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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 08:33

Bon anniversaire à Georges-Jean Arnaud, né le 3 juillet 1928.

Georges-Jean ARNAUD : Les Gardiennes

Les bulldozers ont envahi le terrain vague en face de chez Claire Dejean. Ce pourrait n’être qu’un épisode supplémentaire dans l’urbanisation d’une petite ville, mais non car apparemment des enjeux stimulent les portables et renouent les relations.

D’abord Simon, qui appelle sa mère, Claire, afin de connaître l’état d’avancement des travaux. Ensuite, Augusta, brouillée depuis des années, pour ne pas dire des décennies, avec Claire et qui d’un seul coup s’incruste le matin, afin elle aussi de vérifier si un pépin ne surviendrait pas. A moins qu’elle l’espère ce pépin !

Alors allons-y pour les croissants et la bouteille thermos de café. Claire ne demande pas mieux que ce petit supplément alimentaire, elle qui est obligée de chiner dans les poubelles dès potron-minet afin de recueillir un croûton de pain, une conserve périmée.

A l’origine de ce rapprochement inattendu la disparition de sa fille Elodie, laquelle fréquentait Simon. Les cadavres ne se trouvent pas uniquement dans les placards, peut-être aussi dans les terrains vagues, sous les coups de butoir des pelleteuses.

 

Une atmosphère pesante pour ce court roman du prolifique mais toujours intéressant Georges-Jean Arnaud.

Ici il prend pour thème un fait divers insignifiant. Un projet immobilier fait remonter à la surface de la mémoire une douloureuse affaire qui n’a jamais connu de véritable aboutissement. La disparition d’Elodie est-elle due à un meurtre perpétré de sang-froid, et surtout de ce magmas de pierrailles et de terre une preuve va-t-elle enfin être dénichée ?

Par exemple un bijou quelconque démontrant qu’Elodie a été enterrée et que son corps gît depuis des années dans ce terrain.

L’angoisse ressentie par les deux mères n’a pas la même origine, et G.-J. Arnaud distille avec virtuosité et malice ce venin qui tient en haleine le lecteur grâce à une tension latente et insidieuse.

 

Georges-Jean ARNAUD : Les Gardiennes. Collection Eden Fictions, Eden production. Parution 17 juin 2003. 60 pages.

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 08:32

Bon anniversaire à Patrick Raynal né le 1er juillet 1946.

Patrick RAYNAL : En cherchant Sam.

Ils étaient trois. Ils s’étaient juré que lorsque l’un d’eux viendrait à disparaître, les autres jetteraient ses cendres à Quauhnahuac, au Mexique, au dessous du volcan immortalisé par Malcolm Lowry.

Michel a dit au revoir à la société en se tirant un coup de carabine dans la bouche. Le meilleur moyen pour ne plus parler et éviter de dire des bêtises. Manu, fidèle à la promesse échangée une trentaine d’années auparavant, vend sa librairie parisienne et part pour New-York, à la recherche de Sam, le troisième larron, avec pour bagages l’urne funéraire contenant les restes de Michel. Sauf que Sam, il a déménagé, il est parti pour le Sud, itinérant, traînant derrière lui une cohorte de personnages troubles.

Sam s’est fait une réputation de bluesman blanc, jouant presque aussi bien que les Noirs, comme Milton Mezz Mezzrow à son époque concurrençait les jazmen. De New-York à Missoula en passant par Clarksdale, Bâton-Rouge, la Nouvelle-Orléans et Houston, Manu effectue un véritable parcours du combattant, le chemin de croix des musiciens, empruntant la 61, route célèbre du Sud, sur laquelle fleurit comme au printemps les comédons, les patelins hantés par Muddy Waters, Robert Johnson, Charley Patton, Robert Nighthawk...

Et Sam est toujours devant... jusqu’à ce qu’enfin la jonction se produise. Manu était parti avec une âme d’enfant, effeuillant des souvenirs qui peu à peu se flétrissent. Trente ans ont passé et les hommes ont changé. Enfin, pas tous, car les milices veillent, héritiers du nazisme et du Sud profond dont l’aversion pour l’étranger, principalement de couleur, est entretenue par la jouissance de posséder une arme et de décider de la vie ou de la mort.

 

Cette itinérance livresque débute comme une ode à l’amitié et emprunte des chemins tortueux non répertoriés dans le guide du routard.

Le blues et la littérature américaine servent de fil conducteur jusqu’au moment où se profile enfin la silhouette de Sam, et là, changement de ton et de décor. Le coup de blues s’abat et l’on ressort de l’histoire un peu groggy.

Après, on n’a plus tellement envie de lire autre chose. Du moins pour un moment, le temps de digérer, d’assimiler, de rêver avec dans la tête cette musique lancinante issue des champs de coton. Et on a envie de relire des passages, de s’imprégner à nouveau d’une atmosphère dont on a du mal à se dépouiller.

A savourer ces petites phrases qui se dégustent comme un bonbon anglais : Passer la nuit avec une femme sans la toucher est la seule expérience qui puisse donner une véritable idée du désir; sans doute parce qu’il n’en reste que l’idée ou encore Ce qu’il y a de chouette avec la vérité c’est qu’elle ressemble tellement au mensonge qu’on se demande pourquoi on prend le risque de la dire.

Et Raynal qui connaît bien le parcours qu’il décrit, se permet quelques clins d'œil. Au hasard du roman le lecteur pourra reconnaître certains personnages tel que Harry Crews.

Raynal s’interroge aussi sur les tendances négationnistes d’auteurs français. Comme ça, sans l’air d’y toucher. Une phrase dans la conversation entre deux personnages, la page est tournée et la polémique est évitée. L'un des meilleurs romans de Patrick Raynal que j’ai lu.

 

Réédition Collection Points Roman. Parution octobre 1999. 288 pages.

Réédition Collection Points Roman. Parution octobre 1999. 288 pages.

Existe en version numérique : 7,99€.

Existe en version numérique : 7,99€.

Patrick RAYNAL : En cherchant Sam. Collection Gulliver. Flammarion. Parution juin 1998. 276 pages.

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 07:45

Bon anniversaire à Claude Amoz, née le 26 juin 1955.

Claude AMOZ : Dans la tourbe.

Révélée à Vienne en 1997 en obtenant le Grand Prix du roman policier Sang d’Encre pour Le Caveau, Claude Amoz a connu la consécration en 1999 avec deux romans : Dans la tourbe qui paraît chez Hors Commerce dans la collection Hors Noir, et L’ancien crime chez Rivages collection Rivages/Noir N°321.

 

Dans la tourbe est comme un huis-clos qui met en scène quelques vieillards d’une maison de retraite dirigée par des religieuses. Ils ont droit à une semaine de « vacances » dans un ancien orphelinat nommé les Roches Sourdes. Parmi les privilégiés, Francis, ancien livreur en camionnette, exploité toute sa vie par un épicier qu’il vénère encore, Elie, un violoniste promis à un bel avenir mais dont le talent a été gâché à cause d’une dipsomanie issue d’un drame dont il ne connaît même plus la raison, et des femmes dont deux infirmes, une autre en manque d’affection et une demoiselle, heureuse et fière de l’être, assoiffée de culture. Un pharmacien, piètre automobiliste, dont la femme atteinte d’une dépression à répétition est hospitalisée pour la énième fois, se joint au petit groupe qui compte déjà dans ses rangs une bénévole Irlandaise.

Seulement le potard se retrouve dans un pays, une ambiance, une atmosphère qu’il connaît bien puisqu’il y a vécu l’année de ses quinze ans. Une année qu’il se rappelle sans effort. L’odeur de la tourbe qui entoure la maison de retraite est toujours présente, obsédante. Le responsable du musée local est un ancien condisciple, spécialiste des coups fourrés et des intimidations, des sous-entendus. Alors entre tous ces protagonistes s’engage un bras de fer arbitré par une mémoire collective et individuelle défaillante, programmée et insidieuse, statufiée dans la tourbe qui rejetterait de vieux cadavres comme un placard expulserait un squelette encombrant.

 

Claude Amoz écrit comme si elle apposait sur l’intrigue une mousseline, un voile transparent qui laisserait apparaître le temps d’une phrase la signification profonde de son propos puis tout s’estompe, brume qui se déchire pour mieux se reformer et englober dans des rets un paysage qui se déforme au fur et à mesure que le lecteur avance dans l’intrigue. Comme des fumerolles qui s’élèvent dans l’air alors qu’un soleil fugace frappe la tourbe avant de s’estomper aussi rapidement qu’il est arrivé.

 

Claude AMOZ : Dans la tourbe. Collection Hors Noir. Editions Hors Commerce. Parution janvier 1999. 268 pages.

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 12:27

Du grisbi à Neuilly...

Auguste Le BRETON : Du Rebecca chez les Aristos.

Délaissant le mot Rififi, qu'il avait créé en 1942 à Nantes avec son pote Gégène de Montparnasse et devenu quelque peu galvaudé, Auguste Le Breton a préféré utiliser un vieux substantif argotique tombé en désuétude pour titrer son nouveau roman.

Une incursion joyeuse à prétexte policier chez les représentants de la Haute qui vont démontrer que l'aristocratie n'est pas uniquement constituée de snobinards, fils à papa, comme certains aimeraient à le faire croire. Que nenni !

Mais avant de continuer, peut vaut-il mieux vous présenter quelques-uns des personnages qui gravitent dans cet opus. Ils ont pour patronyme le comte de Mesroustons, le duc et la duchesse de Sifilo, le marquis et la marquise de Couillemol, le baron et la baronne de Chéquenbois, le vicomte et la vicomtesse de La Pinepercée, Mr Braquemard et le sire de Moudevot. Dernière petite précision : Roseline de Chéquenbois est à la tête d'une maison particulière dite close ouverte aux portefeuilles garnis et soumet une partie de son cheptel à se faire tondre les poils du Mont de Vénus afin d'accéder au désir de certains clients étrangers.

Touchez à un cheveu d'un des leurs et vous sentirez le vent de leurs soufflets. Car ce ne sont pas des ramollis du bulbe, des atrophiés du muscle. Ils savent se lancer sur le pied de guerre lorsque le besoin s'en fait sentir. Bon chic bon genre au dehors, les Aristos de Le Breton recèlent en eux des chromosomes actifs de leurs pères, de leurs ancêtres, de ceux qui se défendaient avant qu'on les attaque, de ceux qui ont participé aux diverses croisades, de ceux qui jouaient innocemment avec de l'huile bouillante, de ceux qui troussaient hardiment les servantes et les femmes de leurs copains et qui ripaillaient à pleines bouches sans penser à leur taux de cholestérol. Après eux le déluge.

Bien entendu, comme dans toutes les couches de la société, la jalousie, la perfidie, les entrainent à se rencontrer en duel, mais que l'une de leur descendante soit prise en otage par de vulgaires bourgeois issus de la grande bourgeoisie dégénérée, et le ban et l'arrière-ban rappliquent en quatrième vitesse.

Qui s'y frotte s'y pique et tant pis pour les négociants du cartel de Medellin, ils n'avaient pas à vouloir jouer à l'héroïne. Les Aristos se shootent au Dom Pérignon, pas à la poudre de Perlimpinpin.

Dans un style rabelaisien et san-antonionesque, Auguste Le Breton en mettant en scène des personnages à la Dubout, nous offre un roman drôle, paillard, humoristique, égrillard, font la trame pseudo policière fait place parfois à des digressions pseudo-psychologiques non exemptes de bon sens.

Par exemple ces quelques pages dans lesquelles Dieu se doit de résoudre un problème kafkaïen. Après la tornade blanche et nucléaire qui a détruit toute vie sur Terre, Dieu doit-il laisser la vie sauve au misérable poisson, seul et unique survivant, afin qu'il redémarre la longue lignée des bêtises humaines, ou doit-il le noyer et continuer à jouer à la pétanque avec Saint-Pierre en toute tranquillité ?

Les amoureux de l'argot vont se régaler à la lecture de cette histoire empruntant bon nombre de mots à la langue verte, une langue imagée, savoureuse et truculente. Les autres n'auront aucun mal à décrypter, le contexte se suffisant à lui-même pour traduire les mots qu'ils ne connaissent pas encore, les quelques noms et verbes pas encore popularisés ou entrés dans le langage familier.

 

Auguste Le BRETON : Du Rebecca chez les Aristos. Editions du Rocher. Parution avril 1991. 298 pages.

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 13:27

Hommage à Gilles-Maurice Dumoulin,

alias G. Morris, Vic-Saint-Val, décédé le 10 juin 2016.

G. MORRIS-DUMOULIN : Paris sera toujours pourri.

Entrant par hasard dans un bistrot, Peter Warren, le détective privé franco-américain, reconnaît Jo Carven, un vieil ami boxeur reconverti en restaurateur. Les retrouvailles se déroulent bon enfant et Warren ne manque pas de retourner chez ce copain à la table accueillante.

Ce jour là, alors qu’il dîne en compagnie de Jo et d’un autre ami de l’ancien boxeur, Warren aperçoit un jeune homme qui semble se défier d’une voiture puis s’engouffre précipitamment dans le bar. Ce n’est autre que Franck, le neveu de Jo, qui six mois auparavant s’était envolé pour les Etats-Unis, après s’être largement servi dans le tiroir-caisse du tonton, et n’avait plus donné de ses nouvelles. Franck qui revient avec une mallette bourrée de dollars, plus de deux cents mille ce qui est un joli pécule pour recommencer dans la vie. Warren est intrigué par ce pactole et il file Franck jusqu’à un immeuble trop bourgeois pour être honnête.

En effet la personne que le neveu rencontre, Yossip Maresco, se révèle selon Jo comme une authentique crapule magouillant dans tous les domaines. Il prévient Jo et tous deux s’invitent dans la résidence de Maresco, lequel les accueillent sourire aux lèvres. Mais Jo n’apprécie vraiment pas la collusion entre Franck et l’homme qui tripatouillait les matchs de boxe et est devenu maquereau, fournisseur de drogues et autres délits.

Alors Mallard propose de le prendre dans on entreprise d’informatique, la NALS, “  Nous Avons La Solution ”. Franck devrait s’acheter une nouvelle conduite. Mais elle n’est qu’extérieure et cela forcément lui retombe sur le museau. Warren va être obligé de louvoyer entre un ninja plutôt svelte, un truand serbe et un ingénieur japonais, aidé par sa secrétaire Sophia, qui elle aussi sera frustrée. On ne peut pas tout avoir.

Une nouvelle aventure pour notre ami Warren, qui prouve une fois de plus que l’amitié n’est pas un vain mot, malgré les emmerdements que cela procure parfois. Il ne cherche pas systématiquement les embrouilles, mais celles-ci lui tombent sur le paletot au moment où il ne les attend pas, malgré un métier à risques. Un humaniste qui sait que le chemin de la vie est empierré et qu'il doit marcher sur des œufs afin d’éviter les explosions en tout genre. C’est un dur au cœur tendre qui ne cède pas à la facilité, même si elle s’appelle Sophia, et qu’elle tente de démontrer à son patron qu’elle accepterait volontiers d’effectuer des heures supplémentaires chez lui.

G. MORRIS-DUMOULIN : Paris sera toujours pourri. Collection Dur à cuire. Editions de L’Arganier. Parution 18 septembre 2008. 232 pages.

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 08:34

Hommage à Michel Lebrun décédé le 20 juin 1996.

Michel LEBRUN : Sex-voto.

En 1939, dans Esquisse d'une psychologie de cinéma, André Malraux concluait : Par ailleurs le cinéma est une industrie. Cela a-t-il vraiment changé ? Pour Michel Lebrun, en 1975, cette affirmation était toujours de mise.

Et pourtant, Simon Malaterre, producteur, est à la recherche d'une forme d'esthétisme dans le cinéma qu'il finance. De l'art et d'essai plutôt que de lard et d'essais. Il prône un cinéma moralisateur, vertueux, et a même l'intention de réaliser un film ambitieux sur sainte Thérèse de Lisieux. Seulement il n'a que les yeux pour pleurer car il lui manque une grande partie du financement.

Pourtant il a déjà prévu des grandes vedettes pour participer à ce film. Marlène Jobert et Charles Bronson dans les rôles principaux. Il ne leur pas demandé leur avis, mais il est persuadé qu'ils ne manqueront pas de signer à l'annonce d'un tel projet. Seulement il faut de l'argent, car la vedette coûte cher, n'est-ce pas Mère Denis ?

Des retombées sur des films précédents sont promises à condition de commencer un nouveau tournage avant les trois mois. Il y aurait bien une solution, demander aux collaborateurs, le metteur en scène et l'auteur, de différer leurs défraiements, mais ils sont égoïstes. Ils refusent. Et Simon Malaterre est vraiment en colère, lui qui peut se vanter d'avoir obtenu un Oscar, le Grand Prix de l'Office Catholique du Cinéma, et quelques autres trophées prestigieux. Et il ne peut s'empêcher de vitupérer contre les pratiques administratives.

 

Je vais donner un coup de semonce à tous ces fossoyeurs. Je vais pondre un article soigné que je ferai passer dans le Cinémato. Nous allons reprendre la liste de tous ces films merdiques qui ont obtenu des avances sur scenario et des primes à la qualité, ça fait toujours rire. Puis je vais parler de mon projet, et leur mettre le nez dans leur caca. L'Etat subventionne des films contestataires, scatologiques, voire pornographiques comme La grande bouffe et autres saloperies, et quand un producteur entre mille ose préparer une vie de Sainte-Thérèse, on lui rit au nez !

Un repas d'affaires en compagnie d'un autre producteur spécialisé dans des films Q, devenus X, tourne au vinaigre. L'homme veut bien lui prêter de l'argent mais à condition que Malaterre se tourne vers des films moins cultes et plus cul. Malaterre refuse et s'obstine, ce qui fait que les ponts sont coupés entre les deux hommes, et les fonds aussi.

Si Malaterre manque d'argent, il n'est pas dénué de ressources et d'idées. D'abord confier le nouveau scénario à un ami, qui grenouille dans les Lettres, même s'il n'a jamais écrit pour le cinéma, et comme il lui a sauvé la vie, quelques décennies auparavant, de le pistonner auprès de la commission qui attribue les aides à la création. Après tout cet ami est membre de cette commission, alors un petit coup de pouce de sa part, ce serait un juste retour des choses.

Seulement, outre ses problèmes financiers, Malaterre connait quelques désagréments à cause de l'attitude de sa fille. Et acculé, il acceptera, à contrecœur de tourner un film, dérivé de Sainte Thérèse et le monde interlope, dans lequel les scènes de sexe seront simulées. Les attributs masculins n'apparaitront pas à l'écran. Bref un film avec une introduction, un développement et une conclusion. Seulement, les scènes dites osées, explicites, seront réservées pour la revente du film à l'étranger, afin de satisfaire à des exigences provenant de pays qui ne rechignent pas à admirer la beauté de jeunes hommes et filles batifolant ensemble.

 

C'est bien l'hypocrisie cinématographique que Michel Lebrun dénonce ici avec humour, ironie et causticité dans une trame policière. Il suffit qu'un film soit catalogué comme un véritable chef d'œuvre pour qu'il soit encensé et que le réalisateur peut tout se permettre. Les Galettes de Pont-Aven, Les Valseuses et plus tard 37.2 le matin ou encore L'amant bénéficient d'une aimable tolérance, tandis que les films catalogués X sont relégués dans des salles dont la réputation en pâtit.

Michel Lebrun connaissait bien le monde du cinéma et de la télévision, ayant œuvré comme scénariste ou dialoguiste pour des films impérissables tels que Estouffade à la Caraïbe, Ces dames s'en mêlent, La dernière bourrée à Paris, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause !, La tête du client... et pour la télévision quelques épisodes de la Série Les cinq dernières minutes ainsi que pour Le sang des Atrides.

Alors ce microcosme du cinéma, Michel Lebrun le écrit avec réalisme et humour féroce, car le dieu Argent règne en maître et que sans lui, opérateurs du son, éclairagistes, cameramen, metteurs en scène et acteurs ne pourraient vivre. Seulement pour réaliser un film, il faut accepter quelques compromissions.

 

Mon problème est un problème d'éthique. Durant toute ma carrière, j'ai réussi, seul sur la place de Paris à garder mon nez propre. Je n'ai jamais un film pour gagner de l'argent facilement en flattant les goûts du public, et cette politique s'est avérée payante sur la longueur. Je me sens avili, crasseux, d'entrer dans le système, dans l'épicerie.

Michel LEBRUN : Sex-voto. Editions Presses de la Cité. Parution 1er trimestre 1975. 254 pages.

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 08:07

Bon anniversaire à Yves Frémion né le 14 juin 1947.

Yves FREMION : Ronge.

Roman d'anticipation peut-être, mais plus que de l'anticipation ou de la science-fiction, Yves Frémion a écrit un roman constat.

Ce qui pourrait se passer dans un club de vacances, où tout est centralisé, fonctionnel, pensé en fonction d'un certain type de vacanciers, celui justement du vacancier type.

Tout est programmé, chacun ne peut y trouver que du plaisir.

Le vacancier qui arrive sur Faluce, c'est le nom du village, le vacancier est roi et s'il doit se plier à certaines exigences, c'est pour son bonheur, pour que son séjour soit le plus agréable possible.

Tout lui est fourni, en quantité suffisante, pour ne pas parler de gâchis, donc il ne peut être question de réclamer quoi que ce soit.

Alimentation, amour à discrétion, que peut-on demander de mieux ?

Mais il ne faut pas oublier que plus le fruit est beau, plus il parait sain, plus le ver qui le ronge peut prendre des proportions inquiétantes.

 

Ce roman d'Yves Frémion est un peu la parabole et l'univers de ces clubs de vacances où le tout est proposé, rien n'est imposé fait frémir.

Vive la toile de tente et le camping sauvage.

Construit comme un puzzle où chaque pièce suffit à elle-même ou presque, ce roman culmine dans une seconde partie apocalyptique.

Pouvait-il en être autrement ? Je ne le pense pas.

Je retire quand même un réconfort à la lecture de ce livre ambigu : celui d'être un vacancier indépendant qui n'a besoin de personne pour lui organiser son temps libre.

Extrait de la quatrième de couverture :

Qui sont les vrais acteurs de ce roman ? Qui le raconte ?

 

Les 24 heures du livre. Le Mans, octobre 1988.

Les 24 heures du livre. Le Mans, octobre 1988.

Yves FREMION : Ronge. Collection Anticipation N°1647. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1988. 192 pages.

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 12:43

Hommage à Frédéric Dard, décédé le 6 juin 2000.

François RIVIERE : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio.

Romancier, scénariste de bandes dessinées, critique littéraire, François Rivière est également l’auteur de biographies consacrées à des auteurs éclipsés parfois par leurs personnages.

Ainsi s’est-il penché sur l’œuvre et la vie d’Agatha Christie, d’Enid Blyton et James M. Barrie, le créateur de l’immortel Peter Pan. En mars 1999 il publiait au Fleuve Noir une biographie dédiée à un auteur vivant : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio, ouvrage qu’il avait terminé en novembre 1998.

Le 6 juin 2000 disparaissait Frédéric Dard, physiquement, mais son héros, le commissaire préféré de ces dames, vit toujours non seulement sous la plume de Patrice Dard, son fils spirituel et génétique, mais dans les cœurs et les esprits de tous ses nombreux lecteurs et admirateurs.

De la naissance de Frédéric Dard le 29 juin 1921, et même un peu avant, jusqu’à la fin des années 90, François Rivière explore le parcours de cet obsédé textuel qui avant d’être reconnu comme un romancier de talent, aura végété malgré les nombreux encouragements prodigués par ses pairs : Simenon, Max-André Dazergues, Marcel E. Grancher…

L’accouchement de sa mère s’avère difficile et son père craint pour la vie de la parturiente. Il en restera des séquelles, un bras gauche déformé et inerte, que s’emploiera à soigner avec persévérance, abnégation et un amour quasi exclusif, sa grand-mère paternelle Claudia, se substituant aux parents accaparés par leur travail. La carrière de Frédéric Dard débute en 1940 avec la parution de La Peuchère chez Lugdunum, mais cet ouvrage comme les suivants, ne connaîtra qu’un succès d’estime. Véritable bourreau de travail, il enchaine les titres et les pseudonymes, pour la plupart empruntés à l’américanisme ambiant, écrivant dans de petites revues dont les illustrations sont signées Roger Sam, son beau-frère, lequel récidivera beaucoup plus tard pour des romans publiés au Fleuve Noir, mais c’est la galère.

Selon la légende, Armand de Caro, découvrant chez un bouquiniste Réglez-lui son compte édité chez Jacquier en 1949 et signé San Antonio, lui donnera sa véritable première chance et en 1950 débute une carrière qui ira crescendo. Croire que San Antonio a phagocyté son géniteur serait presque une erreur ou une hérésie. Car les premiers romans publiés chez cette maison d’édition qui sera « sa » maison furent bien sous les noms de San Antonio (Laissez tomber la fille) dans la collection Spécial Police et de Frédéric Charles pour un roman d’espionnage en 1950 (Dernière mission), le premier Frédéric Dard ne l’étant qu’en 1951 toujours en Spécial Police avec Du plomb pour ces demoiselles.

Et il faudra bien des années pour que la corrélation entre Frédéric Dard et San Antonio soit effective pour les critiques et les lecteurs. Mais il faut avouer que le style littéraire était complètement différent et pouvait désorienter. Pendant ce temps, Frédéric Dard ne chômait pas car le succès qu’il connaitra par la suite n’était pas encore au rendez-vous. Et toujours en point de mire comme l’eut longtemps Simenon, la reconnaissance du public en tant qu’auteur à part entière et non pas forcément catalogué dans un genre considéré comme mineur.

Ainsi il accumula les romans en parallèle du Fleuve Noir chez d’autres éditeurs dont Jacquier ou La Pensée Moderne (sous le pseudonyme de l’Ange Noir) et les pièces de théâtre, des adaptations tirées de ses propres romans ou de ceux de Simenon, seul ou avec la collaboration de son ami Robert Hossein. Robert Hossein avec lequel il signera également quelques ouvrages dont Le sang est plus épais que l’eau en 1962.

Si la gloire, la notoriété et l’aisance financière sont enfin au rendez-vous, Frédéric Dard subira des accrocs, des coups durs qui laisseront des traces. Une tentative de suicide en 1965 alors que L’histoire de France vue par San Antonio bat des records d’édition ou encore l’enlèvement de sa fille Joséphine en 1983.

François Rivière ne pouvait pas ne pas évoquer ces douloureux moments de la vie privée et familiale de Frédéric Dard. Mais il relate également et surtout le parcours littéraire et établit lorsque le besoin s’en fait sentir afin de mieux plonger son lecteur dans l’époque des débuts, le parallèle entre les romans noirs de Frédéric Dard et ceux de Boris Vian, sa rencontre avec James Hadley Chase dont il a adapté La Chair de l’orchidée en 1955 au théâtre ou encore Jean Bruce, l’auteur phare du Fleuve Noir avec Paul Kenny, un auteur bicéphale, et quelques autres. Le tirage des romans de Frédéric Dard avoisine bientôt ceux du créateur de OSS117, et Josette Bruce, femme et collaboratrice de l’écrivain, le complimentera en ces termes : vous êtes un écrivain, mon mari, lui, n’est qu’un fabricant.

De nombreux ouvrages, de nombreuses études ont été consacrées à Frédéric Dard et à son jumeau San Antonio, mais François Rivière a écrit un livre sensible, parfois émouvant, richement documenté, proche de l’homme et du romancier, peut-être le plus abouti de tous ceux qui ont été publiés. Et il était normal, logique, indispensable même que ce document soit réédité dix ans après la disparition de Frédéric Dard.

Première édition : Fleuve Noir. Parution 10 mars 1999. 320 pages.

Première édition : Fleuve Noir. Parution 10 mars 1999. 320 pages.

François RIVIERE : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio. Editions Pocket. Nouvelle édition revue et augmentée. Parution Juin 2010. 376 pages.

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 13:59

Un Cassius Clay de province ?

Pierre PELOT : Le 16ème round.

Pour Renato, fils d’émigrés portugais, son emploi au super marché, rayon légumes et poissons, ce n’est peut-être pas la grande vie, mais au moins il travaille.

Il est heureux, à sa façon. Son passé ne plaide pas en sa faveur pourtant le gérant l’a embauché. Et avec sa petite amie, ce pourrait être pire. Bien sûr il y a parfois les petits coups de gueule avec Verchant, son chef de rayon, mais ça ne va jamais bien loin.

Début de semaine morose, mais tout finit par s’arranger. A la faveur d’un incident, Renato va faire la connaissance de Raymond Clay, un vieux boxeur. Celui-ci est installé dans une maison qui rappelle de mauvais souvenirs à Renato, mais le passé, c’est le passé.

Sauf que parfois il vous remonte à la surface. Juste au moment où l’on ne s’y attendait plus. Alors tout commence à aller de travers, et les gendarmes se mettent de la partie.

 

Comme dans la plupart des romans de Pierre Pelot, l’action se passe dans les Vosges.

Dans le vent, la pluie, le froid, la neige. Une histoire simple, avec des personnages simples.

Enfin, c’est ce que l’on croit car Pierre Pelot n’a pas son pareil pour planter le décor et construire une intrigue dans laquelle le suspense, l’angoisse, l’émotion tiennent les rôles principaux.

Un livre pour les enfants, à partir de 12 ans, mais que les plus grands liront avec plaisir, en cherchant bien.

 

Pierre PELOT : Le 16ème round. Editions La Farandole/Messidor. Parution septembre 1990. 182 pages.

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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 17:07

Sans béquilles...

Michel LEBRUN : Les rendez-vous de Cannes.

Dans le Train bleu qui le mène à Cannes pour le rendez-vous annuel des producteurs de cinéma, des metteurs en scène, des vedettes confirmées ou en devenir, et des scénaristes, une profession souvent méconnue et confidentielle, Richard Bernier retrouve inopinément Nikki, alias Nicole, qui fut maquilleuse.

Comme si ces retrouvailles, rapidement expédiées, devaient lui remettre en mémoire Mélissa, une star à laquelle une rétrospective est prévue et qui a disparu dix ans auparavant, dans des conditions non élucidées. Certains parlent d'accident, d'autres de suicide. Richard possède son opinion, mais il la garde pour lui.

A la descente du train, Richard retrouve également Quibet, un producteur qui telle la grenouille qui voulait devenir plus grosse que le bœuf possède un embonpoint conséquent mais n'atteint pas les sommets de la création. C'est un raté qui aimerait pouvoir enfin percer dans la profession.

Comme à son habitude, Richard a loué une chambre au Carlton, mais Mario Monti, producteur renommé, l'a invité dans la villa Rudolph Valentino qu'il va occuper pendant toute la durée du festival, en compagnie de sa femme Sylvia, nettement plus jeune que lui. Elle a préféré le confort et l'argent, balayant ses rêves de vedette en devenir. Richard se voit proposer d'écrire un scénario. Il est déjà en train de travailler sur un autre script mais Monti lui demande d'oublier ce qu'il fait actuellement et l'oblige avec des arguments dont il a le secret de rédiger un scénario sur la vie de Mélissa. Il a l'intention de tourner une film relatant le parcours de la vedette disparue tragiquement, et il sort de sa manche un atout imparable qui se nomme Laure Emmanuel.

La jeune actrice, complètement inconnue, grâce à un maquillage savant, ressemble étonnamment à Mélissa. Un véritable sosie, une jumelle, et Richard est subjugué par celle qui doit interpréter ce rôle alors qu'il avait écrit tous les films joués par Mélissa dont il était amoureux. D'ailleurs, pour tous, il était son amant. Richard en sera même le metteur en scène. Et deux ou trois scènes, non concluantes, sont tournées pour appâter les futurs distributeurs

Il semblerait que ce projet ne soit pas du goût de tout le monde et quelqu'un s'évertue à mettre des bâtons dans les roues afin de faire capoter le film avant même que le premier coup de manivelle soit donné. Mais est-ce une bonne idée de vouloir faire revivre une morte ? Apparemment oui puisque Quibet a lui aussi décidé de tourner un film, que tout est prêt, c'est ce qu'il affirme, et qu'il a déposé la marque Mélissa. Monti ne s'alarme pas pour si peu.

Seulement une série d'incidents, d'accidents, mortels parfois, ponctuent le séjour sur la Croisette, et Richard va être confronté douloureusement à son passé. Mais il n'est pas le seul et d'autres victimes connaîtront des fractures mortelles ou mentales dans leur vie, se brûlant les ailes au soleil de la gloire éphémère, croyant toucher du doigt la chance de leur avenir mais déchantant rapidement.

 

Dans ce roman au final presque apocalyptique, Michel Lebrun traite un sujet qu'il connait fort bien, le cinéma et surtout le métier de scénariste. Mais il s'amuse à jeter le projecteur sur les producteurs, fortunés ou non, sérieux ou non, sur les metteurs en scène à la ramasse obligés de tourner des films pornos pour subsister et tentent de se refaire une virginité, des adolescentes qui comptent plus sur leurs fesses que sur leur talent pour se faire un nom... Et bien d'autres personnages, qui prennent une part plus ou moins active dans cette intrigue comme ce photographe qui mitraille avec un appareil photo démuni de pellicules ou cette sexagénaire veuve et héritière d'un empire sucrier à qui des dons de médium lui sont révélés.

Scénariste est un métier ingrat car le grand public ne connait en général qu'une petite partie de la distribution d'un film. Les têtes d'affiche et le réalisateur principalement. Mais qui connait vraiment les noms des scénaristes sauf ceux qui ont pignon sur toile mais qui ne portent pas vraiment le film sur leurs épaules. Parfois le scénario est jugé maigre sauvé par le jeu des acteurs, mais c'est tout un ensemble d'hommes et de femmes qui gravitent autour de la réalisation d'un film et dont le fruit du succès n'est pas toujours reconnu.

Michel Lebrun ne se montre pas aussi humoristique que d'habitude dans ce roman, empreint d'une certaine nostalgie, de causticité parfois, et d'une grande part de vécu.

Au lieu du grand roman qu'il aurait peut-être pu écrire, il avait pondu une centaine de scénarios, dont la qualité s'estimait en termes de commerce. Tel sujet a fait tant d'entrées, c'est un bon sujet. Tel autre a fait un flop, il est mauvais.
Comme la plupart des scénaristes, Richard, quand il passait devant une librairie, s'estimait frustré. Il aurait aimé savoir ses œuvres dans des bibliothèques, les voir entre les mains d'inconnus, savoir que, à tout moment, quelqu'un était en train de lire un de ses livres et d'y prendre du plaisir.

Michel LEBRUN : Les rendez-vous de Cannes. Editions Jean-Claude Lattès. Parution mars 1986. 242 pages.

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