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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 13:14

Et parfois, c'est bien dommage !

Michel EMBARECK : Personne ne court plus vite qu'une balle.

Dans un quartier reconstruit après l'ouragan Katrina, des maisons bâties à l'initiative de Brad Pitt mais qui ne résistent pas au climat, un enterrement à la mode New-Orléans parade. Soudain une voiture déboule et une fusillade retentit. Pau après des sirènes de police se font entendre. Les forces de l'ordre, pas encore débordées mais presque, découvrent à l'arrière d'une de ses constructions, le corps d'un pendu à l'extérieur d'une fenêtre au deuxième étage.

Il ne s'agit pas du premier pékin venu, mais d'un chanteur populaire, Flaco Moreno, d'origine française et reconnaissable particulièrement à son bonnet péruvien. Mais pourquoi avoir mis fin à ses jours alors qu'un nouvel album était prévu, ayant mis le dernier point à ses dernières compositions musicales.

Son père, Mohed Khouri, riche homme d'affaires d'origine libanaise, et sa mère, secrétaire juridique, fille de réfugiés républicains espagnols, lui avaient forgé, inconsciemment peut-être, une conscience politique altermondialiste. Les avis le concernant étaient partagés, ce qui arrive à tout un chacun ayant réussi dans la vie. Par exemple il avait créé son propre label musical, il avait donné des concerts gratuits lors de rassemblements du G8, et certains lui reprochaient son attitude charismatique, aidant les défavorisés tout en menant l'existence d'un nanti.

Si la police a conclu à un suicide, quelques mystère entourent toutefois ce décès. Se pend-on à une fenêtre à l'extérieur d'un bâtiment et qui plus à l'arrière d'une maison ? Pourquoi pas répond une psychologue.

 

Victor Boudreaux, qui se remet tranquillement d'un accident vasculaire cérébral, en compagnie de Jeanne, sa chère Jeanne, une passionnée de cinéma, Victor Boudreaux partage son temps entre la France où il est né d'une mère originaire de la Louisiane et ce petit coin des Etats-Unis où la présence française est encore très prégnante. Il s'est mis martel en tête d'initier et d'entraîner des étudiants au lancer de marteau. Et alors qu'il se demande comment il va pouvoir réunir les quelques trois cent mille euros nécessaires à un projet d'engagement de ses meilleurs poulains dans des concours européens de l'été, il entend une voix l'appeler.

Non, il ne s'est pas incarné en Jeanne d'Arc, c'est un couple qui le hèle. Il s'agit des parents de Flaco Moreno qui désirent l'engager pour enquêter sur la mort de leur fils. Quoi que s'étant rangé des affaires, Victor Boudreaux accepte la proposition, doublant ses tarifs habituels dans le but de récupérer de l'argent pour ses petits protégés.

-N'empêche qu'on a besoin du paquet d'oseille pour les mômes qui s'éreintent à l'entraînement. S'ils ne lancent pas en Europe l'été prochain, ils laisseront tomber la fac, retourneront dans leur quartier, et, comme ce sont des balèzes, un putain de gang les embrigadera.

 

Flaco Moreno était engagé dans de nombreuses causes humanitaires, selon les parents qui aimeraient récupérer les affaires de leur fils, dont son ordinateur et sa guitare. Mais à l'évidence Flaco Moreno était bipolaire dans sa façon de se conduire. D'ailleurs nombreux sont ceux qui se plaisent à le décrire comme étant propriétaire d'un portemonnaie en peau d'hérisson.

En compagnie de son ami Earl Turnbinton, Victor Boudreaux débute son enquête auprès des proches de Moreno, dont le gérant du studio d'enregistrement. Ce qu'ils apprennent ne joue pas trop en faveur du musicien qu'il avait aperçu en compagnie d'une Chinoise, il n'est pas sûr, tout au moins une Asiatique. En remontant la piste, parfois en employant la manière forte, Boudreaux apprend que Moreno avait des accointances commerciales au Vietnam.

Alors, comme ce sont les parents qui assurent le paiement des frais, direction Saïgon puis Hanoï. Boudreaux et son pote vont revoir des vieilles connaissances dont ils se seraient bien passé de retrouver, les ayant côtoyer lors des interventions militaires dans leur jeunesse, dans le camp adverse. Puis tandis qu'Earl Turbinton rentre aux USA, Boudreaux rejoint la France et plus particulièrement Saproville-sur-mer, son fief mais également celui de la corruption. Il continue son enquête avec comme allié Edgard Ouveure qui grenouille toujours dans les Renseignements Généraux et non pas généreux.

 

Ce nouveau roman de Michel Embareck est un pur régal, l'auteur n'hésitant pas à égratigner à gauche, à droite, au milieu, partout là où ça dérange.

Bien entendu ce sont les affaires de corruption, de prévarications qui mènent la danse, et comme la musique, elles sont universelles même si le processus n'est pas similaire dans chaque pays. Les relents de ressentiment sont encore vifs au Vietnam, envers les Longs Nez, surnom donné aux Américains par les Charlies, lesquels Charlies doivent leur appellation à Victor Charly qui désignait à l'origine le Viêt-Cong puis s'est étendu à l'ensemble des Vietnamiens.

 

L'attitude de Falco laisse présumé qu'il s'intéressait au commerce équitable.

- Votre fils vous avait-il fait part d'un projet relatif au commerce équitable ? demanda Boudreaux aux parents, dont le regard balayait les écrans des horaires de vol.

- Il avait évoqué cette piste, une façon de s'investir personnellement dans l'action, avoua la mère entre deux reniflements. C'était un artiste engagé, pas un signataire de pétitions ou un chanteur des Restaurants du Coeur.

Ce qui en soi est une bonne chose mais il faut savoir ce qui se cache réellement derrière, malgré les belles paroles.

Boudreaux possède son avis personnel sur le commerce équitable :

- Le commerce équitable, c'est payer le producteur avec une tape sur le cul pour prix de sa sueur et faire payer au consommateur la peau du cul pour prix de sa bonne conscience.

 

Mais bien d'autres sujets sont abordés, ceux qui fâchent bien évidemment, et la façon dont Michel Embarek s'en empare et les traite est particulièrement réjouissante et salutaire.

Bien entendu dans la première partie louisianaise, le jazz est présent, comme cette parade lors d'un enterrement ou la figure devenue emblématique, malgré son jeune âge, de Trombone Shorty. Mais les instruments de musique seront bientôt remplacés par d'autres instruments qui n'adoucissent pas les mœurs.

Michel EMBARECK : Personne ne court plus vite qu'une balle. Editions de l'Archipel. Parution le 2 septembre 2015. 288 pages. 18,95€.

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 12:28

C'est pas bon pour les statistiques !

Ellis PETERS : Un cadavre de trop.

Frère Cadfael vit paisiblement en l'abbaye de Shrewsbury, parmi ses plantes médicinales, dans son potager et son herbarium, tandis qu'en cette année 1138 l'Angleterre est en pleine guerre civile.

Deux prétendants au trône se disputent la suprématie royale. Entre Maud et Stephen s'est engagée une lutte fratricide et bien malin celui qui pourrait nommer le vainqueur.

Frère Cadfael est seul pour accomplir ses travaux et lorsque l'aumônier lui propose un aide, c'est avec joie et reconnaissance qu'il accepte. Un jeune garçon vigoureux ne peut que lui rendre d'immenses services. Or il s'avère que le jeune garçon qui lui a été confié est une jeune fille.

Pendant ce temps Stephen s'est emparé de la cathédrale de Shrewsbury et fait pendre quatre-vingt-quatorze soldats de la garnison. Frère Cadfael, requis pour donner bonne façon aux cadavres fait machinalement ses comptes et s'aperçoit que non seulement il y a un corps en trop, mais que celui-ci a été assassiné. Il va donc se lancer dur la piste de l'assassin tout en continuant de veiller sur son, enfin sa protégée. Le tout sur fond de luttes, de courses au trésor et d'éveil amoureux.

 

Ce roman médiéval, antérieur de trois ans à celui d'Umberto Eco Au nom de la Rose, est qualifié de policier. Mais il pourrait l'être également d'historique. C'est une simple affaire d'étiquetage qui sera régularisée par la suite avec les nombreux succès enregistrés avec les romans d'Ellis Peters et autres auteurs qui ont offert de nombreux romans dans cette veine.

Quoiqu'il en soit ne boudons notre plaisir à la lecture de ce roman qui a imposé le nom d'Ellis Peters en France. Mais lors de la parution de ce titre, Ellis Peters avait déjà écrit quatorze romans dans lesquels Frère Cadfael joue un rôle important et il eut été dommage de les ignorer.

 

Jacques Baudou, spécialiste de la littérature policière anglo-saxonne, présentait l'auteur et son œuvre dans la préface dans sa préface à la première édition de ce roman en 1988. Et lorsque j'écrivis ce billet en décembre 1988 pour une émission radio j'ajoutais :

Pour peu que les éditions 10/18 fassent paraître d'autres romans d'Ellis Peters, nul doute que celle-ci se retrouvera sur le podium des ladies du crime aux côtés de Ruth Rendell et de P.D. James. Enfin des romans qui sortent de l'ordinaire, fort bien documentés et qui feront le régal non seulement des amateurs de littérature policière mais également de ceux qui apprécient les romans historiques. Le roman policier historique, un genre un peu délaissé mais qui comporte pourtant de nombreuses possibilités littéraires.

Depuis cette tendance n'a pas cessé d'évoluer et de s'amplifier.

 

Ressembler à un héros sans en être un, c'est dur.

Réimpression octobre 2001. 288 pages. 7,10€.

Réimpression octobre 2001. 288 pages. 7,10€.

Ellis PETERS : Un cadavre de trop. (One Corpse to Many - 1979. traduction de Nicolas Gilles) Collection Grands Détectives N°1963. Edition 10/18. Première parution 1988.

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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 14:15

Vienne le temps des poésies

Qui te videront de ton lit

Quand nos couteaux feront leur nid

Au cœur de ta dernière nuit

Franco la muerte.

Léo Ferré.

COLLECTIF : Franco la muerte.

Un recueil Franco de porc et de déballage...

Cela fera bientôt quarante ans que l'Espagne ne vit plus sous la férule franquiste !

Afin de le faire se retourner dans sa tombe, vingt auteurs se sont mobilisés sous la houlette de Gérard Streiff, afin de commémorer non pas Franco mais sa mort qui signifiait la délivrance de l'Espagne. Un événement fêté comme il se doit par vingt plumes qui nous ramènent quelques décennies en arrière, lorsque l'ombre du franquisme obscurcissait le ciel ibérique.

 

Patrick Amand nous offre avec Moi et Franco une histoire personnelle, un récit qu'un ancien Espagnol lui aurait confié alors que Patrick Amand racontait à une tablée que Gérard Streiff, le coordinateur de l'ouvrage, lui avait commandé un texte. L'homme avoue que son père avait rêvé tuer Franco au lieu que celui-ci décède tranquillement sur son lit.

Et c'est bien cette envie de se débarrasser de Franco, les tentatives avortées, qui ont inspiré quelques-uns des auteurs ayant participé à ce recueil. D'autres attentats sont narrés dont deux mettant en scène le personnage du général Luis Carrero Blanco, premier ministre espagnol, décédé le 20 décembre 1973 dans une opération menée par l'ETA. Version officielle. La mise en scène de cet épisode est particulièrement bien décrite par Gildas Girodeau tandis que Patrick Fort s'empare de cette histoire pour nous fournir une vision plus personnelle avec une femme qui a toutes les raisons de déplorer la mort d'un individu honni par une grande partie de la population.

Si de nombreux Espagnols ont franchi la frontière au début de la guerre civile de 1936 puis après, lors de la Retirada par exemple, ou profitant de différentes situations pour quitter le sol natal, Franco pouyvait compter sur de nombreux soutiens, surtout parmi le clergé et les catholiques intégristes, mais également les racistes, les anticommunistes.

L'abbaye de Santa Cruz del Valle de los Caídos, un monument commandé par Franco pour rendre hommage aux héros et martyrs de la Croisade, c'est à dire les Nationalistes regroupés sous sa bannière, puis transformée en mausolée à l'intention de tous les combattants Nationalistes et Républicain à condition qu'ils soient de confession catholique (!) est tous les ans le lieu de pèlerinage des fervents du régime franquiste. De ceux qui perpétuent la mémoire du général, et de ses exactions, tout comme les nouveaux nazis sont fanatiques des emblèmes hitlériens. Mais se déplacent également les curieux, les touristes, et certains vieux Espagnols qui veulent vérifier que le Caudillo est bien décédé. Max Obione, dans Los Caídos, nous en présente un, dans une histoire dont le dénouement est à pisser de rire.

COLLECTIF : Franco la muerte.

Si la plupart de ces nouvelles sont situées durant la dictature franquiste, quelques-unes sont plus contemporaines, ainsi que nous le démontre Jeanne Desaubry. Une nouvelle dans laquelle l'héroïne est une jeune provinciale, guère délurée, montée à Paris afin de suivre les cours à la Sorbonne. Elle désire voir le film de Carlos Saura, Cria Cuervos, dont la musique du film, Porque te vas a été immortalisée par Jeanette en 1976. Valérie l'étudiante en subira des dommages collatéraux.

Roger Martin s'attaque au GAL, Groupe Antiterroriste de Libération, des commandos para-policiers et paramilitaires dont le but était de contrer les offensives de l'ETA en employant des méthodes illégales et dont le nom était significatif comme les Guérilleros du Christ-Roi. Roger Martin s'est spécialisé dans la dénonciation du fascisme en général et avait déjà mis en scène le GAL dans un épisode du Poulpe, Le GAL... l'égout.

On ne pourra manquer rapprocher le titre de la nouvelle de Jean-Hugues Oppel, Je ne suis pas Franco, à des déclarations formulées en début d'année, un mantra que répète inlassablement un prisonnier face à ses bourreaux. Tandis qu'Alain Bellet préfère tourner en dérision la mort de Franco le catholique, Antoine Blocier revient sur un des épisodes du franquisme, la construction de barrages inutiles destinés à déplacer la population.

 

Résumer chaque nouvelle est un peu fastidieux, je le concède, aussi je vous propose un regard d'ensemble grâce au sommaire ci-dessous puis si vous désirez en savoir plus, je vous conseille un petit tour chez mon ami Pierre de BlackNovel1 qui les présente une par une avec talent.

 

Avant-propos de Gérard Streiff.

Patrick Amand : Moi et Franco.

Alain Bellet : Le banquet du bas monde.

Antoine Blocier : Mon village fantôme.

Frédéric Bertin-Denis : Mauricio Lopez est communiste.

Didier Daeninckx : Le raid du F-BEQB.

Jeanne Desaubry : Porque te vas.

Pierre Domenges : Le cimetière des deux mères.

Maurice Gouiran : L'ombre de la Santa Cruz.

Gildas Girodeau : El Ogro (L'Ogre).

Patrick Fort : A quelques minutes près...

Hervé Le Corre : Franco : la muerte.

Sophie Loubière : Gratia plena.

Roger Martin : GAL-OAS.

Jacques Mondoloni : Les couacs Franco.

Ricardo Montserrat : Decimas.

Chantal Montellier : Garrots-gorille.

Max Obione : Los Caídos.

Jean-Hugues Oppel : Je ne suis pas franco.

Gérard Streiff : La faute du toubib.

Maria Torres-Celada : Les vivants et les morts.

 

 

COLLECTIF : Franco la muerte. Editions Arcanes 17. Parution le 27 aout 2015. 280 pages. 21,00€.

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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 12:08

Alimentaire, mon cher Watson.

Colin THIBERT : Le festin d’Alice.

Au début des années 1960, Pierre Perret chantait “ Au Tord-boyau ”, une chanson qui décrivait une gargote et son patron tous deux cradingues, avec humour et drôlerie argotique.

Au Tord-Boyaux, Le patron s'appelle Bruno, Il a d'la graisse plein les tifs, De gros points noirs sur le pif… Or ce tord-boyau devient la cantine obligée de toutes les personnes branchées : “ Cet endroit est tellement sympathique, Qu'y a déjà l'tout Paris qui rapplique, Un p'tit peu déçu d'pas être invité, Ni filmé par les actualités ”.

Des voisins s’étant plaints de l’odeur nauséabonde qui stagnait dans l’escalier, des policiers investissent un “ appartement ravioli ” avec à leur tête le commissaire Argouge accompagné par Alice Delain, une inspectrice de DGCCRF, autrement dit la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et de Jean-Luc, un interprète.

Un appartement ravioli, dans le jargon des flics, c’est un appartement aménagé en cuisine dans lequel un traiteur asiatique élabore des plats exotiques dans des conditions d’hygiène et de travail déplorables, une officine non déclarée bien évidemment. Le quatre étoiles de la crasse, graisse suintante et cafards grouillants à l’appui. A la tête de ce boui-boui règne une vieille Chinoise ce qui explique la présence de l’interprète qui possède plusieurs dialectes à ses cordes vocales. Les congélateurs regorgent d’aliments bizarres et pas très frais.

La gérante veut interdire l’accès de sa chambre aux policiers et lorsque ceux-ci trouvent anormal qu’un congélateur tout neuf trône dans la pièce, celle-ci est atteinte d’un malaise qui les oblige à une évacuation vers l’hôpital le plus proche. Alice Delain prélève quelques bricoles dans ce congélateur, des aliments sous sachets qui semblent plus appétissants que les autres préparations, ainsi qu’un carnet noir.

Dans son laboratoire, un nem plus gros que les autres attire son attention et bingo, c’est le gros lot. Ce nem recouvre une cinquantaine de Napoléons, tandis qu’un autre sachet recèle quelques milliers de dollars. Une aubaine pour Alice dont les moyens financiers sont assez restreints. Jean-Luc, lui, alors qu’il s’introduit en catimini dans l’appartement se trouve nez à nez avec une jeune femme boutonneuse, employée temporaire de la vieille Chinoise mais qui semble lui vouer une haine féroce. Michaud, l’adjoint d’Alice, désirant aider celle-ci absente, décortique quelques sachets, et l’analyse des ingrédients démontre que des éclats d’os humains sont présents dans ces petits pâtés. Nouvelle aubaine pour Alice et Jean-Luc, attiré par les charmes indéniables de la jeune femme, qui montent leur petite entreprise de chantage.

Mais cela n’est pas du goût de L’Hiver, alias monsieur Zheng, un malfrat particulièrement sadique, à la tête d’une mafia sino-parisienne doublé d’un responsable de la restauration chinoise spécialisé dans les plats surgelés, le côté officiel du négoce, et de revente annexes non avouables. Les meurtres vont s’enchaîner au détriment parfois de pauvres innocents.

 

Le lecteur ne restera pas sur sa faim une fois ce roman terminé. Un ouvrage particulièrement roboratif, dont l’humour noir suinte à chaque page, mais qui ne se veut pas une enquête dans les milieux gastronomiques.

Juste une mise en scène quoique les exemples de restaurants, dont les cuisines dans un état de saleté repoussante feraient fuir les clients si d’aventure le chef cuistot les invitaient à une visite guidée, ne manquent pas. L’envers du décor n’est pas toujours reluisant.

C’est aussi une façon de dénoncer ces services de préparation de repas à domicile parallèles qui sortent du marché pour des raisons complexes, et de l’emploi de travailleurs sans papiers. Mais ça on le sait depuis que des boutiques de restauration rapide ont été épinglées justement pour utiliser des travailleurs sans-papiers, sans le savoir paraît-il.

Un roman très cinématographique écrit par un spécialiste de l’audiovisuel, puisque Colin Thibert est aussi bien écrivain que scénariste. Il manie les effets visuels avec une grosse dose de burlesque, les dialogues sont incisifs, sarcastiques, et le tout enveloppé d’une couche de causticité.

Colin THIBERT : Le festin d’Alice. Fayard Noir. Parution septembre 2009. 362 pages. 20,30€.

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 12:28

J'ai rêvé New York, j'ai rêvé New-York,

j'ai rêvé New-York City sur Hudson (Yves Simon).

Dimension New-York 1. Rétrobabylon. Recueil collectif de nouvelles.

Découvrez New-York comme jamais vous ne l'avez vue, ni même imaginée, sauf peut-être en rêve. A l'instar de cette mégapole hétéroclite construite comme un patchwork multiculturel d'ethnies vivant plus ou moins en symbiose, ce recueil se veut éclectique, historique, fantastique, anticipatif, uchronique, ou tout simplement la relation de la vie quotidienne de ses habitants, de ses touristes et bien avant eux de ceux qui l'ont envahie.

Des images qui collent à nos yeux, ces gratte-ciels immenses, Central Park ou encore Harlem, foyer de la culture afro-américaine et ancien ghetto devenu un quartier bourgeois une enclave de Manhattan, le Bronx, réputé pour être le quartier le plus dangereux, Brooklyn, le Queens et Staten Island qui inspira bon nombre d'écrivain de fantastique.

 

Alors parmi tous ces textes, j'ai choisi de vous en présenter quelques-uns, représentatifs de la diversité du recueil.

 

Connaissez-vous l'origine du nom Manhattan ? C'est ce que nous révèle Philippe Lemaire dans Chronique Manna-hata. A l'origine une peuplade d'Amérindiens, alors nommés Indiens pour les raisons historiques que l'on connait, vivait dans cette île. Seulement les Hollandais s'y installèrent, s'abritant derrière des palissades et l'endroit devint Nouvelle-Amsterdam. Chogan apprend à son neveu Achak que les hommes blancs sont morts de peur, car il y aurait des morts-vivants. Il parle même d'un certain Radu Dracula et d'Alexandru Farcau, des envahisseurs venus du Pays-par-delà-la-forêt, de l'autre côté de la grande mer.

 

Profitons-en pour effectuer un bond en avant avec François Darnaudet qui revisite la Légende du Cavalier sans tête, un texte écrit par Washington Irving en 1819-1820. Un texte fondateur devenu sous la plume de Darnaudet Retour à Sleepy Hollow mais dont l'épilogue est étonnant puisque ancré dans la fin du vingtième siècle.

 

L'arrivée au port de Manhattan, le 13 juillet 1863, n'est pas celle qu'escomptaient les cousins Steph et Léo, en provenance directe de Belfast, à bord d'un cargo. Leur petit pécule s'est réduit, le capitaine s'étant montré plus exigeant quant au prix de la traversée que lors de leur embarquement. Ils désirent se rendre en Colombie Britannique, la fièvre de l'or les attirant. Mais pour se rendre au Canada, tout à l'Ouest, ce n'est pas une mince affaire, et les transports coutent chers. C'est ainsi que Steph et Léo découvrent, sous la plume de Patrick Planès cette ville en ébullition, avec ses immigrants, Irlandais, Chinois et les Noirs qui arrivent, la Nigger War, ou guerre de Sécession, les incitant à se rendre dans le Nord. La conscription requiert des jeunes hommes entre vingt et trente-cinq ans, jusqu'à quarante-cinq pour les célibataires. Mais ils découvrent également le racisme, les Américains de fraîche date vitupérant déjà contre les envahisseurs et surtout les Noirs qui leur prennent leur travail alors qu'ils sont obligés d'aller guerroyer. Brisants New-Yorkais tel est le titre de cette nouvelle qui mériterait d'être développée en roman.

 

Toujours dans le domaine historique, proche cette fois, Jean Mazarin nous entraîne dans une forme d'uchronie intitulée Adieu, Général. Imaginez que le Japon soit sorti vainqueur de la confrontation qui l'opposait aux USA lors de la Seconde Guerre Mondiale. Charlène est journaliste depuis cinq ans au New-York Star, un hebdomadaire. Elle doit ramener un entretien avec le général Mac Arthur, le seul grand militaire encore vivant selon son rédacteur en chef. Un chauffeur de taxi Asiate la dépose à la tour Sud du Waldorf et, munie de papiers en bonne et due forme, elle est conduite à l'appartement du général qui possède un valet, l'amiral Nimitz.

 

Cathy Coopman : La dogwalkeuse. Comme son titre l'indique, la protagoniste principale se fait un peu d'argent en promenant le chien d'une dame trop occupée pour le faire elle-même. Shana, irlando-parisienne, productrice de films, fait une coupure à New-York déçue par l'infidélité de son amant. Elle s'est installée dans le Queens chez un ami et ce petit boulot lui sert également de dérivatif. Pendant ce temps, de l'autre côté de l'Hudson, un homme promène son chien, attrape au vol une femme qui manque s'étaler sur le bitume à cause de sa petite chienne. Les deux humains font connaissance de même que les deux canidés, mais pas de la même façon. Seulement comme le constate Mira à Mitch, qui déclare préférer la compagnie des hommes : dix femmes célibataires pour trois hommes, et sur ces trois hommes, une chance sur deux que l'un d'entre eux soit gay. Mira appelle cela de la chance, moi je dirai plutôt un risque, mais c'est elle qui voit après tout. Bon de toute façon ceci ne nous regarde pas, signalons que Mitch et Mira vont faire la connaissance de Shana. Pour la suite reportez-vous au recueil.

 

Jean-Marc Lofficier met en scène la magicienne Sibilla, héroïne des bande dessinées Hexagone (même éditeur) à Tribica, un quartier du bas-Manhattan, repaire d'artistes et de célébrités. D'où le titre évident de Sibilla à Tribica. Et le narrateur n'est autre que Marty Trumbull, agent immobilier, propriétaire de la meilleure agence. Enfin l'une des meilleures, selon lui. Un penthouse lui reste sur les bras à cause d'une mauvaise réputation. Les précédents locataires auraient disparus mystérieusement.

 

Meddy Ligner revisite un mythe new-yorkais et cinématographique dans Quand King Kong débarqua à New-York. Tocard, tel est le surnom donné à ce gamin de dix ans par son père. D'ailleurs sa mère n'est pas mieux lotie puisqu'elle a hérité de celui de la Niaise. Son mari passe son temps à la tabasser, ce qui n'est pas une démonstration d'affection. Tocard se réfugie dans la lecture de ses pulps. Jusqu'au jour où l'arrivée du Roi Kong est annoncée à bord d'un cargo. L'animal est confiné dans une cage immense et Tocard peut l'apercevoir à travers une grille. Lorsque leurs regards se croisent, il en résulte comme une télépathie et un échange de sympathie dans leur malheur.

 

Pierre A. Sicard nous montre dans 25Ȼ qu'un bienfait n'est jamais perdu malgré ce que peuvent penser les égoïstes, et en dépit de cette date fatidique que fut le 11 septembre 2001. Une histoire ricochet qui débute par une pomme offerte par un vieil épicier immigré à Matthew, lui-même originaire de Taïwan et devenu un ponte new-yorkais. Matthew passe à côté d'une SDF allongée et dormant sur le trottoir. Contrairement aux nouveaux riches, il lui donne un quart de dollar, seule pièce qu'il possède dans sa poche, mais la jeune paumée lui demande s'il n'aurait pas une pomme.

 

Avec Robert Barr, on ne quitte pas les milieux de l'argent, avec Le sorcier de Wall Street. Une histoire boomerang qui met en scène un nouveau riche prétentieux et arrogant. Il a débuté petit, est devenu très grand, mais est resté rapiat. Par exemple il ne prend pas de ticket à l'unité pour voyager à bord du Wall Street Express, mais une carte d'abonnement que tous les jours le conducteur, l'ancêtre du contrôleur, poinçonne. Un matin Jim Blades a omis de se munir de ce fameux bon de voyage et Peter McKim lui réclame un dollar. Blades furieux demande, exige même que le lendemain sa carte soit poinçonnée deux fois. Rien n'y fait, McKim se retranche derrière le règlement. Et si Blades ne veut pas s'acquitter de la modique somme, il sera débarqué manu militari en rase campagne.

 

Avec Entrailles Daphnis Olivier Boelens nous propose de visiter une autre facette de Big Apple, méconnue et dangereuse : ses bas-fonds. Et bas-fonds est le mot adéquat, car des individus, ceux que l'on nomme avec mépris les rebuts de la société, vivent sous terre. Et ce n'est pas franchement folichon. Une parabole sur l'avenir de la société si les riches s'engraissent de façon éhontée et les pauvres, les déshérités, obligés de se cacher pour survivre. Une histoire assez absconse, à mon avis, et qui démarque par son approche sociologique des autres nouvelles du recueil.

 

Christian Surieux nous emmène, dans NY Velvet plus loin dans le temps, franchissant allègrement quelques centaines de siècles alors que la Terre n'est plus qu'une immense Zone de détritus. Tout a commencé au Bronx, avec l'accumulation de déchets, puis cela s'est étendu pour tout recouvrir. Cinq gamins férus de musique, la leur, une autre musique, ont décidé avec l'aide de leur manager Vernon Sullivan, de sonder les couches entreposées les unes sur les autres, et de récupérer des sons. David Bowie, Lou Reed, des images, Andy Warhol, et leur groupe devient le New-York Velvet. Une autre façon de décliner : Toute la musique que j'aime, elle vient de là, elle vient d'la bouse...

 

La musique, mais également l'art photographique ont inspiré Rémi Guyard qui fait revivre Robert Mapplethorpe, le célèbre photographe portraitiste américain, et Patti Smith, qui non contente d'être la marraine du mouvement punk, s'adonne aussi bien à la musique, à la chanson, à la poésie, à la peinture et à la photographie. Une fiction librement inspirée par ces deux icones dans Parce que la nuit...

 

Maintenant à vous de découvrir ce monde de teinté de noirceur et merveilleux à la fois. La ville qui attirait les immigrés alors que la Statue de la Liberté n'était pas encore érigée et qui représente encore de nos jours le symbole d'un monde nouveau. Une ville véritable parc d'attraction en grandeur inhumaine et pourtant si chaleureuse, vivante, musicale, entreprise de rêves et peut-être de déceptions. Voyagez avec tous ces auteurs, sans ressentir de déception justement car la qualité et la quantité sont garanties.

Voyagez dans le temps, d'hier ou de demain. Personnellement j'ai préféré les nouvelles qui montraient New-York hier, voire même aujourd'hui, à celles de demain. Hier représentait l'espoir, l'espérance pour de nombreux immigrés, Irlandais, Italiens, Chinois, et pour les Noirs qui n'étaient plus considérés comme des esclaves, ou ne devaient plus l'être. Demain est trop incertain, trop noir, trop pessimiste.

Les jeunes plumes côtoient les vieux routiers et nous font croquer dans la Grosse Pomme, et laissez-vous tentez comme Blanche-Neige à la dégustation d'un fruit rutilant même si parfois le ver est dedans car il n'en aura que plus de goût.

 

Il ne manque juste que la liste des morceaux musicaux placés en introduction des textes.

 

TABLE DES MATIERES:

Préface de Philippe Ward qui a également écrit une introduction à chaque nouvelle en se référant à chaque fois à une chanson ayant New-York pour thème. Les traductions sont assurées par Jean-Daniel Brèque.

 

Daphnis Olivier Boelens : Entrailles

Philippe Lemaire : Chronique Manna-hata

Patrick Planès : Brisants New-Yorkais

François Darnaudet : Retour à Sleepy Hollow

Estelle Faye : Gardens in the Desert

Fabien Clavel : Rome n'est plus dans Rome

Romain Dasnoy : Un Télégramme pour Manhattan

Chantal Robillard : Ex

Jean-Marc Lofficier : Sibilla à Tribeca

Alize Gabaude : Grace

Roger Facon : Les Visages Voilés de Ténèbres

Olivier Deparis : Conditionnés pour survivre

Meddy Ligner : Quand King Kong débarqua à New York

Anne Escaffit : Mon New York, Ta Lumière

Vincent Jounieaux : Mini York

Luce Basseterre : Ceux qui sont restés

Pascal Malosse : Nocturnes

Jean Mazarin : Adieu, Général...

Maxime Tedesco : Les Rêveurs de Brooklyn Island

Arnauld Pontier : Liberty Island

Eric Boissau : Des Vers dans la Pomme

David Criscuolo : Station Fantôme

Catherine Rabier : Skyline

Christian Surieux : NY Velvet

Robert Barr : Le Sorcier de Wall Street

Robert Barr : Opération Boursière

Pierre-A. Sicart : 25Ȼ

Cathy Coopman : La Dogwalkeuse

Michael Espinosa : Les Invisibles

Rémy Guyard : Parce que la nuit...

Dimension New-York 1. Rétrobabylon. Recueil collectif de nouvelles. Collection Fusée N°39. Editions Rivière Blanche. Parution Août 2015. 570 pages. 35,00€.

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 11:07

Et pourtant, il y en a toujours une...

Mehdy BRUNET : Sans raison...

Une heure et demie de plaisir suivie par des jours d'angoisse, de colère, de recherche, de vengeance...

Tout ça parce que la femme de Josey Kovalsky lui a offert deux places pour aller assister en compagnie de William, leur fils, à l'antépénultième match de championnat de football de la saison, opposant Bordeaux au Paris-Saint-Germain. C'était le 11 mai 2004, et pour la petite histoire les Girondins avaient gagné 3 buts à 0.

La rentrée à la maison, qui aurait pu être euphorique, réserve bien des surprises à Josey. De désagréables surprises. Déjà en arrivant près de sa maison, il a été ébloui par un chauffard roulant à très vive allure dans une espèce de van, une batterie de phares qui ne sont pas d'origine le distinguant. Le jardin est dévasté, la niche du chien défoncée et à l'intérieur tout a été chamboulé, comme si un typhon était passé par là durant son absence. Mais de sa femme Christine et de sa fille Katie, aucune trace. Ah si ! sur le sol des traînées sombres. Du sang !

Aussitôt il prévient la police et son père. En attendant il effectue des recherches avec son fils William lequel découvre Nemrod, leur chien, pendu dans un placard. Trop c'est trop !

Le lendemain, après une nuit à passer à tourner dans sa tête toutes sortes de pensées négatives, Josey décide de rechercher sur Internet la marque de la camionnette. Un message l'attend dans sa boîte : Il faut bien que le papa en profite. Signé Sept. Une vidéo est jointe et Josey comprend qu'il nage en pleine horreur.

Ames sensibles s'abstenir.

Cinq hommes cagoulés violent sa femme sous les yeux de sa fille qui est terrorisée. Un jeu pour ces barbares qui s'amusent, s'esclaffent. L'un d'eux urine même sur le ventre de la jeune femme avant de lui asséner des coups de pieds.

Je ne vais pas plus loin mais sachez que ce que Christine subit est pire que ce que vous pouvez imaginer.

 

Bien entendu ces vidéos, d'autres suivront avec des messages signés Sept, sont confiées aux policiers qui vont chercher à en déterminer la provenance.

Peu de temps après Christine et Katie sont retrouvées dans la Seine, près de Boulogne. Katie s'est noyée, attachée à sa mère qui s'est fracassée le crâne. Ackerman, de la Criminelle est en charge du dossier et les investigations menées par ses collègues les mènent à l'île Seguin. Des entrepôts promis à la démolition sont le lieu de rendez-vous de petits voyous, de drogués, mais il apparait que ce fut également celui des ravisseurs de Christine et sa fille. Des traces de sang sont retrouvées sur un muret. Apparemment celui de Christine lorsqu'elle a voulu s'échapper. Une évasion fatale.

Josey et son père Aleksander décident de remonter la piste, parallèlement à l'enquête menée par Ackerman et son équipier Garcia. Adrian, le grand-père de Josey, un octogénaire originaire de Pologne qui a longtemps gravité dans les milieux des agents secrets, attaché à l'ambassade de Pologne, leur propose de les aider en activant ses contacts.

Après l'inhumation de Christine et de Katie, Josey confie William à ses beaux-parents, puis il se rend à Paris désirant à tout prix remonter la piste des ravisseurs et les retrouver avant les forces de l'ordre. Il parvient à obtenir quelques renseignement et la traque commence.

Le mouton s'est transformé en loup et un âpre combat fait de courses poursuites, de chassés-croisés, de loupés et de coups de bol, s'engage entre lui et les assassins.

Seulement une question le taraude, et taraude le lecteur par la même occasion. Pourquoi ?

Pourquoi Sept et ses hommes s'en sont pris à Christine et à sa fille ? Quelles sont les raisons, les motivations de cet enlèvement et des sévices qui ont été administrés à Christine, qui, j'ai omis de le préciser, était enceinte. Qui se cache derrière tout ça ? Car pour Josey et son père, Sept n'a pas monté cet enlèvement uniquement pour le plaisir. Et qui est ce vieillard affublé d'un chapeau de feutre qui les suit comme leur ombre ?

 

Un roman âpre, dur, poignant, qui met en scène un père à la recherche des violeurs et assassins par procuration de sa femme et de sa fille.

Josey, un garagiste sans histoire, va devenir un redoutable chasseur, n'hésitant pas à employer tous les moyens possibles pour arriver à ses fins. Il n'a plus en tête que l'élimination des kidnappeurs, malgré les objurgations d'Ackerman qui souhaiterait qu'il reste sur la touche. Obstiné, acharné, opiniâtre, aidé de son père, il devient un être violent, parfois aveuglé par la colère, devenant le mercenaire de ses sentiments de revanche, de destruction.

Habilement construit, dans une progression sans faille, avec des dialogues réalistes, des personnages peut-être un peu forcés, notamment celui de Josey, mais dans les mêmes circonstances l'on ne peut jamais préjuger de nos réactions, un épilogue époustouflant très cinématographique, ce roman est prometteur de l'avenir de son auteur. Je regrette juste, mais ce n'est que mon avis, personnel et subjectif, des scènes trop réalistes, trop violentes. Je suis plus un adepte du suggestif que du descriptif, n'étant pas un amateur des débordements de brutalité ni un fanatique d'émission de téléréalité. Nul doute que ces passages enchanteront tous ceux qui veulent vibrer en direct, ressentir les coups comme s'ils participaient en tant que spectateurs invités à la programmation.

 

Ce n'est pas la première histoire qui met en scène un homme normal qui va se révéler comme un traqueur sans scrupule à la recherche des assassins de sa femme et de sa fille, mais ici cette intrigue prend une autre dimension, poignante et émouvante.

Un épilogue qui théoriquement est une porte de sortie mais se trouve être la porte d'entrée d'un nouveau roman, une suite des aventures de certains des personnages. Alors à suivre...

Mehdy BRUNET : Sans raison... Editions Taurnada. Parution 27 avril 2015. 274 pages. 9,99€.

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 12:35

Johnny be Gode ou Cinquante et une nuances de Grey, Man...

Nigel GREYMAN : Butterface.

En ce mois de mai 1972, Karl Gut, chasseur de primes, est en mission dans l'Ohio à la recherche d'un certain Whity Bullfrog.

Il s'empresse de déguerpir de Gulch City la queue entre les jambes, son bon cœur l'ayant encore une fois obligé à honorer une brunette qui est délaissée par son mari qui travaille de nuit. Ce brave homme est rentré chez lui un peu plus tôt que prévu, alors que Karl avait contenté grâce à Johnny, son membre associé en amour, cette quémandeuse de frissons. D'ailleurs des frissons ils en ont eu tous les deux avec ajouts d'accessoires dans les parties intimes et suppléments de drogue en injection pour finir. Mais avant de s'esbigner à bord de son véhicule Karl a pris soin de se servir en dollars trouvés dans un tiroir tandis que la gente dame se lavait les coins et les recoins.

Bref Karl Gut fonce sur la route lorsqu'il aperçoit une fort aimable jeune fille, marchant à pieds sur le bitume, portant une lourde valise à bout de bras, ce qui risque de la déformer ce qui serait dommage. La conversation s'engage dans le véhicule et la jeune femme, Butterface, est fort intriguée par le moignon qu'arbore Karl Gut. Il a perdu sa main gauche au Vietnam, et ne l'a jamais retrouvée. Elle n'était pas en stock aux objets trouvés. Cela ne l'empêche pas de batifoler et il le démontrera à plusieurs reprises, ce moignon mignon pouvant suppléer par exemple un membre ou un accessoire quelconque lors des travaux de l'amour.

Sans complexe ni vergogne Butterface propose qu'ils prennent à l'hôtel qu'une chambre, histoire de réduire les frais et de se réchauffer. Elle veut savoir si Karl n'a qu'un moignon, ou si le reste n'a pas été amputé, aussi durant toute la nuit ils vont s'explorer mutuellement dans tous les plis et replis. Au petit matin, lorsque Karl se réveille fourbu mais satisfait, la belle s'est éclipsée, laissant sous le lit sa lourde valise. Pas banal le contenu...

Karl va poursuivre ses missions mais non plus en recherchant Whity Bullfrog, et on le retrouve quelques années plus tard, alors qu'il doit assister à Chicago à un congrès du syndicat des chasseurs de primes. Il retrouvera Butterface, mais n'aura pas l'occasion de l'approcher.

Des femmes il en rencontrera, des jeunes, des moins jeunes, des joufflues, des mafflues, des mamelues, des enrobées, des dodues, des callipyges, des moins sculptées mais toujours des goulues de sexe, dans toutes les positions, même celles qui ne sont pas recensées dans le Kâma-Sûtra. Forcément, depuis que cet ouvrage a été rédigé pour pallier le manque de vidéos et de sites internet spécialisés dans la démonstration d'une copulation réussie avec un ou plusieurs partenaires, l'homme et la femme n'ont eu de cesse d'améliorer les échanges et les emboîtages destinés au simulacre de la reproduction.

Donc nous suivons Karl Gut dans diverses affaires qui le requièrent, avec toujours en ligne de mire sa Butterface dont il est tombé amoureux, et satisfaisant à moult reprises sa libido et celles de partenaires non seulement consentantes, mais au contraire demandeuses et avides.

 

Comme vous l'aurez compris ce livre, qui est avant tout un roman policier noir, quoi que, Butterface est aussi un roman érotique décliné parfois crûment, parfois avec poésie. Et on y apprend que l'amour au téléphone possède certains avantages, dont celui de satisfaire une partenaire à distance sans se fouler le poignet. Nigel Greyman nous propose même une solution pour reconnaître une jumelle de sa sœur, mais à condition que celle-ci soit dans le plus simple appareil.

 

Comment lire un tel roman quand on n'a qu'un moignon à la place d'une main et que l'autre menotte est occupée par ailleurs, tel est le problème qui se pose mais peut être résolu si l'on s'y met à deux, l'un lisant la page de gauche, le ou la partenaire s'occupant de la page de droite, ou vice versa...

 

Il est de notoriété de vigneron que les Américains ne sont pas férus en œnologie. Aussi confondre Morgon qui est une appellation du Beaujolais comme un Bourgogne ne m'étonne pas. Mais que le traducteur ait laissé passer cette bourde, cela m'abasourdit quelque peu, à moins qu'il ait préféré montrer qu'il respectait fidèlement le texte originel !

 

A lire en écoutant un bon vieux disque de Buddy Guy....

 

Ce roman se décline en quatre épisodes intitulés : Un trou dans l'Ohio, Chica go home, Balles à blanche, Label du saigneur. Vous pouvez retrouver Butterface en version numérique sous le titre Butterface passion (SKA) à télécharger sur toutes les plateformes de librairies numériques en ligne. Egalement paru en feuilleton de 4 épisodes chez SKA.

Nigel GREYMAN : Butterface. Traduction de l'anglais par Max Obione. Editions du Horsain. Parution le 16 août 2015. 174 pages. 8,00€.

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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 13:41

Le parcours du combattant d'un musicien...

Bernard THILIE : La prise du Sébastopol.

Le 14 juillet 1905 aurait pu n'être qu'un 14 juillet banal, semblable à tous ceux qui se sont déroulés auparavant. Pourtant Raphael, dix ans, s'en souviendra toute sa vie.

Chaperonné par Colette, la jeune bonne de son père Modeste, droguiste à Roubaix, elle-même accompagnée par Armand le fils du maréchal-ferrant, ils arpentent la fête foraine qui bat son plein. Raphaël est attiré par une baraque foraine plus discrète que les autres et un bateleur encourage les promeneurs à entrer sous la tente.

Une troupe de saltimbanques va interpréter Les Noces de Figaro, du méconnu, à l'époque, Fout le camp du canapé ou met des housses Mozart. Une troupe de renommée internationale d'après l'aboyeur, mais une troupe miteuse qui néanmoins laisse un souvenir impérissable au gamin, lequel décide de devenir musicien.

Il va tâter du piano et du violon, faire des pieds et des mains pour obtenir des cours et son destin est tout tracé. Mais il se sent à l'étroit et incompris dans l'échoppe familiale, et puis des épisodes tragiques vont le perturber. Colette s'est mariée avec Armand, mais celui-ci part en stage à Paris dans une usine de construction d'automobiles. La belle-mère de Colette lui mène la vie dure et la jeune épousée se suicide. Raphaël éprouve un vif chagrin. Colette était son amie, et peut-être un peu plus.

Il a dix-sept ans, et possibilité lui est donnée de passer un concours d'entrée au Conservatoire de Lille. A défaut de Paris, c'est là qu'il va aller, d'autant qu'il se montre bon musicien, à défaut d'être un grand musicien, et apte à diriger un orchestre, en remplacement d'un professeur en retard. Puis il part sillonner l'Europe des musiciens, jouant dans des troquets. D'abord en Belgique, en Hollande, puis jusqu'à Prague, à la découverte des compositeurs renommés ou avec lesquels il se sent en phase malgré les préjugés de certains de ses professeurs. Un périple qui l'aguerrit puis ce sera le retour à Roubaix, l'étriquée et l'envol vers Paris, la lumière qui attire les phalènes et les artistes.

A Paris, installé à Montmartre, qui n'était pas encore un quartier surfait, il fait la connaissance de Georges et de sa copine Anna, qui lui présente une collègue Céline. Le coup de foudre entre les deux jeunes gens est immédiat. C'est le soir du réveillon de décembre 1913. Ils s'installent ensemble, mais les parents de la jeune fille refuse le mariage alors elle part en Angleterre, et le conflit avec l'Allemagne arrive avec son lot de malheurs. Il entre aux Concerts Colonne, un établissement prestigieux.

Raphaël est incorporé, malgré un passage raté consciemment lors du conseil de révision. Il participe à la guerre des tranchées, mais parvient toutefois à monter un petit orchestre. Les mois passent, les saisons se succèdent et un jour alors qu'il est en reconnaissance avec quelque frères d'arme, le brouillard les sépare et il se retrouve au milieux d'une colonne ennemie. Fait prisonnier, là encore il monte un petit orchestre, et tente de s'évader. Repris il est envoyé à l'autre bout de l'Allemagne dans un camp de prisonniers. Afin de pouvoir manger à sa faim, il est volontaire pour des corvées de bûcheron, mais sa main, coincée par un tronc d'arbre, est endommagée. Sa carrière de musicien est fichue, pourtant il parvient à surmonter les épreuves à force d'abnégation.

 

Comme des souvenirs qui remontent à la surface, les événements s'enchevêtrent dans un joyeux désordre dans l'esprit du lecteur. A un certain moment, Raphael a dix-sept ans, quelques pages plus loin, il est invité par Blériot à son premier vol en avion, quelque temps avant que le célèbre aviateur gagne son pari en survolant la Manche. Le 25 juillet 1909. Première dichotomie d'âge. Et, par un heureux concours de circonstance, alors qu'il aurait pu être engagé dans l'orchestre du Titanic, les dieux de la musique jouent en sa faveur. Il n'a pas le pied marin. Il reste à quai tandis que le paquebot rencontre inopinément un iceberg qui s'est détourné de son chemin le 15 avril 1912. Il a vingt-deux ans. Du moins c'est ce qui est annoncé page 89. Mais si on calcule bien, normalement il ne devrait en avoir que dix-sept, puisqu'en 1905, il en avait dix. Et ainsi de suite, on navigue entre les âges. Lorsqu'il rentre de captivité fin 1919, lui et ses compagnons avaient été oubliés par l'administration (!), il a vingt-cinq ans. Le temps joue en sa faveur.

Cet petit problème posé, et non résolu, revenons à Raphaël et à sa vocation. Une vocation qu'il tentera de mener à bien, malgré les difficultés familiales, la guerre, le chômage (déjà) qui atteint cette profession artistique aléatoire, grâce à une persévérance sans faille et une abnégation de tous les moments.

Mais c'est aussi la description très détaillée d'une époque, avec les faits divers qui sont relatés, et un humour toujours présent. Si le lecteur peut ressentir une certaine analogie avec Jean-Christophe de Romain Rolland, le contexte mais pas le même avenir, il s'amusera aux diverses scènes qui émaillent la vie dans le premier camp de prisonnier dans lequel Raphaël est interné. Les situations et les personnages, dont un militaire qui se nomme Schoulz, font irrésistiblement penser à la série télévisée parodique Stalag 13 intitulée également Papa Schultz. Justement des rapprochements de l'esprit de ma part, car les points de divergence sont plus nombreux que ceux qui peuvent s'apparenter. Et le Schoulz du roman est loin de posséder la maladresse affable du sergent de la série télévisée, même s'il est coincé du bulbe.

L'humour y est présent, moins cabotin que dans les précédents romans de l'auteur, mettant en scène une bande de Pieds Nickelés nordistes, mais si cet humour y est parfois plus caustique, sarcastique, il reste empreint de bonhommie. Le vocabulaire, les tournures de phrases y sont pour beaucoup, et s'il fallait émettre une comparaison, une de plus penserez-vous, Bernard Thilie serait à rapprocher de Raymond Devos plus que de Guy Bedos. C'est dire qu'à aucun moment il tombe dans la facilité et la vulgarité.

La prise du Sébastopol est également un roman musical, dédié à Mahler, Stravinsky et Mozart, ce compositeur redécouvert au milieu des années cinquante grâce à un bicentenaire fort bien venu. Quant à expliquer le titre, sachez que le Sébastopol en question existe toujours à Lille.

 

Il aimait son pays. Tout le monde aimait son pays, y compris ceux d'en face. Pas plus que les autres, il ne supportait que quelqu'un y pénètre sans être invité. Dans ces cas-là, il restait une seule solution, mettre l'intrus à la porte à grands coups de pompe dans le train. Jusque là, l'accord faisait l'unanimité. Par contre il refusait le bourrage de crâne fait de cette mythologie infantile sur la patrie, la revanche de 1870, le culte du soldat avec ses cartes postales édifiantes, la cocarde en papier crépon, le coq gaulois sur son tas de fumier, le regard sur la ligne bleue des Vosges. Le soldat, pas le coq.

Bernard THILIE : La prise du Sébastopol. Collection Roman historique. Editions Ravet-Anceau. Parution le 23 mars 2015. 272 pages. 12,00€.

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 12:38

Toujours dans les mauvais coups ces braves bêtes...

James HOLIN : Sacré temps de chien.

Après avoir été journaliste d'investigation dans de grands magazines parisiens, Mireille Panckoucke végète depuis deux ou trois ans au Courrier picard, journal dans lequel elle fit ses débuts.

La maladie l'a mise sur la touche et elle est revenue au pays en compagnie d'Alexandre, critique cinématographique toujours parti par monts et par vaux, et de sa fille Julie vingt ans. Et elle s'est installée en baie de Somme à Saint-Valéry comme correspondante locale. Jérôme Coucy, le rédacteur en chef du Courrier picard qui fut son premier mari et père de Julie, est embêté à cause de la défection d'un de ses journalistes. Aussi il demande à Mireille de pallier cette absence.

Les élections législatives approchent et elle doit suivre la campagne d'un candidat parachuté dans la circonscription, un nommé Mirlitouze inconnu au bataillon. Malgré ses réticences car elle ne fait pas de politique, Mireille veut bien tenir le rôle qui lui est dévolu, mais une autre affaire l'accapare. Deux corps ont été repêchés par un chalut, et les premières constatations ne sont pas en faveur d'une noyade accidentelle. D'autant que les cadavres appartenaient à une association écologique, Mare nostrum. La gendarmerie locale refile le bébé à la gendarmerie maritime, gérée par le major Lécuyer dont elle a fait la connaissance lors d'une affaire précédente.

Pendant ce temps, à la prison de Fleury-Mérogis, c'est la levée d'écrou pour Albert Emery, petit truand qui vient de purger deux ans de taule pour des braquages dans la région de Boulogne-sur-mer. Il décide de revenir dans sa région, la baie de Somme, mais est interdit de séjour à Boulogne, lieu de ses méfaits. Sa motivation réside en une grosse poignée d'argent dont il aurait été spolié par l'un de ses complices. Mais pour cela il faut mettre la main dessus. C'est-à-dire retrouver François le Boulanger, lequel l'a roulé dans la farine

Les chemins d'Albert Emery et de Mireille Panckoucke vont se croiser, pour le meilleur et pour le pire.

Traversant ce roman à bord de son taxi, Maxime Pankratov, d'origine russe, aux idées quelque peu fascistes, et d'autres personnages qui se révèlent hauts en couleurs au fil des pages. Ce qui permet à l'auteur d'asséner quelques vérités, notamment sur les politiciens et la politique.

 

Ce livre possède les qualités et les défauts d'un premier roman. Des scènes très vivantes, visuelles, cocasses, tragiques, émouvantes, ainsi que des dialogues crédibles même si l'on s'amuse aux propos échangés entre Mireille et Alexandre, l'une tutoyant l'autre et l'autre vouvoyant la première.

On retiendra par exemple la sortie en mer malgré la tempête, le courage démontré par Albert Emery. Ou encore la scène nocturne que surprend Mireille dans le château d'Orival, propriété du père du prétendant de Julie, Alexandre ayant été invité à une partie de chasse. Partie de chasse qui elle-même ne manque pas de piquant. Ou encore cet épisode hilarant (de la baie de Somme) entre Leleu, un gros (dans tous les sens du terme) mareyeur et armateur de pêche de la région, qui se présente aux élections et Mirlitouze lors d'une criée.

Seulement quelques petites erreurs, quelques contradictions, qui ne sont pas graves mais gâchent le plaisir se sont glissées dans le texte, par exemple sur l'âge de Mireille. Au début, par déduction on peut attribuer une quarantaine d'années à Mireille, mais vers la fin elle affiche sereinement ses cinquante cinq ans. Et personnellement je n'imaginais pas Mireille en femme couguar, mais après tout pourquoi pas. Quant à Albert Emery, son caractère évolue au fil de l'action, ce qui n'est pas plus mal, tout en gardant son désir de revanche.

Il n'était ni de droite, ni de gauche, ni de rien. La seule chose sûre, c'est que les partis, comme tous les groupements, du reste, lui faisaient horreur. Cela lui semblait la négation de l'intelligence et de la liberté. Aller s'embrigader volontairement, perdre du temps, la chose la plus précieuse, pour servir les appétits de pouvoir de médiocres cyniques, était pour lui de la dernière folie.

James HOLIN : Sacré temps de chien. Collection Polars en Nord N° 191. Editions Ravet-Anceau. Parution le 6 juillet 2015. 240 pages. 11,00€.

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 13:43

Une enquête médiévale comme si vous y étiez, avec

problème de chambre close à la clé !

Paul HARDING : Sacrilège à Blackfriars

Dans un registre, qui plaira aux amateurs de bons vieux romans policiers d’énigme dont le charme n’est pas si suranné comme d’aucuns voudraient nous en persuader, Sacrilège à Blackfriars de Paul Harding, sous-titré troisième des riches et navrantes aventures de frère Athelstan.

L’action, ou plutôt les actions comme la suite le démontrera, se passe à Londres et ses environs en l’an de grâce 1379. L’été se met progressivement en place mais il n’est point besoin des ardents rayons du soleil pour que Sir John Cranston, le coroner de la cité, ait recours à sa gourde mystérieuse.

Homme rubicond et gargantuesque avant l’heure, il aime sa femme, ses deux marmousets (des jumeaux qui lui ressemblent physiquement pour l’heure puisqu’ils ne sont âgées que de quelques mois), la dive bouteille et la bonne chère. Le tout dans le désordre afin de ne déplaire à personne.

Invité à un grand banquet au palais de Savoie par le régent du royaume, Jean de Gand et le futur roi Richard II, il est mis au défi par un noble Italien, Gian Galeazzo, de résoudre en quinze jours une énigme de meurtres en chambre close. Des crimes ont été perpétrés autrefois dans la demeure ancestrale et aucun des interlocuteurs qu’il a sollicités a pu apporté de solution fiable. Une prime conséquente de 1000 livres est à la clé. Si Sir John ne peut résoudre ce petit problème, c’est lui qui devra débourser la somme en jeu.

Et Sir John compte bien sur son clerc, frère Athelstan, afin de le sortir de ce mauvais pas. Frère Athelstan pendant ce temps est confronté à deux dilemmes d’origines macabres. La première affaire réside dans la disparition de frère Alcuin, un de ses anciens condisciples du couvent de Blackfriars, disparition accompagnée d’assassinats déguisés en accidents. Plus la mise à jour d’un cadavre de femme au cours de la rénovation du chœur de la petite église dont il est le prêtre, découverte qui perturbe profondément la vie quotidienne de la paroisse puisque cette exhumation s’accompagne de miracles.

Voilà pour le décor et la mise en scène. Pour le reste, je vous conseille fortement la lecture de ce roman de Paul Harding, qui signe aussi des romans sous les pseudonymes ou patronymes de C.L. Grâce ou Paul C. Doherty, et est dans le civil professeur d’histoire médiévale.

Des romans qui ne sacrifient pas à la démonstration pédagogique mais au contraire se veulent imprégnés d’une atmosphère bon enfant dont le but principal est de narrer de façon plaisante des histoires imbriquées les unes dans les autres sans forfanterie.

 

Paul HARDING : Sacrilège à Blackfriars

Paul HARDING : Sacrilège à Blackfriars (Murder Most Holy - 1992. Traduction de Anne Bruneau & Christiane Poussier). Collection Grands Détectives N°3226. Editions 10/18. Première parution 2 novembre 2000. 288 pages. 7,80€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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