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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 14:27

Un héros qui rend Marteau !

 

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En 1967, dans son livre 70 years of best-sellers, Alice Payne Hackett établissait la liste des romans policiers ou assimilés qui avaient obtenu le plus de succès aux Etats-Unis. Ce sont dans l’ordre :

J’aurai ta peau de Mickey Spillane. 5 390 105 exemplaires.

Dans un fauteuil, toujours de Spillane. 5 089 472 exemplaires

Pas de temps à perdre, encore de Spillane. 4 916 074 exemplaires.

Arrivent ensuite : Charmante soirée ; Nettoyage par le vide ; En quatrième vitesse ; Fallait pas commencer, toujours et encore de Spillane, tous titres qui dépassaient les 4 500 000 exemplaires. Enfin, en huitième position, apparait Ian Fleming, puis Erle Stanley Gardner. Je rappelle que cette liste se limitait aux seuls Etats-Unis et était arrêtée en 1967. Joli palmarès, n’est-ce pas Monsieur Spillane ?

Mike Hammer, le héros de Spillane, continue à faire recette et l’on peut se demander pourquoi et comment.

Lorsque parait en 1947 la première aventure de Mike Hammer et le premier roman de Spillane, la guerre est terminée depuis deux ans, mais dans les esprits elle est toujours vivace. Un besoin se fait sentir tant en France qu’aux Etats-Unis. En France la Série Noire de chez Gallimard et Un Mystère aux Presses de la Cité comblent un vide en publiant les auteurs américains, ou supposés tels, et aux Etats-Unis le mythe du héros pur et dur est tenace. L’exutoire à la violence est canalisé par héros de papier interposé. Comme l’écrit Spillane Le lecteur a besoin d’un héros auquel il puisse s’identifier tout en restant confortablement assis dans un fauteuil, dans la tranquillité médiocre de sa maison. Mais Spillane, s’il a conquis de nombreux lecteurs, en a choqué plus d’un aussi car on l’a taxé de fasciste, d’antiféministe, d’esclavagiste même envers la gent féminine, et d’anticommuniste primaire, étant l’apologiste de la violence et du sexe. Beaucoup de défauts pour un seul homme. Et beaucoup, c’est trop. Cela reflète-t-il pour autant la vérité ?


spillane.jpgQue ceux qui n’ont jamais ressenti une sourdespillane2.jpg violence face à un sentiment d’injustice dirigée à l’encontre de leur pays, de leurs amis ou de leur honneur, lève le doigt. On a reproché l’antiféminisme de Spillane et même d’avoir fait poser nue sa femme, sur la couverture de son roman Le Dogue. Un reproche que curieusement l’on ne fait pas aux peintres qui affichent sur leurs tableaux les appâts charnels de leur femme ou de leurs maitresses.


Mais par l’entremise de son héros, Spillane sait se montrer digne, puritain, dans un certain sens, et même popote. Ainsi, dans J’aurai ta peau, Hammer désire venger la mort de son ami Jack lâchement assassiné. Il refuse de coucher avec la femme qu’il aime avant le mariage et se propose même à aider de laver la vaisselle refusant toutefois de porter un tablier, au cas où quelqu’un viendrait et le verrait attifé dans cette tenue.

Comme le fait si bien remarquer Jean-Claude Zylberstein dans sa présentation, toute une cohorte de censeurs se sont indignés que Hammer, expédiant une balle de 45 à la belle Charlotte, réponde à la question de celle-ci : Comment as-tu pu ?, en disant ça a été facile. C’est oublier un peu vite le contexte et l’intégralité de cette phrase. Ça a été facile, prétendis-je. Prétendre c’est affirmer, mais aussi oser donner pour certain, sans nécessairement convaincre autrui. En était-il convaincu lui-même ?

Et l’on se rend compte que certains auteurs, aujourd’hui encensés, se montrent dans leurs romans, plus violents, plus cyniques, plus machistes que l’était hier Mickey Spillane.

 

Les quatre premiers romans contenus dans ce fort volume ont été traduits par G. M. Dumoulin. Dans un courrier il m’a raconté l’anecdote suivante :

Lorsque je suis tombé sur le premier de la série Mike Hammer (I, the jury) je besognais dans une maison aujourd’hui disparue, les éditions du Portulan. Ils étaient sur le point de refuser le bouquin. Ça leur paraissait horrifiant : trop érotique, trop violent. Moi je trouvais ça intéressant… Et s’il y a un auteur dont j’ai été le prometteur en France, c’est bien Mickey Spillane. Il ne faut pas oublier que cela se passait tout de suite après guerre. Les éditeurs n’étaient pas vraiment au parfum et le métier d’agent littéraire commençait à peine à s’organiser… Alors j’ai proposé le bouquin aux Presses de la Cité et Sven Nielsen a réagi dans l’instant bien qu’à l’époque il n’ait pas eu de collection policière. Duhamel qui de son côté dirigeait la Série Noire chez Gallimard, a réagi avec plus de retard. Il m’a fallu lui annoncer que le bouquin n’était plus disponible. Du coup, pendant deux ou trois ans j’ai été sur la liste noire de la série Noire.

 

Petite question subsidiaire : Si Mickey Spillane avait été publié à la Série Noire, les grincheux auraient-ils tenus des propos acerbes sur cet auteur américain ?

 

 

Mickey SPILLANE : Mon nom est Mike Hammer. Préface de Jean-Claude Zylberstein. Editions Omnibus. 1024 pages. 27€.

Comprend : J’aurai ta peau ; Pas de temps à perdre ; Dans un fauteuil ; Fallait pas commencer ; Baroud solo.

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 14:01

Sous leurs airs bonasses, ce sont des prédateurs !

 

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Isa est une femme de tête qui dirige d’une main de fer derrière un sourire velouté l’entreprise familiale, Redon Electronics. Et elle n’apprécie pas les dépenses inconsidérées. Même si c’est sa sœur Alice, sa cadette, qui lui réclame sa quote-part. Isa veut procéder à des investissements et les dividendes redistribués ne seront pas aussi conséquents que l’année précédente. Ce qui met Alice en rage, car quoiqu’elle ne travaille pas dans l’entreprise, elle réclame son dû pour mieux le dépenser. Elle procède au chantage mais Isa possède du répondant, la discussion est close mais les ressentiments restent.

Mathias, le mari d’Alice, est responsable du département recherches tandis que Jean-Luc, l’époux d’Isa est préposé aux dépenses, devant finaliser les dossiers d’investissements. Si Mathias est assidu à son travail, ne comptant pas ses heures de bureau, Jean-Luc est plus dilettante, mais un rapport demandé, exigé par Isa, n’attend aucune souffrance.

Un mois après l’algarade entre les deux soeurs, alors qu’ils sont tous trois en plein labeur, réflexion, cogitation et calculs, un appel téléphonique provenant de la brigade de gendarmerie de Cluses, en Haute-Savoie, les informe qu’Alice vient d’avoir un accident grave. Très Grave. Elle était partie pour quelques jours s’isoler dans le chalet familial, mais elle ne reviendra pas. Sa voiture est tombée dans un ravin. Les secours n’ont retrouvé qu’une carcasse calcinée. Mathias est effondré et rentre chez lui dans un état de semi inconscience. Il préfère rester seul malgré les conseils de sa belle-sœur. Mais celle-ci a besoin de lui. Des papiers à signer, une histoire d’héritage afin que les actions d’Alice ne reviennent pas à sa sœur, ce qui mettrait l’entreprise en difficulté financière. Un méli-mélo juridique auquel il se prête avec mauvaise grâce, tout en sachant que son héritier sera Julien le jeune fils d’Isa. Tout doit rester dans la famille.

Quelques semaines plus tard, alors que JL, Jean-Luc en abrégé, est engagé dans une compétition de golf, Isa propose à Mathias de l’aider à se séparer des affaires d’Alice. Tandis que Mathias vide le placard à chaussures, et il a du travail le pauvre à déménager les dizaines de paires qui y sont entassées, Isa découvre des sous-vêtements dont elle ne soupçonnait pas sa sœur de posséder. Des trucs sexys tendance sadomaso. Mathias trouve un coffre, qu’il porte dans sa chambre, ne gardant que des livres et des disques. Isa veut parler de sa sœur, avouer à Mathias des petits secrets qu’il ignore mais qu’il doit connaître maintenant. Mathias et Alice se sont mariés le même jour qu’Isa et JL, mais auparavant Alice et JL couchaient ensemble. Et oui ! Mathias décide d’ouvrir le coffret à l’aide d’un tournevis.

Quelques semaines plus tard, Isa, JL et leur gamin Julien, surveillé par Vicka, une jeune fille au pair Russe, ainsi que Mathias qui les a accompagnés, se reposent en la maison familiale de La Garde-Freinet, au dessus de Saint-Tropez. Ils prennent des vacances méritées qui devraient apaiser Mathias.. JL en profite pour faire la cour à Vicka, c’est dans sa nature, il n’en changera jamais. La rentrée se profile, et la veille du départ d’Isa et JL, Mathias se décide de parler seul à seul avec son beau-frère. Et ce qu’il lui annonce met JL dans l’embarras et en colère. C’est le moment de mettre les choses au clair En effet Mathias annonce qu’il sait tout des relations entre Alice et JL, avouant même que c’est lui qui a provoqué l’accident de voiture grâce à ses connaissances en informatique. Cette histoire pourrait s’arrêter là, mais il ne s’agit que du début d’une sombre machination, d’une manipulation menée de main de maître par l’auteur du roman.

Car tout comme Boileau-Narcejac, ou encore Louis C. Thomas, dans leurs meilleurs romans, et il y en eut beaucoup, Claude Charles construit savamment son intrigue, mêlée de suspense psychologique. Si le début est un peu long à se mettre en route, par la suite ce ne sont que coups tordus dont on ne mesure la portée qu’après coup. Il est juste dommage que l’épilogue soit moins machiavélique que l’intrigue. On aurait pu s’attendre à un retournement de situation alambiqué, avec révélations fracassantes, mais l’auteur a préféré jouer dans le classicisme, le conventionnel, avec une fin probable. Mais non dénuée de raisonnement et de finesse.


Claude CHARLES : Fauves entre eux. Collection Dépendances. Editions Territoires Témoins. 176 pages. 17€.

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 07:18

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En mars 1914, à Saint-Pétersbourg, les meurtres se suivent et se ressemblent. Presque. Deux hommes abattent froidement dans la rue un nommé Goulko, le premier utilisant un revolver, l’autre achevant le travail avec un couteau. D’autres meurtres sont ainsi perpétrés, dont celui de Yastrebov.

De nombreuses conjectures sont avancées. Le nom des soi-disant brigades combattantes du Parti socialiste-révolutionnaire, mais également les Centuries noires, des agents allemands, ou même un mari jaloux pourraient être à l’origine de ces crimes. Beaucoup d’hypothèses, mais rien de bien avéré. Les regards sont surtout tournés vers le prochain tournoi d’échec qui doit se dérouler traditionnellement dans la cité.

Rozental, considéré comme un vainqueur potentiel, mais atteint d’instabilité psychologique, devient le client du psycho-neurologue, le docteur Spethman, à la demande d’un ami commun, le violoniste international Kopelzon. Spethman est veuf depuis quelques mois et vit avec sa fille Catherine, âgée de dix-huit ans. Et ce n’est pas sans surprise que celui-ci voit débarquer un jour un policier du nom de Lychev, qui l’accuse du meurtre de Yastrebov. Le jeune homme, un étudiant, détenait parmi ses papiers une carte de visite au nom du psychanalyste. Spethman et sa fille déclarent ne pas connaître ce personnage, aussi Lychev, qui n’est pas convaincu, revient chez eux avec la tête du mort plongée dans un bocal de formol.

Commencent alors les ennuis pour le docteur et fille. Deux individus s’introduisent dans son cabinet, dérobant le dossier Rozental, puis Spethman et Catherine sont emmenés en prison, où Lychev tente de les faire parler. En vain. Ils sont relâchés mais toujours sous surveillance, malgré les interventions du père d’Anna, une jeune femme qui bientôt finit sur le canapé de Spethman. Malgré les assertions de Lychev, qu’il n’avait pas voulu croire, le docteur à la désagréable surprise d’apprendre par sa fille qu’elle couchait avec Yastrebov. Pas pour l’amour, mais pour le sexe a-t-elle soin de préciser. Débute alors pour le lecteur une passionnante mais terrible partie d’échecs, au propre comme au figuré. Spethman n’est qu’un pion entre divers adversaires qui se succèdent, ou s’interférent, se bousculent autour de cet échiquier dont les pièces représentent crime et amour, politique et psychanalyse. Et de pion il doit se transformer en grand maître pour conclure une partie acharnée, dont l’issue oscille entre les divers camps.

De ce roman dont l’histoire se déroule quelques mois avant le début de la Première guerre mondiale, et quelques années avant la chute du régime tsariste et la révolution bolchevique, on retient surtout cette aversion non déguisée des Russes pour les Juifs, et principalement envers les Juifs polonais. Une haine, une répulsion, une hostilité qui se retrouvera quelques dizaines d’années plus tard et dont nous connaissons aujourd’hui encore les méfaits par gestes et paroles, atteintes physiques à la personne et déclarations tapageuses. Une chasse aux sorcières qui se perpétue aujourd’hui, à la plus grande honte de tous. Les non initiés comme moi au jeu d’échec ne seront pas perdus, quant aux amateurs, ils se délecteront avec la partie en cours et trouveront peut-être une solution avant l’épilogue.


Ronan BENNET : Mat. (Traduction de Danièle Mazingarbe. Réédition de Sonatine Editions – 2009). Editions Pocket. 352 pages. 7,20€.

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 14:32

Et si Sherlock Holmes devait sa célébrité grâce à Wiggins ?

 

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Être réveillé en pleine nuit par un fantôme au visage blafard, n’est pas du tout du goût de Wiggins, lequel est apeuré par cette apparition. Après tout ce n’est encore qu’un gamin impressionnable même s’il vit des aventures dangereuses.

Wiggins se rend rapidement compte que son prétendu spectre n’est autre que Sherlock Holmes, le détective le plus génial qui ait jamais existé !

Sherlock doit s’absenter pour une durée indéterminée et il confie à Wiggins la mission de surveiller quelques anarchistes dont certains membres se sont glissés dans les rangs de l’aristocratie. Un Prince Russe en ferait partie. Et cela inquiète fort le gouvernement de sa Gracieuse Majesté (avez-vous remarqué que les majestés féminines sont toujours gracieuses ?) qui a demandé à Sherlock d’enquêter. Seulement il ne peut surveiller tout ce petit monde seul aussi il a pensé à Wiggins et à ses camarades, les Irréguliers qu’il a déjà prévenus. Une anticipation qui ne plait guère par ailleurs à Wiggins qui n’aime pas être devancé.

Wiggins doit surveiller plus particulièrement Robert, l’un des fils du Comte Petticoat, qui se conduit d’une façon étrange. Par exemple, lorsqu’il sort de chez le Prince, Robert note dans un petit carnet quelque chose. Quoi ? Sherlock aimerait bien le savoir.

De son côté Sherlock est sur la piste du plus grand criminel de tous les temps, c’est lui qui l’affirme, surnommé le Napoléon du crime.

Seulement Wiggins ne peut se promener dans le quartier huppé de Knightsbridge où réside Robert Petticoat ni le filer affublé de ses loques. Alors il invente un prétexte auprès de sa mère, qui est cuisinière chez de riches personnages, et celle-ci lui promet de lui dégotter à la cave des vêtements qui ne servent plus et sont en meilleur état que ceux qu’il porte. Sa filature est exténuante car l’Honorable Robert marche beaucoup, court souvent, allant de Chelsea, le quartier des artistes, jusqu’au port, sur les docks, prenant des notes, puis se rendant dans un théâtre pour finir dans une arrière salle d’un cabaret assister à des combats de coqs. Et ces pérégrinations peuvent s’avérer dangereuses, surtout lorsqu’une grue laisse un ballot s’échapper qui manque l’écraser. Et c’est ballot !

Wiggins consigne dans un petit carnet tous les personnages avec lesquels a échangé quelques mots l’Honorable Robert et cela va d’un docker étranger à un spectateur de combats de gallinacés, en passant par une ouvreuse de théâtre et un policier.

Le lendemain, alors qu’il reprend péniblement sa filature, un gamin lui dérobe un mouchoir de soie constituant sa panoplie. Et Wiggins est embêté car lorsqu’il devra rendre les effets empruntés, sa mère s’apercevra du manque. Alors il poursuit le jeune rouquin et parvient à le rattraper. Allan est un petit Irlandais exilé qui pensait gagner sa pitance à Londres, formé à l’école des pickpockets. Wiggins propose alors à Allan de l’aider, le matin à vendre les journaux, ce qui constitue son principal moyen de revenus, mais aussi de l’assister dans sa filature. Il lui offre même de dormir au dessus de sa chambre chez son voisin, un Ecossais. Un Ecossais, le comble pour Allan qui lui est Irlandais ! Malgré sa répugnance affichée il se laisse convaincre.

Soulagé Wiggins peut continuer le travail à lui confié par Sherlock et suivre l’Honorable Robert dans ses déplacements qui sont toujours divers et variés. Eprouvants aussi, et heureusement que Wiggins possède en Allan une aide efficace.

Au bout de quelques jours, l’Honorable Robert décide de se rendre à la National Gallery. Wiggins le suit, bien naturellement mais pas de rencontre ce jour là ni de discussion avec un inconnu. Ils baguenaudent l’un derrière l’autre, Robert examinant les tableaux, Wiggins tentant de se cacher derrière les piliers afin de ne pas se faire remarquer. Jusqu’à l’heure de la fermeture, prévenus par un gardien. Le lendemain, Wiggins se rend chez Sherlock afin de lui demander de lui octroyer une avance, car les « faux » frais montent vite, mais seul Watson est présent. Le bon docteur se montre bon prince et lui accorde une petite avance. En rentrant à Whitechapel, soit à plus de six kilomètres de Baker Street, à pied, pas de dépenses inutiles, il est abordé par un de ses camarades qui lui annonce qu’un tableau a été dérobé durant la nuit à la National Gallery. Ô my God, pourrait s’exclamer Wiggins, car le directeur du musée offre 50£ à qui retrouvera Le Cardinal Richelieu, la peinture dérobée. Un véritable pactole s’il pouvait mettre la main dessus.

Et pendant ce temps, que devient Sherlock ? Il vaque probablement, sûrement même, à ses affaires, mais je ne vous en dirais pas plus. Si on veut apprécier un roman, mieux vaut ne pas trop en savoir au départ afin que le suspense soit préservé.

 

Si tout tourne autour de Wiggins, une fois de plus, c’est normal : après tout Béatrice Nicodème a décidé que ce serait lui le héros de ses histoires, qui, entre parenthèses, prennent de plus en plus de consistance. Mais le lecteur se trouve également dans une ambiance à la Charles Dickens. Le jeune Allan nous fait penser un peu à Oliver Twist et son apprentissage auprès de Fagin de voleur à la tire. Mais le décor s’impose, un décor qui selon les tableaux entraine le lecteur dans les quartiers miséreux de la capitale ou dans les secteurs chics. Sans oublier la misère subie par les gamins des rues, obligés de chaparder car ils sont orphelins et n’ont généralement pas d’autres moyens de subsistance.

Une aimable récréation pour les adultes qui cultivent la nostalgie de leurs lectures juvéniles, et apprécient les histoires mettant en scène Sherlock Holmes.


Dans la même collection, lire de Béatrice Nicodème : Wiggins et le perroquet muet; Wiggins et la ligne chocolat;  Wiggins chez les Johnnies; Wiggins et les plans de l'ingénieur.


Béatrice NICODEME : Wiggins et Sherlock contre Napoléon. Editions Syros, collection Souris Noire. 192 pages. 6,50€.

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 17:12

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En 1871, après la débâcle de l’armée française face aux troupes prussiennes, l’Alsace et la Lorraine sont annexées à la Prusse qui deviendra par la suite l’Allemagne. La défaite de l’Allemagne lors de la guerre 14/18 permit à la France de récupérer ces deux provinces. Seulement, les autochtones se sentaient plus Allemands que Français, surtout ceux nés après 1870, des affinités entretenues par la langue alsacienne. En effet le parler alsacien est beaucoup proche de l’allemand que du français. Après la signature de l’armistice, de nombreux Alsaciens réclamèrent l’autonomie et l’indépendance. Or l’état français commit de très graves erreurs qui encouragèrent cette mouvance.

Ainsi selon leurs origines parentales, les Alsaciens-Lorrains sont munis de cartes, sortes de cartes d’identité, qui leur permettent ou non d’exercer certains métiers tels que fonctionnaires, et surtout d’être considérés comme bons Français.

De la carte A, délivrée aux Alsaciens-Lorrains dont les parents et grands-parents sont nés en France ou en Alsace-Lorraine, donc catalogués comme bons Français, en passant par les cartes B et C jusqu’à la carte D, attribuée à ceux qui ont des ancêtres allemands, autrichiens, hongrois, les différences sont fondamentales. Les porteurs de la carte D, les maudits, même nés en Alsace, sont considérés comme des étrangers.

Petit aparté. Depuis la loi Sarkozy sur les cartes d’identité françaises, un Français né à l’étranger doit prouver sa filiation et la nationalité française de son père, ce qui est pour certains un véritable casse-tête. Je le sais, j’ai été concerné et ai dû attendre trois mois pour obtenir ma nouvelle carte d’identité, sur l’ancienne figurait pourtant la mention Nationalité française, comment voulez-vous que bon nombre de jeunes des banlieues confrontés à ce problème se sentent profondément attachés à la France. Fin de l’aparté.

C’est donc dans ce contexte malsain, que de nombreux Alsaciens s’érigent en dissidents et se réfugient en Suisse ou en Allemagne. Et forcément ils sont des proies faciles attirées par la suite par les discours hitlériens. Ils complotent afin que d’autres Alsaciens-Lorrains les suivent dans leur entreprise, et c’est ainsi que le Docteur Karl Roos est amené à rejoindre leur association.

Pour cela il doit faire ses preuves, démontrer sa bonne foi, son engagement. Lors d’une réunion à Berlin, en avril 1920, il déclare à ses hôtes, Robert Ernst qui prépare une thèse sur l’insertion des Alsaciens-Lorrains exilés dans la vie économique allemande, et Liselotte Meyer, qu’il aime l’Allemagne ainsi qu’au colonel Haushofer qui participe à cette soirée. Il a quarante-deux ans, est Alsacien, son père était instituteur, il est docteur en linguistique et a ouvert une école privée de commerce. Il a servi sous les couleurs allemandes, comme la majorité des Alsaciens, et a été décoré de la Croix de fer allemande de 1ère classe. Et il en est fier déclare-t-il à Robert Ersnt qui toutefois se méfie. Le colonel plaide sa cause, affirmant que Roos écrit très bien. Mais Ernst n’est toujours pas convaincu, lui demandant : Si vous jouez double-jeu avec les Français, pourquoi ne serait-ce pas pareil avec nous ?

Mais Roos possède des arguments : Depuis [la fin de la guerre], le ressentiment ne fait qu’enfler contre le gouvernement français. Il faut dire que tout nous sépare des Français, la religion, la langue et même notre manière de vivre est différente. Le peuple a faim, il en a contre la bourgeoisie. Et il enchaîne les récriminations contre le gouvernement français.

Il est prié de cacher son jeu, afin de pouvoir obtenir un poste élevé à l’intérieur de l’appareil français, et se montrer plus stratégique. Peu après Roos fonde l’institut des Alsaciens-Lorrains, rattaché à l’université de Francfort, et surtout, deux ans après son inauguration, il crée un service de presse d’Alsace-Lorraine et une revue mensuelle, Heimatstimmen, qui est lue dans toute l’Alsace.

Peu à peu il devient une figure politique en Alsace, et adopte un programme désirant rallier tous les autonomistes, qu’ils soient Flamands, Corses, Bretons… Ce qui débouche sur le procès de Colmar, mais ayant fui à Bâle il est condamné par contumace. Il obtient un procès en révision puis est élu au conseil municipal de Strasbourg.

Mais ce n’est pas fini, et Viviane Janoui-Benanti retrace méticuleusement ce parcours, insérant dans son récit le parcours et l’action du docteur Joseph Weil, chef de clinique à la faculté de Strasbourg. Il a lu Mein Kampf attentivement et met en garde ses compatriotes contre les dérives des propos et des écrits nazis. Il organise une résistance juive et accueille avec la complicité de Lazare Blum et de la communauté juive strasbourgeoise les réfugiés qui affluent en France. Il est à l’origine également au début des années trente d’un institut des Etudes Juives.

En coordination avec les services secrets français, il met en place un réseau de renseignements, sorte de contre-espionnage, qui aboutira à l’arrestation d’espions nazis.

roos.jpgC’est toute cette période d’entre-deux guerres qui est reconstituée, une période de troubles, de doutes, de guerre larvée durant laquelle les Alsaciens seront partagés entre deux systèmes, mais qui révèlera des hommes nobles, ne cédant pas aux chants des sirènes nazies. Seulement, aujourd’hui encore, des nostalgiques d’un régime font encore parler d’eux, dans différents domaines, surtout par haine du Juif. L’antisémitisme n’a jamais été éradiqué. Et il est difficilement compréhensible qu’un site dédié à Karl Roos puisse exister, en l’exposant comme un martyr car il reste une figure célébrée par les autonomistes.

Un livre à lire afin de se faire une idée précise sur cette époque, mais aussi sur les erreurs gouvernementales, erreurs qui se reproduisent dans les domaines de l’intégration par exemple, mais dont on ne remarque les conséquences que bien plus tard, lorsque le mal est fait.

 

A lire également de Viviane Janouin-Benanti  : Les diaboliques de Waldighoffen ainsi que La séquestrée de Poitiers.


Viviane JANOUIN-BENANTI : Le double visage du Dr Karl Roos. Nids d’espions en Alsace-Lorraine. Editions L’Àpart. 320 pages. 20€.

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 13:36

Si cela ne vous fait rien j'attendrai les suivantes !

 

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Val, de nationalité anglaise, a coupé les ponts avec ses parents, du moins avec son père qui lui reproche une peccadille, du genre de celle qui ne prête pas à conséquence sauf dans les milieux rétrogrades, et elle s’est exilée à Amsterdam. Elle poursuit des études de journalisme et pour assurer ses arrières, enfin pour subvenir à ses besoins, elle donne des cours de gym. Elle a posé en compagnie de Julian pour une affiche vantant les mérites des remises en forme. Depuis, cette affiche qui orne les murs de la ville lui sort des yeux. D’autant qu’elle vient d’apprendre la mort par assassinat de Julian, un ami, son ancien flirt. Pas de mobile, du moins apparent. Mais l’enquête dirigée par l’adjudant Van Duyl révèle que la personnalité de Julian était beaucoup plus complexe qu’il y paraissait. Val se rend souvent dans un bar où Julian jouait du saxo dans un petit groupe qui aurait pu connaître son heure de gloire. Val veut elle aussi découvrir l’autre facette de Julian, peut-être pour exorciser ses démons.


La première mort de Patrick Eris, alias Thomas Bauduret, est un roman tout en finesse jouant sur l’ambiguïté des êtres humains, sur leurs rapports, que ce soit familiaux ou sentimentaux. C’est aussi une balade hollandaise sur fond musical. Ce roman a édité en 2000 aux éditions de la Bartavelle puis réédité chez Atout Editions. Etait-ce nécessaire de le proposer chez un nouvel éditeur ? Oui car les romans qui connaissent le succès lord de leur édition en grand format renaissent en format poche. Alors serait-il anormal qu’un livre, qui n’a pas connu le succès lorsqu’il a été publié par de petits éditeurs manquant de moyens pour diffuser correctement leurs produits, soit à nouveau sur le marché ? Le livre est éternel et donc il doit être considéré comme tel, avec des réapparitions sur les étals. Il était annoncé comme le premier volet d’une trilogie, espérons que les deux autres opus nous serons proposés rapidement.

 

A lire de Patrick ERIS : Docteur Jeep; Fils de la haine; L'autobus de minuit; Histoires vraies sur les rails.

 

Patrick ERIS : La première mort. (Atout éditions Editions. Collection Pique Rouge. 2003). Editions Lokomodo. 256 pages. 7,50€.

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 14:13

Enquête sur le terrain, comme si vous y étiez !

 

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Le mythe, ou plutôt la véritable histoire qui n’a jamais connu de dénouement, de Jack L’Eventreur, alimente depuis plus d’un siècle l’imaginaire des romanciers, et les histoires confrontent leurs conjectures sans véritablement apporter de solution satisfaisante.

Du 31 aout 1888 au 9 novembre de la même année, cinq prostituées, ou cataloguées comme tel car elles ne recherchent souvent que quelque menue monnaie afin de se payer boisson alcoolisée, nourriture et endroit pour dormir, ont été égorgées, éviscérées, découpées, dans l’East-End de Londres, les quartiers de Whitechapel et de Spitalfields. Dont deux la même nuit, comme si leur agresseur n’avait pas réussi ce qu’il voulait entreprendre sur la première.

En septembre 1941 Londres ploie mais résiste sous les bombes lâchées par les bombardiers allemands survolant la capitale depuis des mois. C’est le Blitz. Les nombreux blessés sont dirigés vers les hôpitaux, dont le London Hospital situé dans l’East-End. Mary Amelia Pritlowe, infirmière-chef dans l’établissement vient de recevoir une lettre de son père décédé récemment. Une lettre testament dans laquelle il explique que Mary Amelia est la fille de Mary Jane Kelly, la dernière des cinq victimes de l’Eventreur.

Robert Pritlowe avait quitté Mary Kelly peu après la naissance de leur fille dont la garde était confiée à la mère, ou à une amie de celle-ci ou au père, selon les circonstances. Mary Kelly vivait avec Joe Barnett, fréquentait Maria Harvey, sa meilleure amie, devait plus d’un mois de loyer à John McCarthy, propriétaire de nombreux taudis, l’équivalent des propriétaires qui louent à prix d’or des pièces insalubres actuellement en France, les marchands de sommeil. Mary Jane Kelly n’avait que vingt-trois ans, était encore jolie et insouciante.

Robert Pritlowe avait récupéré définitivement la gamine âgée de deux ans après l’assassinat de Mary Kelly, et la petiote avait suivi son père en France, placée dans une institution près de Dieppe puis dans un établissement où elle a appris le métier d’infirmière. Durant la première guerre mondiale elle avait exercé dans l’Argonne puis était rentrée en Angleterre. Cette lettre émanant de son père la plonge dans le désarroi. Elle veut en connaître davantage sur sa mère dont elle ne se souvient pas, savoir réellement ce qu’il s’est passé en ces semaines tragiques, remonter la piste de l’agresseur. Venger sa mère en découvrant l’identité de son meurtrier. De nombreuses hypothèses ont été énoncées, notamment celle selon que le fameux Jack l’Eventreur serait issu de la Haute, mais cela ne lui suffit pas, et comporte un certain nombre d’aberrations.

Alors elle consigne dans des carnets, achetés spécialement à cette intention, ses différentes démarches effectuées notamment auprès de la Filebox society, qui conserve précieusement toutes les archives, articles de journaux, témoignages divers, photographies d’époque des victimes, des lieux. Elle s’inscrit à cette association qui ne comprend que des hommes, des ripperologues passionnés, et compulse tous les documents mis à leur disposition, parfois aidée par les membres eux-mêmes touchés par sa détresse et sa pugnacité.


MaryJaneKelly_Ripper_100.jpgEnserrés entre les différentes relations des recherches, des démarches, de ses relations avec les membres de la Filebox society, de ses réflexions, consignées au jour le jour ou presque, car les blessés et les malades n’attendent pas, d’Amelia Pritlowe, l’auteur effectue une véritable reconstitution historique des drames enregistrés. C’est ainsi que nous voyons évoluer tour à tour Mary Ann Nichols dite Polly, Annie Chapman, Elisabeth Stride, Catherine Eddowes et enfin Mary Jane Kelly ainsi que les voisins, les amies, les commerçants, les policiers, l’ombre du tueur lui-même. Mais les scènes de meurtres et ce qui précède ou suit, ne vaudraient guère si des événements extérieurs n’étaient pas retracés, placés dans un contexte de misère. Les ouvriers dépensent leur argent dans des pichets de gin aussitôt le maigre salaire encaissé, afin d’échapper à la réalité désastreuse.


Par exemple le défilé revendicatif des allumettières, les ouvrières des usines Bryant & May, le visage rongé, ravagé, par les projections de phosphore durant la fabrication des allumettes et qui réclament de l’argent à la place des denrées avariées fournies en guise de salaire. Un épisode émouvant de la détresse de ces ouvrières exploitées et qui sont confrontées aux gros bras, les contremaitres de la fabrique, armés de gourdins sous les yeux furieux de la direction et ceux impavides des policiers.

D’autres évocations sont plus amusantes, et utilisées par certains romanciers de la littérature policière à ces débuts. Par exemple le recours à l’optographie, phénomène qui consiste à prélever l’iris d’un œil afin de trouver l’image de l’assassin, image qui se serait plaquée sur la rétine au moment du décès de la victime. Ou encore le recours à l’induction hypnotique qui permettrait à Amelia de recouvrer la mémoire et retrouver certains souvenirs de sa vive enfance, alors qu’elle avait tout juste deux ans. Souvenirs qui devraient être enfouis mais pourraient remonter à la surface en procédant à une forme d’hypnose.

Ces encarts ne sont pas écrits selon la sécheresse des minutes des procès-verbaux rédigés par les greffiers lors des retranscriptions des différents témoignages des policiers, des voisins, des supposés témoins ou autres, mais possèdent une force d’évocation narrative vivante (?!).


Une fiction fort documentée qui amène l’auteur à proposer sa version concernant l’identité du meurtrier, identité évidente car tous les arguments développés se tiennent. Michel Moatti a été hanté par cette affaire et durant trois ans, il a arpenté les rues de Whitechapel, compulsant les dossiers de la Metropolitan Police de Londres, les archives de la presse britanniques de l’époque. Et les documents consultés sont réunis dans un carnet d’enquête, avec de nombreux ajouts, des notes prises sur le vif ( !), carnet qui est joint en annexe en ouvrage.

Un roman fort documenté qui repose sur des bases historiques solides et indéniables dans lequel la fiction s’interfère dans l’authenticité de faits réels et d’une déduction que l’on ne peut guère prendre en défaut. Un roman qui fera date dans le cercle des ripperologues et que tout amateur de littérature policière devrait lire.


Michel MOATTI : Retour à Whitechapel. HC éditions. 352 pages. 19,90€. avec en prime un carnet de notes de 32 pages.

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 13:34

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Depuis sa prime jeunesse Cédric est passionné par la S.F. et son père n’a jamais compris cet enthousiasme qui aurait pu conduire le gamin aux dernières extrémités.

Se prenant pour Peter Pan, il a un jour sauté par la fenêtre et Frédéric l’a reçu in extremis dans ses bras. Est-ce pour cela que Frédéric est parti, abandonnant femme et enfant ? Peut-être, mais ce n’est sûrement pas la seule raison.

Depuis, Christine élève seule Cédric, ressentant quand même un certain malaise. Car Cédric ne possède qu’un seul ami, Robbie le Robot, à l’origine une reproduction d’un personnage tiré du film Planète sauvage, une figurine qu’il conserve précieusement dans sa chambre. Robbie est devenu au fil des années une entité que seule Cédric peut voir et avec qui il dialogue dans sa chambre. Deux voix que sa mère entend à travers la porte, et elle pense que Cédric fait les demandes et les réponses. Le livre fétiche de Cédric est Facteur vie, d’un certain Roger Lancel, dont elle fait la connaissance au cours du Salon du livre, elle-même travaillant comme secrétaire dans une maison d’éditions, les éditions de l’Elan, spécialisée dans la vulgarisation scientifique.

Afin de mieux cerner la personnalité de son gamin elle demande conseil à Lancel et organise une rencontre à trois dans un restaurant. Lancel, auteur populaire reconnu, se pique au jeu, et entre Christine et lui s’établit une relation charnelle. Cédric est subjugué par son nouveau mentor, premier adulte qui le comprend. Lancel il est vrai ne réagit pas comme Frédéric, son père. Il ne l’insulte pas en le traitant de schizophrène ou de dingue. Lancel répond à ses questions, essaie de cerner la personnalité de Cédric, même s’il est plus ou moins convaincu que Cédric est atteint d’un dédoublement de la personnalité. Un jour que Cédric est à l’école, Frédéric déboule chez Christine, très en colère et ivre. Après avoir violé son ex, il repart empruntant l’escalier de secours, l’ascenseur étant occupé. Il se casse la figure et décède. Selon l’inspecteur Legris, les premières conclusions révèlent que cet accident aurait été provoqué. Pour Cédric, il ne peut s’agir que d’un mauvais tour de Robbie.

Mis sur la touche, on ne sait par quelle aberration, comme tous ses confrères dans les années 1990 par les éditions Fleuve Noir, G. Morris, alias Gilles-Maurice Dumoulin, prouve avec ce nouvel opus qu’il n’a perdu ni de sa verve ni de ses qualités de conteur. Le thème du double a été maintes et maintes fois traité dans le domaine de la S.F., pourtant G. Morris parvient à renouveler le genre. D’ailleurs il se met lui-même en scène, se transposant en double de l’écrivain, son premier titre S.F. étant justement Facteur vie, et en vieux professeur Deherassary, ce nom traduit du basque signifiant Vieux Moulin.

Le phénomène de dédoublement de personnalité, le lecteur ou le spectateur s’investissant dans le rôle de son “ héros ”, n’est pas seulement un sujet de roman, mais a déjà défrayé les chroniques. A un degré plus élevé, plus profond, parfois plus pernicieux que le simple attrait pour un personnage. Qui de nous ne s’est jamais pris pour Zorro, un gendarme ou un voleur dans les cours de récré, qui n’a jamais reporté son manque d’affection envers une peluche, une poupée, lui parlant comme à un confident, comme s’il s’agissait d’une personne en chair et en os ?

 

A lire également sur Action-Suspense quelques chroniques concernant des ouvrages de Gilles-Maurice DUMOULIN : Le bout de l'horreur, roman inédit, et trois titres de la collection Espionnage.


G. MORRIS : L’invasion silencieuse. Rivière Blanche 2039. Editions Black Coat Press. 172 pages. 16€.

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 15:44

Comme disait ma grand-mère, je préfère encore celui de mon mari, même s’il n’est plus tout jeune !

 

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Il faut que Claire se manifeste le jour même de son mariage, mais apparemment cela semble sérieux. Pas le genre de blague que pourrait faire une ancienne épouse qui a quitté avec pertes et fracas son mari.

Mais remontons quelque peu le temps.

Thomas Roussel, commissaire de police à Pau, est un dipsomane, addiction qu’il avait réussie plus moins à juguler. Mais lorsqu’il a appris que la petite Marie Langevin, qui allait avoir huit ans, avait été retrouvée au bord d’un gave violée, éventré, étranglé, il n’a pu tenir ses engagements. Un coup dur qui l’a fait replonger dans la bouteille d’alcool, quitte à s’y noyer. Marie était sa fille non officielle. Claire en a marre et après cinq années de vie commune, elle a décidé de partir, de poser ses valises et son cartable d’enseignante ailleurs.

Grâce à Délia, Thomas a refait surface et c’est le jour de ses noces que Claire a décidé de lui lancer un appel au secours. En pleine nuit, son portable sonne et Thomas entend Claire qui l’adjure de venir la délivrer. Elle est à Marseille, enfermée dans une cave, près d’une gare ou d’une voie ferrée. Des hurlements puis plus éloignée sa voix qui crie : El Capitan, El Capitan.

Malgré le fait que Claire l’ai quitté précipitamment cinq ans auparavant, Thomas ressent encore sinon de l’amour au moins une certaine affection et de la compassion. Au petit matin il téléphone au commissariat central de Marseille, demandant si par hasard un cadavre n’aurait pas été trouvé durant la nuit. Ce n’est pas par hasard, mais des cheminots qui ont découvert un corps calciné près de la gare de la Blancarde. Aussitôt il prévient qu’il arrive tout en assurant à Délia qu’il sera rentré à temps pour leur voyage de noce.

Après un rapide voyage à bord de son véhicule (il ne respecte pas la vitesse limite, avantage que le simple pékin ne peut se permettre) il arrive enfin sur le lieu du drame. C’est la commissaire Aïcha Sadia qui est en charge de l’affaire. Thomas Roussel, qui a demandé que personne touche à quoi que ce soit avant son arrivée la rejoint sur place en fin de matinée. Aïcha l’attend en compagnie de ses hommes et de son ami Sébastien, détective privé, ce qui ne l’empêche pas d’être de bon conseil. Le légiste procède aux premiers constats. La jeune femme a été assassinée par un coup à la tête, puis dénudée. Ses os ont été brisés puis elle a été brûlée à l’aide d’un lance-flammes. Une bague est retrouvée sous les restes. Une bague que Thomas connait bien puisque c’est lui qui l’a offerte à Claire Dandrieux. D’ailleurs il peut fournir son signalement et son parcours professionnel sans consulter ses notes. Signe particulier, Claire était passionnée par l’Espagne et connaissait tout de son histoire récente. Une passion qui confinait presqu’à une obsession, comme le soulignera un peu plus tard son ami Estéban, lui aussi universitaire spécialiste de l’Espagne.

Esteban révèle aux policiers que Claire rédigeait un livre sur le GAL, les escadrons de la mort d’inspiration franquiste à la solde du gouvernement espagnol. Et elle prévoyait des révélations qui mettrait à mal de très importantes personnalités de la scène politique, tant en France qu’en Espagne. D’ailleurs elle était persuadée que le premier ministre de l’époque Felipe Gonzales était, malgré ses dénégations, au courant des activités de ce groupement qui chassait, torturait, assassinait les membres de l’ETA basque. Ce livre risquait d’être une véritable poudrière.

L’appartement de Claire a été fouillé de fond en comble. Il ne recèle ni ordinateur, ni cartable, ni appareil photo. Tout a été passé au crible, les pièces sont dévastées. Seule une carte postale collée sur le réfrigérateur peut fournir quelques indications. D’ailleurs elle est adressée à Thomas et confirme en substance les assertions d’Estéban. De plus elle a écrit une phrase sybilline : Pense à notre histoire, à nos rêves inaboutis, à cette croisée des chemins que nous avons manquée…

Aucun doute pour Thomas, Claire faisait référence à un voyage projeté quelques années auparavant, alors qu’ils devaient effectuer un pèlerinage à Compostelle, en empruntant le chemin des pèlerins au cerrefour de Gibraltar. Il s’agit d’un ancien couvent près d’Ostabat dans le pays basque. Aussitôt Thomas Roussel, Aïcha Sadia, ses hommes et Sébastien son ami prennent la route en compagnie d’Estéban qu’ils doivent déposer à Montpellier. Alors qu’ils arrivent devant chez Estéban, son appartement est soufflé par une explosion de gaz. Plus tard au cloître des Franciscains, alors qu’ils interrogent un vieux moine, une grenade est lancée par la fenêtre dans la pièce où ils se trouvent. Aïcha, à l’esprit vif et aux reflexes salvateurs, leur préserve la vie. Ils sont bien sur le bon chemin.

Pendant ce temps, à Madrid, le général Vargas, alerte centenaire, est inquiet pour son arrière et unique petite-fille Leonora. Elle a été enlevée et les ravisseurs lui demandent une forte somme d’argent ainsi que la cassette de l’enregistrement de la réunion ayant eu lieu en 1986 entre les représentants des gouvernements espagnol et français.

 

Toute l’histoire est centrée sur le fantôme de Federico Garcia Lorca. D’ailleurs cette fiction ( ?) débute par l’assassinat, le 17 aout 1936, à Viznar près de Grenade du poète Federico Garcia Lorca par des franquistes, assassinat supervisé par un mystérieux militaire surnommé El Capitan qui se déplace à moto.

La collusion entre les états espagnols et français vis-à-vis de l’ETA et du GAL est décrite historiquement et des personnages d’état de l’époque apparaissent afin de crédibiliser une histoire qui n’est pas si fictionnesque qu’il en parait. La démocratie s’arrête là où commence l’intérêt supérieur de l’état, était la devise d’un ministre de l’Intérieur, que les lecteurs n’auront aucun mal à reconnaître. Un ministre dont l’accent est un mélange de Raimu et de Fernandel, accent qui avait fait rire les fonctionnaires lors de son investiture Place Beauvau, fonctionnaires qui avaient déchanté lorsqu’il avait fait appliquer la loi Sécurité et Liberté.

Gilles Vincent entrouvre les rideaux sur des scènes de la vie politique, sur des magouilles gouvernementales, sur les exactions fomentées par des groupuscules cautionnés et mis en place par le gouvernement espagnol, et ce que le lecteur peut apercevoir n’est pas joli-joli. Je me répète, fiction, oui, mais élaborée à base d’une solide connaissance des arcanes d’une guerre des tranchées pour réduire au maximum les aspirations des Basques. Si ceux-ci ont été amenés à perpétrer des attentats, des crimes envers les forces de l’ordre espagnoles, il faut avouer qu’ils ont été encouragés par les débordements du GAL.

Seul petit reproche à Gilles Vincent, cette propension, non pas à ce que ses personnages fument, après tout ils font ce qu’ils veulent, mais la répétition de : il (ou elle) sortit son paquet, fit claquer, ou craquer, son briquet, et alluma une clope, peut passer une deux fois mais que cela se reproduise au moins une vingtaine de fois dans le cours du récit devient fastidieux. Pourquoi ne pas écrire tout simplement : il (ou elle) alluma une cigarette. Bon, ce n’était qu’un petit accès de mauvaise humeur, vous pouvez passer rapidement sur ce chapitre, quant à moi, je vais m’en allumer une.

 

A lire du même auteur : Parjures.


Gilles VINCENT : Beso de la muerte. Jigal Polar. Editions Jigal. 248 pages. 18€.

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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 14:07

On peut très bien être moche et posséder une beauté intérieure, et inversement.

 

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Entre Georgette Vanderbiest et son mari Etienne, règne depuis quelques semaines un conflit qui ne demande qu’à enfler. Pourtant lorsqu’ils se sont mariés, tout allait pour le mieux malgré leur différence sociale. Elle n’est pas vraiment belle, un peu moche même, mais c’est la fille du riche professeur Ingold, lequel préside depuis quelque temps le conseil d’administration de la clinique Sainte-Anne à Anderlecht. Aujourd’hui elle est chef de service en neurochirurgie. Etienne était un sauvageon qui ne s’intéressait à aucun de ses condisciples, mâle ou femelle, et était d’extraction populaire. Persévérant il avait réussi ses études et maintenant il est responsable du service psychiatrique. Seulement depuis leur mariage, pour tous, il est Le Gendre. Les jaloux ne pouvant s’empêcher d’affirmer qu’il doit sa promotion à l’influence de son beau-père.

Lucien Raskin et Martine sont leurs meilleurs amis. Lucien est depuis peu employé en la même clinique comme kinésithérapeute. Martine occupe ses journées à peindre et elle possède un réel coup de pinceau. Mais elle vit dans un fauteuil roulant, handicapée des membres inférieurs depuis une chute de moto. Un accident alors qu’elle était derrière Lucien qui conduisait l’engin.

Tout irait pour le mieux si ce n’était qu’Etienne a surpris une conversation entre Lucien et Georgette qui pourrait s’apparenter à une déclaration d’amour.

Le vendredi soir du drame, car drame il y a, Etienne est de garde à la clinique mais avant que Georgette rejoigne le domicile conjugal, il fait amende honorable. Il lui avoue que depuis quelque temps il se montre injuste et même ignoble à son encontre.

Peu après Georgette est assassinée dans un parking, égorgée. Comme ça elle ne pourra plus effectuer de reproches si elle en avait eu l’intention. Son corps en enfourné dans le coffre de sa voiture.

Etienne, inquiet fait une déclaration de disparition auprès du commissariat le lundi, déclarant qu’il n’a pas eu de nouvelles de sa femme depuis le vendredi soir. Il n’avait pas réussi à la joindre au téléphone et comme il était de garde, il n’était pas rentré chez lui. Mais le policier de faction est intrigué : Etienne est attendu par une belle jeune fille qui lui prend la main.

 

L’enquête est confiée à Lilas Klaus et son supérieur lui propose de lui trouver un adjoint. Il la connait, elle est difficile, parfois ingérable. Seulement il possède quelqu’un dans sa manche, un atout qu’elle ne pourra refuser : Serge Zwanze, ancien commissaire qui s’est mis en marge depuis la mort accidentelle de sa femme Blanche cinq ans auparavant.

Serge Zwanze vit avec ses souvenirs, parlant à sa femme et celle-ci lui répond. Du moins il est persuadé qu’elle communique avec lui lorsqu’il contemple les photos qu’il a soigneusement laissées un peu partout. La proposition d’enquêter en couple avec Lilas lui agrée. Il va même jusqu’à inviter son fils Georges à vivre chez lui, alors que l’ado est couvé par ses grands-parents. George est enchanté bien évidemment. C’est un cauchemar qui a incité Serge Zwanze à prendre cette résolution. Un cauchemar dans lequel il évoluait au cours du carnaval et que des masques importunaient. Pas n’importe quels masques. Des masques grimaçants, vindicatifs, représentant des personnes de son entourage.

Entre Lilas et lui, la relation est affective et la jeune femme accepte, encourage même les conseils, les coups de main de Serge. Celui-ci lui laisse cependant la bride sur le cou afin qu’elle puisse s’épanouir dans son travail. Il n’est engagé que comme consultant, un privilège qu’il doit à son beau-père responsable des forces de l’ordre, mais il l’en remercie. Cela lui donne des responsabilités, le change de son quotidien, et lui permet de retrouver l’estime de soi.

Lilas et Serge forment l’ossature principale de ce roman, chacun évoluant avec ses propres problèmes familiaux. Lilas par exemple a adopté une petite Chinoise et elle est importunée par un député d’extrême-droite depuis qu’elle lui a cédé alors qu’elle ne connaissait pas ses idées politiques et surtout qu’il était marié. Les autres protagonistes ne manquent pas non plus de saveur. Par exemple Melchior le violoncelliste, qui joue le soir la fenêtre ouverte, nu mais ses attributs cachés par son instrument et qui offre au voisinage des concerts impromptus. Il vit avec le souvenir de sa mère et garde précieusement ses partitions. Il s’est lié d’amitié avec Martine, qu’il retrouve parfois dans les jardins du béguinage, l’aidant dans son fauteuil d’handicapée. Mais surtout il a été le témoin privilégié du meurtre. Sans oublier Laure, la belle et jeune bibliothécaire dont Etienne est secrètement amoureux. Et quelques autres qui laissent leur empreinte dans l’esprit du lecteur.

Dulle Griet nous offre un roman policier de facture classique, dans une ambiance quelque peu simenonienne, je rappelle que l’action se déroule à Anderlecht dans la banlieue bruxelloise, mais avec un humour diffus, et des visites guidées fort intéressantes dans le quartier du béguinage, de la maison d’Erasme, la collégiale Saint-Pierre et Guidon. Et de nombreuses références littéraires sont également signalées. Le côté intimiste dissimule la perversité des acteurs. L’auteur parvient à nous rendre sympathiques tous ces personnages et pourtant l’on sait que parmi eux se cache un coupable. L’épilogue à multiples rebondissements permet à tous de déposer les masques et de montrer le véritable visage des protagonistes.

 

A lire du même auteur : Petits meurtres chez ces gens là.


Dulle GRIET : Les fenêtres murmurent (série Les Mystères de Bruxelles). Presses de la Cité, février 2013. 312 pages. 20,50€.

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