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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 14:04

La vengeance est comme une omelette norvégienne : ça se déguste froid mais flambé !

Gilbert GALLERNE : La Mort pour vengeance.

Un regard, une rencontre, une irrésistible bouffée de colère et de ressentiment, et pour Agnès Castellane c'est un retour en arrière de sept ans accompagné d'un sentiment d'un gâchis programmé.

L'homme qui révulse ainsi Agnès Castellane n'est autre que Laurent Martel, un kidnappeur d'enfant qui a réussi à sortir de prison grâce au témoignage d'un codétenu et qui aujourd'hui se pavane à Cannes avec un producteur car son livre à succès est pressenti pour être adapté en film.

Agnès est responsable de la Sécurité à l'hôtel Sémiramis et elle est sur le qui-vive. Le lendemain c'est l'ouverture du fameux Festival de Cannes, et malgré la légère vétusté de l'établissement, des acteurs doivent y séjourner. Or la présence de Martel la dérange car elle avait pris l'homme sur le fait alors qu'il récupérait le sac contenant l'argent de la rançon. Seulement la précipitation du procureur a fait échoué l'opération et Martel s'est défendu en prétendant avoir découvert l'objet par hasard. Emprisonné malgré tout il a purgé cinq ans de taule puis a été libéré grâce à un témoignage opportun. Mieux, il a obtenu une indemnité conséquente, à laquelle s'ajoute les droits d'auteur de son bouquin, qu'il n'a pas écrit, et qui lui permettent de vivre à l'aise.

Chastaing, le directeur de l'hôtel prend la défense de son client lorsqu'Agnès signifie à Martel de déguerpir de l'hôtel. Et demande à la responsable de la sécurité de se calmer. Difficile à appliquer, mais elle se promet intérieurement de surveiller l'individu. L'arrivée de Ron Maxter, un acteur en pleine ascension dans le cercle fermé des stars, détourne l'attention. Il est accompagné de sa femme, actrice elle-même mais à la réputation de moindre envergure, et de son gamin Matthew, quatre ans. Ron Maxter, acteur et chanteur, comparé à raison par certains comme le nouveau Sinatra, est un habitué des lieux et il est accueilli avec déférence par Chastaing.

La présence de Martel perturbe fortement Agnès qui demande à Bernard, plus de cent kilos de muscles mais un gramme de neurones, de le surveiller, mais le vigile est plus occupé à faire les yeux doux à Barbara, la nièce de Nancy Maxter qui sert de garde d'enfant à Matthews. Quant à Martel il retrouve sur son chemin un détenu qu'il a côtoyé en prison et qui vient de se faire la belle. A deux, ce qu'il projette pourrait réussir.

Et ce que prévoyait Agnès se produit. Matthews est enlevé alors que Barbara et le vigile s'adonnent au simulacre de la reproduction. La rançon exigée pour la restitution du gamin est plus que conséquente. Alors Ron Matthews, justifiant son rapport avec Franck Sinatra, demande à son oncle, directeur de casino à La Vegas, et accessoirement parrain de la mafia locale de l'aider financièrement. Et l'oncle, d'origine italienne, est catégorique. Il faudra payer la rançon, ne précisant pas ce qu'il a en tête, et Agnès Castellane ne doit pas s'immiscer dans cette affaire, sinon son neveu Damien risque d'en subir les conséquences. Or Agnès Castellane y tient à son neveu. Surtout qu'elle a surpris Martel tourner autour de lui.

Agnès a vraiment Martel en tête, elle en parle au commissaire, mais ce son passé de commissaire ne plaide pour elle. Elle est agressée un soir, soupçonne Martel, mais il a un alibi tout comme lors de l'enlèvement du petit Américain. Bref, ce n'est pas du cinéma, même en période de festival.

 

Gilbert Gallerne a l'habitude de construire des suspenses implacables, réservant leurs lots de surprises qu'il déballe au moment où on ne s'y attend pas, mêlant la tragédie familiale comme un huis-clos tout en assurant le grand spectacle.

Les prétendants à cet enlèvement ne manquent pas, sauf aux yeux d'Agnès Castellane focalisée sur Martel, mais d'autres pourraient jouer le rôle de coupable idéal, leurs motivations ne manquant pas ou par trop évidentes. Ainsi Georges, l'homme à tout faire de l'hôtel, toujours à traîner dans les couloirs avec ses chariots de linge sale, faut pas croire ce n'est pas parce qu'on est de la haute qu'on ne salit pas ses draps, et qui attend des papiers afin de régulariser sa situation et pouvoir enfin faire venir sa famille qui végète de l'autre côté de la Méditerranée. Or un chariot a justement été utilisé pour kidnapper l'enfant.

Apparemment simple, cette intrigue prend du volume au fur et à mesure qu'elle est développée, et en artisan consommé du roman d'énigme et de suspense, Gilbert Gallerne embobine le lecteur pour lui livrer un final éblouissant dépassant le cadre strict d'un roman policier classique. Un peu à l'instar des maîtres américains, tels que Marvin Albert, Max Allan Collins et quelques autres de la grande époque, Day Keene, William Campbell Gault ou Wade Miller, mais en y ajoutant le machiavélisme indispensable pour forger cette impression ressentie par le lecteur qu'on le manipule, pour son plaisir.

Gilbert Gallerne, contrairement à la vogue des auteurs modernes qui jonglent sur le sensationnel et le voyeurisme, parfois malsains, ne s'attarde pas trop sur les conditions de détention du gamin, juste quelques lignes comme ça en passant, l'essentiel n'étant pas là. Son propos principal résidant dans l'affrontement entre Martel qui clame son innocence, et Agnès Castellane, persuadée en son âme et conscience de détenir la vérité. Et ce qui est vrai un jour ne l'est pas forcément le lendemain, sauf si la répétition est plus facile que l'innovation.

 

Gilbert GALLERNE : La Mort pour vengeance. Collection Molécule. Editions France Loisirs. Parution mars 2015. 332 pages. 9,99€. Inédit.

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 15:14

Xavi El Valent le valait bien...

B. &F. DARNAUDET, Gildas GIRODEAU et Philippe WARD : Le glaive de justice.

 

Publiée originellement chez Rivière Blanche, cette mini-saga ayant pour personnage principal Xavi El Valent et déclinée en deux tomes, se voit consacrée par la réédition en un seul volume chez Mnémos, dans leur collection de poche Hélios.

Pour les éditions Rivière Blanche, c'est une forme de consécration, de reconnaissance du travail éditorial effectué depuis dix ans, dans l'ombre tutélaire de l'Occitanie, après la découverte d'auteurs prometteurs comme David S. Khara, Laurent Whale, puis leur récupération par d'autres maisons comme Critic, 10/18 et Fleuve Noir, Mnémos... ou la possibilité donnée à d'anciennes gloires, principalement issues du sérail du Fleuve Noir de s'exprimer à nouveau.

 

B. &F. DARNAUDET, Gildas GIRODEAU et Philippe WARD : Le glaive de justice.

Le glaive de justice.

Ne nous y trompons pas. Si cette histoire est ancrée dans le fantastique, elle prend résolument ses sources dans l’histoire languedocienne et occitane, et plus particulièrement catalane dans les années sombres de la lutte contre les Cathares. Et si les auteurs donnent aux belligérants des noms d’emprunt, il est au moins une figure qui parle d’elle-même : Simon de Malfort, qui réfère directement à Simon de Montfort. De Tolosa à Kottliure, en passant par Murèl, Besièrs, Perpinyà, le col du Pertus et le mont Canigò, et autres lieux dont les patronymes n’ont aucunement besoin d’être traduits, le lecteur effectue un voyage initiatique.

Dans la plaine de Murèl s’affrontent d’un côté les Francs du roi Amalrik III le Vil assistés des troupes de Gontran le Défiguré, le Pape noir, de l’autre les armées du roi d’Ock Béranger V et du roi Père IX de Katland. Les deux premiers compères veulent annexer les pays d’Ock et de Katland et éradiquer la religion des infidèles kathars. La bataille fait rage, et Père IX, légèrement aviné, se moque totalement des consignes de ses lieutenants. Il est abattu par Agna et ses hommes, les morts-vivants. Xavi, le jeune bruixot, thaumaturge et nécromancien, tente de le ramener à la vie, en vain. Lui-même est cerné par l’armée d’Agna et alors qu’il va sombrer sous les coups, Agna lui laisse la vie sauve. Commence alors pour Xavi la quête du Glaive de justice tandis que les combats continuent, que les armées d’Ock et de Katland sont obligées de reculer sous l’avancée ennemie.

Pour obtenir le Glaive de justice Xavi est obligé de se rendre dans les fourneaux du forgeron Borvo, sorte de dieu Vulcain qui règne au milieu de lycanthropes sur le mont Canigò, afin de s’emparer de l’arme, mais cela ne suffit pas car, afin que celle-ci possède sa puissance maximale, il faut aussi retrouver les reliques de Sant Vicenç. Son épopée, comme le lecteur peut s’en douter, sera une succession de péripéties aventureuses, sanglantes, où le courage ne résout pas tout. Heureusement il est accompagné dans sa quête par deux fidèles, le géant Lo Singlar et l’archer Pau qui utilise des flèches pour le moins bizarres. Malheureusement la belle Agna veut elle aussi s’emparer du Glaive de justice. Et comme rien n’est simple et que tout le monde se jalouse afin d’avoir la prépondérance, Agna est en butte à des manœuvres pas très catholiques de la part du cardinal Posel Virt Schneesturm, au profil ambigu, même s’il est un allié des Francs et du Pape noir.

Entre trahisons, embuscades, pièges, échauffourées avec des loups-garous, surveillance des lignes ennemies par les Goelaks, des volatiles qui sont des sortes de drones, et autres joyeusetés, Xavi d’un côté et Agna de l’autre réussiront-ils à posséder le Glaive de Justice ? C’est ce que nous proposent de découvrir les auteurs de ce roman haletant en trois parties et dont l’épilogue se veut une entrée en matière. La première est due à la plume de Philippe Ward, qui décrit La Bataille de Murèl, la deuxième signée François Darnaudet qui propose Du sang sur la neige et enfin la troisième et dernière, la plus longue aussi, intitulée tout simplement par Gildas Girodeau Le Glaive de justice. Comme à leur habitude les trois compères s’amusent à affubler leurs personnages de patronymes puisés dans l’entourage de leurs connaissances et amis. Ainsi retrouve-t-on un Laguerre, un cardinal Jirrodo, un Dard M’Odet, un Gallerne de Palerme ou encore un Dou’n Ovetz, et quelques autres peut-être moins connus.

Ce roman, sous des dehors de joyeuse récréation à consonance fantastique et historique, n’est pas si léger qu’il y parait. Et l’on s’aperçoit que les mêmes événements reviennent à périodes régulières et pas plus tard qu’il y a quelques semaines, dans des conditions moindres que celle décrite, mais dont l’effet jette toujours l’opprobre sur ceux qui commettent ces actes que je juge, personnellement, barbares. « Ils ont rassemblé les survivants de la tuerie et les ont séparés en deux groupes. D’un côté les hommes valides, de l’autre : femmes, vieillards et enfants. Il fallait sortir les cadavres de la ville et brûler les corps sans perdre de temps. Le premier groupe a été immédiatement mis au travail, ils ont triés le deuxième à leur façon ».

B. &F. DARNAUDET, Gildas GIRODEAU et Philippe WARD : Le glaive de justice.

De Barcelona à Montségur (La saga de Xavi El Valent 2).

Il était une foi, une crise de foi !

Coincés entre les Francs au Nord et les Kastillans au sud, les Okcitans, les Khatars (pas ceux du PSG) et les Katalans subissent une guerre de religion, un schisme fomenté par le Pape Gontran dit le Défiguré et promoteur de la Nouvelle Foi.

En réalité, c'est plus compliqué que cela. Au Nord, il y avait (les corons, mais pas que...) le sénéchal Laguerre (ville attaquée par Laguerre, ville prise par la guerre) et le cardinal (ou selon les circonstances la) cardinal Posel Virt Schnessturm, pape de la dernière Nouvelle Foi, et ses affidés, dont Jirrodo le Nain, Galerne de Palerme, Bernadette di Venezia, ainsi que dans sa mouvance Agna la bruxia et quelques autres. Mais l'obsession de Posel Virt est de posséder le Grazal, qui lui permettrait de régner sur tous les territoires. Au sud, ce n'est guère mieux, avec les Kastillans qui veulent annexer la Katalogne.

Au milieu une poignée d'irréductibles s'élèvent et tentent de contrer les nombreuses attaques. Simon de Malfort, le commandant suprême de l'expédition franque a détruit Besierz et ces résistants en ont encore le souvenir. Xavi EL Valent qui a réussi a réanimer le Glaive de justice et ses compagnons, Lo Singlar et Olympe de Fois essaient de s'allier au sultan An-Nisar tandis qu'à Barcelona, dans les sous-sols de la Sagrada Katland, Pau, Enrekhtouès, Dard M'Odet font face à des adversaires particulièrement belliqueux. D'autant que Roland, le mort-vivant toujours en possession de sa fidèle Durandal n'épargne personne.

Heureusement Xavi et ses compagnons sont des sorciers et ils possèdent des armes susceptibles de contrer les attaques, à gauche, à droite, au centre, derrière, devant, de leurs adversaires qui disposent de zombies, d'animaux mutants comme les Minautaures et autres qui plient, rompent sous les coups mais se relèvent inexorablement.

Grâce au sultan An-Nisar, Xavi est accompagné de la belle Cheikha et surtout il lui est donné en cadeau des tuplars, des chevaux ailés issus d'une croisement de purs-sangs et de vautours. A condition toutefois de les rendre viables, car ces bestioles métissées décèdent quelques heures après leur naissance.

Ce roman épique, qui n'est pas sans rappeler les tristes heures de la croisade des Albigeois, du massacre des Cathares, une croisade mise en œuvre par l'église romaine à l'encontre de ce qui était considéré comme une hérésie, est écrit en trois parties : Le chant 1 : La bataille de Barcelona par Boris et François Darnaudet; le chant 2 : Cheikha, la Mujâhid par Gildas Girodeau et le chant 3 : Mourir à Montségur par Philippe Ward. Tandis que les deuxième et troisième parties se déroulent comme un prolongement de roman, la première ressemble à une succession de vignettes où batailles, combats, engagements divers entre les différentes forces en présence, entre sorciers, animaux mythiques, loups-garous, tigro-raptors, mutants et guerriers indestructibles. Presque comme une bande dessinée sans malheureusement les images ou un jeu de rôle.

Une épopée vive, pleine de fureur, de sang, de coups bas, de trahisons, de coups fourrés de toutes sortes et dont le lecteur ne ressort que difficilement tant les scènes d'action défilent à cadence accélérée.

Vous avez pu reconnaître parmi les différents protagonistes des noms qui ne vous sont pas inconnus, ceux, déformés, des auteurs qui ne s'attribuent pas forcément les beaux rôles, endossant le costume de méchants. Mais au détour d'une phrase, d'une scène, d'un épisode, d'autres personnages apparaissent dont des chroniqueurs sur la toile, un certain archevêque Zeu-Grard, dont vous pouvez retrouver les articles sur K.Libre et un archevêque-centurion du nom de Mau-Gendre qui figure dans un rôle de composition, évidemment. D'autres petits clins d'œil sont placés ça et là que je vous laisse découvrir au fur et à mesure de la lecture. Il en ressort une lecture agréable dont la religion dite chrétienne ne sort pas grandie, mais cela eut été étonnant si l'on analyse toutes les exactions dont elle s'est rendue coupable au cours des siècles envers ceux qui ne se pliaient à sa doctrine.

Ce roman de Fantasy est également une ode à la Catalogne, province scindée en deux par les Pyrénées et écartelé entre deux nations, la France et l'Espagne, à son besoin de reconnaissance et d'indépendance qui l'anime et l'agite des deux côtés de la frontière, légitimement.

Vous pouvez retrouver le monde de Xavi el Valent dans le roman de Phil Becker :

Et découvrez le catalogue de Rivière blanche ci-dessous :

B. &F. DARNAUDET, Gildas GIRODEAU et Philippe WARD : Le glaive de justice. Réédition. Collection Hélios N°32. Editions Mnémos. Parution le 4 juin 2015. 464 pages. 11,90€.

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5 juin 2015 5 05 /06 /juin /2015 11:07

C'est comme un repas sans sel ou un baiser

sans moustache ?

Jean-Paul NOZIERE : Roméo sans Juliette.

Résident depuis six mois dans un centre éducatif fermé, Roméo est convoqué par le directeur de l'établissement. Lequel lui annonce deux nouvelles, une bonne et une mauvaise, cela dépend de quel côté le curseur est placé.

La première, c'est que Roméo est libre et qu'il va pouvoir entrer dans la vie civile comme cela lui bon lui semble, c'est à dire probablement s'engager comme militaire. Son rêve depuis des années. Ensuite que son père est malade, en fin de vie et qu'il serait normal qu'il lui rende visite. D'ailleurs il le réclame. Ça, Roméo n'y tient pas, mais alors pas du tout. C'est un peu, ou beaucoup de la faute de son père s'il a vécu six mois en centre éducatif fermé.

Toutefois il accepte d'écouter au téléphone le docteur qui suit la santé de son père à l'hosto. Il n'est pas convaincu de se rendre sur place, mais lorsque le toubib lui annonce que son père n'a plus que quelques heures à vivre, qu'il l'a vu en pleurs et qu'il a prononcé P'tit pédé, alors que depuis de depuis plus de six mois il n'avait dit aucun mot, Roméo accepte de se rendre sur place.

Mais, arrivé à Sponge, la ville où il a vécu toute son enfance, il tient d'abord à se rendre au Petit Clocher, un lieu-dit à la sortie de la commune. Son père tenait une épicerie, mais il ne reste plus rien. De toute façon Roméo ne se rendait pas au Petit Clocher pour constater les dégâts, mais pour rencontrer son amie d'enfance Juliette. Seule sa mère est présente et reçoit Roméo comme un chien dans un jeu de quilles. Juliette est prétendument à la fac. Quant à Léopold, le frère de l'adolescente, il se remet progressivement de la perte d'une jambe. Roméo est déçu, toutefois il comprend cette réaction, en regard des événements qui se sont déroulés les mois précédent son enfermement en centre éducatif. Roméo et Juliette se connaissent depuis leur toute petite enfance. Brigitte, la mère de Juliette et Léopold, est relativement riche et vit de l'autre côté de la route en face de chez Roméo.

Tandis que Roméo, alors âgé de huit ans, habitait depuis un mois chez sa grand-mère Costancia, à Dijon, celle-ci lui apprend que sa mère est morte. Il revient au foyer paternel et son père seul s'occupe de lui. Roméo se rend souvent chez Brigitte, et les deux gamins vont ensemble à l'école. Serge Lopez, le père de Roméo n'est plus tout à fait comme avant. Sa petite épicerie bat de l'aile, pourtant il continue à faire marcher son commerce. Toutefois il semble traficoter par ailleurs.

Les jours, les semaines, les mois passent, les années défilent, Serge Lopez devient agressif envers tous ceux qui selon lui mangent le pain des Français, les émigrés, les étrangers en général et les Arabes en particulier, ainsi que les homosexuels. Tous bons à mettre dans le même panier selon lui. Il s'enfonce dans un racisme primaire, vitupérant envers justement les Arabes qui ouvrent leurs échoppes quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre, alors que lui est obligé de se conformer à la loi et de respecter les horaires. Il plante en haut d'un mat fiché dans son jardin un drapeau français, surnomme l'endroit où ils vivent la Petite France, s'abouche avec des individus peu recommandables, et change le prénom de Roméo en Romé tout court. Et l'appelle P'tit pédé de temps à autre. Roméo ne sait pas si c'est du lard ou du cochon.

Les individus qui côtoient son père ne sont vraiment pas fréquentables, des personnages malsains, racistes, des bagarreurs, à l'esprit obtus. Pourtant Roméo va lui aussi les fréquenter, un peu par obligation, et c'est le début de la fin.

 

Jean-Paul Nozière trempe une fois de plus la plume là où ça démange. Il met en évidence les déviances comportementales exercées par des olibrius ne méritant pas l'appellation d'êtres humains entraînant des dérives sectaires, racistes et homophobes. Les paroles et les actes d'un père perturbé dans sa vie familiale et sentimentale agissent négativement sur son fils qui veut faire plaisir à son géniteur, même s'il se rend compte que son comportement n'est pas celui qu'il devrait avoir.

L'amitié juvénile entre Roméo et Juliette évolue en vieillissant et bientôt l'affection puis l'amour adolescente se substituent à ce sentiment loin d'être puéril. Pourtant Roméo et Juliette prennent des chemins séparés, Juliette se montrant brillante et studieuse tandis que Roméo délaisse les études pour entrer à mi-temps dans la vie active. Leurs fréquentations ne sont pas les mêmes et influent sur leur caractère.

Jean-Paul Nozière n'écrit pas des romans à l'eau de rose lorsqu'il s'adresse à des adolescents, au contraire, il leur montre la réalité quotidienne toute crue, en se focalisant sur certaines dérives.

Jean-Paul NOZIERE : Roméo sans Juliette. Editions Thierry Magnier. Parution le 13 mais 2015. 272 pages. 14,50€.

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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 12:16

Hommage à Lilian Jackson Braun, née le 20 juin 1916 et décédée le 4 juin 2011.

Lilian Jackson BRAUN : Le chat qui jouait Brahms.

Aimez-vous Brahms ?

Journaliste au Daily Fluxion, Qwilleran décide de changer d’air, de passer quelques semaines de vacances dans la nature, loin de la ville, de la pollution, du travail, de la frénésie.

Pourtant son rédacteur en chef lui propose une nouvelle affectation, une rubrique mieux adaptée, à ses possibilités et à son talent : reportages et enquêtes criminelles, au lieu d’assurer les chroniques gastronomiques. D’ailleurs un petit tiraillement familier de sa lèvre supérieure et de sa moustache lui prédit quelques aventures.

En compagnie de Yom-Yom et de Koko, ses deux chats siamois, Qwilleran s’installe dans un chalet situé en forêt, en bordure d’un lac. La propriétaire en est Tante Fanny, une vieille dame de quatre-vingt-dix ans, ancienne amie de la mère du journaliste. Tante Fanny est un peu sourde, mais elle est si charmante. Et Qwilleran pourra écrire son livre en toute quiétude, se reposer et faire le ménage côté cœur.

Pourtant ce havre de silence et de tranquillité promet quelques surprises désagréables à notre vacancier. L’univers bucolique ne s’avère pas si enchanteur qu’il l’espérait. Quant à Koko, chat impertinent, joueur et taquin, il démontre ses aptitudes et ses goûts de mélomane à un Qwilleran pas encore blasé par les prouesses de son félin.

Le chat qui jouait Brahms est un roman qui fait patte de velours. Sans violence, sans vulgarité, avec humour, Lilian Jackson Braun impose ses deux détectives en fourrure courte et son journaliste qui ne comprend pas toujours les subtilités déployées par ses compagnons à quatre pattes.

La série connait Outre-Atlantique un très grand succès, mérité, et se révèle comme le contrepoint du déferlement de sang et de sexe qui sévit avec complaisance dans la littérature policière, noire ou fantastique américaine et française.

Lilian Jackson BRAUN : Le chat qui jouait Brahms.

Lilian Jackson BRAUN : Le chat qui jouait Brahms. Collection Grands Détectives N° 2189. Editions 10/18. Première parution 1er juin 1991. 252 pages. 7,10€.

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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 14:00

Le clos Mazarin ? Un riche lieu !

Jean D’AILLON : L’énigme du clos Mazarin.

Coup dur pour le Cardinal Mazarin qui apprend par le comte d’Alais, gouverneur de la Provence, que son frère Michel se serait rendu coupable de faux et usage de faux.

Il aurait vendu des terres qui étaient destinées à agrandir la ville d’Aix ainsi que de fausses lettres de provision permettant d’accéder à la charge de conseiller au parlement régional. De quoi mettre le ministre en mauvaise posture, lui qui est déjà mal vu. Il charge Louis Fronsac, marquis de Vivonne et notaire de son état, d’enquêter et récupérer les fameuses lettres.

En compagnie de son ami Gaston de Tilly, procureur du Roi, et de deux hommes d’armes dévoués, l’ancien soldat Gaufredi et l’Allemand Bauer, les quatre amis partent de Paris le 25 avril 1647 et arrivent à Aix le 8 mai après avoir subi les intempéries, des attaques de brigands et sauvé une troupe de théâtre. En cours de route Gaufredi avoue à ses compagnons qu’il est originaire d’Aix et est le fils bâtard des liaisons entre une servante et un aïeul de Gaufridi, l’actuel président de la Chambre des requêtes. Il a du quitter la ville quarante ans auparavant suite à un différent sérieux qui a failli le laisser sur le carreau. Il était amoureux d’une jeune fille, Claire Angélique de Forbin-Maynier, la tante de l’actuel vice président du Parlement d’Aix. Elle même n’était pas indifférente au jeune Gaufredi. Il n’a jamais connu le commanditaire de cette bastonnade.

Fronsac et ses compères se rendent chez Henri de Forbin-Maynier, vice président du Parlement d’Aix, ainsi que chez Jacques Gaufridi, Président de la Chambre des Requêtes, et d’autres notables de la cité qui, s’ils se détestent, n’apprécient pas l’intrusion des envoyés de Paris. Les embûches rencontrées par les représentants du Cardinal ne manquent pas. Un courtier en fesses, plus prosaïquement un proxénète dont on leur avait soufflé le nom, est assassiné, de même qu’un moine qui aurait été d’accointance avec lui. Les agissements de l’aubergiste chez qui ils logent leurs semblent également suspects.

En ce temps où débute le carnaval, Fronsac est pris à partie par une bande dirigée par un homme déguisé en Diable. En se défendant Fronsac assène un violent coup d’épée au meneur. Les soupçons se portent immédiatement sur un conseiller de Parlement, Gaspard de Venel, réputé pour ses farces. Pourtant l’homme ne présente aucune trace de coups sur la tête. Ils repèrent l’agresseur à la sortie d’une église. L’homme, jeune, porte un bandeau. Il avoue avoir été manipulé par un des notables hostiles à Fronsac et consorts. Il s’appelle Dominique Barthélemy et n’est autre que le secrétaire de Forbin-Maynier. Or Dominique est le petit-fils de Gaufredi dont les amours avec Claire Angélique, devenue mère supérieure du couvent des Dominicaines, avaient porté leur fruit. Le commanditaire de cette agression n’étant autre que Daret, l’amoureux transi qui avait fomenté la bastonnade quarante ans auparavant. Leurs soupçons se portent envers Romani, l’aubergiste, son cousin Boniface ainsi que Gueidon, un avocat résidant à Marseille et dont ils ont fait vaguement la connaissance alors qu’il patientait pour un rendez-vous chez Gaufridi.

Daret malmené par Fronsac et de Tilly, déclare avoir été contacté par Gueidon qui serait en possession des documents, lui même n’étant qu’un intermédiaire et l’aurait chargé de vendre les documents. Les terrains étaient destinés à l’aménagement d’un mail appelé Cour à Carrosses, flanqué d’hôtels particuliers somptueux. Si l’état des finances de Forbin-Maynier lui permet de genre de folies, celui de Gaufridi laisse à désirer.

 

Ce roman de Jean d’Aillon, extrêmement documenté, relate un épisode peu connu de la régence de Mazarin. Compliqué à souhait ce polar historique pêche toutefois par l’afflux de détails, notamment sur la topographie de la cité aixoise d’hier et d’aujourd’hui.

Il est évident que pour les gens du cru ces détails ont leur importance et leur permet de situer les différents endroits décrits. Mais pour le lecteur lambda, de savoir que telle rue en 1647 se dénomme actuellement par exemple rue du Temple, n’apporte rien à la compréhension du texte. Une carte eut été plus explicite il me semble et aurait eu le privilège de ne pas encombrer le récit.

Le plus étonnant est que Gaufredi, qui n’a pas remis les pieds dans la cité depuis quarante ans, se souvient des lieux et des noms des habitants comme s’il avait quitté la cité quelques mois auparavant.

Jean D’AILLON : L’énigme du clos Mazarin. Le Masque Poche N°65. Editions du Masque. Réédition. Parution le 27 mai 2015. 450 pages. 7,90€.

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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 15:44

Elle nous supporte bien...

Sébastien DEVILLERS : Supporter la Terre.

Une jeune femme découverte suicidée dans un appartement qui n'est pas celui dans lequel elle vit habituellement, voila de quoi nourrir les questions que se pose Louis Dommage, détective privé.

Le crochet auquel elle s'était pendue avec une corde à linge n'a pas tenu sous le poids, mais de petits détails font tiquer le détective. Par exemple, pourquoi le plâtre qui est tombé du plafond sur la figure de la victime est quelque peu poisseux, comme si du sparadrap avait été apposé sur la bouche de la jeune femme. Une bizarrerie à approfondir pense-t-il. Tout comme la découverte de lingerie fine dans un tiroir. Tout comme la découverte de la pièce d'un Euro que la jeune femme porte sur elle. Un Euro, ce n'est pas grand chose, mais cela veut dire beaucoup, lorsque le côté face représente une chouette. Mais auparavant il prévient la police de sa découverte macabre.

Louis Dommage travaille depuis quelques années dans une agence de détectives avec Jérôme Taillefer, le patron bon garçon, et Stéphane, spécialiste en informatique. Il recherchait Laurence pour le compte de ses parents, qui vivent encore dans le Limousin, et n'avaient plus de nouvelles de leur fille depuis quelque temps.

Laurence était une fille simple, sans problème, qui travaillait à la vente de billets d'avion, et aidait des associations caritatives. Une apparence car en réalité la vie de Laurence était plus complexe que ses proches pouvaient imaginer. Pour les parents, elle était hôtesse de l'air, pourtant ils auraient dû penser qu'elle affabulait, vu son embonpoint. Et pour ceux avec qui elle était en relation, au dépôt des Restos du Coeur par exemple, elle était native soit de Dunkerque, soit du Sud de la France, ou d'une autre province profonde. Et lorsque Stéphane effectue des recherches en explorant le disque dur de son ordinateur, c'est pour s'apercevoir qu'elle correspondait avec de nombreux hommes, et des femmes, via des sites de rencontre. Et le travail de Stéphane est de dénicher qui se cache derrière les nombreux alias utilisés.

 

A la clinique Saint-Jean, dans un des beaux quartiers de la capitale, Jean-Charles Letailleur officie comme Directeur des Relations Humaines ou des Ressources Humaines, selon le critère que l'on veut accorder à ces nouvelles appellations de Directeur du Personnel. Soit on se met à la portée et à l'écoute de ses subordonnés, cas N°1, soit on se conduit en esclavagiste, Cas N°2. Jean-Charles Letailleur serait plutôt à placer dans la catégorie du cas N°1, car il n'aime pas voir les gens souffrir. Les bêtes non plus d'ailleurs. Il est pétri de compassion envers les malades en fin de vie, comme sa grand-mère Guillemette, Mimette pour les intimes dont il fait partie. Son corps rongé par le cancer. Et un soir, il l'aide à trépasser en douceur, il lui semble bien qu'elle le lui a demandé. Sa Grand-mère l'a élevé, il lui devait bien ça. Car son père, directeur de la clinique et principal actionnaire, et sa mère responsable dans une grande entreprise et toujours par vaux et par monts, n'avaient pas eu le temps l'éduquer. Ils sont très riches et lui aussi par conséquent.

 

Autre lieu, dans un restaurant, Béatrice et Paul s'alimentent. Nourritures spirituelles et terrestres sont au menu. Béatrice aimerait un peu plus de contact de la part de Paul alors que lui s'enferme dans une discussion philosophique. Passera-t-il à l'action, lui touchera-t-il la main, lui proposera-t-il une soirée agréable, ce jeune homme qu'elle a connu via un site de rencontre ?

 

Laurence n'est pas seule à être retrouvée suicidée. D'autres cadavres viennent s'ajouter à ce début de liste tenue par Louis Dommage et ses compagnons de l'agence. Des suicides qui ne souffrent pas de déni, et pourtant. L'un a été retrouvé au pied d'un précipice dans le parc des Buttes Chaumont tandis que l'autre s'est noyé volontairement. Mais pourquoi donc ceux-ci portaient sur eux une pièce d'un euro représentant une chouette ?

 

En général je n'apprécie guère les digressions dans un roman, jugeant que cela gâche la lecture et ralentit l'action. Mais dans ce livre elles sont les bienvenues car elles apportent de l'épaisseur indispensable aux personnages, ce que l'on pourrait appeler du "bon gras".

Par exemple les échanges sur Facebook entre jeunettes cachées sous un pseudo, comme il va de soi, une conversation parasitée par un individu qui se dissimule sous l'alias d'Hadès. Ou comme le fait remarquer à Dommage l'une des personnes qu'il rencontre :

Internet a bien des défauts, en particulier celui de donner la parole aux imbéciles, mais il permet aussi enfin la rencontre des esprits, sans l'obstacle des corps.

 

Ou la descente aux enfers et sur le pavé d'un agriculteur qui en mal d'affection avait pensé trouver sa promise, sur les conseils de l'adjoint au maire de son village, auprès d'une fille de l'Est. Ou comment un bon futur père de famille devient homosexuel par frustration, sa femme se refusant afin de ne plus se consacrer qu'au bébé à naître.

Ou la conversation entre Dommage, Stéphane et Taillefer qui discutent sur la position de l'Eglise par rapport au suicide. C'est l'occasion pour Louis, alors que Sylvie leur secrétaire a mal aux dents, ou à une dent, dans ces cas là on ne sait plus trop, de se remémorer ce que disait son curé à propos de l'éternité.

Et puis tu as mal toujours, la douleur ne te quitte jamais. Jamais, tu sais ce que ça veut dire, jamais, petit enfant ? Ça veut dire pour l'éternité. L'éternité, c'est comme une infinité de secondes et d'heures. Infini c'est comme le nombre de grains de cailloux qui font les rues de Paris multiplié par le nombre de grains de cailloux qui font les rues de toutes les villes du monde, multiplié par le nombre de grains de sable qui font les déserts du monde, multiplié par le nombre de mondes qui flottent dans le ciel ! Et quand tu en es là, ce que tu obtiens est comme le sable que ta main peut contenir par rapport au désert qui t'environne.

 

Un roman passionnant, qui s'articule comme un film à sketches, les chapitres se poursuivant les uns les autres, sous forme de petites nouvelles qui s'imbriquent les unes les autres, en apparence sans lien et pourtant qui constituent une intense réflexion sur les sites de rencontre par exemple, le comportement des personnes qui professent trop d'empathie à l'encontre de personnes dépendantes ou faiblardes mentalement. Un roman à tiroirs qui décèlent à leur ouverture les faiblesses de la vie.

L'on retrouve avec plaisir Louis Dommage, dont nous avons pu faire la connaissance en 1987 dans le premier roman de Sébastien Devillers Otage, après avoir subi quelques avatars rapidement expliqués et trouvé une compagne nommée Muriel. Un homme sympathique, qui aime comprendre les tenants et les aboutissants d'une affaire, les positions des uns et des autres, rechercher la faille qui se cache dans l'esprit des divers protagonistes liés de près ou de loin qu'il rencontre.

Pour découvrir les éditions Assyelle :

Sébastien DEVILLERS : Supporter la Terre. Editions Assyelle. Parution 23 janvier 2015. 298 pages. 18,00€.

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 10:58

Ah bin, chat alors !

Jérémy BOUQUIN : A mort le chat !

Le lecteur entre dans ce bouquin, pardon, dans ce livre comme on saute à pieds joints dans une mare de boue. Cela éclabousse de partout, ça laisse des traces dans les neurones, et on se dit que pour une fois le héros n'est vraiment pas quelqu'un de sympathique, quelqu'un avec qui on aimerait passer ne serait-ce qu'un après-midi.

D'ailleurs, dès le premier Chat pitre, le ton est donné. Aujourd'hui j'ai tué mon chat. Pas par accident, non, volontairement. Tout ça parce que son chat a eu le malheur de parler. De l'invectiver, de l'insulter, lui, son maître. De le traiter de tous les noms, au nom de quoi, je vous le demande. Non, vous ne pouvez pas savoir... Bref, Jarring, c'est le nom du massacreur de chat, a écrasé, balancé contre les murs, écrabouillé la tête de son félidé, tout ça à cause de quelques paroles malheureuses. Comme s'il n'y avait pas assez de son père pour lui parler, son père est décédé depuis des années je précise, qui se rappelle à son bon souvenir.

Jarring est perpétuellement sous tension. Il banque pour 3000 euros par semaine, c'est lui qui l'affirme, en ecstasy, cannabis, résine, herbe, et autres médicaments dopant le tout ingéré avec de nombreux verres d'alcool afin de mieux dissoudre ce qu'il ingurgite. Ce qui veut dire qu'il n'est pas toujours frais et stable dans ses baskets. Cela ne l'empêche pas de travailler comme lobbyiste, c'est à dire en bon français qu'il est une personne qui organise un groupe de pression auprès d'autorités politiques afin de défendre des intérêts économiques, professionnels.

Je ne crois en rien pourtant je vends de tout ! Mais pas à n'importe quel prix !

L'entretien avec son nouveau client s'établit au restaurant. L'homme veut vendre des produits compliqués, des OGM, seulement l'Europe renâcle entraînant à sa suite le refus des gouvernements et des fonctionnaires. Il représente de nombreuses entreprises agroalimentaires. Pourtant, c'est lui qui l'affirme, il faut motiver les Français à le consommer. Un travail comme un autre même si les carottes râpées dans l'assiette de Jarrings, il est végétarien, ont du mal à rejoindre son estomac. Néanmoins il accepte la mission après mûre réflexion, contre un chèque à six chiffres, il aura des frais, et il se retourne auprès de Catherine, sa fidèle amie amante, toujours disponible à l'aider. Auparavant il se rend chez son psy, comme toutes les semaines, il se procure une arme de poing, et achète un chaton. Son appartement est si vide.

Catherine est une belle plante nourrie aux OGM, c'est à dire qu'elle est botoxée, siliconée, ravalée, entièrement de la tête aux pieds, surtout aux endroits stratégiques. Mais ça lui va bien. Elle possède un carnet d'adresses indispensables, effectue ses recherches et trouve le client idéal, celui qui devrait porter haut les couleurs des OGM à l'Assemblée Nationale et convaincre ses petits copains de l'hémicycle.

Un député-maire d'une petite commune du Sud, favorable aux OGM, peut-être ancien communiste et dont les parents sont écolos. L'homme idéal pour porter la bonne parole.

 

Et c'est comme ça que notre "Héros", va à la rencontre de celui qui pourrait assumer cette mission. Les ennuis commencent lorsqu'il veut louer une voiture, lui qui n'a pas de permis. Et son chaton, qu'il emmène, se méfie de lui. Il doit savoir qu'au bout d'un certain temps son maître, son esclavagiste, va se débarrasser de lui. Il en perd ses poils le matou.

 

Drogué, alcoolique, cynique, violent Jarring est un être malsain, mais très demandé, les hommes politiques étant tout le temps sur la brèche, à cause d'une maîtresse, de trafics d'influence, de perte de vitesse, les petits ennuis inhérents de la vie courante de nos édiles.

Je suis un cuisinier de la vie sociale, je bricole, concocte, je jette de l'huile sur le feu. Je conditionne mes concitoyens.

En nous imposant ce triste personnage, Jérémy Bouquin nous montre l'autre facette de la vie politique et des magouilles qui se trament dans notre dos, grâce à des individus peu recommandables.

Je suis ressorti de cette histoire, qui ne manque pas d'humour, l'esprit mitigé car rien dans ce personnage n'attire la sympathie, au contraire. Dès les premières pages on est révulsé par la violence avec laquelle il se déchaîne envers son pauvre félidé qui ne lui a rien fait, sauf lui parler, mais tout ce passe dans son esprit perturbé. Et mettre en scène un drogué alcoolique, limite schizophrène, destructeur de chats, lui faire endosser le beau rôle, car les clients se pressent afin de requérir ses services, être riche tout en ayant l'esprit en vrac la plupart du temps, cela n'est guère moral.

Et pourtant Jérémy Bouquin parvient à nous scotcher à cette intrigue, et malgré le dégoût ressenti, on ne peut lâcher ce livre. On veut savoir jusqu'où cela va aller dans la démesure. Et heureusement l'épilogue redresse la situation.

 

Jérémy BOUQUIN : A mort le chat ! Editions Lajouanie. Parution le 17 avril 2015. 272 pages. 18,00€.

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 15:46

La qualité française s'exporte !

Pour preuve, le roman de Gilbert Gallerne, Au pays des ombres, Prix du quai des Orfèvres 2010, vient d'être édité en Espagne. Une reconnaissance et la possibilité de tester ses connaissances en langue hispanique pour les vacances.

 

Gilbert GALLERNE : Au pays des ombres.

Le prix du Quai des Orfèvres, c’est un peu comme le vin. Il existe des millésimes passables, moyens, bons, plus rarement très bons, ou exceptionnels. Cette année nous avons droit à un très bon cru, ce qui nous change des fadasseries habituelles. Depuis 1946, date à laquelle ce prix a été créé par Jacques Gatineau, certains auteurs ont été révélés par l’obtention de cette récompense, d’autres connaissaient déjà une certaine notoriété, la plupart sont tombés dans l’oubli. On peut relever au hasard des trois décennies passées les noms de Pierre Magnan, Maurice Périsset, Gérard Delteil ou encore Roger Le Taillanter. Cette année l’heureux lauréat se nomme Gilbert Gallerne, un écrivain confirmé qui possède quelques belles pages à son actif, dont, parmi ses dernières parutions, L’ombre de Claudia ou Le Patient 127. Il me faut préciser que l’article 1 stipule que : Le PRIX DU QUAI DES ORFÈVRES, créé par M. Jacques CATINEAU en 1946, est destiné à couronner chaque année un roman policier sur manuscrit inédit et anonyme, œuvre d'un écrivain de langue française, et donc que l’attribution de ce prix s’effectue sur des qualités littéraires et non sur un patronyme.

 

Depuis le décès de sa femme un an auparavant, Vincent Brémond, officier de la police judiciaire de la capitale, est un homme déboussolé, s’occupant de sa fille Julia en pointillé. Sa femme s’était-elle suicidée avec une arme à feu ? Selon les premières constatations, il semblerait que oui, malgré les doutes, les suspicions de certains collègues et supérieurs, qui sans le dire ouvertement n’en pensent pas moins. Il avait découvert le corps chez eux, au retour d’une mission, mais aucune lettre ou petit mot pouvant expliquer ce geste n’avait été retrouvé. Il s’est mis à boire plus que de raison et Julia du haut de ses douze ans gère tant bien que mal la situation.

Alors qu’il passe un week-end à Cabourg dans sa résidence secondaire, Brémond assiste de sa fenêtre à un assassinat. Il fait nuit et malgré les vapeurs de l’alcool il se lance sur les traces du meurtrier qui lui échappe. Il retourne près du cadavre, par réflexe ou reste de conscience professionnelle, et procède aux premières vérifications. Les forces de l’ordre arrivées sur place ne sont guère convaincues par ses explications, d’autant que dans les poches du mort ils trouvent un billet comportant son adresse. Or, coïncidence, le défunt habitait Nanterre, tout comme Brémond, et venait de purger une année de geôle. D’autres éléments démontrent que théoriquement les deux hommes devaient sinon se connaître, du moins être en relations. Avec son ami Michel, son ancien coéquipier en retraite qui a dû abandonner son métier à cause d’une enquête mal bouclée, il entame une enquête parallèle.

Première résolution, primordiale, arrêter de boire. Ensuite, les idées plus claires, il lui faut échapper aux pièges qui sont tendus sur sa route. Car, quelque chose cloche, comme si des peaux de bananes étaient glissées intentionnellement sous ses pieds. Et surtout s’occuper plus attentivement de sa fille, ne plus la délaisser comme il l’a fait pendant trop longtemps. Il se rend compte qu’elle a mûri depuis le décès de sa mère, et à douze ans, certains gestes, certains regards, certaines paroles n’ont plus la douceur, la naïveté, l’ingénuité de l’enfance.

 

Gilbert Gallerne sait planter le décor, l’atmosphère, les personnages de ses romans, utilisant une narration simple, limpide, fluide, dénué d’effets de manches ostentatoires et d’esbroufe, ce qui n’exclut pas une recherche certaine dans la construction. Le style est plaisant, dépourvu de vulgarité, avec une progression, une montée en puissance dans la narration qui imprègne le lecteur. Insidieusement Gilbert Gallerne fait monter la pression et même si on connaît par qui et pourquoi toute cette histoire est arrivée au trois quarts de l’intrigue relatée de main de maître, des zones d’ombre et de suspense perdurent. Des moments d’intensité qui plongent le lecteur dans le doute et l’angoisse.

Gilbert GALLERNE : Au pays des ombres.

 

Vous pouvez vous procurer cet ouvrage version espagnole chez votre fournisseur amazonien habituel. Ce roman est toujours disponible en version originale française, au cas où, improbable, vous ne l'auriez pas encore lu.

 

Gilbert GALLERNE : Au pays des ombres. Prix du Quai des Orfèvres 2010. Fayard. Parution 18 novembre 2009. Réédition en Espagne parution le 20 avril 2015.

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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 12:27

Un cerf-volant n'est pas le renne du Père Noël !

Philippe GEORGET : Le paradoxe du cerf-volant.

Vingt-sept ans, toutes ses dents, mais les yeux tuméfiés, les muscles endoloris, le corps meurtri, Pierre Couture vient d’encaisser une flopée de coups et une nouvelle défaite. Un combat de boxe qui a tourné à son désavantage, une leçon donnée par un adversaire, plus jeune il est vrai, mais surtout mieux préparé.

Pourtant Pierre lors de ses débuts pugilistiques était promis à un fort bel avenir, mais les aléas de la vie et du cœur en ont décidé autrement. Son amie, son amour, Sarah est partie, et Pierre est orphelin. Son père diplomate est décédé dans un accident et sa mère s’est suicidée peu après. Du moins c’est ce qu’il affirme, et il en est persuadé. Il a vécu dans des familles d’accueil. Arrivé aux portes de la gloire, il a négligé les entraînements et l’entretien de sa forme physique. Et ce soir-là Emile, son entraîneur, pense que Pierre vient de livrer son dernier combat.

Il ne lui reste plus qu’un métier qu’il exerce à mi-temps, serveur dans le bar de Josy et René. Son ami Sergueï, plus âgé que Pierre, d’origine croate et chauffeur de taxi, lui propose un petit boulot dans ses cordes : devenir l’un des gros bras de Lazlo, lequel prête de l’argent, à un taux usuraire, à des personnes en difficultés passagères et qui oublient parfois de rembourser l’avance largement augmentée des intérêts. Il pratique également le racket. Accompagnant un dénommé La Fouine, Pierre se rend donc chez un certain monsieur Arnoult lequel rechigne à débourser, et ose même vouloir s’emparer d’une arme dans un tiroir. Mal lui en prend, Pierre plus vif se sert de ses deux mains, l’une pour asséner un coup de poing, l’autre pour subtiliser l’arme par le canon, et la donner à La Fouine qui la prend délicatement avec un mouchoir.

Mais Pierre n’est pas satisfait de la tournure des événements, ce n’est pas un emploi pour lui, et il commence à faire la tournée des troquets. Il termine sa soirée sur un banc du parc des Buttes-Chaumont et se réveille pas très frais le lendemain matin. Deux inspecteurs de la Criminelle lui rendent une petite visite dans le café où il travaille, mais ce n’est pas pour consommer. Lazlo a été découvert assassiné, après avoir été torturé, et évidemment comme les empreintes de Pierre figurent sur l’arme du crime, il devient le principal suspect. Mis en garde à vue, notre boxeur barman nie l’évidence et affirme ne pas connaître Lazlo. De la fierté de sa part, car il regrette son acte chez Arnoult, mais aussi parce qu’il a, durant son adolescence, eu maille à partir avec la justice. Normalement ses incartades auraient dû être effacées de son casier judiciaire, seulement les services de police sont en possession de ses antécédents et surtout de ses empreintes.

Ses souvenirs sont confus, malgré tout dans son cerveau embrouillé surgit une image. Il possède un alibi, tout ce qu’il y a de plus officiel. Durant l’heure présumée du meurtre il a arraché des mains d’une Pervenche, ex-Aubergine, son carnet à souches de procès-verbaux et l’a balancé dans le caniveau. D’ailleurs la policière reconnait cet incident et celui qui l’a provoqué. Les flics de la Criminelle ne peuvent qu’encaisser cet affront, mais en vérité ils se doutaient qu’ils faisaient fausse route et que la procédure n’avait pas été respectée. Remis en liberté, Pierre se rend compte qu’il est filé par deux individus qui pourraient être originaires d’ex-Yougoslavie. La Fouine est retrouvé égorgé et un commissaire, Cyril Lefèvre du service de coopération internationale, apprend à Pierre qu’il enquête à l’instigation de la police croate.

Les deux individus louches, les Dupont-Dupond comme les a surnommés Pierre, sont dans le collimateur des services de police, mais plus surprenant, Lefèvre reprend l’enquête concernant la mort soi-disant accidentelle du père et de la jeune sœur de Pierre. Diplomate, en poste longtemps en Amérique latine, il avait terminé précocement sa carrière dans les Balkans en 1993. Et cette piste qui conduit aux pays éclatés de la Yougoslavie, les dissensions, et plus, entre la Croatie et la Serbie, touche apparemment de près Pierre, puisque son ami Sergueï a disparu dans la nature.

Pierre Couture, après un mauvais passage à vide a décidé de reprendre la boxe avec sérieux, détermination et conscience, justement pour s’en redonner une bonne, d’autant qu’il retrouve la fliquette aux P.V., Julie, courant dans le parc des Buttes-Chaumont. Débute entre les deux jeunes gens un sentiment d’amitié, mais cela ne fait pas oublier à Pierre ses devoirs. Découvrir ce qui se cache dans ce sac de nœuds dans lequel son père semble impliqué, le meurtre de Lazlo et celui de La Fouine, la disparition de Lazlo, et autres événements et personnages, auxquels il doit faire face alors qu’il est complètement paumé dans cet imbroglio. Il doit penser au passé, mais également à son avenir pugilistique, un promoteur de combats de boxe ayant décidé d’organiser un combat entre lui et l’étoile montante de ce noble sport.

Entre le passé et l’avenir s’immisce le quotidien, c’est-à-dire gérer ses relations avec Julie et échapper à des gros bras issus de la légion étrangère qui tourbillonnent autour de lui. Dans un panachage comprenant passé historique, action, émotion, humour sobre, plus quelques autres ingrédients utiles à la rédaction du roman passionnant en tout point, cette histoire se décline en trois rencontres de douze rounds chacun. Le personnage de Pierre Couture, essayant de surmonter ses problèmes familiaux, affectifs, professionnels, est attachant et le lecteur, s’il ne peut s’identifier à lui, vibre en même temps que lui au cours des différents obstacles qu’il doit surmonter. Et chantonner les chansons françaises que Pierre apprécie, un héritage parental, des interprètes comme Ferré, Lavilliers, Brel, Michel Berger, Piaf, et bien d’autres. Hors le contexte géopolitique, des exactions entre Serbes et Croates, des conflits interethniques, des rivalités religieuses, des ravages, des haines et des antagonismes de toutes sortes et de toutes origines qui forment la trame de l’histoire, la déchéance et la résurrection possible du boxeur entretiennent également le suspense et font penser à ces vieux films en noir et blanc qui mettaient en scène des boxeurs sur le déclin en proie à l’alcoolisme et aux mafieux.

C’était beau, mais c’était triste ! Un boxeur pleurait dans ses gants.

C’est fou comme la tiédeur d’un soir peut réveiller les odeurs. Elle les soulève, les détache, les fait roter de bonheur. Les parfums, c’est comme le vin, il faut qu’ils soient chambrés pour exhaler leur âme.

J’ai choisi d’adopter la tactique des hommes politiques corrompus et des cyclistes dopés : nier malgré les évidences.

Un hôtel de police, finalement, c’est plus bruyant qu’un hôtel de passe.

Philippe GEORGET : Le paradoxe du cerf-volant.

Philippe GEORGET : Le paradoxe du cerf-volant. (Première édition Collection Polar, éditions Jigal. Février 2011). Réédition Pocket N° 16372. Parution 15 mai 2015. 468 pages. 7,70€.

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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 16:39

En ce temps-là, il ne faisait pas bon être transformiste...

Phil BECKER : Le Lycan blanc.

Dans les bois de la Karanza vivent Corcinos et Esteban, deux jeunes adolescents d'à peine quinze ans. Si tous deux possèdent la particularité de pouvoir se transformer d'être humain en loup, et inversement, Corcinos se distingue par ses yeux rouges et ses poils blancs. Il est albinos.

A l'heure où nous faisons leur connaissance, ils se dirigent vers l'auberge de Manta, entre Perpinya et Barcelona, où se croisent Katalans, Kastillans et Maurisques. Ils doivent ramener quelques pièces d'or à Maître Zoan, le vieillard d'origine asiatique qui les élevés depuis une dizaine d'années. Pour ce faire ils n'ont qu'un moyen, affronter en combat singulier l'un des nombreux voyageurs qui s'arrêtent dans l'établissement. Les paris sont lancés, Corcinos affronte un Franc et gagne son combat. Seulement il est attiré par la petite serveuse qui l'observe alors qu'un homme en noir lance à la cantonade : c'est un loup-garou.

Obligés de décamper rapidement ils sont poursuivis par la foule en délire et en colère. Esteban est loin, Corcinos a trop traîné et il est rattrapé. L'homme à la cape noire l'a poursuivi et même dépassé. Il se présente comme étant Achôris, mage d'Egyptis. Puis il ameute les chasseurs en leur signalant l'emplacement du métamorphe. Corcinos est sauvé par Esteban qui le prend sur son dos et les deux adolescents parviennent à échapper à la meute.

Lorsqu'il se réveille, Corcinos est allongé dans la caverne de Zoan. Lequel n'est pas satisfait de la prestation de ses deux élèves. Esteban est parti du côté du Canigó afin d'acheter des simples, des plantes médicinales pour hâter la guérison de Corcinos. Le mage noir, Achôris, est présent et si auparavant Zoan et lui avaient combattu ensemble, il est évident pour Corcinos que l'entente n'est pas, n'est plus, parfaite. Ce qui fait croasser le goelak royal, condensé de corbeau, de vautour et autre volatile. Selon Achôris, Zoan serait en mesure de dévoiler enfin la vérité sur la naissance de Corcinos, de lui révéler qui sont ses parents.

Car Corcinos cauchemarde quasiment toutes les nuits, à la recherche du secret de son enfance. Des images défilent, se projettent dans son esprit, toujours les mêmes. Un enclos, une gamine, et d'autres visions, des ressentis. Esteban est enfin de retour, mais brûlé à cause des salamandres qu'il a dû affronter au cours de son périple.

Les mercenaires débusquent Corcinos et ses compagnons. Zoan reste sur le carreau à cause des flèches. Le mystère de la naissance de Corcinos et d'Esteban risque bien de rester secret, seul le goelak pourrait l'aider dans la recherche de ses souvenirs. Seulement, Corcinos est trop gourmand. Il avale en entier le cerveau du volatile au lieu de le déguster à la petite cuiller. Le résultat n'est pas à la hauteur de l'effet escompté. Esteban et Corcinos restent seuls à vivoter. Mais l'albinos pense à la jeune serveuse qui l'a aidé lors de la confrontation à l'auberge de Manta. Il la retrouve, c'est le début de l'amour entre les deux jeunes adolescents, seulement Corcinos ne parvient pas à se contrôler. Il mute, le loup devient prédateur et il griffe, blesse, la perd.

Il ne lui reste plus qu'à partir, fuir vers son destin qui l'emmène vers Kotlliure, guidé par un berger, un guide Vasq. Ce ne sera pas une partie de plaisir, loin de là. Esteban est mordu par une vipère de Barcelona, et sa vie est en danger. Enfin ils arrivent au fort Snek demandant l'aide de guérisseurs. Corcinos reconnait en Venceslau, le seigneur du lieu, un personnage qui hante ses rêves. Quant à Venceslau, il se contente de déclarer voyant le blanc et le brun, Corcinos et Esteban : Je me doutais bien que vous alliez me revenir...

Le chemin de la mémoire est long à gravir, à défricher, à débroussailler, et après Kotlliure, Corcinos se rendra à Perpinya, les embûches s'accumulant sur lui comme autant de nuages d'orage.

 

Ce roman qui s'ancre, et s'encre, avec délectation dans le Merveilleux héroïque (heroic fantasy pour les anglophones) nous emmène au temps des Kathars, entre Pays d'Ock et royaume Franc. En filigrane se profile la silhouette de Simon de Malfort. Le lecteur est plongé dans un monde parallèle à celui que nous connaissons, d'après les livres d'histoire quand cette discipline était encore enseignée à l'école, la religion cathare défiant l'église catholique, le roi de France profitant de ce schisme pour étendre sa domination sur le Languedoc et l'Aquitaine. Mais partant d'une page d'histoire réelle, Phil Becker et les auteurs des deux premiers volumes de Xavi El Valent, intègrent leurs personnages issus d'une imagination débridée.

Les combats entre vipères, sangliers, salamandres et autres animaux provenant d'un bestiaire fantastique ou mythologique, sont détaillés avec vivacité, brutalité, réalisme, un côté sanglant, comme les hommes de cette époques et leurs prédécesseurs devaient se défendre contre des animaux sauvages sans les moyens actuels de la vénerie. Coricinos va combattre notamment un Minotaure, un homme à tête de taureau. Et c'est ainsi que les prémices de la corrida vont être établis, sans règles définies, sauf celle de vaincre à tout prix.

La magie n'est pas en reste, dans cet univers de bruit, de fureur, de sang, et d'amour juvéniles. Des amours qui se passent mal, à cause de Corcinos et de son état de métamorphe mais également par la rouerie d'une femme qui en veut toujours plus et qui aime être lacérée, qui s'adonne à la scarification pour un plaisir malsain.

Mais ce qui mène cet adolescent bipolaire, mi-homme mi-loup, consiste en cette quête effrénée à la recherche de ses géniteurs, de son origine, des éléments perturbants agissant sur le psychisme. Savoir d'où on vient est plus important que de savoir où on va.

Phil Becker, une nouvelle plume à l'avenir prometteur !

 

Pour commander cet ouvrage, et d'autres, une seule adresse :

Phil BECKER : Le Lycan blanc. Le Monde de Xavi El Valent. Collection Blanche. Editions Rivière Blanche. Parution mai 2015. 228 pages. 17,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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