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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 13:54

Hommage à Henry Reymond Fitzwalter Keating, né le 31 octobre 1926.

H.R.F. KEATING : Un cadavre dans la salle de billard

Un romancier qui s'intéresse un peu trop aux faits et gestes d'un policier et chante les louanges du dit représentant de l'ordre et de la loi parce qu'il a mené à bien une enquête sur un viol et un meurtre, cela peut avoir ses bons côtés mais générer également des inconvénients.

Inconvénients qui frappent le pauvre inspecteur Ghote de Bombay, sollicité par un personnage influent et important de Ootacamund, une station d'hiver sise à plus de mille kilomètres au sud de Bombay dans les Nilgiris Hills.

Dans cette charmante ville, plus familière appelée Ooty, l'atmosphère, l'ambiance et les habitudes sont restées presque religieusement imprégnées de la domination et de la culture britannique.

Un endroit frais, trop frais pour Ghote habitué à la chaleur lourde de Bomba, un endroit vert comme une campagne anglaise, où l'on peut jouer au golf et au billard.

C'est d'ailleurs sur une table de billard que le cadavre d'un employé du club, vénérable institution de la fière Albion, a été découvert. Pour l'officier de police local, ce meurtre ne peut avoir été perpétré que par un dacoït, un voleur. D'ailleurs la blessure mortelle n'a-t-elle point été portée à l'aide d'une fine lame comme celle des dacoïts ?

Et toute l'argenterie, les coupes gagnées depuis des dizaines d'années lors de compétitions n'ont-elles point disparu ?

Pour Surinder Mehta, ex-ambassadeur, titulaire de la Military Cross et qui a expressément demandé à ce que Ghote s'empare de cette affaire, ce ne peut être que l'œuvre d'un des membres de ce club. Soit cinq personnes, six ou sept au grand maximum, en comptant le secrétaire adjoint et le secrétaire, le commandant Bell.

Qui de la Maharani voluptueuse et de son infidèle mari le Maharadja de Pra Tapgadh, de la typique représentante britannique Mistress Lucy Trailing, une veuve accompagnée en permanence d'un sac à ouvrage d'où dépassent de fines aiguilles à tricoter, de Monsieur Gogbole, un universitaire lecteur impénitent muni d'un coupe-papier, et de Monsieur Ali Akbar Habidullah, un musulman cadre en retraite des chemins de fer, qui a pu en vouloir ou céder au chantage du marqueur de points au billard ?

Ghote est un peu dépassé par les événements, d'autant plus que son mentor aimerait le voir agir et réagir à la façon des grands détectives, Hercule Poirot et Sherlock Holmes en tête.

Si Ghote parvient à démasquer le coupable, c'est plus grâce à un éclair de génie, à une intense réflexion, et à l'usage du yoga, que de la détection pure et simple.

Quoique l'accumulation de coïncidences et un parallèle avec les préceptes enseignés par Hercule Poirot ne soient pas négligeables dans l'accomplissement de cette enquête.

Ce roman à l'humour léger, vaporeux et subtil, est le deuxième roman traduit en France, le premier étant Pas d'enquêtes sans casser d'œufs paru en 1983 dans la collection Littérature Policière dirigée par Maurice-Bernard Endrèbe.

Nous retrouverons ce personnage sympathique et émouvant, naïf même dans sa gaucherie, son désir de bien faire et de ne pas brusquer ses interlocuteurs dans de nouvelles aventures dans la même collection chez Fayard, dont L'inspecteur Ghote en Californie.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°9554. 1992.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°9554. 1992.

H.R.F. KEATING : Un cadavre dans la salle de billard (The body in the billard room - 1987. Traduction de Denise Meunier). Parution novembre 1990.

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 13:04

Bon anniversaire à Simon Brett né le 28 octobre 1945.

Simon BRETT : Les coulisses de la mort

Simon Brett, auteur de Le théâtre du crime, paru dans la même collection sous le numéro 1787 cette même année 1985 mais qui a été publié en Grande-Bretagne en 1983, soit un an après Les coulisses de la mort (ironie de l'édition française qui publie des romans dans le désordre !), Simon Brett met en scène un acteur de théâtre vieillissant dont la carrière n'est en réalité qu'une succession de ratages.

Pourtant Charles Pris, tel est son nom, y croit encore, espérant décrocher un jour un premier rôle qui le rendra riche et célèbre. Ce rêve va peut-être se concrétiser à l'occasion de la représentation en province d'une pièce de théâtre écrite par un jeune auteur.

D'autant que le producteur est confiant et qu'au loin se profile la perspective de se produire à Londres, dans le West-end, le quartier des spectacles.

Pour cela faut-il encore récolter des critiques élogieuses.

Mais Charles Paris, ce héros qui a connu bien des vicissitudes tout au long de sa carrière se méfie. Il a la nette impression qu'une magouille se profile. Impression qui se verra confortée en de nombreux points, le moindre n'étant pas un coup de revolver incongru et intempestif.

 

Satire des milieux théâtraux Les coulisses de la mort est autant un reportage qu'un roman policier. A conseiller aux acteurs débutants qui aspirent à une gloire rapide.

Charles Paris est le héros de dix-huit romans, dont le dernier publié en Grande-Bretagne en 2012, mais dont seules trois aventures auront été traduites en France.

Simon Brett, qui a connu le succès dans les années 80/90 semble aujourd'hui ignoré, méprisé, des éditeurs français, et c'est dommage, mais c'est le lot de bon nombre de romanciers honnêtes, de bons artisans reconnus comme tels, qui sont délaissés au profit d'auteurs plus en vogue mais pas forcément intéressants. A mon avis.

Simon BRETT : Les coulisses de la mort

Simon BRETT : Les coulisses de la mort (Murder unpromted - 1982. Traduction Jacques Satori); Collection Le masque N°1813. Librairie des Champs Elysées. Parution 1985. 156 pages.

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 13:10

Bon anniversaire à Thomas Bauduret, alias Samuel Dharma, alias Patrick Eris, né le 22 octobre 1963.

Samuel DHARMA : Nécromancies.

Par la folie d'un souverain, à cause de sa soif de domination et de pouvoir, Khemen, une cité pourtant pacifique, succombe sous les coups des Hommes Jaunes, et ce malgré la vaillance de ses guerriers, hommes et femmes.

Parmi eux Jehna et sa compagne Kehro. Mais Kehro fait partie des nombreuses victimes de la guerre et Jehna accablé par le chagrin, miné, erre à l'aventure.

Comment il parvient à Fadyen, il ne saurait le dire.

Lorsqu'un soudard l'agresse dans une auberge où il espérait le gîte et le couvert, il tente de se dérober mais le combat devient inévitable. Ses réflexes guerriers sont intacts et Jehna sort vainqueur de la rixe.

Fait prisonnier, il sera chargé par le roi Hunn d'éduquer son armée de soudards. Jehna retrouvera confort auprès de la belle Erikap une servante mise à son service mais cela ne l'empêche pas de penser à celle qu'il aime et aimera toujours : Kehro.

S'il est chargé de mission par le roi Hunn c'est bien parce que la cité de Fadyen est menacée. Mais quel est ce danger qui risque d'anéantir une cité quelque peu moribonde?

 

 

Samuel Dharma avec Nécromancies nous propose un roman plus achevé, plus dense et mieux construit que son précédent roman paru dans la même collection et qui avait pour titre Le Traqueur.Les effets sanguinolents sont quelque peu gommés, ce qui n'est pas un mal au contraire.

Il semble avoir trouvé un juste équilibre, ne forçant pas sur les clichés sur les sentiments ou les scènes d'horreur et de violence. Un auteur à suivre donc et si Dharma continue dans cette voie, je pense qu'il a devant lui- un bel avenir d'écrivain populaire; populaire étant à prendre comme un compliment évidemment.

Chroniqué sur Radio Manche. Août 88.

 

Thomas Bauduret s'est révélé en 1987 avec Mickey Meurtre publié dans la collection Espionnage N°1889. Il était alors le plus jeune romancier du Fleuve Noir. Depuis Thomas Bauduret a enchainé les traductions et l'écriture de romans dans différents genres populaires, dont je vous propose de découvrir ci-dessous quelques productions récentes :

 

 

 

 

Samuel DHARMA : Nécromancies. Collection Anticipation N°1637. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1988. 192 pages.

Réédité en format numérique : 4,49€.

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 12:51

Hommage à Brice Pelman décédé le 17 octobre 2004.

Brice PELMAN : La troisième victime.

Dans cet ouvrage, Brice Pelman reprend un thème, ou plutôt un accessoire, largement utilisé dans les romans policiers : Le message anonyme.

L'action se passe à Opio, village des Alpes-Maritimes, département cher à l'auteur et qui a servi de décor pour bon nombre de ses romans.

Suzanne, la protagoniste, est délaissée par son chirurgien de mari. La cohabitation avec sa belle-mère n'est pas signe d'entente cordiale et les époux sont réduits à faire chambre à part, ce qui est frustrant, vous l'avouerez.

Le destin malin va se manifester sous forme de lettres anonymes, des lettres d'amour au style ampoulé.

Bidule, un être simplet qui sert de facteur intérimaire entre la belle Suzanne et son galant, est secrètement amoureux de la jeune femme, sosie de Romy Schneider.

Mais Alexandra, amie de Suzanne, femme du potard local et tireuse de cartes à ses heures, voit dans ses tarots un avenir funeste. Les cadavres viennent confirmer sa prémonition, mais Suzanne n'en a cure, toute réjouie de croire que son épistolier transi se cache sous les traits de l'associé de son mari.

Elle s'adonne sans retenue aux joies de l'amour hygiénique, pour ne pas dire clinique, enfouissant métaphoriquement les cadavres sous le lit conjugal. Suzanne vit un amour obsessionnel dont elle ne peut se dépêtrer.

Brice Pelman était un vieux routier du roman policier, et ce retour au Fleuve Noir fut sympathique. Il avait émaillé la défunte collection Spécial Police de quelques bons titres, je ne pousserai pas la flagornerie pour écrire que tout était excellent, mais des romans comme Le jardin des morts, In vino veritas, Un innocent, ça trompe énormément et quelques autres restent dans les esprits des amateurs.

 

La troisième victime est de cette veine et se lit avec un plaisir non dissimulé.

 

Brice PELMAN : La troisième victime. Collection Crime Fleuve Noir N°30. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1992.

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 12:56

Méfiez-vous, votre bouquiniste n'est peut-être pas l'homme qu'il est sensé être...

Roy Harley LEWIS : Mémoires maléfiques

Reconverti bouquiniste, Matthew Coll, « Matt », prend son nouveau métier à cœur.

Il se déplace dans les salles de ventes, décrochant parfois le lot, ou la pièce, convoité par ses clients. Cette fois, il est chargé d’acheter pour le compte d’une bibliothèque universitaire américaine réputée, représentée par Tom Duncan, le journal manuscrit d’Emilia Lanyer, surnommée la Dark Lady des sonnets de Shakespeare.

Coll emporte de haute lutte ce manuscrit et fait, par la même occasion, la connaissance d’une journaliste terriblement séduisante, Charlotte Hesse. Mais le doute s’installe dans son esprit lorsqu’il apprend le décès, dans des conditions pour le moins bizarre, du précédent propriétaire du manuscrit. Et si ce manuscrit était un faux ?

Matt, ex-agent secret, part sur le sentier de la guerre, au grand dam de Duncan, car, si cette hypothèse se vérifie, le renom de son université va s’en ressentir. Grâce à un expert, il contacte les quelques fabricants de papier à l’ancienne encore existants sur le marché. L’un d’eux confirme une commande d’un certain Tarrant. En se rendant à un rendez-vous avec ce dernier, Matt manque de finir ses jours dans une cuve de papier. Plus tard, lors d’une fouille chez Tarrant, il est surpris mais prend le dessus avant de découvrir une photo de Charlotte Hesse.

Duncan lui affirme sa certitude de l’authenticité de l’ouvrage et Matt s’interroge sur le fait que Duncan, à son tour, souhaite l’arrêt de l’enquête. Pour lui, Charlotte doit être l’auteur d’un faux. D’ailleurs bientôt, un courtier lui demande si son client américain serait acheteur d’une lettre ancienne dont le vendeur n’est autre que la jeune femme ! En fait, cette dernière lettre est authentique : on cherche seulement à le discréditer.

Matt charge sa maîtresse, Laura, de devenir intime avec Charlotte pour la surveiller. Et cette dernière finit par avouer à sa nouvelle amie sa liaison avec Forbes, magnat de la presse érotique.

 

 

Dans une ambiance délicieusement rétro et britannique, dans un décor peu souvent exploité, celui des bouquinistes, Roy Harley Lewis construit une histoire classique qui ne manque pas de charme.

Un peu désuet, peut-être, mais au combien reposant. Cependant l’expression « adapté de l’anglais » laisse rêveur. Se pourrait-il que cet ouvrage fût un peu longuet et que la traductrice en ait coupé quelques passages… ennuyeux ? Cela semble possible, car l’épilogue paraît bâclé.

Roy Harley LEWIS : Mémoires maléfiques (The manuscript murder - 1982. Traduction de Catherine Plasait). Collection British N°20. Presses de la Cité. Parution 1990. 212 pages.

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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 06:17

Si j'avais un marteau...

Jack VANCE : Charmants voisins

Le métier de facteur est plus périlleux que certaines personnes pourraient le croire. Outre les chiens agresseurs, des marteaux rencontrent parfois leur crâne, dans des conditions bizarres et mortelles.

Ainsi, Ken Mooney, le jeune facteur qui dessert Madrone Way, à PLeasant Grove, est retrouvé mort, mais le lendemain de son assassinat. Sa tête repose sur un magazine qu'il aurait dû distribuer et dont l'étiquette a été ôtée. Le meurtre remonte à la veille. Et personne n'a aperçu le cadavre et sa camionnette, avant cette réapparition, ce qui pose problème au shérif Joe Bain, du comté de San Rodrigo en Californie. D'autant que Madrone Way est une impasse et que la camionnette est garée tout au bout.

Mais avant de nous intéresser à cette enquête qui se révélera délicate, surtout pour le shérif, remontons quelques années en arrière et attachons-nous à découvrir ce qui aurait pu ressembler à un Club des Cinq, mais qui ne fut qu'un petit groupe de gamins plus ou moins détestables et qui ne s'aimaient guère. Tout au plus se supportaient-ils.

D'abord, par ordre d'entrée en scène : Starr Shortridge, qui joue vraiment à la star. Douze ans, et considérée comme une gamine odieusement prétentieuse. Bill Wipple, quinze ans, de basse extraction et de réputation douteuse, pour les voisins, dont le père tient un garage et un atelier de mécanique. Il vient de construire une cabane dans un arbre situé dans le parc de la riche demeure des Shortridge et cela déplait fortement à Starr qui ramasse un vieux marteau et commence à asséner des coups sur la branche qui sert de support à la maisonnette perchée. Bill veut se rebiffer mais Starr est en compagnie d'Henry, son chien, et l'adolescent ne peut que déguerpir, toutefois sans se presser.

A ce Club des Cinq, le chien ne compte pas, il faut ajouter Alice, une gamine gentille et très belle, la fille des Benjamin. Son père Guy est ingénieur et se trouve la plupart du temps en déplacement à l'étranger, tandis que la mère Grâce est une catholique pratiquante intégriste. Ils viennent de s'installer dans Madrone Way et les parents de Starr, qui aiment recevoir, les ont invités. Marsh, le frère un peu plus âgé de Starr, est subjugué par Alice. Quant à Ken Mooney, il compte parmi les amis de Bill Whipple, joue au foot, est le condisciple des quatre gamins précités, et surtout il espère faire bonne impression sur Alice.

 

Quelques années plus tard. Le père de Ken a reçu en héritage une vieille ferme auberge délabrée qui n'accueille plus guère de consommateurs. Ken, marchande cet édifice situé dans la forêt, promettant de le remettre en état. Mais il est quelque peu velléitaire et surtout démuni. Alors après l'armée il a trouvé cet emploi de postier.

Alice est fiancée à Marsh, et pour l'heure voyage en Europe. Son père est en Inde, toujours pour son travail, et sa mère, toujours aussi peu gracieuse malgré son prénom, est enceinte. Du moins c'est ce qu'a supposé leur voisine Sally Wagner lorsqu'elle l'a aperçue dans une pharmacie d'une paroisse voisine achetant des médicaments pour parturiente. Et comme Sally n'est pas une méchante femme mais ne peut garder pour elle un secret, une information, qu'il lui faut en faire profiter toutes ses connaissances et même les autres, bientôt tout le monde ou presque sait que Grâce attend un nouvel enfant. Quant à Starr, toujours aussi pimbêche elle aimerait bien voyager tout comme Alice, mais ses parents lui refusent ce privilège. Quant à Marsh, il est toujours imbu de lui-même et Wipple égal à lui-même, quelque peu associé à Ken.

 

C'est dans ce contexte délétère que le shérif Joe Bain va devoir enquêter. Le mobile est flou, et les coupables ou présumés coupables sont nombreux, tous quasiment vivant dans Madrone Way. Aux quelques habitants déjà cité, il faut ajouter les époux Hubman, les époux Gentry actuellement dans le Montana, les Mortimer. Et enfin madame Bazzarini, mère de madame Hubman, clouée dans son fauteuil roulant entourée de ses infirmières, et qui aimait bien Ken, lequel s'arrêtait souvent chez la vieille dame pour converser un peu.

Comme aime à le déclarer le shérif, dans une enquête, la première étape consiste à amasser des faits. Alors il se rend chez les uns et les autres, n'est pas toujours bien accueilli, se renseigne auprès du receveur des Postes afin de savoir s'il ne manquerait pas du courrier, si une lettre compromettante devait être distribuée, vérifier les abonnés au magazine dont un exemplaire a servi de repose-tête à Ken... Il envoie ses hommes recueillir les informations, est en butte au journaliste local, Howard Griselda, qui le tanne et n'hésite pas à écrire dans les colonnes de son journal des propos vindicatifs à son encontre. Il retrouve Luna, son amie Artémisienne qui déclare provenir de la planète Artémisia mais est plus souvent dans la Lune, et qui tient une agence de location et est malgré tout de bon conseils, parfois.

Et puis il vit avec sa mère et sa fille Miranda, lesquelles aimeraient déménager de la petite maison en préfabriqué où ils vivent. Pas assez chic pour le standing d'un shérif n'hésite pas à déclarer Miranda qui à seize ans possède déjà des idées bien arrêtées. Or justement l'auberge de Halfway House, la propriété des Mooney, pourrait leur convenir mais elle est un peu chère pour eux. Alors, tout en enquêtant, Joe Bain va essayer de faire fléchir les deux femmes, puis n'y arrivant pas, à obtenir de Mooney père une réduction sur le prix de vente puisque son fils ne pourra plus la retaper.

 

Plus connu pour ses romans de science-fiction, Jack Vance est toutefois l'auteurs de romans policiers qui tiennent non seulement la route, mais sont de véritables petits bijoux comparés à certains romanciers, de son époque bien entendu. On ne peut pas mettre côte à côte des générations différentes. Toutefois, j'aimerai que la jeune génération puisse écrire et concocter des intrigues aussi construites et travaillées, passionnantes et sobres que celles de Jack Vance.

Charmants voisins met en scène quelques personnages qui évoluaient dans Un plat qui se mange froid, et que l'on retrouve avec plaisir.

Jack VANCE : Charmants voisins (The Pleasant Grove Murders - 1967. Traduction de Jacqueline Lenclud). Collection Pocket Noir N°4034. Editions Presses Pocket. Parution mai 1992. 224 pages.

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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 11:05

Le bon temps du Fleuve Noir Populaire ! Mais ça, c'était avant...

Daniel RICHE présente : Futurs Antérieurs, 15 récits de littérature steampunk.

Au sommaire de cet ouvrage, une préface signée Daniel Riche, quinze textes soigneusement sélectionnés par le même Daniel Riche (lequel dirigea notamment les collections Gore et Aventures sans Frontière, fut le rédac’ chef de Fiction, d’Orbites et signa des scénarii de cinéma et de télévision), un dictionnaire des auteurs, des illustrations de Fred Blanchard et Fabrice Le Minier.

Parmi les signataires, Daniel Walther, Roland C. Wagner, Michel Pagel, Laurent Genefort, René Réouven, Jean-Marc Ligny, Jean-Claude Dunyach, Christian Vilà, Francis Valéry et de petits nouveaux prometteurs (pour l'époque) tels que Sylvie Denis, Thomas Day, David Calvo, David Prasson, Yves Letort et enfin quelqu’un qui se fait trop rare Michel Demuth. Mais penchons nous un peu plus sur ce beau bébé.

D’abord, que veut dire Steampunk ?

C’est pour l’auteur un exercice dans lequel il doit imaginer jusqu’à quel point le passé aurait pu être différent si le futur était arrivé plus tôt. Il ne s’agit donc pas d’uchronie, qui réécrit le passé dans un monde différent, mais d’allier le futur au passé avec les armes littéraires et scientifiques dont nous disposons à l’heure actuelle.

Tous les auteurs rassemblés dans ce recueil n’ont pas toujours réussi à interpréter cette définition, mais ne boudons pas notre plaisir.

Avec Celui qui bave et qui glougloute, Roland C. Wagner nous entraîne dans un western parodique et farfelu dans lequel évoluent Kit Carson, les Frères Dalton, et quelques autres personnages bien connus, confrontés au mythe de Chtulhu de Lovecraft. Un pur joyau tout comme Âme qui vive de René Réouven qui redonne vie une fois de plus à quelques romanciers du XIXème siècle avec l’érudition et le talent que nous lui connaissons.

Muchamor de Christian Vilà nous emmène dans la Russie alors que le régime tsariste est sur son déclin et que Raspoutine mène la danse. Michel Pagel renoue dans L’étranger, avec une forme littéraire peu souvent usitée, la narration épistolaire dont le contexte spirite permet à l’auteur de confronter dreyfusards et anti dreyfusards.

Le véritable voyage de Barbicane de Laurent Genefort s’inscrit dans les voyages extraordinaires de Jules Verne, le fabuleux De la Terre à la Lune, et Les premiers hommes dans la Lune de Wells. Jean-Claude Dunyach propose une aventure inédite du professeur Challenger, héros créé par Conan Doyle et le fait évoluer à Toulouse alors que Clément Ader s’obstine à démontrer que le plus lourd que l’air peut voler.

Les textes de Sylvie Denis, David Calvo, Thomas Day ou encore David Prasson sont un ton en dessous mais laissons leur le temps de s’affirmer, quand à celui de Daniel Walther, qui reprend le mythe de Mayerling, il m’a quelque peu déçu. Peut-être parce que j’attendais plus d’un auteur confirmé.

Yves Letort nous invite à découvrir Théophile Grandin, un texte servi par les illustrations de Francis Le Minier.

Quant à la préface de Daniel Riche, elle est justement très riche, érudite, et évite l’écueil du pontifiant. En vérité je vous le dis, ce recueil est une véritable bible que doivent se procurer tous les amateurs d’aventures et de lecture populaire.

 

Daniel RICHE présente : Futurs Antérieurs, 15 récits de littérature steampunk. Collection Grands Formats. Editions Fleuve Noir. Parution 21 avril 1999. 624 pages.

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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 13:13

Un auteur de romans policiers qui se mouille !

Max Allan COLLINS : Pas de pitié pour ceux qu'on aime

Il n'y a pas eu un seul foutu auteur de roman policier digne d'être lu depuis que Dashiell Hammett est mort.

C'est ce que déclare, ou plutôt bafouille Roscoe Kane, lui-même auteur de polars, prédécesseur de Mickey Spillane, à une table devant laquelle sont assemblés une poignée de confrères. Une affirmation qui jette un froid, tous les romanciers présents étant honorablement connus et même reconnus, puisqu'ils sont rassemblés pour la cérémonie annuelle de l'Anthony Boucher Convention, la Bouchercon pour les initiés, à Chicago.

Mallory, auteur invité ayant à son actif deux romans, nominé pour un prix, voue à Roscoe Kane une indéfectible amitié et une admiration sans borne. Pour lui le créateur de Gat Garson est l'un des meilleurs représentants de la profession, mais les goûts ont évolués et Roscoe Kane est quasiment oublié. Cela fait plus de quinze ans qu'il n'a pas publié dans son pays d'origine, et ses ouvrages ont continué à être édités à l'étranger durant encore cinq ans.

Mallory accompagne Roscoe Kane, complètement éméché mais remonté comme une pendule, jusqu'à sa chambre. Kane avoue ne pas avoir pensé tout ce qu'il avait proféré, et entre dans la pièce qui lui a été réservée.

Redescendu retrouver ses comparses en écriture, Mallory discute avec Tom Sardini, l'un des plus grands spécialistes du roman policier, lequel lui apprend qu'un manuscrit de Dashiell Hammett va être publié. Un inédit perdu puis retrouvé quelques mois auparavant. L'Empereur secret tel est le titre de cette œuvre que le capitaine Shaw, le grand manitou de Black Mask, aurait refusé, alors qu'il avait auparavant publié en feuilleton La Moisson rouge.

Ce manuscrit sera édité par Mystery House, une maison d'éditions spécialisée dans la réédition de polars "importants", souvent dans des éditions de luxe. Justement Gregg Gorman, le propriétaire de cette maison d'éditions est présent à la Convention. Mais les relations entre Mallory et celui qu'il considère comme un aigrefin, ne sont pas au beau fixe. Cynthia Crystal, romancière œuvrant dans le genre Agatha Christie puis Mary Higgins Clark, qui a écrit une biographie faisant autorité sur Hammett, est également présente. Et il ne faut pas oublier Mae Kane, la troisième femme de Roscoe.

Normalement Roscoe Kane devait retrouver sa femme à la réception mais il a dû oublier car l'heure passe et il n'est pas redescendu. Et il ne redescendra plus jamais, sur ses deux jambes du moins, car Mallory qui a accompagné Mae, le découvre mort dans sa baignoire.

 

Accident, suicide, assassinat ? Toutes les hypothèses peuvent être envisagées, mais la thèse de l'accident est privilégiée par le coroner venu constater la mort de Kane. Mallory penche plutôt pour un meurtre, et il va s'attacher à démontrer que ses soupçons ne sont pas des fariboles.

 

Outre une intrigue policière classique et agréable, Max Allan Collins nous offre un voyage dans les arcanes des rencontres d'auteurs, avec les amitiés et les inimitiés inhérentes à chacun de ces personnages, auteurs adulés, décriés, réels ou fictifs. Et coups de griffes au passage pour ceux qui se prennent pour de petits génies, encenseurs de tout poil ou démolisseurs jaloux de légendes. De petits conseils, des hommages appuyés, de l'humour, tout cela sur fond de vérité, qui peut déplaire à quelques romanciers mais fait la joie du lecteur, embellissent l'intrigue.

 

Mais plus qu'une longue et ennuyeuse digression sur les différents aspects et relations entre tous ces personnages et leurs prédécesseurs, quelques citations choisies au hasard devraient illustrer mon propos avec plus d'intensité et de respect.

Ainsi Kane déclare avec emphase :

J'étais le plus grand nom du livre de poche quand Spillane est arrivé et a secoué le petit monde du poche avec ses polars sanglants. C'était pendant l'après-guerre et les anciens combattants réclamaient des trucs plus virils, et malgré tous ses défauts, Spillane ne l'ignorait pas. Vous ne pouvez pas proposer à un gars qui s'est battu lors de la dernière offensive allemande un bouquin où un type en complet blanc tire un type en complet noir et fait un gentil petit trou bien propre dans son costard de méchant.

 

Cynthia Crystal, romancière et auteur d'une biographie de Dashiell Hammett énonce :

J'ai toujours admiré Hammett, dit-elle. Ce n'est pas un secret. Mon œuvre est une sorte de mariage improbable entre Hammett et Christie, mais le roman noir après Hammett est bien vite devenu d'une niaiserie abyssale. Chandler a quelques mérites, sans doute; mais qui d'autre ? Mickey Spillane ? Ne me gâche pas mon petit déjeuner. Ross McDonald ? A la rigueur.

Quant à Mallory lui-même, le narrateur et auteur de romans policiers, il déclare sans ambages :

Je vais vous expliquer : les petites choses auxquelles les auteurs accordent le plus d'importance dans leurs romans - une métaphore incohérente par-ci, une phrase tarabiscotée par-là, un passage enlevé mais hors sujet - sont bien souvent ce qu'il faut impérativement couper. Mais bien sûr, si je censurais toutes les pages qui me plaisent dans mes romans, je ne publierais plus que des nouvelles.

Donaldson, auteur invité lui aussi, répond par cette déclaration à cette question fondamentale : M. Donaldson, que pensez-vous de Hammett et Chandler ?

Hammett a écrit un très bon livre, un livre valable et trois très mauvais livres. Quoique très supérieur, Chandler était toutefois très limité; après tout il a écrit le même livre sept fois de suite. A mon avis, l'écrivain moderne qui utilise comme véhicule de son art le roman avec détective privé doit remercier ces deux auteurs et s'efforcer d'aller beaucoup plus loin qu'eux.

Un roman jouissif qui devrait plaire à tous ceux qui s'intéressent à la littérature policière, ils y trouveront des clés et ils pourront toujours essayer de découvrir qui se cache, parfois , parfois certains des invités. Ainsi l'un des invités présents se nomme Brett Murtz, et l'on ne peut s'empêcher de penser à Brett Halliday et John Lutz, pour de multiples raisons.

 

Max Allan COLLINS : Pas de pitié pour ceux qu'on aime (Kill your Darlings - 1984. Traduction Jean-Paul Schweighaeuser).Collection Le Masque jaune. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution septembre 1990. 224 pages.

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 10:33

Comme un ouragan...

François RAHIER : L'ouragan des Enfants-Dieux.

Dans le froid, la neige, deux hommes surveillent deux enfants et un chien qui s'ébrouent, s'ébattent en riant.

Ce sont des chasseurs d'une espèce nouvelle. Des chasseurs d'enfants.

Il les traquent et les conduisent à une destination inconnue. Des rumeurs circulent. Il paraitrait que les gosses serviraient à alimenter en chair fraîche des laboratoires. Des rumeurs.

Depuis l'explosion, conséquence funeste d'adultes jouant à la guerre, tout est désorganisé, retour à un monde aride et inhumain. Les pillards quadrillent les vallées, les montagnes.

Entre Hilberto, le chef du convoi, et Jori, le gamin arraché à se tranquillité, la méfiance règne. La méfiance et la haine. Hilberto et ses six compagnons qui se disputent un pouvoir illusoire encadrent une quarantaine d'enfants perdus dans la tourmente d'éléments déchaînés.

C'est l'hiver, saison de la froidure et aube de la création.

Jori veille sur Mogol, le petit débile, et sur Husband le chien. Chez les enfants comme chez les adultes, des clans se forment. Des complots se fomentent, des idées de révolte gagnent les esprits. La caravane avance péniblement, bravant tous les dangers.

La nature et l'homme conjuguent leurs efforts, accumulant les embûches sur leur route. Au bout du voyage, le printemps ou l'enfer.

 

L'ouragan des Enfants-Dieux est construit comme si deux histoires prenaient le relais, s'imbriquant peu à peu l'une dans l'autre.

La première partie, à la narration plus fluide, relate l'intégration de Jori et de ses deux compagnons dans le convoi et le long cheminement dans la nature hostile et déchaînée.

La seconde partie, plus hermétique, se veut un peu la parabole sur les progrès de la science et leurs applications à des fins malveillantes.

Mais c'est surtout l'antagonisme dans les relations entre enfants et adultes qui prévaut, et l'incompréhension entre deux mondes, deux époques de la vie, le tout régit par la méfiance et les mensonges.

 

François RAHIER : L'ouragan des Enfants-Dieux. Collection Anticipation N°1853. Editions Fleuve Noir. Couverture de Florence Magnin. Parution décembre 1991. 192 pages.

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 14:23

Ne s'use que si l'on s'en sert ?

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons et la pile atomique.

Tout comme le monde en général change, grâce ou à cause des nouvelles technologies par exemple, les romans jeunesse d'aujourd'hui ne possèdent plus la même tonalité que ceux que nous pouvions lire il y a cinquante ans.

Le style et la façon de raconter, le sujet et le contenu diffèrent parfois profondément. Pour s'en rendre compte il suffit de lire deux ouvrages parus ou réédités récemment : Tu ne sais rien de l'amour de Mikaël Ollivier ou Luz de Marin Ledun, dont vous trouverez les liens en fin d'article, et qui s'adressent plus à des adultes qu'à des préadolescents et celui dont je vous propose la lecture aujourd'hui.

Il eut été impensable dans les années cinquante ou soixante de mettre en scène des adolescents, des deux sexes, de quatorze ans coucher dans la même chambre, le même lit et s'adonner au simulacre de la reproduction, ou s'adonner aux boissons alcoolisées.

Les héros de notre enfance étaient plus sages tout en vivant des aventures exaltantes. Mais surtout ils proposaient ce goût de l'aventure et de l'identification au(x) héros, sentiments que l'on ne ressent plus forcément avec les romans pour adolescents qui nous sont présentés de nos jours.

 

Ainsi dans Les six compagnons et la pile atomique, roman écrit par Paul-Jacques Bonzon, un instituteur né en 1908 dans la Manche, plus exactement à Sainte-Marie-du-Mont, village où s'est installé depuis quelques décennies Gilles Perrault. Après ses études à l'Ecole Normale de Saint-Lô et enseigné dans son département natal, Bonzon est muté dans la Drôme, ayant épousé une native de ce département, elle-même enseignante. Il termine sa carrière en 1961 se consacrant alors à son métier d'écrivain pour enfants.

Et c'est tout naturellement que Paul-Jacques Bonzon va prendre pour héros des gamins de douze et treize ans issus du quartier de La Croix-Rousse, ou comme Tidou, le personnage principal et narrateur, de la Drôme et plus exactement de Reillanette ou Reilhanette. Son père ayant trouvé un emploi dans la capitale des Gaules, Tidou a débarqué à Lyon et son premier contact avec cette ville est plutôt décevant. Mais il se fera des copains en la personne de Corget, chef incontesté de la bande, et de Mady, une jeune handicapée. Suivront un peu plus tard Gnafron, la Guille, Bistèque, le Tondu, des surnoms en référence à leur physique ou à la profession du père. Sans oublier Kafi, le chien de Tidou.

Au moment où débute cette histoire, le maître (on ne parlait pas encore de professeur des écoles, un barbarisme) donne le clap de fin. Les vacances vont pouvoir commencer et Tidou se réjouit d'aller à Reillanette, son village, et retrouver Mady, sa copine d'enfance. Mais pour Corget et les autres compagnons de la Croix-Rousse, comme ils ont été surnommés, commence une période d'ennui. Que faire durant ces semaines estivales de vacances scolaires ?

L'idée est simple. Et si tout le monde partait ensemble, sans oublier Kafi le chien, à Reillanette ? Aussitôt envisagée, l'idée est aussitôt approuvée. Les parents ayant accordé leur aval, il ne reste plus qu'à se préparer pour ce voyage long de deux-cent-cinquante kilomètres environ. La bande descendra le Rhône à bicyclette en trois étapes, et afin de ne pas fatiguer Kafi, il voyagera dans une carriole attachée à l'un des vélo. Seulement un imprévu se dresse devant eux. Trouver des vélos ne pose aucun problème, ceux des parents ou grands-parents seront réquisitionnés. Le problème, c'est La Guille. Il ne sait pas faire de vélo. Quelques exercices pourvoiront à son apprentissage et enfin le grand jour est arrivé.

Les deux premières journées se passent sans incident où presque. La Guille se retrouve parfois à terre, mais ce n'est pas grave. Et puis il faut compter avec les crevaisons également. La petite troupe repart, et les voici arrivés près de Marcoule, la nouvelle structure nucléaire. Ils couchent à la belle étoile mais au petit matin, Kafi a disparu. Ils attendent la levée du jour pour le rechercher. Ils battent les bois et ne le découvrent que quelques longues minutes plus tard. Il est blessé, mais ils ne parviennent pas à déterminer ce qui a pu provoquer cette blessure. Ils repartent et arrivent enfin à Reillanette où Mady les attend allongée dans sa chaise longue. Sa maladie l'oblige à rester le plus souvent couchée, mais elle profite du soleil, ce qui ne peut que lui faire du bien.

Tidou retrouve avec plaisir un copain d'enfance, Frigoulet. Ils vont dormir dans un vieux moulin délabré sur des meules de foin. Ils ne possèdent pas beaucoup d'argent et cela n'obèrera pas leur pécule. Et comme un vétérinaire coûte cher, Frigoulet leur enseigne l'adresse d'un rebouteux, un vieil homme amoureux des animaux qui découvre dans la plaie de Kafi une balle provenant d'un revolver.

Des campeurs, deux hommes et un enfant, se sont installés non loin du moulin, mais leurs déplacements intriguent Tidou et ses amis. D'autant que s'ils se déplacent souvent en voiture, c'est de nuit.

Les six compagnons vont faire un lien entre ces hommes, qui cachent des armes dans leur tente et un coffre énigmatique d'où s'échappe un tic-tac pouvant être celui d'une petite bombe à retardement, et la blessure de Kafi. Ils en parlent aux gendarmes qui ne croient pas à leurs assertions, et visiblement se moquent d'eux.

 

Première édition 1963.

Première édition 1963.

Un roman bien dans l'esprit de l'époque. Les préadolescents pouvaient en toute confiance de leurs parents, partir en vacances, sans que planent sur leurs têtes des menaces actuelles, disparitions, enlèvements, accidents de la circulation. D'ailleurs la circulation automobile était moindre. Les six compagnons prennent de petites routes pour atteindre leur but. Et cela fournit des indications sur l'état d'esprit, la mentalité, les mœurs d'une époque qui n'est pas si éloignée de nous.

Les gendarmes ! s'écrie Gnafron, ils ne nous écouteraient pas. Parce que nous portons des culottes courtes, personne ne nous croirait.

Il n'existe pas de leur part une peur du gendarme, mais une méfiance, et ils ont raison car effectivement les gendarmes dont ils sollicitent l'aide les prennent pour des affabulateurs.

 

Mais il est bon de savoir qu'à l'époque où est paru ce roman, 1963, la menace nucléaire n'était pas aussi prégnante qu'aujourd'hui. De nos jours il existe les pro-nucléaires pour des raisons principalement économiques et financières, et les antinucléaires qui songent aux conséquences désastreuses éventuelles.

Tout en cassant la croûte, nous parlons de Marcoule. Le mot "atomique" nous impressionne terriblement. Mais nous sommes trop fatigués, bientôt nous ne pensons plus qu'à dormir.

Cette mystérieuse usine est un peu au cœur de l'intrigue, et des agrandissements, des aménagements sont réalisés. Mais le danger qu'elle représente est vaguement évoqué, tandis que de nos jours elle en serait presque le personnage principal.

 

Alors même si certains peuvent qualifier cette histoire de simplette, elle offre ce plaisir lié à l'enfance, où le plaisir de la lecture primait sur la télévision, les jeux vidéos. Evidemment il paraît que la lecture est un plaisir solitaire mais il est amusant de constater que dans la plupart de ces romans, les enfants connaissent des aventures épiques en bande. Bien sûr une certaine moralité se dégageait de ces romans prônant l'amitié et la solidarité, des valeurs qui devraient toujours exister.

De nos jours ce sont des faits de société qui nous sont imposés la plupart du temps, chômage, drogue, agressions sexuelles. Didier Daeninckx avait ouvert la brèche dans les années 1980 dans ses romans publiés chez Syros, entraînant de la part de certains chroniqueurs une réflexion de démagogie et de rejet, et depuis la plupart des romanciers pour juvéniles se sont emparés de ces thèmes. Il est bon d'en parler et de dénoncer certaines pratiques, mais il est bon également de laisser une part de rêve dans les romans pour enfants.

 

Réédition de 1990.

Réédition de 1990.

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons et la pile atomique. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. 190 pages. Réédition mars 1979.

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