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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 13:56

Et Freddy est Fannie ?

Marcus MALTE : Fannie et Freddy.

Après Les Harmoniques publié à la Série Noire en 2011,Marcus Malte s'était laissé gentiment oublié des lecteurs, publiant parcimonieusement quelques nouvelles ici où là. Mortes saisons aux éditions Le Bec en l'air ou Canisses chez In8 et cet été Les cow-boys dans la collection les Petits Polars du Monde. C'est peu ! Oserais-je même dire que ce n'est pas assez ? Peut-être a-t-il été perturbé, trop sollicité par les concerts littéraires Les Harmoniques et sa présence devenue indispensable dans de nombreux salons et festivals. Mesdames et messieurs les Organisateurs, s'il vous plait, laissez les écrivains s'adonner en paix à leur louable labeur : rédiger leurs œuvres, en toute sérénité, destinées à un lectorat impatient.

Alors découvrir un nouveau titre de Marcus Malte est toujours un plaisir même s'il est quelque peu gâché par le nombre restreint de pages, moi qui me plaint toujours que les romanciers en font trop ! Car ne vous y fiez pas, cet ouvrage qui comporte 160 pages recèle en son sein deux longues nouvelles, celle éponyme du recueil et la seconde, Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas, qui est la réédition de Plages des Sablettes, souvenirs d'épaves, titre publié en 2005 dans l'éphémère collection Noir Urbain, dirigée par Claude Mesplède aux éditions Autrement.

 

Fannie et Freddy : Fannie n'est pas une femme comme les autres. Si dans son service ses collègues l'ont surnommé Minerve, à cause de sa propension à tourner le buste en même temps que la tête; si elle a un œil de verre, un vrai pas une réplique en vulgaire plastique avec iris peint à la main; si malgré un léger embonpoint elle possède des seins à se faire damner un saint, aux aréoles en auréole; si elle vit seule à Bayonne, petite ville du New-Jersey près de New-York connue surtout pour être la ville de naissance du célèbre écrivain de Fantasy George R. R. Martin... ce n'est pas pour toutes ses raisons que Fannie n'est pas une femme comme les autres.

Elle a rendez-vous à New-York avec un jeune homme qui n'est même pas au courant de cette rencontre. De plus elle arrive avec une demi-heure d'avance dans le parking où doit avoir lieu la confrontation. Quand je vous dis que Fannie n'est pas une femme comme les autres ! Elle repère la voiture de l'homme qu'elle doit rencontrer, gare la sienne juste derrière afin de l'empêcher de sortir de son emplacement, sort le cric, fouille dans son sac à main, et attend. Des pas, un homme qui lui demande de se déplacer, le prétexte de sortir la roue de secours du coffre et vlan, c'est le coup de foudre. Enfin pas vraiment, mais une décharge électrique qu'il se ramasse sur la nuque, plongée du corps dans le coffre, et le voyage de noces peut commencer.

Autrefois à Bethléhem, les cheminées des aciéries crachaient le feu, mais depuis l'interdiction de fumer, la petite ville industrielle s'est recroquevillée. Et ce n'est pas la crise des subprimes qui va la réveiller. La crise des supprimes, cela plus adéquat.

Ce n'est pas pour rien si Fannie a sélectionné un jeune homme répondant au prénom de Freddy, car un esprit de revanche, de vengeance l'anime, et c'est peut-être aussi pour ça qu'elle n'est pas une femme comme les autres... J'écris ça, mais vous n'êtes pas obligé de me croire lorsque j'édicte cette dernière affirmation.

 

Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas, est pour Marcus Malte l'occasion de nous présenter La Seyne-sur-mer, sa ville de naissance, avant, quand les construction navales existaient encore. Le lieutenant Ingmar Perhsson, c'est quelqu'un. Il est policier et quand il le peut, il arpente les mille deux cents mètres de sable, pieds nus, jusqu'à ce bout de terre fin de parcours où s'agglomèrent varechs, infimes cailloux et coquillages. Là où il a vu Paul pour la dernière fois. C'était il y a vingt sept ans, mais il s'en souvient comme si c'était hier. Tous deux avaient quatorze ans et ils se connaissaient depuis tout jeunes. Ils n'étaient pas placés sur les mêmes barreaux de l'échelle sociale, mais peu importe le statut lorsque l'amitié prend le pas sur l'argent. Et puis il ya eu le drame, peut-être à cause de Tarzan, un vieux bonhomme estropié du travail. Une hélice qui lui était tombée sur une jambe, et depuis il s'envoyait en l'air dans les souvenirs d'une vieillesse abandonnée. Tarzan se faisait un peu d'argent en ramassant les bouteilles vides laissées sur la plage par les touristes et en encaissant la consigne. Tout comme Paul et Ingmar, mais ceux-ci avaient l'âge de la jeunesse pour eux, et leur récolte dépassaient souvent leurs espérances, laissant le menu fretin à Tarzan qui ne disait rien.

 

Marcus Malte aime les histoires intimistes, avec peu de personnages, et ce qu'il a à raconter s'inscrit dans le registre des drames personnels. Pour Ingmar Perhsson, dont les parents étaient Suédois, c'est la recherche du passé qui le motive, et qui l'a amené à devenir policier. Un drame qui a marqué son enfance et dont il n'a pas la clé, consciemment ou non. Quant à Fannie et Freddy, il s'agit d'un drame qui prend sa genèse dans les agissements néfastes des banques, qui ont touché largement les petits propriétaires immobiliers des Etats-Unis, lesquels ont cru au mirage bancaire en s'endettant.

 

Marcus MALTE : Fannie et Freddy. Suivi de Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas. Editions Zulma. Parution le 2 octobre 2014. 160 pages. 15,50€.

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 13:34

Entre avaler des couleuvres et avoir une langue de vipère, il faut savoir serpenter !

 

 

Patrick CAUJOLLE : Beau temps pour les couleuvres.

De nombreux auteurs de littérature policière ont débuté en écrivant de la poésie. Ce n'est pas un crime, demandez à Marc Villard ou Adam Saint-Moore par exemple. Cela leur a permis de peaufiner un style qui souvent imprègne leurs romans. Patrick Caujolle a donc emprunté cette voie, récoltant au passage quelques prix honorifiques. Mais la poésie est un art confidentiel et rares ceux qui actuellement se font un nom dans ce domaine pourtant exigeant. Et ce sens du rythme, de la description, du regard porté sur la nature ou les êtres humains s'en ressent, apportant une note plus souple dans la narration.

 

Alors qu'il se promet un week-end tranquille à pêcher la truite dans l'étang de Hers avec son copain Pierrot, le capitaine Gérard Escaude, attaché au commissariat de l'Ouest, quartier Saint-Cyprien à Toulouse, est arraché à ses idées vagabondes et halieutiques par le téléphone. Il n'avait plus que vingt minutes à tirer pour s'échapper du bureau, les plus longues, mais la substitut du procureur annihile ses volontés d'aller taquiner la truite pour lui proposer d'aller fouiner en eaux troubles.

Un homicide vient d'être signalé dans une rue calme, un homme qui aurait poignardé sa légitime épouse d'environ une trentaine de coups de couteau. La défunte n'a plus besoin de soins, sauf des analyses de la police scientifique et de l'autopsie réglementaire, tandis que son mari, Marcel Duval, retraité de la SNCF, découvert prostré, on le serait à moins, a été transféré dans un service médico-judiciaire. Le lendemain, affolement général, Duval a disparu. Il s'est simplement enfui de l'hosto mais est rapidement retrouvé.

Interrogé par Escaude et un inspecteur stagiaire, Victor, qui découvre la boutique, Marcel Duval ne nie pas les faits. D'abord il a été retrouvé sur les lieux du drame, un couteau ensanglanté près de lui. Marcel se déshabille, c'est une image, et raconte sa petite vie maritale. Lui contrôleur, elle secrétaire médicale, n'ayant plus grand chose en commun que l'art, la passion de la littérature pour elle, la peinture pour lui. Et puis les années passent et il s'est trouvé une maîtresse. C'est bon pour l'hygiène. Seulement un SMS malheureux lu par son épouse, le drame et puis voilà...

Pour Escaude, le genre d'enquête banale, rapidement bouclée, sauf que... D'après le légiste, si l'épouse de Marcel Duval n'aurait pu survivre à ses blessures, elle serait décédée de toute façon à cause des médicaments ingurgités, du Phénobarbital, en masse. Un médicament qui n'est plus délivré dans les pharmacies depuis des décennies. De plus, si les empreintes de Marcel Duval figurent en bonne place, une autre se révèle aux yeux exercés de la police scientifique, jetant un doute dans l'esprit des enquêteurs. Et lorsque Escaude et Victor se rendent chez la belle Marie-Jo Vigouroux, la jeune maîtresse présumée de Duval, elle en fait tout un pastis. D'accord, ils se connaissent, mais rien de plus que quelques papotages concernant la vie de famille, ou ce qu'il en restait, et la peinture.

Autre point qu'il convient d'éclaircir, c'est le rôle du fils Duval, Théo, qui est actuellement à Paris interné pour des problèmes de schizophrénie.

Tout comme les truites qui gobent les mouches artificielles utilisées par Escaude lors de ses parties de pêche, le capitaine devra avaler de nombreuses couleuvres durant son enquête, mais ce ne sont pas les premières qu'il déguste. Ses parcours, autant familial que professionnel, ont été chaotiques. Il aime son métier de flic mais n'apprécie pas sa hiérarchie. Ecoute, je vais pas me mettre un grelot autour du cou pour faire plaisir à des Le Nimir (son patron) de bas-quartier qui sont cons comme la lune. Et encore, avec la lune, il y a des éclipses. Lui et quelques autres seront toujours des exécuteurs des basses œuvres mais jamais des flics.

Tout comme la poésie sert d'auto psychanalyse, le roman lui aussi permet à des écrivains de pouvoir évacuer ce qui les perturbent dans leur travail. Ainsi Patrick Caujolle, qui a passé quinze ans à la Crim' du SRPJ de Toulouse, se sert de l'écriture d'un roman pour évacuer tout ce qui le mécontente, ce qu'il n'apprécie pas dans sa profession, ce qui le met en rogne et il s'en explique à plusieurs reprises via Escaude s'adressant à son stagiaire qui est encore tout feu, tout flamme. La politique du chiffre, les carriéristes, mais également les avocats, bref une analyse du mal-être par procuration. Et c'est ce que l'on peut reprocher à ce roman, les digressions qui ralentissent le rythme de l'enquête et de la lecture.

Le roman policier tend à servir d'exutoire à une corporation mal dans sa peau, et l'écriture à indiquer les rancœurs, l'incompréhension ressentis par les membres d'une corporation coincée entre politiques et public, le besoin d'empathie qui en découle, mais pas sûr que le lecteur adhère à ce déballage d'états d'âme.

Je terminerai par ce qui a échappé peut-être à bon nombre de lecteurs, à tout le moins à son éditeur. Ainsi la victime se prénomme Gisèle page 31 et Josette page 204. Comme le fait remarquer Escaude lors de la première prise de contact avec Marcel Duval, Ah, je vois que vous n'avez pas oublié son prénom, c'est la première fois que vous le citez. Mais le transcripteur, lui, a dû s'emmêler les pinceaux dans les touches de son clavier. Ce n'est pas grave en soi, mais cela pourrait sûrement avoir des conséquences lors d'un procès, un avocat futé pouvant demander le report pour vice de forme ou de procédure dans un dossier.

Parick Caujolle est également l'auteur de quelques ouvrages documentaires dont vous pouvez retrouver l'analyse sur ce blog. Il s'agit de Ennemis publics N°1 et Les casses du siècle.

 

Vous pouvez vous rendre sur le site de Pierre Faverolle : BlackNovel1  ainsi que sur celui de Claude Le Nocher, Action Suspense qui a décerné un coup de coeur à ce roman. 

 

Patrick CAUJOLLE : Beau temps pour les couleuvres. Editions du Caïman. Parution le 5 septembre 2014. 224 pages. 12,00€.

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 09:41

La Veuve noire a régné ?

Michel QUINT : Veuve noire.

En cet après-midi du 11 novembre 1918, tandis que les rues de la capitale bruissent au son d'une victoire douloureusement acquise, une jeune femme s'habille, rangeant son corset au placard, enfilant juste sur son torse une camisole et des dentelles sous sa veste de tailleur. La liberté de l'esprit passe peut-être d'abord par celui du corps.

Léonie Rivière, jeune veuve de guerre d'à peine trente ans, son mari Antoine a été porté disparu dans les tranches du chemin des Dames en 1917, est journaliste pigiste à Paris. Elle rédige des articles sur les arts, les spectacles et la littérature, pour L'Excelsior ou L'Illustration sous le nom d'emprunt de Lys de Pessac. Son appartement de la rue de Rennes, dont elle a hérité, est quasiment vide. Il lui a fallu vendre une grande partie de ses meubles, l'argenterie, la vaisselle, pour éponger les dettes de son mari qui avait acheté de l'emprunt russe, pour l'entretien de l'appartement, et vivoter. Il lui reste toutefois quelques bouteilles de Pessac-Léognan, vin dont son mari était amateur, d'où son pseudonyme. Ses anciens amis lui tournent le dos, mais elle s'en est fait d'autres. Car entre Saint Germain et Montparnasse, qu'elle parcourt avec son maroquin sous le bras, contenant carnet, crayon et canif pour affûter son outils de travail, les peintres, les sculpteurs, les poètes et écrivains en devenir ne manquent pas.

A Odéon, elle entre dans un bar et tandis qu'elle tente de ravaler ses larmes, survenues comme ça d'un coup, peut-être à cause des conversations entendues au bar, un homme s'installe à sa table. Il se présente, Edgar Prouville, et offre à Léonie un cognac afin de la réconforter. Même si elles sont nombreuses dans son cas, veuve de guerre incite au respect. Et le joli cœur, il est vrai qu'il est fort avenant, débite quelques fadaises de carte postale avant de réprimer une grimace. Une blessure à l'aine, provoquée par un poignard-clou comme celui qu'il montre à sa voisine, le sien terminé par une tête de serpent, se réveille. Les confidences s'échangent, pas encore sur l'oreiller mais cela ne tardera pas, il travaillait comme chef de rang au Bal Bullier, avant son incorporation mais il a décidé de changer de tout au tout de travail et devenir marchand d'art, il possède déjà de sérieux contacts.

Le lendemain, mardi 12, Léonie assiste à la représentation générale de Phi-Phi de Christiné aux Bouffes-Parisiens. Edgar qui était au courant de cette sortie se présente à elle et ils s'installent au deuxième balcon, le meilleur endroit pour tout voir, la scène et ceux qui vont applaudir ou siffler cette comédie leste dont les comédiennes ne sont pas avares de leurs charmes, les représentants du monde des arts et de la littérature, et à la fin du spectacles deux clans se dressent, les invectives fusent, des bousculades se produisent, un photographe essaie de protéger son appareil. Edgar a disparu, Léonie le retrouve à la sortie, il est blessé, un inconnu lui a donné un coup de couteau semblable au sien. Elle l'emmène chez elle, le panse, elle est émue et comme il n'est pas égoïste, il lui prouve sa reconnaissance jusque dans son lit.

Le mercredi 13, ont lieu les obsèques de Guillaume Apollinaire, au Père-Lachaise, Léonie repère le photographe entrevu la veille au théâtre. Il se nomme Norbert Rameau et travaille à l'Excelsior mais également pour tout journal qui accepterait de prendre ses clichés. Edgar suggère à Léonie d'entreposer chez elle des tableaux, de rapins en devenir, oh les toiles ne valent pas grand chose, enfin pas encore, mais en les revendant au compte-goutte, cela ferait monter leur côte et elle toucherait un pourcentage sur les transactions. Aussitôt dit, aussitôt fait, les peintures sont déposées, Léonie en devient la gardienne, seulement Edgar disparait. Il ne donne plus signe de vie. Elle s'associe à Norbert, suggérant à leur patron des thèmes de reportages, celui sur les agences matrimoniales par exemple, qui prospèrent avec le désarroi des veuves de guerre qui aimeraient pouvoir refaire leur vie. Première étape Les Belles Alliances dont la patronne accepte de leur montrer son catalogue. Des photos d'hommes proposés à la clientèle féminine, des dames mûres qui peuvent rencontrer dans un cabinet celui qu'elle ont choisi sur papier noir et blanc, et si l'un des prétendants est indisponible, un substitut est désigné. Tout ce passe bien, jusqu'à ce qu'à la dernière page, Léonie interloquée voit son Edgar offert à la gent féminine. Ah non, ce n'est pas Edgar, la directrice des Belles Alliances est formelle, il s'appelle Arthur Séverin. Il figure également sur le catalogue d'autres agences, elles fleurissent en ces temps de crise, et Léonie est estomaquée. Norbert lui est soufflé, essoufflé, il a été gazé à Ypres et en garde des séquelles.

Commence alors une série d'enquêtes menées par Léonie et Norbert. Il faut absolument retrouver Edgar/Arthur, peut-être est-il mort, et que faire des tableaux qu'elle détient, il s'agit sans aucun doute d'un trafic, voir avec le commissaire Meissonnier, assisté de l'inspecteur Bonny, échanger avec lui des informations, continuer de rédiger des articles pour son journal, rechercher parmi les peintres ceux qui sont les auteurs des toiles, et soulever un voile qui s'étend sur le Chemin des Dames, un drame qui s'est déroulé en 1917 avec trois soldats et un lieutenant comme protagonistes, et si Antoine son mari n'était pas mort. Et cette toile, intitulée La femme à l'écharpe rouge est-elle vraiment de Modigliani, dit Modi tout simplement, la seule rescapée d'un incendie.

 

Léonie Rivière devient la Figure emblématique de l'émancipation de la femme, déclarant : Je veux être journaliste et maîtresse de ma vie, de mon corps et de mes idées... C'est fini la république des types ! Et le lecteur la suit dans sa quête, faisant au passage connaissance avec Gertrude Stein, André Breton, Jean Cocteau et son ami du moment Raymond Radiguet, Soutine, Jeanne Hébuterne et surtout Modigliani, et bien d'autres, mais également Clémenceau, qui échappe à un attentat sous l'œil de l'appareil photographique de Rameau et suit en filigrane une enquête sur des disparitions inexpliquées de femmes qui les mènent, Léonie et Norbert, à Gambais.

Michel QUINT : Veuve noire.

Michel Quint nous convie à la mixité d'événements et de personnages réels et fictifs, en intercalant dans son intrigues l'atmosphère qui régnait alors dans la capitale. La grippe espagnole et ses ravages, le désarroi des militaires, les tickets de ravitaillement, et l'espoir que cette guerre sera la dernière, la popularité de Clemenceau incarnant la droite face à Blum qui rêve d'un socialisme combattant le capitalisme naissant. Un contexte social entaché par la Conférence de la Paix à laquelle participe le président des Etats-Unis, Wilson, chacun des contributeurs ayant une opinion tranchée sur l'après-guerre et les dommages-intérêts à infliger à l'Allemagne, certains pensant déjà qu'il ne faut pas humilier le pays vaincu au risque de le voir un jour vouloir se rebeller.

 

Des phrases écrites comme s'il s'agissait de valses entrainantes et le lecteur se plonge dans un tourbillon de mots auxquels il ne peut échapper, lisant avec une sorte de frénésie, tournant les pages avec avidité.

 

Vous pouvez également retrouver quelques notices concernant des romans de Michel Quint en cliquant sur le ou les titres : Bella ciao; Cake Walk; Les Joyeuses; Les amants de Francfort.

 

Michel QUINT : Veuve noire. Editions Archipoche N°324 (réédition de l'Archipel, collection Cœur Noir; octobre 2013). Parution le 1er octobre 2014. 288 pages. 7,65€.

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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 12:21

Dans la vie de tout un chacun, ce ne sont pas les heures de travail qui comptent - ce sont celles que l'on peut consacrer à ses loisirs.

Agatha CHRISTIE : Hercule Poirot. Nouvelles complètes.

Le professeur Burton s'exprime ainsi à l'encontre d'Hercule Poirot qui songe à prendre sa retraite. Il enfonce le clou en comparant le loisir de jardiner son lopin de terre et la lecture. Pour lui, pas de doute (et pour le lecteur non plus d'ailleurs), la lecture est un loisir hautement recommandable. Par la lecture, vous remontez le temps...

Et c'est bien à cette aimable occupation que je vous convie en lisant, ou relisant, les quelques cinquante quatre nouvelles - en réalité cinquante deux - qui composent ce recueil. Cinquante deux plus le prologue au recueil des Travaux d'Hercule, dont sont extraites les deux citations ci-dessus, et deux versions de La Capture de Cerbère. La première version étant incluse dans le recueil Les travaux d'Hercule, le seconde figurant dans Les Carnets secrets d'Agatha Christie de John Curran, ouvrage indispensable à tous les amateurs d'Agatha Christie.

Le plaisir de retrouver tout Hercule Poirot, enfin toutes les nouvelles dans lesquelles il est amené à prouver son talent d'enquêteur, aussi bien dans la résolution des crimes de sang pourtant consciencieusement élaborés comme dans L'affaire du bal de la Victoire, que dans les vols de bijoux, Vol de bijoux à l'Hôtel Métropole par exemple, tout ceci grâce à une technique infaillible : la méthode. Et c'est bien ce qu'il reproche aux policiers, une lamentable absence de méthode. Mais la méthode ne serait rien sans la gestion de ses petites cellules grises, même si parfois il vient à déplorer n'avoir su faire fonctionner mes petites cellules grises ! Ce qui ne l'empêche pas de se montrer quelque peu suffisant : Moi qui ai, incontestablement, l'esprit le plus brillant d'Europe je pouvais me permettre d'être magnanime tout en recommandant à Hastings de le recadrer Lorsque [je] deviens trop vaniteux. Car au moins une fois dans sa vie d'inspecteur dans la police belge il a connu l'échec. Une histoire narrée dans La boîte de chocolats.

Des histoires qui peuvent paraître simplettes, au premier abord, surtout lorsque le lecteur arrive à la conclusion et que tout est éclairé. Mais si on réfléchit bien, Dame Agatha construisait des énigmes plus complexes qu'il y paraissait, et devait posséder au moins autant de petites cellules grises que le plus Anglais des Belges, sinon plus. Des petits bijoux de précision, d'ingéniosité, de malice et d'humour dont on ne se lasse pas. Y'a un truc comme disait Gérard Majax, le magicien prestidigitateur, mais encore faut-il l'imaginer et le mettre en scène sans que les spectateurs, et en l'occurrence les lecteurs, s'en aperçoivent. Agatha Christie excellait dans ses tours de passe-passe littéraire et l'enchantement opère toujours.

Petite précision à l'intention de ceux qui ne lisent guère : cette anthologie est composée de cinquante deux nouvelles, et à raison d'une nouvelle par semaine, théoriquement il vous durera un an. Mais vous arriverez rondement au bout du volume, car vous serez rapidement happé par ces historiettes et ne pourrez lâcher cet ouvrage.

Je regrette juste, et c'est dommage de terminer ce billet sur une note quelque peu négative, le manque d'appareil critique. Certes en fin de volume les nouvelles sont répertoriées avec leur appartenance à tel ou tel recueil paru précédemment, Le Bal de la Victoire, Les enquêtes d'Hercule Poirot, Christmas Pudding, Les travaux d'Hercule ou encore Marple, Poirot, Pyne... et les autres, Le miroir du mort, mais une petite présentation eut été la bienvenue.

 

Agatha CHRISTIE : Hercule Poirot. Nouvelles complètes. Editions Le Masque. Parution le 10 septembre 2014. 1102 pages. 24,90€.

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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 07:32

Un message effet mer !

Michel BUSSI : Gravé dans le sable.

Ce roman a paru pour la première fois en mars 2007 aux Editions des Falaises /PTC mars sous le titre de Omaha crimes. Depuis Michel Bussi a creusé son sillon dans le terreau fertile de la littérature policière, lui insufflant un ton nouveau et il s'est affirmé avec Nymphéas noirs et autres romans aux Presses de la Cité. Mais Gravé dans le sable ou Omaha Crimes reste le premier roman de l'auteur que j'ai eu le plaisir de lire, de chroniquer, d'en détecter aussi quelques maladresses. Je sentais que ce roman comportait alors de grands espoirs, regrettant même que celui-ci fut édité par un petit éditeur de province (Ce qui n'est pas intrinsèquement péjoratif) et dont la diffusion ne pouvait dépasser que difficilement les frontières du département. Après un autre roman qui mériterait lui aussi de retrouver un second souffle, une seconde jeunesse, Sang famille, Michel Bussi est enfin entré dans la cour des grands.

Michel Bussi explique la genèse de ce roman dans son avant-propos intitulé : Ce roman est né d'une illusion. Mais Michel Bussi à travers tous ses romans joue sur les illusions, une marque de fabrique qu'il impose et dont le lecteur ressort ébahi, heureux et content. Sauf les grincheux, évidemment, mais heureusement que ceux-ci existent, car ces détracteurs donnent par leurs déclarations encore plus de poids aux histoires qu'ils n'ont pas comprises et plus d'envie aux lecteurs intrigués. Si dans ma première chronique je regrettais quelques erreurs, géographiques notamment, je comprends mieux maintenant pourquoi Michel Bussi s'était fourvoyé grâce à ses explications. C'est aussi pourquoi il était normal que l'auteur retravaille son texte puisqu'il s'agit ici d'une version revue et corrigée. Et à ceux qui se demandent pourquoi les auteurs lors de rééditions remanient leurs textes, c'est tout simplement parce qu'ils appliquent cette maxime de Boileau pleine de bon sens : Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ! et pour être plus précis :

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,

Polissez-le sans cesse, et le repolissez,

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

 

Mais peut-être est-il bon de s'intéresser à ce roman !

 

6 Juin 1944. 178 rangers, commandés par le lieutenant Dean, se lancent à l’assaut de la pointe Guillaume. Mais avant d’accéder à cette falaise, il leur faut pratiquer une brèche dans un mur construit sur la plage par les Allemands. Trois jours auparavant, un tirage au sort a été effectué, des numéros inscrits sur des bouts de papier, et celui qui se saisira du numéro un partira en premier, et ainsi de suite. La mort quasiment assurée pour les premiers soldats qui s’élanceront avec en prime une caisse d’explosifs à déposer au pied du mur.

Si Oscar Arlington a tiré le numéro 4, d’autres ont été plus chanceux, alors qu’il pensait bien échapper au mauvais sort. Tout ça à cause de sa mère, sénatrice, qui voulait absolument que son garçon participe à la guerre ! Ne serait-ce qu’en mémoire de son mari qui est mort des suites de la précédente. De nombreux rangers restent sur le terrain, en ce 6 juin. Alan Woe, lui, est rescapé et soigné par Lison, une jeune fille de la région.

Un mois plus tard, Alice Queen, en provenance des Etats-Unis, vient effectuer une sorte de pèlerinage, à la recherche de son amour disparu lors des combats du débarquement. Mais Lucky, le mal nommé en la circonstance, n’est plus. Au dernier moment, alors qu’elle reprend le car, Alan Woe l’aperçoit. Il pense la reconnaître mais c’est trop tard : la jeune femme est repartie, décidée à refaire sa vie ailleurs, en Australie. Vingt ans plus tard, Alan Woe quitte Lison et ce bout de terre qui est désormais sa patrie.

De temps à autre il recevait du courrier des Etats-Unis, mais jamais il n’a voulu se confier. Cela fait près de six mois qu’Alan a déserté le foyer normand lorsqu’Alice revient et se lie d’amitié avec Lison. Un groupe de vétérans venus pour commémorer le vingtième anniversaire du Débarquement, et s’ils ne reconnaissent pas immédiatement Alice, son nom leur rappelle des souvenirs. Notamment celui de Larry et de l’étrange marché passé avec Oscar Arlington. Oscar avait tiré le numéro 4, Larry le 148 et les deux hommes avaient inversé leur sortie de la péniche. Contre une forte somme d’argent. Argent qui n’aurait jamais été versé. Alice décide alors de renter aux USA et de retrouver Oscar et récupérer son dû. Pour cela elle requiert les services d’un détective privé. Mais les chausse-trappes s’accumulent et les morts aussi.

Michel BUSSI : Gravé dans le sable.

Michel Bussi nous entraîne en de multiples allers et retours de ce coin de Normandie, entre Isigny sur mer et Colleville, là où a été édifié le célèbre cimetière américain d’Omaha Beach, aux Etats-Unis, dans de petites villes dans une sorte de road-story, de 1945 à 1975 pour le principal de roman. Si au début j’ai pensé, malgré moi, à une nouvelle version de La Lune d’Omaha de Jean Amila, bien vite j’ai été rassuré, car en prenant pour base à peu près le même thème Michel Bussi a su le renouveler et l’exploiter différemment en l'enveloppant de suspense. Avec une tension qui ne cesse de croître, jouant avec les sentiments, ou ressentiments des personnages.

 

J'ai cru en Michel Bussi lorsque j'ai lu son premier roman, et je ressens quelque fierté, dû mon égo s'enfler telle la grenouille, en constatant que je ne m'étais pas trompé, lui prédisant un grand avenir, car depuis non seulement il a confirmé mais il s'est imposé comme le maître du roman en trompe l'œil !

 

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 07:56

Et regardez-moi bien face... !

François DARNAUDET et Pascal METGE : Le regard qui tue.

Drôle de journée, disons plutôt journée singulière et éprouvante pour Argus Bréhier, orthoptiste de son état. Son oncle, verbicruciste de renom, décède accidentellement dans une station de métro, un de ses patients recommence à avoir des troubles de la vision et c'est louche, des agents du S.T.P. (Service de Protection du Territoire) le sollicitent tandis qu’une nouvelle patiente, une certaine madame Tricastin, requiert ses services.

Argus suit donc un nommé Le Vigan qui l'attend devant chez lui, il est bien obligé, et alors qu'il pense se rendre à une destination inconnue, il est convié à monter l'escalier et entrer dans un appartement qui se trouve juste au dessus du sien. Il est reçu par trois individus, dont un borgne, un hypermétrope et le troisième, qui se présente comme le directeur adjoint du STP, s'injecte une sorte de collyre bleu dans les yeux. Argus n'en croit pas ses yeux, et ses oreilles, lorsqu'il apprend que son oncle émargeait à cette agence d'un genre particulier et qu'ils enquêtent sur sa mort.

Ils remettent à Argus une photo retrouvée dans l'attaché-case du défunt. Le cliché représente une scène de rue, prise dans une ville anonyme, avec en premier plan une jeune femme portant des lunettes noires s'apprêtant à traverser la rue. Au dos de l'épreuve quelques mots inscrit avec un marqueur : le regard qui tue. A quoi peut bien correspondre ce petit texte, Argus n'en sait rien, mais les quatre hommes partis en laissant leur numéro de téléphone, il congédie sa secrétaire, Iris, et songe à la patiente qui l'attend dans son cabinet. Et là, surprise, vision de sa part, la jeune femme n'est autre que la réplique en chair et en os de celle de la photo. Aussitôt il s'affole, veut téléphoner aux quatre individus mais il tombe sur une messagerie.

De toute façon elle est venue pour une auscultation, donc il procède ce pour quoi il est rémunéré, car il ne travaille pas à l'œil. Claire, c'est son prénom, possède des yeux vairons, un incident de parcours génétique, mais surtout elle travaille dans un laboratoire de recherche, et plus précisément sur les rayons lasers. Ces yeux il les trouve si beaux qu'il invite Claire à dîner et par la même occasion (non, je n'ai pas écrit que Claire était une occasion !) lui apprend que son oncle est décédé. Claire est émue car connaissait le tonton de vue. Bref au bout d'une conversation les yeux dans les yeux et la fourchette dans les mains, Claire l'invite chez à venir avec elle chez une certaine sœur Cécile. Ce n'est pas qu'il aurait dû y regarder à deux fois, mais comme il n'a pas le don de double vue, il sera surpris en rencontrant cette personne qui habite un domaine nommé le Cloître.

 

Dois-je préciser que sous des dehors vaguement scientifiques à connotation anticipative ce roman est hautement jouissif et que vos paupières ne se fermeront pas avant le mot fin. Et d'ailleurs vous ne resterez pas sur votre faim non plus car ce texte humoristique vous fera passer un excellent moment, pour peu que vous appréciez la cocasserie, la fantaisie, le burlesque parfois. Je soupçonne fort les auteurs de s'être amusés comme des petits fous lors de l'écriture de cette histoire, tout en ne perdant pas de vue ce bon vieux principe : un livre pour être apprécié ne doit pas être ennuyeux, pontifiant. Le regard qui tue en est tout le contraire et ne peut que contenter le lecteur désireux de passer un bon moment et même parfois d'avoir la larme à l'œil lors des moments de franche rigolades surtout dans les scènes supposées dramatiques.

 

Cet ouvrage comporte en outre une nouvelle titrée Quoi que vous voulez ?, d'une autobiographie fantastique de François Darnaudet, ainsi qu'une nouvelle signée Pascal Metge : La Patateuse.

François DARNAUDET et Pascal METGE : Le regard qui tue. Collection Blanche N°2008. Editions Rivière Blanche. 160 pages. 15,00€.

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 08:56

Les fauves ne sont pas tous en cage !

Emmanuel VARLE : Le cirque s'invite au 36.

Un romancier devrait agir comme un jardinier : ne pas hésiter à supprimer des rejets afin que la plante soit plus belle, enlevez les stolons du fraisier pour que celui-ci ne s'étiole pas... Et pour cela il ne doit pas hésiter à supprimer les digressions, les radicelles n'ayant rien à voir avec l'intrigue, les phrases en trop, afin de privilégier l'essentiel au détriment de l'accessoire. Ces morceaux superflus qu'il jugeait intéressants et bien écrits, il pourra les réutiliser plus tard, dans un autre roman et ce à bon escient. D'ailleurs l'auteur s'en rend peut-être compte car il prête cette pensée à Enzo : Il avait hâte de connaître ce que la vieille avait à lui dire car il détestait, depuis sa prime jeunesse, que son interlocuteur tourne trop longtemps autour du pot.

Vieux truand sur le retour, René Bozzoni, plus communément appelé Jo, est toujours sur le qui-vive. Et lorsque l'on sonne à sa porte vers 21h00, une heure indue pour une visite non programmée, il se pose des questions, prend ses précautions et muni d'une arme à feu, il ouvre la porte vigoureusement, mais personne ne se tient sur le palier. Il regarde par sa fenêtre donnant sur la rue, mais le désert règne. Le lendemain il trouve devant sa porte un programme de cirque, un vieux fascicule sur lequel il apparait, silhouette entourée de rouge, prêt à intervenir en cas de besoin aux abords de la cage aux lions. C'était il y a quarante deux ans, et ce n'est pas son incartade de l'époque qui lui vaut ce retour dans le passé. A moins que le vol et la vente d'un bébé tigre à une autre famille de circassiens soit restés en travers de la gorge d'un des ses anciens patrons. Depuis Jo est perturbé, inquiet, oubliant souvent de sortir son chien. Et un soir quelqu'un l'aborde et lui tire dessus. Les policiers arrivent rapidement de même que les hommes de la Scientifique afin de relever les premiers indices. Mais ils ne se rendent pas compte qu'un gamin ramasse à terre la figurine d'un lion. Et pendant ce temps là, son chien se morfond chez lui.

Un père et son fils, partis pêcher dans un lac situé dans un bois limitrophe de la ceinture parisienne aperçoivent une forme blanchâtre qui flotte sur l'étang et il ne s'agit pas d'un poisson. D'ailleurs il n'y en a plus guère dans ces eaux polluées. Le lieutenant Enzo et ses adjoints, Stéphane et Corentin, constatent immédiatement les dégâts des eaux et les deux pêcheurs sont invités à passer au 36 Quai des Orfèvres pour effectuer leur déposition. Le gamin qui a récupéré une figurine de lion omet de signaler sa découverte. Le cadavre porte sur le bras le tatouage d'un tigre.

Le commandant Boussinet qui dirige le groupe 4, composé d'Enzo et ses collègues, hérite de l'affaire. Il est tarabusté par le commissaire Mingus (lequel ne se prénomme pas Charlie) qui exige des résultats rapides. Le noyé était un ancien petit voyou, et un lien se profile rapidement entre Jo et le dénommé André Récamier : tous deux ont travaillé plus ou moins longtemps dans un cirque. Mais de nombreuses années se sont écoulées depuis.

Alors qu'ils pataugent dans leur enquête ils apprennent à la faveur de la lecture d'un entrefilet journalistique qu'un patron de cirque vient d'être abattu en Normandie. Aussitôt ils récupèrent l'enquête et il ne leur reste plus qu'à lier le tout pour découvrir les coupables qui selon toutes probabilités ne seraient qu'un, l'arme ayant servi à ces trois meurtres étant la même.

Les enquêtes dites de proximité permettent de cibler quelques suspects potentiels. Un forain notamment qui magouille, des à-côtés qui lui permettent de nourrir ses animaux. Un individu qui bizarrement a habité près de chez Jo puis de Récamier. Un autre qui touche de près à Enzo puisqu'ils se sont fréquentés (c'est un bien grand mot) sur les bancs de l'école et qui est devenu libraire. Ils s'étaient perdus de vue, ce qui n'affligeait pas particulièrement Enzo, et c'est grâce à un réseau supposé social que le dit condisciple l'a contacté. Enfin un quatrième personnage, théoriquement repérable avec ses dreadlocks mais qui a disparu de la circulation depuis quelques temps et qui refuse de donner de ses nouvelles. Un point commun relie les deux derniers quidams puisqu'ils officient dans des associations de défense des animaux.

L'enquête traîne en longueur au grand dam de Mingus et des renforts sont mis à disposition de Boussinet and Co. Et c'est au bout de plus de six mois que tout se dénouera grâce à un coup de pouce du destin.

Emmanuel VARLE : Le cirque s'invite au 36.

L'univers du cirque n'a guère servi comme thème dans un roman policier, et pour l'auteur c'est un moyen de montrer la vie des animaux en cage. Mais également les débordements de certaines associations en faveur de la faune. Certes des pratiques inavouables ont eu et sont peut-être encore mis en œuvre pour "dresser" ces petites bestioles qui n'ont rien demandé et surtout pas à travailler sans bénéficier de la Sécurité Sociale. Mais dans le même sens, il ne faut pas non plus exagérer. Où alors, s'il faut absolument prendre la défense des animaux, il ne faut pas oublier que d'autres secteurs traumatisent les animaux : les personnes par exemple qui ont un chien mais l'attachent à longueur de journée à un bout de corde de deux mètres d'envergure et encore heureux quand le canidé peut se réfugier dans une niche lors des intempéries. Sans parler des agriculteurs qui tapaient sur leurs ânes, chevaux ou bœufs pour les faire avancer. Divagations aussi venant de la part de ceux qui déplorent et manifestent contre le dressage de chiens d'aveugles.

Emmanuel Varle, s'il met en avant les pratiques de dressage parfois désastreuses dans certains cirques, ne condamne pas systématiquement et fait la part des choses. Il se contente de décrire certaines situations. De même qu'il ne s'attarde pas trop sur les penchants homosexuels de Stéphane, préférant mettre en avant Boussinet et ses envies de sorties dans des boîtes de nuit spécialisées dans l'échangisme, invitant Enzo, lequel n'est pas trop enclin pour participer à ses marivaudages. Enzo est plus occupé à remonter le passé de son grand-père qu'il n'a pas connu et dont il découvre avec stupeur et intérêt son appartenance au monde du cirque et son passé de dresseur aux côtés du célèbre Alfred Court.

Emmanuel Varle, lui-même commandant de la Police Nationale, pratique le corporatisme, peut-être façon inconsciente, griffant au passage ses collègues de la Gendarmerie Nationale : Elle [la Gendarmerie] a été dessaisie très rapidement et c'est tant mieux pour nous, vu la façon dont bossent généralement les cruchots, au profit du SRPJ de Rouen. Et ce terme de cruchot revient par deux fois, constatant avec amertume que les gendarmes bénéficient d'avantages en nature et de promotions plus rapides que les policiers. Mais ceci est un débat qui ne nous concerne pas !

 

Emmanuel VARLE : Le cirque s'invite au 36. Collection Crimes et Châtiments N°52. Editions les Presses Littéraires. Parution le 8 juillet 2014. 356 pages. 13,00€.

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 12:59

Hommage à Ellis Peters, pseudonyme d'Edith Pargeter, née le 28 septembre 1913.

Ellis PETERS : Le capuchon du moine.

Si frère Cadfael est moine, il n'en est pas moins homme. Un homme qui a vécu, a participé à la première croisade, a porté l'épée comme soldat, et même a aimé de gentes dames dans sa jeunesse turbulente.

Maintenant tout cela ne fait plus partie de souvenirs qui remontent parfois et subrepticement à la surface. Des souvenirs nostalgiques certes mais que ne sont que de brefs interférences dans une vie tranquille, calme, rangée. Monastique en un mot.

Sauf quand le hasard et le crime le mettent en présence d'une personne qu'il a fort bien connue et aimée dans sa jeunesse. Cela remonte quand même à quelques décennies.

Tout ça à cause d'un riche propriétaire qui décide de léguer ses biens immobiliers à l'abbaye de Shrewsbury en échange du toit et du couvert pour lui et sa famille. Une retraite en viager en quelque sorte. Mais ce riche propriétaire décède dans des circonstances plus que douteuses et dramatiques, suite à l'ingestion malencontreuse d'un poison provenant de la réserve pharmaceutique de frère Cadfael. Le meilleur moyen de découvrir l'auteur de ce crime est de chercher à qui il profite.

Frère Cadfael va mener l'enquête car il n'est pas dit que quelqu'un puisse se servir impunément dans sa pharmacie et jeter le doute, la suspicion et l'opprobre sur ses talents d'herboriste, d'apothicaire et sur la communauté monacale tout entière.

Un moine bien attachant que ce frère Cadfael qui se montre résolu dans la traque de l'assassin, mais se révèle également magnanime. Les aventures de ce moine, déclinées en une vingtaine de romans et quelques nouvelles, proposent une incursion extrêmement intéressante dans l'époque féodale anglaise et dont la parution des premiers romans est antérieure au Roman de la Rose d'Umberto Eco. Des romans qui n'ont pas laissé les historiens insensibles, et les lecteurs amateurs de romans policiers historiques non plus d'ailleurs.

Ellis Peters et l'abbaye de ShrewsburyEllis Peters et l'abbaye de Shrewsbury

Ellis Peters et l'abbaye de Shrewsbury

Ellis PETERS : Le capuchon du moine. (Monk's Hood - 1980. Traduction de Serge Chwat). Editions 10/18. Collection Grands détectives N°1993. Première édition 1989. 288 pages. 7,10€.

Ellis PETERS : Le capuchon du moine.
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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 15:23

Il ne faut jamais se fier aux apparences...

Sophie HANNAH : Meurtres en majuscules.

Lorsqu'il décide de prendre des vacances, Hercule Poirot ne fait pas dans le détail : il s'installe dans une pension de famille à quelques trois cents mètres de son domicile londonien.

Ce soir-là, alors qu'il dîne et déguste son café, un rituel qu'il accomplit tous les jeudis au Pleasant's Coffee, une jeune femme s'engouffre dans l'établissement. Elle semble angoissée ou en détresse, des sanglots dans la voix. Poirot, qui jusqu'alors était le seul client, lui propose de se joindre à elle, puis se présente en tant qu'ancien policier à la retraite. Jennie, c'est le nom de la jeune femme, affirme qu'elle est en danger, qu'elle est déjà morte ou que cela ne tardera guère. Poirot essaie de la faire parler mais ne comprend pas tout car elle s'exprime plutôt sous forme d'énigmes. Une fois Jennie partie il s'adresse à Fee la serveuse mais elle ne sait pas grand chose sur cette femme qui vient chercher régulièrement du café et des pâtisseries pour sa patronne, une lady. Et pour effectuer ses achats Jennie doit traverser toute la ville.

Edward Catchpool, jeune policier à Scotland Yard, est locataire dans la même pension où s'est installé Poirot pour s'oxygéner les neurones. Les deux hommes sont devenus amis, et en cette soirée du 7 février 1929 les événements se télescopent et ils seront amené à participer à la même enquête. En effet alors que Poirot narre sa soirée au Pleasant's Coffee, Catchpool se demande si la fameuse Jennie en question ne serait pas l'une des deux femmes qui viennent d'être assassinées dans un hôtel de luxe, le Bloxham.

Trois meurtres dans trois chambres situées à des étages différents. Les corps ont été retrouvés dans la même position, trois cadavres, deux femmes et un homme, allongés sur le dos, mains à plat sur le sol et jambes réunies. Chaque défunt a un bouton de manchette identique placé dans la bouche. Des boutons de manchette en or massif orné d'un monogramme PIJ. Or certaines paroles prononcées par Jennie semblent correspondre à ce triple meurtre, dont cette phrase : Je vous en prie, que personne ne leur ouvre la bouche !

Le mieux est de se rendre sur place afin de procéder aux constatations suggère Poirot et rendez-vous est pris pour le lendemain matin. D'après Lazzari, le directeur de l'établissement, les trois personnes étaient arrivées séparément le mercredi, et n'ont rien en commun selon toute apparence. Les chambres étaient fermées à clé, et un petit mot déposé à sur le bureau de la réception, à l'insu du réceptionniste, un homme hors de soupçon selon le directeur. Ce petit mot contenait le message suivant : Puissent-ils ne jamais reposer en paix. 121. 238. 317. Les numéros correspondent à ceux des chambres actuellement mortuaires.

Poirot examine les lieux, les cadavres, mais une question se pose : comment les chambres ont pu être fermées et les clés non retrouvées ? A moins que l'assassin présumé ait empoisonné d'abord les deux femmes puis l'homme et se soit enfui par la fenêtre de la chambre de celui-ci, fenêtre restée ouverte, et soit descendu dans le parc grâce aux branches d'un arbre proche. D'ailleurs Poirot, qui est un maniaque du rangement, est intrigué par un carreau de la cheminée. Un carreau qui dépasse légèrement et en le bougeant il découvre placée dans une niche la clé de la chambre. Les serveurs et femmes de chambre sont interrogés, notamment celui qui aurait servi une collation à ces trois personnes réunies dans la même chambre, et dont il ne reste pas trace. Sauf un verre de sherry. Et dans ce cas, pourquoi ces trois individus auraient éprouvé le besoin de se sustenter si leur mort était programmée, car la thèse d'un suicide collectif n'est pas écartée.

Les diverses vérifications établissent toutefois que ces trois défunts se connaissaient. Les deux femmes venaient du même petit village de Great Holling tandis que l'homme résidait dans le Devon depuis de nombreuses années mais auparavant lui aussi habitait à Great Holling. Catchpool est invité à se rendre sur place et il se rend compte immédiatement qu'il n'est pas le bienvenu. Les initiales PIJ correspondent à celles d'un pasteur décédé ainsi que sa femme seize ans auparavant. Les questions se pressent mais seule une habitante accepte de lui révéler quelques secrets entourant ces deux décès. Les rumeurs, la malfaisance, les ragots et les mensonges en sont à l'origine. Et tout ce petit monde se retranche derrière une vertu arborée fièrement mais qui n'est peut-être que de façade. Quant à Jennie, son nom revient comme un cheveu sur la soupe, une soupe indigeste.

Il faut souvent pour résoudre une énigme se plonger dans le passé des acteurs d'un drame, et ce qu'il en ressort n'est souvent pas très joli. Poirot et Catchpool vont le vérifier une fois de plus.

Poirot se montre comme à son habitude imbu de sa petite personne, pédant et surtout fier de ses neurones. Il est intraitable sur le bon emploi des mots, du vocabulaire, sur l'énoncé des questions et par voie de conséquence sur celui des réponses. Catchpool est encore un débutant dans la profession et il se fie à son mentor. Mais il n'est pas toujours satisfait de la façon dont Poirot mène l'enquête. Celui-ci à tendance à taire certaines informations, à reporter au lendemain des explications qui auraient pu être dites le jour même. Certes le lieu n'est pas toujours propice à s'adonner aux commentaires, aux remarques, mais pourquoi ne pas s'exprimer dans ce cas lors de leurs déplacements. Au moins cela permettait au deux voyageurs de débroussailler leurs remarques, leurs intuitions, sans perdre leur temps. Mais non, Poirot préfère tergiverser. Il se montre cabotin, jouant le rôle de maître de cérémonie. Et comme les explications finales, avec rebondissements, s'éternisent, le lecteur se demande quand il aura enfin la solution unique à ces meurtres.

Si dans le fond et dans la forme Sophie Hannah réussit son pari de mettre en scène Hercule Poirot sans parodier ou pasticher, elle veut trop en faire et les éclaircissements qu'elle prodigue nous font plus penser à un copieux plat de porridge qu'à ces petits gâteaux pleins de finesse dont se régalent les ménagères (peu importe l'âge) britanniques. Elle se montre retorse dans cette histoire et la scène finale est un peu longuette et poussive. A lire avec tous ses sens en éveil.

Sophie HANNAH : Meurtres en majuscules. Une nouvelle enquête d'Hercule Poirot (The Monogram Murders - 2014. Traduction de Valérie Rosier). Editions Le Masque. Parution le 10 septembre 2014. 358 pages. 20,90€.

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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 09:53

La nuit, quand revient la nuit...

Odile BOUHIER : La nuit, in extremis.

Cela fait trois ans que l’armistice de la Grande Guerre a été signé, mais en ce mois de novembre 1921, les séquelles physiques et mentales assaillent toujours le commissaire Victor Kolvair de la police scientifique lyonnaise.

Outre son moignon de jambe qui se rappelle incessamment à son bon, ou mauvais, souvenir, la sortie d’Anthelme Frachant de prison le titille. Anthelme, qui n’avait que dix-sept ans à l’époque, avait participé à la mutinerie qui s’était déclarée dans le bourbier du Chemin des Dames, à la suite de l’incompétence, du mépris et de l’orgueil des autorités militaires. Certains révoltés avaient été passés par les armes, Anthelme n’eut que quelques années d’emprisonnement à purger. Or Victor Kolvair, qui a perdu une jambe lors des affrontements a côtoyé Anthelme, le soupçonnant d’avoir égorgé le soldat Bertail. Et il s’est promis d’être présent à la sortie de geôle du meurtrier présumé.

Seulement à cause de la douleur qui le tenaille de temps à autre Kolvair s’adonne à une pratique illégale qui endort sa douleur. Il est devenu cocaïnomane et à cause de cette addiction il manque d’une journée la sortie d’écrou de celui dont il veut suivre les faits et gestes afin de le confondre. Le directeur de la prison affirme qu’Anthelme était un prisonnier modèle, n’ayant jamais reçu de visites. Il indique même l’adresse de la pension qu’il a conseillée à l’ancien détenu, à Oullins. Comme il ne faut négliger aucune piste, Kolvair s’y rend, et après avoir eu confirmation des tenanciers, il loue une chambre afin de pouvoir surveiller les faits et gestes d’Anthelme. Il croise le jeune homme dans un couloir, mais celui-ci ne le reconnait pas. Il le suit dans ses quelques déambulations, mais ne relève rien d’irréprochable dans son attitude. Seul un pigeon décapité gisant sur le trottoir l’intrigue.

La douleur le tenaille et il a beau vérifier dans son pilon de bois, cachette habituelle des petits sachets de cocaïne dont il use assez fréquemment, la réserve est épuisée. Alors il se décide à se rendre à son bureau où il est persuadé en avoir caché, une fois de plus en vain. Il accuse un policier américain qui est en stage sur le sol lyonnais, Craig Copper, de l’avoir détroussé puis afin de pallier le manque de drogue il fouille dans le bureau voisin, celui du professeur Salacan et s’empare d’une fiole de laudanum. Ce qui lui fait du bien, mais il a perdu du temps. Lorsqu’il revient à la pension de famille, c’est pour découvrir un véritable massacre. Le propriétaire, sa femme, et l’un des pensionnaires ont été passés à la baïonnette. Kolvair voit ses prémonitions confirmées, et à cause d’un fichu sachet de cocaïne manquant, il n’a pu empêcher le drame.

Si l’histoire d’Anthelme sert de fil rouge, avec de nombreux retour sur la guerre de 14/18 et plus particulièrement sur les erreurs et la fatuité des gradés, sur les conditions de vie (et de mort) dans les tranchées, Odile Bouhier nous offre d’autres pistes de lecture en suivant les différents protagonistes, rencontrés dans ses deux précédents romans, Le Sang des bistanclaques et De mal à personne, dans leurs propres confrontations avec la vie quotidienne et ses aléas.

Ainsi le professeur Salacan, dont la jeune gamine Suzanne est atteinte de débilité, apprend que son fils Charles est diabétique. Il est profondément perturbé, peut-être plus que sa femme Justine, et essaie de découvrir un médicament afin de le guérir.

Jacques Durieux, qui fut le brillant élève du professeur Hugo Salacan, est devenu son assistant. Il pratique la course à pied dans le parc de La Tête d’Or, et rencontre souvent Blandine avec qui il a une liaison hebdomadaire. Visiblement la jeune femme est inquiète à cause de son frère Romain, qui fréquente les milieux anarchistes. C’est peut-être pour cela qu’elle fréquente Durieux.

Le procureur Pierre Rocher est en colère après ceux qui ont obligé (selon lui) sa fille à jouer dans des films d’amateurs pornographiques. Il veut à tout pris retrouver ces individus et a chargé de l’enquête l’inspecteur Legone, membre des Brigades du Tigre. Celui-ci lui déclare enquêter dans les milieux libertaires, alors que c’est lui-même qui officiait derrière la caméra. Il demande à travailler avec Kolvair.

Damien Baudou, le médecin légiste reconnu par ses pairs et auteur de quelques ouvrages, est dans la vie privée l’amant d’Armand Letoureur, bisexuel par commodité et journaliste qui se fait une joie de couvrir le procès de Landru. Damien Baudou, qui n’ignore pas qu’il serait discrédité si son homosexualité venait à être clamée sur les toits, s’est décidé à se marier avec Margot, qui n’est plus une oie blanche et sait ce qu’elle veut.

Bianca Serragio, la quarantaine épanouie, est psychiatre et directrice de l’asile de Bron. Aliéniste réputée elle assiste souvent Kolvair dont elle est l’amante. Elle doit analyser le comportement d’Anthelme et définir si celui-ci est conscient de ses actes ou schizophrène. Elle se heurte à un confrère dépêché par le procureur Rocher, lequel lorsqu’il tient un présumé coupable entre ses mains veut absolument l’envoyer à la guillotine. Il pourrait s’approprier sans vergogne cette phrase de Victor Hugo : Quand on est suspect, on est déjà aux yeux des flics déjà coupable.

Quant au policier américain, Craig Copper, il assiste Kolvair dans son enquête, l’informant de la chasse aux alcooliques, la fameuse prohibition, qui fit plus de dégâts que de bien et enrichi les trafiquants d’alcool.

Tous ces personnages, nous les retrouvons dans la première partie du roman, et ils évoluent au cours de l’intrigue. Nous assistons à leurs inquiétudes, leurs soucis, leurs désirs, leurs interrogations, leurs colères, leurs petites joies et grandes peines. Un roman qui est en même temps une chronique concernant plusieurs personnages gravitant dans le même système judiciaire et policier et que nous retrouverons dans un prochain roman, car déjà se profile une nouvelle intrigue dans l’épilogue. Et de loin, nous assistons au procès de Landru, procès qui fut l’événement marquant de cette fin d’année 1921.

Odile Bouhier déclare : J’avais envie d’écrire un roman noir qui parle de l’errance : l’errance de la France en cette année 1921, l’errance de la France, l’errance de la justice, l’errance du commissaire Kolvair et de son suspect Anthelme Frachant.

J’avais envie de confronter le commissaire à sa solitude, ses manques et ses névroses de guerre.

J’avais envie d’écrire sur un poilu : un patriote devenu malgré lui un criminel.

Odile Bouhier ne nous mène pas en errance dans cette histoire, et elle a réussi à gagner son pari, si c’en était un, ou à tout le moins à transmettre son envie au lecteur.

Odile BOUHIER : La nuit, in extremis. (première parution les Presses de la Cité). Réédition éditions 10/18. Parution le 4 septembre 2014. 288 pages. 7,50€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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