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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 13:10

Que ne ferait-on pas pour promotionner un film !

J.B. LIVINGSTONE : Crime au festival de Cannes.

En l'honneur de Carla Haverstock, le comte de Marie-mort, un producteur, et Kirk Formeroy, son agent artistique, ont invité l'actrice à assister à une projection privée.

Carla, qui est sur le terrain depuis une vingtaine d'années, a interprété quantité de premiers rôles dans des films de second ordre et de seconds rôles dans des films de premier ordre.

Alors que débute le festival de Cannes, la rumeur murmure que le Premier Prix d'interprétation ne peut lui échapper. Enfin la consécration !

La séance privée débute sous de mauvais auspices. La bobine est à l'envers, le films casse, pourtant c'est Monsieur Marcel, considéré comme le meilleur projectionniste, qui est aux commandes.

Le film n'est qu'un montage de petits films, souvent dus à des amateurs, et dont la vedette n'est autre qu'Anita Guzman, la mère de Carla et actrice elle-même, décédée alors que Carla était encore une enfant.

Soudain Carla blêmit, pâlit, s'enfuit sous le coup d'une vive émotion.

Elle a un accident de voiture, et le véhicule prend feu. Carla décède et Hitchcock, son petit chien, également.

Le superintendant Scott Marlow qui justement se trouve à Cannes dans le cadre d'un congrès est chargé de l'enquête. Carla venait d'être reçue par sa Gracieuse Majesté, la Reine Elizabeth, et il faut à tout prix effacer la mauvaise impression, ne pas laisser ébruiter n'importe quel racontar, dans le genre La Reine lui a porté le mauvais œil ou autre réflexion du même style.

Higgins refuse d'abord d'aider Marlowe puis, apprenant que parmi les victimes figure un chien, accepte de seconder son ami.

 

J. B. Livingstone, pseudonyme sous lequel se cachait Christian Jacq, l'égyptologue bien connu, J.B. Livingstone n'est pas tendre avec les personnages qu'il nous présente, véritables caricatures du cinéma.

Mais il faut avouer que l'envers du décor n'est pas toujours aussi idyllique qu'on pourrait le croire. Après Michel Lebrun avec Les rendez-vous de Cannes (chronique à venir), Alain Bellet avec Aller simple pour Cannes, Brigitte Aubert avec La mort au festival de Cannes, et quelques autres, J.B. Livingstone nous fait découvrir les à-côtés du festival de Cannes, au travers d'un petit noyau de personnages.

Mais plus que le festival, c'est Cannes que J.B.Livingstone nous dévoile, et par petites touches nous raconte la naissance et l'histoire de cette ville.

Un petit reportage documentaire au sein d'un roman policier qui sait être divertissant et instructif.

J.B. LIVINGSTONE : Crime au festival de Cannes. Collection Dossiers de Scotland Yard. Editions du Rocher. Parution 22 avril 1992. 198 pages.

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 13:22

Un Tracy à suivre à la trace...

Max Allan COLLINS : Dick Tracy. Cette année ils veulent sa peau.

Kid, un orphelin, véritable gavroche, est poursuivi par des flics pour avoir volé un portefeuille. Il se réfugie dans un garage et assiste, caché, à une partie de poker entre cinq truands. Soudain surgit une voiture. Bas-d’Plafond en descend arrosant à la mitraillette les cinq joueurs. Pendant que ses compagnons, le Marmonneux et le Gratteur, ramassent les portefeuilles, le Kid réussit à s’échapper.

Pendant ce temps, Dick Tracy et Tess, son éternelle fiancée, assistent à une représentation à l’Opéra. Tracy a juré de ne pas se marier avec Tess tant qu’il n’aura pas mis sous les verrous Alphonse Capricio alias Big Boy Caprice, le responsable de la mort du père de la jeune fille.

Grâce à sa montre gadget, Tracy est rapidement mis au courant de la tuerie. Malgré le vol des portefeuilles, il identifie sans problème les corps. L’un des malfrats abattus appartenait à l’équipe de Manlis le Lippu, propriétaire du Club Ritz et Tracy soupçonne Capricio d’être à l’origine de ce règlement de compte.

Frisson Mahoney, une très belle jeune femme, tient la vedette comme chanteuse au Ritz. Elle se fait embarquer, avec Manlis le Lippu, par trois policiers. Pat, un flic qui aide Tracy, en planque près du club, s’aperçoit du manège, subodore une combine vaseuse et suit les kidnappeurs. L’un des ravisseurs n’est autre que Bas-d’Plafond. Il emmène ses otages à Big Boy Caprice qui fait signer à Manlis un papier par lequel il lui cède son club. Puis Manlis finit sa triste vie dans une caisse remplie de ciment frais tandis que Pat est assommé par le Marmonneux, l’un des hommes de Big Boy.

Tracy le retrouve et abat les trois faux policiers. Il convoque dans son bureau Bas-d’Plafond, le Gratteur et le Marmonneux. A bout de force et la soif aidant, le Marmonneux fait une déposition que Tracy garde sous le coude.

Quelques jours plus tard, dans une salle du Club Ritz, Caprice réunit un congrès de truands de la ville et leur propose de s’associer, les invitant pour l’inauguration du club, prévue pour le lendemain. Mais cette conférence compte un spectateur clandestin, Tracy. Un second personnage a également tout observé, un personnage sans visage, tout de noir vêtu.

Repéré, Tracy est enlevé par Bas-d’Plafond et ses acolytes, enfermé dans la cave d’un immeuble dont la chaudière est prête à exploser suite à un sabotage. Mais le Kid parvient à sauver son protecteur in extremis. Peu après, Frisson propose à Tracy de l’aider à arrêter Caprice et l’embrasse « chastement » sur la joue. Hélas la marque de rouge à lèvre subsiste, ce qui attise la jalousie de Tess.

Touche-d’Ivoire, le pianiste, révèle à Caprice qu’un inconnu habillé de noir et sans visage lui a offert cinq mille dollars pour lui porter un message qui propose, outre de mettre Tracy sur la touche, de l’argent. Caprice fait savoir qu’il accepte la proposition de l’Effacé, surnom donné au mystérieux personnage. Ce dernier prend Tess en otage et se débarrasse de Tracy en le droguant.

 

Cette œuvre détonne dans la production de Max Allan Collins, habitué a écrire des romans plus sérieux, excepté peut-être les ouvrages mettant en scène Mallory.

Il nous donne ici un livre drôle, jubilatoire, incitant à la bonne humeur malgré quelques scènes tragiques, alerte, vivant et rondement mené. Même l’intrigue est solidement construite. Quant aux personnages, campés d’une manière forte et caricaturale, renforcée par leur patronyme, ils reflètent véritablement ceux croqués à l’origine dans les bandes dessinées de Chester Gould.

Jean-Louis Touchant a disséqué d’une façon magistrale et fort érudite la saga de Dick Tracy dans la revue 813 n°31, avril 1990.

Max Allan COLLINS : Dick Tracy. Cette année ils veulent sa peau. Traduction d'Oliver de Broca. D'après le scenario de Jim Cash, Jack Epps Jr, Bo Glodman & Warren Beatty.

Coédition Edition N°1 & Michel Lafon. Parution août 1990. 332 pages.

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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 14:15

Grand Prix de Littérature Policière 1993.

Paul COUTURIAU : Boulevard des ombres.

Alors qu’il avait absolument besoin de l’aide de son ami le journaliste Jeremy Lockwood, Harvey Billington, auteur d’un chantage qui devait lui apporter enfin la possibilité de refaire sa vie, Harvey le découvre mort, affalé dans un fauteuil.

Au début il pense que Jérémy a été assassiné par des tueurs lancés à sa poursuite. Même pas. Jérémy a tout simplement succombé à une crise cardiaque.

Une défection, un impondérable qui perturbe la ligne de conduite imaginée par Harvey. Alors, comme il en a marre de se terrer dans une minable chambre d’hôtel de New-York, il décide de transformer cette mort naturelle en mort violente, obligeant de fait la police à servir de tampon entre lui et ses poursuivants.

L’enquête est confiée au lieutenant Ring Lennox, qui depuis la mort de sa femme se morfond parmi les dossiers. Lennox ne se laisse pas abuser par cette mise en scène macabre. Les murs de la pièce dans laquelle est décédé Jérémy sont tapissés de photographies de Shirley Neuville, fille à papa et mannequin, morte dans des conditions tragiques quelques mois auparavant.

Immédiatement Lennox établit une corrélation entre ce fait-divers et l’affaire dont il est chargé. A lui de savoir tirer le bon fil de cet écheveau.

 

Dashiell Hammet préconisait quelques règles d’écriture, en particulier des phrases courtes et simple, et le non emploi de métaphores.

Un précepte que Paul Couturiau assimile, apportant sa touche personnelle, dérogeant toutefois à l’un des sacro-saints principes rappelés par André-Paul Duchâteau. Il ne suffit pas d’appliquer un conseil et de détourner une règle, il faut savoir construire une histoire, la mener jusqu’au bout et mettre en scène des personnages attachants.

Trois points que Paul Couturiau relie pratiquement à la perfection. Son roman démarre quasiment sur les chapeaux de roue. Souvent les débutants calent en cours de route, Couturiau avale les obstacles en vieux briscard.

Quant aux personnages, qu’il s’agisse de Harvey Billington, le monteur de cinéma par qui le chantage arrive, Ring Lennox, le flic perdu dans un ronron entretenu par le souvenir émotionnel de la disparition de sa femme, de Sue-Lynn, fille perdue écartelée entre son désir de liberté et un attachement inconscient envers son protecteur, plus quelques autres personnages secondaires, tous ces protagonistes semblent être montés en épingle et pourtant plus vrais que nature.

 

Réédition Editions du Rocher. Parution mai 1998. 216 pages.

Réédition Editions du Rocher. Parution mai 1998. 216 pages.

Paul COUTURIAU : Boulevard des ombres. Collection Attitudes. Claude Lefrancq Editeur. Parution janvier 1992. 224 pages.

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 07:36

La starlette de Cannes a ri. Elle a une tête d'oiseau !

Alain BELLET : Aller simple pour Cannes.

Les petites salles de cinéma agonisent, seuls quelques intrépides ou nostalgiques continuent à programmer des rétrospectives des années cinquante, refusant de tomber dans la facilité du clinquant et de la pornographie.

Le Lumières, l'un des rares rescapés, niché aux confins du marché aux Puces et de la Porte de Saint-Ouen, va vivre sa dernière soirée dans l'apothéose et un embrasement que ne souhaitait certes pas son propriétaire. Des projets qui tombent à l'eau à cause du feu.

Pendant ce temps sur la Croisette, à Cannes, les premiers festivaliers envahissent pour une quinzaine la capitale du film.

Minettes aux cerveaux embrumés par des rêves de stars, pseudo-critiques aux propos snobinards, starlettes dévêtues en quête de publicité, comédiens confirmés venus affirmer par leur présence la qualité de leurs prestations cinématographiques, amoureux purs et durs des toiles indifférents aux nuits blanches, tout ce beau monde va se côtoyer pour fêter la dernière année du Palais Croisette, ce temple du 7e art qui ne va pas survivre à sa quarantaine vieillissante et pourtant encore alerte.

Mais un fou jette la perturbation au milieu de ce festival et ces morts qui parsèment la ville ne font pas du cinéma.

Pour Michel Ravel, critique et véritable passionné par le cinéma, il existe un lien entre ces décès et la destruction par le feu du Lumières à Paris. Un lien qui pourrait s'appeler Fossoyeur, film vestige des années cinquante et dont la carrière a tourné court à sa sortie.

 

Alain Bellet, lui-même critique de cinéma et fin connaisseur, a pris le prétexte policier pour nous présenter les quinze derniers jours du Palais Croisette, et toute cette faune qui pendant quinze jours investit Cannes, déambulant au gré des programmations et des rencontres supposées capitales pour gloires éphémères et starlettes en herbe.

Un bon premier roman, ambitieux, par un jeune auteur, plein de projets à l'époque et au demeurant fort sympathique, que j'avais eu le plaisir de rencontrer à Saint-Nazaire lors de la sortie de ce livre, et qui depuis trace son petit bonhomme de chemin.

 

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 10:59

Bon anniversaire à Jean-Baptiste Baronian, né le 29 avril 1942.

Jean-Baptiste BARONIAN : La nuit, aller-retour.

Plus qu'un roman, La nuit, aller-retour est une œuvre d'atmosphère, de sentiments.

Bruxelles vibre sous les grondements et s'englue sous la pluie. Stevens, ancien avocat reconverti comme détective privé à la suite d'une bavure, survit accroché à ses bouteilles de vin et à l'image de sa femme Helen qui l'a quitté.

Stevens, c'est le prototype du détective minable, dont le bureau sert d'appartement et inversement. C'est le spécialiste des affaires minables, le champion des causes perdues.

Une jeune femme requiert ses services, tôt le matin, trop tôt, et l'emmène dans sa chambre à l'hôtel. Pour y découvrir le cadavre d'un homme dans une baignoire. Mais pas n'importe quel homme. Une célébrité, un ponte, une huile paraît-il. N'empêche que ce cadavre est habillé en femme, ou plutôt déshabillé en femme. Un travesti.

Chris, la jeune femme qui vit apparemment de ses charmes, s'évapore dans la nature tandis que Stevens appelle la police. Puis comme rongée par le remord, elle réapparait au domicile-bureau du détective. Pour lui annoncer qu'elle ne lui a pas dit toute la vérité.

Si elle n'est pas à l'origine de ce meurtre, elle en est néanmoins complice, agissant sur les ordres de Simart, le proxénète le plus influent du quartier. Mais il n'a pas tenu ses engagements, omettant de payer sa collaboration, alors elle le dénonce à Stevens.

Lorsque le détective rapporte ces propos à Philippe, le commissaire chargé de l'enquête et qu'il connait de longue date, il n'a droit qu'au mépris de celui-ci.

Tandis que Stevens est tabassé par de gros bras, Chris est enlevée puis retrouvée à la morgue. La police a les mains liées faute de preuve et elle ne peut tout de même pas en inventer.

Stevens continue l'enquête comme s'il devait prouver à Helen, sa femme perdue dans la nature, et se prouver qu'en fin de compte il n'est pas si minable qu'il y paraît.

 

La nuit, aller-retour est un roman glauque, tout de pluie, de bruit, et dont le thème s'apparente plus à la quête qu'à l'enquête.

Un mélange de Goodis et de Simenon, et pourtant un roman qui reflète tout l'univers de Baronian et de son double : Alexandre Lous.

 

Jean-Baptiste BARONIAN : La nuit, aller-retour. Editions Christian Bourgois. Parution 31 janvier 1991. 150 pages.

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 13:34

L'enfer du miroir !

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie.

Les Malheurs de Sophie, film réalisé par Christophe Honoré avec dans les rôles principaux, Anaïs Demoustier, Golshifteh Farahani, Muriel Robin, est en salle depuis peu. C'est indubitablement un hommage à l'œuvre de la Comtesse de Ségur. Mais à la fin des années 1980, un duo d'auteurs se cachant sous le pseudonyme d'Eric Verteuil, avait proposé une parodie de ce roman que chacun de nous a lu avec béatitude durant notre enfance.

Les horreurs de Sophie est une joyeuse déformation, voire déviance de ce classique qui n'a rien perdu cette vêprée de sa fraîcheur.

 

Je m'appelle Sophie de Réan, j'ai vingt ans, je suis riche et belle. En fait, je suis très riche et très belle ! Mes yeux sont d'un gris étrange, mes lèvres bien dessinées laissent apparaître des dents éblouissantes qui me donnent envie de sourire même quand les plaisanteries de mes interlocuteurs me pousseraient plutôt à faire la moue.

Dans la vie j'ai tout ce que je veux et les gens heureux n'ayant pas d'histoire on peut se demander la raison pour laquelle j'écris ces souvenirs. La réponse est simple, j'ai une manie… enfin une passion et j'ai besoin d'en parler.

Il ne s'agit ni de musique, ni de peinture, ni de théâtre mais de quelque chose de plus rare, de plus précieux, de plus raffiné. Je prends du plaisir à punir mes semblables, j'aime leur faire du mal… en un mot, j'adore les torturer !

 

Ainsi débute ce roman dû un auteur bicéphale déguisé en mauvais petit diable qui s'est spécialisé dans la parodie et les titres approximatifs empruntés à des classiques de la littérature française, dont L'affaire du collier d'Irène, La veuve voyeuse, Le drame de chez Maxime, Abus roi ou encore A la recherche des corps perdus...

Sophie de Réan, une fillette charmante qui aime les animaux, les protège et n'a pas trouvé mieux que de se défouler en appliquant certains principes de la torture aux êtres considérés comme inférieurs, c'est-à-dire les manants, par elle et sa famille, ainsi qu'à tous ceux qui en général se mettent en travers de sa route.

Qui se douterait que cette gamine belle et sage, pétrie de bonnes intentions, à l'ingénuité touchante, parée de toutes les qualités, s'amuse comme une petite folle en dépeçant, mutilant, torturant des hommes, des femmes, des enfants, sous couvert de charité.

Elle déborde d'imagination, cette bougresse au grand cœur.

 

Un roman à lire comme un aimable divertissement, en se souvenant que les contes pour enfants sont parfois issus de contes pour grandes personnes et souvent ont été expurgés de leur caractère violent et amoral, comme par exemple Le Petit Chaperon Rouge.

Mais comme les médicaments, ce genre d'ouvrage est réservé aux enfants de plus de quinze ans, et sans dépasser la dose prescrite. Après il risque d'y avoir saturation ou accoutumance et cela risque d'influer sur le mental. D'ailleurs la collection Gore ne proposait que deux titres par mois, tandis que dans la même période la collection Anticipation s'enrichissait de six titres mensuels.

A signaler cette dédicace :

Avec notre admiration pour la Comtesse de Ségur qui, femme d'esprit, doit, dans l'autre monde, se divertir de notre vision Gore de ses héros (E.V.).

et cette épigraphe :

Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend pas le nombre des années
(Pierre Corneille).

 

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie. Collection Gore N°87. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1989. 160 pages

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 12:27

Bon anniversaire à Phillip Margolin, né le 20 avril 1944.

Phillip M. MARGOLIN : Les heures noires

Tracy est employée chez une juge de l'Orégon mais elle souhaite travailler comme associée chez Matthew Reynolds, un avocat qui a toujours réussi à sauver de la peine de mort ses clients.

Entre Abigaïl Griffen, procureur, et son mari la rupture est bientôt consommée. Le juge Robert Griffen, un homme volage, a relaxé un truand qu'elle dont elle pensait avoir la tête, Charlie Deems.

Tracy surprend un jour Laura, une de ses collègues et amie, épluchant des minutes de jugement puis peu après en difficulté avec le juge Pope. Elle est embauchée par Reynolds, acceptant les contraintes d'horaires.

Abigaïl est poursuivie un soir par un homme masqué. Elle pense qu'il s'agit de Deems, qui a juré sa perte. Deems est un truand caractériel dont Otero, son employeur, aimerait pouvoir se débarrasser. Griffen est retrouvé mort, assassiné. Les circonstances rappellent étrangement celles qui ont amené Deems en prison, mais tout un chacun a pu à loisir apprendre de quelle manière il avait fabriqué sa bombe.

Abigaïl est soupçonnée et prend comme défenseur Reynolds, secrètement amoureux d'elle. Tracy se plonge dans les dossiers et se demande s'il n'y aurait pas corrélation avec les recherches de Laura. Des indices accablants sont retrouvés dans la villa d'Abigaïl qui séjourne quelques jours en prison avant de passer devant le tribunal. En compagnie d'un enquêteur du bureau Reynolds elle continue ses recherches. Elle découvre que des preuves ont été falsifiées par Reynolds, ce qui la perturbe profondément et l'amène à penser qu'Abigaïl n'est pas si innocente qu'elle le déclare.

 

Au delà de l'histoire, fort intéressante en elle-même, c'est le regard jeté sur la justice américaine qui retiendra l'attention du lecteur.

Chaque état possède ses propres lois, se référant à la Cour suprême, et selon les interprétations des juges, un truand, reconnu en tant que tel, peut très bien échapper à la justice, pour une faute bénigne dans un dossier, ou dans l'application même des procédures.

Si Reynolds est profondément contre la peine de peine mort, ce n'est pas tant par question d'éthique ou de philosophie mais à cause d'un traumatisme subit lors de son enfance. Et la morale ou l'intégrité, dans certains cas, il sait comment s'en jouer, cette blessure étant plus forte que sa conscience. Une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde.

 

Première édition collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution décembre 1996.

Première édition collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution décembre 1996.

Phillip M. MARGOLIN : Les heures noires (After Dark - 1995. Traduction de l'américain : Pierre Girard.

Réédition Presses Pocket Policier N°10135. Parution mars 1999. 506 pages.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 12:45

Bon anniversaire à Gérard Delteil né le 11 avril 1939.

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost.

Si certains romans de Gérard Delteil, parus précédemment chez d'autres éditeurs, semblaient un peu facile, un peu légers au point de vue de la trame et encore ceci est tout relatif, Du sang sur la Glasnost est tout à la fois un excellent roman et un remarquable ouvrage sur l'URSS de 1990.

Travailleur acharné, romancier prolixe, Gérard Delteil en homme économe tire profit des différents reportages effectués pour des magazines auxquels il collabore.

De son voyage en Russie entreprit après le festival de Grenoble en novembre 1989, il avait ramené un excellent article paru dans le numéro 1 de J'accuse sorti au mois de mars et dans la foulée s'est attelé à la rédaction de ce roman. D'ailleurs dans Du sang sur la Glasnost on retrouve quelques unes des anecdotes et péripéties survenues à l'auteur lors de son séjour à Moscou et racontées dans cet article.

 

Le vent de liberté qui souffle sur la Russie de Gorbatchev n'a pas l'heur de plaire à tout le monde et l'on parle volontiers de laxisme. Les déracinés, Géorgiens, Caucasiens, Tatars, qui envahissent Moscou ont du mal à trouver du travail et lorsqu'ils ont la chance d'obtenir un emploi, c'est pour un salaire de misère.

D'autres se tournent volontiers vers la délinquance, le trafic, le racket, le proxénétisme, la Mafia moscovite se renforce, la milice et les policiers sont méprisés, d'ailleurs le surnom des miliciens est Moussora, ce qui signifie poubelle, et tout est conditionné par les pots de vin.

Le sergent Vounine, dont la carrière est brutalement stoppée à cause d'une bévue fait une macabre découverte dans la gare de Riga. Le journaliste Ribaëv est décédé semble-t-il d'une rixe entre ivrognes. Fait inhabituel, le cadavre n'a pas été dépouillé de sa montre de grande valeur ni de son portefeuille.

Nino Goluva, journaliste à l'hebdomadaire Les Nouvelles de Moscou, et qui a connu charnellement Ribaëv, décide d'enquêter et d'en tirer un article. Mais Glasnost ou pas Glasnost, le KGB et autres organisations plus ou moins occultes sévissent toujours et tentent d'empêcher la jeune femme d'approcher la vérité de trop près.

Une enquête qui conduira Nina Goluva à côtoyer miliciens, loubards, trafiquants de tout poil, mafieux moscovites, juge d'instruction ambitieux, gourous et pseudos-guérisseurs, et bien d'autres personnages hauts placés aux agissements louches.

 

Du sang sur la Glasnost est un roman en tout point passionnant. Gérard Delteil en véritable conteur réussit avec brio l'amalgame entre l'enquête, l'histoire et le côté reportage documentaire.

Petite anecdote, j'ai eu le plaisir de retrouver, de manière fugitive, le journaliste écrivain Arcady Waxberg dans cette histoire alors que j'avais eu l'honneur de l'interviewer lors du festival de Grenoble. Un moment inoubliable et un entretien fort intéressant. Pour ceux qui seraient intéressés, cet entretien figure ici :

Derniers romans parus de Gérard Delteil :

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost. Collection Grand Format. Editions du Masque. Parution juin 1990. 250 pages.

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 14:13

Hommage à Robert Bloch né le 5 avril 1917.

Robert BLOCH : La nuit de l'éventreur

Si par son nombre de victimes, Jack l'Eventreur ne peut être considéré comme un recordman, il n'en n'est pas de même en ce qui concerne les études et les romans qui lui ont été consacrés.

Mais quel qu'il soit et quelles qu'aient été ses motivations, Jack l'Eventreur reste un mythe et ce n'est pas Robert Bloch qui le démentira.

A partir d'événements réels, de personnages ayant existé, c'est fou ce que l'inspiration et l'imagination des romanciers peut produire, approchant peu ou prou la réalité.

La connaîtra-t-on un jour cette vérité, il n'en est guère probable, tout au moins personne ne sera là pour la confirmer, mais rendons hommage à des écrivains tels que Robert Bloch qui, sous couvert de littérature, ont essayé d'aborder au plus près l'exactitude des faits et de relater avec impartialité les événements de l'époque.

Une époque trouble certes, mais guère plus que celle que nous vivons actuellement et qui était en pleine mutation idéologique et technologique.

Robert Bloch a essayé de comprendre pourquoi cette histoire dans l'histoire, ce réel qui fascine autant le public.

Certes les crimes et la façon dont ils furent perpétrés, imputés à Jack l'Eventreur, sont abominables. Certes le nombre de suppositions qu'ils engendrèrent concernant l'identité de leur auteur titillèrent l'imaginaire des romanciers, leur permettant les affabulations les plus audacieuses. Certes la vérité ne sera peut-être jamais connue. Mais Robert Bloch, avec le métier qu'on lui connait, arrive à accrocher le lecteur avec une histoire que tout le monde croit connaitre et il relativise les faits, remet les événements dans leur contexte, en présentant dans les têtes de chapitres des histoires encore plus noires, encore plus ignominieuses et pourtant ignorées la plupart du temps du public.

Après avoir abordé d'une façon tout à fait personnelle l'histoire du Boucher de Chicago, le célèbre Docteur Mudgett, Robert Bloch nous livre sa version du criminel le plus célèbre de ces cent dernières années et parvient une fois de plus à hypnotiser le lecteur avec une histoire que l'on pourrait penser usée jusqu'à la trame. Ce qui démontre le pouvoir de conteur de Robert Bloch, à qui l'on doit le célébrissime Psychose.

Première édition Simfonia, 1986. Réédition collection 33 N°11, éditions Clancier-Guénaud. Parution novembre 1988.

Première édition Simfonia, 1986. Réédition collection 33 N°11, éditions Clancier-Guénaud. Parution novembre 1988.

Robert BLOCH : La nuit de l'éventreur (Night of the Ripper - 1984). Réédition collection Pocket Noir. Editions Pocket N°4028. Parution octobre 1992. 284 pages.

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 10:51

Mais pas forcément vendu !

Dick FRANCIS : Adjugé

Ex-jockey, Jonas Dereham s'est reconverti comme courtier en pur-sang, mais un courtier honnête, intègre, qui ne veut pas se plier aux exigences et aux façons de procéder de ses confrères.

Les indélicatesses, les pots-de-vin, les surenchères fictives lors des ventes, sont des pratiques de plus en plus courantes. Ce que Jonas n'approuve pas. Il travaille en franc-tireur et ne veut être mêlé à aucune de ces bassesses. Automatiquement, ce point de vue lui attire bon nombre d'inimitiés.

Cela se solde par des brimades, des exactions corporelles, puis matérielles. Notamment, un ou des inconnus ouvrent les portes d'un box, libérant un cheval de grande valeur et dont Jonas avait la garde temporaire. Et si le moindre pépin arrive à ce cheval divaguant, s'en est fini la carrière de Jonas.

Indemne, le cheval n'en provoque pas moins un accident, ce qui permet à Jonas de faire la connaissance de Sophie, jeune femme charmante et indépendante.

Ce qui apporte un rayon de soleil dans la vie de Jonas encombré d'un frère alcoolique. Lorsque ses écuries brûlent, incendie provoqué par des mains criminelles, Jonas décide que la coupe est pleine et qu'il doit, non seulement réagir, mais découvrir qui manipule les sous-fifres, qui est l'instigateur de toutes ces machinations.

 

Dick Francis, écrivain britannique et ancien jockey lui-même, connait bien les milieux hippiques et il les décrits avec réalisme et sans complaisance dans les nombreux romans policiers qu'il a écrit, que ce soit dans Lunettes sans montures, Panique au pesage, A la cravache, et bien d'autres édités à la Série Noire, chez Belfond, Calmann-Lévy ou Le Rocher.

Et comme à chaque fois, il nous livre un roman à la trame solide et aux personnages attachants.

 

Première parution éditions Belfond, 1986.  Réédition, J'ai lu n°2386, 1988.

Première parution éditions Belfond, 1986. Réédition, J'ai lu n°2386, 1988.

Dick FRANCIS : Adjugé (Knockdown - 1974. Traduction Françoise du Sorbier). Réédition collection Grands Détectives. Editions 10/18 no2497. 1994

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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