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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 16:05

Un roman qui jette un froid et donne le frisson !

James SCOTT : Retour à Watersbridge

Le retour à la maison, après quelques semaines d'absence, n'est pas celui auquel s'attendait Elspeth Howell. Cela fait quatre mois qu'elle est partie exercer la profession de sage-femme et elle revient avec dans son cabas quelques bricoles achetée à la ville afin de les offrir à ses enfants, dont elle possède la liste, et à son mari.

Amos, quatorze ans, Caleb, douze ans, Jesse dix ans, Mary quinze ans et Emma six ans. Seulement après avoir longuement marché dans la neige et qu'elle parvient enfin à la ferme isolée où tous habitent, elle ne peut que constater le désastre.

Ses enfants ont été tués, abattus par des coups de fusil, de même que Jora son époux. Soudain un coup de feu retentit. Elle est touchée et perd connaissance. Lorsqu'elle se réveille péniblement, de longues heures après, son fils Caleb est penché sur elle et la soigne, extirpant les chevrotines parsemées un peu partout avec la pointe d'un couteau. Caleb qui lui a tiré dessus, croyant au retour des trois hommes munis d'un foulard rouge qui ont décimé la famille. Il était, lorsque les meurtriers sont arrivés, caché dans la grange, avec les animaux. Car Caleb est un solitaire, depuis qu'il a aperçu son père commettre un acte répréhensible. Son père qui ne s'exprimait que par versets ou citations de la Bible qu'il connaissait par cœur.

Elspeth la pécheresse, c'est ainsi qu'elle se définit intérieurement, se remet doucement Caleb l'ayant enveloppée dans des couvertures de fortune pour la protéger du froid. Puis, alors qu'elle peut à peine marcher, ils partent vers la ville laissant derrière eux un champ de ruines. Caleb, à cause de la neige et du gel, n'a pu offrir une tombe décente à son père et à sa fratrie, aussi il les a incinérés. Le feu s'est propagé aux bâtiments rapidement. Mais ils sont loin de tout. Ils arrivent d'abord dans une autre ferme où vit un vieux couple qui les héberge un certain temps, lui offrant vivres et vêtements. Puis il repartent pour Watersbridge, la grande ville minière située sur le lac Erié, au nord de l'état de New-York.

Elspeth est habillée en homme et Caleb la présente comme son père à l'hôtel où ils trouvent une chambre. Elle trouve un emploi à La Glacière, un vaste entrepôt de blocs de glace extraits des rives du lac. Le travail est dur, épuisant mais ils travaillent en binôme. Caleb se fait embaucher dans un tripot comme garçon à tout faire, surtout pour laver les draps que les jeunes filles ou femmes qui montent dans les chambres salissent consciencieusement avec les hommes qui les paient pour s'occuper de leur virilité. Car Caleb est toujours à la recherche des trois hommes aux foulards rouges. A la recherche d'autre chose aussi, sa véritable identité. Car il a compris peu à peu, Elspeth parlant parfois par énigmes, de même que Jora, qu'il n'est pas vraiment l'enfant du couple. D'ailleurs il ne ressemble ni physiquement, ni mentalement à ses frères et sœurs.

Car c'est bien tout le secret d'Elspeth qui se rendait à la ville, parfois pour plusieurs mois, employée comme sage-femme ou infirmière.

 

Ce roman à tendance plus naturaliste et sociale que policier, n'est pas sans rappeler à certains moments Zola, Dickens et Hector Malot. Par la violence de la terre et de ceux qui y vivent, par la misère pas seulement financière des protagonistes, et ces enfants qui triment, orphelins ou non et se retrouvent dans des situations ambigües qui les font devenir adultes avant l'heure. C'est également un roman réaliste dû à la plume d'un jeune auteur qui met en pratique ce qu'écrivait Guy de Maupassant dans la préface à Pierre et Jean : Le réaliste, s'il est artiste, cherchera, non pas à nous donner une photographie banale de la vie, mais à nous donner la vision la plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même.

Un réalisme qui se décline aussi bien dans la narration de la découverte des corps par Elspeth, par l'intervention malheureuse de Caleb, dans sa façon de se débarrasser des corps et l'incendie qui s'ensuit, dans leur longue marche dans la neige, chez le couple qui vit avec leurs fantômes, puis à Watersbridge, où tout tourne autour de La Glacière alors qu'Elspeth travaille comme elle peut essayant de donner le change sur son sexe, et L'Orme où Caleb découvre la vie tronquée. Watersbridge où l'on peut acheter sans barguigner une arme à feu, même à crédit, Caleb en profite. Car il a besoin d'une arme pour réaliser sa vengeance, même s'il promène à longueur de temps ou presque son Ithaca, celui dont il s'est servi contre sa mère par inadvertance mais qui est un peu encombrant.

Le roman de la vie, de la mort, de la quête du père, de l'identité, de la vérité enfouie dans tous les mensonges dont Caleb a été abreuvé durant sa jeunesse, mensonges appuyés par la Bible dont Jora faisait abondamment usage. Peu à peu d'autres secrets se révèlent au jour, éclatent comme des bulles nauséeuses, et l'auteur distille avec un malin plaisir ses révélations au fur et à mesure que le récit avance, les lâchant au compte-gouttes souvent par insinuations.

L'histoire se passe en 1897, cela n'est pas précisé dans le roman, mais page 219 il est question du président McKinley et des problèmes avec l'Espagne, ce qui permet de dater l'intrigue.

Un roman qui aurait pu trouver sa place dans la collection Cadre Vert en compagnie de Ron Rash et Tim Gautreaux.

 

James SCOTT : Retour à Watersbridge (The Kept - 2014. Traduction d'Isabelle Maillet). Collection Policiers Seuil. Editions du Seuil. Parution le 5 février 2015. 400 pages. 21,50€.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 14:21

Avis aux futurs habitants d'un lotissement en construction...

Patrick S. VAST : Requiescant.

Les joies d'un lotissement tranquille dans une petite ville du Nord de la France. Seulement à Villeneuve-sur Deûle, commune située à une dizaine de kilomètres de Lille, la chaleur sévit, tout comme sur le reste du pays d'ailleurs.

Une canicule que n'avait pas connu Gilles Lévêque depuis 1976.

A force de se retourner dans son lit sans pouvoir trouver le sommeil, il décide de se lever, de s'enfiler une bonne bière bien fraîche, même s'il n'est que quatre heure du matin, et de se promener en compagnie de son chien. Malgré l'interdiction de laisser un représentant de la race canine vagabonder, Gilles Lévêque n'en a cure. Il fait nuit, il est tous seul, pas de voisins à l'horizon, alors un peu de liberté, cela ne se refuse pas. Sauf que les vigiles qui patrouillent ne l'entendent pas de cette oreille et voient d'un mauvais œil l'aimable animal se balader sans laisse. Premier avertissement.

Seulement lorsque les deux hommes, un jeune et un vieux, c'est bon pour les statistiques, reviennent sur le train communal, c'est pour apercevoir l'homme couché à terre, apparemment sans vie. Plus surprenant des flammèches, comme des bougies d'anniversaire, jouent la sarabande sur le corps.

Les policiers sont aussitôt prévenus et le capitaine Franck Lemon, un gars plutôt acide, effectue les premières constatations et prend quelques renseignements auprès de voisins réveillés ou alertés par le boucan et les gyrophares. Arrive ensuite le maire, Martial Delorme, l'air très martial, qui ne badine pas avec la sécurité. S'il n'est pas à l'origine de ce lotissement, c'est lui qui en a entrepris la reconstruction après la tornade de 1999. Et il a édicté un cahier des charges très précis concernant la sécurité.

Il est en conflit avec son voisin le maire de Rontignies, lequel, malgré ses objurgations laisse les immeubles de la Cité en bordure du terrain communal se délabrer. C'est le repaire des marginaux et des étrangers, deux engeances que Martial Delorme voue aux gémonies. D'ailleurs son souhait est de réunifier les deux communes qui seraient alors sous sa coupe. La cité est donc le point de mire de tous, et il est envisagé une sorte d'action punitive.

 

Parmi les habitants du lotissement la famille Lefort, qui ne déroge pas à la règle sécuritaire. Pour Joël Lefort nul doute que la racaille d'en face constitue le problème majeur, et que des moyens radicaux doivent être mis en place. Il est directeur des stocks dans la grande surface de Villeneuve sur Deûle, et sa femme Lydie responsable des caisses. Et comme le supermarché appartient au frère du maire, on peut penser qu'il est conditionné. La famille Lefort a juste un petit problème qui se nomme Martha, sept ans. Elle affirme recevoir la nuit la visite d'un petit garçon nommé Brian. D'ailleurs ils l'entendent parler dans sa chambre, mais n'ont jamais aperçu de gamin, Brian ou autre. Ils commencent à se demander si Martha ne serait pas atteinte d'une maladie mais ils ne disent rien, ils interdisent même à Martha d'en parler à l'école, leur réputation et leur place de cadres sont en jeu.

La tension monte, des vigiles sont appelés en renfort, ils sont armés d'armes de guerre, et le secret enterré dans ce lotissement va éclater comme une bulle nauséabonde.

 

C'est dans une ambiance délétère et légèrement fantastique que ce déroule cette histoire axée sur la sécurité à outrance et la gestion d'un lotissement conçu par un maire qui s'érige en petit dictateur de province. Et tout le monde est à sa botte, ou devrait l'être, car parfois cela renâcle. Mais un lourd secret plane sur ce lotissement reconstruit sur des ruines. Gilles Lévêque, le mort aux chandelles est dans la confidence, mais trois ou quatre autres le sont aussi, et les feux follets pourraient très bien orner leurs corps. L'enquête de Franck Lemon ne sera pas sans surprise d'autant qu'il ne s'agit pas de petites gens qui sont en cause mais des édiles. Alors que l'on voudrait faire porter le chapeau à des marginaux qui vivent non loin dans une cité promise à l'éradication.

Alors cette fiction, qui d'ailleurs n'est pas revendiquée en tant que telle, n'est que le reflet de ce qui se passe avec plus ou moins de force dans certaines villes et ce qui pourrait devenir un lieu commun si l'on n'y remédie pas. Les mauvaises habitudes, les mauvaises pensées, les mauvaises action, le sectarisme, le trafic d'influence et l'abus d'autorité deviennent monnaie courante, insidieusement.

Le trait est forcé, les situations décrites sont peut-être exagérées, mais c'est justement le propos de Patrick S. Vast de mettre en garde. Ce n'est que lorsque des scènes identiques éclatent au grand jour que l'on se rend compte que tout était latent. Le principe de précaution se doit d'être appliquer et pas uniquement dans des cas d'épidémie, mais cela pourrait en être une psychiquement, afin de ne pas tomber des nues lorsque l'on se trouve en face de ce genre de problème. Et ce n'est pas forcément des habitants des cités que vient le mal.

 

L'hommage à Robert Bloch n'est pas anodin, car il existe une petite analogie entre ce roman et Un serpent au Paradis dû à l'auteur de Psychose. Si le thème n'est pas à proprement parler le même, des vétérans dans un lotissement aménagé pour des retraités aisés, c'est bien la dérive sécuritaire qui en est le fondement. Et si selon l'ombre menaçante de Stephen King n'est jamais bien loin, comme le précise la quatrième de couverture, ce roman possède un avantage sur ceux de l'Américain, dès le premier chapitre le lecteur entre dans le vif du sujet et n'en sort plus jusqu'au mot fin.

Patrick S. VAST : Requiescant. Editions Fleur Sauvage. Parution 10 février 2015. 240 pages. 16,80€.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 11:48

Bon anniversaire à Hubert Haddad, né le 10 mars 1947.

Hugo HORST : Les cendres de l’amante asiatique.

Ayant rapidement bouclé son enquête sur le meurtre de l’écrivain Jérôme Carné, Schlomo sauve de la noyade Lin, une jeune Chinoise correctrice dans des maisons d’éditions.

Lorsqu’il veut la rencontrer à l’hôpital, elle est déjà sortie. Tandis que fleurit sur des panneaux d’affichage le portrait de Jean Tinglet, un parfait inconnu, Schlomo retrouve à la terrasse d’un café Lin qui lui déclare que selon une coutume ancestrale, elle lui doit la vie, donc que sa vie lui appartient.

Ce qui n’est plus le cas de Varjac de la Chevrière, académicien fort connu pour sa saga romanesque de La Symphonie atlantique, qui est découvert embroché chez lui, son épée au travers du corps. Schlomo et Lin se rencontrent plusieurs fois, dans des réunions littéraires, des signatures, comme par hasard. Ainsi lors de la sortie du livre d’un certain Marcel Bourrichon, qui signe un pamphlet Le nègre se rebiffe, et dont le carton d’invitation a été retrouvé dans une corbeille à papier de Varjac.

Schlomo converse avec Bourrichon, nègre d’un Narcisse, mais l’auteur caché nie avoir envoyé l’invitation, accusant un collaborateur occasionnel. L’arrestation de l’assassin présumé de Varjac clôt l’affaire provisoirement. Lors de l’enterrement de l’académicien, Schlomo est abordé par Arnolphe Hortense, agent littéraire accompagné d’une sorte de gnome. Hortense accuse Bourrichon, le nègre de Varjac, d’avoir assassiné celui-ci, preuve à l’appui. Un feuillet anonyme imprimé sur une presse antique révélant la collusion de la famille Varjac avec l’occupant nazi.

Zoe Aubiern, une poivrote qui écrit des romans à l’eau de rosse, est découverte assassinée chez elle. Les indices abondent et le meurtrier est rapidement appréhendé. Lin écrit à Schlomo, lui révélant qu’un agent de la Surveillance du Territoire l’oblige à le surveiller, un permis de séjour étant en jeu.

 

Sous l’enquête proprement dite, Hugo Horst propose une satire des milieux éditoriaux. Il distille de petites phrases qui percutent, genre c’est toujours le maître de maison qu’on félicite du dîner. Jamais le cuisinier, en référence aux nègres de littérature, même s’ils sont reconnus comme La Rolls des nègres.

Quant à Schlomo, personnage éminemment sympathique, il promène une sorte de désabusement dans un Paris qu’il redécouvre à chaque pas, perdu dans ses pensées qui vont à sa mère internée et à Lin, la petite Asiatique, et méditant sur les effets secondaires de l’alcool.

 

Hugo HORST : Les cendres de l’amante asiatique. Collection Quatre-Bis. Editions Zulma. Parution Octobre 2002. 122 pages. 10,70€. Disponible !

 

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 13:25

Et Marc vit l'art, Monika !

Marc VILLARD : Harmonicas et chiens fous.

La musique et l'écriture sont les deux mamelles auxquelles s'abreuve Marc Villard, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs. Il pourrait être surnommé le Petit Mozart de la nouvelle, à moins que Chet Baker lui convienne mieux, car il joue dans le même registre, celui de la mélancolie, ou encore Roland Kirk, le phénomène qui pouvait jouer de plusieurs instruments à vent à la fois. Chaque texte est différent même si parfois il improvise sur un registre déjà abordé.

Ainsi La rivière argentée reprend le même thème que Rivière profonde traité dans Scènes de crime. Une scierie en forêt, une jeune fille, deux garçons, des jumeaux qui ne se ressemblent pas vraiment, et une attirance, un accident du travail, une promenade en barque, quelques éléments semblables et pourtant si divergents dans le traitement. L'art du nouvelliste de pouvoir changer en jouant avec des situations identiques.

Le dernier combat, c'est dur pour un boxeur mais il faut bien raccrocher un jour. Hakim le sait, Nina sa compagne aussi. Nina joue de la guitare et de sa voix rauque, éraillée à la Janis Joplin, elle assume tandis que leur fillette essaie de ne pas s'endormir tout en écoutant sa mère qui récoltera quelques euros à la fin de sa prestation. Mais le couple refuse toute concession, et quitte à gagner de l'argent, autant que ce soit honnêtement.

Chez Mama-San, Daniel joue de la guitare avec deux amis. Ils interprètent le registre de CSN &Y (Crosby, Stills, Nash & Young, groupe mythique des années 60/70)) mais ce n'est pas sa seule occupation. Il travaille de temps à autre pour un malfrat, et cette fois-là il doit retrouver un comptable indélicat. Mais entre Cécile, son amie de dix-huit ans, sa guitare, et l'attrait qu'il ressent en entendant quelqu'un d'autre jouer du Neil Young, cela fait beaucoup pour un seul homme et lui fait perdre de vue son but.

Des Harmonicas, Paul en possède toute une collection. Douze exactement. Et il a un gamin, qu'il voit de temps en temps. Sa femme est partie, et il a un droit de visite. Seulement de petits blancs en petits blancs, et autres boissons alcoolisées, la famille s'est délitée. Pourtant il l'aime son gamin, il partirait n'importe où avec lui pour le garder.

Dans Hallucinex, nom du groupe dans lequel joue et chante Alan. Sa femme Brigitte et sa fille le suivent, de concert en concert, mais cela ne peut durer. Brigitte en a marre, se bourre de médicaments, et un jour le drame éclate.

Le stade Jean Carillon, c'est le rendez-vous des gamins qui tapent dans la balle comme ils peuvent, selon leurs moyens et leur physique, sans se préoccuper de leurs origines. Sur les gradins se tient Freddy, un ado qui ne se sépare jamais de sa guitare. Un beau (?) jour Freddy n'est plus là, les garçons tapent toujours dans leur ballon, mais pour accéder au stade, il faut prendre des chemins détournés, comme Fabien et les rencontres ne sont pas toujours source de Plaisir.

Suivent Le voyageur immobile, Né dans le bayou, Jaurès Stalingrad et Beauduc, en tout dix histoires dont six inédites, les quatre autres ayant été publiées dans des recueils collectifs ou dans des quotidiens comme Le Courrier Picard, mais qui toutes tournent autour de la musique mais surtout dans le glauque.

Des personnages lambdas, des paumés de la vie, des rejetés de la société, des exclus du bonheur simple comme un coup de fil pour se pendre, des habitués du sordide, des individus en recherche d'un coin de ciel bleu, eux qui pour la plupart végètent ou transitent par la Picardie, la Belgique, la banlieue parisienne, et qui n'ont que la musique pour seul viatique.

Marc Villard s'étend sur ces êtres qui vivotent comme ils peuvent, qui auraient pu être mais ne le sont pas, à cause de la drogue ou de l'alcool, ou tout simplement par manque d'amour et d'affection, Marc Villard s'étend sans concession mais il ne peut les aider sinon décrire leur quotidien parfois misérabiliste.

Il vit avec eux, en eux, tente de les extirper de la fange par des mots, il nous les montre dans tout leur désarroi.

Marc Villard, c'est un peu l'Abbé Pierre de la nouvelle, il construit, il montre du doigt, il prend son stylo de pèlerin et embouche son harmonica afin que la foule le suive. Et s'il était peintre au lieu d'être écrivain, il tremperait son pinceau sur la palette de Brueghel l'Ancien ou le Jeune, de Jérôme Bosch, restituant la noirceur de leurs tableaux montrant les petites gens au quotidien et les scènes de la vie rurale.

 

Autres chroniques recueillies chez des amis blogueurs, n'hésitez-pas à leur rendre visite !

Roland-Kirk  par Heinrich Klaffs

Roland-Kirk  par Heinrich Klaffs

Marc VILLARD : Harmonicas et chiens fous. Collection Bande à part. Editions Cohen & Cohen. Parution 12 février 2015. 132 pages. 14,00€.

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 07:10
Max Allan COLLINS : La polka des polluants.

Bon anniversaire à Max Allan Collins né le 3 mars 1948.

Max Allan COLLINS : La polka des polluants.

Mary Beth, qui étudiante, travaillait depuis quelques semaines dans une usine de défoliants, de désherbants chez elle à Greenwood, est retrouvée un matin les poignets entaillés. Conclusion suicide.

Crane, son petit ami, étudiant journaliste, accepte cette version mais son ami Roger Beaty, étudiant sociologue, lui démontre le contraire. Depuis un an cinq suicides ont été enregistrés, soit dix fois plus que la statique nationale. Sans parler des fausses couches, des nouveau-nés atteints de malformations et des cas de cancer.

Boone, une jeune gauchiste séparée de son mari, directeur à l'usine Kemco, est persuadée que ce ne sont que des meurtres maquillés en suicide. Elle convainc Crane de l'aider dans son enquête qu'elle mène depuis des années sur cette usine fabriquant l'Agent Orange utilisé par les Américains pendant la guerre du Vietnam. Elle a accumulé assez de documentation, dit-elle, pour écrire un livre.

Ils suivent de nuit un camion ayant chargé des fûts de déchets jusqu'à une décharge municipale et prennent des photos. Ils couchent dans un motel. Le lendemain, l'appareil photo a disparu. Crane rencontre Patrick, l'ex-mari de Boone, qui lui affirme que rien d'illégal n'est accompli par les dirigeants. Les veuves des suicidés sont persuadées que leurs maris sont décédés dans des conditions "normales".

Boone se rend au siège de la Commission Contre les Déchets Dangereux, en vain. Crane est déboussolé et retourne chez lui dans l'Iowa. Quelques semaines plus tard il apprend que Boone a tenté de se suicider, après qu'un incendie se soit déclaré dans sa chambre, détruisant le manuscrit qu'elle avait pratiquement achevé. Un incident qui aurait conduit son ex-femme à vouloir attenter à ses jours selon Patrick. Crane est bien décidé à aller jusqu'au bout et fait un esclandre dans l'usine Kemco.

L'une des veuves pense elle aussi que les suicides ne sont pas naturels. Elle a appris que sous un terrain de jeux, près de l'école, des barils de déchets ont été ensevelis. Crane est enlevé une nuit par deux routiers, employés par Kemco, et enfermé dans un fût puis enterré. Il essaye de sortir de son tombeau, et à bout de force s'évanouit. Il se réveille dans un hôpital, un enquêteur de la Commission à son chevet. Le fût n'était pas entièrement recouvert de terre et l'un des gardiens de la décharge a pu délivrer Crane.

 

Max Allan Collins, délaissant sa saga des années 30, met le doigt sur une situation qui a périodiquement été dénoncée aussi bien en France qu'à l'étranger. Comment se débarrasser des déchets de certains produits toxiques sans que la population sache qu'elle vit à côté d'une décharge polluée et polluante. Comment concilier progrès et non-pollution. Un état de fait dont la gravité n'est assez mise en valeur mais qui empoisonne, qui contamine notre fin de siècle, notre fin de millénaire et dont les journaux relatent les méfaits parfois avec parcimonie, comme un jet de vapeur qui s'échappe d'une cocotte-minute.

La polka des polluants ne convaincra pas les écologistes, leur opinion étant déjà faite depuis longtemps mais qui devrait amener les autres, c'est à dire la plupart d'entre nous, à réfléchir.

 

Citation :

Il est important de ne pas fuir la réalité.

 

Max Allan COLLINS : La polka des polluants. (Midnight Hall - 1986. Traduction de M. F. Watkins). Série Noire N°2110. Parution octobre 1987. 256 pages. 6,05€.

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 14:37

On se pose tous la question...

George ARION : Qui veut la peau d'Andreï Mladin ?

Se réveiller avec une tête aussi lourde qu'un autocuiseur après une bonne nuit bien arrosée, cela peut arriver à tout le monde. Mais se réveiller avec un mort à côté de soi, ce l'est moins. Surtout lorsque la trogne de ce cadavre vous dit quelques chose mais que vous êtes incapable de mettre un nom dessus.

Et Andreï Mladin, journaliste à Bucarest et accessoirement écrivain de romans policiers, ne trouve pas d'autre solution que de s'en débarrasser. Le plus urgent est de le transporter à la cave, seulement pour y accéder, il faut éviter certains pièges, dont celui inévitable constitué par l'omniprésence de madame Margareta qui, dès qu'elle entend un bruit, suspect ou non, se tient sur le pas de sa porte. Passons allègrement sur le fardeau, autant physique que psychique que doit endurer le journaliste, pour déposer son protégé derrière une porte du sous-sol, et revenons quelques temps en arrière afin de mieux comprendre pourquoi il était dans un tel état d'ébriété la veille au point de ne se souvenir de rien.

 

Tout commence lorsque chargé de rédiger un entretien avec la belle Mihaela, violoniste réputée, il rencontre la jeune femme chez ses parents, le docteur Comnoiu et sa femme. L'entrevue entre le journaliste et la violoniste s'engage sous d'heureux auspices, surtout pour Mladin qui tombe sous le charme de Mihaela. Faut avouer que la musicienne ne manque pas de beauté, d'élégance et d'avantages en nature qu'elle sait exploiter :

Elle était grande, ondulait gracieusement une taille de guêpe, tout en arborant des hanches capables de faire renoncer un régiment entier à sa solde. Son jean soulignait la longueur de ses jambes, sûrement capables de parcourir en moins d'une heure les soixante kilomètres Bucarest-Ploieşti. Son chemisier blanc et sans froufrou était, à un endroit précis, tout aussi bombé que la voile d'une frégate en pleine course.

Si le docteur Comnoiu n'apprécie guère le rapprochement manifeste entre sa fille et le journaliste, d'autres personnes semblent ne pas être d'accord sur les amours naissantes et parfois houleuses, ça arrive à tout le monde, entre les deux tourtereaux.

Le pare-brise de la voiture de Mladin en fait les frais par quatre fois, il reçoit des lettres anonymes, et se fait même agresser. Ses soupçons se porte sur le père revêche, mais surtout sur Marian Sulcer, le Don Juan de service, le bellâtre de feu, et il l'apprendra peu après de Ion Parfenie, l'ingénieur en électronique mais surtout le fiancé évincé. Et peut-être d'autres personnes à qui il pourrait faire de l'ombre, allez savoir.

Revenons à notre cadavre qui est un peu trop encombrant. A cause d'une fuite d'eau et des pompiers présents, Mladin est tout en eau, et en sueur car la chaleur sévit sur Bucarest. Alors il décide de transporter le cadavre, tout en se méfiant des yeux inquisiteurs et presque ubiquistes de madame Margareta. Il l'enveloppe dans un tapis, une solution très souvent utilisée dans un roman policier mais on n'a pas encore trouvé mieux que la malle plus lourde à transporter, et le dépose dans un chantier. Enfin il reconnait en ce corps baladeur celui de Valentin, un serviteur du docteur Comnoiu, et Maria, sa femme, est aux abois de ne pas retrouver son mari. Elle informe Mladin qu'elle possède des renseignements, qu'elle veut les lui communiquer, et doit se présenter chez lui. Zut, un coup de fil de Mihaela lui donne rendez-vous dans un café, c'est urgent et pressé. Tellement pressé qu'il poireaute pendant plus d'une heure, que Mihaela ne se pointe pas au rendez-vous mais qu'il découvre à son retour Maria allongée chez lui, sous la garde de son chat Mécène, et ce n'est pas pour faire la sieste.

 

George Arion prend le prétexte du roman policier pour décrire la Roumanie telle quelle est lorsqu'il rédige son roman, c'est-à-dire sous la tutelle de Ceaucescu. Ce n'est pas un roman politiquement engagé, mais George Arion griffe avec dérision et ironie les événements et surtout les privations que subissent les Roumains.

Ainsi la fouineuse Margareta a assisté de sa fenêtre l'algarade entre Mladin et deux inconnus. Seulement je n'ai pas réussi à voir grand chose. Ils étaient à la hauteur du lampadaire dont on a enlevé l'ampoule pour faire des économies d'énergie. Mais pour autant le pays pense à la sécurité de ses concitoyens, et s'il faut procéder à des restrictions pour économiser l'énergie, il faut également penser aux rentrées d'argent : D'autant [que ma voiture] a un flair incroyable pour dépister les radars. Y'a pas à dire, elle est comme son maître ! Elle aime respecter la loi !

Et la loi est représentée pour le plus grand bonheur de Mladin par Buduru, un policier qu'il connait bien et tous deux se portent une estime réciproque. Mais lorsque Buduru s'invite chez Mladin pour enquêter sur la disparition de Valentin, puisque celui-ci a été vu pour la dernière fois raccompagnant le journaliste, bourré, de bonnes intentions entre autres, chez lui. C'est à dire la veille au soir où l'on fait la connaissance de Mladin avec sa tête en autocuiseur. Mais l'adjoint de Buduru joue, comme dans tout bon duo de flic qui se respecte, au vilain policier, hargneux, mutique, mais n'en pensant pas moins et lorsqu'il ouvre la bouche, ce n'est pas pour proférer des gentillesses.

 

Poète George Mladin l'est aussi et sait peindre les saisons. Les quatre saisons : Sentir le bruit des feuilles sous nos pas en automne, entendre le bruit sourd de la neige en hiver, faire une bataille de fleurs au printemps, et l'été, recevoir une belle fiente de pigeon dans les cheveux ! Existe-t-il bonheur plus grand ?

Qui veut la peau d'Andreï Mladin est construit comme un roman policier classique, dont l'épilogue est en forme de tiroirs mais ne respecte pas vraiment l'une des règles fondamentales édictées par S.S. Van Dine, plus particulièrement la règle numéro 10, mais c'est ce qui fait le charme de ce roman en plus de son humour constant.

 

George ARION : Qui veut la peau d'Andreï Mladin ? (1983 - Traduction de Sylvain Audet-Gӑinar). Genèse éditions. Parution 12 février 2015. 216 pages. 22,50€.

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 16:52

Il était une fois dans l'Ouest !

Jacques BABLON : Trait bleu.

Ce roman aurait pu s'intituler Fantasia chez les Ploucs, mais il n'existe aucun ressemblance dans l'histoire avec ce titre de Charles Williams. Il faudrait plutôt se diriger vers Jim Thompson et James Hadley Chase pour trouver une analogie pour l'ambiance, l'atmosphère, les personnages de ce récit atypique.

Tout commence, selon le narrateur anonyme, lorsque le cadavre de Julian McBridge a été retrouvé dans l'étang, avec un couteau de chasse dans le ventre. Cela se passait deux ans auparavant et les enquêteurs n'ont eu aucun mal à identifier le propriétaire du coutelas et c'est ainsi que le narrateur, que l'on appellera désormais John Doe en référence à l'expression américaine désignant une personne non-identifiée, s'est retrouvé en prison.

Né de père inconnu et d'une mère morte en couches, John Doe a bourlingué dans des familles d'accueil. Et il est devenu ami avec Iggy, ils était tout le temps ensemble, à la pêche ou pour voir les filles. Mais quand les policiers sont arrivés, Iggy était parti à la pêche aux filles délurées, et comme la Chevy a toujours eu du mal à démarrer, John Doe n'a pu s'esquiver. Et il a avoué bien volontiers avoir perdu son couteau dans le bide de McBridge. Une grosse perte. Pas McBridge, mais le couteau.

En tôle, John Doe a droit à une remise en forme de la part du psy.

En réalité c'est John Doe qui abasourdi le psy qui ne sait comment interpréter ses réponses. Par exemple à la question toute bête : Comment vous sentez vous, ce matin ? John Doe, qui n'est pas avare de métaphores, répond : Comme un jockey qui touche les pieds par terre.

Mais John Doe est encore plus abasourdi que son psy lorsqu'il apprend qu'un visiteur l'attend au parloir. Il pense à Iggy mais c'est une femme qui l'attend. Une certaine Whitney Harrison (qui ne vient pas de Houston) qui se présente comme visiteuse de prison. Cela lui convient fort bien, surtout quand elle lui propose de pouvoir le faire s'évader et lui remet un revolver en pièces détachées. Il n'a plus qu'à s'amuser avec son petit jeu de construction. Il est convoqué par le directeur et il emmène son arme, au cas où, mais une bonne et une mauvaise nouvelles lui sont signifiées.

D'abord, ce n'est pas lui qui a tué McBridge, l'homme a été abattu par balles. C'est Iggy qui tenait l'arme. Et Iggy s'est pendu.

John Doe est libre, mais c'est alors que ces ennuis commencent. Il était plus tranquille dans sa geôle, tandis que maintenant il a des individus louches et malfaisants à ses trousses. Heureusement il peut compter sur quelques appuis, Pete le motard, le petit frère d'Iggy et magicien en moteurs, toque de raton-laveur à la Davy Crockett sur la tête en guise de casque. Et Rose, la chanteuse de bar, mignonne à croquer, mais elle n'est pas la seule femme à tourner autour de lui. Big Jim aussi, architecte de son état et propriétaire d'une résidence construite de guingois, mais ça c'est son problème. Il s'intéresse fortement au bateau que John Doe veut vendre afin de se faire un peu d'argent. Et de l'argent il parait qu'il y en a, ce qui attire les individus louches et malfaisants évoqués ci-dessus.

Et le premier problème qui se présente à John Doe, lorsqu'il veut retourner son lopin de terre, c'est de se trouver nez à nez avec une paire de chaussures. Et au bout des chaussures un cadavre. Celui de Lindegren, le copain de McBridge. Heureusement il y en a qui se servent d'acide dans des fûts découpés, et les cochons sont vraiment des animaux domestiques sympathiques lorsqu'il s'agit d'aider les humains qui ne pensent qu'à les manger. A charge de revanche.

 

Avec une écriture bourrue, rugueuse, râpeuse, drue, Jacques Bablon nous entraîne avec énergie dans les pérégrinations de John Doe dans un langage savoureux, nerveux tout comme l'est son héros. Le comique côtoie le tragique, selon les circonstances. C'est violent et tendre à la fois, le double effet qui s'coue.

 

Jacques BABLON : Trait bleu. Collection Polar Jigal. Editions Jigal. Parution 15 février 2015. 152 pages. 17,00€.

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 13:17

La peinture à l'huile c'est bien difficile

Mais c'est bien plus beau que la peinture à l'eau !

Marie DEVOIS : La jeune fille au marteau.

S'appeler Velàsquez, c'est bien, mais en être l'arrière-arrière-arrière (et j'en passe) petite-fille, ce serait mieux.

Toute petite, à l'âge de sept ans, lorsqu'elle avait remarqué sur un magazine consacré à l'art cette analogie patronymique, Inès avait laissé courir son imagination et donc ce n'est pas par hasard si elle possède un double master en art et en droit, et travaille dans un cabinet d'avocats spécialisé dont la clientèle est composée de collectionneurs d'œuvres d'art ou d'acquéreurs déçus. Ils sont chargés de vérifier la provenance des ouvres et la régularité des transactions. Mais son rêve est de devenir un jour commissaire-priseur.

L'une de ses passions est de consulter en ligne les catalogues d'enchères et une vente à Hendaye a attiré son attention. Il s'agit de procéder à la vente des toiles et objets ayant appartenu à Ambrosio Fernandez, dont la notoriété n'a guère dépassé les milieux professionnels, et qui était réputé pour peindre à la manière de Velàsquez et en offrant des copies de bonne facture. Dans la dépendance où a été assassiné Fernandez dix ans auparavant, de nombreux lots sont mis aux enchères, dont une toile défraichie, pour ne pas dire une serpillière qui aurait servie à essuyer des coulées de peinture, mais aux dimensions assez impressionnantes. L'unique grand format de la vente qui mesurait à vue d'œil plus de deux mètres de large sur quatre de haute. On l'avait sauvagement clouée au mur. Les bords découpés en vagues s'effilochaient et la presque totalité du tiers inférieur  avait disparu sous une croûte brunâtre. Un véritable coup de cœur.

Elle obtient cette toile malgré les enchères d'un concurrent pour un prix raisonnable. La toile possède un attrait indéfinissable et en l'examinant avec attention, relève certains détails, dont une inscription, qui lui titillent l'esprit et de vagues souvenirs. Deux mots situés presqu'en bas du tableau : Eliminatos foeliciter

Elle vérifie dans ses notes, auprès d'un conservateur du Prado, et surtout, grâce à la propriétaire d'ne somptueuse résidence dont dépendait l'atelier et le logis du peintre, qui lui met à disposition une malle renfermant de vieux papiers, qu'elle est bien en présence d'une toile de Velàsquez portée disparue depuis l'incendie de l'Alcazar en 1734 : L'Expulsion des Morisques.

Mais elle est suivie, son appartement est fouillé, or la toile ne semble pas intéresser ses visiteurs. Et Mijanou Etchebarne, la charmante vieille dame propriétaire du manoir et de la dépendance est elle aussi importunée et même séquestrée. Que recherchent donc ces individus ? Cerca Trova. Deux mots qui figurent derrière la toile et qui résonnent comme un mantra. Cerca trova : cherche trouve.

 

Après Van Gogh et ses juges, Marie Devois nous propose une nouvelle plongée dans l'art pictural. L'ombre de Velàsquez se profile derrière chaque page mais l'histoire se déroule bien de nos jours, même si en incrustation le lecteur assiste à l'incendie de l'Alcazar dans la nuit du 24 décembre 1734 et aux efforts des moines résidant dans le couvent voisin pour sauver les toiles du maître. Toiles qui étaient destinées au seigneur du lieu et que personne ne pouvait admirer, sauf les amis et les invités. Pouvez-vous imaginer ce que devait être un monde sans musée ?

 

Une double enquête est proposée dans ce roman. Enquête physique avec celle concernant l'assassinat de Fernandez, rapidement avortée par manque de preuves concrètes, et peut-être le laxisme des autorités policières et judiciaires de l'époque lors de la découverte du cadavre en 2003, et réouverture du dossier, puis enquête intellectuelle dix ans plus tard par la recherche sur l'origine de la toile et le décryptage des documents. Inès bénéficie de l'aide précieuse de son ami Damien qui grâce aux techniques modernes peut vérifier l'authenticité du tableau.

 

Marie Devois évite de tomber dans le piège du pédantisme, construisant son intrigue policière dans un contexte historique avec pour toile de fond la figure du grand peintre espagnol.

Marie DEVOIS : La jeune fille au marteau. Collection Artnoir. Editions Cohen & Cohen. Parution 12 février 2015. 238 pages. 19,00€.

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 13:36

L'histoire en marche effectue souvent des retours en arrière, préjudiciables à tous.

Agnès LAROCHE : Marjane et le sultan.

Entrez dans l'univers magique d'un conte qui pourrait être extrait des Mille et une nuits.

Entrez dans la réalité d'une histoire qui pourrait se dérouler de nos jours, mais en sens inverse.

Marjane est une jeune tisseuse dont les tapis sont fort appréciés des riches notables du Sultanat d'Aroum, pourtant elle n'a que dix-sept ans. Elle dessine les motifs, choisit les couleurs, et surveille les ouvrières dans la petite pièce qui sert d'atelier. Elle a repris les rênes de sa mère, décédée deux ans auparavant, et son père est fort malade. Elle envisage de continuer l'activité de tissage, seulement son père refroidit sa légitime ambition en l'informant qu'il existe des règles strictes en matière de succession.

Si elle veut garder la maison et l'atelier, elle doit se marier. La loi est ainsi faite que seuls les fils peuvent hériter. On ne juge pas les femmes capables de disposer avec bon sens des biens familiaux. A la mort de leurs parents, le Sultan en devient propriétaire. Une loi inique selon Marjane et elle s'indigne, et ne veut pas entendre parler d'épousailles arrangées. Elle décide de rencontrer directement le sultan Bahman et de plaider sa cause. Elle est courageuse Marjane et intrépide aussi, alors elle surmonte les difficultés et parvient à obtenir un entretien.

Le sultan Bahman, qui est monté sur le trône deux ans auparavant, est un jeune homme gracieux, mais pas facile à manier. Et il confirme la loi ancestrale :

Cette loi est juste et vous n'y échapperez pas, lâche-t-il froidement. Les femmes n'ont pas les qualités requises pour gérer des biens ou de l'argent en toute indépendance ! Elles s'occupent de leur foyer, de leurs enfants, travaillent parfois, mais il serait vain de leur en demander davantage, elles n'en sont tout simplement pas capables ! Sans parler de la frivolité et de l'inconséquence de certaines qui dilapideraient en bien peu de temps leur héritage.

Une fin de non recevoir qui ne réjouit pas Marjane, indignée par de tels propos. Alors elle persiste, s'entête et décide d'écrire une missive dans laquelle elle met les choses au point, non sans un humour caustique. Mais elle ne l'envoie pas. Le Sultan aurait-il ressenti du remord devant la pugnacité de la jeune fille, il se peut car il se présente incognito, lui tendant un des dessins qu'elle avait omis de reprendre lorsqu'elle s'était présentée à lui. Il lit la lettre qui lui était destinée, ce qui le met en colère, et il lui lance un défi : elle doit confectionner un tapis volant.

Marjane qui ne veut absolument pas se marier avec l'un des prétendants que lui présente son père, décide de relever le défi sachant pertinemment qu'elle ne pourra accéder à la demande du Sultan mais cherche une parade.

 

Marjane incarne la féministe décidée et entreprenante dans son combat pour l'égalité des sexes, la reconnaissance des qualités dont ses consœurs sont dotées tout en démontrant que les hommes peuvent parfois se conduire comme ce que le Sultan reproche à la femme en général. Et elle va démontrer aux cours des aventures qu'elle va partager en compagnie d'Adi, puisque le Sultan souhaite qu'elle l'appelle ainsi, qu'elle n'est pas timorée, mais au contraire capable d'aller jusqu'au bout de ses forces dans les situations délicates et capable de prendre les décisions adéquates.

Cette histoire se déroule en 1898, or si l'Orient s'ouvrait au modernisme, il existait de nombreuses lacunes sociétales. Tout cela allait changer jusqu'à ce que des extrémistes religieux, des fanatiques, dénoncent le grand bouleversement dans la vie quotidienne, familiale, professionnelle, culturelle des femmes, remettant en cause leur émancipation.

Agnès Laroche n'évoque pas ces transformations, ces régressions, mais bien entendu cela est sous-entendu. Si le livre est destiné à une couche juvénile de la population, nul doute que les adultes doivent lire ce court roman, et en expliquer les arcanes à leur progéniture.

 

Agnès LAROCHE : Marjane et le sultan. Editions Talents hauts. Parution le 19 février. 144 pages. 8,00€.

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 16:40

Bon anniversaire à Pierre Filoche, né le 22 février 1951.

Pierre FILOCHE : Le Septième Pilier.

Jamais un roman n’aura autant mérité l’apposition de cette petite phrase figurant la plupart du temps sous le copyright : Les personnages et les événements relatés dans ce roman sont fictifs.

Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait purement fortuite, phrase qui permet à l’auteur de délirer sur des faits plus ou moins réels, connus ou non du public.

 

Ainsi Pierre Filoche nous entraîne dans la Principauté de Montésimi, coincée sur la Côte d’Azur.

Eddy Derouet est videur dans une boîte de Pigalle. Il ne parle pas, ne met pas son nez dans les affaires des autres même si parfois le patron va un peu trop loin. Bref, le serviteur idéal auquel le boss va confier une mission de tout repos.

Eddy se voit propulsé garde du corps de Cristina, la belle princesse et accessoirement fille du comte de Montésimi. Une véritable sinécure, entrecoupée toutefois par les incursions déplacées des paparazzis, qui lui laisse le temps de s’éprendre de la belle qui ne demandait que ça. Faut bien que jeunesse se passe et que les tempéraments trouvent un palliatif corporel et charnel.

Seulement il s’est embarqué dans une galère qu’il ne soupçonnait pas et qui va le meurtrir.

Pierre Filoche joue dans le registre de la satire, faussement naïf, et inverse les rôles de la bergère et du prince charmant. Comme cela pourrait se dérouler dans la réalité si celle-ci était objective. J’ai bien dit pourrait, mais cela n’est qu’une fiction et toute ressemblance etc… ne serait que pure coïncidence.

Un roman réjouissant basé sur la manipulation et dont le dénouement sans être véritablement imprévu s’inscrit dans une logique impitoyable.

 

Pierre FILOCHE : Le Septième Pilier. Collection Instantanés de polar N°215. Editions Baleine. Parution mars 2001. 154 pages. 9,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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