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30 août 2019 5 30 /08 /août /2019 03:45

Et la femme démasque !

Maurice LIMAT : La maison des masques.

Un couple d’amoureux installés à la terrasse d’un café place de l’Alma, cela pourrait sembler banal. Pourtant ce couple, composé de Janine Perret et d’Olivier Denis, est en mission. Et leurs sourires, leurs étreintes, leur façon de se rapprocher et d’échanger des confidences cachent leur rôle d’agents du Cinquième Bureau français, chargé du contre-espionnage.

Ils surveillent de l’autre côté de la rue un mendiant aveugle accompagné d’un chien. Et ils essaient de repérer parmi la foule ceux qui glissent une pièce dans la sébile du quémandeur statique. Quatre ou cinq badauds ont retenu leur attention et ils aimeraient savoir si un papier n’a pas été déposé en même temps que l’obole.

Soudain Olivier Denis sursaute. Il vient de reconnaître en une jeune fille, qui a glissé un papier dans la main du mendiant, quelqu’un qui lui est cher. Domenica Still, surnommée l’Ange du mystère. Une espionne, redoutable agent international dont il est amoureux.

Olivier, voyant l’aveugle s’apprêtant à partir, décide de le suivre tandis que Janine téléphone au capitaine Caretti, leur responsable, afin de savoir quelle est la suite du programme.

Soudain, arrivés près du Trocadéro, dans une petite rue paisible, ils assistent à l’agression de l’aveugle par deux hommes qui tentent de s’emparer de son portefeuille. Seulement il s’agit d’un traquenard organisé à l’encontre des deux agents du Cinquième Bureau. Tandis que l’aveugle et son chien s’installent tranquillement dans une voiture qui rôdait, Janine est embarquée elle aussi et Olivier proprement assommé.

Lorsque Janine sort des vapes, elle se trouve dans une pièce dont les murs sont recouverts de masques blancs. Et elle reconnait en son ravisseur, qui porte lui aussi un masque et n’est autre que le faux aveugle, Monsieur X alias Marienborg l’Homme sans visage, un espion qu’elle connait bien. Mais elle en proie à un doute : voudrait-il la rendre aveugle ? Pendant ce temps Olivier recherche L’Ange du Mystère et les responsables du Cinquième Bureau ne chôment pas non plus.

 

Annoncé comme roman d’espionnage, La maison des masques n’utilise ce thème que comme prétexte, car le lecteur ne sait à aucun moment pour qui travaillent L’homme sans visage et L’Ange du mystère ni en quoi consiste leur mission et quel est leur but véritable.

Il s’agit surtout d’une histoire d’amour déguisée dans un environnement de mystère et de suspense. Même si les responsables du Cinquième Bureau sont sur les dents. Mais de toute façon, c’est leur mission.

Une historiette simple, sans prétention, qui permettait aux lecteurs un bon moment de lecture sans être obligés de se triturer les méninges. Mais pour autant, Maurice Limat se montre parfois lyrique dans ses descriptions et l’on sent que s’il en avait les possibilités éditoriales, il aurait pu écrire un ouvrage nettement plus conséquent.

 

Maurice LIMAT : La maison des masques. Collection 078 Services secrets N°39. Editions S.E.G. Parution 1er trimestre 1952. 32 pages.

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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 04:37

Cela ne vous rappelle rien ?

 

Jacques DELILLE. Les alcôves de Matignon.

Octobre 1985. La cinquantaine, veuf et en proie à un constant besoin de prouver sa virilité à des amantes de passage, Jean Récamel, le président du Parti des Réformateurs Libéraux, se rend sur le Caillou afin de démontrer que son parti s’inquiète des événements qui s’y déroulent.

Genevier, son chef de cabinet, conseiller et éminence grise, lui propose d’emmener dans ses bagages la belle Marie Ange Bourlon, une ex de Lounon, le grand argentier occulte du Parti. La jeune femme fait grosse impression sur Récamel qui la nomme six mois plus tard, alors que son parti sort vainqueur des élections législatives et que lui-même est désigné comme premier ministre, ministre de la Protection sociale. Le goût du pouvoir monte à la tête de « la Bourlon » et lorsqu’aux élections présidentielles Récamel ramasse une veste, elle complote, alliée aux quadras et affichant sa liaison avec un jeune loup. Genevier et Récamel s’arrangent pour lui faire payer sa trahison et Marie Ange est reléguée aux oubliettes.

Poussée par Michèle Gazarre, une ancienne conseillère de Récamel, et par Grégoire d’Armentières, le bailleur de fonds du PRL, elle tente un chantage auprès de son ancien amant, promettant de dévoiler ses liens avec l’Irak. Elle est réintégrée dans le staff de Récamel, à la surprise générale.

Lounon décède dans un accident de voiture : un suicide, déguisé en accident afin de ne pas remuer trop de vagues dans le paysage politique. Seulement Genevier, grâce aux renseignements d’un détective privé, la contre dans son entreprise. Il l’oblige à lâcher d’Armentières et Gazarre, lui promettant de faire libérer son frère, prisonnier en Italie à la suite d’une sombre histoire de drogue et d’homosexualité. Puis il s’arrange pour que la fille de d’Armentières, atteinte du complexe d’Oedipe, soit arrêtée sur la route, transportant un paquet d’héroïne.

 

On lit ce roman comme si l’on était dans un sous-marin explorant les bas-fonds d’un immense marigot où grouillent les crocodiles de la politique. Point n’est besoin de connaître à fond les arcanes de ce monde cruel pour reconnaître les personnages qui gravitent dans ce roman plus sérieux qu’il n’y paraît.

Chaque lecteur pourra mettre un nom sur les différents protagonistes de cette histoire, sans fatiguer ses méninges. C’est également un documentaire abordant les affaires de financement de partis, les fausses factures et autres pots-de-vin avec en filigrane les démêlés avec Saddam Hussein ou la Guerre du Golfe.

Les scènes de sexe, peu nombreuses, se limitent à d’aimables joutes libertines, alors qu’on aurait pu s’attendre à une débauche de stupre. Sous le pseudonyme de Jacques Delille se cache vraisemblablement un professionnel de l’écriture qui, pour une fois dans ce genre de collection, n’aurait pas eu à rougir de signer de son véritable patronyme.

Ceci se déroule en 1985, mais cela n’a guère changé depuis. A mon humble avis.

 

Dernière Minute (sic) :

Après quelques recherches, il semblerait que ce Jacques Delille ne soit autre que Philippe Randa, le fils de Peter Randa qui de son véritable patronyme se nommait André Duquesne. Philippe Randa a débuté sa carrière au Fleuve Noir en réécrivant certains titres de son père et en les republiant sous son nom. Depuis il a fondé des maisons d’éditions dont le but est de diffusé des ouvrages de l’Extrême-droite, dont il fait activement partie, notamment au GUD. Et signant de nombreux articles dans divers journaux et magazines, dont Minute. Bref, j’aurais su cela avant, pas sûr que je me sois penché sur ce roman.

Jacques DELILLE. Les alcôves de Matignon. Collection Exclusif N°2. Editions Vaugirard. Parution 3 décembre 1993. 240 pages.

ISBN : 978-2285009961

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28 août 2019 3 28 /08 /août /2019 05:40

Blizzard. Vous avez dit, blizzard ?

Comme c’est blizzard !

James Oliver CURWOOD : Les chasseurs de loups

Issus d’un mariage entre un Anglais et une Indienne, Wabigoon, plus familièrement appelé Wabi, du nom de son grand-père, et sa jeune sœur Minnetaki, de nom de sa mère, ont été élevés dans la factory (compagnie de commerce) de Wabinosh House dans le nord canadien.

Ils ont été élevés à la mode des enfants blancs, fréquentant l’école de Wabinosh House puis celle de Port-Arthur. Mais une rivalité existait avec les Woongas, du nom de leur chef qui dépité de n’avoir pu épouser Minnetaki mère se rebella, traquant les anciens sujets de Wabigoon l’ancêtre. A dix-sept ans, Wabi, n’ayant plus que sa mère, et sur les instances de sa sœur, est parti étudier à Détroit. Il se lie d’amitié avec Roderick qui lui aussi n’a plus de père, élevé chichement par sa mère.

Rod invite son nouvel ami chez lui où le jeune Indien est accueilli bras ouverts par sa mère. Mais les bonnes choses ont une fin. Et une faim car Rod est obligé de travailler pour assurer la pitance. Et Wabi rentre chez lui. Peu après Rod reçoit une lettre du Canada. C’est Wabi qui à son tour l’invite à découvrir le Grand Nord. Rod est impressionné, et pas seulement pas les paysages grandioses. Minnetaki est belle et bientôt il s’éprend de la jeune fille. Mais ce n’est pas pour ses beaux yeux qu’il est venu. Il va participer à une chasse aux loups en compagnie de Mukoki, le vieil Indien, le protecteur de la famille.

Débute alors une tournée à la recherche de loups afin de récupérer leurs scalps qui valent quelques dollars payés par la factory. Des élans aussi et des caribous qui assurent la subsistance et dont les bois sont achetés quelques dollars. Des renards aussi. Des roux, les plus communs, des noirs, des argentés les plus rares dont la fourrure peut être estimée jusqu’à près de mille dollars. Et des martres et autres petites bestioles à fourrure. Mais pour en trouver, c’est comme chercher de l’or.

Or de l’or, les trois hommes vont en découvrir accidentellement en arrivant dans une sorte de combe, coincée entre les crêtes. Une cabane s’élève, abandonnée depuis au moins cinquante ans. A l’intérieur, ils sont nez à nez, ou presque, à deux cadavres. Deux hommes qui se sont affrontés pour un sac contenant quelques pépites d’or. Et qui se sont tués sans pouvoir profiter de leur découverte aurifère.

Seulement, les Woongas sont à leur poursuite, les traquant. Une haine ancestrale les anime et pour leur échapper il faudra user de ruse. D’autant que trois Woongas ont réussi à s’emparer d’un de leurs fusils. Heureusement, Rod, Wabi et Munetaki en possèdent encore deux et un revolver.

Ce sont ces épisodes qui se déroulent sur plusieurs semaines dans le Grand Nord, tempête de neige en prime, et sont décrits avec réalisme. La pose des pièges, l’attente du gibier, les rencontres inopinées, les conflits avec les Woongas, l’affrontement des éléments de la nature qui veut préserver ses droits.

 

James Oliver Curwood a vécu dans le Grand Nord qu’il décrit si bien. Mais son nom a été éclipsé par Jack London, qui lui aussi a dépeint ces magnifiques mais rudes paysages, ainsi que la vie quotidienne des trappeurs et des chercheurs d’or.

Lu alors que je n’avais que dix ans, c’est-à-dire il y a longtemps et un peu plus, ce roman m’avait emballé et je me souvenais de certaines scènes. Mais la lecture récente fut un plaisir mitigé. Il est vrai que les années ont passé, et un sentiment de protection animale, moi qui ne suis pas chasseur, m’a quelque peu perturbé.

Ce que décrit James Oliver Curwood fut le quotidien des indiens du Canada, on dirait aujourd’hui Amérindiens, et des chasseurs de fourrure venus des Etats-Unis. Un scalp de loup était payé 15 dollars de l’époque. Or Rod touchait à son travail 10 dollars par semaine. Et la fourrure était fort recherchée, prisée, comme celle des renards, afin d’habiller les coquettes urbaines.

Il ne faut pas lire ce roman avec les yeux d’aujourd’hui mais se replonger dans une époque difficile, où la protection animale n’avait pas cours, où les animaux sauvages proliféraient, c’est-à-dire s’imprégner d’un contexte qui a bien évolué. Et les Amérindiens n’avaient guère de revenus sauf celui du commerce des peaux.

James Oliver CURWOOD : Les chasseurs de loups (The Wolf Hunters – 1908. Traduction Paul Gruyer et Louis Postif). Collection Idéal-Bibliothèque N°9. Editions Hachette. Parution 2e trimestre 1957. 192 pages.

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 04:45

En Normandie, une pouque, c’est une poche, un pochon, un sac de jute. Rien à voir…

Rodolphe BRINGER : Le crime de mademoiselle Pouque.

A trente-deux ans, Céline Pouque n’est toujours pas mariée. Elle n’est ni laide ni jolie, banale en quelque sorte. Mais elle n’a pas trouvé chaussure à son pied. Pourtant elle est généreuse et bonne. Pour preuve, elle ménage les insectes dont les araignées (ce n’est pas moi mais l’auteur qui affirme que les araignées sont des insectes) et cela lui ferait mal au cœur d’en écraser.

Elle avait un tel amour de la vie qu’elle la respectait même chez les bêtes les plus nuisibles. Elle n’eut jamais osé tuer une araignée, quelle que fut l’aversion qu’elle avait pour ces sales bêtes. Elle se disait que ces insectes, sans doute, avaient leurs joies comme les humains et qu’il était mal des les en priver. De plus, qui sait si l’araignée que vous écrasez n’a pas une famille qui attend après elle et qui sera désespérée de ne pas la voir revenir au logis.

Elle a été un temps enseignante en latin et grec dans un pensionnat religieux d’Avignon, étant devenue devenue orpheline de bonne heure, mais grâce à des héritages fort bien venus, elle a donné sa démission et depuis vit de ses rentes.

Pour autant elle ne néglige pas les sorties et rencontres. C’est ainsi qu’un soir elle fait la connaissance de Léonard Foulat, substitut du tribunal. Un quadragénaire portant beau. Elle est favorablement impressionnée par cet homme et réciproquement. Seulement, elle est aisée tandis que lui… Il l’est aussi, donc pas de frein à un éventuel mariage.

Hélas, lors d’un repas, Foulat narre aux participants comment il a envoyé à la guillotine un garçon de ferme convaincu d’assassinat. Et il insiste sur les détails dont les dernières minutes du condamné. Il n’en faut pas plus pour que Cécile Pouque rompe leurs fiançailles. Dépitée, elle se retire dans une villa, une partie de l’héritage, à Lapalud.

Son ancien locataire, un quinquagénaire célibataire, lui fait une petite visite de courtoisie, lui signalant qu’il est entomologiste et qu’il aimerait lui montrer sa collection. Lacune de mademoiselle Pouque, elle ne sait pas ce qu’est un entomologiste. Donc elle va satisfaire sa curiosité naturelle, et comme il ne lui a pas proposé de lorgner des estampes japonaises, l’honneur est sauf.

Mais pas sa dignité car lorsqu’elle découvre des vitrines emplies de planches sur lesquelles sont cloués des insectes de toutes espèces, elle rompt avec ce voisin meurtrier.

Pourtant, elle-même va commettre un crime. D’où le titre du roman. En effet, un soir elle aperçoit un chapeau, et sous ce chapeau, un homme qui tente de s’introduire chez elle en franchissant le muret qui entoure son jardin. Impulsive, elle se munit d’un revolver qu’elle a découvert dans un secrétaire, et elle tire. Elle vient de tuer un homme.

 

Le crime de mademoiselle Pouque est un conte charmant, écrit d’une plume élégante, dans lequel il réside un certain humour, surtout dans la chute.

On remarquera quand même, que, intentionnellement ou non, Céline Pouque est quelque peu naïve, malgré son statut d’ancienne, mais jeune, enseignante. D’ailleurs si elle est devenue professeur dans un pensionnat pour jeunes filles, c’est surtout par besoin, et que, lorsqu’elle hérite dans des conditions dramatiques pour elle, elle n’hésite pas à abandonner le professorat. Elle n’avait pas la vocation.

Le premier soin de Céline Pouque, quand elle se vit à la tête d’un si joli revenu, fut de donner sa démission de professeur. Décidément, ce métier ne lui plaisait point. Ennuyer de braves petites filles en leur enseignant tout un fatras qu’elle-même avait appris avec tant de peine, était au dessus de ses forces ! Elle acceptait très bien que ses élèves ne l’écoutassent point car elle estimait que ce qu’elle tâchait de leur apprendre était sans la moindre importance ou utilité. Bref, elle n’avait pas la foi et n’exerçait son métier que pour gagner son pain quotidien.

Il est dommage que l’illustrateur dévoile quelque peu un épisode crucial de l’intrigue.

 

Rodolphe Bringer, de son véritable patronyme Rodolphe Béranger, est né à Mondragon le 4 mars 1871 et décédé à Pierrelatte le 3 mai 1943. Il fut journaliste et écrivain, produisant un grand nombre de petits romans policiers ou pour la jeunesse. De nos jours il est oublié, ce qui est, à mon avis, fort dommage. Mais c’est le sort de nombreux romanciers dits populaires de cette époque.

Rodolphe BRINGER : Le crime de mademoiselle Pouque. Les romans du cœur N°123. Editions Rouff. Parution 1941. 32 pages.

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23 août 2019 5 23 /08 /août /2019 04:43

Une incursion à Chicago, la capitale des gangsters…

Paul MYSTERE : Les gangsters du diamant.

Curieuse et attirée par les sensations fortes, Anny Madge, petite dactylo de dix-huit ans, est fascinée par Walter Brown, et surtout par ses épaules impressionnantes qui lui donnent l’air d’un bûcheron Canadien.

Mais elle est déçue lorsqu’elle apprend qu’il n’est qu’étudiant. Alors qu’avec sa carrure il pourrait entreprendre de si grandes choses. Elle aime les sensations fortes, mais il est vrai qu’elle est toute jeunette et n’a pas encore affrontée la vie. Elle est naïve.

Afin d’affronter ces sensations fortes, Anny se rend au Little Fellow, l’un des bars les plus crasseux de Chicago et repaire de gangsters. Et surtout de Jimmy Crown, le chef d’une des bandes qui pullulent dans la cité. Anny entre dans ce boui-boui, pas rassurée quand même. Heureusement Walter Brown la suit, et entre, s’installant au comptoir, mais il ne s’intercepte pas lorsque deux trois malfrats légèrement alcoolisés veulent glaner quelques faveurs et baisers. Et Anny est déçue par le comportement peu viril de cet étudiant baraqué.

Jimmy Crown en personne remet ses hommes en place et débute alors une conversation intéressante entre le truand et la jeune fille. Elle qui aime les grandes choses est intéressée par le projet avoué et connu de Crown : s’emparer du Globury, le fabuleux diamant du richissime John Peterson. Elle s’indigne lorsqu’il croit qu’elle est une espionne. Elle désire juste qu’il lui montre cette pierre précieuse lorsqu’elle sera en sa possession.

C’est alors que Walter Brown s’immisce dans la conversation et affirme au bandit que sa réputation va en souffrir. Ce n’est pas Crown qui va s’emparer du Globury mais bien lui, Walter Brown, et il le restituera à son propriétaire par la suite. Un défi lancé comme une menace par l’homme aux épaules carrées qui sort tranquillement de l’estaminet.

Crown est furieux et fait signe à deux de ses hommes d’intercepter son adversaire et de lui faire comprendre, par quelques coups bien portés qu’il ne faut pas le contrarier.

Les deux hommes sortent, confiants en leur force, mais ils sont rapidement retournés à l’envoyeur. M’enfin, faut pas énerver Walter Brown, qui effectivement va mettre sa menace à exécution privant Crown d’un flatteur article dans le journal et de son appropriation du Globury.

 

Véritablement petit roman policier, sans prétention, un peu faible dans son épilogue, voire même légèrement en contradiction avec le début de la narration tel est Les gangsters du diamant.

Mais ces petits fascicules permettaient aux ouvriers qui rentraient chez eux par les transports en commun, d’oublier leur journée de labeur et de les détendre, ou de les mettre en condition favorable pour se rendre à l’usine. Vite écrit, vite lu, vite oublié…

Sous le pseudonyme de Paul Mystère se cachait Paul Bérato plus connu sous les alias de Paul Béra et Yves Dermèze, un romancier protéiforme capable du meilleur, comme du pire.

Mais Paul Mystère était également un pseudonyme collectif, et ce roman n’est peut-être pas dû à Paul Bérato mais à un obscur romancier qui alimentait les catalogues des petites maisons d’éditions comme des grandes, façon Ferenczi, aux innombrables collections. Et les auteurs se cachaient sous divers pseudonymes afin de faire croire qu’il existait beaucoup plus de romanciers qu’il y en avait.

Cela se lit avec un brin de nostalgie et un petit sourire, devant la naïveté parfois des intrigues. Mais cela passe agréablement le temps, surtout lorsque n’a pas envie de se prendre la tête.

Paul MYSTERE : Les gangsters du diamant. Collection Allo Police nouvelle série. Editions du Diadème. Parution 3e trimestre 1948. 64 pages.

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22 août 2019 4 22 /08 /août /2019 03:50

Hommage à Michel de Decker, décédé le 17 août 2019.

Michel de DECKER : La bête noire du château de Jeufosse.

Veuve depuis dix ans du comte de Jeufosse, à quarante-cinq ans Elisabeth de Beauvais, son nom de jeune fille, est encore désirable. Elle vit seule en compagnie de sa fille Blanche, âgée de dix-huit ans, et de quelques domestiques dont Crepel le garde-chasse qui avait promis au comte agonisant de veiller sur le château et ses dames.

Les deux fils, Albert et Ernest, ont gagné la capitale et leur principale occupation est de bambocher, dilapidant les rentes familiales. Ernest surtout. Seulement il manque quelqu’un dans cette demeure mi-gentilhommière mi-forteresse, située à Saint-Aubin-sur-Gaillon, dans l’Eure, non loin d’Aubevoye. Une préceptrice pour Blanche, ou plutôt une institutrice comme l’aime à dire madame de Jeufosse.

Or Ernest rencontre par hasard Laurence Thouzery, jeune fille de vingt-cinq ans, fille d’un ancien sous-officier ayant servi sous les ordres du comte lorsqu’il commandait un régiment de cavalerie. Comme elle recherche du travail, tout naturellement Ernest lui propose la place d’institutrice auprès de Blanche. Laurence accepte et elle prend donc le train, la ligne Paris-Rouen, et est réceptionnée par Constant, le cocher de la comtesse, en gare d’Aubevoye. Heureux temps où les petites villes étaient desservies par les liaisons ferroviaires.

La comtesse de Jeufosse est favorablement impressionnée par la joliesse de Laurence. Blanche ne tarde pas à s’en faire une amie. D’ailleurs elles vont coucher dans la même lit, la chambre de Blanche donnant directement sur celle de madame de Jeufosse, et qui ne possède pas d’autres sorties. D’autre porte officielle, mais dans ces vieilles demeures, rien n’est moins sûr. Donc il faut passer par la chambre de la comtesse pour entrer dans celle de Blanche. Et inversement. Ce qui est fort pratique pour la comtesse lorsqu’elle est atteinte d’insomnie pour convier Laurence à la rejoindre nuitamment.

Mais d’autres personnes sont admiratives de la grâce et la beauté de Laurence. Les familiers du château de Jeufosse. Le cousin Léonce Odoard, quinquagénaire rougeaud et pansu, notaire, Joseph-Hyacinthe Tripet, châtelain et ancien diplomate, maître Huet, notaire à Gaillon, et madame, sans oublier le jeune Emile Guillot d’origine provençale, farceur et libertin malgré son mariage avec Renée de quelques années plus vieille que lui. Manque à cette assemblée de présentation, le jeune Edmond Pitte, séminariste promis à un bel avenir épiscopal.

Tous sont fascinés par Laurence qui ne ménage pas ses effets. Elle se montre même quelque peu aguicheuse envers Emile, même si elle semble choquée par un baiser posé sur l’oreille. Ou dans. Et elle aurait été vue dans la chapelle du château, agenouillée sur un prie-Dieu, la croupe flattée par la main vagabonde d’Emile. C’est Crepel qui a remarqué ce manège, mais Emile se défend de tout geste inconvenant, accusant même le garde-chasse d’avoir des idées mal placées. Mais il parait que Laurence aurait été aperçue en compagnie du séminariste dans une position fort peu religieuse. On, vecteur de rumeurs et de ragots.

 

Le soir, un individu joue du cor dans le parc, des cailloux sont lancés contre les vitres des fenêtres, un visage se profile, des incidents s’échelonnent, des lettres sont découvertes adressées à une jeune fille qui n’est pas désignée et non signées… On parle d’homme noir, de loup-garou, de bête noire… Mais les convictions sont faites. Il s’agit d’Emile Guillot qui jette la perturbation dans la demeure. Il s’y introduirait même. Certains détails le laissent penser.

Il paraîtrait même qu’il se vante de coucher avec Laurence, puis avec Blanche. Blanchette comme elle est surnommée. Et la comtesse n’en peut plus, elle demande avis à ses fils, à Crepel aussi. Au bout de quelques mois, elle décide de se débarrasser d’Emile et elle charge son garde de veiller dans le parc et de tirer sur l’importun. Ce qui est dit est fait et bien fait. Emile est abattu de coups de carabine.

 

Un procès s’ensuit et des avocats renommés bientôt vont s’affronter à la barre du tribunal d’Evreux. Crepel est le coupable idéal, avoué, mais il faut jauger la culpabilité de la comtesse et de ses fils dans ce qui est considéré comme un assassinat. Pourtant, elle s’était renseignée auparavant et les magistrats lui avaient spécifié que si un individu s’introduisait chez elle, elle pouvait en toute impunité tirer, ou charger un de ses domestiques de tirer sur l’importun. Et ce en toute légalité.

Michel de Decker relate cette affaire qui a défrayé les chroniques judiciaires en 1857, nombreux journalistes locaux ou provenant de la capitale, couvrant le procès.

Or le dossier s’avère complexe. Les nombreux témoins se rétractant, n’ayant rien vu, rien entendu, rien dit, ou au contraire chargeant soit la comtesse dont les relations avec Laurence étaient apparemment plus qu’amicales, à moins qu’il ne s’agisse que d’une banale affaire de gros sous, soit Laurence elle-même, soit Blanche qui aurait succombé au charme d’Emile mais n’est pas présente à la barre.

Les avis divergent et la loi est si bien faite qu’elle peut être interprétée selon le sens qu’on veut bien lui donner. Les avocats ont beau jeu d’accuser les uns ou les autres, d’autant qu’Emile, décédé, ne peut apporter sa version des faits.

Michel de Decker s’est inspiré de l’affaire de Jeufosse pour écrire ce court roman, les faits étant avérés, mais il a changé quelque peu le nom et l’âge de Laurence Thouzery.

Cette affaire qui fit grand bruit sert de base au concours de plaidoirie de l’académie de Rouen.

 

Michel de DECKER : La bête noire du château de Jeufosse. Collection Les énigmes policières de l’histoire N°7. Presses de la Cité. Parution le 02 janvier 1991. 192 pages.

ISBN : 9782285004546

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21 août 2019 3 21 /08 /août /2019 04:11

Ce n’était pas mieux avant, mais maintenant c’est pire !

May d’ALENÇON : Marie-Luce infirmière.

Orpheline très jeune, Marie-Luce a été élevée par sa grand-mère. Et toute jeune elle aimait soigner les animaux. C’est tout naturellement qu’elle aidait le bon docteur Miret dans ces déplacements, lui servant éventuellement de secrétaire. Et ayant obtenu son Bac, c’est ce toubib de campagne qui l’a incitée à s’inscrire dans une école d’infirmière à Paris.

Ce jour là, c’est la rentrée. Marie-Luce est triste de quitter sa grand-mère qui n’est plus très vaillante, son chien Basset et Minou-noir son chat, et les habitants de la petite ville de Châtaignac pour rejoindre la capitale. Elle prend le train à Brive et elle va retrouver les autres élèves infirmières à l’Hôpital Saint-Damien.

Elle entame sa seconde et dernière année d’études et espère bien réussir à devenir infirmière et aider le docteur Miret qui vieillit. Elle retrouve avec plaisir certaines de ses collègues stagiaires mais pas toutes. Elle professe à l’encontre de Dolorès une profonde inimitié car la jeune fille préfère se pomponner qu’endosser la blouse d’aide-soignante. Dolorès n’a pas vraiment la vocation et Marie-Luce la soupçonne de surtout rechercher un bon parti. Et puis Maris-Luce n’apprécie pas du tout que Dolorès la surnomme Petite Puce, même si elle n’est pas grande.

Cette année encore elles vont devoir cohabiter pour les soins dans le service d’ophtalmologie. Les Yeux selon le langage en vigueur par le corps médical. Et pour comble de malheur, elles vont être encadrées par les Cerbères, l’infirmière en chef et son adjointe, aussi peu aimables l’une que l’autre.

Il ne faut pas être en retard, la pointeuse en fait foi, et surtout ne pas s’attacher aux malades. Le professeur Laigle est d’un abord froid mais il aime son métier et essaie de soigner au mieux ses malades. Ainsi lorsqu’il s’adresse à l’un de ceux-ci en lui précisant qu’il va tenter de l’opérer à nouveau, la Cerbère en chef ne peut s’empêcher de murmurer :

Du temps de perdu ! Il serait mieux dans une maison de santé. On a déjà trop de malades, pas assez de personnel.

Mais Marie-Luce réagit autrement. C’est dans sa nature de s’apitoyer et d’aider. Et il lui arrive des mésaventures tragi-comiques qui risquent de la faire renvoyer du service et tout simplement de l’hôpital. Heureusement, l’interne qui sert d’adjoint au professeur Laigle, le docteur Roger, est souvent là pour l’aider dans ses démêlés. Pourtant au début elle n’appréciait pas vraiment ce docteur Roger, aux grosses mains, au rire tonitruant, qui l’avait appelée le premier La Petite Puce, un surnom qui rime avec son prénom. Mais peu à peu elle se rend compte que sous des dehors un peu frustre, il a bon cœur.

 

Publié en 1970, mais dont l’action se déroule au milieu des années 1960, ce roman s’avère être onirique dans certaines circonstances, et parfois un peu naïf dans son écriture. Mais ce n’est pas cela qui importe.

C’est le regard jeté sur une profession, qui est une vocation, et ceux qui l’exercent. Les surveillantes rébarbatives, les professeurs mandarins parfois un peu hautains, les élèves-infirmières qui prennent par-dessus la tête leur rôle car elles n’ont pas la vocation, les infirmières et les aides-soignantes débordées de travail… Et en plus de soigner les malades, il faut nettoyer les chambres, passer des nuits auprès des malades sans pour autant s’apitoyer, interdit de leur parler et de rigoler, il faut apprendre et rédiger leurs cours, malgré la fatigue engrangée.

Marie-Luce ne peut pas, n’accepte pas une discipline stricte et elle essaie de réconforter par des paroles, par de petits gestes, le confort des patients dont elle a la charge. Des patients qui sont entassés dans des salles d’une vingtaine de lits, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Elle reçoit de la part du docteur Roger un soutien inattendu alors qu’elle a déclenché une mini-révolution dans le service en apportant à un vieux couple, séparé naturellement car la mixité est proscrite, leur petit chat afin leur prouver qu’il n’est pas à l’abandon. Une initiative qui démontre son bon cœur mais qui s’avère malheureuse. Alors le docteur Roger lui déclare :

Tort ? Ah ça ! Non, vous n’avez pas eu tort ! Moi, du moins, je vous approuve ! Si l’on signait un peu plus le moral des malades, beaucoup guériraient plus vite ! Et c’est surtout la tâche des aides-soignantes, voyez-vous ; les médecins, aux, ont trop peu de temps et, souvent, ils ne savent pas s’y prendre. Une femme est mieux qualifiée : plus douce, plus intuitive…

 

Et je me prends à rêver que ce genre de roman, même s’il est destiné aux adolescents, filles ou garçons, devienne le livre de chevet de nombreux ministres de la Santé et de leurs technocrates de comptables déshumanisés.

May d’ALENÇON : Marie-Luce infirmière. Illustrations de Michel Gourlier. Collection Spirale 115. Société Nouvelle des Editions G.P. Parution avril 1970. 188 pages.

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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 04:00

Elle était si jolie
Que je n'osais l'aimer…

Paul DARCY : Si belle.

Trentenaire, le comte Robert de Tanville aime vaquer dans son vaste cabinet de travail, au milieu de ses livres, de ses bibelots et de ses archives familiales.

Ce matin là, sa femme de charge, la bonne Madeleine vieillissante, lui apporte, en même temps que ses journaux, une lettre en provenance d’Algérie. La misive émane de la veuve de son ancien général, madame Louise Bouvray, qui lui annonce son intention de quitter Alger et de s’installer dans la région avec ses deux filles, Hélène et Josette. Le père de Robert, le colonel de Tanville, et le général étaient amis, et c’est tout naturellement que la veuve du général Bouvray lui demande un asile momentané.

Il va donc chercher à leur arrivée au train madame Bouvray et ses deux filles. Aussitôt Robert est impressionné par la beauté d’Hélène, dix-huit ans. Sa plus jeune sœur Josette est belle elle aussi mais un peu plus fade. Une joliesse un peu moins prononcée. Mais au point de vue caractère, les deux jeunes filles sont totalement différentes. Autant Hélène est hautaine, bipolaire, aguicheuse, autant Josette est serviable et attentionnée.

Pourtant c’est bien d’Hélène que Robert s’éprend, au grand dam de Madeleine. Et lorsqu’il offre à la famille Bouvray de s’installer à La Renardière, une propriété qu’il possède non loin, c’est avec joie que cette proposition est acceptée. Il va leur rendre visite quasi quotidiennement, mais il souffre car Hélène n’a de cesse d’inviter quelques personnes qui lui tournent autour. Dont un certain lieutenant, ce qui attise la jalousie de Robert, même s’il se garde de le montrer.

 

Ce roman est gentillet mais il pèche par son épilogue rapidement expédié et qui laisse de nombreux points d’interrogation en suspend.

Notamment cette lettre anonyme (qui n’est pas signée, bien évidemment) lui indiquant qu’Hélène rencontrerait le beau lieutenant de Franchay en catimini à la lisière d’un bois jouxtant La Renardière. Bon, le lecteur s’imagine quel peut-être l’expéditeur, mais cela aurait demandé quelques explications et précisions.

Ensuite, comment se fait-il que Robert de Tanville, trentenaire posé, appréciant la solitude et le calme, s’entiche d’une jeune fille inconstante, et apparemment volage ? Pourquoi ne s’intéresse-t-il pas plus à Josette, dont le caractère s’approcherait du sien ?

Ce roman donne l’impression d’avoir été écrit à la va-vite, comme si l’auteur était pressé de rendre sa copie. Des ellipses dans la narration confortent cette impression.

Et alors que Robert de Tanville demeure en Anjou, l’auteur cite la ville de Chambly qui est dans l’Oise !

Paul DARCY : Si belle. Collection Les Romans de la vie N°28. Editions C.E.P. Parution 1er trimestre 1946. 32 pages.

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19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 04:17

Grandeur et décadence dans une île paradisiaque !

Pierre BENOIT : Erromango.

Auréolé de son diplôme universitaire d’ingénieur agronome de Sidney et de sa médaille de Melbourne, Fabre débarque sur l’île d’Erromango dans les Nouvelles-Hébrides.

Il vient prendre possession du domaine de Pilbarra que le précédent gérant, Sullivan, abandonne, ayant passé six ans de sa vie à la culture du coprah. Sullivan en profite pour lui donner quelques conseils, des informations sur les résidents et autochtones de l’île d’Erromango, et sur d’autres coloniaux qui vivent dans les îles voisines. Mais à cette soirée où les deux hommes font connaissance, sont invités également l’ancien capitaine du navire qui a amené Fabre, et son remplaçant. Là aussi il y a passation de pouvoir.

Le capitaine Magdalena est un vieux marin qui bourlingue entre Sidney et l’archipel des Nouvelles-Hébrides et autres îles de plus ou moins grande importance. Le Myosotis apporte des denrées et repart chargé de coprah et diverses productions. Il assure également le transport du courrier. Ses haltes sont aléatoires, mais chacun s’y fait.

Si Fabre doit se méfier des Canaques qui vivent sur les hauteurs de l’île, leur réputation étant entachée de cannibalisme, il doit également se défier des deux autres résidents. Un certain Jeffries, l’un des deux Blancs installés sur l’île, veuf depuis des années, considéré comme un ours et un malotru, aurait tué dans des conditions un des prospecteurs pour un vague différent.

L’autre Blanc vivant sur l’île depuis des décennies est un vieux pasteur presbytérien, le Révérend Gibson, qui s’était proclamé évêque et roi d’Erromango. Mais son esprit n’est plus tout à fait en conformité avec ses fonctions.

Quant à Bliss et Cross, s’ils n’habitent pas sur l’île, ils y abordent plus ou moins régulièrement, apportant au Myosotis le coprah qu’ils achètent à un prix dérisoire à leurs indigènes et le revendent avec une marge bénéficiaire conséquente. Ils ne possèdent pas bonne réputation même s’ils se montrent très polis.

Pendant que les trois hommes devisent, le jeune capitaine Simler, dont c’est la première affectation, se montre inquiet quant au temps. Il ne connait pas la région et craint une tornade, vérifiant le baromètre constamment.

 

Fabre, d’origine française mais né en Australie, vient s’installer, non pas pour récolter du coprah comme ses confrères, mais pour élever des moutons, une idée osée mais pas dénuée de pertinence. Il possède de sérieuses références dans ce domaine et a importé des ovins en provenance de Sologne, qu’il est allé lui-même chercher sur place, et dont il pense que la constitution devrait leur permettre de s’apprivoiser facilement. Et, effectivement, les premières semaines lui donnent raison. Bientôt il est même à la tête d’un petit cheptel enregistrant de nombreuses naissances. Il est aidé en cela par des Canaques venant d’autres îles, ainsi que d’un boy qu’il a recruté et de Gabriel, l’ancien serviteur de Sullivan.

Tout irait pour le mieux s’il ne s’adonnait pas à la boisson. Progressivement, inconsciemment, il boit un verre puis deux, et ne les compte plus. Ce n’est parce qu’il n’a rien à faire, car il a remis à neuf les dépendances, et que le soir il écoute les disques qu’il a amené et ceux que lui a laissé Sullivan, sur son gramophone. Non, c’est la pensée d’une jeune femme qui le titille. La Dame de Rose Bay, comme il l’a surnommée.

Il l’a connue à Sidney en fréquentant un hôtel réputé pour son hall dans lequel les jeunes femmes de la bonne société mais qui s’ennuient viennent prendre un verre et plus si affinité. Il a donc connu une jeune femme mariée dont le mari était parti pour son travail et pour une fois, lui volage s’en était entiché durant trois semaines. Puis un jour elle est partie.

Ce souvenir s’est imposé à son esprit lorsque lors d’une soirée à bord du Myosotis, trois mois environ après son arrivée au domaine Pillbara, il a narré ses soirées à quelques coloniaux qui partaient en goguette à Sidney et lui avaient demandé s’il connaissait des adresses. Alors il avait signalé cet endroit, prodiguant ses conseils sans retenue, parlant même de la Dame de Rose Bay. Mais revenu dans son bungalow, il s’est imaginé, à tort ou à raison, que cette jeune femme pouvait être l’épouse décédée de Jeffries. Et cette idée le ronge jusqu’à le pousser à boire jusqu’à plus soif et à négliger son troupeau. Les remords le taraudent. De petits faits en apparence insignifiants mais pourtant lourds de sens qui l’amènent à cette supposition et deviennent bientôt à une évidence.

Débute une lente descente aux enfers ponctuée par des incidents divers dont une tornade qui bouscule tout sur son passage.

 

Publié en 1929, ce roman possède une étude psychologique comme en a écrit Georges Simenon. Et l’on pourrait croire que Pierre Benoit a copié sur l’écrivain belge mais à l’époque de la parution de ce roman, Georges Simenon n’avait pas encore rédigé ses romans durs, noirs.

Ce roman fut-il le déclencheur chez Simenon pour écrire à côté des Maigret qui lui apportèrent la célébrité des romans noirs qui par la suite ont largement alimenté la veine cinématographique ?

Il est vrai qu’Erromango détonne quelque peu parmi la production habituelle de Pierre Benoit. Il connaissait déjà, et dès son premier roman, Koenigsmark, et surtout le suivant L’Atlantide les faveurs du public, le propulsant écrivain populaire aux très nombreux succès. Ce romancier-voyageur met en scène le colonialisme sans en faire l’apologie. Il s’attache à décrire les coloniaux, leur façon d’investir un pays, mais surtout il explore leur psychologie.

Erromango en est le parfait exemple, et avant la lettre c’est un roman dur, âpre, poignant, dénué de cet amphigourisme et de cette grandiloquence qui souvent imprégnait les romans de cette époque. Pas de longues phrases ou de digressions ennuyeuses, mais une narration vivante, rendant bien le caractère d’un homme qui, parti avec de grandes ambitions, se laisse peu à peu submerger par une forme de remords quant à ses actions passées et son dédain pour la femme en général, et qui s’aperçoit d’un seul coup qu’il est peut-être passé à côté du bonheur et a provoqué le malheur de celle qu’il aimait.

Mais il ne s’en rend compte que dans la solitude et des souvenirs alimentés par une chanson découverte par hasard sur un disque trouvé dans les affaires de son prédécesseur.

 

Première parution : Editions Albin Michel. 1929.

Première parution : Editions Albin Michel. 1929.

Réédition : Collection La Petite Vermillon. Editions de La Table Ronde. Parution 11 février 1998. 336 pages. 8,70€.

Réédition : Collection La Petite Vermillon. Editions de La Table Ronde. Parution 11 février 1998. 336 pages. 8,70€.

Pierre BENOIT : Erromango. Le Livre de Poche N°516/517. Parution 1er trimestre 1960. 448 pages.

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18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 04:44

Sur l’écran noir de mes nuits blanches…

Deux ouvrages du siècle dernier sur Quentin Tarantino.
Deux ouvrages du siècle dernier sur Quentin Tarantino.

Deux livres consacrés à Quentin Tarantino sont parus à quelques semaines d'intervalle chez Méréal et au Fleuve Noir en 1998.

Le premier est signé Yannick Surcouf, descendant du fameux corsaire d’empire et grand reporter-photographe - information donnée par l’éditeur -, le second est écrit par Jean-Pierre Deloux, que les habitués de la revue Polar connaissent bien pour ses articles fouillés, sérieux et précis.

Quentin Tarantino, phénomène éphémère ou gloire durable, nous le verrons et saurons à l’usage. En quelques films il est devenu une véritable coqueluche, soit comme réalisateur, soit comme acteur.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Quentin Tarantino sans avoir jamais osé le demander, vous l’apprendrez dans ces deux études différentes et complémentaires, quoique parfois des similitudes existent.

Construit comme un dictionnaire, l’ouvrage de Yannick Surcouf se décline en trois parties principales comportant de nombreuses illustrations.

Celui de Jean-Pierre Deloux se divise en séquences axées sur une importante biographie, l’étude des films que Q. T. a réalisé ou dont il est le scénariste et un article de fond suivi d’un entretien.

Mais il est bizarre de retrouver certaines analogies dans la manière d’expliquer le phénomène Tarantino dans ces deux livres. Jusqu’aux remerciements qui sont adressés pratiquement aux mêmes personnes dans un style similaire.

Faut-il en déduire que Jean-Pierre Deloux et Yannick Surcouf seraient le même et unique auteur ? Et oui ! .

 

Jean-Pierre Deloux : Quentin Tarantino, fils de pulp. Editions Fleuve Noir Hors Collection. Parution 22 juin 1998. 270 pages. ISBN : 978-2265065208

Yannick Surcouf : Quentin Tarantino, d’Alabama à Killing Zoé. Collection Mything. Editions Méréal. Parution mars 1998. 192 pages. ISBN : 9782909310701

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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