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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 08:00

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Ceux qui connaissent l’œuvre de Roger Martin retrouveront ses préoccupations dans la lutte contre la discrimination, la ségrégation, le fascisme d’hier et d’aujourd’hui, démontrant, même si on le sait déjà, que sous une soi-disant démocratie, des pans entiers de l’Histoire sont soigneusement enfouis dans des archives classées secret défense et que les exhumer serait porter atteinte à une image trop belle, trop idyllique.

Ceux qui ne l’ont pas encore lu découvriront un humaniste qui s’emploie à révéler des événements pas toujours reluisants de l’histoire des Etats-Unis. Et pourtant comme aime à le marteler un des protagonistes de ce roman les Etats-Unis sont le « pays le plus démocratique au monde ». Un autre balaie d’un revers de manche la question de la ségrégation et du racisme actuellement, arguant que « l’époque des troupes séparées, où les Noirs ne pouvaient être incorporés qu’au sein d’unités non combattantes, où le racisme régnait dans les camps et sur les bases militaires, est définitivement révolu. Aujourd’hui, l’armée américaine est considérée comme le corps d’Etat où l’intégration est la plus réussie. Colin Powell, t’as entendu parler ? ».

C’est avouer implicitement que cela existait auparavant ? Implicitement oui, mais du bout des lèvres et ce genre de déclaration n’est pas destiné à tous, sauf pour se glorifier et user de démagogie qui ne convainc pas grand monde.

Douglas Bradley a été élevé dans un cocon entre un père strict et une mère effacée entièrement dévouée aux décisions de son mari. William Bradley est directeur des ventes chez Coca Cola à Atlanta, le site historique de la marque, une sacrée promotion pour un homme d’origine noire. Douglas pourrait creuser son trou s’il le souhaite. D’ailleurs l’été il sert de guide auprès des visiteurs, un pied dans l’entreprise en quelque sorte. Mais il a une autre idée en tête : s’engager dans l’armée de l’air. Il a établi un dossier en béton, études universitaires brillantes et diplômes à l’appui. Seulement ses espérances sont balayées d’un trait de plume lorsqu’il reçoit un courrier annonçant un refus catégorique de la part des instances militaires. Il ne peut intégrer l’élite car son grand-père Robert Bradley a été pendu en terre normande, le 14 août 1944, pour une affaire de viol. Il tombe de haut.

Son père l’avait emmené sur une tombe en Floride alors qu’il n’était qu’un gamin, et il se sent trompé, trahi. Un de ses professeurs lui conseille d’effectuer des recherches via un détective. Il tombe des nues. Non seulement son grand-père a bien été pendu, mais sa grand-mère vit toujours près de Tallahassee, et il a une tante, la sœur de son père, une cousine, une belle-sœur dont le mari, Jason son cousin, est décédé dans un engament de l’armée en Irak. Il décide alors de rencontrer cette famille qu’il se découvre et dont son père lui a toujours tu l’existence.

Son père, bien installé socialement, est raciste, ne considérant ses frères de couleur que comme des êtres inférieurs. Aussi lorsque Douglas arrive à Havana près de Tallahassee, en Floride, il regarde d’un air supérieur les Noirs, lui qui appartient à une caste supérieure. Mais il va devoir réviser ses jugements.

Sa grand-mère est mourante à l’hôpital. Il est reçu à bras ouverts par cette famille pauvre et accueillante. Rosa lui confie des documents importants concernant son grand-père. Des documents qui l’amènent à se poser de nombreuses questions et à effectuer des recherches. Personne ne croit à la thèse officielle du viol. Ses recherches l’entraînent à Pittsburg où il rencontre un ancien aumônier qui lui donne un carnet écrit son grand-père peu avant sa mort par pendaison. Regrettant de ne pas avoir enregistré leur conversation, il retourne le lendemain sur place, mais le vieux curé est décédé. Muni de quelques renseignements, Douglas décide de couper les ponts avec son père, provisoirement pense-t-il, et possédant quelques fonds provenant de ses travaux estivaux, il s’envole pour la France. Le Havre et ses environs, le cimetière américain de Fère en Tardenois dans l’Aisne, puis jusque dans les Ardennes belges. Mais cette remontée du temps est contrôlée par deux hommes attachés à la D.I.A., la Defense Intelligence Agency. Et afin de déterrer la vérité, il lui faudra faire preuve de courage, d’initiatives, d’une certaine dose aussi de naïveté pour contrer les attaques dont il est l’objet et déjouer les poursuites.

 

Ce roman est aussi une sorte de document sur la déségrégation amorcée, sur la campagne d’Espagne avec les deux divisions américaines non officielles qui comportaient aussi bien Blancs et Noirs côte à côte, sur les agissements de la Croix Rouge refusant les dons du sang des Noirs. C’est un réquisitoire envers l’armée américaine qui justifie le surnom donné en France à l’armée de Grande Muette, dénonçant le combat récurrent contre les communistes ou supposés tels, l’ostracisme permanent qui sévit toujours car malgré les interdictions le K.K.K. est toujours bien vivant.

On notera au passage le clin d’œil de Roger Martin à des auteurs français comme Noël Simsolo, écrivain, cinéaste et critique, Gilles Morris connu également sous le nom de Gilles Maurice Dumoulin, romancier qui fut tout jeune télégraphiste au camp Phillip Morris au Havre, ou encore Patrick Giovine, membre éminent de l’association Les Amis de San Antonio et qui a écrit quelques romans.

Les figures de John Berry, l’acteur et le réalisateur, de Myriam Boyer, l’actrice et comédienne française qui fut durant vingt cinq ans sa compagne, Robert Finnegan et quelques autres parsèment ce roman. Un ouvrage à lire afin de mieux comprendre les dessous pas vraiment glorieux d’une institution militaire qui se targue d’être le défenseur de la démocratie et de la liberté dans le monde.


Roger MARTIN : Jusqu’à ce que mort s’ensuive. (Première édition : Le Cherche-midi éditeur). Editions Pocket/Thriller. 480 pages. 7,60€.

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 13:10

 

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Anticipation, science-fiction, politique-fiction, Zones 5 est un peu tout cela associé à un concept financier déjà existant dont on ne sait quelles proportions et influences il pourra prendre sur la gestion des états mais dont, déjà, on peut évaluer les conséquences néfastes et délétères.

La ville de Montréal, comme beaucoup d’autres métropoles du Québec, est divisée en zones distinctes et sélectives. La zone 1 est résidentielle, réservée aux riches. La zone 2 est semi résidentielle et commerciale, réservée aux travailleurs salariés et aux commerces de détail ou de proximité. La zone 3, industrielle, constitue l’enclos des travailleurs temporaires, précaires, des immigrants fraîchement arrivés sur le territoire ainsi que d’illégaux ayant réussi à franchir la frontière de la zone 4. La zone 4, qui « abrite » les sans-abris, les trafiquants de fausses cartes, des prostituées bas de gamme, et tous ceux qui issus de l’extérieur souhaitent intégrer la métropole. Mais en ce milieu du XXIème siècle, une zone 5 s’est créée loin de la ville, dans des régions éloignées où habitent des hommes et des femmes qui refusent l’industrialisation à outrance, désirant vivre comme avant. Des rebelles de la société réfugiés à Blanc Sablon, Rimouski et autres lieux situés sur l’estuaire du Saint-Laurent.

Jappy, Elise sa compagne, Ender, Diégo et bien d’autres demeurent dans cette partie isolée de la province, en compagnie de pêcheurs et d’autochtones ayant refusé de s’exiler loin de leurs racines dans une urbanisation anonyme engendrée par ce qui a été nommé la Grande Expropriation. Ce ne sont que des squatteurs mais actifs.

Ender, Elise et Diégo qui se sont mis sérieusement à l’informatique, s’amusent à pirater les informations et à en détourner le sens. Les amours de Jappy et d’Elise sont concrétisées par la naissance d’un garçon, Kassad, qui est affligé à la naissance de deux infirmités. Il est aveugle et hermaphrodite, ce qui ne l’handicape pas trop. Jappy, qui a perdu un œil, s’en « voit » greffer un, genre caméra, ce qui lui permet de visionner et d’enregistrer ce qu’il aperçoit dans certains moments délicats. Mais ils doivent penser à leur subsistance, ainsi qu’à s’approvisionner en matières premières, genre fuel, capables d’alimenter la centrale qui leur procure de l’électricité. Lorsque le Sancto Berlusconi, un navire italien qui navigue au ralenti dans les eaux longeant les côtes du Labrador, Jappy et ses amis décident de l’arraisonner, ce qui leur fournit du fuel et autres produits de première nécessité. Cette opération réussie de main de maître, et sans dégâts, ils continuent sur leur lancée leurs actes de piraterie jusqu’au jour où Jappy et ses comparses se font piéger. Car évidemment le gouvernement et surtout La Lyonnaise des Eaux, qui a la main mise sur l’eau et autres matières premières, et dont l’importance financière dépasse de loin l’économie de bien des pays, n’apprécient pas cette guerre économique menée par des groupuscules qui s’érigent en nouveaux Robin des bois.

 

Roman de fiction Zones 5 laisse songeur le lecteur qui se pose moult questions, à raison, et jette un coup de projecteur sur ce qui se passe actuellement. Cette prépondérance de certaines sociétés multinationales, ou non, qui peuvent décider en catimini, car tout n’est pas toujours avoué au grand public, et mettre en danger la vie de nombreuses personnes. Que penser de cette prééminence que possèdent des sociétés, allez n’ayons pas peur de citer des noms, AREVA, MONSANTO et quelques autres ? Michel Vézina met le doigt comme un surligneur sur des dérives, mais combien de nous se sentent concernés. Mais après tout, ce n’est qu’un roman.


Michel VEZINA : Zones 5. Editions Coups de Tête n° 35. Série Elise. 228 pages. 13€.

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 08:20

Les douceurs provinciales !

 

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Une petite ville de province dans l’Est de la France, non loin du Jura. Mathieu Launay est fait-diversier dans un journal local et il aime se confronter à des histoires qui sortent de l’ordinaire. Tant que faire se peut, car trop souvent ce sont quasiment les mêmes reportages auxquels il est confronté, des banalités. Et puis cela lui permet de ne pas trop penser à ses amours contrariées avec Isabelle. Il rencontre avec plaisir son amie Milie qui a toujours des histoires invraisemblables à narrer et doit gérer ses problèmes relationnels avec son ami Fred.

Pour fouiner et rédiger ses articles, Mathieu possède deux sources de renseignements. Les correspondants locaux, principalement Senis qui sait tout ce qui se passe dans sa localité de Saint-Val, et le procureur Piretti. Aussi lorsque Senis lui annonce qu’il sent quelque chose de lourd, et que Piretti le convoque à la séance presse, Mathieu est tout émoustillé.

Une adolescente a été retrouvée le corps lardé de coups de couteau, scarifiée de partout, et en partie brûlée. Elle a réussi à s’échapper de la cave de la maison abandonnée à la lisière du village et s’échouer sur le paillasson d’habitants qui se sont empressés d’appeler les gendarmes. Jennifer, une gamine de quatorze ans, est dans un sale état, plongée entre vie et mort. Les coupables sont deux autres gamines du même âge. Elles ont été rapidement repérées grâce à une gérante de station-essence chez laquelle elles avaient remplie un jerrican.

Au départ il ne se serait agi que d’une vague histoire de petit copain, de jalousie, et cela aurait débuté par une paire de claque. Mais l’affaire semble plus complexe, plus malsaine qu’il y paraît, même si les gendarmes ne s’en tiennent qu’à cette version des faits. Mais l’on sait bien que l’évidence n’est pas forcément synonyme de vérité. Remonte alors à la surface le meurtre d’un SDF retrouvé dans des circonstances analogues un an auparavant, meurtre jamais élucidé.

Les deux gamines incriminées sont ballotées par leur famille. Lucie par exemple, l’instigatrice du coup monté arbore un look gothique, a déjà été enceinte deux fois. Et son père, séparé de sa mère et qui tient un club d’échangistes, a été soupçonné d’en être l’auteur. Mathieu enquête en compagnie de Bruno le photographe, auprès des membres des familles décomposées, mais il met les pieds dans un nid de vipères. Et quelques cadavres vont parsemer son chemin, dont celui de Bruno à cause du réflexe photographique de celui-ci alors qu’un individu cagoulé venait d’agresser le videur du club d’échangistes.

De drôles de lascars s’immiscent pour le Bien et pour le Mal dans cette intrigue tirée par la queue du Diable. Des adeptes de cette nouvelle tendance gothique, un curé exorciste, un spirite, et surtout des familles en plein marasme. Comme le déclare le commissaire Berche : Il y a là l’expression de toutes les dérives de notre peuplade, les perversions, les peurs, les superstitions, les délaissements. Ces abandons minuscules qui font qu’un beau jour plus personne ne maîtrise plus rien dans sa vie.

L’histoire oscille entre la résurgence des peurs ancestrales du Diable et les méfaits d’un Diable moderne nommé Fesse-bouc. Sans oublier la télévision qui empêche toute conversation et détruit la cellule familiale comme le déclare l’un des parents d’élèves. Car chacun sait qu’avant que la télévision trône en reine incontestée, le père écoutait la radio, lisait son journal et exigeait le silence. Seul le père pouvait commenter l’actualité et aucune contestation n’était tolérée. Et bien avant encore, les enfants n’avaient pas le droit de parler à table, ils ne devaient pas faire de bruit en maniant fourchette et couteau. Oui la télévision a changé bien des relations.

Dans ce sombre tableau d’une province qui absorbe le mal, les conflits familiaux et les dérives sectaires, tel un papier essuie-tout, quelques notes d’humour se glissent çà et là, afin de décompresser le lecteur qui replonge aussitôt dans la noirceur distillée par l’auteur.


Citation : Si les filles mettent des décolletés, c’est qu’elles complexent sur leurs fesses.


Didier FOHR : Les filles maléfiques. Collection Borderline. Editions Territoires Témoins. 192 pages ; 18€.

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 13:46

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Cela fait trois ans que l’armistice de la Grande Guerre a été signé, mais en ce mois de novembre 1921, les séquelles physiques et mentales assaillent toujours le commissaire Victor Kolvair de la police scientifique lyonnaise.

Outre son moignon de jambe qui se rappelle incessamment à son bon, ou mauvais, souvenir, la sortie d’Anthelme Frachant de prison le titille. Anthelme, qui n’avait que dix-sept ans à l’époque, avait participé à la mutinerie qui s’était déclarée dans le bourbier du Chemin des Dames, à la suite de l’incompétence, du mépris et de l’orgueil des autorités militaires. Certains révoltés avaient été passés par les armes, Anthelme n’eut que quelques années d’emprisonnement à purger. Or Victor Kolvair, qui a perdu une jambe lors des affrontements a côtoyé Anthelme, le soupçonnant d’avoir égorgé le soldat Bertail. Et il s’est promis d’être présent à la sortie de geôle du meurtrier présumé.

Seulement à cause de la douleur qui le tenaille de temps à autre Kolvair s’adonne à une pratique illégale qui endort sa douleur. Il est devenu cocaïnomane et à cause de cette addiction il manque d’une journée la sortie d’écrou de celui dont il veut suivre les faits et gestes afin de le confondre. Le directeur de la prison affirme qu’Anthelme était un prisonnier modèle, n’ayant jamais reçu de visites. Il indique même l’adresse de la pension qu’il a conseillée à l’ancien détenu, à Oullins. Comme il ne faut négliger aucune piste, Kolvair s’y rend, et après avoir eu confirmation des tenanciers, il loue une chambre afin de pouvoir surveiller les faits et gestes d’Anthelme. Il croise le jeune homme dans un couloir, mais celui-ci ne le reconnait pas. Il le suit dans ses quelques déambulations, mais ne relève rien d’irréprochable dans son attitude. Seul un pigeon décapité gisant sur le trottoir l’intrigue.

La douleur le tenaille et il a beau vérifier dans son pilon de bois, cachette habituelle des petits sachets de cocaïne dont il use assez fréquemment, la réserve est épuisée. Alors il se décide à se rendre à son bureau où il est persuadé en avoir caché, une fois de plus en vain. Il accuse un policier américain qui est en stage sur le sol lyonnais, Craig Copper, de l’avoir détroussé puis afin de pallier le manque de drogue il fouille dans le bureau voisin, celui du professeur Salacan et s’empare d’une fiole de laudanum. Ce qui lui fait du bien, mais il a perdu du temps. Lorsqu’il revient à la pension de famille, c’est pour découvrir un véritable massacre. Le propriétaire, sa femme, et l’un des pensionnaires ont été passés à la baïonnette. Kolvair voit ses prémonitions confirmées, et à cause d’un fichu sachet de cocaïne manquant, il n’a pu empêcher le drame.

Si l’histoire d’Anthelme sert de fil rouge, avec de nombreux retour sur la guerre de 14/18 et plus particulièrement sur les erreurs et la fatuité des gradés, sur les conditions de vie (et de mort) dans les tranchées, Odile Bouhier nous offre d’autres pistes de lecture en suivant les différents protagonistes, rencontrés dans ses deux précédents romans, Le Sang des bistanclaques et De mal à personne, dans leurs propres confrontations avec la vie quotidienne et ses aléas.

Ainsi le professeur Salacan, dont la jeune gamine Suzanne est atteinte de débilité, apprend que son fils Charles est diabétique. Il est profondément perturbé, peut-être plus que sa femme Justine, et essaie de découvrir un médicament afin de le guérir.

Jacques Durieux, qui fut le brillant élève du professeur Hugo Salacan, est devenu son assistant. Il pratique la course à pied dans le parc de La Tête d’Or, et rencontre souvent Blandine avec qui il a une liaison hebdomadaire. Visiblement la jeune femme est inquiète à cause de son frère Romain, qui fréquente les milieux anarchistes. C’est peut-être pour cela qu’elle fréquente Durieux.

Le procureur Pierre Rocher est en colère après ceux qui ont obligé (selon lui) sa fille à jouer dans des films d’amateurs pornographiques. Il veut à tout pris retrouver ces individus et a chargé de l’enquête l’inspecteur Legone, membre des Brigades du Tigre. Celui-ci lui déclare enquêter dans les milieux libertaires, alors que c’est lui-même qui officiait derrière la caméra. Il demande à travailler avec Kolvair.

Damien Baudou, le médecin légiste reconnu par ses pairs et auteur de quelques ouvrages, est dans la vie privée l’amant d’Armand Letoureur, bisexuel par commodité et journaliste qui se fait une joie de couvrir le procès de Landru. Damien Baudou, qui n’ignore pas qu’il serait discrédité si son homosexualité venait à être clamée sur les toits, s’est décidé à se marier avec Margot, qui n’est plus une oie blanche et sait ce qu’elle veut.

Bianca Serragio, la quarantaine épanouie, est psychiatre et directrice de l’asile de Bron. Aliéniste réputée elle assiste souvent Kolvair dont elle est l’amante. Elle doit analyser le comportement d’Anthelme et définir si celui-ci est conscient de ses actes ou schizophrène. Elle se heurte à un confrère dépêché par le procureur Rocher, lequel lorsqu’il tient un présumé coupable entre ses mains veut absolument l’envoyer à la guillotine. Il pourrait s’approprier sans vergogne cette phrase de Victor Hugo : Quand on est suspect, on est déjà aux yeux des flics déjà coupable.

Quant au policier américain, Craig Copper, il assiste Kolvair dans son enquête, l’informant de la chasse aux alcooliques, la fameuse prohibition, qui fit plus de dégâts que de bien et enrichi les trafiquants d’alcool.

Tous ces personnages, nous les retrouvons dans la première partie du roman, et ils évoluent au cours de l’intrigue. Nous assistons à leurs inquiétudes, leurs soucis, leurs désirs, leurs interrogations, leurs colères, leurs petites joies et grandes peines. Un roman qui est en même temps une chronique concernant plusieurs personnages gravitant dans le même système judiciaire et policier et que nous retrouverons dans un prochain roman, car déjà se profile une nouvelle intrigue dans l’épilogue. Et de loin, nous assistons au procès de Landru, procès qui fut l’événement marquant de cette fin d’année 1921.

 

 

 

Odile Bouhierbouhier2.jpg déclare : J’avais envie d’écrire un roman noir qui parle de l’errance : l’errance de la France en cette année 1921, l’errance de la France, l’errance de la justice, l’errance du commissaire Kolvair et de son suspect Anthelme Frachant.

J’avais envie de confronter me commissaire à sa solitude, ses manques et ses névroses de guerre.

J’avais envie d’écrire sur un poilu : un patriote devenu malgré lui un criminel.


Odile Bouhier ne nous mène pas en errance dans cette histoire, et elle a réussi à gagner son pari, si c’en était un, ou à tout le moins à transmettre son envie au lecteur.

 

  Vous pouvez retrouver le commissaire Victor Kolvair sur son blog.

 

 

Odile BOUHIER : La nuit, in extremis. Collection Terres de France. Presses de la Cité. 276 pages. 19,50€.

 

challenge régions

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 12:24

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Recevoir des lettres anonymes de dénonciation, pour un fait-diversier travaillant dans un journal local, est monnaie courante. Pourtant conscience professionnelle ou prescience, Mathieu Launet pour une fois ne jette pas à la poubelle le corbeau, au contraire le contenu lui aiguise sa curiosité naturelle.

Cette bafouille lui conseille de se renseigner sur les agissements d’un certain Legris ainsi que sur ceux de sa femme. Legris possède un C.V. long comme l’autoroute ferroviaire Lille-Perpignan : kinésithérapeute, ostéopathe, spécialiste des traumatismes du sport et des problèmes neurologiques, diplômé en psychologie, champion d’arts martiaux, conseiller auprès du ministre des sports, numismate et expert en minéralogie, enfin bref quelqu’un que tout le monde trouve éminemment sympathique. Y aurait-il quelque chose de moche derrière cette façade d’immeuble neuf ? Sa femme, quant à elle s’affiche sans pudeur, dans un magazine pornographique, en pleine page, entourée de jeunes hommes habillés en militaires. Peut-être à rapprocher avec le camp de Tarcenans dont il est question dans la lettre. Tout de même pour une directrice de MJC, s’exposer ainsi, c’est de la provocation, même si elle aurait été démise de ses fonctions récemment, selon certaines sources bien informées.

Malgré les réticences de son chef de rédaction, Mathieu commence à enquêter sur Legris qui voue une phobie des communistes, dénonçant un péril, malgré des déplacements en Bichkhistan. Et ce ne sont pas ses relations avec le député Roncière qui vont empêcher Mathieu de poursuivre ses investigations. Au contraire. D’abord Mathieu n’apprécie pas du tout le député, alors pourquoi se gêner ? Et quand des rumeurs mettent en cause un homosexuel en forêt de Fontainebleau, des racontars que le commissaire Berche veut prendre à la légère mais qui intéressent fortement Launet, non pas à cause de détails croustillants mais bien parce que Legris et des militaires seraient impliqués dans cette affaire, cela incite le journaliste à continuer ses fouilles. Et puis cela ne peut que lui changer les idées car depuis une semaine Launet n’a pas de nouvelles d’Isabelle, sa copine.

Mais une autre Isabelle s’immisce dans sa vie privée, la secrétaire parlementaire du député, et elle en a des révélations à lui fournir, même que cela ne plait pas à son petit ami, une brute aux ordres de Legris et qui écraserait bien notre fait-diversier afin de l’empêcher de mettre son nez là où il ne faut pas. Launet n’aime pas ce genre d’interdit et il n’en faut pas plus pour qu’il s’obstine à remuer la vase et tant pis si les remugles sont trop forts pour nez et âmes sensibles.

 

Ce roman emprunte des thèmes toujours d’actualité, le personnage influent qui s’érige en tyran, la résurgence d’idées nazies, les maltraitances sexuelles auprès de jeunes militaires, des SDF paumés et subissant le rejet d’une frange de la population, la formation de sectes non considérées comme dangereuses.

C’est aussi la constatation de dérives occultées par des hommes politiques trop préoccupés par leur avenir. Ainsi que la déficience de rédacteurs en chef de journaux qui ne veulent pas déplaire à ceux qui tiennent les manettes du pouvoir, et parfois de l’argent. Outre l’intrigue, l’auteur nous rappelle que le fait-diversier est par essence chargé de couvrir les événements, quels qu’ils soient, d’où certaines extrapolations, qui coupent parfois le récit, mais le lecteur ne comprendrait pas que le journaliste ne couvre que cette affaire, d’autant que le responsable d’agence n’est pas franchement emballé par ses investigations. Et l’épilogue n’emprunte pas les sentiers balisés auxquels on était en droit de s’attendre, ce qui aussi un bon point. Dommage que le titre du livre soit par trop explicite.


Didier FOHR : Une secte et quelques monstres. Collection Borderline. Editions Territoires Témoins. Septembre 2009. 184 pages. 18,00€.

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 08:16

Point n’est besoin de compulser un quelconque Guide du Broutard, du Petit Rusé ou autre publication du même acabit, car nulle part vous ne trouverez trace de ce camp au nom si avenant.

 

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Camp Paradis est situé quelque part en Afrique, coincé entre la forêt et la brousse, la rivière Tiplok traçant son sillon en cascades non loin. Pa et Ma sont aux commandes du Camp Paradis. Pa a connu des déboires professionnels, et il est gros, comme un tonneau. Ma, qui dirigeait une maison de filles, est plus sèche et maigre qu’un cep de vigne. Ils accueillent les Eclopés de la vie, des gamins qui pour une raison ou une autre doivent quitter leur foyer familial. Ils sont là pour deux ou trois jours, des semaines et même des années comme Boris.

Boris est arrivé un beau jour amené par un ami de son père. Il n’a jamais connu sa mère et a été trimballé au rythme des déplacements du prétendu colonel Youri Cholokov. Cholokov est un trafiquant d’armes et il a installé sa base en un lieu appelé les Cygnes noirs. Mais pensant avec raison que ses activités pouvaient être dangereuses pour le gamin, il avait demandé à son adjoint de confier Boris à Pa et Ma. Boris a quatorze ans et il rêve de devenir écrivain. Aussi il consigne dans de petits carnets ses faits et gestes, ce qu’il ressent, ce qu’il sait de son passé puis les événements qui vont se dérouler. Il participe aussi à la vie de Camp Paradis, soignant les lapins et les poules, s’occupant du potager et tuant des Salopards, les serpents qui grouillent dans les environs. Pa se rend parfois à Borudji ou à Bangalori, situés respectivement à une trentaine et une centaine de kilomètres de Camp Paradis, à bord d’un vieux pick-up. Car si la petite communauté ne manque pas de vivre, il faut penser à s’approvisionner en eau potable, en carburant pour le groupe électrogène, en cigarettes et alcool pour Pa. Jusqu’au jour où Victoire débarque.

Pa et Ma attendaient Victoire, ils étaient prévenus de son arrivée, mais elle s’est pointée avec un jour d’avance. Victoire est une gamine de treize ans, hargneuse, vindicative, mais ce n’est qu’une façade. Victoire avait déjà fait un séjour à Camp Paradis, deux ans auparavant, mais elle avait été obligée de regagner Bangalori. C’est Ma qui raconte l’histoire de Victoire, un précédent dans la communauté où personne ne pose jamais de question sur l’origine des arrivants. Victoire est Laotienne, vendue par son père à l’âge neuf ans à de riches Vietnamiens. Ceux-ci se sont installés à Bangalori et Victoire est devenue leur esclave. C’est pourquoi elle s’était enfuie une première fois, mais cette fois, elle est sûre que personne ne viendra la réclamer. Victoire apprivoise un petit singe qu’elle nomme Joli Cœur, comme dans Sans Famille d’Hector Malot.

Boris est tout étonné de voir un jour arriver un jeune garçon habillé en militaire. En réalité c’est une fillette de douze ans qui s’est rasé les cheveux, a enfilé les vêtements et pris l’identité d’un enfant-soldat. Fatouma a elle aussi participé à la guerre durant un an et elle s’y connait en armes. Mais ces horreurs lui taraudent l’esprit et la nuit elle crie. Elle trouve refuge auprès de Boris, se glissant dans son lit la nuit, car la maison des filles et celle des garçons sont séparées.

Deux autres enfants permanents s’installent à Camp Paradis. D’abord Serge, à qui il manque un bras, mais qui se débrouille fort bien malgré son handicap, amené par sa mère, et enfin Djodjo, un loupiot de sept ans continuellement affamé. D’ailleurs Boris et ses jeunes compagnons l’ont trouvé en train de dévorer les légumes du jardin, comme ça, sans fioriture, la terre ne le rebutant pas.

Seulement entre les Boulabas et les Calades, les deux ethnies qui se partagent, se divisent plutôt le pays, c’est la guerre pour la suprématie du pouvoir. Entre le président en exercice et le prétendant, c’est un affrontement sans pitié. Après avoir décimés les bergers Mossi, qui ne demandaient rien et se contentaient de vaquer sur les plateaux en gardant leurs animaux. Les armées se rapprochent du Camp Paradis, d’ailleurs Fatouma a aperçu une compagnie de soldats, le bataillon Justice, dont elle connait certains membres. Cela sent mauvais mais Pa et Ma n’osent croire qu’un jour ils devront déménager. Pourtant un oiseau de mauvais augure, figuré par un avion, plane sur leurs têtes, apportant le malheur.

Nul n’est besoin de préciser le pays, qui d’ailleurs n’est jamais indiqué, car le lecteur pourra se référer à des événements qui ont secoué l’Afrique dans les années 90. Ce roman humaniste, comme pratiquement tous ceux qu’écrit Jean-Paul Nozière, est destiné à un lectorat d’adolescent, à partir de treize ans précise l’éditeur. Mais éventuellement les parents pourront suppléer en apportant des informations plus concrètes, surtout s’ils lisent ce roman avant leur progéniture. Et s’ils ont quelque peu oublié la guerre ethnique qui a opposé les Tutsi et les Huttus, ils peuvent retrouver les éléments en parcourant Internet. Et peut-être leur expliquer les ravages de la colonisation qui a créé des pays en ne tenant pas compte des réalités, des rivalités tribales, déplaçant des populations, les obligeant à cohabiter sans tenir compte de leurs cultures ancestrales.

Un roman poignant, émouvant, même si par certains côtés une pointe d’humour se dégage parfois. Il est bon de permettre aux jeunes générations d’accéder à l’information récente, à leur dessiller les yeux, à leur expliquer certains événements et leurs prolongements. Inculquer la haine comme certains le font, dresser des communautés les unes contre les autres, leur montrer du doigt les frontières et les obliger de regagner un pays d’où ils sont impitoyables chassés, n’a jamais résolu quoi que ce soit et démontre que la haine de l’autre est une erreur manifeste, engendrant une violence attisée par des assoiffés de pouvoir qui manipulent des individus acquis à une cause délétère.

 

A lire du même auteur dans la même collection : Un été algérien, Le Ville de Marseille, et chez Thierry Magnier : Que deviennent les enfants quand la nuit tombe ?


Jean-Paul NOZIERE : Camp Paradis. Collection Scripto ; éditions Gallimard. 272 pages. 10,65€.

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 14:54

C’est de saison !

 

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Troisième volet des aventures de Marzi, personnage que je découvre, La grande morille est un roman déroutant. Et en ce qui me concerne, je ne peux dire que j’ai accroché à cette histoire et aux personnages qui évoluent dans cette intrigue qui se déroule sur trois jours dans une narration alternée. Cela m’a fait penser aux personnages créés par Pierre Siniac et qui ont fait vibrer bon nombre de lecteurs à la fin des années soixante-dix, mais auxquels je n’avais pas adhéré non plus, Luj’Inferman et la Cloduque.

Mais je n'empêche personne, au contraire, de découvrir cet univers, nul n'est infaillible et chacun possède ses propres centres d'intérêts.


Dimanche matin vespéral dans un troquet liégeois. Il n’est pas encore sept heure, pourtant Marzi est déjà debout, s’engouffrant dans le troquet A mon usine, les bras encombrés d’un énorme paquet. Un individu portant un masque de Mickey tente de le lui subtiliser, mais Marzi veille. Coups de poing, coups de bottines, coups de couteau, l’individu est vraiment mal, allongé à terre. Marzi soulève un coin du masque, reconnait son ex-supposé voleur, et quémande une ambulance. Aux deux brancardiers qui se pointent, toutes sirènes hurlantes quelques minutes plus tard, il désigne non le cadavre mais le paquet convoité. L’arrivée à l’hôpital s’effectue dans un désordre indescriptible, digne d’une scène de Grand-Guignol.

Le vendredi précédent, Marzi le maffieux et sn ami Outchj ont rendez-vous avec Popette et trois autres personnages, hommes et femmes, hauts en couleurs pour une ballade en forêt. Outchj est tout guilleret d’aller à la chasse aux champignongnons, mot qu’il utilise pour désigner les mycoses forestières, le tout accompagné d’une nuitée dans une cabane solitaire. Mais cette promenade bucolique se transforme rapidement en randonnée pseudo militaire puis en lupanar.


Ce roman complètement déjanté, ou plutôt décalé, et parfois à tendance scatologique, est le type même de roman qui ne peut laisser indifférent. Soit on aime et on dévore, soit on n’apprécie guère malgré quelques pointes d’humour, et on se dit qu’on a sûrement perdu son temps. Je penche pour la seconde proposition, n’étant que peu réceptif à ce style de roman, d’intrigue, d’histoire, mais ce livre fera le bonheur de lecture pour ceux qui désirent de l’innovation, et se laissent volontiers emporter par des audaces narratives abracadabrantes et sortir des sentiers battus. Ce n’est pas forcement ma tasse de thé, mon assiettée de boudin aux pommes comme on dit en Normandie, ou ma poêlée de champignons, mais le lecteur n’est pas formaté, heureusement, et celui qui aime ce style imaginaire déconcertant sera ravi.


Citation : Il remâche tant ses sombres pensées qu’elles s’installent dans sa tête, s’y assoient en tailleur et allument un feu de joie, si bien que Marzi n’a d’autre choix que de rentrer À mon usine pour rafraîchir son bulbe rachidien et les autres parties desséchées de son cerveau, la reptilienne surtout.


Pascal LECLERCQ : La grande morille. Editions Coups de tête N° 41. 168 pages. 12,50€.

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 13:19

et avec tous les autres...

 

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Un appel téléphonique, des nouvelles de Judith et des enfants, tout va bien ils rentrent bientôt de leur voyage, tu peux reprendre ta petite occupation, regarder la télévision en attendant que la petite famille débarque, sauf que tu es dérangé par des coups frappés à la porte, deux policiers qui te demandent si Judith était ta femme et qui t’annoncent qu’elle s’est plantée dans un virage, tout le monde est mort, alors tu pars en vrille, tu te retrouves déboussolé, ton frère, ton ami Sylvain t’aident pour les démarches, te soutiennent, tu vas voir les petits corps à la maison funéraire, te recueillir peut-être, mais tu craques, tu rentres, tu pleures, ne t’occupes plus de ton magasin de sport, ne te laves plus, ne rases plus, que les autres éventuellement, tu divagues dans les rues, te comportes comme l’affreux Mister Bean dans le métro, pendant que les parents s’embrassent ne surveillant plus le landau du gamin, landau que tu pousses sur les quais alors que la rame démarre, cris des géniteurs, affolement, panique, descendre à la prochaine station et reprendre le train en sens inverse, alors que toi tu fais comme si de rien n’était, entres dans un bar, enfiles les bières les unes après les autres, remarques une jeune femme qui te dévisage, sourire un peu perdu, vous faites un peu connaissance, elle s’appelle Mélanie et elle aussi possède un lourd passé dont elle ne veut pas te parler, tu désertes ton appartement, oublies ta famille proche, tes amis, même Sylvain, et tu erres, entres dans un magasin, achètes des DVD que tu empiles dans un grand sac, puis tu les jettes du haut d’un pont sur les voitures qui passent, les boitiers s’écrasent sur la route, sur les toits des véhicules, mais cela n’apaise pas ta fureur, la neige tombe, tu prends ta voiture et tu continues ton périple à l’aveugle, prends un appartement dans le même immeuble que Mélanie, ton courroux te fais perdre la notion de la vie quotidienne, Mélanie t’emmènes chez une association qui retape une maison qui a brûlé, ils sont plusieurs à repeindre, à refaire les boiseries, le prêtre qui dirige ce collectif de bénévoles est un vieux monsieur qui te propose de les aider, une thérapie qui devrait te permettre de te reconstruire, mais tu refuses tu continues à divaguer et à t’enfoncer encore un peu plus, aspiré comme dans un grand tourbillon qui te brasse, te fait perdre la tête, et tu bois, bières sur bières jusqu’au moment où tu dérailles complètement, n’es plus capable de te gérer et commets l’irréparable…

Je n’ai pas l’habitude d’interpeller ainsi le visiteur, mais j’ai essayé de rendre le ton, la forme, le style de Patrick Senécal dans ce court roman qui décrit la déchéance d’un homme complètement désorienté, déstabilisé en apprenant la mort de sa femme et de ses deux enfants. Pris dans un engrenage infernal le « héros » de cette histoire forte, dense et intense, s’enfonce peu à peu dans le marécage de la dépression, ne se contrôle plus. Le narrateur s’adresse au lecteur comme si celui-ci était ce quidam qui subit ces tribulations qui vont le conduire en enfer. Un exercice de style qui ne déroute même pas tellement on est pris aux tripes, on ne fait plus attention que l’auteur te confie le premier rôle, on est partie prenante et l’on se demande comment vont se terminer nos pérégrinations dans la blancheur de la ville de Montréal, blancheur qui tranche avec la noirceur de l’ouvrage.


Patrick SENECAL : Contre Dieu. Collection Coups de Tête n°39. Editions Coups de Tête. 2010. 128 pages. 11€.

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 12:15

Un Gaulois chez les Dieux égyptiens ou Lorsque la mite au logis fait des trous à l’histoire.

 

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Bien installé dans son fauteuil et ses habitudes, Lasser, le détective privé dont on a pu faire la connaissance dans  Lasser, détective des dieux, sirote tranquillement et en toute sérénité un whisky sec, tout en somnolent malgré le bruissement du papotage des pachas assis non loin. L’intrusion inopinée d’Isis, toujours aussi belle et parfumée fait s’envoler comme un essaim de mouches les consommateurs de l’hôtel Sheramon du Caire.

Lasser sent que les ennuis vont commencer mais il faut bien gagner sa croûte et il a envie de s’acheter une voiture neuve. Isis est furieusement embêtée car sa future belle-fille a disparu. Aglaé est la fille du dieu des dieux grecs et l’une des Trois Grâces, et n’importe lequel des invités à la noce prochaine peut être considéré comme le ravisseur potentiel. Même Seth, le frère d’Isis. Et si elle engage Lasser pour cette nouvelle enquête, c’est bien parce qu’elle n’a pas confiance dans les Medjais, la police de Pharaon dirigée par Hussein Pacha Rouchdy, le chef de la garde. Deux bagues, dont une qui servira de sésame à Lasser lorsqu’il sera à Alexandrie, une autre pour ses défraiements ainsi qu’un bracelet pour s’acheter le véhicule tant convoité, cela suffit à Lasser pour annihiler ses réticences.

Lasser se rend chez Vulcain, qui a quitté ses forges de l’Etna pour s’installer comme garagiste et casseur à Memphis, afin d’acquérir une voiture sport. Une Bugatti rouge lui fait de l’œil, mais il ressort propriétaire d’une Mercedes-Benz 710SSK Trossi (voir l’image ce sera plus simple) et rentre au Caire fier comme un paon. Son amie Fazimel, réceptionniste au Sheramon, et accessoirement son assistante, ne peut se libérer mais elle lui fournit quelques noms de collègues à Alexandrie.

Tranquille à bord de sa voiture de luxe, Lasser roule vers Alexandrie lorsqu’à un certain moment, toujours celui où on s’y attend le moins, il est dépassé en trombe par une automobiliste qui lui fait une queue de poisson. De plus il se fait enguirlander copieusement par cette magnifique créature qu’il croisera souvent à son hôtel et en d’autres endroits, par exemple dans le palais d’Horus, le fiancé d’Aglaé et fils d’Isis, où s’active Sarq Ôsis le maître de cérémonie survolté.

Zeux, le père d’Aglaé, est mécontent et si ça continue cela risque de dégénérer en incident diplomatique. Selon certaines rumeurs Aglaé est une chipie, invivable, mais Horus est amoureux. Lasser ne sait pas par quel bout prendre cette enquête jusqu’au moment où Seth, dont il garde un mauvais souvenir d’une affaire précédente les ayant mis aux prises, lui demande de le disculper et de retrouver la belle enfuie. Enfuie ou enlevée.

A la réception de l’hôtel, un message l’attend lui demandant de se rendre à un endroit réputé mal famé afin de rencontrer quelqu’un susceptible de lui fournir quelques indications. Hélas, lorsqu’il arrive à l’adresse indiquée, l’homme est moribond, ayant été agressé. Il ne peut, avant d’expirer, que lui souffler un mot en grec. Bientôt le bâtiment est la proie d’un attentant et Lasser en réchappe de justesse.

mercedes_benz_710_ssk_27-240-300-hp_02.jpgDans ses rêves il revoit souvent Sphinxy, son indicateur préféré décédé dans une précédente aventure, qui essaie de communiquer avec lui. Afin de savoir ce qu’il veut lui communiquer, Lasser doit rencontrer Sphinxy au Royaume des morts, un endroit dont on ne revient jamais ou presque. Heureusement, il retrouve son ami Nephertoum, le fils de Sekhmet, qui s’amuse à se transformer en chat, ainsi qu’Hâpi, le taureau ailé. Quand à la charmante (physiquement) et insupportable jeune femme qu’il a rencontrée à plusieurs reprises, il s’avère qu’elle n’est autre que Médée, qui se prétendait journaliste, et a été nommée détective à la solde de Zeus. Elle est trop souvent entre ses jambes (quoi que parfois cela soit agréable) pour être honnête. D’ailleurs elle s’ingénie à contrarier l’enquête de Lasser qui se lasse.

Il va falloir que Lasser affronte moult dangers, peaux de bananes glissées sous ses chaussures par les Dieux et demi-dieux, aussi bien Egyptiens, que Grecs, ou même Sumériens. Il retrouve même un vieil ennemi, le dieu gaulois Taranis de funeste mémoire paternelle. Il va sauter du haut du phare d’Alexandrie, voyager dans le royaume des morts, essayer de résoudre une énigme abstruse, Sphinxy aime fournir des renseignements sous forme de devinettes, puis rejoindre Babylone, affronter encore des dangers dont il s’en sort grâce à ses amis, éventuellement Isis ou Médée, qui agit toujours avec une arrière pensée, évoluer dans une fête foraine, hauts le cœur assurés, et même prendre un taxi en tapis volant.

En cette année 1935, l’Egypte et les autres pays bordant Mare Nostrum sont toujours sous la domination des Dieux de la mythologie, égyptienne, sumérienne, grecque et autres. Ces Dieux se montrent à l’instar des humains, dédaigneux, fourbes, revanchards, vindicatifs, belliqueux, toujours en conflit entre eux et leurs collègues issus d’origines diverses. Mais ils peuvent faire également preuve de mansuétude, de fidélité, entretenir des amitiés, se montrer courageux, cela ne leur est guère difficile puisqu’ils possèdent des dons d’invisibilité et des possibilités de pratiquer la magie afin de se sortir de situations délicates. Mais ils ont également leurs failles, et ce n’est pas pour rien qu’ils ont recours à des humains comme Lasser afin de débrouiller l’écheveau complexe de leurs inimitiés.

Ce roman fantastique, ce dernier mot étant à prendre dans tous les sens du terme, marie allègrement enquête policière et magie, onirisme et action, dépaysement et histoire ancienne, humour, émotion et angoisse. Un véritable régal pour ceux qui désirent lire autre chose qu’un livre banal reposant sur une intrigue habituelle visitée à moult reprises.


Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser, mariage à l’égyptienne. Editions Critic. 320 pages. 18€.

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 14:12

Six personnages en quête d’hauteur.

 

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A l’aéroport de Sanaa, six personnes attendent de pouvoir débuter leur périple oriental. Angus, serrurier arbore en toutes occasions sa caméra. Gaulthérie sa femme qui brigue la présidence des dames patronnesses de Colombus dans l’Ohio, en remplacement d’Eunice qui ne se représente pas, et pour cela il lui faut effectuer un Document d’Orientation Stratégique, ce qui l’a menée à choisir la découverte du Yémen. Daisy, l’herboriste rondelette, célibataire et sans petit ami, désire accumuler de nouvelles connaissances en préparations de décoctions, et autres pharmacopées à base de plantes médicinales. Elle s’enthousiasme à tout moment pour rien. Angela exerce une profession médicale et elle soutient un point de vue diamétralement opposé à celui de Daisy, ce qui l’amène souvent à entrer en conflit avec la jeune fille. Lofton son mari est professeur d’histoire, et se débrouille fort bien en langue arabe. Il est habillé d’une veste aux multiples poches, ce qui lui permet de se déplacer les mains libres. Angéla et lui forment un couple de Noirs de Chicago, une proximité qui déplait à Gaulthérie, laquelle entretient des sentiments racistes. Enfin, dernier voyageur, Syd, persuadé de détenir le Talent, celui de faire parler les autres afin de tout connaitre d’eux et de les manipuler. Il se prétend être un Jardinier de l’âme. Et s’ils sont au Yémen, c’est un peu par hasard.

Annapurna, l’accompagnateur, Américain de nationalité mais Yéménite de cœur, arrive enfin pour réceptionner tout ce petit monde et leur faire découvrir le Yémen, hors de sentiers battus. Après leur arrivée à l’hôtel ils visitent le soukh, apprennent qu’il faut marchander sous peine de vexer les vendeurs, essayent de s’intégrer dans la vie locale, sont surpris du décalage existant entre le monde ancien, le soukh par exemple, et le quotidien moderne matérialisé par le téléphone portable et Internet. Ils peuvent s’informer et c’est ainsi qu’une info pour le moins bizarre leur est dévoilée.

A Sidney, en Australie, un meurtre retient l’attention des médias, pour des intérêts divers. Une vieille dame a été assassinée, son corps a été découvert dans une cabane de jardin fermée de l’intérieur. Un meurtre en chambre close, sans aucun doute, pourtant les enquêteurs portent immédiatement leurs soupçons sur Samy, le coursier de la victime. Un coupable idéal puisque Samy est aborigène. Le professeur Adolphus Peter Klein, archéologue de renommée internationale, demande à l’un des anciens élèves, Julius, d’enquêter et si possible de prouver l’innocence de Samy dans ce qui est appelé le mystère Delanda. Et il lui enjoint de s’associer avec Lulabelle, une collègue de Julius, professeur elle aussi mais d’économie. Julius est estomaqué et réticent. Lulabelle lui rappelle trop Maddie, sa femme décédée quelques années auparavant et dont son esprit ne veut pas admettre la mort. Julius vit en permanence avec Maddie à ses côtés.

Annapurna propose à ses touristes une excursion à Barâqish et le petit groupe s’installe dans un minicar afin de se rendre sur place. Seulement des hommes armés sur la route leur bloquent le passage. Interdit de s’approcher de la forteresse, ordre du Cheikh Yazîd ibn Sâlah al Amr (retenez ce nom, je ne le réécrirai pas). Pourtant la visite était prévue, un accord ayant été passant entre Annapurna et le Cheikh. Quelqu’un d’autre s’est ingénié à fausser le jeu. Malgré tout le Cheikh accepte, après palabres, à recevoir le petit groupe et leur faire visiter la forteresse. Bientôt voici nos voyageurs en haut des remparts en train de s’amuser à vérifier si les ruines sont encore en bon état, si aucune pierre ne peut se détacher.

La vérification semble prouver l’intégrité de la construction, quoique... C’est ainsi qu’ils assistent peu après, alors qu’ils sont en bas à regarder des journalistes américains filmant les ruines en compagnie d’hommes du Cheikh et d’Annapurna, qu’une pierre se détache et tombe sur l’un des gardes. Le plus étonnant résidant en ce que la brique ne tombe pas véritablement à la verticale, mais parait léviter un certain moment, se déplacer légèrement à l’horizontale avant de percuter un des gardes en burnous.

Un incident malencontreux qui va faire le tour du monde sur Internet, puisque filmé, et être visionné également en Australie. Pendant ce temps Julius, se demande comment il va pouvoir résoudre l’énigme qui lui est confiée. Même si la solution pourrait lui être dévoilée en lisant Le Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie. Du moins c’est ce que le professeur Klein prétend. Pendant ce temps à Barâqish, Gaulthérie, Angus, Daisy, Angela, Lofton et Syd, qui selon le Cheikh ne sont pas des otages mais des invités, d’ailleurs ils se demandent ce que pouvaient bien faire sur place des journalistes, se posent des questions sur les événements récents qui se sont déroulés au pied de la forteresse ainsi qu’en Australie. Car Angus et Lofton sont des amateurs de romans policiers, surtout ceux mettant en scène des crimes impossibles ou des meurtres en chambre close. Des cameraclosistes impénitents qui se passionnent pour ce genre littéraire et possèdent de sérieuses références.

Mais l’influence des Djinns, des sorciers, des dieux aborigènes est évoquée, supposée, souvent prégnante dans les deux cas, et les mystères aussi bien du côté yéménite qu’australien s’épaississent, alimentés par les légendes locales, et ceux qui y croient les entretiennent ou en usent pour abuser.

Un livre qui nous change du roman noir, roman exotique ou d’action habituel, puisque les mystères décrits sont englobés dans une sorte de polar ethnographique dans lequel l’ancien et le moderne se catapultent dans deux endroits de la planète, éloignés de milliers de kilomètres, mais dont les origines sont obsédantes, résistantes, entretenues. Si le Yémen reste une région peu touristique, d’ailleurs à la fin du roman le soulèvement de Sanaa est évoqué, l’Australie est considérée, tout comme les Amériques, comme des continents neufs, annexés, socialisés, développés par des migrants venus des antipodes, et dont les origines, les ethnies qui y vivaient depuis des milliers d’années, ont été pourchassées, mises sous l’éteignoir, décimées, leurs cultures artistiques, intellectuelles, religieuses n’étant considérées que comme du folklore pour touristes. Une population mise au ban de la société comme les Amérindiens d’une part et les Aborigènes de l’autre. Et ce roman leur rend hommage aux aborigènes et à leur culture ancetrale. Si le début du roman est un peu longuet, bien vite le lecteur comprend qu’il est plongé dans une sorte d’œuvre initiatique, où l’illusion règne en maitre, où la magie prend une place prépondérante, où l’auteur se joue du lecteur en lui proposant plusieurs facettes relevant de la prestidigitation littéraire envoûtante. Les phénomènes de mirage, de bilocation ou apparenté c'est-à-dire le don d’ubiquité, surtout au Yémen, interpellent, interloquent mais trouvent une explication logique digne des grands maîtres, Dickson Carr, qui n’est pas cité, et quelques autres dont Ellery Queen. Le mystère est expliqué tout en gardant une part de mystère.

Les dialogues sont présentés comme cela se déroule souvent dans la vie quotidienne, lorsque trois interlocuteurs ou plus sont en présence. Quand une des personnes discoure, une autre continue à émettre son opinion qui n’a rien avec le sujet de la conversation, ou se parle mentalement récapitulant certains événements, certains faits, ce qu’elle devrait faire, s’échappant de son rêve pour placer une parole pour revenir ensuite dans ses déambulations erratiques intérieures.

Le roman d’énigme, et plus principalement les meurtres en chambres closes et les crimes impossibles, est considéré comme un genre littéraire mineur, futile, sans profondeur. Hélène Calvez avec Un rêve en noir et blanc démontre magistralement le contraire, alors que certains romans noirs actuels sont plus axés sur la violence au détriment de la réflexion.

Quelques exemples :

Dans une dictature comme dans une démocratie, le sauveur est celui qui a initié le désordre.

 

L’intimité est à la confession ce que l’érotisme est à la pornographie : un paravent.

 

Un scientifique est un menteur qui s’ignore.

 

La machine à laver ne lave pas bien le linge ; ça consomme de l’électricité et beaucoup d’eau. Et puis, tu sais, nous, ici, on récupère la dernière eau de rinçage pour la cuisine.


Hélène CALVEZ : Un rêve en noir et blanc. Editions Atria. 486 pages. 21€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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