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18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 07:30

Il jouait du piano debout…

Anthony BUCKERIDGE : Bennett et son piano.

Comme pour Bennett et la roue folle, le titre de ce roman n’est pas tout à fait conforme au titre originel, Jennings as usual, qui aurait dû se traduire par Bennett, comme d’habitude, Jennings étant le patronyme britannique du jeune héros de cette série. En effet le piano ne figure que dans certains chapitres alors que l’idée principale réside dans les initiatives, souvent catastrophiques, du garçonnet dans ce pensionnat de Linbury.

Parmi les distractions extrascolaires proposées aux soixante-dix pensionnaires du collège, le bricolage arrive en bonne tête avec la construction de modèles réduits et le jardinage. Et Bennett s’est mis en tête de construire un téléphone artisanal afin de pouvoir communiquer avec ses amis, et plus particulièrement avec Mortimer.

A l’aide de deux boites en métal, fournies aimablement par l’un des professeurs, et un bout de ficelle, il confectionne son téléphone et ça maaarche ! Mieux que les inventions de Gaston Lagaffe !

Tout comme Gaston Lagaffe, Bennett enchaîne les bévues, et parfois ses propos prêtent également à des interprétations ambigües, plus particulièrement de la part de M. Wilkinson, l’un de leurs professeurs. Et les situations souvent burlesques se suivent comme les chenilles processionnaires, au détriment de Bennett, de ses camarades ou des professeurs.

 

Les malentendus sont nombreux entre les divers protagonistes, ce qui n’est pas étonnant lorsque l’on ne permet pas à l’enfant d’aller jusqu’au bout de ses explications, qu’on l’interrompt alors qu’il n’a pas fini de raconter ce qui vient d’arriver, ce qu’il souhaite faire ou à quel problème il est confronté. Un problème qui n’est pas irrésoluble à condition qu’il s’exprime en toute confiance.

Malgré le texte de la quatrième de couverture qui affirme qu’il y a un éclat de rire à chaque page, ce roman est plaisant à lire même si l’on ne rit pas tout le temps, des fois à peine sourire devant les mésaventures de Bennett. De même, il est écrit « Attendez un peu de l’entendre interpréter au piano, d’une manière tout à fait inattendue, un célèbre menuet de Beethoven !... Bon, pour l’entendre, il faudrait que ce soit un livre audio, mais on l’imagine très bien, accumulant quelques fausses notes, ou ne suivant pas le rythme, sauf… quand ayant une mission à effectuer en urgence, il laisse son ami Mortimer dans la salle de musique, seul, le remplacer en alimentant un électrophone diffusant le fameux morceau musical.

Une aimable récréation entre des romans noirs parfois déprimants et il est bon de se changer les idées, à l’aide de romans humoristiques et de se replonger dans des lectures de son enfance.

 

Anthony BUCKERIDGE : Bennett et son piano. (Jennings as usual – 1959. Texte français d’Olivier Séchan). Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Première parution 1971.

ISBN : 978-2010007743

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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 08:18

Un atelier d’écriture particulier !

Michel AMELIN : Le secret de Jessica.

Afin de se laver l’esprit de la flopée des romans noirs emmagasinés depuis quelques temps, quoi de mieux qu’un bon petit roman destiné aux adolescents mais que les adultes qui ne veulent pas vieillir lisent avec une certaine délectation, pour ne pas dire une délectation certaine.

Jessica, quatorze ans, est amoureuse. Cela arrive souvent à cet âge là, mais pas que. Donc elle est amoureuse de Kevin, un beau blond aux yeux verts, seulement elle n’est pas dans sa classe et ensuite, il préfère la compagnie de Pauline Turk, une grosse qui bénéficie de ses faveurs, car elle lit, beaucoup, comme lui. Tandis que Jessica, Radis de son nom, préfère d’autres divertissements, principalement rester devant la télévision à se gaver de vidéo.

Les vacances de Pâques, période synonyme d’activités proposées par la Maison des jeunes de Saint-Nazaire, arrivent et Jessica va s’inscrire à un atelier écriture, elle qui déteste ce genre de palliatif aux grasses matinées. Il est bon de s’occuper, c’est bon pour l’esprit, mais de là à s’inscrire à un atelier d’écriture, faut être masochiste ou amoureuse.

Et c’est bien pour cette dernière raison qu’elle s’y inscrit. Kevin doit participer à ce stage, de même que Pauline. Va falloir supporter.

Et le jour dit, Jessica se présente au lieu dit mais se retrouve seule. Les autres participants prévus sont atteint d’une épidémie de gastro-entérite, sauf Pauline qui est en Bretagne chez sa grand-mère. Comme l’écrivain pressenti est déjà là, n’ayant pu être prévenu (à l’avance comme disent les commentateurs qui n’ont pas des pléonasmes !) Jessica va l’avoir pour elle toute seule. Elle se retrouve sous les feux des projecteurs, personne à l’horizon pour lui sauver la mise.

Heureusement elle a lu un livre pour cette occasion. Un bouquin conseillé par Kevin, un pavé de trois cents pages. Maline, Jessica a lu le début puis la fin. Et elle en a extirpé un résumé (j’en connais d’autres qui font pareil, mais je ne les dénoncerai pas !) qu’elle présente à Alex Michelon, l’auteur théoriquement en résidence.

Seulement, ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est que cet auteur lui demande ce qu’elle a pensé de certains épisodes qui se déroulent au milieu du récit. Piégée Jessica ! Une romancière britannique qu’il connait fort bien et dont il décline les avatars familiaux avec sa tripotée de gamins. Il lui propose même de lui écrire, l’aidant dans sa rédaction. La journée se termine avec la remise de quelques ouvrages.

Troublée, Jessica reprend le livre parcouru et se demande comment il se fait que l’auteur(e) dédie cet ouvrage aux gains qu’elle n’a pas eu… Y’a un truc et cela la turlupine, jusqu’à ce qu’elle en parle à Kevin remit de ses émotions gastriques.

 

C’est frais, c’est reposant, c’est véridique pour certaines scènes, bref un moment de détente fort bien venu, mais en même temps, une histoire pédagogique pour nos jeunes lecteurs. Car si l’adulte se doute de ce qu’il va arriver, et encore, nos chères têtes blondes (Kevin) ou brunes (Jessica) ou de Turc (Pauline), vont découvrir des dessous auxquels ils ne sont pas toujours confrontés. Quand j’écris dessous, je pense naturellement aux dessous de la littérature, évidemment.

Cet aspect pédagogique est développé en volume de volume sous formes d’annexes, une démarche intéressante que tout le monde ne lira pas forcément. Mais il reste néanmoins que ce petit livre (par le nombre de pages) est vivifiant, empli d’humour. Un humour qui m’a fait songer à Jérôme K. Jérôme (pour ceux qui l’ignoreraient l’auteur de Trois hommes et un chien dans un bateau) et à P. G. Wodehouse, le créateur de Jeeves, summum de l’humour britannique (british pour ceux qui se piquent d’anglicismes).

Michel AMELIN : Le secret de Jessica. Collection Cascade. Rageot éditeur. Parution juillet 1997. 130 pages.

ISBN : 978-2700223637

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 13:48

Retour sur le 5 mai 1988.

Gilbert PICARD : L’affaire d’Ouvéa.

Fin avril, début mai 1988, l’opinion publique est alertée.

Tout d’abord sous le choc, elle sera bientôt irritée par les relations d’une affaire qui mettra aux prises les ténors de la vie politique, le tout savamment entretenu par des médias en quête de sensationnel et qui se délectent de controverses. Quelle joie pour les journalistes d’en rajouter en mettant de l’huile sur le feu.

Entre deux tours de scrutin, en pleine campagne présidentielle, quel plaisir d’étaler au grand jour un scandale et de le nourrir. Cette triste affaire fait les choux gras des hommes politiques, enfin pas tous ! Alors que pendant ce temps des hommes, des femmes pleurent leurs morts.

Il s’agit de la prise d’otages et de la délivrance par ceux-ci par les hommes du GIGN, dans cette île perdue, loin de la métropole, et qui a pour nom Ouvéa, nom de la Nouvelle-Calédonie.

Gilbert Picard est un écrivain, un romancier mais aussi un journaliste intègre, comme devraient l’être les journalistes. Du moins je le suppose. Il ne cherche point à tirer profit d’un scandale, d’une bavure, mais bien de remettre les choses à leur place et de rendre hommage à ceux qui ont été en première ligne, dans tous les sens du terme.

Après avoir été exposés aux coups des machettes et des fusils d’indépendantistes surexcités, ils sont pris en ligne de mire de ceux qui sont restés bien peinards dans leurs bureaux, les charentaises aux pieds, mais qui n’hésitaient pas à alerter l’opinion publique afin de bénéficier d’un racolage payant traduit en bulletins de vote.

Gilbert Picard analyse, commente, dissèque les tenants et aboutissants de cette affaire avec un esprit critique lucide en tentant d’appréhender la vérité au plus près.

Bizarrement, la presse dans son ensemble n’a pas parlé de ce récit documentaire. Aurait-il été dérangeant ? La déontologie journalistique n’était-elle plus ce qu’elle aurait dû être, ce qu’elle devrait toujours être ? Il est vrai que signaler la parution d’un ouvrage, surtout s’il dérange un peu et fait le point sur une vérité bafouée, fait moins vendre d’exemplaires de journaux que dénoncer des bavures, même si les dites bavures sont grossies ou déformées.

Or Gilbert Picard fait revivre, heure par heure, le déroulement exact de l’Opération Victor, en posant quelques (bonnes ?) questions. Pourquoi la prise d’otages a-t-elle été montée pendant la campagne présidentielle ? Que s’est-il réellement passé dans la cuvette de Gossanah quand les forces spéciales ont donné l’assaut ? Quel a été le rôle du capitaine Legorgu promu commandant dès son retour en métropole ? Pourquoi son rapport a-t-il été communiqué à la presse alors qu’il était classé Secret-défense ? Mais il cet ouvrage livre bien d’autres faits passés inaperçus à l’époque par la grande majorité de l’opinion publique.

Gilbert PICARD : L’affaire d’Ouvéa. Document. Editions du Rocher. Parution septembre 1988. 154 pages.

ISBN : 9782268007045.

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 08:16

Mais moi je suis seul…

G. ELTON RANNE : Double jeu.

Alors que Dan Campbell et Spencer Goren, deux détectives en un, ont une fois de plus des problèmes de trésorerie, Mary Blackenship leur propose d'enquêter sur une probable filature dont elle serait la victime.

Or Mary n'est autre que la fille unique du directeur général de la Cryogenic Inc., une société chargée de cryogéniser des personnes désirant ressusciter quelques années, voire quelques siècles plus tard.

A dix neuf ans Mary se conduit comme une révoltée, délaissant ses études, s'habillant en punkette, et nos deux héros ne sont pas loin de la considérer comme une gamine trop choyée par la vie, prenant ses désirs pour des réalités, un peu paranoïaque sur les bords. D'ailleurs c'est ce que pense sa psychologue puisque Mary est assaillie parfois par des souvenirs d'enfance qu'elle ne peut avoir vécu.

Toutefois toute rentrée d'argent n'étant pas à négliger, les deux détectives lui implantent une micro caméra afin de repérer d'éventuels poursuivants. Rien de bien positif jusqu'au jour où la gamine se fait enlever en pleine rue. Spencer et Dan résoudront cette affaire dont les motivations s'inscrivent dans une banalité mercantile avec l'aide de leur ami l'inspecteur Franck Dye qui ne s'embarrasse guère de préjugés lorsqu'il désire arriver à ses fins.

 

Le côté SF n'est qu'un alibi, l'action se passe en 2148, et une actualité récente dont l'héroïne était une brebis, n'est que les prémices de ce que pourraient subir d'autres personnes telles que Mary, si la déontologie médicale et scientifique n'y mettait bon ordre.

Au delà de l'enquête, qui se déroule comme tout bon polar qui se respecte, ce sont les dérives scientifiques qui sont mises en cause et la façon de procéder de la part d'individus attirés par l'appât du gain.

Quant au syndrome de Janus, dont sont affublés nos deux complices en détection, cela pourrait expliquer les agissements de quidams qui se transforment de Docteur Jekill en mister Hyde et ne peuvent donner d'explications à leurs méfaits. A noter que Spencer Goren et Dan Campbell ont déjà vécu une aventure dans Alice qui dormait sous la plume de Franck Morisset.

 

G. ELTON RANNE : Double jeu. Collection SF Polar N°3. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1997. 256 pages.

ISBN : 2-265-05889-0

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 11:03

Et le lecteur aussi ?

Franck MORRISSET : Alice qui dormait.

Malgré les progrès constants, et bien que l'on soit en l'an 2148, les erreurs existent toujours, et sont lourdes de conséquences pour celui qui les commet.

Ainsi le docteur Jack Smith, directeur du Centre Cryogénic de Toronto, s'est trompé de patient. Il a réveillé Alice Douglas au lieu de Howard Melvyn. Une bévue due à un petit verre de trop. Il s'est emmêlé les pédales en composant le numéro du patient et le voilà mis à la porte par le tout-puissant Jason Mérédith, son patron.

Faut dire qu'il y a des millions de dollars à la clé, car lorsque Alice Douglas est décédée en 2002, l'acte de Renonciation n'existait pas. Alors elle va réclamer son héritage, augmenté des intérêts. Pas de quoi faire couler la baraque, mais c'est pour le principe.

Jack Smith n'a plus qu'à devenir clochard et suivre les conseils de Georges le philosophe pour assurer sa pitance. Alice est toute contente d'avoir retrouvé la vie, elle qui était morte à 28 ans d'une leucémie. Seulement elle n'est pas confiante en l'avenir.

Aussi elle requiert les services d'une petite agence de détectives composée de Dan Campbell et Spencer Goren. Dan et Spencer se complètent. Lorsque Dan ne peut ou ne veut faire quelque chose, Spencer le réalise à sa place. Commence la bataille en le puissant Goliath et les deux petits David. Avec la belle Alice et quelques autres protagonistes entre eux.

 

L'amalgame entre la SF et le polar n'en est pas à sa première expérience, voir l'article de Jean Claude Alizet dans L'Année du Crime 1984 de Michel Lebrun.

Mais ce mélange, cette interpénétration de deux genres populaires n'est pas forcément le gage d'une réussite.

Malgré de petites longueurs, le roman de Franck Morrisset, au titre inspiré de l'œuvre de Sir Henri Rider Haggard, tient la route grâce à une habile connexion. Le départ démarre en fanfare, avec un certain humour, mais la suite devient assez soporifique jusqu'au dénouement final. Toutefois le "Duo" Campbell/Goren n'est pas inintéressant, au contraire, et c'est avec plaisir que nous les retrouverons dans de nouvelles aventures.

Franck MORRISSET : Alice qui dormait. Coll. Anticipation Polar SF N°1990. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1996. 224 pages.

ISBN : 2-265-05592-1

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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 08:16

Pauvre Blaise, qui n’était pas à l’aise…

La Comtesse de SEGUR : Pauvre Blaise.

Il est amusant de relire un roman avec un recul de plus de soixante ans. Nos yeux captent plus de messages disséminés par l’auteur que lorsqu’on découvrait ces petits romans à l’âge de huit dix ans. Et il est frustrant de constater que de nos jours bien de ces romans connaissent une réécriture ou des coupes.

Ainsi ce Pauvre Blaise, qui n’est pas le plus connu de ceux écrits par la Comtesse de Ségur, comporte dans la version que je possède, celle de 1943, 312 pages, et le texte est accompagné d’illustrations d’Horace Castelli, le plus souvent disposés en vignettes dans le corps du texte. Or, en vérifiant sur certains sites, un éditeur, Casterman pour ne pas le nommer, proposait en 2004 cet ouvrage avec 156 pages. Etonnant, non ? Ou, s’il ne s’agit pas d’une version tronquée, ces dernières versions n’incluent plus les illustrations d’origine, ce qui est fort dommage.

 

A la lecture de ce roman, on se rend compte combien les mœurs ont évolué depuis l’écriture de cet ouvrage destiné à Pierre, le petit-fils de la comtesse.

Blaise pense à l’arrivée des nouveaux occupants au château. Il est chagrin car il a perdu son ami, le pauvre petit M. Jacques, le fils des anciens propriétaires. Ceux-ci ont déménagé, ne désirant pas entretenir deux résidences reçues en héritage. Or les nouveaux propriétaires, s’ils se conduisent comme leurs valets arrivés en éclaireurs, risquent d’être à ranger dans la catégorie Mauvais, contrairement aux parents de M. Jacques, pense le gamin.

Ces nouveaux maîtres dont Anfry et sa femme, les parents de Blaise, sont les concierges, sont arrogants, surtout monsieur de Trénille. Quant à leur fils, Jules, c’est une vraie teigne. Menteur, fabulateur, égoïste, fourbe, coupable de bon nombre de bêtises dont il impute la faute à Blaise. Heureusement, Hélène, la sœur de Jules, est nettement plus sage, sensée, conciliante, et elle n’apprécie pas, non seulement les écarts de conduite de son frère, mais surtout ses mensonges. Et elle défend Blaise auprès de ses parents.

Au départ, Blaise ne voulait pas aller jouer avec Jules, s’étant fait rabrouer par les domestiques, imbus de leur position dominante. Mais il a bien dû céder devant les demandes de M. de Trénille puis de son père. Mais à chaque fois, Blaise se trouve le dindon de la farce. Et des stupidités, Blaise est amené à s’en rendre coupable, parfois, par la faute de Jules. Ainsi lorsqu’il lance, au clair de lune, une pierre sur un soi-disant fantôme et que celui-ci se révèle être un chat blanc. Il est vrai que l’animal était posté sur le mur du cimetière, ce qui pouvait induire en erreur. De toute façon, il ne fera plus peur, étant décédé sous le coup de pierre.

M. de Trénille possède des œillères et il ne peut comprendre que son cher fils se rende coupable de quoi que ce soit. Pensez donc, un fils de bonne famille ne peut que porter des valeurs morales édifiantes. Pourtant Blaise sauve la mise à Jules. Par exemple lorsque celui-ci est plongé dans une mare, par sa faute puisque Blaise ne voulait pas qu’il y aille, et qu’il s’y rend quand même à dos d’âne. Une cabriole de la part de l’animal et Jules se retrouve complètement trempé, avec des sangsues accrochées notamment au visage. Blaise dans sa grande bonté l’aide à se changer, lui prêtant ses vêtements secs et enfilant les habits mouillés de Jules. Et rentrant chez lui, Jules prétend que Blaise lui a volé ses effets. Un épisode parmi tant d’autres.

Mais parfois les descriptions de ces scènes sont narrées un peu mièvrement. Il est vrai que les deux gamins n’ont que onze ans et que ce livre s’adresse à des jeunes du même âge. Pourtant on remarquera qu’aujourd’hui, malgré tout le respect que peut émettre un ouvrier envers son patron, celui-ci ne s’adressera pas en ces termes tels que le fait Anfry :

Pardon, Monsieur le comte, vous êtes le maître et je suis le serviteur, et je ne puis répondre comme je le ferai à mon égal, pour justifier mon fils ; mais je puis, sans manquer au respect que je dois à Monsieur le comte, protester que Blaise est innocent des accusations fausses de M. Jules a portées envers lui.

Comme ceci est bien dit. Donc il s’agit bien d’un livre où la morale est présente partout, prônant la vertu, notamment celle du travail. Ainsi lorsque Jules vient chercher Blaise pour s’amuser, celui-ci est en train de défouir un lopin de pommes-de-terre et il refuse de l’accompagner car sa tâche n’est pas terminée.

Mais il dénonce certaines pratiques des nobles et des gros bourgeois envers leurs employés. Ceci n’a guère changé, dans les faits et dans l’esprit. Mais ce qui a changé, ce sont bien les relations enfants-parents, et surtout les occupations des jeunes. Les temps ont évolué, les mœurs aussi, et les occupations des gamins de onze ans ne sont plus d’aider les parents mais de se livrer à des jeux vidéos ou autres.

Mais tout ceci est bien loin et il faut lire ceci avec un petit sourire, même si le respect doit toujours être présent, et nous en manquons souvent.

Dernière petite précision : La Comtesse de Ségur n’hésitait pas parfois à décrire des petites scènes de violence ou de sadisme. Ainsi, alors que Blaise donne des pommes du verger de ses parents à un éléphant, dont le propriétaire fait partie des gens du voyage allant de village en village dans le but de distraire les bonnes gens en faisant exécuter par son animal quelques tours, Jules lui a trouvé un moyen de se distinguer. Possédant une aiguille, il la plante dans la trompe de l’animal qui réagit vivement. Et c’est encore une fois de plus le pauvre Blaise qui encourt les remontrances !

Un roman à mettre dans la malle aux souvenirs, et la nostalgie avec.

La Comtesse de SEGUR : Pauvre Blaise.

La Comtesse de SEGUR : Pauvre Blaise. Illustrations de H. Castelli. Bibliothèque Rose Illustrée. Editions Hachette. Parution avril 1943. 312 pages.

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18 avril 2018 3 18 /04 /avril /2018 07:55

Et ce n’est pas du cinéma…

Christian VILA : X.

Gaël Desmonts, de l’Agence DO, est bien obligé de se rendre à l’évidence. Lui qui ne croyait pas aux OVNI, alors qu’il franchit un col pyrénéen sur sa BM, il aperçoit une lueur. Un énorme objet flotte dans le vide, s’élève doucement dans les airs. Sur le ventre de l’engin est inscrit un symbole, un X.

Le phénomène s’éloigne et Gaël reprend sa route vers la capitale. Un pompiste obligeant lui fait remarquer qu’un véhicule le suit. Arrivé aux portes de Paris, il est arrêté par la gendarmerie. Rien de bien conséquent. Une simple vérification de papiers. Bizarre toutefois que ses papiers, lorsqu’ils lui sont rendus, soient tièdes, comme s’ils avaient été photocopiés.

Au même moment dans le sud Tunisien, Ingrid Altman, tente avec la complicité d’autochtones, d’échapper à un Français, qui se fait passer pour un Allemand. Elle aussi a vu des Ovni, et depuis elle ressent envers ces engins comme une grande bouffée de tendresse, comment dire... d’amour.

Que voulez-vous, les sentiments, ça ne se contrôle pas. C’est pareil pour Gaël qui s’aperçoit qu’entre Sonia et lui, il y a comme un petit quelque chose qui leur remue les tripes, le cœur et le reste. La sœur d’Ingrid requiert les services de Gaël, lequel refuse arguant que ce genre d’enquête ne s’inscrit pas dans les activités normales de l’Agence Do.

Toutefois lorsque Sonia se retrouve dans le coma, à cause d’un chauffard qui a voulu délibérément l’écraser, Gaël prend le taureau par les cornes et remue dans les brancards. Puisque c’est ainsi, il se rend dans le Sud Tunisien, en compagnie du fidèle Mokhtar, et on va voir ce qu’on va voir, barbouzes ou pas.

 

Ce roman, qui aurait dû être édité dans la défunte collection Aventures et Mystères des Editions Fleuve Noir, ne dépare pas cette nouvelle collection S.F. qui s’ouvre un peu à tous les domaines et à tous les genres.

Un livre qui ne manque pas de piquant et qui aurait pu être dédié à Jimmy Guieu, Jacques Pradel et Jean-Claude Bourret.

Christian Vilà nous offre un roman sympathique, qui ne se prend pas au sérieux mais dont l’intrigue est toutefois écrite avec rigueur. Tous ceux qui aime et le roman policier et la science-fiction, à condition qu’elle ne soit pas trop intellectuelle et rébarbative, devraient apprécier ce livre.

 

Christian VILA : X. Collection SF Mystère N°43. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1998. 224 pages.

ISBN : 2-265-05906-4  

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 08:16

Hommage à Bertrand Delcour décédé le 8 avril 2014.

Bertrand DELCOUR : Zen.

Depuis quelques mois des transfuges de l'ex URSS sont abattus, à chaque fois d'une façon identique. Un tireur s'amuse à les prendre pour cibles avec son arbalète.

Les responsables du SGN, dont Jeanson, se renseignent auprès de membres de la Mafia russe, qui en échange d'un silence diplomatique sur leurs activités de proxénétisme, fournissent les informations convoitées. Pour eux il ne peut que s'agir de Kaspar Fromm, un Français d'origine allemande qui à la suite d'un dépit amoureux s'est exilé au Japon. Il a appris auprès d'un vieil ermite la théologie zen ainsi que la pratique de l'arbalète.

Jeanson et ses hommes remontent la filière Kaspar d'abord par son père puis par Lizzy, la jeune femme qui autrefois fut sa maîtresse. Depuis Lizzy a refait sa vie. Elle a la possibilité de mener les hommes de la SGN jusqu'à Kaspar mais après avoir mûrement réfléchi elle refuse. En représailles, son chien puis son amant sont éliminés sans état d'âme. Acculée elle accepte de les conduire au tueur mais entre les deux anciens amants l'amour retisse sa toile.

 

Dans ce roman en deux parties, la première étant la recherche du tueur, la seconde décrivant une folle cavale jusqu'en Suisse, Bertrand Delcour nous brosse avec force des personnages non dénués d'intérêt même si parfois ils frôlent la caricature.

Le lecteur se prend de sympathie pour le tueur et sa compagne tandis que les hommes du SGN n'ont que ce qu'ils méritent. Faut avouer que Jeanson, entre autre, ne se montre guère à son avantage en persécutant Lizzy, désirant avec opiniâtreté lui prouver charnellement son amour. La saillie de Jeanson en quelque sorte.

Bertrand Delcour place de ci de là quelques clins d'œil, ainsi les rues Pouy, Sainte Anastase ou de Jarente. Et s'il évoque les éditions Gérard de Pilier, certaines scènes décrites dans ce roman ne sont pas loin de ce que certains reprochaient justement avec véhémence à l'auteur/éditeur de SAS. Il n'en reste pas moins que Zen est un bon roman, à lire au second degré.

 

Bertrand DELCOUR : Zen. Instantanés de Polar N° 38. Editions Baleine. Parution 15 octobre 1996. 238 pages. 9,00€.

ISBN : 2842190378.

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 08:30

L’ancêtre d’un Guide pour les Nuls ?

Robert SOULAT : Mémoire pour servir à l’élévation des médiocres.

Surtout connu pour avoir succédé à Marcel Duhamel à la tête de la Série Noire, de 1977 à 1991, Robert Soulat fut aussi un prosateur, un écriveur comme il se plaisait à se définir, iconoclaste et peut-être dérangeant.

L’écriture s’avère un devoir, un besoin, un but, une passion.

Mais l’autre grande passion, dont l’écriture découle, c’est la femme. La femme qui le porte, l’élève, le soutient, l’inspire. Et en premier lieu, la Mère qui lui inculque l’amour de l’écriture.

Ce pan de la littérature qu’on appelle l’œuvre romanesque, c’est très femme. Ou plutôt, c’est très mère. La manière dont un auteur de romans caresse ses personnages, même lorsqu’il veut en faire des anti-héros, rappelle vivement l’inquiétude et la tendresse des mères.

 

Ironique, caustique, Robert Soulat l’est indéniablement mais tout autant à son sujet, quà sa propre personne, qu’envers des thèmes plus sensibles, ou légers, graves, voire tabou.

Cela va de ce qu’il pense de lui-même et de son cerveau, se propulsant ensuite vers la religion, le rapport de celle-ci avec l’argent, citant Groucho Marx, se plaçant ou plutôt se comparant aux nouveaux riches, ceux de la Rive Droite et ceux de la rive Gauche.

Il manque à mon cerveau des murs de soutènement. Et je me demande parfois comment sa toiture s’y prend pour tenir toute seule. D’où je conclus souvent que cette toiture est une illusion et que mon cerveau est dangereusement exposé aux intempéries.

Plus loin il illustre ses propos ainsi :

Mon cerveau, je le crains, ressemble fort à ces potages où le vermicelle est constitué par des lettres de l’alphabet, et on sait que ce genre d’ouvrage est illisible.

Lucide ou se moquant volontiers de lui en se rabaissant ? Non, une simple constatation d’un intellectuel sachant maîtriser ses capacités littéraires, se livrant sans complaisance, alors que nous-mêmes devrions faire parfois un état des lieux.

Sur la question de l’argent, il se montre volontiers provocateur, tout en étant réaliste.

Les Américains qui ont de l’argent le proclament et s’en vantent, ce qui manque d’élégance. Les Français qui ont de l’argent s’en défendent en public, ce qui est grotesque.

Il oppose l’histoire et la religion, posant des questions fondamentales qui semblent futiles.

Toute l’histoire officielle des Français catholiques – j’entends par là celle qui nous cause des cuisses de Marie-Antoinette et de l’odeur des pieds d’Henri IV – passe pudiquement sur les questions d’argent. L’Eglise romaine aurait, paraît-il, interdit le prêt à intérêt, combine lucrative qu’auraient aussitôt exploitée ces salauds de juifs.

Dans cette dernière phrase, l’on ressent bien ce côté provocateur, Robert Soulat empruntant l’expression de salauds de juifs à la veine populaire, et donc n’est à prendre qu’au second degré. Il montre que la jalousie, en ce qui concerne l’aspect financier, voire mercantile, appose des œillères sur le jugement de bien des personnes qui pourtant se déclarent non-racistes et non antisémites.

Et les Médiocres là-dedans ?

Je ne dissimule pas qu’à force de faire l’éloge des Médiocres, je risque de passer, aux yeux des Purs et des Durs, pour un Conservateur, au mieux, et peut-être même pour un Fasciste.

Ce pourrait être un carnet de réclamation, de pensées divagantes, mais l’auteur suit son idée, celle de se chercher, de se trouver dans un monde où il évolue comme un entomologiste, étudiant ses contemporains, un peu comme La Bruyère l’effectuait lorsqu’il écrivait ses Caractères.

Un mémoire et non des mémoires, parfois, souvent même, amusant, et qui contrairement à ce que l’on pourrait croire est nettement plus profond que toutes les vaticinations de prétendus philosophes autoproclamés.

Mais qui va donc à l’essentiel ? Et qu’est-ce que l’essentiel ? Une station-service ?

Le dérisoire au service de la goguenardise, un entretien avec son lecteur, pour peu que celui-ci daigne le suivre dans le cheminement de ses pensées, des anecdotes délivrées par-ci par là, issues de sa mère, de sa grand-mère, de ses voisins, de ses observations.

 

Robert SOULAT : Mémoire pour servir à l’élévation des médiocres. Editions de l’Atalante. Parution mai 1990. 160 pages.

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 08:43

Là-haut sur la montagne, les deux pieds, les deux mains dans la…

Christian VILA : La montagne de Noé.

Gaël Desmonts, l'un des créateurs et animateurs de l'agence DO, se rend compte, alors qu'il circule en moto dans Paris, qu'il est filé par une voiture.

Il tente de semer ses poursuivants mais ceux-ci l'attendent en bas de chez lui. Un chauffeur de taxi d'origine kurde, qui soi-disant passait là par hasard, l'aide à repousser les assauts de ses agresseurs.

Van Haken, le roi du diamant atteint d'une maladie irréversible, demande à Gaël et à son associée, Sonia Olsen, de retrouver l'Arche de Noé, le navire mythique échoué selon la légende sur le mont Ararat. Ce n'est pas tant l'idée de se mettre à la recherche de l'épave qui séduit Gaël Desmonts mais de s'adjoindre les services d'un spécialiste, un Irakien du nom de Khaled Al-Ba`id, en délicatesse avec le régime de Saddam Hussein et assigné en résidence surveillée.

La priorité est donc de faire passer la frontière à Khaled puis de se lancer à l'aventure.

 

Dans cet ouvrage fort documenté, Christian Vilà amalgame ésotérisme, aventures, archéologie et fantastique. Un mélange de rationnel et d'extraordinaire. La trame, la solidité de l'intrigue, l'aspect mi-scientifique mi-imaginaire de ce roman fait quelque peu penser à ce qu'aurait pu écrire Jules Verne, ce qui n'est pas un mince compliment.

Christian VILA : La montagne de Noé. Collection Aventures et mystères n°11. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1995. 192 pages.

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