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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 13:16

Âmes sensibles ? Ne pas s'abstenir...

Pierre SINIAC : Les âmes sensibles.

Pierre Siniac, le créateur de l'horrible Luj Inferman, le romancier des Morfalous, de Aime le Maudit, de Femmes blafardes et autres romans aussi jubilatoires que spécifiques, Pierre Siniac était un auteur sortant des sentiers battus. Avec ce recueil composé de cinq nouvelles il s'était replongé dans le domaine où il était devenu grand-maître, orfèvre en la matière, celui de la nouvelle, pour le plus grand plaisir de ceux qui considèrent ce genre périlleux plus difficile et plus intéressant, plus révélateur du talent d'un écrivain que le genre romanesque.

Les Âmes sensibles est donc un recueil de cinq nouvelles dans lesquelles le pathétique et la dérision, l'humour noir et le macabre, reflètent le caractère omniprésent de ses œuvres. Nul mieux que Jean-Pierre Deloux n'a su expliquer l'univers morbide, à l'humour explosif, de cet auteur à part, dans le numéro 14 de la revue Polar première formule. Cette croisée des destins lui permet de revenir sur certains de ses fils rouges favoris; ainsi peut-il, à loisir, tenter de nouvelles variations sur l'abjection, le dérisoire, la fatalité, l'enchainement des causes et des effets, la logique de ce qu'il est convenu d'appeler le hasard, l'absurde, et nous faire ricaner douloureusement à l'affligeant spectacle des vicissitudes humaines.

Le caractère désespéré et la cruauté du regard de l'auteur ne se sont point affaiblis au fil du temps. Dans Les âmes sensibles, nouvelle éponyme du recueil, Pierre Siniac met en avant la crédulité, la naïveté des spectateurs mais également leur versatilité. En 1850, les bourgeois comme le petit peuple se délectent au spectacle, aux représentations grandguignolesques sur le Boulevard du Crime, de pièces de théâtre mettant en scène des assassins pervers, meurtriers de petits enfants. Mais Lenôtre, comédien principal de ces drames, joue trop bien, de manière trop réaliste. Le poulailler s'enflamme, vitupère, le prend à partie, n'étant plus capable de faire la différence entre la réalité et la projection scénique.

Dans Le Supporter Pierre Siniac raconte à sa façon ce qui est devenu malheureusement une mode : les incidents sur les stades et les scènes de désolations qui s'ensuivent, dues à de prétendus supporters qui se vengent en cassant tout sur leur passage lorsque leur équipe a perdu. Mais Siniac ne se contente pas de jeter un regard désabusé devant cette violence, il l'enrobe dans une autre histoire, et c'est là qu'intervient son sens de la dérision.

Tout comme dans L'enfer vous remercie de votre visite, nouvelle dans laquelle le héros, un ex-ferrailleur reconverti dans les assurances, découvre parmi les squelettes disséminés sur le parcours d'un train fantôme d'une minable fête foraine, le visage ensanglanté de son ami qu'il a assassiné deux ans auparavant.

Un corbeau qui ne perd pas ses plumes est démonique à souhait. Alors qu'une petite ville de province dans les années trente vivote paisiblement, un corbeau sème sur la place du marché de petits faire-part de deuil, dénonçant les exactions, crimes et compromissions de ses concitoyens.

Enfin, dans Madame est servie, le lecteur apprendra qu'il ne faut pas toujours s'occuper de la vie de ses voisins et tenter de s'immiscer dans leur intimité.

Avec Les âmes sensibles, Pierre Siniac signait en 1991 son grand retour après quelques années sabbatiques éditoriales.

Pierre SINIAC : Les âmes sensibles. Collection Sueurs Froides, éditions Denoël. Parution octobre 1991. 224 pages.

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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 09:19

Bon anniversaire à Janine Oriano, née le 18 décembre 1932, plus connue sous le nom de Janine Boissard.

Janine ORIANO : O.K. LEON !

Installé depuis peu dans son appartement, Léon reçoit des colis alimentaires de luxe de la part d'un mystérieux donateur. L'intérieur des papiers d'emballage est couvert de graffitis en forme de rébus qu'il ne peut déchiffrer.

Auprès de Berthe sa fiancée, qui passe trop de temps avec son cousin Gaston, et de la mère de celle-ci, il attribue ces dons à un oncle d'Amérique qu'il a perdu de vue depuis une vingtaine d'années et dont le seul cadeau qui lui reste est l'œil de verre du grand Buggy. Le dernier colis contient quatre mitraillettes, sur la crosse desquelles sont gravées des initiales dont les siennes. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à faire du porte à porte, en compagnie de la Dussèche, une vieille fille en forme de planche à pain amoureuse de lui, et de tenter de placer des livres reliés.

Deux malabars du nom d'Okay et de Biffetons débarquent chez lui et l'appellent Patron, se mettant à son service. Ils le conduisent auprès du Caïd, un vieillard qui expire dans ses bras avant de pouvoir lui confier un secret. L'Aristo, un troisième larron, se joint au duo, attendant que Léon retrouve un coffret rempli de dollars.

Ils obéissent aux moindres désirs ou ordres de Léon, qui ne pense qu'à son futur mariage. Un dénommé la Violette s'introduit chez lui et réclame le magot. Le trio l'en débarrasse vite fait, bien fait. Dans un bar où il a ses habitudes, il comprend en voyant un gros bras que la méprise provient de l'œil de verre qu'il exhibe n'importe où. L'homme vient des USA, spécialement chargé de déchiffrer le rébus. Léon lui donne rendez-vous chez la Dussèche qui l'aide à séquestrer le truand dans sa cave dont l'aménagement date de la Seconde Guerre Mondiale, engins de torture y compris.

Jaloux Léon propose à ses sbires de forcer le coffre-fort de Gaston, le cousin trop empressé de sa fiancée qu'il a surpris rentrant chez lui un volumineux paquet à la main. Le lendemain, Léon se rend chez Gaston : Berthe n'a pas donné signe de vie depuis 48 heures. Il reçoit un message signé du Furet, ami de La Violette, et se rend à l'adresse indiquée. Il retrouve sa fiancée sous l'emprise d'un somnifère et du Furet. Il négocie la liberté de sa promise contre le trio de choc et l'identité du gus chargé de déchiffrer le rébus.

Il l'emmène chez la Dussèche et après avoir fait parler le prisonnier le Furet est harponné par l'Aristo and Co. Les trois hommes et Léon sont en possession d'éléments énigmatiques: deux noms, Irène et Saint Quentin et deux numéros, 14 et 5. Ils se débarrassent en douceur de la Dussèche puis Léon court délivrer sa fiancée. Ensuite il se rend à Saint Quentin, dans le Calvados, où après bien des avatars il apprend que tous les ans le 5 avril, une procession est organisée en l'honneur de Sainte Irène, la patronne de la commune.

Janine ORIANO : O.K. LEON !

Quiproquos et méprises ponctuent cette histoire digne d'une comédie policière de boulevard et dans laquelle l'action prime sur la description. Comme dans un célèbre magasin parisien, à chaque instant il s'y passe quelque chose. Il ne faut pas chercher de messages dans ce roman, simplement le plaisir de céder à la bonne humeur communicative et ambiante qui s'en dégage malgré les avatars de son héros et ses problèmes post-maritaux.

Janine Oriano ne se montre pas excessivement féministe, au contraire. Ses personnages, Berthe et la future belle-mère, sont empreints de duplicité et de cupidité, défauts éminemment communs aux deux sexes. Quant au héros, il fait partie de cette cohorte de personnages falots qui se subliment à un moment critique de leur existence et se découvrent un trésor intérieur de rouerie et de courage, capables alors de renverser le monde à leur profit. Janine Oriano possède le sens de l'intrigue et sait raconter une histoire.

Ce roman a été adapté au cinéma par Claude Vital en 1973 sous le titre de OK. patron

 

Citation: Il me regardait maintenant comme on regarde un mec qui retire sa chemise dans la rue, la partage en deux et offre la meilleure moitié à Boussac.

Janine ORIANO : O.K. LEON ! Série Noire N°1531, éditions Gallimard. Première parution octobre 1972. Réédition Carré Noir N° 441. 1982.

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 09:07

Bon anniversaire à Bill Albert né le 16 décembre 1942.

Bill ALBERT: Et Rodriguez, alors ?

David Rodriguez, Américain d'origine mexicano-juive, pompiste qui aimerait devenir journaliste, débarque à Lima dans le but d'écrire une série d'articles afin d'obtenir ses galons de reporter.

Une rencontre fortuite, de longues jambes bronzées, un sourire doux, un regard vert, une caresse sur la main, il ne lui en faut pas plus pour l'inciter à accourir au rendez-vous que lui a fixé à Piura, au cœur du Pérou, Anna. Le voilà bientôt pris en tenaille entre Carrillo, le représentant local de la Junte Militaire qui désire lui montrer les aménagements de la révolution agraire, entre les guérilleros menés par un certain Vasquez ou encore les Brigades de la mort.

Hempal, un journaliste, déguste même dans l'épaule une balle qui lui était destinée. Christa, la compagne d'Hempal lui en veut, ce qui ne l'empêche pas coucher avec lui. Rodriguez s'enfuit, aidé par Anna et passe la nuit avec elle dans un taudis, en tout bien tout honneur. Au petit matin la jeune femme a disparu et Rodriguez est invité par des soldats à les suivre. Carrillo lui propose de visiter une coopérative agricole afin de lui démontrer les avantages de la Réforme. Vasquez et ses hommes investissent la place. Carrillo est abandonné dans le désert et Rodriguez prié de se joindre à la petite troupe.

A la faveur d'un dérangement intestinal il fausse compagnie à ce beau monde. Il arrive à Catacaos, après avoir échappé aux recherches militaires, et se réfugie chez un prêtre dont il a fait la connaissance à bord de l'avion le menant de Lima à Piura. Hempal et Christa les rejoignent et Rodriguez apprend qu'il est recherché, accusé d'avoir tué Carrillo dont le corps a été découvert dans une rizière. Rodriguez et Christa trouvent asile dans un hameau, tandis que le prêtre et Hempal tombent entre les mains des soldats lancés à sa poursuite. Les bruits courent que Hempal serait mort. Rodriguez cherche à joindre Vasquez afin de passer en Equateur.

Les soldats approchent et les deux jeunes gens sont obligés de fuir à nouveau. Ils ont pour guides deux envoyés de Vasquez. Après de multiples avatars, dont la traversée d'un ancien cimetière pré-inca, le passage sur une passerelle de bois, la disparition de leurs guides, ils arrivent enfin dans le refuge de Vasquez et retrouvent Anna. La réputation de Rodriguez, en tant qu'envoyé de la CIA et meurtrier de Carrillo, les a précédés. Vasquez qui était le cousin de Carrillo semble en vouloir à Rodriguez et le retour au bercail des deux guides détend légèrement l'atmosphère.

 

Ce roman picaresque bourré d'humour et de références cinématographiques, d'ailleurs Rodriguez se fait son cinéma personnel, traite d'un sujet beaucoup plus grave qu'il y parait : la condition des paysans péruviens face à la Junte militaire en place. L'on pourra regretter une fin, en queue de poisson pour certains, ouverte pour d'autres, d'un roman dont le héros est le petit-fils d'un révolutionnaire zapatiste et d'un Russe trotskyste. L'on pourra regretter également l'abandon en cours de route de certains personnages, à moins qu'une suite soit prévue à ce roman. Mais on ne le saura pas ce roman étant le seul de Bill Albert à avoir été traduit en France.

Citation : Comme ils ne se supportaient pas, les deux hommes étaient inséparables.

 

Bill ALBERT: Et Rodriguez, alors ? (And what about Rodriguez ? 1990) traduit de l'américain par Daniel Lemoine. Série Noire N°2281 Parution octobre 1991. 314 pages.

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 10:47

Ne prenez pas froid, restez couvert...

Serge BRUSSOLO : Les Ombres du jardin.

Martine, treize ans, vit seule avec sa mère, dans le quartier huppé du Trocadéro. En réalité elles ne sont pas si riches que ça, et elles ne vivent pas seules, mais il faut apprécier les nuances. A vingt huit ans, Jeanne, la mère de Martine, après avoir débuté dans la traduction de romans policiers américains, s'est tournée vers la littérature, écrivant des livres sulfureux pour l'époque et qui remportent un grand succès populaire. Seulement son éditeur la paye au compte-gouttes.

Ensuite, si Martine n'a pas de père officiel, sa mère reçoit dans son lit des hommes, l'un après l'autre, faut pas non plus la prendre pour ce qu'elle n'est pas. Et ça fait jaser. Pensez donc, l'action se passe à la fin des années cinquante, et en ce temps là, fallait pas badiner avec l'amour et la morale. C'était une affaire d'hommes.

Cette petite vie tranquille commence à se dégrader lorsqu'une femme se fait vitrioler, puis une deuxième. Une certaine ressemblance existe entre Jeanne et les victimes. L'angoisse s'installe. Est-ce à cause de ses romans qui n'ont pas l'heur de plaire aux âmes bien pensantes, ou une émanation de son passé, un passé trouble qu'elle raconte à Martine en l'enjolivant au fur et à mesure. Alors c'est le début de la débandade. D'abord le départ pour la banlieue ouest, dans une cité ouvrière.

Mais Jeanne et Martine n'ont pas l'habitude de vivre ainsi, d'autant qu'une troisième victime est recensée. Jeanne se résigne à partir pour la Bretagne, dans l'île où habite son père qu'elle n'a pas revu depuis des années à cause d'un contentieux sur sa naissance.

Serge BRUSSOLO : Les Ombres du jardin.

Dans ce roman Serge Brussolo nous plonge dans la nostalgie d'une époque révolue, celle de l'après guerre, où tout n'était pas rose, mais pas noir non plus. Les gens appréciaient et se contentaient de ce qu'ils possédaient. Brussolo joue avec les nerfs, distillant l'angoisse, mais de manière diffuse, sans forcer, sans rameuter l'arrière-ban de la grande artillerie des effets spéciaux. Un ton simple mais attachant, avec un premier chapitre qui replongera bon nombre de lecteurs au cœur de leur jeunesse.

 

D'autres titres de Serge Brussolo ?

Serge BRUSSOLO : Les Ombres du jardin. Editions Denoël. Parution Août 1996. 416 pages. Réédition Folio le 2 février 1999. 392 pages.

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 10:25

Bon anniversaire à Jacques Vettier né le 8 décembre 1959.

Jacques VETTIER : Juge et partie. Jacques VETTIER : Juge et partie.

Etre l'objet d'une tentative de viol sur un parking, c'est d'un goût douteux, surtout lorsqu'on est juge d'instruction. Carole l'apprend à ses dépends.

Cet essai non transformé sciemment par l'inconnu ne se révèle pas sans lendemain. Il lui téléphone, lui fait livrer un bouquet de fleurs avec un mot d'excuses.

Perturbée Carole décide de se confier à une amie et à l'un de ses collègues, mais sans ébruiter l'affaire. Son téléphone est mis sur écoute, mais sans résultats tangibles. Mystérieusement, un dossier au nom de Solange est exhumé des archives. Solange avait été tuée et éventrée deux ans auparavant et le juge d'instruction d'alors avait prononcé un non-lieu par manque d'informations.

Carole est abordée un soir à la sortie d'une boîte de nuit par son agresseur. Au cours de la conversation décousue qu'ils ont, l'homme appelle Carole Solange. Un lapsus qui incite la jeune femme à reprendre l'enquête par le début. Elle contacte tous ceux qui ont eu un rapport plus ou moins direct avec la victime lors de cette affaire. Témoins, juge d'instruction, policier.

Carole se pose de nombreuses questions dont la primordiale est : comment son inconnu peut-il si facilement avoir accès au palais de justice et détenir des informations théoriquement secrètes? Tandis que Carole s'évertue à trouver des indices, les témoins qu'elle a contacté tombent comme à Gravelotte. L'homme la suit comme son ombre...

 

Jacques Vettier, dont Juge et partie fut le premier roman nous entraîne dans un quête vertigineuse. Il sait ce dont il parle, ou plutôt écrit, puisque sa femme est elle-même juge d'instruction. Ce qui renforce l'esprit d'authenticité de ce livre agréable à lire et dont l'épilogue est surprenant. Un roman qui nous permet de découvrir une autre facette de la justice.

A conseiller à tous ceux qui pensent que les dés sont pipés. Le personnage de Carole est attachant et il on la retrouve dans deux autres aventures qui constituent une trilogie: Tueuse sans gages et Le rendez-vous de Barbuda.

Jacques VETTIER : Juge et partie. Jacques VETTIER : Juge et partie.

Jacques VETTIER : Juge et partie. Collection Troubles, Editions Métailié. Parution le 01/01/1994. 252 pages. 12,96€. Réédition Métailié Poche le 01/01/1998. 248 pages. 6,10€.

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 10:40

Bon anniversaire à Xavier-Marie Bonnot né le 7 décembre 1962.

Xavier-Marie BONNOT : La première empreinte.

Michel De Palma, commandant au SRPJ de Marseille, surnommé Baron par ses amis et ses collègues, réputé comme un policier sérieux et efficace, se voit confier une enquête sur le décès d’une préhistorienne retrouvée noyée dans la calanque de Sugiton.

Le fils d’un ancien chimiste de morphine, reconverti comme limonadier est lui aussi découvert noyé, un accident semble-t-il, au même endroit. Cette calanque de Sugiton recèle, par 38 mètres de profondeur, une grotte préhistorique dans laquelle ont été découvertes des reproductions de bisons et autres animaux, ainsi que celles de mains en négatif ou l’effigie sommaire de l’homme tué, sensée représenter l’image du premier meurtre de l’histoire.

Une main en négatif, comme celle retrouvée auprès de corps de jeunes femmes assassinées apparemment sans raison. Pourtant il existe un lien entre ces meurtres, un lien ténu que De Palma rembobine avec obstination, comme un fil d’Ariane fragile et prêt à casser à tout moment. Mais le policier, féru de musique classique et principalement d’opéra, est têtu et même s’il traîne derrière lui un boulet, cela ne l’empêche pas de persévérer, contre vents et marées.

Xavier-Marie BONNOT : La première empreinte. Xavier-Marie BONNOT : La première empreinte.

Malgré quelques longueurs, La première empreinte de Xavier–Marie Bonnot est un roman remarquable autant par l’écriture que par la maîtrise du sujet, son sens du détail précis et minutieux (trop peut-être) et par le décor, lieux magiques chargés d’histoire. Il faut signaler aussi que ce livre, même s’il possède un glossaire, parfois superfétatoire, est expurgé d’un exotisme marseillais qui actuellement fait florès.

 

Xavier-Marie BONNOT : La première empreinte. Spéciales N°6; Editions L’écailler du Sud; 2002. Réédition Pocket Thriller N°13206. Parution 31 Aout 2007. 472 pages

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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 14:59

Hommage à David Goodis né le 4 décembre 1903.

David GOODIS : Le casse.

Avec Nat Harbin, un cambriolage se prépare longtemps à l'avance. Tout est réglé dans les moindres détails, tout est minutieusement pensé. Chacun de ses équipiers possède sa fonction dans le groupe, qu'il s'agisse du lourdaud Dohmer, de l'irascible Baylock ou de la mince et blonde Gladden.

Un soir, pendant que Harbin effectue un casse rémunérateur, deux flics s'intéressent un peu trop à leur véhicule. Harbin réussit à les éloigner mais l'alerte a été chaude. De retour à la planque, l'ambiance se dégrade. Harbin conseille à Gladden de s'éloigner pendant quelques temps, de s'installer à Atlantic City.

Lui-même se sépare deBaylock et Dohmer sous un prétexte fallacieux. En réalité il a fait connaissance de Della, jeune femme riche et oisive. Le coup de foudre.

Un séjour dans la maison de campagne de Della dessille les yeux de Harbin. Comment se fait-il que Della ait un rendez-vous secret avec l'un des flics qui patrouillaient le soir du casse ? Cruelle désillusion pour Harbin partagé entre ses sentiments pour la belle Della et ses relations ambigües père/frère avec Gladden.

 

Le casse, c'est tout l'univers de David Goodis en réduction. Un univers que l'on retrouvera dans les romans suivants avec des situations, des thèmes souvent exploités à l'extrême. Des protagonistes qui sombrent irrémédiablement, des personnages féminins complexes, conjuguant duplicité, jalousie, trahison. Des situations qui ne peuvent qu'engendrer drame et tragédie. Harbin devra choisir l'amour passionné et calculateur de Della et celui plus réservé, quasi filial qui le lie à Gladden.

Sur le roman plane l'ombre de Gérald, beau-père de Gladden, décédé lors d'un cambriolage et qui avait initié le jeune Harbin alors que celui-ci dérivait, adolescent, dans le vagabondage comme bien d'autres.

 

Curiosité : Le casse est le premier roman de David Goodis à avoir été traduit en Série Noire. Auparavant, trois autres de ses œuvres avaient été éditées en France, dont deux à la Série Blême, Cauchemar et La nuit tombe, et un autre dans la collection Détective-Club des éditions Ditis, La police est accusée. Le casse et La lune dans le caniveau sont parus la même année aux Etats-Unis : 1953. Le casse bénéficiera da la traduction française l'année suivante, alors qu'il faudra attendre 1981 pour découvrir La lune dans le caniveau chez Fayard et Clancier-Guénaud, avant d'être adapté sous le titre éponyme par Jean-Jacques Beinex en 1983. Ce qui signifiait un retour en grâce de David Goodis auprès des éditeurs et du lectorat.

Auguste Le Breton aura influencé les traducteurs de cette époque, les années 50, puisqu'on peut lire, page 184 de l'édition originale : Ne t'en fais pas. Il n'y aura pas de rififi.

 

Citation : La jalousie te rend folle. Si je faisais la météo, tu serais jalouse des nuages.

David GOODIS : Le casse.David GOODIS : Le casse.David GOODIS : Le casse.

David GOODIS : Le casse (The Burglar - 1953. Traduit par Laurette Brunius). Série Noire N° 207. Edition Gallimard. Parution le 1er juillet 1954. Réédition Folio N° 249 le 3 juin 1993.

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 13:20

Bon anniversaire à Daniel Pennac né le 1er décembre 1944.

Daniel PENNAC : La petite marchande de prose.

Tandis que certains de ces prédécesseurs, et plus particulièrement Jean Vautrin, ont dû changer de boutique pour être acceptés par l’intelligentsia littéraire, Pennac n’a eu que le mal d’effectuer une ascension allègre tout en blanchissant la couverture de ses romans. Mais ne risquait-il point se faisant de se trahir, de perdre l’esprit qui hantait ses deux précédents romans : Au bonheur des ogres et La fée carabine ? Que nenni ! Le plaisir de conter est toujours le même, la narration tout à la fois drôle et poignante, comique et dramatique. Pas de longues digressions, mais des images choc, des métaphores hardies mariant le noir et le blanc en une communion où la littérature se trouve sublimée. La guerre des chapelles n’a plus lieu d’être…

J.L. Babel, alias JLB, auteur à succès de romans sur la Finance — ersatz de Paul Loup Sulitzer — voit ses ventes se stabiliser, pour ne pas dire régresser. Mais l’homme qui se cache derrière cet auteur ne peut, et surtout ne veut révéler sa véritable identité, aussi, à l’initiative de la Reine Zabo, qui préside aux destinées des Editions du Talion, Benjamin Malaussène endosse la défroque de l’écrivain. Mais, comme si ses malheurs de bouc émissaire-souffre douleur ne lui suffisaient pas, Clara, sa sœur de dix-neuf ans, veut se marier avec un directeur de prison, Clarence Saint-Hiver, âgé de cinquante-huit ans. Le jour du mariage, toute la tribu prend le chemin de la prison où doit se dérouler la cérémonie où ils apprennent le décès du promis, assassiné, suite à une révolte.

Le commissaire divisionnaire Coudrier, qui a déjà officié dans les précédentes aventures de Benjamin, n’est pas loin de penser et même d’accuser celui-ci d’être à l’origine de ce meurtre. Pour la sortie du prochain roman de JLB, Zabo a décidé de frapper un grand coup : dévoiler qui se cache derrière ces initiales en propulsant Benjamin sous les feux des projecteurs, le véritable JLB désirant rester dans l’ombre. Julie Corençon, la compagne de Benjamin, ne digère pas ce qu’elle considère comme une exploitation et un avilissement et quitte le domicile tribal en claquant la porte. Le même soir, Clara annonce qu’elle est enceinte.

Benjamin accepte la proposition de la reine Zabo en posant ses conditions. La première financière, la seconde étant de rencontrer le personnage qu’il doit remplacer. Un souhait rapidement exaucé. Il s’agit de Chabotte, un ex-ministre. Commence la campagne de publicité pour la parution du dernier roman signé JLB. Benjamin s’entraîne à répondre aux questions des journalistes, apprenant par cœur son texte. Arrive enfin le jour où Benjamin doit se produire à Bercy. Au cours de sa prestation, il est abattu par une balle de calibre .22. Julie assiste à cet attentat dans la salle. Le commissaire Coudrier, mis dans la confidence, rend visite à Chabotte qui décide de s’éloigner tant que l’assassin ne sera pas sous les verrous. Mais l’appartement est sous surveillance et l’auteur kidnappé. On retrouve son corps dans le bois de Boulogne. Un meurtre suivi de celui de Gauthier, son secrétaire.

Julie, successivement déguisée en Italienne, Autrichienne et en Grecque entame sa vengeance. A l’enterrement de Gauthier, nouvel attentat perpétré sur la personne de Calignac, le directeur des ventes des Editions du Talion. L’ex-inspecteur Thian, qui passe ses journées à servir de nourrice à Verdun, la dernière en date des sœurs de Benjamin, blesse le tireur réfugié dans un appartement. Pendant ce temps, Benjamin est dans le coma, alimentant la haine entre Berthold et Marty, deux chirurgiens, qui le considèrent, l’un dans un coma dépassé, donc cliniquement mort, l’autre dans un coma prolongé, donc vivant à part entière. La tribu campe dans la chambre de Benjamin afin d’empêcher Berthold de débrancher le respirateur.

Daniel PENNAC : La petite marchande de prose.

Dans La petite marchande de prose, coups de griffes et apologie de la littérature font bon ménage, le tout pour le plaisir du lecteur qui reconnaîtra les siens. Résumer ce roman foisonnant ou le burlesque côtoie parfois le pathétique, c’est vouloir transformer un baobab en bonzaï, en lui ôtant toute saveur. Plus qu’une histoire, ce sont des phrases, une écriture à déguster.

En voici quelques preuves :

« Les couloirs des éditions du Talion sont encombrés de premières personnes du singulier qui n’écrivent que pour devenir des troisièmes personnes publiques. Leur plume se fane et leur encre se dessèche dans le temps qu’ils perdent à courir les critiques et les maquilleuses. Ils sont gendelettres dès le premier éclair du premier flash et chopent des tics à force de poser de trois-quarts pour la postérité. Ceux-là n’écrivent pas pour écrire mais pour avoir écrit. »

 

« Un éditeur, c’est d’abord des couloirs, des angles, des niveaux, des souterrains et des soupentes, l’inextricable alambic de la création : l’auteur se pointe côté porche, tout frémissant d’idées neuves, et ressort en volume, côté banlieue, dans un entrepôt, cathédrale dératisée. »

 

Et comme l’humour aura toujours le dernier et bon mot : « Elle est née en colère ; elle dort comme une grenade dégoupillée. ».

 

Daniel PENNAC : La petite marchande de prose. Editions Gallimard, collection Blanche. 1990. Réédition Folio 3 octobre 1997. 420 pages.

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 08:35

L'heure, c'est l'heure !

Maurice LIMAT : Hold-up à midi trente.

Les employés de la succursale Wz du Crédit Expert attendent avec une impatience non feinte l’heure de la fermeture lorsque deux clients, dont une jeune femme Barbara, entrent à la dernière minute. En réalité ce sont deux cambrioleurs.

Le directeur de l’agence et ses subordonnés réagissent et arrivent presque à maîtriser les malfrats. Seulement l’un des employés, Jean-Claude, se range du côté des voleurs et fait pencher la balance en leur faveur. Il prend la fuite en compagnie des malfaiteurs. Dehors un comparse les attend à bord d’une voiture.

Le quatuor va embrouiller les pistes, abandonnant leur véhicule, utilisant l’autobus, changeant à multiples reprises pour enfin se retrouver dans un immeuble insalubre de la rue Mouffetard. Barbara entreprend Jean-Claude pour fausser compagnie à ses complices mais la tuile dégringole sur leurs têtes lorsque l’un d’eux découvrent que les billets sont faux.

Immédiatement Jean-Claude est accusé d’être un mouchard. Il s’enfuit de l’appartement et se réfugie sur les toits. Afin d’attirer l’attention des passants il plonge sa chemise dans un conduit de cheminée et le vêtement bientôt dégage des flammes. Les policiers arrivent et arrêtent la bande.

Effectivement Jean-Claude avait infiltré la bande sous l’impulsion de Farnèse et du président du conseil d’administration du Crédit export. Malgré sa répugnance à jouer les bandits le stratagème a réussi.

L’on se doute dès le début que Jean-Claude joue un double rôle, malgré tout l’histoire est plaisante à lire grâce à un rythme soutenu et des dialogues réalistes. C'était le bon temps des petits fascicules qui se lisaient vite et permettaient de passer le temps agréablement dans les transports parisiens. Et au moins, ils prenaient moins de place que l'étalement des journaux sur la figure des voisins de sièges.

Maurice LIMAT : Hold-up à midi trente. Collection Mon Roman Policier N° 279. Editions Ferenczi. Parution 3ème Trimestre 1953. 32 pages.

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 13:16

Bon anniversaire à Béatrice Nicodème,

née le 26 novembre 1951.

Béatrice NICODEME : La mort du Loup Blanc.

Hier, c’était lorsque les Blancs et les Bleus, les Républicains et les Chouans, se livraient à une guerre fratricide en Bretagne. Eléonore de Kerruis a trouvé refuge en pays de Rhuis, près de la presqu’île de Quiberon.

Elle a mis au monde son enfant, et vit avec Jos, l’ami fidèle de son mari défunt, sa femme et sa fille, les deux frères jumeaux de Jos, et Romaric. Elle espère échapper à la folie meurtrière qui secoue la province, mais elle ne peut se soustraire, ou s’échapper à son destin de semi aventurière. Pouponner, cela ne dure qu’un temps, mais elle possède dans le sang le goût du risque.

La rencontre avec le chevalier de Tinténiac, surnommé le Loup Blanc, et d’autres figures emblématiques de la Chouannerie, plus l’appréhension de briser un couple, celui qui l’héberge, va la conduire dans les landes, à la poursuite d’une folle entreprise, celle peut-être de détourner le cours de l’histoire vers d’autres traverses parsemées d’embûches.

 

Sur un fond historique que n’aurait pas renié Alexandre Dumas, Béatrice Nicodème nous convie à suivre le parcours mouvementé d’Eléonore de Kerruis dont nous avions fait la connaissance dans Les Loups de la Terreur, paru dans la même collection.

Un peu dans le même esprit que la fameuse Marquise des Anges, dont les aventures firent vibrer bien des familles dans les années cinquante et soixante, Eléonore de Kerruis afin de ne pas subir les évènements se précipitent au devant, tentant de préserver son enfant, son intégrité, sa vie aussi, confrontée aux troubles révolutionnaires et familiaux. Une héroïne attachante dans un contexte qui n’était pas favorable à l’épanouissement féminin.

 

Béatrice NICODEME : La mort du Loup Blanc. Coll. Labyrinthes N° 53. Editions du Masque. Parution mai 1999. 320 pages. 6,60€.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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