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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 09:59

Tout dans la tête...

Michel AVERLANT : Rien dans les poches.

En ce dernier dimanche de septembre, la foule afflue dans le bois de Boulogne, en direction de l'hippodrome de Longchamp, afin d'assister, voire parier, à l'une des courses les plus prestigieuses de la saison : le Prix de la Ville de Paris.

Mais ce n'est pas pour placer, la plupart du temps à fond perdu, de l'argent sur un cheval que Marceau Laroche, détective âgé d'à peine trente ans, se rend sur le champ de courses, mais pour rencontrer Henri Maillard, un entraineur côté. Normalement il a rendez-vous le lendemain, chez lui à Maisons-Laffitte, seulement Marceau aime bousculer les conventions, n'agir qu'à sa guise, aussi il devance cet entretien en se rendant sur le lieu du déroulement des courses. Il veut faire la connaissance de son commanditaire afin de se faire une première idée.

Fringale, cheval entraîné par Maillard, est le favori logique et normalement la victoire ne devrait pas lui échapper. Tout le monde l'affirme.

Sa première intention en arrivant sur l'hippodrome est de se renseigner afin de rencontrer Henri Maillard mais c'est sur son fils Didier qu'il tombe. Un jeune homme qui dès le premier abord lui déplait, à cause de sa réaction envers les détectives privés en général, mais lorsque Marceau évoque sa mère, il devient plus aimable et volubile. Didier suit les traces de sa génitrice, Odette, qui fut une artiste, une comédienne incomparable, c'est ce qu'il affirme, avant d'épouser Maillard. C'est un comédien raté, qui monte des pièces de théâtre qui n'obtiennent aucun succès.

Enfin Marceau est en présence de Maillard qui est fort contrarié. Depuis des heures il recherche son premier lad, Ogier, qui a disparu. Mais il doit faire contre mauvaise fortune bon cœur, la course dans laquelle est engagée Fringale va bientôt se dérouler. L'entraîneur a toutefois le temps de confier au détective que sa femme est dépensière, vivant dans un rêve de gloire et d'argent. Surtout il pense qu'elle est victime d'un chantage.

Bender doit monter Fringale, en tout bien tout honneur, mais c'est un jockey porté sur la boisson. Heureusement une fois en selle, c'est comme si l'alcool bu se dissolvait par miracle. Fringale a un handicap de trois kilos supplémentaires, et lorsque la course débute, elle prend de la distance, caracole en tête malgré les consignes de Maillard. Puis elle se fait rejoindre par l'autre favori, Fandango, les deux chevaux se trouvant à égalité, et alors que le poteau d'arrivée n'est pas loin, Fringale retrouve de la vitesse et gagne haut la main.

Tout le monde est content, jusqu'au moment où une réclamation est portée. Le cheval est disqualifié par les commissaires de course. Les trois kilos de plombs qui devaient se trouver dans les poches du tapis de selle n'y sont plus. Un affront que Maillard a du mal à digérer. Un sabotage. Bender, le jockey, Buchy le gâteux qui s'occupe de la sellerie, les principaux intervenants auprès du cheval n'y comprennent rien, et jurent leurs grands dieux n'être pour rien dans la disparition des poids retrouvés plus tard sur la piste. Les sacoches ont été ouvertes d'un coup de rasoir à leur insu.

 

Le lendemain Marceau arrive à Maisons-Laffitte après s'être entretenu avec Agnès, sa fidèle et dévouée secrétaire, et le pataquès débute, ou continue. Ogier est toujours introuvable, Odette fait une tentative de suicide par empoisonnement, à moins que ce soit une tentative de meurtre, et les événements se succèdent, tragiques, dans une ambiance délétère.

Marceau rumine car deux, voire trois, interrogations se pressent dans sa tête. D'abord concernant le suicide ou la tentative d'assassinat d'Odette. Ne serait-ce pas plus simplement une mise en scène élaborée par l'ancienne comédienne ? Ensuite l'histoire des poches éventrées devant contenir les lingots de plomb. Il est évident qu'à l'arrivée, lors du pesage, la manipulation devait être éventée. Donc logiquement Maillard n'a pas procédé à cette éventration, sauf s'il pensait pouvoir remettre subrepticement les barres afin que son cheval gagne, d'autant qu'il est catégoriquement contre les paris, soit de sa part, soit de la part de ses employés. Enfin quel est le rôle de Maria, cette gouvernante austère et grincheuse, au faciès de fouine noire, dont les rapports avec Odette sont pour le moins ambigus ?

 

Roman policier classique, Rien dans les poches entraîne le lecteur dans l'univers des champs de course. Sans emphase, rigoureusement écrit, Rien dans les poches met en scène un détective qui n'a pas encore la trentaine, mais se montre rigoureux, même dans ses relations avec Agnès, sa secrétaire et assistante, même si celle-ci aimerait bien des rapports moins professionnels.

Ce roman permet également de se rendre compte que par des faits, des événements, des réflexions ou observations émises par notre détective, la fin des années 50 et notre début de siècle est similaire.

 

Ainsi cette description de la banlieue à la fin des années 1950 :

Le soleil avait beau briller, il ne parvenait pas à égayer les mornes avenues de cette banlieue nord-ouest, une des plus sinistres qui soient. Boulevard de la République, boulevard de Verdun, Courbevoie, La Garenne-Colombes, Bezons : une longue succession de façades grises et sales, d'immeubles pelés, de cités ouvrières, de maisons anciennes et de pavillons modernes qui paraissaient déjà bons pour la démolition, d'ateliers, de garages, de bistrots tristes avec des clients plus tristes encore.

 

Ou cette déclaration émanant de Maillard mais qui pourrait être proférée par un représentant des Petites et Moyennes Entreprises de nos jours.

 

J'ai quarante-cinq employés aux écuries. C'est une charge très lourde étant la montée actuelle des salaires, l'argent que nous pompe la Sécurité Sociale et la multiplication des taxes qui nous accablent.

Michel AVERLANT : Rien dans les poches. Collection La Chouette N°80. Editions Ditis. Parution avril 1958. 192 pages.

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 10:15

Lorsque le futur roi Edouard VII se prenait pour Sherlock Holmes...

Peter LOVESEY : Honni soit qui mal y pense. Mémoires policiers d'Edouard VII

Qui aurait eu l'audace de penser un jour que l'honorable et majestueux Edouard VII se serait penché sur la triste fin d'un célèbre jockey.

Que du temps où il n'était encore que Prince de Galles, Albert Edouard, Bertie pour les intimes, le fils aîné de sa très gracieuse et omniprésente Majesté la Reine Victoria, aurait soupçonné que la mort par suicide de Fred Archer, jockey adulé du grand publie et estimé pour son intégrité, ne serait pas due aux raisons officiellement émises par le coroner.

En réalité le suicide ne serait pas dû à un accès de fièvre typhoïde mais bien à cause d'événements, de relations et de bruits divers mettant en cause son honnêteté. En un mot que ce décès ne serait ni catholique, ni orthodoxe encore moins anglican.

Avec délectation et légèrement imbu de sa personne, on n'est pas de sang royal pour rien, Bertie, pardon, le Prince de Galles, va se lancer dans une enquête qui semble-t-il va à l'encontre du but recherché.

Afin de défendre l'honneur et l'intégrité du célèbre jockey, ne met-il pas à jour une sombre histoire de courses truquées, de corruptions, que sais je encore!

Une enquête discrète qui mène le Prince de Galles du célèbre champ de courses de Newmarket jusqu'aux bas fonds londoniens lui faisant côtoyer amateurs véreux, prostituées et femmes du monde, artistes de music hall et drôles d'oiseau.

Sans oublier l'aide inefficace du chef de la police de Londres, Charles Warren, bien connu pour l'incompétence notoire qu'il déploya lors de l'affaire de Jack l'éventreur, qui secouera le royaume deux ans après les tribulations flicardesques du futur Edouard VII.

 

Peter Lovesey, incontestable spécialiste de la fin du I9ème siècle, nous propose avec Honni soit qui mal y pense un livre réjouissant et légèrement irrespectueux à souhait.

Une réussite de celui qui nous avait convaincu de son talent avec des romans comme Le bourreau prend la pose, La course ou la vie, Cidre brut et quelques autres

Ce roman inaugurait la nouvelle collection Grand Format du Masque, une collection qui aurait accueillir les suffrages du public puisqu'elle se proposait d'accueillir en son sein des auteurs aussi divers et talentueux que Joseph Wambaugh, Dorothy Uhnak, Elmore Léonard. Un éclectisme et une complémentarité de bon aloi.

Peter LOVESEY : Honni soit qui mal y pense. Mémoires policiers d'Edouard VII (Bertie and the Tinman - 1987. Traduction de Jean-Michel Alamagny). Collection Grand format. Editions Le Masque. Parution juin 1989. 252 pages.

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 16:51

Et des vivants encombrés...

Robert-Louis STEVENSON & Lloyd OSBOURNE : Un mort encombrant

La tontine, forme de d'épargne imaginée par l'Italien Tonti sous Mazarin, peut s'avérer payante mais en même temps se révéler source de problèmes pour les souscripteurs, puisqu'elle n'est reversée qu'au dernier survivant.

Lorsque débute cette histoire, il ne reste plus que deux prétendants à la tontine souscrite par le père de la famille Finsbury alors qu'à l'origine, quelques décennies auparavant, ce nombre était évalué à près d'une quarantaine.

Joseph Finsbury, l'un des deux héritiers, a recueilli Maurice et Jean, les deux enfants de Jacob, son frère cadet. Il a aussi accueilli en son foyer Julia Hazeltine, que lui avait légué une vague connaissance. Quant à son autre frère, Masterman, il ne lui a pas donné de ses nouvelles depuis de nombreuses années, et seul son fils Michel, avoué de sa profession, affirme que son père n'est pas mort, sans vouloir donner moult précisions complémentaires.

Maurice prend soin de son père, ayant peur que celui-ci décède de façon inopinée, avec pour conséquence l'envol de la tontine au profit de son cousin. Il le sort afin de lui procurer du bon air pour ses bronches, l'habille chaudement de vêtements adéquats selon les principes du praticien Sir Faraday Bond. Mais Joseph se sent un peu à l'étroit, lui qui était habitué à voyager de par le monde, à donner des conférences sur n'importe quel sujet susceptible d'intéresser une assistance clairsemée et indifférente, voire assoupie. Joseph est un manique des statistiques et trimbale toujours avec lui un carnet et un crayon afin de noter ses judicieuses et  inutiles observations.

Maurice a repris l'entreprise de cuirs de son père, mais celle-ci périclite, et il se demande comment faire face à une pénurie d'argent proche et stressante. De plus il traîne une dette de plusieurs milliers de livres dont il ignore comme il va pouvoir l'honorer.

Lors d'un voyage en chemin de fer, entre Bournemouth et Londres, Maurice ne décolère pas. Son oncle Joseph a mis négligemment dans sa poche un billet à ordre de huit cents livres qu'il devait signer, omettant de le rendre à Maurice. Un incident qui en cache un autre. Les trois hommes, Jean est également présent, ne remarquent pas qu'au dernier moment, alors que le train s'élançait, un homme vêtu pareillement que l'oncle Joseph montait dans un wagon proche. Un accident se produit, cela arrive même dans la perfide Albion, et le drame se précise. Lorsque Maurice et Jean sortent légèrement blessés de leur évanouissement provoqué par la collision entre deux rames, ils découvrent le corps mort et complètement défiguré de l'oncle Joseph, ce qui signifie la fin de leurs espérances de tontine. Adieu, veaux, vaches, cochons, couvées et entreprise de cuirs à remettre à flots. Sauf...

Sauf si le mort n'est pas déclaré officiellement défunt, et inversement. Maurice et Jean s'arrangent donc pour récupérer le cadavre, le plonger dans un tonneau, puis confier le tout à l'administration ferroviaire qui va l'acheminer jusqu'à Londres. Tandis que Jean reste sur place, afin de s'occuper de l'oncle Joseph, du moins c'est ce que déclarera Maurice, le dit Maurice rentre à la capitale afin de récupérer le fût. Seulement, ce qui n'était pas prévu au programme, c'est qu'un individu taquin va s'amuser dans le fourgon à bagages à échanger l'étiquette avec celle d'un container. Et lorsque le dit container est livré à l'adresse sus-indiquée, c'est à dire celle des Finsbury, Julia est là en compagnie d'un ami, Gedeon. Ils ouvrent la caisse, immense et volumineuse, et découvrent à l'intérieur une statue dont ils ne savent que faire.

Le tonneau est acheminé chez un sieur Pitman, professeur de dessin et médiocre artiste, lequel est fort étonné, abasourdi, décontenancé, de recevoir, en brisant l'emballage, de découvrir un cadavre à la place de la statue attendue.

 

Le voyage de l'oncle Joseph, ou plutôt de son suppléant, le lecteur l'aura deviné, ne se termine pas ainsi puisqu'il est trop encombrant et que pour s'en débarrasser il sera placé dans un piano dont on aura ôté les cordes, puis qui voyagera jusque dans une maison-bateau.

Le thème du cadavre voyageur sera par la suite abondamment exploité par les auteurs de romans d'énigmes et policiers, mais de façon plus morbide que dans le roman de Stevenson et Osbourne.

Un agréable divertissement pour le lecteur, moins pour les divers personnages qui gravitent dans cette histoire, conté avec cet humour anglais typique que l'on appelle le non-sens, et que l'on retrouve dans certains textes de Dickens, de Jérôme K Jérôme et quelques autres. Les péripéties sont nombreuses, et les scènes tragiques ou périlleuses, si elles ne déclenchent pas le fou rire, amènent sur les lèvres des lecteurs ce petit sourire révélateur d'un bon moment passé à une lecture boute-en-train.

A quelques reprises le nom du romancier français et contemporain de Stevenson, Fortuné du Boisgobey est cité dans le texte, et l'on peut se demander s'il s'agit d'un hommage ou d'une aimable plaisanterie.

 

Curiosité :

Ce roman a connu plusieurs traductions sous des titres divers :

Sous le titre Le Mort Vivant, paru aux éditions Perrin en 1905.

Sous le titre L'Hercule et le Tonneau, paru au Club français du livre en 1961.

Sous le titre Un mort en pleine forme, paru chez G. P. en 1968 dans une édition illustrée par Jean Reschofsky.

Plus récemment, les éditions Gallimard l'ont fait paraître dans la Bibliothèque de la Pléiade sous le titre Le Grand Bluff.

Réédition au Livre de Poche Jeunesse. Parution Juin 1999. 346 pages. Une couverture nettement plus accrocheuse que celle de 10/18.

Réédition au Livre de Poche Jeunesse. Parution Juin 1999. 346 pages. Une couverture nettement plus accrocheuse que celle de 10/18.

Robert-Louis STEVENSON & Lloyd OSBOURNE : Un mort encombrant (The wrong box - 1889. Traduction de Pierre Leyris). Editions 10/18. Série L'Aventure insensée. N°1377. Parution juillet 1980. 256 pages.

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 14:37

Et pourtant, qu'on soit Noir ou Blanc, le sang est toujours rouge...

Paul ENGLEMAN : Les liens du sang

A la demande de son ex-beau père, l’avocat Mike O’Leary, Renzler, détective privé qui travaille en dilettante grâce à ses gains au turf, accepte d’enquêter sur le meurtre de Cynthia Vreeland, issue de la « haute », et femme de Dwight Robinson, ex-joueur de base-ball dont la carrière prometteuse a été stoppée net par une sombre histoire de marijuana.

Dwight, un être taciturne, nie ce qui pour beaucoup est l’évidence, se targuant de posséder un alibi mettant en cause une personne qu’il ne peut nommer. Mais les faits ne plaident pas en sa faveur. Cette union entre un Noir et une Blanche reste en travers de la gorge de pas mal de monde. Le père de Cynthia ne cesse de vitupérer contre Dwight, de même que son frère Tommy. Seule Terry, la sœur de la victime professe une certaine sympathie pour le meurtrier présumé.

Anna Paslawski et Warren Shepperd, les voisins du couple, accusent Dwight, reconnaissant que Cynthia avait l’habitude de recevoir des hommes en l’absence de son mari, des Noirs principalement. Mais ils sont formels, c’est Dwight le coupable, même si Shepperd le confond avec son frère Dexter lorsque Renzler lui présente une photo. Une collecte est organisée pour réunir l’argent permettant la libération sous caution de Dwight. Le malheureux prétend que le meurtrier n’est autre que Shake Johnson à qui il devait de l’argent. Mais Johnson, un Noir également, est le meilleur ami de Thomas Vreeland.

En compagnie de son ami Nate, un peintre qui lui doit sa notoriété, Renzler enquête auprès des Vreeland et de leurs proches. Et ce que les deux hommes découvrent n’est guère à l’avantage de cette famille huppée. Winchester, le beau-frère de Vreeland père, brigue un fauteuil de sénateur ; son épouse Melody, se saoule consciencieusement à longueur de journée. Et Renzler met au jour une histoire de corruption immobilière dans laquelle Winchester est impliqué, tout comme Thomas Vreeland. Cynthia, elle, avait des relations incestueuses avec son frère Tommy depuis l’âge de quatorze ans, offrant ses charmes au premier venu, sauf à son mari.

Trop bavarde, Melody avoue avoir été, à l’heure du crime, en compagnie de Dwight. Elle est retrouvée morte, un meurtre maquillé en suicide. Une trace de cirage conduit les deux enquêteurs à soupçonner Becker, un proche de Winchester, qui aime se grimer en Noir en se barbouillant la figure.

 

Au delà de l’histoire plaisante à lire et rondement menée, Paul Engleman brosse un portrait peu flatteur du New-Jersey, de ses habitants et de sa police.

Mais surtout il dénonce les actes d’antiracisme primaires qui empoisonnent la société américaine, et toutes les sociétés en général. Pour tous, à deux ou trois exceptions près, le meurtrier de Cynthia ne peut être que Dwight, puisqu’il est Noir.

Toutes les turpitudes lui sont attribuées, l’argent servant d’œillères. L’argent mais également la jalousie, la malveillance, le racisme, la convoitise, la prétention, le désir d’évoluer dans un monde de nantis, la prévarication.

Mais Paul Engleman ne tombe pas dans les excès, les outrances. Les « bons » et les « méchants » se retrouvent dans les deux races, chacune d’elles possédant sa ou ses brebis galeuses.

 

Paul ENGLEMAN : Les liens du sang (Murder in Law - 1987. Traduction de Annie Hamel). Polar USA N°50. Parution janvier 1991. 256 pages.

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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 13:18

Mais des morts, il y en a tous les jours...

Thomas CERVION : Jour des morts.

Arrivé à la quarantaine, Maxime Servin peut s'estimer heureux.

Sa peinture commence à être reconnue, il est marié avec Simone, qui a dix ans de moins que lui, depuis trois ans, et il vient de réaliser un portrait de son modèle préféré dont il est particulièrement fier. Ils ont quitté Paris où il ne se sentait plus à l'aise et se sont installés à Toulon.

En fin de cette fin de journée du 2 novembre, le Jour des Morts qui ne portera jamais si bien son nom, il convie ses amis Paul et Marcelle Lecomte à venir découvrir sa dernière œuvre en date et à souper. Puis il rentre chez lui pour annoncer la nouvelle à sa femme... qui est absente. Elle a laissé un petit mot lui annonçant qu'elle part rejoindre son amant.

Abattu, Maxime remâche son désespoir lorsque Simone, contre toute attente, rentre à la maison. Maxime est au comble de la joie, il va pouvoir recevoir Paul et Marcelle dans la sérénité retrouvée. Tandis que Simone vaque à ses ablutions, Maxime décide de fumer une pipe. Zut, plus d'allumettes. Simone a bien un briquet dans son sac à main. Au lieu d'aviver sa flamme, son geste l'éteint. Il découvre une lettre adressée à Simone, avec la suscription d'un hôtel et le numéro de chambre.

Le texte est assez éloquent. L'amant, que Simone avait rejeté trois ans auparavant, lui signifie qu'entre eux c'est fini. Elle avait préféré la richesse à l'amour, tant pis pour elle. Aujourd'hui elle est enceinte d'un bâtard, et elle n'a qu'à retrouver son mari. La catastrophe tombe sur la tête de Maxime qui entre dans une rage folle. Il enfonce la tête de Simone dans l'eau du bain, puis lorsqu'il est sûr qu'elle est morte, après une petite mise en scène, il la met dans le coffre de sa voiture et la plonge dans la mer dans le port marchand.

Au revoir Simone.

En rentrant chez lui, Maxime organise une nouvelle fois une petite mise en scène pour l'édification de ses amis. Il enfile quelques cachets de véronal, médicament dont il use de temps à autre afin de trouver le sommeil, juste ce qu'il faut pour tomber dans le néant sans trépasser, et il n'y a plus qu'à attendre. Lorsqu'il sort de son évanouissement, il entouré de Paul et Marcelle, et du toubib. S'invite alors un nouvel invité inattendu, le commissaire Paron. Le corps de sa femme a été repêché dans les eaux du port marchand.

Il faut procéder à la reconnaissance du corps, ce qui n'est pas toujours facile, et laisser le temps filer, avec toutefois une idée en tête. Seulement, à l'autopsie, le légiste démontre qu'il ne s'agissait pas d'une suicide, mais bien d'un meurtre. Les poumons de Simone sont gorgés d'eau douce et non d'eau de mer.

Maxime a mis un doigt dans un engrenage infernal. Il veut retrouver l'amant de sa femme, le tuer et laisser des preuves afin de le désigner comme coupable. Mais le doigt ne suffit pas au destin implacable. Bientôt c'est la main qui est entraînée : un individu a vu Maxime balancer à la baille le corps de Simone. Un maître-chanteur qui grippe la belle mécanique. Ajoutez à cela le cadavre d'un homme que Maxime prend pour l'amant de sa femme, de faux billets et de Marcelle qui s'entiche de Maxime, voilà de quoi passer quelques heures de lecture réjouissante dans une ambiance de suspense psychologique habilement narré.

 

Thomas Cervion, dont c'est l'unique roman publié dans la collection Spécial Police, n'est pas un inconnu des amateurs de littérature policière, puisqu'il fit les beaux jours de la collection Crime Club puis Sueurs Froides chez Denoël sous le nom de Louis C. Thomas.

Le commissaire Paron, joue les seconds rôles car le personnage principal sur lequel l'attention du lecteur se focalise est bien Maxime Servin. Toutefois on pourra reconnaître en Paron une parenté avec Maigret et Columbo, complété avec un zeste de Bourrel. Ce qui n'est pas étonnant, même si Bourrel n'était pas encore le commissaire des Cinq dernières minutes. En effet Louis C. Thomas a signé quelques épisodes de cette série qui était suivie par des millions de téléspectateurs, Raymond Souplex incarnant le fameux commissaire.

Quant à Maxime Servin, son premier réflexe, celui de tuer sa femme, l'entraîne dans une suite d'épisodes tragiques, le noyant inexorablement dans un bourbier inextricable.

 

Réédition Collection Sueurs Froides, éditions Denoël. Parution octobre 1983.

Réédition Collection Sueurs Froides, éditions Denoël. Parution octobre 1983.

Thomas CERVION : Jour des morts. Collection Spécial Police N°41. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1953. 224 pages.

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 13:15

Ce n'est pas un nouveau groupe de Jazz !

Jacques CHAMBON : Les kidnappers de New Orléans.

Alors qu'il songeait sérieusement à finir de préparer ses bagages et prendre son train pour Miami, pour une nouvelle prestation, l'artiste Walt Gobbler est importuné par un visiteur.

Ce n'est autre qu'un vieux camarade de Havard devenu policier, avec quelques affaires délicates résolues avec succès à son actif. Et Den Borson souhaite utiliser les talents de Walt Gobbler pour mener à bien une transaction dans laquelle sont impliquées deux gamines.

En effet Walt Gobbler est un transformiste à l'égal de Fregoli et ses interprétations de personnages célèbres tels que Mussolini, Hitler, Chamberlain, le président Roosevelt, Lindbergh ou encore Maurice Chevalier enchantent les spectateurs partout sur les scènes où il se produit, étant même surnommé l'homme-protée.

Les filles de Morrimer, un gros industriel surnommé le Roi du béton, ont été kidnappées et la rançon exigée s'élève à deux cent mille dollars. Et Walt Gobbler doit endosser le personnage de Morrimer afin de rencontrer les kidnappers afin de leur remettre l'argent de la rançon sous la forme d'un chèque.

Il devient à s'y méprendre Morrimer et parvient à imiter la signature du Roi du béton puis c'est le début de la grande aventure. Il se rend sur le lieu du rendez-vous où il est réceptionné par une jeune femme qui l'emmène au refuge des truands.

Le grimage est parfait, trompant tout le monde, y compris les fillettes, mais il faut compter sur les impondérables. De petites erreurs de comportement qui ne prêtent pas à conséquence, mais les accessoires ne sont toujours... au poil.

 

En soixante-quatre pages, à la typographie petits caractères, ce qui équivaut au double au minimum d'une pagination actuelle, Jacques Chambon nous emmène dans les environs de la Nouvelle-Orléans pour une histoire simple et plaisante. Certes il n'entre pas dans tous les détails, il ne digresse pas, le quota de pages exigé par l'éditeur lui imposant de respecter un cahier des charges.

Pourtant il met en scène de façon presque parodique des truands, une affaire de kidnapping rondement menée, et les transactions qui s'ensuivent sans s'embarrasser de détails inutiles. Avec bien entendu un retournement de situation auquel on s'attend peut-être mais qui est le bienvenu. Pas de violence, pas de trémolos non plus, juste une histoire policière rondement menée.

Donc pas de musique en général ni de jazz en particulier, pas de descriptions touristiques sauf par moments le Mississipi, ses berges et leurs retenues d'eau afin de planter rapidement le décor, rien de ce qui fait le charme de cette ville et de ses environs ou encore l'ambiance des carnavals. L'intrigue pourrait tout aussi bien se dérouler en France, dans une petite ville de province.

Il est amusant de constater qu'en juin 1939, date de parution de ce roman, des personnages célèbres pouvaient être copier sur scène et plus particulièrement Hitler ou Mussolini. Quelques semaines plus tard, il est évident que ceux-ci ne provoquent plus l'amusement.

 

J'allais omettre le principal. Sous la signature de Jacques Chambon, ce cache le créateur de Catamount, Albert Bonneau. Vous pouvez découvrir cet auteur dans un ouvrage lui a été consacré et dont la chronique se trouve ici

Et une chronique des aventures de Catamount ici

Jacques CHAMBON : Les kidnappers de New Orléans. Collection Police N°321. Editions Ferenczi & Fils. Parution 12 juin 1939. 64 pages.

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 12:22

Comme si cela allait les requinquer...

Luck SURMER : Du bouillon pour les morts.

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Parfois le chercheur et amateur de littérature populaire est tenté de se fier à sa propre intuition et d'extrapoler des pseudonymes à l'aide de suppositions qui ne sont pas étayées.

Ainsi, longtemps j'ai pensé que ce Luck Surmer pouvait être l'alias de quelqu'un qui résidait sur la côte normande, et plus particulièrement près de la station balnéaire de Luc-sur-mer. Donc pour moi il ne faisait aucun doute que ce ne pouvait être que le pseudonyme de Volkaert, belge vivant en France à Courseulles-sur-Mer et ayant écrit de nombreux ouvrages sous les noms de J.V. Kramer (au Fleuve Noir) puis sous ceux, pour les plus connus, de Luc Bernières et Kurt Gerwitz aux éditions du Gerfaut. D'ailleurs pour Luc Bernières il s'agit justement de l'apposition du nom de deux communes limitrophes de Courseulles-sur-Mer : Luc-sur-Mer et Bernières-sur-Mer.

Or il parait qu'il n'en est rien car selon le forum Littérature Populaire il s'agirait de Lucien André Carton, qui aurait signé Luc Carnot, Cantor pour des romans ou encore Luc Saint-Bert pour des scénarii de bandes dessinées chez Jacquier. Dont acte. Je raye donc ce que j'avais présumé et me fie à un spécialiste en recherches patronymiques.

 

Cela dit et écrit, pensons quand même à présenter, succinctement peut-être, ce roman, narré par un certain Caryl Wild-Killer. Un patronyme qu'il a hérité d'un arrière grand-père ainsi surnommé Tueur Sauvage par des Peaux-Rouges qui voulaient absolument accrocher sa chevelure à l'entrée de leur wigwam et dont la confrontation tourna à l'hécatombe, expédiant les indigènes au Pays des Chasses Eternelles. Petite précision assez longuette et peut-être inutile, alors passons rapidement à la suite.

 

Caryl après des études pour devenir avocat et un passage dans l'armée chez les Marines dans le Pacifique, devenant un tueur légal aux yeux de l'Oncle Sam, est revenu à Los Angeles pour se retrouver les mains vides. Alors comme il ne désire pas devenir truand il décide de frapper, muni de ses certificats de bons et loyaux services militaires, à l'OSS devenue la CIA, et il est embauché. Et c'est ainsi que nous le découvrons à Hong-Kong, sur les quais, poursuivi par une horde de policiers. Il court tant et si bien qu'à un certain moment il bute et lorsqu'il sort de son évanouissement il est face à un Noir, un Nègre est-il précisé dans le roman, assis sur un rouleau de cordages. Bénédict, ainsi se nomme-t-il, lui rend son revolver qu'il avait emprunté tandis que Caryl était dans les vapes et le ramène à quai. Caryl comprend alors qu'il est sur un canot et que c'est ainsi qu'il a pu échapper aux forces de l'ordre.

Caryl et Bénédict deviennent potes, après avoir échangé quelques coups dont ils ne sortent vainqueur ni l'un ni l'autre, l'avantage d'avoir suivi les mêmes entrainements de combat à mains nues, et vont entreprendre ensemble à s'acquitter de la mission dont la CIA a chargé l'agent américain. Bénédict est un bon bougre qui immédiatement accepte la domination de Caryl, qui ne cherche pas pour autant à en profiter. Il lui offre même cinq cents dollars pour bons et loyaux services... à venir.

La veille à Manille, Caryl devait retrouver un agent américain, Bruce Donald, or celui-ci n'a pas daigné se trouver au rendez-vous. A moins qu'il ait eu un empêchement, ce qui ne serait pas impossible. Benedict propose à Caryl de se rendre de l'autre côté de Hong-Kong, à Kowloon, et de prendre une chambre chez Li-Chiang. L'endroit ressemble plus à un bouge qu'à un hôtel quatre étoiles, mais il possède toutefois ses avantages.

Après une nuit tranquille, les deux hommes se rendent à Hong-Kong. Ils ont loué une voiture afin de se déplacer rapidement et Caryl téléphone à l'hôtel où théoriquement Bruce Donald réside, avec une petite idée derrière la tête.

Il précise au réceptionniste qu'un ami Noir se rend à la réception et ce qu'il subodorait se déroule : quatre hommes sortent d'une voiture, s'engouffrent dans l'hôtel et ressortent en tenant fermement Bénédict. Un enlèvement en bonne et due forme. Il suit le véhicule puis parvient à libérer Bénédict emmené sur un canot. Les quatre hommes, qu'il prenait pour des policiers sont des hommes de main. Trois d'entre eux restent sur le carreau et le dernier est habilement interrogé par Benedict, avant de rendre son âme noire au diable. Il a eu le temps de parler avec d'expirer et munis des renseignements Caryl et Benedict se rendent dans une maison isolée, près de Canton. Caryl interrompt un échange charnel entre une jeune femme qui se prénomme Clara et un homme qui ne pourra terminer ce qu'il venait d'entreprendre. Mais Caryl découvre aussi dans un placard, c'est là qu'ils se cachent en général, le cadavre de Douglas. S'ensuit quelques péripéties et aventures périlleuses.

 

Dans tout bon roman policier, la logique veut que l'intrigue repose sur cette affirmation : cherchez la femme. Caryl n'a pas eu besoin de se fouler, la femme est là, dans les bras d'un autre, et elle lui en est reconnaissante jusqu'à un certain point :

- Je ne vous ai enlevé qu'un amant, faites comme vous êtes vous vous en offrirez un autre et...
- Vous trouveriez aimable quelqu'un qui a cassé votre tirelire, vous ?

De l'humour, il y en a, de la violence un peu, mais il faut également se projeter dans le contexte de l'époque et accepter certains mots qui aujourd'hui sont devenus tabous. Par exemple, Caryl, le narrateur et donc par conséquent l'auteur, parle de Nègre, un mot couramment utilisé. Mais il se défend de tout racisme.

Je ne souffre d'aucun préjugé racial et ne nourris nulle rancœur particulière contre les Nègres.
Qu'un homme soit noir, cela me laisse indifférent s'il l'est au naturel. La seule chose qui m'irrite c'est que cette noirceur il la doive au whisky ! A noter que je ne reproche à personne de boire - même du whisky et même du Coca-Cola - et que ce que je ne puis supporter c'est qu'un gars absorbe ainsi qu'une futaille quand il ne contient pas plus qu'une cuiller à café !

Quand à l'histoire en elle même, on ne sait pas trop ce qui amène Caryl à Hong-Kong et s'il a réussi sa mission, mais ça c'est une autre histoire.

Annoncé comme un roman d'espionnage, ce livre relève plus du roman d'aventures même si le héros principal qui est le narrateur, appartient à la CIA.

Luck SURMER : Du bouillon pour les morts. Collection Le Verdict N°1. Editions Presses de la Renaissance. 3e trimestre 1960. 256 pages.

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 13:04

Un Simenon ? Mais si !

Christian BRULLS : Les pirates du Texas.

Dans un bar américain, près des Champs Elysées à Paris, un homme corpulent accompagné de sa fille bouscule un client accoudé au comptoir. Lorsqu'il sort des toilettes, à nouveau il le culbute et celui-ci ne peut plus faire l'ignorant. D'autant que le colosse l'apostrophe par son nom.

Ted Brown est un agent américain de la police spéciale pour la défense de la prohibition et il est aux basques de Bob Cummins, à la tête d'un important réseau de trafiquants d'alcool. Seulement, le hic (c'est le cas de le dire !) réside dans le fait que Ted Brown est amoureux de la fille de Cummins et qu'il n'est pas indifférent aux yeux de celle-ci. Mais ils ne sont pas à Galveston, haut lieu du trafic d'alcool, mais à Paris, et donc ils peuvent déguster ensemble un, voire plusieurs verres d'un breuvage interdit.

Cummins ne se prive pas d'offrir un cocktail bien tassé à Ted Brown puis de l'inviter à déjeuner en sa compagnie et celle de sa fille Winnie, qui n'est pas une oursonne. Il va même chercher à la cave, c'est un habitué des lieux, une bouteille poussiéreuse et verse généreusement le vin dans le godet de Ted Brown. Celui-ci s'assoupit peu après, il sombre même dans un profond endormissement.

Cummins se rend au Havre, toujours avec Winnie, où ils doivent embarquer à bord de l'Hidalgo, un cargo battant pavillon d'une nation sud-américaine et qui transporte pour quatorze millions de francs d'alcool. L'équipage est armé jusqu'aux dents, provenant de diverses nations mais ayant comme point commun d'être des malfrats. La destination du navire est inconnue et la cargaison sera débarquée en un endroit tenu secret afin que les autorités américaines, toujours sur la brèche, ne puissent pas l'arraisonner.

Seulement à bord se cache Ted Brown, qui méfiant, n'avait pas avalé la boisson proposée et avait rejoint le port normand à bord d'un avion. Ted Brown se cache dans un canot de sauvetage bâché et fait tout son possible pour ne pas être découvert. Il possède quelques tablettes de chocolat qu'il économise et passe son temps à regarder Winnie déambuler sur le pont, tout en restant soigneusement caché. Il récupère un journal américain qui allait tomber à l'eau et est fort étonné en découvrant un article consacré à Cummins, le fameux milliardaire qui effectue, selon le journaliste, une croisière le long des côtes de Floride. Bizarre. Comment se fait-il que Cummins soit en deux endroits en même temps ?

Un jour, alors qu'il veut écouter une conversation entre le capitaine du navire et Cummins, il bouge légèrement son embarcation qui émet un petit bruit. Il espère ne pas avoir éveillé la curiosité des deux hommes, mais ceux-ci continuent leur discussion comme si de rien n'était. De plus Ted Brown n'a rient entendu, étant placé trop loin.

Le soir, il reçoit la visite de Cummins, hilare, qui avait bien entendu le craquement. Le bootlegger lui propose de venir partager sa confortable cabine, et une fois installés, il lui tient un discours sur la force des bootleggers, environ vingt mille, et celle des policiers qui ne possèdent pas le nombre d'éléments susceptibles de les contrer, et surtout ne peuvent prendre d'initiatives sans en référer à leurs chefs et n'ont guère de moyens financiers pour mener à bien leur chasse. Il propose même à Ted Brown, son ennemi potentiel, dix mille dollars pour rejoindre leurs rangs et fermer les yeux. un marché que refuse bien évidemment le policier.

Le bâtiment approche des eaux du Texas, non loin de Galveston, et un petit rafiot embarque à son bord une partie du chargement. Le lendemain, même manège. Ted Brown sent que l'escale va bientôt se terminer et il se débarrasse de Cummings, saute par dessus bord et échappe de peu à de petits canots à moteur qui patrouillent, surveillant le bon déroulement des opérations. Blessé, il gagne le rivage et s'évanouit sur le sable. Lorsqu'il reprend connaissance, il est installé dans une chambre et une brave femme lui propose à manger répondant avec un accent allemand à quelques questions. Notamment qu'il a été sauvé par Le mari. Le mari, pas son mari...

Mais l'histoire continue et Ted Brown se demande s'il reverra Winnie et parviendra à mettre fin aux agissements des bootleggers, Cummings en tête. Un dilemme le ronge en même temps. Comment conquérir le cœur de la jeune fille, si ce n'est déjà fait, alors qu'il traque son père. Les embûches, les coups de feu, des empoignades, des journées passées en prison et bien d'autres péripéties attendent Ted Brown jusqu'au mot Fin.

 

Sous l'alias de Christian Brulls, Georges Simenon peaufine sa plume et ses intrigues, tout en songeant sérieusement aux premiers Maigret via des romans dans lesquels il ébauche celui qui deviendra le policier le plus célèbre de France, et en entamant le cycle de ses romans noirs, ou durs, sous son véritable patronyme. En cette fin de décennie, il produit beaucoup, des romans d'aventures ou sentimentaux, chez Ferenczi, Tallandier, des éditeurs populaires.

Ce roman dans lequel résonne le souffle de l'aventure avec un côté sentimental qui aurait pu cataloguer cette histoire dans les collections dédiées justement à ce genre de romans, possède les prémices de ce qui fera le succès par la suite de l'œuvre simenonienne, une marque de fabrique à nulle autre pareille. L'intrigue est simple sans être simpliste et Simenon commence à fouiller la psychologie des personnages et introduit dans certaines scènes le côté intimiste de ses grands romans comme La maison du canal, Betty, La neige était sale, La fuite de Monsieur Monde, La neige était sale, Les inconnus dans la main, Feux rouges, La vieille et bien entendu Trois chambres à Manhattan.

Une curiosité à ne pas dédaigner et qui possède l'avantage de transporter le lecteur de l'époque dans un univers qu'il connait peu, celui des trafiquants lors de la Prohibition. Depuis de nombreux auteurs, Américains plus particulièrement ont traité abondamment de ce sujet, mais le charme de Simenon opère toujours et le roman n'a guère vieilli. Et l'alcool s'est bonifié.

C'est une remarque que chacun a fait cent fois dans son existence, que la vie est beaucoup plus romanesque que les plus romanesques des romans.

Première parution : Collection Le livre de l'aventure N° 10. Editions Férenczi. 1929

Première parution : Collection Le livre de l'aventure N° 10. Editions Férenczi. 1929

Christian BRULLS : Les pirates du Texas. Collection Les introuvables de Georges Simenon. Presses de la Cité. Parution novembre 1980. 196 pages.

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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 15:10

Lorsque Siniac signait Signac !

Pierre SIGNAC : Illégitime défense.

Il est cinq heure, Paris s'éveille... Et Arthur Boildieu aussi, dans un café, avec devant lui une table surchargée de verres. Pourtant ce n'est pas un habitué de la bouteille. Il a mal à la tête et ne se souvient de rien. Sa migraine est due à sa cicatrice récoltée durant la guerre et parfois elle lui joue des mauvais tours.

Alors qu'il habite près de la place Clichy, il est dans un troquet près de Montparnasse, où il s'est installé la veille peu avant minuit. C'est le serveur qui l'affirme. Il faut qu'il prévienne sa femme Suzanne qui doit s'inquiéter, à moins qu'elle soit chez Prenon, de même que son associé Jérôme Laherse avec lequel il gère une entreprise de quincaillerie. Il ne sait même plus quel jour on est. Un journal lui apprend la date : jeudi 7 novembre. Il ne se souvient plus de son emploi du temps des derniers jours.

Traversant la rue de Rennes afin de téléphoner, il se fait bousculer par un scooter. Son crâne heurte le trottoir et il perd connaissance. Lorsqu'il reprends ses esprits, il préfère échapper aux badauds compatissants et rentre chez lui en taxi.

Sa chute malencontreuse lui a déverrouillé le cerveau, et les souvenirs affluent. Seulement ils ne sont pas là pour lui remonter le moral.

Le samedi soir précédent, il a tenu à accompagner sa femme jusqu'à Montargis, afin de se rendre au chevet de la mère de celle-ci. Ils ont reçu un télégramme envoyé par la sœur de Suzanne qui leur demandait de venir au plus vite. Mais à proximité de la forêt il s'arrête à une pompe à essence et prétextant un besoin urgent, ça arrive, il s'éloigne. Il n'apprécie guère le manège du pompiste qui reluque sa femme.

Faut dire que Suzanne, en plus d'être belle, commence à se faire un nom comme comédienne et elle ne manque pas d'admirateurs. Prenon, l'homme honnis, travaille dans le théâtre et le cinéma, et évidemment, cela attise la jalousie d'Arthur Boildieu. Il s'était marié avec Suzanne, alors jeune provinciale, puis l'avait aidée à devenir actrice. Seulement il n'estime pas ses nouvelles relations. Tant et si bien qu'exécré et remonté, il s'arrête à nouveau et étrangle Suzanne à l'aide d'un foulard. Elle se défend, on la comprend, et elle lui tape sur la tête à l'aide d'une pierre, réveillant sa blessure. Il transporte le corps dans un fourré puis repart tranquillement chez lui. La montre cassée de sa femme lui indique que le drame s'est déroulé deux minutes avant minuit.

Mais entre le samedi jour du drame et ce jeudi matin, il ne se souvient pas de ce qu'il a pu faire. Alors il recherche dans son subconscient qui refuse de lui donner les réponses, interroge des membres de sa famille, ses amis et connaissances. Qu'a-t-il fait en rentrant puis les soirées du dimanche, du lundi, du mardi, du mercredi ? Peu à peu il arrive à renouer les fils auprès de ses proches et même de ceux qu'il n'aime guère et dont les sentiments sont réciproques. Certains lui avouent spontanément son emploi du temps, d'autres se demandent bien ce qu'il lui arrive, alors qu'ils s'emberlificote dans ses déclarations. Et tout va bien jusqu'au moment où il se retrouve avec deux alibis !

 

Ce premier roman de Pierre Siniac, qui de prime abord peut être catalogué de facture classique, est le révélateur de ce qui sera considéré plus tard le style de Siniac. Comme un roman en spirale, dont le dénouement est surprenant, voire paradoxal. Un retournement de situation illogique et logique à la fois.

En effet le lecteur, tout comme le héros malgré lui de cette intrigue, a l'impression de tourner en rond, à la recherche d'une mémoire défaillante, puis lorsqu'il possède tous les éléments en main, tout bascule. En effet, alors qu'il recherche un alibi pour se dédouaner lorsque le corps de sa femme sera découvert, le plus tard possible espère-t-il, Arthur Boildieu se trouve confronté à un double problème. Il a deux alibis, dont l'un est apparemment incontestable. Or de ce dernier alibi il n'en veut pas, même si le premier est établi sur un mensonge.

Ce roman, publié en 1958, sera suivi en 1959 de Bonjour cauchemar, dans la même collection, et de Monsieur Cauchemar, chez Denoël en 1960 dans la collection Crime-Club. Il faudra attendre 1968 pour que Pierre Siniac retrouve son nom et un éditeur, en l'occurrence la Série Noire, pour la publication d'n roman qui aura un grand succès, au cinéma : Les Morfalous !

Pierre SIGNAC : Illégitime défense. Collection Crime parfait ? N°19. Editions de l'Arabesque. Parution 3e trimestre 1958. 224 pages.

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10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 14:59

Une autre facette d'un habile pasticheur de Sherlock Holmes.

Nicholas MEYER: L'honneur perdu du sergent Rollins.

Dans l'avion qui le ramène de Washington à Los Angeles, l'enquêteur privé Mark Brill est assis près d'une jeune fille qui sanglote.

Shelly, surnommée Bunny, se rend à l'enterrement de son frère, Harold Rollins, qui vient de se suicider. Son ancien lieutenant, le major Tony Bruno, l'accuse d'avoir émis des opinions pacifistes à des fin de contre-propagande et eu des relations d'intelligence avec l'ennemi durant leur internement dans un camp de prisonniers au Nord Vietnam.

Shelly engage Brill afin de laver définitivement de tout soupçon la mémoire de son frère, même si celui-ci a été innocenté après son suicide. L'armée n'a pas vérifié les allégations du major Bruno. Margot, la fiancée de Rollins, réfute elle aussi les accusations proférées à l'encontre du sergent.

Yvonne, belle-mère de Bunny et Rollins, veuve depuis quelques années et originaire de Géorgie, ordonne au détective de tout laisser tomber, ne désirant aucune publicité autour de cette affaire. La mémoire de son mari le général Rollins ne doit pas être salie. La photo de Tony Bruno trône sur le bureau du général qui l'avait pris sous sa protection.

Bunny remet au détective des photos et des lettres envoyées par son frère lors de la campagne du Vietnam. Il se rend à Boston puis à New-York, rencontrant successivement un ancien de la compagnie lequel, blessé, avait été évacué avant que ses compagnons soient faits prisonniers, et un docteur qui lui aussi a bien connu les deux hommes. Les révélations des deux anciens militaires ne correspondent pas à l'image que Bruno veut donner de Rollins.

Par exemple Rollins ne maniait pas le revolver facilement étant gaucher. Or il s'est tiré une balle dans la tempe droite. Penny, une amie journaliste l'informe que Bruno a l'intention de quitter l'armée pour se présenter au Congrès. Brill revient à L. A. et Bunny lui montre une lettre de menaces invitant le détective à abandonner ses recherches. Mais il ne se laisse pas intimider et rencontre un capitaine ayant eu Bruno comme élève. Le major avait ses habitudes dans un bar entretenant la mémoire des Sudistes. D'après le barman il venait souvent en compagnie d'une femme dont la description correspond à Yvonne.

Margot est assassinée. Brill est tabassé par deux invalides de guerre et reprend connaissance à l'hôpital. Penny retrouve les noms des survivants de la section de Bruno qui était tombée dans une embuscade. Il s'agit des deux éclopés ayant agressé le détective. Il en existe un troisième, aveugle et réduit à l'état d'homme-tronc. Interné dans un asile il se croit au Paradis, mais se rappelle fort bien les évènements.

 

Ce roman, qui date de 1974, dénonce les erreurs de l'armée américaine au Vietnam, les bavures commises par des officiers, et cette espèce d'omerta qui prévaut afin de déguiser des faits d'armes peu glorieux en véritables exploits.

Ce n'est point tant l'enquête, classique, qui retient l'attention du lecteur mais les à-côtés comme les incidences de la guerre du Vietnam, les conséquences sur le mental de maints soldats et le comportement d'officiers avides de gloire.

Il faut noter que ce roman date de 1974, et il n'était pas encore de bon ton de parler ainsi d'un fait d'arme récent. Les relations étroites existant entre certains personnages expliquant un peu mieux leur attitude.

 

Nicholas MEYER: L'honneur perdu du sergent Rollins. (Target practice - 1974 . Traduction de Christophe Claro). Collection les Noirs du Fleuve Noir. Parution février 1997. 254 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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