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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 07:38

Composez IN8 et tapez Pécho...

Denis FLAGEUL : Pêche interdite.

Certains marins-pêcheurs ramènent dans leurs filets des cadavres, des containers, des bombes de la Seconde Guerre Mondiale et bien d'autres choses encore qui n'auraient rien à faire dans l'eau salée.

Yvan Kermeur, qui travaille sur le Déjazet, a décidé de ne pas s'embarquer ce matin-là. Alors que le hauturier s'éloigne du port, Yvan se réfugie dans le bar Le Triskel. Sa tête est lourde, emplie de pensées d'avenir, lourde comme le sac qu'il trimbale avec lui. Il fait bien dans les trente kilos, voire plus. Le sac. Mick, son copain, l'aborde, et plein de sollicitude en voyant sa tronche, lui demande s'il a replongé. Yvan ne se méprend pas, ce n'est pas de la mer que s'inquiète son copain, mais de produits nocifs. Mick le met en garde.

Pourtant, c'est bien de la drogue que son sac contient, un volumineux paquet de petits paquets, des savonnettes ça s'appelle, enrobé dans du plastique qu'il a recueilli alors qu'il était au tri des poissons, le chalut remonté. Un ballot qu'il a caché, ne désirant pas partager sa découverte. Seulement Kosquer l'a vu et il essaie de l'alpaguer. Plus rapide Kermeur s'enfuit avec son baluchon, le nez écrasé, mais sain et sauf. Sauf que Kosquer est un être vindicatif.

Joss, la compagne de Kermeur, travaille dans un poulailler industriel, de nuit, dans les plumes, la fiente, la puanteur. Souvent ils ne font que se croiser, comme ce matin alors qu'il rentre chez lui. Elle aussi croit qu'il a repiqué au truc, mais il lui explique vaguement sa pêche miraculeuse, et sa décision de rencontrer un grossiste qui pourrait lui acheter sa marchandise un bon prix et lui permettre de retaper son rafiot à lui.

Seulement, entre les souhaits et la réalité, il faut compter sur les impondérables, nombreux, qui se dressent comme la quille d'un navire lors d'une tempête mais qui s'immerge immédiatement pour disparaître quasi complètement à moins que la houle la fasse réapparaître, et ainsi de suite jusqu'à ce que les éléments gagnent leur partie de cache-cache, ou pas.

 

Laissez-vous embarquer dans cette aventure pseudo-maritime bretonne avec comme guide Denis Flageul, qui en bon Breton qui se respecte aime la mer quoique étant issu de la campagne. Et il en parle mais par la bande, comme un longe-côte, s'intéressant plus aux rivages, aux ports, aux bateaux, aux hommes, et à la pêche.

Des images poétiques qui se bousculent dans un univers de violence, celle-ci s'invitant partout, s'immisçant dans les moindres recoins, alimentée par la drogue, l'alcool, ou autre.

Justement, la drogue. J'ai pensé au début, encore un roman sur la drogue, avec mode d'emploi à l'appui. Non, Denis Flageul évite cet écueil, pour se concentrer sur les personnages, sur leur antagonisme, sur le besoin de rédemption de l'un, la jalousie envieuse d'un autre.

Un court roman reposant, qui ne donne pas le mal de mer, mais fouette quand même comme les embruns lors d'un mascaret.

 

Denis FLAGEUL : Pêche interdite. Collection Polaroïd. Editions In8. Parution 9 juin 2017. 80 pages. 12,00€.

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 08:59

Coucou, coucou, fait moi peur...

Maurice LEVEL : La Peur et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants.

Moins connu que son cousin Marcel Schwob, Maurice Level aura bénéficié de son vivant d'une aura littéraire importante et son œuvre composée essentiellement de contes, sera traduite en plusieurs langues, en anglais, en américain dans la mythique revue Weird Tales, en portugais, en italien, en suédois et même en finnois.

De nos jours, il est quelque peu oublié ou méconnu, pourtant ces textes valent largement le détour, à l'instar de ceux de Guy de Maupassant dont il était un fervent admirateur, ou encore d'Edgar Poe et de quelques autres.

Si l'on dissèque quelque peu les nouvelles ici présentées, on s'aperçoit que Maurice Level joue peu sur le fantastique, mais plus sur la peur, le frisson, la terreur, l'angoisse, l'épouvante. Des faits anodins qui prennent soudain une importance primordiale et délétère dans le quotidien d'un personnage. Et à part dans L'Allée et L'Aveugle, rédigés à la troisième personne du singulier, tous les autres contes sont écrits à la première personne, comme si Maurice Level narrait des aventures personnelles, dont ses amis ou connaissances en furent les victimes.

 

Dans La Peur, le narrateur qui est procureur de la République recueille les confidences, les aveux d'un homme malade et qui avoue un meurtre. Ce sont dans quelles circonstances ce crime a été perpétré, et pourquoi, qui donnent du sel à cette historiette datant de ses débuts en écriture. Comme le fait justement remarquer Philippe Gontier dans ses notes à la fin de chaque texte, ce quatrième conte publié de Maurice Level, emprunte à des thèmes déjà exploités, mais tout en lui offrant une intrigue différente.

L'Aveugle, comme son titre l'indique, met en scène un non-voyant qu'accompagne une jeune femme, Louise, son épouse depuis cinq ans. Si lui aime ce tendron à lui confié par ses parents avant de décéder, pour Louise c'est une charge que de vivre à longueur de journées, et surtout de nuits, avec cet homme prévenant mais vieux. Un conte cruel qui s'inspire des technologies relativement nouvelles pour l'époque.

Le Fou est ainsi appelé à cause de son humeur sauvage, et c'est par hasard que le narrateur fait sa connaissance. Marchant sur le chemin des douaniers, alors qu'il fait nuit, le narrateur dérape et risque de chuter dans le vide. Le Fou, qui marchait non loin, le sauve et l'emmène chez lui et lui raconte son histoire, celle pour laquelle il s'est retiré du monde. Un texte morbide dont l'origine est l'adultère, thème fort prisé de tous temps et qui prend ici une résonnance particulière.

On, met également en scène un homme qui s'est retiré près de la mer, dans une maison sur la falaise. Il écrit à son ami, le narrateur, que des bruits étranges se produisent à intervalles réguliers dans sa maison et il en devient fou. Dans une ambiance surnaturelle, ce conte propose toutefois une explication logique à ces événements, mais la superstition est parfois plus forte que le cartésianisme ou le rationnel.

Le surnaturel est également l'un des ressorts prévalant dans Le tigre du major Atkinson, mais une explication logique est avancée lors de l'épilogue, avec toutefois une dose de scepticisme comme reliquat. Comme souvent, même s'il est démontré que telle manifestation ne peut se réaliser que d'une façon, un doute subsiste et c'est sur cette incertitude que joue Maurice Level et qu'il construit ses histoires .

 

Après une introduction due à Philippe Gontier, chaque texte bénéficie de notes, de petits suppléments fort utiles apportant des éclairages intéressants sur leur origine, le contexte, leur parution, leur analogie avec d'autres contes et nouvelles. Ces notes qui émanent d'un amateur cultivé, passionné, érudit, sont ce que l'on pourrait appeler la cerise sur la gâteau et forment comme un entracte entre deux textes.

Jean-Luc Buard, en véritable rat de bibliothèque, terme amical à l'encontre d'un chercheur infatigable, recense pour chaque texte les différentes parutions dans les divers journaux et magazines avec date et numérotation, ainsi que les diverses traductions et parution étrangères. Un travail de fourmi pas toujours reconnu à sa juste valeur et qui méritait d'être salué ici.

Enfin l'article Maurice Level vu par ses contemporains, dont Colette et Paul Reboux, clôt cet ouvrage qui devrait avoir une suite, du moins c'est ce que j'espère.

 

Sommaire :

La peur

L'aveugle

Le fou

La photographie

On ?...

A neuf mille sept cents mètres

Babel

L'allée

La bonne mère

Le tigre du major Atkinson.

 

Maurice LEVEL : La Peur et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants. Collection Terreurs anciennes N°2. Editions Clef d'Argent. Parution juin 2017. 120 pages. 9,00€.

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 07:56

Hommage à Léon Groc, journaliste et

romancier populaire, décédé le 19 juin 1956.

Léon GROC : L'homme qui fait chanter les astres.

N'ayant pas sous la main son rédacteur scientifique attitré, le chef des informations du journal pour lequel travaille Claude Frimas remet au journaliste un carton d'invitation pour assister à une séance organisée par le professeur Lefort.

Claude Frimas se rend donc à la Maison de la Chimie et est le témoin d'une manifestation qui déborde du cadre programmé. En effet, le professeur Lefort, Membre de l'Institut, doit capter la lumière des astres, en l'occurrence celle de la Lune, et transformer ces ondes lumineuses en ondes sonores.

Parmi les nombreuses personnalités, politiques et scientifiques présentes, Claude Frimas retrouve un ancien condisciple du lycée Louis-Le-Grand. S'il est étonné d'être ainsi en présence de Jacques Couvrigny, qui à la suite d'un héritage tient une exploitation agricole près de Senlis, la raison lui est aussitôt fournie en apercevant Claire Duperrier, fille du célèbre professeur du même nom, et pupille de Lefort. Elle est accompagnée de sa mère, forte matrone aux appas abondants et dont la réputation d'être peu farouche la précède. Et Couvrigny couve des yeux Claire, un amour passionné qui date de leur adolescence.

Lefort subjugue l'auditoire, mettant dans l'ombre, d'ailleurs la lumière est éteinte dans l'hémicycle, son disciple et assistant André Maillane, autre ancien condisciple de Frimas. Tous se sont plus ou moins perdus de vue depuis de nombreuses années, chacun suivant son chemin, différent de celui des autres.

Une mélopée traînante s'élève d'une boîte mystérieuse, un rayon de lune se frayant un passage jusqu'à l'estrade, un son grave puis rapidement aiguë. La vibration d'un projectile se fait entendre et le professeur Lefort s'écroule. Aussitôt la lumière est rétablie, et le professeur est emmené dans une pièce adjacente. Il a reçu dans le cou une fléchette dont la pointe a été enduite d'un poison mortel.

Un commissaire de police arrive immédiatement sur place, et Frimas qui, en sa qualité de journaliste avait pu pénétrer dans la pièce, est immédiatement refoulé. Toutefois, il a le temps d'entendre Maillane présenter Claire comme la fiancée de Lefort. Le statut de pupille s'est donc transformé en celui de fiancée ?

En attendant l'arrivée du Parquet, Frimas retrouve Couvrigny et comme tout le monde est consigné dans l'enceinte, il a le temps de lui narrer les derniers événements, dont la façon dont est mort Lefort. Or, Couvrigny se promène avec une canne qui peut se transmuer en sarbacane le cas échant. Et comme il fréquente une compagnie d'archers dans sa région, nul doute qu'il devient rapidement un présumé coupable; même s'il s'en défend. De plus il possède un mobile, celui de la jalousie, puisque le statut de Claire a évolué. Comme tout le monde est fouillé à la sortie, Couvrigny spontanément signale la particularité de sa canne, et il est embarqué séance tenante.

Frimas, contrairement à ses confrères, relate les faits dans un sens favorable à Couvrigny, avec l'aval de son chef de service, et il va pouvoir suivre l'enquête officiellement. Il assiste à la conférence de presse organisée par le juge, conférence à laquelle assistent Maître Vallon l'avocat et Raymonde sa secrétaire stagiaire. Raymonde est une petite bonne femme énergique et avenante qui remercie Frimas d'avoir défendu Couvrigny, d'autant qu'elle est redevable au présumé coupable d'avoir pu poursuivre ses études à la mort de ses parents.

Raymonde requiert l'aide de Frimas pour se renseigner sur le passé, apparemment trouble, de Lefort. Elle a déjà posé des jalons en passant une petite annonce dans les journaux, concernant un supposé testament rédigé en faveur d'une personne injustement lésée, et une récompense est promise à qui pourra fournir des renseignements fiables. Les réponses ne manquent pas et Frimas est chargé de les trier et de mettre les affabulations de côté.

Il s'ensuit que quelques personnes peuvent témoigner que Lefort était un individu ne s'embarrassant pas de principes. Un peintre, un pur artiste comme il se définit mais qui n'est qu'un rapin raté habitant la proche banlieue, peut témoigner de la malhonnêteté de Lefort dans son domaine scientifique, et c'est ainsi que Sigismond Bricard, Raymonde et Frimas vont mener à bien leur enquête pour définir qui est le véritable coupable et ses motivations.

 

Si au début on peut s'attendre à un roman de science-fiction, L'homme qui fait chanter les astres est un véritable roman policier, de facture classique certes, mais dont l'intrigue est fort bien menée.

Un suspense qui s'inscrit dans le thème de Cherchez la femme, avec des prémices de meurtre en chambre close, en présence de quelques centaines de personnes. L'arme du crime est rapidement découverte, une fléchette empoisonnée, mais ce qui importe réside dans la façon dont elle a été propulsée, et par qui bien évidemment. Le pourquoi étant un des composantes du problème.

Pas de blabla inutile mais des indices qui peu à peu apparaissent, sans pour autant dévoiler la solution qui ne traîne pas en longueur. Comme bon nombre de romans d'énigme et de suspense de cette époque, l'auteur s'attache à son intrigue et ne se perd pas en considérations oiseuses ou en scènes de violence ou de sexe.

Et redécouvrir Léon Groc, c'est possible, grâce aux Moutons électriques qui proposent des rééditions de romans en version EPUB ou comme celui-ci en version papier.

 

Première parution : collection Le Masque Jaune N°322. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 1941.

Première parution : collection Le Masque Jaune N°322. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 1941.

Réédition collection La Cagoule N°42. Editions La Bruyère. Parution 1948.

Réédition collection La Cagoule N°42. Editions La Bruyère. Parution 1948.

Léon GROC : L'homme qui fait chanter les astres. Edition Les Moutons électriques. Version luxe à tirage limité. Parution 24 novembre 2016. 146 pages. 30,00€.

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 07:33

Vous les femmes...

Patrice DUPUIS : Le sang des femmes.

Avec une plume tendre teintée d'empathie et d'humour noir féroce, Patrice Dupuis nous invite à vivre trois histoires de femmes, complétées par deux portraits sous forme de prologue et d'épilogue, le tout dans une unité de lieu.

Certains oseraient qualifier les femmes qui sont présentées dans cet ouvrage d'erreurs de la nature. Pour mon compte je préfère le terme de femmes d'exception.

 

Dans la première de ces nouvelles, La serrure à secret, Electre et Ambre sont deux sœurs très attachées l'une à l'autre. Mais elles sont pourvues toutefois d'un caractère différent, et la cohabitation est souvent difficile.

 

Le Lazaret, c'est l'abbatiale sise en Provence, un ancien établissement construit depuis des siècles sur l'emplacement d'un château-fort médiéval, et transformé depuis longtemps en hôpital particulier. Elle abrita des lépreuses, et de nos jours, ce sont des jeunes filles et jeunes femmes qui y vivent. Virginie vient d'être nommée directrice par la fondation qui gère l'institut et elle est reçue par Géraldine, qui fut la secrétaire de la précédente, et gardera son poste si la nouvelle le veut bien. Alix, la bibliothécaire chargée de l'assister dans ses nouvelles fonction, Alix n'est pas sans charme, mais elle est dépourvue de seins. Seuls ses mamelons pointent de façon sensuelle sous sa robe largement échancrée qui laisse voir des scarifications en forme de croix sur sa poitrine. Elle guide Virginie dans le déambulatoire, une magnifique bibliothèque renfermant des ouvrages précieux et des toiles et des sculptures à caractère subversif. Mais Alix souffre d'une affection, rentrée en temps normal, mais qui peut se développer pour peu qu'elle la sorte de son enveloppe.

 

Une pause dans l'éternité prend son origine dans la découverte d'un vieux coffre en bois de châtaignier que Virginie entreprend de faire restaurer par une artiste italienne. Un coffre qui renferme en son sein des documents se rapportant à une certaines Magdalène, abbesse du monastère dans les années 1320 et qui fut considérée comme une réincarnation de la Vierge-Mère.

 

Trois nouvelles donc qui se complètent et qui ont pour thème la femme, la Femme, meurtrie dans sa chair, dans son sang, dans son corps et dans son esprit. Trois très beaux textes complétés par un prologue et un épilogue qui forment un écrin, mettant en valeur ces trois nouvelles sensibles, parfois dérangeantes oh combien humaines.

Patrice Dupuis est une voix, ou une plume, singulière dans le domaine du conte, et qui justifie pleinement l'ancienne acception du roman dit noir et qui aujourd'hui est nommé gothique. Et la Femme qu'il érige en héroïne n'est pas la poupée souvent encensée, la femme naïve ou ingénue ou au contraire la femme fatale se jouant de l'homme. C'est la Femme meurtrie...

Patrice DUPUIS : Le sang des femmes. Collection KholekTh N°34. Edition Clef d'Argent. Parution mai 2017. 106 pages. 9,00€.

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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 06:46

Il y a vraiment de quoi perdre la tête !

Serge RADOCHEVITCH : Hôtel Les Embruns.

Comme ce cadavre découvert par deux joggeurs en pleine forêt près de Verincourt. Déjà, découvrir un macchabée n'est pas de la plus grande réjouissance, mais lorsque la tête de celui-ci est fichée sur un piquet, il y a de quoi défaillir soi-même.

Les policiers et le SAMU arrivent rapidement sur place. Les secours pour emmener la joggeuse à l'hôpital, les représentants des forces de l'ordre pour établir les premières constatations.

Le joggeur lui n'a pas perdu la tête, il a pris en photo le spectacle, envoyant les clichés sur son ordinateur. Seulement, le gamin resté à la maison ouvre la messagerie, découvre la scène et en informe immédiatement ses copains sur les réseaux sociaux. Et comme de bien entendu, cette annonce se propage telle une traînée de poudre.

 

Simon Bielik, journaliste, séjourne à l'Hôtel Les Embruns avec sa compagne Amélia qui se produit au théâtre de la ville pour quelques représentations d'une pièce de Shakespeare. Or le décapité n'était autre que le serveur de l'établissement, un jeune homme qui a connu quelques vicissitudes lors de sa jeunesse. Les pensionnaires habituels de l'hôtel sont présentés à Simon Bielik et sa compagne, et entre eux règne une certaine connivence.

Les déclarations malheureuses, les suppositions avancées par le procureur puis par le ministre de l'Intérieur, qui jettent l'opprobre sur des islamistes, mettent de l'huile sur le feu, particulièrement dans le Quartier Nord, un quartier sensible. Simon ne peut laisser passer une telle occasion pour rédiger un papier pour l'organe de presse pour lequel il travaille et se rend donc en taxi sur les lieux. Il parlotte avec le chauffeur qui lui indique qu'un certain Moussa pourrait lui être utile comme guide.

Et en compagnie de Moussa, Simon assiste à des débordements qui ne proviennent pas, contrairement à ce qu'affirment les autorités, des résidents de ce quartier et principalement des habitants d'une barre d'immeubles où vivent des réfugiés et des migrants. Caillassages, incendies de voiture, bagarres de rue, et même quelques victimes à déplorer. Simon va être amené à déposer et sympathiser avec un policier qui non plus ne prend pas les déclarations de ses supérieurs pour parole d'Evangile, ou de Coran.

 

Deux pistes s'offrent à la sagacité de Simon Bielik, et incidemment aux forces de l'ordre. Celle d'islamistes désirant faire un coup d'éclat, ou celle d'anti-islamistes laissant régurgiter leur haine de l'étranger et assoir leur position raciste. A moins qu'une troisième piste se profile, celle d'individus soucieux de profiter des événements pour détourner l'attention de leurs petites magouilles, de leurs trafics, de leurs méfaits, leurs forfaits, leurs crapuleries, pour ne pas dire plus.

Serge Radochevitch joue avec le lecteur, l'emmenant dans des chemins détournés pour mieux le perdre, plaçant son intrigue sur le fil du rasoir, tout en gardant une idée précise de ce qu'il veut insinuer, tout en laissant la possibilité d'extrapoler.

Naturellement, il met en avant les pratiques délictueuses de certains affidés d'Affront National, mais également la propension des responsables de l'autorité et du ministre de l'Intérieur à jeter l'opprobre sur certaines catégories d'immigrés, uniquement dans un but politique, voire électoraliste. Des jugements à l'emporte-pièce.

Le style narratif peut, au départ, déconcerter le lecteur. Les dialogues inclus dans le corps de texte, ainsi que les pensées de certains des protagonistes, obligent à une petite gymnastique qui s'avère pas désagréable du tout, apportant un rythme dénué de platitude.

Retour en cellule. Réfléchir. Il était dans un sacré merdier. Il avait tué un mec. Non, pas un mec, un Arabe, c'est vrai monsieur le juge, je le reconnais, mais c'était pour faire plus propre, parce que, ce Selim, c'était rien qu'une raclure de trottoir, un pouilleux de clodo, y'en a un qui a dit, faut nettoyer au karcher et l'autre, dehors les migrants et tous les musulmans qu'Allah nous envoie, alors moi, je n'ai fait que suivre, comment vous dire, ces recommandations, mais je n'ai peut-être pas bien compris, c'est vrai, j'suis pas très malin, monsieur le juge ! Jackou dans sa cellule, en rigole tout seul en revoyant la tête du juge quand il lui a sorti son baratin.

Serge RADOCHEVITCH : Hôtel Les Embruns. Collection Borderline. Editions Territoires Témoins. Parution le 11 mai 2017. 184 pages. 18,00€.

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 14:10

Une réédition bienvenue, en espérant que ce ne sera pas une Fin de série...

Christian RAUTH : Fin de série.

Auteur d’un Poulpe, La Brie ne fait pas le moine, acteur, scénariste, et créateur de séries, Christian Rauth, né le 9 mai 1950, possède plusieurs cordes à son arc. De ses activités comme acteur pour le cinéma on retiendra Rue Barbare ou Omnibus, film dont il est le co-auteur avec Sam Karmann le réalisateur. Pour la télévision, révélé avec Navarro, série pour laquelle il interprète un mulet de Roger Hanin, avec Sam Karmann et Daniel Rialet il créera deux séries : Les Monos avec Daniel Rialet et surtout Père et Maire toujours avec Daniel Rialet.

Aussi le monde des tournages, il connait bien et c’est tout naturellement que ce second roman s’inscrit dans le petit monde des séries télévisées. Lors du tournage d’un épisode de Monti dans les studios de la Capelette à Marseille, une série à succès ayant pour interprète vedette Eddy Ordo, acteur imbu de lui-même et de sa notoriété, la scène 97 vire au drame. Pourtant tout était bien réglé, l’accessoiriste avait tout vérifié, n’empêche que la bavure s’étale en trainées sanglantes autour des deux comédiens qui s’affrontaient en théorie virtuellement mais qui gisent dans les décors préfabriqués.

Au tapis Ordo, mais aussi Lucas Kalou, le jeune acteur prometteur mais trop rare. Lucas, selon les premiers renseignements pris et les conclusions hâtives des policiers dirigés par le lieutenant Plume, aurait abattu Ordo puis se serait suicidé. Lucas se serait vengé après les humiliations et vexations subies de la part de la star et dont Ordo était coutumier.

Rob Marin, qui tenait le rôle de l’inspecteur Garcia dans la série, n’est pas du tout d’accord et décide d’endosser le personnage de Garcia afin de démontrer que Lucas, son ami et son presque frère, n’était pas le tueur désigné, et de découvrir le véritable coupable.

Le dossier est classé trois jours après le meurtre et le pseudo suicide sur les directives de Picot, le directeur national de la police. Le lieutenant Plume n’envisage pas de le rouvrir malgré les insistances de Rob Marin. Mais cet incident a entrainé un dommage collatéral, l’arrêt de la série et la mise sur la touche des acteurs. Rob effectue de nombreux voyages entre Paris, où il possède un appartement et Marseille où il réside pour le tournage de la série. Rob relève certaines incohérences dans la mise en scène du meurtre et dans les déclarations. Et lorsqu’il essuie deux balles en roulant en moto et sort d’un mini coma à l’hôpital, rescapé grâce au port de son casque, il se doute qu’il devient gênant.

Conclusion à laquelle adhère Plume qui va l’aider dans ses démarches, peut-être parce qui lui aussi possède un passé qu’il ne peut oublier. Par bribes, par déduction, avec l’aide d’un spécialiste du laboratoire scientifique de la police, cela commence à s’emboiter tout doucement mais le chemin est long et parsemé d’embûches.

Plume le flic sympa et torturé, Ramon qui est né avec des grains de sel dans la bouche d’où sa perpétuelle pépie qui lui tourneboule les neurones, Galli, le croque-mort qui se déplace en fauteuil roulant et Juliette, l’une des figurantes qui incarnait une fliquette et est hospitalisée depuis dans une clinique psychiatrique, complètent la galerie de personnages qui évoluent dans cette histoire dont on sait que la genèse se trouve en Galicie occidentale en 1944. Je ne vous dévoile rien puisque cette scène figure en prologue.

 

Un excellent roman qui nous entraîne dans les coulisses du tournage des séries télévisées, et l’on ne peut s’empêcher à l’ambiance des Navarro.

Certaines scènes s’inscrivent comme de petits morceaux d’humour, parfois décalé, et les divers protagonistes se montrent sympathiques, sauf quelques-uns, mais je ne vous dirais pas lesquels.

Un bon moment de détente, ce qui n’empêche pas Christian Rauth d’exprimer quelques vérités qui sont bonnes à dire. Peut-être pourra-t-on relever ça et là quelques poncifs, qui ne prêtent guère à conséquence et qui s’inscrivent logiquement dans la trame.

C’est aussi une ode à l’amitié, et l’ombre de Daniel Rialet, disparu trop tôt, plane sur ce roman. Et l’on met à rêver à d’autres épisodes ayant Rob Marin, Galli, Plume et Juliette comme personnages principaux, à moins que cela devienne un jour une série télévisée. On peut rêver...

Première édition : Editions Michel Lafon. Parution mai 2010. 348 pages.

Première édition : Editions Michel Lafon. Parution mai 2010. 348 pages.

Christian RAUTH : Fin de série. Collection Polar. Editions De Borée. Parution le 15 juin 2017. 8,90€.

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 08:37

La curiosité n'est pas un défaut, c'est une qualité, surtout chez un journaliste...

Jean CONTRUCCI : L'affaire de La Soubeyranne.

Il suffit qu'un spectacle annoncé à grand renfort de publicité soit interdit par les autorités municipales et préfectorales pour que le public se presse pour assister à cette représentation devenue privée.

En cette fin d'après-midi du 20 mai 1909, et n'écoutant que son courage, Raoul Signoret se rend jusqu'à Palama afin d'assister dans l'enceinte du domaine de la Soubeyranne à cette exhibition prometteuse de sensations fortes. Car du courage il en faut pour grimper jusqu'à Château-Gombert en bicyclette puis d'affronter la masse compacte des curieux qui se pressent à la grille du château du sieur de Saint-Aubin. Heureusement il retrouve son vieux confrère Robert Bonnefon, l'ancien photographe du Petit Provençal devenu le correspondant du village où il est installé. Le Cirque romain comme si vous y étiez promet des sensations fortes, le combat entre des tigres de Sumatra et des taureaux du cru, importation directe d'Espagne. Passons rapidement sur cette galéjade, dans laquelle s'immisce Fourneron, le commissaire de police du quartier de la Rose venu avec ses estafiers expulser les privilégiés qui ont obtenu des places dans l'enceinte grâce à de bons gros billets émis par la banque de France, et arrêter l'imprésario et l'importateur de fauves, organisateurs du spectacle, malgré l'opposition de Saint-Aubin, le propriétaire des lieux, face aux forces de l'ordre et retrouvons-nous une semaine plus tard sur la route qui mène à la Baume Loubière.

En effet ce petit reportage a ravivé les souvenirs de Raoul Signoret, lorsque, enfant, il avait visité les grottes Loubière, non loin de Château-Gombert, en compagnie de son oncle le commissaire principal Eugène Baruteau qui suppléa son père décédé. En avant Simone et voilà donc la famille Signoret en promenade pour une balade pédagogique. Seulement lorsque Adèle et Thomas, les enfants, Cécile, l'épouse, arrivent en vue de l'entrée des fameuses grottes, elles sont murées. Et d'après Raoul, c'est tout récent, le ciment des joints étant encore à peine sec.

Raoul se renseigne auprès d'un horticulteur-restaurateur qui siège non loin. Effectivement la grotte a été bouchée un peu plus d'une dizaine d'années auparavant, suite à la découverte du corps d'une gamine violée puis assassinée. Raoul avait occulté cet épisode qui n'avait pas trouvé d'aboutissement mais le ciment frais l'intrigue. Il en informe Bonnefon et tous deux accompagnés du garde-champêtre descellent les briques et font une macabre découverte. Deux petits corps n'attendent plus les secours, vu qu'ils sont morts. Immédiatement ils établissent une corrélation avec l'affaire précédente, mais après autopsie, il s'avère que les points de ressemblance n'existent guère. Les deux gamins, garçon et fille, possèdent le type méditerranéen, ont les mains usées, et l'autopsie révèle qu'ils sont décédés d'une absorption de poison provenant de graines d'origine asiatique à effet foudroyant. Personne ne réclame les gamins, personne ne signale leur disparition, comme s'ils n'avaient jamais existé.

Raoul Signoret, fortement intéressé par ce drame assiste à l'enterrement des deux gamins. Bien entendu au premier rang de l'église, Saint-Aubin siège avec quelques compagnons, dont les prometteurs du spectacle avorté. Il a longtemps vécu en Cochinchine où il était diplomate et a magouillé d'où sa fortune. Mais sa femme est absente, d'ailleurs plus personne ne la voit depuis quelques temps. A la terrasse d'un café, Raoul assiste à l'expulsion d'un ivrogne, l'oncle de la première petite victime, qui profère des mots dont le journaliste ne comprendra la signification que plus tard. De même que le mot laissé dans son taudis lorsque le corps de l'homme est retrouvé pendu. Tout concourt à un suicide, mais on ne sait jamais. De même Raoul remarque une belle femme qui se trouve être la lavandière de Saint-Aubin, et qu'il sera amené à suivre lors d'une rencontre inopinée.

 

L'intrigue imaginée par Jean Contrucci n'aurait pas la même consistance, comme dans la plupart des œuvres d'imagination, si elle ne s'inscrivait pas dans des lieux précis et des événements réels ou transposés fictivement. Ainsi le tremblement de terre du 11 juin 1909 à Marseille, appelé aussi séisme de Lambesc, permet à Raoul Signoret de se trouver au bon moment sur le passage de la lingère de Saint-Aubin, un incident qui va favoriser son enquête en partie.

De même la prochaine tentative de Blériot de la traversée de la Manche en avion est évoquée, ainsi que la venue de Sarah-Bernhardt qui doit interpréter le rôle de l'Aiglon, dans la pièce de Jean Rostand, et qui donne lieu à un échange humoristique entre le chroniqueur théâtral et Raoul. Raoul s'esclaffe à l'idée que la comédienne de soixante et quelques années puisse jouer le rôle d'un jeune homme de vingt ans. Un peu comme si aujourd'hui un réalisateur de cinéma demandait à Gérard Depardieu de se mettre dans la peau de James Dean avant son accident de voiture.

Des faits historiques qui donnent du volume à l'histoire concoctée par Jean Contrucci. L'enquête menée par Raoul Signoret l'entraîne dans les milieux italiens, les Babbis, réfugiés napolitains mal intégrés la plupart du temps mais qui sauront s'imposer dans leur nouvelle patrie, s'insurgeant par la suite de l'arrivée d'autres étrangers, mais ceci est une autre histoire comme l'écrivait Rudyard Kipling. Et c'est surtout le rôle des enfants de ces réfugiés, ou importés directement de Naples, leurs familles pensant qu'ils étaient promis à un bel avenir, qui est le moteur de cette intrigue.

Les savonneries, les huileries, les usines de souffre, les filatures qui emploient de la main d'œuvre à très bon marché, des gamins importés d'Italie et réduits en esclavage, c'était ce qui prévalait à Marseille, mais dans d'autres régions françaises. Depuis, les industriels ont évolué et ont délocalisé leurs manières d'engranger de l'argent facilement et de nos jours, de nombreux pays d'Asie ont adopté cette économie de marché. Les patrons en veulent toujours plus, mais cela ne date pas d'aujourd'hui.

Première édition : Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 4 mars 2015. 400 pages. 19,00€

Première édition : Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 4 mars 2015. 400 pages. 19,00€

Jean CONTRUCCI : L'affaire de La Soubeyranne. Série Les nouveaux mystères de Marseille. Réédition Le Livre de Poche. Parution le 14 juin 2017. 416 pages. 7,10€.

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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 08:32

Chassera les nuées de l'hiver et de l'obscurantisme ?

Gabriel JAN : Le Printemps des Magiciens.

Conteur et poète, Nosiel entreprend la rédaction des tribulations qu'il a effectuées en compagnie de son ami Darion, durant leur jeunesse. Ces Chroniques du Grand Pays sont destinées à entretenir la mémoire du passé pour la plus grande édification de Thébor, le fils de Darion âgé de presque dix ans.

Darion, fils d'Ysorne qui fut en son temps preux chevalier puis cabaretier, parcourt le pays depuis cinq ans en compagnie de Nosiel et de Golsaf, le Méditeur, son maitre et père spirituel. Aujourd'hui, Darion est âgé de vingt-deux ans tandis que Nosiel en a trois de plus. Golsaf, qui semblait éternel, sent sa fin venir. Il lègue à Darion, lequel est promit à un bel avenir, une bague sertie d'une pierre parfaitement sphérique, pure comme le diamant, l'Œil d'Astrée. Et cette bague peut devenir une arme redoutable, à condition de s'en servir avec prudence, car son utilisation demande une grande dépense d'énergie, et cela pourrait être préjudiciable à Darion voire même le priver durant un laps de temps plus ou moins long du Don qu'il porte.

Golsaf est un Magicien, et Darion, même s'il n'est pas encore en possession de tout son art, doit continuer et réussir dans l'entreprise qui animait le mourant. D'abord Darion doit retrouver un autre magicien, Sholon, qui lui expliquera comment repousser les assauts des Ailes Sombres, les Mange-Lumière, les lambeaux de nuit qui effraient les gens simples, et qui pour l'heure ne représentent pas une grande menace. Mais si ces lambeaux de nuit parviennent à s'organiser, ce serait la ruine sur le Grand Pays.

Mais une autre mission attend Darion. Il doit venger son père qui a été la victime des soldats de Mohav cinq ans auparavant. Depuis Mohav règne en dictateur sur son royaume, méfiant envers les étrangers, dénonçant les magiciens, imposant le culte des trois dieux, Luctabal, Nictabal et Gothoor, fanatisant son armée et ses sujets.

En chemin Darion et Nosiel rencontrent un homme qui erre, à la recherche de la méditation, et espère qu'un jour le Printemps des Magiciens secouera le joug infligé par Mohav. Un Printemps des Magiciens pour lequel œuvre aussi Darion. Mais Lothar, tel est le nom de ce magicien en errance, avoue qu'il est dominé par Phem, un Magicien qui utilise son Don à des fins maléfiques.

C'est donc, qu'investit de trois missions, juguler les méfaits de Mohav d'un côté, de Phem de l'autre, et annihiler le regroupement des lambeaux de nuit, des Ailes sombres, que Darion va pérégriner, en compagnie de Nosiel ou seul, d'un bout à l'autre du Grand Pays. Il va connaitre de nombreuses aventures, souvent périlleuses, obligé de se servir de son Don, faire alliance avec des rebelles, connaître l'amour et les trahisons, la gloire et les revers, commettant des erreurs. Mais il sera également confronté à la dualité, son esprit étant envahi par le Mal.

C'est ce parcours que Nosiel narre, soit à la première personne lorsqu'il est directement impliqué en compagnie de Darion, ou à la troisième personne lorsqu'il rédige sa chronique d'après des témoignages de Darion ou d'autres interlocuteurs.

 

Le Printemps des Magiciens est un conte philosophique qui pourrait être une parabole sur certains événements passés, plus ou moins proches, et ce roman publié en 2014 nous renvoie à une élection récente avec ce peuple des Insoumis. Mais les Insoumis décrits dans ce roman ne sont que ceux qui ne veulent pas se soumettre à une religion imposée, celle des trois dieux.

D'un côté un dictateur, imposant sa politique religieuse et sectaire, de l'autre un Magicien dont les dons ne servent qu'à asservir la population, tous deux rêvant de gloire et d'hégémonie. Et les Ailes Sombres appelés aussi lambeaux de nuit figurent la nuit qui s'étend sur un pays à cause du refus de la connaissance. Un peu Nuit et Brouillard.

Les Magiciens représentent la science qui peut se transformer en bienfait ou méfait selon l'utilisation qui en est faite, Mohav étant l'incarnation de la régression.

Depuis 1972, il n'avait alors que vingt-six ans, Gabriel Jan a écrit de très nombreux romans de science-fiction, d'angoisse, historiques, policiers, mais c'est bien dans le domaine de la Fantasy qu'il donne sa pleine mesure. Avec Le Printemps des Magiciens, dont le décor est un pays imaginaire ancré dans une époque médiévale, il a écrit un roman épique éblouissant, que l'on peut lire avec de la magie dans les yeux, ou en essayant de décrypter les messages que l'auteur désire délivrer. C'est un peu l'apologie de l'union entre les hommes à condition que cela serve l'humanité, à tendre vers un monde meilleur, entreprise louable mais pas toujours comprise. D'ailleurs je vous invite à découvrir le portrait de Gabriel Jan en suivant le lien ci-dessous, situé sous quelques chroniques de ses précédents ouvrages.

 

Et pour commander ce roman, vous pouvez vous adresser directement sur le lien des éditions Rivière Blanche.

Gabriel JAN : Le Printemps des Magiciens. Collection Blanche N°2115. Editions Rivière Blanche. Parution mars 2014. 364 pages. 22,00€.

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 08:02

Qu'est-il de pire pour un écrivain que le syndrome de la page blanche ?

Daniel CARIO : Les yeux de Caïn.

Celui de ne pas retrouver son vocabulaire, d'être obligé de rechercher ses mots, d'utiliser la fonction synonymes sur son ordinateur.

Peu à peu Lucas Macaire, romancier quinquagénaire renommé sent son lexique lui échapper et si au début il n'y prête guère attention, bientôt cet état lui pèse. Une situation qui l'handicape.

Sa femme Michèle, plus jeune que lui de dix ans, architecte travaillant chez elle pour un cabinet, s'inquiète. D'autant que ses absences mémorielles s'amplifient et peu à peu il devient dépendant. Il n'est plus que l'ombre de lui-même, ne marchant plus, ne se souvenant de rien, devenant inexorablement une loque, ratatiné dans son fauteuil.

Le couple est ami avec Levesque, un neuropsychiatre qui accepte d'étudier ce cas qui n'atteint théoriquement que les personnes plus âgées. Et après des examens, un texte que doit écrire Lucas sans se relire et sans recourir à un subterfuge quelconque, la dégénérescence neuronale de Lucas est démontrée. Les premières fois, l'expérience est probante, mais sans plus, mais plus le temps passe, rapidement, le texte devient rapidement une rédaction de gamin, puis du grand n'importe quoi. Le verdict tombe : maladie d'Alzheimer.

Un stage à l'hôpital est envisagé, mais pour Lucas, c'est comme si sa femme l'abandonnait. Une autre solution est envisagée. Levesque connaît un directeur de recherche qui vient de mettre au point une molécule susceptible de redonner la mémoire à Lucas. Mais celui-ci est de plus en plus atteint et il faut à Michèle et au neuropsychiatre employer des ruses pour que celui-ci soit soigné.

Un séjour à l'hôpital ne pouvant être envisagé dans l'état actuel, Lucas sera soigné à son insu dans une dépendance de l'établissement qui pour l'occasion est transformée en chambre d'hôtel. Lucas est accompagné par Michèle, comme si le couple partait en vacances. Le risque réside lors des promenades du patient dans le parc, mais Lucas est trop affaibli pour se promener. Une infirmière, jouant le rôle de serveuse, lui fait ingurgiter des boissons droguées et lorsqu'il est endormi, lui fait des injections hypodermiques contenant la molécule. Et comme Michèle est présente, le malade se méfie moins.

La molécule est efficace, trop peut-être. Lucas recouvre sa mémoire et même plus, seulement un inconvénient s'installe. Il souffre de migraines terribles. Mais s'il ne prend plus son traitement, il retombe dans son manque de mémorisation. Bientôt Lucas est en proie à de subites réminiscences, des reviviscences qui s'imposent comme des images issues de son enfance. Peut-être même d'avant. Comme des agressions qui entraînent le couple jusqu'à Guéret puis à Montluçon sur la piste d'yeux vairons, comme ceux que possèdent Michèle. Pas vraiment vairon, mais une hétérochromie qui donne à Michèle un charme particulier. Un cœur marron est dessiné dans ses iris vert.

 

La première partie du roman est axée sur la longue dégradation de Lucas, longue relativement puisqu'elle s'étale sur quelques mois. Et le lecteur se surprend à souffrir avec ce héros atteint d'une maladie de plus en plus courante qui atteint le cerveau et lui obère les souvenirs proches.

Le processus de perte de mémoire nous pend aux yeux et l'on est en droit de se demander, parfois lorsque l'on cherche un mot, si nous ne sommes pas atteint de cette maladie neurologique insidieuse.

Si cette partie repose plus sur l'aspect psychologique et les rapports du patient avec sa maladie, la seconde nous entraîne sur la piste d'un tueur en série et le ton change, même si Lucas se trouve confronté à un problème qui le touche particulièrement. Une seconde partie qui nous emmène du côté de Stephen King, avec une approche légèrement fantastique, tout en relevant du domaine policier.

Autant la première partie est intimiste, la seconde est plus mouvementée et donne le frisson. Un roman agréable qui nous offre une autre facette du talent de l'auteur, évoluant entre Bretagne, Creuse et Allier.

Daniel CARIO : Les yeux de Caïn. Groix Editions & Diffusion. Parution mai 2017. 384 pages. 14,90€.

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 10:08

Je ne suis pas un héros

Mes faux pas me collent à la peau

Je ne suis pas un héros...

Frédérique TRIGODET : An American Hero.

Pas facile de devenir un écrivain lorsqu'on a connu une enfance perturbée. Pourtant ce n'était pas l'envie ni le désir de se hisser au sommet des ventes avec des piles de livres sur les étals et d'entretenir une petite cour d'écrivaillons qui lui manquait.

Seulement devenir écrivain ne s'improvise pas, on en couche pas des mots sur le papier à la simple demande d'un rêve. Alors, afin de ne pas se déconnecter du monde du livre, il essaie de devenir bibliothécaire. Mais les examens de passage, ce n'est pas son truc. Pourtant il bûche l'oral, l'écrit, tout en effectuant de petits boulots. Il faut bien manger quand même.

Résigné, il laisse les années s'écouler, jusqu'au jour où il prend en stop, l'ancêtre du covoiturage, un individu, ancêtre des hippies, pas très net question propreté et peut-être encore moins net dans sa tête. Bref le genre de personnage qu'il vaut mieux éviter, et qu'il prend quand même à bord de son véhicule. Il lui paie même un petit-déjeuner. Un bienfait qui n'est pas perdu. L'homme fait à notre narrateur une proposition honnête et inattendue.

 

Frédérique Trigodet rêvait-elle d'être un homme et de devenir un jour écrivain célèbre ? Pour se muer en homme, c'est peut-être trop tard, quoi que avec les progrès de la science médicale, rien n'est perdu. Mais devenir un écrivain célèbre, disons qu'elle a déjà parcouru quelques étapes, et que ce n'est pas près de terminer en eau de boudin.

En effet, elle est déjà l'auteur de quelques nouvelles chez Madame Ska, cinq au total, mais ce n'est pas fini, du moins c'est une supposition qui n'engage que moi. Et si vous être curieux, que vous lisez les magazines féminins, ce qui n'est pas rédhibitoire malgré les réticences de quelques pseudos intellectuels qui dénigrent tout sans savoir, sans comprendre, sans avoir lu ni même s'y intéresser un tant soit peu, persuadés qu'ils sont les détenteurs de la Vérité, si donc vous lisez des magazines féminins genre Nous Deux, vous pouvez retrouver le nom de Frédérique Trigodet parfois au sommaire. Et là non plus, ce n'est pas fini puisque de nouvelles publications sont prévues.

Quant à ceux qui crachent dans la soupe sans l'avoir goutée, des auteurs comme Jean-Marie Palach, Brice Tarvel et André Caroff ont fourni des nouvelles pour ce magazine, et ce ne sont pas les seuls. Mais comme c'était sous d'autres pseudonymes...

 

Frédérique TRIGODET : An American Hero. Collection Noire Sœur. Nouvelle numérique. Editions SKA. Parution Juin 2017. 14 pages. 1,99€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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