Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 05:39

Elle ne pouvait pas le voir en peinture, au début…

Henri TROYAT : La femme de David.

En janvier 1782, Charlotte, dix-sept ans, attend celui qui doit devenir son fiancé. Son père, Charles-Pierre Pécoul, entrepreneur des Bâtiments du Roi, estime qu’elle est en âge de se marier. Il lui a même trouvé un fiancé potentiel, le peintre Louis David, qu’il a connu lors de la rénovation du logement et de l’atelier de l’artiste au Louvre.

Lors de leur première rencontre, Charlotte ressent une aversion qu’elle a du mal à dissimuler, en voyant ce fiancé à la bouche très rouge et très enflée d’un côté, qui était comme un lambeau de viande crue au milieu de son visage pâle. Selon le père de Charlotte l’homme est un génie, pourtant elle est consternée, et se réfugie dans sa chambre, en pleurs. Et elle se demande si ce peintre, dont la notoriété commence à franchir la frontière des artistes, ne serait attiré que par sa dot conséquente. Elle pense toutefois ne valait-il pas mieux être choisie pour son argent que rester vieille fille ?

Le mariage aura lieu le 16 mai 1782 et Charlotte a révisé son jugement. Pour preuve, le 15 février 1783, Charlotte accouche d’un petit garçon, qui bientôt sera suivi d’un petit frère puis de deux sœurs. C’est assez, les années passent, les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

Les tensions entre le couple se font vives, Louis David possédant un caractère entier qui n’a rien à envier à celui de Charlotte. De plus, pour lui, la peinture ne peut se concevoir en dehors du classicisme, se revendiquant toutefois néo-classique, empruntant volontiers ses personnages dans l’histoire romaine ou grecque. Le Serment des Horaces, en 1784, lui assure la notoriété, et son école de peinture est suivie par de nombreux élèves.

Seulement, lors de la Révolution, il s’engage auprès de Robespierre, devenant son ami, et votant la mort du Roi Louis XVI, ce qui lui sera longuement reproché par la suite. Il n’échappe pas à la prison lors de la réaction thermidorienne, et ne s’occupe plus de politique sous le Directoire.

Mais il se prend d’admiration pour Bonaparte, puis Napoléon 1er, ce qui l’amènera à réaliser sa plus grande et fastueuse composition, Le Sacre de Napoléon, tableau très souvent représenté dans le manuels scolaires. Son ménage bat de l’aile, Charlotte n’acceptant pas ses revirements politiques, ses engagements révolutionnaires et ils divorcent, pour se remarier quelques années plus tard.

Avec la chute de l’Empire, Louis David est obligé de se réfugier à Bruxelles. Son amitié avec Robespierre et surtout son passé de régicide restant en travers de la gorge des successeurs des Bourbon. Pendant ce temps Charlotte se montre une maîtresse-femme, élevant ses enfants, aidant lorsqu’il en est besoin Louis David, professant à son égard acrimonie et admiration.

 

Cette biographie romancée sur la vie et la mort du peintre David, est narrée par Charlotte qui s’exprime comme si elle rédigeait ses mémoires.

Si tout tourne, ou presque, autour du peintre, c’est bien Charlotte Pécoul épouse David qui tient la barre, ne ménageant pas ses efforts, distillant ses sentiments, ses conseils, ses appréhensions, ses regrets parfois, ses tribulations de l’époque de Louis XVI jusqu’en 1825 sous la Restauration. Elle partage les hauts et les bas dans la renommée de son époux tout en s’occupant de ses enfants, lui insufflant courage lors de ses moments de découragements, lui prodiguant conseils, tout en restant effacée derrière celui qui se considère comme le Chef de file de la nouvelle école de peinture.

David recherchait les honneurs et se considérait parfois comme un incompris surtout lors de ses démêlés avec l’Académie royale de peinture, la combattant puis recherchant les Prix, via l’Institut nouvellement créé sous le Directoire, et recevant dans son atelier des élèves qui deviendront des peintres renommés, même s’il ne partageait pas toujours leur orientation picturale, tels que Girodet, Ingres, Gérard.

Henri Troyat, dont on connait la sensibilité dans ses descriptions de femmes engagées, comme dans ses cycles : La Lumière des justes, Les semailles et les moissons et bien d’autres, nous livre ici un beau portrait de femme attentionnée, engagée, mais toujours effacée derrière son mari.

Mais Henri Troyat prévient que par manque de documents, s’il s’inspire d’un fait véridique et historique, il a brodé et donc ceci n’est pas à prendre comme une biographie mais bien un roman d’inspiration historique.

 

Henri TROYAT : La femme de David. Editions J’Ai Lu N°3316. Parution 5 octobre 1993. 160 pages. Première édition Flammarion 1990.

ISBN : 9782277233169

Partager cet article

Repost0
27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 05:41

Posologie : une nouvelle le matin au réveil, une le midi après manger et une le soir au coucher.

Guy de MAUPASSANT : Misti et autres nouvelles.

Les nouvelles, cela se déguste. Il faut prendre son temps afin de les apprécier, pour ne pas être saturé, et tout mélanger.

Car les nouvelles de Guy de Maupassant se dégustent, chacune possédant un goût différent, une saveur différente, oscillant entre réalisme, humour parfois noir, et sociologie car l’auteur dépeint son époque d’une façon sarcastique mais au combien réelle et toujours d’actualité, avec naturellement quelques aménagements.

La plupart du temps, il s’agit d’une narration à la première personne, comme si l’auteur avait réellement vécu les épisodes décrits.

Par exemple dans Madame Hermet, l’auteur déclare : Pourtant les fous m’attirent toujours, et toujours je reviens vers eux, appelé malgré moi par ce mystère banal de la démence. Et c’est ainsi, alors qu’il visite un asile, un médecin lui propose de lui montrer un cas intéressant. Celui d’une femme qui se cache toujours derrière un voile, persuadée que son visage est marqué de cicatrices. Mais ce n’est que son imagination qui travaille, car sa figure est nette de toute marque diffamante. Mais cette peur, cette phobie remonte au décès de son fils qu’elle élevait seule, étant veuve.

 

Alors que notre narrateur aime les rencontres imprévues lors de ses déplacements, alors qu’aucun échange verbal ne se produit, pas même un sourire ou un regard, il croise en visitant l’Auvergne par trois fois une vieille dame en pleurs. C’est alors que celle-ci s’épanche, racontant le pourquoi de ses larmes. Un humble drame.

 

Dans Misti, le narrateur aime les femmes mariées, de préférence avec un homme possédant de l’esprit et du charme. Une condition pour que les relations entre les deux amants s’épanouissent mais lorsque le mari est absent, bien entendu. Seulement un problème existe entre lui et sa maîtresse du moment : un chat. Et peut-on faire confiance à un félin même s’il se love en ronronnant ?

 

Poursuivons notre balade littéraire et attardons-nous sur Blanc et bleu, une aimable déclinaison sur ces deux couleurs qui impressionnent le narrateur en villégiature près de Nice. Le blanc des maisons, le bleu du ciel ou celui de la mer, le blanc des cimes des montagnes enneigées vue d’un canot. Le marin en profite pour narrer une anecdote dont il fut le témoin, celle d’un homme les pieds nus dans la neige hivernale s’adonnant à une hygiène corporelle dans un but bien précis.

 

Dans L’endormeuse, le narrateur, qui reçoit régulièrement les journaux de la capitale, est intrigué par un article dénombrant huit mille cinq cents suicides en un an. Flânant sur les rives de la Seine, il pense à tous ces cadavres, morts dans des conditions souvent sanglantes, et bientôt notre promeneur fait un rêve éveillé, imaginant un immeuble dans Paris, à une époque indéfinie, et sur la façade duquel est inscrite la mention Œuvre de la mort volontaire. Son imagination divague. Une nouvelle qui date de 1889, qui n’est pas sans rappeler par certains points Le club des suicides de Stevenson, et se veut une légère anticipation puisque le responsable de cette Œuvre particulière situe sa fondation environ cinq ans après l’Exposition Universelle de 1889 justement.

 

Terminons ce léger tour d’horizon par Une page d’histoire inédite, dont l’action se déroule en Corse, patrie de Napoléon Bonaparte, alors qu’il est tout juste lieutenant-colonel. Donc en 1792. Deux clans s’affrontent, les Paolistes qui prônent une monarchie à l’anglaise et les Bonaparte qui soutiennent la Révolution. Un épisode qui aurait pu changer la face du monde, sans exagérer, car Bonaparte aurait très bien pu ne pas connaître son ascension militaire et devenir empereur.

 

Des nouvelles émouvantes, comiques voire ironiques, frôlant le surnaturel, la terreur ou la proche anticipation, revisitant l’histoire, sans oublier le charme, le burlesque, toujours empreintes d’une certaine poésie, et un regard porté sur ses concitoyens non dénué d’humanisme, telle est la riche palette de ce nouvelliste que l’on ne cesse de redécouvrir.

 

Sommaire :

Misti

Humble drame

M. Jocaste

Madame Hermet

Blanc et bleu

L'endormeuse

Le mariage du lieutenant Laré

Une page d'histoire inédite

La main d'écorché

Coco, coco, coco frais!

Ma femme

Alexandre

Le père Judas

Un million

Le voyage du Horla

La peur

Les caresses

Un fou ?

La tombe

Le donneur d'eau bénite

Guy de MAUPASSANT : Misti et autres nouvelles. Le Livre de Poche N°2156. Parution 4e trimestre 1968. 256 pages.

Partager cet article

Repost0
26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 05:27

Un Maurice Limat sous pseudonyme…

Maurice d’ESCRIGNELLES : Stop… Secret.

Une jeune femme au bord de la route et qui faisant du stop (l’ancêtre du covoiturage) manque être écrasée par un conducteur roulant à toute vitesse. Comme s’il avait le feu ou la police aux trousses.

D’ailleurs cela se précise rapidement car des motos de la police de la route se font entendre. Et un peu auparavant, la radio du bord avait annoncé que Serge Dermond, fondé de pouvoirs d’une banque parisienne, était en fuite, coupable de graves malversations et responsable d’une agression sur la personne de son directeur de succursale.

La jeune femme, qui se prénomme Pola, est tour à tour moqueuse, apeurée, téméraire, angoissée, pourtant elle refuse de descendre de voiture lorsque Dermond l’y invite. Elle préfère continuer ainsi jusqu’à sa destination qui est le port de Dieppe.

Afin d’échapper aux motards, Dermond vire brusquement dans un petit chemin qui s’offre à eux au milieu d’un bois juste après un virage pris sur les chapeaux de roues. Pola, entêtée, prend l’initiative et longeant des rails, ils arrivent à Neuchâtel en Bray, puis prennent le train pour Dieppe où ils arrivent sans encombre.

Pola l’entraîne dans un café où elle a rendez-vous avec un certain Worms. Elle s’entretient d’abord seule avec cet individu puis Dermond est prié de la rejoindre. En se référant aux antécédents récents de Dermont, le vol dans la caisse et l’assassinat du directeur de l’agence bancaire, Worms propose une mission au fondé de pouvoirs en fuite.

Après quelques heures passées agréablement dans une chambre d’hôtel, enfin je suppose car je n’y étais pas, Pola et Dermond se rendent près du pont tournant. Dermond doit aborder un homme transportant une serviette et s’en débarrasser, d’une façon ou d’une autre et récupérer les documents contenus dans le cartable.

L’opération se déroule sans incident notable et Dermond, toujours accompagné de Pola, monte à bord d’un canot qui l’emmène jusqu’au Vampire, un navire qui doit prendre la mer vers une destination inconnue. Le capitaine et ses marins ne sont pas du genre enfants de chœur et Dermond n’est guère rassuré. Il vient de voler les plans du port à un agent de la Sécurité Maritime.

Au cours du voyage qui s’ensuit, Dermond se montre moins falot qu’il y paraissait au début de l’histoire, tandis que Pola joue avec le feu, avec son caractère versatile.

 

Ce roman d’espionnage est inscrit dans une veine très mouvementée, chaque personnage jouant au chat et à la souris.

Car le lecteur se doute, dès le début du récit, que tout autant Dermond que Pola jouent un rôle et qu’ils ne sont pas les personnages qu’ils prétendent être.

Une intrigue rocambolesque, voire grandiloquente, l’action prédominant dans une histoire qui aurait pu se dérouler à la fin des années 1930 et non fin 1950, car les documents convoités recèlent une réelle importance pour la sécurité du port de Dieppe, en cas d’une invasion par la mer.

D’ailleurs ce roman est l’adaptation d’une pièce radiophonique, mais sans autre précision. Ce fut le dernier roman publié avant l’entrée de Maurice Limat aux éditions du Fleuve Noir.

Certains rechigneront, prétendant que ceci n’est pas de la grande littérature, mais le principal est de prendre du plaisir à la lecture et d’oublier pour un temps les aléas de la vie quotidienne liés aux décisions parfois aberrantes de nos politiciens.

Maurice d’ESCRIGNELLES : Stop… Secret. Collection Service Secret 078. Editions S.E.G. Parution 3e trimestre 1959. 96 pages.

Partager cet article

Repost0
25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 05:27

Ô rat, ô désespoir… !

Bram STOKER : L’enterrement des rats et autres nouvelles.

Le nom de Bram Stoker est indéfectiblement lié à celui de Dracula. Pourtant cet écrivain britannique, d’origine irlandaise, n’a pas écrit que ce roman emblématique de la littérature fantastique du XIXe siècle.

Il est également l’auteur de quelques nouvelles hautement recommandables dont les quatre qui figurent dans ce recueil et mettent en avant des thèmes différents, dont le fantastique n’est pas le moteur principal.

C’est l’horreur, le frisson, la terreur, la frayeur et l’angoisse qui imprègnent ces quatre textes dont la teneur n’est aucunement atteinte par la limite d’âge. En effet parfois, on peut lire, découvrir des nouvelles, et des romans, qui suintent d’une sorte de rance parce qu’elles ont mal vieillies. Où qu’elles reflètent un temps révolu. Ce n’est pas le cas avec Bram Stoker qui défie le temps, et dont les continuateurs ne font que reprendre des idées en les adaptant dans un langage plus en adéquation à notre époque certes mais parfois avec moins d’élégance. Mais bien évidemment, ceci que mon appréciation personnelle, et nul n’est obligé d’adhérer.

 

Dans L’enterrement des rats, le lecteur est invité à se rendre dans la banlieue sud de Paris, à Montrouge exactement. En ce temps là, cette commune dépendait en partie de la capitale mais le quartier qui nous intéresse s’étendait en dehors des fortifications. De nombreux endroits étaient restés à l’état sauvage, une étendue en friche couverte de misérables baraquements construits de bric et de broc, et habités par des miséreux, la plupart du temps des chiffonniers.

C’est dans cet univers que le narrateur, qui qualifie cet endroit de Cité des Ordures, déambule, s’arrêtant parfois, liant la conversation avec les résidents, qui se montrent aimables ou non. Il visite quelques-unes de ces masures, et récolte au gré de ses conversations des histoires à faire frémir. Mais tout ce petit monde ne se montre pas aussi prolixe, et parfois, il se demande s’il ne vaut mieux pas côtoyer les rats qui fourmillent jusque dans les bicoques que ces personnages à l’aspect aussi crasseux que leur âme.

 

Une prophétie de Bohémienne prend sa genèse sur un terrain communal où se sont installés des forains. Après un repas arrosé, les protagonistes décident de se rendre sur les lieux qui jouxtent leur maison, et se laissent prendre au jeu de la divination. En effet, une Bohémienne leur propose de lire les lignes de la main, mais pour l’un d’eux ses prédictions sont fort étranges. Elle déclame : Voici la main d’un assassin ! L’assassin de sa femme ! Etrange prophétie mais la Bohémienne a-t-elle fabulé, vu réellement ce qu’il va se passer, ou tout simplement été induite en erreur lors de sa prétendue vision ?

 

Passer ses vacances en Ecosse, voilà qui réjouit le brave Arthur Markam, commerçant de son état et Londonien pur jus, c’est-à-dire un cockney, l’équivalent du Parigot. Et pour faire honneur aux habitants de ce rude pays, il décide de s’habiller en costume traditionnel confectionné dans un tissu qu’il a lui-même dessiné. Il ne veut pas qu’on le confonde, avec son kilt et son tartan aux couleurs multicolores, avec l’un des représentants de cette fière contrée et qu’on l’accuse de s’être emparé des couleurs d’un clan ou d’un autre. Et c’est ainsi qu’il rejoint l’Ecosse, accompagné de sa famille, ainsi déguisé, avec épée, poignard, broche et bourse en peau de chèvre. Mais il ne faut pas jouer, lorsqu’on est touriste, avec les traditions. Et un jour, Markam se promenant, voit son double s’enliser dans des sables mouvants, Les sables de Crooken.

 

Enfin, Le secret de l’or qui croît est un aimable (?) conte que n’auraient pas renié les frères Grimm, Andersen ou encore Charles Perrault. Lorsque Margaret et Geoffroy se marient, le village est étonné, car les deux familles entretiennent une solide inimitié séculaire, ou presque. Rapidement le torchon brûle et tout est bon pour entretenir la flamme de la discorde. Et lorsque Geoffroy décide de se venger d’un affront, il n’y va pas de main morte. Il brutalise Margaret qui décède en tombant sur une pierre du foyer. Il enterre le cadavre sous le foyer mais bientôt les cheveux blonds de la jeune femme commencent à pousser entre les interstices.

 

Quatre nouvelles différentes dans le fond et dans la forme, qui souvent prêtent à sourire mais entretiennent plus l’angoisse, la frayeur et la terreur que le fantastique proprement dit, sauf dans la dernière. Mais n’est-ce que divagations dans l’esprit des protagonistes ?

Ces nouvelles ont été éditées ou rééditées à de multiples reprises dans des recueils dont notamment au Fleuve Noir, Omnibus, accompagnés d’autres nouvelles et romans.

Librio, une collection à petit prix mais qui propose de remarquables ouvrages. La fête du lecteur impécunieux !

 

Sommaire :

L'enterrement des rats (The Burial of the Rats – 1874)

Une prophétie de bohémienne (A Gipsy Prophecy – 1883)

Les sables de Crooken (Crooken Sands – 1894)

Le secret de l'or qui croît (The Secret of Growing Gold – 1897)

Bram STOKER : L’enterrement des rats et autres nouvelles. Librio N°125. Parution juin 1996. 96 pages.

ISBN : 9782277301257.

Partager cet article

Repost0
23 janvier 2020 4 23 /01 /janvier /2020 05:50

Un cavalier, qui surgit hors de la nuit
Court vers l’aventure au galop…

Jacqueline MIRANDE : Le cavalier.

En cette fin de novembre 1765, ayant fini de ramasser des sarments de vigne, de les fagoter puis de les mettre sur le dos de sa mule, Jean-Baptiste quitte le petit village de Vaugirard et s’apprête à rejoindre le quartier de Saint-Germain-des-Prés dans Paris.

Tout en marchant dans le brouillard, Jean-Baptiste rêve de voyages, de Louisiane, de Mississipi ou encore des Indes. Ce n’est pas qu’il est mal traité chez Dame Anne-Françoise Floche comme commis marchand-drapier, mais l’aventure le tente, le tenaille.

Il longe le mur du clos Périchot, préférant prendre le petit chemin herbu à la grande route, trop encombrée. C’est alors que surgit un cavalier devant lui et il n’a que le temps de se jeter contre le mur. Un vif échange s’établit entre ce jeunot d’une quinzaine d’année et ce cavalier vêtu de gris et qui paraît la trentaine. Toutefois Jean-Baptiste raconte quelque peu sa vie d’orphelin, vivant chez la marchande-drapière devenue veuve et mère de Pernette, treize ans, et indiquant son adresse. Et ils se quittent, le cavalier promettant de se revoir car il doit se rendre justement dans le quartier de Saint Germain.

Jean-Baptiste aide de son mieux Dame Anne-Françoise mais les temps sont durs. Il n’y a plus guère de clients car la pénurie de tissus se fait sentir. Pourtant le vieil Eloi Picard reste attaché à cette boutique, vivant au dernier étage dans le grenier. De plus la boutiquière est criblée de dettes, à cause d’un voisin maître-rôtisseur qui pratique l’usure. Jean-Baptiste narre sa rencontre à Dame Anne-Françoise, laquelle est fort intéressée. Cela lui remémore sa jeunesse, ses quinze ans, avant qu’elle se marie avec Floche, la quarantaine sonnée, auprès de qui elle avait trouvé refuge.

Un soir, le jeune Gilles fait irruption dans la boutique. Il n’en peut plus d’être maltraité par son grand-père, perruquier de son état et qui n’est autre que le frère d’Eloi. Alors n’écoutant que leur bon cœur, Eloi et sa patronne recueillent le gamin de quatorze ans, un facétieux qui ne rêve lui que de devenir comédien et se produire sur les planches.

L’entente cordiale ne règne pas toujours entre Jean-Baptiste, Gilles et Pernette, qui est quelque peu capricieuse, mais bientôt ils se ligueront contre l’adversité. En effet Eloi, qui est considéré comme un oncle, possède des livres interdits et il a été dénoncé par le perruquier et son ami le rôtisseur. Mais quelqu’un se cache derrière cette délation. Heureusement, grâce à l’esprit de décision de Jean-Baptiste et aussi à sa bravoure, la situation peut s’arranger provisoirement. Et le cavalier inconnu, surnommé le Marquis Carême, va aider la veuve à se dépêtrer de ces malheurs.

 

Ce roman pour enfants, non interdit aux adultes, met en avant deux points cruciaux en cette fin de règne de Louis XV. L’interdiction d’ouvrages considérés comme des livres incitant à la révolte, écrits notamment par Voltaire et Jean-Jacques Rousseau, et qui sont bannis par la censure. Des ouvrages qu’on ne pouvait que se procurer sous le manteau et imprimés la plupart du temps à l’étranger.

Mais un autre point, pas assez développé à mon goût, est celui qui secoua le début des années 1750, lorsque des enfants, considérés la plupart du temps comme orphelins mais ne l’étaient pas forcément, étaient traqués et enlevés par la maréchaussée puis déportés vers la Louisiane et le Mississipi, avant que ces possessions françaises tombent sous la domination britannique en 1763.

Jacqueline MIRANDE : Le cavalier. Collection Pocket Jeunesse N°497. Editions Pocket. Parution janvier 2010. 128 pages.

ISBN : 9782266137393.

Partager cet article

Repost0
22 janvier 2020 3 22 /01 /janvier /2020 04:11

Attention au dérapage !

Philippe GALILEE : Du sang sur le circuit.

Pour avoir surpris une conversation téléphonique de Kirlian, son patron, Christine la standardiste du circuit de F1 de Clermont-Romincourt, est assassinée le soir même sur les ordres de celui-ci. Cet entretien évoquait les accidents mortels survenus lors du récent Grand Prix d'Italie au cours duquel le champion brésilien Edson Paraz a trouvé la mort, et d'éventuelles magouilles concernant l'écurie française JSM.

Al, son ex-amant qu'elle avait prévenu la veille et qui ne l'avait pas crue se rend à Clermont-Romincourt. Il se fait embaucher en qualité de stagiaire sous un faux nom ignorant que Kirlian le recherche avec l'aide d'un officier de gendarmerie. Il surprend des conversations, se lie avec Alix la responsable de la boutique du circuit et rencontre son ami Jean Eudes, directeur d'une radio locale ainsi que Sylvain, un journaliste helvète. Ce qu'il apprend le laisse pantois.

Kirlian use de passe-droits, et les patrons des organisations internationales de course (Eagle président de la Foto - Formula One Team Organisation -, Mitford, celui de la WCO - World Council Organisation) possèdent un passé chargé. Ce sont d'anciens nazis ou d'anciens cerveaux du hold-up du siècle.

Le jour de l'inauguration de la piste de kart, Milton, un président de club de kart radié par Kirlian, distribue des tracts dénonçant moult magouilles. Il est prié par la gendarmerie de quitter les lieux. Al le rencontre mais n'apprend rien de plus concernant le rachat de JSM.

Kirlian est victime d'une agression en rentrant sur Paris mais l'enquête n'aboutit pas. Alix lui battant froid, Al conte fleurette à Véronique, la secrétaire de Kirlian, ce qui lui permet de feuilleter des dossiers contenant des factures de pièces détachées provenant de Turquie. L'annonce du rachat de JSM par Bertoni, le patron de l'écurie Steton, est officialisée. Les événements se précipitent. Boucher, qui appartient à un groupe fraternel influent, lui propose de découvrir l'identité des meurtriers de Christine s'il l'aide à faire tomber Kirlian.

Il rencontre dans une église un inconnu, qui n'est autre que Sylvain, en réalité flic d'Interpol, lequel lui apprend que Kirlian et Bertoni, en apparence deux ennemis, ont passé un marché. Le rachat de JSM permet à Kirlian d'affermir son poids politique. En outre Kirlian trafiquerait de la drogue. Véronique est assassinée dans les mêmes conditions que Christine et Al est mis en garde à vue. Sylvain et Boucher le font libérer mais il est obligé de se cacher. Au cours des jours précédents le Grand Prix de France, Al s'introduit sur le circuit, méconnaissable et retrouve Alix. Lors des premiers essais, à la faveur d'un incident dans la salle de presse, Al s'introduit dans le bureau de Kirlian, mais les dossiers ont disparu. Repéré, il parvient à échapper aux vigiles mais est arrêté le jour du Grand Prix par des gendarmes, relayés par des policiers de Paris.

Accusé d'être à l'origine des explosions survenues dans la salle de presse, il clame son innocence et conduit les pandores dans le stand de JSM. Le moteur d'une voiture contient de la drogue. Sylvain le fait relâcher et lui demande d'oublier Kirlian. Stéphane Durand, l'un des employés de Kirlian qui travaille pour Boucher et Sylvain, remet les documents à Al. Sylvain qui est passé du côté de Kirlian est mécontent et promet qu'Alix passera un mauvais moment si on ne les lui redonne pas.

 

Le sport et son univers impitoyable régi par les combines et surtout par l'argent.

Philippe Galilée le démontre à tous ceux qui ne seraient pas encore au courant des magouilles fréquemment pratiquées dans ce microcosme international.

Au delà de l'enquête dont l'épilogue n'est pas moral, il jette un regard critique sur des faits récents et les personnages qui gravitent dans ce roman seront facilement reconnaissables, tout du moins certains, dont un dénommé Midas.

Les imbrications politiques laissent planer un malaise et une fois n'est pas coutume les scènes de sexe sont inexistantes. Mais il est évident que ce livre n'aurait eu aucune chance pour l'obtention de l'ex-prix Moncey, le rôle de la gendarmerie étant assez ambigu. 

Philippe GALILEE : Du sang sur le circuit. Collection Exclusif N°5. Editions Vaugirard. Novembre 1994. 224 pages.

ISBN 9782265003118

Partager cet article

Repost0
21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 05:51

Une fleuriste à qui l’on ne fait pas de fleurs…

Léo GESTELYS : Une enfant de Paris.

Désireux d’acheter des fleurs pour une cérémonie de fiançailles, Fernand est ébloui par Ginette, la jeune vendeuse. Elle est encore plus belle que les plantes qu’elle propose : roses, œillets, orchidées…

Il en veut tout un bouquet et lui demande une composition florale, comme si c’était pour elle. Ginette s’exécute mais bientôt sa patronne, une personne acariâtre, l’appelle du fond de la boutique. Fernand quitte l’échoppe avec son bouquet serré sur sa poitrine, à la façon d’une nourrice berçant un bébé.

Ginette doit livrer une parure de fleurs naturelles chez mademoiselle Monique de Berteval. Monique est issue d’une riche famille demeurant dans le quartier. La course ne sera pas trop longue. Et lorsqu’elle arrive chez sa cliente, Ginette peut se rendre compte qu’un véritable essaim de couturières, de femmes de chambre et petites mains sont aux pieds de Monique, la parant, l’habillant, jouant des aiguilles et des dentelles.

Ginette est priée de se rendre dans le cabinet de toilette de Mademoiselle en attendant de disposer ses œillets roses sur la robe et les affutiaux de la fiancée. C’est à ce moment qu’est annoncé monsieur Fertèze, Fernand de son prénom, précédé d’un bouquet de fleurs.

Toute étonnée, Ginette se trouve face à son client. Etonnement qui ne dure guère car elle est renvoyée dans ses foyers, où plutôt à sa boutique, n’ayant plus rien à faire dans la pièce et devenant même encombrante. Mais Fernand semble plus intéressé par cette jeune fille simple que par sa fiancée capricieuse.

Le dimanche se passe et le lundi matin, Ginette a la douloureuse surprise de se voir convoquée au commissariat. Elle est accusée d’avoir volé un bijou lors de son passage chez Monique. Fernand, prévenu, ne met guère de temps à confondre le (ou la) coupable de ce forfait, pour autant Ginette est renvoyée par sa patronne. Un affront que sa mère ne supporte pas et Ginette est obligée de se réfugier chez une amie qui vit avec un peintre à la notoriété naissante.

Mais ses malheurs ne sont pas terminés.

 

Dans un registre simple, ce roman sentimental inédit propose une enquête policière rapidement résolue et non pas par des policiers.

Pourtant Ginette porte cette honte sur son front. L’accusation portée contre elle, si elle se révèle fausse, ne lui en est pas moins néfaste. Elle est renvoyée par sa patronne, par sa mère, et malgré ses dénégations, personne ne veut la croire. Même lorsque le bijou est retrouvé.

Léo Gestelys met l’accent sur ce qui constitue le contraire de ce qui devrait être. L’accusée obligée de se défendre alors qu’aucune preuve de sa culpabilité est démontrée, pis, elle est rejetée même si son innocence est prouvée malgré tout par la suite, car il ne fait pas bon d’avoir été convoquée par la police. Comme une tache indélébile alors qu’elle est pure comme les fleurs qu’elle vend.

La morale est sauve, mais la fréquentation forcée de la police laisse souvent des traces.

Léo GESTELYS : Une enfant de Paris. Collection Le Petit Roman N°488. Editions Ferenczi. Parution le 16 octobre 1936. 32 pages.

Partager cet article

Repost0
20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 05:19

La vague en douceur vient mon cœur
A la Guadeloupe,
Les algues, les fleurs
Ont mille couleurs
A la Guadeloupe…

Henri Salvador.

Richard CARON : Saintes pour sang.

Emergeant péniblement d’un rêve aussi bizarroïde qu’étrangeoïdal après une réception arrosée, le jeune Lionel Sehauvagnac, attaché de cabinet au ministère de l’Intérieur en charge des relations avec la presse, est dérangé en pleine nuit, alors qu’il aimerait pouvoir se rendormir, par un appel téléphonique d’un certain Mortimer O’Donnell, golfeur, bridgeur (jeu de cartes et non odontologue), et accessoirement attaché culturel à l’ambassade des Etats-Unis à Paris.

L’homme, réputé comme pratiquant l’humour potache, a pris une voix mourante, et son discours est incohérent. Il parle de Sécurité, chef ambassade, CIA, noyautée, mauvais pour la France, Marcel, Guadeloupe… le tout entrecoupé de points de suspension qui ne sont discernables que par écrit et qui pourraient se traduire par des blancs. Puis un silence, un corps tombant sur un tapis.

Une farce pense Lionel Sehauvagnac, qui après un stage dans sa salle de bains se décide à rappeler son correspond, désirant lui signifier qu’il ne croit pas à cette farce morbide. Mais c’est un policier qui lui répond tout en le questionnant et lui demandant ses coordonnées. Peu après l’inspecteur-chef Filatelli accompagné d’un subordonné dont on apprend qu’il se nomme Macherin, débarquent chez le diplomate diplômé.

Ils ont découvert le fameux Mortimer O’Donnel, qui par ailleurs possédait plusieurs jeux de papiers d’identité, différents dois-je préciser, mort et donc incapable de narrer ce qui lui est arrivé, ainsi qu’un autre larron, inconnu, et que les deux hommes se seraient entretués.

L’entretien entre Lionel Sehauvagnac (ai-je omis de vous dire qu’il faut prononcer Sauvagnac ?) et les deux policiers est plutôt âpre et cela finirait mal si l’arrivée impromptue ne venait interrompre le début d’un échange qui de verbal est devenu musclé, du commissaire Poitoux, de la DST. Au cours du transfert de Lionel Sehauvagnac à la DST, Poitoux lui apprend que Mortimer était un faux diplomate mais un véritable agent secret professionnel.

Grâce, ou à cause, de ses relations extraprofessionnelles avec Mortimer et parce qu’il pratique couramment la langue de Mark Twain, Lionel est convié à se rendre à la Guadeloupe puis dans l’archipel des Saintes, effectuer une mission pour le compte du gouvernement français. Et il rencontrera quelques connaissances américano-canadiennes, des insulaires, des truands, des membres de la CIA, ainsi que de chaleureuses partenaires qui ne comptent pas leurs efforts pour lui enchanter ses nuits.

S’ensuit une histoire au cours de laquelle on pourra dénombrer quelques cadavres, des dommages collatéraux dont un pauvre gamin qui sert de petit facteur, et qui met aux prises membres de la Mafia et de la CIA, Lionel servant de tranche de jambon dans ce sandwich antillais appétissant.

 

Roman parodique oscillant entre le policier et l’espionnage, Saintes pour sang est franchement humoristique au début. Par la suite il prend un cours plus classique mais pour autant il reste d’une lecture très abordable et agréable.

Richard Caron était, outre un romancier et un scénariste, un journaliste dont les opinions royalistes affichées le mirent quelque peu au ban du cénacle des romanciers de littérature policière.

Dans ce roman, outre l’humour parfois potache, il pratique également l’ironie. Rappelons que le ministre de l’Intérieur de l’époque était le descendant d’un célèbre maréchal d’Empire qui a donné son nom à l’un des boulevards extérieurs de la ceinture dite Boulevards des Maréchaux à Paris, Poniatowski.

Et, dès cette époque, et même avant, des problèmes de Grandes Oreilles perturbaient le Français moyen, et donc les services de l’Etat :

Je puis vous jurer qu’il n’y a plus, depuis l’élection de Giscard, aucun travail de surveillance sonore au détriment de citoyens français, quels qu’ils soient… Nous n’agissons dans ce domaine uniquement sur les étrangers suspects.

Ouf, nous voilà rassurés. Mais depuis ?

Lionel Sehauvagnac, qui est, rappelons-le, attaché de cabinet au ministère de l’Intérieur en charge des relations avec la presse, doit rédiger un mémoire intitulé Pour donner une meilleure image de marque de la police en France, rapport qui je le précise n’a jamais dû être rédigé, et s’il le fut, mis rapidement dans une case Oubliettes, se pose certaines questions dont les réponses ne seront jamais fournies. Mais il a au moins le courage de se les poser.

D’aucuns prétendent que nous autres technocrates sommes coupés de la base. Je me suis demandé s’il n’y avait pas un peu de vrai là-dessous. D’autant que j’écrivais clairement dans mon rapport que le visage de notre police, recevait, d’une façon générale, un accueil favorable auprès du public français. C’est du moins ce que tous les directeurs de service et les commissaires divisionnaires m’avaient affirmé. Souffrant moi-même et présentement d’une réalité un peu rude – bien que sûrement non généralisée – il est évident que certains termes de mon rapport s’en trouveraient modifiés et qu’à l’avenir je me promettais de rencontrer des fonctionnaires de police de moindre niveau.

Eh oui, il y a les faits et la réalité. Ne pas croire ce que les ministres énoncent doctement et ce qu’il se passe en réalité.

Mais nous parlons d’une autre époque, et de nos jours, il ne faudrait pas comparer ce qui était de mise sous Giscard, ou un autre, et ce qu’il se déroule de nos jours. Aucun policier ne se permettrait une bavure au risque de voir l’image de marque de sa profession en pâtir.

 

Richard CARON : Saintes pour sang. Collection Spécial Police N°1293. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1976. 224 pages.

ISBN : 2265001899

Partager cet article

Repost0
17 janvier 2020 5 17 /01 /janvier /2020 05:08

O Corse île d'amour
Pays où j'ai vu le jour
J'aime tes frais rivages
Et ton maquis sauvage…

Gustave GAILHARD : La fille du bandit.

Le petit village de Campolino, sis quelque part dans un coin perdu de l’île de Beauté, est en deuil.

Gelcomina Malati vient de décéder et les pleureuses se tiennent autour du cercueil, égrenant leurs lamentations et leurs souvenirs. Un homme regarde discrètement par la fenêtre. Parmi ceux qui se recueillent, Matteo Malati, son mari, maire de la commune, propriétaire de deux scieries. Et la fille Giovanna, réputée pour être la plus belle fleur du canton avec ses dix-huit printemps arborés fièrement.

Une vieille femme, ayant terminé son service de veille et de recueillement, sort de la maison en deuil. Elle est abordée par Nazarello, l’homme qui regardait à travers les carreaux. Il est en fuite depuis de longues années après avoir exécuté une vengeance. Le hors-la-loi demande à celle qu’il nomme Assunta et fut la mère de son ami, traitreusement assassiné et dont il vengé la mémoire, de déposer discrètement un scapulaire dans le cercueil de Gelcomina. Assunta accepte.

La célébration mortuaire se déroule sans incident notable. Matteo depuis ce décès est songeur tandis que Giovanna est réconfortée par son ami de cœur, Paolino. Ils sont jeunes, ils s’aiment. Mais, malgré son statut de contremaître dans l’une des scieries de Matteo, il ne peut prétendre épouser Giovanna. En effet le père de la jeune fille préfère qu’elle se marie avec Enrico.

Et Enrico surprend les jeunes gens en plein conciliabule amoureux. Enrico est jaloux et il provoque Paolino avec son couteau. Le drame éclate. Enrico reste sur les pierrailles du maquis et Paolino est suspecté de meurtre alors qu’il ne s’agit que d’un malheureux accident.

Heureusement Nazarello le hors-la-loi veille au grain, mais pour autant Paolino sera-t-il disculpé et quel sera son avenir avec Giovanna ? Et qu’adviendra-t-il de Nazarello ?

 

Le titre de ce roman est assez ambigu car l’épilogue ne confirme pas ce que le lecteur pourrait attendre de cette affirmation. Comme si l’auteur ne désirait pas expliquer davantage ce qu’il sous-entendait au départ, ou comme s’il s’était rétracté.

Le personnage de Nazarello est présent comme une ombre furtive, fugitive, et pourtant il imprègne les esprits à cause de son passé d’assassin présumé.

Pour autant, qui n’est pas considérée comme un roman d’amour mais un roman dramatique, cette historiette est agréable à lire, nous plongeant dans le système d’une vendetta ancienne agrémentée d’une double histoire d’amour. Mais il est difficile d’en écrire plus, sauf à déflorer l’intrigue et l’épilogue.

Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, il faut rappeler que Gustave Gailhard, auteur de fascicules et de romans chez Ferenczi, était en même temps directeur de collection chez le même éditeur. Pourtant il avait débuté chez Fayard et a fourni parallèlement des romans chez Tallandier.

Dans Panorama du roman historique, style et langage Éd.SODI, 1969, Gilles Nélod écrit : Gustave Gailhard, comme Albert Bonneau, a ouvert l’éventail des époques et des lieux. Ses romans, souvent longs, assez mal bâtis, cherchent les situations paroxystiques, les supplices atroces, les amours impossibles.

Ce n’est pas l’impression d’ensemble dénoncé par Gilles Nélod que reflète de ce roman, et peut-être faudrait-il lire d’autres romans pour se forger sa propre opinion. Mais le lecteur n’est pas obligé d’abonder dans le sens d’un critique littéraire, les goûts divergeant selon le lectorat, et il peut posséder sa propre sensibilité sans être obligé de suivre telle ou telle ligne imposée par un analyste.

 

Gustave GAILHARD : La fille du bandit. Le Petit Roman N°657. Editions Ferenczi. Parution le 2 juin 1938. 32 pages.

Partager cet article

Repost0
15 janvier 2020 3 15 /01 /janvier /2020 05:19

Papy fait de la Résistance…

NOËL-NOËL : Le père tranquille.

Avec son feutre noir un peu cabossé, ses lunettes et sa serviette, Edouard Martin passe quasiment inaperçu dans les rues de Moissan (Charente) et ses environs. L’homme de la rue, que tout le monde connait, que tout le monde salue, mais qui est si effacé qu’il est oublié dès que les passants l’ont croisé.

Le brave homme type, qui ne fait pas de vagues. Il est marié avec Madeleine, qui l’appelle Edouard. Ses enfants, Monique, dix-huit ans, et Pierre, seize ans et demi, lui disent papa. Mais pour tous ses amis et ses concitoyens en général, c’est le Père Tranquille. Une référence pour ce représentant régional d’une compagnie d’assurances.

Sa passion consiste en la culture des orchidées, des plantes fragiles qu’il garde soigneusement dans sa serre, pratiquant des boutures, recherchant la perfection. Ses pots sont placés sur des étagères, il les manipule avec précaution, et parfois il se glisse derrière les rayonnages, à l’abri de la vue de tous, sa famille y compris.

En ce 23 mars 1944, alors que les Allemands sont présents partout, et construisent une usine non loin de chez Martin, celui-ci sort tranquillement du Café de la République. Il croise sans y faire attention un homme qui entre et ne lui jette pas un regard. Cet homme, qui prétend se nommer Jourdan, demande à parler au patron en toute intimité. Le bistrotier, un homme à la carrure de catcheur, se demande bien ce que lui veut cet homme mais celui-ci a les mots qu’il faut pour le mettre en confiance. Les mots et les papiers.

Il a été parachuté depuis l’Angleterre afin de recruter de jeunes gens pour servir dans la Résistance et deux adolescents sont convaincus. Ils partent alors pour Aubusson mais on ne les reverra jamais.

Les jours passent, Martin tient souvent des conciliabules avec deux jeunots dont l’un est amoureux de Monique. Et inversement proportionnel. Et Monique, qui n’a ni ses yeux, ni ses oreilles dans sa poche, se rend compte que son géniteur n’est pas le Père Tranquille comme tout le monde l’a surnommé. Il œuvre pour la Résistance, mais de façon si subtile que personne ne soupçonne son appartenance à cette armée secrète. Et Pierre, le fils, se désole de cette attitude nonchalante voire quasi sympathique avec l’ennemi. Alors il décide d’entrer lui aussi dans la Résistance, mais il est bien jeune et inexpérimenté.

 

Adapté du film au titre éponyme et dont Noël-Noël a écrit le scénario et les dialogues, Le Père Tranquille revient sur un épisode réel de la fin de la guerre 39/45. Episode qui s’est déroulé en Moselle, à Woippy exactement, et dont le héros était horticulteur.

Si ce roman est destiné aux jeunes lecteurs, il n’en est pas moins vrai que les adultes vont pouvoir s’en inspirer pour leurs lectures. Il s’agit d’un hommage aux héros anonymes de la Résistance, de ceux qui travaillaient dans l’ombre et à la fin de la guerre ont préféré rester anonymes, tandis que les Résistants de la dernière heure, ceux qui étaient collabos ont tourné leur veste en même temps que le vent. Ce sont bien de ceux là que l’histoire se souvient même si les opportunistes sont souvent décriés de nos jours.

Noël-Noël possède un humour subtil, retenu, qui lui est propre, et le récit n’en prend que plus de force. Point n’est besoin de scènes d’action violentes pour donner à cette intrigue un réalisme poignant et l’épilogue joue sur les contrastes de l’époque.

Mais ce roman, et ce film, étaient nettement plus dans l’atmosphère de l’époque lors de leur parution, les cicatrices étant encore vives. De nos jours, il ne s’agit que d’un épisode durant la guerre. Mais à la fin des années 1950, cela devait rappeler de nombreux souvenirs aux lecteurs adultes voire adolescents, des souvenirs peut-être parfois honteux.

NOËL-NOËL : Le père tranquille. Collection Bibliothèque Verte N°43. Editions Hachette. Parution juillet 1959. 190 pages.

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables