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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 16:46

Il a tout d'un grand !

Sébastien GEHAN : La traque.

Le Havre. 23 février 1942.

Simon Rafsjus, un gamin juif, déambule dans les rues, rentrant chez lui, la faim lui tenaillant le ventre. Il contemple les vitrines et la transformation de la cité portuaire.

Les Allemands construisent les édifices destinés à prévenir un débarquement des Américains, ce fameux mur de l'Atlantique qui remonte jusque dans la Manche et qui en réalité n'empêchera rien. Tant mieux.

Simon reluque les affiches vantant les mérites d'un apéritif au quinquina, dont son père raffole, et collées en dessous celles dénonçant les Résistants manipulés par les Soviets et les Juifs.

Les Juifs, stigmatisés, sur qui toute la vindicte se cristallise. Il faut bien trouver des coupables, un exutoire racial et ségrégationniste.

 

Février 2007.

Moussa, quatorze ans, en France depuis huit ans en provenance du Sénégal avec ses parents et ses deux jeunes sœurs, rentre de l'école. La maîtresse l'aime bien, elle lui fait même un petit signe amical de la main. Il baguenaude mais depuis juillet 2003 la loi Sarkozy est passée par là et depuis lui et sa famille sont en situation irrégulière.

 

Tous deux, Simon et Moussa, à soixante cinq ans d'écart vivent le même drame. Rentrant chez eux ils aperçoivent un fourgon cellulaire emmenant leur famille proscrite.

 

Sébastien Géhan met en parallèle deux situations, deux opprobres liés à l'origine de familles intégrées mais rejetées par un système politique alimenté par des relents de racisme, d'exclusion. Des sentiments de rejet entretenus par la jalousie, la peur de l'autre, de l'étranger, dont les modes de vie ou de religion sont considérés comme dérangeants.

Mais ce qui est dérangeant, c'est bien cet ostracisme qui perdure, malgré les déclarations démagogiques.

Sébastien GEHAN : La traque. Nouvelle. Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution 3 janvier 2017. 14 pages. 1,99€.

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 15:11

Les gens m'appellent l'idole des...

Brice TARVEL : L'idole viking.

Il est parfois des coïncidences étonnantes qui conduisent nos héros à se propulser dans de nouvelles aventures.

Alors que Bill Ballantine lit un ouvrage, emprunté dans l'imposante bibliothèque de son ami Bob Morane, et relatant l'invasion de l'Amérique du Nord par les Vikings, l'aventurier reçoit un appel téléphonique de son autre ami, le professeur Clairembart, éminent archéologue se trouvant actuellement en Amérique du Sud pour ses travaux de recherches.

L'hypothèse de la migration islandaise émise en 1837 fut confortée en 1960 par l’explorateur norvégien Dr. Helge Ingstad et sa femme archéologue Anne Stine Ingstad. Petit point historique qui n'a rien à voir avec l'aventure à laquelle va être confronté Bob Morane mais qui apporte un support de véracité sur ce qui va suivre, la saga islandaise n'étant pas avare de légendes.

Donc, le professeur Clairembart demande à Bob Morane de lui rendre un petit service. Il est retenu en Colombie et il s'est engagé à superviser la thèse d'une doctorante qui doit exposer une partie de ses travaux le soir même à Paris. Le sujet de la thèse retenue par la charmante (Bob n'en doute point) Hélène Dorléans, concerne la présence des Vikings en territoire nord-américain et en particulier leur utilisation de certaines substances pour se transformer en surhommes.

Bob Morane accepte volontiers de rencontrer la charmante (il peut vérifier de visu que sa supposition n'était pas erronée) Hélène à l'université Panthéon-Sorbonne. Elle parle notamment des berserkers, les guerriers surpuissants qui doivent leur état de géant grâce à un onguent magique. Elle est accompagnée d'un individu qui est aussi laid qu'elle est belle, et aussi massif qu'elle est fragile. Il s'agit d'un milliardaire Américain philanthrope, du moins c'est ce qu'elle croit, du nom de Harry Morgan. Il n'est guère sympathique, mais comme il s'est proposé de financer la mission archéologique qu'elle prépare, il ne faut pas faire la fine bouche.

Alors qu'Hélène et Bob prennent un pot à la terrasse d'un café, parler donne soif et une réunion devant un verre aide à mieux se connaître, trois motards arborant la panoplie du parfait loubard s'invitent avec fracas. Malgré l'intervention musclée de Bob Morane, qui au passage d'un casque sur sa tête se retrouve quelque peu dans les pommes, ceux-ci s'emparent du sac à main de l'archéologue. Heureusement le réticule ne contenait guère d'objets importants.

Et si les motards étaient des hommes de main d'Harry Morgan, se demande Morane. La belle Hélène, qui sur le coup se montre un peu poire, ne croit pas à cette hypothèse. Mais Aristide Clairembart, qui les joint téléphoniquement, se méfie également de Morgan. On devrait toujours se méfier de quelqu'un qui se nomme Morgan, qu'il soit banquier ou pirate. Bref, à la fin de la conversation, Bob Morane, sur les conseils de son vieil ami, s'institue garde du corps d'Hélène, et doit l'accompagner en Normandie, chez un vieil érudit nommé Onésime Effratas, passionné par tout ce qui a un rapport quelconque avec les Vikings et habitant non loin de Fécamp.

Le vieil archéologue leur remet un livre et un plan, une carte topographique incomplète qui confirme que les Vikings se sont aventurés en terre américaine, ne se contentant pas de rester sur le rivage. Anselme de Blois, un moine ayant vécu quelques centaines d'années auparavant, serait l'auteur de ce relevé, mais méfiant il aurait disséminé un peu partout les compléments d'objet direct ou indirect, des éléments manquants aux quatre coins voire plus de l'Europe, dont quelques pages du grimoire en Belgique.

Et voilà notre ami, depuis le temps que nous le fréquentons Bob Morane peut se targuer de jouir de notre affection, notre ami écrivais-je, en route pour la Belgique, puis dans les Pyrénées pour enfin terminer son parcours jusque dans le parc de Mammoth Cave, traversé par la Green River, et aux kilomètres de galeries souterraines. Un parcours semé d'embûches de toutes sortes dont Bob Morane, la belle Hélène et Bill Ballentine auront bien du mal à se dépêtrer, tout cela à cause d'une statuette productrice d'onguent gris. Et toujours sur leur chemin Harry Morgan accompagné de ses sbires dont un géant particulièrement coriace, un géant vert de rage envers nos amis, se dresse sur leur chemin.

 

 

Souterrains de Mammoth Cave

Souterrains de Mammoth Cave

Partant d'un postulat qui est avéré, la présence des Vikings en terre amérindienne, agrémenté de vieux manuscrits et d'une bonne dose d'aventures périlleuses dont nos héros auront du mal à se dépêtrer, ce nouvel épisode de Bob Morane nous plonge dans la délicieuse atmosphère de terreur et d'effroi qui alimentait nos lectures juvéniles. Une façon comme un autre de rester jeune sans prendre de produits frelatés ou proposés par des charlatans.

Je ne reviendrai pas sur la capacité qu'a Brice Tarvel à se couler dans l'identité littéraire des romanciers dont il prolonge l'œuvre, que ce soit Jean Ray ou Henri Vernes, je l'ai déjà souligné par ailleurs, mais permettez-moi de répéter mon admiration envers cette faculté de s'immiscer dans la peau du conteur et d'en transcender l'imaginaire tout en l'évoluant vers la modernité.

 

Un conseil : méfiez-vous des nains de jardin, on ne sait jamais d'où ils viennent et ce qu'ils vont dégurgiter !

 

Curiosité : Si l'ouvrage neuf est proposé à 15,30€, des occasions sont proposées à 23,00€ ! De belles affaires à faire en perspective...

 

Brice TARVEL : L'idole viking. Collection Bob Morane Grand Format N°244. D'après les personnages créés par Henri Vernes, sur une idée de Christophe Corthouts. Editions Ananké. Parution le 27 octobre 2016. 160 pages. 15,30€.

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 13:52

Le corbeau est le seul volatile qui se sert de ses plumes pour écrire...

MAURICE GOUIRAN : Le printemps des corbeaux.

Âgé de vingt ans, Louka, étudiant en informatique, a trouvé sa voie comme escroc. Il falsifie des bordereaux de dépôt de chèques bancaires, l'argent déposé étant transféré sur son compte. De plus ou moins grosses sommes, mais cela ne peut durer indéfiniment car il sait qu'un jour il sera découvert. Mais pour l'heure cela s'avère plus rentable que les petits boulots auxquels il s'adonne pour gagner son pain.

En ce mois de mai 1981, les élections présidentielles accaparent l'attention de tous sauf de celle de deux enquêteurs qui soupçonnent aussi bien le directeur de l'agence que les employés.

Louka vit à Marseille, chez sa grand-mère Mamété, et les hommes qui l'ont précédé ont tous connus des destins différents mais tragiques. Tous morts dans des conditions dramatiques. Son père, lors d'un braquage, son grand-père sous les bombardements américains au printemps 1944, son arrière grand-père pendant la guerre de 14/18. Tous dans la fleur de l'âge. Des destins contrariés auquel il espère bien ne pas être soumis.

Mai 1981. C'est le temps des révélations sur des personnes qui pensaient que leur passé peu glorieux avait été enfoui sous la poussière de l'histoire. C'était sans compter sur les fouineurs des journaux satiriques, et ainsi Louka découvre le passé houleux de Papon. L'homme devenu ministre du budget sous le gouvernement Barre traîne quelques casseroles derrière lui. Nommé Préfet de police par De Gaulle qui pourtant aurait dû se méfier, Papon s'était fait remarquer lors de la répression sanglante durant la manifestation du 17 octobre 1961 puis dans celle devenue célèbre et dite de Charonne en février 1962. Mais auparavant il avait été impliqué dans la déportation des juifs alors qu'il était secrétaire général de la préfecture à Bordeaux. Cette révélation publiée par le Canard Enchaîné entre les deux tours de la présidentielle de mai 1981 a peut-être influé sur le résultat. Peut-être.

Ce sont ces révélations qui donnent à réfléchir à Louka qui a décidé d'abandonner ses petites occupations de falsifications et de se tourner vers une autre entreprise qui pourrait se révéler plus rentable et moins risquée. Quoique. D'abord, suivant son Ouncle, qui ne fait pas partie de la famille mais fut un compagnon et un fidèle ami de son père, Louka participe à une partie de poker. L'apprentissage est relativement aisé, mais l'engrenage est vite pris, et les revers de fortune peuvent l'attendre aux détour des cartes. D'autant que l'Ouncle est en voyage à Paris et que son retour se fait attendre.

Ce n'est avec le poker que Louka espère se faire un matelas confortable de billets, mais avec une autre astuce qu'il met au point avec un employé qui travaille aux archives départementales. L'histoire de Papon lui a fournit une idée qu'il développe en cherchant ceux qui durant la guerre ont rédigé des lettres de délation et qu'il va faire chanter.

 

Délaissant pour un temps son personnage fétiche de journaliste enquêteur, Clovis Narigou, Maurice Gouiran nous décrit le parcours d'un petit escroc devenant maître-chanteur.

Louka n'est pas un personnage envers lequel le lecteur peut ressentir une certaine empathie. C'est un macho qui vit aux dépens de Mamété, chez qui il loge, et de ses petits trafics tout en fréquentant la Fac de Luminy. Il dort dans un petit studio aménagé au deuxième étage de la maison de Mamété, et pourvoit à ses besoins naturels charnels avec la voisine du dessous. Celle-ci trompe allègrement son mari peu soucieux de lui apporter le réconfort sexuel dont elle a besoin.

Mais Louka a aussi une petite amie, Lucie, dont les parents sont des bourgeois décadents. Ils ont profité de la fortune amassée par le grand-père de Lucie mais n'ont pas su fructifier l'héritage. La relation de leur fille avec Louka, issu du petit peuple ne plait guère mais heureusement Louka possède un allié en la personne du tonton de celle qu'il considère comme sa fiancée. L'homme est député, longtemps adjoint au maire, et pense à sa prochaine réélection aux législatives qui vont se dérouler après les présidentielles, mais il est du mauvais côté de la barrière électorale. Comme le précise Louka, qui narre son épopée, C'était un politique, donc un faux-cul.

Ce roman est le prétexte pour Maurice Gouiran de revenir sur deux périodes. Celle de 1981 avec le passage de témoin entre la Droite et la Gauche, rappelant certaines affaires qui avaient secoué non seulement le monde politique mais également l'opinion publique. L'affaire Papon ainsi que sur celle des diamants de Bokassa dans laquelle le président Giscard fut impliqué. C'est aussi l'occasion de revenir sur les dénonciations, les délations qui n'étaient pas anonymes, concernant les Juifs, et en règle générale les personnes qui déplaisaient à une population qui avait trouvé le moyen de se débarrasser de ceux leur faisaient de l'ombre, dont ils étaient jaloux ou simplement par discrimination religieuse.

 

MAURICE GOUIRAN : Le printemps des corbeaux. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. Parution le 10 septembre 2016. 248 pages. 18,50€.

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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 06:31

Lorsqu'un auteur se laisse déborder

par son personnage...

Patrick S. VAST : Incarnatio.

C'est ce qui arrive à James Simmons, dont le personnage récurrent de tueur en série Alex Shade lui a apporté un joli matelas de dollars, mais qui lui encombre depuis quelques temps l'esprit.

Alex Shade, le tueur à la hache, qui depuis dix ans sévit pour le plus grand bonheur de ses milliers de lecteurs de par le monde. James Simmons s'est immiscé dans une tendance littéraire qui lui a apporté le confort financier, et il s'est même installé à Paris, les lecteurs français étant les plus entichés de sa production.

Mais depuis quelques semaines il croit voir le personnage d'Alex Shade un peu partout. Il se sent traqué, et depuis une quinzaine de jours il s'est installé sur la Côte d'Azur, non loin de Nice, avec sa femme. La cité est réputée pour être la plus sécurisée de France, et pourtant, il disparaît. Sa femme est inquiète et aussitôt prévient les policiers. Ceux-ci se réfèrent aux bandes vidéos enregistrées, enfin celles qui fonctionnaient ce soir-là, car pour une raison ou une autre, il existe des lacunes dans le système de surveillance.

Seulement un ou des émules d'Alex Shade, le tueur à la hache, se manifestent et décollent quelques têtes, histoire de faire parler d'eux et de se faire plaisir. Un homme est ainsi pris pour cible par les policiers qui l'abattent alors qu'il s'enfuit. Légitime défense selon le commissaire, illégitime démence serait plus adéquat. Et comme d'autres meurtres sont perpétrés à Nice, c'est un autre commissaire qui est en charge de ces nouvelles affaires qui défraient la chronique. Les prétendants à la hache s'invitent dans le bal macabre des décolleurs de têtes.

 

Sur le thème très porteur du tueur en série, ceux que les lecteurs branchés appellent Serial Killers pensant que ce vocable est un mot français, Patrick S. Vast entraîne son lecteur dans une aventure diabolique, habilement et méticuleusement construite, accumulant les impasses afin de mieux repartir sur des voies royales. L'épilogue est particulièrement bien amené, mais en réalité Incarnatio est un roman-prétexte à double lecture.

Patrick S. Vast ironise, par personnages interposés, sur les auteurs qui pondent des ouvrages de 600 pages sur des tueurs en série en les mettant en scène par volumes successifs, ne manquant pas de décrire sur 50 pages et plus leurs pratiques, et cela plusieurs fois dans le même volume.

Il pointe également l'engouement du lectorat, surtout féminin, qui s'avère malsain, le lecteur arrivant à s'identifier à ce héros, ou plutôt antihéros. Mais il est vrai que ceci ne date pas d'aujourd'hui, car Fantômas, le génie du mal connut un véritable triomphe dès sa sortie. Le méchant fait toujours rêver, et par exemple le magazine Détective et d'autres revues font leur marché dans les faits-divers les plus sanglants et les plus glauques.

Mais revenons à Incarnatio, et ce qui se cache sous la couverture. L'un des tueurs, présumé pour l'instant et peut-être est-ce lui le coupable, est un ancien vétéran d'Afghanistan qui a connu lors d'une opération militaire un traumatisme qui lui a fait perdre la tête. C'est une image, mais pour ses compagnons d'arme, ce fut une réalité. Et souvent, surtout aux Etats-Unis, sont souvent catalogués comme terroristes des individus tels que lui. Mais bon, ceci n'est pas notre propos.

Intéressons-nous au système perfectionné de vidéosurveillance, qui parait-il doit permettre aux forces de l'ordre d'appréhender les individus peu scrupuleux mais qui en fin de compte ne sont pas si performants que cela car les inévitables erreurs de disfonctionnement n'ont pas été pris en compte. Sans oublier que parfois il s'agit de leurres.

Et les conflits entre policiers sont également évoqués, l'un des commissaire se montrant complètement barjot, tandis que son homologue est un homme réfléchi. Or la hiérarchie ne fait pas toujours confiance à ceux qui sont pondérés, la culture du résultat à tout prix agissant sur le mental du citoyen lambda, j'allais écrire moyen mais cela eut été peut-être péjoratif.

Patrick S. Vast pratique l'autodérision, l'ironie au second degré et pour le prouver, rien de mieux que deux exemples parmi d'autres :

Un tueur en série, c'est souvent banal, ça ne présente rien de romanesque, pas de quoi produire la moindre littérature avec ce genre de type.

Ecoute, pour être franche, je n'ai rien retenu de ce livre. Un roman qui fait l'apologie d'un tueur en série, ça me flanque la gerbe, c'est de la littérature abominable ! Voilà comment je réagis à cela !

Si sur la quatrième de couverture sont référencés des auteurs de talents tels que Richard Matheson et Stephen King, et sans vouloir les déprécier, je pense que dans ce roman Patrick S. Vast possède une filiation avec Robert Bloch.

Patrick S. VAST : Incarnatio. Editions Fleur Sauvage. Parution le 14 novembre 2016. 208 pages. Broché 16,50€. Version numérique 6,99€.

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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 06:45

Les vrais héros ne meurent jamais !

Benjamin BLASCO-MARTINEZ : Le train des maudits. Catamount 2.

Créé en 1929 par Albert Bonneau, Catamount aura enchanté des dizaines de milliers, voire des millions de lecteurs durant des décennies, avec Les aventures de Catamount soit trente-huit aventures inédites ou rééditées chez Taillandier entre 1947 et 1950, puis les Nouvelles aventures de Catamount qui comprennent trente-deux titres entre 1952 et 1959, soit soixante-dix romans consacrés à ce personnage.

La Jeunesse de Catamount avait eu l'honneur d'être publiée en bande dessinée dans le magazine Hurrah en 1953 par le dessinateur Roger Melliès mais c'est bien à partir de 2015 que Catamount retrouve une nouvelle jeunesse avec le dessinateur et scénariste Benjamin Blasco-Martinez (couleurs de Benjamin Blasco-Martinez et Emilie Beaud), d'abord aux éditions Physalis puis actuellement aux éditions Petit à petit.

 

Hiver 1890 dans le Niobrara. Recueilli vingt ans auparavant par les époux Osborne, Catamount, dont le nom emprunté à la langue cheyenne signifie chat sauvage, le jeune orphelin a grandi et mûri. C'est un tireur émérite, et sa renommée dépasse les frontières du comté. Les gamins s'identifient à lui durant leurs jeux. Un étranger arrive dans le village et demande à Osborne de lui vendre son ranch et les terres attenantes. Rendez-vous est pris à la ferme mais Osborne refuse la transaction. Il pense à l'héritage de ses enfants. Berton, l'individu peu scrupuleux, tient absolument à acquérir le domaine car il est le promoteur de la ligne ferroviaire qui doit relier la côte est à la côte ouest.

Pendant ce temps, dans la forêt, Catamount sort Pad le vieux trappeur des griffes d'un grizzli et alors qu'ils rejoignent la ferme, traînant avec leurs chevaux l'ursidé, ils aperçoivent un panache de fumée noire. Catamount s'approche d'un peu plus près et découvre un spectacle édifiant. Sous les ordres du colonel Clark, des asiatiques qui travaillent à la construction de la ligne de chemin de fer enterrent des Cheyennes. Il permet à jeune indien de leur fausser compagnie, mais les soldats qui surveillent les ouvriers sont prêts à se servir de leurs armes. Catamount remet un insigne au colonel Clark, préposé à la sécurité du chantier. Cet insigne lui avait été remis vingt ans auparavant par le même colonel Clark alors capitaine, alors que le soldat lui avait sauvé la vie ainsi que celle de la famille Osborne d'une attaque des Cheyennes. On ne tue pas un homme qu'on a sauvé jadis, et Catamount peut repartir libre. Et en compagnie de Pad, il peut regagner le ranch. Seulement Berton n'a pas dit son dernier mot.

Le graphisme réaliste est renforcé par l'emploi du pinceau ou du feutre, et restitue avec force le tragique des situations et le trouble ressenti par les personnages. Prédomine un dépouillement et malgré tout une précision du trait dans les visages des divers protagonistes, exprimant avec force les émotions qui les animent. Les couleurs, le plus souvent sombres, sont déclinées entre bleu-gris et bistre plus ou moins foncé et le flou, qui semble entourer les personnages, restitue l'atmosphère hivernale, neigeuse.

Une évocation très cinématographique d'un épisode de western et surtout la démonstration que pour arriver à ses fins un homme d'affaires véreux est prêt à tout, jusqu'aux meurtres.

Le train des maudits est une adaptation de La vengeance de Catamount mais normalement il devrait y avoir une suite.

 

Autour de l'univers d'Albert Bonneau et de Catamount :

 

Pour le plaisir, deux planches extraites de l'ouvrage :

Benjamin BLASCO-MARTINEZ : Le train des maudits. Catamount 2.
Benjamin BLASCO-MARTINEZ : Le train des maudits. Catamount 2.

Benjamin BLASCO-MARTINEZ : Le train des maudits. Catamount 2. Adaptation libre du roman d'Albert Bonneau La vengeance de Catamount. Editions Petit à petit. Parution le 20 janvier 2017. 68 pages. 14,90€.

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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 06:42

Dans le port d'Ouistreham, y a des migrants qui meurent...

Jean-Noël LEVAVASSEUR : Une Manche perdue.

Divorcé, Martin Mesnil préfère travailler de temps à autre, signant de petits contrats, afin de mieux s'occuper de ses enfants lorsque son ex est en mission professionnelle.

La proposition de travailler de nuit sur le port de Ouistreham à aider et surveiller l'embarquement des camions sur le ferry ralliant les côtes anglaises l'agrée. Il fera équipe avec David qui lui enseigne les principes de base du métier après une réunion avec son nouveau patron.

Son employeur, Novak Borovic, fut un footballeur de bon niveau mais caractériel, chez lui en Salvénie puis en France dans des clubs comme celui du Havre. Heureusement son père Dragan était là pour lui épargner les foudres du corps arbitral lors de distributions gratuites de biscottes (cartons jaunes en langage footballistique). Il faut dire que son père faisait régner l'ordre, ou le désordre, cela dépend de quel côté on se place, en Salvénie lors des affrontements meurtriers qui opposaient les différentes ethnies et religions du pays. Il s'était même fait une spécialité de pendre les terroristes aux branches d'arbres.

Martin Mesnil arrive sur son poste de travail dans une ambiance qui ne prête guère à l'enthousiasme. D'autant que la semaine précédente, un migrant a été retrouvé mort dans d'horribles conditions, accroché à un grillage délimitant le port et empêchant, théoriquement, les migrants de s'infiltrer.

Tandis que David et Martin vérifient grosso modo le passage des camions, des vigiles d'origine salvène, comme leur patron les surveillent, tout en contrôlant les alentours. Et un soir, Martin remarque le manège d'un migrant, mais se garde bien d'intervenir. Mais il n'est pas seul sur place, d'autres personnages, dont les vigiles épient les environs. Martin laisse l'homme s'échapper et recueille une pochette contenant diverses affaires dont de l'argent. Pour les vigiles, il n'a rien vu, rien entendu.

C'est dans cette atmosphère délétère que Martin est amené à travailler, mais à se défendre également contre des individus qui semblent vouloir lui faire la peau. Pourquoi ? Parce qu'il est en possession de cette pochette ? Parce qu'il a fermé les yeux sur les agissements d'un migrant qui ne demande qu'à vivre ?

Martin lui aussi ne demande qu'à vivre, chichement peut-être mais en tout en restant honnête. Son compte bancaire est dans le rouge, rouge sang pour certains, et il se refuse de demander à ses parents la moindre obole qui pourrait le tirer d'affaires.

 

Nouveau venu sur la scène des émules de Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe, Martin Mesnil n'est pas un surhomme. Il habite à Grandcamp-Maisy, un port de pêche près de Caen, et pense surtout à sa famille, ses deux enfants qui constituent son trésor. Ce n'est pas une tête brûlée, loin de là, mais il n'aime pas l'injustice. Il se trouve embarqué, c'est le cas de le dire, dans une histoire trouble qui le dépasse, mais il ne baisse pas pour autant les bras. D'autant qu'il va trouver une alliée en Gisèle, une infirmière libérale bénévole d'une trentaine d'années, belle ce qui ne gâte rien, et qui n'a pas froid aux yeux, prête à s'enflammer pour les bonnes causes, du moins celles qui lui paraissent dignes d'intérêt comme la cause des migrants.

Croit-on qu'en faisant disparaître un camp, on fait disparaître les migrants qui l'habitent ?

Tout le monde aura reconnu en ce pays d'Europe de l'est la Salvénie, représenté par le personnage pas si imaginaire de Dragan Borovic. Et c'est d'après un thème majeur et réel, le parcage des migrants, leur refoulement, que Jean-Noël Levavasseur construit son roman qui traite, gravement, un sujet grave. Mais pour autant il intègre à son récit des personnages pas piqués des vers comme l'on dit communément, comme la paire de truands qui pourraient faire penser à Laurel et Hardy mais n'en possèdent pas la bonhommie.

Ouistreham, tout le monde en a entendu parler, ne serait-ce que par le reportéage effectué par Florence Aubenas sur les conditions de travail des employées chargées du nettoiement des ferries à chaque escale. Mais loin de Sangatte et de Cherbourg, Jean-Noël Levavasseur nous sert de guide dans ce petit port d'embarquement situé près de Caen. Une région qu'il connait bien à cause de ses attaches familiales et professionnelles. Et, entre nous, j'aimerai savoir, mais cela ne nous regarde sûrement pas, s'il existe une ressemblance entre le père de Martin Mesnil et le sien. Le géniteur de Martin dont les manuscrits sont systématiquement refusés par les éditeurs, ce qui le met en colère mais ne le décourage pas pour autant.

Ce personnage de Martin Mesnil est éminemment sympathique, humain même, et ce roman est le premier d'une série, théoriquement. Malheureusement cet opus manque de visibilité sur les étals des libraires et il serait bon que l'auteur ou l'éditeur soient présents lors de manifestations littéraires régionales. Mais ce n'est pas le cas. A Fleury-sur-Orne par exemple, dans le cadre du festival Bloody Fleury qui se tient du 3 au 5 février et dont la une programmation prévue est fort alléchante. Voir le lien :

Lire également de Jean-Noël Levavasseur :

Jean-Noël LEVAVASSEUR : Une Manche perdue. Préface de Jean-Bernard Pouy. OREP éditions. Parution le 12 mai 2016. 216 pages. 9,90€.

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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 06:33

Quoiqu'officiellement disparu, le cougar femelle n'est pas en voie d'extinction... Ouf, on a eu chaud....

Françoise LE MER : L'extinction des cougars.

Retrouver une amie d'enfance un matin sur le marché, trente ans après l'avoir côtoyée sur les bancs de l'école, c'est ce qui arrive à Nathalie Nicette, professeur de Lettres Classiques à Quimper.

A quarante-sept ans, Nathalie vit seule, recevant de temps à autre son fils et sa fille. Son statut de veuve lui convient parfaitement, et elle s'enfonce dans un train-train quotidien douillet que les retrouvailles avec Crista va bousculer, alors qu'elle ne demandait rien, juste être tranquille dans son coin.

Crista lui enseigne à se connecter sur Fakesbox et bientôt elle possède de nombreux amis, dont un Thitrobaud et quelques autres, jusqu'au jour où l'un de ses correspondants anonymement caché sous le pseudo de Xkjim358 l'appelle Ma Nanouche. C'est la première fois que ce Xkjim 358 s'immisce dans une conversation. De plus il l'a appelée Ma Nanouche, un diminutif qu'elle avait occulté depuis des décennies, qui lui avait été octroyé durant quatre ans de sa vie, quatre années qu'elle a balayées comme le pire moment de son existence.

Qui peut bien la relancer ainsi ? Elle en parle à son amie Crista, sa meilleure amie d'adolescente, lui montre les textos qu'elle reçoit, et pour Crista, il s'agit ni plus ni moins que de menaces. Bientôt, avec Marie, elle aussi une ancienne condisciple perdue de vue depuis belle lurette, les trois femmes vont se délurer. Surtout Nathalie, qui entraînée par les deux copines, accepte d'abord de rencontrer Thitrobaud, puis de se rendre dans une discothèque pour danser et éventuellement effectuer quelques nouvelles connaissances mâles.

Les trois quasi quinquagénaires se rendent donc à la discothèque accompagné par Le copine. Un copain qui ne s'y rend que pour danser, et non pour draguer, sa femme préférant rester à la maison. En arrivant sur le parking, Nathalie se gare un peu à l'écart afin de ne pas être embêtée, et Crista et Marie retrouvent une autre habituée du lieu. Comme il est interdit de fumer dans l'enceinte, Nathalie prête ses clés de voiture à cette nouvelle relation afin que celle-ci se serve dans le paquet de cigarettes laissé dans le véhicule. Quand on vous dit que fumer tue, pour une fois c'est vrai. Cette fumeuse qui avait besoin de sacrifier à son besoin est retrouvée morte, assassinée, le lendemain, dans un fossé.

Le Gwen et Le Fur, les personnages fétiches de Françoise Le Mer vont enquêter sur ce meurtre, car l'une de leurs collègues du commissariat de Brest a reconnu dans le journal le portrait de la défunte.

 

Il fut un temps, pas si lointain, où les mères, fières de leurs fils, avaient coutume de dire, rentrez vos poules, je lâche mon coq. Et les garçons de se pavaner au bal populaire, cherchant la gaudriole auprès de quelques donzelles qui, accompagnées de chaperons, désiraient danser, voire plus si affinités. De nos jours, la liberté de mœurs a relégué ces entraves aux oubliettes, mais les femmes qui recherchent des compagnons pour une nuit ou plus sont toujours regardées de travers par les bonnes âmes bien pensantes, tandis que les hommes mûrs tenant à leurs bras de gentilles jeunes filles ou femmes ne font pas l'objet de telles opprobres.

Françoise Le Mer met le doigt où ça démange et gratte afin de montrer qu'il existe encore des à-priori, des réticences, des préjugés tenaces alors que les femmes, des quadragénaires et quinquagénaires libérées, qui veulent empiéter, avec raison, sur un domaine prétendument masculin, devraient bénéficier des mêmes avantages sexuels que les hommes afin de rompre leur solitude. Et en filigrane, cette adolescente qui joue les respectueuses (ou prostitution étudiante) dans le but de se payer des études et de subvenir aux besoins familiaux.

Le côté vécu du roman réside dans les discussions, sur le lieu de travail, entre collègues, les échanges verbaux, les réparties vives, humoristiques, acrimonieuses parfois, ou les relations avec les élèves, reflètent la réalité quotidienne professionnelle, puisque Nathalie professe dans le même collège que l'auteure. De même les promenades dans Quimper permettent de mieux découvrir la cité bretonne et surtout la Vieille ville, et sa fabrique de bols avec le travail des peinteuses qui dessinent les personnages ou fleurs ornementaux dans le récipient qui seront cachés puis découverts peu à peu par l'absorption du café matinal.

 

Mais derrière ces deux aspects de la vie, s'en profile un autre, plus grave, plus délétère, celui des amis recueillis sur Fakebox, un réseau social qu'il n'est point besoin ici de donner la véritable signification. Un engrenage infernal, avec des correspondants anonymes qui peuvent se cacher sous n'importe quel pseudo ou sexe, des soi-disant amis dont le but est parfois de jouer au corbeau.

Un roman fort intéressant par une auteure que je redécouvre et qui n'œuvre pas dans la mièvrerie sans être pour autant dévergondée. Tout est dans la mesure des propos, et dans leurs descriptions. Les traits des côtés humains, sociaux, ne sont pas forcés mais décrits avec justesse.

 

Françoise LE MER : L'extinction des cougars. Série Le Gwen et Le Fur N°17. Editions du Palémon. Parution le 21 octobre 2016. 272 pages. 10,00€.

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 07:13

JE est un autre...

Hugo BUAN : J’étais tueur à Beckenra city.

Délaissant son héros récurrent le commissaire Workan qui s’est illustré durant plusieurs enquêtes, Hugo Buan décide de tourner (provisoirement ?) la page et de nous présenter un nouvel héros : Leonard, chasseur de primes et selon les circonstances tueur à gages.

Lorsque Leonard nait, il a déjà seize ans. Vous avez bien lu, ce n’est pas une coquille. Leonard a seize ans lorsqu’il nait. En réalité, c’est arbitrairement que cet âge lui est attribué.

Il a été retrouvé gisant dans une rue de Beckenra city, en coma léger, amnésique, près du salon de coiffure « chez Leonard ». D’où ce nom qui lui a alors été donné. Parlant couramment la langue du pays, devenant fils adoptif du Roi. Car dans ce pays, qui pourrait être situé en Amérique Latine et dont la capitale est éloignée de plus de quatre cents kilomètres de Beckenra, ainsi sont appelés les pupilles de la Démocratie Royale, ou Monarchie Démocratique.

Beckenra est une grosse mégapole enchâssée dans une vallée bordée de montagnes, puis de marécages et qui donne sur la mer. La cité est traversée par le fleuve Immonde, des eaux sales, tumultueuses descendant en torrent des hauteurs et qui se jette dans la mer comme un vaste égout. La cité, bien que bordée par la mer ne possède pas de port, la configuration géographique ne s’y prêtant pas. C’est une ville verticale, les gratte-ciel s’érigeant comme des piquants sur un hérisson. Sur une petite bordure de la ville vivent les privilégiés, dans de somptueuses villas, mais vers la montagne les marais prédominent.

Des LSL, logements sociaux localisés y ont été construits, souvent sur pilotis, et les habitants sont des Noirs, des Jaunes, des Arabes et autres rejets de la population de Beckenra. Car Beckenra est une ville propre, du moins elle se targue de l’être, une ville blanche, réservée aux Blancs, dont de nombreux émigrés, Allemands et autres qui côtoient les Latinos. La monnaie est le Markados.

Leonard est mis dans un orphelinat dispensant l’instruction dont il a besoin, quoi qu’il sache lire, écrire et compter. A dix-huit ans il s’enrôle dans les Forces Royales Spéciales et effectue des barouds là où on lui demande d’aller, gagnant les galons de capitaine. Au bout de quinze ans, il prend sa retraite, mais celle-ci est trop maigre pour qu’il puisse vivre décemment. Alors il devient mercenaire, offrant ses services un peu partout dans le monde, principalement au Moyen-Orient. Trois ans de ce régime lui suffisent et lorsqu’il rentre au bercail, il devient chasseur de primes. Son principal commanditaire est le juge Laupper, l’un des juges qui règnent sur la cité divisée en comtés. Il doit retrouver des évadés, des malfrats, des assassins, mais cela ne le contente pas car le juge Laupper, afin d’expédier plus rapidement sa justice, ou évincer quelques personnes dérangeantes, le rétribue pour les effacer de la population.

Le juge Laupper propose un nouveau contrat à Leonard : rectifier Luth Miller, la bourgmestre de Beckenra, mariée à un chirurgien spécialisé en réparation esthétique. Un gros morceau, pas physiquement, mais socialement et politiquement. Habitué à obéir, Leonard accepte, mais les événements viennent contrarier sa préparation. Dans un bar proche des LSL il provoque une algarade avec des loubards menés par Gilet de cuir, surnom qu’il donne au chef de bande à cause de ses attributs vestimentaires, et qui malmènent une jeune fille. Il gagne son combat puis s’aperçoit peu après qu’une voiture le suit dans ses déplacements. Mais Gilet de cuir et ses sbires lui mettent la main dessus et l’enferment dans une cave près des marécages où gît déjà une jeune femme. Il ne doit la vie sauve qu’à l’intervention de son ami Castro, amitié datant de ses années dans les Forces Spéciales. Mais il pense surtout à honorer son contrat, il a donné sa parole, ce qui ne va pas sans provoquer de nombreux heurts et cadavres.

 

Hugo Buan nous propose un nouveau personnage, antipathique certes mais moins que les autres protagonistes auxquels il est confronté au risque de sa vie. Le ton n’est plus badin comme dans les romans consacrés à Workan. Si le pays n’est pas défini géographiquement et nommément, on peut penser à un pays similaire l’Argentine.

L’action est concentrée à Beckenra, et aussi bien la voyoucratie que le monde des puissants se ressemblent, la différence se situant dans le rejet de la population d’un côté et la possession du pouvoir et de l’argent de l’autre.

L’épilogue est presqu’une fin ouverte, des zones d’ombre subsistent et je ne serai pas étonné de retrouver un jour ou l’autre Leonard dans de nouvelles aventures et peut-être même des révélations concernant les seize premières années de sa vie.

Hugo Buan change de ton avec cette intrigue mais il démontre une rigueur surtout dans l’élaboration de certaines scènes d’action.

Première édition Pascal Galodé. Parution avril 2012.

Première édition Pascal Galodé. Parution avril 2012.

Hugo BUAN : J’étais tueur à Beckenra city. Editions du Palémon. Parution 13 janvier 2017. 336 pages. 10,00€.

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 07:06

Au programme vaudou et musique cajun...

Sacha ERBEL : L'emprise des sens.

Animée par un besoin de changement, la belle Talia prend l'avion pour La Nouvelle-Orléans, vers des vacances de rêve pense-t-elle.

Lors du vol, elle est même surclassée et se retrouve en première. Elle est sous l'emprise d'un cauchemar issu de la lecture d'Autant en emporte le vent, mais les images sont détournées, violentes, putrides. Ce n'est pas la première fois qu'elle est ainsi sujette à de telles images. Le steward est charmant et comble du bonheur elle est invitée dans la cabine de pilotage. Son charme naturel agit sur le pilote qui lui offre un sourire avec de nombreux sous-entendus.

En sortant de l'aéroport afin d'héler un taxi, elle aperçoit une femme qui pointe le doigt vers elle, semblant la désigner. Un camion passe, Talia craint l'accident, mais lorsque la voie est dégagée, et qu'elle peut traverser pour rejoindre le trottoir d'en face, l'inconnue s'est évaporée.

Talia réside dans une petite maison d'hôtes charmante, de style colonial, mais elle veut visiter la ville. Elle se promène dans le quartier français puis au détour d'une rue elle aperçoit l'enseigne, sur laquelle est inscrit Baron's shop, d'une boutique consacrée à la vente de souvenirs vaudous. Elle entre et tandis qu'elle examine les divers objets qui s'y trouvent, bijoux anciens, amulettes, statuettes, elle est interpellée par une femme à la peau d'ébène, vêtue d'une tunique aux couleurs chatoyantes. Talia discute aimablement avec Azaïa jusqu'au moment où la boutiquière lui affirme qu'elle possède un lien ancestral avec la religion vaudou. Talia est interloquée surtout lorsque la femme lui déclare que dans ses veines coule sang d'une prêtresse.

Cédric, le pilote, lui donne rendez-vous dans un bar branché en début de soirée, et Talia en est tout émoustillée. Mais cette rencontre s'avère assez décevante aussi elle rentre dans sa chambre où, une fois encore elle est en proie à un cauchemar sanglant. Elle distingue une main tenant un couteau, des éclaboussures de sang, une pierre sur laquelle est inscrit un nom : Marie Laveau. Lorsqu'elle se réveille et se regarde dans le miroir, elle s'aperçoit que son visage est en sang.

Alors qu'elle se promène dans le cimetière Saint-Louis, lieu fréquenté par les touristes, Talia distingue un attroupement. Un cadavre, en position assise, nu, les bras le long du corps, la figure maquillée de façon ridicule, plus quelques blessures sur le torse, adossé à une tombe sur laquelle le nom de Marie Laveau est gravé. Les policiers sont sur place. Louis Lafontaine en compagnie du médecin légiste, Basil Pembroke, procèdent aux premières constatations morbides. Les organes génitaux de la victime lui ont été enfoncés dans la gorge.

Le mort n'est autre que Cédric, le pilote. Le rêve, ou plutôt le cauchemar de Talia est effacé comme il est coutume de dire. Commence alors une histoire dans laquelle Talia devient l'héroïne, mais une héroïne malgré elle. Elle fait partie prenante de cette enquête, ne pouvant se résoudre à en être une spectatrice. Car la magie vaudou, bénéfique ou maléfique est partout présente. D'autres victimes sont à dénombrer, torturées selon le même processus. Et cela ressemble furieusement à d'autres meurtres perpétrés douze ans auparavant, alors que Louis Lafontaine et Basil Pembroke étaient en place à Bâton-Rouge. Comme si le sort les rejoignaient. Mais cette fois, c'étaient des femmes qui s'érigeaient en victimes.

En incrustation le lecteur suit le parcours d'un nommé James, rejeté dès sa naissance par sa mère. Elle le maltraite, le bat, mais lui n'est qu'adoration envers sa génitrice. Jusqu'au jour où les événements se précipitant, il décide de franchir la barrière.

 

Ne vous y trompez pas, si l'identité du meurtrier y est partiellement dévoilé, il ne s'agit que d'une manipulation démoniaque de la part de l'auteur.

La description de la Nouvelle-Orléans, l'évocation du jazz et de la musique cajun sont des éléments indispensables mais pas primordiaux et donc n'alourdissent pas le récit. De même la pratique du vaudou est décrite mais sans plus. L'auteur s'attache plus aux personnages qui gravitent dans cette histoire aux multiples rebondissements.

Parfois puéril et naïf au départ, le personnage de Talia prend peu à peu de l'épaisseur, de la consistance, ses cauchemars récurrents la tenaillant. Elle devient le personnage clé d'une enquête à laquelle elle est intimement liée. Ses traumatismes ressurgissent, mais elle n'est pas la seule à être sous l'emprise du Baron samedi. La peur devient envoûtante, et s'imprègne insidieusement dans l'esprit du lecteur. Le final est bien amené et est prometteur malgré un début guère convaincant.

 

Sacha ERBEL : L'emprise des sens. Editions La Liseuse. Parution 14 novembre 2016. 246 pages. 17,99€ version papier. 2,99€ version Kindle.

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 07:06

Un roman à dévorer !

Jean-Christophe MACQUET : Mandoline vs Neandertal.

Alors qu'il a été invité au mariage d'une cousine éloignée, Luc Mandoline remarque dans la salle d'honneur de l'hôtel de ville d'Agen une jeune femme callipyge. Il ne pige pas pourquoi Agen a été transféré dans le Gers mais il pige tout de suite qu'il est attiré par la belle.

C'est lors des festivités qui s'ensuivent qu'il a l'occasion de faire plus amplement connaissance de Laura Auriol. Elle se débarrasse d'un chevalier dansant mais guère servant, un peu éméché et beaucoup entreprenant, d'un coup de boule. Elle est plutôt énervée la belle, néanmoins grâce à sa courtoisie naturelle, Mandoline parvient non seulement à calmer Laura, mais à lui proposer de la ramener chez elle à Toulouse.

En cours de route ils échangent quelques propos. Elle est archéologue, spécialisée dans la préhistoire. Au moins ils possèdent un point commun, ils travaillent tous les deux sur des morts, puisque Mandoline, comme chacun sait mais il est toujours utile de le préciser, thanatopracteur. Et comme Mandoline ne possède pas de point de chute à Toulouse, ce n'était pas prévu comme ça, Laura l'invite chez elle. Tirons les rideaux, ce qui suit ne nous regarde pas, à moins d'être voyeur et de s'immiscer dans la vie des gens lorsqu'ils veulent vérifier si leurs os sont bien enrobés de chair.

Entre Mandoline et Laura l'échange de phéromones se passe si bien que comme Mandoline momentanément est en rupture de travail, qu'après avoir procédé au simulacre de la reproduction ils se dévoilent un peu plus. Mandoline n'a aucune attache particulière tandis que Laura est fiancée à un nommé Néandertal, un vieux compagnon dont elle dépoussière les os.

Ils continuent à se voir, Mandoline cherchant des remplacements dans la région toulousaine et trois mois plus ils sont encore ensemble, périodiquement car ils ne se voient que tous les trois à quatre jours, chacun devant continuer à s'occuper de leurs morts. Trois mois plus tard, au mois de juillet, Mandoline devant profiter de ses vacances, il s'installe dans un camping municipal à Pescart, non loin du site archéologique où Laura travaille quasiment sept jours sur sept.

Arrivé sur place, la première chose que fait Mandoline est de se rendre sur le camp de base de Laura près du hameau de Lavoisin, mais la jeune femme est prise ailleurs. Un rendez-vous manqué, d'autant que le téléphone cellulaire capte mal à cause des montagnes environnantes. Mais Laura arrive enfin et les retrouvailles sont programmées pour le soir même au camping. Mandoline fait la connaissance des autres résidents, dont un couple de jeunes femmes dont l'une d'entre elle est gendarme ce qui n'est pas rédhibitoire, et un couple d'Allemands déjà âgés, Birgit et Jurgen Haas. Ils font du rafting ensemble afin de s'occuper et c'est ainsi que Mandoline apprend que Jurgen est un ancien militaire, un ancien légionnaire, tout comme lui. A cause de la différence d'âge ils n'ont pu se croiser durant les diverses opérations qu'ils ont menées, mais ils sympathisent. Jusqu'au jour où, lors de la visite d'une ancienne bastide à Mirepoix, Jurgen disparait. Mandoline enquête, c'est dans sa nature, sur cette disparition, en compagnie de Mylène la gendarmette, et bientôt ils apprennent qu'un autre ancien légionnaire ami de Jurgen a disparu lui aussi quelques semaines auparavant.

En épluchant le téléphone portable Mandoline et Mylène découvrent un numéro d'appel émanant d'un vieux monsieur, un notaire de la région. Mylène doit rejoindre sa compagnie de gendarmerie, les vacances étant terminées pour elle. Ce n'est pas pour autant qu'elle abandonne Mandoline qui reste sur le terrain. De fil en aiguille, Mandoline remonte à la source et découvre que des extrémistes, ou d'anciens extrémistes de droite ont une corrélation avec une vieille affaire qui remonte à trente ans en arrière, qu'un député aujourd'hui de droite qui a légèrement infléchi son parcours politique est également au cœur de l'affaire. Plus quelques gros bras.

 

Outre l'enquête, menée principalement par Mandoline, il est intéressant de noter que l'effet Haine inspire les auteurs de romans noirs et policiers. En changeant quelques patronymes, situations, le lecteur pourrait presque se croire dans une enquête menée par Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe. Mais Mandoline se comporte en digne filleul de ce redresseur de tort qui travaille le plus souvent en marge des forces de l'ordre, à ses risques et périls.

Dans cet opus, Mandoline va pouvoir peaufiner ses connaissances sur l'homme de Néandertal et celui de Cro-Magnon, apprendre quels étaient leurs différences, leurs relations, à quelle époque ils vivaient et de qui nous sommes les descendants. Mais également nous découvrons une ethnie d'exclus, les cagots. Réfugiés dans les montagnes des Pyrénées, les cagots ont vécu comme des parias pendant des siècles. Peuple maudit, on l'accusait de tous les maux et de porter la peste. Dans un enrobage haut en couleur, on glisse peu à peu vers le gris et le noir, le rouge également.

Il ne s'agit pas pour l'auteur de sonner une charge, de procéder à un réquisitoire, mais d'établir une constatation amère sur l'exclusion et la différence de l'autre.

Un roman frais et charmant, avec parfois quelques particules de croustillant, au début, car par la suite, les particules, élémentaires, deviennent nettement plus rances, voire morbides. Ah Grotte alors....

Jean-Christophe MACQUET : Mandoline vs Neandertal. Collection L'Embaumeur. Editions Atelier Mosesu. Parution 5 décembre 2016. 222 pages. 8,95€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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