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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 07:57

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Quelques années après la fin de la guerre de Cent ans, les chevaliers n’ont pas grand chose à faire, alors ils se combattent dans des tournois qui en laissent plus d’un sur le carreau.

Gilles, le jeune écuyer, est habitué aux victoires de son maître, même si celui-ci ne paie pas de mine. C’est comme au catch, ça ne paie guère mais au moins on a la possibilité de se faire une renommée. Jusqu’au jour où y’a un chevalier qui arrive, comme ça, bêtement, alors qu’il n’était pas invité, et qui fout la baraque en l’air. Une sorte de Don Quichotte de pacotille avec son armure toute rouillée. Sauf que le poignet lui ne l’est pas rouillé, et boum, le chevalier se retrouve à terre, et il n’a pas le temps de s’en rendre compte que Dieu ou le Diable s’est déjà emparé de son âme. A la guerre comme à la guerre, il faut se plier aux principes.

Gilles devient le nouveau serviteur de cette casserole ambulante qui n’a pas de marque, je veux dire dont personne n’a vu le visage. Aurait-il quelque chose à cacher ? Cela se pourrait bien car alors qu’ils voyagent peinards, d’un seul coup le chevalier annonce à son écuyer que comme c’est la nouvelle lune, il doit être attaché sur le sol, fortement, par les poignets, sinon il risque de devenir méchant. Gilles se doit d’obéir alors il ligote les membres de son nouveau seigneur et maître à des piquets fichés en terre et il se dit maintenant je vais piquer un bon roupillon.

C’est sans compter sur la force de la nature et le chevalier dans une crise de démence se libère à la façon d’Houdini, dont il ne connaît pas l’existence et pour cause, et le voilà gambadant dans la forêt et qui se prend pour l’ogre. Coup dur pour Gilles qui ne s’attendait pas à ça. Mais bon, comme il doit respect et obéissance à son nouveau maître, faut bien se plier aux exigences de celui-ci. Seulement ce n’est pas pour batifoler au clair de lune qu’ils parcourent la sylve.

manoir-sortileges1.jpgUn prieur a confié une mission au chevalier et ce n’est qu’avec l’aide de Gilles qu’il peut la réaliser affirme-t-il. Il doit retrouver un grimoire contenant des formules magiques capables de le désenvoûter selon le religieux. Ce manuscrit est enfermé dans un manoir depuis longtemps assailli par les éléments et gardé par un troupeau de moutons qui n’ont de paisibles que la réputation de leur race. Avec une sauvageonne qui se prétend sorcière ils arrivent enfin sur place et commence alors le plus gros du travail.

La magie, l’angoisse, l’épouvante sont au rendez-vous de ce roman moyenâgeux dont l’action se déroule en la forêt de Brocéliande, de si sinistre réputation. Là encore la vedette est en partie tenue par une bâtisse recelant de profonds mystères, là encore à chaque fois que l’on pense être confronté à d’horrifiques sorcelleries, l’auteur prend le contre-pied de ce qu’il a écrit ou évoqué quelques lignes, quelques paragraphes auparavant.

Tout est expliqué de façon rationaliste et pourtant le lecteur ne peut s’empêcher de vibrer, de ressentir de l’effroi en lisant les chapitres goulûment. De la belle ouvrage monsieur Brussolo. On ne s’en lasse pas.


Serge BRUSSOLO : Le manoir des sortilèges. Le Masque Grand Format 1999. Réédition Le Livre de Poche. Novembre 2001. 318 pages.

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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 07:56

Bon anniversaire à Alain Bellet, né le 14 juillet 1949.

 

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Les deux SDF, Bonappe et Mohamed, qui ont assisté au meurtre d’une vieille libraire de la Butte aux Cailles ne sont pas d’accord : l’un refuse de témoigner, l’autre veut se rendre chez les flics.

Bonappe n’a pas envie de mettre le doigt dans l’engrenage car il a reconnu l’un des deux agresseurs. Pourtant madame de Vivanne était très appréciée, tant de ses clients que des SDF du quartier auxquels elle donnait toujours une pièce.

Puis c’est le cadavre d’un médecin qui est découvert sur les marches de la butte Montmartre. Quelque temps plus tard un élu écologiste.

Chloé Bourgeade qui doit écrire pour la revue Prométhée un papier sur Michel Ravelle, chantre désabusé de Paris, étudie parallèlement des archives pétainistes prêtées par son ami Antoine. Un document est glissé parmi les feuillets, qui a trait au camp de Satory où furent fusillés des chefs de la Commune en 1871. C’est ainsi que le présent et le passé vont se télescoper, le Paris d’aujourd’hui et la Commune d’hier.


alain-bellet.jpgCette fois le rôle dévolu à Chloé et Antoine est minimisé, et ils se partagent la vedette avec Bonappe, le SDF, et le policier Serge Duval. Jouant sur les coïncidences, Alain Bellet nous livre un bon roman qui démolit dans notre estime certains personnages de la Troisième République et nous inspire une forme de respect envers des chefs Communards trop souvent vilipendés.

L’intrigue se dilue dans le propos historique, mais nous ne nous en plaindrons, car il est juste parfois de remettre les pendules à l’heure. Et si vous êtes en manque de ballades parisiennes, pourquoi ne pas vous rendre au Père-Lachaise la nuit tombée ?

 

 

Alain BELLET : Fausse commune. Collection Polarchives, éditions Le Passage. Octobre 2003. 172 pages. 10,15€.

 

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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 08:16

Bon anniversaire à Richard Morgiève né le 9 juillet 1950.

 

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Morgiève œuvra sous le pseudo de Bauman à ses débuts dans la collection Sanguine chez Phot’œil puis Albin Michel ou encore Engrenage du Fleuve Noir. Depuis il a creusé son sillon, s’imposant avec un style, (des styles ?) particulier.

Notamment avec Fausto, chez Seghers en 1990 qui déjà décrivait le parcours d’un orphelin, ou encore avec Andrée ou Cueille le jour, en marge du fantastique, chez Robert Laffont, sans parler de ses dernières productions chez Pauvert. D’ailleurs il semble que le passage 2000/2001 fut bénéfique pour cet auteur en marge puisque pas moins de 6 titres ont été édités durant cette période, alors qu’il publiait bon an mal an un titre par an avec une interruption de 1997 à 1999. Mais les aléas de l’édition…

Donc Legarçon est l’histoire d’un enfant, battu, victime, abusé par la vie et les hommes (et les femmes) dont l’éducation laisse plus qu’à désirer, marginal en un mot, martyr à l’occasion.

Ecrit à la troisième personne, mais cela n’aurait pas dérouté le lecteur que l’emploi du Je fus systématique, ce roman est comme une incursion dans la pensée du narrateur par procuration. Avec une forme d’écriture parfois déroutante, la respiration du texte étant hachée, la ponctuation volontairement décalée, comme si l’auteur recueillait les pensées de son personnage, à chaud, sans remettre en forme ses déclarations, ses mémoires, son parcours d’enfant des rues.

Un livre émouvant, poignant, touchant, dérangeant, scatologique parfois mais comme pourrait s’exprimer un gamin qui survit, n’ayant pas de gants à prendre avec la société. Un beau livre, ardu de temps en temps à la lecture, mais qui a demandé de la part de l’auteur une rigueur à laquelle on n’est plus habitué.


Richard MORGIEVE : Legarçon. Collection Motifs N° 134, éditions du Serpent à plumes. (Réédition de Calmann-Lévy 1997). Juillet 2001. 232 pages. Existe également au format Kindle 9,99€.

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 13:55

Au moins le cadavre n'a pas froid !

 

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Un certain Shaner Weier pénètre indigné dans le bureau de Mario Balzic, le chef de la police de Rocksburg : il se présente comme le responsable de l’église luthérienne locale depuis une semaine et demande la fermeture d’un sex-shop. Balzic tente de calmer l’olibrius offusqué, puis demande à son adjoint de se renseigner sur ce pasteur nouvellement arrivé. Peu après, il apprend qu’un homosexuel a été découvert assassiné dans la ruelle à l’arrière du sex-shop. Perturbé par l’état de santé de sa mère, hospitalisée à la suite d’un accident cardiaque, Balzic assume toutefois ses responsabilités de chef de la police. La victime a été frappée de vingt-neuf coups de couteau ; le meurtrier semble avoir été en proie à une folie colérique.

Le père Marrazo a eu une conversation téléphonique avec une femme qui lui a avoué avoir de graves problèmes. Balzic accepte de rencontrer l’inconnue ; mais, fortement troublée, elle ne se confie que peu à peu : son mari la bat et elle soupçonne son fils d’être le meurtrier.
Sa mère décède alors que Balzic s’était assoupi à son chevet. Son enquête et ses problèmes familiaux le perturbent fortement, mettant en péril son ménage. Tandis qu’il se recueille au funérarium, un homme demande à le voir. Il s’agit du mari de la femme qui lui a parlé. Il hurle, menace Balzic, le bouscule et repart énervé à bord de son véhicule.

Dans cette fausse enquête de Balzic, ou plutôt cette enquête tronquée, puisqu’il n’a pas à se déplacer, les éléments venant à lui, les sentiments, la douleur, les réflexions, la philosophie du policier priment. Mais surtout nous partageons l’émotion d’un homme qui vient de perdre sa mère et qui prend conscience des perturbations de la cellule familiale et du quotidien auquel il n’avait jusqu’alors pas prêté attention : l’une de ses filles se teint les cheveux ; l’autre profère des mots grossiers qu’il lui reproche alors qu’il en fait autant. Enfin, il se retrouve seul face à sa femme pour qui sa mère était une amie, un support, qui ne comprend pas que Balzic fasse passer avant tout le devoir de sa charge.

Balzic, comme dans Un homme exaspérant, se voit confronté à l’administration pénitentiaire en des démêlés à la limite du gag, mais révélateurs des bouleversements provoqués par de telles circonstances.

Un roman dans lequel les considérations extra-policières ne s’inscrivent pas en marge de l’enquête, mais font partie intégrante de l’histoire.


K.C. CONSTANTINE : Meurtre au soleil. (Unshine Enemy, 1990 - Traduction de Fabienne Poloni). Editions du Rocher. Novembre 1992. 230 pages.

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 08:11

Hommage à Pascal Garnier, né le 4 juillet 1949.

 

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Au lendemain de la Libération, trois adolescentes de Saint-Martin sur Cher, Arlette la forte en chair, Gisèle la forte en gueule et Lucienne la forte en thème, sont tondues sur la place publique pour avoir couché avec l’envahisseur. Certains s’attèlent à la tâche par répression, d’autres pour prouver leur bonne foi après des moments d’égarement avec les Allemands. Gisèle et Lucienne n’ont pas supporté l’affront et sont parties vers d’autres cieux, Arlette elle est restée au pays.

Cinquante ans plus tard, venant d’Arras et désirant visiter les châteaux cathares, voyageant en compagnie d’une amie, Luce tombe en panne de voiture non loin de Saint-Martin. Le garagiste n’a pas la pièce adéquate afin de dépanner son véhicule et les deux femmes sont obligées de s’installer à l’hôtel. Gisèle revient au même moment sur les lieux de son enfance, afin d’assister à l’enterrement de sa mère. Arlette veuve d’un boulanger et menant à la baguette le commerce familial, est affligée d’un fils, Laurent, qui accumule les bêtises.

Les retrouvailles des trois anciennes amies organisées par le coup de pouce d’un destin farceur se font mi-figue mi-raisin. Le temps des réminiscences est sonné et quelques explications se doivent d’être approfondies. Pour Laurent, c’est peut-être aussi l’heure d’assumer enfin sa quarantaine atteinte à coups de larcins, de défis à la maréchaussée, de bouteilles éclusées en compagnie d’amis fauchés mais solidaires devant un verre, plein de préférence.

Une parenthèse dans une existence sabordée pour trois femmes, trois adolescentes à l’aube de leur destinée. Elles ont eu le courage de surmonter l’épreuve et ont connu des fortunes diverses. Pascal Garnier, dans ce roman, efficace dans la concision, narre ces retrouvailles inopinées simplement, avec humanisme, un peu comme le faisait Simenon, portant un regard attendri mais non moralisateur sur ses personnages et nous réservant un final qui pourrait être celui d’un conte de fée. Mais Pascal Garnier possède plus d’un tour dans son sac, et sous la candeur se cache la rouerie. Un excellent roman qui dépasse le cadre du roman noir mais y trouve pour autant une place privilégiée.


Pascal GARNIER : Parenthèse. Editions Plon. 19 aout 2004. 176 pages.

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 09:44

Bon anniversaire à Viviane Moore, née le 3 juillet 1960.

 

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En cette année 1133, en pays d’Armor, la rivalité règne entre deux clans, les Lesneven et les Lochrist. Galeran de Lesneven parcourt les bois, chassant la sarcelle, ou, quand l’occasion se présente, le sanglier. Il attend de pouvoir être adoubé chevalier, contre l’avis de sa mère qui ne le sent pas mûr.

Le seigneur de Lochrist a ramené de sa croisade d’Orient une tribu qui sème la terreur dans la région. L’une des causes de discorde entre les deux familles est un cours d’eau qui partage leurs domaines. Dans ce ruisseau se reproduisent des mulettes, sortes de grandes moules d’eau douce qui renferment des pierres baroques de grandes valeur.

Lors d’une partie de chasse Galeran et ses compagnons tombent en embuscade et il parvient à s’ensauver avec un prisonnier, un jeune homme tremblant de peur. Poursuivi par les hommes de Lochrist, Galeran n’a d’autres ressources que de fuir espérant trouver refuge dans un tertre. La mort sera au rendez-vous et il n’aura la vie sauve que grâce à son prisonnier qui le tire d’un bien mauvais pas.

Ce sera pour lui le début de son apprentissage d’homme. En compagnie d’un valeureux chevalier qu’il rencontre inopinément il parcourt la côte et arrive au Mont Saint Michel. L’abbaye est déjà, pour de nombreux pèlerins qui font étape sur la route de Saint Jacques de Compostelle, un havre de paix, de repos et de ravitaillement. Seulement cette paix est factice et flotte sur l’île comme un mauvais présage, une légende qui comme toutes les légendes s’inspire de faits réels, d’atmosphère délétère de prévarication.


Nous retrouvons le jeune et futur chevalier de Galeran dans sa première aventure, celle qui lui fit quitter son pays natal et parcourir le pays de France en quête d’aventures. Quant au Mont Saint Michel, de tous temps il a exercé un attrait envers l’homme. Le croyant, le religieux, le pèlerin, étaient attirés par cette élévation vers le ciel, prometteur de rédemption et repos entre deux étapes. L’aspirant à l’isolement qui voyait en cette île le lieu idéal pour communier avec Dieu ou se rétablir d’une peine de cœur.

Les envahisseurs appâtés par la proximité et qui voyaient là le marche pied de la conquête. Le touriste aussi, charmé par le site exceptionnel sur lequel l’abbaye a été construite, par la majesté de l’édifice, par le mysticisme qui s’en dégage. Sans parler des marchands du temple qui toujours furent là pour attirer le chaland par des colifichets, parfois de mauvais goût, souvent d’inspiration religieuse, et toujours axés sur la Merveille.


Viviane MOORE : La couleur de l’Archange. Editions du Masque.

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 07:47

Bon anniversaire à Marc Villard, né le 29 juin 1947

 

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Abandonnant l'habit de romancier noir, Marc Villard ôte en même temps un masque et se découvre en tant qu'homme. Celui qui comme tout un chacun se penche parfois sur son passé et épluche ses souvenirs.

En vingt cinq courtes nouvelles, il déshabille l'écrivain et c'est l'être humain qui surgit. Son enfance, ses errances d'adolescent, ses premiers pas dans l'édition à compte d'auteur, ses phobies et ses rendez-vous presque manqués avec Christine sont sujets à se moquer de soi-même et peut-être à régler ses comptes avec une enfance, si l'on en croit pas toujours heureuse.

Pas tant par manque d'argent que d'affection ou de compréhension. Il se retourne et regarde le gamin qu'il fut, celui qui ressentit ses premiers ‚mois en classe de CM1, celui qui joua les ouvreurs dans une salle de cinéma à seize ans, celui qui à vingt et un ans paie pour faire publier ses premiers poèmes. Vingt ans plus tard, il se trouve confronté‚ à d'autres situations qui cocasses pour le lecteur sont déprimantes ou émouvantes, consternantes ou attendrissantes pour l'auteur.

Ainsi sa rencontre en compagnie de Joseph Périgot d'élèves de CM1/CM2 dans une bibliothèque et de la séance de dédicaces pour le moins insolite qui s'ensuivit ou le voyage qu'il fit à Bordeaux à l'initiative d'un comité d'entreprise.

Pudique, Marc Villard ne dévoile pas tout à fait ses sentiments et tel l'acrobate il s'efface dans une pirouette humoristique. Il nous montre une autre facette de son talent, celle de se mettre en scène, de se moquer de soi-même, ce qui se révèle souvent plus difficile que de se gausser des autres. Plus périlleux aussi. Mais Marc Villard s'en sort par la justesse de son écriture, par son talent et par une certaine forme d'humilité.


Marc VILLARD : J'aurais voulu être un type bien. Recueil de nouvelles. L'Atalante. Juin 1995. 160 pages. 10,60€.

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 12:43

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La canicule sévit à Good Hope, petite ville de la Virginie. Clara, la blanche et Elie le noir, s’aiment et attendent un enfant. Seulement, le bébé, nommé Nora Carol, décède peu après sa naissance d’une malformation. Nora Carol est inhumée en l’église baptiste Victory en présence du pasteur Derby nommé depuis quatre mois, et de la grand-mère de Clara, Rosy Epps, près des tombes de ses ancêtres.

Derby remet à Clara une chaînette avec un crucifix en sautoir. Snead, l’intendant de l’église, ne l’entend pas ainsi. Il convoque les diacres qui votent à l’unanimité l’exhumation du corps. Selon la tradition, un noir ne peut être enterré dans ce cimetière mais dans celui d’une église baptiste voisine. Le soir même Clara informe Monroe, adjoint du shérif Talley, que son époux n’a pas reparu de la journée.

Au même moment un incendie ravage l’église de Victory. Elie est sur place brandissant le poing, proférant des invectives à l’encontre de l’église. Monroe l’appréhende mais Elie nie avoir provoqué l’incendie. Nathan Deeds, ancien substitut du procureur à Good Hope, et qui s’est installé à Richmond après s’être séparé de sa femme huit mois auparavant, est commis d’office comme avocat. Deeds n’est pas convaincu de l’innocence de son client mais il accepte toutefois de prendre en charge la défense.

A Good Hope, Deeds retrouve Derby, un vieil ami d’enfance et se heurte à Talley qui fait la loi dans tous les sens du terme dans la ville et au procureur Fentress, son ancien patron. La découverte du corps calciné d’Amanda, la fille du shérif, dans les décombres de l’incendie n’arrange pas les affaires du prévenu. La condamnation à mort est requise mais Deeds est de plus en plus persuadé intimement que son client est innocent. Pourtant il encourage celui-ci à plaider coupable car il ne possède pas de preuves du contraire.

Selon le médecin légiste Amanda aurait bu, été violée et battue avant son décès. Deeds se demande pourquoi la jeune fille, âgée de dix-sept ans, se trouvait dans une église baptiste alors que son père est un fervent catholique, quoique séparé de sa femme depuis des années. Amanda était une fille secrète vivant la plupart du temps chez sa mère en dehors de Good Hope. Les conclusions du légiste ne conviennent pas à Deeds qui demande des compléments d’information.

Ce roman fort intéressant à plus d’un titre, est placé sous le signe de la dualité. Dualité Noir-Blanc, mais aussi dualité intérieure. Le personnage de Deeds, qui était substitut du procureur se retrouve placé de l’autre côté de la barre en devenant avocat. Il est persuadé de régir son couple comme il le devrait, mais tombe de haut lorsqu’il apprend par la bouche de sa femme qu’elle l’a trompé, une seule fois.

Dualité également entre le rôle du pasteur Derby et ses actes : il aime les femmes et la boisson. Dualité entre les églises : Amanda qui fréquentait l’église catholique - son père fervent pratiquant lui non plus ne suivait pas la conduite chrétienne - se tourne vers l’église baptiste par curiosité. Enfin on notera que Snead, le responsable des diacres qui exige l’exhumation et le déplacement du corps du bébé, réfute les termes de racisme et de ségrégationnisme, mais se retranche derrière la tradition. Les us et coutumes ont parfois bon dos.


Robbins DAVID : Terre brûlée (Scorched earth – 2002) trad. américain Nora Camelo. Editions de l’Archipel. Février 2004. 352 pages. 20,95€

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 09:07

Mise à prix ?

 

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La lecture d’un roman policier historique me ramène inexorablement à ma prime jeunesse, lorsque je commençais à dévorer les œuvres de Paul Féval ou d’Alexandre Dumas. Pas forcément le côté intrigue policière, mais la reconstitution d’une époque, allant le plus souvent de la fin du Moyen âge jusqu’au début de la Révolution avec une préférence indéniable pour les exploits des mousquetaires du Roy.

Dans La tête de la reine d’Edward Marston, le lecteur est absorbé par cette atmosphère dans laquelle l’enquête passe au second plan tout en étant toujours présente insidieusement.

Nicholas Bracewell, régisseur de la troupe théâtrale “ Les hommes de Westfield ”, du nom du mécène qui assure leur pitance à condition que leurs prestations lui permettent de porter haut son blason, Nicholas Bracewell assiste donc à l’assassinat délibéré de son ami Will Fowler au court d’un duel dans une auberge. Il n’a de cesse de retrouver le meurtrier mais il doit régler la mise en scène de la nouvelle pièce de théâtre apologie à la gloire de Sir Francis Drake et de sa victoire éclatante sur l’Armada.

La victoire des Protestants sur les Catholiques, trente ans après la décapitation de la Reine Marie Stuart. Les esprits sont toujours plus ou moins échauffés à cause de cette guerre latente entre les partisans de ces deux religions. Mais dans le milieu du théâtre une autre guerre, froide, oppose les différentes troupes afin de conquérir l’apanage de pouvoir jouer un jour devant la redoutable reine Elizabeth.

Une jeune prostituée est égorgée par celui que Nicholas a surnommé Barberousse à cause la couleur de sa pilosité faciale, un jeune apprenti risque de périr sous l’avalanche de poutres dans sa chambre mansardée (cela ne s’appelait pas encore comme ça à l’époque me souligneront les puristes), Nicholas Bracewell lui même est assommé en pleine rue et le précieux livret de la pièce de théâtre lui est dérobé. Sans compter les mille petits avatars qui compromettent sérieusement le spectacle.

Plus que l’enquête proprement dite, c’est la reconstitution de l’atmosphère, de l’ambiance de l’époque, des difficultés des comédiens à exercer leur art, de la vie du petit peuple dans le Londres de la fin du XIVème siècle, des auberges mal famées, de la prostitution, de l’intérêt porté par certains aux petits garçons (eh oui, ce n’est pas nouveau), sans oublier les moments forts de la décapitation de Marie Stuart ou de la bataille navale confrontant la flotte anglaise contre la puissante Armada espagnole, tout concourt pour faire de ce roman un pur moment de bonheur et de dépaysement. Ce qui nous change quelque peu des avatars de notre époque, avec ses histoires de chômage, de drogue, de prévarication politique et autres joyeusetés qui se banalisent à force d’écrire dessus.


Edward MARSTON : La tête de la reine. Collection Grands Détectives N° 3144, éditions 10/18. Janvier 2000. 254 pages.

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 12:21

Je suis une légende était le titre d'un de ses romans. Aujourd'hui, c'est devenu une réalité puisque Richard Matheson nous a quitté le 23 juin à l'âge de 87 ans.

Je vous propose de revisiter deux de ses ouvrages.

 

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Richard Matheson : Echos (A Stir of echoes – traduit par Jean-Paul Gratias). Clancier-Guénaud, collection Série 33 N°3. (Réédition Editions Rivages, collection Rivages Noir N°217). 248 pages.

Roman fantastique construit avec la rigueur et le suspense qui caractérisent les romans policiers, Echos n'utilise aucun des artifices chers aux romanciers du début du siècle dernier. Sa force réside dans l'écriture et l'atmosphère enserrant les protagonistes.

Tout commence par une banale réunion entre voisins, dans une cité pavillonnaire. Tom Wallace, le narrateur, et son beau-frère Phil s'asticotent comme à l'habitude, passent le temps en joutes oratoires. Mais au cours de cette soirée conviviale vont se dérouler des événements qui vont influer sur Tom et son psychisme.

Malgré ses réticences il va se laisser hypnotiser par son beau-frère. Peu après il sera il sera sujet à des prémonitions, il sentira des présences. Ses nouveaux pouvoirs supranormaux le conduiront à anticiper certains événements, ce qui ne sera pas sans lui causer quelques désagréments non seulement dans sa vie familiale mais aussi auprès de ses relations de voisinage.

Et que vient faire en pleine nuit le fantôme d'une femme qui semble être la précédente locataire du pavillon où vit Tom, son épouse et leur fils.

Ecrit par un spécialiste de la science-fiction et du roman policier - souvenez-vous des "Seins de glace", de "Jour de fureur", de "L'homme qui rétrécit" ou encore de "Je suis une légende" - Echos est un roman dont l'angoisse sourde et diffuse ne cesse de croître à chaque page.

 

 

 

cimetière

 

 

Richard MATHESON : Cimetière Blues. (Traduit de l’américain par Stéphane Bourgoin). Collection Série 33 N°9. Editions Clancier-Guénaud. Juin 1988. 222 pages.

Un journaliste qui découvre qu’une marionnette humaine peut ressentir les effets néfastes des outrages et de la ségrégation comme tout un chacun.

Un homme qui disparait en plein désert alors qu’il s’apprêtait à se rafraîchir dans un bar miteux en compagnie de sa femme ;

La vampirisation des Etats-Unis par une ville devenue tentaculaire ;

Un étudiant qui ressent avec stupeur une attirance sexuelle pour sa voisine ainsi que des fantasmes étrangers à son comportement habituel ;

Des grillons en relation avec les morts et qui complotent en paix ;

Les réactions de trois couples d’amis, vingt quatre heures sur vingt quatre avant la fin du monde ;

Telles sont quelques unes des neuf histoires que Richard Matheson a écrites en 1952 et 1962 et réunies en recueil par Stéphane Bourgoin sous ce titre de Cimetière Blues.

Neuf nouvelles qui traitent du fantastique, de la science-fiction, du policier, mais qui toutes expriment un certain désarroi des personnages devant des événements prévus ou imprévus. C’est le combat en un optimisme mesuré et un pessimisme latent qui ronge les protagonistes malgré leur désir de forcer la fatalité, de dominer un destin qu’ils réfutent.

 

Voir également l'article de Claude consacré à Richard Matheson sur Action Suspense.

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