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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 08:34

Hommage à Michel Lebrun décédé le 20 juin 1996.

Michel LEBRUN : Sex-voto.

En 1939, dans Esquisse d'une psychologie de cinéma, André Malraux concluait : Par ailleurs le cinéma est une industrie. Cela a-t-il vraiment changé ? Pour Michel Lebrun, en 1975, cette affirmation était toujours de mise.

Et pourtant, Simon Malaterre, producteur, est à la recherche d'une forme d'esthétisme dans le cinéma qu'il finance. De l'art et d'essai plutôt que de lard et d'essais. Il prône un cinéma moralisateur, vertueux, et a même l'intention de réaliser un film ambitieux sur sainte Thérèse de Lisieux. Seulement il n'a que les yeux pour pleurer car il lui manque une grande partie du financement.

Pourtant il a déjà prévu des grandes vedettes pour participer à ce film. Marlène Jobert et Charles Bronson dans les rôles principaux. Il ne leur pas demandé leur avis, mais il est persuadé qu'ils ne manqueront pas de signer à l'annonce d'un tel projet. Seulement il faut de l'argent, car la vedette coûte cher, n'est-ce pas Mère Denis ?

Des retombées sur des films précédents sont promises à condition de commencer un nouveau tournage avant les trois mois. Il y aurait bien une solution, demander aux collaborateurs, le metteur en scène et l'auteur, de différer leurs défraiements, mais ils sont égoïstes. Ils refusent. Et Simon Malaterre est vraiment en colère, lui qui peut se vanter d'avoir obtenu un Oscar, le Grand Prix de l'Office Catholique du Cinéma, et quelques autres trophées prestigieux. Et il ne peut s'empêcher de vitupérer contre les pratiques administratives.

 

Je vais donner un coup de semonce à tous ces fossoyeurs. Je vais pondre un article soigné que je ferai passer dans le Cinémato. Nous allons reprendre la liste de tous ces films merdiques qui ont obtenu des avances sur scenario et des primes à la qualité, ça fait toujours rire. Puis je vais parler de mon projet, et leur mettre le nez dans leur caca. L'Etat subventionne des films contestataires, scatologiques, voire pornographiques comme La grande bouffe et autres saloperies, et quand un producteur entre mille ose préparer une vie de Sainte-Thérèse, on lui rit au nez !

Un repas d'affaires en compagnie d'un autre producteur spécialisé dans des films Q, devenus X, tourne au vinaigre. L'homme veut bien lui prêter de l'argent mais à condition que Malaterre se tourne vers des films moins cultes et plus cul. Malaterre refuse et s'obstine, ce qui fait que les ponts sont coupés entre les deux hommes, et les fonds aussi.

Si Malaterre manque d'argent, il n'est pas dénué de ressources et d'idées. D'abord confier le nouveau scénario à un ami, qui grenouille dans les Lettres, même s'il n'a jamais écrit pour le cinéma, et comme il lui a sauvé la vie, quelques décennies auparavant, de le pistonner auprès de la commission qui attribue les aides à la création. Après tout cet ami est membre de cette commission, alors un petit coup de pouce de sa part, ce serait un juste retour des choses.

Seulement, outre ses problèmes financiers, Malaterre connait quelques désagréments à cause de l'attitude de sa fille. Et acculé, il acceptera, à contrecœur de tourner un film, dérivé de Sainte Thérèse et le monde interlope, dans lequel les scènes de sexe seront simulées. Les attributs masculins n'apparaitront pas à l'écran. Bref un film avec une introduction, un développement et une conclusion. Seulement, les scènes dites osées, explicites, seront réservées pour la revente du film à l'étranger, afin de satisfaire à des exigences provenant de pays qui ne rechignent pas à admirer la beauté de jeunes hommes et filles batifolant ensemble.

 

C'est bien l'hypocrisie cinématographique que Michel Lebrun dénonce ici avec humour, ironie et causticité dans une trame policière. Il suffit qu'un film soit catalogué comme un véritable chef d'œuvre pour qu'il soit encensé et que le réalisateur peut tout se permettre. Les Galettes de Pont-Aven, Les Valseuses et plus tard 37.2 le matin ou encore L'amant bénéficient d'une aimable tolérance, tandis que les films catalogués X sont relégués dans des salles dont la réputation en pâtit.

Michel Lebrun connaissait bien le monde du cinéma et de la télévision, ayant œuvré comme scénariste ou dialoguiste pour des films impérissables tels que Estouffade à la Caraïbe, Ces dames s'en mêlent, La dernière bourrée à Paris, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause !, La tête du client... et pour la télévision quelques épisodes de la Série Les cinq dernières minutes ainsi que pour Le sang des Atrides.

Alors ce microcosme du cinéma, Michel Lebrun le écrit avec réalisme et humour féroce, car le dieu Argent règne en maître et que sans lui, opérateurs du son, éclairagistes, cameramen, metteurs en scène et acteurs ne pourraient vivre. Seulement pour réaliser un film, il faut accepter quelques compromissions.

 

Mon problème est un problème d'éthique. Durant toute ma carrière, j'ai réussi, seul sur la place de Paris à garder mon nez propre. Je n'ai jamais un film pour gagner de l'argent facilement en flattant les goûts du public, et cette politique s'est avérée payante sur la longueur. Je me sens avili, crasseux, d'entrer dans le système, dans l'épicerie.

Michel LEBRUN : Sex-voto. Editions Presses de la Cité. Parution 1er trimestre 1975. 254 pages.

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 08:07

Bon anniversaire à Yves Frémion né le 14 juin 1947.

Yves FREMION : Ronge.

Roman d'anticipation peut-être, mais plus que de l'anticipation ou de la science-fiction, Yves Frémion a écrit un roman constat.

Ce qui pourrait se passer dans un club de vacances, où tout est centralisé, fonctionnel, pensé en fonction d'un certain type de vacanciers, celui justement du vacancier type.

Tout est programmé, chacun ne peut y trouver que du plaisir.

Le vacancier qui arrive sur Faluce, c'est le nom du village, le vacancier est roi et s'il doit se plier à certaines exigences, c'est pour son bonheur, pour que son séjour soit le plus agréable possible.

Tout lui est fourni, en quantité suffisante, pour ne pas parler de gâchis, donc il ne peut être question de réclamer quoi que ce soit.

Alimentation, amour à discrétion, que peut-on demander de mieux ?

Mais il ne faut pas oublier que plus le fruit est beau, plus il parait sain, plus le ver qui le ronge peut prendre des proportions inquiétantes.

 

Ce roman d'Yves Frémion est un peu la parabole et l'univers de ces clubs de vacances où le tout est proposé, rien n'est imposé fait frémir.

Vive la toile de tente et le camping sauvage.

Construit comme un puzzle où chaque pièce suffit à elle-même ou presque, ce roman culmine dans une seconde partie apocalyptique.

Pouvait-il en être autrement ? Je ne le pense pas.

Je retire quand même un réconfort à la lecture de ce livre ambigu : celui d'être un vacancier indépendant qui n'a besoin de personne pour lui organiser son temps libre.

Extrait de la quatrième de couverture :

Qui sont les vrais acteurs de ce roman ? Qui le raconte ?

 

Les 24 heures du livre. Le Mans, octobre 1988.

Les 24 heures du livre. Le Mans, octobre 1988.

Yves FREMION : Ronge. Collection Anticipation N°1647. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1988. 192 pages.

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 12:43

Hommage à Frédéric Dard, décédé le 6 juin 2000.

François RIVIERE : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio.

Romancier, scénariste de bandes dessinées, critique littéraire, François Rivière est également l’auteur de biographies consacrées à des auteurs éclipsés parfois par leurs personnages.

Ainsi s’est-il penché sur l’œuvre et la vie d’Agatha Christie, d’Enid Blyton et James M. Barrie, le créateur de l’immortel Peter Pan. En mars 1999 il publiait au Fleuve Noir une biographie dédiée à un auteur vivant : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio, ouvrage qu’il avait terminé en novembre 1998.

Le 6 juin 2000 disparaissait Frédéric Dard, physiquement, mais son héros, le commissaire préféré de ces dames, vit toujours non seulement sous la plume de Patrice Dard, son fils spirituel et génétique, mais dans les cœurs et les esprits de tous ses nombreux lecteurs et admirateurs.

De la naissance de Frédéric Dard le 29 juin 1921, et même un peu avant, jusqu’à la fin des années 90, François Rivière explore le parcours de cet obsédé textuel qui avant d’être reconnu comme un romancier de talent, aura végété malgré les nombreux encouragements prodigués par ses pairs : Simenon, Max-André Dazergues, Marcel E. Grancher…

L’accouchement de sa mère s’avère difficile et son père craint pour la vie de la parturiente. Il en restera des séquelles, un bras gauche déformé et inerte, que s’emploiera à soigner avec persévérance, abnégation et un amour quasi exclusif, sa grand-mère paternelle Claudia, se substituant aux parents accaparés par leur travail. La carrière de Frédéric Dard débute en 1940 avec la parution de La Peuchère chez Lugdunum, mais cet ouvrage comme les suivants, ne connaîtra qu’un succès d’estime. Véritable bourreau de travail, il enchaine les titres et les pseudonymes, pour la plupart empruntés à l’américanisme ambiant, écrivant dans de petites revues dont les illustrations sont signées Roger Sam, son beau-frère, lequel récidivera beaucoup plus tard pour des romans publiés au Fleuve Noir, mais c’est la galère.

Selon la légende, Armand de Caro, découvrant chez un bouquiniste Réglez-lui son compte édité chez Jacquier en 1949 et signé San Antonio, lui donnera sa véritable première chance et en 1950 débute une carrière qui ira crescendo. Croire que San Antonio a phagocyté son géniteur serait presque une erreur ou une hérésie. Car les premiers romans publiés chez cette maison d’édition qui sera « sa » maison furent bien sous les noms de San Antonio (Laissez tomber la fille) dans la collection Spécial Police et de Frédéric Charles pour un roman d’espionnage en 1950 (Dernière mission), le premier Frédéric Dard ne l’étant qu’en 1951 toujours en Spécial Police avec Du plomb pour ces demoiselles.

Et il faudra bien des années pour que la corrélation entre Frédéric Dard et San Antonio soit effective pour les critiques et les lecteurs. Mais il faut avouer que le style littéraire était complètement différent et pouvait désorienter. Pendant ce temps, Frédéric Dard ne chômait pas car le succès qu’il connaitra par la suite n’était pas encore au rendez-vous. Et toujours en point de mire comme l’eut longtemps Simenon, la reconnaissance du public en tant qu’auteur à part entière et non pas forcément catalogué dans un genre considéré comme mineur.

Ainsi il accumula les romans en parallèle du Fleuve Noir chez d’autres éditeurs dont Jacquier ou La Pensée Moderne (sous le pseudonyme de l’Ange Noir) et les pièces de théâtre, des adaptations tirées de ses propres romans ou de ceux de Simenon, seul ou avec la collaboration de son ami Robert Hossein. Robert Hossein avec lequel il signera également quelques ouvrages dont Le sang est plus épais que l’eau en 1962.

Si la gloire, la notoriété et l’aisance financière sont enfin au rendez-vous, Frédéric Dard subira des accrocs, des coups durs qui laisseront des traces. Une tentative de suicide en 1965 alors que L’histoire de France vue par San Antonio bat des records d’édition ou encore l’enlèvement de sa fille Joséphine en 1983.

François Rivière ne pouvait pas ne pas évoquer ces douloureux moments de la vie privée et familiale de Frédéric Dard. Mais il relate également et surtout le parcours littéraire et établit lorsque le besoin s’en fait sentir afin de mieux plonger son lecteur dans l’époque des débuts, le parallèle entre les romans noirs de Frédéric Dard et ceux de Boris Vian, sa rencontre avec James Hadley Chase dont il a adapté La Chair de l’orchidée en 1955 au théâtre ou encore Jean Bruce, l’auteur phare du Fleuve Noir avec Paul Kenny, un auteur bicéphale, et quelques autres. Le tirage des romans de Frédéric Dard avoisine bientôt ceux du créateur de OSS117, et Josette Bruce, femme et collaboratrice de l’écrivain, le complimentera en ces termes : vous êtes un écrivain, mon mari, lui, n’est qu’un fabricant.

De nombreux ouvrages, de nombreuses études ont été consacrées à Frédéric Dard et à son jumeau San Antonio, mais François Rivière a écrit un livre sensible, parfois émouvant, richement documenté, proche de l’homme et du romancier, peut-être le plus abouti de tous ceux qui ont été publiés. Et il était normal, logique, indispensable même que ce document soit réédité dix ans après la disparition de Frédéric Dard.

Première édition : Fleuve Noir. Parution 10 mars 1999. 320 pages.

Première édition : Fleuve Noir. Parution 10 mars 1999. 320 pages.

François RIVIERE : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio. Editions Pocket. Nouvelle édition revue et augmentée. Parution Juin 2010. 376 pages.

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 13:59

Un Cassius Clay de province ?

Pierre PELOT : Le 16ème round.

Pour Renato, fils d’émigrés portugais, son emploi au super marché, rayon légumes et poissons, ce n’est peut-être pas la grande vie, mais au moins il travaille.

Il est heureux, à sa façon. Son passé ne plaide pas en sa faveur pourtant le gérant l’a embauché. Et avec sa petite amie, ce pourrait être pire. Bien sûr il y a parfois les petits coups de gueule avec Verchant, son chef de rayon, mais ça ne va jamais bien loin.

Début de semaine morose, mais tout finit par s’arranger. A la faveur d’un incident, Renato va faire la connaissance de Raymond Clay, un vieux boxeur. Celui-ci est installé dans une maison qui rappelle de mauvais souvenirs à Renato, mais le passé, c’est le passé.

Sauf que parfois il vous remonte à la surface. Juste au moment où l’on ne s’y attendait plus. Alors tout commence à aller de travers, et les gendarmes se mettent de la partie.

 

Comme dans la plupart des romans de Pierre Pelot, l’action se passe dans les Vosges.

Dans le vent, la pluie, le froid, la neige. Une histoire simple, avec des personnages simples.

Enfin, c’est ce que l’on croit car Pierre Pelot n’a pas son pareil pour planter le décor et construire une intrigue dans laquelle le suspense, l’angoisse, l’émotion tiennent les rôles principaux.

Un livre pour les enfants, à partir de 12 ans, mais que les plus grands liront avec plaisir, en cherchant bien.

 

Pierre PELOT : Le 16ème round. Editions La Farandole/Messidor. Parution septembre 1990. 182 pages.

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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 17:07

Sans béquilles...

Michel LEBRUN : Les rendez-vous de Cannes.

Dans le Train bleu qui le mène à Cannes pour le rendez-vous annuel des producteurs de cinéma, des metteurs en scène, des vedettes confirmées ou en devenir, et des scénaristes, une profession souvent méconnue et confidentielle, Richard Bernier retrouve inopinément Nikki, alias Nicole, qui fut maquilleuse.

Comme si ces retrouvailles, rapidement expédiées, devaient lui remettre en mémoire Mélissa, une star à laquelle une rétrospective est prévue et qui a disparu dix ans auparavant, dans des conditions non élucidées. Certains parlent d'accident, d'autres de suicide. Richard possède son opinion, mais il la garde pour lui.

A la descente du train, Richard retrouve également Quibet, un producteur qui telle la grenouille qui voulait devenir plus grosse que le bœuf possède un embonpoint conséquent mais n'atteint pas les sommets de la création. C'est un raté qui aimerait pouvoir enfin percer dans la profession.

Comme à son habitude, Richard a loué une chambre au Carlton, mais Mario Monti, producteur renommé, l'a invité dans la villa Rudolph Valentino qu'il va occuper pendant toute la durée du festival, en compagnie de sa femme Sylvia, nettement plus jeune que lui. Elle a préféré le confort et l'argent, balayant ses rêves de vedette en devenir. Richard se voit proposer d'écrire un scénario. Il est déjà en train de travailler sur un autre script mais Monti lui demande d'oublier ce qu'il fait actuellement et l'oblige avec des arguments dont il a le secret de rédiger un scénario sur la vie de Mélissa. Il a l'intention de tourner une film relatant le parcours de la vedette disparue tragiquement, et il sort de sa manche un atout imparable qui se nomme Laure Emmanuel.

La jeune actrice, complètement inconnue, grâce à un maquillage savant, ressemble étonnamment à Mélissa. Un véritable sosie, une jumelle, et Richard est subjugué par celle qui doit interpréter ce rôle alors qu'il avait écrit tous les films joués par Mélissa dont il était amoureux. D'ailleurs, pour tous, il était son amant. Richard en sera même le metteur en scène. Et deux ou trois scènes, non concluantes, sont tournées pour appâter les futurs distributeurs

Il semblerait que ce projet ne soit pas du goût de tout le monde et quelqu'un s'évertue à mettre des bâtons dans les roues afin de faire capoter le film avant même que le premier coup de manivelle soit donné. Mais est-ce une bonne idée de vouloir faire revivre une morte ? Apparemment oui puisque Quibet a lui aussi décidé de tourner un film, que tout est prêt, c'est ce qu'il affirme, et qu'il a déposé la marque Mélissa. Monti ne s'alarme pas pour si peu.

Seulement une série d'incidents, d'accidents, mortels parfois, ponctuent le séjour sur la Croisette, et Richard va être confronté douloureusement à son passé. Mais il n'est pas le seul et d'autres victimes connaîtront des fractures mortelles ou mentales dans leur vie, se brûlant les ailes au soleil de la gloire éphémère, croyant toucher du doigt la chance de leur avenir mais déchantant rapidement.

 

Dans ce roman au final presque apocalyptique, Michel Lebrun traite un sujet qu'il connait fort bien, le cinéma et surtout le métier de scénariste. Mais il s'amuse à jeter le projecteur sur les producteurs, fortunés ou non, sérieux ou non, sur les metteurs en scène à la ramasse obligés de tourner des films pornos pour subsister et tentent de se refaire une virginité, des adolescentes qui comptent plus sur leurs fesses que sur leur talent pour se faire un nom... Et bien d'autres personnages, qui prennent une part plus ou moins active dans cette intrigue comme ce photographe qui mitraille avec un appareil photo démuni de pellicules ou cette sexagénaire veuve et héritière d'un empire sucrier à qui des dons de médium lui sont révélés.

Scénariste est un métier ingrat car le grand public ne connait en général qu'une petite partie de la distribution d'un film. Les têtes d'affiche et le réalisateur principalement. Mais qui connait vraiment les noms des scénaristes sauf ceux qui ont pignon sur toile mais qui ne portent pas vraiment le film sur leurs épaules. Parfois le scénario est jugé maigre sauvé par le jeu des acteurs, mais c'est tout un ensemble d'hommes et de femmes qui gravitent autour de la réalisation d'un film et dont le fruit du succès n'est pas toujours reconnu.

Michel Lebrun ne se montre pas aussi humoristique que d'habitude dans ce roman, empreint d'une certaine nostalgie, de causticité parfois, et d'une grande part de vécu.

Au lieu du grand roman qu'il aurait peut-être pu écrire, il avait pondu une centaine de scénarios, dont la qualité s'estimait en termes de commerce. Tel sujet a fait tant d'entrées, c'est un bon sujet. Tel autre a fait un flop, il est mauvais.
Comme la plupart des scénaristes, Richard, quand il passait devant une librairie, s'estimait frustré. Il aurait aimé savoir ses œuvres dans des bibliothèques, les voir entre les mains d'inconnus, savoir que, à tout moment, quelqu'un était en train de lire un de ses livres et d'y prendre du plaisir.

Michel LEBRUN : Les rendez-vous de Cannes. Editions Jean-Claude Lattès. Parution mars 1986. 242 pages.

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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 13:10

Que ne ferait-on pas pour promotionner un film !

J.B. LIVINGSTONE : Crime au festival de Cannes.

En l'honneur de Carla Haverstock, le comte de Marie-mort, un producteur, et Kirk Formeroy, son agent artistique, ont invité l'actrice à assister à une projection privée.

Carla, qui est sur le terrain depuis une vingtaine d'années, a interprété quantité de premiers rôles dans des films de second ordre et de seconds rôles dans des films de premier ordre.

Alors que débute le festival de Cannes, la rumeur murmure que le Premier Prix d'interprétation ne peut lui échapper. Enfin la consécration !

La séance privée débute sous de mauvais auspices. La bobine est à l'envers, le films casse, pourtant c'est Monsieur Marcel, considéré comme le meilleur projectionniste, qui est aux commandes.

Le film n'est qu'un montage de petits films, souvent dus à des amateurs, et dont la vedette n'est autre qu'Anita Guzman, la mère de Carla et actrice elle-même, décédée alors que Carla était encore une enfant.

Soudain Carla blêmit, pâlit, s'enfuit sous le coup d'une vive émotion.

Elle a un accident de voiture, et le véhicule prend feu. Carla décède et Hitchcock, son petit chien, également.

Le superintendant Scott Marlow qui justement se trouve à Cannes dans le cadre d'un congrès est chargé de l'enquête. Carla venait d'être reçue par sa Gracieuse Majesté, la Reine Elizabeth, et il faut à tout prix effacer la mauvaise impression, ne pas laisser ébruiter n'importe quel racontar, dans le genre La Reine lui a porté le mauvais œil ou autre réflexion du même style.

Higgins refuse d'abord d'aider Marlowe puis, apprenant que parmi les victimes figure un chien, accepte de seconder son ami.

 

J. B. Livingstone, pseudonyme sous lequel se cachait Christian Jacq, l'égyptologue bien connu, J.B. Livingstone n'est pas tendre avec les personnages qu'il nous présente, véritables caricatures du cinéma.

Mais il faut avouer que l'envers du décor n'est pas toujours aussi idyllique qu'on pourrait le croire. Après Michel Lebrun avec Les rendez-vous de Cannes (chronique à venir), Alain Bellet avec Aller simple pour Cannes, Brigitte Aubert avec La mort au festival de Cannes, et quelques autres, J.B. Livingstone nous fait découvrir les à-côtés du festival de Cannes, au travers d'un petit noyau de personnages.

Mais plus que le festival, c'est Cannes que J.B.Livingstone nous dévoile, et par petites touches nous raconte la naissance et l'histoire de cette ville.

Un petit reportage documentaire au sein d'un roman policier qui sait être divertissant et instructif.

J.B. LIVINGSTONE : Crime au festival de Cannes. Collection Dossiers de Scotland Yard. Editions du Rocher. Parution 22 avril 1992. 198 pages.

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 13:22

Un Tracy à suivre à la trace...

Max Allan COLLINS : Dick Tracy. Cette année ils veulent sa peau.

Kid, un orphelin, véritable gavroche, est poursuivi par des flics pour avoir volé un portefeuille. Il se réfugie dans un garage et assiste, caché, à une partie de poker entre cinq truands. Soudain surgit une voiture. Bas-d’Plafond en descend arrosant à la mitraillette les cinq joueurs. Pendant que ses compagnons, le Marmonneux et le Gratteur, ramassent les portefeuilles, le Kid réussit à s’échapper.

Pendant ce temps, Dick Tracy et Tess, son éternelle fiancée, assistent à une représentation à l’Opéra. Tracy a juré de ne pas se marier avec Tess tant qu’il n’aura pas mis sous les verrous Alphonse Capricio alias Big Boy Caprice, le responsable de la mort du père de la jeune fille.

Grâce à sa montre gadget, Tracy est rapidement mis au courant de la tuerie. Malgré le vol des portefeuilles, il identifie sans problème les corps. L’un des malfrats abattus appartenait à l’équipe de Manlis le Lippu, propriétaire du Club Ritz et Tracy soupçonne Capricio d’être à l’origine de ce règlement de compte.

Frisson Mahoney, une très belle jeune femme, tient la vedette comme chanteuse au Ritz. Elle se fait embarquer, avec Manlis le Lippu, par trois policiers. Pat, un flic qui aide Tracy, en planque près du club, s’aperçoit du manège, subodore une combine vaseuse et suit les kidnappeurs. L’un des ravisseurs n’est autre que Bas-d’Plafond. Il emmène ses otages à Big Boy Caprice qui fait signer à Manlis un papier par lequel il lui cède son club. Puis Manlis finit sa triste vie dans une caisse remplie de ciment frais tandis que Pat est assommé par le Marmonneux, l’un des hommes de Big Boy.

Tracy le retrouve et abat les trois faux policiers. Il convoque dans son bureau Bas-d’Plafond, le Gratteur et le Marmonneux. A bout de force et la soif aidant, le Marmonneux fait une déposition que Tracy garde sous le coude.

Quelques jours plus tard, dans une salle du Club Ritz, Caprice réunit un congrès de truands de la ville et leur propose de s’associer, les invitant pour l’inauguration du club, prévue pour le lendemain. Mais cette conférence compte un spectateur clandestin, Tracy. Un second personnage a également tout observé, un personnage sans visage, tout de noir vêtu.

Repéré, Tracy est enlevé par Bas-d’Plafond et ses acolytes, enfermé dans la cave d’un immeuble dont la chaudière est prête à exploser suite à un sabotage. Mais le Kid parvient à sauver son protecteur in extremis. Peu après, Frisson propose à Tracy de l’aider à arrêter Caprice et l’embrasse « chastement » sur la joue. Hélas la marque de rouge à lèvre subsiste, ce qui attise la jalousie de Tess.

Touche-d’Ivoire, le pianiste, révèle à Caprice qu’un inconnu habillé de noir et sans visage lui a offert cinq mille dollars pour lui porter un message qui propose, outre de mettre Tracy sur la touche, de l’argent. Caprice fait savoir qu’il accepte la proposition de l’Effacé, surnom donné au mystérieux personnage. Ce dernier prend Tess en otage et se débarrasse de Tracy en le droguant.

 

Cette œuvre détonne dans la production de Max Allan Collins, habitué a écrire des romans plus sérieux, excepté peut-être les ouvrages mettant en scène Mallory.

Il nous donne ici un livre drôle, jubilatoire, incitant à la bonne humeur malgré quelques scènes tragiques, alerte, vivant et rondement mené. Même l’intrigue est solidement construite. Quant aux personnages, campés d’une manière forte et caricaturale, renforcée par leur patronyme, ils reflètent véritablement ceux croqués à l’origine dans les bandes dessinées de Chester Gould.

Jean-Louis Touchant a disséqué d’une façon magistrale et fort érudite la saga de Dick Tracy dans la revue 813 n°31, avril 1990.

Max Allan COLLINS : Dick Tracy. Cette année ils veulent sa peau. Traduction d'Oliver de Broca. D'après le scenario de Jim Cash, Jack Epps Jr, Bo Glodman & Warren Beatty.

Coédition Edition N°1 & Michel Lafon. Parution août 1990. 332 pages.

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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 14:15

Grand Prix de Littérature Policière 1993.

Paul COUTURIAU : Boulevard des ombres.

Alors qu’il avait absolument besoin de l’aide de son ami le journaliste Jeremy Lockwood, Harvey Billington, auteur d’un chantage qui devait lui apporter enfin la possibilité de refaire sa vie, Harvey le découvre mort, affalé dans un fauteuil.

Au début il pense que Jérémy a été assassiné par des tueurs lancés à sa poursuite. Même pas. Jérémy a tout simplement succombé à une crise cardiaque.

Une défection, un impondérable qui perturbe la ligne de conduite imaginée par Harvey. Alors, comme il en a marre de se terrer dans une minable chambre d’hôtel de New-York, il décide de transformer cette mort naturelle en mort violente, obligeant de fait la police à servir de tampon entre lui et ses poursuivants.

L’enquête est confiée au lieutenant Ring Lennox, qui depuis la mort de sa femme se morfond parmi les dossiers. Lennox ne se laisse pas abuser par cette mise en scène macabre. Les murs de la pièce dans laquelle est décédé Jérémy sont tapissés de photographies de Shirley Neuville, fille à papa et mannequin, morte dans des conditions tragiques quelques mois auparavant.

Immédiatement Lennox établit une corrélation entre ce fait-divers et l’affaire dont il est chargé. A lui de savoir tirer le bon fil de cet écheveau.

 

Dashiell Hammet préconisait quelques règles d’écriture, en particulier des phrases courtes et simple, et le non emploi de métaphores.

Un précepte que Paul Couturiau assimile, apportant sa touche personnelle, dérogeant toutefois à l’un des sacro-saints principes rappelés par André-Paul Duchâteau. Il ne suffit pas d’appliquer un conseil et de détourner une règle, il faut savoir construire une histoire, la mener jusqu’au bout et mettre en scène des personnages attachants.

Trois points que Paul Couturiau relie pratiquement à la perfection. Son roman démarre quasiment sur les chapeaux de roue. Souvent les débutants calent en cours de route, Couturiau avale les obstacles en vieux briscard.

Quant aux personnages, qu’il s’agisse de Harvey Billington, le monteur de cinéma par qui le chantage arrive, Ring Lennox, le flic perdu dans un ronron entretenu par le souvenir émotionnel de la disparition de sa femme, de Sue-Lynn, fille perdue écartelée entre son désir de liberté et un attachement inconscient envers son protecteur, plus quelques autres personnages secondaires, tous ces protagonistes semblent être montés en épingle et pourtant plus vrais que nature.

 

Réédition Editions du Rocher. Parution mai 1998. 216 pages.

Réédition Editions du Rocher. Parution mai 1998. 216 pages.

Paul COUTURIAU : Boulevard des ombres. Collection Attitudes. Claude Lefrancq Editeur. Parution janvier 1992. 224 pages.

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 07:36

La starlette de Cannes a ri. Elle a une tête d'oiseau !

Alain BELLET : Aller simple pour Cannes.

Les petites salles de cinéma agonisent, seuls quelques intrépides ou nostalgiques continuent à programmer des rétrospectives des années cinquante, refusant de tomber dans la facilité du clinquant et de la pornographie.

Le Lumières, l'un des rares rescapés, niché aux confins du marché aux Puces et de la Porte de Saint-Ouen, va vivre sa dernière soirée dans l'apothéose et un embrasement que ne souhaitait certes pas son propriétaire. Des projets qui tombent à l'eau à cause du feu.

Pendant ce temps sur la Croisette, à Cannes, les premiers festivaliers envahissent pour une quinzaine la capitale du film.

Minettes aux cerveaux embrumés par des rêves de stars, pseudo-critiques aux propos snobinards, starlettes dévêtues en quête de publicité, comédiens confirmés venus affirmer par leur présence la qualité de leurs prestations cinématographiques, amoureux purs et durs des toiles indifférents aux nuits blanches, tout ce beau monde va se côtoyer pour fêter la dernière année du Palais Croisette, ce temple du 7e art qui ne va pas survivre à sa quarantaine vieillissante et pourtant encore alerte.

Mais un fou jette la perturbation au milieu de ce festival et ces morts qui parsèment la ville ne font pas du cinéma.

Pour Michel Ravel, critique et véritable passionné par le cinéma, il existe un lien entre ces décès et la destruction par le feu du Lumières à Paris. Un lien qui pourrait s'appeler Fossoyeur, film vestige des années cinquante et dont la carrière a tourné court à sa sortie.

 

Alain Bellet, lui-même critique de cinéma et fin connaisseur, a pris le prétexte policier pour nous présenter les quinze derniers jours du Palais Croisette, et toute cette faune qui pendant quinze jours investit Cannes, déambulant au gré des programmations et des rencontres supposées capitales pour gloires éphémères et starlettes en herbe.

Un bon premier roman, ambitieux, par un jeune auteur, plein de projets à l'époque et au demeurant fort sympathique, que j'avais eu le plaisir de rencontrer à Saint-Nazaire lors de la sortie de ce livre, et qui depuis trace son petit bonhomme de chemin.

 

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 10:59

Bon anniversaire à Jean-Baptiste Baronian, né le 29 avril 1942.

Jean-Baptiste BARONIAN : La nuit, aller-retour.

Plus qu'un roman, La nuit, aller-retour est une œuvre d'atmosphère, de sentiments.

Bruxelles vibre sous les grondements et s'englue sous la pluie. Stevens, ancien avocat reconverti comme détective privé à la suite d'une bavure, survit accroché à ses bouteilles de vin et à l'image de sa femme Helen qui l'a quitté.

Stevens, c'est le prototype du détective minable, dont le bureau sert d'appartement et inversement. C'est le spécialiste des affaires minables, le champion des causes perdues.

Une jeune femme requiert ses services, tôt le matin, trop tôt, et l'emmène dans sa chambre à l'hôtel. Pour y découvrir le cadavre d'un homme dans une baignoire. Mais pas n'importe quel homme. Une célébrité, un ponte, une huile paraît-il. N'empêche que ce cadavre est habillé en femme, ou plutôt déshabillé en femme. Un travesti.

Chris, la jeune femme qui vit apparemment de ses charmes, s'évapore dans la nature tandis que Stevens appelle la police. Puis comme rongée par le remord, elle réapparait au domicile-bureau du détective. Pour lui annoncer qu'elle ne lui a pas dit toute la vérité.

Si elle n'est pas à l'origine de ce meurtre, elle en est néanmoins complice, agissant sur les ordres de Simart, le proxénète le plus influent du quartier. Mais il n'a pas tenu ses engagements, omettant de payer sa collaboration, alors elle le dénonce à Stevens.

Lorsque le détective rapporte ces propos à Philippe, le commissaire chargé de l'enquête et qu'il connait de longue date, il n'a droit qu'au mépris de celui-ci.

Tandis que Stevens est tabassé par de gros bras, Chris est enlevée puis retrouvée à la morgue. La police a les mains liées faute de preuve et elle ne peut tout de même pas en inventer.

Stevens continue l'enquête comme s'il devait prouver à Helen, sa femme perdue dans la nature, et se prouver qu'en fin de compte il n'est pas si minable qu'il y paraît.

 

La nuit, aller-retour est un roman glauque, tout de pluie, de bruit, et dont le thème s'apparente plus à la quête qu'à l'enquête.

Un mélange de Goodis et de Simenon, et pourtant un roman qui reflète tout l'univers de Baronian et de son double : Alexandre Lous.

 

Jean-Baptiste BARONIAN : La nuit, aller-retour. Editions Christian Bourgois. Parution 31 janvier 1991. 150 pages.

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