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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 13:28

Non, Erika n'est pas une fille venue du froid, c'est une fille qui promet un bout de ciel bleu...

Hafed BENOTMAN : Erika.

Un détenu entretient toujours une petite fleur qu'il cache soigneusement de la vue de ses codétenus. Une amie, une confidente, une maîtresse.

Erika qu'il l'appelle, et s'est vrai que ses doigts se délectent à la toucher, la caresser, et il la sent vibrer et jouir en exprimant des :

A.Z.A.Z A.Z.A.Z. A.Z.A.Z. A.Z. DRING !

C'est une mélopée un peu répétitive certes, mais il communique avec Erika, il lui parle, elle lui répond par onomatopées. Sa présence lui donne tant de joie, lui fait tant de bien.

Elle est fidèle Erika, elle est sensible, et il en prend soin. Il la pose sur des couvertures, mais parfois c'est direct sur la planche qui lui sert de table qu'il la dépose.

Et les autres crient au scandale, au raffut que tous deux font le soir, la nuit.

Ne vous méprenez pas, Erika n'est qu'une machine... à écrire, et pour celui qui est en prison, qui aime les mots, qui vide sa rancœur, sa bile et sa haine des matons, qui apprécie plus que tout la liberté, Erika est son âme sœur, son soutien, son double, son évasion.

 

Décédé le 20 février 2015, Abdel Hafed Benotman n'avait que cinquante quatre ans. Il a connu la prison, il a écrit des livres, et il possédait en lui ce que Milton Mezz Mezzrow appelait La rage de vivre.

Son œuvre se compose de poésie, de pièces de théâtre, de chansons, de scénarios de films, de nouvelles comme Erika. Il est décédé avant d'avoir tout dit, tout écrit, mais Erika, c'est un peu son testament littéraire qui est prolongé par une correspondance avec Brigitte Guilhot, La peau sur les mots, édité chez Ska et que je vous présenterai plus tard.

 

Mais en attendant vous pouvez découvrir Abdel Hafed Benotman sur scène lisant Erika

et retrouver un roman pour adolescents

et l'ultime lettre de Brigitte Guilhot à son ami parti vers une autre liberté, à moins que l'au-delà soit encore une prison.

Pour commander ce livre, en version papier ou version numérique, une seule adresse

 

 

Hafed BENOTMAN : Erika. Editions du Horsain. Parution Avril 2015. 44 pages. 5,00€.

Version numérique Editions Ska. juin 2013. 0,99€.

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 14:27

Il y a le ciel, le soleil et la mer...

Olivier GAY : Trois fourmis en file indienne.

Toujours à la pointe du combat, John-Fitzgerald Dumont, Fitz pour les intimes, dont nous faisons partie puisque c'est sa quatrième aventure (ou mésaventure) qui est présentée ici et que nous partageons, Fitz ne refuse aucun sacrifice. Surtout lorsqu'il s'agit d'être présent dans le nouveau club parisien à la mode. Sa carrière de détective, il l'a enterrée, mais il continue dans la revente de drogue, à petite échelle, il n'a pas de grands besoins.

Ce soir là, il est en compagnie de son amie Deborah, tandis que Moussah officie à l'extérieur comme videur. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, d'autant qu'une belle blonde lui fait du gringue. Il a presque revendu sa provision de petits sachets, ce qui le rend euphorique malgré le prix des consommations. Il prend l'air, suivi comme son ombre par Hélène, la blonde aux cheveux longs qui ne la pas quitté de la soirée, et reçoit un message de son hacker préféré, Bob, qui l'a dépanné lors d'une précédente aventure et qui lui demande de lui renvoyer l'ascenseur. Bob, c'est tout ce qu'il sait de ce correspondant anonyme dont il ne connait pas le visage, juste un prénom, et qui s'entretient avec lui par ordinateur interposé et surveille même ses faits et gestes grâce à la petite fenêtre placée en haut de l'écran.

Hélène en profite pour le braquer avec son arme et lui annoncer froidement qu'elle est lieutenant de police aux Stups. Fitz est vraiment mal parti, mais heureusement des coups de feu se produisent non loin et Hélène est obligée d'aller à la rescousse de ses collègues. Fitz a eu chaud. Mais ses ennuis ne sont pas finis. Bob lui demande un petit service qu'il ne peut lui refuser. Se rendre sur une île paradisiaque avec la personne de son choix, le billet d'avion étant prévu pour deux personnes. Auparavant il doit enfourner dans sa petite tête toute une encyclopédie sur la peinture. Car il n'y connait rien, et sa présence est indispensable en tant qu'expert acheteur dans une vente aux enchères organisée par un richissime oligarque russe installé en France.

Il pensait inviter Déborah, mais c'est Jessica, son ex qui est également commissaire de police qui s'invite dans le bal. Un attentat dans le métro parisien s'est soldé par une dizaine de morts, et d'après les renseignements de la cellule antiterroriste, l'oligarque en question est soupçonné d'en être le responsable.

Jessica obtient la place qui était réservée à Déborah et nos deux anciens tourtereaux arrivent sur l'île, munis de vrais faux papiers, d'une invitation pour deux en bonne et due forme, et d'une culture picturale toute fraîche (la peinture n'a pas eu le temps de sécher et elle déborde un peu dans ses neurones) pour Fitz.

Fitz n'oublie pas que s'il a été choisi pour se rendre sur cette île paradisiaque, et de plus en compagnie de Jessica qui fait la gueule à cause de lui, de l'avion et plein d'autres motifs, c'est parce qu'il doit poser un keylogger (en français dans la texte) dans le bureau de l'oligarque. Pour l'instant ce petit bidule est en pièces détachées planquées dans sa valisette, et il a appris à le remonter comme un jeu de construction. Sera-ce la partie la plus facile de sa mission ?  

 

Quatrième roman d'Olivier Gay mettant en scène John-Fitzgerald Dumont, Trois fourmis en file indienne est peut-être le plus réussi. Si les deux premiers m'avaient auguré d'un bel avenir, le troisième quelque peu désemparé le héros ne se montrant pas à son avantage, ce dernier opus en date est particulièrement réjouissant.

Fitz, qui ne se plait que dans son quartier, le quitte rarement et se sent en terre étrangère lorsqu'il passe le périphérique, va se trouver embringué dans une histoire à la Crocodile Dundee sur une île qui n'a de paradisiaque que le qualificatif.

D'accord, la maison, le palais plutôt, est accueillant, la plage de sable blond aussi, le maître de maison affable et les autres invités, environ deux cents pas plus embêtants que d'autres, à part peut-être cette Cindy qui se présente comme escort-girl accompagnant un partenaire ombrageux.

Et les relations entre Fritz, qui doit mener sa mission à bien, et Jessica qui elle aussi à une tâche à accomplir, ne sont pas toujours représentatives du ciel bleu qui règne. Elles sont mêmes assez orageuses, mais le contexte va obliger Jessica à surmonter son caractère vindicatif, acrimonieux. Fitz lui est toujours secrètement amoureux de son ex.

Alors un rapprochement va toutefois s'effectuer, encouragé par les dangers. Les araignées et les serpents qui pullulent autour de la demeure, les éventuels requins vaquant à la recherche de leur repas quelque part au-delà de la plage, et surtout les hommes armés qui gardent la bâtisse n'offrent pas la sérénité requise pour passer un agréable séjour. Sueurs froides garanties.

Le final est bien mené et nous réserve son lot de surprises. Quant au titre de ce roman, il faut aller le chercher dans la devinette proposée par Cindy à la sagacité de notre héros et sa compagne.

 

 

 

Olivier GAY : Trois fourmis en file indienne. Grand Format. Editions Le Masque. Parution le 18 mars 2015. 270 pages. 16,00€

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 12:59

Elle est belle, elle est Cybione,
C'est une bien gentille personne...

AYERDHAL : Le cycle de Cybione.

Artiste ou artisan, un romancier est un peu des deux à la fois, il ne se contente pas de son travail une fois celui-ci achevé. Il n'est jamais satisfait et essaie de l'améliorer constamment. Aussi, lorsqu'un de ses romans est réédité, n'est-il pas rare de s'apercevoir que ce romancier l'a retravaillé, afin de lui fournir non seulement une seconde jeunesse mais de l'améliorer, ne serait-ce que par respect envers son lecteur.

 

Alors qu'il avait déjà publié une dizaine de romans dans la collection Anticipation du Fleuve Noir, Ayerdahl a reçu le conseil suivant de son directeur de collection : Il lui fallait appliquer La règle des trois S : Du sang, du sexe, de la sueur ! Il n'a pas cherché à comprendre (quoi que) ni à trouver des excuses ou tout simplement refuser, mais il s'est plié au désir exposé. Cybione a été pris dans la foulée, ce qui une façon de s'exprimer bien entendu.

 

Les éditions Au Diable Vauvert, avant d'éditer le nouveau roman d'Ayerdhal qui doit paraître le 13 mai et dont le titre est Kwak (espérons que ce n'en sera pas un !), viennent de procéder à la réédition des quatre premiers romans, revisités, de la série du Cycle de Cybione. Les deux premiers volumes Cybione et Polytan étant parus au Fleuve Noir dans la mythique collection Anticipation sous les numéros 1886 (Octobre 1992) et 1935 (Février 1994), les deux autres, Keelsom, Jahnaïc et L'œil du Spad ayant été édité chez J'ai Lu en 2001 et 2003.

 

Avant de vous présenter plus avant cet ouvrage, je me suis amusé à comparer Cybione version Fleuve Noir puis version Au Diable Vauvert. La version Fleuve Noir est écrite à l'imparfait, ce qui était déjà parfait. Ayerdahl a inscrit son intrigue au présent, ce qui est plus que parfait, car la lecture en devient plus proche de nous, plus ancrée dans une actualité que l'on pourrait connaître car depuis l'écriture et la parution de ce roman les progrès technologiques sont tels que certains objets nous sont presque familiers. Elle est plus vivante, plus intense également car il n'y a plus ce recul entre les actions et ce qui se déroule sous nos yeux. Le lecteur est en phase directe.

 

 

AYERDHAL : Le cycle de Cybione.

Cybione :

Comme à chaque mission Elyia est réveillée en sursaut par Saryll. Elle doit à nouveau jouer au pompier-vidangeur, c'est à dire que quelque chose cloche sur une planète qu'elle doit nettoyer. Une mission à laquelle elle ne se dérobe pas car d'avoir grandi sous la férule d'une oppression militaire, raciste, avilissante et meurtrière ne l'avait pas seulement dotée d'une allergie aiguë à l'injustice, mais aussi altéré son ego au point qu'il s'identifiait à toute victime de l'arbitraire.

Cette fois elle doit de rendre à Cheur, une planète ultralibérale. En haut, l'Etat, impuissant, qui se conduit comme une entreprise peu regardante : en dessous, des trusts surpuissants qui agissent comme des états totalitaires. Tous les grands corps d'état sont privés et capitalisé, depuis l'Education jusqu'à la Justice, en passant par le Fisc et l'Armée. Bien sûr, un gouvernement chapeaute les grands postes d'une administration officielle - comme cette Police d'Etat chargée de veiller à l'intégrité des entreprises policières - mais il a été jusqu'à vendre ses Relations Extérieures (politiques et commerciales) à deux firmes dont l'une est majoritairement extra planétaire.

Ender est un cabinet d'assurances dont la fonction est quelque peu spéciale et dont la principale fonction est d'assurer des états, leur compétence, leurs dérives éventuellement et autres fariboles, un peu comme les agences de notation se mêlent de noter des états, des entreprises, et leur donnant des bons points ou des blâmes. Elyia est l'une des employées dont Ender a recours au dernier moment, lorsque toutes les possibilités ont été explorées.

Deen Chad est un employé d'Invest, la deuxième agence policière de la planète, depuis six mois. Auparavant et pendant quatre ans, il a bourlingué comme flic, sur des enquêtes de délits mineurs. Pour la première fois il est confronté à une affaire sérieuse. Il doit découvrir qui a tué Axid, un de ses collègues, lequel enquêtait déjà sur le meurtre d'HherKron, un skamite qui n'a pas vécu sur Skam mais sur tous les mondes habitables de l'Agrégat d'Eben. C'était un multi-techno indépendant, dont la spécialité était la maintenance de machines-robots en milieu anaérobie.

Elyia et Deen Chad vont devoir unir leurs efforts, même si au début leurs relations sont pour le moins tendues. Ils se trouvent confrontés à des tueurs dont ils ignorent l'appartenance, et devront déjouer de nombreux pièges afin de préserver leur vie. Et ce ne sera pas chose facile.

 

Le parcours d'Elyia est à chaque fois interrompu, lorsqu'elle mène à bien sa mission car elle est programmée ainsi. C'est une cybione, c'est à dire CYbernetic BIologic clONE qui tel le phénix renait à chaque fois de ses cendres. Mi-humaine, mi-robot, elle est truffée de microcircuits, et si elle est blessée, elle se régénère plus ou moins rapidement selon la gravité de ses blessures.

 

Dans les épisodes suivants, elle sera confrontée à moult épisodes tous aussi dangereux les uns que les autres pour le bienfait de la civilisation.

AYERDHAL : Le cycle de Cybione.

Ainsi dans Polytan, elle est envoyée sur la planète Cinq-Tanat, afin de briser un mouvement révolutionnaire qui menace la planète de retomber dans une dictature antérieure dite le Polytan. Elle doit débarrasser ce groupuscule des chefs emblématiques qui dirigent ce mouvement, dont le Prophète, l'Organisateur, l'Informaticien, et une jeune fille dotée d'un pouvoirs parapsychologiques et coordinatrice du groupe.

 

AYERDHAL : Le cycle de Cybione.

Keelson, Jahnaïc : Jhanaïc est une planète tropicale qui pourrait être la sœur de la Jamaïque, tant pour son climat que pour ses distractions : la bière et la fumette en sont les passe-temps favoris. Une mission périlleuse puisqu'elle doit enquêter sur sa propre disparition, ou plutôt sur son clone qui a disparu lors de sa précédente incarnation. Et ce n'est pas la première fois que telle mésaventure se produit. Et découvrir qui a intérêt à ce que Ender, son employeur, n'offre pas comme aux autres planètes une garantie constitutionnelle. Pourtant Jhanaïc semble si paisible...

AYERDHAL : Le cycle de Cybione.

L'Œil du Spad : Echappant à Ender et aux assassins lancés à ses trousses, Elyia se réfugie à Jaïlur, ex capitale de l'Union en butte à un capitalisme sauvage et à ses conséquences, depuis que son système collectiviste a été passé à la moulinette. Plus dense que les épisodes précédents, L'Œil du Spad lorgne résolument vers les feuilletons populaires dans lesquels magouilles, conspirations, complots, mafieux et spadassins en tout genre faisaient florès. Mais on ne peut s'empêcher de penser qu'il s'agit également d'une parabole sur la chute de l'URSS et de ce qu'il advint.

 

Tout autant ouvrages d'anticipation et de science-fiction, policiers et thrillers, en un mot romans d'aventures plus ou moins politiques, cette tétralogie nous emmène dans un monde futur à une date indéterminée mais dont certains systèmes politiques et financiers ressemblent furieusement à ceux qui sévissent actuellement sur notre planète. Pourtant à l'époque de leur écriture, cela n'était si prononcé qu'aujourd'hui, et Ayerdhal a devancé, prévu, ce qui n'était alors qu'en gestation.

AYERDHAL : Le cycle de Cybione. Editions Au Diable Vauvert. Parution 12 mars 2015. 768 pages. 25,00€.

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 14:06

La question qui tue...

Olivier GAY : Mais je fais quoi du corps ?

Je ne dealais que trois soirs par semaine, sans courir après le profit. Tant que je parvenais à payer le loyer, quelques verres en soirée et le pressing de mes costumes, tout allait bien.

Fitz, de son vrai nom John-Fitzgerald Dumont, n'a pas pour ambition de devenir un trafiquant de drogue prospère entouré d'une bande de petits revendeurs, juste de quoi assumer le quotidien. Il a pour amis Deborah, professeur d'histoire dans une ZEP de banlieue, et Moussah, agent de sécurité et videur. Et aujourd'hui dimanche, il va déjeuner chez ses parents, une réunion hebdomadaire immuable, leur présenter Deborah comme sa petite amie afin de les rassurer sur sa sexualité et son envie d'enfin se poser. Ils croient, les malheureux, que Fitz est commercial dans une boîte de jeux vidéos, un paravent social.

La veille il s'est largement décrasser les papilles avec de nombreux mélanges alcoolisés et au petit matin il s'est réveillé dans un environnement inhabituel. Il n'est pas dans son lit. A côté de lui, une femme. Il y a pire comme réveil. Mais il ne se souvient pas de ce qu'il s'est passé. Alors, ils font à nouveau connaissance. Sa partenaire se prénomme Daniela et elle est avocate. Elle n'aime pas trop son prénom. Peut-être à cause de la chanson d'Elmer Foot Beat mais sûrement pas en référence à celle des Chaussettes Noires, ils sont trop jeunes. Une aventure sans lendemain comme souvent. Donc déjeuner chez les parents de Fitz (je reprends le fil de l'histoire) en compagnie de Déborah. Et les retrouvailles avec son frère Howard, que Fitz n'a pas vu depuis quelques mois, pour ne pas dire quelques années. Faut expliquer qu'entre les deux frangins, les valeurs sociales et professionnelles ne vont pas dans la même direction. Il est alors dérangé par une appel intempestif : Georges Venard, jeune député pas dépité mais ambitieux, ayant déjà quelques propositions de loi, controversées, à son actif, a besoin de soleil. En langage codé, il s'agit ni plus ni moins qu'il est en manque. Fitz en général n'effectue pas de livraisons le dimanche mais la promesse d'une récompense alléchante l'incite à déroger à ses principes.

Dans le hall de l'immeuble du député, il rencontre un homme qui descend les escaliers. Rien de particulier, sauf que l'inconnu a l'air surpris. Tout comme Fitz d'ailleurs qui s'étonne légèrement de l'attitude du personnage. Il se toisent puis chacun va de son côté. Seulement Venard ne daigne pas ouvrir lorsque Fitz sonne à sa porte. Dépité notre revendeur de drogue rentre chez lui, dort tout son saoul et le lendemain il apprend par les journaux que Venard a été retrouvé mort dans son appartement. Selon toutes vraisemblances il s'est suicidé. Fitz se renseigne sur Internet afin de mieux connaître les antécédents de son défunt client. C'est à ce moment que Bob, un hacker dont il a fait la connaissance lors d'une précédente aventure s'immisce via son écran interposé. Fitz dont les habitudes alimentaires sortent de l'ordinaire, il mange à pas d'heure, se rend dans une échoppe de restauration rapide. Bob le contacte sur son téléphone pour lui signaler que quelqu'un s'est introduit chez lui. Comme quoi, il vaut mieux laisser son ordinateur allumé, Bob a pu entendre une conversation entre l'intrus et un correspondant téléphonique. La dernière phrase se résume en ces quelques mots : Mais je fais quoi du corps ?

Fitz se rend compte que devant chez lui deux hommes l'attendent et ce n'est surement pas pour lui offrir des fleurs. Commence alors une course poursuite et il est obligé de requérir les services de Déborah et de Moussah ainsi que d'une autre connaissance rencontrée dans une précédente aventure qui l'aidera à établir le portrait robot de l'inconnu dans l'escalier de chez Venard. Fitz est traqué, et il ne peut compter que sur ces deux fidèles amis, peut-être éventuellement sur son ex, Jessica, commissaire de police, mais il traîne trop de casseroles derrière lui qu'il vaut mieux éviter de la contacter. Et il possède encore sur lui une somme d'argent conséquente ainsi que quelques sachets de drogue qui ne lui serviront pas de passeport s'il est arrêté par les policiers.

Traqué par des hyènes, le chaton se transforme peu à peu en tigre. Mais un tigre qu'une cohorte de tueurs poursuivent, comme s'il avait une balise accrochée autour du cou.

 

Fitz, c'est un peu comme un voisin de palier dont on a fait la connaissance entre deux portes. On se dit bonjour, bonsoir, on échange quelques mots, il s'épanche parfois sur des incidents qui lui sont arrivés. Mais ce voisin devient à la longue plus présent et on arrive à mieux le connaître, le définir, le situer dans l'échelle sociale. C'est quelqu'un portant beau sur lui, toujours propre, soigné, affable, un peu naïf, aux horaires décalés, et un beau jour, une nouvelle facette remplace la précédente, et l'on se demande si l'on doit continuer à le fréquenter ou non. On se pose la question de savoir si vraiment c'est une personne de bon aloi, s'il ne nous manipulerait pas, si cet homme propre sur lui ne cacherait pas une âme et un esprit diaboliques. Et lorsqu'il se confie entièrement, qu'il vous narre ses pérégrinations, on se demande si l'on doit s'apitoyer sur son sort ou se révulser. Il se dévoile sans manichéisme, sans fard. Mais en y réfléchissant bien on se demande si quelle serait notre réaction si on était confronté à ce genre de problèmes. Car un jour, qui sait, même si on n'est pas revendeur de drogue, on peut se trouver embarqué dans la même galère, et si on possède de bons amis, des vrais, peut-être qu'on n'irait pas trouver la police pour dénouer ce genre de problème.

C'est également une réflexion sur les méfaits des technologies nouvelles, téléphones portables dernière génération, réseaux sociaux et autres. Soyons honnêtes, parfois ils ont du bon, mais c'est l'addiction et la dépendance qui sont la plupart du temps néfastes. Personnellement j'ai été plus convaincu par Olivier Gay et l'histoire qu'il nous raconte avec une pointe d'humour et d'angoisse que par des auteurs qui furent de véritables truands, drogués et fourgueurs de drogue, casseurs et même tueurs, tels que Donald Goines dont quelques romans furent traduits en Série Noire.

 

 

Olivier GAY : Mais je fais quoi du corps ? (Première édition : Le Masque Grand Format. Parution le 3 janvier 2014). Réédition Le Masque Poche N°58. Parution le 18 mars 2015. 302 pages. 6,90€.

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 14:03

Et en plein jour, c'est pas grave... ?

Maurice GOUIRAN : Une nuit trop douce pour mourir.

Le propre d'un romancier, c'est de toujours étonner, surprendre, prendre son lecteur fidèle à contre-pied, et de l'entraîner vers des rivages auxquels il ne s'attendait pas aborder.

Cette fois Maurice Gouiran nous entraîne dans une histoire où Jack l'Eventreur a son mot à dire, ou plutôt son couteau pour s'exprimer.

En ce mois du mois d'août, Clovis est tout guilleret. Son copain Raf, possesseur d'un mourre de pouar (un petit bateau de pêche pour les non connaisseurs comme moi) lui a proposé pour son dernier jour de vacances de l'emmener aux îles du Frioul en compagnie de deux jeunettes, des stagiaires à l'Evêché de Marseille. Des policières, je précise, l'Evêché correspondant au 36 quai des Orfèvres parisien. Et les deux stagiaires sont sous la coupe du commissaire Arnal, un gars pas facile et misogyne. Un agréable après-midi passé en compagnie de Samantha, qui lui démontre qu'elle se débrouille fort bien en relations charnelles. Et il n'y a aucune raison pour que l'aventure ne continue pas, d'autant qu'entre Emma Govgaline et Clovis, il existe un froid qu'il aimerait bien voir se dissiper, la météo n'étant pas en cause.

La chaleur règne à Marseille, et au Beau Bar, à l'Estaque, les mominettes s'évaporent sans que les consommateurs s'en aperçoivent. Leurs esprits si, mais comme souvent ils sont embrumés, ils en redemandent pour masquer le vide de leur existence. Mais il n'y a pas que les mominettes qui descendent, des truands aussi. Une véritable hécatombe. Et les joyeux drilles, dont Biscotin, un habitué du Beau Bar, un locataire presque, avec lequel Clovis partage volontiers la table, comptabilisent les scores. Sauf que lorsque les morts sont à inscrire au tableau de chasse d'individus s'en prenant à de petits malfrats fréquentant le Beau Bar, certains se sentent gênés et pourquoi pas se trouvent dans la cible d'adversaires potentiels.

Tandis qu'Emma se voit confier l'enquête sur le nettoyage des truands par eux-mêmes, Arnal se focalise sur un tueur de jeunes femmes qui sévit dans les quartiers Sud de Marseille. Et il demande à Samantha, et sa copine stagiaire Davina, de se pencher sur les archives, à rechercher des points communs éventuels entre ces Un, Deux, Trois... égorgées. La brigade est en effervescence.

Samantha propose à Clovis de l'accompagner à Fuveau assister à la conférence d'un ancien policier qui doit déblatérer sur l'existence de Jack l'Eventreur, ses méfaits et sa thèse sur l'identité réelle de ce tueur en série londonien. Pour Clovis ce ne sont que rabâchage et divagations. Il a lui-même travaillé sur ce sujet vingt ans auparavant, alors que les archives de Scotland Yard venaient d'être accessibles au public, afin de rédiger un long article pour son journal. Article qui, étoffé, a fourni matière à un ouvrage toujours de référence. Et cette connaissance de cette affaire qui a défrayé, et continue encore, la chronique, il va en faire profiter Samantha et par ricochet le commissaire Arnal. Lequel compare les mutilations, éviscération et autres joyeusetés, pour le médecin légiste qui apprécie, perpétrées sur les victimes phocéennes.

Emma doit, tout en continuant son enquête sur les tueries marseillaises et truandesques, s'atteler à celle de l'éventreur. Elle est habituée à travailler seule, et parvient à établir le lien entre ces quatre victimes, oui il y en une de plus. Outre les similitudes de découpage, elle parvient à établir que toutes s'étaient rendues en Ukraine. Pour quel motif ? Et une fois de plus Clovis se sent sollicité car il a gardé des relations professionnelles avec de nombreux journalistes dont des Ukrainiens.

 

Maurice Gouiran invite le lecteur à participer à une double enquête, celle qui concerne bien évidemment l'assassinat de jeunes femmes issues des quartiers Sud de Marseille et l'assassinat de truands par des confrères jaloux. Cette dernière est intercalée dans l'intrigue principale et relève de la guerre des gangs, avec toutefois un petit plus.

Mais c'est bien l'histoire de ces femmes éviscérées qui passionne tout Marseille, ainsi que le lecteur, avec cette mise en parallèle avec les forfaits de Jack l'Eventreur. Toutefois il existe une différence fondamentale entre les meurtres du tueur en série du XIXe siècle et ceux qui sont perpétrés dans la cité phocéenne. L'un s'en prenait aux femmes de basse extraction, des prostituées, dans un quartier déshérité, tandis que le second choisit ses victimes dans les quartiers Sud, parmi des femmes entre trente et quarante ans, qui sont mariées, ou en concubinage, et leurs conjoints possèdent une situation professionnelle assise. Elles travaillent également sur des postes enviés, et toutes vivent bien de leurs revenus mais n'ont pas d'enfants.

 

L'épilogue est en paliers qui se rétrécissent au fur et à mesure que l'on gravit l'escalier double de la narration de ces intrigues.

Maurice Gouiran, outre ses connaissances sur Jack l'Eventreur, nous incite à réfléchir sur un problème social qui partage l'opinion publique. Même si une solution est proposée, votée, légalisée par un décret elle ne pourra jamais satisfaire personne, en raison même des idées politiques, morales, humaines ou religieuses de tout un chacun. Il délaisse quelque peu l'Histoire plus ou moins récente pour s'attaquer, via le biais de meurtres à la façon de Jack l'Eventreur, à des questions d'éthique et il laisse au lecteur le soin d'apporter une réponse qui ne sera jamais satisfaisante, malgré les prises d'opinion catégoriques d'hommes et de femmes, souvent politiques, qui œuvrent dans la démagogie.

 

Maurice GOUIRAN : Une nuit trop douce pour mourir. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. Parution le 16 février 2015. 248pages. 18,50€.

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 10:19

L'art change du chaos...

Dominique SYLVAIN : L'archange du chaos.

Un cadavre découvert dans une cave d'un immeuble, ce n'est pas forcément banal, et ce qui l'est beaucoup moins, c'est la manière dont il a subi les sévices.

La police a été prévenue par un appel téléphonique, anonyme comme il se doit. La victime, une femme, a eu la langue coupée, le bras brûlé puis soigné. Le groupe Carat, du nom de son patron le commandant Carat, est chargé de cette enquête qui s'avère pour le moins difficile. C'est la divisionnaire Christine Santini qui a elle même réveillé, par téléphone, Carat afin qu'il se mette tout de suite au boulot.

Deux pistes sont à explorer. D'abord se renseigner auprès du prometteur, le chantier étant à l'arrêt suite à un procès, ensuite retrouver l'adolescente qui a prévenu le commissariat du 15è arrondissement. Aussitôt il mobilise ses gars, le brigadier-chef Garut, un homme tranquille, un vieux de la vieille, Marc Bergerin qui est dans tous ses états à cause de l'état de sa femme enceinte, et Franka Kehlmann nouvelle venue dans le groupe. Deux mois auparavant elle était encore à la Financière.

Frank fait la tournée des popotes, pas toujours reçue comme elle le souhaiterait. En effet, les enseignants sont incapables de reconnaitre la voix dont elle dispose d'après un enregistrement, ou alors il faut en déférer auprès du proviseur ou du directeur afin d'avoir l'autorisation de parler. De plus, les écoles, les collèges, les lycées, ce n'est pas ce qui manque pas.

Les autres se renseignent auprès du promoteur, du chef de chantier, et ils aimeraient bien avoir l'avis aussi du conducteur d'engins. Mais celui-ci a disparu. Commence une enquête qui débouche sur d'autres cadavres, selon un mode opératoire bien défini, comme si le meurtrier se conformait à un cahier des charges préétabli, à un rite. Toujours la langue coupée, mais des sévices différents.

Carat retrouve souvent sur son chemin, trop souvent, Colin Mansour, un de ses anciens amis et ancien collègue. Ils se connaissent depuis leur jeunesse mais un incident a perturbé cette amitié. La boisson à fait perdre ses moyens à Mansour, et Carat l'a fait éjecter du service. Depuis Mansour traîne dans les rues avec sa rancœur. Quant à Carat, il ne conduit pas, l'un de ses adjoints lui servant de chauffeur. Tout cela à cause d'un problème qui le tarabuste depuis des années. Un problème qui aurait pu coûter la vie à Garance sa femme, cuisinière, et elle en porte encore les cicatrices. Mais elle ne lui en veut pas.

 

Si la plupart des membres de ce groupe connaissent des failles, ou des fractures multiples dans leur vie, privée ou professionnelle, Franka n'est pas épargnée par le sort.

Sa mère s'est suicidée à cause de son père, universitaire et dipsomane. Et Franka n'a toujours digéré la mort de sa mère. Depuis elle vit avec son jeune frère Joey, un passionné d'art et surtout de photographie. Il s'intéresse également à cette enquête à laquelle participe sa sœur. Le comble de la colère l'étreint lorsque son père est invité par Carat et Christine Santini à donner son avis sur les meurtres.

 

Une enquête dont les motivations sortent quelque peu de l'ordinaire, dont le ressorts sont complexes, et habilement maîtrisée par Dominique Sylvain. Car découvrir l'identité de ce psychopathe est une chose, l'empêcher de nuire encore en est une autre. Suivre le parcours d'un mode opératoire inspiré de l'ordalie demande une connaissance approfondie de ce jugement de Dieu, et lorsque Carat se rend compte que celui qu'il recherche activement anticipe parfois ses actions, il ne faut pas forcément penser avoir à faire avec un télépathe.

Pour autant, ce n'est pas tant la recherche du meurtrier qui prime dans cette histoire que l'intérêt porté à Carat et ses hommes, et femme puisque outre Franka, la nouvelle venue, il doit rendre compte à Christine Santini sa chef. Et les réunions sont parfois houleuses. Il n'est pas au bout de ses surprises et le lecteur non plus qui découvre peu à peu des pans entiers de cachoteries qui s'écroulent peu à peu entre tous ces "héros".

A mon avis, que je partage pleinement avec moi-même, ce roman est le plus abouti de Dominique Sylvain, qui possède pourtant de très belles réussites à son palmarès.

 

L'avis de mon ami Pierre de Black Novel1 :

Et celui de Richard sur Polar Noir et Blanc :

 

Quelques titres de Dominique Sylvain :

 

 

Dominique SYLVAIN : L'archange du chaos. Collection Chemins Nocturnes. Editions Viviane Hamy. Parution le 24 janvier 2015. 334 pages. 18,00€.

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 14:50

Pourtant les sushis se mangent crus...

Carlos SALEM : Japonais grillés.

Nouvel ambassadeur de la littérature noire et policière hispanique, l'Argentin Carlos Salem démontre en quelques nouvelles caustiques son art de la dérision.

 

Tout commence avec Japonais grillés, la première nouvelle qui donne son titre au recueil.

Méfiez-vous des Japonais en vacances qui voyagent en groupe. Ils sont toujours prêts à dégainer l'appareil-photo. Et il faut qu'ils se prennent plus ou moins serrés les une contre les autres, devant un monument ou tout simplement dans un marché où pullulent les chalands. Or le principe de précaution pour un tueur, c'est justement de passer inaperçu et on ne sait jamais si un Japonais ne va pas prendre un cliché révélateur lors de la réalisation d'un contrat.

 

Petits paquets :

Un atelier clandestin, des machines infernales, des guillotines qui coupent du plastique, et parfois les doigts. L'Artiste travaille dans cet atelier, mais il a une autre passion, il repeint une partie du pont, une immense fresque sur la partie cachée. Quant à Poe, le narrateur, homme toutes mains, il balaie, découpe les plastiques, et confectionne les petits paquets. Un jour il a l'idée de fabriquer des petits palmiers avec les chutes de plastique. Un qui est content, c'est le patron. Mais un jour, des doigts s'envolent sous l'action de la lame de la guillotine.

 

Comme voyagent les nuages :

Un rendez-vous manqué à cause d'une sonnerie manquante. Poe aime (poème ?) Lola, mais ce soir-là elle n'est pas venue. Elle s'est fait remplacer au bar par sa sœur. Il est allé chez elle, il n'a sonné que douze fois. S'il avait tenté une fois de plus, elle lui aurait ouvert. Dans un bar il commence à discuter avec un an homme qui fête ses quarante ans. Bel âge pour passer à autre chose.

 

Des marguerites dans les flaques :

Avant, Salgado était le chef de celui qui est devenu son chef. Tout change surtout lorsque la politique et la boisson se mêlent de distribuer des cartes biseautées. Il ressasse ses souvenirs au bar d'Ulises. Des souvenirs qui lui remuent les trippes, qui lui brouillent les idées comme un nuage efface le ciel, à cause d'une fille à la tige, pardon la nuque brisée.

 

Mais c'est toi qu'elle aimait le plus :

Poe dans un bar, Lola au comptoir. Entre dans l'établissement Cortés. Les deux hommes se connaissent, mais ils ne se fréquentent guère. Pourtant Cortés a besoin de Poe. Son ami Navarrin, Poe se défend qu'il fut son ami, mais passons, Navarrin donc a disparu alors qu'il devait se marier avec la fille d'un homme politique en vue. Les employeurs de Cortés ont peur que Navarrin, s'il a été enlevé, révèle de petits secrets qui leur seraient préjudiciables. Alors Cortés et Poe doivent se mettre à la recherche de Navarrin. Pourtant il existe un différent entre les deux hommes. Un différent qui n'est autre qu'une fille et ils sont persuadé que cette fille les aimait mais autant l'un que l'autre. Lequel des deux ? Une question primordiale.

 

Belle panoplie de personnages troubles que nous présente Carlos Salem dans ces historiettes qui oscillent entre farce macabre et dérision. Un tueur à gages qui a oublié qu'il ne doit jamais, ou susceptible d'être pris en photo, un flic qui descend progressivement la pente, des prostituées, un candidat au suicide... autant d'individus qui gravitent dans des bars, lieu privilégié de rencontres alors que justement, ces rencontres ou retrouvailles, ils veulent y échapper.

Un recueil qui permet, à ceux qui ne connaissent pas encore Carlos Salem, de s'imprégner de son univers quelque peu décalé.

Ce n'est pas pour rien que Carlos Salem a appelé le bar madrilène qu'il a codirigé : Le Bukowski !

 

Carlos SALEM : Japonais grillés. Collection Polaroïd. Editions In8. Parution le 19mars 2015. 80 pages. 12,00€.

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 13:29

Et l'Ange vint... démon !

Viviane JANOUIN-BENANTI : Petites Angevines en danger.

Pourquoi un jeune homme à peine sorti de l'adolescence attend à la sortie des écoles des gamines afin de procéder à des attouchements, voire plus ?

Une fable de La Fontaine, ou plutôt sa morale, La raison du plus fort est toujours la meilleure, a déclenché ce qui était latent depuis son enfance et même avant.

Cela remonte à Angèle, sa future mère, une fillette de dix ans qui fait la fierté de ses parents. Elle a un frère plus âgé qu'elle mais elle focalise toutes les attentions. Elle est gaie, joyeuse, calme, timide et chante tout le temps, d'ailleurs elle fait partie de la chorale. Son père, cordonnier et poète à Angers l'a même surnommée son Rossignol. A l'école, ses notes sont excellentes, mais elle parle peu. Aussi afin qu'elle fréquente d'autres camarades, son père à l'idée de l'inscrire à l'école de danse de mademoiselle Lardou, professeur d'une trentaine d'années, et réputée pour ses spectacles de fin d'années.

Et tout d'un coup le caractère d'Angèle change du tout au tout. Elle devient agressive, refuse de manger de la viande. La première fois se manifeste lorsque des cailles sont servies. On ne mange pas de petits oiseaux, telle est la litanie d'Angèle, malgré les explications du père à son Petit Rossignol. Puis elle refuse les œufs, puisque ce sont de petits oiseaux en puissance. Aveugles les parents d'Angèle lui offrent même des cours particuliers de danse, toujours avec mademoiselle Lardou.

Toutefois Jacques et Constance, les parents d'Angèle, ne comprennent pas ce revirement de caractère et ils s'en ouvrent à l'abbé de la paroisse qui ne peut expliquer, étant tenu au secret de la confession, que la professeur de danse s'adonnait à des attouchements avec certaines de ses élèves. Angèle fragile ne les avait pas supportés. Toutefois l'abbé Gauthier conseille à Jacques et Constance d'abandonner la danse, Angèle ayant déjà assez d'activités pour l'occuper et elle doit penser à sa scolarité délaissée.

Angèle reprend peu à peu ses habitudes et du jour au lendemain elle demande de la viande. Mais son incartade alimentaire a influé sur sa morphologie. Elle grandit peu, gardant un physique de petite fille. A quatorze ans elle passe avec succès son certificat d'études et son père la fait entrer chez maître Samuel Tracaire, notaire. Le tabellion, marié avec une femme plus âgée que lui d'une vingtaine d'années mais à la dot imposante, est un homme jovial, et lorsque Jacques lui demande d'embaucher sa fille, il a dans les yeux une lueur d'excitation que le père ne voit pas.

Pour Angèle, au début le travail n'est guère fatiguant mais répétitif. Elle doit classer des dossiers non encore archivés. Mais bientôt commence une nouvelle épreuve, assise l'après-midi sur les genoux de son patron. Les approches sont timides de la part de maître Tracaire, et troublé il renvoie un jour la petite Angèle. Constance est aux abois, mais non, rien de spécial, maitre Tracaire est satisfait de sa petite protégée et il se fait fort de s'occuper de son éducation. Un lapsus que ne relève pas la mère d'Angèle. Les autres clercs, dont le Premier Clerc, un individu aux dents longues et pointues qui lorgne sur l'étude, sont plus ou moins au courant de ce qu'il se déroule derrière la porte calfeutrée, mais ce n'est pas leur problème.

Constance est contente, Angèle prend du poids. Normal, depuis qu'elle mange à sa faim, et la formation effectuant son œuvre, la gamine devient peu à peu jeune fille. Et même femme. Car bientôt Constance se rend compte que cette prise de poids n'est pas normale au contraire. Angèle est enceinte. Quelques mois plus tard naîtra Pierre. En 1902.

 

La jeunesse de Pierre Gueurie, puis les avatars qui l'amenèrent sur la guillotine sont donc directement liés à Angèle. Et si Viviane Janouin-Benanti s'attarde plus sur la jeunesse perturbée d'Angèle, que sur celle de Pierre, c'est bien parce que le problème de ce gamin provient de l'enfance de sa mère. La vie de Pierre et ses démêlés sont résumés en quelques chapitres, tout le récit ou presque étant consacré à Angèle.

Et parfois il ne faut pas s'attarder, dans des affaires similaires qui défrayent la chronique que sur le seul coupable, mais bien sur ses antécédents familiaux afin de comprendre ce qui a motivé ses dérives.

Avec une écriture simple, claire, limpide, Viviane Janouin-Benanti nous plonge dans un double drame avec pudeur, un sentiment que beaucoup d'auteurs oublient à tort. Ce fait-divers réel, mais romancé, s'en trouve renforcé.

 

Viviane JANOUIN-BENANTI : Petites Angevines en danger. Editions du Petit Pavé. Parution le 16 février 2015. 236 pages. 20,00€.

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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 13:34

Un ouvrage Hammett en bonne place dans votre bibliothèque...

Collectif : Hammett détective.

Les auteurs pressentis par Natalie Beunat et tous issus du catalogue Syros n'ont pas chercher pas à rédiger leur texte à la manière de... mais ils se sont investi dans le personnage du romancier lors de ses débuts à la Pinkerton, la célèbre agence de détectives qui en même temps assurait la sécurité à la demande de patrons face à des ouvriers en grève.

Tous ont donné leur version de cette première enquête mais peut-être possédaient-ils diverses sources, car pour le plus grand plaisir du lecteur, ils ont narré cet épisode différemment. Ils n'ont pas cherché à uniformiser leur récit et ont gardé leur propre sensibilité, leur vision personnelle de l'Amérique de l'année 1915, leur écriture et leur enthousiasme, leur manière d'appréhender une histoire tout en gardant à l'esprit que c'est Dashiell Hammett le héros et non pas un être issu de leur imagination..

 

Dans L'âge légal pour mourir Stéphanie Benson, qui ouvre le bal, honneur à la seule représentante du sexe féminin et qui est la mieux placée alphabétiquement, nous emmène à Baltimore, ville dans laquelle débuta Dashiell Hammett sous la houlette de James Wright, le directeur-adjoint de l'agence Pinkerton et mentor du jeune Dash. Adèle, la fille de Frederick Wood, le patron de la Pennsylvania Steel Company a été retrouvée morte et c'est son fiancé, Roger Harris, qui travaille dans cette boite, qui a contacté la Pinkerton. Et il aurait tout perdu avec la mort d'Adèle, car il ne peut plus accéder au magot via le mariage. Mais est-ce la véritable raison de ce meurtre, et le véritable assassin ?

 

Les frères Guérif, Benjamin et Julien, nous emmènent avec L'homme d'Adak, dans un bar. Le narrateur attend l'arrivée de Barthelsson, recherché pour bigamie. la description qu'on lui en a faite ne correspond pas au client qui entre dans le café. S'engage entre les deux hommes et le barman une conversation qui tourne autour justement la bigamie, la cafetier ayant justement connu un confrère qui s'est rendu coupable de cette entorse à la loi.

 

Jérôme Leroy nous présente La fille du sénateur, en ce mois de juillet 1951 à New-York. Il a soixante ans à peine, est reconnu comme romancier, mais il est face au juge qui doit statuer sur son sort de communiste. Parmi la foule qui assiste à ce procs il reconnait une femme et ses pensées s'envolent vers sa première mission pour Pinkerton. Celle de l'enlèvement d'une Blanche par un Noir. Mais était-ce réellement un kidnapping ?

 

Marcus Malte nous assène Jamais plus ! Chaque année, le 19 janvier, quelqu'un dépose sur une tombe d'un cimetière presbytérien de Baltimore trois roses et une bouteille de cognac entamée. Et pas n'importe quelle tombe, celle d'Edgar Allan Poe. Une tradition qui dure depuis cinq ans. Sa mission, découvrir qui est admirateur inconnu. Alors Dash, afin de mieux connaître celui sur lequel il va veiller durant la nuit du 19, s'imprègne de l'univers romanesque de l'écrivain, auteur de Double assassinat dans la rue Morgue.

 

Jean-Hugues Oppel envoie, via James Wright, le jeune Dash qui est employé à la Pinkerton depuis quelques mois et n'a que vingt et un ans, à Wenderstown, en Pennsylvanie. Une mission de confiance, dont le titre Poissons rouges ressemble à un code secret. Non, Dash doit rencontrer dans ce patelin une certaine madame Babygrass, une amie de la famille du sous-directeur. Madame veuve Babygrass est inquiète, elle n'a plus de nouvelle de sa fille unique Joséphine. Enlèvement ? Fugue amoureuse ? Autre supposition ? La réponse est peut-être dans le bocal de poissons rouges.

 

La première enquête pour de vrai, est dans Coup double et c'est Benoît Séverac qui l'affirme. Une affaire relativement simple d'après le mentor de Dash. L'enlèvement d'une gamine de huit ans, mais comme les parents ne veulent pas mêler la police à leur problème, c'est Dash qui va enquêter. D'ailleurs Wright n'a personne d'autre sous la main. Et puis comme dans la majorité des cas, les demandes de rançon émanent de domestiques, il n'y a qu'à les cuisiner. Alors direction Washington et la famille Humber qui n'emploie que des Asiatiques.

 

Marc Villard nous propose une petite balade, avec un Chariot dans la neige, jusqu'à Billings, dans le Montana, le 16 décembre 1915. Encore une affaire d'enlèvement, Dash commence à y être habitué, mais il s'agit du genre d'affaires principalement solutionnées par la Pinkerton. un homme d'affaires accuse un de ses employés d'avoir kidnappé sa fille. Bref, le cas banal. Sauf que Dash va devoir prendre les grands moyens pour se mettre à leur poursuite, la neige tombe et il est difficile de conduire un chariot attelé dans une nature hostile. Dans ses poches, Dash trimballe trois lettres que lui a envoyé de France son ami Franck Malloy qui est sur le front, participant à la guerre contre les Allemands.

 

Enfin Tom Willocks, avec La fille de Big Bill Shelley, envoie Dash à Butte, dans le Montana, ville réputée pour ses gisements de cuivre. Seulement les conditions de travail étaient déplorables, et le 6 septembre 1915, un homme est mort, assassiné à coups manche de hache et noyé. Dashiell Hammett a été envoyé en même temps que d'autres hommes de la Pinkerton pour réprimer le mouvement de grève qui s'était déclenché avec de justes revendications. Mais qu'a-t-il réellement fait, face aux Wobblies, c'est ce que narre la femme la plus âgée d'Amérique, qui à cette époque n'avait que quatorze ans et venait de perdre son père. Une époque trouble au cours de laquelle les syndicats, dont l'Industrial Workers of the World, obtinrent gain de cause ou presque, mais qui détermina Dash dans son engagement politique.

Un texte traduit par Natalie Beunat, mais les puristes pourront se pencher sur la version originale puisque cette nouvelle est également proposée en anglais.

 

Suit une postface signée Natalie Beunat, maître d'ouvre de cet ouvrage et la galerie de portraits des auteurs, élément indispensable de tout recueil de nouvelles.

Un ouvrage destiné aux adolescents, mais pas que, permettant de découvrir des aventures réelles ou imaginaires, celles qu'aurait pu vivre Dashiell Hammett lors de son passage à la Pinkerton, et qui ont décidé de son avenir de romancier et d'homme public engagé. Des histoires tristes ou traitées avec humour, dans une Amérique face aux conflits raciaux ou sociaux.

 

S'il y a bien un mystère qu'on ne parviendra jamais à éclaircir, c'est celui-ci : l'effet que produit la poésie sur la gent féminine.
Marcus Malte.

 

Collectif : Hammett détective. Collection Rat Noir, Hors série. Editions Syros. Parution le 4 mars 2015. 256 pages. 15,90€.

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 13:08

Hélas, il n'a pas su la garder...

Abdel Hafed BENOTMAN : Garde à vie.

Comme je l’ai souligné à plusieurs reprises, les romans pour adolescents peuvent être lus sans vergogne par les adultes et ce titre d’Abdel Hafed Benotman ne déroge pas à la règle.

Garde à vie, titre jeu de mot, nous entraine dans l’univers carcéral auquel sont confrontés les mineurs pour des délits qui pourraient être considérés comme mineurs justement, par rapport à d’autres crimes avérés dont la révélation puis les procédures judiciaires trainent en longueur car dissimulés pour de sombres prétextes financiers ou politiques. Mais revenons à nos moutons comme disait le Petit Prince.

Hugues, adolescent de quinze ans, a eu la mauvaise idée d’accompagner un copain qui s’est emparé d’une voiture sans l’accord de son propriétaire puis effectuer un rodéo mécanique dans les rues de la ville. Seulement comme souvent dans ce genre d’exercice impromptu et mal organisé, l’accident se produit contre un abribus. Ils roulaient vite, c’est un fait, mais à leur décharge il faut préciser que des policiers s’étaient invités dans leur petit jeu, toutes sirènes hurlantes. Le conducteur courageux prend la poudre d’escampette. Hugues aurait bien aimé le suivre mais coincé à cause de sa ceinture il est recueilli par les forces dites de la paix et placé en garde à vue.

Les conséquences de cet acte irréfléchi ne se font pas attendre, malgré les pleurs et lamentations de sa mère qui suit une chimiothérapie. Hugues, après une garde à vue est emprisonné dans une cellule où réside déjà Jean, un peu plus âgé que lui mais habitué des lieux. Et dans ce studio sobrement meublé, Hugues doit se soumettre à la loi édictée par son colocataire. Des règles non écrites mais appliquées avec rigueur et vigueur. Jean se montre intraitable envers cet importun et les brimades, vexations, humiliations subies par Hugues lui démontrent que la force est plus souvent du côté des malfaisants, tandis que les matons appliquent un régime d’oppression géré par les pots de vin, les maltraitances, le mépris. La preuve qu’il est plus facile de mater les faibles que ceux qui aboient.

Hugues subit ses tourments parfois en se rebellant, parfois en se remémorant son enfance, ses lectures juvéniles, Alice, Peter Pan et autres.

 

Abdel Hafed Benotman use d’un procédé littéraire souvent utilisé et qui a fait ses preuves, je n’en dirai pas plus afin de ne pas dévoiler le ressort même de l’histoire, et les références littéraires ne sont pas avancées par hasard.

Cette description des conditions d’enfermement dans des cellules, dans des prisons surpeuplées, les exactions exercées par des détenus envers des bizuts, les avilissements dont font preuve les matons ne sont pas décrites par complaisance. L’auteur a connu, subi ces traitements, il en parle en connaissance de cause. Mais il sait aussi que la rédemption existe, que le bout du tunnel n’est pas forcément une impasse, à condition que la justice, les hommes politiques humanistes puissent leur donner une chance.

Actuellement la répression et la garde à vue à outrance sont le cheval de bataille de la part de ceux qui nous gouvernent mais que voulez-vous dire contre des personnes bornées, même si Bruxelles qui pour une fois oublie sa conception capitaliste et se montre sévère envers la France, a décrété que notre pays bafouait les droits de l’homme.

 

Abdel Hafed BENOTMAN : Garde à vie. Collection Rat Noir, éditions Syros. Parution le 20 janvier 2011. 106 pages. 11,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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