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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 08:17

Tu seras la poubelle... Pour aller danser...

 

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Affecté depuis six mois à la brigade du 9-3, c'est à dire en langage non codé en Seine-Saint-Denis, Yvan ne pensait que la simple arrestation d'un proxénète allait l'emmener jusqu'à Marseille et mettre les pieds dans la merde.

Arrêté alors qu'il relevait les compteurs, le maquereau avait passé un marché avec Yvan. Il lui refilait une affaire qui ne sentait vraiment pas bon, et en échange le policier fermait les yeux sur l'origine de ses revenus. Après mûre réflexion Yvan avait accepté.

Une usine du coin chargée de collecter les résidus se débarrasse de ses produits dangereux et toxiques en les convoyant par camions vers des décharges illégales au lieu de les répartir vers les sites officiels de traitement. Et cela rapporte beaucoup à l'usine de récupération ainsi qu'aux industriels qui se débarrassent de leurs cochonneries à moindre coût. L'homme sait de quoi il parle ayant travaillé deux mois dans le site incriminé, seulement il ne sait pas où sont envoyés les détritus encombrants et dangereux. Une affaire autrement plus coriace que de s'attaquer à de petits marlous et qui peut signifier un avancement appréciable.

Yvan en informe son supérieur mais les preuves faisant défaut il faut établir un système de surveillance. Au bout de plusieurs semaines, enfin le grand voyage va commencer.

Deux équipes sont sur le pont, ou plutôt sur les routes. Yvan et Franck forment la première paire tandis que deux autres collègues sont chargés de les remplacer et de superviser.

Commence un long périple de la banlieue jusque dans le sud, peut-être Marseille, à se relayer, la première voiture roulant à quelques centaines de mètres du camion, l'autre se déplaçant allègrement devant le petit convoi ainsi formé. Ils communiquent via un portable, sauf lorsque celui-ci est éteint pour une raison indéterminée, et sont aidés grâce à un GPS mouchard. Puis le dispositif de surveillance est inversé.

Mais tout ne se déroule pas tout le temps comme prévu. Il faut compter sur les aléas, les arrêts, les coups de gueule des uns et des autres, et surtout ne pas se faire repérer lors des haltes imputables aux nécessités de la nature. Remplissage d'estomac et vidage de vessie.

 

Cette pérégrination n'est pas sans danger, mais le convoyage de déchets toxiques ne l'est guère moins. On pourra rapprocher ce thème à des affaires récentes qui empoisonnent l'existence de bons nombre de citoyens à cause des décharges sauvages ou celles qui sont crées avec l'aval des pouvoirs publics afin de complaire à des industriels qui pensent en priorité au confort de leur bourse. Les habitants de l'Orne peuvent en témoigner avec l'histoire de Nonant-le-Pin, et je vous invite à lire à ce propos le roman de J.M. Brice, Infiltration, paru aux éditions Territoires Témoins.

Comme pour tous les titres de cette collection l'éditeur s'entretient avec l'auteur. L'origine de ce roman, qui s'inscrit dans un épisode réel, les exportations, les raisons des trafics et autres éclairages, le tout avec un grand nombre de références que le lecteur pourra consulter avec profit, pédagogique et intellectuel, via les nombreux sites proposés.

Dans la même collection des Romans de la colère on pourra également diriger le curseur de sa souris vers les liens suivants :

Zina et Lechien de Marc Villard; L'honneur perdu du commandant K de Roger Martin.

Voir également l'avis de Claude Le Nocher sur Action-Suspense.
J. ZOLMA : Les poubelles de Babylone. Collection Osaka, Les romans de la colère. Oslo éditions. Parution le 19 juin 2014. 74 pages. 9,00€.

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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 14:05

La guêpière, aujourd'hui le frelon...

 

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Se retrouver à la baille, un soir de cuite, cela peut arriver. Se noyer par la même occasion, aussi. Mais laisser vierges de toutes empreintes, le volant de son véhicule et les poignées des portières, c'est vraiment dépasser les bornes.

Le cadavre retrouvé dans les eaux de la Deûle n'a pas apprécié ce bain de minuit. Il s'agit de Magnard, un jeune loup aux dents longues qui fêtait sa toute nouvelle promotion à CPT (Crédit pour Tous), en compagnie de quelques collègues. Vaillant et Ponçon n'ont pas participé aux libations, frustrés de s'être laissés distancés alors que la place leur était promise par voie de ricochet. Un avancement qui tombe à l'eau. Ils se sont vaguement réconfortés dans un autre bar et éméchés ils sont rentrés chez eux. A près de 1 heure du matin pour Vaillant qui ne l'était guère mais a réussi à faire croire à sa femme Marie-Noëlle qu'il n'était que 23h15. Enfin c'est ce qu'il pense car subrepticement elle a consulté son réveil.

Le capitaine Marc Flahaut de la PJ de Lille hérite de ce dossier à peine rentré du Québec où il a passé quelques jours en compagnie de son amie, restée elle sur place. Normalement ce sont les agents de la Sûreté qui devaient démêler tout ça mais ils sont débordés, manque récurrent d'effectifs. Tout naturellement il entame son enquête en se rendant sur place, recueillant le témoignage de la vieille dame qui a signalé la présence inhabituelle d'une voiture sur les berges de la Deûle, un endroit calme et guère fréquenté. Outre le manque d'empreintes, des fils de tissu, provenant probablement d'un costume bleu, ont été relevés sur la banquette par la Scientifique. Puis il interroge les deux principaux intéressés, les bénéficiaires de cette mort, les sieurs Vaillant et Ponçon, ainsi que leurs femmes.

Marie-Noëlle se contente de réciter la leçon apprise concernant l'heure de rentrée ainsi que sur quelques petits détails. Elle a travaillé comme enseignante avant son mariage mais depuis son mari préfère qu'elle reste à la maison à élever leurs trois enfants. Toutefois elle s'est dégottée une petite occupation. Elle donne des cours d'alphabétisation à Lambersart à des personnes en difficulté, des adultes principalement. Elle y a fait la connaissance de Nassima, fille d'émigrés, la trentaine avancée, qui la prend sous sa coupe. Or Nassima, qui travaille dans une boîte d'informatique connait bien les cadres de CPT car elle est amenée à installer des logiciels sur les ordinateurs. Et elle surprend certaines conversations qui l'interloquent.

Flahaut fait la connaissance de Nassima et c'est un peu grâce à elle qu'il va continuer son enquête, en marge car non seulement d'autres affaires le requièrent mais de plus il en est dessaisi au profit de la Sûreté qui a récupéré son effectif.

Si le lecteur se doute dès le départ de l'identité du ou des meurtriers de Magnard, l'intérêt du roman se porte non seulement sur la façon de procéder et les circonstances de découvertes des preuves mais également sur les à-côtés. L'ambition démesurée d'un jeune cadre dynamique qui veut tout révolutionner, afin d'obtenir de l'avancement en marchant sur les pieds de ces collègues. Mais aussi sur cette antinomie comportementale entre deux femmes, Nassima et Marie-Noëlle. Nassima est une femme libérée, émancipée mais en proie au doute et au stress, se rongeant les ongles à longueur de temps. Marie-Noëlle est soumise au diktat de son mari, un peu nunuche, simple et naïve. Et Nassima va la bousculer, lui insufflant le goût d'écrire des textes afin de lui permettre de se rendre compte qu'elle est capable de s'extérioriser, de sortir d'une léthargie peut-être confortable mais guère enthousiasmante. Des nouvelles gentiment érotiques qui comblent un vide charnel. Et comme Marie-Noëlle n'est guère délurée Nassima va même jusqu'à l'emmener dans un commerce de vente de lingeries fines et coquines. Ce qui justifie le titre de ce roman qui à l'origine devait s'appeler La guêpière de velours rouge. Ce qui eut été pas mal non plus. Elles représentent les deux facettes sociales qui vont à l'encontre des idées reçues.

cluytens1.jpgMais certains événements éclairent aussi les débordements des cités et surtout l'origine de certaines de ces manifestations dont la genèse n'est pas souvent imputables à des énergumènes ciblés par les rumeurs malsaines.

Un roman plus profond qu'il y parait, engagé, et mettant en lumière des idées préconçues qu'il faudrait parfois évacuer. Nous sommes dans le cadre d'un roman humain, humaniste même, qui peut déranger des intégristes confits dans leurs convictions, loin de l'humour qui se déploie avec saveur dans un autre roman de Lucienne Cluytens : Miss Lily-Ann. Et souvenez-vous que souvent les apparences sont trompeuses.


Lucienne CLUYTENS : La mort en guêpière. Editions Ravet-Anceau, collection Polars en Nord N°95. Parution le 18 novembre 2011. 258 pages. 11,00€.

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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 12:34

Bon anniversaire à Tonino Benacquista né le 1er septembre 1961.

 

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Il y a des services qu'on ne peut refuser à un ami, même si cette amitié s'est effilochée au fil des ans. Et c'est alors qu'on se dit qu'on aurait mieux fait de ne jamais avoir appris à lire et à écrire.  

Lorsque Dario demande à Tonio de lui rédiger une lettre d'amour destinée à une certaine madame Raphaëlle, pensait-il aux conséquences, et supposait-il que Tonio allait être entrainé dans un engrenage infernal ? Surement pas, et Tonio encore moins. 

Bon prince Tonio rédige donc cette missive pour apprendre quelques jours plus lard non seulement le décès de son ami, mais de plus qu'il en est l'héritier. D'un petit lopin de terre en Italie, d'un mauvais vignoble dont le vin n'est même pas buvable. Les raisins, c'est bien connu, renferment des pépins et ceux-ci tombent sur le coin de la tête de Tonio sous forme de pruneaux. Alors Tonio décide de partir en Italie, de retourner aux sources en quelques sortes. Là-bas le fils de l'émigré Rital sera accueilli comme un touriste, un étranger. D'autres que lui s'intéressent à ces quelques arpents de terre. Il ne faut, pas oublier que l'Italie, outre 1es pâtes. a exporté également des truands. Et ceux-ci lorsqu'ils sentent, l'odeur de l'argent frais n'hésitent pas à retourner sur la terre de leurs ancêtres.  

Tonio en fera les frais, mais lorsque le vin est tiré il faut le boire. Tonio ne sait plus à quel saint se vouer.Peut-être à Sant'Angelo, dont une chapelle dédiée à sa mémoire a été élevée sur l'un des vignobles de Tonio. El il n'est pas dit que Tonio aura effectué le déplacement en vain. En vin, serait plus exact.  


Tonino Benacquista était un peu mon auteur fétiche. Celui qui a débuté en littérature alors que je balbutiais mes premières chroniques devant un micro. Et, depuis je l'ai suivi avec un intérêt croissant.

benacquista1.jpgParce que Tonino Benacquista s'améliore à chaque roman. Mais parce que ses romans reflètent une justesse de ton rarement utilisée. Tonino Benacquista puise dans le réel, dans le vécu pour y imbriquer sa portion d'imaginaire. Les personnages qu'il met en scène sont crédibles. Tonino est tout ou partie du héros et les protagonistes ne sont uniquement issus de son imagination. L'histoire qu'il raconte est imprégnée de faits réels, qui sont arrivés à lui ou à sa famille. De son expérience, de ses souvenirs il alimente la trame de ses ouvrages, et il est difficile de dissocier l'imaginaire, la fiction de La réalité, tant ceux-ci sont en symbiose.

D' le parfum d'authenticité qui s'en exhale. De plus Tonino Benacquista écrit pour le plaisir, même s'il accouche dans la douleur. Il prend son temps, peaufine ses phrases, tout en restant sobre dans la narration. Lire Benacquista est un réel plaisir, une dégustation que l'on savoure, comme ses recettes de pâtes ou son café. Je pourrais vous entretenir de Tonino pendant des heures, mais à quoi bon, le talent parle pour lui et nettement mieux que je ne saurais le faire.

Chronique radiophonique écrite en avril 1991.

Ce roman a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière 1992.

Existe également en format Kindle.

Tonino BENACQUISTA: La commedia des ratés. Série Noire No 2263. Parution avril 1991. Réédition Folio policiers. 1998. 240 pages. 6,20€.

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 15:15

Le jour où la Terre s'éveillera...

 

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Lorsque ce matin là Pablo, réveillé par les hurlements des chiens, sort de la hutte dans laquelle il a couché avec Mana, il est tout surpris de constater que quelque chose ne tourne pas rond sur l'Altiplano. D'abord ces gueulements inopportuns, puis les condors qui tournent dans le ciel d'une façon bizarre, et enfin les nombreux arcs-en-ciel qui zèbrent l'atmosphère.

orga1.jpgPablo est colporteur et propose ses marchandises transportées sur le dos de ses trois mules dans les villages entourant le Chimborazo, et à chaque étape il a toujours une place réservée par une jeune femme ou une jeune fille dans sa couche pour lui réchauffer les pieds. Avec ses dents blanches, sa fière allure, sa gentillesse, Pablo le métis attire la sympathie. Il ne gruge pas ses clients, disséminés un peu partout, sur les Hauts-Plateaux et est toujours bien accueilli. Mais malgré cette journée qui s'annonce particulière, il lui faut continuer son chemin.

Mana part avec lui et ils traversent le paysage désertique de l'Arenal. Ils aperçoivent l'hélicoptère du toubib Jeff Mason, un Gringo qui a tout laissé pour se consacrer à l'humanitaire. Il est accompagné d'Inès l'infirmière qui se refuse à Pablo, aussi la considère-t-il comme une pimbêche. Les condors tournoient toujours au-dessus de leur tête, piaillant comme si les volatiles étaient effrayés. Le ciel est de plus en plus irisé. Mana a peur. Lorsqu'ils arrivent au lieu dit le Carrefour des deux chemins, ils ne peuvent apercevoir la vallée, noyée par un brouillard dense. Les mules apeurées échappent à l'ancien péon et remontent jusqu'au village de Sandrinas. Pablo se requinque en tétant la bouteille de rhum qui ne le quitte jamais, sauf quand elle est vide et dans ce cas il la remplace par une autre. C'est son point faible. orga3.jpg

Ils sont englués dans le brouillard et leurs membres se raidissent. Dans un réflexe de défense, comme si cela allait changer quelque chose, Pablo tire quelques coups de fusil. La terre se métamorphose, comme si des coulées de lave s'étendaient sur les rochers, et une énorme bouche se dessine dans cette masse mouvante, des replis se forment, se solidifient. Ils échappent de peu à ce liquide visqueux, rougeâtre, qui veut les aspirer. Pablo entraînant Mana remonte au village mais bientôt d'autres cratères se forment, un pus s'écoule digérant tout sur son passage. Mais il semble que seuls des objets inorganiques soient digérés. Les animaux sont rejetés mais crèvent par manque d'air englués dans cette bave glutineuse, poisseuse.

Quelque part, Orga vient de se réveiller. La Structure Orga s'anime, la Cellule de Contrôle est illuminée de points lumineux, la Masse Centrale gère et le Bloc Mnémonique l'instruit. Les vingt-quatre éléments fournissent des informations mais lorsque Orga pose des questions précises concernant son avenir et les événements qui se produisent, la Mémoire répond ou non, selon que les réponses sont inscrites dans le Programme. Tout ce qu'elle peut affirmer, c'est que tout se déroule selon un Schéma précis. Les vingt-quatre éléments forment sur l'écran de la Masse Centrale une sorte de chrysalide globulaire.

 

Résolument ancré dans un fantastique qui se rapproche d'un univers puisé dans celui de Lovecraft, Le cycle d'Orga au début déconcerte. Le premier chapitre étant consacré à cette naissance d'un être nommé Orga mais dont ne sait rien. Peu à peu tout se décante mais se sont les mésaventures et les affres ressentis par Pablo et les Quichuas qui prennent le pas. Des bouches qui peu à peu envahissent l'Arenal, progressant inexorablement malgré les efforts de Pablo, de Jeff Mason et de leurs compagnons tentant d'y échapper. Une gangue gloutonne à l'origine inconnue qu'ils combattent avec leurs faibles moyens.

Une aventure haletante, passionnante, stressante, palpitante, captivante dans laquelle toute l'imagination de Max-André Rayjean s'exprime avec fougue et maîtrise. Une créativité et une originalité sans faille et qui n'emprunte pas à la science-fiction ou l'anticipation, quoi que l'on puisse tout extrapoler, mais surtout à l'angoisse.

 

 

Ce recueil est complété par trois nouvelles : Le génie du fleuve paru pour la première fois dans le Journal des Voyages en 1948; Le mur de lumière dans Mercury N° 15 en 1967 et Le grand exode dans Fantascienza N° 2-3 en 1980, trois histoires, trois univers et trois thèmes différents. Une présentation de Max-André Rayjean par Richard D. Nolane complète l'ouvrage.


Max-André RAYJEAN : Le cycle d'Orga. Editions Rivière Blanche, Collection Blanche N°2018. 192 pages. 17,00€.

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 14:24

Et dire que ce manuscrit dormait depuis des décennies dans un vieux dossier !

 

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Dans sa postface Charles Ardai narre le parcours de ce manuscrit, parcours qui à lui seul est un roman pour une œuvre qui a connu de nombreuses versions avant celle publiée et qui est considérée comme définitive et ultime.

A vingt et un ans, Joan Medford enterre son mari à Hyattsville dans le Maryland. Celui-ci s'est tué en embrassant un pilier de pont à bord de son véhicule. Depuis son mariage forcé avec Joan qui était enceinte, il s'était mis à boire et tapait aussi bien sur son gamin âgé de trois ans, Tad, que sur Joan. Alors on ne peut pas dire qu'elle le regrette. Toutefois la famille de Ron et sa soeur Ethel lui en veulent. Ils laisseraient même sous-entendre que cet accident a été provoqué. D'ailleurs Ethel, qui suite à une opération ne peut plus enfanter, a décidé de s'accaparer le gamin. Dans un sens cela arrange quelque peu Joan.

En effet, si elle hérite de la maison de son mari, elle hérite également de l'hypothèque. Et il lui faut trouver un travail car les factures s'accumulent. Celles d'électricité, de gaz, de téléphone. Et si elle veut bénéficier des bienfaits du progrès il lui faut régler ce qu'elle doit aux différentes compagnies. Elle est en train de penser à cet avenir qui n'est guère réjouissant lorsque deux policiers frappent à sa porte. Le sergent Young et l'agent Church. La personnification du Bon et du Méchant. Church malgré qu'il ne soit que le subordonné de Young recherche la petite bête, déclarant que la mort de Ron est suspecte et qu'il veut dans le doute faire exhumer le cadavre à des fins d'autopsie. Young met de la graisse dans les rouages, compatit, et propose même à Joan de se présenter au Garden of Roses, un bar restaurant, la propriétaire recherchant une serveuse.

Malgré son manque d'expérience, Joan possède quelques atouts physiques qui plaident en sa faveur, une poitrine conséquente et des jambes longues et fines, et elle est embauchée immédiatement. Elle se lie rapidement d'amitié avec Liz, l'autre serveuse plus âgée qu'elle qui lui fournit les ficelles du métier. Deux boutons déboutonnés du corsage, le client est appâté. Les effets ne sont pas longs à se faire ressentir. Monsieur Earl K. White, troisième du nom, lui laisse un pourboire extravagant, et le lendemain elle peut procéder au règlement de quelques factures urgentes. Monsieur Earl K. White n'est plus du tout de première jeunesse et une angine de poitrine le tarabuste. Elle s'en rend compte lorsque se penchant un peu trop vers lui, trois boutons du corsage non attachés, il commence à rougir mais pas comme un adolescent boutonneux. Il suffoque et reprend sa respiration avec difficulté. Mais ils partagent quelques points communs. Monsieur Earl K. White est veuf depuis cinq ans, conseiller financier spécialisé en placements et investissements et malgré sa fortune il se sent seul.

Mais un autre client l'accapare également. Tom, qui lui servit de soutien lors de la cérémonie funèbre en remplacement d'un copain indisposé, lui fait comprendre qu'elle ne lui est pas indifférent. Seulement, il a le tort de l'emmener un soir dans une boite sélect et huppée qui pratique la fourniture de jeunes femmes pour âmes esseulées.

Joan est partagée par son attirance envers Tom et l'attirance de son portefeuille envers Monsieur Earl K. White III. C'est bien là tout le problème.

Le personnage de Joan, qui n'est âgée que de vingt et un ans, ayant eu sa première relation sexuelle à dix-sept ans avec pour résultat un gamin, est complexe. Elle ne connait pas grand-chose de la vie, et ne pense qu'à l'avenir de son enfant. Ce qui l'amène à se montrer naïve et roublarde à la fois. Mais ce n'est pas pour autant qu'elle aguiche les hommes dans un but lucratif, ou si elle le fait c'est presque inconsciemment. Elle ne veut pas se vendre et prodiguer ses charmes comme une simple fille de joie. Pourtant aux yeux de tous, elle agit comme une opportuniste qui accepte la demande en mariage de Earl K. White.


James_M._Cain.jpgLa couverture annonce la couleur : ce roman est très ancré années 50. Plutôt fin des années 1950 puisqu'à un certain moment la narratrice, Joan, regarde une émission en couleurs à la télévision. Un procédé révolutionnaire qui commença à envahir les foyers dès 1954, créé par Henri de France, mais rares étaient les foyers qui pouvaient en disposer. De même est évoqué un médicament très utilisé dans les années 50 et 60 destiné à lutter contre les états nauséeux et comme sédatif. Or il semblerait que si ce médicament fut mis sur le marché dans de nombreux pays dont l'Allemagne et la Grande Bretagne, il n'était pas commercialisé en France et aux Etats-Unis, mais fut distribué toutefois à vingt mille patients environs. Enfin certaines scènes sont narrées de façon nettement plus suggestives que de nos jours et cela peut faire sourire, mais en même temps cela relève d'une courtoisie envers la gent féminine, même si celle-ci n'hésite pas à employer des mots plus crus et directs.

Ainsi Joan et Liz portent en guise de tenue de travail des shorts en veloutine avec des collants et lorsqu'il fait chaud, cela provoque quelques inconvénients : Joanie, je ne veux pas te paraître indiscrète mais tu ne te sens pas un peu... moite ? Dans certaines parties intimes ? Qu'on ne mentionne jamais en public mais qu'entre filles on appelle l'entrejambe ?

Une petite erreur, mais cela arrive à tout le monde, s'est glissée dans la traduction : page 254 le sergent Young se présente à Joan mais à partir de la page 258 il devient l'agent Church.

Quarante, cinquante, soixante ans après ses grands succès, Le facteur sonne toujours deux fois, Assurance sur la mort ou encore Mildred Pierce, le charme vénéneux des romans de James M. Cain agit toujours sur l'esprit du lecteur.

 

 

James M. CAIN : Bloody Cocktail (The Cocktail Waitress - 2012. Traduction de Pierre Brévignon). Postface de Charles Ardai. Editions de l'Archipel. Parution 20 août 2014. 302 pages. 21,00€.

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 16:02

Deux mystères en chambre close pour le prix d'un.

 

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Découvrir dans un manuscrit relatant des affaires criminelles célèbres la photographie de sa femme, cela engendre un choc dont Ted Stevens se remet immédiatement, ou presque. Chargé de relire le manuscrit d'un célèbre écrivain spécialisé la relation des crimes célèbres, Gaudan Cross, Stevens le parcourt dans le train qui l'emmène à Crispen près de Philadelphie. La photographie représente Marie d'Aubray, guillotinée pour meurtre en 1861. Or Marie d'Aubray est non seulement le nom de jeune fille de sa femme, mais également celui de la Marquise Marie de Brinvilliers.

chambre ardente1Ceci l'amène à penser à la mort du vieux Miles (qui n'avait que 56 ans !) quelques jours auparavant d'une gastro-entérite. Mais des bruits ont circulé suggérant plutôt un empoisonnement à l'arsenic. Mrs Henderson, la gouvernante-cuisinière aurait aperçu la veille au soir du décès, alors qu'elle était dans la véranda attenante à la chambre de Miles Despard afin d'écouter son émission favorite à la radio, aurait aperçu donc entre deux plis d'un rideau tiré sur la porte-fenêtre une femme tendant au malade une tasse. Cette femme était habillée d'un costume d'époque et serait partie par une porte dans le mur. Détail macabre la tête de cette femme dont elle n'a pu distinguer le visage semblait simplement posée sur son cou. Autre détail, un bout de corde sur lequel neuf nœuds avaient été confectionnés à égale distance l'un de l'autre a été retrouvé sous l'oreiller de Miles Despard.

Stevens possède un pavillon non loin de Despard Park et lors de ses chambre-ardente3.jpgséjours en fin de semaine il s'entretient régulièrement avec Mark, le neveu du défunt. Ils parlent bien entendu de cette mort qui n'aurait pas été consécutive à une gastro-entérite mais à un empoisonnement que le docteur n'aurait pas décelé. Et Mark Despard a demandé à un ami toubib exilé en Angleterre, suite à un incident de parcours, de pratiquer à une autopsie. Pour cela il leur faut procéder à l'exhumation du cadavre. Quelle n'est pas leur surprise en descellant la dalle de la crypte et en ouvrant le cercueil fermé par des verrous placés à l'extérieur de la bière de constater qu'il est vide.

Deux mystères se présentent donc aux trois hommes ainsi qu'à Henderson le mari de la gouvernante cuisinière qui les aide dans leur entreprise et aux autres membres de la famille, Lucy la femme de Mark, Edith, sa sœur, puis Ogden, son jeune frère qui vient perturber leur réunion ainsi que Mary la femme de Stevens. Plus un invité surprise.

 

Une histoire complexe et simple à la fois. Complexe car John Dickson Carr sait insuffler une aura de fantastique et de surnaturel tout au long du développement de son intrigue; simple lorsque l'auteur, par le truchement des protagonistes, dévoile les trucs et astuces qui ont alimenté cette fiction rigoureusement construite.

John Dickson Carr mêle à sa fiction des épisodes historiques qui accréditent et compliquent à la fois l'intrigue. Car en manipulateur rigoureux, l'auteur se joue du lecteur en accumulant les événement qui empruntent au surnaturel tout en se montrant logique dans ses explications.

chambre-ardente2.jpgLe lecteur cartésien peut arrêter de lire ce roman, s'il le désire, au chapitre clôturant la quatrième partie : Explication tandis que celui qui aime frissonner continuera son périple littéraire jusqu'à l'épilogue qui est également l'unique chapitre de la cinquième et dernière partie intitulée Verdict. Un roman donc qui propose deux épilogues à savourer selon les sensibilités de tout un chacun. Et pour parodier un autre titre de John Dickson Carr, Le lecteur est prévenu !.

Ce roman publié pour la première fois en 1937, et dont l'intrigue se déroule en 1929 (du moins pour la version qui est en ma possession), n'a aucunement souffert des rides du temps et se lit toujours avec autant de plaisir.

 

 

John Dickson CARR : La chambre ardente (The Burning Court - 1937. Traduction de Maurice-Bernard Endrèbe). Le Masque Poche N° 35. Parution Janvier 2014. 320 pages. 6,60€.

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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 08:16

L'amour mènera toujours le monde par le bout... du cœur !

 

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Contemporaine de George Sand, Louise Colet est née le 15 août 1810 à Aix-en-Provence et est décédée à Paris le 8 mars 1876 quelques mois avant son illustre consœur. Mais ce n'est pas la seule coïncidence qui réunit les deux femmes de lettres. En effet, toute comme George Sand, elle eut pour amant Alfred de Musset. Mais ce ne fut pas le seul, puisque Louise Colet telle une veuve noire, célèbre araignée, attira dans les toiles de son lit Gustave Flaubert et quelques autres.

Sa renommée littéraire ne résistera pas au temps et les éditions Archipoche nous permettent de découvrir deux textes dus à cette femme de lettres qui avait compris, comme les starlettes, qu'il fallait coucher pour exister.

colet1.pngDans Un drame rue de Rivoli, Louise Colet développe le thème éternel de l'amour et de la jalousie. Eudoxie, la jeune fille d'un militaire en retraite concierge dans un immeuble appartenant à un général d'empire, Eudoxie s'est éprise d'un locataire allemand, Frédéric Halsener, lui-même fils d'un général prussien qui par sa bravoure obtint l'estime de ses adversaires. Frédérik vit au sixième étage dans un deux pièces contigu à celui d'Eudoxie, et la jeune fille l'aperçoit de temps à autre par la séparation grillagée de son balcon. Il semble toujours perdu dans ses pensées et elle met le compte de ses rêveries sur son statut de poète. C'est en partie vrai, mais Frédérik s'est également épris d'une jeune femme qu'il a remarquée assise sur un banc près de la rue de Rivoli. Elle est accompagnée d'une vieille dame, dont il apprend qu'elle est sa grand-mère, et lui lit des livres. Elles restent pendant des heures sur ce banc et bientôt cette jeune femme constate son manège. Elle est mariée à un industriel, un parvenu qui a manigancé de se marier avec elle, ce qu'il a réussi, devenant par ce fait un gros propriétaire terrien en même temps qu'il s'accaparait le titre de noblesse de Diane de Valcy, en Normandie. Jusqu'au jour où la vieille dame décède, qu'enfin Frédérik ose aborder Diane et qu'Eudoxie toujours à l'affût révèle sa nature d'envieuse et de jalouse. Et comme l'on sait, ce sont les histoires d'amours contrariées qui fournissent les plus beaux textes.

Une histoire qui traîne un peu en longueur car Louise Colet se complait à disséquer la psychologie des personnages, les montrant sous toutes leurs coutures, et qui inconsciemment se met quelque peu dans la peau de ses personnages. Ou le contraire. Frédérik aimait la gloire, non cette gloire qui serait bien mieux nommée en s'appelant vanité et qui n'attire qu'une admiration stérile. Frédérik était épris d'une autre gloire : il voulait que les enfants de sa pensée exerçassent un pouvoir plus direct et plus vivant dans les cœurs. Ce que auquel Louise Colet aspirait. A noter cette réflexion lancée lors d'une discussion : Mais qui est-ce qui croit aux journaux ? L'on serait tenté de dire déjà ? et cela n'a pas changé.

 

Une histoire de soldat, qui suit ce texte, a paru sensiblement à la même période, au milieu des années 1850. Un roman gigogne qui débute dans un salon littéraire auquel participe l'auteur, puis qui continue son petit chemin par déclinaisons. L'histoire principale, qui elle-même en enchâsse une autre, est celle narrée à deux amis qui se sustentent par une serveuse de l'auberge.

Madeleine, originaire de Saint-Julien près de Lons-le-Saunier, est partie de son village pour suivre son fiancé Pierre qui est soldat. A l'origine, elle fréquente Joseph, un être un peu mièvre et qui se montre avaricieux comme son père. Elle pense l'aimer et ils doivent convoler ensemble. Seulement la conscription passe par là et il est tiré au sort. Jour de malchance pensent-ils. Pierre qui aime en secret Madeleine se propose de le remplacer et de rejoindre l'armée. Joseph se montre sous son mauvais jour et Madeleine se rend bientôt compte qu'elle est attirée par Pierre. Alors n'écoutant que son cœur elle décide de le suivre dans ses différents casernements, jusqu'en Algérie, trouvant toujours un emploi près de l'élu de son cœur. C'est ainsi qu'elle s'occupe à des travaux de couture ou garde des enfants chez des dames de la bourgeoisie et devient même cantinière sur le front algérien. Elle doit se marier avec Pierre mais il faut attendre six ans pour qu'il soit libéré de ses obligations militaires. C'est ainsi qu'après l'Algérie elle continue de suivre Pierre dans ses déplacements et se retrouve dans une grande ville de province. C'est alors que nait un récit dans le récit, une histoire d'amour contrariée à laquelle elle assiste impuissante.

Dans ce mini-roman, Louise Colet évoque Rouget de l'Isle et comment il en vint à composer la Marseillaise. Elle met également en contre-point les différences entre gens de la bourgeoisie et les paysans dont les priorités sont divergentes. Ainsi, lorsque l'un des deux amis qui se reposent dans l'auberge demande à Madeleine si elle a déjà entendu parler de Rouget de l'Isle, originaire de Lons-le-Saunier, elle rétorque : Jamais. Nous autres travailleurs nous n'avons pas le temps de nous occuper des choses d'agrément. Et par extension Louise Colet ajoute : Les choses d'agrément, pour le peuple, surtout pour le paysan, sont la musique, la poésie, l'art tout entier dans ses détails ou son ensemble, dans ses ébauches ou sa grandeur. Deux mondes qui se côtoient mais n'ont pas les mêmes préoccupations. Louise Colet souligne les différences de comportement de deux mondes. Tandis que dans les salons littéraires, hommes et femmes parlent, conversent, bavardent, bavassent, accessoirement philosophent, tout en dégustant sucreries et liqueurs, en deux petites touches, en deux phrases Louise Colet montre Madeleine relater son expérience sans rester inactive. Elle tricote !

Cela changera par la suite avec la diffusion plus intense des Louise Coletjournaux, des magazines, l'invention de la radio puis de la télévision. Mais à cette époque, le petit peuple n'avait pas accès à la culture, et le roman populaire dit roman de gare fit beaucoup pour réduire les barrières. Réduire seulement car lorsque l'on voit la politique culturelle actuelle, on peut se poser des questions sur l'édification d'un nouveau mur. Mais ceci est une autre histoire comme aurait écrit Rudyard Kipling.

Louise Colet était tombée dans l'oubli, et il est bon de retrouver quelques-uns de ses textes, ne serait-ce que pour mieux appréhender la conception de l'amour, du point de vue féminin au XIXème siècle.

Joseph Vebret signe une préface très intéressante, riche d'enseignement, et qui nous montre Louise Colet en femme forte qui ne se laisse pas marcher sur les pieds par les hommes, au contraire et qui sait arriver à ses fins, autant par la grâce de son physique que par son talent qui sera reconnu à plusieurs reprises.

 

Un autre avis ? Voir l'article consacré à ce recueil par Claude Le Nocher sur  Action-Suspense.


Louise COLET : Un drame dans la rue de Rivoli suivi de Une histoire de soldat. Editions Archipoche N°315. Parution le 20 août 2014. 320 pages. 7,65€.

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 07:40

A la découverte du Paris de la fin du XIXème siècle.

 

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Claude Izner, qui est le pseudonyme de deux sœurs, Liliane Korb et Laurence Lefèvre, bouquinistes sur les quais à Paris, invente un personnage nouveau, libraire et bouquiniste de son état, évoluant dans le Paris de la fin du XIXème siècle.

izner1Eté 1889. Victor Legris, qui officie rue des Saints-Pères en compagnie de Kenji Mori, son associé, ami et tuteur, et Joseph, l’apprenti débrouillard, est attiré comme bon nombre de curieux par cette charpente métallique érigée place du Champs de Mars au milieu de l’exposition universelle qui rend un singulier hommage aux conquêtes coloniales françaises et à l’évolution de l’homme depuis des milliers de siècles. Alors que Marius Bonnet, qui vient de créer un nouveau journal, le Passe-partout, lui propose de rédiger des articles littéraires, une femme décède, victime semble-t-il d’une piqûre d’abeille. D’autres cas similaires succèdent et l’hypothèse de l’abeille tueuse est peu à peu écartée du cerveau de notre libraire qui se sent une âme de détective, émule du monsieur Lecoq de Gaboriau, lequel fait les choux gras des midinettes et déjà les heures délicieuses de bourgeoises qui n’osent avouer leur intérêt pour ce nouveau genre littéraire. Victor Legris a pour maîtresse Odette de Valois, dont le mari participe à la construction du canal de Panama. Mais il ressent un faible envers Tasha, réfugiée russe et caricaturiste au Passe-partout et peintre en devenir selon certains. Comme notre détective amateur s’aperçoit qu’à chaque fois qu’un meurtre est perpétré Kenji et Tasha ne sont guère loin, les soupçons naissent dans son esprit.

 

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Dans le second roman Victor apprend par Denise, la petite bonne d’Odette de Valois, que sa maîtresse a disparu dans le cimetière du Père-Lachaise alors qu’elle se recueillait sur la stèle de son mari, décédé d’une fièvre maligne lors de la construction du fameux canal de Panama. Une réalisation grandiose qui a laissé sur la paille bon nombre de petits actionnaires qui avaient placé dans cette entreprise toutes leurs économies. Odette était devenue adepte du spiritisme, une science en vogue à l’époque. Victor est d’abord sceptique mais peu à peu il se prend au jeu et le voilà lancé dans une nouvelle aventure qui le conduira dans les quartiers miséreux de la capitale.

Ces deux romans empruntent beaucoup aux feuilletons du XIXème siècle, mais ils possèdent également le charme de la reconstitution d’une époque et d’une ville en pleine mutation. Le modernisme dans la construction du suppositoire comme avait été surnommée la Tour Eiffel, l’urbanisme des grandes artères qui côtoie les quartiers miséreux, les arts et lettres qui évoluent avec l’apparition des nouvelles écoles picturales et la littérature policière, l’atmosphère de l’exposition universelle qui permet aux Parisiens, la plupart jamais sortis de leur quartier de découvrir d’autres civilisations, et bien d’autres évocations encore comme le train de William Cody, alias Buffalo Bill, et ses Peaux-Rouges. Une lecture enrichissante et distrayante, avec des enquêtes mystérieuses à souhait. Un nouvel auteur bicéphale à suivre.

A noter qu'il existe une version numérique Kindle à 10,99€ chaque. Une aberration ?


Claude IZNER : Mystère rue des Saints-Pères et La disparue du Père-Lachaise. Editions 10/18. Collection Grands Détectives N° 3505 et 3506. Parution mars 2003. 7,50€ chaque volume.

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 14:34

Laissez faire les enfants, ils sont plus matures que vous le pensez...

 

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Veuf depuis quelques années, élevant seul, ou presque, sa fille Buddug âgée de douze ans, Ianto Morgan est comptable dans la petite ville de Brecon, au pied des Brecon Valleys du Pays de Galle. Il est fort apprécié de ses patrons ainsi que d'une grande partie de la population. Mrs Gwaldus Jenkins, la femme du constable, s'occupe du ménage et accessoirement de Buddug.

Tout irait donc pour le mieux pour Morgan, à part qu'il pense souvent à sa femme disparue, ce qui est normal, mais Buddug est inquiète. Mature et candide à la fois, la gamine s'est aperçue que son père perd ses esprits et ses moyens lorsqu'il est au contact d'une femme blonde. Elle ne voit pas d'inconvénient à ce qu'il se remarie, mas elle a déjà choisi l'heureuse élue. Ce sera la mère de son jeune fiancé Caradog, veuve elle aussi. D'ailleurs selon certains signes non trompeurs, Meredid Price serait amoureuse de Morgan.

Morgan annonce à sa fille qu'il doit se rendre à Cardiff pour affaires mais elle se doute d'un coup fourré. La semaine précédente il s'était déjà rendu dans cette ville et là il l'informe qu'il va peut-être y passer la nuit, et ne rentrer que le lendemain samedi. Il aurait mieux fait de s'abstenir car en effet il a rendez-vous avec une blonde qu'il a rencontré près des docks. Elle semblait triste et probablement prête à se jeter à l'eau. Il l'avait réconfortée puis ils s'étaient promis de se revoir.

Catrin Hughes avait affirmé attendre un homme qui n'est pas venu. Elle est mariée mais son ménage est fragile. Son mari, banquier, est parti comme souvent le week-end à une partie de golf, et elle est seule. Morgan est donc tout guilleret de la retrouver et elle l'invite chez elle. Ils prennent un verre ensemble, ils discutent, puis Catrin s'active dans la cuisine. Elle demande à Morgan d'aller lui chercher quelque chose dans l'entrée et c'est le drame. Elle se demande pourquoi Ianto ne revient pas. et se rend dans le hall.

Ianto contemple un cadavre allongé à ses pieds, un chandelier à la main. Le cadavre est le mari de Catrin rentré à l'improviste. Naturellement Ianto est suspecté de meurtre malgré ses dénégations et c'est le capitaine Griffiths, aidé plus ou moins volontiers du sergent Andreas Pantrych, qui est chargé de résoudre l'enquête. Aussitôt prévenue, Buddug en informe son ami Caradog. Ils décident de se rendre à Cardiff et de solliciter l'aide de tante Sioned, célibataire, sœur de Meredid. Peut-être est-ce parce qu'elle ne s'est jamais mariée que tante Sioned possède autant de vitalité car c'est le double d'Imogène McCarthery, autre personnage haut en couleurs de Charles Exbrayat. Tante Sioned n'hésite pas à prêter main forte aux deux gamins. Et quand j'écris main forte, il ne s'agit pas d'une simple image de rhétorique.

Véritable force de la nature, Sioned mesure un mètre quatre-vingts pour près de cent-dix kilos. Elle ne passe pas inaperçue, et comme son ramage est aussi conséquent que son plumage, tout policier qu'il soit Griffith est obligé de l'écouter argumenter et même vitupérer. Mais ce n'est pas le tout de déclarer Ianto Morgan innocent, il faut en apporter la preuve en découvrant l'identité du véritable coupable.

Plus que l'intrigue, pourtant rondement menée et qui ne souffre d'aucun défaut, par exemple un coupable sorti d'un chapeau d'illusionniste, ce sont les à-côté et les personnages qui donnent du relief à cette histoire.

Ianto Morgan, un homme quelque peu déboussolé depuis la mort de sa femme et qui se laisse mener par le bout du nez par les blondes; Meredid, la jolie veuve brune qui n'ose déclarer sa flamme à Ianto; Pantrych qui ne compte plus ses succès féminins, qui ne veut pas se marier mais s'est entiché de Mably Donkey. Il lui donne rendez-vous qu'il ne peut honorer, son supérieur Griffith l'envoyant toujours rendre quelque visite à un suspect ou témoin, poursuivre une piste, et Mably pour se venger n'hésite pas à pratiquer le chantage de la jalousie. Griffith balance entre sa satisfaction d'avoir un présumé coupable sous la main tout en se posant quelques questions, notamment comment il se fait que le chandelier incriminé ne porte que les empreintes digitales de Ianto. Et quand il n'avance pas dans une affaire, il a recours à sa bouteille de whisky qu'il garde précieusement sous clé dans un tiroir.

exbrayat2.jpgMais les trois piliers de cette histoire sont naturellement tante Sioned, qui outre sa force n'hésite pas à se servir de sa lange, démontant toutes les arguties des uns et des autres. Caradog et Buddug, malgré leur jeune âge s'aiment et se comportent presque comme des adultes, se fâchant pour une peccadille et se rabibochant immédiatement. Matures et à la fois naïfs et candides ils apportent leur fraîcheur à ce récit. Buddug regrette que l'on ne sache pas de quelle couleur étaient les cheveux d'Eve "parce que si elle était blonde cela expliquerait bien des choses". D'ailleurs Charles Exbrayat mettra souvent en scène des enfants dans ses romans. Quant aux autres protagonistes, je vous laisse les découvrir par vous-même.

Ce roman humoristique, tout autant par les scènes d'action que par les dialogues, semble défier le temps. Une écriture plaisante, fine, dénuée de vulgarité, ce qui explique le succès jamais démenti des romans de Charles Exbrayat tout autant par les amateurs de romans policiers que par les tenants de littérature dite généraliste.


Yv a aussi beaucoup aimé Les Blondes et papa et l'a chroniqué sur son blog intitulé tout simplement  Le Blog de Yv.


Charles EXBRAYAT : Les blondes et papa. Le Masque Poche N°36 (Première édition Le Masque N° 727. Librairie des Champs Elysées - 1961). Parution 14 janvier 2014. 288 pages. 6,60€.

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 11:10

Si c'était un enfant du Diable, qu'est-ce que cela serait !

 

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Expulsé de sa ferme, Lester Ballard est obli de rôder dans le pays, avec tous ses souvenirs et sa rancœur accrochés à lui comme une casserole à la queue d'un chien. Quelque chose est mort en lui depuis son enfance. Sa mère est partie en cavale et son père s'est suicidé. Lester était présent lorsque les hommes ont tranché la corde qui avait servi à son paternel pour quitter le monde ingrat. Et Lester est resté là, sans mot dire, à regarder les hommes s'activer autour du corps mort. Il entame un périple qui le conduit chez un fermier dont les trois filles ne sont pas avares de leurs charmes à condition de posséder du bon argent sonnant et trébuchant. Il n'y a que le père qui ne paie pas. Le droit de cuissage familial, c'est gratuit.  

Une femme ivre et à moitié nue qui dormait sous un arbre l'accuse de l'avoir violée. Action qu'il n'a pas commise et qu'elle regrette peut-être.

Lester est conduit en prison, et c'est le seul moment où il peut vraiment manger à sa faim, et trouver bonne la nourriture qu'on lui sert. De même pour le café. La fragile barrière qui le retenait tant bien que mal du bon côté de la loi s'effondre le jour où il découvre par un froid matin d'hiver deux cadavres dans une voiture. La radio continue à égrener sa musique. Les vitres sont embuées. Lorsqu'il ouvre la porte arrière du véhicule, Lester voit un homme, le pénis surmonté d'un caoutchouc jaunâtre. Sa compagne est à moitié dénudée, ses parties intimes offertes au premier venu. Lester en profite pour assouvir un exutoire génital puis il repart dans la montage, le cadavre de la femme sur le dos. Il va l'installer dans la cabane où il vit et cette morte va lui tenir compagnie telle un fétiche. Ce jour là, un Sérial Killer est né.  

Ce solitaire, être primitif et frustré, va collectionner les cadavres de femme dans la groEnfantdedieu.jpgtte où il a dû emménager après l'incendie de sa cabane.

Dans un long processus d'enchainement irréversible, Cormac Mac Carthy nous montre la déchéance d'un homme condamné dès l'enfance à être différent et rejeté. Car c'est bien le rejet de la société allié à ses frustrations qui l'entraine sur la pente du meurtre. Plus que de nourriture Lester a besoin de réconfort, de présence amicale, mais il est balloté au gré de l'indifférence générale. Cormac McCarthy s'instaure comme le chantre des petites gens, de la ruralité, à l'instar de ses grands prédécesseurs tels Erskine Caldwell, Hemingway ou Steinbeck.

 

 

Cormac McCARTHY : Un enfant de Dieu. Traduit de l'américain par Guillemette Belleteste. Editions Actes Sud. Parution novembre 1992. Réédition Points Roman Noir. 18 septembre 2008. 192 pages. 6,30€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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