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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 09:13
Maxime DELAMARE : Quadrille aux Antilles.

C'est ce que l'on appelle le Square dense ?

Maxime DELAMARE : Quadrille aux Antilles.

Les disparitions successives du professeur Bonnard, un as parait-il du CNES (Centre National d'Etudes Spatiales), et de René Hammel, agent du SDECE surnommé La Calbombe, puis la découverte du cadavre d'Anita Lemarchand, considérée comme la fiancée de French Jordan, amènent le patron du SDECE à envoyer son meilleur agent, en l'occurrence Jordan, sur le terrain.

Celui-ci est stimulé, malgré le manque de renseignements en sa possession, par la mort de son amie et la mise en scène macabre constituée par l'ensachement de la tête décapitée de Hammel déposée auprès du corps d'Anita.

Au casino de Willenstad, Jordan retrouve Juliette une jeune femme qu'il a connu quinze ans auparavant alors qu'il était en poste en Yougoslavie. Depuis Juliette s'est épanouie, s'est mariée et installée au Venezuela. Jordan comprend que les événements précédents n'avaient pour unique but que de le faire venir lui, sur le terrain. Seulement les motifs de ce déplacement lui échappent complètement.

Selon toute vraisemblance l'installation de la fusée Diamant à Kourou pourrait expliquer la disparition du professeur Bonnard, mais celui-ci n'est pas en réalité la tête pensante qu'il se plaisait à le laisser supposer. D'après les renseignements en sa possession, Bonnard aurait été vu pour la dernière fois entrant dans une bijouterie tenue par un certain Henriquez. Or Juliette possède des factures établies par le bijoutier et ce pour un montant assez conséquent.

Jordan confie à Moreno, l'agent consulaire, le soin de retenir Henriquez un soir afin de s'introduire dans la villa du bijoutier. A son grand désappointement il ne trouve rien, doutant alors de son hypothèse selon laquelle on l'aurait lancé sur une piste, on pouvant s'appeler Juliette puisqu'elle lui a laissé tout loisir pour visiter son appartement.

Henriquez s'aperçoit que ses papiers ont été fouillés. La présence de Juliette avec qui il a noué des relations nocturnes et épidermiques, cependant le turlupine. Attaqué dans la rue Jordan se défait sans difficulté de ses agresseurs et parvient à leur soutirer des informations. Bonnard serait à Porto Rico et un avocat prénommé Miguel serait le commanditaire de son enlèvement.

A San Juan de Porto Rico, Jordan n'a aucun mal à repérer l'adresse de l'avocat. Il découvre le professeur batifolant avec une Martiniquaise. Effectivement Bonnard a été enlevé et depuis il est séquestré dans des conditions pour le moins agréables. De nouveaux indices tels que faux passeport et une conversation entre les ravisseurs interceptée par le professeur apportent de l'eau au moulin des suppositions de Jordan. Il a été manipulé mais les motifs lui échappent.

 

Jordan est loin de pouvoir être comparé à un Superman, héros mythique et invincible. Il lui arrive de se tromper, de se rebeller contre ses supérieurs, d'aimer et de posséder un semblant de vie privée et de tomber dans les travers du commun des mortels. Ainsi il boit, à l'occasion, mais à la différence de ses confrères, il en ressent les effets néfastes et ses facultés s'en trouvent diminuées. Moins sophistiqué que les James Bond, moins apologiques du système américain comme le furent à une certaine époque les romans d'espionnage français, les histoires de Maxime Delamare se révèlent de lecture agréable.

 

Curiosité :

Maxime Delamare utilise de nombreuses références littéraires. Ainsi Paul Valéry et surtout Gaston Bachelard avec son analyse sur la question des plans de connaissance superposés, servent à étayer ses propos.

Quelques expressions malencontreuses du type Les mômes goudron, chocolat et caramel, ou encore La fille Ovomaltine ou Nescafé feraient aujourd'hui bouillir, à juste raison, les antiracistes. Des expressions qui à l'époque ne se voulaient que bon enfant et imagées, mais s'avèrent malheureuses dans leur énoncé, malheureuses et choquantes.

 

Citation :

Vous ne lisez pas assez de romans d'espionnage mon Colonel.

 

Maxime DELAMARE : Quadrille aux Antilles. Série Noire N° 1016. Parution novembre 1965. 192 pages.

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 09:01
E. V. CUNNIGHAM : Tu peux crever !

Rassurez-vous, ce n'est pas à vous que je m'adresse !

E. V. CUNNIGHAM : Tu peux crever !

Employée au service comptabilité d'une fabrique de produits plastiques, Shirley, vingt ans, se méfie des hommes, dont Morrow le directeur et Bergman le sous-directeur, les rabrouant vertement dans leurs entreprises de séduction.

Elle n'a qu'une amie, Cynthia, auprès de qui elle se confie volontiers. Un soir, deux hommes pénètrent chez elle et la kidnappent, vérifiant que leur otage ressemble bien à une jeune fille dont ils possèdent la photo. Elle provoque un accident de voiture et s'enfuit, les deux ravisseurs étant gravement blessés. Au commissariat où elle se présente, le lieutenant Burton a d'abord du mal à croire en son histoire, mais les faits parlent d'eux-mêmes. Burton croit la reconnaître sur la photo prélevée dans le portefeuille de l'un des tueurs, mais Shirley nie, ne se reconnaissant pas dans le portrait de jeune fille mélancolique qu'on lui montre.

Un homme l'importune au téléphone, l'appelant Carlotta, et Bergman lui apprend qu'un individu style matador s'est renseigné à son sujet. Rentrant chez elle, elle est assaillie par un inconnu, le fameux matador, qui joue nerveusement du couteau. Heureusement le lieutenant Burton la tire de ce mauvais pas en blessant son agresseur. Mais ses ennuis ne sont pas terminés pour autant.

Un jeune homme s'introduit chez elle et lui raconte une fable. Il serait le dernier descendant d'une petite principauté nichée entre l'Espagne et la France et que des tueurs sont à la poursuite de Shirley, la confondant avec sa cousine Carlotta, morte depuis des années. Shirley ne tombe pas dans le piège et Albert Soames, le jeune homme qui n'est autre qu'un acteur au chômage, emploie les grands moyens. Il l'oblige à quitter son appartement par les toits, des policiers veillant sur le trottoir.

En réalité elle est le sosie de Janet Stillman, fille d'un riche industriel, qui a quitté le foyer paternel et est morte depuis deux ans. Joey Santela, le secrétaire de Stillman, a imaginé un coup monté qu'il pense fructueux. Shirley endossera l'identité de Janet et Stillman le millionnaire qui, selon les médecins, n'a plus que quelques semaines à vivre lui lèguera la fortune qu'elle s'empressera de partager entre la bande. Mais il faut convaincre Shirley et surtout lui parfaire son éducation, ce qui s'avère une tâche ardue.

 

Shirley, dont le père est décédé un mois avant sa naissance et qui a perdu sa mère à l'âge de douze ans, est en butte avec la société. Possédant un quotient intellectuel élevé, elle cache une certaine timidité et une envie de faire son trou dans la société par une agressivité verbale. Sarcastique, insolente, elle n'a qu'un leitmotiv dont elle use abondamment et qui désarçonne ses interlocuteurs : Pouvez crever!

Et c'est ce personnage de petite fille perdue dans les vicissitudes de la vie, impertinente dans ses propos, désirant se montrer plus forte qu'elle est mais fragile au fond d'elle même, qui sauve ce roman un peu faible, nettement en-dessous de la production habituelles du grand Howard Fast alias E.V. Cunningham, le signataire de Mirage, de Sylvia ou encore de Spartacus.

Un roman qui ne manque pas de charme, ni d'humour, mais à la trame un peu mince. Si mince que l'enquêteur désigné, Burton, arrive presque à l'extinction des feux. Il a mené son enquête consciencieusement, lorsqu'il a été convaincu que Shirley ne le menait pas en bateau, mais tout le mérite revient toutefois à la jeune fille d'avoir su se tirer de ce mauvais pas en gardant son intégrité.

 

Curiosité :

Cynthia, l'amie de Shirley, est également le titre d'un roman de E.V. Cunningham qui fait partie de sa fameuse série des romans à prénoms.

 

Citation :

La plupart du temps, elle faisait la cuisine le soir, quand elle n'avait pas rendez-vous, car elle estimait qu'acheter de la charcuterie était l'indice d'un caractère sans énergie.

E. V. CUNNIGHAM : Tu peux crever !

E. V. CUNNIGHAM : Tu peux crever ! (Shirley - 1964. Traduction de C. Grégoire). Série Noire N°963. Parution août 1965. 256 pages. Réédition Folio Policier N°62. Parution avril 1999. 256 pages. 5,80€.

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 10:28
John WAINWRIGHT : Le bois de justice

Hommage à John Wainwright né le 25 février 1921.

John WAINWRIGHT : Le bois de justice

Ancien officier de police John Wainwright a débuté dans l'écriture en 1965 et a abordé, sous ce nom et celui de Jack Ripley, un peu tous les domaines : romans de détection, romans noirs et thrillers. Il est l'auteur notamment de A table (Série Noire N°1774) que Claude Miller a porté à l'écran sous le titre de Garde à vue en 1981 avec Romy Schneider, Lino Ventura et Michel Serrault.

 

Rapidement j'ai été touché par une sérénité, un certain charme, une indéniable paix sylvestre dont tout le roman est nimbé. En le lisant, je ne pouvais m'empêcher aussi d'effectuer un rapprochement avec certains feuilletons du 19e siècle, Féval et Zevaco en ce qui concerne quelques situations machiavéliques, l'ère victorienne, Le Chambrion de Ponson du Terrail pour l'ambiance et l'atmosphère pastorale, une pointe de George Sand, des situations familiales ambigües.

L'explication en est simple : la complexité de quelques situations, les pièges employés pour faire trébucher l'adversaire, en l'occurrence un demi-frère, dans des chausse-trappes, et un amour impossible, de même qu'une relation, une communion de pensées, de paroles avec la nature, faune et flore, que l'on retrouve moins souvent et avec moins de force chez certains écologistes convaincus. Livre plus gris que noir avec des touches de couleurs, parfois rouges, souvent vertes.

 

Deux demi-frères issus du même père, l'un légèrement bancal, solitaire, aîné de la famille, l'autre jaloux, bien portant et le préféré de la famille, vont s'entredéchirer. L'un pour garder un minimum vieillesse et la tranquillité, l'autre afin d'obtenir en sus un titre nobiliaire. Là-dessus se greffe une étrange histoire d'amour, rassurez-vous, en tout bien tout honneur.

 

Un roman que je qualifierai de calme, de reposant, de rafraîchissant, mais qui ne manque ni de mystères, ni d'actions, ni de rebondissements, ni une bonne dose de noirceur dans certaines descriptions. Cette réussite est peut-être due à la sensibilité de la traductrice.

 

Un délicieux bonbon anglais acidulé fourré à la chlorophylle.

 

John WAINWRIGHT : Le bois de justice (The Forest - 1984. Traduction Isabelle Delord-Philippe). Série Noire N°2019. Parution octobre 1985. 288 pages.

 

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 09:01
A.S. FLEISCHMAN : Gardez-vous à Gauche !

Aucun rapport avec la politique actuelle !

A.S. FLEISCHMAN : Gardez-vous à Gauche !

Se produisant comme prestidigitateur au luxueux Hôtel des Mers de Chine, à Macao, Bruce Flemish est contacté par Donna Van Deerlin, une Américaine qui lui donne rendez-vous dans sa chambre.

Dans le même temps, le Señor Gonsalves lui demande un petit service : il doit grâce à ses dons d'illusionniste glisser une liasse de billets de dollars dans la poche d'un client lors de sa prochaine représentation. Flemish accepte, mais au dernier moment n'accomplit pas le geste pour lequel il a été payé. Cette affaire ne lui plait guère. Il reçoit des menaces et un inconnu tente de l'étrangler avec un fil de fer. Jordan, le personnage à qui il doit remettre subrepticement l'argent, n'est autre que le compagnon de la jeune femme.

Intrigué, il se rend dans la chambre de Donna qui en réalité s'appelle Chandler. Son père, assassiné, enquêtait à Macao et elle sollicite Flemish de se rendre à Hong-Kong et remettre le rapport paternel caché dans un pétard.

Flemish, dont l'argent en sa possession lui brûle les doigts, tente sa chance au jeu mais les billets s'avèrent faux. Le Señor Gonsalves, à qui il manque les deux pouces à la suite d'un enlèvement survenu six mois auparavant, est fort mécontent de la prestation manquée de son artiste. De plus il est au courant de son entretien avec Donna grâce à un enregistrement.

De nombreuses personnes sont à la recherche du dossier compromettant. Jordan, tout d'abord, en qui Donna n'a guère confiance. Le Señor Gonsalves et son bras droit Nakov. Quant à Wilkerson, un Américain propriétaire d'une fabrique de pétards, Flemish le trouve trop souvent sur son chemin à son goût.

Avec la complicité de Phébé, une stripteaseuse, Nakov et Gonsalves tentent d'imputer le meurtre de Jordan à l'illusionniste. Flemish se réfugie en compagnie de Donna dans une chambre dans le quartier des prostituées. Alors qu'il enquête dans la ville, Donna est enlevée, leur trace ayant été dévoilée par un prêtre qui pensait bien faire. Parmi les microfilms dissimulés dans le pétard, Flemish trouve un plan des catacombes de la Basilique Saint-Paul. Un souterrain relierait l'édifice religieux à un cimetière chinois, juste de l'autre côté de la frontière. Supposant que la jeune femme y est détenue, Flemish requiert les services d'un pirate, les autres marins refusant de sortir du port à cause d'un typhon prévu par la météo.

 

Roman d'espionnage tout autant que d'aventures, Gardez-vous à Gauche est plaisant à lire, malgré les quelques attaques anti-communistes. Il serait intéressant à ce titre de lire le texte original et de comparer les apports du traducteur, sachant que ce roman a été écrit en 1952 et édité en France en 1965, le contexte international ayant évolué. Mais il vrai qu'à l'époque où a été écrit ce roman, le maccarthysme était dans sa phase de pic, et la chasse aux sorcières rouges virulente. D'ailleurs de nombreux écrivains, dont Dashiell Hammett et Howard Fast, en furent les principales victimes, ainsi que des chanteurs et acteurs, dont Danny Kaye et Jean Seberg et des musiciens de jazz, Artie Shaw par exemple.

A.S. Fleischman ne dénonce pas les Chinois dans leur trafic de drogue. Il en rejette toute la responsabilité sur les Occidentaux, rappelant si besoin est que les Britanniques et les Américains avaient à l'origine imposé l'opium aux Chinois en échange des soieries, du thé et du jade. Par un juste retour des choses, les Chinois ayant besoin des devises américaines pour acheter médicaments et carburants exportent les stupéfiants afin de combler une demande.

 

Curiosité :

Les éditions Fleuve Noir ont édité dans leur collection Espionnage Train d'enfer (N°71 - 1955) dû à Sid Fleischman qui n'est autre que A.S. Fleischman. Un anachronisme dans cette collection vouée aux auteurs français.

 

Citation :

Le tapis d'Orient, de couleur jaune, était si épais qu'on aurait presque cru nécessaire de le passer à la tondeuse à gazon.

 

A.S. FLEISCHMAN : Gardez-vous à Gauche ! (Look behind you, Lady - 1952. Traduction de Georges Geoffroy). Série Noire N° 949. Parution juin 1965. 256 pages.

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 08:45
Mildred DAVIS : La chambre du haut

Un classique de la littérature de suspense...

Mildred DAVIS : La chambre du haut

Le mystère plane sur la maison des Corwith, sise dans le Bronx, faubourg campagnard de New-York.

Swendsen, le nouveau chauffeur embauché pour un mois, s'intéresse de près à ses patrons, à leurs habitudes, inspectant l'état de leurs voitures. Il interroge les employés, la cuisinière, Weimuller le maître d'hôtel, et surtout Patricia, la femme de chambre.

Minou, la plus jeune fille des Corwith vit cloîtrée dans une chambre à l'étage depuis son accident de voiture qui l'a laissée défigurée. Minou touche à peine à ses plateaux repas, joue parfois du piano. Ce sont les seules manifestations de sa présence. Dora et Hilda, ses sœurs, et ses parents en parlent, de même que les domestiques, mais avec réserve, avec réticence. Surtout Hilda qui exprime un profond ressentiment envers cette adolescente choyée, adulée, plus belle qu'elle et qui avant son accident était le pôle d'attraction de la maisonnée. Minou qui attirait les hommes et était détestée des femmes.

Au cours d'une séance d'hypnose, Helen, une amie de la famille, est priée de tuer Dora qui joue le rôle de Minou, avec une pipe. Elle laisse échapper l'arme improvisée et la ramasse. Ce n'est plus un article de fumeur qu'elle brandit, mais un canif tombé malencontreusement d'une poche. Swendsen surgit à temps pour immobiliser son bras. Ce n'était qu'un incident qui s'inscrit parmi tant d'autres.

Patricia confie au cours d'un repas bien arrosé à Swendsen qui ne lui est pas indifférent, que malgré les affirmations de la famille, Minou n'aurait pas été seule dans la voiture lors de son accident. Dora doit se marier avec Francis et la noce se prépare dans la fièvre mais pas dans l'harmonie. Francis, qui est docteur et a ausculté Minou après la tragédie, ne semble pas empressé auprès de sa fiancée.

Un jour, alors qu'il vient de déposer Corwith à son bureau, Swendsen aperçoit la voiture d'Hilda. Il la suit et entre comme par hasard dans le restaurant où elle déjeune. Il lui fait du gringue, l'invite dans une boîte de nuit et passe un mystérieux coup de fil. Sur le chemin du retour ils passent devant la propriété des Batchfleder. Des hommes fouillent dans les buissons à l'aide de torches électriques. Un événement qui trouble fortement Hilda.

Le dimanche suivant, alors que la cérémonie du mariage doit avoir lieu, l'effervescence règne chez les Corwith. Hilda va d'un groupe à l'autre, à moitié ivre. Dora trébuche dans l'escalier et se foule une cheville ce qui entraîne au grand soulagement de Francis le report du mariage. Lewis, le jeune garçon des Corwith est affolé : Minou n'est pas dans sa chambre.

 

Premier roman de Mildred Davis, écrit alors qu'elle fréquentait encore le lycée, La Chambre du haut n'en est pas moins construit avec rigueur, avec minutie, entretenant le suspense avec une pointe de sadisme, dévoilant peu à peu les arcanes de ce mystère comme une stripteaseuse se dévêt morceau par morceau, prolongeant l'attente du spectateur fébrile.

 

Du 9 février au 24 du même mois, on suit les investigations de Swendsen, n'étant pas dupe de sa couverture de chauffeur de maître. Mais l'hypothèse du maître-chanteur vient immédiatement à l'esprit et rien ne laisse supposer qu'il s'agisse d'un policier, à moins de connaître les numéros de téléphone new-yorkais.

Le récit est subtilement découpé par la narration en filigrane d'une femme évoluant dans une chambre, et lisant un carnet intime. Cependant subsiste un mystère qui permet toutes les extrapolations : la mort de Dora, fauchée par une voiture.

 

Curiosité :

On peut lire en exergue à ce roman : Cet ouvrage a paru en 1950 dans la Série Blême. C'est sa qualité et le faible tirage de l'édition antérieure qui nous ont incités à la publier dans la Série Noire.

 

Citation :

L'ennui de l'enseignement gratuit, dit-elle d'un ton acerbe, c'est que n'importe qui, à commencer par le balayeur des rues, se croit psychologue à ses heures.

Quelques éditions ou rééditions de La Chambre du hautQuelques éditions ou rééditions de La Chambre du hautQuelques éditions ou rééditions de La Chambre du haut

Quelques éditions ou rééditions de La Chambre du haut

Mildred DAVIS : La chambre du haut (The room upstairs - 1948. Traduction de Lola Reinova). Série Noire N°931. Parution 1965. Réimpression Mai 1997. 272 pages. 7,80€.

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 09:33
William Campbell GAULT : Il court, il court...

A la longue, il va s'essouffler !

William Campbell GAULT : Il court, il court...

Accusé à tort du meurtre de sa richissime femme Loïs, abattue dans sa propriété de Saint-Louis, Tom Spears s'est évadé de la prison où il croupissait.

Dans un patelin de l'Arizona, aux portes du désert, il est abordé par une jeune femme qu'il reconnait vaguement. Il s'agit de Jane Revolt, la fiancée de son avocat, Joe Hubbard. Elle lui apprend que non seulement Joe a été assassiné, mais de plus a saboté sa défense lors du procès, enfonçant un peu plus Tom.

Bookmaker avant son emprisonnement, Tom veut prendre contact avec Nannie Koronas, son patron, le caïd des paris de la Côté Ouest. Il demande asile à son ami Jud Shallock, bookmaker également, mais l'intrusion d'un policier l'oblige à fuir. Il accepte l'hospitalité de Jane, et malgré les conseils de celle-ci s'obstine à vouloir renouer avec Nannie puis à se réfugier au Mexique. Jane l'encourage à se défendre, à prouver son innocence, mais à cause d'un copain trop curieux de la jeune femme, et d'un policier qui se présente chez elle avec un mandat de perquisition, il poursuit sa cavale.

Il se rend alors chez Connie, fille facile chez qui il a partouzé un soir avec Joe. Connie lui en apprend de belles sur son avocat qui aurait couché avec Loïs, et ce n'était pas le seul. Joe n'était pas l'ami qu'il croyait se révélant homme à double personnalité.

Un individu surveille l'appartement de Connie, et malgré son aversion pour ceux qu'il appelle les pieds-plats, Tom prend rendez-vous avec Delavan, détective privé. Au cours de l'entretien Tom apprend que le policier qui désirait perquisitionner chez Jane n'en est pas un en réalité. Il ne peut s'empêcher de soupçonner Jane d'être à l'origine du meurtre de sa femme, jalouse de la liaison de son fiancé avec Loïs. Mais le meurtre de Joe ne s'imbrique pas dans ses déductions.

Delavan lui prête un appartement dans lequel Tom peut se cacher un certain temps. Mais le détective est inquiet, un homme, le même qui poireautait devant chez Connie, surveille son bureau. Tom téléphone à Lisa, la petite ami de Nannie, qui accepte de le recevoir et l'héberger pour la nuit.

 

Au cours de sa cavale, Tom Spears va connaître en trois nuits, trois femmes différentes et se partager leurs faveurs. Leurs motivations ne sont pas les mêmes. Jane désire profondément aider Tom dans ses démarches malgré, ou à cause, qu'elle fut la fiancée de Joe Hubbard et s'apercevant peu à peu que l'homme qu'elle aimait n'était pas celui qu'elle imaginait; Connie elle aussi, un peu en mémoire de Hubbard, mais sans calcul, par seule bonté d'âme, connaissant les liaisons de l'avocat mais lui pardonnant; Lisa enfin, par duplicité, ne cherchant qu'à s'approprier le magot de Nannie.

Trois femmes qui s'érigent un peu en marge des héroïnes de l'époque, à l'origine des initiatives prises par Tom, se montrant plus réfléchies et dont le rôle s'avèrera primordial. Sans Jane et sans Connie, Tom n'aurait songé qu'à fuir, à s'établir au Mexique, la quête de la vérité passant après sa soif de liberté.

Ne se fiant qu'à l'amitié virile, il aura les yeux dessillés par les femmes même si, une fois de plus, c'est l'une d'entre elles qui joue le rôle du méchant.

A noter un passage très angoissant et cinématographique au cours duquel Tom, réfugié dans le grenier de la villa de Jane, obligé de rester immobile afin de ne pas révéler sa présence, doit subir les attouchements, sur sa tête et le long de sa figure, d'une araignée noire.

 

Curiosité :

Il faudra attendre vingt ans et le numéro 1948 (Le Méchant Samaritain) pour que la Série Noire accueille à nouveau W.C. Gault à son catalogue.

 

Citation :

Certes, ils se livraient à des opérations illicites, mais celles-ci répondaient à un sentiment apparemment universel : l'attrait du jeu. Et la loi conférant à l'Etat l'exclusivité d'un commerce considéré par ailleurs comme illégal et répréhensible au point de vue social paraissait bien étrange.

 

William Campbell GAULT : Il court, il court... (Run, Killer, Run - 1954. Traduit par André Bénat). Série Noire N°912. Parution janvier 1965. 256 pages.

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 10:08
Richard STARK : Pour l'amour de l'or

Parker, un Arsène Lupin américain ?

Richard STARK : Pour l'amour de l'or

Truand indépendant, Parker qui s'est mis le Consortium à dos, abat un soir un tueur de l'Organisation qui a retrouvé sa trace malgré un changement d'identité et une opération de chirurgie esthétique.

Bett, la jeune fille qui se prélassait dans la couche de Parker, en profite pour subtiliser le revolver du crime. Elle le convoque à Miami et lui présente Harrow, son père, richissime homme d'affaires et collectionneur, qui lui demande un petit service. S'emparer d'une statuette médiévale dont le propriétaire actuel est Kapor, attaché d'ambassade d'un état slave situé au nord de la Tchécoslovaquie, la Klastravie. En échange il lui remet l'arme compromettante et une substantielle poignée de dollars.

Assisté d'Handy McKay qui a séduit Clara, la bonne du diplomate, afin de connaître les aîtres, Parker de retour à Washington organise minutieusement le hold-up. Seulement une autre bande semble être sur le coup et McKay est enlevé. Parker remonte en cuisinant la boniche la piste des ravisseurs, délivre son ami et soutire les coordonnées du chef de la bande rivale, un nommé Menlo. Celui-ci lui apprend qu'il est chargé par son gouvernement de récupérer 100 000$ qu'aurait détourné Kapor au préjudice de son pays. Menlo estime que ses qualités ne sont pas reconnues à leur juste valeur et il a décidé de s'approprier le magot et de s'évanouir dans la nature.

Associé à Parker et McKay, il profite des charmes de Bett, la jeune femme n'étant pas sectaire partageant volontiers son lit, négligeant le physique de son partenaire mais pas son portefeuille. Mais Menlo est gourmand, une fois introduit dans la salle aux trésors de Kapor, il se débarrasse de Parker et McKay en leur tirant dessus, les laissant pour morts, et il s'enfuit avec la statuette et l'argent laborieusement amassé par le diplomate.

Parker, moins sérieusement touché que son compagnon, sollicite le concours de Kapor, effondré par la perte de son argent. McKay est conduit dans une clinique et Parker rejoint Harrow à Miami, se doutant que Menlo contactera le collectionneur.

 

Richard Stark, alias Donald Westlake, nous conte avec humour les aventures de cet épigone américain d'Arsène Lupin, qui, s'il n'en a pas toutes les qualités, se rapproche cependant de notre gentleman-cambrioleur national. Il existe de nombreux points de convergence entre ces deux héros, mais dans cette histoire cette ressemblance est accentuée par l'enjeu constitué par la statuette.

En effet, ce "pleurant" d'albâtre (petite statue d'une quarantaine de centimètres de hauteur et représentant un personnage triste, souvent un moine dans une attitude d'extrême affliction, feinte ou non) convoité par Harrows, tire son origine de l'histoire de France, et plus précisément fait partie d'un lot de quatre-vingt-deux statuettes, toutes différentes, exécutées pour orner des niches entourant le tombeau de Jean Sans Peur et Philippe le Bon. A la révolution ces sculptures ont été disséminées et soixante-dix-neuf d'entre elles ont pu être récupérées ou repérées. La statuette de l'histoire étant l'une des pièces manquantes.

La corrélation entre Maurice Leblanc et Richard Stark est évidente, tout du moins dans Pour l'amour de l'or, puisque le thème principal des œuvres de Leblanc était la recherche de trésors, principalement ceux ayant appartenu aux Rois de France.

Mais le personnage de Richard Stark est beaucoup plus violent et nettement moins poétique, moins fantasque, moins distingué que son prédécesseur. Il lui manque la prestance et la dignité, mais pas le sens de la répartie. Il reflète cependant un certain état d'esprit caractérisé par la lutte pour la survie des artisans face aux monopoles tentaculaires et aux grosses entreprises représentées par le Consortium. Dans Voyage au bout de la Noire, Parker est même considéré comme le Nicoud des bas-fonds.

Quant à la construction du récit, elle utilise souvent le retour en arrière, ce qui permet une relance d'intérêt lorsque l'action s'essouffle et d'entretenir le suspense dans l'intrigue.

 

Curiosité :

Malgré le titre il n'est pas une seule fois question d'or, seulement d'argent, en liquide, et d'objets de collection, des statuettes.

 

Citation :

L'expérience lui avait appris que les gens les plus pressés de torturer leurs semblables étaient ceux qui se mettaient le plus vite à table pour échapper à la torture.

 

Richard STARK : Pour l'amour de l'or (The Mourner - 1963. Traduction de Marcel Frère). Série Noire N°885. Parution octobre 1964. 192 pages.

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 08:15
Bud CLIFTON : Le spécialiste

Il existe des spécialistes en tout mais surtout en rien !

Bud CLIFTON : Le spécialiste

Hal Williams est un tueur, méthodique, maquillant ses meurtres en accidents.

Il est embauché par Contino, l'un des responsables des rackets de Los Angeles, pour abattre Albers, son rival, convoqué devant le grand Jury. Un contrat qui permet à Williams d'assouvir une vengeance personnelle.

Marié, Contino possède une maîtresse d'origine nordique, Unne, au passé indéfini. Il s'attend à une guerre des gangs mais il n'en a cure, arguant que la piétaille doit trinquer en premier. Lorsque Unne et Wiliams se rencontrent, c'est le coup de foudre réciproque, tempéré cependant de la part de la jeune femme d'une certaine réserve.

Comme prévu, Norman, le bras droit d'Albers, déclenche des représailles et peu à peu les effectifs maigrissent de chaque côté. Bientôt ne sont plus en lice que Norman d'un côté et Contino assisté de Paul son adjoint de l'autre. Une situation qui déplaît fortement à Petersen, le grand caïd résident à Las Vegas. Unne elle aussi a un compte à régler avec Contino qui est à l'origine de la mort de son mari, un routier qui ne voulait pas se plier aux exigences du Syndicat.

Hal Williams se délecte de cette hécatombe, la favorisant même. Il enlève Norman et l'abandonne dans le désert. De même il se débarrasse de Paul en sabotant un ascenseur. Il n'a qu'un but, celui de prendre en main les rackets de Norman et Contino. Il est éconduit dans ses revendications par Petersen qui ne veut pas confier ses affaires à un homme qu'il juge non seulement dangereux mais cinglé.

 

Hal et Unne vivent une histoire d'amour pimentée de haine et de méfiance, unis dans leur combat contre Contino. Leurs motifs ne sont pas les mêmes mais tous deux ont une vengeance à accomplir.

Cependant Hal, qui au départ est décrit sous un jour disons d'un homme normal, froid, méthodique, méticuleux, ambitieux, malgré un statut de tueur, est transformé en personnage nerveux, considéré comme cinglé. Et l'on ne sait pas trop où le décalage s'effectue.

Le reproche que l'on peut faire à Bud Clifton est de ne pas avoir exploité à fond le personnage de Hal Williams, de ne pas en avoir exploré toutes les facettes et la psychologie. De même les rapports entre le tueur et la maîtresse de Contino manquent de consistance, malgré les périodes de méfiance, de suspicion, ou au contraire de crédulité totale de la part de Hal lorsque tout commence à aller à vau-l'eau. La prédominance est un peu trop donnée aux seconds couteaux qui rejettent dans l'ombre le "héros" de cette histoire qui en pâtit légèrement et manque de ce fait de tonus.

 

Curiosité :

A part une ou deux fois, les villes de Las Vegas et Tijuana sont orthographiées Vegas tout simplement et Tia Juana.

 

Citation :

Je sais même faire la cuisine, dit-il; à condition d'avoir un ouvre-boîte sous la main.

 

Bud CLIFTON : Le spécialiste (The murder specialist - 1959. Traduction de M. Elfvik). Série Noire N°834. Parution janvier 1964. 256 pages.

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 08:49
Harrison JUDD : Les ailes de la peur

C'est vrai que la peur donne des ailes !

Harrison JUDD : Les ailes de la peur

Patron d'une petite agence de publicité en devenir, Ben Latham est la victime depuis quelque temps d'une campagne de dénigrement.

On l'accuse notamment d'ivrognerie et un incident survenu dans un bar élégant le met brutalement en face de la réalité. Mais il n'y attache que peu d'importance. Janie, sa jeune secrétaire, est prête à lui faire des confidences mais se rétracte au dernier moment.

Le soir même il participe avec sa femme Lori à un raout chez le riche Ed Lindsell, ex-soupirant de Lori, qui aimerait bien investir dans l'agence Latham. A leur retour, le lieutenant Floyd de la brigade criminelle leur apprend le décès de Janie, retrouvée morte sous un pont. Après autopsie il s'avère que Janie est morte étranglée et qu'elle attendait un enfant.

Ben Latham, en mémoire de la jeune fille, décide d'enquêter et découvre chez elle des mots doux tapés à la machine sur du papier à en-tête de l'agence. Appréhendé par des policiers qui surveillaient l'appartement, il est relâché faute de preuves.

Le Globe, journal à scandales, lui consacre la Une, Tripp le journaliste et son assistant photographe utilisant d'odieux subterfuges pour réaliser des photos le montrant dans des postures délicates. Ainsi Latham est agressé par un énergumène l'accusant d'avoir tué sa fiancée. Auprès d'une vieille dame, voisine et amie de Janie, Ben tente d'en connaitre davantage sur les habitudes de sa secrétaire et ses relations. Tout s'écoule autour de Latham.

Lori quitte le domicile conjugal, Le Globe est de plus en plus virulent dans ses articles à l'encontre du publicitaire et Floyd lui apprend que son alibi ne tient pas, la jeune fille ayant été assassinée en début de soirée. De plus le policier a trouvé chez Janie une alliance appartenant à Ben et que Lori ne portait plus. Latham lui confie la boîte dans laquelle elle était rangée afin de vérifier les empreintes digitales. Ray Payton, son adjoint, lui conseille de passer la main, les clients annulant leurs contrats. Une initiative corroborée par Aggie Peters, maquettiste et pivot de l'agence, peu gâtée par la nature.

A une nouvelle visite à la vieille dame, Ben fait la connaissance de Forbes, le neveu de celle-ci qui l'entraîne dans un hôtel très spécial, habité par des travestis et des homosexuels. Latham comprend qu'il est tombé dans un traquenard d'autant qu'à sa sortie les journalistes du GLobe sont encore présents.

 

L'histoire d'un homme victime des rumeurs et des événements, manipulé et qui doit se défendre bec et ongles d'une accusation d'assassinat, ce n'est pas nouveau et William Irish, entre autres, en a plusieurs fois exploré les facettes sous l'angle du suspense. Ce roman cependant se lit avec plaisir, car comme l'édictait une publicité pour un grand magasin parisien, à chaque instant il se passe quelque chose.

Mais là où l'auteur, et peut-être le traducteur, dépasse la dose dans l'ineptie réside dans la description des démêlés de Latham avec les homosexuels. Les termes, les qualificatifs injurieux font florès et Latham se montre particulièrement odieux et virulent dans ses jugements, ses discours discriminatoires. Ce qui enlève, non pas de la crédibilité au récit, mais la note de sympathie que le lecteur pouvait ressentir envers celui qui victime des rumeurs et des racontars, ne se prive pas de taper à bâtons rompus sur une partie marginalisée de la population.

 

Curiosité :

Les amateurs de cocktails trouveront la recette du Side-car : un mélange de jus de citron, de Cointreau et de Cognac.

 

Citation :

Une femme affligée d'un visage comme le mien doit faire travailler sa tête si elle veut survivre.

 

Harrison JUDD : Les ailes de la peur (Experiment in fear - 1963. Traduction de André Maury). Série Noire N°824. Parution décembre 1963. 256 pages.

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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 13:23

Hommage à Auguste Le Breton né le 18 février 1913.

Auguste Le BRETON : Ils ont dansé le Rififi.

Deux jeunes filles interprétant sur le trottoir de vieilles chansons d’avant-guerre, il n’en faut pas plus pour qu’Auguste Le Breton, assis à la terrasse d’un café de la place Blanche se plonge avec nostalgie dans son passé.

A dix-huit ans, les jeunes de cette époque étaient déjà largement émancipés, surtout ceux qui comme Le Breton avaient vécu une enfance difficile, pauvre, sans père ni mère pour les épauler, les choyer, les réconforter. Evadé de l’orphelinat, Le Breton se retrouve sur les pavés parisiens, arpentant les rues d’un trapèze montmartrois haut en couleurs : square des Epinettes, place Clichy, Pigalle, porte de Clignancourt. Cette partie Ouest du XVIIIe arrondissement de la capitale était le repaire des petites frappes et des caïds, nés à Paris ou en province.

A dix-huit ans, Auguste Le Breton navigue dans les eaux troubles de la petite délinquance en compagnie de son ami Dédé-la-Glace. Pour subsister, il effectue de petits boulots, tour-à-tour terrassier, docker, couvreur-zingueur, et même ouvrier dans une société d’ascenseurs. Un emploi qu’il ne garde pas longtemps, viré parce qu’il faisait équipe avec un syndicaliste ayant fomenté une grève. Plus souvent au chômage, il connaît le froid, la faim, la misère, heureux de pouvoir coucher de temps en temps dans de minables chambres d’hôtel.

Souvent il se réfugie au bas des marches du métro, coincé contre les grilles, recherchant un minimum de chaleur. Il organise des parties de bonneteau, jeu de trois cartes qui demande une extrême habileté manuelle et dans lesquelles se font plumer les gogos. Cela ne l’empêche pas de fréquenter les bals de quartier dans lesquels les jeunettes perdaient leur pucelage et se retrouvaient sur le trottoir par amour pour leurs barbeaux. Il y côtoie les maquereaux, les petits et grands truands, un pied de chaque côté de la frontière séparant le légal de l’illégal, au mieux avec Milo Jaquot, caïd légendaire de Saint-Ouen, et bien d’autres.

Les orchestres font florès et les accordéonistes, Gus Viseur en tête, connaissent leurs heures de gloire. C’est ainsi qu’il paie un sandwich à Edith Piaf, alors âgée de seize ans, qui poussait encore sa goualante dans les rues et les bastringues de quartier. Il suit de loin sa carrière, ses déboires, ses avatars amoureux, et sa perdition dans la drogue et l’alcool. Mais c’est surtout au Petit Jardin qu’il fait la rencontre de sa vie : Poulbot, une jeune fille promise elle aussi à un bel avenir de chanteuse mais qui sabre sa carrière par amour pour Le Breton. Un coup de foudre partagé sur l’air du Dénicheur. Et c’est la seule fois qu’il ne partage pas sa bonne fortune avec son ami Dédé-la-Glace. Tandis qu’Auguste Le Breton tente de sortir de l’ornière, Dédé lui s’y fera un trou.

Le Breton goûte également aux joies de la chasse dans les plaines de la Beauce avec ses potes Panafieu, Trintignon, Jo-la-Feuille, Dédé-la-Frotte, Adrien-le-Bique. Le Breton passe rapidement sur la période de la Seconde Guerre mondiale, avouant, presqu’à contrecœur, avoir fabriqué des faux papiers permettant ainsi à quelques juifs d’échapper aux nombreuse rafles de l’époque. Après c’est sa période sud-américaine, parcourant l’Argentine, la Colombie, le Venezuela, côtoyant de près ou de loin truands locaux et immigrés européens : l’ancien champion cycliste José Beyaert, vainqueur du premier tour de Colombie en 1951 ; Lincoln Montero, célèbre pour son Escadron de la Mort brésilien ; le Dr Joseph Mengele, bourreau d’Auschwitz ; Auguste Ricord, considéré comme le caïd de la « French Connection » ; et bien d’autres. Des voyages qui assouvissent sa soif d’aventures et lui fournissent des sujets pour ses romans. Poulbot est toujours présente, mais en pointillés.

Ses mémoires affluent un peu dans le désordre, pêle-mêle, surgissant au gré d’une ritournelle ou d’un souvenir évoqué par Didi, un ancien ami qu’il retrouve place Blanche. C’est également l’occasion pour évoquer Tino Rossi, chanteur débutant encouragé et soutenu par ses compatriotes corses ; Yves Montand échappant de peu aux balles d’un gestapiste français ; Jacques Prévert, l’éternel mégot coincé entre les lèvres. Des mémoires sur lesquelles plane la nostalgie.

Le Breton se fait fort de défendre ses amis les voyous, les truands qui respectaient un code de l’honneur qui n’existe plus aujourd’hui. Il cite volontiers ses livres autobiographiques, Les pégriots, Pour deux sous d’amour, Fortifs, La môme Piaf, Les hauts murs, etc., rappelant qu’il est le coauteur de certains mots comme « rififi » ou « valseur » — arrière-train féminin — …

Un encart central photographique complète cette biographie écrite un peu en l’honneur de la truanderie d’avant guerre.

 

Auguste Le BRETON : Ils ont dansé le Rififi. Mémoires. Editions du Rocher. Parution avril 1991. 364 pages.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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