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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 12:56

Méfiez-vous, votre bouquiniste n'est peut-être pas l'homme qu'il est sensé être...

Roy Harley LEWIS : Mémoires maléfiques

Reconverti bouquiniste, Matthew Coll, « Matt », prend son nouveau métier à cœur.

Il se déplace dans les salles de ventes, décrochant parfois le lot, ou la pièce, convoité par ses clients. Cette fois, il est chargé d’acheter pour le compte d’une bibliothèque universitaire américaine réputée, représentée par Tom Duncan, le journal manuscrit d’Emilia Lanyer, surnommée la Dark Lady des sonnets de Shakespeare.

Coll emporte de haute lutte ce manuscrit et fait, par la même occasion, la connaissance d’une journaliste terriblement séduisante, Charlotte Hesse. Mais le doute s’installe dans son esprit lorsqu’il apprend le décès, dans des conditions pour le moins bizarre, du précédent propriétaire du manuscrit. Et si ce manuscrit était un faux ?

Matt, ex-agent secret, part sur le sentier de la guerre, au grand dam de Duncan, car, si cette hypothèse se vérifie, le renom de son université va s’en ressentir. Grâce à un expert, il contacte les quelques fabricants de papier à l’ancienne encore existants sur le marché. L’un d’eux confirme une commande d’un certain Tarrant. En se rendant à un rendez-vous avec ce dernier, Matt manque de finir ses jours dans une cuve de papier. Plus tard, lors d’une fouille chez Tarrant, il est surpris mais prend le dessus avant de découvrir une photo de Charlotte Hesse.

Duncan lui affirme sa certitude de l’authenticité de l’ouvrage et Matt s’interroge sur le fait que Duncan, à son tour, souhaite l’arrêt de l’enquête. Pour lui, Charlotte doit être l’auteur d’un faux. D’ailleurs bientôt, un courtier lui demande si son client américain serait acheteur d’une lettre ancienne dont le vendeur n’est autre que la jeune femme ! En fait, cette dernière lettre est authentique : on cherche seulement à le discréditer.

Matt charge sa maîtresse, Laura, de devenir intime avec Charlotte pour la surveiller. Et cette dernière finit par avouer à sa nouvelle amie sa liaison avec Forbes, magnat de la presse érotique.

 

 

Dans une ambiance délicieusement rétro et britannique, dans un décor peu souvent exploité, celui des bouquinistes, Roy Harley Lewis construit une histoire classique qui ne manque pas de charme.

Un peu désuet, peut-être, mais au combien reposant. Cependant l’expression « adapté de l’anglais » laisse rêveur. Se pourrait-il que cet ouvrage fût un peu longuet et que la traductrice en ait coupé quelques passages… ennuyeux ? Cela semble possible, car l’épilogue paraît bâclé.

Roy Harley LEWIS : Mémoires maléfiques (The manuscript murder - 1982. Traduction de Catherine Plasait). Collection British N°20. Presses de la Cité. Parution 1990. 212 pages.

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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 06:17

Si j'avais un marteau...

Jack VANCE : Charmants voisins

Le métier de facteur est plus périlleux que certaines personnes pourraient le croire. Outre les chiens agresseurs, des marteaux rencontrent parfois leur crâne, dans des conditions bizarres et mortelles.

Ainsi, Ken Mooney, le jeune facteur qui dessert Madrone Way, à PLeasant Grove, est retrouvé mort, mais le lendemain de son assassinat. Sa tête repose sur un magazine qu'il aurait dû distribuer et dont l'étiquette a été ôtée. Le meurtre remonte à la veille. Et personne n'a aperçu le cadavre et sa camionnette, avant cette réapparition, ce qui pose problème au shérif Joe Bain, du comté de San Rodrigo en Californie. D'autant que Madrone Way est une impasse et que la camionnette est garée tout au bout.

Mais avant de nous intéresser à cette enquête qui se révélera délicate, surtout pour le shérif, remontons quelques années en arrière et attachons-nous à découvrir ce qui aurait pu ressembler à un Club des Cinq, mais qui ne fut qu'un petit groupe de gamins plus ou moins détestables et qui ne s'aimaient guère. Tout au plus se supportaient-ils.

D'abord, par ordre d'entrée en scène : Starr Shortridge, qui joue vraiment à la star. Douze ans, et considérée comme une gamine odieusement prétentieuse. Bill Wipple, quinze ans, de basse extraction et de réputation douteuse, pour les voisins, dont le père tient un garage et un atelier de mécanique. Il vient de construire une cabane dans un arbre situé dans le parc de la riche demeure des Shortridge et cela déplait fortement à Starr qui ramasse un vieux marteau et commence à asséner des coups sur la branche qui sert de support à la maisonnette perchée. Bill veut se rebiffer mais Starr est en compagnie d'Henry, son chien, et l'adolescent ne peut que déguerpir, toutefois sans se presser.

A ce Club des Cinq, le chien ne compte pas, il faut ajouter Alice, une gamine gentille et très belle, la fille des Benjamin. Son père Guy est ingénieur et se trouve la plupart du temps en déplacement à l'étranger, tandis que la mère Grâce est une catholique pratiquante intégriste. Ils viennent de s'installer dans Madrone Way et les parents de Starr, qui aiment recevoir, les ont invités. Marsh, le frère un peu plus âgé de Starr, est subjugué par Alice. Quant à Ken Mooney, il compte parmi les amis de Bill Whipple, joue au foot, est le condisciple des quatre gamins précités, et surtout il espère faire bonne impression sur Alice.

 

Quelques années plus tard. Le père de Ken a reçu en héritage une vieille ferme auberge délabrée qui n'accueille plus guère de consommateurs. Ken, marchande cet édifice situé dans la forêt, promettant de le remettre en état. Mais il est quelque peu velléitaire et surtout démuni. Alors après l'armée il a trouvé cet emploi de postier.

Alice est fiancée à Marsh, et pour l'heure voyage en Europe. Son père est en Inde, toujours pour son travail, et sa mère, toujours aussi peu gracieuse malgré son prénom, est enceinte. Du moins c'est ce qu'a supposé leur voisine Sally Wagner lorsqu'elle l'a aperçue dans une pharmacie d'une paroisse voisine achetant des médicaments pour parturiente. Et comme Sally n'est pas une méchante femme mais ne peut garder pour elle un secret, une information, qu'il lui faut en faire profiter toutes ses connaissances et même les autres, bientôt tout le monde ou presque sait que Grâce attend un nouvel enfant. Quant à Starr, toujours aussi pimbêche elle aimerait bien voyager tout comme Alice, mais ses parents lui refusent ce privilège. Quant à Marsh, il est toujours imbu de lui-même et Wipple égal à lui-même, quelque peu associé à Ken.

 

C'est dans ce contexte délétère que le shérif Joe Bain va devoir enquêter. Le mobile est flou, et les coupables ou présumés coupables sont nombreux, tous quasiment vivant dans Madrone Way. Aux quelques habitants déjà cité, il faut ajouter les époux Hubman, les époux Gentry actuellement dans le Montana, les Mortimer. Et enfin madame Bazzarini, mère de madame Hubman, clouée dans son fauteuil roulant entourée de ses infirmières, et qui aimait bien Ken, lequel s'arrêtait souvent chez la vieille dame pour converser un peu.

Comme aime à le déclarer le shérif, dans une enquête, la première étape consiste à amasser des faits. Alors il se rend chez les uns et les autres, n'est pas toujours bien accueilli, se renseigne auprès du receveur des Postes afin de savoir s'il ne manquerait pas du courrier, si une lettre compromettante devait être distribuée, vérifier les abonnés au magazine dont un exemplaire a servi de repose-tête à Ken... Il envoie ses hommes recueillir les informations, est en butte au journaliste local, Howard Griselda, qui le tanne et n'hésite pas à écrire dans les colonnes de son journal des propos vindicatifs à son encontre. Il retrouve Luna, son amie Artémisienne qui déclare provenir de la planète Artémisia mais est plus souvent dans la Lune, et qui tient une agence de location et est malgré tout de bon conseils, parfois.

Et puis il vit avec sa mère et sa fille Miranda, lesquelles aimeraient déménager de la petite maison en préfabriqué où ils vivent. Pas assez chic pour le standing d'un shérif n'hésite pas à déclarer Miranda qui à seize ans possède déjà des idées bien arrêtées. Or justement l'auberge de Halfway House, la propriété des Mooney, pourrait leur convenir mais elle est un peu chère pour eux. Alors, tout en enquêtant, Joe Bain va essayer de faire fléchir les deux femmes, puis n'y arrivant pas, à obtenir de Mooney père une réduction sur le prix de vente puisque son fils ne pourra plus la retaper.

 

Plus connu pour ses romans de science-fiction, Jack Vance est toutefois l'auteurs de romans policiers qui tiennent non seulement la route, mais sont de véritables petits bijoux comparés à certains romanciers, de son époque bien entendu. On ne peut pas mettre côte à côte des générations différentes. Toutefois, j'aimerai que la jeune génération puisse écrire et concocter des intrigues aussi construites et travaillées, passionnantes et sobres que celles de Jack Vance.

Charmants voisins met en scène quelques personnages qui évoluaient dans Un plat qui se mange froid, et que l'on retrouve avec plaisir.

Jack VANCE : Charmants voisins (The Pleasant Grove Murders - 1967. Traduction de Jacqueline Lenclud). Collection Pocket Noir N°4034. Editions Presses Pocket. Parution mai 1992. 224 pages.

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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 11:05

Le bon temps du Fleuve Noir Populaire ! Mais ça, c'était avant...

Daniel RICHE présente : Futurs Antérieurs, 15 récits de littérature steampunk.

Au sommaire de cet ouvrage, une préface signée Daniel Riche, quinze textes soigneusement sélectionnés par le même Daniel Riche (lequel dirigea notamment les collections Gore et Aventures sans Frontière, fut le rédac’ chef de Fiction, d’Orbites et signa des scénarii de cinéma et de télévision), un dictionnaire des auteurs, des illustrations de Fred Blanchard et Fabrice Le Minier.

Parmi les signataires, Daniel Walther, Roland C. Wagner, Michel Pagel, Laurent Genefort, René Réouven, Jean-Marc Ligny, Jean-Claude Dunyach, Christian Vilà, Francis Valéry et de petits nouveaux prometteurs (pour l'époque) tels que Sylvie Denis, Thomas Day, David Calvo, David Prasson, Yves Letort et enfin quelqu’un qui se fait trop rare Michel Demuth. Mais penchons nous un peu plus sur ce beau bébé.

D’abord, que veut dire Steampunk ?

C’est pour l’auteur un exercice dans lequel il doit imaginer jusqu’à quel point le passé aurait pu être différent si le futur était arrivé plus tôt. Il ne s’agit donc pas d’uchronie, qui réécrit le passé dans un monde différent, mais d’allier le futur au passé avec les armes littéraires et scientifiques dont nous disposons à l’heure actuelle.

Tous les auteurs rassemblés dans ce recueil n’ont pas toujours réussi à interpréter cette définition, mais ne boudons pas notre plaisir.

Avec Celui qui bave et qui glougloute, Roland C. Wagner nous entraîne dans un western parodique et farfelu dans lequel évoluent Kit Carson, les Frères Dalton, et quelques autres personnages bien connus, confrontés au mythe de Chtulhu de Lovecraft. Un pur joyau tout comme Âme qui vive de René Réouven qui redonne vie une fois de plus à quelques romanciers du XIXème siècle avec l’érudition et le talent que nous lui connaissons.

Muchamor de Christian Vilà nous emmène dans la Russie alors que le régime tsariste est sur son déclin et que Raspoutine mène la danse. Michel Pagel renoue dans L’étranger, avec une forme littéraire peu souvent usitée, la narration épistolaire dont le contexte spirite permet à l’auteur de confronter dreyfusards et anti dreyfusards.

Le véritable voyage de Barbicane de Laurent Genefort s’inscrit dans les voyages extraordinaires de Jules Verne, le fabuleux De la Terre à la Lune, et Les premiers hommes dans la Lune de Wells. Jean-Claude Dunyach propose une aventure inédite du professeur Challenger, héros créé par Conan Doyle et le fait évoluer à Toulouse alors que Clément Ader s’obstine à démontrer que le plus lourd que l’air peut voler.

Les textes de Sylvie Denis, David Calvo, Thomas Day ou encore David Prasson sont un ton en dessous mais laissons leur le temps de s’affirmer, quand à celui de Daniel Walther, qui reprend le mythe de Mayerling, il m’a quelque peu déçu. Peut-être parce que j’attendais plus d’un auteur confirmé.

Yves Letort nous invite à découvrir Théophile Grandin, un texte servi par les illustrations de Francis Le Minier.

Quant à la préface de Daniel Riche, elle est justement très riche, érudite, et évite l’écueil du pontifiant. En vérité je vous le dis, ce recueil est une véritable bible que doivent se procurer tous les amateurs d’aventures et de lecture populaire.

 

Daniel RICHE présente : Futurs Antérieurs, 15 récits de littérature steampunk. Collection Grands Formats. Editions Fleuve Noir. Parution 21 avril 1999. 624 pages.

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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 13:13

Un auteur de romans policiers qui se mouille !

Max Allan COLLINS : Pas de pitié pour ceux qu'on aime

Il n'y a pas eu un seul foutu auteur de roman policier digne d'être lu depuis que Dashiell Hammett est mort.

C'est ce que déclare, ou plutôt bafouille Roscoe Kane, lui-même auteur de polars, prédécesseur de Mickey Spillane, à une table devant laquelle sont assemblés une poignée de confrères. Une affirmation qui jette un froid, tous les romanciers présents étant honorablement connus et même reconnus, puisqu'ils sont rassemblés pour la cérémonie annuelle de l'Anthony Boucher Convention, la Bouchercon pour les initiés, à Chicago.

Mallory, auteur invité ayant à son actif deux romans, nominé pour un prix, voue à Roscoe Kane une indéfectible amitié et une admiration sans borne. Pour lui le créateur de Gat Garson est l'un des meilleurs représentants de la profession, mais les goûts ont évolués et Roscoe Kane est quasiment oublié. Cela fait plus de quinze ans qu'il n'a pas publié dans son pays d'origine, et ses ouvrages ont continué à être édités à l'étranger durant encore cinq ans.

Mallory accompagne Roscoe Kane, complètement éméché mais remonté comme une pendule, jusqu'à sa chambre. Kane avoue ne pas avoir pensé tout ce qu'il avait proféré, et entre dans la pièce qui lui a été réservée.

Redescendu retrouver ses comparses en écriture, Mallory discute avec Tom Sardini, l'un des plus grands spécialistes du roman policier, lequel lui apprend qu'un manuscrit de Dashiell Hammett va être publié. Un inédit perdu puis retrouvé quelques mois auparavant. L'Empereur secret tel est le titre de cette œuvre que le capitaine Shaw, le grand manitou de Black Mask, aurait refusé, alors qu'il avait auparavant publié en feuilleton La Moisson rouge.

Ce manuscrit sera édité par Mystery House, une maison d'éditions spécialisée dans la réédition de polars "importants", souvent dans des éditions de luxe. Justement Gregg Gorman, le propriétaire de cette maison d'éditions est présent à la Convention. Mais les relations entre Mallory et celui qu'il considère comme un aigrefin, ne sont pas au beau fixe. Cynthia Crystal, romancière œuvrant dans le genre Agatha Christie puis Mary Higgins Clark, qui a écrit une biographie faisant autorité sur Hammett, est également présente. Et il ne faut pas oublier Mae Kane, la troisième femme de Roscoe.

Normalement Roscoe Kane devait retrouver sa femme à la réception mais il a dû oublier car l'heure passe et il n'est pas redescendu. Et il ne redescendra plus jamais, sur ses deux jambes du moins, car Mallory qui a accompagné Mae, le découvre mort dans sa baignoire.

 

Accident, suicide, assassinat ? Toutes les hypothèses peuvent être envisagées, mais la thèse de l'accident est privilégiée par le coroner venu constater la mort de Kane. Mallory penche plutôt pour un meurtre, et il va s'attacher à démontrer que ses soupçons ne sont pas des fariboles.

 

Outre une intrigue policière classique et agréable, Max Allan Collins nous offre un voyage dans les arcanes des rencontres d'auteurs, avec les amitiés et les inimitiés inhérentes à chacun de ces personnages, auteurs adulés, décriés, réels ou fictifs. Et coups de griffes au passage pour ceux qui se prennent pour de petits génies, encenseurs de tout poil ou démolisseurs jaloux de légendes. De petits conseils, des hommages appuyés, de l'humour, tout cela sur fond de vérité, qui peut déplaire à quelques romanciers mais fait la joie du lecteur, embellissent l'intrigue.

 

Mais plus qu'une longue et ennuyeuse digression sur les différents aspects et relations entre tous ces personnages et leurs prédécesseurs, quelques citations choisies au hasard devraient illustrer mon propos avec plus d'intensité et de respect.

Ainsi Kane déclare avec emphase :

J'étais le plus grand nom du livre de poche quand Spillane est arrivé et a secoué le petit monde du poche avec ses polars sanglants. C'était pendant l'après-guerre et les anciens combattants réclamaient des trucs plus virils, et malgré tous ses défauts, Spillane ne l'ignorait pas. Vous ne pouvez pas proposer à un gars qui s'est battu lors de la dernière offensive allemande un bouquin où un type en complet blanc tire un type en complet noir et fait un gentil petit trou bien propre dans son costard de méchant.

 

Cynthia Crystal, romancière et auteur d'une biographie de Dashiell Hammett énonce :

J'ai toujours admiré Hammett, dit-elle. Ce n'est pas un secret. Mon œuvre est une sorte de mariage improbable entre Hammett et Christie, mais le roman noir après Hammett est bien vite devenu d'une niaiserie abyssale. Chandler a quelques mérites, sans doute; mais qui d'autre ? Mickey Spillane ? Ne me gâche pas mon petit déjeuner. Ross McDonald ? A la rigueur.

Quant à Mallory lui-même, le narrateur et auteur de romans policiers, il déclare sans ambages :

Je vais vous expliquer : les petites choses auxquelles les auteurs accordent le plus d'importance dans leurs romans - une métaphore incohérente par-ci, une phrase tarabiscotée par-là, un passage enlevé mais hors sujet - sont bien souvent ce qu'il faut impérativement couper. Mais bien sûr, si je censurais toutes les pages qui me plaisent dans mes romans, je ne publierais plus que des nouvelles.

Donaldson, auteur invité lui aussi, répond par cette déclaration à cette question fondamentale : M. Donaldson, que pensez-vous de Hammett et Chandler ?

Hammett a écrit un très bon livre, un livre valable et trois très mauvais livres. Quoique très supérieur, Chandler était toutefois très limité; après tout il a écrit le même livre sept fois de suite. A mon avis, l'écrivain moderne qui utilise comme véhicule de son art le roman avec détective privé doit remercier ces deux auteurs et s'efforcer d'aller beaucoup plus loin qu'eux.

Un roman jouissif qui devrait plaire à tous ceux qui s'intéressent à la littérature policière, ils y trouveront des clés et ils pourront toujours essayer de découvrir qui se cache, parfois , parfois certains des invités. Ainsi l'un des invités présents se nomme Brett Murtz, et l'on ne peut s'empêcher de penser à Brett Halliday et John Lutz, pour de multiples raisons.

 

Max Allan COLLINS : Pas de pitié pour ceux qu'on aime (Kill your Darlings - 1984. Traduction Jean-Paul Schweighaeuser).Collection Le Masque jaune. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution septembre 1990. 224 pages.

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 10:33

Comme un ouragan...

François RAHIER : L'ouragan des Enfants-Dieux.

Dans le froid, la neige, deux hommes surveillent deux enfants et un chien qui s'ébrouent, s'ébattent en riant.

Ce sont des chasseurs d'une espèce nouvelle. Des chasseurs d'enfants.

Il les traquent et les conduisent à une destination inconnue. Des rumeurs circulent. Il paraitrait que les gosses serviraient à alimenter en chair fraîche des laboratoires. Des rumeurs.

Depuis l'explosion, conséquence funeste d'adultes jouant à la guerre, tout est désorganisé, retour à un monde aride et inhumain. Les pillards quadrillent les vallées, les montagnes.

Entre Hilberto, le chef du convoi, et Jori, le gamin arraché à se tranquillité, la méfiance règne. La méfiance et la haine. Hilberto et ses six compagnons qui se disputent un pouvoir illusoire encadrent une quarantaine d'enfants perdus dans la tourmente d'éléments déchaînés.

C'est l'hiver, saison de la froidure et aube de la création.

Jori veille sur Mogol, le petit débile, et sur Husband le chien. Chez les enfants comme chez les adultes, des clans se forment. Des complots se fomentent, des idées de révolte gagnent les esprits. La caravane avance péniblement, bravant tous les dangers.

La nature et l'homme conjuguent leurs efforts, accumulant les embûches sur leur route. Au bout du voyage, le printemps ou l'enfer.

 

L'ouragan des Enfants-Dieux est construit comme si deux histoires prenaient le relais, s'imbriquant peu à peu l'une dans l'autre.

La première partie, à la narration plus fluide, relate l'intégration de Jori et de ses deux compagnons dans le convoi et le long cheminement dans la nature hostile et déchaînée.

La seconde partie, plus hermétique, se veut un peu la parabole sur les progrès de la science et leurs applications à des fins malveillantes.

Mais c'est surtout l'antagonisme dans les relations entre enfants et adultes qui prévaut, et l'incompréhension entre deux mondes, deux époques de la vie, le tout régit par la méfiance et les mensonges.

 

François RAHIER : L'ouragan des Enfants-Dieux. Collection Anticipation N°1853. Editions Fleuve Noir. Couverture de Florence Magnin. Parution décembre 1991. 192 pages.

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 14:23

Ne s'use que si l'on s'en sert ?

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons et la pile atomique.

Tout comme le monde en général change, grâce ou à cause des nouvelles technologies par exemple, les romans jeunesse d'aujourd'hui ne possèdent plus la même tonalité que ceux que nous pouvions lire il y a cinquante ans.

Le style et la façon de raconter, le sujet et le contenu diffèrent parfois profondément. Pour s'en rendre compte il suffit de lire deux ouvrages parus ou réédités récemment : Tu ne sais rien de l'amour de Mikaël Ollivier ou Luz de Marin Ledun, dont vous trouverez les liens en fin d'article, et qui s'adressent plus à des adultes qu'à des préadolescents et celui dont je vous propose la lecture aujourd'hui.

Il eut été impensable dans les années cinquante ou soixante de mettre en scène des adolescents, des deux sexes, de quatorze ans coucher dans la même chambre, le même lit et s'adonner au simulacre de la reproduction, ou s'adonner aux boissons alcoolisées.

Les héros de notre enfance étaient plus sages tout en vivant des aventures exaltantes. Mais surtout ils proposaient ce goût de l'aventure et de l'identification au(x) héros, sentiments que l'on ne ressent plus forcément avec les romans pour adolescents qui nous sont présentés de nos jours.

 

Ainsi dans Les six compagnons et la pile atomique, roman écrit par Paul-Jacques Bonzon, un instituteur né en 1908 dans la Manche, plus exactement à Sainte-Marie-du-Mont, village où s'est installé depuis quelques décennies Gilles Perrault. Après ses études à l'Ecole Normale de Saint-Lô et enseigné dans son département natal, Bonzon est muté dans la Drôme, ayant épousé une native de ce département, elle-même enseignante. Il termine sa carrière en 1961 se consacrant alors à son métier d'écrivain pour enfants.

Et c'est tout naturellement que Paul-Jacques Bonzon va prendre pour héros des gamins de douze et treize ans issus du quartier de La Croix-Rousse, ou comme Tidou, le personnage principal et narrateur, de la Drôme et plus exactement de Reillanette ou Reilhanette. Son père ayant trouvé un emploi dans la capitale des Gaules, Tidou a débarqué à Lyon et son premier contact avec cette ville est plutôt décevant. Mais il se fera des copains en la personne de Corget, chef incontesté de la bande, et de Mady, une jeune handicapée. Suivront un peu plus tard Gnafron, la Guille, Bistèque, le Tondu, des surnoms en référence à leur physique ou à la profession du père. Sans oublier Kafi, le chien de Tidou.

Au moment où débute cette histoire, le maître (on ne parlait pas encore de professeur des écoles, un barbarisme) donne le clap de fin. Les vacances vont pouvoir commencer et Tidou se réjouit d'aller à Reillanette, son village, et retrouver Mady, sa copine d'enfance. Mais pour Corget et les autres compagnons de la Croix-Rousse, comme ils ont été surnommés, commence une période d'ennui. Que faire durant ces semaines estivales de vacances scolaires ?

L'idée est simple. Et si tout le monde partait ensemble, sans oublier Kafi le chien, à Reillanette ? Aussitôt envisagée, l'idée est aussitôt approuvée. Les parents ayant accordé leur aval, il ne reste plus qu'à se préparer pour ce voyage long de deux-cent-cinquante kilomètres environ. La bande descendra le Rhône à bicyclette en trois étapes, et afin de ne pas fatiguer Kafi, il voyagera dans une carriole attachée à l'un des vélo. Seulement un imprévu se dresse devant eux. Trouver des vélos ne pose aucun problème, ceux des parents ou grands-parents seront réquisitionnés. Le problème, c'est La Guille. Il ne sait pas faire de vélo. Quelques exercices pourvoiront à son apprentissage et enfin le grand jour est arrivé.

Les deux premières journées se passent sans incident où presque. La Guille se retrouve parfois à terre, mais ce n'est pas grave. Et puis il faut compter avec les crevaisons également. La petite troupe repart, et les voici arrivés près de Marcoule, la nouvelle structure nucléaire. Ils couchent à la belle étoile mais au petit matin, Kafi a disparu. Ils attendent la levée du jour pour le rechercher. Ils battent les bois et ne le découvrent que quelques longues minutes plus tard. Il est blessé, mais ils ne parviennent pas à déterminer ce qui a pu provoquer cette blessure. Ils repartent et arrivent enfin à Reillanette où Mady les attend allongée dans sa chaise longue. Sa maladie l'oblige à rester le plus souvent couchée, mais elle profite du soleil, ce qui ne peut que lui faire du bien.

Tidou retrouve avec plaisir un copain d'enfance, Frigoulet. Ils vont dormir dans un vieux moulin délabré sur des meules de foin. Ils ne possèdent pas beaucoup d'argent et cela n'obèrera pas leur pécule. Et comme un vétérinaire coûte cher, Frigoulet leur enseigne l'adresse d'un rebouteux, un vieil homme amoureux des animaux qui découvre dans la plaie de Kafi une balle provenant d'un revolver.

Des campeurs, deux hommes et un enfant, se sont installés non loin du moulin, mais leurs déplacements intriguent Tidou et ses amis. D'autant que s'ils se déplacent souvent en voiture, c'est de nuit.

Les six compagnons vont faire un lien entre ces hommes, qui cachent des armes dans leur tente et un coffre énigmatique d'où s'échappe un tic-tac pouvant être celui d'une petite bombe à retardement, et la blessure de Kafi. Ils en parlent aux gendarmes qui ne croient pas à leurs assertions, et visiblement se moquent d'eux.

 

Première édition 1963.

Première édition 1963.

Un roman bien dans l'esprit de l'époque. Les préadolescents pouvaient en toute confiance de leurs parents, partir en vacances, sans que planent sur leurs têtes des menaces actuelles, disparitions, enlèvements, accidents de la circulation. D'ailleurs la circulation automobile était moindre. Les six compagnons prennent de petites routes pour atteindre leur but. Et cela fournit des indications sur l'état d'esprit, la mentalité, les mœurs d'une époque qui n'est pas si éloignée de nous.

Les gendarmes ! s'écrie Gnafron, ils ne nous écouteraient pas. Parce que nous portons des culottes courtes, personne ne nous croirait.

Il n'existe pas de leur part une peur du gendarme, mais une méfiance, et ils ont raison car effectivement les gendarmes dont ils sollicitent l'aide les prennent pour des affabulateurs.

 

Mais il est bon de savoir qu'à l'époque où est paru ce roman, 1963, la menace nucléaire n'était pas aussi prégnante qu'aujourd'hui. De nos jours il existe les pro-nucléaires pour des raisons principalement économiques et financières, et les antinucléaires qui songent aux conséquences désastreuses éventuelles.

Tout en cassant la croûte, nous parlons de Marcoule. Le mot "atomique" nous impressionne terriblement. Mais nous sommes trop fatigués, bientôt nous ne pensons plus qu'à dormir.

Cette mystérieuse usine est un peu au cœur de l'intrigue, et des agrandissements, des aménagements sont réalisés. Mais le danger qu'elle représente est vaguement évoqué, tandis que de nos jours elle en serait presque le personnage principal.

 

Alors même si certains peuvent qualifier cette histoire de simplette, elle offre ce plaisir lié à l'enfance, où le plaisir de la lecture primait sur la télévision, les jeux vidéos. Evidemment il paraît que la lecture est un plaisir solitaire mais il est amusant de constater que dans la plupart de ces romans, les enfants connaissent des aventures épiques en bande. Bien sûr une certaine moralité se dégageait de ces romans prônant l'amitié et la solidarité, des valeurs qui devraient toujours exister.

De nos jours ce sont des faits de société qui nous sont imposés la plupart du temps, chômage, drogue, agressions sexuelles. Didier Daeninckx avait ouvert la brèche dans les années 1980 dans ses romans publiés chez Syros, entraînant de la part de certains chroniqueurs une réflexion de démagogie et de rejet, et depuis la plupart des romanciers pour juvéniles se sont emparés de ces thèmes. Il est bon d'en parler et de dénoncer certaines pratiques, mais il est bon également de laisser une part de rêve dans les romans pour enfants.

 

Réédition de 1990.

Réédition de 1990.

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons et la pile atomique. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. 190 pages. Réédition mars 1979.

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 13:49

Hommage à Arthur Upfield, né le 1er septembre 1890.

Arthur UPFIELD : L'homme des deux tribus

Au sud de l'Australie s'étend une immense plaine désertique, inhospitalière, baptisée Nullarbor, pas d'arbre.

Seuls s'érigent quelques villages, petits points reliés par une longue ligne de chemin de fer et des exploitations agricoles dont la vocation est l'élevage.

Depuis plus de cinq semaines, Easter, le brigadier de gendarmerie de Chifley, passe son temps à rechercher les traces de Myra Thomas, une jeune femme disparue à l'un des arrêts du Transcontinental. Disparition d'autant plus mystérieuse que Myra venait d'être acquittée du meurtre de son mari.

Selon une légende aborigène, Ganba, un esprit malin, enlevait les jeunes filles ou femmes pour les dévorer. Et nombreux sont ceux qui pensent que le vieux Ganba vient de commettre un nouveau forfait.

L'inspecteur Napoléon Bonaparte est dépêché par l'administration afin de reprendre l'enquête de zéro.

Pour cela il endosse l'identité de William Blake, pseudo neveu de Patsy Lonergan, prospecteur, trappeur, chasseur de dingos - espèce de renards australiens - qui vient de mourir d'une crise cardiaque suite à une cuite carabinée.

Le vieux trappeur avait consigné dans son journal son itinéraire, jour par jour, les petits faits anodins qui émaillaient ses pérégrinations, dans la relève de ses pièges.

Une nuit il a entendu et vu un hélicoptère, la nuit même de la disparition de la jeune femme. Y-a-t-il corrélation entre ces deux événements ?

L'identité, la provenance, la destination de l'appareil ne sont mentionnées nulle part.

Alors, partant de Mount Singular, une exploitation où Lonergan disposait d'un refuge, l'inspecteur Napoléon Bonaparte, Bony pour tout le monde, va remonter la piste du trappeur, empruntant un itinéraire aux noms évocateurs mais inscrits sur aucune carte ou relevé topographique, se fiant à l'instinct et au flair des deux chameaux et du chien de Lonergan, malgré les propos dissuasifs des habitants de Mount Singular.

 

Bony est un homme de terrain, d'origine aborigène, possédant dans le sang les qualités de patience, d'endurance, de déduction, d'observation de ses ancêtres. Toutes qualités dont il aura bien besoin pour mener à bien sa mission.

L'Australie, terre de rêves, de légendes, de migrations, est un pays que la plupart d'entre nous connaissons uniquement par des clichés, nullement révélateurs.

Sidney, Melbourne, les troupeaux immenses de moutons, les kangourous, les boomerangs, le rugby, voilà tout le folklore que l'on peut associer aux paysages désertiques du Bush australien.

Grâce à Arthur Upfield, précurseur du polar ethnologique, genre à qui Tony Hillerman doit une grande partie de ses succès, adaptant la recette pour mettre en scène ses limiers Navajos, nous découvrons un univers inconnu, différent.

Les descriptions de la culture aborigène, ses légendes, les mœurs de son peuple, ses coutumes, alliés à des intrigues solides, permettent au lecteur avide d'évasion, de grands espaces, de pouvoir contenter son envie à satiété sans pour autant être confronté à des ouvrages arides, ennuyeux, rébarbatifs, ou par trop pédagogiques.

Arthur UPFIELD : L'homme des deux tribus

Arthur UPFIELD : L'homme des deux tribus (The man of two tribes - 1956. Traduction de Michèle Valencia). Collection Grands Détectives N°2226. Editions 10/18. Première édition 1991. Réimpression 2008.

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 14:30

Tu vas réveiller les voisins...

Hank JANSON : Faut pas crier, chérie !

Malgré quelques nouvelles publiées et des pièces radiophoniques dont le succès obtenu au début n'a pas connu de suite, Amber Blake est dans la dèche. Alors il décide de quitter son logement en partant à la cloche-de-bois, laissant avec regret sa chère machine à écrire et n'emportant pour tout viatique que quelques objets dont un stylo et une édition défraîchie de Guerre et Paix.

Alors qu'il s'éclipse, sans annoncer à sa logeuse son départ définitif de Chicago, Blake se voit remettre une lettre en provenance d'Hastings. Au cours des dernières semaines, il a envoyé un nombre incalculable de demandes d'emploi, et c'est l'unique réponse qu'il reçoit. Il estime que c'est trop tard et décide de retourner chez lui, en Californie. Il est pris en stop par un camionneur complaisant malheureusement son voyage s'arrête net à Hastings, à cause d'une panne.

Puisqu'il se trouve dans cette ville sans vraiment l'avoir désiré, peut-être un signe du destin, Blake décide alors de se rendre à l'adresse indiquée, n'ayant guère de d'espoir. Il se présente donc devant une riche demeure, mais les ennuis commencent dès l'entrée. Le domestique lui signifie sèchement qu'il faut prendre rendez-vous. Brandissant la lettre comme un talisman, Blake peut enfin être dirigé dans un bureau où il est accueilli par une jeune femme avec laquelle il doit une fois de plus tergiverser, démontrer qu'il est bien Amber Blake, malgré son prénom féminin, et qu'il se présente pour la place revendiquée. Enfin il est reçu par Mme Eleanor Knight, la patronne, héritière des usines que possédait son mari décédé quelques années auparavant

Après un test sur ses connaissances philosophiques, Blake est enfin embauché pour écrire un livre à la place de sa nouvelle patronne. Il est logé, nourri et surtout sa garde-robe est remplacée avantageusement par des vêtements neufs et dispendieux. Tout irait pour le mieux s'il n'était émoustillé par la présence de Carol, la secrétaire et nièce d'Eleanor qui joue le chaud et le froid sur ses sens.

Mais bientôt Blake se retrouve coincé entre Carol et Eleanor qui le veulent toutes les deux dans leurs lits. Et qui y arrivent. Seulement, Blake doit prendre ses précautions, Eleanor ne devant pas savoir qu'il fricote avec Carol. Tout se complique lorsqu'Eleanor décide de coucher Blake sur son testament, en reconnaissance de ses bons services. Au détriment bien entendu de Carol. Et comme il fallait s'y attendre, les deux jeunes amants sont surpris par la vieille dame qui les et immédiatement à la porte avec armes et bagages.

Car Eleanor est découverte assassinée et Blake est arrêté par les policiers.

 

Ce roman aurait pu figurer au catalogue de la Série Noire, le thème de deux femmes d'âge différent se partageant parfois à leur insu le même homme, ayant été traité à moult reprises, et par des auteurs aussi bien renommés que par ceux qui sont aujourd'hui considérés comme des nanars, Carter Brown en tête.

Mais le contenu jugé sulfureux pour l'époque ne convenait-il pas forcément à la Série Noire. Pourtant de nos jours ces quelques pages dont l'érotisme paraît bien fade comparé aux textes publiés dans des collections sérieuses (ou jugées comme telles). Le narrateur se montre cynique dans certaines descriptions, surtout celles qui concernent Eleanor, comme en pourra juger le lecteur d'après ce passage :

Sa chemise de nuit, dénouée avait maintenant glissé jusqu'à la taille et je pouvais ainsi voir ses seins flasques et volumineux crouler vers ses aisselles.

Je distinguais les pattes d'oie au coin des yeux, les rides profondes de son cou, mais ses bras m'enserraient et je me sentais emporté dans un tourbillon. Je n'avais pas désiré que cela se passe ainsi mais je n'étais plus maître de la situation.

De la main gauche, à tâtons, j'éteignis la lumière. Ne pas la voir faciliterait les choses.

Ses lèvres trop humides se collèrent aux miennes avidement tandis que ma main se lançait à l'exploration des cuisses fermes mais grasses, effleurant la toison crépue qui s'étendait sous le ventre trop rond.

Eleanor ronronnait de plaisir, écartait ses cuisses, s'offrait toute entière...

Je ne me fis pas prier davantage...

Fin du passage dont la suite est :

Il n'y a que le premier pas qui coûte.

 

Le traducteur a-t-il voulu rester fidèle au texte ou est-ce une erreur due à un manque d'inattention, mais dans les premières pages Eleanor Knight paraît quarante ans puis, page 89, Carol annonce qu'elle en a cinquante cinq. En soi, ce n'est pas trop grave, sauf que la description physique ne correspond guère aux deux âges avancés. Ou alors cette charmante (!) femme qui répond d'une seul coup au doux prénom d'Elsa (!), est vraiment décatie avant l'âge permis.

Les policiers américains sont décrits comme brutaux, obtus, dans la tradition des romans noirs, surtout lorsque le contexte s'y prête. En effet le District Attorney doit se présenter pour sa réélection, et une affaire bouclée rapidement servirait ses projets.

 

Hank JANSON : Faut pas crier, chérie !

Quelques mots sur l'auteur :

Hank Janson, de son vrai nom Stephen D. Frances (1917 - 1989), utilise son pseudonyme pour en affubler dans certains de ses écrits son narrateur, dès 1946. Mais ici il s'agit d'un autre personnage, calqué sur Hank Janson le personnage. Seuls quelques romans signés Hank Janson dus à la plume de Stephen Frances ont été traduits en France, deux dans cette collection Votre roman noir, Madame, ce roman et Les jupes lui donnent du souci (N°4 en 1953), un autre dans la collection Détective-Pocket N° 61 chez Bel-Air, en 1955, Razzia sur la drogue.

Le nom de Hank Janson est devenu un collectif d'auteurs, et les romans publiés dans la collection L'Aventurier au Fleuve Noir, entre 1966 et 1972 :

119 : A la va-viet (Never center)

120 : Fan-Fantare

121 : Yé-yé Yemen (Hot Line)

125 : Vaudou veau d'or (Voodoo violence)

128 : Ding dong dingues (A girl in hand)

187 : Intoxicomanie.

 

Quelques liens pour mieux connaître Hank Janson et son oeuvre :

 

Hank JANSON : Faut pas crier, chérie ! (Baby, don't dare squeal - 1951. Traduction de M. Nicols). Collection Votre roman noir, Madame. Editions Le Condor. Parution décembre 1952. 192 pages.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 06:45

Hommage à Michel Grisolia, né le 18 août 1948.

Michel GRISOLIA : L'amour noir.

« Il faut se montrer humble si on veut trouver sa place. Ce que serait sa place, Antoine l’ignorait, mais il était décidé à s’en faire une ».

Antoine Louvier est un être complexe, ambigu, qui réagit presque comme un marginal alors qu’il voudrait se fondre dans l’anonymat des êtres simples, sans histoires. Une vie linéaire : voilà ce à quoi il aspire mais pourtant à chaque fois, il agit, réagit en individu troublé, insatisfait, imprévisible.

De son enfance, il ne se souvient que d’une mère, obscure artiste, plus préoccupée d’elle que de ses enfants. Alors, Antoine se marie à dix-neuf ans, avec Jennifer, une Américaine, qu’il délaisse aussitôt pour parcourir les Etats-Unis. Revenu à Paris, c’est pour trouver son épouse dans les bras d’un autre homme.

Il tue cette femme qui n’a eu que le tort de vouloir vivre. Après un séjour de trois ans en prison, trois ans qui, paradoxalement, n’auront sur lui aucune emprise, Antoine revient à Nice, sa ville natale. Il est pris en charge par Philippe, un jeune homme dont il a fait connaissance dans le train qui les redescendait sur la Côte. Philippe lui procure un emploi à l’Hôtel Marbella, que dirige Madame Micheline, une femme très proche de ses employés.

En prison, Antoine n’a pas connu la souillure de la promiscuité et, à Nice, il reste calfeutré dans sa chambre en dehors de ses heures de service, ne cherchant pas à renouer avec le passé, avec sa famille. Il reste replié sur lui-même, ne se réveillant qu’au contact de Dominique, une cliente de l’hôtel qui traîne derrière elle : un passé trouble, énigmatique, un petit garçon, Christopher, et un Anglais, la cinquantaine avantageuse qui la suit, la surveille, s’instaurant comme l’ombre du défunt mari de la belle Dominique, un certain Richardson.

Pour Antoine qui ne rêve que d’anonymat et de conformisme, c’est encore une occasion de se mettre en vedette. Et cet amour-passion qui devrait les exalter, n’est que l’antichambre de la descente aux enfers. Dominique, Christopher et Antoine, un trio qui s’entend bien. Entre Christopher et Antoine, s’établit une complicité, plus forte que des relations filiales. Dominique décide même que tous trois vont quitter Nice, la France. D’ailleurs, elle a déjà les billets d’avion.

 

L’amour noir n’est pas un roman policier, c’est un roman noir, un hymne à l’amour dont la chute est surprenante, mais en même temps logique. Si l’on tente de se mettre dans la peau du personnage — ce qui n’est pas toujours facile à cause de son imprévisibilité — on se rend compte qu’il ne pouvait agir, réagir que de cette façon suicidaire, ambiguë et sacrificielle.

Réédition Le Livre de Poche. 1991.

Réédition Le Livre de Poche. 1991.

Michel GRISOLIA : L'amour noir. Editions Flammarion. Parution 14 février 1990. 250 pages. 14,70€.

Réédition Le Livre de Poche. 1991.

Existe en format numérique à 4,49€.

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 14:54

Une enquête d'Eliot Ness ...

Bob GARCIA : L’Ipotrak noir.

Une nuit de 1930, Eliot Ness, qui venait à peine de se coucher, est appelé pour l’explosion du club de jazz le Comedia, l’un des hauts lieux de rencontre de la pègre locale.

Les pompiers tentent de circonscrire les flammes qui embrasent le quartier et les ambulanciers ont déjà évacué deux survivants. Gerry, trompettiste de jazz, qui donnera une fausse identité, et un amnésique qui s’affublera du nom de Peter Riendutout mais porte un bracelet avec les initiales S.C. ne font pas de vieux os à l’hôpital.

Parmi les décombres Ness et ses hommes retrouvent le patron du club qui parvient peu avant son décès à prononcer quelques mots, rien de bien concret. Un autre survivant s’enfuit dans le noir.

Pendant ce temps dans un restaurant situé à l’autre bout de la ville, sont réunis Al Capone, Penderson, le maire de Chicago, Wesley, entrepreneur de BTP et Emma, sa femme, une épouse effacée qui vit avec des souvenirs, et Tingle, journaliste à la botte du truand. Il s’agit de mettre au point un nouveau racket sur la crémation et un chantier d’intérêt général consistant à élargir les rues de la ville.

Ness, lui aussi, est rongé par des souvenirs qui le taraudent la nuit sous forme de cauchemars. Son enfance perturbée dont font partie Emma et Wesley, avec en prime le cadavre d’une gamine.

Gerry et Peter (respectons son choix de prénom, qui n’est pas le sien, de choix, mais celui de Wendy, la fille de Gerry lequel vit avec son père et ses enfants qui ne sont pas ses enfants, mais bon le sujet n’est pas là…) sont donc sortis des griffes de la police, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Tingle, journaliste véreux, si ça existe, la preuve, annonce dans un article que S.C. ça veut dire Stanley Creeps.

Peter croit avoir retrouvé son identité, hélas lorsqu’il arrive chez le dénommé Creeps, détective de son état, c’est pour être confronté à un mort de fraîche date. Les policiers sont sur ses talons et il a juste le temps de leur fausser compagnie.

 

Ce ne sont que les débuts d’une aventure concoctée par Bob Garcia, aventure qui pourrait se décliner en trois actes et un tableau final et dont la décomposition serait : primo roman criminel avec Al Capone dans le rôle du méchant, châtié à la fin comme de bien entendu, deuzio le roman du souvenir et du suspense avec les doubles quêtes de Ness s’accrochant à un souvenir infantile tenace et celui d’un amnésique à la recherche de son patronyme et de sa profession, enfin tertio une partie empruntant au roman d’aventures exotiques et mystérieuses dont le cadre est emprunté aux découvertes égyptologiques.

Quant au final, éblouissant et à double détente, il réserve de nombreuses surprises et donne la clé à un roman dont le lecteur pouvait se demander pourquoi il existait tant d’épisodes différents qui se succédaient sans avoir véritablement de lien, sauf celui de l’amnésique et du personnage bien réel de l’incorruptible.

Un premier roman, si je ne m’abuse, qui use de nombreuses ficelles mais avec une maestria indéniable et une volonté de renouveler le genre, d’épater le lecteur. Bref une réussite qui augure d’une imagination fertile tout en se demandant si l’auteur ne s’est pas laissé à trop vouloir en mettre et risqué de se griller les ailes avec un seul livre alors qu’il avait la possibilité et la trame d’en écrire plusieurs .

Bob GARCIA : L’Ipotrak noir. Editions E-Dite. Parution 8 Mars 2004. 350 pages.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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