui propose à Callahan de combattre l'un des lutteurs, et s'il gagne il pourra effectuer son reportage comme il l'entend. Il l'emporte mais ses ennuis ne sont pas terminés. Enfin ils peuvent quitter, après qu'Esméralda lui a lu les lignes de la main, avec un résultat qu'elle préfère garder pour elle, car apparemment l'avenir de Callahan est chaotique. Mais un autre reportage attend le journaliste et sa stagiaire. Un tueur aurait été repéré dans la forêt.

 

Pendant ce temps, et même un peu avant, des randonneurs ont découvert dans une grotte le cadavre d'une jeune fille. La scène de crime est particulièrement pénible, je vous épargne les détails, et il semblerait qu'un fou se soit amusé à la défigurer, apposant sur les murs de la grotte des dessins représentant des lames de tarot.

L'identité de l'adolescente est rapidement dévoilée et Logan le shérif, qui est revenu à River Falls depuis quelques semaines et a été reconduit dans ses fonctions précédentes, mène l'enquête en compagnie de Lindsay son adjointe. En interrogeant les proches de la victime, et plus particulièrement une amie de son âge, Logan se met sur la piste d'un camp de migrant à la recherche d'un nommé Sam. Lorsqu'ils arrivent sur place, l'adolescent s'enfuit et Lindsay se lance à sa poursuite. Elle parvient presque à l'attraper lorsqu'elle tombe dans la rivière.

C'est à ce moment que Callahan arrive et sauve in extrémis Lindsay. Lindsay qui fut son amour de jeunesse.

 

Logan, son équipe et Jessica Hurley, sa compagne, profileuse de son état, prennent cette enquête à bras le corps, tout comme Callahan et Marion mais en parallèle.

Une enquête douloureuse car les souvenirs, plus particulièrement les mauvais, remontent à la surface, que les événements se précipitent, s'enchainant inexorablement sur des réminiscences du passé proche ou lointain. Tout n'est que mensonges ou vérités cachées.

Une enquête qui montre la perversité humaine et qu'un fait-divers peut en cacher un autre, comme des engrenages complexes. Vous avez un petit bobo, vous passez une radiographie qui n'est pas satisfaisante, puis un scanner, une IRM, et vous vous retrouvez avec cancer généralisé à la fin des examens. Dans ce roman, c'est la même chose, et ce n'est pas fini, car Alexis Aubenque qui maîtrise le suspense à la manière des feuilletonistes d'antan qui au dernier moment vous signifiait un à suivre prometteur, nous donne rendez-vous pour juin 2018 afin de poursuivre ensemble de nouvelles aventures.

L'enquête principale est bouclée, mais les dommages collatéraux subsistent. Et cela me fait penser à une mare, dont la surface est lisse sous le soleil. Il suffit qu'une grenouille plonge et déjà les rides se forment et lorsqu'elle est suivie par toute sa famille, l'eau se trouble, la vase remonte et bientôt cette mare n'est plus qu'un bouillonnement de fange délétère, méphitique.

Alexis AUBENQUE : Retour à River Falls. Collection Thriller. Editions Milady. Parution le 16 juin 2017. 480 pages. 7,90€.

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 12:18

Pierre Pével se met en trois pour votre plaisir, une fantasy de sa part...

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt.

L’univers de la Fantasy n’est pas un genre réservé aux anglo-saxons, et les petits Français (terme qui est loin d’être n’est pas péjoratif, au contraire) ont aussi leur mot à dire dans ce domaine littéraire. Et Pierre Pével le démontre avec talent.

 

Les Ombres de Wielstadt : Durant l’hiver 1620, le chevalier Kantz revient à Wielstadt, une ville germanique qui vit à l’heure d’un protestantisme mal accepté, protégée par un dragon volant. Le chevalier, qui possède des notions de la Kabbale, se lance dans une croisade contre des forces malfaisantes dirigées par le Malin lequel possède une armée de goules à sa dévotion. Une traque qui ne peut aboutir qu’en conjuguant les effets de rapière, de sa connaissance du combat contre les esprits malfaisants et un don pour les repousser à main nue.

Un roman qui emprunte à l’univers d’Alexandre Dumas et à celui de James Barrie puisque l’une des héroïnes est une petite fée, ressemblant étrangement à Clochette, prénommé Chandelle. Un roman original qui ne manque ni d’imagination, d’action, de suspense, avec un souffle épique digne des grands maîtres de la littérature populaire, charpenté et documenté. Une réussite par un auteur qui a déjà signé, précise l’éditeur, sous le nom de Pierre Jacq d’autres romans de Fantasy.

 

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt.

Les masques de Wielstadt : suite des aventures débridées et diaboliques, inscrites dans un contexte historique et empreintes de fantastique, du chevalier Kantz. L’action se situe en 1623, durant la guerre de Trente ans qui sévit dans le Saint Empire romain germanique, dans la ville de Wielstadt. Un démon, aidé de spadassins sortis d’Outre-Tombe, sème la terreur, à la recherche d’un secret ou d’une aide militaire.

Le spectre de la Sainte-Vehme, forme d’Inquisition, s’étend sur l’Empire germanique et le chevalier Kantz, exorciste patenté aux armes redoutables, se dresse en Don Quichotte, combattant redoutable et efficace, afin de résoudre un mystère prenant ses racines d’après une prophétie jalousement tenue secrète depuis des décennies par des Templiers qui s’érigent en forme de secte.

 

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt.

Le chevalier de Wielstadt : Tout comme la guerre de Cent-ans, la guerre de Trente-Ans n’a pas duré durant toute cette période, et en 1624, il semble qu’une paix relative soit instaurée. Mais à Wielstadt la terreur règne. Tous les lundis soirs une jeune fille est assassinée et son visage lui est ôté. Ne restent derrière cet assassin mystérieux que des cadavres ensanglantés. La Sainte-Vehme, une société secrète qui rend la justice de manière expéditive, accapare à son profit la peur ressentie par les habitants de la cité afin de prendre le pouvoir. Le Chevalier Kantz, exerce ses pouvoirs mystérieux afin de découvrir l’identité de l’assassin et contrecarrer les visées de la Sainte Vehme.

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt.

Dans ce troisième épisode des aventures du Chevalier Kantz, le lecteur apprendra enfin qui est ce personnage énigmatique et quel est son origine. Tout comme dans les deux épisodes précédents, se mêlent allégrement les genres, empruntant aussi bien au fantastique, au merveilleux, à la fantasy, qu’au policier, le tout situé dans un contexte historique et religieux.

Comme bien des auteurs, Pierre Pevel s’inspire de situations réelles afin de mieux construire ses intrigues. Et comme l’histoire a tendance à se répéter, le lecteur pourra comparer les motivations de la Sainte-Vehme à certains groupes plus ou moins politiques à travers les siècles jusqu’à nos jours.

Dans un style proche de Dumas père, Pierre Pevel, qui a déjà fait ses preuves sous le nom de plume de Pierre Jacq aux éditions du Khom-Heïdon pour quatre romans regroupés dans un cycle intitulé Chroniques des Sept Cités, aux titres évocateurs comme Le prix du sang ou In Mémoriam, s’affirme comme un auteur de premier plan, tant dans le choix des intrigues que dans l’écriture, le souffle lyrique, l’imaginaire débridé et les restitutions d’une époque en pleine mutation religieuse.

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt. (Les Ombres de Wielstadt, Les masques de Wielstadt, Le chevalier de Wielstadt). Réédition Editions Pocket. Parution 14 avril 2011. 760 pages. 11,40€. Existe également en version numérique à 5,99€, chaque volume.

Première édition Fleuve Noir 2001, 2002 et 2004, collection Fantasy.

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 08:55

Corsélien : Encore, c'est bien !

CORSELIEN : Corps et liens. Tome 1.

Si la collection Angoisse n'avait pas été sabordée en 1974, nul doute que Pascal Marignac, alias Kââ, alias Corsélien, y eut trouvé refuge sans aucun problème et aucune contestation possible, car ses textes sont plus angoissants que Gore, même si pour ne pas déroger à la collection qui a accueilli ses romans il fallait quelques traces de sang et des cadavres démembrés.

Plaçant la plupart du temps ses intrigues dans la campagne profonde, ses textes n'étaient pas dépourvus de l'aspect bucolique que la ruralité mystérieuse engendre, mais ils s'imprégnaient de ce reliquat de superstition qui alimente les contes cruels anciens dans lesquels les animaux tenaient une place prépondérante, sans oublier l'horreur inhérente à ce genre littéraire. Car les contes de Perrault et confrères n'étaient pas si gentillets que ceux que les enfants sont habitués à lire. Ce sont des textes souvent édulcorés sans pourtant être niais.

 

Dans L'état des plaies, Daniel Riche, le directeur de la collection Gore, débutait sa préface ainsi :

Préface en forme de clin d'œil élitiste et cryptique

L'horreur peut-elle produire du beau ? Une poétique de l'effroi est-elle concevable ? Le Mal, l'Atroce, l'Abject sont-ils radicalement étrangers à "l'humaine condition" ? Forment-ils cette part de nous que la culture a reléguée à jamais dans les latrines de l'inconscient pour donner à l'âme l'illusion d'exister ?

Ou bien... ou bien quoi ?

La Bête indomptée, vorace et carnassière, n'attend-elle qu'un signe pour se manifester ? Est-ce le langage qui l'a rende muette ? Suffit-il de nous taire pour l'entendre à nouveau ?

Lisez ce livre au style âpre et désenchanté. On y parle de la Bête. Et l'on exhibe l'homme, sensuel et cruel, animal et trivial.

Et il termine sa préface par une citation de Lautréamont, extraite des Chants de Maldoror, chant premier :

Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu monumentalement féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison.

 

Ce brave Isidore Ducasse savait-il qu'un jour les textes de Corsélien seraient publiés avec ce que l'on pourrait appeler une prémonition ? Une affabulation du scripteur de cette chronique, qui a beau jeu de vouloir placer une concordance entre ce poète prisé par les Surréalistes et trois romans publiés d'abord dans une petite collection souvent décriée, et qui peuvent devenir des classiques au fil du temps, comme le sont les romans d'horreur et de terreur de Jean Ray et de Robert Bloch, sans oublier Rabelais et son Gargantua qui mangeait les pèlerins en salade.

La Bête évoquée par Daniel Riche, c'est bien sûr le spectre de cette fameuse Bête du Gévaudan qui se retrouve propulsé dans l'imaginaire de Corsélien, lorgnant entre légendes et réalité, dans L'état des plaies, mais c'est également le Grawli ou Graoully, symbole de la ville de Metz, Bête monstrueuse évoquée dans Retour du bal, à Dalstein.

 

Dans une collection déjantée, destinée à des adolescents friands de scènes fortes et élevés au Massacre à la tronçonneuse, les romans de Corsélien (et de quelques autres auteurs dont Gilles Bergal alias Gibert Gallerne ou Nécrorian alias Jean Mazarin dont les romans sont réédités chez Rivière Blanche)) s'élevaient au dessus d'un lot parfois poussif, souvent intéressant, ou franchement amusant comme les romans d'Eric Verteuil. Et il est juste et bon de rééditer ces textes qui ne se sont pas flétris avec le temps.

L'état des plaies. Angoisse N°48.

L'état des plaies. Angoisse N°48.

Bruit crissant du rasoir sur les os. N°61. Grand prix du roman gore du Festival d'Avoriaz 1988.

Bruit crissant du rasoir sur les os. N°61. Grand prix du roman gore du Festival d'Avoriaz 1988.

Retour au bal, à Dalstein. N°82.

Retour au bal, à Dalstein. N°82.

Plus une préface de Artikel Unbekannt, une présentation des trois romans par David Didelot, une interview de Corsélien et une nouvelle de Schweinhund.

 

Vous pouvez retrouver un excellent article de huit pages, signé Artikel Unbekannt, présentant des ouvrages de Kââ/Corsélien dans un numéro spécial de La Tête en Noir :

CORSELIEN : Corps et liens. Tome 1. Collection Noire N°89. Editions Rivière Blanche. Parution août 2016. 392 pages. 25,00€.

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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 07:36

Mourir dans son sommeil, c'est bien, mais de façon naturelle, c'est mieux !

Anne-Solen KERBRAT : Un simple grain de sable.

Bientôt nonagénaire, Gabrielle du Breil vit dans son bel appartement sis dans un immeuble cossu des Sables-d'Olonne. D'ailleurs elle ne se plaint pas. Elle vit seule mais reçoit très souvent la visite de sa jeune amie Cécilia. Plus jeune qu'elle car la "jeune" femme est toutefois quinquagénaire (et non cinquantenaire, ce terme désignant l'anniversaire d'un événement célébré au bout de cinquante ans) et travaille comme négociatrice pour une agence immobilière. Et une femme de ménage, Candida, d'origine portugaise mariée à Luis, et mère d'un petit Pedro, vient tous les jours en début d'après-midi pour faire la poussière. Parfois Rodolphe, un promoteur événementiel, accompagne Cécilia dont il est l'amant. Ils en ont l'âge, ils sont encore beaux, et célibataires, et ceci ne nous regarde pas. Sauf que Rodolphe n'est pas toujours disponible, il ne termine pas ses nuits. Cécilia se lasse et elle trouve en André, un client de l'agence, une épaule compatissante et plus présente.

A part ces trois personnes, les visites sont rares, même si une fois, il n'y a guère, un homme a désiré rencontrer Gabrielle mais Candida ne lui a pas laissé la possibilité d'entrer. Ah, j'allais oublier le toubib, un nouveau, l'ancien étant parti vers le Sud, comme la plupart des généralistes.

Cécilia promène parfois Gabrielle, afin de lui changer les idées, marchant à petit pas. Mais en ce mois de juillet, le soleil darde abondamment ses rayons sur la cité balnéaire des Sables-d'Olonne, et les sorties sont écourtées.

De petits faits insignifiants pourtant s'instaurent dans cette vie quiète. Cécilia se rend compte que la vieille dame, qui n'est pas indigne, perdu un peu la tête. Oh, pas grand chose, mais elle a des oublis. Et puis Gabrielle à une tendance de plus en plus manifeste à ingurgiter de petits verres de Porto. Normal quand on a une "bonne" native de ce pays fournisseur de cette boisson légèrement alcoolisée. Mais n'y voyez aucune relation de cause à effets.

Candida est très maniaque, et elle traque les grains de poussière jusque sous les tapis. C'est ainsi qu'elle s'aperçoit que des objets supposés posséder de la valeur ont disparu. Notamment un tableau représentant un visage de face et profil. Un tableau qu'elle n'apprécie guère, mais les goûts et les couleurs, n'est-ce pas...

Mais toutes ces personnes, récapitulons, Cécilia, Rodolphe, Candida et Luis son mari, possèdent un point commun. Des difficultés financières. Surtout Luis, maçon-couvreur, qui vient de perdre son emploi à cause des restrictions de personnel opérées par son entreprise.

 

En ce trois août, Candida découvre sa patronne qui a décédé dans la nuit, et dans son sommeil. A son âge, ce n'est guère étonnant pour la plupart des gens. Seulement, la position inhabituelle de Gabrielle dans son lit lui paraît anormale. Elle n'ose pas dire que la vieille dame, veuve et sans enfants, a été assassinée, mais elle se pose des questions. Et elle cherche une réponse auprès du commissariat des Sables-d'Olonne où officient en renfort le commandant Perrot et son ami le capitaine Lefèvre. Et elle est si convaincante que les deux policiers décident d'ouvrir une enquête. Pourtant le médecin de famille a signé le bon d'inhumation sans barguigner.

Et ce qu'ils récoltent, notamment auprès du médecin légiste, confirme les suppositions de Candida. La vieille dame aurait été étouffée par un oreiller et il est peu probable qu'elle se le soit posé sur le visage, ou alors il s'agirait d'un suicide. La piste n'est pas même évoquée. Des interférences médicamenteuses s'inscrivent dans le processus habituel des enquêtes, et voici nos deux policiers à la recherche d'un criminel. Le nombre des présumés coupables est assez restreint, encore faut-il bien cerner cet entourage. Et des faits cachés se trouvent mis au jour comme s'il s'agissait d'un cadavre dans un placard. Une qui pourrait se mordre les doigts, c'est bien Candida dont le mari est toujours sans emploi et comme ils ne roulent pas sur l'or, il devient le candidat idéal.

 

Après une longue mais intéressante présentation des personnages, le lecteur arrive au point crucial, la page 97, lorsque Candida découvre sa patronne décédée.

Ensuite ce sont les déambulations, les recherches, les supputations, les confrontations, de Perrot et Lefèvre qui alimentent l'intrigue avec posé sur une table de nuit un moustique délateur.

Un roman policier qui oscille sans violence, sans vulgarité, avec une pointe de suspense, et lorgne vers le roman d'énigme à l'anglaise. Parfois cela m'a fait penser à Ruth Rendell avec ces digressions qui ramènent peu à peu le lecteur dans l'intrigue.

Si le passé des principaux intervenants est disséqué, quelquefois après leur mort comme pour Gabrielle, la vie quotidienne des policiers est également évoquée. Perrot soigne sa ligne tandis que Lefèvre est un éternel affamé, ce qui d'ailleurs n'influe pas sur sa surcharge pondérale. Perrot possède sa fracture sentimentale et familiale qui le travaille de temps à autre et il rumine, sa femme et ses enfants lui manquant.

Un roman policier simple et pourtant complexe, dans lequel les chausse-trappes sont placées à dessein afin de happer le lecteur friand d'intrigues bien construites, même si le personnage de Cécilia, quinquagénaire rappelé-je, se conduit parfois un peu comme une midinette adolescente.

 

Anne-Solen KERBRAT : Un simple grain de sable. Série Perrot et Lefèvre N°10. Editions du Palémon. Parution le 8 avril 2017. 368 pages. 10,00€.

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 07:24

Hommage à Frédéric Dard, né le 29 juin 1921.

Frédéric DARD : Les confessions de l'Ange Noir.

Si le personnage de San Antonio apparait pour la première fois dans Réglez-lui son compte ! en 1949 aux éditions Jacquier, c'est bien dans la collection Spécial Police qu'il prendra véritablement son envol en 1950 avec Laissez tomber la fille en décembre (Spécial Police N°11). Mais en 1952, Frédéric Dard invente un nouveau personnage qui devient le double maléfique du célèbre commissaire, L'Ange Noir, dont les quatre aventures seront publiées aux éditions de La Pensée Moderne créées par Jacques Grancher, avec des couvertures signées Jeff de Wulf.

A noter que Jacques Grancher était le fils de l'écrivain et journaliste Marcel E. Grancher qui édita le premier roman de Frédéric Dard. Aussi on peut supposer que Frédéric Dard proposa ces quatre titres afin d'aider la jeune maison d'édition qui avait débuté sous le nom de La Pensée Nouvelle, et en remerciement au père de l'éditeur.

En 1978, les éditions Fleuve Noir rééditent ces quatre romans en un seul volume sans que soient référencées les précédentes publications. Pas d'appareil critique, juste en quatrième de couverture une présentation par San-Antonio.

 

C'est marrant comme ils sont écumeurs, les Editeurs. Cette manie qu'ils ont, une chose qui marche, de lui racler les os, d'en sucer la moelle et de mettre à bouillir ce qui reste pour en faire du consommé.
Note qu'ils bâtissent notre fortune en agissant ainsi, les chéris. Ils tiennent à ce qu'on ne manque de rien, nous autres z'auteurs; à ce qu'on travaille bien à l'aise dans les conforts productifs. Et ils ont raison : ça incite.
Pour t'en venir leur nécrophagie, je vois, moi, la manière exquise dont ils déterrent de la fosse commune les cadavres de mon époque dents-longues-haleine-fraîche ! La dextérité qu'ils mettent à les ressusciter, à les toiletter, à les farder et à les lancer sur le marché.
Va gagner ta vie, somnambule !
Ainsi de L'Ange Noir.
Du temps que je la pilais, histoire de me dépanner l'estom', j'avais pondu cette prose surchoix.
Un vrai nectar !
Du San-Antonio d'avant San-Antonio en somme.
Tu vas voir, tout y était déjà : la trouduculence, la connerie, le m'enfoutisme, et même le reste.
Surtout le reste!
Sauf que l'Ange Noir n'est pas un policier héroïque mais un vilain massacreur.
Et voilà qu'il a obtenu une remise de peine.
Je le croyais condamné à perpète : mon œil !
Il retourne au charbon, le doigt sua la gâchette.
Fringué à neuf, mon tueur de charme part conquérir un public.
Un conseil, jolie fillette. Si tu l'aperçois, change de trottoir.
San-Antonio.

Comme on peut le lire, San-Antonio alias Dard avait trouvé son double maléfique que San-Antonio présente lui-même, avec cette dérision et cet humour si caractéristiques. Se moquant gentiment des éditeurs qui ressortent des placards dans lesquels avaient été enterrés des œuvres de jeunesse. Mais au moins Dard possède l'élégance de ne pas cracher dessus, on ne renie pas un bébé, quel qu'il soit, beau ou handicapé.

 

De l'Ange noir, on ne sait pas grand chose, que ce que le narrateur a bien voulu dévoiler de lui-même. Il a atteint la trentaine, ressemble vaguement à Tyrone Power, du moins c'est ce qu'une jeunette lui affirme et il est né à l'arrière d'un camion transportant des vélos. Sa mère n'y a pas résisté et il s'est retrouvé comme Moïse au milieu des porte-bagages. S'il y en avait. Bon, on ne va pas faire dans l'humour noir, mais je me demande s'il y a avait des Rustines. De toute façon le camionneur n'avait rien entendu à cause du boucan que faisait son vieux Mac, et que l'Ange Noir était trop petit pour intervenir en urgence.

Donc on ne sait rien de la jeunesse de l'Ange Noir, ni même de son identité. D'ailleurs même le juge ne le sait pas, pourtant si vous pouviez compulser son casier judiciaire, vous sentirez votre cerveau se ratatiner et devenir à peine plus gros qu'une larme de fourmi; si vous avez encore des tifs sur le dôme - ce que je vous souhaite de tout cœur - ils se lèveront tout droit comme si on leur jouait la Bannière étoilée. Ah oui, j'ai oublié de préciser que l'Ange Noir perpètre ses méfaits et ses meurtres à Chicago et sa région.

 

Au moment où on entame la narration de sa première aventure, l'Ange Noir est en voiture en compagnie de son ami-amante Sissy. Elle demande à ce qu'il s'arrête devant une boutique, devant récupérer un paquet. Et quand elle réintègre le véhicule elle signale à son compagnon qu'ils sont épiés. Effectivement ils sont suivis par un cabriolet et l'Ange (on joue les raccourcis) parvient à museler son suiveur. Comme il est pas loin d'une turne qu'il connait, l'Ange emmène son prisonnier et le fait parler, désireux de savoir le pourquoi du comment de la filature. Et comme il est bon prince, une fois que le mec a tout dégoisé, il lui offre des pruneaux dans l'estomac, se moquant comme de ses première couches de savoir si c'est la saison ou pas.

Brèfle, le gars au ventre en passoire lui a dit, avant de clamser, qu'il travaillait pour un dénommé Little Joly. Or quand l'Ange arrive chez Joly, c'est pour se rendre compte que ce n'est pas joli-joli. Il est face à un cadavre et la Maison Poulaga est déjà sur place. Arraisonné, il est placé en prison. Mais c'est sans compter sur son esprit d'initiative, sur celui de son avocat et surtout celui de Sissy la débrouillarde. Et lors de la reconstitution du prétendu meurtre de Little Joly, il parvient à s'évader avec la complicité de Sissy. Tous deux forment un couple à la Bonny and Clyde, sauf que les poulets les poursuivent et que Sissy reçoit une Valda dans la tronche, tout en conduisant, ce qui est fortiche de sa part. L'Ange se retrouve dans la nature, quelques poulets au fesses et il se réfugie dans une bicoque qui transpire le pognon comme un glaçon sous la canicule. Heureusement il est sauvé par la jeune fille de la maison qui lui démontre immédiatement qu'il ne lui est pas indifférent et pour cela elle n'hésite pas à lui faire partager sa douche et sa couche. Suite dans le bouquin qui relate d'autres avatars tout aussi mouvementés.

 

L'écriture est nerveuse, métaphorique et se révèle un antidote à la morosité. Et le mieux est de placer ici un exemple concret au lieu de s'épandre en long, en large et en travers, sur plusieurs pages, ce qui risquerait de provoquer un certain assoupissement du lecteur.

Le contexte : L'Ange Noir et Sissy sont dans une voiture, Sissy tenant allègrement le volant :

L'aiguille du compteur se déplace aussi vite que celle d'un pèse-bébé sur lequel vient de grimper un éléphant. En moins de temps qu'il n'en faut pour éplucher un œuf dur, nous sommes à cent-dix.

Bon, je ne vais pas vous importuner plus longtemps, et si vous appréciez San-Antonio dans ses œuvres et ses écrits, n'hésitez pas à vous plonger dans les Confessions de l'Ange Noir, elle ne manquent ni de sel, ni de piquants, ni de justesse dans certains propos. Une récréation à ne pas dédaigner.

 

Réédition Collection Grands Succès. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1978. 384 pages.

Réédition Collection Grands Succès. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1978. 384 pages.

Première édition : La Pensée Moderne.

Première édition : La Pensée Moderne.

Sommaire :

Le boulevard des allongés (1952)

Le ventre en l'air (1953)

Le bouillon d'onze heures (1953)

Un Cinzano pour l'Ange Noir (1953)

Frédéric DARD : Les confessions de l'Ange Noir. Editions Fleuve Noir. Parution 8 juin 2017. 560 pages. 20,90€. Version numérique : 15,99€.

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 07:29

Objection votre Honneur !

Erle Stanley GARDNER : Perry Mason, l'avocat justicier.

Avec 82 aventures papier mettant en scène le célèbre avocat de Los Angeles Perry Mason, de 1933 1970, année du décès d'Erle Stanley Gardner, les six films et les 316 épisodes télévisés, comportant trois séries distinctes, dont seulement la dernière, tournée de 1985 à 1995, fut diffusée en France, la littérature policière d'énigme et de suspense alliée à ce qui fut appelé roman de prétoire, connut un engouement sans précédent.

La prestation de Raymond Burr dans la quasi totalité des épisodes télévisés en est pour une grande partie déterminante dans ce succès, mais pas que. Les intrigues d'Erle Stanley Gardner étaient parfaitement huilées, même si le ressort en pratiquement toujours le même.

Une jeune femme, souvent une starlette en puissance, ou son représentant, se présente dans le cabinet de l'avocat et demande à ce que celui-ci la sorte des ennuis dans laquelle elle s'est fourré, consciemment ou non. Perry Mason va donc enquêter, parfois en marge de la légalité, assisté efficacement de Della Street, sa secrétaire, et du détective Paul Drake dont les bureaux sont dans le même immeuble.

 

Perry Mason se montre retors, prêchant le faux pour connaître le vrai, employant des moyens que les policiers ne possèdent pas ou que la déontologie professionnelle leur interdit de se servir. Et s'il bafoue le code déontologique, c'est toujours dans l'intérêt de sa cliente. Il sort sans barguigner et sans vergogne, lors du procès devant le juge et à la grande stupéfaction du procureur, des preuves ou des arguments qui jusqu'alors étaient tenus secrets, recueillis par des procédés pas toujours honnêtes, comme un prestidigitateur sort un lapin ou plutôt une colombe de sa manche. Et surtout c'est un comédien né qui sait jouer de tous les sentiments.

De plus il connait le code et la loi, il sait s'en jouer, et il ne faut pas oublier que son créateur, Erle Stanley Gardner était lui-même avocat et donc qu'il connaissait toutes les ficelles du métier et la rhétorique face à des témoins, des jurés et les représentants de la justice et de la police en général pour parvenir à ses fins. Mais Perry Mason n'est pas seul et il est secondé efficacement par sa fidèle secrétaire, Della Street, qui n'hésite pas pour plaire et servir les intérêts de son patron au mieux à se lancer elle-même dans les enquêtes lorsque ceci s'avère nécessaire. Et puis il emploie les services de Paul Drake, un détective privé, et son agence pour dénicher les éléments qui lui manquent, pour exercer une filature ou s'introduire dans des lieux car il ne possède pas le don d'ubiquité. Il a parfois recours également à un Bureau d'Enquêtes Coopératif, pour suppléer Paul Drake.

Il ne compte pas ses heures, travaillant, enquêtant, se déplaçant, rencontrant des témoins ou des personnes susceptibles de lui apporter des éléments nécessaires à la résolution de l'affaire, à toute heure du jour et de la nuit. Et cela se termine en général dans l'enceinte du tribunal, alternant les atermoiements, les grandes envolées, les effets de manche, la présentation inopinée de témoins en faveur de son client ou cliente, sachant déceler et contrer les mensonges et hésitations de ceux que présente le procureur.

 

Perry Mason n'est pas misogyne, même si on ne lui connait aucune relation sentimentale, pas même avec sa secrétaire, toutefois la plupart du temps il se décarcasse pour innocenter une jeune femme, celle-ci étant naïve ou retorse. En témoignant les titres de certains ouvrages : La Blonde boudeuse; La Veuve vigilante, La Brunette bouclée; La Nymphe négligente; L'Hôtesse hésitante; La Séduisante spéculative...

Si en général tout se résout dans prétoire, dans certains romans, au début de sa saga, les scènes de tribunal sont inexistantes.

 

Ainsi dans Jeu de jambes, Bradbury, un des principaux actionnaires d'une banque de Cloverdale, en Californie, requiert l'assistance de Mason pour aider une jeune fille, Marjorie Clune, qui a été bernée par un certain Frank Patton, lequel se présentait comme organisateur et représentant une société productrice de films. Marjoris Clune, que le client de Mason pensait épouser, est venue à Los Angeles mais il a perdu sa trace. Quant à Frank Patton, il recherchait soi-disant des jeunes filles pour leur faire signer des contrats de films dans lesquels elles devaient jouer un rôle. Elles étaient susceptibles de devenir de futures grandes vedettes de cinéma. Il prenait en photo les jambes et celle qui était retenue devenant Les plus belles jambes du monde. Il ramassait de l'argent auprès de commerçants locaux et de la Chambre de Commerce. Une mystification rentable et juteuse. Mason accepte l'affaire, et se rend auprès du District Attorney de Los Angeles qui refuse de s'occuper de cette affaire arguant du fait que Cloverdale n'est pas dans sa juridiction. C'est le seul moment où Mason a une entrevue avec un représentant de la justice. Mason va se démener pour retrouver Marjorie Clune et dénouer le meurtre perpétré sur la personne de Patton.

 

En France, un émule d'Erle Staley Gardner se fit un nom dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir sous l'alias de Jean-Pierre Garen, qui à une lettre près était l'anagramme du célèbre romancier américain.

 

Curiosité : Il est regrettable, alors que tant de romans ont été traduits en France et plus particulièrement dans la collection Un Mystère des Presses de la Cité, que la couverture de cet Omnibus soit la reprise d'un fascicule des éditions Rex consacré aux rééditions des aventures de Fantômas, Le mort qui tue, dans les années 1950, et que l'illustrateur, Michel Gourdon ne soit pas crédité.

Erle Stanley GARDNER : Perry Mason, l'avocat justicier.

Sommaire :

Cœurs à vendre (The Case of the Lonely Heiress - 1948) Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no67, Presses de la Cité, 1951. 

 

La prudente pin-up (The Case of the Cautious Coquette - 1949). Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no53; Presses de la Cité, 1951.

 

Jeu de jambes (The case of the Lucky Legs - 1934). Première édition sous le titre Jambes d'or, Paris, Arthaud, coll. L'Aigle noir no 6, 1949, traduction de P. Ferrieu. Réédité dans une nouvelle traduction d'Igor Maslowski sous le titre Jeu de jambes, Un mystère no 260, 1956 .  

 

L'hôtesse hésitante (The Case of the Hesitant Hostess - 1953). Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no 148, 1953.

 

Gare au gorille (The Case of the Grinning Gorilla - 1952). Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no 140, 1953 ;

 

La nymphe négligente (The Case of the Negligent Nymph - 1950). Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no 206, 1955. 

 

La vamp aux yeux verts (The Case of the Green-Eyed Sister - 1953) D'après la traduction de M. Michel-Tyl. Collection Un mystère no 257, 1956 ;

 

Postface de Jacques Baudou.

Erle Stanley GARDNER : Perry Mason, l'avocat justicier.

En complément de mon article, vous pouvez lire également sur Action Suspense celui complémentaire de l'ami Claude Le Nocher :

Erle Stanley GARDNER : Perry Mason, l'avocat justicier. Postface de Jacques Baudou. Editions Omnibus. Parution le 15 juin 2017. 958 pages. 29,00€.

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 07:02

Malgré quelques flétrissures, la Grosse Pomme est toujours goûteuse !

Dimension New-York 2. Cyberbabel.

L'avantage de ce genre de recueil réside dans le plaisir de retrouver des auteurs dont on apprécie les écrits mais également de découvrir de nouvelles plumes prometteuses.

Chacun traite son sujet selon sa sensibilité, ses connaissances, ses envies, son imaginaire, ses réminiscences, son approche par l'anticipation, la science-fiction, le roman noir ou autre. En deux pages ou en un peu moins de soixante dix, chaque auteur insère une part de lui-même, avec passion, avec fougue, avec talent.

 

Ce qui suit ne va peut-être pas vous intéresser, alors passez allègrement ce passage et rendez-vous à la présentation de certains textes, pas tous, car cela deviendrait fastidieux.

Certains ouvrages m'attirent plus que d'autres pour des raisons personnelles, et lire une nouvelle, un roman dont New-York est le décor, le théâtre, possède un attrait particulier et me ramène à ma tendre enfance. Je ne vais pas tout dire, je ne suis pas à confesse, mais mes parents ayant travaillé sur des paquebots de la Compagnie Générale Transatlantique, une ligne Le Havre-Southampton-New-York, et pour mon père des escales dans les Antilles, New-York a toujours représenté une destination de rêve et en même temps une forme de danger latent et insidieux. Les noms de Harlem, Manhattan, Brooklyn, le World Trade Center, résonnaient à la maison, la statue de la Liberté était érigée dans mon esprit, des chanteurs comme Bing Crosby étaient souvent évoqués, et en voyant les scènes de rues du film West Side Story et les affrontements entre bandes de jeunes, c'était comme si je les avais déjà vécues par procuration. Bien sûr, par la suite, d'autres d'images se sont infiltrées dans mon esprit, mais celles de la jeunesse demeurent indélébiles. Stop, fin des confidences, passons au sujet de cette chronique.

 

Parmi toutes les nouvelles répertoriées dans ce fort volume, j'en ai choisi quelques-unes qui pour moi sont représentatives de l'esprit qui anime Philippe Ward, l'initiateur et concepteur de cette anthologie sur la Grosse Pomme que vous dévorerez jusqu'au trognon. Eclectisme dans la manière d'aborder le thème central, et opportunité de confronter de vieilles plumes à de nouveaux auteurs.

 

Avec Bunny, Serguei Dounovetz ne met pas en scène le lapin facétieux créé par Tex Avery puis Bob Clampett, mais un Français, le narrateur, qui débarque à New-York, avec l'adresse d'un hôtel, adresse fournie par Monsieur Cuong. Bientôt Noël, et la ville est sous la neige. Son taxi l'emmène à Spanish Harlem, puis il se rend à Chinatown, dans une échoppe de barbier, pour découvrir Koliane, la nièce de Monsieur Cuong, assassinée. Dans la pure lignée des nouvelles noires, Bunny entame ce recueil de bien belle manière.

Alors, forcément, Meurtre au Weaden Palace de Manon Jean, semble un peu fade à côté. Le corps d'Alexandra Reilly, la secrétaire personnelle d'un célèbre homme d'affaires, est découvert dans une décharge. Il n'a rien à y faire, même si en affaires les moyens pour arriver ne sont pas toujours honnêtes. Aussi un binôme, féminin-masculin, de policiers nouvellement créé est chargé de l'enquête, qui sera résolue par Emilia. Ambiance classique dans une enquête classique mais une plume prometteuse qui a été découverte lors d'un concours Plumes Noires au Salon Polar et BD de Bon-Encontre, concours organisé pour de jeunes talents lycéens.

Avec Paul Art, qui ne se nomme pas ainsi mais ce n'est pas le sujet de cette chronique, nous découvrons New-York sous un aspect inhabituel. Celui d'une femme ainsi surnommée à cause de ses jambes immenses comme des gratte-ciels. Elle aurait pu se nommer également Tour Eiffel, mais c'est New-York qui est venu spontanément à l'esprit de ses interlocuteurs. Michel et le narrateur reçoivent la visite de New-York, qui veut leur proposer un petit travail. Ils ont raccroché les gants, officiellement, même si de temps à autre ils visitent des maisons dans la campagne où ils se sont retirés. Ils ont beau protester, rien n'y fait, on ne résiste pas à New-York. Le titre de la nouvelle Le nègre de New-York.

 

Avec Piet Legay, on lit du lourd. D'abord parce que sa nouvelle Réplique Mortelle est la plus longue du recueil, 67 pages, et qu'il s'érige en vieux briscard de l'écriture, ayant tâté de tous les domaines. Cela débute comme une scène de gentil batifolage, scène perturbée par un homme qui se plaint de sa tête, laquelle vient de s'ouvrir comme une noix de coco. Puis Vlad Slavek qui gémit parce qu'il a soif. Pas sûr que le traitement que lui réservent des inconnus va lui étancher sa déshydratation, avec un bloc de ciment aux pieds. L'agent spécial Muldoon et sa coéquipière l'agent Hoang sont chargés d'enquêter pour un couple qui a cru apercevoir dans la foule leur fils disparu depuis des années, tandis que des promeneurs sont les témoins d'événements étranges. Un éclair se produit et d'un seul coup apparaissent des personnes, trois environ, qui se dispersent rapidement. De petits faits qui bientôt vont trouver leur explication mais n'en disons pas trop.

 

Mille Milliards de New-Yorks, de Boris Darnaudet, est à la nouvelle fantaisiste ce que la chanson à texte est à la chanson de variété. Un peu comme La mémoire et la mer de Léo Ferré par rapport à La danse des canards. C'est beau, de la prose poétique qui se veut joyeuse mais m'a semblé légèrement opaque.

Tout aussi opaque, mais c'est normal, car je suis plus roman noir, policier, historique que science-fiction, chacun ses thèmes de prédilection, Le jardinier de Central Park de Jean-Pierre Laigle. Dans quelques centaines d'années, voire de milliers, la Terre ne sera plus ce qu'elle est. Une lapalissade peut-être, mais qu'il est bon de prendre en compte. New-York par exemple n'est plus qu'un champ de ruines, les gratte-ciels ressemblent à des chicots, et dans Central Park, le poumon de New-York qui s'est recroquevillé sur lui-même, officie Petr Equart, l'expert agricole en chef de la base. Les survivants vivent dans les sous-sols, et ne peuvent se déplacer que dans des scaphandres, l'air étant raréfié, pollué. Une mission archéologique martienne, dirigée par Jana Klen, arrive à bord d'une navette. Petr Equart montre son domaine à la visiteuse et celle-ci précise sa mission, ou du moins ce qui est supposé être sa mission.

 

Pour Jean-Pierre Favard, New-York New-York, c'est un rengaine qu'écoute en boucle Fanny, sa copine de lit. D'ailleurs New-York est le centre du monde pour la jeune femme qui n'a que ce mot dans la bouche, la chanson, les livres, l'histoire, les musées, l'origine concernant l'appellation de la Grosse Pomme. Cela a le don d'énerver le narrateur, mais après tout Fanny a le droit de posséder ses centres d'intérêt. Et peu à peu le narrateur est imprégné de New-York comme un drap de plage peut l'être de sable quand il a bien été piétiné.

 

J'aurai pu vous entretenir de Micky Papoz, de Eris et Sandman, de Laurent Whale, de Barbara Sadoul, de Bruno Poschesi, et de tant d'autres, mais ma chronique aurait été trop longue et puis le plaisir de la découverte aurait été éventé.

Ce recueil vous incite à découvrir les faces cachées d'un New-York tentaculaire, une ville qui ne dort jamais, et un troisième volume est en route car il y a tant à écrire sur cette mégapole. Alors dégustez, dévorez jusqu'au trognon cette Grosse Pomme, mais attention, pas comme des goinfres. Non, en prenant de petites bouchées, en mastiquant bien, en reprenant sa respiration, en laissant le suc s'écouler sur votre langue, en savourant, gardant en bouche parfois quelques morceaux, un petit verre de cidre pour digérer et hop, on reprend un fragment, tout en sachant qu'à chaque fois la saveur est différente.

 

SOMMAIRE :

DOUNOVETZ Serguei : Bunny

MANON Jean : Meurtre au Weaden Palace

LAIGLE Jean-Pierre : Le jardinier de Central Park

ART Paul : Le Nègre de New-York

WHALE Laurent : 5430 mètres et quelques

SADOUL Barbara : Une bonne fille

LEGAY Piet : Réplique mortelle

BERTIN Jérôme : 343

DARNAUDET Boris : Mille milliards de New-York

ISS Raymond : La poésie des ruines

DESCAMPS Mathis : J'aurai pu

ERIS & SANDMAN : Manhattan Project

FERNANDEZ Fabien : Disparition

LUNE AF : Sidney un soir d'octobre

GUITTARD Arnaud : Las Cloacas de Nueva York

POCHESCI Bruno : Le grand trognon

LORIN Patrick : L'incident Wulf

JOBT Gulzar : La réussite de Kelly Dow

JESSALYN : Elle ne dort jamais

BOULANGER & SCARDIGLI : Zone de turbulences spectrales

LEOURIER Christian : Tr. 225/1 NY

PAPOZ Micky : Besoin d'ailleurs ?

HENRY Leo : Les Femmes-Limites de Terra Prima

FAVARD Jean-Pierre : New-York, New-York

MORIN Philippe : Grand Central Station : Terminus

 

Dimension New-York 2. Cyberbabel. Recueil collectif concocté par Philippe Ward. Préface de Didier Forray. Collection Fusée N°58. Editions Rivière Blanche. Parution mai 2017. 514 pages. 35,00€.

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 08:18

Le roman comme au cinéma...

Ecriture des Cinéromans. Revue Le Rocambole N°78/79.

Ce que les éditeurs, critiques et chroniqueurs appellent de nos jours novélisations ne sont que l'appellation américanisée des cinéromans de notre enfance et encore plus loin dans le temps. Quasiment depuis les débuts du cinéma.

Des romans qui sont adaptés de films qui eux-mêmes parfois sont l'adaptation de romans. Daniel Compère, dans un riche article intitulé Naissance des cinéromans démontre avec moult exemples que la création du cinéma à épisodes a favorisé la parution de ces fascicules écrits par des romanciers populaires qui œuvraient déjà comme scénaristes ou librettistes ainsi que les appelait Marc Mario. Ces fascicules furent remplacés par les romans-photos dans le milieu des années 1950 et tous ceux de ma génération se souviennent peut-être de certains de ces titres, dont particulièrement Star Ciné Aventures. Star-ciné Aventures diffusait chaque mois un ciné-roman complet de 50 pages (de 4 à 6 vignettes-photos), qui racontait l'histoire d'un western, généralement américain, et c'est ainsi que tout jeune j'ai pu découvrir les films suivants : Vera Cruz; Guet-apens chez les sioux; Le passage de Santa-Fe, Un homme traqué, Daniel Boone, Bagarre à Apaches-Well, Le trésor de la montagne rouge, Fort Détroit, Panthères rouges, Règlement de compte à OK Corral, La Horde sauvage, livrets que j'empruntais à mon frère plus âgé.

 

Un dossier copieux dont les articles sont trop nombreux pour tous les recenser mais qui offre une palette réjouissante pour qui aime la lecture et le cinéma populaires, ces deux arts se complétant. Ces textes, sont écrits par des universitaires ou des amateurs éclairés, mais aussi par ceux qui ont participé dès le début à cette aventure. Ainsi Pierre Decourcelle, qui fut le premier romancier français à se livrer à l'écriture d'un cinéroman, rédigea un article intitulé : Le roman-cinéma : Les Mystères de New-York, une idée neuve, publié par le journal Le Matin du 25 novembre 1915.

Juste pour se faire une petite idée :

Collections et publications de cinéroman 1916-1933; Guy de Téramond et les cinéromans; Ecriture et réécriture dans la collection Cinéma-Bibliothèque; Du film au roman, du roman au film...

Ecriture des Cinéromans. Revue Le Rocambole N°78/79.

Ce numéro double, dont le dossier à lui seul comporte deux cent cinquante pages, avec de nombreuses illustrations, est suivi de l'indispensable partie Varia qui nous dévoile certains aspects de la littérature dite de genre, aspects inattendus parfois.

Si Daniel Compère aborde Les énigmes de Magog, ce n'est qu'une mise en bouche concernant cet auteur qui signait généralement H.J. Magog, son véritable patronyme étant Henri-George Jeanne. Voir à ce propos mon article sur l'un de ses romans cosigné avec Alain Jeff : L'étreinte de la pieuvre, daté de 1942, et dans lequel il se met ostensiblement du côté des Allemands.

 

Toujours dans la partie Varia, la présentation par Jérôme Serme de l'unique roman de Jean-Léon Gadagne, L'énigme de la clé d'argent, publié en 1920 et qui offre un mystère en chambre close, avec toutefois une particularité que je préfère ne pas dévoiler.

Ensuite, un article nous renvoyant aux surréalistes signé Paul Aron, Magritte et les détectives, qui nous présente Rex Stout, et son personnage de Nero Wolfe, surnommé l'homme aux orchidées. Mais quel rapport entre Magritte et Rex Stout ? La réponse est dans l'article.

Quant à Bertrand Lefrère, il établit une corrélation entre Leblanc et son personnage d'Arsène Lupin, et Edgar P. Jacobs, et plus particulièrement dans l'album L'Affaire du collier.

Mais ce n'est pas tout, d'autres articles figurent dans cette revue, dont la Revue des autographes par Jean-Pierre Galvan, recensement qui est consacré à Jules Verne.

Quatre nouvelles, dont trois signée H.J. Magog et une par Wilkie Collins, closent la revue, une revue animée par des professionnels pour des amateurs de littérature populaire.

 

Pour commander la revue, ou mieux s'abonner :

 

Ecriture des Cinéromans. Revue Le Rocambole N°78/79. Editions AARP. Parution juin 2017. 352 pages. 29,00€.

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 08:55

Le GAL, l'égout...

Bruno JACQUIN : Galeux.

Mais c'est quoi ça, le GAL, demande Inès, âgée de vingt-deux ans. Elle n'a pas connu cette organisation qui pour combattre l'ETA, s'est comportée comme une faction mafieuse.

L'ETA, Euskadi Ta Askatasuna qui signifie Pays basque et liberté, elle connaît. Trop bien même, car son père fut la victime d'un règlement de compte entre ettaras, entre membres de l'ETA. Elle n'avait que deux ans. C'était en 1985. Sa mère étant morte à la naissance, ce sont ses grands-parents maternels qui l'ont élevée. Surtout son grand-père, Papou, car Nanou, sa grand-mère victime d'un AVC, dommage collatéral de la mort de son fils, est aphasique depuis cette époque. Elle s'est réfugiée dans la peinture.

Vingt ans plus tard, Mai 2005.

Casimiro Pozuelo et sa femme habitent Cergy-Pontoise, Inès fréquentant l'université préparant une licence d'histoire, mais ils retournent souvent lors des vacances à Bassussary, leur maison du Pays Basque. Et alors qu'en cette fin d'année scolaire elle s'amuse dans un club de Cergy en compagnie de son amie Amaia, elle reçoit un message de sa grand-mère indiquant qu'il est arrivé quelque chose à Papou. Si elle parle avec difficulté, Nanou peut au moins tapoter sur son téléphone.

Le grand-père est à l'hôpital de Bordeaux, victime d'un attentat, et son pronostic vital est engagé. Mais ce qui inquiète le plus Inès, ce sont les renseignements qui lui sont fournis notamment par les policiers. Papou a reçu deux balles dont une dans la mâchoire, et s'il vit c'est par miracle. Sur sa voiture un message sibyllin a été tagué : Galeux.

D'où la question qu'Inès se pose et dont elle aura des éléments de réponse par un jeune lieutenant de Bayonne, et quelques autres personnes de son entourage, dont la voisine de ses grands-parents et mère d'Amaia. L'affaire est couverte par un policier de l'Antiterrorisme, un nommé Chaloyard qu'elle rencontre un peu trop souvent sur sa route.

Elle a connu lors d'une soirée en compagnie d'Amaia, à Bordeaux, un jeune Basque du nom de Mikel. Ils se retrouvent de temps à autre, surtout lorsqu'elle est à Bassussary. Mais lui aussi a connu une enfance difficile, mouvementée, par la mort de son père. Mikel doit s'envoler pour l'Argentine et elle tente de le joindre, sans résultat. Il ne répond pas à ses messages et lors de ses connexions sur Skype. Elle va apprendre incidemment qu'il est au Venezuela, et comme ce sont les vacances, elle se rend directement sur place où elle sait qu'elle pourra obtenir des renseignements sur son passé, et celui de son grand-père, par un ancien activiste basque qui s'est réfugié et construit une nouvelle vie près de Caracas.

 

Si l'intrigue repose essentiellement sur les recherches d'Inès, concernant son grand-père et le rôle que celui-ci aurait pu être amené dans l'attentat contre son père vingt ans auparavant, sur ses désillusions, ses appréhensions, ses doutes, ses suspicions, sa colère, sa rancœur, l'auteur se penche sur les exactions et agissements malsains, délétères, voire inhumains de la part du GAL.

Il ne prend pas partie sur les revendications d'Ettarra, sur les attentats provoqués par les indépendantistes basques, surtout espagnols, mais met en exergue les violences perpétrées par les Galeux. Des membres d'une organisation officiellement officieuse espagnole, composée de membres des services spéciaux espagnols, de la Guardia Civil et de la Police nationale. Ceux-ci recourraient eux-mêmes aux services de criminels de droit commun pour leurs opérations, des mercenaires, des fascistes, de franquistes, à laquelle se sont joints d'anciens membres de l'OAS, et des policiers français qui agissaient en toute impunité.

Si le gouvernement français de l'époque avait officiellement dénoncé et condamné les incursions des policiers espagnols sur le territoire français, il ne faut pas oublier que Felipe Gonzáles était socialiste, tout comme le président de la République Française, et qu'ils étaient amis. Et que le rôle de Mitterrand dans cette affaire n'est pas clairement défini. Il existe les versions officielles et celles qui prêtent à interprétations soulevant de nombreuses questions sur son hypocrisie qui s'était manifestée à maintes reprises, durant le conflit de la Seconde Guerre Mondiale par exemple, et bien après. Possédant une formation d'avocat et fin diseur il savait se dépêtrer des situations ambigües. On ne va pas refaire l'histoire même si certains peuvent être choqués par ces propos. Or on connait le comportement de certains hommes politiques qui se revendiquent toujours du mitterrandisme, ou pas.

Les bavures existent, elles ont été prouvées, et si l'auteur les met en exergue, il ne porte pas de jugement tranché, surtout sur les ettarra.

Il faut savoir faire la différence entre terroristes, ceux qui entretiennent la terreur par leurs actions illégales dans un pays qui n'est pas le leur, et les indépendantistes qui revendiquent leur liberté. Ainsi peut-on, selon le parti dans lequel on se place, affirmer que les Résistants étaient des terroristes, cela dépend du point de vue de tout un chacun. Mais les frontières déplacées au gré des guerres, les compromis scindant un pays en deux, rejetant de part et d'autre la population, n'ont jamais amené à un régime de paix. Il n'est pas besoin d'aller en Afrique, avec les rivalités ethniques dues à de petits arrangements coloniaux, pour en fournir des exemples concrets. Et tout dernièrement les soulèvements, les guerres fratricides en Europe Centrale montrent l'évidence de ces propos qui dépassent largement le thème de ce roman. Quoi que...

Et ceux qui sont considérés comme des séparatistes sont en réalité des ré-unionistes, désirant reforger leur pays scindé en deux par des frontières non naturelles.

Au delà de l'histoire, c'est l'Histoire que Bruno Jacquin nous propose de visiter ou revisiter.

Bruno JACQUIN : Galeux. Collection du Noir au Sud. Editions Cairn. Parution le 11 mai 2017. 272 pages. 11,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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