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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 08:59

Coucou, coucou, fait moi peur...

Maurice LEVEL : La Peur et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants.

Moins connu que son cousin Marcel Schwob, Maurice Level aura bénéficié de son vivant d'une aura littéraire importante et son œuvre composée essentiellement de contes, sera traduite en plusieurs langues, en anglais, en américain dans la mythique revue Weird Tales, en portugais, en italien, en suédois et même en finnois.

De nos jours, il est quelque peu oublié ou méconnu, pourtant ces textes valent largement le détour, à l'instar de ceux de Guy de Maupassant dont il était un fervent admirateur, ou encore d'Edgar Poe et de quelques autres.

Si l'on dissèque quelque peu les nouvelles ici présentées, on s'aperçoit que Maurice Level joue peu sur le fantastique, mais plus sur la peur, le frisson, la terreur, l'angoisse, l'épouvante. Des faits anodins qui prennent soudain une importance primordiale et délétère dans le quotidien d'un personnage. Et à part dans L'Allée et L'Aveugle, rédigés à la troisième personne du singulier, tous les autres contes sont écrits à la première personne, comme si Maurice Level narrait des aventures personnelles, dont ses amis ou connaissances en furent les victimes.

 

Dans La Peur, le narrateur qui est procureur de la République recueille les confidences, les aveux d'un homme malade et qui avoue un meurtre. Ce sont dans quelles circonstances ce crime a été perpétré, et pourquoi, qui donnent du sel à cette historiette datant de ses débuts en écriture. Comme le fait justement remarquer Philippe Gontier dans ses notes à la fin de chaque texte, ce quatrième conte publié de Maurice Level, emprunte à des thèmes déjà exploités, mais tout en lui offrant une intrigue différente.

L'Aveugle, comme son titre l'indique, met en scène un non-voyant qu'accompagne une jeune femme, Louise, son épouse depuis cinq ans. Si lui aime ce tendron à lui confié par ses parents avant de décéder, pour Louise c'est une charge que de vivre à longueur de journées, et surtout de nuits, avec cet homme prévenant mais vieux. Un conte cruel qui s'inspire des technologies relativement nouvelles pour l'époque.

Le Fou est ainsi appelé à cause de son humeur sauvage, et c'est par hasard que le narrateur fait sa connaissance. Marchant sur le chemin des douaniers, alors qu'il fait nuit, le narrateur dérape et risque de chuter dans le vide. Le Fou, qui marchait non loin, le sauve et l'emmène chez lui et lui raconte son histoire, celle pour laquelle il s'est retiré du monde. Un texte morbide dont l'origine est l'adultère, thème fort prisé de tous temps et qui prend ici une résonnance particulière.

On, met également en scène un homme qui s'est retiré près de la mer, dans une maison sur la falaise. Il écrit à son ami, le narrateur, que des bruits étranges se produisent à intervalles réguliers dans sa maison et il en devient fou. Dans une ambiance surnaturelle, ce conte propose toutefois une explication logique à ces événements, mais la superstition est parfois plus forte que le cartésianisme ou le rationnel.

Le surnaturel est également l'un des ressorts prévalant dans Le tigre du major Atkinson, mais une explication logique est avancée lors de l'épilogue, avec toutefois une dose de scepticisme comme reliquat. Comme souvent, même s'il est démontré que telle manifestation ne peut se réaliser que d'une façon, un doute subsiste et c'est sur cette incertitude que joue Maurice Level et qu'il construit ses histoires .

 

Après une introduction due à Philippe Gontier, chaque texte bénéficie de notes, de petits suppléments fort utiles apportant des éclairages intéressants sur leur origine, le contexte, leur parution, leur analogie avec d'autres contes et nouvelles. Ces notes qui émanent d'un amateur cultivé, passionné, érudit, sont ce que l'on pourrait appeler la cerise sur la gâteau et forment comme un entracte entre deux textes.

Jean-Luc Buard, en véritable rat de bibliothèque, terme amical à l'encontre d'un chercheur infatigable, recense pour chaque texte les différentes parutions dans les divers journaux et magazines avec date et numérotation, ainsi que les diverses traductions et parution étrangères. Un travail de fourmi pas toujours reconnu à sa juste valeur et qui méritait d'être salué ici.

Enfin l'article Maurice Level vu par ses contemporains, dont Colette et Paul Reboux, clôt cet ouvrage qui devrait avoir une suite, du moins c'est ce que j'espère.

 

Sommaire :

La peur

L'aveugle

Le fou

La photographie

On ?...

A neuf mille sept cents mètres

Babel

L'allée

La bonne mère

Le tigre du major Atkinson.

 

Maurice LEVEL : La Peur et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants. Collection Terreurs anciennes N°2. Editions Clef d'Argent. Parution juin 2017. 120 pages. 9,00€.

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