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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 06:57

La fille de l'inventeur de la machine à écrire ?

Jean Jacques REBOUX : Pourquoi j’ai tué Laetitia Remington.

Avec Pourquoi j’ai tué Laetitia Remington, Jean-Jacques Reboux nous plonge dans l’univers ambigu et alambiqué de l’écrivain en proie aux affres de la feuille blanche, et qui pour exorciser ses démons vient de tuer une femme qu’il nomme Laetitia.

Ayant déjà signés plus d’une trentaine de romans de frayeur ou de gore, Willy est en panne d’inspiration.

Est-ce pour cela qu’il décide de tuer une blonde avec un piercing accroché au nombril. A moins que ce ne soit parce que son éditeur a arrêté la collection dans laquelle Willy s’était illustré à maintes reprises. Ou parce qu’une éditrice lui propose de lancer une collection consacrée à l’analphabétisme.

Bref, Willy est l’objet d’une idée fixe qui se solde par un véritable combat entre lui et ses démons intérieurs.

 

Parabole sur le dur métier de l’écrivain, sur les aléas de l’édition, Pourquoi j’ai tué Laetitia Remington est aussi un labyrinthe étonnant avec pour dédales la complexité d’un esprit voué au dédoublement. Jean Jacques Reboux, griffant ici et là, nous offre une œuvre originale, profonde, ironique et caustique.

Des universitaires pourraient vous analyser, vous psychanalyser en cent pages ou plus, ce héros qui sort de l’ordinaire, un écrivain pensez donc, un homme qui écrit c’est-à-dire un marginal en quelque sorte que l’on vient voir sur les stands dans les foires aux livres comme un animal apprivoisé enfermé dans une cage.

Moi je me contenterai de dire qu’il s’agit d’un excellent Reboux et que j’en redemande.

 

Petites précisions, émanant de Jean-Jacques Reboux lui-même, concernant les déboires de ce roman :

Commandé par Andréa Japp pour une collection qui s'arrêta (ma grande spécialité), il devait s'appeler "Pourquoi j'ai tué Lætitia CASTA" mais le papa de ladite, qui est aussi son agent et le gestionnaire de la "marque déposée à l’INPI", menaça l'éditeur d'un procès. Je me rabattis donc sur "Pourquoi j'ai tué Lætitia GAINSBARRE", mais les éditions du Masque me firent comprendre que la famille Gainsbarre risquait de porter plainte. Et voilà comment ce roman, paru sous ce titre un peu naze, sortie repoussée deux fois, aucune promotion, fut voué aux gémonies, me faisant presque regretter… de ne pas être moi-même analphabète.

 

Ce roman, que vous ne trouverez peut-être pas en librairie, peut être commandé directement sur le site dont le lien se trouve ci-dessous :

Quelques titres signés Jean-Jacques Reboux :

Jean-Jacques REBOUX : Pourquoi j’ai tué Laetitia Remington. Collection Grand Format. Editions Le Masque. Parution août 2001. 268 pages. 12,00€.

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14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 09:28

Ce n'est pas moi, hélas...

David VERDIER : L’homme qui expliquait l’impossible.

La genèse du roman policier s’inscrit chez des auteurs comme Sir Arthur Conan Doyle, Gaston Leroux, Agatha Christie, puis John Dickson Carr et quelques autres, je ne vous apprends rien.

Les temps changent, la mode en supplante une autre, et aujourd’hui le roman noir tient le haut du pavé. Mais ce n’est pas pour autant que le roman policier classique, de détection ou d’énigme est relégué dans un tiroir.

Tout comme le free jazz ou le jazz fusion n’ont enterré le jazz Nouvelle-Orléans.

Il en faut pour tous les goûts, et celui qui n’aime pas peut le dire mais non pas déclarer avec emphase que telle ou telle catégorie de musique ou de littérature est bonne à jeter en pâture, et que ceux qui les écoutent ou les lisent ne sont qu’abrutis et rétrogrades. Il faut savoir se montrer tolérant en tout.

Cette petite mise au point effectuée, revenons à nos moutons ou plutôt aux mystères de meurtres en chambres closes. Si le maître incontesté en fut John Dickson Carr, Paul Halter a su reprendre le flambeau contre vents et marées et continue à nous distiller des œuvres en tout point remarquables. Il était le seul pratiquement sur le marché français mais un petit nouveau a décidé de jouer dans la cour des grands.

En effet Daniel Verdier nous invite avec son premier roman à entrer dans le cercle fermé des auteurs de MCC (meurtres en chambres closes), et dont le cadre est la Brenne, le pays des Mille étangs, un territoire situé aux confins du Berry, de la Touraine et du Poitou.

Paul Kestevan est détective privé à Châteauroux et ses principales enquêtes résident en filatures et autres occupations éminemment fastidieuses mais il faut bien assurer la paie de sa secrétaire, régler le loyer et autres dépenses inhérentes à toutes personnes vivantes et décidées à le rester en s’alimentant.

Parfois la police fait appel à ses services, et c’est autrement plus intéressant et gratifiant (pas financièrement, malheureusement pour lui !) car cela veut dire que ces braves représentants de l’ordre pataugent et qu’ils reconnaissent ses aptitudes à démêler les affaires les plus embrouillées.

Mrs Stratton, en invitant dans son manoir isolé sis dans la Brenne, quelques représentants du 7ème art, ne pensait pas qu’elle allait être au cœur d’une aventure meurtrière. En effet, le célèbre réalisateur de cinéma britannique Andrew Carter est retrouvé mort dans sa chambre, abattu de deux balles dans le dos. Ce ne pourrait être qu’une affaire banale de vengeance, de jalousie, seulement la porte de la chambre ainsi que la fenêtre étaient fermées hermétiquement, alors que les volets étaient ouverts. La clé, exemplaire unique, reposait près du cadavre.

Un cri poussé par Carter puis les coups de feu ont alerté les résidents du manoir mais ce sont des policiers qui ont fracturé la porte. Ce meurtre a été perpétré par qui et pourquoi, sont les questions habituelles qui se posent aux enquêteurs. Comment ? Par une arme à feu qui sera retrouvée peu après dans les toilettes attenantes. Non la véritable question est de savoir comment l’assassin a pu s’évaporer de la chambre qui était allouée au défunt.

Parmi les invités, des hommes et des femmes, ayant tous un rapport avec le cinéma, acteurs, scénariste et script, connaissant Carter et possédant pour beaucoup des ressentiments envers ce personnage qui était attiré par les femmes et pas toujours affable dans l’exercice de son activité. Sans oublier parmi les assassins probables et possibles le majordome.

Paul Kestevan, délaissant les affaires en cours, au grand dam d’Alexandra sa secrétaire, interroge chacun des participants à ce Cluedo nature. Et la clé de la solution lui sera fournie par un banal geste quotidien. Mais avant de résoudre cette énigme, un autre cadavre viendra ponctuer son enquête.

Bon sang, mais c’est bien sûr, s’écriera le lecteur lors de l’explication finale. Oui, mais il fallait y penser.

 

Comme le déclaraient les Shadocks, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. De la belle ouvrage qui manque un peu d’épaisseur et qui pêche par quelques défauts de jeunesse, mais ce n’est qu’un premier roman et tout est perfectible.

Toutefois Daniel Verdier possède de véritables possibilités et comme le laisse entendre son héros Paul Kestevan, d’autres affaires résolues sont à mettre à son actif. Il ne lui reste plus donc qu’à les coucher sur le papier. Paul Kestevan qui possède une vie privée, il en a le droit, en la personne de Rachel, jeune femme qu’il ne connait pas physiquement et dont les seules relations sont téléphoniques.

Là aussi le lecteur est en droit de connaître la suite de cette intrigue amoureuse. Et Kestevan possède ses Watson, ses faire-valoir dirons-nous, via deux policiers, Tharel qu’il connait bien et Duchêne un nouveau venu à la brigade. Ce roman constitue donc une agréable récréation qu’il serait dommage de louper.

Depuis la parution de ce roman, David Verdier a récidivé et j'aurai peut-être le plaisir de vous présenter ses nouvelles productions.

 

David VERDIER : L’homme qui expliquait l’impossible. Préface de Paul Halter. Collection Black Berry. Editions La Bouinotte. Parution 25 avril 2010. 168 pages.

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 09:45

Hommage à Alexandre Dumas, décédé le

5 décembre 1870.

Alexandre DUMAS : Madame et la Vendée.

Si Alexandre Dumas est réputé pour ses romans historiques - il l’est aussi pour avoir employé des nègres en écriture, notamment Auguste Maquet - son activité de prête-plume est plus confidentielle.

Grâce à Claude Ribbe, biographe de Thomas-Alexandre Davy de la Pailleterie dit le général Dumas, père de notre gloire littéraire nationale, le lecteur curieux peut se plonger dans un livre attribué au général Dermoncourt, qui fut l’aide de camp du général Dumas, et auquel Alexandre Dumas participa activement pour la rédaction.

A l’époque de la première parution de ce livre en 1833, Dumas était connu pour ses pièces de théâtre, dont Antony, La Tour de Nesle. Le propos de cet ouvrage consiste à relater la campagne entreprise par le général Dermoncourt au cours du printemps 1832 afin d’annihiler le rêve de Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, veuve du Duc de Berry, fils de Charles X : placer sur le trône de France son fils Henri V, à la place de Louis-Philippe.

Pour concrétiser ce rêve elle quitte l’Italie et traverse la France de Marseille jusqu’en Vendée. Elle espère compter sur le soutien massif des Chouans, comme lors du soulèvement pendant la Révolution et jusqu’au Consulat.

Mais l’époque où les royalistes, appelés aussi les carlistes, se levaient en masse est révolue. Et au lieu de l’armée escomptée, ce n’est qu’une poignée d’hommes qui prennent les armes. Elle ne désespère pas et grâce à quelques amis dévoués elle parcourt la campagne, se cache dans des châteaux ou chez des paysans, échappant toujours de peu aux troupes de Dermoncourt.

Une guerre de tranchées est organisée, les haies et les bois se révélant propices aux embuscades. De Chateaubriand à Nantes en passant par Clisson et nombre de petits villages de la Loire Inférieure, actuellement la Loire Atlantique, Marie-Caroline, duchesse de Berry, va se comporter en aventurière, habillée aussi bien en noble qu’en paysanne. Elle se trouvera confrontée à des situations épiques, que Dumas relate avec sa verve habituelle.

Les passages techniques qui relatent les mouvements de troupe et autres, semblent plus écrits sous la dictée du général Dermoncourt, mais Dumas sait trouver le souffle nécessaire pour digérer ce qui pourrait n’être qu’un pensum militaire. Une œuvre de jeunesse qui contient de belles promesses et que le lecteur, amateur de Dumas ou non, savourera avec plaisir.

Alexandre DUMAS : Madame et la Vendée. Collection Ethiopica. Editions Alphée. Parution le 25 mai 2009. 270 pages.

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 13:36

Hommage à John Dickson Carr, né le 30 novembre 1906.

John Dickson CARR : Patrick Butler à la barre

Lorsqu'Helen Dean, la fiancée de Hugh Prentice, du cabinet d'avoués Prentice & Vaughan, se moquait de celui-ci parce qu'il lisait en cachette des romans policiers, elle était à cent lieues de se douter que la phrase qu'elle venait de prononcer allait devenir réalité quelques instants plus tard.

D'un ton emphatique et dramatique, la jeune fille déclamait : Du brouillard épais surgit un inconnu au visage basané et à l'accent étranger qui déclare : Je suis Omar d'Hispahan. Il te parle d'un cadavre dans une pièce hermétiquement close...

Quelques minutes plus tard, alors que Londres en cette fin d'après-midi du mois de novembre est noyée dans le brouillard, entre dans l'étude un mystérieux inconnu qui dit s'appeler Abu d'Ispahan. Stupeur des protagonistes.

Hugh Prentice qui a rendez-vous avec Patrick Butler, un éminent avocat corpulent dont le point faible est le sexe, justement dit faible, et dont la devise est : Je ne me trompe jamais, Hugh Prentice donc consulte son associé et presque beau-frère James Vaughan.

Pendant ce temps Abu d'Ispahan se fait trucider d'un coup de poignard par... par... par qui au fait ? puisque les deux seules personnes qui se trouvaient dans l'étude à ce moment-là étaient en train de deviser.

 

Si la traduction en Français de ce roman favorise la découverte de l'assassin, sinon le comment tout au moins le par qui, ce roman de John Dickson Carr n'en est pas moins excellent, humoristique en diable et légèrement coquin, style quelque peu inhabituel à l'auteur.

 

En fait le mystère de la chambre close, thème trop cher à J.-D. Carr pour qu'il ne nous livre pas un roman comportant un meurtre apparemment insoluble, n'est que prétexte à une suite d'avalanche de gags, d'aventures loufoques, farfelues, avec un personnage haut en couleur, Patrick Butler, mais aussi quelques jeunes filles dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles cachent bien leur jeu.

Le jeu de l'amour et du falzar en quelque sorte !

 

Réédition collection Le Club des Masques no 636. 1994. 220 pages.

Réédition collection Le Club des Masques no 636. 1994. 220 pages.

John Dickson CARR : Patrick Butler à la barre (Patrick Butler for the Defense - 1956. Traduction de Jean-André Rey). Le Masque Jaune N°1926. Librairie des Champs Elysées. Parution juillet 1988.

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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 13:38

Hommage à Phyllis Dorothy James décédée le 27 novembre 2014 à l'âge de 94 ans.

P. D. JAMES : Sans Les mains.

Adam Dalgliesh, inspecteur de police londonien, rend visite à sa tante sur la côte du Suffolk.

Il veut se changer les idées, les esprits, se mettre au vert, après une enquête particulièrement pénible. De plus il a à résoudre une affaire de cœur : doit-il épouser ou non Déborah ? Mais ces quelques jours qu’il s’octroie afin de faire sa mise au point sentimentale vont être perturbés par la découverte d’un cadavre aux mains coupées, flottant au fond d’un canot.

Il s’agit de Maurice Seton, un auteur de romans policiers. Pourquoi cet assassinat et cette mise en scène morbide ?

C’est l’inspecteur Reckless qui mène l’enquête, enquête que suit de loin Dalgliesh et dans laquelle se trouvent impliqués sa propre tante et ses voisins. Voisins qui d’ailleurs ont tous un rapport avec la littérature, soit comme écrivain, soit comme critique littéraire.

Une enquête qui réservera bien des surprises aussi bien à Dalgliesh qu’à son homologue Reckless lequel ne souhaite aucune intrusion, même de la part d’un célèbre collègue londonien.

 

P. D. James déploie dans ce roman toute la palette d’un savoir-faire aux touches subtiles, délicates, savamment dosées, que ce soit dans la description d’un paysage ou la présentation d’un personnage.

Sans les mains est un suspense psychologique au final cataclysmique !

Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€.

Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€.

Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

P. D. JAMES : Sans Les mains. (Unnatural Causes - 1967. traduction Lisa Rosenbaum). Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€. Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

Réédition format Kindle 16 octobre 2016. 2,99€.

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 06:34

Oh mon bateau...

Denis FLAGEUL : Fantôme de mer.

Planté devant sa fenêtre, Louis Gonidec scrute l’horizon, la mer en proie à la colère du vent de décembre.

Malgré le tiraillement qu’il ressent dans le bras gauche, il stationne jusqu’à ce qu’enfin il aperçoive ce qu’il espère et redoute à la fois. Une barque, une fluorescence qui flotte rapidement sur l’eau, entre Erquy et Fréhel. Absorbé, il ne voit pas le temps passer.

Viviane, sa maitresse… de maison, monte se coucher tandis que lui reste devant la croisée, avant de s’intéresser à ses documents et ses tableaux. Des marines, dont des toiles de Méheut et Böcklin, puis il sort.

Lorsqu’il rentre il se retrouve nez à nez avec deux personnages qui sont en train de dévaliser sa bibliothèque. Une attaque, une douleur dans la poitrine et Louis tombe à terre. Viviane réveillée par le vacarme descend précipitamment, mais ne peut que constater le départ des intrus et apercevoir Louis gisant. Les gendarmes procèdent aux premières constatations mais Viviane ne peut accompagner Louis plongé dans le coma à l’hôpital, n’étant pas de la famille.

Irène, la fille de Louis et Armel son mari armateur, ainsi que Mona une de ses petites-filles, arrivés aussitôt sur les lieux du drame, doivent procéder à un inventaire. Entre Mona et ses oncle et tante, l’entente ne règne guère. Ils ne voient que par Murielle, leur fille, mariée à un homme destiné à la politique et à un avenir prometteur.

L’inventaire est long, mais avec un peu de méthode, Mona et Murielle se rendent compte que des dossiers contenant des documents et deux tableaux ont disparu. Murielle repart, ses parents aussi, ils ont autre chose à faire, et Mona s’accroche. Elle était attachée à Grand-Pa, et des photos réveillent ses souvenirs. Murielle, la pleurnicheuse, Richard et elle sur la grève. C’était il y a vingt ans de cela. Depuis Mona est étudiante en histoire de l’art, elle a des problèmes financiers, mais malgré tout elle s’accroche à ce larcin et l’énigme qui en découle.

Les deux voleurs ont perpétré leur forfait à la demande d’un certain Kovalsk, mais les inimitiés, les dissensions s’installent dans le petit groupe et l’un d’eux s’enfuit, jetant dans une benne à ordures le sac contenant les documents, ne gardant par devers lui qu’un paquet assez volumineux.

 

Dans une ambiance frisant le fantastique, Denis Flageul nous entraîne dans une histoire dont l’un des éléments principaux est le Bag Noz, la barque de nuit, censée convoyer les personnes péries en mer.

Et la dernière victime de l’année, tout comme pour l’Ankou sur terre, deviendra le nouveau marin, le pilote de cette embarcation. Une superstition, une légende qui est ancrée dans l’imaginaire populaire breton.

Mais est-ce vraiment une affabulation ? Tout pourrait porter à le croire, sauf que les témoignages concernant la vision de cette barque flottant au dessus de l’onde par des personnes apparemment dignes de foi et relatée dans différents journaux locaux dans les années 1960 abondent.

Le fantastique nous entoure, il suffit pour le percevoir de montrer un peu de bonne volonté. L’intrigue qui en elle-même est plaisante, nous permet de voyager dans les Côtes d’Armor avec des intrusions en Ille et Vilaine, entre terre et mer.

Le Grand-Pa, Louis Gonidec, recherche ses racines et possède une quantité impressionnante de livres, de documents sur la vie maritime des siècles précédents, des tableaux achetés dans des brocantes et qui se révèlent être de valeur.

Et de nombreux lecteurs acharnés pourront se retrouver en ce personnage sympathique. Sûrement plus que certains de ses ancêtres. L’épilogue peut éventuellement laisser sur sa faim, mais avec un peu de fantaisie imaginative, vous pouvez continuer l’histoire en lui collant le dénouement qui vous agrée.

Denis FLAGEUL : Fantôme de mer. Collection Polar & Grimoire. Edition Terre de Brumes. Parution 20 octobre 2011. 160 pages.

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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 11:36

Hommage à André Ruellan, alias Kurt Steiner, décédé le 10 novembre 2016, à l'âge de 94 ans. L'une des figures marquantes des collection Angoisse et Anticipation du Fleuve Noir.

Kurt STEINER : Le seuil du vide.

Jeune artiste peintre, Wanda Leibowitz tire le diable par la queue, ou plutôt par les poils du pinceau.

Elle se retrouve sans logement, son ami étudiant américain Franck qui l'hébergeait étant reparti chez lui à Philadelphie. Il lui faut trouver un nouveau point d'ancrage ou d'encrage, pour dormir et entreposer ses toiles, un endroit qui puisse lui servir également d'atelier.

Alors qu'elle réfléchit à son avenir dans son repaire habituel, le Dôme, Alain, une de ses connaissances, l'aborde. Elle lui annonce son expulsion mais elle refuse d'être dépannée par lui. Dépité le jeune homme tourne les talons. Une vieille dame installée à une table derrière elle a entendu la conversation et lui propose un petit logement, pour un prix dérisoire. Une chambre vide depuis plusieurs mois, rue Saint-Séverin dans le cinquième arrondissement.

Wanda ne règlera le loyer que dans trois mois et Léonie Gallois, la vieille dame, lui laisse un jeu de clefs avant de s'éclipser. Encombrée de ses bagages, elle ira chercher ses toiles dans son ancien atelier le lendemain, Wanda est tout heureuse d'ouvrir la porte de son modeste et bizarre logement.

La pièce est triangulaire. Modestement meublée, mais cela lui suffira. Wanda se pose des questions sur la santé mentale de l'architecte lorsqu'elle se rend compte qu'il existe une porte au pied de son lit. Une porte fermée à clé avec une étiquette collée dessus et portant la mention manuscrite : Prière de ne pas ouvrir.

Wanda est intriguée mais se promet de ne pas déroger à la consigne, par respect pour sa logeuse. Hélas, la curiosité est plus forte que sa volonté et elle utilise l'une des clés qui lui ont été remises. Elle entre alors dans une pièce sombre, obscure, noire, et elle ne distingue rien. Lorsque de l'intérieur elle regarde vers sa chambre, elle n'aperçoit pas l'ouverture. Un phénomène incompréhensible. Pas même lorsqu'elle pénètre à nouveau avec une torche. La lumière ne se diffuse pas. Pourtant la lampe fonctionne normalement puisqu'elle est éblouie lorsqu'elle la tourne vers ses yeux.

Elle tente une expérience qui transforme totalement son appréhension de la peinture. Elle importe une de ses toiles dans cette pièce sans éclairage, et allume sa torche. Elle est stupéfaire par ce qu'elle découvre. Sa peinture est devenue une œuvre aux couleurs harmonisées. Alors elle prend une toile blanche et dessine, peint, et le résultat, selon elle, est surprenant et confine au chef d'œuvre. Alors elle réalise plusieurs tableaux qu'elle propose à son galeriste. Mais ce qu'elle trouve sublime n'est au yeux de celui-ci qu'un immonde crachotis de pinceaux sur une toile.

Toutefois de la pièce émerge peu à peu une lumière et elle distingue de plus en plus nettement des scènes dans lesquelles évoluent des personnages dans des lieux connus ou inconnus. Elle se voit même lors d'une réunion. Or certaines de ces scènes vont se réaliser.

Ainsi elle est invitée à une soirée dans une riche demeure chez le baron Eram Knabenian à Maisons-Laffitte. Elle n'a jamais entendu parler de cet homme et décide toutefois de se rendre à cette soirée qui se révélera spéciale. Elle retrouve un des galeristes qui fait la pluie et le beau temps mais c'est l'apparition du baron qui la surprend. Elle en tombe de saisissement et lorsqu'elle sort de son évanouissement elle est nez à nez avec sa logeuse.

 

Peut-on modifier son avenir lorsque son esprit est confronté à certaines scènes ? Est-il bon justement de vouloir changer ou tenter de changer le cours d'événements programmés ?

Ce sont bien à ces deux questions que répond implicitement l'auteur, tout en jouant sur un autre thème récurrent de la littérature fantastique. La vie éternelle ou plutôt la recherche de la vie éternelle par des personnes qui ne veulent pas mourir et s'emploient par tous les moyens à prolonger leur séjour sur terre.

Kurt Steiner aurait pu intituler son roman Ombre et lumière, même si ce titre avait déjà été plus ou moins utilisé avec De flamme et d'ombre (Angoisse N°23). Mais Le seuil du vide convient bien également car c'est une longue descente que va connaître Wanda et arrivée au précipice de sa vie, va-t-elle tomber ou en échapper, c'est bien ce que le lecteur se pose comme question jusqu'à l'épilogue naturel et logique dans un sens, mais que Kurt Steiner affine avec machiavélisme.

 

Cet roman a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1971 par Jean-François Davy, avec dans les rôles principaux : Dominique Erlanger, Odette Duc, Catherine Rich. Scénario d'Alain Gerber, André Ruellan et Jean-François Davy.

 

Kurt STEINER : Le seuil du vide.
Première édition Collection Angoisse N°25. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1956. 224 pages.

Première édition Collection Angoisse N°25. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1956. 224 pages.

Kurt STEINER : Le seuil du vide. Réédition dans Angoisses 1, Collection Noire N°16. Editions Rivière Blanche. Parution octobre 2009 .

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 09:52

Hommage à Yann de l'Ecotais, né le 14 novembre 1940.

Yann de L’ECOTAIS : Mortelles cliniques.

Simon Agassapian, plus familièrement surnommé Gas, est un détective privé qui exerce dans un esprit quelque peu dilettante.

Il n’a pas besoin de rentrées d’argent mensuelles fixes, son compte en banque, alimenté par papa qui fit fortune dans la chaussure, progressant constamment grâce à de judicieux placements boursiers. A part sa collection de voitures anciennes, dont une vénérable deudeuche, Ophélie sa fidèle et tentatrice secrétaire qu’il se refuse d’honorer par scrupule pour son jeune âge, ses fréquentes visites à ses parents dans l’Yonne, Joséphine son ardente maîtresse qui sait comment le mettre sur les rotules, il n’aurait rien à demander de plus à la vie.

Sauf quand sa mère chagrinée lui narre qu’une de ses amies est décédée lors d’une opération bénigne dans une clinique de la région. Sauf quand un journaliste localier décède dans un accident de voiture alors qu’il enquêtait sur une série de morts accidentelles dans la même clinique, sans causes apparentes. Sauf quand il apprend que la voiture du dit journaliste a été sabotée. Sauf quand un motard s’acharne à vouloir le suivre dans les petites routes de campagne sans qu’il ait demandé à bénéficier d’une escorte dans ses déplacements.

Ses recherches, ses investigations, souvent en pointillés l’amènent à s’intéresser de près à une société spécialisée dans la distribution d’eau.

 

Yann de l’Ecotais n’oublie pas qu’il fut journaliste, directeur de la rédaction de l’Express de 1987 à 1994.

Mais il imbrique avec humour baroque et gravité les amours tumultueuses entre son héros et Joséphine, maîtresse femme qui n’a peur de rien pas même d’éventuelles rivales, et un problème de société : la mainmise financière de nombreux consortiums diversifiant leurs activités et qui pour se donner bonne conscience allient l’utile à l’agréable : l’utile étant la productivité au détriment des relations humaines, l’agréable étant le rendement boursier, plaisir harpagonesque des actionnaires.

Roman noir à la française, Mortelles cliniques est également une parodie et un hommage aux romans noirs américains à la Dashiell Hammett ou anglo-saxons à la Peter Cheney, leur empruntant des clichés nostalgiques, tout en gardant le charme occidental de la narration à l’occidentale et en valorisant les relations entre personnes de sexe opposé.

Et à l’encontre de ses précédents confrères, si la femme qu’il campe pourrait ressembler physiquement à une poupée Barbie, moralement et intellectuellement elle se montre l’égale, et même en certaines circonstances, supérieure à l’homme, ne se cantonnant pas dans des rôles de divertissement ou d’exhibition.

Yann de L’ECOTAIS : Mortelles cliniques.

Yann de L’ECOTAIS : Mortelles cliniques. Collection Hors Noir N°17. Editions Hors Commerce. Parution le 14 septembre 1999. 188 pages.

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 14:03

Hommage à Maurice Périsset décédé le 12 novembre 1999.

Maurice PERISSET : Les poignards de feu.

Horriblement défigurée, Valentine est irrémédiablement clouée dans un fauteuil roulant depuis l'accident de voiture survenu cinq ans auparavant.

Entre l'infirme et sa sœur Catherine, la fautive, de quinze ans sa cadette, les relations sont assez tendues.

Valentine passe son temps comme elle peut, assistée par Marie une jeune femme du village. Catherine, qui travaille en tant que secrétaire médicale à Toulon, effectue chaque jour quatre-vingts kilomètres et supporte de moins en moins cette charge.

Elles vivent dans une villa de location, à l'abri des regards indiscrets, alors qu'il serait si facile de vendre La Bastide rose, propriété inhabitée de Valentine, et de placer l'infirme dans une maison spécialisée tandis que Catherine s'achèterait un studio.

Bastien, dix-neuf ans, accusé d'avoir voulu étrangler sa jeune belle-mère, s'évade du Centre psychiatrique de Pierrefeu. Un fait-divers qui va précipiter les événements et exacerber la tension entre les deux sœurs. Bastien va trouver l'hospitalité auprès de Valentine mais pour peu de temps. Il est obligé de fuir.

La gendarmerie est sur les dents; le corps d'un clochard est découvert dans la forêt de Dom. Si le meurtre ne fait aucun doute, le lieu du crime est aléatoire. Bastien est soupçonné, d'autant qu'il a été vu en compagnie du vagabond faire la manche.

Catherine, qui rencontre en cachette son ami Sergio, un bellâtre, décide de partir en week-end. Marie s'occupera de Valentine. Le drame qui couvait s'embrase soudain. La forêt prend feu et Valentine qui était resté seule dans la villa a dû périr dans les flammes.

Marie et Catherine sont convoquées à la gendarmerie pour y effectuer leur déposition. C'est le moment que choisit Marie pour tenter un chantage auprès de Catherine. Elle lui donne même rendez-vous à la Bastide rose, cette fameuse bastide dont Valentine ne voulait se séparer sous aucun prétexte, et que Catherine aurait vendu avec joie.

D'ailleurs cet incendie d'origine criminelle n'a-t-il point été allumé afin de se débarrasser de l'infirme et d'un testament défavorable ?

 

L'épilogue de cette histoire est prévisible et hitchcockien.

La montée de la tension est toutefois admirablement décrite et même si lecteur se doute de ce qui doit inévitablement et logiquement se passer, il est pris par l'ambiance.

Une situation standard exploitée avec bonheur par un auteur qui excellait dans l'art du suspense.

Maurice PERISSET : Les poignards de feu. Collection Dossiers du Quai des Orfèvres. Editions du Rocher. Parution le 1ernovembre 1990. 240 pages.

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 09:32

Vivement que je sois grand !

Sophie LOUBIERE : Petits polars à l’usage des grands.

Sophie Loubière nous propose un petit recueil de nouvelles courtes, style rafale de mitraillette et dont les chutes valent leur pesant d’euros.

Des situations quotidiennes portées à leur paroxysme, vues à travers la lentille grossissante d’une loupe, et narrées dans un style épuré. Des tranches de vie saignantes narrées en trois coups de cuiller à pot, laissant de côté les détails pour ne s’attacher qu’à l’essentiel, genre synopsis de court métrage.

Un peu comme ces bandes dessinées qui en trois ou quatre planches racontent sobrement une péripétie.

Et ce sont bien les mots de péripéties, d’anecdotes, de petits incidents de parcours qui caractérisent ces nouvelles coup de poing à l’efficacité redoutable ponctuées d’un humour noir ravageur.

 

Et pour enfoncer le clou, ces historiettes sont accompagnées de dessins signés Lefred-Thouron, dessins féroces prolongeant l’épilogue d’un petit plus corrosif dans le trait.

 

Au sommaire de ce recueil :

Compartiment 12.

De façon accidentelle.

La réunion.

Un vilain défaut.

Vernissage.

Ne pas dépasser la dose prescrite.

Cuisine à l'italienne.

Le million.

Ondes de choc.

L'appétit vient en tranchant.

 

Sophie LOUBIERE : Petits polars à l’usage des grands. Librio N°398. Parution octobre 2000. 96 pages. Réédition version numérique. Parution août 2015. 4,99€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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