Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 08:49

Pérégrinations et caraudes en Obscurie en

compérage de Clincorgne, le bigle, et de Jodok,

le blondin...

Illustration de couverture : Johann Bodin

Illustration de couverture : Johann Bodin

Les deux échalas, Clincorgne le louchon et Jodok le charmant, dont nous avons fait la connaissance et suivis les aventures mouvementées et humides dans L'Or et la Toise, sont arrivés en frontière de Fagne et d'Obscurie, plus grands et dégingandés que jamais.

Clincorgne ne pense qu'à l'or qu'ils ont récupérés, mais qui recouvre actuellement Renelle la sorcière, la transformant en statue encombrante. Jodok lui est moins chargé, sa gourde contenant toutefois la belle Candorine qui pour avoir trop voulu se baigner dans les eaux pesteuses s'est tout d'abord prise pour un poisson puis s'est transformée en flaque d'eau. Jodok a récupéré la flache tout en se demandant s'il n'a pas oublié quelques gouttes, une omission qui serait dommageable pour la reconstitution éventuelle de Candorine.

Ne pouvant emmener avec eux la statue dorée de Renelle, ils la jettent dans le marécage et partent à la découverte du pays d'Obscurie, moins mouillé que Fagne, mais qui recèle quelques dangers qu'il leur faudra surmonter. Leur but final étant de retrouver où se terre Vorpil, l'emplumeur, le sorcier à l'origine des déboires de Fagne, afin de lui mander quelque sortilège. Ils sont à la recherche d'un charriot mais se dresse devant euxune gamine, Quiquine, une rouquine dont le visage est parsemé d'éphélides comme si elle avait regardé le soleil à travers un tamis et dont les tétins n'ont pas encore germé mais qui raisonne telle une adulte.

Elle accompagne les deux flandrins à la recherche d'une charrette en les mettant en garde contre les calamités humaines qui peuvent se dresser sur leur chemin. Les Vampires, des morts-vivants qui ne pensent qu'à sucer le sang des habitants d'Obscurie, et les sans-yeux, qui se cachent dans des pertuis, quand ils le peuvent, tel Fargouille dont ils font la connaissance dans une cabane où Quiquine la rovelaine les a entraîné. Les sans-yeux sont agressifs sauf lorsqu'ils ont à portée de pognes des serinettes ou des clavecins.

Pendant ce temps, Renelle recouvre une partie de ses moyens et parvient à se débarrasser de sa gangue dorée. Sa crasse et sa surcharge pondérale sont toujours omniprésentes, mais elle y est tellement habituée que cela ne gêne que ses compérages. Les autres, s'ils y voient un inconvénient, n'ont pas le temps de le dire car elle est au cœur d'une échauffourée mettant aux prises Vampires et Epouilleurs. Et elle va suivre un membre des assaillants, n'ayant pas d'autre solution.

Dame Elvège, habite une prétentieuse demeure, un château où elle pourrait vivre des jours tranquille parmi sa mesnie, mais les Vampires ne la laissent pas en repos. Et alors qu'elle s'est réfugiée dans une pièce, un refouloir, la protégeant momentanément des attaques des suceurs de sang, son castel est la proie des flammes. Jodok et Clindorgne arrivent au bon moment, pour la sauver et récupérer un charreton. Ils arrivent en vue d'un moutier dédié à Vivux, le fils d'un Dieu qui mourût écartelé en plein vol par des aigles tenant ses abattis. Ils sont accueillis par une nonette puis la supérieure acariâtre. Les hommes ne sont pas acceptés en général, mais Jodok et Clincorgne seront nourris et logés dans la vacherie s'ils se montrent utiles, en coupant du bois par exemple.

Renelle continue son petit bonhomme de chemin, suivie par un exsanguineur, un suce-sang, et ils s'arrêtent pour aider un marquis dont le coche vient de perdre une roue. Renelle ne perd pas la tête et grâce à ses pouvoirs, répare le carrosse et en route, voilà la sorcière qui se présente comme une marquise, elle ne doute de rien, et est invitée en le manoir de Sylbin. Même si elle n'a pas recouvré toutes ses potentialités et n'a guère l'habitude de s'exprimer en langue châtiée, elle se débrouille pour être sustentée et décrassée. Mieux elle va accepter d'offrir son divertissoire au marquis dont le suspensoir, ou la quenouille si ce vocable vous est plus familier, n'a pas eu l'occasion depuis moult lustres de participer au jeu de l'engendrement, ou plus trivialement au simulacre de la procréation. Mais bientôt ils vont partir vers le septentrion, le marquis étant, entre autres occupations qui lui passent le temps, comme cartographe pour le roi d'Obscurie.

Au nord, y avait, non pas les corons, mais une entité indéfinissable nommée la Mâchoire, dont les mandibules de fer attaquent la montagne, grignotant par-ci, désagrégeant par-là, provoquant des secousses telluriques de mauvais aloi. Et le chemin sera long, traversé d'embûches, pour rallier ce maufaiteur de Vorpil. Si tout ce petit monde éparpillé y arrive.

 

Laissons nos amis, depuis le temps qu'on les fréquente on peut considérer ces compères comme tels même si dans la vie courante on rechignerai peut-être à les côtoyer, vaquer à leurs petites affaires et déambulations qui ne manquent ni de piquant, ni de chaleur ou de froidure car il neige, ni de flaireur.

Entre la Fagne, profondément ancrée dans une atmosphère médiévale et l'Obscurie qui se tourne vers un modernisme proche du XVIIe et XVIIIe siècle, les différences sont profondes, tant géographiques que technologiques. Ainsi Clincorgne et compagnie, habitués aux marécages, évoluent dans un pays montagneux, et eux qui sont munis de glaives découvrent l'existence des rapières et des mousquets. Mais ce ne sont pas les seules dissemblances qui existent, et je vous laisse le soin de les découvrir.

Comme j'ai eu déjà le plaisir de l'écrire, mais le répéter est un autre petit bonheur, Brice Tarvel tout en restant chez lui, est le dernier troubadour d'une époque médiévale littéraire prolongée, et l'on pourrait le placer, de son vivant je précise, près des ouvrages de Marie-Catherine Le Jumel de Barneville, connue sous l'appellation Baronne D'Aulnoy (1650-1705) et dont la vie aventureuse et mouvementée vaut bien tous les contes qu'elle a écrit, de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (1711-1780) dont le conte le plus célèbre reste La belle et la bête, ainsi que Georges Sand et Claude Seignolle, grand recenseur et dépoussiéreur de contes populaires et auteur lui-même, puisque la Fagne pourrait être assimilée au Berry et à la Sologne, plus précisément dans le pays de Brenne. Et l'Obscurie pourrait être la Franche-Comté, mais ce n'est qu'une hypothèse.

Brice Tarvel ne sacrifie pas à une mode scripturale qui se veut résolument moderne en piochant dans des anglicismes malvenus mais en remettant à l'honneur des termes qui fleurent bon le terroir, désuets, obsolètes, surannés, mais au combien expressifs et imagés.

Brice Tarvel exhume des trésors de la langue française et bon nombre de romanciers actuels, à succès ou non, devraient se sentir maupiteux devant un tel florilège lexical.

Brice TARVEL : Au Large des Vivants. Ceux des eaux mortes. Tome 2. Collection Dédales. Editions Mnémos. Parution le 17 juin 2011. 272 pages. 19,30€. Version numérique : 7,99€.

Repost 0
25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 06:34

Quitte à en avoir une indigestion...

Michel MAISONNEUVE : Les Tigres ne crachent pas le morceau.

Promis juré, ils ne diront pas qui leur a refilé de la viande fraîche pour leur petit-déjeuner. Car un bon morceau de dompteur, cela ne se refuse, quelle que soit la main qui les a nourrit.

Et Maurice Truche, l'un des employés du cirque Pantaleoni n'en revient pas. Il peut remballer ses gamelles, les trois tigres, Pim, Pam et Poum n'en auront pas besoin, pour le moment. Et Pam, la tigresse, qui ose jouer avec la tête d'Hildeberg, le défunt dompteur ! Il n'y a plus de respect.

Raoul Babinetti, le mari et associé de Giulietta Pantaleoni, la patronne et héritière de ce petit cirque actuellement basé dans l'enceinte de l'hippodrome de Pont-de-Vivaux à Marseille, ne peut que regretter la défection du clou du spectacle. Pis, il faut prévenir la police, qui va enquêter, et peut-être mettre les jours du chapiteau en danger.

Toutefois, le légiste leur apprend une bonne nouvelle, les tigres ne sont pas fautifs. Ils ont simplement profité de l'aubaine. En effet, après avoir procédé à l'examen du morceau avec lequel jouait Pam, il découvre un trou parfaitement circulaire au dessus de la glotte. Et à moins de posséder un tournevis ou quelque objet similaire, un tigre n'a pu perforer délibérément, ou non, la trachée du pauvre Hildeberg qui ne pourra dénoncer son agresseur.

Malgré tout, le spectacle doit continuer, la survie du cirque Pantaleoni en dépend. Car, même si les artistes ne sont guère nombreux, Raoul ne peut se résoudre à les congédier. D'ailleurs où iraient-ils, personne n'embauche. Raoul s'envoie en l'air comme homme-canon, mais il ne peut assurer le spectacle seul. Parmi les artistes qui composent sa petit troupe, citons en premier la belle, la superbe, l'ébouriffante, la grande Miléna (ce n'est pas moi qui le dis mais Raoul qui la présente ainsi), l'écuyère, l'Amazone (ne vous trompez pas d'adresse !) venue de Hongrie et qui avec ses deux frères, Vlad et Andrès, assure un excellent spectacle de voltige.

Ensuite la jeune Perle de Rosée en Jade Précieux, acrobate-jongleuse-contorsionniste, d'origine peut-être chinoise. Ne chinoisons pas. Et enfin, pour clore la partie féminine, Alice, la benjamine, dix ans et demi, tireuse de cartes, fille d'illusionniste, dresseuse de crickets, ces charmants insectes auxquels elle apprend à faire du trapèze, d'origine Rom probablement.

Chez les hommes, bon d'accord, exit le dompteur. Mais il reste toutefois Bibi le clown et Mitchum l'illusionniste, dont ce n'est pas le véritable patronyme mais est ainsi surnommé à cause de sa ressemblance vestimentaire avec l'acteur dans le rôle de Marlowe. Plus les deux monteurs de chapiteau et hommes de main, Truche dont nous avons déjà fait la connaissance dans des conditions pénibles et dramatiques, et Gaétan Noulet.

Ne possédant, plus par la force des événements, de dompteur, de montreur animalier, Raoul pense alors à son vieux copains Dachi El Ahmed, prof de langues orientales, dénoueur d'intrigues occasionnel, rêveur et sage, adepte de la culture orientale.

Dachi accepte de monter un numéro avec le cobra qui se morfond tout seul dans son vivarium, non sans appréhension, on le comprend. Et son amie-amante Léda la Grecque, infirmière de son état, n'apprécie pas du tout cette nouvelle activité. Toutefois elle démontrera par la suite qu'elle est femme à poigne. Dachi, le soufi, requiert également les services de son ami Grook, profession journaliste.

Tandis que Sammartino, le policier chargé de l'enquête s'empêtre parmi les présumés coupables, c'est une mode, Dachi lui aussi se lance dans l'aventure, fouillant dans le passé de chacun des protagonistes. Car chacun d'eux possède son armoire à balais dans lequel il range des cadavres, des accrocs avec la justice, ou de petites déviances. Ainsi, non je ne vous en dévoilerai pas plus, Bibi, l'alcoolique et joueur invétéré, qui doit de l'argent à des camarades de jeu qui le tannent pour qu'il règle ses dettes.

 

Ce roman dont l'enquête est nébuleuse, pour Dachi mais pas pour le lecteur, comporte quelques belles scènes d'action. Par exemple lorsque Léda se frotte aux tigres, habillée en dompteuse (dommage qu'elle ne se soit pas laissée prendre en photo) ou lorsque Dachi poursuit une voiture à dos de dromadaire. Mais c'est également une incursion vivante dans le quotidien des circassiens, et des problèmes que ces gens du voyage peuvent rencontrer dans leur travail et dans la vie courante.

Mais ce n'est pas tout, l'auteur se fait un petit plaisir en incluant dans son texte, outre des citations d'Omar Khayyâm, par le truchement des conversations et des pensées de Dachi, des bribes extraites de l'œuvre de Shakespeare et de Baudelaire dans la bouche de Mitchum l'illusionniste qui a perdu beaucoup de ses illusions et se révèle plus humain que son attitude pourrait le laisser penser.

Un bon roman qui nous ouvre de belles perspectives concernant l'avenir littéraire de l'auteur et qui sort, enfin, des sentiers, voire des autoroutes, battus.

Michel MAISONNEUVE : Les Tigres ne crachent pas le morceau. Editions Pavillon Noir. Parution le 6 mars 2017. 218 pages. 14,00€.

Repost 0
23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 06:41

Vous reprendrez bien un petit verre ?

Frédéric DARD : La dynamite est bonne à boire.

Depuis de longs mois, le jeune Santos travaille dans une mine d'extraction d'argent. Comme tous les autres mineurs, il s'est laissé embobiner par des promesses alléchantes, seulement il n'avait pas lu, comme souvent, les petites lignes.

En effet ce qui est donné, gagné à la sueur de leur front, est repris, dépensé en alcool et en prostituées dans les almacen, les casas et les bazars pouilleux. Et comme ils se sont engagés à ne pas quitter Chimihuaca, dans les Andes, avant la fin de leur contrat, et qu'ils dépensent plus que ce qu'ils gagnent, les mineurs sont aspirés dans une spirale infernale.

Pour Santos, les filles, l'alcool, c'est fini, et le soir il rêve à un avenir flou, accroupi au pied d'un tuna, un cactus candélabre. Et il distingue dans la nuit Consuelo, la femme du capataz, le directeur de la mine. Elle est belle, plus jeune que son mari, réservée et distante. Il s'introduit chez le capataz, en l'absence de celui-ci. Consuelo est allongée sur un divan, écoutant de la musique mais elle ne rejette pas l'intrus.

Santos se blesse à la main, et le docteur, ou supposé tel, étant absent, Consuelo le soigne. Peu à peu, ils vont prendre l'habitude de se retrouver le soir jusqu'au jour où Santos tente de la prendre dans ses bras. Mais elle se rebiffe et le griffe au visage.

Auprès de ses deux camarades de chambrée, Santos allègue un contact violent avec une bête. Si Aleichu est trop imbibé pour se réveiller, Oruro le borgne lui est bien réveillé et ne croit pas à la fable que veut lui faire croire Santos.

Santos n'a plus envie de retourner à la mine, et tandis que ses compagnons le quittent, il décide de se pendre. Après l'appel rituel, Santos est porté manquant et le capataz se rend à la casa de Santos pour le découvrir étranglé. Aussitôt il requiert les services du toubib et direction l'infirmerie où le pendu est laissé pour mort. Consuelo est secouée par la vision du corps mais Santos n'est pas décédé.

Consuelo lui demande pardon pour la veille et tous deux avouent s'aimer. Afin de punir Santos, le capataz lui signifie qu'il va le transférer à Tujuy, une autre mine. Consuelo lui propose alors de s'enfuir au Chili, à Antofagasta, où ils pourront voir la mer, car elle même doit partir en voyage et elle le rejoindra. Elle lui avoue qu'elle a travaillé à Tujuy, comme prostituée mais pour Santos, c'est une période révolue qu'il vaut mieux oublier.

Alors Santos s'évadera à dos de mulet, le capataz en possède trois, qu'Oruro empruntera et ils partiront ensemble, malgré le différent qui a opposé les deux hommes. Ils se sont battus, Oruro ayant prononcé des paroles malheureuses concernant Consuelo, mais la hache de guerre est enterrée. Les deux hommes quittent donc le camp à dos de mulet, se dirigeant vers la frontière chilienne par de petits chemins escarpés, bravant les dangers, aussi bien humains que géographiques.

 

Roman d'aventures et de suspense, La dynamite est bonne à boire doit son titre à cause de l'habitude que prennent les mineurs de mélanger de la dynamite à l'alcool qu'ils ingurgitent, provoquant un mélange détonnant leur permettant d'oublier leur condition d'exploités.

C'est également un roman d'amour entre Consuelo, l'ancienne prostituée, et Santos, le frustre et jeune mineur. Amour magnifié par le voyage entrepris par Santos en compagnie d'Oruro, ponctué par le bivouac près d'un mausolée dédié à deux amants qui se donnèrent la mort en 1934 et qui rappelle le destin des amants de Vérone.

Le long périple entrepris par les deux hommes verra son apogée la frontière chilienne franchie. Et la deuxième partie du roman est particulièrement poignant et émouvant. Un des mulets portant un cadavre sur le dos va rebrousser chemin, rentrant au bercail en empruntant les routes parcourues à l'aller.

Un voyage pénible car contrairement aux deux hommes le mulet n'a pas de provisions et d'eau pour subsister et il parcourt les chemins escarpés avec pour seul viatique son obstination, son courage, son inconscience devant les multiples dangers qui se dressent devant lui. Au dessus de lui tournoient les buîtres, des vautours, et à ses pieds se dressent des serpents, tandis que les mouches le harcèlent.

Un roman de suspense qui monte en puissance au fil des pages, et même si le lecteur pense connaitre la fin, il est emmené dans cette intrigue qui recèle son lot de surprises. Un roman psychologique également dans lequel Frédéric Dard démontre toute la puissance de son écriture.

L'un des plus beaux romans de Frédéric Dard, sinon le meilleur et le plus chargé émotionnellement sans mièvrerie.

 

Première édition : Collection Spécial Police N°210. Editions Fleuve Noir. 1959.

Première édition : Collection Spécial Police N°210. Editions Fleuve Noir. 1959.

Réédition : Presses-Pocket 1967.

Réédition : Presses-Pocket 1967.

Réédition : Collection Frédéric Dard N°28. Parution 4è trimestre 1978.

Réédition : Collection Frédéric Dard N°28. Parution 4è trimestre 1978.

Autres chroniques  :

Frédéric DARD : La dynamite est bonne à boire. Editions Pocket. Parution le 23 mars 2017. 192 pages. 6,30€.

Repost 0
22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 06:50

Comme celui de la Joconde ?

Serge QUADRUPPANI : Le sourire contenu.

Chassé de son emploi de superviseur au service contentieux dans une compagnie d'assurances, Mark Senders est un adepte des boissons alcoolisées et des produits illicites qui offrent un voyage dans les paradis artificiels.

Alors qu'il vient de passer la nuit dans un tunnel piétonnier de Riverside Park et dans un état d'ébriété avencée, il entend un homme parlant fort dans son téléphone portable (les gens ne se rendent pas compte combien ils peuvent embêter leurs voisins dans les endroits publics avec leur cellulaire), narrant à son correspondant une conversation avec une tierce personne.

C'est ainsi que Senders apprend malgré lui qu'il s'agit d'une photo, d'une femme à identifier et de l'envie de lui crever les yeux. S'il n'y avait que ça, Senders ne se serait peut-être pas mêlé de la conversation, seulement un type en tenue de jogging arrive, bouscule l'homme. Un cri, l'homme est à terre et le joggeur se retourne vers Senders un poignard de commando de marine à la main.

On n'est pas toujours lucide lorsque l'on est quelque peu bourré, ou alors on se découvre un courage insoupçonné dans un fond de bouteille. Senders s'interpose. Le joggeur prend la fuite et l'homme à terre lui demande de prendre son portefeuille. Il ne faut jamais contrarier un homme sur le point de mourir, aussi Senders s'exécute et c'est ainsi qu'il se retrouve avec une belle somme d'argent et la photo d'une femme nue, aux yeux violets et au sourire contenu.

Senders est un dessinateur, mais cette profession ne nourrit pas son homme, pourtant il se promène toujours avec un carnet de croquis sur lui et il est sensible aux paysages, et surtout aux femmes aux yeux violets.

Le portefeuille recélant des pièces d'identité au nom d'Edward Morgan, Senders écoute le répondeur téléphonique de son agressé puis se rend au domicile dudit. Tout d'abord il est éconduit par le gardien de l'immeuble dans lequel réside (résidait ?) Morgan, mais celui-ci (le gardien) intrigué par les dessins que Senders est en train de croquer, l'invite à boire un thé dans la salle de surveillance. Il assiste à une séance de spiritisme organisée en compagnie de deux vieilles dames et d'un chien (pourquoi pas ?), une séance bizarre ponctuée d'un gaz paralysant. Lorsqu'il se réveille, Senders, qui pensait finir dans la gueule du chien, s'introduit en compagnie de celui-ci dans l'appartement de Morgan et découvre sous le téléphone une feuille sur laquelle sont griffonnés les mots Sofia et Shelter Island.

Sophia, probablement la femme au sourire contenu et aux yeux violets. Senders va se mettre à sa recherche et c'est comme ça que débute un étrange périple qui l'emmènera dans un voyage asiatique bravant malgré les dangers inhérents à ce genre de tribulation, surtout lorsque cette partie du monde est en pleine turbulence. Le gouvernement britannique doit céder le territoire de Hong-Kong qui était sous sa domination, à la Chine, et que le Cambodge connait une crise politique ponctuée par des soulèvements militaires dont les civils seront les premières victimes, comme d'habitude.

 

Mark Senders, héros malgré lui de ce roman, est comme un pion sur un jeu d'échec, confronté aux Rois, aux Dames, aux Fous, aux Cavaliers en pousse-pousse, trimballé sur des cases qui vont des Etats-Unis à Hong-Kong, à l'ile de Shelter, au Viêt-Nam et au Cambodge. Il se déplace comme dans un voyage onirique, entre rêves et cauchemars hantés de chimères opiacées.

Il se sent manipulé, mais il ne sait pas pourquoi, ni comment, il se contente de suivre les instructions, les conseils, les demandes, ou les obligations qui lui sont imposées par différents protagonistes dont Sofia, qu'il rencontre incidemment. Mais elle ne peut lui parler, lui montrant qu'elle porte dans son sillon mammaire un micro dont elle ne peut se défaire. Senders apprend toutefois qu'elle est employée au Haut-commissariat aux Réfugiés, un organe de l'ONU.

Une longue quête débute pour Senders, qui perdra de vue, le lecteur aussi, sa recherche de la femme aux yeux violets et au sourire contenu, bousculé par les événements et multiples incidents et traquenards dont il sera l'objet. Inconscience, pugnacité, devoir moral de continuer ou obligation matérielle et physique de se plier aux injonctions, tout cela à la fois et plus encore peut-être.

Senders, et le lecteur par la même occasion, vit comme dans un rêve, à cause des nombreux produits dopants qu'il consomme, souvent fournis aimablement. Mais un rêve, ou plutôt un cauchemar éveillé, comme lorsque l'on poursuit dans un demi-sommeil un rêve éveillé que l'on traîne en longueur, que l'on prolonge malgré soi, ajoutant des épisodes en une semi conscience parce que l'on ne veut pas s'extraire des images qui nous emprisonnent l'esprit et retrouver un quotidien banal. Ou comme dans ce nuage de Shenzen qui s'étend sur la baie de Hong-Kong tel un voile occultant.

Nonobstant, derrière cette quête-enquête, Serge Quadruppani s'attache également à montrer au lecteur confit dans son petit confort la géostratégie dans cette partie du monde, tout en établissant un éloge de l'ambiguïté des sentiments humains confrontés aux manichéismes assassins.

Première édition collection Les Noirs N°43. Editions Fleuve Noir. Parution avril 1998. 224 pages.

Première édition collection Les Noirs N°43. Editions Fleuve Noir. Parution avril 1998. 224 pages.

Serge QUADRUPPANI : Le sourire contenu. Collection La Petite Vermillon N°429. Editions de La Table Ronde. Parution le 9 mars 2017. 256 pages. 8,70€.

Repost 0
21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 10:11

Histoires noires pour nuits blanches...

Jean RAY : Le Grand Nocturne suivi de Les Cercles de l'épouvante.

Avec des Si, on mettrait Paris en bouteille, affirme le proverbe. Et l'on peut toujours imaginer que le succès de Jean Ray est dû par l'occupation des Nazis en Belgique et surtout de la fermeture de la frontière avec la France.

Dans sa postface, Arnaud Huftier, grand connaisseur de Jean Ray et de son œuvre précise :

Le 20 août 1940, une ordonnance instaure la censure préalable. L'une de ses missions est de briser l'influence culturelle française prépondérante en Belgique. Il s'agit donc de redonner une visibilité nouvelle à la production littéraire belge au nom des "valeurs nationales".

Ce qui provoque par voie de conséquence une émergence d'auteurs belges, et comme l'a remarqué alors Germaine Sneyers, la production belge gravitait autour de deux pôles : le régionalisme et l'onirisme. Le fantastique est également favorisé de même que l'insolite.

Le Poe belge, comme l'a surnommé Gaston Derycke dans Cassandre le 10 janvier 1943, se voit hissé au sommet de la littérature belge tout simplement parce que son œuvre propose, d'une certaine manière, la synthèse de l'enracinement belge et du fantastique - tout en faisant l'ellipse sur les questions politiques.

Cette période signe la résurrection de Jean Ray, et le natif de Gand se voit porté au pinacle des lettres, tout autant belges que françaises. Il deviendra la Référence du Fantastique, à la hauteur de ses confrères belges Simenon et Steeman qui, eux, œuvraient dans le policier et le roman noir. Si Simenon vivait à l'époque en France, Steeman était en Belgique, fondant avec Jules Stéphane, Thomas Owen, Evelyne Pollet et Max Servais, la coopération d'édition les Auteurs Associés, coopérative que rejoindra Jean Ray.

De 1942 à 1944, des années d'intense activité pour Jean Ray qui se concrétisent par la parution du Grand Nocturne et des Cercles de l'épouvante, avec des textes inédits ou repris dans des publications précédentes dans des magazines belges, mais aussi des Derniers contes de Canterbury et deux romans Malpertuis et L a cité de l'indicible peur, tous devenus des classiques de la littérature fantastique.

 

Certaines thématiques reviennent quasi systématiquement, chères à l'auteur. Le port, l'eau, l'alcool, la nuit, la brume... et des conversations entre adolescents, marins, camarades de comptoir.

Les conversations pour installer l'ambiance, avec souvent un interlocuteur naïf, le port et l'eau pour amplifier l'atmosphère sombre qui s'englue dans nuit et la brume, et l'alcool pour permettre les divagations des personnages, jouant entre réalité et virtualité, entre le tangible et l'irrationnel. Les événements vécus, imposés aux personnages, découlent-ils d'un fantastique quotidien ou proviennent-ils d'une absorption trop fréquente et effrénée d'alcool ?

Le soin de trancher est laissé au lecteur qui se délecte rétrospectivement de la peur et de l'effroi ressentis par des protagonistes se mouvant dans la banalité quotidienne des troquets ou d'endroits tout aussi dangereux et maléfiques, comme les cales d'un navire.

Et pour ceux qui ne connaitraient pas encore Jean Ray et son œuvre, une excellente entrée en matière et un régal de lecture, une écriture dépouillée de tout ce sadisme, cette violence, ces hyperboles dans la brutalité contenus dans la plupart des romans d'horreur qui foisonnent actuellement, le suggestif prenant la place au descriptif.

 

Sommaire :

Le Grand Nocturne

Le Grand nocturne

Les sept châteaux du roi de la mer

Le fantôme dans la cale

Quand le Christ marcha sur la mer

La scolopendre

 

Les Cercles de l'épouvante :

Liminaire. Les cercles.

La main de Goetz von Berlichingen.

L'assiette de Moustiers.

Le cimetière de Marlyweck

L'homme qui osa.

L'auberge des spectres.

L'histoire du Wûlkh.

Le miroir noir.

Fin. Hors des cercles.

 

Autres textes :

Monsieur Briscombe et le feu.

Last chance

En ville inconnue.

 

Postface de Arnaud Huftier.

Bibliographie.

Jean RAY : Le Grand Nocturne suivi de Les Cercles de l'épouvante. Alma Editeur. Parution le 2 mars 2017. 310 pages. 18,00€.

Repost 0
20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 10:10

Un clin d'œil à la Comtesse déchaussée ?

Hervé JAOUEN : Le vicomte aux pieds nus.

En cet été 1895, le vicomte Gonzague de Penarbily, est plus occupé fréquenter les cercles de jeux ou à ôter l'opercule de jeunes pucelles britanniques qu'à se consacrer à ses études de droit. A vingt-huit ans, on a l'avenir devant soi.

Il est en vacances chez sa mère, Hortense de Penarbily, une veuve qui a hérité d'un manoir et quelques terres et métairies dans le pays bigouden, mais ce n'est pas pour autant que l'argent coule à flots. Ce serait plutôt le contraire, et afin de garder un rang social digne de son titre, Hortense a transformé son manoir et des dépendances en gîtes fort prisé par une clientèle venue d'Outre-manche.

Gonzague batifole donc dans la cabine de bains ou joue les herboristes laissant à sa jeune compagne admirer l'envers des feuilles, tout en sachant que dans un mois il doit se marier avec une jeune fille de bonne famille nantaise, dénuée de titre de noblesse mais fort pourvue en dot. Sa sœur Bérénice, plus jeune de deux ans, est promise au fils du notaire local, lequel sait parfaitement gérer ses affaires en plus de celles de la famille Penarbily. Bérénice est offusquée par les frasques de son frère, tandis qu'Hortense est fière de son coq.

Les mois passent, Gonzague se marie, mais dilapide rapidement la dot. Et crime de lèse-épouse, il utilise un condom lors de ses devoirs conjugaux. La mariée n'est pas bréhaigne comme ses parents aurait pu le supposer. Bref, le divorce est prononcé et le père bafoué n'en reste pas là. Alors Gonzague, qui sent le souffle des policiers dans son dos, décide de quitter la France. Il pense d'abord se réfugier en Angleterre, mais finalement il embarque pour les Etats-Unis en deuxième classe.

Les cabines ressemblent à des chambrées de caserne, six lits sur deux rangées superposées, mais la cohabitation avec les autres passagers est enrichissante. Deux techniciens de la compagnie cinématographique des frères Lumière partagent sa cabine, et curieux à juste titre, Gonzague demande des détails sur cette invention. A New-York, il existe déjà les petits films et le projecteur inventé par Edison, mais aussi bien les vues animées et l'appareil ne valent pas ceux des Frères Lumière.

Alors Gonzague rentre en France, réussit à convaincre sa mère à participer à la nouvelle aventure du cinéma et tous deux se rendent à Lyon chez les frères Lumière puis à Paris ils rencontrent Méliès dont les productions sont plus abouties encore.

C'est le départ pour le Canada, et munis du matériel ils s'installent à Montréal. Appuyés par le clergé local qu'ils invitent à visionner leurs vues animées édifiantes, ils aménagent une salle et proposent même des séances à mi tarif pour les scolaires. L'argent rentre et Hortense, en femme réfléchie économise afin de rembourser leurs dettes, les hypothèques et acheter de nouveaux films. C'est le début de la fortune.

Ensuite ils iront aux USA, en Floride, dans le Missouri... Mais les aigrefins veillent, Edison n'est pas satisfait de la concurrence, Hortense s'éprend d'un homme et vice versa, l'argent rentre dans les caisses, Gonzague fait la connaissance de Suzanne, une Louisianaise expansive, pétulante et affranchie qui l'aime, le suivra et l'aidera dans ses entreprises, n'hésitant pas à payer de son corps lorsque le besoin s'en fait sentir, en tout bien tout honneur. Mais comme d'habitude, grandeur est suivi de décadence...

 

Le Vicomte aux pieds nus nous emmène sur trente ans d'une saga familiale foisonnante dont Hervé Jaouen possède le secret.

Tout d'abord le lecteur est confronté à une ambiance bretonne tout en étant gauloise, et il suivra les aventures désordonnées de Gonzague dans ses divers périples. Il sera indulgent, tout comme Hortense la mère, envers ce fils de famille dépensier et folâtre, applaudira à ce qui pourrait être une rédemption lorsqu'il décide de trouver une occupation rémunératrice en s'adaptant à de nouvelles technologies, en étant un novateur dans ce qui n'était pas encore appelé le septième art, travaillant même ensuite lors du retour en France après un départ précipité des Etats-Unis, après un passage à Saint-Pierre Miquelon, comme scénariste et réalisateur-producteur de sa propre production cinématographique.

Il tremblera lorsque Gonzague et Hortense, ainsi que son mari, seront la proie de cousins américains qui ne respectent pas la famille. D'ailleurs intercalé dans la linéarité du récit, le journal d'Hortense nous entraîne au cœur de leurs pérégrinations mouvementées, amoureuses, exploratrices.

De plus la jeune nation possède une appétence pour les nouvelles technologies, se les appropriant en y apportant quelques modifications, en déposant les brevets, et instaurant le commerce unilatéral, tout pour l'exportation, rien pour l'importation. Phénomène amplifié de nos jours dans tous les domaines, ou quasiment.

Mais le lecteur s'amusera surtout car ce roman n'engendre pas la morosité. C'est drôle, c'est vivant, c'est émouvant, c'est égrillard, c'est historique, c'est frais et vivifiant, c'est impertinent, c'est distrayant.... Tout sauf ennuyeux !

 

Si j'ai qualifié ce roman de saga familiale, ce n'est pas tant parce qu'il s'étale sur trente ans, mais bien parce que j'ai relevé quelques greffons, quelques bourgeons qui pourraient donner lieu à des suites.

Par exemple, lors de leur séjour à Saint-Pierre et Miquelon, Hortense et son fils se trouvent en présence d'un Emmanuel Turgot. Et cela nous ramène à un ouvrage précédent de l'auteur. Mais d'autres indices laissent à penser que Hervé Jaouen va explorer la vie quotidienne et les tribulations de Suzanne, de Madeline, fille que Gonzague a eu au Canada mais qu'il n'a jamais connue, Bérénice, la sœur de Gonzague qui au contraire de sa mère n'apprécie pas du tout les frasques de son frère, voire d'autres personnages qui évoluent dans ce roman et qui mériteraient d'être étoffés.

 

Hervé JAOUEN : Le vicomte aux pieds nus. Editions des Presses de la Cité. Parution le 2 mars 2017. 464 pages.20,00€.

Repost 0
18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 06:23

Entrez dans le monde merveilleux

de la fantasy féérique...

Brice TARVEL : L'Or et la Toise.

Depuis que le mage Vorpil a failli à sa mission, celle de protéger le roi Storan II, le puissant monarque du pays de Fagne, ce pays a été scindé en deux par deux barons aux dents longues. Storan II est mort sans successeur mâle ou femelle, pour des causes qu'il n'est point besoin d'approfondir ici mais seulement en relever les conséquences.

Vorpil mûrit sa vengeance, chagriné par cette défection et lance un sort contraire sur les deux baronnies. La Fagne du Nord, dirigée par Varcellon, connaîtra les effets du gigantisme tandis que la Fagne du Sud, le baron Tillot à sa gouvernance, éprouvera les effets opposés, ceux du nanisme.

Fagne est atteint d'un autre fléau, héritage d'alchimistes apprentis sorciers. Fagne est un pays de marais et la pluie qui tombe continuellement ou presque entretient cette humidité sans parcimonie. Et ces brennes aux eaux devenues pesteuses recèlent de nombreux méhaignies, d'animaux infréquentables et de dangers de toute sorte.

Au moment où le lecteur entre sans passeport dans cette histoire, il fait la connaissance de deux flandrins nommés Jodok et Clincorgne.

Ces deux traîne-savates, ou plutôt traîne-vase, vivotent dans les marais, mais ils ont une idée en tête, surtout Jodok. Une légende, mais est-ce vraiment une fable, affirme que les caves du château du baron de Tillot en Fagne du Sud renferment des caisses d'or. Et que si ce trésor pouvait tomber entre leurs mains, ils sauraient quoi en faire. Mais auparavant, il leur faut se munir de toiseur, cet élixir qui permet de ne pas être atteint de gigantisme, au nord, et inversement proportionnel au sud. Clincorgne se plaint notamment que son bras s'allonge, ce qui lui crée une difformité dont il se passerait bien.

Pour se procurer cette panacée, les deux compères se rendent chez Renelle, la sorcière, une matrone ivrognesse aux chairs débordantes, mais qui, jeune fille, était d'un abord aimable et abordable. Clincorgne s'en souvient, mais c'était avant. Donc, ils demandent du pousse-pouce à la mégère, laquelle accepte de leur en fournir, mais sous condition.

Ils doivent raccourcir la chaumine de Renelle, qui tout comme les humains possède cette faculté de grandir seule. Les premiers embarras que les deux camarades vont affronter se dressent devant eux sous la forme de moines dirigés par Ermunoc. Les Moines Pourpres se déplacent à l'aide de radeaux, accompagnés d'aquachiens, répandant la bonne parole, celle du Tout-Haut, et surtout la leur. Et les contrarier n'est pas la solution pour s'en libérer.

Jodok et Clincorgne se débarrassent, non sans mal des intrus, récupérant au passage le radeau qui leur permettra de joindre la Fagne du Sud. Munis de toiseur, les voilà sur la route aquatique, et Renelle qui a compris leur projet, va elle-même tenter de rejoindre la Fagne du Sud, par ses propres moyens, et essayer d'arriver avant eux pour s'emparer du trésor.

 

Et en Fagne du Sud, me demanderez-vous, curieux et impatients que vous êtes ?

Le baron Tillot est aussi gros qu'une souris, refusant d'ingurgiter du toiseur, pour des raisons personnelles et lubriques. Or sa propension à vouloir rester minuscule faillit lui être fatale. Candorine, sa fille issue d'une des nombreuses relations que Tillot entretient avec toutes les gerces du château et d'ailleurs, Candorine a manqué, par inadvertance, l'écraser sous son pied mignon.

Depuis Candorine est encagée en compagnie d'Alda, son accorte meschine, dans les souterrains du castel et elles subissent les effets négatifs du rétrécissement de leur espèce de clapier suspendu au dessus d'une eau fangeuse. Leur geôlier, Gober, assure le ravitaillement et le vidage du jules contenant déjections et pissats. Quand il a le temps.

La situation commence à devenir intenable et Candorine ne désirant pas voir sa jeunesse flétrir dans cette immonde fillette, cet objet qui fut cher en un autre lieu et une autre époque à un certain roi Louis, décide de s'évader. Or pour parvenir à ses fins, il lui faut ruser et obtenir l'aide d'Alda, que la jeune femme ne lui refuse pas, car elle aussi n'en peut plus de stagner dans l'eau marronnasse et limoneuse de toutes sortes de détritus.

Parvenues à leur fin, non sans mal, je raccourci leurs mésaventures afin de vous laisser les découvrir avec cet appétit vorace qui anime tout lecteur, elles vont à l'air libre tenter de rejoindre la Fagne du Nord. Car Candorine est amoureuse d'un paladin qu'elle a aperçu un jour de l'imposte de sa chambre, lequel fort galamment lui a envoyé du bout des doigts un baiser. Les deux femmes ne savent pas qu'elles vont être confrontés à des dangers pouvant attenter à leur santé, voire à leur vie, mais l'attrait de la liberté est plus fort que tout, humains, animaux, maladies, périls en tous genres.

 

En empruntant le vocable issu de la belle langue française, et en digne héritier de Villon, Ronsard et Rabelais, Brice Tarvel nous offre un roman rafraîchissant et non seulement parce que l'eau y présente en permanence. Il ressort de ses tiroirs des termes, certes désuets, mais au combien expressifs.

Et le lecteur les goûte, les roule sous sa langue, tente de les emprisonner dans sa mémoire en essayant de s'en souvenir afin de pouvoir les utiliser plus tard pour la plus grande édification de ses proches. Foin de ces anglicismes qui polluent les textes journalistes, nous replongeons dans le vieux parler françois médiéval.

Brice Tarvel nous entraîne dans un monde imaginaire qui pourrait être le nôtre dans quelques siècles si les soi-disant progrès scientifiques altèrent la faune et la flore avec les pesticides, les désherbants, les produits phytosanitaires dont veulent absolument nous souiller des entreprises attirées par l'appât du gain au détriment de la nature.

Un double voyage et une rencontre inévitable entre les différents protagonistes de ce roman haut en couleurs, passionnant de bout en bout, et on ne se lasse pas de s'ébaubir devant l'imagination sans faille de Brice Tarvel.

Et pour le plus grand plaisir du lecteur, une suite va bientôt compléter cet ouvrage, mais ce sera pour plus tard. Quand j'aurai lu Au large des vivants, ce qui ne saurait tarder.

 

Brice TARVEL : L'Or et la Toise. Ceux des Eaux-mortes Tome 1. Collection Dédales. Editions Mnémos. Parution le 20 janvier 2011. 250 pages. 18,30€.

Repost 0
17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 10:42

Bon anniversaire à Brigitte Aubert, née le 17 mars 1956.

Brigitte AUBERT : La Rose de fer.

Les apparences sont trompeuses : Georges Lyons n’est pas économiste et ne pointe pas dans une entreprise comme il l’affirme.

En réalité, lorsqu’il quitte son domicile de Genève le matin, c’est pour se rendre dans un petit bureau où il se livre à des exercices physiques pour entretenir sa forme, ou alors il participe à un hold-up en compagnie de Benny, Phil et Max, la dernière recrue.

Le braquage, ce jeudi 8 mars à Bruxelles, s’effectue sans trop de problèmes. Seul grain de sable dans une machine bien huilée, Lyons croit reconnaître Martha, sa femme, au bras d’un inconnu. Il pense se trouver devant un sosie et téléphone à Martha, sensée se trouver chez sa mère.

La jeune femme décroche et Lyons est rassuré. Arrivé chez lui, il se rend compte que quel que soit le numéro de téléphone qu’il compose, il obtient Martha au bout du fil. Il se confie à Lanzman, un psychiatre qu’il voit régulièrement depuis un accident de voiture dont il est sorti indemne, légèrement amnésique, mais qui a fait une victime, un auto-stoppeur. Les souvenirs affluent parfois, surtout le visage de Grégory, son frère battu et abandonné par leur mère alcoolique à l’âge de quatre ans.

Tout se dérègle lorsque Max lui apprend que Phil a été détroussé et l’accuse d’avoir facilité cette spoliation. Dans le même temps, des tueurs tentent de l’abattre. A nouveau, il aperçoit celle qui ressemble tant à sa femme, couleur de cheveux exceptée, et la suit jusqu’à une réunion chez un avocat du nom de Silberman, dirigeant d’un parti néo-fasciste. La femme dit s’appeler Magdalena et être mariée avec l’un des invités. Il est poursuivi à la fois par des tueurs et par ses anciens acolytes.

Max, le premier, le convoque, mais Georges évite le piège tendu et tue son complice, s’apercevant que celui-ci travaillait en réalité pour les Palestiniens. C’est Phil ensuite qui se présente chez lui, et Georges doit la vie sauve à Martha qui abat sans complexe l’intrus. Une facette de la personnalité de Martha que découvre Georges, le confortant dans sa suspicion envers cette femme devenue énigmatique.

Un ami chinois vivant en fraude à Genève lui donne l’explication des mystères téléphoniques : les numéros qu’il compose sont reliés à un téléphone sans fil détenu par Martha. Le souvenir de Grégory, le frère mythique, le taraude de plus en plus. Une réminiscence obsessionnelle. Benny lui tend également un piège, mais il est abattu par un tueur auquel Georges échappe. Martha confirme à Georges qu’elle est effectivement Magdalena, ce sosie qui se trouve souvent sur son chemin et lui avoue qu’elle est à la recherche d’une liste d’anciens nazis réfugiés en Amérique du Sud. Une liste qu’elle n’est pas seule à convoiter d’où les avatars subis par Georges. Il va comprendre peu à peu qu’il a été manipulé, hypnotisé par son psychiatre et qu’en réalité il est peut-être Grégory, Georges étant mort dans l’accident, et qu’il serait le fils d’un nazi.

 

Autant le précédent roman de Brigitte Aubert — Les quatre fils du docteur March (1992) — jouait sur le suspense psychologique et mêlait avec habileté angoisse et noirceur, autant celui-ci s’avère rocambolesque, parfois à la limite de la parodie du roman d’espionnage, d’aventures et du feuilleton fin de siècle dernier.

Le côté humoristique au deuxième degré et l’absence de temps mort allègent une histoire désordonnée, qui fuse en tous sens. Les thèmes de la gémellité, du double, double vie de certains personnages par exemple, et la quête de l’identité sont une fois de plus largement exploités, alliés à des préoccupations plus actuelles : la chasse aux criminels de guerre et la résurgence du fascisme.

Double intrigue dans laquelle patauge le héros, mais parfois aussi le lecteur. Il faut du talent pour se sortir de cet imbroglio et Brigitte Aubert n’en manque pas. Elle ne se cantonne pas dans un seul genre, et l’entreprise est louable en soi.

 

Réédition Collection Points policiers N°104. Parution juin 1995. 296 pages. 6,10€.

Réédition Collection Points policiers N°104. Parution juin 1995. 296 pages. 6,10€.

Une autre couverture de la Collection Points

Une autre couverture de la Collection Points

Réédition : éditions Alliage. Parution septembre 2016. Version numérique. 3,99€.

Réédition : éditions Alliage. Parution septembre 2016. Version numérique. 3,99€.

Brigitte AUBERT : La Rose de fer. Collection Seuil Policiers. Editions du Seuil. Parution 3 juin 1993. 300 pages. 17,30€.

Repost 0
15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 11:14

Il peut encore servir...

Frédéric LENORMAND : Ne tirez pas sur le philosophe !

Légèrement imbu de sa personne et de l'aura dont il pourrait jouir grâce à ses écrits philosophiques, Voltaire revient à Paris, après un an d'absence, pensant être accueilli par une foule en délire. Las, personne ne se précipite au devant de son équipage, il peut franchir l'octroi sans même être embêter par les douaniers. Franchement c'est lui faire injure.

Alors il regagne son domicile rue de Longpont, chez les époux Dumoulin, et décide d'arroser Paris de papillons publicitaires (à l'époque il n'était pas encore en usage de parler de flyers !) vantant ses mérites. Naturellement il reçoit chez lui des quémandeurs, mais ce sont des quémandeurs peu intéressants. Si, quand même, les d'Alas, une fratrie de protestants qui se plaignent des agissement d'un ecclésiastique avec lequel ils entretiennent des relations plutôt tendues. Tellement tendues que l'un d'eux a reçu une bastonnade qu'il n'a pas digérée, obligé de garder le lit durant quelques temps. Le curé hargneux est un certain père Elisabeth, et le portefeuille garni que lui offrent les trois frères est convaincant.

L'abbé Linant, dont la principale préoccupation est de nourrir son estomac, et celui de Voltaire par la même occasion, se voit remettre sur le marché, non point une profession électorale, mais un billet de réclame pour un musée de curiosités anatomiques, tenu par maître Hérissant, taxidermiste de profession. L'entrée n'est pas donnée, mais la curiosité poussant le philosophe, une visite s'impose.

L'empailleur vient justement de recevoir une jeune fille qui a été pendue, coupable d'avoir dérobé à son maître des chemises. La foule, toujours avide de sensations fortes, a pu remarquer que le bourreau a laissé le soin à son apprenti de réaliser la pendaison a sa place, un travail saboté aux yeux de tous. Tellement saboté que la jeune fille n'est pas tout à fait morte. C'est ce que peuvent constater Voltaire et son secrétaire, ainsi que Hérissant qui perd une pièce à naturaliser.

Blanche est emmenée chez le philosophe et il est procédé à un bain revigorant et nettoyeur. Et lorsque la belle Emilie, marquise du Châtelet et néanmoins amante de Voltaire, débarque à l'improviste, c'est pour voir une nymphette à moitié nue, ou à moitié vêtue, déambuler dans l'appartement. Bon ami, ainsi est surnommé Voltaire dans les bons jours, narre, pour faire diversion, les problèmes rencontrés par la fratrie d'Alas avec l'abbé commanditaire, le Père Elisabeth. Et pour faire diversion, c'est loupé. Elisabeth Théodose de Breteuil n'est autre que le frère d'Emilie.

Emilie n'aime pas que l'on touche à sa famille, philosophe ou pas. Elle propose une sorte de marché, elle lance un défi à l'écrivain aux écrits pas vains : Le premier qui résoudrait le problème de Melle Blanche alias Cunégonde prouverait sa supériorité en matière de générosité, d'efficacité dans l'établissement des droits humains, dans la protection de la liberté, et règlerait à sa façon l'affaire d'Alas.

Jolie joute en perspective, d'autant que des cuillers disparaissent mystérieusement et réapparaissent tout aussi mystérieusement dans les effets de Blanche, et que des morts vont interférer dans cette enquête qui va mettre aux prises les deux amants, adversaires le temps de prouver à l'autre une supériorité factuelle, et que des personnages font leur apparition au grand dam des deux antagonistes. Ainsi Marguerite, veuve du marquis de Bernières, qui aimerait bien mettre Voltaire dans son lit afin de lui réchauffer les pieds, ou encore Hérault, lieutenant général de police et Tamaillon son adjoint. Sans oublier que le précédent maître de Blanche a disparu dans des conditions inexplicables, jusqu'à ce que son corps soit retrouvé.

 

Joyeusement iconoclaste et sympathiquement irrévérencieux, Ne tirez pas sur le philosophe ! est une récréation pour le lecteur. Selon la quatrième de couverture, En San Antonio du thriller historique, Frédéric Lenormand crée des héros infatigables, hauts en couleurs.

Si je suis entièrement d'accord sur les deux dernières affirmations, la première, elle, me laisse dubitatif, même si l'on peut lire, par exemple :

Je ne la connais ni d'Eve ni d'avant. Alors que San Antonio écrivait : Je ne la connais ni des lèvres ni des dents.

Mes références iraient plutôt vers P. G. Wodehouse ou Jerome K. Jerome, deux auteurs britanniques certes, mais dont le style de l'auteur se rapproche sérieusement, ou pas.

Le mieux est peut-être de vous proposer un florilège de citations :

Tous les coups sont permis quand on est homme de foi, c'est l'Eglise qui définit la morale.

Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. Hélas, souvent, le bibliothécaire était gaga.

Dans la pièce mitoyenne, son frère Elisabeth s'amusait avec les enfants, une occupation bien masculine. Il jouait à l'inquisiteur avec les peluches, Torquemada-tortue s'apprêtait à brûler sur un bûcher M. Lapin-marrane, ses neveux battaient des mains, il n'est jamais trop tôt pour inculquer à la jeunesse la véritable échelle des valeurs chrétiennes.

Frédéric LENORMAND : Ne tirez pas sur le philosophe ! Série Voltaire mène l'enquête. Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 8 mars 2017. 350 pages. 19,00€.

Repost 0
14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 06:05

Où Mary Lester démontre qu'elle a du chien...

Jean FAILLER : La cité des dogues.

Cela fait huit mois que Solange Roch a été retrouvée sur une plage malouine, morte, le corps déchiqueté probablement par les rochers affleurant. C'était le 15 mars alors qu'elle était portée disparue depuis une dizaine de jours. L'enquête de police diligentée par le commissaire Rocca a conclu à un accident cardiaque.

Simone Roch, trente quatre ans, était une sportive accomplie, jouant au tennis et battant les meilleur(e)s, pratiquant la planche à voile et la voile, courant ses dix kilomètres quasiment tous les jours sur le Sillon. Et rien ne la prédisposait à décéder d'un arrêt cardiaque. Mais son mari, le notaire Roch, un notable qui est également le suppléant du député, ne croit pas à la version officielle.

Et c'est ainsi que Mary Lester, auréolée par la résolution de quelques affaires, dépendant du commissariat de Quimper, est chargée de reprendre le dossier et d'y apporter son grain de sel. Le député possède des relations qu'il a contactées afin que la lieutenante soit détachée auprès du commissaire Rocca.

Le commissaire Rocca est imbu de sa petite personne, et ses lieutenants filent droit, notamment le lieutenant Maüer qui évite de prendre des initiatives. Elle se rend à Paramé chez le notaire, dans sa malouinière, ou plutôt son vide-bouteilles, une maison ancestrale qui à l'origine servait de garçonnières et de lieu de rendez-vous pour les corsaires en goguette. L'homme est apparemment attristé par la mort de sa femme et il ne croit nullement en les conclusions du médecin légiste.

Mary Lester rencontre d'abord des partenaires de jeux de Simone, au tennis ou à la voile, mais ceux-ci se contentaient de pratiquer leurs sports en sa compagnie. Rien de sexuel là-dedans, rien de compromettant. Alors elle demande à Maüer de vérifier si des disparitions inquiétantes ne se seraient pas produites à la même époque ou plus tard.

Ce n'est pas de bon cœur que le lieutenant se penche sur les dossiers, pourtant il découvre trois affaires qui n'ont pas été traités. Un jeune homme et deux personnes âgées n'ont pas donné signe de vie depuis quelques mois. Comme il faut bien se sustenter, Mary se rend à la pizzeria où travaillait le jeune homme. Les deux patrons du restaurant italien ont reçu une carte postale de leur ancien employé en provenance des Antilles. Ils avaient tout simplement omis de le signaler au commissariat. Un coup d'épée dans l'eau.

Mais pour les deux personnes âgées, c'est plus inquiétant. Un homme qui s'était installé dans une maison de retraite et une femme qui vivait chez elle. Leur point commun, celui d'être des sportifs, comme Simone. Et tous les jours ou presque, ces deux disparus avaient l'habitude de se promener, en marchant d'un bon pas, sur le Sillon, un chemin qui longe la plage.

 

Ne sentant pas à l'aise dans l'hôtel qu'elle avait dans la vieille ville, Mary Lester prend une chambre dans un autre établissement situé sur le Sillon, ce qui lui permet d'avoir une meilleure vision et un panorama unique sur la mer.

Pour autant, elle n'est pas rassurée, surtout le soir, lorsqu'elle croise un homme à l'air chafouin et rébarbatif, promenant ses deux chiens. Officiellement il est habilité à veiller sur le port comme vigile pour une entreprise de sécurité. Elle apprend que les dogues sont une vieille tradition malouine, abrogée en 1770, et qu'ils étaient lâchés dans les douves et sur la grève afin de protéger la cité des envahisseurs en provenance de la mer. Mary allie donc connaissances historiques et enquête dans une histoire qui m'a fait penser un peu à Charles Exbrayat dans ses romans provinciaux.

 

Jean Failler, nous décrit Saint-Malo et une partie de son histoire sans jouer les guides touristiques. Par petites touches il montre la cité de Robert Surcouf sans encombrer son intrigue.

Le lecteur averti se doutera dès le début, ou presque, de l'identité du ou de la coupable, et le comment, mais c'est le pourquoi qui le tiendra en haleine. Et surtout l'atmosphère du roman, les démêlés de Mary avec le commissaire Rocca et avec Maüer qui traîne les pieds, plus quelques scènes au cours desquelles sa vie ne tiendra qu'à un fil ou à une laisse.

Un roman simple, mais pas simplet, dans lequel l'auteur privilégie l'étude des personnages à la construction de l'intrigue, tout du moins à la résolution de l'énigme.

 

Première édition : Editions Alain Bargain. Parution 2eme trimestre 1996. 240 pages.

Première édition : Editions Alain Bargain. Parution 2eme trimestre 1996. 240 pages.

Jean FAILLER : La cité des dogues. Collection Mary Lester N°8. Editions du Palémon. Parution 1998. 304 pages. 9,00€. Version numérique 5,99€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables