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28 novembre 2020 6 28 /11 /novembre /2020 05:11

J’ai la mémoire qui flanche,

J'me souviens plus très bien…

 

Franck MEMBRIBE : Reflux.

Allongé sur le sable, les cheveux dans les yeux, un inconnu sort de son évanouissement peu à peu, avec au-dessus de lui un hélicoptère en vol stationnaire.

Aussitôt surgit un marin-pompier, qui une fois son casque ôté, se révèle être une femme. Enza est docteur urgentiste et s’inquiète de l’intégrité physique de ce survivant, nu, d’un mini-tsunami qui a déferlé sur les côtes de l’île de Malu Entu, au large de la Sardaigne. Hospitalisé à Cagliari cet inconnu ne se souvient de rien, ni de son nom, ni dans quelles conditions il a échoué sur cette plage. Tout ce que peut lui dire Enza, qui s’occupe de lui comme une mère poule, elle l’a appris dans un journal français.

Il serait le seul survivant d’un groupe de ressortissants français qui s’étaient installés sur l’îlot et ont été emportés par un mini tsunami.

Information qui n’apporte pas grand-chose à notre inconnu qui l’est aussi pour lui-même.

Enza lui propose de l’héberger dans un appartement attenant à la maison de sa mère à Torre Del Pozzo dans la province d’Oristano. Elle pense qu’il se reconstruira mieux qu’en restant confiné à l’hôpital. Suggestion qu’il accepte sans barguigner.

Sa photo est publiée dans les médias ce qui déclenche quelques résultats contradictoires. D’après le directeur des relations humaines (qui souvent sont inhumaines) d’une banque suisse, il serait l’un de leurs employés du nom d’Edwin Salmantin, basé dans le Sud de la France. Une nouvelle qu’elle s’empresse de lui signifier tout en lui apportant une caisse étanche qui sert aux marins pour conserver au sec quelques objets et qui a été retrouvée. Il se souvient immédiatement de la combinaison permettant d’ouvrir le caisson et en sort des carnets noirs et une clé USB.

Se promenant dans les environs, il est abordé par un petit homme qui affirme savoir qui il est l’appelant monsieur Wantmins et lui tendant un livre qu’il veut se faire dédicacer. Edwin serait donc écrivain. Peu à peu ses neurones reconstituent sa mémoire, tel un puzzle dont certaines pièces seraient manquantes. Il serait également le promoteur d’une sorte de jeu, calqué sur jeu de téléréalité, ayant recruté des participants pour cette île à tente à si on

Enza lui narre que cette île est revendiquée par un illuminé qui a proclamé l’indépendance de Malu Entu, désirant bouter hors de la Sardaigne les Italiens qu’il abhorre.

Mais Enza, tout en aidant Edwin, nous nous en tiendrons à ce prénom car les divers alias de son patient sont trop nombreux pour être déclinés, découvre qu’elle aussi vit depuis des années dans une sorte de brouillard familial.

Edwin est réellement un romancier ayant connu le succès auprès d’une certaine catégorie de lecteurs, mais il a été atteint de ce que l’on nomme syndrome d’épuisement, et tout ce qu’il a fait, vécu, réalisé, comploté depuis, découle de ce que des snobs en martyrisant la langue française appelle burn out.

 

Dans ce roman à deux voix, celles d’Enza et d’Edwin, qui narre le long chemin de reconstruction de la mémoire, puis lorsque celle-ci est à peu près reconstituée, décrit les événements qui ont amené cet effacement, le lecteur ne manquera pas de s’intéresser à l’un des aspects majeurs qui a fait basculé, peu ou prou, Edwin dans ce syndrome.

L’auteur, Franck Membribe, par la voix de son héros, jette une pierre dans le système de l’écriture de scénarios télévisés français, par des scénaristes patentés du milieu parisien en manque d’imagination et de créativité. Notamment au travers de ces séries qui durent des années sur les petites lucarnes et dont les épisodes sont rédigés par une véritable usine de scénaristes.

Mais également sont évoqués les éditeurs qui mettent la clé sous la porte après la parution d’un livre, laissant l’auteur se débrouiller avec le stock qu’il rachète afin que cela ne soit pas broyé par le pilon. Et les plateformes numériques soi-disant spécialisées qui s’accaparent les ouvrages pour rien, ou presque, et qui se soldent par Autant de téléchargements en une année que de doigts sur une main !

Des digressions, certes, mais qui sont importantes afin de comprendre ce qui a motivé Edwin dans ce qu’il a entrepris. L’histoire d’Edwin et celle d’Enza se rejoignent, et les deux amis deviennent solidaires après avoir été solitaires, même si Edwin a eu femme et enfant. Et l’on peut mettre en parallèle le parcours d’Edwin et de Franck par quelques similitudes professionnels.

On s’arrête là car je finirai par réécrire ce roman remarquable, trop peut-être, ce qui a sûrement rebuté les fameux éditeurs germanopratins qui auraient pu (dû ?) l’inscrire à leur catalogue.

 

Edité également en version numérique chez Ska, collection Noire sœur, au prix de 4,99€.

Edité également en version numérique chez Ska, collection Noire sœur, au prix de 4,99€.

Franck MEMBRIBE : Reflux. Editions du Horsain. Parution 3 juin 2020. 280 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2369070788

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