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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 13:53

 

Hommage à Jean Amila né le 24 novembre 1910.

 

 

Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des boeufs !


omaha-copie-1.jpg

Colleville sur mer, Saint Laurent sur mer, Vierville sur mer. Cinq kilomètres de plages. Le 18 juillet 1956 eut lieu la cérémonie d'inauguration du cimetière et du mémorial d'Omaha Beach. Février, Mars 1964, les journaux régionaux ne parlaient pas encore du 20ème anniversaire du débarquement et des réceptions prévues. Février 1964. Parution du roman de Jean Amila, "La Lune d'Omaha" et pour l'auteur une nouvelle occasion de brocarder la guerre et ses cortèges d'horreur.

Il prend pour théâtre ce petit bout de terre (70 hectares) concédé à perpétuité par le gouvernement français au gouvernement américain. Et d'imaginer une histoire de déserteur qui au lendemain de la guerre se serait fait passer pour mort avec la complicité d'un paysan normand, le père Delouis. George Hutchins devient George Delouis, livret de mariage falsifié d'Amédée Delouis à l'appui. A la mort du père Delouis en 1963, lequel était employé à l'entretien des parterres, des plantes, de la tonte du gazon, des jardins du cimetière américain d'Omaha, ce secret est enfoui dans la tombe avec le corps du jardinier.

omaha2C'est sans compter avec l'avidité du fils légitime du père Delouis. S'ensuivent tractations, marchandages guidés par la haine, l'hypocrisie et la roublardise. Hutchins le déserteur qui éprouve le désir de réendosser, non pas son uniforme mais son identité devant la bassesse d'une famille attirée par l'héritage, quitte le village de Seine et Marne où il est installé avec Jeanine sa femme, institutrice, et ses trois enfants, et révèle son origine et la supercherie lors d'une confrontation appelée par euphémisme, familiale.

Seulement il menace de se dénoncer auprès des gendarmes, mettant ainsi fin au versement d'une rente mensuelle qu'appréciait son frère d'adoption. Il est reconnu par le sergent Reilly, le responsable de l'entretien du Mémorial, lequel se propose de l'aider ainsi que le capitaine Mason, à lui trouver des excuses dans son comportement lors du Débarquement. Hutchins ne serait que déserteur par négligence, après avoir été prisonnier et s'être évadé. Retentirait la douce mélodie du bonheur et de la tranquillité si la femme de Hutchins ne s'était pas si impliquée dans la fabrication de l'identité de son époux et si celle de Reilly, une petite paysanne avide de plaisir, un peu pute sur les bords (lesquels ?), d'une vingtaine d'année sa cadette, ne venaient perturber cet agencement viril dans lequel on reconnaît la mansuétude du héros américain.

Guy de Maupassant, dans ses contes normands, ne s'était pas privé de dévoiler les travers d'une certaine paysannerie rapace, retorse, madrée, donc jusque là rien de réellement provocateur de la part d'Amila. A priori cette histoire de déserteur aurait pu susciter une certaine indignation de la part de ceux qui prônent les vertus rassurantes de mots tels que Patrie, Noble Cause, Valeur, Idéal, Honneur. Mais Jean Amila va plus loin dans la bravade et l'audace de ses dénonciations romancées.

Il ose insinuer que certaines magouilles auraient eu lieu lors de l'aménagement du cimetière. Par exemple un trafic de fumier dont le père Delouis serait à la tête, ce qui contrarie le sergent Reilly. “ Car hélas! tous les arbrisseaux, les parterres, les buissons de roses galliques et les pépinières ne se contentaient plus de l'humus symbolique américain, il fallait du fumier français! ”

Une fois par semaine environ le sergent Reilly rend un hommage à ses camarades de combat. “ Il faisait en zigzag ce qu'il appelait l'appel de l'escouade. D'un bout à l'autre du grand cimetière, il se promenait selon une ligne brisée, mais invariable. ” “ Il remontait vers le centre, autour de la chapelle ronde. Et presque avec tendresse, il touchait en passant les croix de Harry, de Gordon, de Hann... Il s'arrêtait plus longuement devant la croix de James R. Bancroft, le râleur... Au delà du grand Agénor de bronze du Mémorial, il rendait visite au mur des disparus où le dernier homme de l'escouade, Cornell, avait son nom au milieu d'autres, pulvérisés, jamais retrouvés ”.

Il traque comme le font encore aujourd'hui les jardiniers Amila2français employés à l'entretien, le moindre brin d'herbe risquant de jeter une note discordante de laisser aller incongru. “ Il avait eu l'honneur de faire un stage à Arlington avant de venir au cimetière d'Omaha Beach. Il lui en était resté la haute conscience du gazon absolument irréprochable. Chasse féroce à l'ignoble pissenlit, au sournois laiteron, au vulgaire pâturin! Mètre par mètre, d'un bout de l'année à l'autre, le gazon était ausculté, tondu, noyé, roulé, piqué... Pas une trace de mousse aux endroits d'ombres. Pas la moindre éclaircie aux surfaces brûlées par le soleil de juillet et d'août! Les bords nets! La tonte au ras des croix! 

Une profession de foi que l'on retrouve en bonne place dans le dépliant fourni à l'entrée du Mémorial: “ L'alignement parfait des tombes sur la pelouse vert émeraude merveilleusement entretenue inspire un sentiment inoubliable de paix et de sérénité ”. Et il valait encore mieux passer par le père Delouis, officieux adjudicataire des fumiers et composts, que de se voir livrer un “ fumier farci de pourridié malade, ou truffé de tonnes de vers blancs qui compromettaient tout la végétation ”.

Il y avait toujours la solution de porter plainte. Seulement “ Ça menait loin et ça prêtait le flanc à la rigolade de la sympathique population ”. Et puis entre nous, cette façon de faire son beurre et d'écouler sa production, cela a toujours existé et existera toujours, quoique l'on dise ou fasse. Pas de quoi fouetter un bœuf, ou un chat, et encore moins matière à un article. Allons plus loin dans l'horreur et l'absurdité dénoncées avec une force tranquille, goguenarde et irrespectueuse de la part de Jean Amila qui va bientôt nous camper quelques scènes et dessiner des portraits caricaturaux propres à soulever la réprobation générale, l'indignation dans la presse locale, l'irritation des édiles, le mécontentement onctueux du clergé assorti d'une menace d'excommunication, la colère des autochtones.

Amila.jpgEnvisager une telle pratique blasphématoire et irrévérencieuse envers la mémoire de héros qui le 6 juin 1944 avaient mouillé leurs pantalons aussi bien au propre qu'au figuré ne pouvait que soulever une poignée de hallebardes prêtes à fondre sur l'iconoclaste anarchiste. Plus que le courage, la témérité et le plaisir de combattre, (Lafayette, nous voici !) c'était la peur de mourir qui obligeait nos libérateurs à mettre un pied devant l'autre et de grimper les falaises. L'apaisement et la communion que ressent le sergent Reilly vont en prendre un sacré coup lorsqu'il apprend par le curé de Saint Laurent sur mer que les vaches du père Delouis auraient été enterrées dans l'immense charnier en compagnie des cadavres des soldats américains. Bien sûr “ Reilly n'avait guère d'illusions sur la façon dont l'Armée avait pu traiter les cadavres. Et il était bien placé pour savoir que les croix alignées, le gazon impeccable, la bannière étoilée, les mots IDEAL, VALEUR et PATRIE gravés sur le Mémorial et le grand Agénor au coup de pied à la lune, ne recouvraient qu'une immense fosse commune ... Mais le coup des vaches, il ne l'avait jamais soupçonné. Et parce qu'il éprouvait du ressentiment pour Claudine, ce matin-là, il trouva cela aussi normand, aussi français, aussi dégoûtant que le croissant trempé dans du café au lait ”.

Devant cette marque flagrante d'irrespect Reilly ne peut qu'exprimer sa fureur à son supérieur qui se montre pour le moins philosophe et balaie par une citation empruntée à Alexandre Dumas (on peut pisser dans un fleuve, aucune importance!) ce qu'il considère comme une blague, traitant le curé de farceur ou le père Delouis d'avoir voulu se rendre intéressant... L'attitude des paysans à son égard, la subordination de ses jardiniers teintée d'ironie, trouvent explication à ses yeux. “ Brusquement il se souvint de la curieuse manière qu'avaient les gens de par ici de prononcer Omaha, en le traînant, en le veulant jusqu'à en faire un meuglement : Omeuheuuu!... ”

Amila3


Ceci est un extrait d'un article paru dans la revue Polar N°16.

 

Jean AMILA : La Lune d’Omaha. Série Noire N° 839 (1964) réédition Folio policier 309, éditions Gallimard. 5,30€.

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 09:16

Nice n’est pas nice !

 

  Nice est


Nice-est, c’est comme un nævus verruqueux qui dépare un joli visage, comme la tache sur le pétale d’une rose, comme l’étron dans une assiette en porcelaine de Limoges, comme… C’est l’envers, ou l’enfer du décor.

Les Vignasses, une HLM perdue parmi d’autres, une HLM dont les occupants, principalement des ressortissants de pays qui se trouvent de l’autre côté de la Méditerranée, oublient de payer le loyer. Spinelli, un encaisseur désabusé, est chargé par son patron de signifier aux locataires récalcitrants qu’à défaut de bon argent sonnant et trébuchant, c’est l’expulsion qui les attend. Un boulot qui n’enchante guère notre encaisseur de service, surtout lorsqu’il apprend que derrière tout ça se cache une vilaine histoire de gros sous et de terrain. Je t’achète, je te vends, tant pis pour les locataires démunis qui se retrouveront vite fait à la belle étoile.

Seuls quelques-uns auront le privilège d’être relogés.

Patrick Raynal trimbale son héros et son blues dans une ville qu’il connait bien. Patrick Raynal aime sa ville, mais ce n’est pour autant qu’il pardonne tout. Encenser le beau, c’est bien joli, mais ce n’est guère courageux. Dénoncer les imperfections, pour ne pas dire les magouilles, cela réconforte avec soi-même. Il faut savoir s’assumer et ce n’est pas en recouvrant de fleurs un tas de fumier que la pourriture disparaitra. Patrick Raynal le sait et ce n’est pas à sa ville qu’il en veut mais à ceux qui sont aux commandes.

 

Quant on vous dit que le roman policier, le roman noir est un reflet de la société ! Beaucoup trouvent futile ce genre de littérature, pourtant que de constats, de réflexions amères, de leçons devraient en être tirés. Patrick Raynal possède une façon bien particulière d’écrire, avec de nombreuses petites phrases, des métaphores, des formules percutantes.

 

Ce roman avait paru initialement en 1988 dans l’éphémère collection SOS Racisme chez Calmann-Lévy. Cette collection aurait mérité un plus grand retentissement, mais soit elle fut boudée par les lecteurs, soit le principe même ne fut pas concluant aux yeux de la maison d’éditions. Pourtant les titres qui ont été proposés valaient largement le détour. Cette collection SOS Racisme était-elle une bonne idée ? Ne prêtait-elle pas à confusion ? Certains auteurs, dont Patrick Raynal, sont tentés de le croire (voir Anthologie du Mystère 1989, entretien avec Jacques Baudou, Le Livre de Poche) mais il fallait avoir le courage de tenter cette expérience. Les thèmes abordés étaient le racisme, la ségrégation, la haine ou la peur de l’étranger. Etranger ne signifiant pas seulement celui qui est né au-delà des frontières, mais aussi de l’inconnu, celui qui traverse le village avec une horde de chiens hargneux à ses trousses, les gens du voyage, les handicapés, les marginaux… Et le titre même de la collection SOS Racisme, avait disparu de la couverture dès le cinquième titre, peut-être pour éviter de choquer certaines susceptibilités.


Les titres édités furent : Djemila de Jean-François Vilar (Mars 1988), Nice-est de Patrick Raynal (Mai 1988), Mississipi Delta Blues de Marie et Joseph (Aout 1988), Skinheads de Roger Martin (Octobre 1988), Billard à l’étage de Michel Quint (Mai 1989) Grand Prix de Littérature policière 1989 et L’encre de Chine de Frédéric Larsen (Mai 1989).

 

 

Patrick RAYNAL : Nice-est. (Réédition de Calmann-Lévy, collection SOS Racisme – 1988) Collection Instantanés de Polar. Editions Baleine. 142 pages. 5,95€.

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 10:45

Mignonne, allons voir si la ronce...

ronce


La vie, c’est comme les roses, c’est beau mais il ne faut pas oublier les épines qui sont le complément indispensable. Comme le mal qui s’accroche au bien, afin de relativiser notre existence.

Et dans les nouvelles signées par Roland Sadaune, la vie en contient pas mal de ces dards qui égratignent les petits moments de bonheur éphémères. Treize exactement, comme dans la cène, douze apôtres autour de celui qui deviendra le Christ dont le front sera ceint de ronces.

Mais n’allez pas croire que Roland Sadaune puise son inspiration dans le domaine biblique. Non, c’est plus prosaïquement à partir de la vie quotidienne qu’il construit ses historiettes, avec parfois un trait de plume trempé dans la dérision, le caustique, l’humour grinçant, l’ironie, le rêve aussi.

Comme Roland Sadaune est également, et avant tout allais-je écrire, artiste peintre, il s’inspire de son savoir-faire et de son expérience pour nous planter le décor en deux coups de pinceaux plongés dans le noir, amélioré de gris, pour nous camper quelques personnages issus de son milieu ou non, pour brosser des situations dramatiques tout en étant cocasses. Et au fil de ses nouvelles et de ses romans, il s’affine, le trait de vient plus incisif, plus corrosif, plus obsédant aussi. Un auteur à découvrir.

 

A lire également de Roland Sadaune : Le loup d'Abbeville, Deauville entre les planches, Game Auvers.

 

Roland Sadaune : La vie en ronces. Editoo.com. Avril 2004. 13€.

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 11:17

Ou passion délirante ?

 

délirepassionné


Antoine est étonné de se réveiller avec dans son lit une inconnue, nue comme lui. Lucienne, dite Lulu, est moins déconcertée et impute cette situation scabreuse à l’absorption d’un verre de trop. Un coup de téléphone de son ami Théo dissipe rapidement le malentendu. La veille, Tony et ses copains ont fait la tournée des grands ducs et flirté avec quelques filles dont Lulu qui tenait le vestiaire d’une boîte de nuit.

Robert et Théo ont raccompagné, déshabillé et couché Lulu et Tony bien éméchés dans le lit du jeune homme pensant leur faire une bonne blague. Comme Lulu est consentante, ils sacrifient au réveil au démon de la chair. Tony est stupéfait de démontrer à la jeune fille sa virilité à plusieurs reprises. Ce qui le surprend, pensant être devenu plus ou moins détaché des plaisirs charnels depuis le départ de sa femme avec un homme plus fortuné que lui.

Lulu lui avoue avec candeur avoir connu plusieurs hommes et se faire entretenir. Sa situation de courtisane ne la gêne pas et ils adoptent vite un compromis. Elle s’installe chez Tony. Une sorte de contrat moral qui les satisfait, surtout au lit. Cependant Tony est un peu agacé par la propension de Lulu à mettre en parallèle ses précédentes aventures.

Chacun de leur côté, ils connaîtront d’autres aventures, sans lendemain. Le cœur n’y est pas. Ils se retrouvent avec plaisir et le mariage se profile à l’horizon.

 

Portrait d’une femme libérée avant la fameuse révolution sexuelle, Délire passionné joue beaucoup sur la métaphore et le subjectif pour décrire les scènes d’amour. Un roman à l’écriture ampoulée, vieillotte, mais sauvé par les situations modernes subies par les personnages.

 

Citation : Une femme sans homme c'est comme un petit chien sans maître. (Page 129).

 


DOLNEY Robert J. : Délire passionné. Collection Noire et rouge du Fleuve Noir (1953).

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 08:50

Y'a-t-il un homme dans son lit ?


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Jeune et jolie, veuve après seulement quinze mois de mariage, Renée est devenue solitaire et taciturne. Ce n’est pas l’accident qui a coûté la vie à son mari qui l’a rendue quasi neurasthénique, mais sa nuit de noces ratée. Vierge, elle a subi les assauts d’un soudard qui n’a pas su éveiller sa féminité.

Depuis, elle est devenue frigide. Au bout de quelques mois elle prend pour amant Dino, un ami de sa cousine Monique qui habite Neuilly. Quoique réputé comme Don Juan, et excellent dans ses rapports avec les femmes, Dino essuie un échec. Renée restée sur sa faim rompt et décide de changer d’air.

Elle passe quelques semaines en Suisse, prend un nouvel amant qui lui aussi loupe son entrée en matière. Dépitée par ce manque de résultat, elle s’installe chez Monique qui vit maritalement avec Raymond. Le couple, libre de mœurs, héberge un toubib reconverti comme musicien de jazz, Jimmy.

Renée confie à Monique ses problèmes de libido. La cousine n’a de cesse de décoincer la jeune veuve. Elle l’incite à vivre comme eux, partageant la salle de bains en toute simplicité. Elle lui vante les qualités viriles de son amant et lui conseille même de coucher avec. Une expérience qui une fois de plus s’avérera décevante. Lorsque Dino vient la relancer, elle accepte l’offre de Jimmy qui lui propose de partager sa chambre.

Les deux jeunes gens sont attirés l’un par l’autre, et ce qui doit se produire arrive au plus grand plaisir de Renée. Enfin !

Cette simple histoire d’amour paraît aujourd’hui bien fade. Les scènes érotiques n’ont d’érotique que le nom. Pourtant à l’époque certains ont crié au scandale. Que n’ont ils lu l’amant de Lady Chatterley !

L’auteur évoque surtout la poitrine de Renée, se complaisant à la décrire. Quant aux réactions de la jeune femme vis à vis de l’amour physique, il tente de les expliquer par de pseudos psychanalyses. Il reconnaît toutefois que l’aversion que Renée peut éprouver lors de ses rapports est due aux précipitations masculines, l’homme ne pensant qu’à son plaisir, même s’il est considéré comme un amant hors pair par ses autres conquêtes. En fait, c’est l’amour qui résoudra les problèmes de Renée.

 

Citation : Quand on trompe une femme, on peut faire tout sauf le lui dire ! (Page 42).

 


FAXEN S.T. : Ardeur secrète. Collection Noire et rouge. Le Fleuve Noir. (1952)

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 08:58

Il ne fallait pas le louper celui-là !

 

dernier-taxi.jpg


Chauffeur de radio-taxi parisien, Caroline élève seule Catherine sa petite fille de cinq ans. En ce jour de décembre, comme à son habitude, elle conduit sa fillette à l’école, puis se rend au garage où elle assure les remplacements de ses collègues en congés. Alors que sa journée est terminée et qu’elle rentre de l’aéroport d’Orly, elle charge ses deux derniers clients : une mère conduisant son gamin dans une clinique pour y subir une opération de l’appendicite. Arrivée sur place, la mère indécise sur l’adresse exacte de l’établissement, confie Pierrot à Caroline et quitte le taxi afin de se renseigner. C’est le moment que choisit Paul Fougère, dit Pierrot le tueur, qui vient de s’évader de la prison de la Santé toute proche, pour s’engouffrer dans le véhicule. Un couteau sur la gorge de Pierrot, il ordonne à Caroline de le conduire en pleine campagne. Comme elle tente de se rebeller, il la blesse à l’épaule. Au cours du trajet le taxi s’embourbe dans un chemin. En voulant prendre une torche dans son coffre, Caroline glisse dans la boue et le tueur en profite pour la violer. Elle parvient néanmoins à échapper à son tortionnaire et roule en marche arrière tout en calant son combiné radio en position émetteur. Elle a le temps de donner quelques renseignements à la standardiste des radio-taxis afin que l’on puisse localiser sa position avant que le véhicule dérape et heurte le talus. La jeune femme tente de fuir dans les bois mais elle est vite rejointe par le kidnappeur.


Cependant Pierrot, qui s’était endormi, se retrouve seul dans le taxi. Croyant que le micro ne fonctionne pas il l’arrache afin de s’en servir comme d’une arme dérisoire. Il ignore que les policiers alertés essayent de déterminer l’endroit où ils se trouvent, guidés par le signal sonore émis par l’appareil. Grâce au concours d’un collègue de la jeune femme qui connait la région, ils arrivent néanmoins à situer plus ou moins leur position. Pierrot quitte le taxi et s’enfonce dans la nuit. Soudain, il ressent une violente douleur dans l’abdomen et s’évanouit sur le bord de la route. Une jeune fille rentrant chez elle à vélo aperçoit le corps et fait retourne sur ses pas afin de prévenir les gendarmes. Paul Fougère, furieux, fait croire que le garçon s’est surement perdu dans les marais voisins. Il redresse l’aile du véhicule, tordue lors de la collision, et le taxi peut effectuer un demi-tour. Revenus sur la départementale, ils trouvent le corps inanimé de Pierrot. Fougère décide de le prendre à bord puis casse froidement le bras de la conductrice qu’il ne juge pas assez docile à son goût. Fougère retourne ensuite dans le sous-bois avec son otage afin de récupérer un magot caché quelques années auparavant au pied d’un chêne et provenant d’un hold-up pour lequel il a été condamné.


Pierrot va-t-il succomber à une péritonite ? Fougère va-t-il retrouver l’argent enfoui, ou son complice sera-t-il passé avant lui ? Catherine va-t-elle sortir indemne de cette nuit de cauchemar, et si oui comment ? Autant de questions que le lecteur est en droit de se poser, arrivé à cette partie du récit. Car, nonobstant quelques petites incohérences au début du roman – comme le fait que l’évadé soit en possession d’un couteau de provenance inconnue, ou que la mère de Pierrot, habitant entre Orly et Villejuif, conduise son enfant en proie à une crise d’appendicite aigüe menaçant de se transformer en péritonite à Paris – ce roman est empreint d’une angoisse sourde tenant en haleine le lecteur. De l’angoisse purement rationnelle car aucun élément de surnaturel ou de fantastique à proprement dit n’est intégré dans le récit.

André Caroff use, pour faire monter la pression, de stratagèmes qui aujourd’hui semblent éculés mais qui sont directement issus du roman feuilleton et du roman populaire, comme d’annoncer avec une certaine emphase les événements à venir. Il écrit ainsi page 12 : « tout cela était d’une banalité mortelle, mais lorsqu’elle pensa cela, Caroline Bertrand ne savait pas encore qu’une aventure terrible la guettait derrière la brume de ce jour de décembre », ou encore page 65 « A cet instant précis Caroline sut qu’elle le tuerait ».


A part quelques scènes qui préfigurent ce qui deviendra quelques années plus tard le roman Gore, ou quelques descriptions inquiétantes dont la teneur visuelle se résume en quelques lignes, tout le roman est basé sur l’angoisse ressentie par les protagonistes face à un être obtus et violent.

André Caroff qui lui-même a exercé le métier de chauffeur de taxi, a probablement écrit ce roman à la demande d’Eugène Moineau, alors responsable du service communication au sein du Fleuve Noir. Le lecteur qui était adolescent à l’époque de la parution du livre – c'est-à-dire au début des années 60 – retrouvera un environnement familier et sera plus en osmose avec l’histoire que celui qui est né dans les années 80. Les moyens de transports et de communications qui jouent évidemment un rôle primordial dans ce récit, n’étaient pas aussi évolués et performants qu’aujourd’hui, quoi que avec les plateformes téléphoniques les mises en relations sont actuellement plus longues qu’auparavant malgré le fameux sketch du 22 à Asnières et les moqueries faciles sur les demoiselles du téléphone.


A lire mon portrait d'André Caroff  .


André CAROFF : Le dernier taxi. Collection ANGOISSE n° 80. Editions Fleuve Noir.

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 12:04

Fermez les portières, attention au départ !

Et encore plus à l’arrivée !

 

train-perdu.jpg


François, professeur de géopolitique et stratégie internationale, est chargé de donner une conférence en Zoldavie, et accessoirement effectuer une mission plus officieuse, transmettre des documents à une entreprise. Son wagon-couchettes est en queue de rame et son compartiment accueille deux autres voyageurs dont une jeune femme rousse placée face à lui. Son sommeil est rythmé au gré des arrêts.

Alors que le train traverse le territoire de la Zoldavie, peu à peu celui-ci décélère et bientôt s’immobilise en pleine campagne. Les dix-huit voyageurs présents dans la voiture se posent nombre de questions, jusqu’au petit jour, moment où l’un d’eux s’aperçoit que le reste du train a continué sa route. Le wagon s’est décroché et les supputations vont train, justement. Accident, sabotage ?

Afin que la panique ne s’installe pas, Albert, l’un des voyageurs, prend la situation en main, répartissant ces nouveaux Robinson deux par compartiments. François et Violette, qui est chanteuse de rock et investie d’une mission pour les Beaux-arts vont cohabiter. Alors qu’Albert collecte les vivres afin de mieux les répartir, on ne sait jamais combien de temps cette galère peut durer, deux avions de chasse, à l’identité indéterminée, survolent le wagon. L’espoir se profile, mais au bout de quelques heures, il faut bien se rendre à l’évidence, personne ne s’occupe de leur sort. D’autant que les communications tentées par portables ne passent pas. Albert occupe les voyageurs comme il peut.

Cinq d’entre eux se proposent de rejoindre à pied la gare la plus proche. Entre temps François, marié mais dont la femme est restée chez eux, et est dépressive depuis la mort de leur unique enfant, et Violette se procurent des moments de complicité qui débouchent sur des relations charnelles.

 

Dans ce quasi huis clos savamment concocté par Jean-Bernard Pouy, le lecteur devient passager de ce wagon immobilisé en pleine campagne et participe à ces pics d’espoir et aux moments de déprime engendrés par des évènements extérieurs qui se concrétisent comme des mirages. Fausses joies et vrais découragements s’alternent jusqu’au dénouement, véritable pied de nez auquel le lecteur ne peut s’attendre. Quoique, venant de Pouy, on peut justement s’attendre à tout, et c’est bien là l’une de ses forces et de ses charmes (littérairement parlant, bien entendu !).


Jean-Bernard Pouy : Train perdu, wagon mort. (Réédition de Collection Rail Noir n° 3. La Vie du Rail - 2003). Editions Point Roman Noir ; septembre 2009. 6,10€.

 

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 08:38

Happy Birthday to  you !

 

lumiere.jpg

Le 21 octobre 1948 naissait Daniel Picouly, à Villemomble dans le département de la Seine-Saint-Denis. Aussi pour fêter cet anniversaire, il m’a semblé bon de faire un petit retour en arrière, en 1991 exactement, et de vous proposer cette chronique concernant son premier roman.

Une petite ville au bord de la mer. Une jeune fille prénommée Héra, serveuse dans un restaurant. Elle attend un enfant, mais c’est un enfant trahison. Alors elle avorte, dans les waters du lycée tout proche, tandis que sa copine Nelly fait le guet. Tant pis pour le concierge à la jambe de bois, il n’avait pas à faire sa ronde dans le couloir. Exit le gêneur, par-dessus la balustrade. On le retrouvera mort dans un placard, dans lequel sont soigneusement rangées les cartes de géographie. Même décédé, il parcourra encore le monde, ce marin qui avait du mal à s’habituer au plancher des vaches.

Ivan, pendant ce temps se venge. Sur Denise, sur Lachoune. Sur François aussi. Mais il n’a pas le courage, ou le temps, de trucider le professeur avec sa canne épée. Ce n’est que partie remise. La vengeance doit se déguster et Yvan n’est pas un glouton.


picouly.jpgDans cette petite ville tranquille, l’horreur se cache derrière les rideaux, toujours présente. Mais personne ne la voit, ou ne veut la voir. Pourtant que de personnages étranges gravitent dans la cité lorsque la nuit tombe. Le Bestiau, par exemple, amoureux d’une odalisque, copie d’un tableau de Boucher, et qui fournit des chiens à un Hollandais et élève des rats. Ou Denise, la patronne du restaurant, qui aguiche les mâles pendant que son mari assiste aux matchs de football. La folie guette attendant l’entrebâillement de la porte mentale. Alors elle pourra s’écouler à flots, éclaboussant tout sur son passage pulvérulent. Une folie morbide, une folie meurtrière, une folie furieuse.

 

 

 

 


Premier roman de Daniel Picouly publié en 1991, La Lumière des fous est écrit en style télégraphique. Comme ces coups de poing que l’on assène rageusement sur une table, lorsqu’on extériorise sa colère mais que l’on ne peut aller plus loin que la colère verbale et orale. Pourtant il ressort de cette écriture métaphorique un certain lyrisme, qui ne laisse pas insensible, et qui alliée aux images chocs bouleverse le lecteur pantelant.


Daniel PICOULY : La lumière des fous. Collection Fenêtre sur nuit. Editions du Rocher (1991). Réédition éditions J’ai Lu janvier N° 4772 (1999). 250 pages. 6€.

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 13:53

Malgré sa pénurie financière, la Grèce possède encore son héritage culturel.

nuees-sanglantes.jpg

En 423 avant J.C., Athènes et Sparte se déchirent dans un conflit plus connu sous le nom de guerre du Péloponnèse. Depuis le décès de Périclès, la cité d’Athéna se partage entre ceux qui désirent à tout prix continuer les combats et ceux qui désirent y mettre un terme. Mais ce n’est pas pour autant que la saison théâtrale des Grandes Dionysies doit être annulée. Au contraire. C’est l’occasion pour les auteurs de présenter leurs nouvelles tragédies ou comédies.

S’affrontent Euripide, Cratinos, Ameipsias, Philonidès pseudonyme pour cette circonstance d’Aristophane qui propose une pièce dans laquelle Socrate est violemment caricaturé.

Les quolibets et les acclamations fusent de l’assistance parmi laquelle se trouve Antisthène, jeune philosophe pouilleux d’une vingtaine d’années, insolent, fils d’un citoyen athénien et d’une esclave phrygienne, se proclamant citoyen du monde, méprisant les richesses et les honneurs. Pendant la représentation des Nuées d’Aristophane, rapidement démasqué par certains spectateurs qui reconnaissent ce trublion, ce novateur, ce provocateur par sa mise en scène, Antisthène est intrigué par le manège d’un des esclaves scythes chargés de garder les lieux.

L’homme a bandé son arc et décoche une flèche vers Aristophane, le manquant de peu. Grâce au courage et à la présence d’esprit d’Antisthène, l’archer est rapidement maîtrisé, démembré et dépecé. Qui avait intérêt à supprimer Aristophane ? C’est ce que s’attache à découvrir le jeune philosophe avec l’aide de quelques compagnons et de son maître Socrate.


Disons le tout net, dans ce roman policier historique l’intrigue sert surtout à visiter la Grèce antique, et principalement Athènes, via ses us et coutumes de l’époque, principalement sa culture théâtrale. Et qui, bizarrement, rejoint la notre (d’époque et non pas de culture même si on peut effectuer des parallèles sur les intermittents du spectacle et les iconoclastes du théâtre, Jérôme Savary en tête). Une vision moins austère que celle que l’on a pu découvrir dans les manuels scolaires, mais faut avouer que certaines scènes (de théâtre !) s’apparentent plus à la comédie musicale Hair, si décriée par les bien pensants à la fin des années soixante, qu’à un spectacle de la Comédie Française avec son rigorisme. Un roman qui n’est pas destiné uniquement aux hellénistes, mais à tous ceux qui se piquent de curiosité.


Martial CAROFF : Les nuées sanglantes. Collection Granit Noir n°30, éditions Terre de brume. Septembre 2003. 240 pages. 10€.

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 12:44

Un libraire enquêteur qui n'aura connu, malheureusement que dix aventures !

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Pierre de Gondol, le libraire érudit, est plongé dans une caisse de bouquins qu’il vient de recevoir et retrouve avec plaisir de vieux Bob Morane, Jean Ray et autres prestigieux romans populaires des anciennes éditions Marabout.

Un individu qui ressemble plus à un rocker qu’un à lecteur (quoique ce ne soit point incompatible) nommé Albert Petitjean demande à Gondol d’effectuer une petite enquête sur une étrange disparition. Entre l’épisode publié dans Métal Hurlant et celui qui a fait l’objet d’un album, La comète de Carthage a subi de petites transformations. Toutes petites mais qui intriguent cet amateur éclairé de B.D. et par conséquent Pierre de Gondol toujours à l’affût d’énigmes littéraires.

Par exemple découvrir pourquoi entre la parution en magazine et la réédition en album, dans une case, les images ont été légèrement modifiées. L’homme, un soldat, représenté sur une photographie n’apparaît plus ensuite. Et d’après une lettre de Chaland à son admirateur, l’homme aurait été un mathématicien russe, poète et dont un obscur éditeur lyonnais aurait publié le journal, entrecoupé d’un impressionnant dossier issu des services secrets soviétiques.

Pourquoi les dessins ont ils été modifiés ? Pierre de Gondol peut-il se procurer un exemplaire de cet ouvrage qui lèverait peut-être le voile sur une affaire plus importante ? Tels sont les missions confiées à Pierre de Gondol qui se met immédiatement en chasse.

Yves Chaland fut un dessinateur météore marquant des années 1980 créant des personnages comme le Jeune Albert, Freddy Lombard ou reprenant pour un temps les aventures de Spirou. Et c’est autour de ce personnage que s’articule le roman de Pelé et Prilleux, le meilleur à mon sens de la série Pierre de Gondol, truffé de clins d’œil mais qui à partir d’un petit rien va très loin dans l’exploration de l’œuvre du dessinateur, frisant la S.F. et l’espionnage. Un ouvrage remarquable qui fera découvrir un univers de la Bande Dessinée avec un œil nouveau.

Michel PELE & Frédéric PRILLEUX : La parabole de la soucoupe. Collection Pierre de Gondol N°10. Editions Baleine (2002). 272 pages. 15€.

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