Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 07:43

Petite Fleur, Les oignons, Dans les rues d’Antibes… autant de succès à créditer à l’actif de Sidney Bechet, et qui trottinent toujours dans la tête de ceux qui ont été élevés dans l’ambiance radiophonique d’après-guerre.

Daniel-Sidney BECHET : Sidney Bechet, mon père.

Mais ces titres, ces interprétations divisent toujours les spécialistes du jazz. Cette période de création, quasi exclusivement française, est-elle à ranger au point de crête de cet instrumentiste ou à classer dans les soupes commerciales ?

Selon son premier admirateur qui a très bien connu l’homme et le musicien sur la fin de sa vie, Daniel-Sidney Bechet son fils, et cette période féconde et fastueuse qui dura dix ans de 1949 à 1959, ces morceaux « appartiennent au patrimoine français. Ces morceaux existent dans la mémoire collective et les jeunes générations réagissent favorablement. C’est comme l’accordéon musette ou les chansons d’Edith Piaf ».

Des succès énormes, repris par bon nombre d’instrumentistes, de groupes, d’interprètes, qui ont peut-être donné une impression de facilité.

Le premier disque d’or fut remis pour Petite Fleur. Autant de bonnes ou mauvaises raisons pour hurler avec les loups ? Daniel Bechet écrit encore : « J’ai rencontré des spécialistes du jazz traditionnel qui n’aimaient pas Bechet parce qu’ils ne supportaient pas le soprano. D’autres m’ont dit : Ton père était un génie, mais dommage qu’il ne soit pas resté à la clarinette ! J’ai entendu dire qu’il bêlait comme une chèvre avec son soprano, et que son vibrato était vulgaire. J’en ai entendu d’autres s’enthousiasmer sur les disques américains de mon père, les New-Orleans Feetwarmers, comme ils disent avec importance, et vouloir jeter tous les disques français à la poubelle ! C’est étonnant ! J’ai remarqué aussi que c’était toujours les musiciens les plus médiocres qui donnaient des avis aussi sévères ».

La messe est dite, la jalousie fera toujours « jaser ».

De la naissance de son père à La Nouvelle-Orléans le 14 mai 1897, et même avant, jusqu’à son décès en 1959, le jour où il devait fêter son anniversaire, Daniel Bechet retrace la carrière de celui qui fut un précurseur et un interprète magistral.

Souvent avec pudeur, parfois avec cet enthousiasme juvénile et filial que l’on ne saura lui reprocher, il relate les débuts de cette carrière qui s’accomplit en dents de scie, avec des moments privilégiés comme en ce jour de l’été 1919 lorsque Sidney Bechet joua à Londres devant le roi George V d’Angleterre et la reine Mary. Ce qui, pour la petite histoire, engendrera la parution du premier article écrit sur le jazz par le chef d’orchestre de musique classique Ernest Ansermet qui assista à plusieurs reprises aux prestations du quintet de Will Marion Cook, formation à laquelle appartenait le jeune clarinettiste.

Mais il y eut l’épisode désastreux de fin 1928, à Paris, une rixe qui opposa Bechet à un jeune banjoïste Mike McKendrik et dont l’origine peut être imputée à une histoire banale de fille, ou à une histoire de racisme.

Né au début des années cinquante, Daniel Bechet n’a pas vécu tous les épisodes décrits, mais il s’appuie sur des témoignages fiables de compagnons de route de son père. Ce qui apporte non seulement un éclairage nouveau mais donne une force, une tonicité, une authenticité, une pudeur, une réserve dans certains cas, au récit, que l’on ne retrouve pas dans les dictionnaires et certains ouvrages consacrés au jazz.

Daniel Bechet va au-delà des années soixante, intégrant sa jeunesse puis son parcours de musicien, les drames familiaux et épisodes malheureux vécus de l’intérieur, ses relations avec sa mère, avec d’autres musiciens, sur le jazz et autres considérations qui ne manquent pas d’intérêt et de sel.

Cet ouvrage, passionnant comme un roman policier et qui comporte de nombreuses photos inédites, a été écrit avec la complicité de Fabrice Zammarchi, musicien lui-même jouant des mêmes instruments que Sidney Bechet et auteur de biographies, dont dernièrement : Claude Luter, Saint-Germain Dance.

Daniel-Sidney BECHET : Sidney Bechet, mon père. Editions Alphée/Jean-Paul Bertrand. Parution 13 novembre 2009. 234 pages.

ISBN : 978-2753805187

Partager cet article

Repost0
29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 04:05

Ric Hochet est orphelin : après Tibet en 2010, André-Paul Duchâteau est décédé le 26 août 2020

André-Paul DUCHÂTEAU : Crimes par ricochet.

Si André-Paul Duchâteau est le scénariste de la célèbre bande dessinée ayant pour héros Ric Hochet, il ne faut pas oublier qu’il a écrit quelques romans et nouvelles dont les savoureux Palmarès pour cinq crimes, Mourir à Angoulême, La vieille dame à la poupée, ou encore De cinq à sept avec la mort, maniant le noir et l’humour avec un réel bonheur et un talent incontestable.

Et cette association d’humour et de noirceur on la retrouve dans Crimes par ricochet, titre clin d’œil à son personnage fétiche.

Ceux qui ont apprécié l’exercice de style de Palmarès pour cinq crimes, incursion de nouvelles dans la trame du récit (ce qui n’est pas sans rappeler certaines œuvres de Dickens dont l’inénarrable Monsieur Pickwick) prendront un vif plaisir à découvrir cet ouvrage d’André-Paul Duchâteau.

L’auteur ne se contente pas d’associer dix nouvelles disparates comme le font bon nombre de romanciers, mais il les relie par un fil conducteur, lui-même nouvelle dont la chute, sinon prévisible, est fort bien amenée gardant le suspense jusqu’au bout.

Mais André-Paul Duchâteau s’amuse et se pirate, reprenant deux nouvelles déjà utilisées dans Palmarès pour cinq crimes, Carambolages et Chambre noire, les réécrivant et les améliorant tout en gardant l’intrigue.

 

André-Paul Duchâteau sans Tibet, ce serait un peu comme un festival polar sans auteurs de romans policiers.

Aussi nous retrouvons le dessinateur de Ric Hochet, le complice de toujours, apportant sa touche personnelle pour la présentation, le coup d’envoi de chaque chapitre-nouvelle.

A noter l’amicale préface de François Rivière, lui-même romancier scénariste et critique.

André-Paul DUCHÂTEAU : Crimes par ricochet. Collection Attitudes. Claude Lefrancq éditeur. Couverture Gisèle Simon. Illustrations intérieures de Tibet. Parution 1991. 176 pages.

ISBN : 978-2871530633

Partager cet article

Repost0
27 août 2020 4 27 /08 /août /2020 03:44

Un roman dans lequel l'anticipation est peut-être plus proche qu'on veut le croire...

Pierre BARBET : L'Univers des Géons.

A l’issue de sa mission sur Terre, Conrad, un géotechn Eridanien, s’apprête à regagner sa planète. Il est agressé par des policiers des Forces de Sécurité et échappe miraculeusement à la mort. Sa navette n’ayant pu l’attendre, il embarque à bord d’un vaisseau intergalactique, véritable cité volante.

A bord il fait la connaissance de Hysala, la belle Hydienne qui se prétend esthéticienne, de Thur le Cétien, un bionicien, et d’un physicien, Hervad le Dracon, qui travaille sur un ordinateur révolutionnaire. Conrad et Hysala ressentent une profonde attirance l’un pour l’autre ce qui agrémente le voyage. Le vaisseau spatial est attaqué par des pirates de l’air menés par Zirug, un cyborg.

Les quatre compagnons échappent au forban et gagnent Eridan où Conrad peut remettre son rapport. Les Terriens, dirigés par un dictateur, sont racistes et tyrannisent les autres planètes de la Galaxie mettant en danger un équilibre précaire. Ils ont détruit le système écologique, privilégiant à outrance la société de consommation. Les Eridaniens menés par Conrad et ses amis Thur, Hervad et sa technologie, et Hysala qui est en réalité une scientifique, alliés à Zirug et à un contestataire Terrien, vont tenter de remettre de l’ordre dans la Galaxie.

 

Cet ouvrage démontre les méfaits néfastes de la surconsommation effrénée au dépens de l’écologie, de la pérennité de la faune et de la flore, mais aborde également le problème politique du racisme

les êtres intelligents ne doivent pas opprimer les autres races

et de l’effet néfaste de trop de temps libre que de nos jours on appellerait chômage.

Les enfants devront se mêler à la vie active et apprendre, par un contact direct, les nécessités de l’existence.

 

Pierre BARBET : L'Univers des Géons. Collection Anticipation N°598. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1974. 224 pages.

Partager cet article

Repost0
26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 03:50

Oh ! dis, Chet, Oh ! joue moi-z-en
D'la trompette,
D'la trompette...

Alain GERBER : Chet.

Ils sont venus, ils sont tous là, la convocation à la main. Ils se présentent groupés auprès de l’écrivain qui les attend dans son bureau, un à un, armé d’une ramette de papier, quelques stylos en réserve. Et ils défilent les uns derrière les autres, sollicités parfois pour une nouvelle audience.

Car l’écrivain veut tout savoir, tout connaître, sur ce que fut la vie de Chet Baker. L’homme à la trompette dort depuis 1988. Le premier à entrer sur scène, c’est Sonny “ Slipper ” James, le marlou qui n’aimait pas la musique de jazz et encore moins celle jouée par un Blanc. Et puis, il avait été commandité pour casser la figure du camé qui ne réglait pas ses notes de drogue.

Il y a la mère et le père qui témoignent eux aussi, pas ensemble, des musiciens dont Gerry Mulligan, Jimmy Rowles, Dick Twardzik, Phil Urso, Dizzy Gillespie, Paul Desmond ou Stan Getz, des producteurs, des amis, des adversaires, ses femmes, officielles ou non, et d’autres encore, des inconnus, ectoplasmes créés pour l’occasion, afin de donner du poids, de la consistance aux déclarations, de mieux comprendre certains faits, certains évènements.

En chef d’orchestre minutieux et aguerri, la partition bien réglée, Alain Gerber a établi un ordre d’entrée en scène des divers intervenants, afin d’obtenir un rythme enlevé, parfois tonitruant, parfois nostalgique, à l’image de la mélodie sortant de l’instrument d’un trompettiste au sommet de son art. Des notes discordantes s’élèvent quelquefois, du fait de la mauvaise fois des participants, mais Alain Gerber ne s’en laisse pas conter.

Et nous retrouvons Chet Baker, souvent comparé physiquement à James Dean, beau gosse aimant la vitesse et les belles voitures, à l’orée de sa vie d’artiste. C’était un bon p’tit gars, et la musique était tout pour lui. Il a tout donné, elle lui a peu rendu. Les honneurs et la gloire il a connu, la déchéance aussi, plus souvent qu’à son tour. Il a côtoyé des drogués, pourtant à part de l’herbe, il restait relativement sage, ne buvant pas d’alcool contrairement à ses compères. Il a commencé sans trop savoir pourquoi ni comment. Dépit sentimental, décès de son complice Twardzik lors d’une tournée à Paris, envie refoulée trop longtemps ?

S’enchaînent les démêlés avec les forces de l’ordre, d’abord aux USA, à cause de sa consommation d’herbe, puis lorsqu’il s’est adonné aux drogues dures en Italie, en Allemagne, un peu partout, rejeté comme un malpropre.

De sa naissance, le 23 décembre 1929, en Oklahoma, son arrivée en Californie, ses débuts avec Charlie Parker, et bien d’autres qui gravitaient dans le sillage du Bird, Miles David, Dizzy Gillespie, puis Gerry Mulligan ou Stan Getz, ses premiers succès, ses premières bêtises, ses amours, son arrivée sur la côte est, le passage à tabac par une petite frappe aux ordres de l’Homme afin de récupérer l’argent de la fenaison, son passage à vide, sa dent manquante, ses gencives douloureuses, son incapacité à sortir la moindre note de son instrument, sa pugnacité, les nouveaux débuts, les accueils triomphants ou les huées, son arrestation en Italie, ses démêlés conjugaux, son manque d’argent chronique, jusqu’à sa mort en 1988, un 13 mai, un vendredi, à Amsterdam, passant par la fenêtre d’un hôtel, désirant peut-être rejoindre les anges cachés derrière les nuages et qui en l’entendant étaient…aux anges.

Alain Gerber nous offre un roman biographique, ou une biographie romancée, peut-être plus proche de la réalité que les biographies officielles, écrites souvent avec un point de vue partisan, rédigeant avec lyrisme, poésie, rigueur, tendresse, sincérité, une vie de gloire et de déchéance. Mais Chet Baker, héros malgré lui d’un roman noir, vit toujours, grâce à son héritage discographique.

Alain GERBER : Chet. Le Livre de Poche N°30886. Parution novembre 2007. 608 pages. Première édition Fayard.

ISBN : 9782253115311

Partager cet article

Repost0
25 août 2020 2 25 /08 /août /2020 04:48

Si tu ne vas pas à l’aventure, l’aventure viendra à toi…

Henri VERNES : Trafic aux Caraïbes.

En villégiature à Port-au-Prince, Bob Morane et son ami Bill Ballantine ont loué une villa située sur les hauteurs de la ville. Mais l’aventure guette nos héros. Elle vient à eux sous la forme d’une silhouette s’introduisant nuitamment dans le garage.

Il s’agit d’un individu du nom de Phil Jourdan, qui désirait se venger de l’actuel propriétaire, un certain Mathias Van Horn, qui l’a fait inculper pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Aussi s’était-il mis en tête de bricoler le véhicule de location de Bob Morane, qu’il pensait appartenir à Van Horn, afin de provoquer un accident.

Il narre aux deux amis ses déboires. Jourdan habitait à La Havane et était à la tête d’une petite entreprise de pêche au gros. Il possédait une petite vedette à moteur et emmenait les touristes désireux de sacrifier à leur passion, la pêche au thon, au tarpon ou encore à l’espadon. Sa femme malade devait subir une opération, mais il n’avait pas assez d’argent et était au désespoir. Mathias Van Horn, connu dans les Caraïbes sous le nom de Requin de La Havane, surnom qui lui a été donné à cause de son implication dans divers trafics, lui demande de conduire sur la côte américaine, une personnalité cubaine du nom de Ramon Ramirez. Pressé par le besoin d’argent, Jourdan accepta non sans réticence.

Le jour dit, Ramon Ramirez, à la main une serviette à laquelle il semble tenir beaucoup, embarque sur le bateau de Jourdan en compagnie de Van Horn. Les deux hommes s’enferment dans la cabine, puis Van Horn en ressort, la fermant à clé, arguant que Ramirez désire se reposer. Puis Jourdan fait cap sur la Floride où il est arraisonné par la police maritime américaine. Le cadavre de Ramirez gît dans la cabine et le contenu de la serviette a disparu. Jourdan est accusé de meurtre et emprisonné. Il parvient à s’échapper de longs mois plus tard. Cependant sa femme est morte et Van Horn s’est réfugié à Port-au-Prince, d’où sa présence dans la villa.

Bob Morane promet de faire la lumière sur cette affaire et il se rend en priorité chez Forceville, l’agent immobilier qui a procédé à la location. Celui-ci se retranche derrière le secret professionnel et ne peut donner aucun renseignement concernant Van Horn. Dépité, Morane ressort mais un employé de l’agence lui glisse dans l’oreille, dans la rue, le nom de Basil Cortés qui vivrait au Cap Haïtien. Un appel téléphonique anonyme confirme le renseignement, un dédommagement financier à la clé.

C’est ainsi que Morane et Ballantine se rendent au Cap Haïtien, après avoir mis Jourdan en sécurité. Localiser Cortès n’est guère aisé mais ils parviennent enfin à le trouver dans un bouge à Port-de-Paix où il officie derrière le comptoir. Cortès, prévenu de leur visite, déclare ne pas aimer les curieux et bientôt les clients présents, ses copains, se lancent dans une rixe destinée à réduire les deux amis comme appâts à requins. Heureusement, l’un des clients, qui était de passage, se joint à eux et ils peuvent s’extraire de cette souricière.

Leur sauveur providentiel s’appelle Tiger Jack et il déclare avoir bourlingué durant des années dans cette région des Caraïbes, ayant participé au Boulevard du Rhum durant la Prohibition. Il leur indique un éventuel individu, à qui il a rendu service un jour, pouvant leur fournir des éléments de recherches. Et c’est ainsi qu’ils rencontrent Hiéronimus Li lequel affirme ne pas pouvoir leur être de grand secours.

De Haïti aux Bahamas, près d’un petit îlot où gît une épave, en passant par La Havane, Bob Morane et Bill Ballantine vont affronter moult dangers et Tiger Jack sera toujours là à point nommé pour les tirer des griffes de leurs adversaires.

 

Roman d’aventures de facture classique, Trafic aux Caraïbes vaut surtout par la présence de Tiger Jack, sobriquet sous lequel se cache Jean Ray. Même si celui-ci n’est jamais nommé, le lecteur reconnaitra aisément ce fantastiqueur belge.

Né en Belgique à Gand sur Escaut, la merveilleuse cité flamande qui mire ses vieux pignons, les façades précieuses de ses anciens hôtels et son château moyenâgeux, compact comme un œuf de pierre, dans les eaux béates et glauques de ses canaux, Tiger Jack était le fils d’une famille de marins et c’était à sa grand-mère, une authentique indienne Dakota, qu’il devait son profil courbe de Sioux.

Après avoir décrit ses aventures maritimes de trafiquant d’alcool, ce sexagénaire et plus a raccroché un jour et s’est installé chez lui dans sa bonne ville de Gand.

Un beau jour il en avait eu assez de la flibuste, avait vendu au plus offrant bateau et arsenal pour aller chercher le calme à l’ombre des pignons espagnols de sa bonne ville de Gand, où il s’était mis à écrire de merveilleuses histoires pleines d’aventures, de sel, de brume et d’angoisse, où les spectres du passé se pressaient en fantastiques sarabandes. Ces histoires, traduites dans le monde entier, avaient valu la célébrité à leur auteur qui, après avoir été l’un des derniers pirates, était devenu l’un des plus prodigieux conteurs de son temps, sinon de tous les temps.

Un magnifique hommage d’Henri Vernes à Jean Ray.

Mais on n’aurait garde d’oublier le contexte de ce roman, l’aspect politique, avec des personnages qui pourraient ressembler à Batista et Fidel Castro.

L’illustration de couverture est signée Pierre Joubert et les illustrations intérieures de Forton.

Henri VERNES : Trafic aux Caraïbes. Bob Morane N°49. Collection Junior Marabout N°206. Editions Gérard & C°. Parution 1961. 160 pages.

Partager cet article

Repost0
24 août 2020 1 24 /08 /août /2020 04:14

Fermeté, fidélité, vérité… Emeth-ez vous bien ça dans la tête !

Michel HONAKER : Return of Emeth.

Dans une rue vide et tortueuse de Jérusalem, Charly Silowsky tient un magasin de brocante.

Un jour un étrange client fait irruption dans cette échoppe, accompagné de trois enfants turbulents. Ce sera le dernier client de Silowsky et une affreuse gargouille en bois disparait de tout ce fatras.

Le lendemain, le Grand Rabbin Assi Lehmann, en provenance de New-York, trouve la mort dans un hôtel de Jérusalem dans d’affreuses circonstances. Le fragment de pierre, le Verbe de vie, qu’il était chargé de convoyer et remettre aux autorités religieuses de la ville a disparu.

Le Verbe de vie qui avec ses mystérieuses inscriptions permet de donner la vie à des êtres d’argile et de sang.

Encore du travail sur la planche pour Ebenezer Graymes, alias le Commandeur, qui pensait à tort s’être à tout jamais débarrassé de Emeth lors d’un combat homérique sur le pont de Brooklyn.

Plus nous avançons dans cette série, plus les romans écrits par Michel Honaker sont consistants, intéressants, dépouillés de ces faux attraits scatologiques, violents ou érotiques qui imprégnaient le premier volume de la série.

L’aura de mystère y est plus épaisse également avec des descriptions en images fortes qui font un peu penser à ces bandes dessinées où le fantastique, l’enquête, la démonologie se côtoient, s’interfèrent en un heureux mariage. Des bandes dessinées des années cinquante de l’école belge au graphisme pur, simple, dans une ambiance urbaine nocturne, récréant le rêve, la magie, le fantastique dans des histoires simples, bon enfant, mais attrayantes.

 

Michel HONAKER : Return of Emeth. Le Commandeur N°3. Collection Anticipation N°1748. Editions Fleuve Noir. Parution avril 1990. 192 pages.

ISBN : 2-265-04317-6

Partager cet article

Repost0
23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 04:38

D’où l’expression Belle comme un camion ?

Andrew VACHSS : Blue Belle

Détective privé un peu spécial, marginal, souvent exerçant à la limite de la régularité, de la légalité, Burke comprend, pardonne, accepte même l’emploi de certains coups fourrés, de certaines arnaques.

Mais s’il y a une chose qu’il condamne avec force et combat par tous les moyens, c’est l’exploitation, le mal, et toutes les formes d’exactions perpétrées à l’encontre des enfants.

Burke vit avec Pansy, un dogue napolitain qui lampe sa canette de bière plus facilement qu’un nourrisson avale son biberon. Il possède quelques amis sur lesquels il sait pouvoir compter en n’importe quelle occasion. Max, La Taupe, Le Prophète, La Mama, Michèle et Terry forment sa famille. Une famille hétéroclite mais soudée.

Pourtant Burke porte sa croix. Une croix qui a pour nom Flood, mais c’est une vieille et une autre histoire. Belle pourra-t-elle et saura-t-elle lui faire oublier Flood et cicatriser ses souvenirs qui le poursuivent ?

Burke fait la connaissance de Belle lorsque Marquès, un proxénète sorti du rang, lui propose une affaire délicate : un camion fantôme s’en prend aux belles de nuit qui travaillent sur les quais, et pour lui comme pour ses collègues, c’est un sérieux manque à gagner.

Au cours de son enquête Burke va découvrir des ramifications qui mettent en danger la vie de certains membres de sa famille.

 

Roman noir, Blue Belle est surtout un fascinant roman d’amour entre Burke et Belle. Mais attention, on est loin des romans dits à l’eau de rose de Barbara Cartland, quoi que.

Après Flood, après La Sorcière de Brooklin, parus dans la même collection, Andrew Vachss nous propose un roman dur, fort et poignant.

Mais il est vraiment dommage que les auteurs, ou les traducteurs, se croient obligés de souligner certaines scènes par une verdeur, une crudité dans les dialogues hors de propos, apportant ainsi de l’eau au moulin de ceux qui dénigrent la littérature policière et populaire en tant que véritable littérature. Presque comme une provocation hors de mise.

Andrew VACHSS : Blue Belle (Blue Belle – 1988. Traduction Marie-Hélène Dumas). Collection Spécial Policier. Editions Albin Michel. Parution mai 1990. 374 pages.

ISBN : 9782226041180

Partager cet article

Repost0
22 août 2020 6 22 /08 /août /2020 04:21

Peggy Sue, Peggy Sue
Jolie, jolie, jolie, jolie Peggy Sue...

Serge BRUSSOLO : Armés et dangereux.

Heureux les auteurs soutenus par leurs éditeurs ! Peggy Sue Fairway a connu le succès avec la publication de son premier roman, mais depuis quatre ans, plus rien. L’imagination n’est plus au rendez-vous et conséquence inévitable, elle n’a plus rien écrit. Elle essaie, mais en vain.

Obligée de se loger dans un vieil immeuble, elle est en proie au cafard. Aux cafards, devrais-je dire, car ça grouille de partout. Heureusement le propriétaire fait appel à une entreprise spécialisée dans la destruction de ces insectes nuisibles et un jeune homme se présente afin de la débarrasser de ces blattes envahissantes. Au cours de la conversation, Andy lui apprend que son entreprise, Exterminator, recherche des participants pour un stage afin de déterminer si leur nouveau produit est efficace.

Comme elle est aux abois financièrement, elle se présente au siège de la société mais déjà d’autres prétendants attendent leur tour. A son vif contentement, et étonnement, elle est sélectionnée avec 1000 dollars à la clé pour une semaine de travail.

Départ donc pour ce stage particulier organisé par la société Exterminator, et quelle n’est pas la surprise de Peggy Sue de se retrouver en compagnie d’Andy, grand amateur de whisky, de June Dawson, présidente du Club des Amis de Kitty et Dum, de Ken adepte des préceptes de la religion tibétaine enregistrés sur cassettes. Leur lieu de résidence, la maison Hellsander, est une bâtisse décrépite et à peine terminée, à la lisière du désert de Mojave, gardée par un vieil homme qui se déclare en avoir été le guide lorsque cette demeure avait été transformée en musée.

Car cette vieille maison possède une histoire, elle fut le théâtre d’un épisode tragique que connait fort bien Peggy Sue. En effet son père s’était pris de passion vingt ans auparavant pour l’épopée de deux jeunes truands, Kitty Doyle et Dum Heresford, qui se prenant pour Bonnie and Clyde, avaient braqué avec succès douze banques. Mais lors de l’attaque de la treizième, un gros pépin les attendait. Ils durent fuir les policiers et se réfugièrent dans la maison Hellsander. Cette histoire Peggy Sue l’a entendue et digérée durant toute son enfance et son adolescence, aussi la connaît-elle par cœur sous toutes ses coutures.

Le couple résista tant bien que mal, tuant une trentaine de policiers, avant de succomber sous les balles. Seulement leur magot, qui devait être conséquent, ne fut jamais retrouvé. De même que les corps d’ailleurs. Depuis une légende circule dans le pays, et Peggy Sue se rend compte que ses compagnons, chargés d’exterminer les cafards, ne sont pas insensibles à cette légende.

Outre le vieil homme qui se veut le gardien du temple, vivent à quelques centaines de mètres de là, une vieille femme et sa nièce, dérangée mentalement.

 

On retrouve dans ce roman, qui est plus d’aventures que policier, les thèmes chers à Serge Brussolo, notamment la montée progressive de l’angoisse conjuguée au déchaînement des éléments atmosphériques, et la présence supposée de fantômes, le désert et l’atmosphère délétère qui se dégage d’une bâtisse en ruines. Peu de personnages mais de forts contrastes entre eux. Et les monstres sont remplacés par des cafards, des blattes énormes.

La tension entre les divers protagonistes monte progressivement et l’angoisse s’installe, sans qu’il y ait une once de fantastique dans ce récit.

L’atmosphère repose sur des fantômes supposés, sur la présence d’un énigmatique trésor, et sur les préoccupations des différents protagonistes. Et pour sublimer cette ambiance baignant dans l’angoisse, un orage se déchaîne ajoutant à la peur diffuse qui s’est installée progressivement dans le groupe.

 

Ecrire est un métier, répétait la grande Carrie. Un roman est un produit comme un autre, il faut le bricoler en y mettant tous les ingrédients réclamés par le public. Un roman c’est une recette de cuisine… si on ne respecte pas, on gâche la pâte pour rien. Aujourd’hui, ce qui marche, ce sont les histoires de bonnes femmes coupées en morceaux. Les bouquins avec des psychotiques, vous voyez ? Les têtes tranchées qu’on conserve au réfrigérateur. Les tueurs en série. Faites-moi quelque chose avec un tueur en série. Sans oublier les détails sexuels qui s’imposent, bien sûr. Ça fait vendre.

 

Serge BRUSSOLO : Armés et dangereux. Collection Le Masque N°2157. Librairie des Champs-Elysées. Parution novembre 1993. 224 pages.

ISBN : 9782702424247

Partager cet article

Repost0
20 août 2020 4 20 /08 /août /2020 04:55

N’en faites pas une fixation, ce n’est qu’un flic…

Georges MOREAS : Flicxation.

Autant vous l’avouer tout de suite, je n’étais pas très chaud pour lire ce roman, mais comme je l’avais reçu en service de presse, je me suis forcé par respect pour l’éditeur et l’auteur.

D’abord une couverture peu engageante, tout du moins c’était mon avis, et comme dit l’autre je le partage. Le titre également ne m’attirait guère. Donc deux raisons pour rebuter le lecteur éventuel.

Nonobstant ces considérations personnelles, j’ai entamé la lecture de ce que je pensais être une énième histoire de brigades. Bon, Moréas, je connaissais et le tenais pour un auteur intéressant, quoique les policiers, ou ex-policiers devenus romanciers n’ont guère figuré dans mes choix de lectures.

Sans être un chef d’œuvre, ce roman se lit avec plaisir d’une traite. Pas de tergiversations, de descriptions oiseuses, de l’action ! Comme dans les bons vieux films policiers de série B, les meilleurs, qui possédaient intrigues et dialogues à l’emporte-pièce.

Faut dire que Moréas a connu, sinon vécu, des situations similaires ou approchantes à celles décrites dans son roman. Donc part belle à l’imagination, quoique, dans l’intrigue, mais les relations entre personnages, les dialogues, les différentes scènes d’action, tout sonne juste.

Même la petite touche de mélo, histoire de nous rendre le commissaire Morgain, son personnage principal, sympathique, passe sans trop de difficulté. Alors je suis revenu sur mes préjugés et nous verrons bien dans la suite des aventures de Morgain si Moréas va continuer dans ces bonnes dispositions prometteuses.

Ce roman, je m’empresse de le signaler, ne fait ni dans le sadisme ni dans la pornographie, pratiques courantes chez d’autres brigadistes qui n’apportent rien au plaisir de la lecture.

Donc mon reproche ira à l’encontre du maquettiste de la couverture, et je demanderai quelque chose de moins hideux, de plus sobre. A moins que ce soit moi qui n’ai rien compris. Le regret des illustrations signées Michel Gourdon peut-être.

 

La collection DPJ6, 6ème Division de Police Judiciaire, ne vivra que le temps de six romans. Encore une tentative de collection avortée au Fleuve Noir qui cumulait les échecs à cette période, à moins que les responsables financiers fussent trop gourmands et pas assez patients.

 

Georges MOREAS : Flicxation. Collection DPJ6 N°1. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1988. 190 pages.

ISBN : 9782265038134

Partager cet article

Repost0
19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 04:03

Je vous parle d'un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas…


 

Roland DORGELES : Les Château des Brouillards.

Rendez-vous des poètes et rimailleurs, des chansonniers et musiciens, des peintres et des rapins, Le Lapin agile (anciennement Lapin à Gil) accueille une faune diverse et variée. Sans oublier petits truands et anarchistes, ainsi que les représentants d’une société plus huppée désireux de frayer avec la plèbe.

Ce soir, Paul-Gérard Clair, plus communément appelé Gérard, un poète en devenir, s’est invité à une table, et pour s’attirer les bonnes grâces des consommateurs, offre une tournée, payant avec un Louis d’or. Clabaud l’anarchiste l’accuse de régler en fausse monnaie, ce qui provoque une petite émeute. Mais Gérard démontre son innocence, et bientôt il va intégrer ce cénacle dont bon nombre de membres sont logés chez Lucie Rapin, au château des Brouillards. Une grande bâtisse située entre l’allée des Brouillards et la rue Girardon, rendez-vous des artistes et des marginaux.

Gérard vit dans un galetas, remisant dans une armoire quelques rouleaux de pièces d’or, un viatique qui devrait lui permettre de vivre durant deux ans, si tout va bien. Mais il fait la connaissance de Marie-Louise, qui effectue des travaux de couture, et de sa sœur Cri-Cri. Elles vivent au quatrième étage. Marie-Louise est bien gentille et entre les deux jeunes gens s’ébauche une idylle dont la conclusion se trouve entre les draps.

Et pour aider Marie-Louise, Gérard n’hésite pas à se montrer généreux, le magot fondant comme iceberg sous le soleil des tropiques. Mais ce qui obère le plus son pécule, c’est lorsqu’il se montre dispendieux auprès de Daisy Bell, une comédienne américaine qui devrait interpréter une pièce qu’il a écrite et qu’il retravaille souvent. La pièce, évidemment.

Et puis il sympathise avec un vieux feuilletoniste, Gouttenoire, qui achète aux rapins des tableaux afin de leur permettre de subsister. Plus par philanthropie que par l’appât d’un gain éventuel et aléatoire. Ce qui énerve sa femme, parfois il faut peu de choses pour que les reproches acrimonieux éclatent bruyamment dans un ménage.

Le vieil amateur s’était ainsi offert à des prix raisonnables des Picasso, des Modigliani, des Utrillo, des Van Dongen, tous ces produits de Montmartre que dédaignaient les grands marchands…

S’il côtoie le Marquis de la Dèche, Gérard pourrait bientôt s’affubler lui aussi de cet alias, vendant ses objets précieux et ses livres. Alors il se rend souvent chez Lucie Rapin, qui exerce la profession de relieuse, au Château, s’abouchant avec l’un ou l’autre des habitués. Jusqu’au jour où un paquet lui est confié… Et il se trouvera embarqué dans une histoire mêlant anarchistes et faux-monnayeurs.

 

Roland Dorgelès, qui a vécu dans ce quartier montmartrois avant la Grande Guerre, s’inspire d’expériences vécues, ayant fréquenté toute cette faune interlope.

D’ailleurs incidemment il se met en scène par une présence fugitive. Il est un observateur, un spectateur qui ne participe pas au récit.

Quand le bruit se répandit dans Montmartre que la pièce de Paul-Gérard Clair allait être jouée sur les boulevards, ce fut une telle stupéfaction que pas un de nous ne songea à le féliciter.

Le Château des Brouillards permet une incursion dans le passé, dans ce quartier qui depuis a gardé son charme, ses vieilles ruelles et impasses, son aura artistique, mais a bien évolué quand même devenant peut-être un peu trop touristique. L’avenue Junot n’avait pas encore été créée, elle le fut entre 1910 et 1912, dans cette zone connue sous le nom de Maquis de Montmartre, dans le quartier des Grandes Carrières. Mais une partie du pittoresque demeure même si les masures des bohèmes et des chiffonniers ont été rasées.

Roland DORGELES : Les Château des Brouillards.

Roland DORGELES : Les Château des Brouillards. Le Livre de Poche N°507. Parution 3e trimestre 1961. 256 pages.

Première parution : Albin Michel. 1932.

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables