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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 13:34

L'enfer du miroir !

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie.

Les Malheurs de Sophie, film réalisé par Christophe Honoré avec dans les rôles principaux, Anaïs Demoustier, Golshifteh Farahani, Muriel Robin, est en salle depuis peu. C'est indubitablement un hommage à l'œuvre de la Comtesse de Ségur. Mais à la fin des années 1980, un duo d'auteurs se cachant sous le pseudonyme d'Eric Verteuil, avait proposé une parodie de ce roman que chacun de nous a lu avec béatitude durant notre enfance.

Les horreurs de Sophie est une joyeuse déformation, voire déviance de ce classique qui n'a rien perdu cette vêprée de sa fraîcheur.

 

Je m'appelle Sophie de Réan, j'ai vingt ans, je suis riche et belle. En fait, je suis très riche et très belle ! Mes yeux sont d'un gris étrange, mes lèvres bien dessinées laissent apparaître des dents éblouissantes qui me donnent envie de sourire même quand les plaisanteries de mes interlocuteurs me pousseraient plutôt à faire la moue.

Dans la vie j'ai tout ce que je veux et les gens heureux n'ayant pas d'histoire on peut se demander la raison pour laquelle j'écris ces souvenirs. La réponse est simple, j'ai une manie… enfin une passion et j'ai besoin d'en parler.

Il ne s'agit ni de musique, ni de peinture, ni de théâtre mais de quelque chose de plus rare, de plus précieux, de plus raffiné. Je prends du plaisir à punir mes semblables, j'aime leur faire du mal… en un mot, j'adore les torturer !

 

Ainsi débute ce roman dû un auteur bicéphale déguisé en mauvais petit diable qui s'est spécialisé dans la parodie et les titres approximatifs empruntés à des classiques de la littérature française, dont L'affaire du collier d'Irène, La veuve voyeuse, Le drame de chez Maxime, Abus roi ou encore A la recherche des corps perdus...

Sophie de Réan, une fillette charmante qui aime les animaux, les protège et n'a pas trouvé mieux que de se défouler en appliquant certains principes de la torture aux êtres considérés comme inférieurs, c'est-à-dire les manants, par elle et sa famille, ainsi qu'à tous ceux qui en général se mettent en travers de sa route.

Qui se douterait que cette gamine belle et sage, pétrie de bonnes intentions, à l'ingénuité touchante, parée de toutes les qualités, s'amuse comme une petite folle en dépeçant, mutilant, torturant des hommes, des femmes, des enfants, sous couvert de charité.

Elle déborde d'imagination, cette bougresse au grand cœur.

 

Un roman à lire comme un aimable divertissement, en se souvenant que les contes pour enfants sont parfois issus de contes pour grandes personnes et souvent ont été expurgés de leur caractère violent et amoral, comme par exemple Le Petit Chaperon Rouge.

Mais comme les médicaments, ce genre d'ouvrage est réservé aux enfants de plus de quinze ans, et sans dépasser la dose prescrite. Après il risque d'y avoir saturation ou accoutumance et cela risque d'influer sur le mental. D'ailleurs la collection Gore ne proposait que deux titres par mois, tandis que dans la même période la collection Anticipation s'enrichissait de six titres mensuels.

A signaler cette dédicace :

Avec notre admiration pour la Comtesse de Ségur qui, femme d'esprit, doit, dans l'autre monde, se divertir de notre vision Gore de ses héros (E.V.).

et cette épigraphe :

Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend pas le nombre des années
(Pierre Corneille).

 

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie. Collection Gore N°87. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1989. 160 pages

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 12:27

Bon anniversaire à Phillip Margolin, né le 20 avril 1944.

Phillip M. MARGOLIN : Les heures noires

Tracy est employée chez une juge de l'Orégon mais elle souhaite travailler comme associée chez Matthew Reynolds, un avocat qui a toujours réussi à sauver de la peine de mort ses clients.

Entre Abigaïl Griffen, procureur, et son mari la rupture est bientôt consommée. Le juge Robert Griffen, un homme volage, a relaxé un truand qu'elle dont elle pensait avoir la tête, Charlie Deems.

Tracy surprend un jour Laura, une de ses collègues et amie, épluchant des minutes de jugement puis peu après en difficulté avec le juge Pope. Elle est embauchée par Reynolds, acceptant les contraintes d'horaires.

Abigaïl est poursuivie un soir par un homme masqué. Elle pense qu'il s'agit de Deems, qui a juré sa perte. Deems est un truand caractériel dont Otero, son employeur, aimerait pouvoir se débarrasser. Griffen est retrouvé mort, assassiné. Les circonstances rappellent étrangement celles qui ont amené Deems en prison, mais tout un chacun a pu à loisir apprendre de quelle manière il avait fabriqué sa bombe.

Abigaïl est soupçonnée et prend comme défenseur Reynolds, secrètement amoureux d'elle. Tracy se plonge dans les dossiers et se demande s'il n'y aurait pas corrélation avec les recherches de Laura. Des indices accablants sont retrouvés dans la villa d'Abigaïl qui séjourne quelques jours en prison avant de passer devant le tribunal. En compagnie d'un enquêteur du bureau Reynolds elle continue ses recherches. Elle découvre que des preuves ont été falsifiées par Reynolds, ce qui la perturbe profondément et l'amène à penser qu'Abigaïl n'est pas si innocente qu'elle le déclare.

 

Au delà de l'histoire, fort intéressante en elle-même, c'est le regard jeté sur la justice américaine qui retiendra l'attention du lecteur.

Chaque état possède ses propres lois, se référant à la Cour suprême, et selon les interprétations des juges, un truand, reconnu en tant que tel, peut très bien échapper à la justice, pour une faute bénigne dans un dossier, ou dans l'application même des procédures.

Si Reynolds est profondément contre la peine de peine mort, ce n'est pas tant par question d'éthique ou de philosophie mais à cause d'un traumatisme subit lors de son enfance. Et la morale ou l'intégrité, dans certains cas, il sait comment s'en jouer, cette blessure étant plus forte que sa conscience. Une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde.

 

Première édition collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution décembre 1996.

Première édition collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution décembre 1996.

Phillip M. MARGOLIN : Les heures noires (After Dark - 1995. Traduction de l'américain : Pierre Girard.

Réédition Presses Pocket Policier N°10135. Parution mars 1999. 506 pages.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 12:45

Bon anniversaire à Gérard Delteil né le 11 avril 1939.

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost.

Si certains romans de Gérard Delteil, parus précédemment chez d'autres éditeurs, semblaient un peu facile, un peu légers au point de vue de la trame et encore ceci est tout relatif, Du sang sur la Glasnost est tout à la fois un excellent roman et un remarquable ouvrage sur l'URSS de 1990.

Travailleur acharné, romancier prolixe, Gérard Delteil en homme économe tire profit des différents reportages effectués pour des magazines auxquels il collabore.

De son voyage en Russie entreprit après le festival de Grenoble en novembre 1989, il avait ramené un excellent article paru dans le numéro 1 de J'accuse sorti au mois de mars et dans la foulée s'est attelé à la rédaction de ce roman. D'ailleurs dans Du sang sur la Glasnost on retrouve quelques unes des anecdotes et péripéties survenues à l'auteur lors de son séjour à Moscou et racontées dans cet article.

 

Le vent de liberté qui souffle sur la Russie de Gorbatchev n'a pas l'heur de plaire à tout le monde et l'on parle volontiers de laxisme. Les déracinés, Géorgiens, Caucasiens, Tatars, qui envahissent Moscou ont du mal à trouver du travail et lorsqu'ils ont la chance d'obtenir un emploi, c'est pour un salaire de misère.

D'autres se tournent volontiers vers la délinquance, le trafic, le racket, le proxénétisme, la Mafia moscovite se renforce, la milice et les policiers sont méprisés, d'ailleurs le surnom des miliciens est Moussora, ce qui signifie poubelle, et tout est conditionné par les pots de vin.

Le sergent Vounine, dont la carrière est brutalement stoppée à cause d'une bévue fait une macabre découverte dans la gare de Riga. Le journaliste Ribaëv est décédé semble-t-il d'une rixe entre ivrognes. Fait inhabituel, le cadavre n'a pas été dépouillé de sa montre de grande valeur ni de son portefeuille.

Nino Goluva, journaliste à l'hebdomadaire Les Nouvelles de Moscou, et qui a connu charnellement Ribaëv, décide d'enquêter et d'en tirer un article. Mais Glasnost ou pas Glasnost, le KGB et autres organisations plus ou moins occultes sévissent toujours et tentent d'empêcher la jeune femme d'approcher la vérité de trop près.

Une enquête qui conduira Nina Goluva à côtoyer miliciens, loubards, trafiquants de tout poil, mafieux moscovites, juge d'instruction ambitieux, gourous et pseudos-guérisseurs, et bien d'autres personnages hauts placés aux agissements louches.

 

Du sang sur la Glasnost est un roman en tout point passionnant. Gérard Delteil en véritable conteur réussit avec brio l'amalgame entre l'enquête, l'histoire et le côté reportage documentaire.

Petite anecdote, j'ai eu le plaisir de retrouver, de manière fugitive, le journaliste écrivain Arcady Waxberg dans cette histoire alors que j'avais eu l'honneur de l'interviewer lors du festival de Grenoble. Un moment inoubliable et un entretien fort intéressant. Pour ceux qui seraient intéressés, cet entretien figure ici :

Derniers romans parus de Gérard Delteil :

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost. Collection Grand Format. Editions du Masque. Parution juin 1990. 250 pages.

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 14:13

Hommage à Robert Bloch né le 5 avril 1917.

Robert BLOCH : La nuit de l'éventreur

Si par son nombre de victimes, Jack l'Eventreur ne peut être considéré comme un recordman, il n'en n'est pas de même en ce qui concerne les études et les romans qui lui ont été consacrés.

Mais quel qu'il soit et quelles qu'aient été ses motivations, Jack l'Eventreur reste un mythe et ce n'est pas Robert Bloch qui le démentira.

A partir d'événements réels, de personnages ayant existé, c'est fou ce que l'inspiration et l'imagination des romanciers peut produire, approchant peu ou prou la réalité.

La connaîtra-t-on un jour cette vérité, il n'en est guère probable, tout au moins personne ne sera là pour la confirmer, mais rendons hommage à des écrivains tels que Robert Bloch qui, sous couvert de littérature, ont essayé d'aborder au plus près l'exactitude des faits et de relater avec impartialité les événements de l'époque.

Une époque trouble certes, mais guère plus que celle que nous vivons actuellement et qui était en pleine mutation idéologique et technologique.

Robert Bloch a essayé de comprendre pourquoi cette histoire dans l'histoire, ce réel qui fascine autant le public.

Certes les crimes et la façon dont ils furent perpétrés, imputés à Jack l'Eventreur, sont abominables. Certes le nombre de suppositions qu'ils engendrèrent concernant l'identité de leur auteur titillèrent l'imaginaire des romanciers, leur permettant les affabulations les plus audacieuses. Certes la vérité ne sera peut-être jamais connue. Mais Robert Bloch, avec le métier qu'on lui connait, arrive à accrocher le lecteur avec une histoire que tout le monde croit connaitre et il relativise les faits, remet les événements dans leur contexte, en présentant dans les têtes de chapitres des histoires encore plus noires, encore plus ignominieuses et pourtant ignorées la plupart du temps du public.

Après avoir abordé d'une façon tout à fait personnelle l'histoire du Boucher de Chicago, le célèbre Docteur Mudgett, Robert Bloch nous livre sa version du criminel le plus célèbre de ces cent dernières années et parvient une fois de plus à hypnotiser le lecteur avec une histoire que l'on pourrait penser usée jusqu'à la trame. Ce qui démontre le pouvoir de conteur de Robert Bloch, à qui l'on doit le célébrissime Psychose.

Première édition Simfonia, 1986. Réédition collection 33 N°11, éditions Clancier-Guénaud. Parution novembre 1988.

Première édition Simfonia, 1986. Réédition collection 33 N°11, éditions Clancier-Guénaud. Parution novembre 1988.

Robert BLOCH : La nuit de l'éventreur (Night of the Ripper - 1984). Réédition collection Pocket Noir. Editions Pocket N°4028. Parution octobre 1992. 284 pages.

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 10:51

Mais pas forcément vendu !

Dick FRANCIS : Adjugé

Ex-jockey, Jonas Dereham s'est reconverti comme courtier en pur-sang, mais un courtier honnête, intègre, qui ne veut pas se plier aux exigences et aux façons de procéder de ses confrères.

Les indélicatesses, les pots-de-vin, les surenchères fictives lors des ventes, sont des pratiques de plus en plus courantes. Ce que Jonas n'approuve pas. Il travaille en franc-tireur et ne veut être mêlé à aucune de ces bassesses. Automatiquement, ce point de vue lui attire bon nombre d'inimitiés.

Cela se solde par des brimades, des exactions corporelles, puis matérielles. Notamment, un ou des inconnus ouvrent les portes d'un box, libérant un cheval de grande valeur et dont Jonas avait la garde temporaire. Et si le moindre pépin arrive à ce cheval divaguant, s'en est fini la carrière de Jonas.

Indemne, le cheval n'en provoque pas moins un accident, ce qui permet à Jonas de faire la connaissance de Sophie, jeune femme charmante et indépendante.

Ce qui apporte un rayon de soleil dans la vie de Jonas encombré d'un frère alcoolique. Lorsque ses écuries brûlent, incendie provoqué par des mains criminelles, Jonas décide que la coupe est pleine et qu'il doit, non seulement réagir, mais découvrir qui manipule les sous-fifres, qui est l'instigateur de toutes ces machinations.

 

Dick Francis, écrivain britannique et ancien jockey lui-même, connait bien les milieux hippiques et il les décrits avec réalisme et sans complaisance dans les nombreux romans policiers qu'il a écrit, que ce soit dans Lunettes sans montures, Panique au pesage, A la cravache, et bien d'autres édités à la Série Noire, chez Belfond, Calmann-Lévy ou Le Rocher.

Et comme à chaque fois, il nous livre un roman à la trame solide et aux personnages attachants.

 

Première parution éditions Belfond, 1986.  Réédition, J'ai lu n°2386, 1988.

Première parution éditions Belfond, 1986. Réédition, J'ai lu n°2386, 1988.

Dick FRANCIS : Adjugé (Knockdown - 1974. Traduction Françoise du Sorbier). Réédition collection Grands Détectives. Editions 10/18 no2497. 1994

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 09:44

Bon anniversaire à Gilbert Gallerne, né le 2 avril 1954.

Gilbert GALLERNE : Les fils du Tyrannosaure.

Venu rejoindre son amie dans un coin perdu de l'Arizona, Bernard Bordes, écrivain, a la désagréable surprise de ne point voir Axelle au rendez-vous.

A l'hôtel où il pose ses valises, personne n'a vu la jeune femme. Pourtant ce n'est pas dans ses habitudes de lui poser un lapin. A moins qu'elle n'ait eu un empêchement inopiné.

Résigné à l'attendre il se promène dans les environs de Perdida. Un patelin qui porte bien son nom.

Il découvre au milieu du désert, enchâssé dans une sorte d'amphithéâtre, un dolmen qui porte des traces brunâtres. Comme si du sang avait séché sur cette table de sacrifice dont il ne peut établir si son érection remonte à quelques années ou quelques siècles. Retournant sur ses pas il découvre des écailles de peinture sur un rocher, puis aperçoit une voiture au fond d'un ravin.

A l'intérieur de l'habitacle il trouve un pendentif qui appartient à Axelle. Preuve que la jeune femme est venue dans la région. Une avalanche de pierre se déclenche et il a tout juste le temps de se cacher dans une anfractuosité du terrain.

Cela devient de plus en plus louche. D'autant qu'un gamin lui remet, à son retour au village, un mot d'Axelle lui indiquant qu'elle loge dans l'autre hôtel du village. Mais là non plus pas trace de la jeune femme.

 

Gilbert Gallerne, qui a signé quelques romans sous le pseudo transparent de Gilles Bergal et sous celui de Milan, avoue que son enfance a été baignée avec les aventures de Bob Morane.

Une atmosphère de fantastique que les amateurs du genre apprécieront, d'autant que l'humour y est toujours présent, même dans les moments dramatiques.

Gilbert GALLERNE : Les fils du Tyrannosaure. Collection Aventures et Mystères N°14. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1995. 192 pages.

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 13:07

Mystère ! Vous avez dit Mystère ?...

Mystère, mystère : Recueil composé par Jacques BAUDOU

Reprenant la formule de ses années du mystère parues en Livre de Poche et au Masque Grand Format, Jacques Baudou nous invite à retrouver à travers les textes d'auteurs français et étrangers, l'éclectisme de la littérature dite policière.

L'ouvrage est moins épais, l'appareil critique y est réduit à sa portion à peine congrue, mais subsistent la présentation des auteurs et le tableau d'honneur du compilateur en ce qui concerne la littérature, le cinéma et la télévision.

Jacques Baudou ne se contente pas d'accoler des textes pour le plaisir d'éditer un recueil. Il rend hommage à des auteurs qui confirment leur talent texte après texte, et c'est toujours un plaisir de retrouver Tonino Benacquista dans ses histoires, presque des chroniques, de la vie moderne. Ou Maurice Périsset avec son personnage qui aujourd'hui est au chômage, ce que l'on ne regrette pas. Ou encore Réginald Hill, Harlan Ellison et Lawrence Block que l'on ne présente plus.

Mais c'est également pour Jacques Baudou la possibilité de trouver de nouveaux talents, la plupart du temps anglo-saxons, comme Susan Moody, Lynne Barrett ou Nancy Pickard.

Il exhume également des curiosités, cette année une pièce radiophonique datant de 1946 et due à Pierre Boileau avant son association avec Thomas Narcejac.

Les tentatives éditoriales pour promouvoir la nouvelle ne sont assez souvent couronnées de succès et il faut saluer le courage de ceux qui comme Jacques Baudou s'accrochent pour que le texte court - lequel permet aux écrivains de démontrer tout leur talent dans la concision - ait droit de cité dans les collections.

N'oublions pas que Guy de Maupassant, l'un des rares auteurs français fort prisé par les Américains, fut et demeure un nouvelliste et que ses histoires relèvent de la littérature noire par bien des aspects.

 

Au sommaire de ce volume, après une ouverture orchestrée par Jacques Baudou :

Tonino Benacquista : Le Haïku.

Reginald Hill : Un crime inexpiable.

Lawrence Block : Aux premières lueurs de l'aube.

Harlan Ellison : Le singe doux.

Nancy Pickard : J'ai peur tout le temps.

Pierre Boileau : Crime à distance.

Susan Moody : En amour, tous les coups sont permis.

Maurice Périsset : Un simple geste.

Lynne Barrett : Elvis lives !

Suivent un dictionnaire des auteurs (important !) et le tableau d'honneur pur l'année 1993.

 

Cet ouvrage, même si je le range dans La malle aux souvenirs, est toujours disponible.

Mystère, mystère : Recueil composé par Jacques BAUDOU. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 23 septembre 1994. 252 pages. 13,75€.

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 09:44

Lorsqu'Adrien Sobra ne s'appelait pas encore Marc Agapit.

Ange ARBOS : La tour du silence.

Ce sont les gens qui disent... rétorque le narrateur à son ami et voisin Julien Delambre qui affirme qu'il vient d'émettre une hypothèse idiote. Et les gens ont vite fait d'échafauder des conjectures non vérifiées.

Il paraitrait qu'un cadavre a été retrouvé dans le parc du pépiniériste, leur voisin, et que ledit pépiniériste aurait tué l'amant de sa femme.

Delambre, afin que son voisin ne s'échappe pas et aille raconter n'importe quoi, l'enferme dans son salon puis entreprend de narrer la genèse de cette découverte macabre. Mais auparavant il lui pose quelques questions concernant cette découverte, notamment si le bahut dans lequel le squelette a été retrouvé était un magnifique meuble sculpté. Si une épée en bois peint reposait à côté du mort et si la tête de celui-ci était ceinte d'une couronne en bois peint également.

Suite aux affirmations de son voisin, il raconte cette histoire édifiante :

Lors d'une réception costumée, alors qu'un diseur accapare l'attention des invités, le majordome informe le maître des lieux qu'il est mandé au téléphone pour une affaire importante. Puis peu après, le majordome revient dans la pièce prévenant le secrétaire du comte que celui-ci l'attendait dans son bureau un quart d'heure plus tard. Le temps imparti étant écoulé, le secrétaire s'éclipse puis revient et parle à voix basse à la comtesse qui sort de la pièce puis réapparait en poussant des cris et s'évanouit.

Dans le bureau situé à l'autre bout du château les invités ne peuvent que constater l'absence du comte, mais relèvent néanmoins quelques indices prouvant qu'un attentat aurait été commis à l'encontre du noble. Des traces de sang, une statuette brisée, des douilles d'arme à feu.

Immédiatement averti le juge d'instruction pose les questions rituelles à la comtesse, une jeune femme d'une vingtaine d'années et mariée depuis peu. Et bien évidemment il s'agit de savoir si le comte possédait des ennemis. Et c'est à partir de ce moment que l'affaire se corse, même si elle se déroule en région parisienne.

Peu avant, Eloi, un vieux serviteur du comte, et sa fille Véronique, avaient été congédiés. Eloi, veuf de bonne heure, avait donné à Véronique une instruction raffinée et celle-ci âgée de dix-huit ans était entrée au service de la nouvelle comtesse comme lectrice. Les deux jeunes femmes n'étaient séparées que de quatre ans, mais, coïncidence troublante, elles se ressemblaient comme deux sœurs. Et Véronique entretint cette ressemblance en prenant la démarche, la coiffure, la voix même de sa maîtresse. Maîtresse qui fut bafouée semble-t-il car Véronique aurait effectué des avances éhontées au comte, d'où son renvoi et celui de son père.

Or Eloi et sa fille Véronique sont partis en Normandie, dans un petit village où le vieil homme possède une demeure. Les enquêteurs interrogent évidemment les voisins, les fonctionnaires dont le chef de gare, et selon tout ce beau monde, Eloi et Véronique ne se seraient pas absentés de leur villa, ou tout au moins du village.

Mais le doute s'installe. La comtesse est-elle celle qu'elle prétend être, ou Véronique aurait-elle pris sa place ? Commence un chassé-croisé qui embrouille les enquêteurs, une sombre histoire de substitution de personnes, et il est difficile de démêler le vrai du faux du faux du vrai. D'autant que selon les circonstances, la comtesse avoue être Véronique, puis se rétracte, revenant sur ses déclarations.

 

Ange Arbos, dont ce roman figure parmi ses premiers écrits, propose un jeu de miroir, proche d'une affaire de gémellité sans en être une puisqu'il s'agit de sosies. Mais le lecteur sait d'avance que les deux femmes se ressemblent, qu'elles peuvent se substituer l'une à l'autre. Ange Arbos ne sort pas un protagoniste de son chapeau en fin d'intrigue mais la présence de ces deux femmes est toujours constante. A moins que l'une d'elle joue deux rôles.

Dans un registre résolument policier classique, le futur Marc Agapit imprègne toutefois son histoire d'une once de fantastique, avec subtilité, la mise en scène du départ y influent pour beaucoup, de même que l'approche du récit par Delambre.

Le narrateur aperçoit quelques photos dont une de groupe représentant des personnages costumées et une autre le portrait de Jeanne la Folle. Or s'il s'agit de la comtesse et des membres participant à la soirée organisée par le comte, ceci n'est pas anodin. Car le comte était déguisé en Philippe le Beau et la comtesse en Jeanne la Folle, deux personnages historiques. Jeanne la Folle ainsi dénommée suite à la douleur ressentie à la mort de son mari.

Sans oublier les quelques allées et venues du domestique de Delambre lors de la narration de cette affaire, qui jette un doute sur les motivations du conteur vis-à-vis de ce voisin-narrateur pressé d'arriver à une conclusion qui au départ est erronée, puisque puisant dans des rumeurs.

Le sens de la narration est déjà présent, mais trouvera son développement par la suite lorsque Ange Arbos alias Marc Agapit se tournera résolument vers le fantastique et l'angoisse pour ses romans édités au Fleuve Noir, et qui restent des ouvrages de référence recherchés par les amateurs et les collectionneurs.

 

Ange ARBOS : La tour du silence. Collection Police N°155. Editions Ferenczi & fils. Parution 4 avril 1936. 64 pages.

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 14:13

Bon anniversaire à Jean Mazarin né le 27 mars 1934.

Jean MAZARIN : Sus aux pointus.

Sus aux pointus est le dixième roman consacré à la saga de Frankie Pat Puntacavallo, le détective niçois surnommé le Privé au soleil, sur les douze titres qui constitueront cette série.

L'on retrouve avec plaisir les habituels protagonistes : Muriel Kerdah, sa secrétaire depuis peu, René-Charles (clin de l'auteur au véritable prénom de l'auteur) agent immobilier, Ange Culculnacci, commissaire de police de son état, Gisou, le repos du docker et d'autres, ainsi que la famille Puntacavallo composée de Marylin, la sœur chanteuse dans une boîte de nuit, et les parents, le père, un peu de l'autre côté de la barrière et la mère expansive, protectrice, la Mamma par excellence.

En réalité, lorsque l'on plonge dans un livre ayant Frankie Pat comme héros, l'histoire, la trame, l'énigme deviennent secondaires, ce qui ne veut pas dire qu'elles n'existent pas, loin de moi ce propos. Les avatars subis par ce détective naïf, que ce soit dans sa vie familiale ou professionnelle, valent en eux-mêmes que l'on ouvre le volume.

Têtes de chapitres, dont le style rappelle curieusement celles employées par Charles Dickens dans Les Papiers posthumes du Pickwick Club, renvois, notes, notules, tout concourt pour nous livre un roman extrêmement jubilatoire.

Et je ne parlerai pas du délire verbal employé par Jean Mazarin dans ce qu'il appelle ses romans de détente. Romans qu'il s'amuse à écrire et que le lecteur s'amuse à découvrir dans ces aventures puntacavalliennes.

 

Dans ce volume se dégagent un petit air de réalisme, de nostalgie, de mélancolie. De nombreux faits troublent Frankie Pat, le narrateur-héros. Le décès de son père, la diatribe relativement douce-amère de Muriel Kerdah concernant ses possibilités inductives et déductives ainsi que sa renommée.

Alors virage ? Changement de cap ? Frankie Pat ne sera-t-il plus dans ses prochaines aventures le sympathique naïf ayant Humphrey Bogart comme idole et image de marque ? Espérons que si et qu'il vivra de nombreuses aventures qui lui laisseront certes un arrière goût d'amertume comme à l'habitude mais réjouiront le lecteur. C'est ce que j'écrivais dans une chronique datée de 1985.

Mais ce n'était qu'un vœu pieux puisque, au bout de douze aventures, Frankie Pat tirera sa révérence.

 

Titres composant la série Frankie Pat Puntacavallo, tous dans la collection Spécial Police :

 

1642 : Un privé au soleil

1665 : Ormuz, c'est fini

1678 : Adieu les vignes

1754 : Monaco morne plaine

1772 : Basta C.I.A.

1824 : Catch à Cannes

1838 : Un doigt de culture

1881 : Touchez pas la famille

1913 : Camora mia

1982 : Sus aux pointus

2013 : Nocturne le jeudi

2069: Canal Septante.

 

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 10:44

Bon anniversaire à Pierre Marcelle né le 26 mars 1952.

Pierre MARCELLE : Conduite intérieure.

Taxidermiste, ou plutôt empailleur, terme issu de son enfance, Artigalas est un jeune homme pondéré, renfermé, qui vit de l’autre côté du périphérique. Sitôt sa journée terminée, il se prélasse dans son bain, se lave des odeurs de la profession et regarde défiler sur le bitume les traînées lumineuses des véhicules passant douze étages sous lui. Il rafistole dans son laboratoire personnel des animaux de compagnie que les propriétaires lui confient en dernier recours.

Un jour d’octobre, une jeune femme l’aborde à la sortie d’un musée. Suzanna est belle et désire que le jeune homme naturalise son chat, une bête de race, et ce avant le cinq décembre. Une rencontre provoquée, Artigalas s’en doute, car il a aperçu une Mercédès grise le suivre. Il accepte le travail, aussi bien pour l’argent que pour les beaux yeux de Suzanna. Elle pique le félidé qui était toujours en vie et Artigalas se met au travail sur la dépouille. Il n’est pas dupe mais il est attiré par la jeune femme qui le frôle, s’incruste presque chez lui et lui abandonne son corps. Car elle a une requête : Artigalas doit effectuer un véritable chef d’œuvre d’ébénisterie, habiller l’animal de bois de la fourrure et creuser un système de tiroir secret capable de contenir un objet gros comme un œuf de caille, sans recourir aux artifices de pièces métalliques. En bas, stationne la Mercédès avec à l’intérieur un vieux monsieur et deux seconds couteaux qui se relaient au volant.

Artigalas s’est mis en congé de maladie afin de terminer sa commande. Le 4 décembre il a terminé. L’objet que la jeune femme lui a confié n’est pas décelable au passage de la douane aéroportuaire. Mais Suzanna ne le considère plus que comme un artisan ; un affront ressenti par le dépôt sur la table d’une enveloppe contenant le reliquat de la rémunération, sans un mot, sans un sourire. Lorsque le dernier soir, Artigalas aperçoit les sbires armés, un pan de sa vie se déchire. Suzanna n’est plus qu’une cliente. Il n’a plus envie de lui remettre son œuvre. Il emprunte l’escalier de secours, le chat dans une caisse et tandis que les autres attendent devant sa porte, il étrangle le vieux monsieur et s’enfuit à bord du véhicule.

Il roule autour du périphérique, échange la conduite intérieure contre une vieille fourgonnette, le petit cercueil posé près de lui, puis il repart, avalant les tours de piste les uns après les autres. Lorsque la fourgonnette rend l’âme, il continue son périple à pied, marchant sur la bande d’urgence, couchant sous les ponts au pied des piles qui enjambent fleuve et boulevards, accompagné d’un chien qu’il a recueilli.

 

L’écriture de Pierre Marcelle s’avère sobre, raffinée, et malgré le manque d’action de ce roman, le lecteur se trouve entraîné malgré lui dans cette histoire.

Il découvre en Artigalas un être frustre, agoraphobe, et dont les amours se sont réduites à de brèves étreintes dans les bordels militaires. Sa vie est régie par son travail de taxidermiste, et l’intrusion de Suzanna lui révèle autre chose qu’un quotidien banal.

La désaffection de la jeune femme lui dessille les yeux, le laisse veuf et célibataire et l’entraîne dans une spirale routière. Les motivations de Suzanna s’éclairent peu à peu mais ce sont la femme et l’empailleur — la femme et le pantin ? — qui tiennent la vedette sous les feux des projecteurs.

Envoûtant, ce faux roman noir et rose prend sa plénitude dans la grisaille. La naissance du roman gris, alliance de la Noire et de la Blanche.

Réédition Points février 2001. 240 pages.

Réédition Points février 2001. 240 pages.

Pierre MARCELLE : Conduite intérieure. Editions Manya. Parution 1993. 162 pages.

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