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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 13:54

Vous avez aimé le film ? vous lirez le livre !

Vous ne connaissez pas le film ? Découvrez le roman !

 

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Qui de l'œuf ou de la poule... Eternelle question. Le tournage de ce film débuta le 19 août 1968 pour se finir vers la mi-octobre de la même année et il est sorti sur les écrans en janvier 1969. Le roman lui est paru en 1969 aux éditions Raoul Solar sous le même titre avec comme nom d'auteur le même que celui qui écrivit le scénario : Jean-Emmanuel Conil. Qui connaissait à l'époque ce scénariste romancier ? Dire personne serait peut-être faire injure à ce romancier qui possédait déjà à son actif une centaine de romans. Mais il est vrai qu'il était plus connu sous son nom d'emprunt d'Alain Page, un des auteurs phares des éditions Fleuve Noir, dans les collection L'Aventurier (14 titres), Espionnage La-Piscine.jpgavec son personnage récurrent de Calonne (40 titres), et Spécial Police (39 titres), et ce jusqu'en 1972. Sans oublier 4 romans d'espionnage aux éditions de l'Arabesque à la fin des années 50 sous l'alias d'Alain Ray. Donc Jean-Emmanuel Conil, signant sous son véritable patronyme, souhaitait peut-être changer d'image de marque, de tourner la page, de se distancier du Fleuve Noir afin d'entamer une nouvelle carrière, mais ce ne sera qu'un coup d'épée dans l'eau. Le nom d'Alain Page lui colle trop à la peau. D'autres romans suivront chez divers éditeurs, dont le célèbre Tchao Pantin, que Claude Berry adaptera au cinéma en 1983. Et ces deux romans, La Piscine et Tchao Pantin, ont totalement occulté l'œuvre d'Alain Page, à son grand regret. Comme il me l'a expliqué dans un entretien que vous pouvez retrouver ici.

Tous les ingrédients sont là pour se croire plongé dans un vaudeville mais c'est un drame qui se joue. Deux couples évoluent dans cette histoire, deux hommes et deux femmes. Mais il existe toutefois une différence.

Riche, jeune et beau, Jean-Claude rêvasse au bord de la piscine de piscine.jpgsa propriété située sur les hauteurs de Saint-Tropez. Sa fortune, il l'a obtenue en héritage et il la gère en dilettante. Depuis trois ans il vit avec Marianne, sa compagne, sa concubine, sa maîtresse. A Saint-Tropez, tout le monde appelle Marianne madame Leroy, mais à Paris chacun possède son appartement. Prélassement donc auprès de la piscine, avec verre d'alcool et glaçons à portée de main et cigarette sur cigarette, afin de tuer le temps. Marianne arrive, sensuelle, les deux amants se jaugent puis entament ce qui pourrait être une sieste crapuleuse sous le soleil, accompagnée du chant des oiseaux et du crissement des cigales.

Marianne lui annonce que Harry va bientôt arriver, accompagné de sa fille. Jean-Claude se souvient bien de Pénélope, une adolescente en bouton, d'acné. Une gamine falote. Soudain des coups de klaxon déchirent l'air et les séparent alors que les travaux d'approche allaient se concrétiser. C'est Harry qui arrive, débordant d'énergie comme à son habitude accompagnée d'une sublime jeune fille.

La-Piscine-31604_3.jpgHarry c'est un vieux copain, un peu fauché, beaucoup désinvolte, séducteur impénitent qui change de maîtresses, toujours des jeunes filles, plus vite qu'il change de draps. Harry, c'est aussi l'ex de Marianne, son amant avant de faire la connaissance de Jean-Claude. Leur séparation n'a pas entamé leur amitié, d'ailleurs c'est Marianne qui a invité Harry.

Si Jean-Claude n'apprécie guère cette intrusion dans une intimité distendue, il est subjugué par cette jeune fille qui a perdu ses boutons et ne demande qu'à éclore. Car il s'agit bien de Pénélope, qui ne voit son père que deux ou trois fois dans l'année, qui se dresse devant lui. Le drame couve sous la chaleur du soleil, l'atmosphère est étouffante, les verres les bienvenus. Et la fleur de Pénélope va se faner au contact de Jean-Claude.

Harry est un fêtard, et c'est en rentrant légèrement éméché une nuit d'un club chic du port, qu'il va apprendre que sa fille, qu'il délaisse il faut en convenir, n'est plus une jeune fille. Comme une provocation de Jean-Claude. Et de faux mouvements en vrai plongeon dans la piscine, en interprétations de gestes erronés, Harry va boire le bouillon, son dernier verre.

Un policier en provenance de Draguignan est chargé de recueillir les témoignages, sil y en a, afin de déterminer s'il s'agit d'un suicide, d'un accident, d'un meurtre.

Dans ce roman psychologique qui joue plus sur les impressions, les dialogues, les non-dits, la lassitude peut-être de Jean-Claude, la jalousie, l'envie, les pensées secrètes des uns et des autres, la découverte de sentiments qui s'étaient délités, les scènes d'action sont rares. Tout repose sur la confrontation, l'affrontement de ces personnages qui jouent avec le feu. La seule note humoristique réside en ce personnage de policier qui possède un faux air d'un Columbo français. Il est vêtu d'un costume gris, élimé, tourne autour du pot, se sent comme un chien mouillé dans un jeu de quille. La ressemblance avec son homologue américain va jusqu'à copier ses tics.

Lévêque hésite, commence à s'éloigner. Il s'arrête soudain, paraît réfléchir, fait demi-tour.

- J'oubliais... M. Lannier n'avait rien dans ses poches.

Ceux qui ont vu le film et s'en souviennent, trouverons certaines divergences avec le roman, ou inversement. Dans sa préface Alain Page s'en explique ainsi :

Les adaptations cinématographiques de romans ou de scénarios subissent parfois des traitement linéaires, voire simplificateurs de la part de certains adaptateurs. Le lecteur sera peut-être surpris des quelques différences entre le livre et son adaptation.

Ceci n'est pas nouveau, et c'est bien pourquoi la lecture de ce roman peut se révéler un complément indispensable aux cinéphiles, et une découverte pour les autres.

 

La Piscine, film de Jacques Deray, réunissait Romy Schneider, Alain Delon, Maurice Ronet, Jane Birkin et Paul Crauchet. Scénario d'Jean-Emmanuel Conil. Adaptation et dialogues de Jacques Deray et Jean-Claude Carrière.


Alain PAGE : La Piscine. Cahier de 8 pages de photos extraites du film. Collection Un roman, un film culte. Editions Archipoche. Parution le 11 juin 2014. 256 pages. 12,00€.

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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 16:46

Un inédit de Charles Dickens, cela mérite d'être signalé !

 

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Ce curieux roman gigogne n'en était pas un à l'origine mais un hebdomadaire, Master Humphrey's Clock, publié d'avril 1840 à avril 1841 et dont Charles Dickens était le rédacteur unique.

Personnage principal, Maître Humphrey est un vieux monsieur difforme qui a eu du mal à se faire accepter dans ce quartier de Londres. Il est solitaire et non misanthrope. Il n'est pas grincheux non plus, mais il n'a pas satisfait à la curiosité émanant de ses voisins, et bien entendu au début on fit circuler toutes sortes de rumeurs, à mon détriment. J'étais un espion, un infidèle, un magicien, un ravisseur d'enfants, un réfugié, un prêtre, un monstre. Puis ses détracteurs se sont habitués à lui et depuis, tout le monde se côtoie en bonne intelligence. Maître Humphrey vit entouré de vieux meubles, auxquels il n'est pas profondément attaché mais qu'il aime car ce sont des objets inanimés. Mais surtout il professe à l'encontre de son horloge une affection particulière. Outre égrener le temps elle possède une fonction originale. Dans sa gaine, elle renferme les écrits de Maître Humphrey et de ses trois compagnons, des souvenirs ou des fictions, peu importe.

humphrey.jpgDans la première livraison de la revue L'Horloge de Maître Humphrey, le vieux monsieur se présente, décrit son lieu de vie, puis comment, lors de ses pérégrinations nocturnes il fit la connaissance une nuit de Noël d'un gentleman sourd. S'adjoindront par la suite Jack Redburn et M. Miles. Car dans la salle de réunion sont disposées six chaises et comme il n'y en avait que deux d'occupées, il fallait bien trouver deux autres personnes pour compléter, presque, la tablée. Maître Humphrey procède le soir à un rituel, retirer de la gaine de l'horloge un manuscrit et lire une histoire écrite par lui-même ou ses commensaux. Souvent d'inspiration fantastique et historique.

Puis arrive un personnage que les lecteurs de la revue connaissent bien, puisqu'il s'agit du jovial, timide, affable, aimable monsieur Pickwick accompagné de Sam Weller et de son père. Et tandis que les Weller père et fils tiendront table dans la cuisine avec la gouvernante de Maître Humphrey et de son barbier, monsieur Pickwick se verra offrir une chaise. Et lui aussi aura des histoires à raconter.

Les nouvelles ou contes s'insèrent, s'imbriquent sans que pour autant le lecteur soit perdu et perde de vue Maître Humphrey et ses acolytes. Charles Dickens alterne la narration empruntant tour à tour un humour léger ou un ton grave. Et cela devient franchement hilarant lorsque Sam Weller et son père s'expriment en forgeant de nombreux barbarismes, confondant célibataire avec célèbre, compartiment avec comportement, florilège avec privilège, rognant, rabotant, déformant les mots, devenant à eux seuls des acteurs de premier plan.


Ces textes qui défilent semaine après semaine sont aujourd'herhumphreyscmast02dickrich_0008.jpgui réunit en un volume, mais il y manque deux récits majeurs car publiés par ailleurs. Il s'agit du Magasin des curiosités, plus connu sous le titre du Magasin d'antiquités, qui lors de sa parution en feuilleton dans la revue fut tronçonné en quatre ou cinq parties, et surtout de Barnabé Rudge lequel eut droit à être publié en un seul tenant, livraison après livraison, sans qu'il soit scindé par des appréciations, des dissertations ou autres aventures de Maître Humphrey et consorts. Deux romans qui ont été largement édités et réédités par la suite, et qui sont réunis dans le volume 163 de La Pléiade chez Gallimard, ce qui explique leur absence ici.

Dans son essai critique, publié dans cet ouvrage, Gilbert Keith Chersterton le créateur du Père Brown, et auteur d'une biographie de Dickens, écrit :

L'ouvrage est écrit par un Dickens paresseux, un Dickens semi-automatique, un Dickens qui rêvasse, flottant à la dérive ; mais qui n'en reste pas moins le Dickens qui perdure.


A mon avis ce jugement est un peu sévère. Il est vrai qu'il s'agit plus d'un assemblage d'histoires qui se raccrochent à un fil conducteur flexible mais c'est un peu en réduction tout le talent de Dickens qui explose, en explorant diverses pistes, divers thèmes qui plus tard deviendront les atouts majeurs de sa production littéraire. Ne serait-ce que, par exemple, la rencontre entre le gentleman sourd et Maître Humphrey un soir de Noël, préfiguration des fameux contes qui enchanteront durant de longues années - de 1843 à 1867 - des générations d'enfants et d'adultes. Mais par la suite Chesterton corrige quelque peu son jugement puisqu'il estime indispensable de faire figurer cette œuvre dans le canon Dickensien. Voici donc un oubli réparé.

De plus Charles Dickens, qui n'avait pas encore trente ans, supportait seul la rédaction de la revue, après avoir collaboré au Bentley's Miscellany dont il fut un temps le premier rédacteur en chef, fournissant par la même occasion Oliver Twist.

Ce volume, à prendre comme une récréation dans l'œuvre de Dickens, est destiné tous les curieux, les amateurs, les passionnés, les inconditionnels de Charles Dickens, mais aussi ceux qui ne connaissent pas encore ce romancier populaire, s'il y en a, et qui découvriront les multiples facettes de son talent de conteur indémodable et éternel.

Les illustrations, originales, sont signées George Cattermole et Hablot Browne.


Charles DICKENS : L'horloge de Maître Humphrey. Traduction de Béatrice Vierne. Editions de l'Herne. Parution le 21 mai 2014. 336 pages. 17,00€.

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 15:59

Mais ils sont pardonnés...

 

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Les nouvelles sont comme les pétales d'une marguerite : on les lit et on les décline en Je t'aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, mais bizarrement l'impasse est faite sur le pétale pas du tout.

Les romanciers sont souvent sollicités lors de salons du livre, de festival, ou par des éditeurs, afin d'offrir une nouvelle qui sera publiée dans un recueil, une anthologie, un hommage. Max Obione ne faillit pas à la règle et c'est ainsi que bon nombre de ses textes sont éparpillés au gré du vent et des saisons : deux recueils finalisant le festival Mauves en Noir, des anthologies destinées à rendre hommage à des groupes de rock comme La Souris déglinguée, Les Béruriers noirs ou encore Little Bob, ou dans des maisons d'édition dont le seul tort est de ne pas avoir pignon sur rue et être diffusées de façon confidentielles.

Donc réunir ces nouvelles éparpillées ici et là est donc œuvre pie, d'autant que pour faire bonne mesure Max Obione nous en propose des inédites, ce qui ne peut qu'ajouter à l'intérêt de l'ouvrage.

Max Obione explore tous les défauts de notre société, ses petits et ses gros travers, ou jette un œil attendri sur un passé récent fleurant bon la nostalgie. Ainsi dans Suspicius, un groupe rock auditionne des candidats afin de remplacer au pied et à la voix levés leur chanteur défaillant. Le dernier semble être le bon, et ce qui les étonne, c'est que pour eux c'est un parfait inconnu alors qu'il possède de nombreuses références. Las des haines met en scène un scientifique qui élève une bactérie et la chouchoute comme si c'était une compagne fréquentable. Orphans traite d'un orphelinat situé en Angleterre. Des gamines malades, handicapées, et la vie n'est vraiment pas rose pour celles qui sont déjà meurtries par la vie.

De toutes ces nouvelles, j'ai retenu plus particulièrement celle qui ouvre ce volume et donne son titre au recueil : Les gros mensonges. Non pas tant parce que le lecteur voyage entre fiction et réalité aux côtés d'un auteur de polars, plongé en plein trip et qui travaille à la chaîne, ou qu'un acteur y fait de la figuration intelligente, Vincent Lindon pour ne pas le nommer, mais parce que le protagoniste se pose la question essentielle qui tarabuste bon nombre d'amateurs de vieux papiers : dans quel néant est envoyé une phrase lorsqu'on l'envoie dans les limbes de la création d'un doigt rageur appuyé sur la touche Suppr ? Facile avec un ordinateur de construire, déplacer, supprimer des mots, des phrases, mais tout ceci n'est que virtuel. Dans le temps, eh oui ma bonne dame, dans le bon vieux temps, les romanciers suaient sur leurs rames de papiers, taillaient leurs plumes ou leurs crayons, remplissaient les réservoirs de leurs stylos plumes, disposaient devant eux une batterie de stylos baveurs, et biffaient, rayaient, déplaçaient à l'aide de flèches des phrases ou des paragraphes, ajoutaient des mots en les intercalant, et toutes autres actions qui donnent aujourd'hui de la valeur sentimentale et financière à des manuscrits ou des tapuscrits. Maintenant l'auteur est un prestidigitateur.

Avec une écriture rageuse, tendre, bourrue, provocatrice, imagée, poétique, Max Obione nous prend par la main et le cœur pour effectuer un voyage initiatique dans son univers parfois torturé, parfois colérique, tendrement érotique, souvent humain, jamais ennuyeux.

En tout dix neuf nouvelles dont six inédites.

 

A lire également de Max Obione : Daisybelle et Soeur Fouettard.


A commander sur le site de SKA librairie.


Max OBIONE : Les gros mensonges. Editions du Horsain. Parution le 14 mai 2014. 238 pages. 15,00€.

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 14:00

Un titre à double sens !

 

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Dans ce coin de Bretagne voué à la culture mais surtout à l’élevage des porcs et des poules, Michel se bat pour garder le lopin de terre que cultivaient ses parents. Mais face au maire, Raymond Cloarec, propriétaire de la plus grosse ferme de la région, possédant le plus gros élevage de porcs du canton, directeur de la Coopé, le plus gros employeur du secteur, et ses amis, éleveur de volaille, député ou dirigeant de la Fédé, le Syndicat officiel des agriculteurs, ce n’est qu’un fétu de paille qui ne demande qu’à s’embraser.

On ne va quand même pas lui confisquer impunément ses quelques lopins de terre pour engraisser le neveu du maire, surtout si des gros bras le tabasse. La guerre larvée va bientôt devenir guérilla avec l’aide de quelques amis réfractaires et de baba-cools nichés dans les marais. Le premier coup de pied dans la fourmilière sera donné lors du mariage entre les rejetons des deux éleveurs, le cochon et la poule roulés dans la farine (c'est une image mais elle était d'actualité à l'époque !). Le feu d’artifice éclatera lors d’un concert de rock ayant pour vedette une célèbre chanteuse canadienne.

 

patates2.jpgLes personnages de ce roman sont solidement plantés sans manichéisme, et les lecteurs pourront reconnaître quelques figures célèbres, évoluant en tant qu’invités d’honneur, dans un contexte où les magouilles, les corruptions, les prévarications font florès.

L’appropriation des parcelles de terre des petits pour continuer de prospérer à peu de frais n’est qu’une des faces de ce polar rural qui met aussi en évidence d’autres sujets d’actualité, tels que les farines animales, la douce fragrance du lisier, sans oublier le dur labeur des journalistes localiers qui ne peuvent enquêter sur les petites malversations cantonales sous prétexte que cela n’intéresse personne et qu’ils sont payés pour parler des repas du 3ème âge, des comices agricoles, des miss rurales, de la pluie et de beau temps, et surtout pas remuer le fumier.

Un polar rural qui nous change un peu de la banlieue, nous montre, peut-être grossi à la loupe, ce que la France profonde vit quotidiennement.


Claude Le Nocher vous propose une chronique plus approfondie de ce roman sur  Action-Suspense.

 
Gérard ALLE : Il faut buter les patates. (Première édition collection Ultimes N°3, éditions Baleine. 2001). Réédition éditions Locus Solus. Parution 20 mai 2014. 224 pages. 9,50€. Existe en version E. book à 3,99€.

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 16:13

Êtes-vous un Lendore qui s'ignore ?

 

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Il existe une frange de la population qui peut se recruter dans toutes les couches de la société, sans distinction de race, de religion, de physique. Il s'agit des Lendores, dont le nom proviendrait, mais ceci n'est nullement avéré, de cette réflexion : un rien l'endort !

Dans la rue vous reconnaissez le Lendore à cette particularité d'avancer lentement, sans précipitation, alors qu'autour de lui les affamés de la vitesse pestent contre sa lenteur, le dépassant sans respecter la ligne blanche, le bousculant, l'invectivant parfois.

Benoît, qui porte bien son prénom, est un jeune homme de vingt ans, calme, serein, tranquille, pondéré, qui prend la vie comme elle vient sans vouloir à tout prix accélérer le cours des choses. Et sans la connotation péjorative qui parfois entache ce prénom. Il est trop jeune pour connaître cette chanson des Charlots, ce qui ne l'empêche pas d'en appliquer les paroles :

Il y a tant de gens qui se dépêchent

Pour n'importe quoi n'importe comment

Moi je chante en attendant qu'ça sèche

Et je m'en trouve bien content.

 

Ce n'est qu'à l'âge de quatorze ans que Benoît a appris qu'il était un enfant adopté, originaire de Roumanie et que ces parents sont allés cherché alors qu'il avait un an. Mais pour Benoît, ce sont ses parents et il vit très bien comme ça. Benoît était un élève distrait dont les points forts résidaient dans la calligraphie et la rédaction. Après avoir obtenu son brevet, et sur l'avis de la conseillère d'orientation qui estimait qu'il avait assez fréquenté l'école, il est entré comme employé magasinier dans la quincaillerie de monsieur Fraysse. Monsieur Fraysse est d'un tempérament tranquille, placide, et ces deux points communs ont favorisé le rapprochement entre le patron et l'employé. Benoist tient également la comptabilité et durant ses moments libres, il se repose ou lit. Il voyage dans sa tête aussi, et vit des aventures mirifiques teintées de danger dont il se sort toujours à son avantage.

Monsieur, et madame, Fraysse ont une fille qui vient d'entrer en seconde, Pauline, dix-sept ans et qui a patiné deux ans en troisième. Pauline est délurée, et son professeur principal se plaint de ses absences répétées durant certains cours. Selon la rumeur, elle se serait vantée de vouloir déniaiser un de ses condisciples, qui a deux ans de moins qu'elle. Benoît est donc chargé par son patron de surveiller les déplacements de Pauline les après-midi où elle prend un autre chemin que le lycée. Se dissimulant sous les traits d'un jeune homme ordinaire, ce qui ne lui demande aucun effort, il suit donc Pauline, accompagnée d'un jeune homme retrouvé dans le hall de la Gare du Nord, et c'est ainsi qu'il se trouve devant une porte cochère sur laquelle est apposée une plaque : Studio d'art.

Monsieur Félix Belon, un ami du patron, inspecteur de police en retraite qui n'a pu gravir les échelons à cause de sa propension à tirer au clair les affaires dont il était chargé dans la lenteur, a observé le manège de Benoît. De fil en aiguille l'ex-inspecteur confie à Benoît qu'il est l'un des fondateurs du MPL, Mouvement pour la promotion de la Lenteur. Et Benoît va devenir un adhérent de cette association qu'il découvre. Belon va l'aider dans sa filature, prendre sur le fait Pauline qui pour disposer d'un peu plus d'argent de poche posait nue pour un photographe, puis c'est bientôt les vacances. Benoît doit, à la demande de monsieur Fraysse, accompagner Pauline et son amie Alice dans le sud de la France puis en Espagne. Il a bien du mal à canaliser les pulsions de sorties nocturnes de Pauline, et à Bilbao il va faire la connaissance dans un restaurant du marquis Heitor de Carjaval Benito Sousa.

Le marquis est un vieil homme charmant dont la passion réside dans la collection de cartes anciennes : marines, géographiques, planisphères, mappemondes, portulans... L'objet dont il est le plus fier est un immense globe-terrestre de trois mètres de diamètre, qui trône dans une pièce retirée et qui recèle en son sein un petit boudoir avec banquette. Un salon de musique, de lecture, de méditation, propice à voyager sans bouger.

Benoît rentre à Paris accompagné d'Alice, dont il a fait plus ample connaissance, et de Pauline qui s'est assagie. Quant à monsieur Belon il brigue la place de président du MLP mais à la surprise générale c'est Benoît qui est désigné alors qu'il n'était pas candidat.

 

Ce roman s'articule comme un conte philosophique, ode à la lenteur, mais surtout à l'incitation de profiter du moment présent, de ne pas précipiter les événements, de jouir du spectacle de la rue, de la campagne, de voyager dans sa tête et de connaitre de magnifiques aventures en chambre. Ce n'est pas pour autant que le narrateur, Benoît, reste immobile, il va connaître de nombreuses pérégrinations en songe ou dans la vie réelle, et certaines seront semées de danger. Ce n'est pas pour autant que ce roman traîne en langueur et en longueur, au contraire. On le lit avec la soif de connaître la suite, avec un sentiment de frustration arrivé à la dernière page. Celui que ce soit si rapide, et on en aurait bien lu une centaine de plus.

 

De Max Genève, à lire également : Vertiges, Noir Goncourt et La cathédrale disparue ainsi qu'un entretien avec l'auteur.

 

Max GENEVE : Le jeune homme qui voulait ralentir la vie. Editions Serge Safran. parution le 2 mai 2014. 224 pages. 14,50€.

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 09:08

Bon anniversaire à Jean Contrucci né le 7 juin 1939

 

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Jeune journaliste et chroniqueur judiciaire, Raoul Signoret est convié par son rédacteur en chef de relater l’exécution par la guillotine de l’anarchiste Bérano, accusé d’avoir tiré sur un commissaire de police. Raoul est opposé à la peine de mort. C’est donc contraint et forcé qu’il assiste en ce 24 avril 1899, à cet événement qui attire les foules.

Les compagnons du défunt manifestent et la garde charge aveuglément. Raoul prend la défense d’un des ouvriers pourchassés et apprend que l’homme, du nom de Bouillot et surnommé La Bouille, typographe de son état, a bien connu son père. Une affaire chasse l’autre et Raoul doit assister au procès du docteur Danglars, accusé d’avoir provoqué la mort d’une jeune fille mineure en la faisant avorter. La gamine de dix-huit ans était femme de chambre chez une chanteuse légère. Quant au docteur, il a bonne réputation parmi les petites gens.

Bouillot lui propose de rencontrer un certain Le Tonkinois, un invalide de guerre, qui connaît bien Danglars. D’après Baruteau, l’oncle de Raoul qui lui a servi de père et est l’adjoint du chef de la police de Marseille, non seulement Danglars est médecin mais également chimiste réputé et ancien chef des hôpitaux militaires au Tonkin. Il habite dans le quartier du Rouet, un quartier de pauvres. Lors du procès du bon docteur, les médecins légistes infirment la thèse d’un décès par avortement. La parturiente (primipare) serait morte d’une crise hydatique du foie. Et comme si cela ne suffisait pas à perturber l’audience, le toubib est atteint d’un étrange malaise.

Raoul est convaincu que le docteur dissimule un secret d’importance. Il flaire l’entourloupe, mais d’autres affaires l’attendent. Par exemple un flagrant délit de débarquement sauvage de ballots de drogue dans le port de Marseille, puis une initiation dans une fumerie d’opium et quelques autres avatars dont des démêlés avec les forces de l’ordre à cause de tracts anarchistes et une fâcherie avec son oncle pour avoir mis son nez là où il ne fallait pas.

 

danglars1En général, je me méfie des chroniques dithyrambiques et malgré l’aspect alléchant de la couverture je me suis plongé dans ce roman avec disons une certaine réserve, réserve qui a fondu dès les premières lignes de ce récit en tout point remarquable. Par son côté vieillot ou désuet, mais également par son modernisme. Outre les ingrédients chers aux auteurs des romans policiers des années 30, l’exotisme, les méchants asiatiques, les étranges manœuvres la nuit dans le port de Marseille, l’héroïne (la drogue), l’héroïne (la chanteuse populaire au répertoire grivois), les anarchistes, Jean Contrucci nous délivre un pamphlet contre la condition misérable du petit peuple, l’esprit de libéralisme qui s’instaure afin d’instaurer un système de production et de rendement maximum, même si cela s’effectue au détriment des ouvriers et de leur santé.

Le tout écrit avec élégance et sans forcer le trait. Les préoccupations de la fin du XIXème siècle sont toujours d’actualité. Une réussite qui donne envie de lire les précédents volume consacrés à ce journaliste qui nous fait penser à Rouletabille.

 

A lire également de Jean Contrucci : L'inconnu du Grand Hôtel; Le Vampire de la rue des Pistoles; La somnambule de la rue aux Loups; L'énigme de la Blancarde; Rendez-vous au Moulin du Diable et La vengeance du Roi Soleil.


Et découvrez l'entretien que Jean Contrucci m'avait accordé.


Jean CONTRUCCI : Le secret du docteur Danglars. Les nouveaux mystères de Marseille. Editions Jean-Claude Lattès. Parution Novembre 2004. Réédition Le Livre de Poche octobre 2006. 350 pages. 6,10€.

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 09:33

Le livre du jour !

 

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S'inspirant de faits historiques réels et de personnages ayant véritablement existés, Patrick Amand revisite à sa façon des épisodes du Débarquement, leur donnant une profondeur et une âme qui n'existent pas toujours dans les documentaires consacrés à cette période.

La plupart d'entre nous ont en tête le film Le jour le plus long, dans lequel la fiction dépasse parfois la réalité, forgeant certaines légendes qui perdurent. Mais Patrick Amand nous entraîne au cœur du conflit pour certains épisodes ou narre des événements qui se greffent dessus quelques décennies plus tard.


C47Merville.jpgAinsi dans La malédiction du Dakota, il raconte comment un vieux Douglas C47, ayant participé à la Seconde Guerre Mondiale, larguant dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 deux sticks de parachutistes, soit 36 hommes, afin de guider à distance les tirs de la marine au dessus de Merville, a été retrouvé en Tchécoslovaquie et rapatrié en France en 2007 par une équipe de bénévoles. Aujourd'hui l'appareil fait la fierté du musée de la batterie de Merville. Mais Patrick Amand forge autour de ce rapatriement une histoire dans laquelle certains des membres de l'expédition vont trouver une mort violente et apparemment accidentelle. Comme si la malédiction du Douglas C47, qui a été de nombreuses fois touché au cours des raids qu'il a effectué, ne se serait pas éteinte. Evidemment Patrick Amand a pris soin de changer les noms de la commune et des personnages figurant dans son récit.

Dans Nos deux vies pour une liberté, un vétéran britannique est adulé par tout un village pour avoir participé au Débarquement comme parachutiste de la 6ème Airborne et pour s'être installé définitivement dans la petite commune de Canteville en 1986 après le décès de sa femme. Karl Montag qui a épousé une Française s'est installé lui aussi dans ce petit village et les deux hommes sont devenus inséparables. Seulement l'un des deux est un imposteur.

Ces deux anecdotes ont connu un retentissement médiatique il y a quelques années en Basse-Normandie et plus particulièrement dans les départements de la Manche et du Calvados. Les journaux locaux et régionaux se sont emparés de ces deux histoires, leur consacrant de nombreuses manchettes et pages. Mais bien évidement Patrick Amand s'il s'en est inspiré les a personnalisées en inventant des épilogues crédibles mais fictifs.

Dans la nouvelle éponyme de ce recueil (en réalité il y a en deux, herisson.jpgl'une qui débute la série, l'autre qui la clôt) Jim O'Gara en est à son troisième débarquement. La première fois c'était en Afrique du Nord, en 1942, puis en Sicile en 1943, mais là, sur cette plage d'Omaha, il en a marre de voir ses compagnons tomber autour de lui comme des quilles. Il décide alors de déserter et se cache derrière un tas de rochers ou derrière un "hérisson tchèque", un obstacle anti-char planté dans le sable. Le sergent Johnson arpente les lieux prodiguant ses encouragements, mais il tape sur les nerfs d'O'Gara. Cette désertion il veut la réussir par tous les moyens.


colleville.jpgDans le seconde nouvelle intitulée elle aussi Omaba Blues, il s'agit de rendre hommage à un vétéran du Débarquement à l'occasion du 70ème anniversaire. Le président Obama va visiter le cimetière de Colleville, se recueillir devant la croix d'un célèbre inconnu, et pour cela, le conseiller spécial du président doit dénicher le nom d'un disparu en suivant des règles strictes. Seulement, l'identité du vétéran va poser quelques problèmes. Là encore ce récit prend sa genèse dans une réalité qui hante encore les Noirs américains, car ceux-ci n'étaient affectés qu'à des tâches subalternes. Le racisme, toujours le racisme. Et l'hommage à Jean Amila et la référence à son roman La Lune d'Omaha sont explicitement revendiqués par Patrick Amand

Je passe rapidement sur d'autres faits évoqués dans ce volume, tatihou.jpgme contentant de mettre l'accent sur Retour à Tatihou, île qui se dresse en face de Saint-Vaast la Hougue et qui recueillit plusieurs centaines de réfugiés espagnols fuyant le franquisme en 1939 et d'un Allemand, né en 1918. Contrairement à son père qui adhéra aux idées nazies d'Hitler, Hans Gärtner s'est engagé dès 1936 dans les Brigades Internationales. Son séjour à Tatihou lui procurera ses premiers émois, seulement la guerre et quelques vrais collaborateurs, faux résistants xénophobes convaincus l'empêcheront de jouir de ce qui aurait pu être une belle histoire d'amour. Le grand-père de l'auteur, René Amand, résistant à Poitiers, y est évoqué ainsi que sa femme Denise, pour des faits avérés.

Quatre historiettes intitulées toutes C'est le pied s'insèrent comme de courts-métrages, ayant toutes pour point commun un même personnage, Léon Karadoc, et bien évidemment un membre inférieur.

Enfin Patrick Amand ne pouvait pas s'empêcher d'extrapoler et d'offrir une uchronie satirique dont le titre est : Hans Falckenbarch (1919-2010) en partant de la thèse suivante : Et si le Débarquement avait échoué !.

 

jean_quellien.jpgLa préface de ce recueil est signée Jean Quellien, professeur émérite d'histoire contemporaine à Caen, peut-être le plus fin connaisseur de l'histoire et des histoires du Débarquement.

Ce livre est indubitablement l'un des plus beaux hommages qui puissent être rendus à cette époque et aux alliés, Américains, Britanniques, Canadiens et Français ayant combattus sur le sol normand. L'envers du décor, souvent mis sous le boisseau, ne manque pas d'humanisme, et si l'auteur laisse libre court à son imagination, il puise dans des faits réels, souvent occultés, car peu reluisants.


Sur cette époque on pourra s'intéresser également à La lune d'Omaha de Jean Amila, Omaha crimes de Michel Bussi (livre qui devrait être réédité aux Presses de la Cité) ainsi qu'au Débarquement au cinéma, ouvrage collectif publié par les éditions Ouest-France.


Patrick AMAND : Omaha blues. Editions du Caïman. Collection Nouvelles Noires. Parution le 23 mai 2014. 200 pages. 12,00€.

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 09:00

Une histoire en béton...

 

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Le blockhaus de Bihen, ou plutôt les trois blockhaus de Bihen, vestiges de la Seconde Guerre Mondiale, sont situés près du Crotoy, en baie de Somme. Et c’est là qu’est convié à se rendre Roland Mesclin, sans autre explication.

Roland Mesclin, surnommé à tort le Meurtrier des labours, a décidé de rester dans ce petit village de Bihen où il a connu une mésaventure qui lui colle à la peau. Pourquoi est-il resté là à se reposer loin de son entreprise de transports en cars ? Peut-être parce qu’il couche avec Chantal Lelièvre, la gendarme de la brigade, enceinte de cinq mois, et non de ses œuvres.

Bref il délaisse femme et enfants, ainsi que sa petite entreprise, sachant que sa secrétaire assurera le travail sans lui, et il se prélasse. Pour les habitants il est toujours le Meurtrier des labours et ils se chargent de le lui rappeler lorsqu’il se désaltère au café par exemple. Que les gens se gaussent de lui, ne le dérangerait qu’à moitié, mais qu’un individu lui enjoigne de partir, textuellement Fous le camp, on n’a pas besoin de toi par ici, dégage !, un libelle accompagné d’une oreille de cochon, ça c’est bien le genre de truc à l’inciter à s’incruster.

D’abord il a rendez-vous avec le notaire pour la succession de ceux que théoriquement il aurait assassinés. C’est qu’ils ne sont pas aimables les autochtones, particulièrement Saubot, le garagiste, et à un degré moindre Ubu le cafetier ou encore les deux Blues Brothers dénommés Zeff et Adamo qui démontrent leur antipathie à l’aide d’armes à feu.

Ils recherchent des diamants que Saubot convoie de Belgique en France bien cachés dans une boite de pralines et qui devrait être chez Désiré Floor, personnalité locale, et Germaine Guguposi, sa gouvernante et accessoirement maîtresse selon les rumeurs.

Les deux victimes de Mesclin, soit disant, mais comme il avait été retrouvé attaché sur une chaise chez eux ce ne peut être lui ont conclu les autorités. N’empêche que quelqu’un n’apprécie pas du tout qu’il vadrouille à vélo dans la région, qu’il s’invite chez les défunts, qu’il fouille partout. Il indispose jusqu’à son amie Chantal et met en péril son ménage.


La première aventure de Roland Mesclin a été narrée dans Vacances picardes, et l’épilogue suggère que tout n’est pas véritablement fini. C’est comme dans Plus belle la vie, on croit les ennuis enterrés et vlan, d’autres surgissent prolongeant le suspense.

Oscillant entre humour, parfois grinçant, et gravité, ce roman est agréable à lire mais il y manque un petit quelque chose. Comme un bon repas qui laisse sur sa faim. Pourtant il y a quelques phrases qui font mouche telle celle prononcée par Chantal à l’encontre de son amant : Pour moi un flic, policier ou gendarme, devrait être une personne au service des citoyens avec mission de protéger, aider, porter secours. Maintenant on nous fait jouer le rôle de justicier. On réprime plutôt qu’on ne prévient. Les responsables politiques bassinent le peuple avec l’insécurité. Faire peur permet d’anesthésier tout le reste.

Ou encore, un conducteur aimant déblatérer déclare à Mesclin qui faisait de l’autostop : Les gens se ferment, les maisons aussi, il n’y a plus de fraternité. C’est comme les tomates, elles n’ont plus de goût. Vous avez vu leur provenance, la Hollande ou la Bretagne, comme si on faisait venir le poisson de Clermont-Ferrand ! Si le produit n’est pas bon, comment voulez-vous que les gens le soient ?


Philippe STURBELLE : Rendez-vous au blockhaus de Bihen. Collection Polars en nord n°65. Editions Ravet-Anceau. Parution Juin 2010. 160 pages. 8,00€.

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 15:59

N'essayez pas d'en faire autant même si parfois l'envie vous démange...

 

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Sur la palette des crimes, certains attirent plus l'attention des romanciers, des cinéastes et des journalistes que d'autres. Il s'agit de ces fameux casses réalisés en souplesse, sans effusion de sang, sans victimes collatérales. Presque comme auraient pu en perpétrer des personnages de légendes ou de fictions, Robin des Bois ou Arsène Lupin par exemple.

L'homme de la rue prend plaisir à lire les exploits de ces truands qui opèrent au grand jour ou presque, à découvrir leur imagination pour s'approprier le bien d'une administration, d'une société, d'une banque, d'un riche particulier sans que cela influe sur sa vie quotidienne. Il applaudirait presque à ce défi réalisé avec virtuosité et audace car cela ne l'atteint pas dans sa vie privée et se pose même parfois comme une revanche inconsciente envers des établissements publics ou privés qu'il déteste cordialement.

D'ailleurs, Luciano Di Maria, du gang dit des Salopettes bleues, déclarera trente ans après le braquage d'une camionnette blindée à Milan en 1958 : J'ai commencé à voler parce que j'avais faim, et je volais n'importe quoi. Quand on braquait, on avait fait une question d'honneur de ne pas tirer sur les gens. Mais ce braquage a fait grand bruit parce qu'il a été commis comme une action de guerre. Et le peuple était content car dans sa grande majorité, il n'a jamais éprouvé de sympathie pour les banques.

C'est bien ce principe, éviter les effusions de sang, qui a prédominé dans la plupart de ces casses du siècle. Que ce soit pour des motivations personnelles, l'enrichissement rapide de quelques individus, ou plus rarement dans le but d'aider des compatriotes.

Neuvic_-24-_gare_-3-.JPGAinsi le 26 juillet 1944, en la gare de Neuvic, petite cité périgourdine, un tortillard transportant des milliards de francs encombrant les caves de la Banque de France de Périgueux et qui doit rejoindre Bordeaux est attaqué par des Résistants. L'information a été communiquée au préfet du maquis par un préfet... vichyssois. L'opération est menée rondement sans qu'une goutte de sang soit versée. Une partie de cet argent a été attribuée à des organisations de Résistance, servant aussi à la libération de Résistants emprisonnés dont André Malraux, un petit reliquat de ce butin reversé au Trésor Public, le reste s'est dissout dans la nature. Des hypothèses ont été avancées mais aucune preuve ne viendra les étayer.

Pour réaliser ces braquages, il faut du temps afin de les préparer soigneusement, reconnaître le terrain, attirer quelques complices fiables, soudoyer des ouvriers de l'entreprise visée, et une fois que le forfait est réalisé, il faut encore plus de patience afin de pouvoir jouir de l'argent dérobé.

Par exemple dans Mardi Gras à Boston : le 17 janvier 1950 exactement, c'est un entrepôt de la Brinks qui attire la convoitise. Sept silhouettes de Carnaval attifées de masques blancs, de casquettes de marins et de vareuses s'introduisent dans les locaux et les employés sont rapidement réduits dans l'impossibilité de réagir. Si tout se déroule sans encombre, des soupçons pèsent toutefois sur quelques individus mais leurs alibis sont en béton. Les membres du groupe ont passé un pacte, ne pas toucher à l'argent avant que le délai d'action pénal soit achevé. Six ans d'attente. Les années passent, les hommes du FBI enquêtent sans relâche, et il faudra que deux des cambrioleurs soient dans la dèche, sans qu'une aide financière leur soit prodiguée de la part de leurs compagnons qui va accélérer le processus. Et quelques semaines avant la date fatidique de prescription, l'un des malfrats craque et le 12 janvier 1956, soit cinq jours avant cette date limite, le FBI lance un vaste coup de filet. 2.700.000 $ avaient été dérobés, 58.000 $ seront récupérés, mais les frais d'enquête et de procédure s'élèvent pour l'Etat à 29.000.000 $. 29 millions de dollars !


Sadamichi Hirasawa

Certaines affaires malheureusement se déroulent dans le drame,comme celle de Teikoku Bank, dans laquelle un Japonais déguisé en médecin n'hésite pas à administrer dans des tasses de thé un poison fatal à une vingtaine d'employés de banque afin de rafler le magot. Ceci se passait en 1948. De même dans l'affaire dite des Sept mercenaires de la Lufthansa, l'un des membres préfère prendre du bon temps avant de conduire la camionnette qui a servi au braquage dans une casse pour y être compactée. Erreur funeste car le responsable du vol va décider de se débarrasser de ses comparses.


Vingt six casses sont ainsi recensés, de la forteresse de Fortaleza au Brésil jusqu'au Japon en passant par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Belgique et ses diamantaires, et naturellement en France. Certaines de ces histoires qui ont défrayé la chronique sont encore présentes dans toutes les mémoires, enfin je le suppose, comme celle de Toni Musulin, le convoyeur de fonds à Lyon qui a dérobiggs.jpgbé le contenu de sa fourgon en 2009, celle de la Poste centrale de Strasbourg en 1971, celle du vol des Picasso en 1975 lors d'une exposition au Palais des Papes à Avignon, celle du braquage du Carlton en 2013, celle de l'attaque du train postal Glasgow-Londres le 8 août 1963 avec comme vedettes principales Ronald Biggs et Bruce Reynolds. Bien d'autres sont tombées dans les oubliettes de nos souvenirs, soit parce que nous étions trop jeunes pour en avoir entendu parler soit parce qu'elles n'ont pas eu un retentissement médiatique.


Patrick Caujolle relate avec verve certaines de ces affaires, en seulement quelques pages, et certaines d'entre elles demanderaient un développement plus conséquent. Pour d'autres il s'attarde plus volontiers sur le devenir des braqueurs que sur le déroulement mais cela demandait bien un petit coup de projecteur. Il aurait peut-être mieux valu choisir moins d'exemples pour mieux les mettre en valeur et les présenter en deux volumes. Toutefois, malgré son statut de policier, il relate avec une certaine neutralité toutes ces histoires, en ne forçant pas le trait sur le comportement des criminels, ni sur l'action des enquêteurs.

A cela il faut ajouter une copieuse iconographie, ce qui est toujours le petit plus pour mettre en valeur un texte.

 

Du même auteur lire également Ennemis Publics N°1.

 
Patrick CAUJOLLE : Les cas$es du siècle. Le Papillon Rouge éditeur. Parution 23 avril 2014. 288 pages. 20,50€.

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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 14:35

La gêne éthique de la génétique...

 

leban.jpg

 

Après s'être fait remonter les bretelles par le président de la boîte où il travaille, William Jones, ingénieur informaticien, est en proie à une crise de migraine qui lui serre les tempes comme dans un étau. Alors qu'il fourgonne dans son véhicule, tout en roulant malgré la neige, à la recherche d'une boite d'analgésiques, il croit apercevoir au dernier moment une jeune femme au milieu de la route. Il dérape, emplafonne un arbre, sombre dans l'inconscience, puis il entreprend de dégager les roues de son véhicule. Une inconnue est installée tranquillement sur le siège passager. Comme elle reste obstinément mutique il l'emmène chez lui, lui offrant le gîte et le couvert, malgré le désordre qui règne dans les pièces. Will Jones est veuf, sa femme Helena est décédée quelques mois auparavant, victime d'un grizzli. Son invitée surprise se prénomme Gaby, c'est tout ce qu'il apprend.

Mount_Blue_Maine.jpgAndrew White, le jeune et nouveau shérif de Shortslive, dans le Mount Blue State Park, état du Maine, se prélasse en compagnie de son copain Stephen à regarder des téléfilms, lorsqu'il est appelé au téléphone par son voisin, Foregan. Celui-ci est inquiet car il n'a pas de nouvelles de sa femme, caissière dans un supermarché à Weld. Les deux hommes se rendent sur place pour apprendre par le veilleur de nuit que Katherine ne s'est pas présentée au travail depuis la veille. Sa voiture est recouverte de neige sur le parking.

La police est immédiatement prévenue et en épluchant les vidéos, il apparait que quatre femmes ont été enlevées dans des conditions similaires. L'inspecteur Carver, devenu une célébrité locale depuis la résolution quelques mois plus tôt d'une affaire dite du Canadien, met tout son effectif à contribution. Andrew propose ses services, malgré la présence parmi les policiers d'un de ses condisciples qui n'a eu de cesse de l'importuner et de se moquer de lui lors de leurs études. White est un débutant dont les quatre neurones ont du mal à se connecter mais il est pétri de bonne volonté.

L'adjoint de Carver lui confie comme mission de prendre la déposition et de fouiller le domicile de Foregan, à toutes fins utiles. C'est ainsi qu'il se trouve nez à nez avec Will Jones, le voisin, qui se montre méprisant envers le jeune shérif depuis la disparition de sa femme et le père d'Andrew. Tous deux sont décédés sous les griffes d'un grizzli mais ce qui explique son acrimonie, c'est la suspicion concernant les relations que les deux défunts auraient entretenues. Will Jones se montre insolant envers Andrew, qu'il interpelle sous le nom de Junior, le rabaissant avec férocité et dédain devant tout le monde.

Andrew décide de s'installer en ville dans le bureau de son père, qui jouxte la mairie, ce qu'il n'avait encore jamais oser faire, par respect et par timidité. Il est encouragé par sa mère et son ami Stephen. Il découvre de nombreux livres rangés sur les étagères, et est étonné, car il connaissait pas cette passion paternelle pour la lecture. Ces ouvrages, qui proviennent de la bibliothèque municipale de Weld, ont en commun deux thèmes : la Seconde Guerre mondiale et la génétique. Il met en marche l'ordinateur poussif et découvre des fichiers nommés Helena ou Official Maine de 1984. Il rend immédiatement à la bibliothèque les ouvrages empruntés pour apprendre que son père en avait compulsés bien d'autres, toujours sur les même sujets, et qu'Helena Jones les avaient elle aussi consultés. Les fiches établies à leur nom en faisant foi. La bibliothécaire est jeune et jolie, et toute disposée à lui rendre service.

Petite parenthèse : si la lecture est un plaisir solitaire, il est paradoxal de constater que les livres servent parfois au rapprochement de deux êtres qui de prime abord n'étaient pas faits pour se rencontrer. Fin de la parenthèse.

Cette découverte, livres et articles de journaux, pourraient fournir un lien avec la disparition des jeunes femmes, trois décennies auparavant, et orienter les recherches vers un ou des individus nostalgiques des années et des procédés pseudos scientifiques nazis. D'autant que des cadavres de femmes qui ont été kidnappées sont déposées en tas dans une rue. Ces cadavres portent des nombres sous forme de tatouages sur les bras, et des stigmates sont relevés sur les corps et principalement les crânes.

Andrew prend l'enquête à son compte, mais il dérange et s'attire la foudre d'un individu qui lui en veut, jusqu'à lui tirer dessus alors que le jeune shérif grimpe péniblement à bord de son véhicule en pleine montagne sur les pistes verglacées avec Amy, la bibliothécaire.

Parallèlement, en filigrane, le lecteur assiste à l'enlèvement et à la détention de Julia, l'une des jeunes femmes. Il éprouve en même temps qu'elle les affres qu'elle subit, les frayeurs qu'elle ressent au contact des corps de ses codétenues dont quelques unes sont mortes dans d'atroces souffrances, l'angoisse qui l'étreint lors de son enfermement dans une pièce entièrement bétonnées ou de l'irruption de son bourreau.

 

Andrew peu à peu sort de sa gangue de gamin attiré par les films d'horreur, prend conscience qu'il n'est plus un adolescent, malgré son style grunge, et qu'il doit aborder enfin la vie en adulte et se conduire en tant que tel. Il devient en quelques jours plus mature, de même que son ami Stephen.

Si l'état du Maine, dans le nord des Etats-Unis, à la leban3limite de la frontière canadienne sert de décor à cette histoire, ce n'est pas par hasard. Cela pourrait se passer en Argentine, au Chili, ou quelque part en Europe notamment en Allemagne, mais la froidure de l'hiver, ceci se déroule peu avant et après la Saint-Valentin, et la résurgence nazie qui se profile peu à peu conjuguée à cette explosion de violence et le nombre exponentiel de meurtriers en série, donnent une crédibilité au déroulement de l'intrigue. Un pays qui concentre les pires excès.

Grand amateur de thrillers, Damien Leban en a compris toutes les ficelles et il les applique avec justesse. A croire qu'il est allé à l'école de Dean R. Koontz. Il dose ses effets, laissant la pression monter, parfois jusqu'à son paroxysme mais passant à une étape suivante en déplaçant l'intrigue dans un autre chapitre pour mieux reprendre l'action précédente afin de l'affiner dans l'angoisse. Un mariage réussi conclu entre Angoisse et Suspense, avec pour demoiselles d'honneur, Frayeur, Horreur et Terreur. Et l'épilogue fort bien venu offre une possibilité de retournement de situation alors que l'on pensait l'histoire terminée.


Damien LEBAN : Les Héritiers des Ténèbres. Editions City. Thriller. Parution le 7 mai 2014. 384 pages. 18,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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