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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 08:55

Hommage (tardif) à Michel Durafour, homme

politique et romancier, décédé le 27 juillet 2017.

Pierre JARDIN : Agnès et les vilains messieurs.

Les lectures de l'Oncle Paul étant un blog sérieux, il n'est pas question pour le scripteur de se dévoyer en rédigeant une chronique politique mais de garder la barre sous le vent de la littérature populaire.

Aussi le propos n'est pas de rendre hommage à un politicien qui a œuvré sous différents ministères, qui a été maire de Saint-Etienne lors de l'apogée des Verts (quand même !) mais à un romancier qui a écrit de nombreux romans policiers et d'espionnage. Une carte de visite plus glorieuse que celle d'homme politique, et ceci ne s'adresse pas uniquement à Michel Durafour mais à tous ceux qui magouillent sous les ors de la République.

 

Fille d'un industriel ancien épicier qui a fait son beurre en inventant une crème dessert-minute, Agnès Lorin n'est âgée que de vingt ans mais elle sait déjà ce qu'elle veut. Surtout pas le mari que son père espère qu'elle épouse car elle a des vues sur Marc Bérard, représentant en machines agricoles. Du moins c'est ce qu'il lui a indiqué.

Mais Marc Bérard n'exerce pas du tout ce métier. Il est agent secret et pour l'heure, il est en conversation avec son patron, au sujet de plans du Guyenne, la nouvelle fusée française. L'homme chargé de les transporter a été assassiné et bien entendu, les plans ont été dérobés. Et l'enquête confiée à Blaise Saron, un jeune agent, piétine. Bérard a connu Blaise un an auparavant et le jeune homme se réclamait d'une amitié entre leurs parents, bien des années auparavant. Et c'est ainsi qu'il est devenu agent secret, avec l'appui de Bérard.

Le grand patron des Services secrets montre une lettre anonyme indiquant que les plans seront restitués contre une forte somme et que l'échange pourrait avoir lieu à l'Hôtel Athena à Rhodes. Il est également signifié qu'une place vacante de barman pourrait convenir à un collaborateur des Services Secrets. Comme Blaise est en charge de l'affaire, il sera envoyé sur place, après une rapide formation, mais Bérard n'est pas du tout d'accord. Il le signifie à son patron et va prendre des vacances... à Rhodes.

Il en informe également Agnès lors d'une repas vespéral et en tête à tête, alors que celle-ci lui a réservé une petit surprise. Pour elle, c'était leur repas de fiançailles.

A l'hôtel Athena, ou il est reçu par le directeur italien Pipardi, lequel ne semble guère intéressé par l'arrivée de nouveaux pensionnaires, il a la surprise de retrouver Alexis, un confrère espion russe qui doit se produire dans un club comme chanteur. Au cours du voyage il a fait la connaissance d'une charmante vieille dame, pas indigne mais presque, septuagénaire, et d'un professeur, archéologue syrien. Plus un couple d'amoureux, lui Irlandais, elle Espagnole du doux prénom d'Adoracion.

Sans oublier les employés de l'hôtel, un Turc et un Grec, ce qui naturellement donne de l'ambiance sachant que les deux peuples n'entretiennent guère de relations amicales. Et Blaise qui semble à l'aide dans son rôle de barman, sans oublier Agnès qui arrive inopinément.

 

S'ensuit un chassé-croisé dans une réunion d'espions, déclarés ou non, de contrebandiers sans scrupules, de vrais faux amoureux, un ensemble de quiproquos alimentés par l'humeur versatile d'Agnès. Car la jeune fille, qui croit que son prétendu fiancé et Marc sont à Rhodes pour effectuer un cambriolage de banque, pique ses colères aussitôt éteintes pour redevenir la tendre fiancée, exerçant un chantage auprès de Bérard, devenant sans prévenir une tigresse. Elle fait un peu penser à l'héroïne caractérielle de Charles Exbrayat, Imogène McCarthery, mais sans sa propension à ingurgiter du whisky. Cette boisson est réservée à Mrs Galiday, l'Américaine septuagénaire, au caractère bien trempé.

Les malentendus, les situations équivoques s'enchaînent avec un humour débridé qui n'a rien perdu de sa saveur, même si certains passages paraissent un peu longuets. Malgré son statut d'homme politique en devenir, car à l'époque où parait ce roman, Michel Durafour n'est que maire-adjoint de Saint-Etienne, depuis 1947 toutefois, et fut conseiller général du canton de Saint-Etienne Nord-Est. Parfois, il se permet quelques piques, concernant les communistes notamment, mais celles-ci sont rapidement contrebalancées, comme dans une conversation entre deux personnes honnêtes mais de confession politique différente.

 

Curiosité : Le copyright est attribué à Jean Claude Fiard, lui-même auteur dans la même collection de quelques romans dont Des raisons pour mourir et Quand chante le tambour, auteur dont on ne sait rien, sinon qu'il a également publié Une tombe sous les hévéas, dans la collection Vidocq N°1 aux éditions Cœur de Vey en 1959. D'après l'étude de Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret, Le Vrai visage du Masque paru aux éditions Futuropolis en 1984, Jean-Claude Fiard serait né à Montluçon, sans plus de précision.

Alors erreur de l'éditeur ? Pierre Jardin alias Michel Durafour se cacherait-il sous le pseudonyme de Jean-Claude Fiard ? Ou le contraire ? Toutes les suppositions sont à envisager.

Pierre JARDIN : Agnès et les vilains messieurs. Collection Espionnage Charles Exbrayat N°3. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution juin 1963. 192 pages.

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 10:02

Ne la laissez-pas ouverte, cela risque

de s'évaporer...

Laurent GENEFORT : Une porte sur l’éther.

Lors de la parution de ce roman, Laurent Genefort n'avait que 32 ans, mais il possédait déjà à son actif plus de vingt cinq titres.

Imaginez deux planètes, Favor et Dunaskite reliées par une espèce de tube, l’Axis, un peu comme les haltères soulevés par les athlètes lors des derniers jeux olympiques. Ce tube, long de 126 000 km pour un diamètre de 815 km, est un peu le régulateur des deux planètes puisqu’il sert de conduit navigable et aérien au pollen de l’Ambrozia, une plante qui pousse sur une des deux planètes et sert à la survie commerciale de l’autre.

Jarid Murray, envoyé de la DemeTer est chargé de régler diplomatiquement l’animosité qui règne entre les deux planètes jumelles, voire siamoises, animosité qui pourrait bien conduire à leur destruction commune. L’Axis n’est pas vierge mais est habité par les Kunis et les Ogounistes, divisés en nombreux clans marginaux, pouvant pencher en faveur de l’une ou l’autre planète ou profitant de l’état belliqueux qui les animent pour développer une indépendance et une reconnaissance de leur situation de marginaux.

Comme tout roman de science-fiction, ce livre pourrait être une parabole sur les arrivistes qui privilégient une carrière personnelle au détriment de la communauté, sur le risque d’anéantissement d’un monde lorsque le déséquilibre économique, avec tout ce comporte de disfonctionnements entre deux états, est engendré par les phantasmes dictatoriaux d’un clan politique résolu à devenir le maître du monde au détriment des autres humains, au nom d’un système, d’une religion, d’une idéologie.

Le vecteur de la science fiction est parfois plus souple, plus anonyme, que le roman noir afin de mieux cerner la réalité actuelle et la mettre en évidence, de dénoncer les dangers qui nous guettent devant les prises de positions de certains chefs d’état.

 

Réédition J'ai lu Science-fiction N°6544. Parution 10 avril 2003. 252 pages.

Réédition J'ai lu Science-fiction N°6544. Parution 10 avril 2003. 252 pages.

Laurent GENEFORT : Une porte sur l’éther. Grand format SF, Fleuve Noir. Parution 16 mai 2000. 266 pages.

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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 10:06

La cuisine, mais pas au beurre, car depuis Pierre Dac et Francis Blanche, l'on sait que le Sâr dîne à l'huile...

Pascal BASSET-CHERCOT : La Passion du Sâr.

Surtout connu pour la saga de l'inspecteur Déveure, le Boiteux, ainsi surnommé à cause de sa claudication due à un accident de service, Pascal Basset-Chercot s'éloigne parfois à contre courant de sa production littéraire policière avec des romans dont la psychologie est encore plus marquée.

Toine, mémoires d'un enfant laid par exemple en est la parfaite illustration. Un roman poignant dans lequel le personnage principal est un enfant maltraité, en proie à un acharnement quasi sadique, et qui comme tous les ingénus de son âge ne comprend pas cette constance dans la méchanceté dont il est l'objet.

Avec La passion du Sâr, Pascal Basset-Chercot emprunte une nouvelle voie de traverse, un petit chemin qui fleure l'initiatique, une récréation dans son univers noir. Pour une fois l'enfant n'est pas le personnage principal, même si la mort d'une gamine s'avère obsédante dans la quête des protagonistes qui gravitent dans ce roman où le spiritisme côtoie le suspense.

Jean Baptiste Grandier vient de s'échapper d'une clinique psychiatrique et si pour les uns ce n'est qu'un mage au pouvoir paranormaux incontestables, pour d'autres ce n'est qu'un assassin. Sophie Fallières dont le mari, lui même psychiatre dans cet établissement, est dans le coma suite à un accident provoqué par le mage - une collision bénigne pour tous les témoins qui ont assisté à l'incident - Sophie Fallières décide de retrouver ce personnage mystérieux qui a rejoint Lyon, son fief.

Mais Jeanba comme l'appelle ses anciens disciples, enfin ceux qui lui restent, connaît mieux que quiconque les traboules, passages et venelles de la cité qui se partage entre Saône et Rhône.

Mentor d'une confrérie, Jeanba apprend que celle-ci est sous l'influence d'un de ses disciples, échappant à son influence. Entre quête spirituelle et enquête initiatique, entre recherche d'identité et avidité de compréhension des évènements, la jeune femme, aidée d'un voyant et d'un policier, va remonter le temps et les évènements, croisant sur sa route un cordonnier, un prêtre et un antiquaire.

Alors que Lyon en liesse est prêt à accueillir le pape, le Sâr Jeanba va vivre sa passion qui se renouvelle tous les trente trois ans depuis des siècles. Avec La Passion du Sâr Pascal Basset-Chercot nous propose un livre envoûtant comme en écrivait Conan Doyle lorsqu'il découvrit le spiritisme.

 

Pascal BASSET-CHERCOT : La Passion du Sâr. Editions Calmann-Lévy. Parution 5 avril 1995. 240 pages. 19,50€. Version numérique 10,99€.

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 08:42

François Angelier aime les Mauvais genres....

ANGELIER : Le Templier.

Le grand frisson, ce n’est pas fatalement la palpitation ressentie en compagnie d’une personne du sexe opposé (merci Guy Béart), mais celui aussi éprouvé à la lecture d’un livre, pas forcément érotique, qui procure ce dressement du poil sur la peau par l’ambiance, l’atmosphère qui s’en dégage.

Ainsi certains romans où l’angoisse prime, nourrissant cette appétence de peur qui dès notre plus jeune enfance se déclare, par le truchement des contes et légendes narrées par nos parents ou lu dans des versions édulcorées, qui vont du Petit Chaperon Rouge au Chat Botté en passant par bon nombre d'historiettes qui aujourd’hui font sourire.

 

L’abbé Valério Mazetti occupe au Vatican une fonction reposante en diable (zut, ça m’a échappé !). Il officie au bureau de presse et navigue au milieu de dossiers, d’articles, de paperasses à ranger. Bref pas de quoi se fouler les méninges et par là même se garder d’agréables moments de loisirs pour satisfaire une passion honnête, la peinture animalière.

Il est dérangé dans son antre par un appel téléphonique pour le moins curieux émanant du père Gorz, surnommé le porte-flingue de Sa Sainteté. Valério doit transmettre un dossier hyper confidentiel à Paris à un homme surnommé Le Templier qui est chargé de résoudre des affaires particulières et énigmatiques en relation avec la religion et pour ce faire il est assisté d’un nain, spécialiste d’informatique, et d’une sœur dont la particularité est d’expier les fautes d’autrui en se flagellant et dotée de pouvoirs supra normaux.

Berthe, une vieille fille, alors qu’elle passait quelques jours de vacances en baie de Somme, a cru voir, d’ailleurs elle en est persuadée, son neveu Loïc, décédé des années plus tôt lors d’une chute en montagne, jouer sur une île proche du rivage en compagnie d’autres personnes dont les activités sont immuables : taper dans un ballon, construire des châteaux de sable détruits par la marée et reconstruits inlassablement, et autres fariboles. Un autre couple a eu la même vision, pourtant, pour les yeux du Templier et de ses compagnons, qui se rendent sur place, cette île est déserte.

Toutefois l’endroit est malsain. La gare semble abandonnée, le seul hôtel du pays est désert, ce qui est normal pour la saison, mais délabré et à la construction bizarroïde, un couvent de religieuses jette sur le pays une aura de maléfice et draine les rumeurs suspicieuses. Et puis, Berthe, désirant rejoindre l’îlot, a été mordue par une murène capucine, une bestiole qui a disparu des continents sous-marins depuis des siècles. Or la reproduction de ce poisson prédateur est affichée dans les chambres.

 

Avec ce roman François Angelier nous plonge dans une atmosphère de fantastique, d’épouvante, d’angoisse, d’épouvante, sévissant dans un monde occulte régi par la religion et la terreur, où l’horreur va crescendo. Frissons garantis pour ce premier ouvrage qui devrait être le premier d’une longue série consacrée au Templier, du moins je l’espère, les affaires que celui-ci devrait être à même de résoudre ne manquant pas. Le Templier a reçu le Prix du Roman Fantastique du festival de Gérardmer, Fantastic’arts, ce qui est fort mérité, nonobstant que je ne connais pas les autres manuscrits qui étaient en lice.

ANGELIER : Le Templier. Collection moyen format. Editions du Masque. Parution 24 janvier 2001. 234 pages.

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 09:23

Dans les coulisses du pouvoir...

Rien n'est plus jouissif pour un non initié que de se promener dans les arcanes du monde de la politique française et de débusquer tous les petits secrets qui alimentent les couloirs des hôtels particuliers transformés en maisons closes gouvernementales.

Edouard DEVARENNE : Meurtre à Matignon et Michel SOLFERINO : Meurtre au PS.

Les deux romans que nous propose Calmann-Lévy dans la collection Les Lieux du Crime en sont la représentation écrite parfaite. Si Meurtre à Matignon possède une intrigue un peu mince, les personnages décrits ont une saveur qui n'offusquera personne, sauf peut-être les intéressés. L'humour parfois ravageur et caustique de ce roman compense les faiblesses de l'enquête qui se termine en un pied de nez dont malheureusement l'actualité ne sera plus de mise. Jacques Toubon, le Ministre de la Culture, et Jacques Attali, le conseiller du Président, sont présentés comme les bouffons, les Jacques de cette aimable historiette. Au cours d'une réception organisée par le Premier Ministre, Jacques Chirac et Philippe Seguin disparaissent. Tout laisse à supposer qu'il s'agit d'un enlèvement et un mouchoir taché de sang retrouvé près d'une statue invite à toutes les suppositions même les plus pessimistes. Joxe, avec toute l'austérité qui le caractérise, mène l'enquête.

 

Edouard DEVARENNE : Meurtre à Matignon et Michel SOLFERINO : Meurtre au PS.

Meurtre au PS est plus grave dans le propos, et si là encore l'épilogue tient dans une pirouette, l'intrigue proprement dite s'apparente plus au roman policier. Laurent Fabius est sérieusement blessé par deux hommes alors qu'il sort de l'Ecole Normale où il s'est rendu en visite. Les langues vont bon train et au PS les factions sont divisées. Michel Rocard est-il à l'origine de cette tentative de meurtre afin de mieux asseoir sa prépondérance aux instances nationales, ou Fabius lui-même comme certains aiment à le laisser croire, est-il à l'origine de cet attentat ? La droite assiste à ces échanges de propos parfois venimeux en spectateur qui se voudrait impartial.

Là encore nous avons droit à une galerie de portraits à la limite de la caricature, et Michel Charasse n'est pas loin de se servir de ses bretelles comme d'une fronde, fronde qui couve parmi les quadras. Un véritable commissaire dirige l'enquête et il marche sur des œufs, devant éviter l'omelette et les œufs brouillés, même si la sauce est parfumée au Cresson. Deux divertissements qui n'engendrent pas la morosité, au contraire de la politique.

Edouard DEVARENNE : Meurtre à Matignon et Michel SOLFERINO : Meurtre au PS. Collection Les Lieux du crime. Editions Calmann-Lévy. Parution 1993. Ces deux ouvrages sont disponibles en version numérique pour 5,99€ chacun.

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 08:22

Hommage à Anthony Berkeley né le 5 juillet 1893.

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Fondé, organisé et depuis peu présidé par Roger Sheringham, le Detective's Club reçoit ce soir là l'inspecteur-chef Moresby de Scotland Yard. D'après les statuts le Club de détectives amateurs devrait comprendre treize membres, mais pour entrer dans ce cercle fermé, le candidat doit posséder un esprit déductif, des aptitudes psychologiques et répondre à un questionnaire concernant un certain nombre de sujets choisis par les membres du club.

Le dernier en date de ces postulants ayant démontré ses qualités est Mr Chitterwick, un petit homme effacé et totalement inconnu. Outre Roger Sheringham, les autres membres sont un avocat célèbre, un sympathique écrivain de romans policiers, une femme auteur dramatique fort connue et une romancière qui n'est peut-être pas aussi connue qu'elle devrait l'être. Six membres donc qui accueillent l'inspecteur-chef Moresby lequel va leur soumettre à leur sagacité un problème de meurtre non résolu.

Et s'il soumet ce cas aux membres du club, c'est parce que la police officielle a pratiquement renoncé à retrouver le meurtrier de Mrs Bendix. Mais quelle est donc cette étrange affaire dont Moresby entretient ces membres tout ouïe ?

 

Membre du club de l'Arc-en-Ciel, la première chose que fait Graham Bendix, en ce vendredi matin 15 novembre, est de demander s'il y a du courrier à son nom. A ce moment entre Sir Eustache Pennefather, comme chaque matin ponctuellement à dix heures demie et qui passe pratiquement tout son temps dans les locaux du Cercle. Lui aussi réclame son courrier qui se compose de trois lettres et un paquet. Les deux hommes qui ne se fréquentent guère, s'installent chacun dans un fauteuil près du feu. Soudain Bendix entend Sir Eustache émettre une exclamation de contrariété. Le paquet contient une boîte de chocolat et une lettre d'accompagnement précise que les friandises sont offertes généreusement pas un célèbre chocolatier qui vient de mettre au point une nouvelle recette de chocolats à la liqueur.

Sir Eustache vitupère, et il n'a pas l'intention d'envoyer un témoignage de satisfaction. De la publicité ! Or justement Bendix se souvient qu'il a engagé un pari la veille avec sa femme et comme il a perdu, il lui doit une boîte de chocolats. Sir Eustache se débarrasse du coffret dont il n'a que faire. Le papier d'emballage et la lettre d'accompagnement vont directement dans la poubelle de l'accueil.

Après avoir lu le journal et joué une partie de billard, Bendix rentre chez lui pour déjeuner avec sa femme. Il lui offre les chocolats qui ne lui ont rien coûté et ils commencent à en déguster quelques échantillons. Trois parfums sont proposés, kummel, marasquin et kirsch. Bendix en savoure deux, sa femme en prendra un peu plus. A priori ce ne sont pas des nouveautés, même s'ils trouvent que le goût en est beaucoup plus prononcé. Plus fort en alcool à première vue, ou au premier goût comme vous voulez, avec pour ceux au kirsch un goût d'amande amère plus accentué.

Bendix sera malade mais s'en remettra tandis que sa femme, un peu plus gourmande, en décèdera. L'analyse des chocolats révèle qu'ils contiennent de la nitro-benzine, produit couramment utilisé dans les confiseries et les parfums, mais en dose mortelle

 

La question primordiale est de savoir si Sir Eustache était visé, lui qui est un coureur de jupons avéré, en instance de divorce. Ou bien a-t-il offert délibérément les chocolats à Bendix ? Ou bien... Les suppositions sont nombreuses, et suppléant les policiers les six membres du Detective's Club font faire fonctionner leurs petites cellules grises et chercher à établir qui est le coupable, pourquoi et comment.

Sept solutions sont donc proposées, sept car l'un d'eux en suggère deux, et toutes se tiennent, toutes sont valables avant que la solution du premier soit balayée, démontée par son successeur qui en offre une autre plus plausible, à son avis.

 

Anthony Berkeley s'amuse à détourner les principes du roman policier, nous sommes en 1929, en explorant les deux positions, déduction et induction, qui gèrent une enquête. Il souffle donc le chaud et le froid, par enquêteurs amateurs interposés, et à partir d'un même fait fournit des interprétations différentes selon les considérations de chacun, interprétations qui toutes tiennent la route, à condition qu'une seule soit avancée et non pas sept.

Comme le fait remarquer l'un des membres, en se basant sur l'écriture de romans policiers :

J'ai souvent remarqué que, dans ces sortes d'ouvrages, l'auteur tire d'un fait donné, une interprétation unique, et qui, bien entendu, est la bonne. Seul le détective intelligent et chéri de l'auteur est capable de trouver quelque chose, et ce qu'il trouve est toujours juste.

Cette déclaration est un peu un pavé dans la mare des écrivains qui concoctent une énigme sur laquelle tout le monde se casse les dents sauf l'enquêteur récurrent d'un auteur de romans policiers. Et sa solution ne souffre d'aucune contradiction. Or dans la vie, ce n'est pas toujours ainsi que cela fonctionne, et les déductions, parfois hâtives, qui désignent un coupable ne sont pas forcément celles qui s'inscrivent dans la réalité. Certaines affaires le démontrent d'ailleurs des années plus tard, et encore de nos jours.

Ces détectives en herbe ne se contentent pas de triturer leurs petits cellules grises. Ils vont sur le terrain et rencontrent les mêmes témoins ou presque. Seulement ils ne posent pas les mêmes questions et leurs conclusions divergent.

Anthony Berkeley était novateur alors que S.S. Van Dine édictait ses règles pour écrire un roman policier, règles qui ne pouvaient se transposer que dans une utopie littéraire. Il détourne les règles comme le fit quelques années avant lui Agatha Christie puis le fera ensuite John Dickson Carr, mais en utilisant des précédés différents.

Anthony Berkeley fonde le Detection Club en 1930. Cette association d'auteurs britanniques accueille en son sein des romanciers tels que Agatha Christie, Dorothy L. Sayers, G. K. Chesterton, Freeman Wills Crofts, John Rhode et la Baronne Orczy, est quasiment calquée sur le Detective's Club mis en scène dans Le Club des Détectives. Un roman, dont chaque chapitre est écrit par un auteur différent, sera écrit et publié sous le nom d'Amiral flottant sur la rivière Whyn, plus connu sous le titre d'Amiral flottant tout court.

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

Anthony BERKELEY : Le club des détectives (The poisoned Chocolate Case - 1929. Traduction de M Faure).

Première édition : coll. Le Domino noir no 4. Éditions Alexis Redier. 1931.

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 13:30

Bon anniversaire à Georges-Jean Arnaud né le 3 juillet 1928.

La couverture est signée Aslan

La couverture est signée Aslan

Après une entrée fracassante en littérature, obtenant le Prix du Quai des Orfèvres en 1952 pour Ne tirez pas sur l'inspecteur (collection l'Enigme - Editions Hachette) signé Saint-Gilles, il faudra attendre 1957 pour qu'enfin ce romancier populaire prenne son envol majestueux et prolifique.

Publiant aux éditions l'Arabesque sous différents pseudonymes, Saint-Gilles évidemment qui a été choisi en référence à son lieu de naissance, Saint Gilles du Gard, pour les collections Espionnage et Crime Parfait ? qu'il inaugure, mais également sous ceux de Georges Murey et Gil Darcy, créant le personnage de Luc Ferran repris ensuite par d'autres auteurs et qui concurrençait Francis Coplan de Paul Kenny, mais également les alias de Georges Ramos, Gino Arnoldi et Frédéric Mado pour des romans de charme et de libertinage, pour ne pas dire érotiques, notamment dans la collection Parme.

 

Dans Commando pirate, on retrouve l'atmosphère presqu'intimiste qui sera la marque de fabrique de Georges-Jean Arnaud, notamment pour ses romans en Spécial Police du Fleuve Noir, un roman d'Espionnage qui s'intègre plus dans la veine du roman d'aventures.

Cela fait cinq ans qu'elle a quitté le village, pour aller travailler à Recife puis à Rio, et dans le bouge de José, les quelques consommateurs mateurs la regardent avec surprise. Même Luis qui pourtant s'y attendait puisqu'elle lui avait envoyé une lettre. Mais il n'a pas oublié la belle Tarina, et peut-être l'aime-t-il encore malgré son départ avec un bellâtre, Carlos de Coelho de son vrai nom Stan Oberley. L'homme lui avait avoué qu'il faisait partie d'un réseau d'espionnage contrôlant toute l'Amérique du Sud, qu'il désirait rejoindre les USA mais que ses chefs lui ont ordonné de rester.

Si Tarina est revenue dans le village de pêcheurs, c'est peut-être par nostalgie, mais surtout parce qu'elle a besoin de Luis et de deux complices fiables possédant une jangada, sorte de bateau construit comme un radeau. Elle explique à Luis le pourquoi du comment, en partie car elle possède des raisons cachées qu'elle ne veut dévoiler.

Il s'agit d'événements qui se sont déroulés récemment en Argentine. Rappelons que le roman a été publié en 1957 et que les partisans de Peron tentent de chasser les "autres". Peron a été renversé en 1955 par un coup d’État orchestré par les secteurs conservateurs de l'armée argentine, mais il a gardé de nombreux appuis dans le pays.

Le mouvement avait pris beaucoup d'ampleur, preuve que les insurgés avaient de l'argent. Le premier but était de faire revenir Peron mais il y en avait un deuxième et c'est qu'avait découvert Toreco, mon ami. Ce dernier but était de faire un mouvement de masse qui permettrait d'attirer l'attention du gouvernement ailleurs pendant que des documents secrets étaient embarqués clandestinement dans un petit port.

Tarina qui était la maîtresse de Coelho, n'avait plus de nouvelles de celui-ci depuis longtemps et elle avait trouvé une âme sœur en Toreco, journaliste et agent double, qui vient d'être assassiné.

Tandis que Tarina effectue ces révélations, leur conversation est écoutée par un inconnu planqué derrière la porte de la cabane de Luis. L'homme fait une entrée fracassante, apparemment bien déterminé à supprimer Tarina et Luis, mais le pêcheur possède toujours sur lui un couteau de pêche. L'intrus décède et Luis en lui faisant ses poches apprend non seulement l'identité de l'homme mais découvre également un petit papier sur lequel sont signalées les différentes étapes et les dates d'un bateau. Il s'agit du Sao Sebastio sur lequel ont embarqué trois hommes détenant les fameux documents.

Et Luis et Tarina doivent arraisonner ce bateau à bord de la jangada du pêcheur ainsi que deux autres amis à bord d'une autre jangada. Seulement alors qu'ils viennent de prendre la mer, la tempête de vent se lève. Ils parviennent toutefois à monter à bord du bâtiment, un petit yacht, mais plus personne n'est à bord. Des traces de sang sont relevées. Et les deux amis de Luis se mutinent, l'appât du gain aidant. Luis et Tarina doivent reprendre la jangada, qui sous l'effet de la houle se démembre. Ils échouent sur une petite plage où ils sont recueillis par un vieil homme mangeur de chauve-souris près de Natal.

L'aventure n'est pas close pour autant, car des individus, probablement des Argentins, surveillent leurs faits et gestes. Tarina est enlevée et Luis part à sa recherche.

Une jangada.

Une jangada.

Roman d'espionnage donc, puisqu'il s'agit de documents, des microfilms à récupérer, et que des espions argentins et américains se les arrachent, mais il ne s'agit que de personnages secondaires même si leur présence est primordiale. Tout tourne autour de Tarina et de Luis. Et ce sont leurs pérégrinations qui importent dans cette intrigue conférant à cet ouvrage un parfum d'aventures.

Ce que ne pouvait savoir Georges-Jean Arnaud alias Saint-Gilles en rédigeant de roman collant à l'actualité de l'époque, c'est que Peron sera réélu président à son retour d'exil le 12 octobre 1973, décédant le 1er juillet 1974.

Contrairement à certains romans d'espionnage dont le thème central tournait autour de la guerre froide, les personnages, sauf un ou deux, ne sont pas de véritables espions, comme ceux qu'on avait l'habitude suivre dans leurs aventures et qui deviendront des surhommes, presque. James Bond, Francis Coplan, Luc Ferran, et bien sûr Serge Kovaks, alias Le Commander dont les pérégrinations sont signées G.-J Arnaud dans la collection Espionnage du Fleuve Noir.

Georges-Jean Arnaud a souvent utilisé comme décor l'Amérique du Sud, aussi bien en Espionnage, que pour la collection Grand Romans.

SAINT-GILLES : Commando pirate. Collection Espionnage N°49. Editions de l'Arabesque. Parution 2e trimestre1957. 192 pages.

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 06:56

Hommage à Michel Lebrun, romancier, scénariste, essayiste, décédé le 20 juin 1996.

Michel LENOIR : Caveau de famille.

Lorsqu'il écrivit ce roman, Michel Lebrun n'avait que vingt-trois ans, et déjà, non seulement il affirmait un style personnel et une grande maturité d'écriture, mais en connaisseur de la littérature policière, il s'est amusé dans ce texte à donner quelques coups de griffes, qui en subliment la saveur de l'intrigue.

Publié en 1954, année faste puisque pas moins de huit romans, policiers, espionnage et science-fiction, parurent cette année là chez des maisons d'éditions différentes quoique toutes dirigées par le même personnage, Roger Dermée, Caveau de famille met en scène un homme dans la trentaine, dont la vie est réglée comme une horloge suisse. Il est solitaire, veuf depuis peu, ayant sur la conscience trois morts. Trois personnes qu'il a tuées, en toute conscience ou par ricochet. Il ressasse ses souvenirs, les années, les mois qui ont précédé les drames, son implication dans les événements et il rédige sur un cahier tout ce qui s'est déroulé, soigneusement.

Marié avec Georgette, qu'il a connue par hasard, il s'est installé dans le petit pavillon de banlieue que celle-ci a hérité de ses parents. Ils ne roulent pas sur l'or, mais il espère bien grimper dans le hiérarchie administrative de la société qui l'emploie. Un bureaucrate, bénéficiant d'un bureau sans fenêtre, ne recevant la visite d'un garçon de courses que deux fois par jour, à heures fixes. Pas de collègues à proximité, d'ailleurs ceux-ci l'ignorent. Il se nomme Martin, Michel Martin. Un nom banal pour une vie banale. Il a obtenu une augmentation et souhaite que Georgette reste à la maison. Il a écrit deux romans mais les éditeurs auxquels il a proposé ses manuscrits l'ont éconduit.

Une solution serait de sous-louer l'étage du pavillon, trop grand pour eux deux. Mais ils ne veulent pas n'importe qui comme locataires. Ils trouvent la perle en la personne d'un couple, un quinquagénaire marié avec une jeunette de vingt-quatre ans, sans enfant, donc susceptibles de ne pas être bruyants. D'ailleurs, l'homme, un écrivain reconnu, Bernie Deruc, recherche justement le calme et la tranquillité.

Michel Martin confie à son nouvel ami et locataire, qu'il a deux manuscrits et qu'éventuellement il les proposerait bien en lecture. Bernie estime que ces écrits ne sont pas mauvais, qu'ils mériteraient une révision, style et construction, et qu'il les ferait publier, sous son nom, ce sera plus facile, avec un chèque à la clé. Michel accepte, et d'autres collaborations sont envisagées.

Seulement, Annie la jeune épouse de Bernie se jette dans les bras de Michel et tout irait pour le mieux si l'engrenage pourtant bien huilé arrivait à se gripper.

 

Intrigue classique et vaudevillesque de deux couples, dont un qui n'est guère assorti, le mari de l'une devenant l'amant de l'autre femme. Classique mais mené de main de maître et avec subtilité, dont l'épilogue peut surprendre, mais ce n'est pas ce qui importe car Michel Lenoir alias Lebrun pour la réédition, joue avec les codes. Il puise dans son expérience de cafetier quelques scènes, travaillant le jour et écrivant la nuit. Voir à ce sujet l'entretien ci-dessous.

 

On pourrait presque croire, en lisant les lignes qui figurent au début du roman que celui-ci est d'actualité :

Au comptoir, un banlieusard-type, casquette, blouson de cuir, joues couperosées, tonne contre le gouvernement "qui ne pense qu'à pressurer l'ouvrier et l'artisan au lieu de s'attaquer aux gros de la finance".

Michel Lenoir freine les ardeurs d'un jeune écrivain, alors que lui-même était dans cette situation, en mettant en avant que la fortune n'est pas au bout de la plume.

A un ami qui travaille dans l'édition, Michel Martin demande :

Combien peut rapporter un roman à son auteur, son ami précise :

L'auteur touche huit pour cent sur le prix de vente du volume. Plus le tirage est fort, plus ça paie.

Merci, mais quel est le tirage d'un débutant ?

Si le roman est vraiment bon, deux, trois mille. S'il ne casse rien, mille.

Le lecteur est prévenu, ce n'est pas ainsi qu'il roulera sur l'or.

Michel Lebrun dénonce des pratiques malhonnêtes. Bernie Deruc a acheté les droits de romans américains qui n'ont pas encore été publié en France et il propose à Michel Martin de les traduire et les ouvrages seront publiés sous le nom de Bernie Deruc. Cela semble une véritable arnaque, mais cette pratique fut employée, notamment par Charles de Richter et Maurice Dekobra pour la collection A ne pas lire la nuit, les couvertures ne comportant uniquement que les noms des deux traducteurs.

Et pour mieux décourager un auteur débutant, Bernie Deruc prend d'autres exemples, précisant :

Moi, j'ai d'abord vécu et bien vécu. Puis, j'ai raconté ce que j'ai vu. C'est simple. C'est la recette de tous les grands écrivains américains. Regardez Steinbeck, Caldwell, Hemingway. Le tort des jeunes écrivains, c'est d'être jeunes. Au sortir de l'école, on veut écrire. Bien. Mais pour dire quoi ? Le jeune type n'a rien vu, il ne peut donc rien décrire. Alors, il se rabat sur l'étude psychologique. Or, comme il manque de maturité, son étude psychologique est ratée, et lui aussi, par la même occasion ! Une loi devrait exister, interdisant aux moins de quarante ans de pratiquer le métier d'écrivain.

Et c'est un jeunot de vingt-trois ans qui écrit ces lignes. Un vrai coup de pied dans la fourmilière des auteurs vaniteux et imbus d'eux-mêmes.

 

A noter que Michel Lebrun, féru de cinéma, proposait en début de volume une distribution française ayant pour noms : Yves Robert, Andrée Clément, Pierre Brasseur et Françoise Arnoul. Et éventuellement, en cad d'adaptation américaine : Elisha Cook Jr, Barbara Bel Geddes, Sidney Greenstreet et Marilyn Monroe.

 

Curiosité : Ce roman a été réédité sous le nom de Michel Lebrun en 1969, dans la collection Un Mystère, mais remanié, enrichi. L'histoire est englobée dans quelques chapitres nouveaux, dont le prologue et l'épilogue, qui mettent en scène un homme lisant un livre usagé, détérioré, acquis lors d'une vente après saisie. Or peu à peu ce lecteur se rend compte que cette histoire, il la connait.

 

Rééditions sous le nom de Michel Lebrun : Presses de la Cité, Un mystère (3esérie) no2, 1969

Rééditions sous le nom de Michel Lebrun : Presses de la Cité, Un mystère (3esérie) no2, 1969

J'ai lu Policier no2033, 1986

J'ai lu Policier no2033, 1986

Michel LENOIR : Caveau de famille. Collection Le Roman Suspense no1. Editions Ciel du Nord. Parution 1954.

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 08:37

Hommage à Max-André Dazergues, infatigable et prolifique polygraphe, né le 12 juin 1903.

Max-André DAZERGUES : L'aérolithe sous-marin.

Une boule de feu, échappée des eaux tourmentées du lac Tanganyika, puis retombe, tel est le phénomène auquel assiste Makoleko, un guerrier Massaï.

Pour le Massaï, et pour toute autre personne sensée, l'eau aurait dû éteindre le feu. Et en retombant, aucune fumée, aucune trace de vapeur ne se dégage, aucun bruit ne se produit, et cette manifestation, ou manque de manifestation thermique, intrigue les habitants de la région et notamment les membres d'une expédition en voyage d'études à la recherche de gisements de pétrole et d'or. Une explication est avancée, celle d'une éruption volcanique sous-lacustre.

Cette supposition entérinée, Sir Henri Lanster, savant d'origine britannique, et son assistant et collaborateur d'origine belge Grégoire Van Fulten, ne font guère de cas de ce qu'a pu colporter comme élucubrations le guerrier Massaï. Ces autochtones sont plus connus pour leurs intentions belliqueuses et leur mauvais voisinage que pour leurs commentaires ou leurs superstitions.

La petite troupe composée des deux savants et de leurs quatre porteurs, des Bantous venus de Congo belge comme Van Fulten, continue son périple, logeant le lac Tanganyika. Il commence à se faire tard, et la nuit est quasiment tombée, lorsque Katoli, l'un des Bantous, entend un bruit suspect. Quelqu'un rôde selon lui. Le Bantou a l'ouïe fine, et il explore le voisinage.

Il ne voit personne, mais découvre dans un fourré une boulette d'argile recouverte de peinture rouge. Pour lui, cela ne fait aucun doute les Massaïs sont proches. Il ne pensait pas si bien dire. Alors qu'ils traversant un marécage, ils sont agressés par des sauriens vauriens.

En réalité, ces hommes-caïmans méchants sont des Massaïs commandés par Makoleko, entretenant la légende des hommes-crocodiles. Ils tuent les Bantous, à l'exception de Katoli et des deux hommes blancs. Entre Katoli et Makoleko existe un vieux contentieux tribal. Les survivants sont emmenés dans une île au milieu du lac, île qui possède la particularité d'être rouge.

 

La collection Mon Roman d'Aventures, qui a démarré en 1942 pour s'éteindre en 1957, offrait des plages, et des pages, de lectures agréables pour lecteurs pressés, orientée vers la Science-fiction principalement mais pas que. Elle était destinée à un large public, autant pour des adolescents que pour des adultes qui désiraient se détendre dans le métro, par exemple, après une journée de travail, et plus généralement dans les moyens de transport.

L'aérolithe sous-marin puise son intrigue dans un événement qui frise le fantastique et se clôt avec une explication scientifique simple. Mais le propos n'est pas tellement dans cette explication, car c'est surtout le côté exotique, en plein cœur de l'Afrique Noire, qui importe. Le point central réside sur l'antagonisme entre tribus rivales, entre ethnies rivales, une rivalité qui peut être séculaire ou remonter tout simplement à quelques années en arrière.

 

Max-André DAZERGUES : L'aérolithe sous-marin. Collection Mon Roman d'Aventures N°303. Editions Ferenczi. Parution 3e trimestre 1954. 32 pages.

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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 08:15

Hommage à John Creasey décédé le 9 juin 1973, également connu sous les pseudos de J.J. Marric, Anthony Morton, Michael Halliday...

J.J. MARRIC : Un mois de la vie d'un flic

La série consacrée à George Gidéon, policier à Scotland Yard, possède quelques variantes dans le temps, du moins lors de la publication des premiers romans : Ainsi après 24 heures de la vie d'un flic, ont suivi 7 jours de la vie d'un flic puis La nuit d'un flic, tous publiés dans la collection Un Mystère des Presses de la Cité.

Mais sous le nom de plume de J.J. Marric, se cachait un vieux routier de l'écriture, un auteur protéiforme qui fut publié par ailleurs sous son patronyme de John Creasey, de Jeremy York et peut-être le plus connu de ses pseudonymes Anthony Morton pour les aventures du Baron, gentleman cambrioleur. Mais j'aurai l'occasion d'y revenir.

Donc en ce mois de mai, et plus particulièrement le dimanche 1er mai, George Gideon, qui a franchi toutes les étapes pour devenir chef du C.I.D., organe qui correspond à notre Brigade Criminelle, quitte son bureau afin de déjeuner en compagnie de sa femme Kate dans un restaurant à Marble Arch.

En traversant Hyde Park il est intrigué par le geste d'une femme qui donne une gifle, apparemment sans raison, à son gamin. Ce geste lui déplait fortement et cela lui fait penser à une série de vols à la tire par des gamins qui selon toutes vraisemblances sont entraînés, peut-être par leurs parents, à ce genre de délit. Et naturellement il en parle à sa femme lors de leur repas.

Mais d'autres affaires recueillent son attention dès le lendemain. Ainsi l'un de ses adjoints lui apprend que Frisky Lee, un ennemi intime de Gideon qui vient de se marier, projette de s'embarquer pour l'Australie. Or Frisky Lee est un receleur, possédant de nombreuses boutiques, qui n'a jamais pu être inquiété, les preuves à son encontre n'ayant jamais pu être établies. Et Gideon souhaite pouvoir l'arrêter et mettre fin à ses trafics. D'autant qu'il soupçonne Frisky Lee d'être à l'origine des vols à la tire par les gamins. Donc il veut démontrer que Frisky Lee est impliqué dans le recel d'objets volés afin de l'empêcher de s'expatrier.

Un souhait qui ne sera jamais réalisé car Frisky Lee est découvert assassiné, et le présumé coupable est lui aussi abattu. Mais justement, était-il vraiment le meurtrier de Frisky Lee ?

Le corps d'une femme défenestrée accapare l'attention d'autres enquêteurs. Selon toutes vraisemblances, il s'agit d'un suicide, seulement son mariage ne remontait qu'à quelques semaines, et cette mort arrange bien les affaires du mari.

Gideon décide de s'octroyer quelques jours de vacances à la station balnéaire de Brighton avec sa femme. Un homme le reconnait et pense que Gideon aussi l'a reconnu. Mais le policier qui avait le soleil dans les yeux ne s'est rendu compte de rien. Pourtant si le soleil ne lui avait pas occulté la vision, peut-être aurait-il évité un drame. Mais le hasard veille, et un agent pense avoir déjà vu l'homme qui est lui aussi en instance de mariage. Mais où et quand ?

Si toutes ces affaires ne suffisaient pas à accaparer l'attention de Gideon et ses hommes, une femme vient déposer plainte. Sa fille a disparu et elle soupçonne son mari dont elle est divorcée de l'avoir enlevée.

 

Un mois dans la vie d'un flic montre l'étendue des enquêtes auxquels des policiers peuvent être confrontés, surtout un responsable qui doit tout superviser, coordonner, vérifier en se déplaçant parfois sur le terrain, et qui démontre que la mémoire joue un rôle important. Dans les années 1950, l'apport de l'informatique était nul et il fallait se fier uniquement à sa mémoire et à ses fiches.

Des enquêtes résolues parfois grâce à un petit coup de pouce du destin, mais pas que. La constance, la patience, peuvent être récompensées, surtout lorsqu'il existe des interconnexions.

Et parallèlement à ces enquêtes, se greffe l'histoire de Peter Wray, le gamin giflé par sa mère dans Hyde Park. Et l'on ne peut s'empêcher de se remémorer l'école du vol à la tire dans Oliver Twist de Dickens, Fagin enseignant aux gamins comment s'emparer d'un portefeuille, d'un foulard, d'un objet, en glissant une main dans une poche ou un sac à main. Et l'auteur met en avant le problème des enfants obligés tout jeunes à voler, ne se rendant pas compte de la portée de leur forfait. Cela devient presque un jeu, mais un jeu souvent accompagné de brimades.

Pour autant l'auteur s'intéresse également à la vie familiale de Gideon, ainsi qu'à ses adjoints, dont Lemaître dit Lem qui traverse une passe difficile suite au départ de sa femme, mais sans approfondir les incursions dans leur vie privée.

 

La traduction de Pierre Gouly laisse à désirer. Il est vrai que bon nombre de traducteurs n'étaient pas aussi pointilleux que ceux de nos jours, enfin certains, et que la réédition d'ouvrages de cette époque demande souvent une nouvelle traduction. Le personnage de Gideon devient tout simplement Gédéon alors qu'en quatrième de couverture il est bien précisé qu'il s'agit de Gideon de Scotland Yard. De plus le traducteur mélange allègrement dans son texte francs et livres sterlings. Une aberration due probablement à une non relecture.

 

J.J. MARRIC : Un mois de la vie d'un flic (Gideon's month - 1958. Traduction de Pierre Gouly). Collection Un Mystère N°488. Editions Presses de la Cité. Parution janvier 1960. 192 pages.

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