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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 10:42

Bon anniversaire à Brigitte Aubert, née le 17 mars 1956.

Brigitte AUBERT : La Rose de fer.

Les apparences sont trompeuses : Georges Lyons n’est pas économiste et ne pointe pas dans une entreprise comme il l’affirme.

En réalité, lorsqu’il quitte son domicile de Genève le matin, c’est pour se rendre dans un petit bureau où il se livre à des exercices physiques pour entretenir sa forme, ou alors il participe à un hold-up en compagnie de Benny, Phil et Max, la dernière recrue.

Le braquage, ce jeudi 8 mars à Bruxelles, s’effectue sans trop de problèmes. Seul grain de sable dans une machine bien huilée, Lyons croit reconnaître Martha, sa femme, au bras d’un inconnu. Il pense se trouver devant un sosie et téléphone à Martha, sensée se trouver chez sa mère.

La jeune femme décroche et Lyons est rassuré. Arrivé chez lui, il se rend compte que quel que soit le numéro de téléphone qu’il compose, il obtient Martha au bout du fil. Il se confie à Lanzman, un psychiatre qu’il voit régulièrement depuis un accident de voiture dont il est sorti indemne, légèrement amnésique, mais qui a fait une victime, un auto-stoppeur. Les souvenirs affluent parfois, surtout le visage de Grégory, son frère battu et abandonné par leur mère alcoolique à l’âge de quatre ans.

Tout se dérègle lorsque Max lui apprend que Phil a été détroussé et l’accuse d’avoir facilité cette spoliation. Dans le même temps, des tueurs tentent de l’abattre. A nouveau, il aperçoit celle qui ressemble tant à sa femme, couleur de cheveux exceptée, et la suit jusqu’à une réunion chez un avocat du nom de Silberman, dirigeant d’un parti néo-fasciste. La femme dit s’appeler Magdalena et être mariée avec l’un des invités. Il est poursuivi à la fois par des tueurs et par ses anciens acolytes.

Max, le premier, le convoque, mais Georges évite le piège tendu et tue son complice, s’apercevant que celui-ci travaillait en réalité pour les Palestiniens. C’est Phil ensuite qui se présente chez lui, et Georges doit la vie sauve à Martha qui abat sans complexe l’intrus. Une facette de la personnalité de Martha que découvre Georges, le confortant dans sa suspicion envers cette femme devenue énigmatique.

Un ami chinois vivant en fraude à Genève lui donne l’explication des mystères téléphoniques : les numéros qu’il compose sont reliés à un téléphone sans fil détenu par Martha. Le souvenir de Grégory, le frère mythique, le taraude de plus en plus. Une réminiscence obsessionnelle. Benny lui tend également un piège, mais il est abattu par un tueur auquel Georges échappe. Martha confirme à Georges qu’elle est effectivement Magdalena, ce sosie qui se trouve souvent sur son chemin et lui avoue qu’elle est à la recherche d’une liste d’anciens nazis réfugiés en Amérique du Sud. Une liste qu’elle n’est pas seule à convoiter d’où les avatars subis par Georges. Il va comprendre peu à peu qu’il a été manipulé, hypnotisé par son psychiatre et qu’en réalité il est peut-être Grégory, Georges étant mort dans l’accident, et qu’il serait le fils d’un nazi.

 

Autant le précédent roman de Brigitte Aubert — Les quatre fils du docteur March (1992) — jouait sur le suspense psychologique et mêlait avec habileté angoisse et noirceur, autant celui-ci s’avère rocambolesque, parfois à la limite de la parodie du roman d’espionnage, d’aventures et du feuilleton fin de siècle dernier.

Le côté humoristique au deuxième degré et l’absence de temps mort allègent une histoire désordonnée, qui fuse en tous sens. Les thèmes de la gémellité, du double, double vie de certains personnages par exemple, et la quête de l’identité sont une fois de plus largement exploités, alliés à des préoccupations plus actuelles : la chasse aux criminels de guerre et la résurgence du fascisme.

Double intrigue dans laquelle patauge le héros, mais parfois aussi le lecteur. Il faut du talent pour se sortir de cet imbroglio et Brigitte Aubert n’en manque pas. Elle ne se cantonne pas dans un seul genre, et l’entreprise est louable en soi.

 

Réédition Collection Points policiers N°104. Parution juin 1995. 296 pages. 6,10€.

Réédition Collection Points policiers N°104. Parution juin 1995. 296 pages. 6,10€.

Une autre couverture de la Collection Points

Une autre couverture de la Collection Points

Réédition : éditions Alliage. Parution septembre 2016. Version numérique. 3,99€.

Réédition : éditions Alliage. Parution septembre 2016. Version numérique. 3,99€.

Brigitte AUBERT : La Rose de fer. Collection Seuil Policiers. Editions du Seuil. Parution 3 juin 1993. 300 pages. 17,30€.

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 11:14

Il peut encore servir...

Frédéric LENORMAND : Ne tirez pas sur le philosophe !

Légèrement imbu de sa personne et de l'aura dont il pourrait jouir grâce à ses écrits philosophiques, Voltaire revient à Paris, après un an d'absence, pensant être accueilli par une foule en délire. Las, personne ne se précipite au devant de son équipage, il peut franchir l'octroi sans même être embêter par les douaniers. Franchement c'est lui faire injure.

Alors il regagne son domicile rue de Longpont, chez les époux Dumoulin, et décide d'arroser Paris de papillons publicitaires (à l'époque il n'était pas encore en usage de parler de flyers !) vantant ses mérites. Naturellement il reçoit chez lui des quémandeurs, mais ce sont des quémandeurs peu intéressants. Si, quand même, les d'Alas, une fratrie de protestants qui se plaignent des agissement d'un ecclésiastique avec lequel ils entretiennent des relations plutôt tendues. Tellement tendues que l'un d'eux a reçu une bastonnade qu'il n'a pas digérée, obligé de garder le lit durant quelques temps. Le curé hargneux est un certain père Elisabeth, et le portefeuille garni que lui offrent les trois frères est convaincant.

L'abbé Linant, dont la principale préoccupation est de nourrir son estomac, et celui de Voltaire par la même occasion, se voit remettre sur le marché, non point une profession électorale, mais un billet de réclame pour un musée de curiosités anatomiques, tenu par maître Hérissant, taxidermiste de profession. L'entrée n'est pas donnée, mais la curiosité poussant le philosophe, une visite s'impose.

L'empailleur vient justement de recevoir une jeune fille qui a été pendue, coupable d'avoir dérobé à son maître des chemises. La foule, toujours avide de sensations fortes, a pu remarquer que le bourreau a laissé le soin à son apprenti de réaliser la pendaison a sa place, un travail saboté aux yeux de tous. Tellement saboté que la jeune fille n'est pas tout à fait morte. C'est ce que peuvent constater Voltaire et son secrétaire, ainsi que Hérissant qui perd une pièce à naturaliser.

Blanche est emmenée chez le philosophe et il est procédé à un bain revigorant et nettoyeur. Et lorsque la belle Emilie, marquise du Châtelet et néanmoins amante de Voltaire, débarque à l'improviste, c'est pour voir une nymphette à moitié nue, ou à moitié vêtue, déambuler dans l'appartement. Bon ami, ainsi est surnommé Voltaire dans les bons jours, narre, pour faire diversion, les problèmes rencontrés par la fratrie d'Alas avec l'abbé commanditaire, le Père Elisabeth. Et pour faire diversion, c'est loupé. Elisabeth Théodose de Breteuil n'est autre que le frère d'Emilie.

Emilie n'aime pas que l'on touche à sa famille, philosophe ou pas. Elle propose une sorte de marché, elle lance un défi à l'écrivain aux écrits pas vains : Le premier qui résoudrait le problème de Melle Blanche alias Cunégonde prouverait sa supériorité en matière de générosité, d'efficacité dans l'établissement des droits humains, dans la protection de la liberté, et règlerait à sa façon l'affaire d'Alas.

Jolie joute en perspective, d'autant que des cuillers disparaissent mystérieusement et réapparaissent tout aussi mystérieusement dans les effets de Blanche, et que des morts vont interférer dans cette enquête qui va mettre aux prises les deux amants, adversaires le temps de prouver à l'autre une supériorité factuelle, et que des personnages font leur apparition au grand dam des deux antagonistes. Ainsi Marguerite, veuve du marquis de Bernières, qui aimerait bien mettre Voltaire dans son lit afin de lui réchauffer les pieds, ou encore Hérault, lieutenant général de police et Tamaillon son adjoint. Sans oublier que le précédent maître de Blanche a disparu dans des conditions inexplicables, jusqu'à ce que son corps soit retrouvé.

 

Joyeusement iconoclaste et sympathiquement irrévérencieux, Ne tirez pas sur le philosophe ! est une récréation pour le lecteur. Selon la quatrième de couverture, En San Antonio du thriller historique, Frédéric Lenormand crée des héros infatigables, hauts en couleurs.

Si je suis entièrement d'accord sur les deux dernières affirmations, la première, elle, me laisse dubitatif, même si l'on peut lire, par exemple :

Je ne la connais ni d'Eve ni d'avant. Alors que San Antonio écrivait : Je ne la connais ni des lèvres ni des dents.

Mes références iraient plutôt vers P. G. Wodehouse ou Jerome K. Jerome, deux auteurs britanniques certes, mais dont le style de l'auteur se rapproche sérieusement, ou pas.

Le mieux est peut-être de vous proposer un florilège de citations :

Tous les coups sont permis quand on est homme de foi, c'est l'Eglise qui définit la morale.

Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. Hélas, souvent, le bibliothécaire était gaga.

Dans la pièce mitoyenne, son frère Elisabeth s'amusait avec les enfants, une occupation bien masculine. Il jouait à l'inquisiteur avec les peluches, Torquemada-tortue s'apprêtait à brûler sur un bûcher M. Lapin-marrane, ses neveux battaient des mains, il n'est jamais trop tôt pour inculquer à la jeunesse la véritable échelle des valeurs chrétiennes.

Frédéric LENORMAND : Ne tirez pas sur le philosophe ! Série Voltaire mène l'enquête. Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 8 mars 2017. 350 pages. 19,00€.

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 06:05

Où Mary Lester démontre qu'elle a du chien...

Jean FAILLER : La cité des dogues.

Cela fait huit mois que Solange Roch a été retrouvée sur une plage malouine, morte, le corps déchiqueté probablement par les rochers affleurant. C'était le 15 mars alors qu'elle était portée disparue depuis une dizaine de jours. L'enquête de police diligentée par le commissaire Rocca a conclu à un accident cardiaque.

Simone Roch, trente quatre ans, était une sportive accomplie, jouant au tennis et battant les meilleur(e)s, pratiquant la planche à voile et la voile, courant ses dix kilomètres quasiment tous les jours sur le Sillon. Et rien ne la prédisposait à décéder d'un arrêt cardiaque. Mais son mari, le notaire Roch, un notable qui est également le suppléant du député, ne croit pas à la version officielle.

Et c'est ainsi que Mary Lester, auréolée par la résolution de quelques affaires, dépendant du commissariat de Quimper, est chargée de reprendre le dossier et d'y apporter son grain de sel. Le député possède des relations qu'il a contactées afin que la lieutenante soit détachée auprès du commissaire Rocca.

Le commissaire Rocca est imbu de sa petite personne, et ses lieutenants filent droit, notamment le lieutenant Maüer qui évite de prendre des initiatives. Elle se rend à Paramé chez le notaire, dans sa malouinière, ou plutôt son vide-bouteilles, une maison ancestrale qui à l'origine servait de garçonnières et de lieu de rendez-vous pour les corsaires en goguette. L'homme est apparemment attristé par la mort de sa femme et il ne croit nullement en les conclusions du médecin légiste.

Mary Lester rencontre d'abord des partenaires de jeux de Simone, au tennis ou à la voile, mais ceux-ci se contentaient de pratiquer leurs sports en sa compagnie. Rien de sexuel là-dedans, rien de compromettant. Alors elle demande à Maüer de vérifier si des disparitions inquiétantes ne se seraient pas produites à la même époque ou plus tard.

Ce n'est pas de bon cœur que le lieutenant se penche sur les dossiers, pourtant il découvre trois affaires qui n'ont pas été traités. Un jeune homme et deux personnes âgées n'ont pas donné signe de vie depuis quelques mois. Comme il faut bien se sustenter, Mary se rend à la pizzeria où travaillait le jeune homme. Les deux patrons du restaurant italien ont reçu une carte postale de leur ancien employé en provenance des Antilles. Ils avaient tout simplement omis de le signaler au commissariat. Un coup d'épée dans l'eau.

Mais pour les deux personnes âgées, c'est plus inquiétant. Un homme qui s'était installé dans une maison de retraite et une femme qui vivait chez elle. Leur point commun, celui d'être des sportifs, comme Simone. Et tous les jours ou presque, ces deux disparus avaient l'habitude de se promener, en marchant d'un bon pas, sur le Sillon, un chemin qui longe la plage.

 

Ne sentant pas à l'aise dans l'hôtel qu'elle avait dans la vieille ville, Mary Lester prend une chambre dans un autre établissement situé sur le Sillon, ce qui lui permet d'avoir une meilleure vision et un panorama unique sur la mer.

Pour autant, elle n'est pas rassurée, surtout le soir, lorsqu'elle croise un homme à l'air chafouin et rébarbatif, promenant ses deux chiens. Officiellement il est habilité à veiller sur le port comme vigile pour une entreprise de sécurité. Elle apprend que les dogues sont une vieille tradition malouine, abrogée en 1770, et qu'ils étaient lâchés dans les douves et sur la grève afin de protéger la cité des envahisseurs en provenance de la mer. Mary allie donc connaissances historiques et enquête dans une histoire qui m'a fait penser un peu à Charles Exbrayat dans ses romans provinciaux.

 

Jean Failler, nous décrit Saint-Malo et une partie de son histoire sans jouer les guides touristiques. Par petites touches il montre la cité de Robert Surcouf sans encombrer son intrigue.

Le lecteur averti se doutera dès le début, ou presque, de l'identité du ou de la coupable, et le comment, mais c'est le pourquoi qui le tiendra en haleine. Et surtout l'atmosphère du roman, les démêlés de Mary avec le commissaire Rocca et avec Maüer qui traîne les pieds, plus quelques scènes au cours desquelles sa vie ne tiendra qu'à un fil ou à une laisse.

Un roman simple, mais pas simplet, dans lequel l'auteur privilégie l'étude des personnages à la construction de l'intrigue, tout du moins à la résolution de l'énigme.

 

Première édition : Editions Alain Bargain. Parution 2eme trimestre 1996. 240 pages.

Première édition : Editions Alain Bargain. Parution 2eme trimestre 1996. 240 pages.

Jean FAILLER : La cité des dogues. Collection Mary Lester N°8. Editions du Palémon. Parution 1998. 304 pages. 9,00€. Version numérique 5,99€.

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 09:36

De nouvelles révélations ?

Jean François PRE : Le Cheval du Président.

Installé au Guatemala depuis quelques années après un séjour en Amérique du Sud, Willy Anhalt, un Belge reconnu comme l'un des meilleurs chroniqueurs hippiques s'est reconverti dans une petite affaire d'import-export.

Son associé Alvaro Marques lui propose une affaire en relation avec son ancien métier. Le cheval du président guatémaltèque doit participer prochainement au Grand Prix de l'Arc de Triomphe, à Paris. Une course prestigieuse que n'a jamais gagnée un cheval américain. Il est indispensable que Pajecillo remporte la course, c'est ce que lui annonce Villa-Hernandez, le chef de la police, qui pour l'obliger à remplir sa mission gardera sa femme en otage. Il en va de l'honneur de la nation.

Pendant ce temps Jacques-Etienne Musset, dit Jacket et lointain descendant du poète, et son amie Susan Murgrove, deux riches aventuriers se prélassent aux Bahamas. Ils sont convoqués par Kitch-Maillard, un magnat de la presse new-yorkaise, qui a eu vent d'un complot visant le président dictateur de la petite république centre-américaine.

Nouveau venu dans la famille du Fleuve Noir, Jean-François Pré est chroniqueur hippique à Tiercé Magazine, au Parisien et sur TF1. Aussi le domaine des courses, il connait bien, mais contrairement à certains spécialistes qui noient leurs romans des compétences et du savoir acquis dans leur domaine, il n'aborde le sujet que pour justifier son intrigue.

Le couple d'aventuriers aux amours platoniques, au grand regret de la belle Susan soit dit en passant, s'inscrit dans la lignée de Sam et Sally qui fit les beaux jours du Fleuve sous la plume de M.G. Braun et eut son heure de gloire à la télévision.

Un roman agréable mais à Jean-François Pré de confirmer avec une suite de ces deux héros sympathiques, mêmes si ce sont des nantis. Jacket est un socialiste qui réside à Genève, à occulter sa particule afin de rationnaliser son appartenance au PS. C'est un digne descendant des romantiques du siècle dernier, a la phobie des avions qu'il surnomme des cercueils volants, est joueur dans l'âme et oubliant qu'il en est un, se dit que les nantis ont le don de se compliquer la vie. Quant à Susan, elle attend désespérément que Jacket daigne poser outre ses yeux, ses mains sur elle.

Jean François PRE : Le Cheval du Président. Collection Aventures sans frontière. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1997.

Réédition version numérique. Parution octobre 2015. 3,99€.

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 06:02

Cela mettrait ce livre à 5$36... Y'a un truc...

Jean-Hugues OPPEL : 19 500 dollars la tonne.

Homme de principes, Falcon ne veut pas être qualifié de tueur à gages mais tient à l'appellation d'assassin professionnel. Et effectivement, il ne joue pas dans la cour des amateurs, des bricolos qui sabotent le travail qui leur est confié.

Ainsi, à Caracas, où sa mission l'a conduit, il a maquillé son boulot de tireur isolé en attentat laissant sur place assez d'indices pour induire les policiers en erreur. Il quitte les lieux la conscience pas vraiment tranquille. Non pas qu'il regrette son geste, il a été payé pour, mais parce qu'il sent qu'il a omis une petite vérification qui pourrait lui être fatale.

De plus, il commence à vieillir, l'âge de la retraite va bientôt sonner pour lui, et les tueurs à gages, principalement issus d'Europe de l'Est arrivent sur le marché en cassant les prix. D'ailleurs il n'a pas touché la totalité de la rétribution qui lui est due, et, homme de principes, il n'accepte pas ce manque à la déontologie. Et il rencontre aux USA son commanditaire, ou plus exactement le représentant de commanditaires texans. Ce n'est pas Dallas, mais ça sent bien le pétrole.

 

Agent analyste de la CIA, Lucy Chan, d'origine chinoise mais Américaine à part entière, elle sait le préciser lorsqu'on la titille sur la couleur de sa peau et sur son nom, Lucy Chan donc, surnommée Lady-Lee, survole l'Atlantique pour une mission au Nigéria. Après Lagos, elle se rend à Port Harcourt, et là aussi ça sent le pétrole, à plein nez, jusque dans ses bottes dont elle a eu soin de se prémunir. Elle rencontre le chef d'antenne de la base locale de la CIA, qui entretient quelques préjugés sur les femmes et leur capacité à mener à bien leurs missions. Elle le détrompe rapidement. L'agent West a alerté la CIA à cause de la tension actuelle et de la chute des cours du pétrole, ce qui est préjudiciable à tout le monde.

Un message crypté attend Lucy Chan lui demandant de se rendre au Nord-Kivu, dans la région des Grands Lacs, en République Démocratique du Congo. A Goma, l'un des résidents, un major parait-il, lui explique que les avions qu'elle entend voler au dessus d'elle sont chargés de cassitérite, provenant des mines exploitées manuellement par les locaux travaillant dans des conditions dangereuses pour un coût extrêmement bas mais qui à la revente grimpe à des prix d'or. Elle approche un Chinois faisant partie d'un groupe de visiteurs appartenant à un conglomérat guère préoccupé d'écologie ou de recherches zoologiques.

 

A Londres un opérateur de marché surveille jour et nuit, sur les quatre écrans disposés devant lui, les cours des actions et des matières premières, des fluctuations régies selon l'offre et la demande.

 

Pendant ce temps, un individu qui se cache sous l'alias de Mister K. envoie des mails, des newsletters, plus ou moins subversifs prétendant éclairer les masses en divulguant les scandales de la spéculation boursière. Une pratique que n'apprécient pas la CIA et d'autres services d'état. Pour un courtier en immobilier, il ne s'agit que d'un emmerdeur qui peut déranger les esprits faibles et agiter ceux des crétins complotistes. Il est vrai que montrer du doigt certaines pratiques financières en jouant avec de l'argent virtuel, peut déstabiliser les marchés boursiers.

 

Sérieux, détaillé, documenté, précis, ce roman est toutefois nimbé d'un humour subtil et Jean-Hugues Oppel se montre même persifleur par intermittence, lors de certaines scènes.

Et le final pourrait paraître baroque, emprunter au non sens, se révéler comme une immense farce, sauf que ce genre de pratiques s'établit en coulisses, sans que le commun des mortels soit dans la confidence. Le maquillage au nom du secret et de la raison d'état et surtout des financiers.

Et ce n'est pas tant l'histoire en elle-même qui n'en est que le support, mais le fond de l'intrigue qui interpelle (c'est un mot à la mode !), mais qui devrait donner froid dans le dos des petits épargnants. Il ne s'agit pas d'une leçon d'économie pour les Nuls, mais de montrer en évidence quelques pratiques peu avouables, et d'ailleurs peu avouées. Et tant pis pour ceux qui se laissent prendre les doigts dans le pot de confiture, ou dans le paquet d'actions achetées et revendues en quelques secondes, empochant ou perdant quelques millions de dollars ou d'euros. La Bourse n'est qu'un immense jeu de Monopoly.

 

Il faut toujours se méfier des pays qui croient nécessaire de mentionner démocratique (ou populaire) dans leur nom.


- Savoir dépenser pour économiser, ne pas hésiter à commencer par perdre pour gagner ensuite, de sages préceptes que trop de grands patrons négligent ou méprisent. Vous connaissez la différence entre un producteur de cinéma américain et un producteur de cinéma européen, surtout français ?
- Allez toujours, je sens que ça va être hilarant.
- Le producteur français se demande toujours combien va lui coûter un film, l'américain combien il peut lui rapporter. A méditer, mon vieux.

Jean-Hugues OPPEL : 19 500 dollars la tonne. Editions La Manufacture de Livres. Parution le 2 mars 2017. 256 pages. 16,90€.

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 14:47

La devise des Chiens de guerre !

Frédéric PAULIN : Le monde est notre patrie.

Les hommes politiques, souvent par démagogie, regrettent souvent le nombre élevé de fonctionnaires et leur principale préoccupation est d'en diminuer le nombre. La plupart du temps pour des motifs cachés, des conflits d'intérêt, car le travail, quel qu'il soit, doit être assuré et dans ce cas, il faut passer des marchés auprès d'entreprises privées avec lesquelles ils entretiennent quelques accointances, souvent financières.

Ancien légionnaire reconverti comme mercenaire, Maxence Stroobants a créé sa petite entreprise de sécurité avec son ami Blaskó, qu'il connait depuis toujours ou presque. Ils étaient sur tous les fronts et continuent. C'est leur vie. Ils aiment et ils assument.

Pour l'heure, nous sommes en janvier 2014 à Falloujah en Irak. Stroobants et son équipe ont été engagés afin d'assurer la sécurité de l'ambassadeur des Emirats arabes. C'est l'une des premières missions confiées à la Stroobants Secure SA, dont Stroobants est le président et Blaskó le vice-président, et il ne faut pas se louper. Les Américains ont plié bagages depuis quelques semaines et les insurgés sont proches. Il faut exfiltrer l'Ambassadeur qui ne se rend pas compte du danger imminent.

C'est une réussite qui appelle d'autres contrats. La petite structure prend de l'importance, les missions se suivent mais ne se ressemblent pas. Presque pas. A Bagdad, Stroobants et consorts doivent réceptionner à l'aéroport des colis légers, une métaphore pour désigner des passagers. Deux hommes en costume cravate et une jeune et belle femme aux yeux verts. Une gendarme nommée Grace Battilana. Stroobants est troublé par l'apparition de cette jeune femme à l'air déterminé.

Grace Battilana a été affectée en Afrique pour des raisons personnelles, une forme de repentance. Et Grace, femme libre, n'invite dans son lit que celui qu'elle veut. Par exemple, son supérieur hiérarchique qui lui met la main sur le genou et la cuisse dans la voiture qui les emmène à une destination quelconque. Elle le rabroue sèchement devant des témoins gênés. Evidemment cette réaction ne plait pas non plus au commandant Frey-Lefèbvre. Mais avec Stroobants, les atomes crochus se sont immédiatement déployés, et une part de tendresse les lie au lit.

Stroobants a décroché un marché au Niger dans la région d'Arlit, auprès de la société Areva. Toujours la sécurité à assurer, les mines d'uranium sont trop précieuses pour les laisser entre les mains de n'importe qui. Les coins périlleux ne manquent pas pour Stroobants et Blaskó, qui se trouvent sur tous les fronts avec leurs hommes. Il faut déplorer des pertes, ce sont les inconvénients de la guerre.

A cause de son incompatibilité d'humeur avec son commandant, Grace est mutée dans une gendarmerie en Bretagne. Stroobants vient la rechercher et lui offre un poste de vice-président, conjointement avec Blaskó. Elle sera chargée de la partie financière, et grâce à une connaissance elle parviendra à effectuer un montage financier qui devrait leur assurer leurs arrières.

Mais la roue tourne et pas toujours dans le sens souhaité. A cause d'un parlementaire aux dents longues, parlementaire d'opposition est-il besoin de le préciser.

 

Roman de guerre, de politique-fiction, de géopolitique, roman noir et de gangsters, Le monde est notre patrie est tout cela à la fois et même un peu plus. C'est également un docu-fiction fort intéressant qui nous plonge dans les soubresauts des pays du Moyen Orient et de l'Afrique, rongés par les conflits religieux et ethniques.

Stroobants, l'homme à l'oreille coupée, un géant qui mène ses hommes au combat avec charisme, est un mercenaire comme les décrivait Jean Lartéguy dans son roman éponyme :

" A ma connaissance, aucun mercenaire ne répond plus à la définition qu'en donne le Larousse :"Soldat qui sert à prix d'argent un gouvernement étranger". Les mercenaires que j'ai rencontrés et dont parfois j'ai partagé la vie combattent de vingt à trente ans pour refaire le monde. Jusqu'à quarante ans, ils se battent pour leurs rêves et cette image d'eux-mêmes qu'ils se sont inventée. Puis, s'ils ne se font pas tuer, ils se résignent à vivre comme tout le monde -mais mal, car ils ne touchent pas de retraite- et ils meurent dans leur lit d'une congestion ou d'une cirrhose. Jamais l'argent ne les intéresse, rarement la gloire, et ils ne se soucient que fort peu de l'opinion de leurs contemporains. C'est en cela qu'ils diffèrent des autres hommes."

Son indéfectible ami Blaskó, l'Albinos, lui est tout dévoué et quasiment immortel. C'est l'homme de terrain sur lequel Stroobants peut compter lorsqu'il doit se rendre dans un autre endroit chaud ou négocier des contrats.

Grace Batillana, tout comme Stroobants et Blaskó, possède ses fractures qui ont du mal à cicatriser. La vie n'est pas un long fleuve tranquille pour cette femme aux nerfs à fleur de peau.

D'autres personnages apparaissent peu à peu dans cette galerie, comme ce jeune député aux dents longues, élu d'une modeste circonscription provinciale avec seulement quelques voix d'avance sur son adversaire politique, nommé président d'une commission parlementaire chargée de contrôler les finances de structures indépendantes comme Stroobants Secure S.A. S'il n'avait pas été dans l'opposition mettrait-il autant d'ardeur dans ses recherches ?

 

Au départ, je n'étais guère chaud pour lire ce roman, les lieux et les événements décrits ne m'inspirant pas, les journaux et magazines, la radio et la télévision s'étendant largement sur les épisodes sanglants et meurtriers qui secouent l'Irak, la Syrie et autres parties du monde pour des problèmes religieux et ethniques.

Mais j'ai été entraîné, à mon corps défendant, par ces personnages qui tout en étant des chiens de guerre défendent une certaine idée de la liberté face à des bandits de grands chemins réunis en bandes organisées brandissant le Coran pour légitimer leurs exactions. Du moins c'est ce que l'on voit du côté occidental.

 

Frédéric PAULIN : Le monde est notre patrie. Collection Goater Noir N°17. Editions Goater. Parution le 21 novembre 2016. 480 pages. 20,00€.

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 06:32

N'oublie-pas de monter là-haut...

Bruno SENNY et René FOLLET : Si tu vas au mont...

Trois nouvelles écrites par Bruno Senny et joliment illustrées par René Follet, lequel nous invite également à compulser son carnet de croquis.

Détective amateur, Baudruche possède le physique du bon vivant, de l'honnête homme. La panse rebondie, la trogne réjouie, la calvitie assumée et la moustache conquérante, il se dirige, à l'heure où nous le retrouvons, vers le Mont-Saint-Michel.

Ce n'est pas forcément pour s'adonner à quelques dévotions envers l'archange Michel, celui qui a vaincu le dragon, ou alors accessoirement, afin de justifier le déplacement, mais bien pour goûter, et déguster, quelques produits locaux.

A l'auberge Saint-Jacques, où il a réservé une chambre, et après avoir effectué une promenade apéritive sur les remparts, il se leste l'estomac de pas moins de dix plats, sans compter les corbeilles de pain puis les desserts, ce qui honore la cuisine de l'aubergiste. Celui-ci, afin de rendre hommage à la capacité d'ingurgitation de son hôte, l'invite à déguster quelques petits verres d'alcool de cidre, et lui narre l'histoire de Maître Jean, perdu quarante ans auparavant dans la baie, quasiment jour pour jour. Maître Jean avait rendez-vous, mais ce fut un lapin et il repartit chez lui, de nuit. Mais la marée l'ayant surpris, il fut retrouvé le lendemain, totalement déboussolé et noyé.

Toujours intéressé par des énigmes non résolues, Baudruche se penche sur ce cas, et refait le chemin parcouru par le noyé entre le Mont-Saint-Michel et le Bec d'Andaine, tout en interrogeant, placidement, quelques témoins de l'époque.

Baudruche est un fin observateur et un déductif avisé. Rien ne peut lui faire perdre l'appétit et encore moins la boussole.

 

Dans Le pendu de la chambre 8, par une sombre fin de journée orageuse, Baudruche rend visite à son neveu Benjamin, qui travaille en compagnie de deux ouvriers à la réfection d'une vieille maison.

Naturellement il n'arrive pas les mains vides et une collation roborative est proposée à Kajick, Mehdine et à son neveu. Il ne s'oublie pas, naturellement.

Pour ceux qui seraient intéressés, cette collation est composée de vingt-quatre œufs pochés, d'autant de belles tranches de pain grillé, du saumon fumé de l'Atlantique et de jambon à l'os, d'épinards, de sel et de poivre, et du Vouvray afin d'humecter leurs papilles. Des œufs Bénédicte ! Bon appétit, bien sûr !

Kajick et Moretti râlent. Leur entrepreneur ne les a pas payé, et ils promettent de lui montrer de quel bois ils se chauffent. D'ailleurs Benjamin venait de garnir la cheminée. C'est alors que Kajick découvre un papier qui a été poussé lorsque la table a été disposée pour ces agapes improvisées. Un message précisant : Je vais me pendre dans la chambre 8 et signé Moretti, l'entrepreneur indélicat.

L'orage gronde, la lumière s'éteint, et c'est dans le noir que tout ce petit monde grimpe l'escalier et se rend dans la fameuse chambre 8. Grâce à une lueur diffuse venant de l'extérieur ils peuvent constater que personne ne les attend. Pas le moindre pendu. Une boule de feu s'introduit et c'est un peu la panique à bord.

Toutefois, la panne d'électricité n'était due qu'à la défaillance momentanée du disjoncteur, et Baudruche, aperçoit Kajick remontant l'escalier en catimini. Il le suit, un cri s'élève, et dans la fameuse chambre 8 ils découvrent le pendu.

Une histoire de meurtre en chambre close, un peu tirée par les cheveux, malgré la calvitie totale de Baudruche qui possède du flair, malgré l'énorme moustache arborée sous son nez.

 

Enfin, avec Natures mortes, nous suivons Baudruche dans ses déambulations parisiennes, attendant que son estomac se manifeste bruyamment afin de lui signaler qu'il est l'heure de procéder à un repas sinon pantagruélique, tour au moins digne de satisfaire une panse toujours avide de mets reconstituants. Il est attiré par la devanture d'un bistrot affichant Anguille aux petits légumes et à la Leffe Triple, et il s'assied à une table, la seule qui reste.

Un jeune homme, entré en même temps que lui, est convié par le patron à s'installer en face de Baudruche. La conversation s'établit immédiatement entre les deux hommes, tous deux étant attirés par la littérature, et ils se découvrent des passions communes envers des auteurs comme Thomas Owen. Le jeune homme se présente, Pierre Jeanneau, et son repas terminé, repas auquel il ne s'est guère intéressé ses papilles ayant perdu leurs capacités dégustatives à cause d'une sinusite, il lui propose de se rendre le soir même à un vernissage privé organisé par son futur beau-père, Alexandre de Saint Cyr, à Rambouillet.

Baudruche s'y rend, attiré par une curiosité toute légitime, et fait la connaissance de quelques personnalités en vue déjà présentes que lui présente Pierre qui semblait l'attendre avec impatience. Tout en dégustant une bière, son liquide favori, Baudruche écoute les conversations. Alors que Fernande, la cuisinière apporte le plateau sur lequel sont disposées les flûtes de Champagne, sauf pour Baudruche abonné à ses bières, Lucien, le secrétaire particulier de l'hôte de la soirée, la bouscule involontairement, ou par inadvertance, ou pour une autre raison. Flûte alors, les flûtes tombent. Une nouvelle tournée est proposée, l'une des convives s'écroule, verre en main.

Plus que l'histoire, et sa résolution, ce sont les personnages mis en scène qui offrent un charme certain et humoristique à cette histoire. Sophie, la belle jeune femme blonde évaporée, gouailleuse et aguicheuse, Bernard-Henri Jones, son compagnon, Maryline, la promise de Pierre, belle jeune fille pudique et effacée, et quelques autres qui font penser à des personnages existants ou ayant pu exister.

 

Baudruche, à placer entre Hercule Poirot, le commissaire Montalbano et Pépé Carvalho, est un détective amateur qui se conduit comme un professionnel. Ventre affamé n'a pas d'oreille dit-on, aussi est-ce pour cela que l'ami Baudruche qui porte bien son nom, ne le renie pas, mais n'apprécie que quiconque blague sur son patronyme, est-ce pour cela qu'il voit et entend les petits faits, les discussions feutrées, grâce à sa capacité à ingurgiter moult productions gastronomiques du terroir avec bonhommie, rondeur, et satisfaction voluptueuse. Pas le genre vorace de Bérurier qui engloutit tout en éclaboussant son marcel. Car Baudruche reste digne dans l'accomplissement de son rite culinaire.

Le lecteur lui ne restera pas sur sa faim mais demandera toutefois un supplément, comme une friandise, d'autres aventures gourmandes.

 

Bruno SENNY et René FOLLET : Si tu vas au mont... Collection Baudruche N°6. Editions de l'Elan. Parution le 25 janvier 2017. 128 pages. 16,00€.

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 05:51

L'effet qui se coule ?

Cicéron ANGLEDROIT : Hé cool, la Seine.

Nouvelle aventure pour l'ami Cicéron peu de temps après avoir retrouvé puis perdu son père. Et comme l'on dit quand quelqu'un décède, c'est la vie !

L'installation de caméras vidéos à la gare de Vitry perturbe sérieusement la vie du commissaire Saint Antoine, car les images qu'elles enregistrent lui posent un problème. Il demande l'aide de Cicéron, contre gratification puisée sur une caisse noire, naturellement, mais lorsque le détective qui rien d'autre en chantier entame son enquête, c'est trop tard. Le commissaire a obtenu une explication de la part de la SNCF, ou plutôt des informaticiens chargés du programme, et Cicéron se retrouve une fois de plus les poches vides. Et même qu'il a dû mettre la main à la poche pour surveiller une femme qui figurait sur les photos, quotidiennement, mais dont l'apparence changeait à chaque apparition.

Un problème administratif mais la vie continue, avec ses aléas. Les problèmes administratifs, Momo y est confronté lui aussi, car manchot depuis un attentat, il vend devant l'Interpascher ses Belvédères, un journal de réinsertion, mais la COTOREP, dans sa grande bonté a décidé que comme il n'avait plus qu'un bras, il ne pouvait pas vendre et récolter le pognon en même temps. Le voilà donc sur la touche.

Cicéron a hérité de son père un petit pavillon à Villejuif, et la clerc de notaire qui a réglé la succession lui demande de déjeuner avec elle. Cicéron aurait-il fait une touche ? Non, pas lui mais son commissaire qui se retrouve avec un noyé retrouvé dans la Seine, et dont il ne sait que faire. Mais j'anticipe.

Sandrine, la clerc très claire de notaire, n'a pas invité notre détective pour ses beaux yeux, mais parce qu'elle n'a plus de nouvelles de son mari, disparu depuis deux ou trois jours. Et cette défection conjugale l'alarme. D'autant que Gérard, son époux qui se nomme Manvussa, est un producteur de Téléréalités pour une chaîne câblée, et qu'il lui téléphone tous les jours, non pas pour s'enquérir de sa santé, mais afin de savoir s'il a du courrier. Or Laurence, la secrétaire de Gérard, n'a pas de signes de la part de son patron, et ça c'est inquiétant.

Cicéron accepte d'enquêter, et il emmène avec lui Momo pour prendre accessoirement l'atmosphère des Studios de Brétigny qui sont placés sur Arpajon, simple détail géographique, mais surtout pour rencontrer et interroger Laurence qui confirme l'absence de son patron. Une absence qui l'inquiète (je l'ai déjà dit ? Pas grave, car Laurence double ses phrases, alors ça balance) d'autant qu'il lui avait semblé que la dernière fois qu'elle a vu Gérard dans son bureau, celui-ci paraissait attendre un appel téléphonique ou un message important.

J'ai oublié de préciser qu'entre temps, durant le week-end, Cicéron a rendu visite à son ex-belle-mère, enfin pas vraiment belle-mère puisque son père ne s'était pas marié avec Jocelyne, et à son frère Jérôme, beaucoup plus jeune que lui, qui n'est pas utérin mais consanguin. Vous suivez ? De toute façon, ceci n'interfère pas dans l'enquête que Cicéron doit mener.

Donc, comme je l'ai écrit un peu vite tout a l'heure, enfin il n'y a pas si longtemps que cela, le commissaire Saint Antoine s'est retrouvé avec un noyé sur les bras. Eventuellement, et cela arrangerait Cicéron, si le noyé était Gérard, tout le monde serait content, les deux enquêtes seraient bouclées, et on pourrait passer à autre chose. Mais non, l'aspect physique ne correspond pas. C'est ce qui ressort d'une conversation entre Saint Antoine et Cicéron. Et Saint Antoine, pas bégueule, propose une transaction à Cicéron.

Il a appris que Gérard possédait des relations, notamment avec Le Mahousse, le patron de NRV14, La grande chaîne de télévision, lequel est en relations avec des ministres, et donc Saint Antoine accepte d'enquêter sur la disparition de Manvussa, tandis que Cicéron, officieusement et sans se mouiller, se penchera sur son noyé, en compagnie de Vanessa R'Messa, lieutenante de police, et accessoirement amante, pas religieuse, de Cicéron.

Et voilà Cicéron engagé dans une enquête où il fera de la figuration intelligente, tout comme Momo et René, lequel pris de boisson, comme cela lui arrive souvent, se retrouve en accident de travail à cause d'un accident de cave. La sienne, de cave, précisons-le, mais comme il n'est pas si cave que ça, il s'arrange pour être indemnisé.

 

 

Si les références à San Antonio sont nombreuses et justifiées, notamment lors de sa production dans les années 1950/1960, j'en ajouterai une autre qui peut-être semble moins évidente car cinématographique. Il y a du Charlot, du Charlie Chaplin, là-dedans. Les gags, l'humour, mais la tendresse également, un petit côté naïf et fleur bleu, imprègnent les aventures de Cicéron, avec un brin de désabusement envers la société.

Cicéron n'est pas avare de ses prestations auprès de la gente féminine, mais il pense également à sa famille. Enfin celle qu'il vient de retrouver, car quoique fauché la plupart du temps, il n'est ni pingre ni égoïste. Et avec ses deux compagnons il incarne un célèbre trio, plus respectueux de la loi, mais dont les démêlés sont assez vaudevillesques, les célèbres Pieds-Nickelés, un manchot remplaçant un borgne.

 

Quelques scènes amusantes mériteraient d'être adaptées en sketchs humoristiques telles la leçon de conduite par René dont le permis de conduire a rejoint les archives de la préfecture, ou l'obstination de Brigitte, la pharmacienne préférée de Cicéron, à lui faire ingurgiter des pullules destinées à pallier une éventuelle DSLA (déficience sexuelle liée à l'âge) alors qu'il lui prouve, ainsi qu'à Vanessa, combien son système érectile bénéficie d'une vigueur que personne ne peut remettre en cause. Heureusement pour lui et pour ses partenaires.

Voilà, je vous ai tout dit, ou presque. Et si vous trouvez que mon billet est quelque peu décousu, c'est la faute à Cicéron, ou plutôt à la lecture de ses aventures, des pérégrinations et des situations qui reviennent hanter mon esprit durant la narration et qui me fait parfois perdre le fil. Mais bon, le mieux est peut-être de vous plonger dans ce livre, et non pas dans la Seine.

Cicéron ANGLEDROIT : Hé cool, la Seine. Les enquêtes de Cicéron N°6. Editions du Palémon. Parution le 23 février 2017. 266 pages. 10,00€.

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 06:54

Inusable Sherlock et éternel Holmes ! Bis !

Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes.

Sherlock Holmes, personnage emblématique de la littérature policière, et de la littérature tout court, est peut-être le héros de fiction ayant connu le plus de textes apocryphes, de parodies et de pastiches.

En effet, le premier texte le mettant en scène et n'étant pas signé par Conan Doyle, est écrit à peine quatre mois après cette naissance littéraire, par le créateur d'un autre monument de la littérature populaire britannique, James M. Barrie et son héros Peter Pan.

C'est ce que j'écrivais en introduction du recueil Les avatars de Sherlock Holmes, édité quasi concomitamment avec cette œuvre, Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes, qui nous offre une palette plus complète mettant en scène le célèbre détective britannique. Toutefois il est à noter que la nouvelle qui entame ce recueil se trouve également dans le volume précité, mais dans une traduction légèrement différente. Je passerai donc dessus pour m'attarder un peu plus longuement sur d'autres textes qui valent largement le détour.

Des textes écrits entre 1892 (Robert Barr - Le grand mystère de Pegram) et 2012 (Bernard Oudin - L'aventure du banquier pervers), qui démontrent combien le personnage de Sherlock Holmes a pu inspirer les auteurs, depuis sa création jusqu'à nos jours et sont un véritable foisonnement d'imagination parfois au service de l'actualité.

 

Ainsi dans L'aventure du banquier pervers de Bernard Oudin, publiée en 2012, l'auteur tient à préciser que Toute ressemblance avec des personnes ou des événements ayant défrayé la chronique de l'année 2011 relèverait de la plus improbable coïncidence.

Pourtant, examinons quelque peu le début. Mycroft Holmes, le frère de Sherlock pour ceux qui ne le sauraient pas, demande au détective de passer le voir au Club Diogène, où ils ont leurs habitudes. Accompagné de Watson, Sherlock se rend donc au club pour apprendre qu'une sale affaire entache l'honneur de Wagner-Cohen, le célèbre banquier fondateur de la Banque de commerce et d'investissement. Celui-ci est accusé par une femme de chambre du Claridge d'avoir voulu abuser d'elle. Le banquier naturellement nie les faits. Pourtant Harriet O'Shaughnessy, Irlandaise catholique, ne démord pas de sa version. La fin est évidemment pure imagination de l'auteur, puisque l'histoire se déroule quelques dizaines d'années en arrière et l'implication politique atteint l'Echiquier de la Couronne.

 

Plus étonnant, c'est la présence dans ce recueil de Jean Giraudoux, écrivain et diplomate français surtout connu pour ses pièces de théâtre comme La guerre de Troie n'aura pas lieu ou La folle de Chaillot. D'un cheveu est d'une œuvre de jeunesse datant de 1908.

De même Arthur Conan Doyle nous offre avec La kermesse du terrain de cricket, une parodie de ses propres textes.

Bien évidemment, tout le monde sait qu'entre Arsène Lupin et Sherlock Holmes s'était engagé un duel, ou plutôt un défi. Arthur Conan Doyle n'avait pas apprécié que Maurice Leblanc emprunte son personnage et le créateur d'Arsène Lupin dut changer le nom du détective en Herlock Sholmès.

Quant à Jack London, il ne s'agit pas d'une parodie, mais d'une forme d'éloge dans lequel il mêle son admiration pour Arthur Conan Doyle, son désir de le rencontrer et son parcours personnel comme trimardeur, sa passion pour la boxe puis journaliste.

Bref ce recueil est un véritable panel des parodies et des pastiches holmésiens, incluant des auteurs français, ce qu'avait omis le recueil des avatars de Sherlock Holmes.

Ce volume est agréablement illustré, ce qui lui confère un charme indéniable, par Leonid Koslov, Scott Bond, Vlou et un anonyme.

 

Sommaire :

BARR Robert : Le grand mystère de Pegram

BARRIE James M. : L'aventure des deux collaborateurs

DOYLE Arthur Conan : La kermesse du terrain de cricket

LEHMANN R. C. : Le cambriolage d'Umbrosa

HARTE Bret : Le vol du coffret à cigares

LEHMANN R. C. - Yard

KAHN William B. - La beauté secourue

LEBLANC Maurice : Herlock Sholmès arrive trop tard

GIRAUDOUX Jean - D'un cheveu

ALCESTE - Le coupable

O'HENRY - Les aventures de Shamrock Jolnes

LONDON Jack - Arthur Conan Doyle

STEELE Frederic Dorr - L'aventure de l'éditeur de livres d'art assassiné

KUMMER Frederic Arnold - Le meurtre de la cathédrale de Canterbury

REOUVEN René - La plus grande machination du siècle

Bibliothécaires Royal Borough - Le comptable pressé

ASHMAN Peter G. - Epinglé au mur

LIEBOW Ely M. - L'aventure de l'héboniste chronique

FORTIER Jacques - L'autre défenestration de Prague

OUDIN Bernard - L'aventure du banquier pervers

Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes. Recueil collectif. Editions Baker Street. Parution le 19 janvier 2017. 288 pages. 18,00€.

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 09:41

Avoir un bon copain...

Jean FAILLER : Les mécomptes du capitaine Fortin.

Mais parfois, cela entraîne le dit copain dans une galère dont il aura du mal à se dépêtrer.

Ainsi le capitaine Jean-Pierre Fortin, Jipi pour les intimes, policier au commissariat de Quimper, ne pensait certes pas que le coup de main qu'il donne à son ami Béjy va se retourner contre lui.

Fortin réglait en compagnie de Béjy, qui outre être pompier est également président du club d'archéologie sous-marine, un problème de moteur sur le bateau du club, lorsque son copain reçoit un appel téléphonique de sa femme. Leur fille Fabienne, âgée de quinze ans, vient de faire le mur, montant à bord d'une voiture de sport. Le conducteur n'est autre que le fils du chirurgien, bien connu des services de police car il s'amuse à revendre de la drogue au lycée. Le père a écrasé le coup grâce à ses relations, mais pour Fortin Fabienne est sûrement embarquée dans quelque chose qui ne sent pas bon. Pas bon du tout même.

Et Fortin se rend immédiatement en compagnie de Kermanach, où est située la villa du chirurgien. Une vingtaine de voitures de sport sont déjà garées dans le parc et la fête bat son plein. Une fête consciencieusement arrosée comme il se doit, entre jeunes filles et jeunes gens de bonnes familles qui s'adonnent à ce que dans le grand monde autrefois on appelait une soirée libertine, de nos jours une partouze et dans certains quartiers une tournante. Mais toutes les jeunes filles, et gamines comme Fabienne, ne sont pas d'accord, mais que peuvent-elles faire sous la loi du nombre. Crier ? Oui, et ce sont justement ces cris qui alertent Fortin et Béjy lorsqu'ils arrivent devant la demeure.

Une bagarre éclate entre Fortin et Béjy, et quelques membres mâles de cette petite sauterie. Ils sont pris à partie par un gros bras qui veut montrer qu'une batte de base-ball n'est pas uniquement un instrument pour taper dans une balle. Fortin reçoit un verre d'alcool en pleine figure ce qui ne lui éclairci pas les idées, et la bagarre devient générale. C'est à ce moment que surviennent les gendarmes et qu'au cours de leur perquisition ils découvrent allongée mollement dans la baignoire d'une des salles de bain de l'étage une femme défunte d'une trentaine d'années. Et cette mort est suspecte.

Donc, outre un agent de sécurité, un programmateur de musique (disc-jockey en français), dans ce gentil tohu-bohu il y avait donc cette femme qui après vérification d'usage de son identité s'avère être Germaine Durant plus connue dans le petit monde des nuits parisiennes sous l'appellation de Jessica Baccara, répertoriée comme hôtesse d'accueil. Pour une partie fine entre adolescents, cela fait quand même pas mal de trentenaires, et pas des meilleures relations.

Fortin convaincu d'agression, et de plus son corps dégageant quelques effluves d'alcool, est arrêté par les Bleus. Et son statut de capitaine de la police n'y fait rien. Il s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Et son commissaire ne peut rien faire sauf que de le suspendre, voire le révoquer. Et ça le lieutenant Mary Lester ne veut pas en entendre parler. Alors elle prend la défense de son ami Fortin, et enquête sur les brisées de la gendarmerie, ce que n'apprécie pas l'adjudant-chef Cotten. Un gars borné, pour qui le règlement est la Bible sacrée du gendarme, sa tacata-tactique, à laquelle il ne faut déroger sous aucun prétexte.

 

Mary Lester est une battante qui sent qu'un coup fourré s'est préparé insidieusement et dont Fortin se trouve être la victime. Elle se doute d'où cela peut venir mais pour cela elle doit mener ses investigations. Et elle sent que Bejy n'est peut-être pas net dans cette affaire. Peut-être.

Elle va demander la coopération de Passepoil, un policier spécialiste de l'informatique et non pas l'un des compères de Lagardère, afin d'effectuer des recherches, s'adjoindre, en remplacement de Fortin, Gertrude, une forte femme dans tous les sens du terme. Mais une autre jeune femme décède dans des conditions qui demandent une enquête, et cela conforte Mary qu'elle se trouve sur la bonne piste. Elle va notamment se rendre du côté de Châteaulin dans une ferme, obtenir l'aide d'un ornithologue amateur, faire jouer quelques relations.

 

Déjà trente-neuf romans (ne pas se fier à la numérotation car il existe des volumes doubles) que Jean Failler a consacrés à Mary Lester et je n'en avais encore jamais lu un. Une carence que je vais combler car j'ai été conquis par, non seulement cette histoire, mais également par Mary Lester, et le côté humaniste de l'auteur. Et les quelques références placées ici ou là dans l'ouvrage à propos d'affaires précédentes m'y incitent fortement.

Si le personnage de Mary Lester est attachant, c'est le côté humain qui prédomine. Outre les antagonismes existant entre les Bleus et les policiers sont particulièrement intéressants, le côté strict des uns mettant en valeur le côté plus indiscipliné pour la bonne cause des autres. Enfin pas tous, car il y a quand même quelques réticences de la part des supérieurs de Mary Lester, et tous les gendarmes ne sont pas bornés, étroits d'esprit comme Cotten.

Sont mis en évidence également les difficulté des paysans, des agriculteurs bretons, par le biais d'une famille qui se retrouve ruinée, pour des agriculteurs j'aurais pu écrire fauchés, obligés de s'endetter pour mettre leurs installations aux normes. Le paysan n'a pu faire face à la crise, de la chute des cours des prix, n'a pas pu bénéficier de la largesse des banques qui ne prêtent qu'aux riches, et ce fut la dégringolade, le refuge dans l'alcoolisme.

Rien de misérabilisme, mais une vision impartiale et poignante de ce que peuvent vivre de nombreux cultivateurs et éleveurs, dans un marché tourné vers l'international, et qui ne marche que par une productivité à outrance pour peu de bénéfices. Quant il y en a. Ce n'est pas un réquisitoire, mais un constat amer.

Un roman agréable à lire et à méditer, et je sais que bientôt je vais retrouver Mary Lester dans des aventures précédentes puisque je possède quelques ouvrages que je n'avais pas lus, pour des raisons que je ne saurais préciser.

Jean FAILLER : Les mécomptes du capitaine Fortin. Collection Mary Lester N°45. Editions du Palémon. Parution le 21 octobre 2016. 320 pages. 10,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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