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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 08:54

Attention les voyageurs à la fermeture des portières...

 

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Le train, le réseau ferroviaire en général, a depuis sa création inspiré les meurtriers aux motivations différentes, mais toujours crapuleuses, et par voie de conséquence les romanciers. Il serait peut-être fastidieux ici de décliner tous les romans dont les trains servent de décor, je vous laisse le soin d’en établir une liste, peut-être pas exhaustive, mais sûrement intéressante.

En 1860, déjà des individus attaquaient des voyageurs afin de les dévaliser. C’est ainsi que le 12 septembre, le corps d’un homme laissé pour mort est retrouvé de nuit sur les rails sur la ligne Paris-Mulhouse entre Zillisheim et Illfurth. Au départ, les cheminots puis les appareils judiciaire et policier pensent que l’homme est tombé par inadvertance. Mais il s’avère rapidement qu’il s’agit d’un crime. Seulement l’inconnu semble atteint d’amnésie suite au coup qu’il a reçu sur la tête. Il ne possède pas de bagages, et ne répond pas aux questions qui lui sont posées. Le commissaire Elie Singer prend cette affaire en charge personnellement, n’hésite pas à se déplacer, d’aller au charbon malgré les escarbilles, et essaye de dénouer les fils de cette intrigue particulièrement ardue.

Peu à peu il perce l’identité de l’homme. Il s’agit d’un Russe, un scientifique qui devait effectuer une conférence à Paris. L’assassin, enfin celui qui aurait pu avoir un meurtre sur la conscience, a laissé quelques indices volontairement ou non. Par exemple un mouchoir parfumé à l’eau de rose.

Parallèlement, Charles Judd se joue de la police. Jeune homme intelligent et instruit, au visage poupin, il a déserté de l’armée alors qu’il était en poste en Algérie. Véritable Frégoli des trains, il s’accapare les identités de personnes rencontrées au hasard de ses voyages, se déguise en femme. Il est insaisissable, malgré les forces de l’ordre déployées à ses trousses, et les nargue en écrivant des lettres anonymes.

S’inspirant de faits réels, Viviane Janouin-Benanti nous livre la version romancée d’une affaire qui défraya la chronique judiciaire en 1860 et 1861. Viennent à l’appui de sa version quelques crédits photographiques dont la photo de Charles Judd, ainsi qu’une note du ministère de l’Intérieur servant d’avis de recherche. Un rythme enlevé, quelques stations permettant de se dégourdir les jambes, un épilogue quelque peu en voie de garage, tel est la nouvelle œuvre que nous fait partager la romancière qui explore avec bonheur les affaires criminelles des deux siècles derniers.


Viviane JANOUIN-BENANTI : Le tueur du Paris-Mulhouse. Collection Crimes & Mystères. Editions L’Apart du Noir/Cheminements. 256 pages + cahier iconographique de 16 pages. 20€.

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 14:52

Je sème à tout vent…

 

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Cette célèbre devise empruntée à un non moins célèbre créateur d’un dictionnaire, les romanciers, qu’ils écrivent des romans noirs, des romans policiers ou œuvrent dans d’autres formes de la littérature, se l’ont faite leur.

En effet ils propagent leurs nouvelles dans divers supports écrits, journaux, magazines, revues confidentielles à des fins qui ne sont pas forcément lucratives ou dans le souci de se faire connaître. Souvent ils agissent ainsi dans un but louable. Si de nombreux journaux régionaux ou nationaux font appel à leur plume, c’est afin de proposer pendant une durée déterminée à leurs lecteurs une page, ou plusieurs, destinées souvent à des événements ponctuels. Vacances estivales par exemple. Et les auteurs pressentis sont déjà connus en général du grand public, ce qui assure une meilleure mise en place, les ventes allant de pair. Les auteurs sont souvent sollicités pour étoffer aussi les fanzines, et dans ce cas il s’agit bien d’un but louable, car s’ils acceptent d’écrire un texte, ils ne sont pas la plupart du temps rémunérés. Il en va de même lorsqu’ils doivent pondre une nouvelle lors d’un salon du livre ou d’un festival. Les organisateurs jouent sur la notoriété de l’auteur.

Thierry Jonquet était l’un de ces dispensateurs de textes éparpillés un peu partout, souvent introuvables, et il était bon de les regrouper dans un recueil afin de les sortir de l’oubli, de leur offrir un lectorat digne de son nom et de son œuvre.

Après l’admirable préface d’Hervé Delouche, le premier texte n’est pas une nouvelle mais un texte publié dans la revue Les Temps Modernes (3ème trimestre 1997), revue fondée par Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre.

Voilà comment ça c’est passé… Thierry Jonquet revient sur sa jeunesse, les différentes étapes de sa vie professionnelle dans le corps médical, dans des gériatries, des pédiatries, et des dispensaires, soignant enfants ou adolescents, vieillards malades physiquement ou mentalement. Une période de sa vie qu’il a mis en scène dans ses premiers romans dont Le Bal des débris, nombre de fois réédité. Mais aussi son engagement politique, chez les Trotskystes, ses démêlés avec les membres du Parti Communiste (Surtout les Staliniens. Ils ne sont pas tous à mettre dans le même panier comme dit le dicton populaire. Peut-être parce que le panier n’est pas assez grand !), ses illusions et désillusions. La découverte des camps de concentrations, des exterminations de Juifs. De la lecture aussi et de la claque reçue en lisant Manchette. Un texte quelque peu désabusé, dans lequel l’ironie masque un certain désenchantement. Et si vous ne deviez lire qu’un texte, ce serait assurément celui-là : il donne envie de découvrir les autres.

Thierry Jonquet a également participé à des hommages. Par exemple Sommeil, publié dans le recueil collectif Sous la robe erre le noir, anthologie concoctée par Claude Mesplède en hommage à Robert Soulat, alors patron de la Série Noire après le décès de Marcel Duhamel, et publié aux éditions du Mascaret en 1989. Dans Paris dévasté, croulant sous les ruines à la suite d’une catastrophe, des bandes de loubards tiennent les quartiers sous leur coupe. Un jeune homme poussant un landau contenant des boites de conserves déambule tranquillement lorsqu’il est agressé. Un coup de sifflet et sortent alors de sous la capote une myriade de mygales. Par la suite il va rencontrer un vieil homme qui se nomme Songe. Un conte qui fait froid dans le dos. Mais qui sait, si une explosion nucléaire se produisait… ! Thierry Jonquet cite furtivement le titre de l’un de ses romans, mais ce n’est pas forcément celui auquel on pourrait penser.

Dans Art conceptuel (paru dans la revue Ras l’front, N°76 de juillet-aout 2000), Giulio est un artiste qui en a marre de l’art tel qu’il se décline depuis quelque temps. Ras le bol des artistes qui emballent le Pont-Neuf dans des tissus, de ceux qui défèquent dans des boites de conserve en les présentant ensuite comme Merde d’artiste, et autres fariboles dont la chair est mise à contribution. Il a imaginé un nouveau concept qu’il propose à un attaché culturel. On retrouve l’ironie mordante de Jonquet qui sous forme d’une grosse rigolade se moque de ceux qui pour se faire connaître n’hésitent à faire tout et n’importe quoi. Surtout n’importe quoi !

Votre histoire ne tient pas la route propose plusieurs pistes de lecture, lesquelles s’enchainent comme les titres sur un microsillon (ou un CD). Tout jeune Adrien est remarqué dans sa classe par une gentille écrivaine venue leur donner un cours d’écriture et qui lui fait remarquer que ses rédactions sont bien troussées. Elle lui promet même un bel avenir. Alors il participe à des stages d’écriture et rédige une trentaine d’œuvres qui sont toutes refusées. Après s’être essayé à tous les genres il ne lui reste plus qu’à aborder le Polar. Thierry Jonquet s’est inspiré pour écrire cette nouvelle d’une affaire qui a défrayé la chronique en territoire bourguignon, et de ses expériences d’écrivain dans des écoles et des centres d’incarcération. Et il bat en brèche les stages d’écriture.

En tout vingt et un textes, dont un inédit qui donne son nom à ce recueil, et qui sont un concentré des hantises, des obsessions, des angoisses, des révoltes de Thierry Jonquet. Tous les sans : sans-papiers donc forcément sans-boulots et par déclinaison sans-abris sont mis à l’honneur. Un humour grinçant, ça passe mieux avec le sourire, avec un tantinet de fantastique, ça éloigne quelque peu de la réalité, et une vision quasi désespérée du monde en déliquescence. Thierry Jonquet était un humaniste qui s’ignorait.

Il est dommage que toute la production de Thierry Jonquet ne soit pas répertoriée à la fin du livre. Il manque par exemple les deux ouvrages signés Ramon Mercader, publié au Fleuve dans la collection Grands Succès : Cours moins vite camarade, le vieux monde est devant toi (1984) et URSS, go home (1985). Le secret du rabbin, quant à lui, a été édité pour la première fois chez Joseph Clims en 1986.

 

Un recueil légué en héritage par Thierry Jonquet et dans lequel il démontre tout son talent, si c’était encore à confirmer.


Thierry JONQUET : 400 coups de ciseaux et autres histoires. Préface d’Hervé Delouche. Collection Policiers Seuil. Editions du Seuil. 240 pages. 18€.

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 14:17

Faut pas rêver !

 

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Un coin de verdure dans la campagne anglaise, un manoir d’architecture victorienne, tel est l’endroit rêvé pour accueillir en toute sérénité des congressistes. Loin du tumulte londonien consécutif aux prises de décisions gouvernementales, des restrictions budgétaires imposées par l’ère Tatchero-Blairienne, le climat social est tendu. La sécurité dite sociale est menacée : des fonctionnaires en moins c’est des voix en plus !

Pourtant Marion Darras a préféré exercé son sacerdoce de psychologue dans un immeuble du Welfare, l’aide sociale, plutôt que de s’installer en praticien libre. Elle reçoit une convocation l’invitant à participer à une tentative de thérapie nouvelle sur trois volontaires, des patients qu’elle a déjà eu l’occasion de soigner lors de ses jours de garde à la clinique. Elle retrouve quelques confrères dont David Holder avec lequel elle a vécu des relations charnelles six ans auparavant. Puis ils se sont quittés, en affirmant comme d’habitude qu’ils vont se téléphoner, prendre de leurs nouvelles, le genre de promesses pieuses non suivies d’effet. Elle connait de vue les autres participants mais ce qui la dérange le plus c’est l’expérience tentée sur les patients.

Les trois cobayes, s’ils sont différents physiquement, possède un point commun en dehors d’être soigné pour des raisons mentales. Sandy est grande, mince, filiforme, et sans être belle possède un charme troublant. Marion l’avait surnommée Ophélie en référence au personnage de Shakespeare. Sandy vit dans un monde gothique, entretenu par ses lectures, principalement Les hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. Brian est obèse et quoiqu’il fasse, il ne perd pas un gramme. Une boulimie encouragée et entretenue par sa grand-mère durant son enfance. Kenneth, qui s’était adonné à la drogue, est en période de rémission, mais il est agressif et solitaire. Tous trois ont perdu un ou plusieurs être chers dans des circonstances douloureuses, des événements tragiques qui les ont marqués à vie, créant des fractures mentales.

L’expérience envisagée est de prouver qu’il est possible de pouvoir connecter les rêves de trois personnes en même temps. Il n’est donc pas question de lire les rêves mais de comparer les trois graphiques afin de vérifier s’il y a conjonction. Pour cela les trois patients vont ingurgiter une mixture avant de s’endormir. Ils seront reliés à un écran d’ordinateur par trois encéphalogrammes, des plots étant apposés sur leurs têtes. Mais toute expérimentation nouvelle est par essence sujette à des résultats inconnus et l’on ne peut préjuger des acquis positifs, ou négatifs de ces essais. Or comme dans bien d’autres domaines de la recherche scientifique, cette expérience attise les convoitises des instances militaires, qui peuvent éventuellement adapter les résultats obtenus à des fins belligérantes. Alfred Nobel, en son temps, n’avait pas imaginé que l’invention de la dynamite aurait des répercussions moins pacifiques que celles auxquelles son produit avait été conçu : réduire la pénibilité des mineurs par exemple.

Le roman est axé autour du personnage de Marion, et c’est en sa compagnie que le lecteur suit l’intrigue, sauf lorsque Patrick Eris nous entraine dans l’inconscient, les rêveries ou les cauchemars des trois cobayes.

Mais c’est aussi l’occasion de pointer du doigt la déficience du gouvernement anglais en matière de protection sociale. Londres, la capitale, puis d’autres grandes villes du Royaume-Uni sont en proie à des mouvements sociaux, des émeutes de plus en plus virulentes et violentes. La finance aura toujours le dernier mot, et le service public sera de plus en plus bafoué. Le côté fantastique réside dans le résultat des connections mentales des trois patients, mais sur ce point je n’en dis pas plus, ne voulant pas déflorer l’intrigue. Toutefois on peut supposer d’un jour, les progrès de la science sont tellement rapides et inimaginables sauf pour les scientifiques et pour les romanciers, que ce qui est décrit pourrait en partie se réaliser.

Ce roman a fait l’objet d’une première publication en janvier 1989 sous le titre éponyme dans la collection Anticipation du Fleuve Noir et signé Samuel Dharma. C’était dans une version abrogée et Patrick Eris, qui entre temps a pris ce nouveau pseudonyme, a entièrement revu sa copie, réécrivant son texte, l’enrichissant de nombreux détails et surtout en proposant un début et un fin différentes. A l’époque il n’avait que vingt-trois ans, avec déjà à son actif quatre ou cinq ouvrages publiés, mais la fougue de la jeunesse s’est estompée pour offrir un travail plus rigoureux.


A lire également du même auteur :  Docteur Jeep;  Fils de la haine;  L'autobus de minuit;  Histoires vraies sur les rails; La première mort.


Patrick ERIS : Le Chemin d’ombres. Editions Lokomodo. N° 32. 256 pages. 6,50€.

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 13:51

Qui faut-il croire alors ?

 

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Alors qu’il est en communication téléphonique, de mauvaise qualité, avec sa fiancée Leoni, Yann May, psychologue berlinois, est dérangé par des coups frappés à sa porte. C’est un policier qui lui apprend le décès accidentel de Leoni. Yann ne peut y croire d’autant qu’au bout du fil elle a eu le temps de lui dire « Ne les crois pas ».

Huit mois plus tard, il prend en otage sept personnes dans un studio d’enregistrement d’une radio privée célèbre pour ses émissions débiles. Il a bien préparé son opération, se déguisant, se faisant passer pour un des invités du jour à visiter les locaux et surtout en étant armé jusqu’aux dents et bardé de dynamite. Du moins c’est ce qu’il affirme. Il détourne les règles d’un jeu téléphonique matinal, le Cash Call. Un auditeur tiré au sort doit répondre en prononçant une phrase dite magique et peut gagner un cadeau somptueux. Il a décidé d’appeler un auditeur, mais l’enjeu est différent : si la personne appelée ne réponds pas correctement, c’est un otage qui va en subir les conséquences.

Ira Samin, psychologue, est emmenée dans l’immeuble de la radio et doit converser avec le preneur d’otages. Depuis le suicide d’une de ses filles, elle est complètement en vrac et ce matin là elle avait décidé de prendre le même chemin en ingérant des pilules. Aussi elle accepte à contrecœur cette mission d’autant qu’un autre de ses collègues devait jouer les messieurs bons offices. Mais il avait été réfuté par le kidnappeur, au grand dam des officiers de la police dépêchés sur place. Elle tente donc de négocier par téléphone avec Yann, sentant que quelque chose coince dans la machine. Comme si elle était le jouet d’une manipulation, mais elle est incapable de démêler ce qu’il se passe. D’autant qu’elle apprend que la jeune femme qui devait accompagner les visiteurs n’est autre que Katarina, sa fille ainée qu’elle n’a pas vu depuis des mois. Katarina, dite Kitty lui en veut depuis le suicide de sa sœur.

Les tractations continuent car il faut sauver à tout prix la vie des otages mais les revendications de Yann ne sont pas simples. Il est persuadé que Leoni est toujours vivante et il lui faut plus que des preuves pour relâcher ses invités non consentants. Ses argumentations ne manquent pas de poids et les policiers semblent mettre des bâtons dans les roues des négociations.


Ce deuxième roman de Sébastian Fitzek traduit en France diffère totalement de son premier ouvrage, Thérapie, dans le fond et dans la forme, même si l’on peut relever au moins un point commun : si la trame de Thérapie tournait autour de la disparition d’une fillette, ici c’est celle d’une femme qui est considérée comme décédée accidentellement. Mais l’atmosphère angoissante et fantastique qui prévalait fait place à une histoire plus étouffante, inquiétante, reposant sur les motivations du kidnappeur et sur les conséquences éventuelles de ses gestes.

Il ne s’agit pas d’une banale opération de prise d’otages car plus l’histoire avance, plus les démêlés secondaires empiètent sur le récit. Les implications de membres influents de la mafia allemande et de dirigeants de la police berlinoise vont bouleverser la donne, et chacun des protagonistes garderont des cicatrices morales et physiques. Yann et Ira en étant les plus atteints vivant depuis des mois en plein désarroi, victimes de fractures du cœur et de l’esprit. On regrettera juste le titre français qui fait penser à un roman de Mary Higgins Clark.


Sébastian FITZEK : Ne les crois pas. Traduit de l’allemand par Pascal Rozat. (réédition des Editions de l’Archipel). Le Livre de Poche. Collection Policier/Thriller. 416 pages. 7,10€.

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 10:03

Aux portes de l'angoisse ...

 

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Depuis quelques mois, Josy, 12 ans, est atteinte d’une étrange maladie. Son père Viktor Larenz, psychiatre renommé, a consulté de nombreux médecins, aucun d’eux n’a réussi à diagnostiquer l’origine de ce mal. Encore moins à soigner la fillette. En dernier recours Larenz l’emmène chez un confrère, un allergologue. Josy disparaît alors qu’il patiente dans la salle d’attente. Larenz effectue toutes les démarches possibles, sa fille reste introuvable.

Quatre années se sont passées. Larenz est interné dans une clinique spécialisée dans les troubles psychosomatiques. Sanglé sur son lit, n’ayant plus ingurgité de médicaments depuis plusieurs jours, il accepte de raconter au docteur Roth ses mésaventures durant ces dernières années à condition que le médecin lui promette de lui rendre service.

Larenz s’était réfugié afin d’oublier ce pénible événement dans l’île de Parkum où il possédait une petite résidence. Sa femme est en voyage d’affaire à New York. Le cauchemar commence lorsqu’Anna Spiegel s’introduit chez lui sous le prétexte de suivre une thérapie. Elle est atteinte de schizophrénie depuis sa toute jeune enfance et elle implore Larenz de soulager ses maux. Elle est, selon ses dires, romancière écrivant des livres pour enfants, reconnue surtout au Japon. Dans son dernier roman, elle met en scène Charlotte, une gamine malade. Mais elle n’arrive pas à terminer son ouvrage. Pis, Charlotte est devenue une obsession, comme si son personnage s’était échappé du roman et vivait sa propre vie. Elle sait que ce n’est pas vrai, d’ailleurs à chaque fois c’est la même chose. Les héros de ses romans deviennent réalité. Larenz ne veut pas s’occuper de ce cas, ni d’aucun autre d’ailleurs. Pourtant insensiblement il va s’intéresser à Anna, malgré lui. Ce que lui relate Anna, les avatars subis par Charlotte, le ramène à Josy, à des moments de la vie de Josy. Par exemple Anna décrit un endroit à la lisière d’une forêt, une maison abandonnée, où se serait aventurée Charlotte. Or cette bicoque Larenz la connaît fort bien puisqu’il y a passé des vacances en famille avec Josy. D’autres faits se dégagent de ce tissu supposé inventé mais qu’il ressent en lui comme une réalité. Bientôt Larenz ressent les prémices d’une maladie qui pourrait être un gros rhume. Il se renseigne par téléphone auprès d’un détective de ses amis qui confirme certains faits, en infirme d’autres. Par exemple Anna n’est pas recensée comme romancière. Mais Larenz semble basculer dans la folie. D’abord son téléphone portable qui sonne alors qu’il n’y a pas de relais sur l’île, le passeur qui effectue la navette entre le continent et l’île qui affirme ne jamais avoir transporté Anna, le maire qui le met en garde, Anna qui entre chez lui malgré les portes fermées…


Ce psychothriller, comme est défini ce roman, emmène le lecteur aux portes de l’angoisse, jouant avec les nerfs, La tension monte progressivement, insidieusement, avec efficacité, nervosité, sobriété. Pas de temps mort dans cette histoire à la limite du fantastique et pourtant cohérente, logique, cartésienne. Il est vrai que l’utilisation d’une forme de narration, mainte fois éprouvée, dans le développement de l’histoire, pourrait sembler abusive et obsolète, mais justement l’épilogue remet tout en question avec brio. Sébastian Fitzek réussit là où bien d’autres se seraient embourbés, emberlificotés, et pour un essai c’est un coup de maître.

 

 

Sebastian  FITZEK: Thérapie. (Traduit de l’allemand par Pascal Rozat).(réédition des Editions de l’Archipel) Le Livre de Poche. 320 pages. 6,60€.

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 16:03

La vengeance est un plat qui se mange froid ! Mais pas surgelé, on se sait jamais, une fièvre de cheval est vite attrapée !

 

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Un entretien d’embauche, c’est toujours périlleux, surtout lorsqu’on traîne derrière soi une petite casserole. Cela date de neuf ans auparavant, mais on ne sait jamais, les erreurs sont plus vite décelables que les bonnes actions.

Jan Hauger, à peine trente ans, a posé sa candidature pour devenir enseignant dans une maternelle à Valla, environ cent kilomètres à l’ouest de Stockholm. Il est reçu par le docteur Högsmed qui préfère qu’on l’appelle par son prénom, Patrick, plutôt que par son titre. Une coquetterie. Jan possède de nombreux certificats de puériculteur et professeur de maternelle avec de bonnes références, et il est assez confiant dans l’obtention de ce poste. Il a effectué neuf remplacements en six ans et n’est donc plus un débutant. Mais on ne sait jamais. L’examen de passage est concluant. Jan redoutait que Högsmed téléphone à Nordbro, pourtant c’est ce que fait le docteur. Bonne pioche, ce n’est pas la directrice du Lynx qui répond mais celle du Tournesol. Ouf, il est soulagé. En effet, lors de son premier emploi neuf ans auparavant, il avait égaré un gamin de cinq ans, William. Et cela aurait pu être rédhibitoire.

Le docteur Högsmed dirige un centre psychiatrique, la clinique Sainte-Barbe, que les habitants de la petite ville ont déformé en Sainte-Barge. Et Jan va rejoindre l’équipe de puériculteurs en charge des gamins à La Clairière, un bâtiment qui jouxte la clinique. Les enfants sont accueillis dans la journée puis repartent le soir dans des familles d’accueil sauf trois d’entre eux qui dorment sur place. Ce sont les fils et filles d’internés. Et Jan sera chargé, entre autres occupations, de convoyer un enfant de temps en temps afin qu’il rende visite à l’un de ses parents. Ce pourrait être une sinécure, sauf que Jan s’est fait embauché pour une raison précise.

Dans le temps il a connu Alice Rami, une jeune fille révoltée qui jouait de la guitare. Il l’aimait, sans qu’elle le sache, quoique, on ne sait jamais dans la vie. Depuis la retrouver est devenu une véritable obsession, un besoin intense. Une de ses collègues remarquant un poster d’Alice Rami avec sa guitare, alors que la jeune fille avait enregistré son premier disque et commençait à se faire un nom, déclare qu’elle est internée dans un hôpital psychiatrique. D’où sa demande d’embauche à Sainte-Barbe, lorsque Jan a découvert une petite annonce. Mais il lui faut absolument trouver un moyen pour la rencontrer.


Jan est un solitaire, il n’a pas d’amis. Pourtant il se lie avec ses collègues, Hanna et Lilian, qu’il retrouve le soir au Bill’s Bar. Lilian boit, trop, quant à Hanna, elle est plus réservée. Elles possèdent toutes deux une fêlure, une meurtrissure dont elles évitent de parler. Marie-Louise, la directrice, et Andréas son collègue masculin, il les côtoie, sans plus. Lorsqu’il est dans son appartement en sous-location, il s’attelle à sa bande dessinée, une œuvre de longue haleine dont il ne sait pas s’il la terminera un jour. Le Farouche et la Bande des Quatre, c’est le titre.

Un jour, un des gamines dont il a la charge lui demande de lire un livre qui était caché sous des coussins. Un cahier plus exactement, écrit à la main, et dont les dessins sont juste esquissés. Quatre cahiers, qu’il emmène chez lui et dont il termine les gravures qu’il colorie ensuite. Mais son idée fixe, c’est de pouvoir s’infiltrer dans Sainte-Barbe. Il a déjà pris des repères en emmenant des gamins, mais la solution lui est donnée lorsque l’un des musiciens du groupe qui joue le soir au Bill’s Bar, lui demande de servir de facteur. Le musicien et l’un de ses accompagnateurs font parie du service de sécurité de Sainte-Barbe. Jan va à l’insu de tous déposer du courrier dans la salle où les enfants sont réceptionnés et récupérer d’autres lettres afin de les poster. Bon nombre de ces missives sont adressées à Ivan Rössel, un tueur en série qui a défrayé la chronique des années auparavant. Ivan Rössel, quoi qu’il s’en défende, est accusé d’avoir tué des adolescents lorsqu’il était enseignant, et d’autres crimes. Une célébrité locale qui fait jaser dans la petite ville de Valla.


Johan Theorin souffle le chaud et le froid dans ce roman et l’angoisse qui étreint le lecteur devient progressivement impressionnante, tout en restant diffuse, troublante. Le chaud étant représenté par une scène inquiétante dans un sauna. Le lecteur est en perpétuelle attente d’éléments permettant de comprendre les motivations de Jan Hauger, mais celles-ci ne sont dévoilées qu’à petites touches. Dans le récit proprement dit de son séjour à Valla, s’intègrent les réminiscences de sa période comme débutant au Lynx, et de ce qu’il a pu tramer pour mettre en émoi l’école maternelle par la disparition du jeune William à Nordbro. Mais il faut encore remonter le temps, et le découvrir interné au PAF, pôle psychiatrique adolescents-familles. Tout est dosé en subtilité et l’épilogue est habilement mis en scène, même s’il ne correspond pas ce à quoi je m’attendais.


Johan Theorin joue avec les nerfs, il s’en délecte, et le lecteur ne peut qu’en redemander. Car le lecteur, le vrai, celui qui aime lire, est un masochiste. Il veut, à l’instar des petits-enfants, qu’on lui fasse peur. Il apprécie les frissons, ceux qui font accélérer le palpitant, mais distillés avec subtilité. Les trucs sanguinolents deviennent à la longue du Grand-Guignol et ne font plus d’effet. Tandis qu’une histoire qui procure de l’émotion touche plus intensément le lecteur. Surtout lorsque des enfants font partie intégrante dans la distribution des rôles. S’il n’y avait eu comme protagonistes que des adultes, la portée émotive n’eut point été pareille et aussi prégnante.


Johan Theorin revisite les contes pour enfants, les adaptant pour des adultes qui n’ont pas perdu leur part de rêve, comme lorsqu’ils lisaient Le Petit chaperon rouge ou le Petit Poucet.

 

A lire du même auteur : L'écho des morts et Le sang des pierres.


Johan THEORIN : Froid mortel (Sankta Psyko – 2011. Traduction de Rémi Cassaigne). Editions Albin Michel. 446 pages. 21,50€.

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 07:26

La politique a ses raisons que la raison ignore.

 

 

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Et dans les coulisses du pouvoir se trament des magouilles basses, viles, méprisables, que ne peut imaginer le commun des mortels, tout cela au nom de la France, une main sur le cœur pour l’image, l’autre sur le portefeuille.

En cette veille du premier tour des élections présidentielles, trois jeunes, Erwan, Julien et Saffron bidouillent un ordinateur, dans le but de s’infiltrer à distance dans celui d’un homme de l’ombre afin de pomper des dossiers. Benoît Soubise ne se doute nullement de ce piratage lorsqu’il travaille dessus, et encore moins que Julien a réussi à brancher la webcam. Mais les trois jeunes ne s’attendaient pas à assister en direct au meurtre de Soubise par deux inconnus cagoulés qui allaient emporter l’ordinateur piraté. Panique générale, débandade, mais pas au point d’oublier de mettre en lieu sûr une clé USB.

Lorsque les policiers arrivent sur place ils se rendent rapidement compte que Soubise est un homme de la maison détaché des RG en tant que responsable de la sécurité auprès du CEA (Commissariat à l’Energie Atomique). Le commissaire Pâris de la Criminelle est chargé de l’enquête. C’est un teigneux Pâris, d’autant que s’il a été affecté de la brigade financière à la Crim, sous couvert de promotion, c’est bien parce que ses investigations à la financière gênaient du monde. D’abord il interroge Barbara Borzeix, la compagne depuis quelques semaines de Soubise et qui a trouvé le corps. Selon elle Soubise était ingénieur commercial pour une entreprise sous-traitante d’EDF et surtout d’Areva. Quant à Barbara elle est responsable juridique dans une grande entreprise de BTP, la Picot-Robert Groupe plus communément appelée la PRG, dirigée d’une main de fer par Elisa Picot-Robert. Un souvenir cuisant pour Pâris dans une autre vie professionnelle.

Neal Jones-Saber, chroniqueur gastronomique et ancien grand reporter, est inquiet. Sa fille Saffron devait le rejoindre à Cahors mais elle s’est décommandée et depuis elle ne donne plus de ses nouvelles. Journaliste d’investigation Pierre Moal, grâce à un informateur bien placé, révèle le décès de Soubise et pointe du doigt un groupe d’écoterroristes Urgence Planète Bleue. Tout ce petit monde va enquêter d’abord chacun de son côté, puis il y aura des alliances, et peu à peu les suspicions portées sur le groupe des écoterroristes battent de l’aile malgré les pressions subies par Pâris et son groupe. Il faut absolument trouver un ou des coupables, mais pas forcément les vrais. Les clés du pouvoir ne sont pas dans la boîte à gants comme l’a écrit Frédéric Dard/SanAntonio, mais la vérité réside dans une clé USB. Mais ce qui intéresse surtout les Français c’est la bataille électorale. D’un côté Pierre Guérin, dont le mariage avec Sonia est plus que vacillant, et de l’autre son challenger Eugène Schneider.

 

Je ne m’appesantirai pas sur ces deux caractères, le lecteur les découvrira à la lecture de ce roman, mais il ne pourra s’empêcher de mettre un visage sur chacun de ces noms. Tout au plus pourrais-je indiquer que Pierre Guérin, homme à femmes, coléreux, est obligé de prendre de temps à autre de petites pilules afin de canaliser son caractère ombrageux, ministre des finances en exercice et que Schneider catalogue comme un « type fasciné par le fric qui joue les tribuns populaires ». Pierre Guérin, dans l’intimité avec ses conseillers ou sa femme Sonia, beaucoup plus calme et posée que lui, ne mâche pas ses mots, déclarant : Quand j’aurai les pleins pouvoirs, je me chargerai moi-même d’en pendre quelques-uns à des crocs de bouchers. Tout ça à cause d’une problématique financière avec l’EPR de Flamanville dont le lancement du chantier est programmé. Signalons que ce chantier est effectivement en cours de réalisation, avec plusieurs mois de retard et des dépenses qui ont pratiquement doublées d’après les premières estimations, que de nombreux incidents ont déjà émaillé sa construction, certains ayant d’ailleurs été étouffés ou minimisés, et que ce chantier est confié au groupe Bouygues. Ne croyez pas que je suis hors sujet, car il s’agit bien de magouillages entres différents groupes en vue du CAC 40 qui sont en filigrane de ce roman, qui traite également de l’avenir de l’énergie nucléaire, mais toujours d’un point de vue financier. Ceci est bien un roman de politique-fiction et il serait évidemment osé de vouloir trouver une ressemblance avec des situations, des faits ou des personnes existant ou ayant existé. Dominique Manotti et DOA ont construit une intrigue toile d’araignée dans laquelle bon nombre de protagonistes s’engluent et certains décèdent. Quant aux autres, s’ils s’en sortent, ce ne sera pas forcément sans dommages.


Dominique MANOTTI & DOA : L’honorable société. (Première édition : Série Noire, Gallimard) Réédition Folio Policier N° 688. 384 pages. 7,50€.

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 14:09

Coups bas à Cuba ?

 

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Après avoir exploré la SF russe dans Dimension URSS, la SF espagnole dans Dimension Espagne puis la SF américano-latine dans Dimension Latino, Philippe Ward et Sylvie Miller nous proposent un nouvel opus consacré à la SF cubaine avec un seul intervenant : Yoss, de son vrai nom José Miguel Sanchez Gomez Celorrio Pino Bellido Valdivia Ramirez Diaz Carnota Calabeo Can Pascual. Lequel figurait déjà dans Dimension Latino.


Interférences, le roman, est composé de trois nouvelles mettant en scène Le Grand Pays, que l’on pourrait assimiler à Goliath, et Le Petit Pays, reproduction de David. Et il ne faut pas aller chercher loin pour leur rendre leur véritable nom à ses deux pays qui se querellent depuis près de cinquante ans.

Dans l’épisode 3, Yoss nous les présente ainsi : Dans le grand pays, gouvernait depuis plusieurs décennies une poignée de riches blasés, grâce à un système simple et efficace : l’achat des voix d’un peuple éduqué dans le principe que l’argent guide le monde et habitué au fait que tout a un prix. C’était, bien évidemment, une démocratie. Dans le petit pays, gouvernait depuis plusieurs décennies son affable dictateur (Grand Timonier du Destin National), élu chaque année par son peuple lors d’élections où, de manière simple et efficace, il était le seul candidat autorisé à se présenter. C’était, ne vous en déplaise, une démocratie.

Ne nous égarons pas et revenons à nos Interférences.


Dans le premier volet, titré justement Les interférences, le lecteur découvre l’univers parodique de Yoss qui confronte les deux pays via la télévision. Avec un petit coup de griffe au passage au Grand Pays dont chaque habitant possède au moins un téléviseur pouvant capter plus de cent-vingt chaines nationales différentes, en couleurs et dont les centres d’intérêt sont diversifiés. Le Petit Pays ne possède que trois chaînes et souvent les téléspectateurs ne peuvent visionner les programmes que sur des postes obsolètes. La grande différence c’est que dans le Grand Pays, « chaque téléspectateur choisissait de regarder ce qu’il voulait… s’il ne devenait pas fou avant ». Mais dans le Petit Pays les problèmes de réception sont récurrents, malgré l’emploi de paraboles.

Monsieur Perez possède sa technique, un peu particulière il est vrai. Il effectue les réparations à l’aide d’un marteau, jusqu’au jour où ayant frappé un peu plus fort que d’habitude sa parabole, son téléviseur reçoit les émissions mais avec quelques jours d’avance. Pour les feuilletons, cela ne pose aucun problème, mais pour les informations, c’est autre chose. Savoir ce qu’il va se passer avec quinze jours d’avance sur les événements, cela change la donne.


Dans le deuxième volet, Les Pièces, une partie du Grand Pays, et dans une moindre mesure le Petit Pays, est confronté à un phénomène inexplicable. Des personnes sont transformées en objets, sans distinction de race, d’âge ou d’origine sociale. Un médecin conclut à une conversion corporelle inédite. La question cruciale qui est posée, et reste sans réponse : des extra-terrestres auraient-ils envahi le pays ?


Enfin dans le dernier volet, Les Cheminées, qui aurait pu être titré La Folie des Grandeurs, le lecteur assiste à une compétition entre les deux pays. Mais l’épilogue est particulièrement pathétique.

Cet ouvrage est complété par une préface de Sylvie Miller, un entretien avec l’auteur plus deux petites nouvelles. Frisant avec l’absurde, ce livre, qui est autant de science-fiction situé dans un avenir proche que de fantastique, sort des sentiers battus et nous ouvre de nouveaux horizons narratifs. Sur un fond politique, jamais trop accentué, c’est la société cubaine qui est visée et surtout son gouvernement, ce qui explique d’ailleurs que ce livre reste inédit dans ce pays, jouant dans un registre humoristique, parfois féroce, ironique, sarcastique. Et il serait dommage de passer à côté de cette lecture, qui nous change des productions anglo-américaines.


YOSS : Interférences. Collection Fusée N° 6, Rivière Blanche. Traduction de Sylvie Miller. Illustrations de Javier Caparo. 180 pages. 16€.

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 14:55

Et dire qu’il y en a qui se ruinent en cures de rajeunissement onéreuses !

 

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Le roman de cape et d’épée, fort prisé dans la seconde moitié du XIXème siècle et au début du XXème, a connu quelques sursaut dans les années 1950-1970. Passé de mode pensions-nous. En réalité ce genre littéraire est toujours vivace, car parmi les romans policiers historiques, bon nombre de romans de cape et d’épée pourraient y être apparentés.

Ce genre que l’on pensait moribond vit de beaux jours, après avoir changé de peau, avoir mué, sous la plume de quelques auteurs qui savent transmettre la fougue des Dumas et consorts, se montrant leurs dignes fils spirituels tout en adoptant la rigueur historique.

Jean Contrucci abandonnant (momentanément ?) son journaliste marseillais émule de Rouletabille, campe un nouveau personnage que l’on aimerait retrouver dans d’autres aventures. Cela est-il prévu, je n’en sais rien pour le moment, mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs et procédons à la présentation de ce héros.

Guillaume de Montmirail est venu à Marseille assister au départ de son frère aîné à bord d’une galère pour une traversée inaugurale qui doit l’emmener jusqu’en Syrie, à Tripoli. Pas comme galérien mais comme capitaine en second. Guillaume est âgé d’à peine vingt ans, et après bien des aléas, il envisage la vie avec sérénité. Dans les petites ruelles malfamées de la cité phocéenne, il avance tranquillement, imperturbable. Il ne connait pas la ville et est un peu perdu dans le dédale des venelles alors qu’il veut rejoindre sa chambre de location. Soudain il est agressé par quatre malandrins guidés par un chef portant masque d’Arlequin. Il se trouve en mauvaise posture, malgré ses qualités de bretteurs, lorsque surgit opportunément un marin qui se range à ses côtés. Les spadassins n’ont plus qu’à déserter l’arène. Toutefois Guillaume a été touché dans l’algarade.

Lou Rousset, de son vrai nom Jean-Baptiste Amourdedieu, patronyme à lui donné car c’est un enfant abandonné, lui propose de l’emmener chez son mentor Philippe d’Orseul. Celui-ci est négociant mais surtout il est dans les étoiles. Il passe ses nuits à contempler les astres, en astronome amateur mais avisé qu’il est. Lou Rousset et Guillaume sont accueillis par la fille de la maison, Constance, dix-sept printemps. Lou Rousset est inquiet, et demande à Constance si elle est réveillée. Au grand étonnement de Guillaume qui apprend bientôt que la jeune fille possède la particularité d’être somnambule. Après quelques soins, Guillaume fait la connaissance de l’astronome. Un lien de sympathie relie peu après toutes ces personnes. Toutes ? Pas tout à fait car entre Constance et Guillaume nait un autre sentiment, plus profond. Guillaume, s’il connait les choses de l’amour, il a eu les faveurs de quelques maitresses lors de son séjour à la cour, dont celles de Diane de Cabrières, une jeune courtisane et favorite intermédiaire du roi Louis XIV n’a point encore été transporté par ce noble sentiment.

Lou Rousset lui présente Piero Orsini, un corailleur, et tous deux lui font visiter le port et la ville. Seulement la cité est en effervescence. Les bourgeois et les simples citoyens sont mécontents. Un consul nommé par le roi doit remplacer l’actuel, un parachutage (le mot n’existait pas à l’époque, mais la façon de procéder était la même) ce qui énerve le bon peuple à la tête duquel s’élève Gaspard de Glandevès, sieur de Nozielles. Ce gentilhomme provençal, véritable hercule, devient rapidement le meneur de ce qui a été appelé la Fronde marseillaise. Lors des manifestations de rues, Guillaume et ses nouveaux amis participent activement à l’insurrection, surtout Lou Rousset et son compère. Pendant une de ces émeutes, alors qu’ils sont coincés dans la foule, Constance est enlevée. Commence alors pour Guillaume une course poursuite pour retrouver celle qu’il considère comme sa fiancée putative.

Constance a été emmenée par ses ravisseurs jusqu’en Camargue, enfermée dans une vieille bâtisse. Elle parvient à s’échapper, tuant au passage l’un de ceux qui l’ont enlevée grâce à un objet qu’elle s’est fabriqué dans sa geôle. On notera au passage que les bustiers qui comprimaient le torse des jeunes femmes afin de les rendre plus minces et leur poitrine plus avenante peuvent se révéler fort utile dans certains cas. Au cours de son échappée, elle s’évanouit et est récupérée par une troupe de saltimbanques. Seulement elle a perdu l’usage de la parole.


Pourquoi ces malandrins ont-ils tentés d’assassiner Guillaume, le pourchassant impitoyablement, perpétrant un enlèvement le touchant dans son cœur ? Le motif est à chercher dans son enfance lorsqu’il a assisté, alors qu’il n’avait que dix ans, à un assassinat au cours d’un carnaval dans les rues d’Aix. Or l’un des meurtriers avait perdu son masque au cours de l’échauffourée et Guillaume avait aperçu son visage.


De juin 1659 jusqu’en mars 1660, la ville de Marseille a effectivement vécu les événements décrits dans le roman. Jean Contrucci a inséré une histoire de cape et d’épée et d’amour dans un contexte historique avec verve et rigueur. L’on retrouve certains des thèmes chers aux romanciers qui œuvraient dans ce genre littéraire, avec l’origine d’une vengeance remontant à quelques années avant le début de l’intrigue décrite, les chevauchées épiques, l’enlèvement d’une jeune fille, des femmes fatales, les spadassins masqués, les multiples rebondissements inhérents à ce genre d’histoire, des chassés-croisés et des personnages qui interfèrent pour le plus grand bonheur des lecteurs. On pourra par exemple mettre en parallèle le sauvetage de Constance (tiens, comme le prénom de madame Bonacieux dans les Trois Mousquetaires de Dumas) puis son adoption par des saltimbanques, ce qui lui permet de voyager incognito et de participer comme artiste de cirque, tout comme le fait Scaramouche dans le roman éponyme de Rafael Sabatini.


Cette Fronde marseillaise est un épisode de l’histoire de France aujourd’hui oublié, occulté des manuels scolaires. Pourtant, que d’enseignements les hommes politiques pourraient en tirer.

A Guillaume de Montmirail qui s’exclame : Mais enfin monsieur, m’expliquerez-vous ce qui se passe dans cette ville étrange pour mettre les gens en pareilles transes ? C’est à n’y rien comprendre ! Pourquoi le peuple de Marseille veut-il chasser les consuls que le Roi lui a donnés ? N’œuvrent-ils pas pour le plus grand bien de la cité ?

Philippe d’Orseul répond : Sans doute, mais là n’est pas la question. Vous avez dit le mot : ces consuls, le Roi les a donnés aux Marseillais. Autrement dit, imposés. Ils ne les ont pas choisis. C’est là leur moindre défaut. Cela est reçu comme une atteinte aux franchises dont Marseille bénéficie depuis des siècles. Cette ville entend s’administrer comme bon lui semble, avec des gens du cru, exclusivement. Cet échange pourrait alimenter de nombreux débats dans la vie politique actuelle, alors que des instances parisiennes veulent imposer aux électeurs des têtes de liste dont ils n’ont que faire. Mais ceci nous entraîne hors sujet.


C’est cet harmonieux mélange entre réalité et fiction qui prédomine et qui entraine le lecteur dans des aventures dont le peuple marseillais est le héros malheureux, volant presque la vedette aux personnages imaginés pour la bonne cause et aux protagonistes réels indélicats. Pas tous quand même. Ils ne sont pas tous à plonger dans le même sac à rebuts. La grandeur d’âme côtoie la noirceur d’esprit. A noter la figure ambivalente de Mazarin qui est bibliophile, une qualité à lui accorder.

Une lecture qui m’a ramené plus de cinquante ans en arrière, lorsque je lisais assidûment les romans signés Dumas, Féval père et fils, encore Zevaco et leurs épigones.


Jean CONTRUCCI : La vengeance du Roi-Soleil. Editions Jean-Claude Lattès. 448 pages. 17,50€.

 

challenge régions

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 09:05

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Valentin et son père vivent dans une vieille péniche désaffectée sous le pont de Grenelle. Valentin ne va pas à l’école. C’est contre les principes de son père qui connaît la loi : l’école n’est pas obligatoire ! C’est l’instruction qui est obligatoire, pas l’école.

Alors, le père de Valentin lui inculque son savoir, l’emmenant au musée du Louvre le dimanche, parce que c’est gratuit. Pour subsister, le père de Valentin possède une boîte de pastilles vide et attend que les passants daignent verser leur obole, mais il refuse qu’on dise qu’il mendie. Et s’ils en sont arrivés là, c’est parce que Papa est au chômage et que Maman est décédée. Tout irait bien cahin-caha, jusqu’au jour où Papa est persuadé avoir vu celui qui depuis quelques semaines fait la une des journaux.

Celui qui est surnommé le tueur de Passy et possède plusieurs meurtres à son actif.

L’assassin de papaest un peu plus qu’un roman policier, qu’un roman noir. Il plonge son jeune lecteur dans un univers qui malheureusement sort de la marginalité pour devenir courant. C’est aussi une leçon de courage, de dignité que nous inculque le père de Valentin : avoir toujours à l’esprit l’envie de s’en sortir et refuser la déchéance qui n’est pas inéluctable.

Leçon d’espérance avec cette petite touche d’humour, et de coup de pied à l’ordre établi aussi, avec en fin de compte le respect des autres, de soi, et la reconnaissance de ses erreurs.


Malika FERDJOUK : L’assassin de papa. Souris Noire, Syros Jeunesse. 6€.

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