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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 08:31

Bon anniversaire à Jean-Jacques Reboux, né le 29 octobre 1958.

Gabriel LECOUVREUR : Parkinson le glas.

On l’attendait depuis des années et enfin il paraît, comme l’enfant attendu dans un foyer : un volume du Poulpe signé Gabriel Lecouvreur himself (en français dans le texte) !

Gabriel qui commence en avoir marre des bastons, de la castagne, des retours de bâton, qui aspire enfin à quelques jours de vacances. La preuve, c’est qu’il se fait enlever par des malotrus alors qu’il dégustait un délicieux sandwich près de la pyramide du Louvre. Un incident qui ne passe pas inaperçu, un Japonais amoureux de sa femme et de son caméscope filmant ce kidnapping réalisé en plein jour.

Un séjour à Belle-Île avec Chéryl, accompagnée d’Odile, grande prêtresse de la télévision, catégorie reality show, c’est synonyme de farniente, de repos, de douceurs, de gastronomie locale, le tout arrosé de bière comme il se doit. Avec dans ses bagages un roman d’Hemingway. Sauf que quelques individus déplacés dans le paysage s’acharnent à lui pourrir la vie, que Vergeat des R.G., son ennemi intime, s’attache à ses basques, et qu’il va se découvrir père d’un adolescent à peine majeur. Antoine, c’est le prénom du rejeton.

Et voilà notre Poulpe embringué dans une vilaine histoire salée, embrumée, sur une île enchanteresse qui se transforme en endroit cauchemardesque. Heureusement Bruno Masure est là pour détendre l’atmosphère, avec ses jeux de mots, ses calembours, et ses relations télévisuelles.

L’intérêt d’un tel ouvrage, c’est théoriquement de démêler l’intrigue, de se laisser porter dans une nouvelle aventure d’un Robin des bois moderne. Oui, sauf que pour une fois, une autre intrigue s’attache au récit : qui a écrit sous le pseudo de Gabriel Lecouvreur. Un nom a été avancé : Thierry Jonquet. Cela a été démenti, officiellement ou officieusement. Alors reste à rechercher qui aurait pu écrire cette histoire fort bien menée. Des noms me viennent à l’esprit, tels que Tonino Benacquista, dont dans ses romans un héros s’appelle toujours Antoine, ou Tonio ; Bruno Masure lui-même, se mettant en scène avec cette dérision qui le caractérise ; Hervé Claude, lui aussi ancien journaliste à la télévision, ou pourquoi pas Jean-Hughes Oppel. Ou d’autres. Toutes les supputations sont acceptées. Quoiqu’il en soit, ce roman vaut d’être lu pour la façon dont l’intrigue, l’histoire est développée, et pas uniquement pour l’écrivain qui se cache derrière le pseudo de Gabriel Lecouvreur.

Ça, c'était ce que j'avais écrit dans la revue L'Annonce-bouquins 191 lors de la sortie du roman. Depuis, l'identité de l'auteur a été révélée : il s'agissait ni plus ni moins de Jean-Jacques Reboux, grand amateur de poules mais pas de poulets.

Si ce roman existe en version numérique, il serait bon de le rééditer en version papier. Mais, ça, c'est à l'éditeur d'y penser.

 

Gabriel LECOUVREUR : Parkinson le glas. Le Poulpe 234, éditions Baleine. Paru le 1er février 2002. 266 pages.

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 12:23

Bon anniversaire à Jean-Paul Demure, né le 23 octobre 1941.

Jean-Paul DEMURE : AIX ABRUPTO.

Caissière dans un supermarché de la région parisienne, Sandrine Pereire décroche un contrat de cantatrice pour le festival d'Aix en Provence où elle doit interpréter le personnage de Papagena dans la Flûte enchantée de Mozart. A Aix, c'est la grande effervescence pré-électorale des municipales. Jibé, instituteur et militant du groupe la Brosse à chiendent, colle des affiches contestataires un peu partout dans la cité en compagnie de Vincent. Les deux hommes sont pris à partie par de gros bras. Dans le coma, Vincent est emmené à l'hôpital.

Le conseiller Pigasse, brigue la place de premier adjoint, sachant que la tête de liste ne tiendra pas la route et que son chemin de premier édile de la cité est tracé. Il assure ses arrières avec l'aide de Mr Prosper, tenancier d'une boite de nuit en cheville avec des truands marseillais et un inspecteur de police, Durbé, qui sait fermer les yeux quand ses intérêts sont en jeu. Patrice, animateur dans une radio-locale, se fait un malin plaisir de dénoncer sur les ondes les magouilles, les travers commis par les édiles et les personnages influents de la cité. Il reçoit Jibé, lequel raconte la rixe les ayant opposés Vincent et lui aux nervis d'un candidat, décrivant même l'un de ses agresseurs, vite repéré comme le videur de la boîte de nuit de Mr Prosper. Maginus, un simplet, à l'incitation de sa mère, traine dans la ville et essaye de se faire un peu d'argent, déguisé en Papageno, jouant de la flûte. Il est photographié en compagnie de Sandrine à la terrasse d'un café.

Pigasse surprend Béatrice, sa maîtresse, dans les bras d'un gamin, ce qui l'atteint dans son orgueil de mâle. Il la révoque mais elle possède des photos compromettantes.

Maginus, attiré par des gémissements, découvre dans la cave du cabaret Le Salomé un moribond. Il prévient l'inspecteur Durbé, ignorant que celui-ci est de connivence avec le patron de l'établissement. Les illusions de Sandrine fondent comme neige au soleil. Elle n'a plus le rôle principal de Papagena et le directeur lui offre en compensation la doublure de la Preguntas, une cantatrice vieillissante hôte de Pigasse. Elle se confie à Patrice lequel lui raconte que le propriétaire de la radio est un avocat, ami du Baron, truand marseillais. Pigasse décide de ne pas céder au chantage de Béatrice et de son petit ami, Ahmed, et demande en vain à l'inspecteur Durbé de lui donner un coup de main puis se résigne à solliciter l'aide de Mr Prosper.

Le patron de la boîte de nuit confie le travail à l'un de ses hommes, Alex. Alex reconnait sur un journal Maginus et Sandrine. Le corps du truand a été évacué de la cave mais il faut se débarrasser du musicien des rues. Alex et deux gros bras s'occupent d'abord d'Ahmed. Béatrice, à l'avenir assuré en Amérique du Sud, assiste au tabassage de son amant et donne les négatifs que Mr Prosper garde par devers lui. La mère et la sœur d'Ahmed signalent la disparition de l'adolescent mais Durbé n'en a cure.

 

Les nombreux personnages qui s'entrecroisent, l'action sans cesse renouvelée, les scènes grandioses telles celle de l'Opéra, font de ce roman un succédané de feuilleton. Jean Paul Demure se déchaine et laisse éclater son talent tout en dénonçant le laxisme de certains policiers et le racisme dont ils font preuve.

On notera la présence de deux noms connu des amateurs de littérature policière : Pigasse, qui fut le créateur de la maison d'édition La Librairie des Champs Elysées, et de la collection Le Masque, ainsi qu'un certain Jibé, qui fait référence à Jean-Bernard Pouy, romancier qui a également mis le pied à l'étrier de nombreux écrivains, leur permettant d'être publiés.

Ce roman a fait l'objet d'une réédition dans la collection Folio 12 mai 1995

 

Jean-Paul DEMURE : AIX ABRUPTO. Série Noire N° 2082. Editions Gallimard. Janvier 1987. 288 pages.

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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 15:09

Préparez vos mouchoirs...

Louis C. THOMAS. Une fille pleurait...

Antoine Rethel est inspecteur principal de police à Paris. Père tranquille au travail, dans la vie, il a élevé pratiquement seul sa fille Christelle, bientôt dix-huit ans. Parfois entre le père et la fille, existent des accrochages, des discussions, des disputes, des portes qui claquent. Quoi de plus normal ! L'adolescente éprise de liberté supporte mal, non pas son père, mais le métier qu'il exerce et la répression qu'il symbolise.

N'empêche qu'Antoine, à cause de son bon cœur, est dans la panade et Christelle peut-être en danger.

Alors qu'il allait prendre son service de nuit, Antoine remarque une jeune fille en pleurs. Elle traverse la rue au milieu du flot de voitures et il a le réflexe de la tirer en arrière, de la ramener promptement sur le trottoir au moment où elle allait se faire écraser. Il lui paie un cognac dans un café et accepte de la raccompagner chez elle dans son studio. Mais l'attention que lui prêtait la jeune fille n'était pas dénuée d'intérêt.

Un moment d'inattention de la part d'Antoine et la jeune fille se suicide avec le revolver de service de notre brave inspecteur. Bon père de famille, courageux mais pas téméraire, Antoine s'affole. Au lieu d'appeler ses collègues, il s'enfuit. Le lendemain il retourne au studio. Sa conscience le travaille. Et là, au lieu de sa belle inconnue, il découvre le cadavre d'une autre jeune fille, étranglée et noyée dans sa baignoire. Le voilà chargé d'une enquête à son corps défendant.

Comme si les ennuis extérieurs ne lui suffisaient pas, une voix anonyme et féminine le relance sur son répondeur téléphonique. Christelle sa fille n'apprécie guère. Elle se met en colère et découche. Antoine est bien malheureux. Sa fille est jalouse et lui ne sait comment résoudre ses ennuis. Et cela ne fait que commencer.

 

Louis C. Thomas nous entraîne dans une histoire simple et complexe à la fois. A la fois roman d'énigme, de suspense, et roman noir, Une fille pleurait... dépasse le cadre de l'enquête, accentuant principalement le domaine de la psychologie sur les rapports père/fille alors que la mère a déserté le foyer conjugal depuis plus de dix ans.

Des rapports mâtinés de gaîté, de joie, de quiétude, d'inquiétude, de jalousie, de honte, de colère, de raccommodages. Chaque intrusion dans cette mini cellule familiale détruit l'harmonie de ce faux couple, pourtant, chacun sait qu'un jour ou l'autre l'un des deux fera ou refera sa vie.

Mais Louis C. Thomas développe également un jeu d'énigme. Subtilement il place ses pions, teste la sagacité de son lecteur qui tombe rapidement dans le piège. Ce roman fait partie des nombreuses réussites d'un auteur discret qui ne déçoit jamais.

Louis C. Thomas est décédé à Hyères, sa ville de naissance, le 10 mai 2003. Il était devenu romancier suite à un problème de cécité en 1947. Parallèlement à son métier d'écrivain, il a été également l'auteur de nombreux scénarii pour la radio, Les Maîtres du Mystère, et la télévision pour quelques épisodes de la série Les cinq dernières minutes.

Claude Le Nocher lui a également rendu hommage dans un article recensant quatre de ses romans et publié sur Action Suspense.

 

Louis C. THOMAS. Une fille pleurait... Collection Sueurs Froides, Editions Denoël. Parution 12 avril 1991. 190 pages.

 

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 06:45

Hommage à Ed McBain né le 15 octobre 1926.

Ed McBAIN : Manhattan blues

Ed McBain, bien connu des amateurs de littérature policière pour sa saga des flics du 87ème et de la mythique Isola, nous propose de découvrir un nouveau personnage et une nouvelle équipe, conçus dans le même esprit que ses précédents héros.

Spécialiste du roman de procédure policière, Ed McBain poussait la conscience professionnelle en fréquentant les commissariats de New-York et en accompagnant les policiers sur le terrain dans leurs différents déplacements. Cette pratique lui a permis de rendre vivante l'atmosphère bien particulière qui règne en ces lieux. D'ailleurs dans certains de ses romans, il se permet de mener plusieurs enquêtes de front. En outre, il possède un art consommé du dialogue, vif et incisif.

A quelques jours de Noël, un homme est abattu dans son restaurant, et l'inspecteur Reardon est chargé de mener l'enquête. Enquête qui ira de rebondissements en rebondissements, et à laquelle sera mêlé un richissime collectionneur de tableaux et deux courtiers en bourse, avec en prime quelques faits divers inhérents à toute grande ville qui se respecte. On suit donc l'inspecteur Reardon dans sa vie professionnelle et privée, et ce flic qui est loin d'être un super héros, un macho, se révèle comme un homme simple avec ses joies, ses peines, ses déceptions, ses coups de gueule.

Ed McBAIN : Manhattan blues

Ed McBAIN : Manhattan blues (Another Part of the City - 1985. Traduction de Jacques Martinache). Presses de la Cité. Première parution Septembre 1987. Réédition J'ai Lu N° 2594. Janvier 1989. 254 pages.

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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 12:45

Encore une histoire de vers...

Corinne BOUCHARD : La vie des charançons deviendra poétique.

Chaque ministre, quel qu'il soit et dans quel domaine que ce soit, cherche à marquer de son empreinte le ministère où il exerce, ne serait-ce qu'un laps de temps réduit.

Et il semble bien que l'Education Nationale reste l'un des ministères les plus convoités, l'un de ceux où l'on rencontre également le plus de chamboulement et ce la plupart du temps au détriment des élèves.

Alors que la concertation devient le mot clé de toute négociation, de toute envie de changement, les scolaires mais aussi ceux qui sont chargés de leur dispenser leur savoir, sont ballottés au gré de réformes uniquement compréhensibles par ceux qui les rédigent et qui balayent avec un entrain non dissimulé et revanchard les dispositions prises par leurs prédécesseurs.

Pauvre Jules Ferry, ou plutôt son fantôme, qui s'interroge sur la qualité de l'instruction délivrée au peuple ! Lui qui prônait la clarté, la simplicité, du jugement, de la réflexion, de l'ordre et de la justesse dans la pensée et le langage, soupçonne que ces préceptes sont depuis longtemps perdus de vue et que règne un jargon abstrus, abscons et mystérieux, un code réservé à un service secret de l'enseignement.

Il mène son enquête dans un petit lycée représentatif de l'ambiance et de l'état d'esprit qui règnent au sein des établissements scolaires. Quasi désespéré, il retrouve le moral grâce au bon sens d'un professeur qui a compris que les ordinateurs ne remplaceront jamais l'intelligence, voire le bon sens de l'être humain.

Corinne Bouchard avec humour, acidité, causticité, virtuosité, met les pieds dans le plat avant que la soupe mitonnée par des théoriciens et des technocrates de l'enseignement ne soit par trop indigeste. Des pondeurs de concepts pédagogiques qui ont oublié que les niais aiment et admirent surtout ce qu'il y a de caché sous des termes ambigus.

Pourquoi faire simple quand on peut compliquer à plaisir l'existence d'autrui ?

Cette chronique date de novembre 1994 et n'a rien perdu de son actualité. Encore un ouvrage qui a été probablement mis à l'index de l'Education Nationale comme jugé par trop pernicieux ou trop révélateur de l'incapacité des différents ministres qui se sont succédés à ce ministère, trop occupés à se faire un nom via une réforme qui de toute façon sera abrogée par son successeur. Ils pensent, malgré toutes leurs vertueuses déclarations, à se mettre en avant plutôt que d'œuvrer à la réussite des gamins dont ils ont la charge par procuration.

Voir également : La vie des charançons est assez monotone.

 

Corinne BOUCHARD : La vie des charançons deviendra poétique. Calmann-Lévy. Parution Aout 1994. 170 pages.

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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 09:42

La maîtresse des colles ou la maîtresse décolle ?

Corinne BOUCHARD : La vie des charançons est assez monotone.

Alors que les portes des écoles, collèges et lycées ont rouvert leurs portes depuis un mois environ, et ce après deux longs mois de vacances au cours desquels nos chers bambins se sont efforcés d'oublier tout ce qu'ils ont appris durant l'année précédente, Corinne Bouchard, jeune et jolie enseignante, nous livre avec humour ses réflexions, ses analyses, ses expériences du système scolaire.

Comment peut-on inculquer à quelqu'un une matière qu'il n'a pas envie d'apprendre? Et quand je dis matière... Bien sûr, si notre petit ange échoue à ses examens au mois de juin, c'est parce que les profs auront été trop durs avec lui, ou trop tendres, parce qu'ils n'ont pas la vocation, parce qu'ils manquent de pédagogie, parce qu'ils ne les auront pas assez motivés, parce qu'ils sont trop vieux et dépassés par les événements, ou trop jeunes, donc manquant d'expérience. Enfin, toutes sortes de motifs pour refuser de reconnaître que celui, ou celle, issu de notre chair, s'est prélassé sur les bancs au lieu d'engranger la bonne parole.

Corinne Bouchard démythifie avec humour, acidité, causticité, gravité, et peut-être un peu de désabusement le rôle du professeur à l'aide d'anecdotes. Il ne faut pas croire que l'élève ou celui qui est chargé de lui enseigner la littérature, le français, les maths, les sciences ou l'histoire-géo ne sont que des jean-foutre. Le système éducatif lui aussi révèle quelques carences, quelques aberrations qu'il était bon de dénoncer.

Et Corinne Bouchard, j'insiste là-dessus, nous le démontre avec humour. Un live-constat qui exclut toute aridité prouvant à l'aide d'exemples concrets, avec verve, que si tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, c'est la faute à personne, ou à tout le monde.

Un récit qui invite à réfléchir, à se pencher sur ce quoi dépend l'avenir de nos enfants en nous proposant les deux faces 'un miroir légèrement terni par un archaïsme ou une évolution édictée en dépit du bon sens.

Corinne Bouchard, alias Marie du couple Marie et Joseph qui écrivirent quelques bons romans parue à la Série Noire, chez Calmann-Lévy dont le très beau Mississipi Delta Blues, ou pour les enfants chez Syros dans la collection Souris Noire, Corinne Bouchard que j'ai rencontré à plusieurs reprises au Mans lors des 24 heures du livre à la fin des années 80 début 90, fait œuvre pie. En espérant que ce roman, essai, pamphlet sera lu entre les lignes et qu'il profitera à tous car s'il n'y a pas de remèdes miracles existent heureusement les panacées bienfaisantes.

Cette chronique rédigée fin 1992 n'a pas dû franchir les bureaux feutrés de l'Education Nationale, car aujourd'hui il est toujours d'actualité comme nous le verrons bientôt avec la réédition du roman de Marie Neuser : Je tue les enfants français dans les jardins...

 

Corinne BOUCHARD : La vie des charançons est assez monotone. Calmann-Lévy. Parution Aout 1992. 178 pages.

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 06:52

« - Oui, la porte et les volets étaient fermés de l’intérieur. Mais le suicide de mon frère me paraît plus impossible encore que le fait de sortir d’une pièce en laissant tout fermé de l’intérieur.

- Le problème du meurtre dans une chambre close, murmura Hugo en détournant les yeux. Beaucoup d’auteurs de romans policiers se sont amusés à le résoudre, d’une manière plus ou moins probante… ».

Dominique DORN : Les chiens ne parlent pas.

Comme à son habitude, Weiss, le facteur, s’arrête chez Patrice Dulac afin de lui remettre son courrier. Ce matin-là, il est tout étonné que l’écrivain, qui se rend tous les ans pour quelques mois dans le petit village de Danfou situé entre Cruzy et Arthonnay, ne l’accueille pas sur le pas de la porte. La porte d’entrée n’est pas fermée, et Gino, le chien, gratte à celle du bureau dans lequel Dulac aime rédiger ses notes pour l’écriture de son prochain ouvrage. Aidé d’un voisin, Weiss défonce la porte et découvre le cadavre de Dulac, assis, une arme dans la main.

Les volets sont fermés de l’intérieur, de même que les fenêtres, et la porte close avec une targette sise à l’intérieure de la pièce. Pour les gendarmes qui effectuent les premières constatations, le suicide ne fait aucun doute. Pour Julien Dulac, son frère peintre, Patrice ne serait jamais suicidé, ce n’était pas dans son tempérament. Alors Julien s’installe et fouille dans les affaires de l’écrivain et découvre des notes renfermées dans des chemises personnalisées. Des notes prises sur le vif, concernant les habitants des lieux, ce qui n’était pas forcément du goût de tous.

Julien va faire la connaissance de ceux qui gravitaient autour de son frère, Doucette la jeune fille de dix-sept ans dont est amouraché Weiss le facteur mais qui apparemment jouait de ses charmes auprès de Patrice. Et puis il y a aussi les habitants du château de Sombrevent. La bâtisse est délabrée pourtant les occupants se conduisent comme de petits hobereaux de campagne suffisants et légèrement méprisants. Lucie, la grand-mère paralysée qui se déplace en fauteuil roulant, Hugo le petit-fils dont l’occupation première est la chasse et les promenades à bord de sa voiture, une ancienne 202, Sabine, la petite fille renfrognée, pas franchement laide mais qui ne fait rien pour s’arranger, Sophie, la soubrette, jolie et délurée. Julien tente de cerner le caractère complexe de tous ces personnages, ainsi que celle de Weiss qui n’apprécie pas que Doucette fasse les doux yeux à tous sauf à lui.

Chacun de ces protagonistes se conduit comme un être multiple : tour à tour ils se montrent arrogants, réservés, colériques, aguicheurs, renfrognés, expansifs. Comme des reproductions du docteur Jekill et Mister Hyde. Des personnages versatiles qui aimaient, et en même temps détestaient, Patrice Dulac. Mais l’écrivain ne se jouait-il pas lui-même de ses voisins, endossant l’habit d’entomologiste afin de mieux les étudier et s’en servir après ?

Seul Gino, le chien qui l’adopte, pourrait aider Julien dans sa quête de la vérité, ce n’est pas la justice qu’il souhaite mettre en avant mais comprendre, or Gino qui a assisté au drame connait sûrement le nom de l’assassin. Car Julien sait que meurtre il y a eu, un carnet appartenant à Patrice ayant disparu.

 

Un bon roman, simple, qui privilégie l’exploration de l’âme humaine plus qu’à l’histoire et se relit avec plaisir. Quant au mystère de la chambre close, les amateurs avertis auront facilement résolu le problème, car la machination est élémentaire, dénuée de machiavélisme, tout en tenant la route.

Entre 1959 et 1961, Dominique Dorn aura fourni sept romans à Frédéric Ditis pour sa collection La Chouette. Parallèlement elle en aura autant de publiés au Fleuve Noir dans la collection Spécial Police sous le nom de Mario Ropp ainsi que quatre chez l’Arabesque, collection Colorama sous le pseudo de Maïa Walberg et un dans la collection Les Nymphes sous celui de Michèle Vaudois. Une énorme production mais restera Mario Ropp avec des hauts et des bas.

Dominique DORN : Les chiens ne parlent pas. Collection La Chouette N° 193. Editions Ditis.

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 07:58

Bon anniversaire à Julia Benech, née un 23 septembre...

Julia BENECH : Histoire du Pyroflamme et Rose.

Rose se confie à Jude, surnommé le Pyroflamme : sur sa gorge, à la naissance des seins, une lumière s’est tout à coup mise à briller. Ce n’est pas grave mais il faut vivre avec. Et puis elle a une envie, avoir un bébé.

Alors Jude se dévoue, sans trop savoir comment faire, n’ayant vu à l’œuvre que des animaux. Jude et Rose vivent au sein d’une petite communauté, et chacun ne peut cacher grand chose aux autres. Toutefois certains possèdent leurs petits secrets, et comme dans toute communauté, des tensions existent parfois entres les différents membres.

Rose est un peu naïve, et à la demande de Jo, dont la promise a eu elle aussi une tâche de lumière sur la poitrine, elle le console. Dans ses draps. Sa vocation est toute trouvée : elle console les hommes, d’abord ceux de la petite communauté puis ceux de la ville proche. Seulement Zé est retrouvé mort, les tensions gagnent la communauté, d’autres décès sont enregistrés. Accidents ou meurtres. Jude va enquêter, un peu en dilettante, pensant d’abord à Rose et au bébé.

Ce roman est une parabole qui débute le 18 mars puis se décline de mois en mois jusqu’en décembre. Un livre onirique, rafraîchissant, bizarre, à la limite du merveilleux et de la féerie, de l’enchantement et du sordide, qui se déroule en un endroit imaginaire, et dont l’épilogue n’est pas sans rappeler des événements lointains. Le lecteur se laisse emporter par l’écriture poétique, qui utilise souvent la symbolique pour décrire l’Histoire du Pyroflamme et Rose de Julia Benech.

 

Julia BENECH : Histoire du Pyroflamme et Rose. Collection Hors Noir N°26. Editions Hors Commerce. Parution 22 juin 2001. 224 pages.

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 09:00

L'amer maire !

KÂÂ : Trois chiens morts.

Etre le premier édile d'un petit bourg de trois cents âmes à peine, contrairement aux apparences, n'est pas toujours une fonction de tout repos.

Et c'est bien pourquoi à l'unanimité les villageois ont élu maire Tertullien d'Orthier, professeur d'histoire, qui ne pratique ni la pêche, ni la chasse, et habite depuis peu d'années ce charmant village bourguignon.

Un vieil agriculteur est découvert mort en fin d'après-midi aux commandes de son tracteur. Il a été abattu d'une balle de carabine. Vengeance, jalousie, sombre histoire d'héritage ? Toutes les suppositions sont à envisager. Curieux de nature Tertullien va enquêter parallèlement à la brigade de gendarmerie et des représentants du SRPJ de Dijon.

Ce meurtre est-il lié à l'horrible affaire qui secoua quelques semaines auparavant le village ? Trois chiens appartenant à des personnes âgées ont été retrouvés morts, découpés, et l'un d'eux appartenait à De Steuwers, le cultivateur assassiné. Car l'assassinat ne fait aucun doute. Et ne voilà-t-il pas que quelqu'un sabote la voiture de Tertullien ! On ne s'attaque pas impunément au maire du village et cette tentative de meurtre encourage Tertullien à s'impliquer encore plus dans son enquête.

Ce roman de Kââ, admirablement construit, nous réserve pas mal de surprises. Dans la trame d'abord, fertile en rebondissements. Dans le style ensuite, beaucoup plus sobre que celui auquel Kââ nous avait habitué dans ses précédents romans. Que ce soit dans la défunte collection Spécial Police que pour ses avatars sous le pseudonyme de Corsélien dans la collection Gore.

Son héros est sympathiques, positif, et ses problèmes, ou plutôt l'obsession de sa femme en quête de maternité ne manque pas d'apporter la touche émotionnelle indispensable à un roman noir populaire.

Et les amateurs de cette vraie littérature populaire, frustrés et déçus depuis quelques années avec l'abandon de la collection Spécial Police ont pu se réjouir. En effet à part quelques romanciers qui ont confirmé par la suite, Gérard Delteil, Michel Quint, Tonino Benacquista, Pascal Basset-Chercot, la qualité était plutôt tirée vers le bas. Sous la houlette de Jean-Baptiste Baronian cette collection semblait avoir retrouvé rigueur dans le choix des textes ainsi que dans l'écriture des manuscrits. Cela n'aura duré que quelques mois et les inédits étaient englués dans les rééditions. Voir à ce sujet mon article sur la collection Crime Fleuve Noir.

KÂÂ : Trois chiens morts. Collection Crime Fleuve Noir N°22. Editions Fleuve Noir. Parution Mars 1992. 224 pages.

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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 08:44

Hommage à Tristan Bernard né le 7 septembre 1866.

 

Mathilde.jpg


Célèbre pour ses pièces de théâtre et ses romans, ses mots d'esprit et ses mots croisés, inventeur du Jeu des petits chevaux en 1936, Tristan Bernard fut un prosateur prolixe. Mais connaissez-vous ce roman policier, Mathilde et ses mitaines, qui a bénéficié de nombres rééditions ?

Le jeune Firmin Remongel, dont le père est fabricant de chapeaux de paille à Vesoul, s'est installé dans le quartier parisien de Belleville afin de poursuivre ses études de droit. Austère et laborieux il ne sort pas le soir comme la plupart de ses condisciples. Pourtant il faut bien se résoudre à quelques compromissions et il a participé ce soir là à un dîner trimestriel d'une société d'étudiants francs-comtois. En rentrant chez lui il n'est guère rassuré car il lui faut traverser quelques rues inquiétantes. La veille il avait été réveillé par un cri venant de la rue et avait aperçu deux silhouettes s'enfuir au coin de la rue.

mathilde1.jpgArrivé près de son logis il aperçoit derrière lui quelques individus et il court, tremblant de peur car le concierge ne lui ouvre pas assez rapidement la porte. Enfin à l'abri dans son studio, il peut se coucher jusqu'à ce qu'il entende à nouveau un cri dans la rue. Il redescend immédiatement et trouve une jeune femme allongée près d'un bac de gaz. Elle est choquée. Il la monte dans ses bras jusqu'à sa chambre et la soigne. Deux scarifications en forme de croix lui balafrent l'épaule. Elle dit se prénommer Rose sans plus d'explications et lorsqu'elle apprend l'heure elle s'affole. Il lui faut rentrer chez elle. Il l'accompagne jusqu'à une ruelle où se tient une maison basse. Elle frappe à la porte d'une boutique et requiert auprès du vieil homme qui ouvre l'huis son chapeau. Puis ils affrètent un cocher non loin et Rose demande de la conduire à l'Etoile. En bas de chez lui deux hommes qui semblent chercher quelque chose, là où gisait peu de temps auparavant Rose. S'ensuit un bref entretien au cours duquel les deux individus lui demandent s'il n'aurait rien vu d'anormal, puis enfin Firmin peu remonter chez lui.

Le lendemain Firmin, tombé amoureux de Rose, décide d'éclaircir ce mystère avec l'aide d'un de ses compatriotes, un inspecteur de la Sûreté nommé Gourgeot. Auparavant il fouine près de la boutique. La raison sociale est cachée par un calicot et la concierge qui procède à la lessive lui apprend que la boutique est fermée. Elle a été louée mais les locataires sont partis le matin même alors que le terme n'était pas arrivé.

Au cours du repas avec Gourgeot il fait connaissance de Mathilde, la femme du policier. Mathilde, contrairement à son mari qui est assez imposant pour ne pas dire gros et blond, ressemble à une petite paysanne du Morvan, au teint basané, aux durs yeux noirs, vouvoyant son mari. Mais sous des dehors revêches elle se montre particulièrement perspicace et sert souvent d'aide précieuse à son mari lors de ses enquêtes.

Et c'est ainsi que Firmin et Mathilde remontent la filière, découvrent Mathilde2.jpgenterré dans la cave de la boutique miteuse un cadavre dont l'épaule porte les mêmes stigmates que Rose, trouvent un passage secret que viennent d'emprunter quelques individus, recherchent le domicile de Rose, ainsi que son identité, et partagent d'autres péripéties parfois savoureuses ou périlleuses. Et Firmin se rend compte que sous des dehors parfois peu amènes, Mathilde est redoutablement efficace dans sa façon de procéder pour délier les langues, se sortir de situations délicates, et obtenir des renseignements. D'ailleurs Gourgeot ne tarit pas d'éloges sur sa femme : C'était désormais pour lui une bonne chercheuse de vérité, qui n'avait pas à sa disposition des moyens d'investigations bizarres ou merveilleux, mais qui se servait admirablement de ses ressources humaines. De nos jours, les ressources humaines ont une tout autre signification, qui n'est pas à l'honneur du technocrate qui a imposé cette appellation politiquement correcte mais qui cache une nouvelle forme d'esclavagisme.

Toutefois l'estomac de Mathilde lui joue des tours, le brûle, et elle est astreinte à absorber diverses concoctions. Son mari possède des médicaments plus efficaces puisqu'il lui donne comme traitement un petit verre de Kirsch, les remèdes de grand-mère s'avérant, dans l'esprit de bien des gens plus efficaces que les produits pharmaceutiques.

 

Sous la plume alerte de Tristan Bernard, le Paris d'avant-guerre, la première guerre mondiale je précise, se dévoile avec ses quartiers plus ou moins mal famés, ses ruelles et ses boutiques vétustes, ses concierges qui ouvrent les portes de chez eux à l'aide d'un cordon, ses becs de gaz censés éclairer les rues, et ses apaches. Aujourd'hui on appelle plus volontiers ces tristes individus voyous, malfrats ou loubards. La conversation entre un patron de bar et un client est assez édifiante à ce sujet.

C'est égal ! Qu'est-ce que fait la police ?

Oui, dis-moi un peu qu'est-ce qu'elle fait ? On a beau penser : c'est des apaches, ils s'abîment entre eux et ça n'offre pas d'inconvénients, n'empêche que toi, dans ton métier, qui rentres tard, tu vas tomber dans une dispute d'un de ces voyous, tu ne t'occuperas pas de prendre parti pour l'un ni comme pour l'autre, mais il suffit que tu soyes là pour que ces petits propres à rien, dont il y en a beaucoup qui n'ont même pas seize ans, ils vont s'amuser, toi qui ne leur dit rien, à te faire ton affaire.

Ceux qui pensent qu'aujourd'hui nous vivons un siècle bizarre où tout est permis et que les gamins ne devraient pas sortir le soir, peuvent se rendre compte qu'avant c'était pareil. Rien n'a changé, seule la mémoire est sélective et défaillante.

Tristan_Bernard_160x192.jpgTristan Bernard décrit le Paris qu'il a sous les yeux tous les jours mais avec la naïveté d'un provincial. Firmin ne connait que le Faubourg du Temple de par les voyages effectués depuis vingt-cinq ans par son père. C'est à ses yeux un endroit sûr et comme Belleville n'est pas loin, il a décidé de s'y installer. Pour le reste de la capitale, il s'agit d'un vaste Paris mal connu et suspect. Un préjugé sur lequel Firmin reviendra en compagnie de Mathilde lorsqu'il est amené à découvrir le boulevard de Courcelles, le parc Monceau et leurs environs. Un Paris dans lequel Léo Malet a évolué et qu'il a restitué dans ses romans, mais déjà cela avait bien changé.

Au passage, Tristan Bernard égratigne l'administration, la police, montrant un commissaire de quartier se reposant sur ses secrétaires, imbu de lui-même, préférant parader dans des concerts plutôt que de s'occuper réellement des affaires qui lui incombent. Monsieur le commissaire observe fidèlement les prescriptions du repos hebdomadaire.

Un roman plaisant à lire comme tout roman qui restitue une époque vécue par l'auteur.


Tristan BERNARD : Mathilde et ses mitaines. Préface de René Blum. Illustrations intérieures de J.-G. Daragnès. Première publication 1912. Réédition Calmann-Lévy, collection illustrée à 2 Francs. 1921. 96 pages.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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