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21 novembre 2020 6 21 /11 /novembre /2020 05:06

Et le démon dans la maison ?

Daniel PASQUEREAU : Il y a un ange dans le garage.

Quand la banalité du quotidien s’infléchit, les personnages ordinaires vivent des tranches de vie souvent implantées dans leur mémoire, extrayant la nostalgie confinée en eux.

Souvent des souvenirs enfouis en eux et qui remontent à la surface à cause d’un petit fait, du retour inopiné d’une personne oubliée ou au contraire d’un membre proche de la famille, d’un conflit familial, ou tout simplement parce que nos « héros » se trouvent être les témoins d’un événement tragique.

Dans Comme des bêtes, le professeur Capra, qui vient de transférer un brevet pharmaceutique, le dépouillant du reliquat de ce qui lui restait, retourne chez lui, heureux de retrouver sa femme Barbara. Il voyage en autorail, la Micheline de son enfance, avec cette nostalgie qui sommeille en lui depuis son enfance. Mais, afin de conclure rapidement ce marché de dupes et malgré ses réticences, il a un peu trop bu.

 

Noël n’a pas été prénommé ainsi par hasard puisque justement il est né le jour de Noël. Agacé par la présence de son voisin, Léon Hitchens, un romancier nordique venu s’installer chez eux depuis son veuvage, Noël sent monter en lui la colère, et peut-être une pointe de jalousie. Les sujets de discussions avec sa femme Véronique et son jeune fils Romain se sont effilochés au fil du temps, leurs relations sont quasi inexistantes, et il couche seul dans son bureau depuis un énième algarade. Puis Sabrina s’est greffée dans sa vie, il y pense souvent en buvant plus que de raison moult verres de whisky. Noël de plomb relate la déliquescence d’une famille ordinaire, à cause d’une rencontre inopinée et de souvenirs familiaux issus de l’enfance

 

Paul et Sophie viennent de se marier dans la joie et la bonne humeur et ils partent au petit matin vers Menton, un voyage de noces qui promet. Ils sont jeunes, ils sont beaux, enfin surtout Sophie, et le démon de midi les chatouillant, ils décident de faire une pause câlin dans une clairière. Seulement, ils assistent à l’exécution d’un jeune homme par deux individus accompagnés d’une femme. Ils ne peuvent retenir un cri et ils ont obligés de s’enfuir. Le début d’un Engrenage tragique.

 

Dans Une question de choix, un chat noir perturbe le soir le narrateur. Le matou s’installe sous sa fenêtre et miaule à fendre l’âme. Comme un appel, une invitation à le suivre, auquel le narrateur ne résiste pas. Et c’est comme ça qu’il va faire la connaissance d’Angie.

 

Entre le narrateur et sa femme, la guerre larvée s’est installée peu à peu. Ils se sont mariés vingt-cinq ans auparavant, ce n’était que mamours, appels téléphoniques, mots doux, et puis les sentiments se sont délités. Il est écrivain, vain, et se prend pour Bukowski, surtout par le nombre de verres d’alcool qu’il ingurgite. Mais depuis un certain temps Patricia, sa femme pour l’état-civil mais pas pour les draps, a tendance à sortir avec ses copines, rentrant fort tard dans la nuit. C’est l’Erosion du foie, de la cervelle et du reste.

 

L’homme-grenouille s’installe progressivement dans la tête du narrateur, que son frère aîné Marco appelle constamment Fiston comme s’il voulait le rabaisser. Fiston, après tout pourquoi pas, ce qui importe à David, c’est Louise, une amie d’enfance qu’il a retrouvée par hasard. Et depuis elle vient le rejoindre de temps à autre, délaissant en province son mari.

 

Il y a un ange dans le garage, affirme Zoé à son père Xavier. Il vient d’hériter une confortable somme d’argent de sa mère récemment décédée, et en sortant de l’office notarial il a aperçu à la vitrine d’une agence immobilière la photo d’une ancienne ferme à vendre qui correspond en tous points, ou presque, à la résidence de leur rêve. Yola, sa femme, est tout de suite emballée, par la demeure principale et les dépendances, dont ce fameux garage. Or en visitant le bâtiment, les souvenirs affluent dans la tête de Xavier. Des souvenirs d’enfance, lorsqu’il venait passer ses vacances à la campagne, et des premiers baisers échangés avec Nelly.

 

Pourquoi on aime tant ce qui a disparu, cette phrase qui figure dans le dernier texte pourrait être le mantra qui se répercute dans tous les autres ou presque.

Et le lecteur quelque peu âgé ressentira à leur lecture comme des bouffées de nostalgie, des réminiscences de sa propre enfance, de ce qu’il a vécu peut-être, de ses aspirations, de ses désirs, de ses manques aussi, et de ses histoires d’amour contrariées élevées à un statut d’images iconiques. Tout n’est pas rose, les différents protagonistes, des hommes principalement, seront les victimes d’événements, qui s’imposent à eux ou leur échappent, qui guideront leur choix sur le chemin d’une liberté mortifère. Parfois s’en dégage un petit côté fantastique comme des interférences oniriques qui subliment les textes, leur offrant une nouvelle dimension, et permettant au lecteur de prolonger, s’il le désire, les épilogues.

Daniel Pasquereau est un auteur trop peu prolixe qui mérite d’être lu et connu. Ses nouvelles empruntent à l’amour, mais ne sont pas parfumées à l’eau de rose. Elles dégagent cette odeur d’encens que l’on retrouve lors des enterrements, sans pour autant posséder une connotation religieuse.

 

Sommaire :

Comme des bêtes

Noël de plomb

Engrenage

Une question de choix

Erosion du foie, de la cervelle et du reste

L'homme-grenouille

Il y a un ange dans le garage

 

Vous pouvez éventuellement acheter cet ouvrage directement ici :

Daniel PASQUEREAU : Il y a un ange dans le garage. Collection Texture. Editions Zinédi. Parution 14 novembre 2020. 172 pages. 16,90€. Version numérique : 6,99€.

ISBN : 9782848592176

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