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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 06:47

Un Goss qui ne fait pas l'enfant...

 

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Peter Callaway est le témoin d'une tentative d'enlèvement. Trois hommes kidnappent une jeune fille. Mais ils se trompent de voiture, prenant celle de Peter pour la leur. Le journaliste les expédie au tapis et emmène la belle chez lui. Marjorie Pigella, fille unique et délaissée d'un riche veuf, s'est enfuie du collège où elle était sensée poursuivre ses études. Peter a écrit un article sur la traite de blanches sévissant dans la région ce qui ne plaît pas à un Mexicain qui le fait kidnapper. Son copain Grégory, qui a assisté à l'enlèvement, le sauve de la noyade. Peter est renvoyé, son patron ayant peur des retombées provoquées par ses articles. Marjorie narre ses avatars. Elle a fait la connaissance d'un Don Juan, nommé Juan qui a drogué sa boisson. Après une tentative avortée pour s'échapper, elle a été présentée à Sanchez, psychiatre, et Peter l'a tirée des griffes des Mexicains alors qu'ils regagnaient leur voiture.

En compagnie de Grégory et de Jimmy, spécialiste des coffres-forts, Peter s'introduit chez Sanchez, apprend par l'assistante que les kidnappées sont emmenées dans un ranch au sud du pays et s'empare de documents. Des gros bras les poursuivent jusqu'aux docks. Grégory est touché et Peter décide de l'emmener ainsi que Peggy, la petite amie de Greg et Marjorie chez sa tante Caro à Sunshine cottage. De retour en ville il apprend que Jimmy est décédé après avoir été torturé. Il revient au cottage lequel est dévasté. Caro lui explique que les autres ont été enlevés. Pigella, qui tient les flics dans sa main, l'accuse de séquestrer sa fille. Peter retrouve la trace de ses amis mais il tombe dans un piège. Lui et Grégory sont délivrés par Caro. Ils repèrent l'emplacement du ranch et arrivent au moment où les kidnappées allaient passer la frontière séquestrées à bord d'un camion leurre.

Tour à tour écrit sur un ton badin, humoristique, poétique, dur ou réaliste, ce roman n'a pas trop vieilli. Il s'inscrit dans la veine des romans noirs américains dus à de petits maîtres tels que M.E. Chaber. La femme ne joue pas forcément, comme il était de bon ton à l'époque, le rôle de la garce ou de l'ingénue. L'emploi de certaines métaphores qui se voulaient drôles pourrait cataloguer aujourd'hui l'auteur comme raciste. Lorsqu'il traite par exemple les Mexicains de pains d'épice.


Citation : Toutes les pièces restantes sont aussi vides qu'un cerveau de député.


André GOSS : Sérénade aux colts. Fleuve Noir Spécial Police N°37. 1953.

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 07:53

Une bouffée de nostalgie !

 

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Chargé par son patron d'élucider la disparition d'un de ses collègues, Jupiter Clark se rend en compagnie de Perkins dans un parc d'attraction. Les deux équipiers sont enlevés et tabassés par les sbires de Max, le propriétaire d'un manège. Perkins est ensuite abattu avec le revolver de Clark. Celui-ci est appréhendé par les policiers et il profite de l'évasion d'un co-détenu pour se faire la belle. Clark, embringué dans la bande de malfrats, est persuadé qu'il a été victime d'un mouchard. Lors d'un braquage qui se termine mal, il se réfugie par hasard dans l'appartement d'une jeune femme, Effie, qui a un contentieux avec Max et dont elle lui révèle toutes les combines. Il l'entraîne dans son repaire puis se rend à un rendez-vous fixé par son patron. Celui-ci se fait enlever à sa barbe par les tueurs de Max. Clark doute de la bonne foi d'Effie qui finit par lui révéler sa parenté avec Max qu'elle désire sauver. Elle disparaît et Clark, passant entre les mailles du filet tissé par les flics, va à Hollywood où réside Max. Dans un restaurant il reconnait en l'une des clientes une jeune femme qui était entrée en même temps que lui dans l'attraction foraine. Il s'agit de Scarlett Irving, une jeune actrice en devenir, accompagnée de Wytness, son metteur en scène. Clark se fait engager comme figurant et apprend que le film dans lequel elle tourne est produit par Max. Il est kidnappé, en compagnie de Scarlett, par Effie qui termine sa vie une balle entre les deux yeux. Scarlett l'emmène chez elle mais Max les attend. Il apprend à Clark qu'il fournit des renseignements à des pays de l'Est. Les documents, des photographies d'usines atomiques, sont insérés dans des bobines de film. Libéré par deux de ses hommes, Ben et Jhonny, Clark s'empresse de faucher la bobine de film incriminée, fait surveiller les allées et venues de Scarlett et la kidnappe. 

Ce roman mi-policier, mi-espionnage, ancré dans l'esprit roman noir américain de l'époque, joue sur les coïncidences, sur les situations, jusqu'à ce que tout se décante à l'épilogue. L'ambigüité sur le véritable métier de Clark est entretenue jusqu'à la fin.  L'alcool coule à flot et les scènes de bagarre ou de torture sont légions. Afin de parfaire une égalité des sexes, qui dans ce cas n'est pas revendiquée, les protagonistes masculins ne se privent pas de rudoyer avec une joie sadique Effie ou Scarlett.

Curiosité : L'on n'apprend le statut professionnel exact de Jupiter Clark qu'à l'épilogue. Bizarrement le nom d'un des personnages est écrit Jhonny tout le long du récit.

Citation : Je ne me voyais pas menant la vie incolore et monotone d'employé de bureau ou de commerçant, confiné dans un local, obligé de faire risette à des casse-pieds.


André GOSS : Après vous madame. Spécial Police N°33, éditions Fleuve Noir. 1952.

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 06:27

Il ne faut jamais rester sur sa soif… de livres !

 

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Certains romans ne se lisent pas comme on débouche une bouteille de gros rouge. Il faut d'abord les caresser des yeux, les palper, les humer, les ouvrir sans précipitation, puis les déguster, dans le calme, le repos et la sérénité.

Avec Rue de la soif, Lebrun est toujours aussi humoristique et manie les mots avec dextérité. Il nous entraîne dans un parcours initiatique qui se veut balade. Balade au fil des rues et des camarades de comptoirs à la quête d’un personnage mystérieux, véritable parcours d'un combattant de la soif. Balade de l'éthylisme bon enfant, en une apologie narquoise et poétique des libations confraternelles.

Tandis qu'il se livre à une miction afin de délivrer sa vessie des litres de liquide ingurgités dans les différents bars qu'il hante, notre narrateur est intrigué par un graffiti diffamateur et anonyme. Un certain le Baron est accusé, qualifié par moult scripteurs d'une tare dont bon nombre de personnes peuvent se prévaloir sans le savoir et dont l'origine remonte à un certain monsieur Conart ayant vécu au 13ème siècle. C'est dire si la descendance de ce brave homme fut considérable.

Un échange d'imperméable dû à la distraction et à la précipitation du dénommé Baron va amener notre quidam à squatter bars, cafés, troquets, bouges et autres bistrots d'un triangle des Bermudes parisien et à remonter un fil d'Ariane parsemé d'un nombre infini de verres, chopes, gobelets, godets et autres coupes dans lesquels il risque se noyer. Mais chaque fois qu'il pense toucher au but notre héros en mal de liquide se heurte à cette déclaration affligeante et décourageante: "Le Baron, il vient de partir à l'instant !"

Rue de la soif est un livre rafraîchissant. Après avoir absorbé ces quelques cent trente pages roboratives, on le garde en main, comme ce demi de bière que l'on a enfilé d'une traite et que l'on examine avec le regret de ne pas l'avoir fait suffisamment durer. Michel Lebrun est un romancier doublé d'un écrivain, ce qui en ces moments de disette littéraire jubilatoire, est à apprécier comme un cru bourgeois d'une année de référence, pourquoi pas 47. Et si on apprécie ce petit gorgeon fort sympathique, on attend la réédition avec impatience afin de partager ensemble le coup de l'étrier. Il est dur de rester sur sa soif ! Patron, remettez nous ça !


Michel LEBRUN : Rue de la soif. Coll. Mots, Seghers. Septembre 1991. 142 pages.

challenge régions

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 13:25

Une aventure de Teddy Verano.

 

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Désœuvré, Teddy Verano se promène nuitamment dans le treizième arrondissement parisien. Il distingue dans le brouillard trois individus avançant avec difficulté. Il suppose que l’homme encadré par ses deux compagnons est sous l’emprise de la boisson. Toutefois le flair du détective le pousse à suivre les trois silhouettes. Ce qui lui permet de prêter l’oreille aux propos tenus par les deux hommes soutenant le troisième, visiblement mal en point, alors qu’ils sont sur le point de l’embarquer à bord d’un véhicule.

Il entend une partie de la conversation où il est question du « baiser de la veuve ». Sa présence est décelée et les malfrats abandonnent ce qui se révèle être un cadavre horriblement transpercé de trous, comme s’il avait été blessé par de multiples coups de poinçons.

Verano averti immédiatement son ami l’inspecteur Farnèse. Peu après la veuve du défunt lui demande d’enquêter sur le décès de son mari. Si elle s’adresse au détective plutôt qu’à la police, c’est pour une double raison. Elle désire faire de révélations pouvant compromettre l’honneur de son ex, ensuite elle pense être suivie. Pourtant elle est sûre que son mari, quoique gravitant dans un milieu quelque peu marginal, n’était ni un voyou, ni un assassin.

Verano intercepte effectivement un homme qui tente de pénétrer chez la malheureuse veuve. Il lui propose un marché : il ne le dénonce pas si le truand lui révèle l’adresse de ses employeurs. Le soir même Verano se rend sur place. Un spectacle digne du grand guignol l’attend. Il découvre le cadavre du malfrat dégoulinant de sang. Un message signifie que Reine Herson, la veuve, subira le même sort s’il ne renonce pas à son enquête. En effet la jeune femme a été enlevée et Verano aura toutes les peines du monde à la sauver des griffes des criminels et à sauvegarder sa propre peau du « baiser de la veuve ».

 

Plus qu’un roman policier, Mille et unes blessures jour dans le registre gore dont les années 80 seront si friandes. Plus que l’enquête, c’est l’effet sanguinolent qui prime, pimentant l’aspect énigmatique. Quel est ce fameux « baiser de la veuve » ?

Le cadavre ruisselait de sang. Le bruit venait d’une hémorragie qui achevait de se produire, goutte à goutte. Sous la chaise, une véritable mare rouge inondait le plancher. Teddy se rua, souleva le corps pour découvrir le visage. L’homme portait les mille et unes blessures. Un des mystérieux poinçons l’avait atteint en plein dans l’œil. Et la paupière avait été crevée du coup, si bien qu’il n’y avait plus qu’un horrible trou dans l’orbite, ruisselant d’un filet de sang.

Ces poinçons proviennent d’une machine infernale digne des supplices hérités du Moyen-âge, plus particulièrement employée par les tortionnaires allemands et connue sous le nom de Vierge de Nuremberg. Une sorte de caisson en forme de cercueil dont les parois étaient tapissées de longues pointes qui s’enfonçaient dans les corps des suppliciés.

 

Le détective de l’étrange Teddy Verano, qui traverse toute l’œuvre de Maurice Limat, semble être apparu pour la première fois dans la collection Le Petit Roman d’Aventures des éditions Ferenczi, avec notamment Le mystère des hommes-volants (1937) et Radio-Infernal (1938) passant ensuite d’une collection à l’autre, de Allo Police à Police Express puis Angoisse du Fleuve Noir.


Maurice LIMAT : Mille et une blessures. Société d’Editions Générales. Collection Police Express N°3. 1er trimestre 1945. 20 pages.

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 07:30

 Une façon comme une autre pour ne pas être reconnu !

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Le personnage principal de ce roman, ce n’est ni le photographe professionnel et tueur mégalomane qui sème ses cadavres comme le Petit Poucet ses cailloux, ni son frère, psychiatre spécialisé, ni la jeune biographe devenue biographe contre sa volonté, ni même l’inspectrice de police, jeune femme personnellement impliquée dans ce drame puisque l’une des victimes est sa propre nièce. Non, le personnage principal, c’est la Mort.

Comme le précise d’ailleurs le criminel à celle qu’il a choisie comme biographe : Le problème c’est que la mort a un attrait certain pour moi. J’aime plus ce qui s’achève que ce qui commence.

Mais la mort est partout présente, obsessionnelle, implacable, et fait partie du décor, comme une compagne fidèle des acteurs de ce drame. Mercedes Barren, par exemple, qui a perdu son mari, alors qu’elle était jeune mariée. Une mort qui lui avait donné rendez-vous au Viêt-Nam. La mort qui lui avait déjà ravi son père au détour d’une route. Ann Hampton, qui est entrainée à son corps défendant dans cette histoire a assisté toute jeune à la mort accidentelle de son frère, provoquée par la rupture de la glace recouvrant un lac gelé.

Les deux frères, le tueur et le psychiatre, ont aussi côtoyé la mort dans leur jeunesse, mort qui a entrainé leur père adoptif au fond d’un lac. C’est donc la mort qui domine ce roman, mais une mort violente, une mort toujours provoquée et non passive.

Mercedes Barren, inspecteur de police à Miami ne s’est jamais remariée et sa vie est entièrement consacrée à son métier. Ses seuls élans de tendresse et d’amitiés sont dirigés envers Sasan, sa nièce. Une nuit elle est réveillée par son patron à la Criminelle qui lui annonce par téléphone le meurtre de Susan. Un meurtre accompagné de viol. De toutes ses forces elle se jette dans la bataille. Lorsque l’assassin est arrêté et condamné, elle pense que sa vengeance est accomplie. Pourtant elle n’est pas satisfaite, un geste insignifiant, un regard du meurtrier lui font supposer que l’homme arrêté n’est peut-être pas le coupable. Les présomptions s’accumulent mais aucune preuve tangible ne vient les confirmer. Aussi, cette nouvelle enquête, elle la prend à son compte.

Ce sujet a déjà été abordé et traité de nombreuses fois dans la littérature policière. Le représentant de police qui se marginalise et recherche malgré tout un hypothétique meurtrier, n’est pas le premier à être mis en scène. Donc cette histoire pourrait n’être qu’une pâle copie de ce quia déjà maintes et maintes fois écrit et décrit. Et pourtant non, car John Katzenbach aborde, appréhende cette course poursuite d’une façon personnelle, privilégiant la psychologie et la description morale des personnages, employant le système des nombreux retours en arrière, sur leur enfance, afin d’expliquer leurs faits et gestes. Expliquer et non excuser.

Un roman dense, fort, extrêmement poignant, surtout dans son épilogue.

 

A ne pas confondre avec le titre éponyme de Paul-Jacques Bonzon publié en 1973 dans la Bibliothèque Verte. 

 

John KATZENBACH : Le voyageur sans visage. (The Traveller – 1987 ; traduction Philippe Rouard. réédition de Presses de la Cité – 1988) Editions Presses Pocket Noir. Mai 1990. 416 pages.

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 14:46

Ma Grand-mère n’aurait pas mieux dit !

 

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Pour Duffy, ex-policier reconverti dans la sécurité et détective à ses heures, gardien de but dans l’équipe des Volontaires, la bouffée d’air pur qu’il respire dans une propriété à la frontière de Buckinghamshire et du Bedfordshire, il la ressent comme une punition, une atteinte agressive à son statut de citoyen urbain et fier de l’être. Mais Duffy ne peut pas se défiler.

Dans la bibliothèque dont les livres sont faux, n’étant que des étuis recelant des cassettes-vidéo dont certaines ne sont pas à mettre entre toutes les mains, et encore moins à proposer à n’importe quels yeux, un cadavre a été découvert. Un cadavre un peu spécial, d’accord, mais un cadavre quand même. Et un cadavre dans une pièce de la propriété du vieux et riche Vic Crowther, c’est shocking !

Vic s’en prend à son vieux copain Duffy, qu’il avait chargé deux ou trois ans auparavant d’installer un système d’alarme, oubliant que lui-même avait précisé ce qu’il fallait installer et où. Et la bibliothèque évidemment avait échappé aux palpeurs, alarmes et autres gadgets.

Duffy doit donc vérifier l’installation et mener sa petite enquête sans qu’aucun membre de la petite communauté soit au courant. D’autant que le cadavre disparait et que de petits incidents se déclarent de ci de là comme des feux de broussailles. Et il n’est pas question de faire appel à la police.

Ils se conduisent d’une façon bizarre, les hôtes de Vic Crowther, le nouveau riche, le parvenu que Duffy avait failli coincer lorsqu’il était flic. D’abord Belinda, la jeune femme de Vic, fort connue pour ses appâts mammaires abondants qu’elle étalait avec complaisance en page trois des journaux. Sally, jeune femme un peu fofolle qui a une drôle de conception du jeu de billard et Damian, son partenaire de jeu. Jimmy, qui était dans l’armée, y prenant plaisir et qui depuis se croit toujours sur le sentier de la guerre crapahutant, rampant, se réfugiant dans les bois environnants. Il est amoureux transi d’Angela, femme secrète et avide de toutes expériences, qui doit se marier dans quelques semaines avec Henry, gentleman-farmer ne souhaitant pas consommer avant le mariage.

 

 

kavanaghFaux naïf et bisexuel indécis sur ses préférences, Duffy aura bien besoin de près de trois cent cinquante pages et de nombreuses réflexions pour mener à bien cette enquête sur laquelle plane un humour corrosif et typiquement britannique, fort bien rendu par Christine Le Bœuf, la traductrice.

Les faux-semblants, les insinuations, les métaphores, les descriptions de certaines scènes ne manquent pas de piquant et il faut rendre hommage à un sens de l’équivoque qui préserve l’humour et la causticité sans tomber dans le vulgaire et le graveleux.

 

Du même auteur, qui je le précise est un pseudonyme de Julian Barnes, lire  Arrêt de jeu

 

Dan KAVANAGH : Tout fout le camp (Going to the Dogs – 1987. Traduction de Christine Le Boeuf). Actes Sud, collection Polar Sud. Octobre 1991. 348 pages. Réédition éditions Points.

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 12:53

Le numéro 115 de la revue 813 consacre un important dossier à Jim Thompson. Retrouvons l'écrivain vieillissant dans une fiction.

 

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Au bout du rouleau, Jim Thompson se réfugie dans l’alcool et le tabac, malgré les efforts consentis auprès de sa femme Alberta. Pourtant il a encore envie d’écrire, et lorsque Miracle, un metteur en scène lui aussi sur le déclin, lui propose d’écrire un scénario et d’en faire un roman, il est partant.

Une entreprise sans grand avenir mais que Jim accepte car le couple doit déménager, trouver quelque chose de plus petit, de moins onéreux. Il se rend à son studio dans la ferme intention de s’atteler à la tâche demandée, mais un inconnu déboule, une arme à la main avec l’intention de le tuer sous un prétexte vaseux. Thompson le met en fuite.

L’inconnu, qu’il surnomme l’Oki à cause de son accent hérité de l’Oklahoma, a laissé sa voiture en bas de l’immeuble où Jim travaille. Dans le coffre gît le cadavre d’une jeune femme. Et c’est ainsi que Jim Thompson est amené à enquêter tout en brouillant les pistes des policiers.

 

Ce ne serait qu’une histoire banale si Thompson n’était pas le héros malgré lui de ce roman dont l’intrigue est quelque peu convenue. Et il est dommage justement que ce soit Thompson, ou tout autre auteur de roman noir, qui soit mis en scène. Cela ne relève guère la légende, ou même l'estime que l’on peut professer à l’encontre de ce genre de bonhomme, méconnu, méprisé de son vivant. Il aurait mieux valu que l’auteur de ce récit prenne pour héros un détective placé financièrement et moralement sur la corde raide. Utiliser un personnage connu relève plus du racolage que d’une fiction améliorée. Mais, car il y a un mais…

Mais d’un autre point de vue on peut comparer le style de Dominic Stansberry à celui de Jim Thompson, un Jim Thompson vieillissant qui confond réel et imaginaire, noyé dans les brumes de l’alcool qui le ronge et d’une paranoïa issue de sa dipsomanie.


Dominic STANSBERRY : Un manifeste pour les morts (Manifest to the dead – 2000. Traduction d’Emmanuel Jouanne). Série Noire 2696, Gallimard. Octobre 2003.

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 11:27

La face cachée de Julian Barnes.

 

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Le club de football l’Athlétic est vraiment dans une mauvaise passe. Son classement en troisième division s’en ressent fortement et s’il était relégué en quatrième division, ce serait la catastrophe. Son entraîneur, Jimmy Lister, est sur la sellette.

A la suite d’une agression envers l’un de ses meilleurs joueurs, Danny Matson, Jimmy Lister décide d’engager Duffy, un détective privé, lui-même gardien de but dans la petite équipe des Volontaires. Il est évident que Danny Matson n’avait rien à faire dans une boîte de nuit, et si à la sortie il s’est fait casser une jambe, c’était peut-être bien de sa faute. Mais Denise, la jeune femme qui l’avait dragué, disparait au moment où Danny aurait bien eu besoin de son témoignage.

Duffy enquête aux abords du stade, plus particulièrement à Layton Road dont les habitants ont engagé une procédure judiciaire. Les résidents n’apprécient guère les débordements des supporters les jours de match. C’est leur droit mais Duffy sent là-dessous une manipulation guère honnête. Les hooligans mettent leur grain de sel, déstabilisant l’ambiance, s’en prenant volontiers envers un joueur de race noire, Brendan, le meilleur joueur de l’équipe. Brendan lui non plus n’est pas épargné par le sort qui lui réserve un croc en jambe, un coup en traître.

Arrêt de jeude Dan Kavanagh est autant un roman policier qu’un clin d’œil, pas si innocent qu’il y parait, sur le football et ses à-côtés. Les magouilles financières, l’insubordination des supporters, ou supposés tels, les déboires de l’entraineur, les états d’âme des joueurs, tout est prétexte à ironie, à humour caustique, mais surtout à réflexion.

Doit-on s’étonner de ce genre d’ouvrage de la part de Dan Kavanagh plus connu sous la plume de Julian Barnes ? Cela surprendra peut-être les puristes mais Dan Kavanagh est en effet le pseudonyme derrière lequel se cache Julian Barnes, auteur entre autres de L’histoire du monde en 10 chapitres et demi ou encore du Perroquet de Flaubert et autres œuvres à succès.

Les fidèles de la Série Noire eux n’étaient plus dupes depuis 1982 et la première mouture de l’ouvrage de Claude Mesplède et Jean-Jacques Schléret : SN, Voyage au bout de la Noire paru chez Futuropolis (cet ouvrage a été réédité, revu et complété cher Joseph K). Dan Kavanagh eut l’honneur d’être traduit dans cette célèbre collection pour deux romans : La nuit est sale en 1981 et Le port de la magouille en 1982, roman dans lequel on découvrait Duffy, héros de Arrêt de jeu. Duffy qui outre son enquête dans les milieux footballistiques se voit confronté à de sérieux problèmes émotionnels et sexuels. De tendance bisexuel, Duffy a une phobie, celle d’être atteint du SIDA, le syndrome de Karposi, et souffre de son manque d’ardeur envers Carol, son amie qui couche chez lui de temps en temps.

Dan Kavanagh, la face cachée de Julian Barnes n’a pas souvent les honneurs des critiques littéraires, au contraire de son double. Ignorance des critiques, peur de mélanger les genres, qu’importe. Dan Kavanagh se suffit à lui-même et si vous avez l’occasion de découvrir Arrêt de jeu chez un bouquiniste, sachez que ce sera pour le meilleur et pour le lire.


Dan KAVANAGH : Arrêt de jeu (Putting the Boot in – 1985. Traduction de Richard Matas). Editions Actes Sud collection Polar Sud. Avril 1991. 304 pages.

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 12:27

Par l’auteur du Naïf qui en était un !

 

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« Dans le domaine de l’écrit, le genre policier, ce chancre, a dévoré la littérature pure… » Cette phrase, cette diatribe écrite par Paul Guth en 1972, un 22 janvier pour être précis, va coller à la peau de ce naïf et ce n’est certes pas Le retour de Barbe Bleue qui va rehausser le prestige de celui que les académiciens ont rejeté par plusieurs fois. En fait, Paul Guth a réussi un « crime parfait » : sa crédibilité est morte.

Bédar-sur-Gigonette, charmante petite cité du Vaucluse, est en proie à une émotion justifiée. Pour la première fois depuis sa création, le village connaît l’opprobre : un crime, un assassinat vient d’être perpétré sur la personne d’Olivier, un jeune employé de banque. Il a été étranglé avec une écharpe rouge. L’inspecteur Froidemont, surnommé le Columbo français, est dépêché sur place. « Quel rapport avec Columbo ? — Ton trench-coat miteux… Ton allure un peu voûtée. Ton geste en biseau, de la main droite… Ton œil qui dit merde à l’autre… » La parodie jusque dans le personnage. A se demander ce que peut bien lui trouver son épouse Isabelle, de trente ans sa cadette, belle, amoureuse, capricieuse et drôle.

Revenons à notre cadavre qui attend bien sagement sur son lit de mort la venue de l’inspecteur qui, lors de son examen, découvre un poil noir sur une lèvre du mort. Renseignement pris, il s’agit d’un poil de …barbe (on a eu chaud !) qui n’appartient ni à la victime, ni à son entourage. La légende de la Barbe-qui-tue enfièvre la région avignonnaise, d’autant que huit personnes décèdent, qui étranglée, qui empalée, avec toujours sur le cadavre ou à proximité, des poils de barbe. Tous similaires. Une publicité dans les journaux locaux attire l’attention de Froidemont. Une publicité insolite concernant un cirque, plus précisément un numéro de trapéziste.

Effectivement, cette attraction a de quoi fasciner : un géant cagoulé s’avance majestueusement sur la piste, commence son numéro, puis corse la difficulté. Enlevant son masque, il dévoile une barbe immense, d’un noir de jais. Il s’élance d’un trapèze à un autre, s’accrochant à l’aide de son système pileux. Délirant. Le numéro n’est pas terminé. Le personnage entame alors un strip-tease intégral qui révèle un corps féminin. Devant les yeux horrifiés des spectateurs et de Froidemont, elle commet son neuvième crime : elle jette le funambule dans la cage aux lions. Sans mal, Froidemont l’interpelle et elle lui avoue ses motifs, reconstitutions à l’appui. Repoussée par un garçon, elle l’a tué et ce meurtre lui a apporté la jouissance : c’est l’engrenage. Afin de parvenir à l’orgasme, il lui faut tuer, tuer, et toujours le même type de mâle. Tombée amoureuse de Froidement, elle lui déclare sa flamme à la prison de la Santé. Devant le refus du policier, elle tente de l’étrangler. Heureusement pour le Columbo français, Isabelle, son épouse, abat d’un coup de revolver cette amante poilue. Rideau.

Terminé. Ouf ! Ce roman n’est qu’une parodie, qu’une caricature, qu’un succédané, qu’une falsification, qu’une contrefaçon de roman policier. En un mot une supercherie. Afin de cacher le manque d’enquête véritable — le minimum pour un roman policier, — Paul Guth se réfugie dans la description d’un simili-érotisme médical. Je comprends maintenant pourquoi Paul Guth a tant vitupéré contre le roman policier : il est incapable d’en écrire un et se venge par dépit en effectuantdes déclarations qui se retournent contre lui. C’est au pied du mur qu’on voit le maçon. Paul Guth, ce cancre… Un qui a dû s’amuser, c’est Pierre Marie Valat, le dessinateur de la couverture de cette œuvre qui, espérons-le, j’espère restera unique : il dévoile la solution en première et quatrième de couverture !

 

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A lire dans la même collection :  Meurtre à l'anglaise de Didier Decoin;  Le jardin des délices de Camille Bourniquel et sur  

Action-Suspense : L'angle mort.

 

Paul GUTH : Le retour de Barbe Bleue. Collection Crime Parfait. Editions Mercure de France. Février 1992. 192 pages. 12,96€.

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 11:09

Hommage à Hubert Nyssen, né le 11 avril 1925.

 

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Alors que certains auteurs s’escriment à sortir du ghetto de la littérature policière, d’autres s’y plongent avec une visible délectation, s’ébrouant à plaisir dans ce que d’aucuns considèrent comme de la fange.

Hubert Nyssen, l’heureux créateur des éditions Actes Sud, dont la notoriété n’est plus à faire, a voulu lui aussi goûter à ce fruit défendu, réputé vénéneux. Et non seulement il en réchappe, mais de fort belle manière.

 

Mini-scandale devant la mairie d’Avignon, alors que le printemps botte le derrière d’un hiver récalcitrant : Louise Charmasson va convoler en justes noces et le père de la mariée n’est pas au rendez-vous. Au risque de déplaire à son géniteur, la promise conduit son fiancé devant l’autel laïc, entrainant à sa suite une demi-douzaine de personnes invitées aux festivités, et prononce devant Monsieur le Maire le Oui sacramentel. L’aréopage est à moitié consterné devant ce bras d’honneur moral envers l’absent, gros promoteur immobilier de la région. Un camouflet durement ressenti par madame Mère, l’humble Carmen Charmasson.

A n’en point douter, Charmasson père n’approuvait guère cette mésalliance et s’est consolé, regrettable habitude chez lui, dans les bras accueillants d’une femme subjuguée par ses prouesses de fornicateur impénitent.

Charmasson est retrouvé allongé, seul, dans son véhicule, victime d’un coup de couteau. Les soupçons se portent, allez donc savoir pourquoi, sur le gendre au passé de baroudeur, lieutenant dans l’armée et vindicatif, parait-il, dans le civil. L’inspecteur Raoul Dutry, surnommé le Capucin à cause d’une certaine ressemblance avec le pigeon du même nom, spécialiste de Lewis Caroll, adepte de syllogismes et de sorites, trouve sur son chemin l’ex-commissaire Renoir, parrain du marié soupçonné et dont la passion s’égare du côté des Belles Infidèles. Entendez par là « Les traductions qui ne manquent pas d’allure mais qui prennent avec le texte des libertés parfois singulières ».

 

Un roman alerte, guilleret, mené tambour battant, plaisant à lire autant pour l’histoire que pour le style, mais qui déconcertera le lecteur habitué à une rigueur logique dans le dénouement. Les clins d’yeux ne manquent pas, les références non plus, et Hubert Nyssen prend à contre-pied ceux qui pouvaient prétendre lire une mièvrerie. L’absurde et le draconien s’y côtoient, la culture et l’amusement font assaut de courtoisie et ce roman qualifié de Petit Polar tient aussi bien la route que les grosses cylindrées.


Hubert NYSSEN : Les belles infidèles. Collection Polar Sud. Editions Actes Sud. Janvier 1992. 265 pages.

 

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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