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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 14:36

Parfois les personnes réservées attirent plus l'attention que celles qui se montrent expansives.

 

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Ainsi cette jeune femme que Jim Messanger côtoie assez souvent à son restaurant habituel. Elle mange toujours le même plat, sans rien dire, sans s'intéresser à ce qu'il se passe à côté d'elle, comme si tout était invisible pour elle. Il essaie même de l'aborder mais sans succès. Il la suit un jour jusque chez elle et apprend ainsi qu'elle se nomme Janet Mitchell. Et puis un beau, ou mauvais, jour, elle disparait.

Jim Messanger est expert-comptable à de San Francisco et il ne nourrit aucune ambition particulière. Il se sent bien à sa place et ne revendique rien. Proche de la quarantaine, il est célibataire. Il a été marié alors qu'il n'avait que vingt ans avec Doris, étudiante comme lui, mais cela n'aura duré que sept mois. Même pas le temps d'une gestation. Un de ses collègues et ami tente bien de lui faire rencontrer des femmes de son âge, peine perdue. Sa seule passion réside dans le jazz, et quelques exercices de gym ou de jogging pour entretenir sa forme. S'il a surnommé Janet Mitchell Mademoiselle Solitude, lui-même se complait dans son isolement affectif et social.

solitude1.jpgLa disparition de Mademoiselle Solitude est due à un départ précipité, peut-être programmé. Elle a été retrouvée dans sa baignoire, les poignets tranchés par un rasoir, et elle tenait entre ses doigts une photo délavée sur laquelle subsiste une silhouette d'enfant. Les policiers ne se bougent guère les méninges pour découvrir son identité. Ils savent seulement qu'elle possédait un coffre dans une banque, coffre recelant quatorze mille dollars. L'inspecteur Del Carlo auprès de qui il se renseigne ne peut lui donner plus de renseignement, à savoir que pour l'instant le corps est au frigo en attente d'une éventuelle demande de la famille. Sinon elle sera enterrée ou incinérée sans autre forme de procès.

La concierge de Janet Mitchell accepte de le laisser fouiller dans les solitude2.jpgmaigres affaires de la défunte en échange de quelques dollars, et il subtilise un livre : Trésors de la poésie américaine. Un vieil exemplaire sans valeur mais qui peut mettre Jim Messager sur la trace de son inconnue. En effet un tampon de la bibliothèque municipale de Beulah, Nevada, figure sur les dernières pages. Seul indice mais il va se débrouiller avec et pour une fois il prend une grande décision. Il demande à son patron d'avancer ses vacances, fournissant un vague prétexte, et le voilà parti dans le désert du Nevada où se niche cette petite ville.

Il n'existe pas de Mitchell dans la bourgade mais il parvient à apprendre que la suicidée se nommait en réalité Anna Roebuck et tout le monde est apparemment content, satisfait de sa disparition. Il apprend qu'elle a été accusée d'avoir tué son mari, Dave, plus de six mois auparavant. Dave était un alcoolique et un coureur de jupons, il n'est regretté par personne, sauf peut-être par son frère John T. malgré les nombreux différents qui les opposaient. Ce que les villageois reprochent à Anna c'est d'avoir tué sa fille Tess avec une pierre à la tête, et de l'avoir jetée dans un puits. Des meurtres qu'elle avait toujours réfutés mais les suspicions, pour ne pas dire les certitudes sont ancrées dans l'esprit. Elle prétendait s'être rendue dans une mine proche à la recherche de petites pépites d'or comme cela lui arrivait souvent. Et qu'elle avait découvert le drame à son retour. Sans preuves elle n'avait pas été poursuivie et avait même touché l'argent de l'assurance. Puis elle s'était enfuie à San Francisco, ce qui explique sa solitude, son repli sur soi, son étanchéité à l'extérieur.

 

solitude4.jpgJim Messanger, que certains prennent pour le Messager, rencontre divers habitants du lieu, la bibliothécaire, le pasteur, sa fille, une serveuse de restaurant, le shérif, la sœur d'Anna et son fils, un ancien garçon de ferme, des hommes de main, le fameux John T. Roebuck, le seigneur régional, sa femme plus jeune que lui et alcoolique, mais à part l'un de ceux auxquels Jim est confronté, tous sont persuadés de la culpabilité d'Anna. Quand on ne veut pas se poser de questions, les apparences sont plus faciles à digérer. Pourtant la découverte de Tess dans un puits, habillée d'une robe blanche alors qu'avant sa mort elle portait un jean et une chemise, la tenue locale, est l'une des nombreuses interrogations que se pose Jim Messanger. Et pour bien lui signifier qu'il est un intrus, il échappe miraculeusement à la mort. Grâce à une force de volonté qu'il se découvre au fur et à mesure des événements il persévère. Jim possède le courage de l'inconscience, et en même temps il se révèle à lui-même. Il se sent investi d'un but sans vraiment s'en rendre compte, cela le change de son univers étriqué.

 

Ce roman donne l'impression diffuse d'être plongé dans un roman rural de Pierre Véry, Goupi Mains-Rouges par exemple. Du moins dans la partie qui se déroule dans le Nevada. Les pick-up remplacent les carrioles à chevaux, mais la mentalité est le même. Les secrets malsains et complexes qui embuent les familles, lesquelles se tiennent les coudes parce que rien ne doit filtrer en dehors de la communauté. Tous sont englués dans le mensonge. Des personnages frustres et pervers, pour la plupart imbibés d'alcool. Et malheur à l'étranger qui ose s'immiscer dans leurs petites affaires.

Le grand retour de Bill Pronzini, même si ce roman date de 1995, et l'on se demande pourquoi les éditeurs français l'ont progressivement effacé de leurs catalogues, que ce soit son éditeur emblématique, la Série Noire, puis le Fleuve Noir, Rivages et le Rocher par exemple. Il ne nous reste plus qu'à souhaiter que Denoël qui vient de prendre la relève continue dans cette voie, car il reste au moins dix-huit titres de la série du Nameless et une quinzaine d'autres romans, sans oublier ceux publiés sous pseudonymes dont celui de Jack Foxx, à traduire.

 

 

Bill PRONZINI : Mademoiselle Solitude (Blue Lonesome - 1995. Traduction de Frédéric Brument). Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution le 10 octobre 2013. 336 pages. 20,90€.

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 06:47

Un passeport à jour est requis !

 

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Selon la légende, Diane, Sarah, Isis et Elphécéria, les filles de la Terre, se seraient envolées en direction d'Andromède. Leur symbole représentait trois licornes. En ce temps là, les humains contrôlaient encore la planète et les Cybers obéissaient au doigt et à l'œil. Mais les multiples ratés des voyages spatiaux ont changé la donne et depuis les Cybers règnent avec à leur service des androïdes, les Andros. Bref le système solaire est dans la compote.

Murdoch, qui affiche fièrement son ascendance écossaise, et Ragnar, qui lui est descendant de Vikings, se trouvent dans la montagne tibétaine, à bord d'un 4X4 périmé. Théoriquement ils sont en vacances et en profitent pour visiter la région. Le Népal, dont l'habitant n'est pas laid, est comme les autres contrées, surveillé par des policiers Andros. Il leur est interdit de franchir les limites de zone humaine ou de s'aventurer hors des frontières du camp spatial. Ce qui n'empêche pas Murdoch et Ragnar de trouver refuge dans une espèce d'hôtel. Le réceptionniste leur demande leur carte de séjour, puis il les informe qu'ils pourront trouver des yacks à louer, avec un guide, et cent litres d'essence, liquide contingenté, pour le retour.

Les deux amis continuent ensuite leur périple sur le plateau 4000, le nouveau nom du Tibet. En réalité ce ne sont pas de vieilles connaissances, et Murdoch a approché Ragnar car celui-ci possède des autorisations spéciales tandis que Murdoch a d'autres raisons pour voyager. Son but est de retrouver une zone de fracture ignorée des Cybers. Or d'après Murdoch ceux-ci ont relâché leur surveillance depuis une centaine d'années et c'est bien pour cela qu'il a choisi cette période pour agir. Ils rencontrent des cavaliers, des autochtones, dont le chef leur offre une mule chargée d'une tente et de provision.

Ils essuient une tempête de neige, dorment sous leur tente, un peu perturbés car leur boussole est devenue folle. Enfin ils découvrent l'entrée d'un puits, dont les batteries d'ascenseur sont hors d'usage. Ils se tapent une descente de deux mille cinq cents mètres, par les escaliers de secours, pour arriver dans des salles encombrées de boîtes de conserves et de bouteilles vides. Il ne fait nul doute que des touristes se sont passés par là, des siècles auparavant. Une signature séculaire. Ragnar découvre un bijou, une boucle d'oreilles ornée de trois licornes, l'emblème des Filles de la Terre, ainsi qu'une fresque dessinée sur les parois de cristal. Quant à Murdoch il tripote une sphère incrustée dans la paroi et un changement diffus s'opère. Lorsqu'ils remontent à la surface, ils sont attendus par des cavaliers, pas les mêmes que ceux qui les avaient accueillis, et retour à leur point de départ, toujours avec cette sensation que tout en étant pareil, c'est différent. Enfin ils peuvent reprendre un avion qui les transportent jusqu'à Londres. Fin du voyage ? Que nenni ! Ragnar s'étonne, la capitale a bien changé d'aspect elle aussi. Là où des immeubles de dressaient, c'est la campagne qui règne.

Nos deux héros vont connaître de nombreuses aventures ou mésaventures, des vicissitudes, des surprises de taille leur sont réservées, tout au moins à Ragnar, car Murdoch ne semble pas perturbé par ces divergences. Ragnar retrouve son appartement, mais pas son épouse qui l'a quitté bien auparavant, et pourtant le réfrigérateur est empli de vivres et une femme, une inconnue qui semble le connaitre et dont le visage lui dit quelque chose, s'introduit chez lui, lui fait quelques recommandations dont il ne comprend pas grand chose, comme à son habitude. Seule une petite sphère trahi le passage de l'inconnue.

Vous connaissez tous les trois dimensions qui ont donné lieu à moult problèmes lors de vos années d'adolescence sur les bancs de l'école. Largeur, longueur et hauteur, mais pourquoi le précisé-je. La quatrième dimension vous est peut-être moins familière et qui désigne l'espace-temps. Et nos deux intrépides voyageurs vont justement effectuer des allers-retours dans le temps, leur premier voyage datant de l'an 6338 de notre ère. Mais quelle est donc cette cinquième dimension ? L'explication en est donnée par Louis Thirion, simplement, mais je me garderai bien de vous en signifier le sens, non point que cela me soit difficile, je n'ai qu'à recopier quelques lignes, mais bien pour préserver l'intérêt de l'intrigue. Sachez toutefois que ces nombreux déplacements dans le temps sont facilités par des bulles spatiotemporelles évoluant à travers des sortes de tunnels supportés par des points d'ancrage.

Murdoch est un personnage mystérieux dont la présence et les motivations sont mal définies, au départ, tandis que Ragnar lui est un être ordinaire, un peu naïf, qui est bousculé par les événements. Et puis il a une marotte, une obsession, celle du ketchup, de la sauce tomate. Il faut bien assouvir quelques instincts.

Louis Thirion nous entraîne dans un voyage spatiotemporel loufoque, un peu à l'image du roman de Lewis Carroll, Alice au Pays des merveilles, à la différence que Murdoch et Ragnar ne seront pas vraiment confrontés à des merveilles. C'est un peu également l'esprit burlesque du film de Mel Brooks, La folle histoire de l'Espace ou Spaceball, novelisé par Jovial Bob Stine et publié aux éditions J'ai Lu en 1987. Un moment de détente, une histoire d'Anticipation, la science-fiction n'étant qu'en arrière-plan, laissant à l'auteur la liberté d'offrir aux lecteurs une imagination débordante, foisonnante et nullement ennuyeuse comme cela arrive parfois ou qui est ressentie comme telle par des lecteurs peu averti de ce genre littéraire. C'est le point également de dénoncer la trop grande place accordée à la science par rapport à l'être humain, à la robotisation qui envahi notre quotidien, et qui nous rend esclave de la machine.

Mais l'humour qui transpire de ces pages n'est pas trop appuyé, ne tournant pas à la farce. Il est subtil, léger... intemporel...


Louis THIRION : Passeport pour la 5ème dimension. Collection Blanche N° 2011; éditions Rivière Blanche. 152 pages. 15,00€.

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 09:14

Hommage à Joseph Bialot né le 10 août 1923

 

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L’enlèvement de son petit-fils Julien, la veille du Jour de l’An et sa reconstitution contre une énorme rançon n’abat pas Lucien Perrain. Au contraire, il se charge de remettre lui-même l’argent réclamé aux ravisseurs, dans la banlieue parisienne près d’Etampes.

Hélas la neige qui recouvre la campagne environnante d’un blanc linceul transformera cette nuit de fête en tragédie. Pour Lucien c’est un retour en arrière qui s’effectue. Les souvenirs affluent. Des souvenirs vieux de quarante cinq ans, la déportation, la vie, si l’on peut appeler ainsi l’existence larvaire dans le camp de concentration de Bonne Espérance. Des images qui s’impriment en surimpression, lui faisant perdre les esprits, la notion du temps. Et c’est le drame.

Lucien Perrain abat les deux truands chargés de la transaction. Un geste irréfléchi, impulsif, subordonné à des souvenirs poignants. Le fil ténu qui pouvait le mener à son petit-fils semble irrémédiablement cassé.

 

bialot.jpgDans ce roman, Joseph Bialot puise dans ses souvenirs personnels tout en adaptant ce qui pourrait être un fait-divers. L’humour qui imprégnait son précédent roman, « Un violon pour Mozart » n’est plus de mise. Ici, c’est le combat âpre d’un homme seul contre les éléments, contre l’adversité, contre lui-même : « Lucien Perrain vivait ainsi, tiraillé entre la nausée et cette passion féroce de respirer, de marcher, de chanter, de jouir qu’il connaissait si bien depuis quarante-cinq ans ».

Un roman qui s’inscrit directement dans la définition que Joseph Bialot donne du roman policier : « Le roman policier représente la tragédie moderne au quotidien. C’est une littérature qui permet d’explorer un univers où les situations individuelles sont poussées au paroxysme. Il y a dans tout roman noir un moment, un seul où tout bascule, où tout le code social, où tout le corps social, se trouve confronté avec sa logique à une situation affective. Et c’est le clash ». Une excellente réédition à ne pas manquer.

 

A lire également de Joseph Bialot : Votre fumée montera vers le ciel; La main courante et Ô mort, vieux capitaine...


Joseph BIALOT : La nuit du souvenir. Série Noire N° 2215, 1990. Réédition Folio Policier N°603. Parution le 16 décembre 2010. 240 pages. 6,80€.

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 13:48

Et de miroirs...

 

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Tricher s'avère plus long, plus fastidieux et demande plus d'énergie afin de connaître les bonnes réponses lors d'un concours ou d'un examen que de réviser. Mais certains ne peuvent s'en empêcher et parfois cela débouche sur des conséquences imprévisibles.


ombres2.jpgScott Borland est un élève qui ne panique pas lors des examens. C'est un tricheur professionnel de l'université de Seattle, état de Washington, qui arrive décontracté et sait qu'il obtiendra un A+ comme résultat. Pirate informatique il déniche les sujets soit en s'infiltrant dans les ordinateurs des professeurs, soit en les écoutant discourir grâce à un astucieux système de micros disposés un peu partout dans le campus et les salles des enseignants. C'est ainsi qu'il apprend que le prochain devoir proposé par le professeur Thompson traitera des induction embryonnaires mais autre chose attire son attention. Miller, prof de génétique végétale, et Thompson se donnent rendez-vous à minuit dans une salle située en sous-sol d'un des bâtiments de l'université. Scott se promet fort d'y faire un petit tour afin de savoir ce que trament les deux enseignants.

Il vit dans un studio qu'il partage avec un condisciple, devenu son ami, Thomas Ellory, studio qui est un véritable foutoir. Si Scott est d'apparence cool et conventionnel, Thomas lui plutôt du genre hard rock gothique. Et ils ne s'embarrassent pas du ménage, laissant trainer partout canettes de soda, reliefs de pizzas et autres bricoles dont slips et chaussettes sales. Que voulez-vous, un étudiant, ça étudie (ou ça triche), ce n'est pas programmé pour le rangement.

Le lendemain matin, le professeur Thompson est retrouvé mortombres1.jpg par le gardien au milieu de l'encombrement indescriptible qui règne au premier sous-sol. L'assassin s'est acharné car les rotules, les bras ont été brisés par des coups de revolver et il a achevé sa victimes par deux balles dans la tête. Selon le légiste, l'agonie aurait duré au moins une demi-heure. Peu après les disparitions de Miller et d'un autre professeur sont enregistrées. Le capitaine Fleming est chargé de l'enquête. Fleming, qui doit faire valoir ses droits à la retraite dans quelques mois, sait qu'il doit conclure rapidement et avec brio cette affaire car il brigue la mairie de Blackstone, petite ville de la banlieue de Seattle où il vit avec sa femme dans une luxueuse villa.

 

hood-and-hood-river-valley-oregon-gino-rigucci.jpgUn peu près au même moment, à Portland dans l'Oregon, à près de trois cents kilomètres de Seattle, un cadavre calciné est découvert dans une forêt. Or bizarrement le corps a été déterré après avoir séjourné dans la terre pendant près de quatre ans. Près de lui des papiers, eux aussi a moitié brûlés sont retrouvés. Un peu plus loin, une pelle et deux jerricans ont été oubliés, sciemment sans aucun doute. Le lieutenant Lorenzo arrive aussitôt sur place et procède aux premières constatations en compagnie de ses adjoints. Grâce à l'informatique et une recherche sur les personnes disparues depuis quatre ans, ainsi qu'à l'étude du crâne par comparaison, il s'avère que le défunt est un peintre assez renommé disparu sans laisser de traces. Il s'agit de Joseph Ziegler dont l'art pictural lorgnait du côté gothique, inventant une nouvelle tendance, le Crash. De même les papiers permettent de découvrir l'identité supposée de celui qui a défoui le corps. Et cela mène les enquêteurs sur la piste de Martin Bosc, un adolescent qui n'a plus donné de ces nouvelles le même jour que la disparition du peintre.

Lorenzo est un dipsomane, consommant jusqu'à deux litres de Portland_Oregon.jpgBourbon ou whisky par jour. C'était un roc, il l'est encore apparemment, mais il est en proie à des vertiges et des tremblements lorsqu'il n'a pas ingurgité sa dose quotidienne d'alcool. Cette addiction a été provoquée trois ans auparavant par la perte de sa femme et de deux de ses enfants. Un chauffard les avaient fauché dans la file d'attente du cinéma. Seul Miles, le petit dernier âgé maintenant de cinq ans a survécu. Et une suspension plane sur sa tête, qui par ailleurs est toujours abritée par un bonnet noir informe. Et la suspension va tomber quelques jours plus tard, à cause d'une grosse bavure funeste, ce qui ne va pas l'empêcher de continuer coûte que coûte son enquête. Toutefois, il réussit auparavant à contacter la tante de Martin Bosc et découvre quelques éléments qui vont l'aider dans son enquête, une photo notamment. Martin Bosc avait perdu ses parents une dizaine d'années auparavant, d'un accident de voiture, et il s'en était sorti miraculeusement. Lorenzo rencontre également Anouk Stern, la psychothérapeute qui a eu Martin Bosc comme patient.

 

Bientôt ces deux affaires vont se rejoindre et Lorenzo, accompagné de la psychothérapeute, se rend à Seattle où Fleming sue sang et eau, il pèse cent-quarante kilos pour un mètre quatre-vingts, pour traquer le coupable. Heureusement Fleming est aidé par Scott le pirate, qui lui délivre des infos, des conseils, des marches à suivre, des pistes, par messages téléphoniques. Et il ne peut se rebeller ni se retourner contre son informateur trop bien renseigné, car celui-ci connait trop de secrets sur sa vie privée et ses comptes bancaires.

 

Une intrigue tirée au cordeau, millimétrée et surtout minutée dans le temps. L'histoire débute le mardi 24 juin 2014 à 10h23dans le comté de Hood River, dans l'Orégon, lorsque Lorenzo arrive sur les lieux de la crémation de cadavre, mais dans le chapitre suivant, nous somme invité à suivre Scott à l'université de Seattle, état de Washington, le lundi 23 juin 2014 à 13h55. Ensuite par le jeu subtil entre les allers et retours de lieux et dans le temps, nous arrivons jusqu'à la fin de l'enquête, assez brutale, jusqu'au lundi 30 juin 11h45. Entre-temps, le lecteur n'aura guère le temps de souffler en suivant notre trois protagonistes principaux.

Mais d'autres portes s'entrouvrent et le lecteur pourra s'immiscer dans le domaine des savants fous, des biologistes et chercheurs agronomes dans une exploration des organismes génétiquement modifiés pour des profits mercantiles. Bien entendu, le FBI n'est pas loin, et le lecteur ne sera pas déçu de se rendre compte que derrière l'agence fédérale, le gouvernement états-uniens joue un double-jeu. Enfin, et c'est une découverte pour moi, l'un des sujets traités est celui du syndrome de Beckermann, ou Trouble de la Personnalité Glissante, qui explique les motivations du tueur, et ce sans vouloir entrer dans des détails qui défloreraient trop l'intrigue.

Un roman qui n'a rien à envier aux formatés Américains, et qui promet de beaux jours à son auteur. Décidemment les éditions Critic nous réservent de belles et bonnes surprises, souvenez-vous des trois romans de David S. Khara dont le dernier en date est Le projet Morgenstern ou encore Goodbye Billy de Laurent Whale, et souhaitons leur de continuer dans cette voie de découverte d'auteurs possédant le sens de la narration allié à une imagination qui ne doit rien aux stages d'écriture.


Ivan ZINBERG : Jeu d'ombres. Editions Critic. Collection Thriller. Parution le 6 mai 2014. 510 pages. 20,00€.

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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 12:19

Comme si ce n'était pas assez d'une fois !

 

Julia_couv.jpg


Quel impact une émission de télévision peut-elle avoir sur l’ouverture d’un dossier judiciaire enterré depuis dix ans ?

Un objectif atteint semble-t-il, puisque après la diffusion de l’émission Faites entrer l’accusé, un jeune homme se présente spontanément au commissariat de Mouscron en Belgique déclarant que Frank Tison, accusé du meurtre de Julia Vanacker dix ans auparavant n’est pas le coupable, quoique celui-ci ait avoué, peut-être sous la pression policière.

N’était pas le coupable devrais-je écrire car Tison après avoir sombré dans la folie s’est suicidé en prison. Pourtant tout semblait l’accuser. Des cheveux lui appartenant ont été retrouvé sur le corps dénudé de la jeune fille, une voisine l’aurait aperçu de dos grimpant l’escalier, vêtu d’un t-shirt pouvant lui appartenir, et il fréquentait Julia depuis quelques semaines.

C’était un être faible, fragile, inhibé, tout comme la morte d’ailleurs, et le séjour en prison ne l’a pas arrangé mentalement. Seulement lors de la reconstitution télévisée, un Belge affirme avoir dépanné Franck le jour même du drame, lui apportant un alibi à retardement.

L’enquête menée par l’inspecteur Bruynel alias le Bison, aujourd’hui à la retraite, a été tout simplement bâclée comme l’atteste le dossier qui n’est guère plus épais qu’une feuille de papier à cigarette coupée dans l’épaisseur. Tout est à reprendre de zéro et les inspecteurs Sylvie Monin et Frédéric Preux sont chargés de rouvrir le dossier. Ils interrogent les membres de la famille de Julia et de celle de Franck, les voisins de la jeune fille à l’époque du drame et relèvent des témoignages qui n’avaient pas été consignés à l’origine. Ce n’était pas de la faute des témoins, personne n’ayant eu la présence d’esprit, le courage d’approfondir le dossier, la volonté d’aller chercher une vérité, tout autant le policier qui avait procédé à l’interpellation de Franck que le juge d’instruction, heureux de boucler rapidement une affaire qui leur semblait facile.

De petits faits émergent peu à peu, démontrant l’innocence de Franck Tison, et de ces faits, ils vont remonter des pistes qui s’avèreront parfois prometteuses, mais se révèleront des impasses. Et il leur faut se méfier des à-priori, comme Frédéric Preux serait tenté de le faire, afin de ne pas tomber dans les travers de la première enquête.


sysLes problèmes familiaux et sentimentaux des deux policiers ponctuent ce roman, entrecoupant l’enquête, comme dans la vie réelle, lorsque tout un chacun regagne son foyer. Chacun des personnages évoluant dans ce récit possède ses fractures, sortant d’un chemin bien balisé, hors de protagonistes bien dans leur peau. Ce sont des victimes de la vie, même s’ils se montrent durs auprès de leurs proches. Ils sont atteints aussi bien psychiquement que physiquement, et un énorme hématome comprime leur esprit à défaut de leur corps.


Emmanuel SYS : Julia, morte deux fois. Collection Polar en nord N° 58. Editions Ravet-Anceau. Parution Mars 2010. 192 pages. 9,00€.

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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 13:27

Plus de cinquante ans après, Roger Martin s'en souvient encore.

 

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C'était le dimanche 24 juin 1962, à Aix-en-Provence. Il avait douze ans et lisait tranquillement dans sa chambre un roman de Jack London, qui reste l'un de ses auteurs favoris, Le Fils du loup. Soudain il entend des cris qui déchirent sa quiétude. Peu après il apprend de la bouche de son père, qui est bouleversé : Le commandant est mort.

Le commandant, c'était Joseph Kubasiak, vivant à quelques maison de là. Il venait d'être assassiné. Des coups de poignard et pour faire bonne mesure le coup de grâce avec un pistolet.

Cet épisode constitue l'une des nombreuses pages noires de la Guerre d'Algérie et de l'Histoire de France en général. Quoique proche dans le temps, cet événement est tombé dans les oubliettes par la plupart des Français, les événements d'Algérie restant un point noir dans les mémoires. Et les négationnistes, les nostalgiques ainsi que les apologues de l'Algérie Française ont détourné, détournent encore, la réalité des faits dans un but parfois difficile à comprendre, une posture que les hommes politiques avalisent sans vergogne et sans complexe.

Tout commence à Blida le 20 avril 1961. L'OAS veut imposer ses points de vue en divergence avec les appels du Général de Gaulle, lequel avait promis que l'Algérie resterait française puis devant la tournure prise par la guerre s'était résolu à accorder l'indépendance à ce département d'Afrique du Nord en mettant en place une politique d'autodétermination. Mais les généraux Challe, Salan, Zeller et Jouhaud organisent le 21 avril ce qui sera appelé le Putsch des généraux à Alger. Le commandant Hélie de Saint Marc est chargé d'assurer la sécurité de ce gouvernement séditieux. L'armée a pris le pouvoir mais certaines casernes font de la résistance. C'est le cas à Blida où officie par intérim le commandant Joseph K.

Les témoignages à ce moment divergent et ne sont retenus que ceux qui sont à mettre à l'opprobre du commandant K. traité par la suite de barbouze. Certains avancent qu'il aurait fait monter au mât de la caserne un drapeau rouge tandis que d'autres affirment qu'il s'agissait d'une bannière ornée de la Croix de Lorraine peinte à la main. Et celui qui obéissait, non pas aux ordres d'insurrection de ses supérieurs hiérarchiques, Challes, Hélie de Saint Marc et autres, a écouté les paroles du général de Gaulle qui avait stigmatisé un quarteron de généraux à la retraite : « un pouvoir insurrectionnel s'est établi en Algérie par un pronunciamiento militaire » en suppliant "Françaises, Français, aidez moi". Il demande à tous de s'opposer "par tous les moyens". Donc la donne est claire, Kubasiak n'a fait qu'obéir à de Gaulle. Or Kubasiak sera mis en retraite d'office puis assassiné chez lui à Aix-en-Provence dans le quartier du Clos Saint-Lazare.

Plus étonnant c'est ce qu'il adviendra par la suite. Ces putschistes et les assassins de Kubasiak seront traduits devant un tribunal militaire mais quelques mois ou quelques années après ils seront amnistiés, par les gouvernements successifs, dont celui de François Mitterrand. Pis, Helie Denoix de Saint Marc condamné à dix ans de réclusion, a été libéré au bout de cinq ans. "C'est un personnage emblématique des hauts et des bas de notre armée", a souligné le ministre de la défense, Gérard Longuet. Et il s'est vu décoré de la grand croix de la légion d'honneur par Nicolas Sarkozy le 28 novembre 2011. Quand aux participants à ce meurtre ils connurent des fortunes diverses, l'un d'entre eux devenant Monsieur Sécurité à Nice de 1996 à 2001. Et dans cette région PACA de nombreuses stèles sont érigées en l'honneur des fusillés, combattants pour que vive l'Algérie Française, sachant que des insurgés, des appelés pour la plupart qui obéissaient aux ordres sans chercher à comprendre, ne connaitront pas le sort clément de leur hiérarchie. Mais la maison de Kubiasak dans le Clos Saint-Lazare a été démolie.


rogermartin.pngAlors, continuer à propager des information erronées, tendant à salir l'honneur d'une ou plusieurs personnes, informations relayées par des historiens ou pseudos historiens, par exemple Georges Fleury ancien des commandos Jaubert qui est cité dans ce document, qui écrivent de nombreux ouvrages en recueillant des témoignages pouvant prêter à discussion et à contestation, à des interprétations personnelles pas forcément conformes à la réalité.

Et Roger Martin ne pouvait pas humainement rester insensible à cette forme de propagande fasciste, puisque tout jeune il avait eu en main, en sortant de l'école, des tracts ou des brochures proclamant Algérie Française, signés Jeune Nation, mettant en avant les patriotes de l'OAS qui avaient pour noms : Jouhaud (et non Jouhaux comme écrit par erreur page 23, Jouhaux étant un ouvrier syndicaliste ayant obtenu le Prix Nobel de la Paix en 1951), Lagaillarde, Susini, Salan, Tixier-Vignancourt et Le Pen.

 

Je vous engage à visiter le blog d'Osaka éditeur pour d'autres Romans de la colère.

 

De Roger Martin, lire par exemple Des ombres dans la nuit, Les cagoules de la terreur, Dernier convoi pour Buchenwald.


Roger MARTIN : L'honneur perdu du commandant K. Collection Osaka, Les Romans de la colère N°2. Editions Oslo. Parution le 1er octobre 2013. 80 pages. 8,00€.

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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 15:36

Le vieil homme et l'enfant...

 

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Franchement, cette fois c'est la goutte qui fait déborder le vase. Paul qui préfère qu'on l'appelle Polo parce que Paul c'est ringard à son avis (mais ce n'est pas le mien, Polo ça fait t-shirt ou chiffon), Paul donc est en colère après Patrick son beau-père.

Ce n'est pas la première fois que Polo fugue mais cette fois-ci il est bien déterminé à réussir, à aller jusqu'au bout. De quoi, il n'en sait rien, mais au bout quand même. Il est à pied mais à quinze ans les moyens de locomotion sont limités pour quitter ce petit village normand. Et en voyant un joggeur arriver, il s'engouffre dans la première maison qui se présente à lui et dont la porte semble l'inviter à entrer comme celle des sept nains avec Blanche-Neige ou celle des trois ours avec Boucle d'or.

L'occupant des lieux n'habite pas dans la bourgade depuis longtemps, quelques mois tout au plus. Un sexagénaire plutôt tranquille, un brin misanthrope. Et il rouspète comme un putois lorsqu'il découvre Polo dans son antre. Il veut se débarrasser de cet intrus qui s'immisce dans sa vie privée, mais Polo a une parade imparable : il s'est attaché un poignet au radiateur à l'aide d'une paire de menottes dégottées dans l'entrée.

Pierre-Yves, ah oui au fait, l'irascible se prénomme Pierres-Yves ce qui fait rigoler Polo, Pierre-Yves est coincé car c'est le gamin qui possède la clé. Alors commence une soirée qui s'éternise, vu que la télé est antédiluvienne, et comme boisson Pierre-Yves propose chocolat ou thé, alors que Polo, prolétaire, préfère un café. Et c'est ainsi que le taiseux Pierre-Yves va être obligé à sortir de son mutisme, pis (ou pire pour ceux qui préfèrent) à raconter sa vie, en échange il a droit aux petites révélations de Polo.

Chacun d'eux échangent leurs petits ou grands secrets, se promettant de les enfermer dans une bulle et de ne pas les divulguer au dehors. Ils se déboutonnent mettant leurs sentiments à nu. Une forme d'exorcisme s'enclenche au cours laquelle ils retrouvent non pas la sérénité mais une sorte de bien-être, de rabibochage avec eux-mêmes et le monde qui les entoure. Malgré les cinquante ans qui les séparent, ils se sentent peu à peu en confiance vis - à vis de l'autre et se racontent leurs problèmes familiaux, physiques et psychiques. Car ce sont tous deux des éclopés de la vie à des degrés divers. Pierre-Yves parfois rabroue Polo, celui-ci se montrant quelquefois grossier dans ses propos, mais le gamin ne s'offusque pas des remontrances qui lui sont faites, il découvre que sous son air balourd, ronchon, son interlocuteur lui narre pour la première fois ce qu'il a toujours caché, qu'il se vide, qu'il se confesse et que cela lui fait un bien immense. Mieux que s'il était entré dans un confessionnal.

Et lorsque c'est fini, ça continue avec un épilogue à double détente.

Ce roman, dont la quatrième de couverture précise qu'il s'adresse à des lecteurs de onze à cent onze ans, est plus qu'un roman pour adolescent. Il s'agit bien pour l'auteure, qui nous avait déjà régalé avec Mélodie en sous-sol, un livre peut-être moins ambitieux mais qui traitait aussi de problèmes entre enfants préadolescents et adultes, de montrer combien la vie est parfois difficile et que l'on se sent mieux en confiance entre personnes que tout apparemment n'aurait pas dû rapprocher. Chacun a ses problèmes, il suffit de trouver la bonne oreille pour que la vie devienne un peu moins dure.


Sophie BENASTRE : La bulle des secrets. Oskar Editeur. 88 pages. Parution le 27 juin 2014. 9,95€.

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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 12:10

Le vert : à moitié vide ou à moitié plein ?

 

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Le narrateur s’est fixé un but, une mission, un sacerdoce : traquer les faiseurs de guides qui dégradent le monde par leurs publicités, le dévoilement des secrets, l’envoi de nouveaux prédateurs...

Car divulguer la beauté des sites peu fréquentés et les proposer à tous engendre un afflux de touristes qui dégradent ces lieux et leur font perdre leurs charmes. Et c’est anti écologique selon le Tuard, dont le nom est le raccourci de Tueur de routard. Tout est pensé pour le plaisir des touristes et des guides sont payés pour découvrir les petits coins sympathiques, la nature sauvage afin de les offrir en pâture à des individus qui vont tout détériorer. Il est contre ces voyages organisés qui favorisent le déploiement de gaz carbonique, de vapeurs d’essence et le réchauffement climatique.

Et lorsqu’il tue un de ces guides à la recherche d’un nouveau terrain de chasse à proposer à ces prétendus amoureux de la nature, la vraie, il le fait dans les règles de l’art. Il maquille ses forfaits en accidents, et bien entendu les endroits réputés paisibles deviennent des lieux à éviter car dangereux.

Son nouveau terrain de chasse programmé se situe en Franche Comté et en Lorraine. Pour l’aider dans cette mission, Monty, jeune géant ancien sapeur des forces de l’ONU en Bosnie, dont le point de fixation est les éoliennes. Il fait Kourou, c’est-à-dire qu’il truffe d’explosifs les pieds des éoliennes afin que les engins dressés comme des fusées se prennent pour une fusée Ariane sur une base de Kourou délocalisée.

Tout ceci aurait pu durer longtemps si le grain de sable ne s’était pas glissé dans l’engrenage.

Dans cette nouvelle, Jacques Mondoloni s’amuse à mettre en avant les fausses valeurs de l’écologie, de cette mode qui veut que l’individu fasse un retour à la nature parce que c’est bien, parce que c’est tendance, parce que c’est sain, sans se rendre compte que souvent il va à l’encontre de la véritable écologie. En réalité, cela devient le nouveau poumon de l’économie, en douceur, insidieusement. D’ailleurs ne trouvons pas dans des endroits que l’on supposait vierge, là où la main de l’homme n’avait pas mis les pieds !, des emballages de sandwich, des bouteilles, des tubes de crème solaire, des déchets divers. Ce que l’on appelle peut-être le tourisme raisonné.

 

Le carton jaune est adressé à l’éditeur qui propose ce petit livre au prix de 12,95€. Un peu coûteux à mon avis, d’autant que d’autres petits éditeurs, ceci n’est pas péjoratif, offrent des livres pour le même prix ou presque avec un nombre de pages multiplié par trois ou quatre. Il me semble qu’un éditeur qui veut se faire une place au soleil et conquérir des lecteurs se doit d’être moins onéreux. Je ne suis pas un économiste, d’ailleurs ceux-ci établissent souvent des diagnostics souvent à l’encontre du bon sens, mais il vaut mieux vendre plus d’exemplaires à petit prix que moins et plus cher. Mais ceci n’est que mon avis.


Jacques MONDOLONI : Le guide du tuard (Halte au réchauffement climatique) Collection Osaka, éditions Oslo. Parution 4 septembre 2012. 56 pages. 12,95.

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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 07:04

 

J'ai même pas rien fait...

 

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C'est ce que pense le narrateur, même s'il sait fort bien qu'il s'est toujours arrangé pour que ses petites malversations ne lui soient pas imputées. Et dans ce tortillard qui s'arrête à toutes les gares, il n'est pas à l'aise.

Lexou Chignoque l'a traité de Judas, ce qui pourrait être un compliment si cela n'avait pas été prononcé avec haine. Judas, après tout, il avait réussi à se faire de l'argent, ce n'était qu'une bonne affaire et livrer Jésus aux Romains n'était pas si répréhensible que cela. Du moins c'est ce que se dit le narrateur coincé contre un voyageur qui s'est endormi sur son épaule, alors que celui qui est en face ne dit rien, se contentant de regarder. Un mouvement déplace sa veste et il voit l'arme qu'il porte sur lui.

Sur les quais des gares dans lesquelles le tortillard s'arrête pour déposer ou laisser monter les voyageurs, les gens se pressent. Au début ils n'étaient que trois dans le wagon, mais peu à peu celui-ci s'est empli. Des gens sournois à n'en pas douter. Enfin les deux dernières places ont été occupées par deux individus chapeautés. Ils ont l'air encore plus sournois. Et notre voyageur se méfie. Il est persuadé que Lexou Chignoque en le traitant de Judas lui a signifié sa mort prochaine.

Pourtant notre voyageur a toujours réussi à donner le change. La première fois, c'est son patron qui s'est fait choper. La comptabilité était si bien arrangée qu'il ne s'est aperçu de rien jusqu'au jour où il s'est retrouvé en petite culotte. Et puis il y a eu aussi celui qui s'est suicidé en se jetant d'un pont.

Le train avale la campagne mais notre voyageur reste sur ses gardes. Et toutes les supputations lui traversent l'esprit ainsi que ce fameux jour où les policiers ont arrêté ce malandrin de Lexou Chignoque avec son aide.

 

Bartelt-et-Honore---Sur-mes-gardes---Illustration.jpgAvec cet humour noir et caustique qui le caractérise, Franz Bartelt nous transporte dans son univers si particulier empreint de dérision. Il décrit les doutes, les affres, les inquiétudes d'un personnage qui ne se rend pas compte, ou ne veut pas s'en rendre compte, que ses agissements ont nui à des personnes qui ne lui avaient rien fait. Juste se trouver sur chemin, et il a donné un petit coup de pouce au destin pour les éliminer, pas forcément physiquement, et profiter de leur désarroi. S'enrichir à bon compte, c'est parfois si facile devant des êtres naïfs. Sauf que parfois, la naïveté affichée n'est qu'un leurre. Et il se demande ce qu'il a bien pu faire pour mériter d'être convoqué au commissariat et se retrouver dans le train. L'inconscience d'un homme qui s'offusque des calomnies qui sont prononcées à son encontre. Il ressent une forme d'injustice étant profondément égoïste.

Ce pourrait être la parabole des agissements de certains hommes politiques mais restons dans le domaine de la fiction.

Les illustrations d'Honoré rendent bien cette composition d'un personnage rigide dans sa suffisance. Fond noir très prononcé, les personnages sont également en noir et seul le blanc parvient à les définir, alors que souvent c'est le contraire qui prévaut. L'image ci-dessus est la plus éclairée de toutes, brute sans fioritures, comme l'âme ou la conscience du personnage.


Franz BARTELT & HONORE : Sur mes gardes. Petits Polars du Monde 2014 N° 9. Parution 24 Juillet 2014. 64 pages. 2,50€.

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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 09:40

Moi, vous me connaissez !

 

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Et vous mes fidèles lecteurs et aminches, mes gueux et mes gueuses (lambic) vous n'en croirez pas vos mirettes en matant ma prose, à ne pas confondre avec mon prose. Moi, le commissaire (vices compris) que toutes les gisquettes s'arrachent à cause de mes prouesses longuement commentées dans mes bouquins, ne voilà-t-il pas que je suis marida. La bagouze au doigt avec une poupée russe, un mariage franco-russe en guise d'entremets, avec l'opulente Natacha, genre poupée gonflable, mais très gonflée, avec des poignées d'amour un peu partout et même ailleurs qu'il vous faudrait au moins une semaine pour en faire le tour si c'était des spirales qui râlent. Surtout qu'elle est accompagnée d'un grand Chaperon Rouge, Anastasia, belle comme les pin-up qu'on trouve dans Lui et Plaibois mobile, mais en mieux vu qu'elle n'est pas en papier glacé.

Fnsp766.JPGC'est la délabrée mairie de Chaulx-lez-Maron (Yvelines) qui a ouvert ses portes pour que les zheureux zépoux se dégoisent un oui franc et massif comme aurait dit le Grand Charles, s'enfilent, la bague au doigt d'abord, pour le reste on attendra, puis convolent en justes noces comme écrirait un académicien qui n'est plus très vert. L'officier des tas civils n'est autre que mon brave Pinuche, qui trouve moyen d'étaler sur sa braguette une carte de France avec l'encrier, tandis que ma moitié, qui fait bien le double voire le triple de votre serviteur, s'extasie devant le manche (Déjà ?) du porte-plume en bois d'arbre, la partie renflée dans sa pogne mahousse comme celle d'un boxeur qu'aurait enfilé (lui aussi ?) trois paires de gants. Comme témoin, en plus, le Mastard se pose là et dégoise un discours sans papelard dont il a le secret. Je vous sens venir, mon blair comme dirait Tony est particulièrement réceptif, vous ne me croyez pas. Et vous avez raison, en partie car je suis là en service commandé par le Vieux mais faut que j'vous narre par le début du bout du commencement de quoi t-il s'agit.

Le professeur Poreux de la Coiffe est décédé d'un infarcactusmoujik4.jpg du biocarde, comme dirait Béru, lors d'un déplacement d'air chez les Ruskoffs. Il était parti rencontrer un confrère, le professeur Boris Bofstrogonoff dont les travaux de recherche étaient équivalents tout en étant similaires. Or il transportait avec lui les documents issus de son bulbe et évidemment bien sûr ils ont disparu. Il avait mis à jour la bactérie végétalo-foisonnante qui comme vous le savez permettrait de réduire le Sahara en un vaste champ (des sirènes) de blé, et ce n'était pas pour les picaillons qu'il s'était décarcassé comme Ducros en se masturbant les méninges. Brèfle, le Vieux a décidé qu'il fallait que je passe, sans trépasser, les frontières entre nos deux pays et que le meilleur moyen idoine passait par le mariage avec la fille de Bofstrogonoff, l'imposante Natacha.

D'où la cérémonie dont je vous ai causé ci-dessus, si vous ne vous rappelez-pas remontez au premier chapitre, qui est un petit arrangement sans que Natacha le susse, et que mes ennuis débutent. Direction l'auberge du Grand Cerf, dans le joli village normand de Comte-Harbourg, où que je doive passer la nuit avec ma femme. Seulement rien que de penser à la noye de noces, j'ai le mât de misère qui racorni dans mon slip Petit-Bateau, et mes joyeuses comme aurait le Duc copain avec Henri III qui sont plus ratatinées que des pruneaux d'à jeun. Alors je bigophone au Patron pendant que ma promise cuitée se débarbouille les ratiches et le reste. Et tandis que je remonte l'escadrin qui conduit, de cheminée, jusqu'à la chambre nuptiale qu'un mec m'apostrophe tel Bernard Pivot, et m'intime comme si j'étais à tue et à toi avec cézigue de le suivre dans sa tire américaine.

moujik2.jpgSamuel, c'est son blaze, me donne gratuitement ses directives et m'informe qu'à Moscou quelqu'un m'entreprendra en me citant un aphorisme de Nietzche, puis il décarre en me laissant pas le choix. Il faut que je retrouve ma gravosse dans le pieu conjugal et que je lui démontre que les Français, s'ils ne pensent qu'à ça le font aussi. Ouf, je suis soulagé car la (Bruni) belle s'est endormie sur le canapé. Je marche en loucedé, fait basculer un bonheur du jour en pleine nuit et que découvré-je sous le lit ? Je vous le demande Emile et une nuits ! Anastasia qui se propose de suppléer sa copine. Il ne faut pas me le demander à deux fois et un rein, et sous ma pogne experte, Anastasia s'extasie, s'anesthésie, me propose le 14 juillet et ses lampions, un véritable feu d'artifesses. Mais ceci n'est pas fini, car je ressors, sauve une poule qu'a du pot posée sur un rail d'un dur qui traverse la campagne à toute vibure, l'écrase sous moi, là elle n'a pas de pot la poule lorsque ma bagnole explose et que je m'étale dessus Ensuite, au petit matin, mâtin comme le temps passe, envol pour Moscou, Moscou, les plaines d´Ukraine, et les Champs-Élysées on a tout mélangé, même qu'on a droit à un détournement en plein vol et qu'on se retrouve en sortant des vapes dans un endroit bizarre que nos ravisseurs ravis nous présentent comme l'Alaska. Deux ronds de flan qu'on est Béru, Natacha, Anastasia, Bofstrogonoff qui nous tient compagnie et moi. Je vous dis pas la suite vous n'avez qu'à acheter mon bouquin et le lire. Après tout, je l'ai écrit, maintenant c'est à vous de faire le blot.

PCC : Oncle Paul

 

San-Antonio est réputé pour ses calembours, ses jeux de mots, moujik3.jpgses à-peu-près, son argot, ses néologismes, ses métaphores savoureuses, ses interpellations et sa connivence avec le lecteur, son humour caustique et ses humeurs ronchonnes, mais ce que l'on sait moins, c'est que parfois il s'amusai à écrire en empruntant au vocabulaire, au jargon de professionnels spécialisés, légistes et grammairiens par exemple et dont il truffait ses phrases. Pour l'exemple cet extrait :

Il n'a rien d'un crapoussin. Sa glabelle n'est pas villeuse, mais son vomer, couvert par un stéatome, lui donne l'aspect d'un miquelet. Bref, c'est le genre de type capable de lire couramment le boustrophédon et qui ne confondrait pas un apophtegme avec une antanaclase.

Je vous enjoins à vous munir d'un Petit Robert, j'aime bien les Petit Robert, ça tient bien dans les mains, et de rechercher ces mots qui peuvent vous sembler abstrus pour ne pas dire abscons. Pour l'exemple, crapoussin signifie une personne de petite taille, bedonnante et contrefaite. Une glabelle est un os frontal tandis que villeuse signifie une tumeur. A vous de jouer maintenant.

Dans l'annexe proposée en fin de volume, Raymond Milesi moujik.jpgindique les différentes parutions de la saga des San-Antonio, les premiers dans la collection Spécial Police, puis dans une collection qui fut dédiée au célèbre commissaire de ces dames. Mais cette collection dite S-A proposait les romans dans un ordre anarchique et heureusement en 2003 la nouvelle collection S-A restitue l'œuvre dans l'ordre chronologique de parution. Mais surtout Raymond Milési dissèque et classifie dans un guide thématique cette série, et ce roman est tout autant un roman policier qu'un roman d'espionnage car il s'agit bien de retrouver un document lié à la découverte d'une invention qui peut changer le monde. Les deux protagonistes principaux sont tout naturellement San-Antonio et Bérurier, Pinaud n'apparaissant qu'au début de l'intrigue dans un rôle de composition et Félicie, la mère du commissaire n'étant mise qu'en "vitrine".

Ce roman a été publié pour la première fois aux éditions Fleuve Noir, dans la collection Spécial Police N°766, en 1969. Puis il a connu de nombreuses réimpressions et rééditions. Mais il reste indémodable et on le lit avec autant de plaisir que lors de sa parution.

 

 

San-ANTONIO : En avant la moujik ! Editions Pocket, Collection San-Antonio N° 72. Parution le 26 juin 2014. 256 pages. 6,20€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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