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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 15:32

Le détective et la journaliste chez les Cajuns.

 

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En cette fin d'année 1961, Alan Swift, détective privé dont le portefeuille est plus approvisionné en cartes de visite en tout genre qu'en billets de banque, quitte son domicile du Quartier français de Belle-Town pour se rendre à son bureau situé à New-South, la nouvelle cité séparée par le Mississipi.

Son client, Paul Westfield, lui demande de retrouver son amie Betty White, fille d'une domestique de sa famille. Or les parents de Paul Westfield, qui demeurent à Riviera, la cité des nantis, à quelques kilomètres de Belle-Town, n'appréciaient guère cette amitié, d'autant que la mère et sa fille sont Noires.

New_orleans_montage.jpgFace au bureau de Swift, s'élève la tour du Belle-Town News, et Swift, s'il le voulait, pourrait presque à l'aide de jumelles assister à la scène qui oppose Carol Perry et le directeur du quotidien. La jeune femme, qui a appris le métier de journaliste et a travaillé au service politique au New-York Times n'est pas d'accord avec la proposition de son responsable. Elle ne veut pas rédiger des rubriques destinées à la ménagère, cuisine et broderie par exemple, ou sportives, mais s'impliquer dans les articles criminels. Un compromis est trouvé. Elle signera les rubriques féminines de son nom, et celles plus sérieuses sous un alias, comme ça tout le monde sera content, y compris son père. Et elle débute immédiatement un reportage car une prostituée vient d'être assassinée dans le Quartier français.

Sur place elle est rabrouée par un policier, le lieutenant Brent Carter, mais elle réussit néanmoins à interroger un témoin, un jeune garçon qu'elle n'a aucun mal à faire parler. Il a aperçu le tueur puis en a profité pour subtiliser le sac à main de la victime, se servant au passage. Un sac rose, jeté dans une poubelle, et c'est ainsi que Carol apprend l'identité de la victime. Julia Sands, vingt-trois ans, noire. Elle s'applique à écrire son texte mais qu'elle n'est pas sa rage lorsque le lendemain elle se rend compte que celui-ci a été réécrit, jetant l'opprobre sur la jeune victime, prostituée supposée. Elle apporte le sac et la pièce d'identité auprès du lieutenant Brent Carter qui lui conseille de ne pas en faire plus. Toutefois elle a relevé l'adresse de Julia Sands et elle se rend à son domicile. Les parents éplorés de la jeune fille lui apprennent que celle-ci se destinait au journalisme et qu'elle s'était vêtue ainsi pour effectuer un reportage sur la disparition de prostituées noires.

Pendant ce temps, Swift fait jouer ses relations, et notamment NouvelleOrleansTouristes.jpegla belle Gladys pour se renseigner sur Betty White et sa mère Rita. Rita, employée par une agence de placement, avait été retrouvée six ans auparavant noyée. Paul Westfield ne pouvait connaitre ces changements car il avait été envoyé à Londres par son père pour peaufiner ses études. Swift renoue également Brent Carter, avec lequel il s'était fâché quelques mois auparavant, un ancien comme lui de l'orphelinat Saint-James. Et d'autres condisciples avec lesquels il a toujours gardé contact. C'est incidemment qu'il rencontre au cours de son enquête Carol Perry, et tous deux vont unir leurs efforts pour découvrir l'assassin de Julia Sands mais également remonter la piste de Betty White.

 

Un duo mythique d'enquêteurs est né. D'un côté le détective privé solitaire, travaillant seul, sans secrétaire. De l'autre la journaliste intègre qui n'épouse pas les idées politiques de son journal et tient à garder son intégrité morale. Leurs enquêtes débutées séparément vont bientôt converger.

Entre Carol et Alan, c'est le jour et la nuit. Ils sont issus de milieux très différents, mais Carol même si elle a vécu et vit toujours avec ses parents à Riviera, la ville des nantis, ne se reconnait en leurs valeurs délétères, ségrégationnistes et racistes. D'ailleurs elle tente un rapprochement auprès d'un hebdomadaire d'obédience démocrate concurrent du Belle-Town News dont les idées politiques sont fortement ancrées chez les Républicains.

Alan Swift, célibataire, volage multipliant les conquêtes féminines, ne s'étend pas sur son passé. Orphelin il a été élevé dans un institut, le Saint-James, tenu par des religieux. Les élèves s'étaient répartis en deux clans, les Anges et les Démons, et il était intégré dans le premier groupe dont il a tissé avec certains membres des liens très fort, même si les aléas de la vie ont parfois distendus leurs relations. Un truand le tanne, lui réclamant une conséquente somme d'argent qu'il ne possède pas, et chaque retard est sanctionné.

bayou.jpgCarol déduit un peu hâtivement les faits et gestes d'Alan Swift qui possède ses raisons personnelles pour se conduire comme il le fait, notamment lorsqu'il demande une provision conséquente à Paul Westfield pour mener son enquête. Et ce n'est pas uniquement pour assurer la subsistance de son chat nommé Fritz (clin d'œil ?). Cela la perturbe et immédiatement elle le range dans la catégorie des profiteurs. Une réaction dommageable de la part d'une journaliste qui ne devrait pas interpréter sans fondement.

La ségrégation raciale en Louisiane à cette époque est très prégnante, de même que l'antagonisme entre Républicains et Démocrates. Mais de jours cela perdure. Les riches imbus de leur puissance, aidés par quelques édiles sans scrupules, se pensent investis d'une quelconque légitimité dans leurs débordements. Et la date de la fin décembre 1961, choisie par l'auteur pour planter son histoire et faire évoluer ses personnages dans un domaine historique, n'est pas anecdotique. Et l'épilogue est nettement plus ancré dans un problème sociétal des Etats-Unis d'Amérique que ce à quoi l'on pouvait s'attendre au départ de l'histoire.

Il ne faut oublier également que la Louisiane, notamment Belle-Town qui n'est autre que La Nouvelle-Orléans, est sujette aux tornades, d'ailleurs elle se relève péniblement de la dernière, mais une autre se prépare. Et dans les bayous, les alligators sont plus nombreux que ce que l'on imagine, des sauriens féroces et sanguinaires, qui s'attaquent aux êtres humains, Noirs de préférence.

 

A lire également d'Alexis Aubenque : Stone Island


Alexis AUBENQUE : Les disparues de Louisiane. Editions du Toucan. Parution le 4 juin 2014. 380 pages. 8,90€.

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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 08:35

Et la nuit des vivants... ?

 

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Halloween, ce n'est pas que pour les jeunes, pour preuve les deux adultes, l'un poussant l'autre, assis dans un fauteuil roulant, attifé d'un drap et brandissant une béquille ornée d'un croissant de papier blanc. Faut bien s'amuser lorsqu'on a le moral en berne.

Jacques, le malade, est gravement atteint, soumis à des séances de chimiothérapie, et selon les prévisions il n'a plus que quelques jours à vivre. Aussi, malgré les interdictions du toubib de l'hôpital Saint-Antoine dans les couloirs duquel ils déambulent ainsi, son ami Mehrlicht lui offre cigarettes et bouteilles de vin rouge qu'ils fument et dégustent ensemble. Le capitaine Mehrlicht est officier de police, attaché au commissariat du XIIème arrondissement parisien.

D'esprit taquin, Mehrlicht n'aime pas avoir des stagiaires dans son équipe, et évidemment son premier acte est de les bizuter, ce qui a pour effet de tester leurs capacités, leur caractère, et d'imposer sa volonté. Mais cela ne se passe pas toujours bien. Comme en ce 1er novembre où un stagiaire lui est présenté par Matiblout, son supérieur. Guillaume Lagnac est un jeune inspecteur imbu de lui-même persuadé que son charme est irrésistible. Et Mehrlicht ne trouve rien d'autre que de lui confier la mission d'infiltrer une bande de casseurs déguisés en adeptes d'Halloween actuellement en garde à vue. L'un des membres de ce petit groupe enfermé dans une geôle se prend pour un loup-garou, et effectivement cela se passe mal. Guillaume est mordu, mais ce que ne savait pas Mehrlicht c'est que Guillaume est le fils de Monsieur le Haut Fonctionnaire de Défense adjoint au Ministère de l'Intérieur. Une bavure que Mehrlicht ne regrette pas. D'autant qu'un meurtre vient de leur être signalé à l'hôpital Saint-Antoine et il a autre chose à penser que s'apitoyer sur le sort du stagiaire.

Entree_hopital_saint-Antoine.jpgMalauron, le défunt aurait été, selon les premières constatations, empoisonné par injection, il était là en observation et devait sortir sous peu. Mehrlicht et ses deux adjoints, Didier Dossantos et Sophie Latour, procèdent aux premières vérifications. Ils visionnent les enregistrements de vidéosurveillance, pardon vidéo-protection, et remarquent le manège d'une jeune femme qui ne fait pas partie de l'établissement. Une femme brune habillée en noir repérée par trois fois, d'abord mêlée aux visiteurs puis vêtue d'une blouse blanche lorsqu'elle s'introduit dans la chambre funèbre. Mais l'un des patients a vu la femme, l'Ange de la mort comme il l'appelle, et aussitôt Mehrlicht et ses adjoints retournent à l'hosto, pensant qu'elle va s'en prendre au témoin. Excellente décision, car effectivement elle est là, mais parvient à s'échapper, en ayant soin de planter sa seringue dans la main de Dossantos. Heureusement pour l'inspecteur, elle n'a pu que diffuser partiellement le poison, qui s'avère être de composition artisanale.

Le lendemain un couple et leurs deux enfants sont retrouvés empoisonnés dans leur appartement et Mehrlicht et sa brigade sont chargés de l'affaire, malgré que ce ne soit pas théoriquement de leur ressort. Mais les ordres viennent d'en haut alors il faut savoir et devoir obéir. Puis c'est la découverte d'un couple de retraités ayant subi le même sort peu auparavant qui sont découverts à Courbevoie. Les journaux s'emparent de l'affaire dont un site web, mystérieusement bien informé. Et bien évidemment la panique s'empare de la population qui se demande si elle est à l'abri de la tueuse. Des personnes la signalent ici ou là, quelques personnes sont arrêtées, mais en vain.

Et par défi cette jeune femme qui paraît une trentaine d'années, se poste devant une caméra de vidéo protection et effectue un geste comme si elle disait bonjour à quelqu'un.

En recherchant dans les archives Sophie Latour se rend compte que de nombreux points communs relient ces affaires. D'abord, des années auparavant des décès suspects ont été enregistrés, au début des années 2000 ainsi qu'au début des années 1960. Si c'est la même personne, la tueuse devrait être octogénaire alors les questions se bousculent dans la tête des policiers. Toutefois un autre point commun se dégage : toutes les personnes décédées, ou leurs parents, leurs ascendants, sont originaires d'une petit village de la Creuse : Mélas-la-Noire.

Un point noir sur la carte de France et pour Mehrlicht et ses adjoints, c'est vraiment la mélasse...

Ce roman oscille entre gravité et burlesque, entre actualité et faits historiques. On n'échappe pas à son passé, mais en même temps l'auteur nous entraîne dans les arcanes aberrants de l'Administration. Celle qui gère les demandeurs d'asile par exemple, et le lecteur a l'impression de se trouver dans une situation courtelinesque.

Sophie Latour vit avec Jebril, un réfugié Tchétchène, et elle se rend à Créteil, la Préfecture du Val de Marne, en compagnie de Dossantos afin de déposer les factures de loyer, d'électricité et autres preuves de vie commune afin d'obtenir le précieux sésame. Mais cela ne suffit pas à l'employée qui demande s'ils possèdent un compte-joint. Pas de compte-joint, mais ils ont une fille. Réponse de la guichetière : un enfant, ça ne prouve pas que vous viviez ensemble. Mais apparemment le compte-joint serait donc susceptible de le prouver. Aberrant!

Dossantos est un hercule qui ne passe pas inaperçu. Il a effectué ses études de droit à la faculté d'Assas et il connait son Code Civil sur le bout de la langue, capable de donner articles, numéros et alinéas lorsqu'il est en présence d'une infraction, quelle qu'elle soit. Il a fréquenté dans sa jeunesse un groupuscule d'extrême-droite et l'un de ses anciens condisciples se rappelle à son mauvais souvenir.

Mehrlicht est un personnage un peu spécial. Des yeux globuleux, Nicolas-Lebel_9670.jpegle teint jaune verdâtre, il ressemble à un batracien. La conséquence peut-être des multiples cigarettes de tabac brun qu'il fume à longueur de journée. Taquin, malicieux, volontiers chambreur, fidèle en amitié, il n'aime pas sortir de Paris, alors l'envoyer à la campagne dans un bled paumé cela l'horripile mais il doit malgré tout respecter les décisions de la hiérarchie. Et il est toujours en possession d'un volume de l'encyclopédie Larousse. En ce moment il apprend les définition du volume 9, K à N. Son fils lui a mis en guise de sonneries téléphoniques sur son portable des chansons de Jacques Brel, ce qui a le don de faire sursauter ceux qui se trouvent près de lui.

Et comme j'évoque les livres, un personnage à tête de fouine parcourt ce roman. Il s'agit d'un dénicheur d'ouvrages rares, pour collectionneurs fortunés, comme le ministre Farejoux.

 

Nicolas Lebel a construit habilement son histoire, interférant la présence du chasseur de livres rares, dans celle de la tueuse empoisonneuse et l'on se demande ce que vient faire celui-ci jusqu'au dénouement. Il a une réaction finale qui prouve que les véritables amateurs de livres peuvent sacrifier sans état d'âme à leur passion. L'épilogue est émotionnel et Mehrlicht ressent le double effet qui secoue, sentiments entre espoir et tristesse.


Nicolas LEBEL : Le jour des morts. Editions Marabout.com. Collection Fiction-Marabooks. Parution le 21 mai 2014. 384 pages. 19,90€.

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 12:21

Hommage à Pascal Garnier né le 4 juillet 1949.

 

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Marc n’est pas un homme contrariant, au contraire, il laisse parler les autres et ne les interrompt pas, ne les contredit pas et lorsque la conversation pourrait s’envenimer, pas par sa faute, il s’arrange pour changer d’aiguillage. C’est un sexagénaire impassible aussi bien dans la vie courante qu’à la maison. Bref, quelqu’un de calme, de pondéré, presque d’insignifiant.

Jusqu’au jour où il sort de son hibernation. Ça commence par une phrase lancée au cours d’un dîner, juste une phrase, puis Marc se replie dans sa coquille. Ensuite il achète un chat, pas de toute fraîcheur mais qui lui a tapé dans l’œil à cause de sa nonchalance. Il rend visite à sa fille qui végète dans un hôpital psychiatrique, avant la date du rendez-vous annuel, le jour anniversaire d’Anne, issue d’un premier mariage.

S’il a divorcé des années auparavant, ce n’était pas de son fait mais celui d’Edith sa femme volage. Depuis, il s’est remarié avec Chloé et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il retourne rendre visite à Anne le bon jour cette fois, et cela se passe comme les autres fois, ou presque. Il a apporté des friandises, sa fille fume une cigarette, ils se promènent dans le parc, malgré le temps maussade.

Alors que Chloé envisageait un voyage d’une semaine en amoureux, et qu’il était d’accord, comme d’habitude, Marc est pris d’une envie subite. Emmener Anne à la mer, au Touquet. Muni de la bénédiction du responsable de la clinique, les voilà tous les trois passant quelques jours sur une plage déserte, la saison n’étant pas favorable à la transhumance touristique. Tous les trois ? Oui car Boudu, le chat, fait partie de l’expédition.

Mais cette escapade ne lui suffit pas et Marc propose à Anne de l’emmener plus loin, dans le Sud, peut-être en Espagne. Un chemin balisé d’embuches, de cadavres, mais Marc, en aveugle, ne se rend compte de rien. A moins qu’une fois de plus il se retranche derrière une impossible placidité, ayant oublié d’ôter ses œillères.

Comment un homme rangé peut-il changer du jour au lendemain, découvrir dans sa tête un grain de folie qui germait peut-être depuis des années et dont l’éclosion a été favorisée par un petit rien ? Pourquoi quitter la quiétude d’un foyer et partir sur les routes, à l’aventure, sans que rien ne soit préparé avec la minutie coutumière ? Quelle est la cause de cette fracture mentale ?

Pascal Garnier nous entraîne une nouvelle fois dans la dérive de personnages qui vont au fil du récit muter, se transformer, mettre au grand jour leur besoin de s’affranchir, prendre des initiatives même si elles se révèlent malheureuses. Des personnages que l’on croise avec indifférence dans la rue, sans se rendre compte qu’ils ont en eux une vie intérieure totalement dissemblable de leur apparence et dont ils ignorent l’existence. Des personnages falots que de petits riens accumulés au fil du temps convertissent en aventuriers à la recherche d’une autre vie. Une envie, un besoin qui peuvent rapidement être jugulés, car ce n’est pas dans leurs habitudes de se conduire en rebelles de leur destin. Une nouvelle fois une histoire sensible, humaniste, dérangeante, qui peut nous arriver à vous, à moi, à tout un chacun installé confortablement dans son train-train quotidien.

Pascal Garnier nous a quitté le 5 mars 2010. C'était un grand monsieur !


Pascal GARNIER : Le Grand Loin. Editions Zulma. Parution 7 janvier 2010. 158 pages. 16,80€.

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 09:34

Le roman policier américain à la sauce française !

 

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Parodie du roman policier américain, on retrouve dans C'est eau mais c'est triste le personnage de Sam Murchison, lequel évoluait déjà dans C'est bon mais c'est chaud (même éditeur, en 1990). On sent comme une influence de San Antonio et le style narratif est plaisant même si cela ne confine pas au chef d'œuvre. Cela se lit comme une récréation, histoire de se changer les idées et de prendre du bon temps.

Sam Murchison, détective privé à New-York, sorte de Mike Hammer antifasciste (non, c'est une mauvaise image), plutôt de Philip Marlowe sentimental, découvre son ami Joe dans un bien triste état. Mort, pendu comme une vulgaire carcasse de viande chez le boucher, pieds et mains coupés. Dans la consigne de Grand Central Station qui servait de coffre-fort à Joe, Sam trouve, outre les affaires habituelles, un billet d'avion aller-retour New-York/Paris, un carnet d'adresse, et une bouteille de vin datant de 1942 à l'étiquette un peu spéciale, rédigé moitié en français moiti‚ en allemand.


Caunes2.jpgA Paris Sam retrouve son copain Antoine de Caunes lui-même, présentateur vedette et bouffon d'une émission télévisée culinaire, sorte de Jean-Pierre Coffe.

Coups tordus, échanges de pruneaux indigestes, jolies filles pas farouches, réparties caustiques, tout les poncifs sont accumulés et pourtant ça se lit avec jubilation. D'autant qu'Antoine de Caunes n'est pas toujours très tendre avec les personnages réels évoqués dans ce roman narré par Sam, lui-même étant une sorte de faire-valoir.

 

A noter que ce roman est également disponible en version Kindle à 6,99€. Vraiment pas de quoi négliger la version papier qui elle est à 6,75€ en tenant compte de la remise des 5% !


Antoine de CAUNES : C'est beau mais c'est triste. (Première édition Editions Fleuve Noir. Octobre 1998). Réédition J'ai Lu Policier. Parution 28 mai 2014. 286 pages. 7,10€.

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 11:10

Les douceurs provinciales !

 

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En général, un bandeau rouge tenant serré entre ses petits bras musclés, ou non, la couverture d'un livre, et sur lequel est apposée une inscription louangeuse émanant d'un confrère de l'auteur, d'un libraire médiatique ou conseillé par un critique en vue, me fait fuir. Nonobstant, ayant reçu ce roman en service de presse, oui je l'avoue, je ne pouvais me défiler.

Policier, depuis une petite dizaine d'années, et dont le rôle n'est pas d'enquêter mais de prendre en photo des scènes de crimes de sang, Franck Bostik est attaché au commissariat du Xème arrondissement de Paris. Il est membre de la police scientifique. Auparavant il était affecté en Seine-Saint-Denis. Originaire de Nevers, il vit en concubinage avec Cécile, une intermittente du spectacle qui a prêté son physique pour incarner Rohna, l'héroïne de Princess of War, un jeu de rôle très en vogue auprès des amateurs de jeux en ligne et auquel il s'adonne volontiers. Mais leur couple commence à tomber en déliquescence.

nevers.jpgBostik revient d'une enquête sur le terrain, une jeune femme lardée de coups de couteau, dont le principal suspect, son amant, aurait avoué le forfait. C'est alors que sa mère, qui vit toujours à Nevers l'appelle par téléphone au commissariat. Et ce n'est pas pour lui débiter les banalités habituelles mais parce que Pattes-de-Poulet a disparu. Il s'en souvient bien du gamin ainsi surnommé à cause de ses frêles guiboles. Matthieu Lechartier, un môme de la cité ouvrière où sa mère habite toujours. En ce temps là Bostik était éducateur au club de foot et il avait eu le gamin durant trois ans. Matthieu n'avait à l'époque qu'une dizaine d'années, ne savait pas parler et était taciturne, jusqu'à ce qu'un orthophoniste lui débloque les mâchoires. Bostik a eu les genoux bousillés par des blessures de foot et comme il a refusé de se faire opérer, au grand désarroi de son père, depuis il s'en ressent.

Madame Lechartier contacte également Bostik, et comme celui-ci vient de se faire remonter les bretelles par Cécile, sous le prétexte qu'il coucherait avec leur Laure leur voisine, il décide de prendre quelques jours pour aller enquêter sur place. Cela lui changera les idées pense-t-il, mais son supérieur n'est pas chaud pour lui octroyer les jours auxquels il a droit. Après tergiversation, le voilà qui rejoint la cité morvandelle accompagné de son chien Paf dans sa vieille super5.


Aviatrice 02

Arrivé à la cité ouvrière où habite la mère de Pattes-de-Poulet, à Varennes-Vauzelles, non loin de la statue de l'Aviatrice érigée en la mémoire d'Evelyn Frost, Bostik entame ses premières démarches. Alors qu'il repère les lieux, il se fait alpaguer par un voisin, Simon, qui s'adoucit lorsque Bostik lui apprend qu'il s'inquiète du sort de Matthieu. Simon est un bon bougre qui a eu des ennuis lorsque, étant maître-nageur, une scène avec des enfants a été mal interprétée. Puis Bostik a recours à un gamin qui ouvre sa portière, les clés étaient restées à l'intérieur en compagnie de Paf, vous devinez la suite, qui lui fournit quelques renseignements en échange de billets en euros. Matthieu avait un copine, chanteuse dans un groupe, ainsi qu'une adolescente au look gothique.

Des pistes que Bostik va explorer et auxquelles d'autres viennent se greffer lorsqu'il rencontre enfin la mère de Matthieu puis les gendarmes sensés rechercher le fugueur, car l'hypothèse d'un enlèvement n'est pas encore retenu. Puis il est à la recherche d'un SDF surnommé le Sanglier qui vit dans une église et aurait été vu portant au poignet une montre ressemblant à celle de Matthieu. Ses pas le portent dans une boîte de nuit spécialisée échangiste et dont le patron serait l'amant de la mère de Pattes de Poulet, sur les plages du bord de Loire puis dans la forêt des Bardiaux, en un lieu nommé Bibracte, un parc archéologique datant des Gaulois et possédant des ruines romaines. Et le portable de Matthieu reste obstinément muet.

Plus que l'enquête de Bostik, effectuée malgré ses collègues et les gendarmes morvandiaux, en compagnie de Simon, de la Gothique et du Sanglier, c'est le regard jeté par l'auteur, Laurent Rivière, sur cette région et ses habitants, ainsi que sur les paysages traversés de Nevers à Château-Chinon. Les douceurs provinciales n'ont plus cours et les ruraux rivalisent avec les banlieusards parisiens dans les petits délits et la consommation de drogue. Ainsi l'ado boutonneux qui a dépanné Bostik, déverrouillant la portière de sa voiture à l'aide d'un cintre, cultive dans un placard du cannabis. Agnès, la gothique, qui consomme malgré son jeune âge et plus que de raison boissons alcoolisées et drogue, rêve d'intégrer le monde du spectacle. Le Sanglier, la mère de Matthieu, agréable quadragénaire et quelques autres complètent la galerie. Sans oublier ce restaurant qui sert des plats régionaux proposés à la carte déclinés en patois local.

Mais Franck Bostik, malgré son statut de policier, se montre parfois naïf ou négligent, un peu léger dans son travail. Ainsi il oublie de refermer une fenêtre, alors qu'il pleut, sur une scène de crime; il met à la poubelle une photo sur laquelle un mégot apparait et qui n'a pas été repéré par ses collègues, afin d'éviter à ceux-ci une sanction; ou encore lorsqu'il laisse les clés sur le contact de sa voiture en pleine forêt, la fermeture de sa portière par son chien ne lui ayant pas suffit de leçon.

Ce n'est pas un robot, il pense et ce qu'il sait de lui ne le réjouit guère : Je n'étais pas saisi de l'affaire, je n'étais pas en service et je n'étais pas territorialement compétent. Bref je n'étais rien... ça m'a foutu un coup de blues de comprendre ce que je savais déjà : j'étais un type paumé qui avait joué les détectives pour redresser une conscience écornée par mille trahisons envers son amie, envers les femmes, sa famille... envers un adolescent qui lui avait offert sa confiance. Un homme normal empêtré dans un état d'esprit en butte à ses contradictions et ses incertitudes.

Mais je n'ai pas compris pourquoi Bostik, qui est rattaché au commissariat du Xème arrondissement se déplace sur une scène de crime rue d'Alésia, qui est dans le XIVème. Peut-être la pénurie d'effectifs !

 

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A noter, et cela n'est pas indiqué en copyright sur ce volume édité par les éditions de l'Escargot Savant, et je le déplore, que cet ouvrage a déjà profité de deux éditions. Sous le même titre en avril 2009 aux éditions Demeter, et sous le titre Morvan mauvais dans la collection Régiopolice aux éditions Sirius en mai 2012.

 

 

 

 

Laurent RIVIERE : Morvan de chien. (Première édition : éditions Demeter. Avril 2009). Editions de l'Escargot Savant. Préface de Claude Mesplède. Parution le 25 juin 2014. 200 pages. 15,00€.

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 08:12

Et ce ne sont pas des poissons carnivores, quoique... Bon appétit !

 

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Franchement, Marco n'a pas de chance avec les femmes. D'abord il est assailli par les récriminations acrimonieuses et téléphoniques de sa mère qui lui reproche de l'avoir placée dans un mouroir dans le Sud de la France. Ce qui n'est pas vrai, mais pas faux non plus. Ensuite sa copine Kristel vient de le mettre à la porte de chez elle avec slips et guitare balancés sur le trottoir depuis son balcon pour d'obscures raisons dont celle de mettre son appartement dans un désordre indescriptible.

Alors il ne lui reste plus qu'à se consoler à visionner chez lui quelques nanars afin de s'endormir sans réfléchir.

Le lendemain il quitte son appartement de Malakoff pour se rendre au siège de la société TracFood, dont il est l'un des deux fondateurs avec son associé Camille Dupreux. TracFood est une société de conseil dont la fonction est de déterminer pour des compagnies agroalimentaires la traçabilité des produits contenus dans des plats cuisinés. La provenance des matières premières mais également les conditions d'hygiène et la culture des matières premières, poisson, viandes ou légumes et leur élaboration dans des plats cuisinés. Pour l'heure ils n'ont guère de clients mais ils espèrent bien pouvoir se développer, ayant obtenu une accréditation gouvernementale. Camille Dupreux est un ancien officier de marine marchande, teigneux, grognard grognon et qui ne fait pas dans la dentelle. Ils ont depuis deux ans un unique employé, Andréa, d'origine crétoise, qui s'attelle aux fonctions administratives de ces experts en sécurité alimentaire.

Alors que Marco se demande ce peut bien faire Camille dont il n'a pas de nouvelles, Andrea l'informe que l'ex-marin est parti depuis deux jours, qu'ils ont eu une engueulade, puis il part emmenant quelques dossiers avec lui afin de travailler chez lui. En fin de journée Marco regagne son appartement, Kristel devant passer le voir. Il prépare le champagne pour fêter une éventuelle réconciliation lorsque la sonnette retentit. Il est tout étonné de découvrir devant lui une jeune femme habillée dans une tenue plutôt légère. Elle se prénomme Léna, d'origine roumaine, et elle lui remet une enveloppe que lui aurait confiée Camille. Et c'est alors que Kristel déboule. Interloquée devant le duo ainsi formé, elle se méprend et claque la porte. C'est foutu pour la réconciliation.

odessa1.jpgL'enveloppe contient des documents écrits en chinois et seule la mention Kiev Import est lisible. Commence alors une randonnée qui va mener Marco chez Camille, une péniche sur les bords de la Seine et qui a été dévastée, puis chez un ami qui vit dans une espèce de mirador avec pour compagnons un couple de pigeons nommés Kate et William, et qui est un hacker surdoué et sait lire le chinois. Ensuite Marco se rend à Arromanches dans le Calvados, puis en Chine et en Ukraine à la recherche de son ami Camille, le tout ponctué de pièges dont il se sort péniblement avec l'aide de Lena. Et ce qu'il voit et apprend en matière de productions alimentaires n'est guère ragoûtant. Et surtout que Turenne, l'un de ses rares clients pour ne pas dire le seul, un ami de la famille qui lui a servi occasionnellement de père depuis que son géniteur est parti en Argentine, cela fait une ou deux décennies, que Turenne n'est pas blanc comme la viande de poulet qu'il produit dans ses usines bretonnes.

Et qu'est devenu Camille pendant ce temps, me demanderez-vous avec juste raison. Il ne joue pas à l'Arlésienne mais il est retenu dans un dépôt à Odessa, car il s'est fait épinglé par un nommé Zarov, le patron de Kiev Import alors qu'il tentait de s'introduire en catimini afin de procéder à des vérifications pour valider ou non les produits qui doivent être commercialisés en France.

 

Plus que les tribulations de Marco, c'est le sujet même du romantilapia.jpg qui interpelle le lecteur, surtout si celui-ci est soucieux de sa santé, des modalités d'hygiène des produits alimentaires ou même dans quelles conditions les animaux sont élevés avant de finir dans les assiettes. Et il ne sera pas déçu, mais il ne faut pas non plus devenir paranoïaque et devenir végétarien pour autant. D'autant qu'avec les OGM les risques ne sont pas exclus non plus. Donc ce roman est une introspection réaliste permettant de se méfier. Surtout des produits trop bon marché dont la provenance est aléatoire (et non aller à Thouars). Et il ne faut pas s'étonner si des Chinois préfèrent acheter des produits français que leurs produits locaux. Quoique les producteurs, les industriels et les importateurs peuvent nous retourner le compliment : Mes poissons n'ont jamais tué personne, s'emporta Vinesh. Pour qui vous prenez-vous ? Je n'en peux plus de ces occidentaux qui donnent des leçons à la terre entière, mais ne sont finalement pas mieux que les autres. Rappelez-moi d'où est partie la crise de la vache folle ?

 

Pour autant il ne faut pas oublier le côté humoristique et parfois burlesque de ce roman ancré dans une noirceur parfois violente. Des personnages presque caricaturaux hantent ce récit, mais il ne faut pas se fier non plus à une première impression car certains de ceux-ci existent même si vous ne les côtoyez pas dans la vie courante. Lim le Bidouilleur, hacker hors pair se méfie de la NSA, la fameuse Agence de Sécurité Américaine. Plus moyen d'aller pisser sans que le bruit des gouttes soit enregistré sur un disque dur à six milles kilomètres d'ici. Même les hackers en sont victimes. Alors je me suis dis qu'il n'y avait qu'un moyen d'envoyer des messages en toute sécurité : le pigeon voyageur. La présence de Lena donne une vision poignante de ces jeunes Roumaines qui débarquent en France à leur corps défendant, et au lieu de les traquer il vaudrait mieux les plaindre et trouver des solutions.

Et sans être justement un roman à messages, mais parfois s'inscrire comme un reportage ou la mise en lumière de pratiques délictueuses grossies par l'effet loupe, Les Fauves d'Odessa est fortement ancré dans l'actualité.


Charles HAQUET : Les fauves d'Odessa. Le Masque poche N°48. Editions du Masque. Parution le 4 juin 2014. 288 pages. 6,90€.

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 09:29

Hommage à Frédéric Dard, né le 29 juin 1921.

 

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Il règne sur ce roman daté de 1951 comme une ambiance parodique du roman noir à l’américaine, jusqu’à l’épilogue qui est le retournement de situation indispensable pour contrebalancer tout ce qui a été écrit auparavant.

Cornel Milk est l’un des nombreux pseudonymes utilisés par Frédéric Dard/San Antonio lors de ses débuts en littérature. Il est à noter toutefois que San Antonio existait déjà puisque le numéro 11 (Laissez tomber la fille) de la collection Spécial Police du Fleuve Noir date de 1950.

Mais, soit Le tueur aux gants blancs est une œuvre de jeunesse rédigée avant la production du Fleuve Noir et publiée après pour une raison ou une autre, soit ce roman préfigure l’antagonisme qui va s’établir entre Dard/San Antonio, la frontière de définissant de façon imperceptible mais progressive. Le début ressemble à un pastiche, l’épilogue à une histoire psychologique dont Dard a su se faire le chantre.

La démarcation s’établit entre le passage du “ Je ”, permettant à l’auteur de converser avec le lecteur, de le prendre pour témoin, et même pour complice, au “ Il ” qui s’inscrit comme le rejet du personnage par son auteur. Mais quid de l’histoire ?


Après avoir passé la soirée dans une petite réception, Jerry, détective privé, trouve allongée sur le divan de son salon une jeune femme. Un rien l’habille : elle ne porte pour tous vêtements que soutien-gorge et slip. Emoustillé, Jerry lui accorde ce qu’elle demande, c’est à dore un baiser fougueux. Il procède à quelques ablutions dans la salle de bains, enfile son pyjama et lorsqu’il réintègre le salon, il retrouve sa partenaire inconnue dans la même position, mais la gorge tranchée ! Il appelle aussitôt Peter, son associé, qui prélève sous les ongles de la morte quelques fils blancs. Alors qu’ils se préparent à embarquer le cadavre, un télégraphiste leur remet un pli que Jerry empoche sans en lire le contenu. Les deux compères jettent le cadavre roulé dans la housse du divan dans l’Hudson. Le sac à main de la victime a disparu et le portier leur annonce qu’il a trouvé une chaussure.


dard.jpgLe roman continue ainsi à un rythme soutenu, truffé de coups d’éclats, de retournements de situation et de scènes hautes en couleur. On est frappé par le rôle de l’alcool, constamment présent et qui dégouline des pages. D’ailleurs Jerry reproche à son associé de boire un peu trop, même si sa propension à ingurgiter rye, bourbon et autre scotch est de nature à accélérer le mouvement des petites cellules grises de Peter. Ce qui permet à Frédéric Dard d’user de métaphores dans ce genre : “ Peter traversa toute la pièce et s’abattit sur ma bouteille de Canadian comme une volée de condors sur une charogne ”. Enfin, il ne faut pas oublier que nous sommes dans un roman policier et que l’hémoglobine en général joue un rôle prépondérant dans les descriptions de scènes tragiques : “ Le sang giclait de son corps comme l’eau d’un tuyau d’arrosage crevé ”.


Frédéric DARD, alias Cornel MILK : Le tueur aux gants blancs. Première édition La Loupe, collection policière. Editions du Puits Pelu. Réédition Fayard juin 2007. 160 pages 15,30€.

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 14:25

Dans chaque légende, il y a toujours une part de vérité.

 

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Pendant dix-sept ans, Richard A. Benton a été agent spécial du F.B.I. puis il a été viré comme un malpropre. Et le voilà nommé comme chef de service à la Bibliothèque du Congrès de Washington, responsable d'une petite phalange de trois personnes et chargé de mener à bien les enquêtes diligentées par les sénateurs. Lui qui était habitué à côtoyer l'action, le voici devenu le chef des Rats de poussière.

Cette équipe est composée de Maureen McCornwall, à l'allure de punkette mâtinée rebelle gothique, d'Antonia Horowitz, fringuée limite loubard, bardée de diplômes et responsable informatique et technologies nouvelles, et de Andrew Kerouac, aucune parenté avec Jack, archiviste et doyen de la bande. Mais Dick (diminutif de Richard) Benton se rend vite compte qu'il n'est pas à la tête d'une équipe de bras cassés, de farfelus comme il le croyait au départ et que les résultats des enquêtes qui leurs sont confiées ne sont pas forcément transmis au FBI, à la CIA et autres services dits de sécurité comme la NSA, ou alors ils sont vidés d'une partie de leur contenu.

Le sénateur Allan Lloyd Ferguson est candidat à la primaire républicaine dans la course à la Maison Blanche. Digne descendant d'une lignée de Ferguson ayant tous gravité dans les arcanes de la politique il vise plus haut, et les Rats de poussière enquêtent sur son cas afin d'éviter que certaines affaires viennent par la suite entacher son éventuel succès. C'est Antonia qui s'est attelée à la tâche et elle a remonté le temps, jusqu'au grand-père Ferguson et à l'année 1925. Elle a déniché la photocopie d'une déclaration fiscale pour une société d'export de coton. Or théoriquement ce document ne devrait pas exister, caduc quelques cinquante ans avant sa rédaction. Un document qui fleure bon la fraude.

Billy_the_Kid_corrected.jpgKerouac, mis lui aussi à contribution, révèle qu'il s'agirait d'une vaste entreprise d'escroquerie immobilière d'un montant de trente-cinq-millions de dollars, ce qui représente une coquette somme surtout dans les années 1920. Et Maureen, en enquêtrice acharnée a établi une corrélation entre Ferguson et Al Capone. Cela sent de plus en plus mauvais, mais leur surprise va atteindre un sommet lorsqu'ils découvrent que quelqu'un a confié à Ferguson l'ancien trente millions en 1921 et ce donateur n'est pas anonyme, il s'agit d'un certain Ollie P. Roberts. Or il semblerait que sous cet alias se cache un célèbre bandit du nom de William Antrim ou Henry Mc Carthy plus connu sous celui de William H. Bonney surnommé Billy the Kid. Et selon la légende Billy the Kid est mort dans les années 1880, abattu par Pat Garrett le shérif qui fut son ami.

Deux agents du FBI, Jarvis et Kraube, les âmes damnées de Stevens, le patron de l'agence, s'introduisent dans le bureau de Dick lui enjoignant de laisser tomber l'affaire Ferguson. Mais Dick ne se laisse pas intimider et il est bien décidé à aller jusqu'au bout de ses recherches, ce qui évidemment ne peut que lui attirer des ennuis, à lui et aux autres membres de son équipe.

Dick et consorts suivent donc la piste Ollie Roberts-Billy the Kid et en s'infiltrant dans les ordinateurs de différents services, Antonia remonte jusqu'à un journaliste, aujourd'hui en retraite, qui aurait recueilli des informations en 1948. Coup dur, ce journaliste se serait suicidé quelques mois auparavant. Un suicide qui tombe à pic.

Dick est un amateur invétéré de vieux zincs, d'ailleurs il habite Beech18-N45CF-990.jpgsur un ancien terrain d'aviation et lorsqu'il rentre chez lui quelques jours plus tard, il se rend compte que son antre a été visitée. Les événements s'enchainent dans un rythme infernal. Il fait appel à un vieil ami, Jake, susceptible de l'aider. Son ex-femme Jessica disparait et il doit s'occuper de son gamin, Jeremy. Le journaliste aurait tenu un carnet secret et la solution à leurs problèmes y serait peut-être consignée. Mais pour cela il faut mettre la main dessus. Tout en essayant d'échapper à des tueurs qui en veulent à leur peau. Et si Jarvis et Kraube ne sont pas étrangers à leurs soucis et à leurs désagréments, il n'est pas exclu que d'autres personnages en coulisses tirent les ficelles.

Alors direction le Texas puis le Nouveau Mexique sur la piste du journaliste et de Billy the Kid, à bord d'un vieux Beechcraft 18S des années 1930.

 

De nombreuses scènes épiques attendent le lecteur dont celle d'une course poursuite entre le Beechcraft et un F16 au milieu d'un meeting aérien composé de vieilles gloires des airs, ce qui n'est pas sans rappeler d'anciennes lectures comme par exemple les aventures de Biggles du Captain W.E. Johns ; ou encore comment détourner l'attention d'un couple d'agents du FBI surveillant les abords d'une maison.

geronimo.jpgLaurent Whale s'empare de la légende de Billy the Kid, la réécrivant selon les suppositions d'historiens, tout en mettant en scène un personnage dont la présence est inattendue, celle de Guu Ji Ya plus connu sous le nom de Géronimo, et en offrant une version réaliste et plausible d'une affaire non encore résolue aujourd'hui et qui date de la fin de la guerre de Sécession.

De même le lecteur est en droit de se demander pourquoi un homme attend, dans le couloir de la mort du pénitencier d'état de Ridgeville en Caroline du Sud, son transfert vers le Texas afin d'y être exécuté. Quel peut-être le rapport entre son histoire et ce pour quoi il a été condamné vingt-quatre ans auparavant avec les recherches de Dick Benton et ses collègues ?

Dans la plus pure tradition du roman d'aventures avec incursion dans le passé et mettant en scène des personnages ayant réellement existés, Laurent Whale a écrit un roman ambitieux et composite puisqu'il interfère roman historique et western du plus bel effet, avec roman d'aviation, incursion dans le domaine politique et magouilles financières sur fond d'élection présidentielle, sans oublier le suspense incarné par les affres d'un prisonnier dans l'attente de son exécution et les souffrances endurées par une jeune femme enfermée dans une cave et subissant les maltraitances, et plus, de ses geôliers.

 

Un roman complexe, touffu, vivant, qui ne manque pas d'humour et joue sur les nerfs. Laurent Whale dont on avait déjà apprécié Le chant des psychomorphes et Les étoiles s'en balancent monte en puissance et n'a pas fini de faire parler de lui, en bien.

 

Laurent WHALE : Goodbye Billy. Editions Critic; Thriller. 608 pages. 20,00€.

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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 15:16

La durée d'un vinyle...

 

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Dans Paris que la soldatesque allemande commence à envahir, trois musiciens de jazz, plus un, gravent sur des galettes de récupération des morceaux instrumentaux, mais à chaque fois les disques partent à la poubelle. Hiero est mécontent du son de la prestation de l’ensemble. Pourtant ce sont des instrumentistes aguerris, mais cela ne fonctionne pas, ou mal. Le matériel peut-être, les conditions d’enregistrement dans un local qui ressemble plus à un placard qu’à un véritable studio, à la prestation de l’un d’entre eux. A moins que ce soit dû au caractère perfectionniste de Hiero, surnommé le môme, à sa mauvaise humeur peut-être, ou à la maladie. Bref, Hiero n’est pas content et jette systématiquement les galettes. Sid subtilise subrepticement la dernière et la glisse dans l’étui de sa grand-mère, sa contrebasse. Puis tout le monde se rend à l’appartement de Dalilah, la copine de Louis Armstrong qui leur a prêté des matelas. Tous sauf, le musicien supplémentaire, Bill Coleman qui rentre chez lui.

Bill_Coleman-_Cafe_Society_ca._1947.jpgA cette séance participaient outre Bill Coleman, à la trompette, Hieronymus Falk dit Hiero, lui aussi à la trompette, Charles C. Jones, qui préfère qu’on l’appelle Chip, à la batterie et Sidney Griffiths dit Sid à la contrebasse. Il ne faut pas parler de chant du cygne mais chacun y pense.

Cinquante deux ans plus tard, en 1992 à Baltimore, Sid est un vieux musicien de quatre-vingt-deux ans, qui vit dans son appartement parmi les déchets d’une vie. Chip passe le voir. Lui aussi est délabré, la vieillesse, la drogue aussi dont il a fait un usage immodéré pendant un certain temps. Si Sid a décroché de la musique de jazz, de la musique tout court d’ailleurs, ayant travaillé pendant une trentaine d’années comme secrétaire médical, Chip lui a continué à flageller ses peaux et à les brosser, à taper dessus, étant encore un batteur renommé et demandé. Chip lui propose de partir à Berlin, visionner un film sur leur ancien groupe, les Hot Time Swingers, puis il révèle que Hiero ne serait pas mort comme ils l’avaient supposé mais vivrait en Pologne.

A Berlin, la projection du film met mal à l’aise Sid. Comme à son habitude, Chip a raconté n’importe quoi et tous les spectateurs regardent Sid honteux décamper de la salle. Plus tard Chip, sans vraiment faire amende honorable, déclare qu’en réalité il a été piégé par le réalisateur, qu’il a été manipulé. Sid veut bien l’admettre une fois de plus, car entre Chip et lui, depuis qu’ils se connaissent, à l’âge de douze ans près d’un bac à sable, ils ont toujours été comme chien et chat. Lui Sid, le bon gros toutou désirant être ami avec le chat, lequel chat a toujours sorti ses griffes, sauf dans les quelques moments où il ronronnait.

Le flux de souvenirs lui remontent à la tête comme un alcool, dontarmstrong.jpg ils abusaient à cette époque, remonte dans l’œsophage, se niche au fond de la gorge, brûlant tout sur son passage. Dans les années soixante, par un improbable concours de circonstances, la galette a été retrouvée cachée dans un coffre niché dans un mur et que des ouvriers ont mis au jour en démolissant des cloisons. Mais surtout l’année 1939, alors qu’ils jouaient à Berlin, Chip, Hiero, Sid et trois autres musiciens, Paul un Juif blond au piano, Ernst à la clarinette et Fritz au saxo, au club Le Molosse. L’arrivée de Dalilah Brown, la chanteuse de Louis Armstrong, le jeu de la séduction qu’elle a entamé avec Hiero et Sid, Chip n’étant qu’un spectateur caustique. L’algarade avec des gestapistes, à cause de leur couleur de peau. Car si Hiero est Allemand, il est aussi Noir, fils d’une Allemande et d’un Camerounais. Un Sang-mêlé tout comme Chip et Sid. La bagarre et le mort du côté SS, l’obligation de se terrer dans les caves du Molosse, l’arrestation de Paul et son enfermement à Sachsenhausen, la défection de Fritz, puis la recherche de papiers, la fuite vers le château du père de Ernst qui doit leur fournir des visas, le trajet vers Paris où ils doivent graver un disque en compagnie de Louis Armstrong, les nombreux déboires qu’ils subissent, l’arrivée des troupes allemandes et la panique qui s’ensuit.

 

Le narrateur, Sid, raconte son histoire comme un tromboniste joue de son instrument. Il coulisse son histoire d’avant en arrière, par de longs glissements en franchissant allègrement les années ou par petites glissades dans le temps, tirant de son trombone des accents pathétiques, enlevés, des fulgurances, des Joe_King_Oliver.jpgglissandos. Parmi les musiciens qui gravitent, Louis Armstrong, bien évidemment, en chair et en os, avec son éternel mouchoir essuyant la sueur coulant de son front, mais aussi la figure tutélaire de King Oliver, le père des trompettistes et des cornettistes. Pourtant il manque un autre musicien qui ne deviendra célèbre qu’un peu plus tard, mais dont le jeu musical ressemble à celui de Hiero, ou inversement. Son style était mélancolique, lent, il maintenait les notes plus longtemps que de raison. La musique aurait dû retentir comme une sirène de navire qui sonne au large – dure, brillante, claire. Le môme, putain, il la rendait trouble, en faisant passer les notes pas seulement par-dessus les mers, mais aussi à travers la terre.

Si le jazz est présent, prégnant, comme une composition écoutée en sourdine tout en vaquant à autre chose, l’auteur s’attache à décrire non seulement ses personnages, leurs réactions, leur investissement, leurs différents, il décrit cette période trouble du Berlin de l’année 1939 puis du Paris 1940, les bouleversements vécus de l’intérieur par des musiciens de jazz, musique honnie par Goebbels, le racisme qui se propage dans toute l’Allemagne. A Hambourg, lorsque Sid découvre avec stupéfaction que le parc zoologique dédié théoriquement aux animaux a été transformé en parc zoologique humain. Mais également à Paris, déclarée Ville ouverte, lorsque les habitants de la capitale commencent à paniquer, à vouloir rejoindre Bordeaux via la Gare d’Austerlitz, la panique, les cris d’orfraies venant de toute part, les insultes qui pleuvent sur Sid et ses compagnons (ils se font traiter de Sénégalais comme si c’était l’injure suprême engendrant en même temps une peur inconsidérée).

Esi Edugyan écrit comme certains romanciers Noirs américains, empruntant leurs tics, alternant les images poétiques à la réalité la plus dure, oubliant sciemment une partie de la négation, comme nous le faisons la plupart du temps dans nos dialogues oraux. Un roman âpre, éloge de la musique, de l’amitié, mais également la description sans complaisance d’une époque que l’on aimerait savoir révolue. 


Esi EDUGYAN : 3 minutes 33 secondes. (Half Blood Blues. Traduit par Michelle Herpe-Voslinsky).) Première édition Editions Liana Levi 7 mars 2013. Réédition Collection Piccolo N°107. Parution le 5 mai 2014. 368 pages. 12,50€.

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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 09:56

N'oublie jamais, jamais, jamais, jamais...

 

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Bien décidé à être le premier handicapé unijambiste à participer à la prochaine édition de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc, Jamal Salaoui s'entraine en parcourant les dénivelés des falaises d'Yport. Quelques jours de vacances pour lui changer les idées et l'éloigner des problèmes de travail. Employé à la maintenance des bâtiments dans un institut pour enfants à la dérive, il a été soupçonné d'avoir eu des relations vénéneuses avec une gamine. Alors ces quelques jours de détente avec sa prothèse en carbone ne peuvent que lui être salutaires. Il s'est installé dans l'hôtel restaurant la Sirène et parcourt allègrement les kilomètres dans la nature.

Sa vie va basculer le 19 février 2014, sur un chemin douanier lorsqu'il entrevoit un foulard rouge en cachemire suspendu à la clôture d'un champ. yport.jpgIl l'empoche avec précaution, car il s'agit d'un morceau d'étoffe onéreux, pensant le remettre au patron de la Sirène en rentrant, mais peu après il aperçoit une jeune femme se tenant au bord de la falaise. Elle fait face au vide. Cent mètres plus bas, ce sont les galets. Il l'interpelle doucement, elle se retourne dos au vide. Elle est belle malgré sa robe déchirée, elle lui demande de ne pas l'approcher et lorsqu'il lui tend l'écharpe afin qu'elle s'y accroche, elle se laisse basculer. Le temps qu'il dégringole par un chemin escarpé et il se retrouve devant un corps sans vie. Deux personnes qui flânaient sur la plage sont déjà présents. Un homme et un femme qui ont tout vu, ou presque. L'homme a entendu la jeune femme crier puis tomber. La femme emprunte le coupe-vent de Jamal pour le déposer sur le haut du corps du cadavre. Il a juste le temps d'apercevoir l'écharpe rouge enroulée autour du cou.

Les gendarmes de Fécamp sont alertés et arrivent peu après représentés par le capitaine Piroz et un subalterne. Evidemment Jamal est convoqué pour déposer, donner sa version de l'accident, mais les soupçons de meurtre ne tardent pas à s'immiscer dans la tête du gendarme, d'autant que le témoignage des deux promeneurs n'est guère en sa faveur. Mais Jamal se pose de nombreuses questions dont celle primordiale concernant le foulard. Comment le morceau de tissu a-t-il pu s'enrouler autour du cou de la défunte dans le court laps de temps qui s'est écoulé entre le saut du haut de la falaise et sa réception fatale. De plus elle est démunie de sous-vêtements, ses habits sont secs alors que sa peau salée incite à penser qu'elle a pris un bain, ce qui était courageux de sa part un 19 février. D'autres faits sont troublants, aussi bien pour Jamal que pour le capitaine Piroz.

yport-copie-1.jpgDe retour à l'auberge, l'hôtelier lui remet une enveloppe marron, dont le contenu, une vingtaine de feuillets et une coupure du journal local intriguent et déconcertent Jamal. Un accident similaire s'est produit au même endroit dix ans auparavant. Ce que la justice nommera l'affaire Morgane Avril, un viol suivit d'un meurtre. Or cette enveloppe a été postée de Fécamp la veille, comme si l'expéditeur s'attendait à ce qu'un tel drame se produise à nouveau.

Convoqué l'après-midi même à la gendarmerie, où il est reçu par le seul capitaine Piroz. La trépassée se nommait Magali Verron, née au Québec. Du moins c'est ce qui est inscrit sur le dossier posé sur le bureau du capitaine Piroz. Et le gendarme ne cache pas qu'il soupçonne fortement Jamal d'avoir poussé la victime mais pour l'heure il ne possède pas la moindre preuve et il est obligé de le relâcher, non sans avoir procédé à un prélèvement de sperme (je vous rassure tout de suite, Jamal s'est débrouillé seul pour déposer quelques spermatozoïdes qui ne demandaient rien à personne dans un flacon adéquat). Il fait la connaissance d'une jeune femme, Mona, qui désire obtenir une autorisation afin d'emporter des galets dans un but scientifique. Entre Jamal et Mona le courant passe, et il l'invite à dîner le soir à la Sirène, où elle a pris une chambre, et bien évidement la jeune femme lui fait passer une bonne nuit.

D'autres enveloppes parviennent à Jamal par des voies détournées, concernant l'affaire Morgane Avril mais également un autre meurtre perpétré dans les mêmes conditions, quelques mois après le premier mais cette fois à Isigny-sur-Mer dans le Calvados. Jamal patauge à la lecture des documents, et Mona lui propose d'enquêter en sa compagnie. Mais les pistes qui leur sont suggérées ne sont que sables mouvants. Jamal s'étonne même que les journaux locaux ne se soient pas emparés de ce fait-divers, mais le capitaine Piroz lui signifie qu'ils n'ont pas été informés afin que l'enquête se poursuive sans vagues. Toutefois il apprend qu'une association créée à l'instigation des parents et amis des défuntes œuvre toujours afin de traquer le coupable. Le nom de cette association est N'oublier jamais, d'où le titre du roman.

Jamal consigne dans un cahier ces événements, ceux qui luisaintmarcouf.jpg sont arrivés, ceux qui les ont précédés dix ans auparavant, ses recherches, ses espoirs, ses doutes, son incompréhension. Et lorsque le mot Fin est apposé page 462, ce n'est pas fini pour autant. Et les rebondissements font des ricochets comme une balle de squash dans un court vitré, pour obtenir un dénouement en escalier qui se rétrécit au fur et à mesure de la progression. Yport, Fécamp, Isigny-sur-Mer, Les îles Saint-Marcouf sont quelques-uns des lieux visités et qui seront peut-être à votre programme touristique estival.

 

Ce roman constitue une construction en trompe-l'œil terriblement efficace et imparable par sa logique, avec la précision méticuleuse d'une horloge... normande. Et Michel Bussi en prestidigitateur talentueux démontre qu'il ne faut jamais se fier aux apparences, même si celles-ci semblent inattaquables ou irréfutables.

Au début le lecteur habitué aux intrigues de Michel Bussi sait que tout ne sera pas linéaire, et celui qui découvre l'auteur se demandera bien à quoi il peut s'attendre, tant Michel Bussi se montre machiavélique. Dès les dernières lignes du prologue le ton est donné :

La dernière chose qu'il vit fut l'écharpe de cachemire rouge flotter entre les doigts de la fille. L'instant d'après elle bascula dans le vide.

La vie de Jamal aussi, mais cela, il ne le savait pas encore.

Au fur et à mesure de la lecture, on pense que Michel Bussi trompe son lecteur, qu'il entre dans le domaine du fantastique, mais rien n'est laissé au hasard. Tout s'emboîte minutieusement sans qu'on puisse le prendre en défaut, sans que l'on puisse lui reprocher de quelconques ellipses, de se conduire en illusionniste car en se remémorant certains phrases, certaines actions, certains événements, on ne peut que constater que tout ou presque est sous nos yeux. A part quelques détails, mais il faut bien ménager le suspense, et en cela Michel Bussi est un maître hors pair.

 

De Michel Bussi voir également : Ne lâche pas ma main.


Michel BUSSI : N'oublier jamais. Editions Presses de la Cité. Parution le 7 mai 2014. 504 pages. 21,90€.

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