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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 09:19

Le Big Crunch, c’est un peu comme le Big Bang, mais à l’envers.

 

bigcrunch01.jpg


Bruno qui s’est acheté des mocassins, peu à peu sent ses chaussures se resserrer. Des briques rétrécissent entraînant la chute de maisons ou d’immeubles. D’autres phénomènes se produisent également.

La paire de lacets dont Bruno voulait se débarrasser reviennent irrémédiablement dans ses poches. Les ruches de sa tante Augusta attirent les objets métalliques. Capi, le chien de Vincent, jeune garçon de treize ans, avale des débris d’une boule apparemment inoffensive. Seulement il n’aboie plus, il émet des bruits de clochettes. Bref, le monde n’est plus ce qu’il était. Même pour Bruno qui était adulé pour ses émissions télévisées débiles et s’était surnommé Autrui, en référence au proverbe bien connu, Ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fit, et qui est hué dans la rue.

Tout ça serait bien de la faute du Visiteur, étrange personnage venu d’ailleurs et qui assimile avec une facilité étonnante les langues et les connaissances scientifiques ou culturelles de notre bonne vieille Terre. Mais rien ne va plus, notre planète se contracte, et le Visiteur propose à Bruno, Augusta, Vincent et quelques autres personnes de voyager avec lui jusqu’à Géa sa planète d’origine jumelle de la Terre, à bord d’une sphère plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur. Mais le voyage est perturbé, les incidents se multiplient.

Kurt Steiner nous revient après plus de douze ans d’absence et à 87 ans, (lors de la parution de ce roman), il est né le 7 aout 1922, il possède toujours un souffle étonnant. Son écriture est toujours aussi travaillée et il use avec bonheur des expressions contradictoires, comme les titres de ses premiers romans dans la collection Angoisse du Fleuve Noir : Le Bruit du silence, Fenêtre sur l’obscur, Le Seuil du vide… Les exemples ne manquent pas dans cet ouvrage qui reprend également un thème cher à l’auteur, le double. Ainsi je pourrais citer : «Il courut lentement ». Ou encore « Une imitation d’ectoplasme mordue par une autre ressent une douleur fictive. C’est pourquoi Vincent poussa un cri silencieux, perçu par les autres passagers ».

Mais Kurt Steiner égratigne également le modernisme irréfléchi, ainsi : « La culture des céréales transgéniques s’était déroulée prudemment en milieu confiné jusqu’à ce que des irresponsables, ou au contraire des coupables parfaitement conscients avec pour but des profits démesurés, la mènent en plein champ. Ainsi ont été contaminées de proche en proche toutes les cultures avec la bénédiction des pouvoirs successifs et, plus grave encore, les expertises à moyen terme généralement menées conjointement par les transnationales et les pouvoirs en place les déclarant péremptoirement sans aucun danger… ».

Enfin, la question fondamentale : « Ou bien l’Univers a toujours existé, ou bien Dieu l’a créé ». Vincent leva le bras et demanda : « Si c’est le cas, que faisait Dieu avant de créer l’Univers ? ». Je ne vous donnerai pas la réponse, ce serait trop facile, de plus elle est dans le livre. Un bon roman qui donne envie de lire ou relire les autres ouvrages de Kurt Steiner, alias André Ruellan, ou encore Kurt Dupont quand il écrivait dans les années 1960 pour Hara-Kiri.

 

Visitez le catalogue des éditions Rivière Blanche et retrouvez d'autres titres de Kurt Steiner, tome 1 & 2.

 

Kurt STEINER : Big Crunch. Rivière Blanche N° 2063. 244 pages. 17€.

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 12:47

Et si le virus de la grippe H7N9 n’était qu’une contrefaçon chinoise ?

 

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Sœur Marie-Louise, décédée en 1919 à l’âge de dix-neuf ans de la grippe espagnole, ne pensait certes pas se faire exhumer près de cent ans après son décès afin de redonner du lustre à la petite cité médiévale de Semur en Auxois. Car une béatification est envisagée et quoi de mieux qu’une telle cérémonie alors que la séculaire fête de la Bague va bientôt débuter pour redorer le blason de cette petite ville bourguignonne.

Léopoldine Lagrange, anthropologue judiciaire a été chargée de cette exhumation, mais retrouver la tombe dans un cimetière géré anarchiquement, sans véritable repaire, c’est comme retrouver un osselet dans une carrière de gypse. Enfin elle arrive au but en compagnie de Capucine, son assistante et amie de son fils Maxime. La congrégation est sauvée, tout le monde se félicite, sauf que le cercueil, s’il a été identifié par une plaque, n’est pas encore remonté sur le bas-côté. Un gendarme est présent, un membre de la maréchaussée devant légalement être présent lors de l’ouverture d’un cercueil, et il pourra témoigner… que le coffre de bois était vide ! Pas tout à fait cependant. Les ossements ont disparu mais un message abscons a été glissé à la place.

Léopoldine déchiffre ce bout de papier, qui lui est adressé, dans la gendarmerie dirigée par l’adjudant-chef Mercandier. Puis elle rentre chez elle, s’occuper de sa petite famille. Ses filles, deux gentilles perruches, Lola et Mona, qui vivent en bonne intelligence avec Bertille, la chatte. Plus le chaton qu’elle vient de recueillir. Mais aussi, car il ne faut pas les oublier, Capucine et Maxime et Tom, le fils de Capucine. Entre Capucine et Léopoldine, il existe un lien plus fort que celui professionnel. Capucine a connu les mêmes désagréments que Léopoldine, un enfant né hors mariage, et pas forcément désiré. Alors qu’elle planche sur le message abstrus, son supérieur l’appelle au téléphone lui signalant que Garance, le médecin légiste, vient d’hériter un corps découvert par un pêcheur.

A l’examen de ce corps il en ressort que le cadavre a été amputé des mains et des pieds, que son visage est marqué de stigmates de brûlures profondes, et que des bestioles ainsi que les restes d’un petit animal ont été retrouvés sous le corps. De même qu’une médaille portant une inscription, laquelle médaille après examen a été fabriquée dans le même métal que la plaque du cercueil. Une fabrication récente, ce qui tend à prouver que la planque a été apposée récemment. Elle est agressée, le cercueil de Sœur Marie-Louise a disparu, et de petits ossements ont été déposés dans le vide-poche de son antique 2CV, le pêcheur est retrouvé mort dans son lit. Quelqu’un en veut à Léopoldine, mais qui et pourquoi ? Quelles sont les motivations de l’assassin ? Pourquoi Léopoldine se sent-elle impliquée ? Et puis à quoi correspondent ces bestioles et le vol du cadavre de la religieuse ?

Autant de questions qui tarabustent Léopoldine et un enquêteur désigné pour coordonner les enquêtes de terrain. Et l’enquêteur n’est pas n’importe qui : il s’agit de Franck Gossin, qui fut l’amant de Léopoldine vingt ans auparavant, et qui fut à l’origine d’une grande partie de ses malheurs qu’elle traîne depuis comme un fardeau. C’est d’ailleurs pour cela que Léopoldine avait quitté Semur en Auxois et qu’elle n’y était jamais revenue depuis.

Une enquête qui se poursuit par la découverte de nouveaux cadavres, tandis qu’un esprit malfaisant manipule gendarmes et policiers, les emmenant sur les traces de la grippe espagnole et d’un savant fou.


patricia.jpgQue de machiavélisme se cache derrière ce sourire ensorceleur. Avec une écriture parfois elliptique, Patricia Rappeneau a concocté une histoire particulièrement retorse au final éblouissant de suspense. Certaines scènes seraient du plus bel effet adaptées au cinéma, et je ne parle pas uniquement que des scènes d’affrontement. Par exemple cette évocation des  fêtes de la Bague, avec reconstitutions historiques de fêtes médiévales, des figurants en costume d’époque et courses de chevaux dans une ambiance bon enfant.

L’écriture de Patricia Rappeneau est travaillée. Parfois un peu trop dans les dialogues qui mériteraient d’être plus vifs, plus incisifs, plus proche du langage parlé, surtout lorsqu’il s’agit de propos tenus par un spécialiste mais rapportés par une tierce personne. Ainsi peut-on lire : Il est à noter que ce stade est la limite de la maturité pour certaines cellules du système immunitaire avant leur différenciation qui les conduira à la définition précise du rôle qu’elles y joueront. C’est beau, on dirait un homme politique lisant son texte. Sauf que dans une conversation tenue par un policier, cette phrase serait moins ampoulée. Ce n’est juste qu’un petit détail, car le roman de Patricia Rappeneau est admirable dans sa construction, le style elliptique dont elle fait preuve incitant le lecteur à continuer sa lecture malgré les aiguilles qui défilent. Un thème ancien renouvelé avec une touche personnelle qui fait mouche.

Du même auteur lire également : Mission Malona, chez le même éditeur.


Patricia RAPPENEAU : Mortelle guérison. Editions Le Hérisson. 226 pages. 14€.

 

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 10:08

Une road-story… déroutante !

 

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Depuis leur rencontre dans la cour de récréation, Pierre et Sahaa jouent à Je t’aime, moi non plus ! Comme les vagues qui arrivent à l’assaut de la plage puis repartent vers l’horizon, indéfiniment, souvent houleuses, la relation entre Pierre et Sahaa est perturbée en permanence, enregistrant des hauts et des bas. Faut avouer que Sahaa n’y met vraiment pas du sien, traitant son ami, ancien amant, de Noun, qui signifie verge insignifiante. Enfin ce n’est pas tout à fait ainsi qu’elle s’exprime mais vous m’aurez compris. Et Pierre n’apprécie pas du tout cette appellation désobligeante.

Alors comment se comporter lorsque la jeune femme vient pleurer par le truchement du téléphone sur l’épaule de son ami ? Surtout que ce n’est pas pour reprendre une union interrompue sur quelques points de divergence, mais parce que Sahaa a besoin de se cacher. Quoi de plus normal que de venir embêter Pierre au moment où il s’apprête à déguster un Tuc coincé entre deux tranches de pain de mie. Ce n’est pas son régal mais il n’avait que ça à se mettre sous les dents. Donc Sahaa n’est pas en manque d’affection mais est effrayée.

Son copain actuel, Tom-Tom, est une brute qui la tape volontiers, et elle est couverte de bleus qui deviennent jaunes. Comme Sahaa est d’origine asiatique, le changement de couleur c’est moins grave, mais quand même se faire tabasser parce que monsieur est jaloux et qu’il veut toujours savoir ce qu’elle fait, ça lui porte sur les nerfs. Alors elle a loué un studio en catimini, tout en continuant à vendre la drogue. Elle a réalisé deux belles ventes, et maintenant elle s’adresse à Pierre parce qu’un individu a voulu la voir.

Les ennuis commencent pour Pierre, alors que Sahaa n’a pas encore débarqué chez lui. Alors qu’il pense que son amie rapplique, suite à la sonnerie de la porte qui gémit et des coups assenés avec force, il n’a pas le temps de dire ouf qu’il se ramasse un coup de poing qui le laisse à terre. Tom-Tom le jaloux investigue l’appartement à la recherche de sa dulcinée évaporée puis repart, n’étant que de passage. Le moment choisi par la voisine, une vieille qui fantasme, de s’enquérir des événements bruyants. Elle a interverti les noms sur les boites aux lettres, car si un violeur, on ne sait jamais, il y en a qui sont en manque ou préfère les femmes couguars, les vieilles couguars, décidait de procéder à un batifolage, ce serait chez Pierre qu’il se dirigerait. Elle lui propose par la même occasion de lui garder Fibo, le gentil petit lapin qui n’en pose pas, le cas échéant. Sahaa débarque fraîche et dispose comme si de rien n’était et entame le récit de ses avatars, dans le restaurant de Mo, le seul ami de Pierre rescapé de son enfance.

Outre le fait qu’elle a dérobé la boite à coke de Tom-Tom, un paquet d’argent, elle est devenue une bio-clé, celle d’Albert (une référence à Einstein). Un truc bizarre imaginé par cinq collègues de labo, un machin qui se termine en ium, susceptible de détrôner le pétrole, et des papiers cachés avec un bout de métal dans un coffre en Suisse. Cela aurait pu être marrant sauf qu’un jour, alors qu’elle était en voiture compagnie d’Albert, un motard ne s’était pas arrêté à côté d’eux et avait abattu le pauvre chercheur d’une balle dans la tête.

Lorsqu’ils regagnent l’appartement en toute confiance, un lapin les nargue sur le palier. Fibo ! Fibo qui s’est échappé ? Non, la porte est ouverte, et les pieds de la vieille gisent sur le tapis de son salon. C’est pratique parfois un couteau électrique. Ce meurtre fait la une des journaux, et bien entendu le voisinage est suspecté. D’autres aussi comme Tom-Tom qui a été aperçu dans les environs. Il ne leur reste plus qu’à fuir, tenter de gagner la Suisse, attendre qu’une autre bio-clé se présente afin d’ouvrir le coffre, et bonjour la compagnie. Facile à dire ou à écrire mais dans la réalité cela ne se déroule pas toujours avec cette aisance. Sahaa, qui dispose de pas mal d’argent, propose à Pierre de lui servir de garde du corps et éventuellement de réchauffe-pieds. Seulement, outre Tom-Tom, deux individus sapés façon Mormons sont à leur trousses. Alors direction la Belgique, Anvers et contre tout, Francfort, Berne, Zurich, puis Venise… Entre temps Tom-Tom qui a perdu son GPS passe par-dessus la rambarde du toit d’un immeuble aidé par Sahaa, un de moins à les embêter, mais les autres continuent à les pourchasser, ils sont tenaces.

Cette cavale transfrontière, cette road-story en français châtié (et non road-movie comme je l’ai lu quelque part, puisque ce terme est cinématographique) nous ramène aux plus belles heures d’un duo de héros s’évertuant à échapper à un danger connu ou non, ou à un besoin irrépressible de liberté. On peut penser à Sailor et Lula de Barry Gifford et à quelques autres classiques du genre, mais mâtiné de cet aspect antinomique dans les relations entre nos deux routards. Une succession de gags tragico-comiques, narrés avec humour et désabusement, dans un style personnel qui permet à l’auteur de se démarquer de ses prédécesseurs ou confrères actuels. Vouloir Comparer Pascal Thiriet à tel ou tel romancier, à tel ou tel situation ou personnage fictif, lui apposer une pancarte, serait, à mon sens, mal venu et peut-être même offensant. Sauf si le rédacteur d’un article désire se faire mousser en écrivant une phrase choc, et soi-disant humoristique, récoltant les éloges au détriment de l’auteur du roman. Thiriet fait du Thiriet et c’est très bien !

Voir également, entre autres, les avis de Gridou et d'Yv.
Pascal THIRIET : J’ai fait comme elle a dit. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. 232 pages. 17,50€.

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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 08:00

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Ce n’est pas un animal quelconque que les époux Coldfield ont percuté avec leur véhicule sur la route, en lisière de forêt à Conyers dans l’état de Géorgie, mais bel et bien une femme nue qui a débouché sans regarder avant de traverser. Le corps est couvert de contusions, mais elles ne sont pas dues au heurt violent contre le pare-brise. Aux urgences de l’hôpital Grady d’Atlanta, Sara Linton prodigue les premiers soins à l’inconnue qui semble avoir vécu des moments douloureux. De nombreuses fractures sont décelées par tout le corps si maigre que les toubibs se demandent si elle va s’en sortir. Pis, celui qui l’a martyrisée ainsi lui a même arrachée une côte, la onzième.

Faith Mitchell, agent spécial du GBI, l’équivalent au FBI mais qui n’opère qu’à l’intérieur de l’état de Géorgie, a été victime d’un évanouissement sur un parking et son coéquipier Will Trent n’a pas hésité à l’emmener aux urgences. Elle est examinée par Sara qui décèle une poussée conséquente de diabète. Mais ce n’est pas tout. Faith est enceinte, à trente trois ans ce ne peut être que normal, mais elle a caché son état à tout le monde. Elle est déjà mère d’un grand Jérémy âgé de dix-huit ans. Quant à Will, c’est un gentil garçon, prévenant avec sa coéquipière, malgré un téléphone portable complètement démantibulé et un problème de dyslexie. Il n’arrive pas à reconnaître sa gauche de sa droite et de plus il est illettré, mais il parvient à dissimuler son handicap grâce à des artifices. Le problème n’est pas là, pour l’instant, mais bien cette femme qui émet des litanies d’au secours, et dont ils parviennent à apprendre le prénom. Anna. C’est un début. Faith et Will prennent l’enquête à leur compte, ce qui ne plait guère aux policiers de Rockdale, le comté où s’est produit l’accident, et menés par Galloway. Celui-ci tente bien de faire barrage à leurs investigations mais Will et Faith n’en ont cure, soutenus plus ou moins par Amanda, leur chef.

Will, accompagné de quelques policiers, tentent de trouver une empreinte, si minime soit-elle, de l’endroit où aurait pu être séquestrée Anna, et c’est par hasard qu’il découvre une sorte de caverne creusée dans la terre. Un trou aménagé pouvant dissimuler deux femmes aux yeux de tous, étouffant leurs cris. Mais des traces de torture sont disséminées un peu partout dans l’endroit. Will sort de la caverne et discerne non loin un papier. Il s’agit du permis de conduire d’Anna. Soudain il ressent dans le cou des gouttes gluantes, chaudes encore. Levant les yeux il aperçoit un corps coincé par les pieds entre deux branches. Le cadavre encore tiède de la jeune femme qui était enfermée en compagnie d’Anna. Les examens médicaux prouvent des sévices particulièrement odieux. C’est alors que l’enlèvement d’une femme vient d’être perpétré sur le parking d’un supermarché. Dans le véhicule de la kidnappée, un garçonnet est assis prostré.


Trois jours pour résoudre cette affaire, c’est le temps qu’il faudra à Will et Faith, malgré les obstructions, les erreurs, les manquements, de la police de Rockdale. Malgré aussi tous les ennuis qu’ils vont être à même de subir, physiquement et moralement. Car tous les personnages qui gravitent dans ce roman possèdent non pas des fêlures, des fractures morales, mentales et physiques mais de véritables failles sismiques qui s’ouvrent au moindre fait, au moindre contact, au moindre élément perturbateur. Et des éléments perturbateurs, il n’en manque pas. Par exemple Will est marié avec Angie, une femme volage qu’il n’a pas vue depuis des mois et qui revient à l’improviste. Faith se débrouille comme elle peut avec son diabète et son embryon. Quant à Sara Linton, elle est veuve depuis trois ans et demi. Auparavant elle était mariée avec un policier, mais il est décédé dans des conditions troubles. Ancienne médecin légiste et pédiatre dans un autre hôpital, elle s’est reconverti aux urgences et trimbale partout une lettre qu’elle vient de recevoir, sans oser l’ouvrir. Quant aux femmes victimes d’un être particulièrement abject, elles possèdent en commun une apparence physique, brunes aux yeux marron, maigres pour ne pas dire anorexiques, et sont toutes aisées financièrement, travaillant dans des professions libérales.


Le nombre 11 est comme une clé dans l’intrigue, en référence à la Bible, d’où le titre du roman, qui n’est qu’une reprise du titre lorsque ce roman a été publié en Grande Bretagne. Mais il n’y faut trouver dans ce roman aucun prosélytisme. Si l’intrigue est fort bien menée avec son lot de scènes marquantes, parfois dures, ce sont les personnages qui attirent l’attention du lecteur. Et qui donnent au récit une profondeur psychologique intense. Parfois on a l’impression que Karin Slaughter dilue la narration, que certaines séquences ne sont pas indispensables, et pourtant, arrivé à l’épilogue le lecteur se rend compte que l’enrobage n’est pas superflu.


Karin SLAUGHTER : Genesis. (Undone – 2009. Trad. de l’américain par François Rosso). Réédition des Editions Grasset. Le Livre de Poche. 672 pages. 8,10 €.

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 13:57

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A cause d’une vessie qui demande une évacuation immédiate du liquide qu’elle contient, Jean-Marc est obligé de laisser filer ses compagnons et de rechercher dans le sous-bois qui borde la route de Bondues un endroit adéquat. Un besoin naturel et pressant avivé par les trépidations enregistrées par sa bicyclette. Mais ne nous attardons pas sur ces détails triviaux et accompagnons jusqu’au bout notre héros en herbe dans l’antre d’une grotte. Qui s’avère être en réalité une des entrées de l’ancien fort Lobau dit Fort de Bondues. Un endroit que connaissaient bien les anciens, les rescapés de 14/18 et ceux de la dernière Guerre mondiale, mais depuis des années tombé en ruines.

Donc en ce jeudi de février 1961, Jean-Marc était parti jouer avec quelques camarades sur une aire tranquille près de l’aérodrome afin de s’adonner aux joies du modélisme. C’est ainsi qu’il découvre une des entrées du fort, dont quasiment plus personne ne se souvient de l’existence. Il parcourt quelques galeries, s’imaginant être lord Carnarvon, l’inventeur de la tombe de Tout en Camion, ou un nom approchant, ou encore sur les traces d’un trésor comme dans la fameuse île imaginée par Stevenson, l’un de ses livres de chevet.

Jean-Marc est le fils de Fernand, l’un des trois Bricoleux, les trois mousquetaires de la bricole, les Pieds-Nickelés des plans foireux. Petite présentation rapide et succincte des trois compères, pour ceux qui n’auraient pas lu Nuit de chine  et L’attaque du casino de Malo . Pour les autres qui connaissent déjà nos gais lurons, ils peuvent passer le paragraphe et passer au suivant.

Dépensier, Fernand, aime s’habiller de costumes issus de chez les meilleurs tailleurs, amateur de grands vins millésimés. Emile est représentant en vins et spiritueux et il n’hésite pas à payer de sa personne pour vanter ses produits. Gérard est responsable en chef dans une quincaillerie, spécialiste du boulon de 8, et bricoleur à l’occasion. Quant aux femmes, elles ont leur caractère, pour ne pas dire du caractère. Antoinette ne peut toucher à la vaisselle sans la casser, et par là même casse aussi les pieds de son mari, sans vraiment casser des briques. D’ailleurs elle est partie et a été remplacée avantageusement par Christiane. Solange, la femme d’Emile, est d’une jalousie extrême ce qui ne l’empêche pas d’aguicher les hommes et de passer à l’acte sans barguigner. Mireille, l’épouse de Gérard, est bavarde et lorsqu’elle n’a rien de spécial et d’intéressant à dire, ce qui lui arrive souvent, elle parle de tout et de rien, avec une nette préférence pour le n’importe quoi.

Jean-Marc, le fils de Fernand, décide de confier sa trouvaille à Edmond, son grand-père maternel. On peut rarement parler sérieusement avec Edmond, âgé de bientôt soixante-cinq ans, et menuisier dilettante de son état. Edmond, surnommé Hep Minute, à cause d’un tic de langage, connait bien les aîtres pour y avoir travaillé durant l’occupation. Jean-Marc a aussi d’autres occupations, dont celle de voir le plus souvent Michèle, dite Miki, et dont le père est agent de police. Cette relation n’est donc guère appréciée de Fernand, mais Christiane a pris fait et cause pour son beau-fils et se conduit en alliée providentielle. Mais en ce temps-là, avant de s’embrasser, il en fallait du courage pour attendre et user sa langue en parlotte.

bondues.gifJean-Marc retourne seul dans la casemate, explore comme un véritable aventurier les tunnels, et découvre au hasard de ses pérégrination des cadavres momifiés, une caisse mal fermée qui contient des liasses de billets, lesquels quoiqu’il n’y ait pas de date limite de consommation apposée sur le recto ou le verso, sont impropres à la consommation puisque périmés depuis belle lurette. Mais une nouvelle trouvaille lui fait reprendre espoir : des petites caisses marquées de la croix gammée dans lesquelles gisent, attendant l’âme charitable qui les réveilleraient, des lingots d’or. Il en embarque un pour la route et alors qu’il allait enfin passer la porte de sortie, il aperçoit un mégot. Puis d’autres, des récents puisqu’ils sont à bout filtre, un ajout quasi inconnu à l’époque. Il narre sa découverte à son père Fernand et cela suffit pour entraîner nos bricoleux sur la piste d’un magot. Car l’aventure véritable commence.

Ils se trouvent nez à nez avec un ancien résident qui a dû déménager à la cloche de bois en septembre 1944, pressé d’échapper à l’avancée des troupes américaines, non sans avoir auparavant placé en compagnie de son adjoint Klaus quelques bricoles appelées Trésor de guerre. Seulement les Américains l’avaient chopé en pleine débandade, et il avait passé quinze ans en Sibérie aux frais de la princesse russe, par un habile tour de passe-passe dont je vous épargne les détails. Et les lingots ne constituent pas la totalité de ce que Klaus et Otto, qui déclare se nommer Otto Didakt, un pseudonyme dont il est fier, ont barboté. Otto vit provisoirement dans un couvent, s’occupant à quelques tâches, dont la vente de fromages fabriqués par les trappistes auprès de crémières qui acceptent également les faveurs qu’il peut leur prodiguer, compensant un manque de mari ou un époux qui ne satisfait pas entièrement leur libido. Mais où Klaus a-t-il pu cacher ce trésor dit trésor de Rommel, vous le saurez en suivant les pérégrinations de nos compères et d’une carte à déchiffrer.

Le lecteur assiste a de nombreuses scènes comiques dont une avec une 2CV récalcitrante portant en son coffre les lingots et que des policiers veulent à tout prix voir redémarrer, provoquant un bouchon, situation inimaginable en ce debut des années soixante. Il sera invité également à visiter un musée brocante belge reconstitué dans un hangar, ramassis fourre-tout de vieilleries qui attire les touristes surtout par temps de pluie, à se balader dans un château qui tombe en ruines, et aux amours adolescentes et platoniques, quoique de mini caresses soient échangées de temps à autre, entre Jean-Marc et Miki.

Un roman qui engendre la bonne humeur, à conseiller lors des jours de neige ou de pluie, de canicule, ou tout simplement pour retrouver le moral et combattre le stress, en substitution à des antidépresseurs onéreux pour une Sécurité Sociale en perte de vitesse financièrement.


Bernard THILIE : Le mystère du fort de Bondues. Collection Polars en nord. N° 122. Editions Ravet-Anceau. 224 pages. 10€.

 

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 16:09

Mais qui est ami avec la mort ?

 

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Lorsque le commissaire Louis Gardel, du 36 Quai des Orfèvres, réveille par téléphone Camille, jeune journaliste au Petit Journal, celle-ci est langoureusement couchée avec son amie Blanche. Elle émerge d’un cauchemar surréaliste : un homme range son fusil parmi des parapluies, prend sa tête à deux mains et la pose sur une commode. Il suffit que Gardel lui annonce qu’un beau crime vient d’être découvert rue Sainte-Croix de la Bretonnerie pour qu’elle s’apprête immédiatement. Effectivement la mise en scène est alléchante : un homme, poignardé par ce qu’il semble être un stylet, tenant dans une main un couteau, dans l’autre une moitié de pomme découpée en croix, adossé contre le mur du bar Le Rendez-vous des Amis, portant une cape rouge cousue sur son veston, ainsi que des souliers vernis, trop grand pour lui. Le meurtre a été perpétré ailleurs et le cadavre a été transporté. L’image d’un assassinat à la Fantômas se glisse immédiatement à l’esprit de Camille Baulay, dite Oxy, pour oxymore en référence à son nom.

Quelques jours plus, le 5 décembre 1924 exactement, Camille assiste à une réception donnée par Théodore Dieuleveult, récemment élu à la Chambre des députés et cultivant l’espoir non secret d’accéder à un ministère, de préférence celui siégeant Place Beauvau. Théodore est l’époux de Blanche, qui ne sait pas que celle-ci aime et couche avec Camille. Assistent également à cette petite fête, Hortense de La Rochefoucauld, leur amie commune, Edouard de Fontanges, frère d’Hortense et journaliste littéraire au Comœdia illustré, plus quelques autres personnalités en vue. Edouard entraîne à l’écart Camille afin de lui faire part d’une idée qui lui est venue en lisant son article.


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Selon lui une impression de déjà vu, le souvenir d’un tableau qu’il a admiré au précédent Salon des indépendants, un tableau de Max Ernst intitulé Au rendez-vous des amis. Or sur cette œuvre figurent quelques éléments qui ont imagé le meurtre de l’inconnu. Le lieu même, référence au titre du tableau, une pomme et un petit couteau ainsi qu’un personnage portant une cape rouge. Edouard apporte quelques renseignements supplémentaires sur l’origine de cette toile représentant les amis d’André Breton, le chef de file du groupe surréaliste. Camille qui n’est pas journaliste pour rien désire en connaitre un peu sur ce mouvement littéraire assez violent qui prône une révolution totale. Outre Breton, Aragon, de nombreux artistes en devenir comme les peintres Chirico et Picabia composent cette fratrie artistique marginale. Et afin que Camille puisse se faire une opinion complète il lui propose de lui envoyer quelques exemplaires de l’ancienne revue Littérature ainsi que le Manifeste rédigé par Breton. En compulsant ce manifeste, Camille trouve parmi les noms cités, outre ceux déjà mentionnés, ceux de René Crevel, Robert Desnos, Paul Eluard, Michel Leiris, Benjamin Perret, Philippe Soupault, en tout une vingtaine, mais surtout celui de Dédé Sunbeam qu’elle a déjà eu l’occasion de rencontrer.

Il lui faut rencontrer ce jeune homme au regard inquiétant, aux sourcils charbonneux et à la voix râpeuse. Aussitôt elle s’enquiert du domicile du dit artiste, lequel vit dans le quartier des abattoirs hippophagiques de Vaugirard, dans un atelier niché au fin fond d’une cour. D’après Dédé le tableau est chez Paul Eluard près de Montmorency, Max Ernst vivant chez Eluard tout en étant l’amant de Gala la compagne du poète. Doit-on en déduire que les Surréalistes étaient partageurs ? Mais ceci ne nous regarde pas !

Que fait pendant ce temps Louis Gardel ? Il ne s’adonne sûrement pas au tango comme son presque homonyme Carlos, mais lit l’article de Camille, lui reconnaissant un certain talent, pour ne pas écrire un talent certain, tout en réfléchissant sur les événements déroulés depuis peu. Son enquête l’accapare, et cherche à comprendre un point de détail découvert à l’autopsie et qui n’a pas été ébruité. L’homme avait le sexe peint en noir. Et il ne s’agit pas d’un bizutage. Reste à découvrir l’identité du cadavre.

Seulement d’autres cadavres viennent peu à peu compléter la panoplie du tableau de chasse d’un tueur qui n’est pas encore considéré comme un tueur en série. Une femme puis un homme, dont les identités seront peu à peu retrouvées mais qu’aucun point commun semble rattacher. Seules les références au tableau de Max Ernst pourraient éventuellement les lier, et de là à penser que les amis d’André Breton, ou Breton lui-même, seraient à l’origine de ces meurtres pour le moins originaux, il n’a qu’un pas à franchir. Camille est introduite (en tout bien tout honneur, quoi que si elle aime les femmes, les hommes ne l’indifférent pas non plus) dans ce cénacle et est même adoptée.

Si Gardel possède en Bartholet un adjoint efficace, Camille détient en Henri Lenoir, spécialiste de la rédaction des réclames dans le même journal qu’elle, un complice, amoureux déclaré, farceur invétéré qui aime poser sur les banquettes des cafés le pilon, peint en diverses couleurs selon les circonstances, qui remplace sa jambe perdue lors de la Grande Guerre.

Seule manque dans ce roman la figure de Léo Malet puisque celui-ci ne rejoignit le mouvement surréaliste qu’en 1930. C’est dommage ! Mais Gilles Schlesser met en scène tous ces protagonistes avec verve, soulevant les antagonismes entre ces artistes qui s’aimaient ou se détestaient cordialement, et fait revivre une époque révolue. Fort peu courtois et totalement iconoclastes, jouant les trublions et manquant de respect envers les anciens comme Anatole France, ou les nouveaux qui ne sont pas de leur bord, comme Jean Cocteau, cette confrérie se lézarde parfois, Breton agissant comme un petit dictateur, les autres n’acceptant pas toujours son autorité. D’où des conflits larvés. Ils sont même sectaires en certaines occasions, vouant aux gémonies les homosexuels, entre autres. Pourtant René Crevel qui est pédéraste fait partie de cette communauté composée de bric et de broc. Robert Desnos pratique le rêve éveillé, d’autres hantent les boites de Montparnasse, au grand dam de Breton et de son dauphin Antonin Arthaud.

Cette enquête menée par Gardel, et par Camille malgré l’injonction du commissaire de ne pas s’immiscer dans les affaires de la police, est particulièrement réjouissante presque à la recherche du temps perdu. Le personnage de Camille est particulièrement réjouissant, ne s’embarrassant pas d’interdits, de tabous, vivant en femme libre et consciente de son charme, de sa valeur, mais toutefois se méprenant sur l’attitude de Gardel.

Un livre hautement recommandable pour son érudition débonnaire, pour la reconstitution jouissive d’une époque et d’une petite frange de la société parisienne, un parcours dans un microcosme qui réunit toutes les facettes des mauvais côtés de l’être humain mais également de ses qualités.


Voir également les avis publiés chez Action-Suspense, chez Pyrausta ainsi que chez  Black Novel.


Gilles SCHLESSER : La mort n’a pas d’amis. Editions Parigramme. 240 pages. 9€.

 

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 08:39

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Toute vérité n’est pas bonne à dire, selon un proverbe du XIIIème siècle. C’est vrai, parfois il vaut mieux ne rien dire qu’asséner une vérité blessante, se retrancher derrière un petit mensonge afin de ménager les susceptibilités et envenimer une situation tendue. Mais la vérité a aussi du bon, et si Denis, son frère Patrick et leur père avaient su se parler, en toute franchise, les avatars subis par les uns et les autres se seraient-ils déroulés, entraînant une dérive et une plongée en enfer ?

Denis professait envers son frère Patrick, enfin son demi-frère, un sentiment d’amour comme seuls en ressentent deux frères liés dans une famille unie, presque comme un chiot attaché viscéralement à son maître. Patrick, de dix-sept ans plus vieux que Denis, quitte le domicile familial en claquant la porte. Sa mère était décédée des années auparavant dans des conditions mal définies, et le père s’était remarié. De cette nouvelle union, était né Denis. Mais la famille continue de s’éparpiller, de se déliter.

La mère de Denis décide de partir en Argentine avec son nouveau compagnon, et il reste seul avec son père jusqu’au jour où lui aussi veut voler de ses propres ailes. Il veut s’adonner à sa passion, l’informatique, créer des jeux vidéos, et effectue de petits boulots de maintenance pour subvenir à ses besoins. Il n’a pas grands besoins, d’autant que son père lui a dégotté un petit studio afin qu’il s’établisse en toute quiétude. Il n’a que dix-neuf ans et l’avenir devant lui, du moins pense-t-il ainsi.

Dominique FormaUn beau jour, formule consacrée, mais ce serait plutôt un jour de malheur, il apprend par deux policiers venus chez lui que son père a été retrouvé à l’autre bout de Paris, loin de son domicile, mort, probablement des suites d’une agression. L’enterrement n’est suivi que par quelques membres de la famille et Patrick survient au dernier moment. Denis pense alors pouvoir renouer avec ce frère qu’il a tant aimé, mais Patrick le déçoit dans ses attentes, et bientôt c’est l’engrenage infernal. Car Denis est bien déterminé à retrouver le ou les assassins de son père et un bout de piste lui est offert par Léa, l’amie de Patrick.

Ce roman destiné aux adolescents mais que les adultes peuvent lire sans arrières pensées, joue sur le registre du noir profond, des divagations familiales, de la pudeur des sentiments qui n’osent s’afficher, et entraînent incompréhension. Un roman fort dont la moralité est à retrouver au fond de soi-même.


Dominique FORMA : Sans vérité. Collection Rat Noir, éditions Syros. Septembre 2010. 144 pages. 14€.

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 13:21

La peau d’Obis (Je sais, j’ai fait mieux !)

 

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Sur Terre, en ce XXVIème siècle, la guerre nucléaire a tout ravagé ou presque. Seuls quelques habitants ont survécu, réfugiés dans des Mégapoles qui n’ont plus de nom mais des numéros afin de les différencier. Vivent également dans des grottes, des souterrains, des conduits d’égouts, des mutants aussi hargneux que laids. Et quelques individus qui entretiennent une rébellion constante envers le pouvoir établi, l’Ultime Alliance, bien calfeutré dans un immense vaisseau d’environ cinq kilomètres de long qui survole la planète en surveillant en permanence les conflits externes.

Parce qu’il a lu sur le couvercle du caisson dans lequel il était allongé CAUTION, il s’appellera désormais ainsi. Caution, donc, se réveille après un séjour indéfini dans un sarcophage, avec des sondes branchées sur la tête. En les arrachant il s’aperçoit qu’il est devenu chauve. Il ne souvient de rien. Il s’extirpe de sa boite et part à la découverte d’un monde inconnu. Il parcourt un labyrinthe souterrain et est bientôt la proie d’hommes vêtus de haillons possédant des armes automatiques. Les réflexes de l’ancien combattant qu’il fut se réveillent et il parvient à annihiler l’attaque. S’il ne possède pas d’arme son cerveau subvient à ce manque. Ses facultés de psy lui permettent de se focaliser sur un adversaire le plus dangereux et de l’anéantir. Il comprend qu’il est capable grâce à ses facultés mentales de se défendre et même de lire dans l’esprit de ses interlocuteurs, malveillants ou non. Il se retrouve dans un désert  parsemé de décombres et de ruines. Peu à peu une partie de sa mémoire se reconstitue. Il sait qu’une guerre mondiale généralisée a eu lieu, le monde étant perverti par de fausses valeurs. Les classes aisées avaient toujours besoin de plus d’espace au détriment des pauvres et la haine des uns s’était retournée contre les autres, imprimant la désolation sur Terre.

Caution, le télépathe, rencontre Lewis dit Lox. Un personnage bizarre qui traque ceux qui ont mené le monde à sa perte, les descendants des scientifiques corrompus, des politiciens avides de pouvoir, les magnats bourrés d’argent. Normalement Caution n’aurait pas dû apercevoir Lox qui se recouvre d’une toile le rendant invisible. C’est ce nouveau don de télépathe qui lui a permis de distinguer l’homme. Ils continuent leur chemin de conserve, affrontant les guerriers de l’Ultime Alliance, se défendant contre les attaques des mutants, jusqu’à une nouvelle rencontre, un nouvel allié, Slay.

 

Dans les sphères du pouvoir, l’archicommandeur Malleus est en proie lui aussi à une forme de rébellion de la part de ses « amis » politiques. Le commandeur Ka-Tau, pour la première fois depuis très longtemps, a droit à une journée de congés. Mais il est inquiet. Il semble qu’il est l’objet d’une filature et il s’inquiète pour sa chère Cha Prime. Pourquoi lui en veut-on ? Serait-ce parce qu’il a eu accès à un dossier confidentiel ?

 

Avec ce roman d’anticipation Boris Darnaudet se fait un prénom. Certes le début est un peu lent à se mettre en route, comme Caution l’est à reprendre ses esprits et à recouvrer une partie de sa mémoire. Puis alors que je commençais à déplorer un manque de fantaisie, l’histoire s’est débridée, et ses personnages se sont mis à faire le clone. Il s’ensuit des phases dans lesquelles la manipulation, la lutte d’influence, les croche-pieds et mensonges des dirigeants, les faux-semblants, les vrais machiavélismes, les fourberies et l’hypocrisie des uns et des autres, les miroirs faussés et les réelles inquiétudes, font florès et placent l’intrigue dans une subtile incertitude.

Un roman prometteur d’un jeune talent qui doit confirmer très rapidement, et peut-être canaliser son inspiration, suivi de deux nouvelles différentes dans le fond et la forme, ce qui démontre le potentiel de l’auteur qui peut se renouveler et écrire des histoires qui tiennent la route.

Le sas est une allégorie concernant la surpopulation. Heng est un employé un peu particulier. Il est chargé de procéder à l’élimination par injection des personnes qui désirent se faire euthanasier. La population a été classifiée et ce matin-là se présente un vieil homme, un quinquagénaire, un SDF classé Epsilon. Justement ce sont ceux-là qui doivent mourir en priorité. Mais les candidats à la mort sont nombreux et volontaires. On retrouve peut-être l’influence de Aldous Huxley et de Le meilleur des mondes avec cette classification alphabétique grecque des individus.

Celui qui sème nous invite à effectuer un petit voyage en arrière de quelques siècles au moment où les Espagnols tuaient sans état d’âme et avec la bénédiction de la religion les autochtones des nouveaux territoires découverts par les explorateurs intrépides. Mais imposer sa religion par la force, assassiner, exterminer sans vergogne la population locale est sans compter sur les dieux des contrées ainsi conquises.


Boris DARNAUDET : Projet Obis. Collection Blanche N° 2103, éditions Rivière Blanche. 184 pages. 17€.

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 12:04

La réponse est dans le roman !

 

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2012.

Parfois, souvent même, il faut faire un choix dans la vie. Devenir détective privé ou propriétaire d’un gîte rural. Avec sa femme Mélinda, un peu, et sa fille Bertille, guère plus, Arthur retape la vieille ferme qu’ils ont acheté deux ans auparavant grâce à un héritage providentiel. Arthur rêve de devenir détective privé, mais la priorité c’est la ferme et les dépendances situés au hameau du Val Brûlé, à quelques kilomètres de Sponge où travaille Mélinda, institutrice de CM2. Quant à Bertille, elle a seize ans et a décidé en accord avec ses parents de quitter l’école et de se consacrer à la rédaction d’un roman, qui bien entendu connaitra le succès. Arthur maçonne à longueur de journées arborant fièrement ses cheveux coiffés en catogan et sa boucle d’oreille. Un marginal à n’en pas douter selon ses quelques voisins, guère plus de quatre foyers, et qui écoute à longueur de journées de vieilles chansons des années 60. Nostalgie !

Arthur s’est mis en tête de fructifier le capital de la famille en aménageant un gîte dans la grange et de proposer plusieurs chambres aux touristes en mal de calme et d’espace. Il est optimiste ! Tout le monde est réquisitionné avec plus ou moins de bonheur, Mélinda ayant toujours des devoirs à corriger et un livre à lire, le dernier en date étant Le Désert des Tartares. Bertille, malgré son roman en attente, et ses sorties programmées en scooter avec Edouard, ou un autre, au tennis et à la piscine, accepte d’aider momentanément son père. Le premier des travaux à effectuer est d’enlever les dalles qui tapissent le sol de la grange, ce qui étonne Bertille qui aurait plus pensé qu’il fallait s’attaquer à l’étage supérieur. Mais bon, c’est Arthur le maitre d’œuvre. Or c’est en déblayant la terre que Bertille met à jour deux pierres vertes, puis un crâne !

Malgré les gendarmes qui ont été prévenus de cette découverte Arthur reprend la casquette qu’il avait quelque peu abandonnée, celle de détective privé. Or ce crâne qui n’est pas accompagné du reste du squelette git là depuis quarante à cinquante ans. Quant aux pierres, ce sont des olivines appelées aussi péridots d’après un spécialiste, qui se trouvent toujours par paire dans des roches volcaniques. Malgré les avertissements des représentants de la maréchaussée, qui ne veulent pas que quelqu’un empiète sur leur terrain, Arthur décide d’enquêter sur ce drame qui se serait déroulé environ cinquante ans auparavant.

 

1966.

Un lance-pierre suffit à combler de joie Ylisse Payet, un gamin de douze ans qui préfère tirer sur les oiseaux que d’aller s’ennuyer toute la journée à l’école. Il n’a plus de mère, sa tante passant chez lui plusieurs jours par semaine, et son père ouvrier agricole saisonnier ne l’encourage guère dans ses études. Pour quel avenir ? Sur l’île de Maloya, le travail est rare et nombreux sont ceux qui occupent leurs journées à des loisirs forcés. Anélie Rivière est une gamine de dix ans, qui elle aussi sèche l’école pour se promener dans la nature. Anélie n’a pas froid aux yeux, et elle n’apprécie pas ses autres compagnons, mais elle est attirée par Ylisse, et comme c’est réciproque, ils deviennent inséparables. Mais on les met en garde. Des enfants disparaissent, que l’on ne revoit jamais. Et il leur faut se méfier d’une voiture verte, avec à bord le chauffeur et une femme, qui parcourt les environs. D’ailleurs, les occupants de la voiture verte, une deux-chevaux, abordent un beau ( ?) jour Ylisse et Anélie. Une fois de plus ils ont fait l’école buissonnière. Les propos tenus par la femme et le conducteur inquiètent quelque peu les deux gamins, et ce n’est pas l’inscription qui figure sur le côté qui peut les renseigner : DDASS Îlet du port. Jusqu’au jour où les deux enfants sont emmenés contre leur gré dans un foyer.

 

Bertille et Ylisse narrent chacun leur tour cette histoire qui s’inspire d’un événement réel, qui n’honore pas la République, et n’a longtemps été considéré que comme un « accident de parcours politique » organisé pour, officiellement aider la population locale de l’île de la Réunion et permettre à des enfants défavorisés d’accéder à une instruction digne de ceux de la métropole, officieusement pour repeupler quelques départements et procéder au principe des vases communicants. Tu deviendras un monsieur au foyer. Tu mangeras bien, tu iras à l’école, on fera de toi un médecin, un avocat ou encore mieux selon ce que tu décideras et ton énergie à travailler dur.

Alors que penser de ce pseudo humanisme de la République et de ceux qui ont imaginé déplacer ainsi des gamins, les envoyant dans des familles d’accueil en Corrèze, Lozère, Gers, et autres départements supposés sous-peuplés. De les confier à des agriculteurs qui souvent n’agissaient que par appât du gain et se voyaient dotés de bras forts et jeunes pour effectuer les travaux de la ferme. Ce trafic, le mot n’est pas assez fort, qui a été institué en 1963, a duré pendant dix-sept ans.


Il est évident que Jean-Paul Nozière, qui s’est inspiré de faits réels, dont il précise les sources, a mis en scène des personnages de fiction, imaginant une intrigue pour soutenir son histoire. Une histoire poignante qui va plus loin que ce que l’on connait, car ces immigrations forcées, des expatriations même, ont entraînées une vague de racisme larvé qui aujourd’hui encore perdure. En effet dans les campagnes, dans les petites villes, nombreux étaient ceux qui n’avaient jamais vu de Noirs dans leur vie, sauf sur des images d’école, images souvent qui ne reflétaient pas la réalité. Quant aux gamins, ils pouvaient à juste titre se sentir étrangers dans des foyers qui les accueillaient avec réticence. D’où amertume, rancune, désarroi, esprit de revanche, méfiance de certains envers les autorités qui les ont bernés. Le plus malheureux c’est que les psychologues et les assistantes sociales de la DDASS continuent de placer des gamins en famille d’accueil, séparant les fratries, les changeant d’endroits tous les deux ou trois ans, sous prétexte qu’il ne faut pas que les familles dites d’accueil et les enfants placés s’attachent. Une vaste fumisterie qui fait plus de mal que de bien.

Jean-Paul Nozière ne s’érige pas en moralisateur. Il décrit les faits tels qu’ils se sont passés ou auraient pu se passer. Au lecteur ensuite d’établir sa propre opinion, en fonction de son ressenti et de son empathie envers des personnages troublés et troublants.


Jean-Paul NOZIERE : Que deviennent les enfants quand la nuit tombe ? Editions Thierry Magnier. 272 pages. 14,50€.

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 07:57

Lestat faire !

 

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Lestat de Liancourt est le benjamin d’une famille de hobereaux auvergnats. Il n’a pas vingt ans lorsqu’il extermine seul une horde de loups qui terrorisent le village. Ce coup d’éclat, s’il ne rehausse pas son prestige familial, permet à Lestat de faire la connaissance de Nicolas, le fils d’un bourgeois local.

Tous deux décident de tenter leur chance à Paris, surtout Lestat qui est en proie au virus du théâtre et rêve de monter sur les planches. Et c’est lors d’une représentation théâtrale que Lestat est remarqué par un individu qui le vampirise. Mais Lestat, devenu vampire à son tour, ne peut ni ne veut se subordonner à certaines règles, à certaines lois non écrites, à certaines conventions tacites du monde des non-vivants, des immortels.

Anarchiste, libertaire, anticonformiste, impie, Lestat déroge aux règles, déroge et dérange. Sa jeunesse, sa fougue, son enthousiasme, sa témérité l’entraînent dans des péripéties innombrables qui du Paris prérévolutionnaire le conduiront à Alexandrie.

Nous découvrons Lestat alors qu’il se réveille d’une longue léthargie réparatrice en 1984 à La Nouvelle-Orléans. Devenu leader d’un groupe de rock, il décide d’écrire sa biographie, nouvelle transgression au code moral des vampires. Ce récit des aventures de Lestat conduit le lecteur dans Paris à l’aube de la révolution de 1789 jusqu’en Egypte en passant par la Grèce et même la Bretagne druidique.


Roman admirable que nous propose Anne Rice et qui a connu plusieurs rééditions. Ce roman écrit au XXe siècle, concernant des aventures se déroulant en grande partie au XVIIIe possède des accents fortement teintés du romantisme, du lyrisme de ces romans dits gothiques propres au XIXe siècle. Le bibliophage, l’amateur de littérature fantastique se doit de réserver à ce roman une place de choix dans sa bibliothèque et le placer en évidence près des romans de Paul Féval, La vampire ou encore La chambre des amours, ou d’Alexandre Dumas, je pense plus particulièrement à ce merveilleux roman qu’est Le château d’Eppstein.

A mon humble avis, Lestat le vampire mérite de devenir l’un des classiques indémodables de la littérature fantastique.

Pour terminer je vous propose de méditer cette phrase extraite de l’un des dialogues de ce roman :

Tu viens d’avancer le plus vieil argument de la chrétienté : le Mal existe pour que nous puissions lutter contre lui et faire le Bien.


Anne RICE : Lestat le Vampire. (Première édition collection Spécial Fantastique, Albin Michel, 1988. Traduction Béatrice Vierne). Editions Pocket. 608 pages. 7,80€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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