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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 04:15

A tous les étages ? On n’arrête pas le progrès !

Jan JOUVERT : Eau et Gaz.

La vie dans un immeuble, la promiscuité avec des locataires venus de milieux différents, d’âge différent, de culture différente, ce n’est pas triste.

Dans celui de Jan Jouvert, ce n’est pas moins triste. Chacun des locataires du petit immeuble, dans lequel se déroule l’action en vase clos, possède ses particularités, ses phantasmes, ses envies, ses problèmes, ses besoins, ses peurs.

Cohabitent, en plus ou moins bonne intelligence, se fréquentant peu ou prou, une vieille dame, impotente, autoritaire, qui consigne dans un cahier ses affres. Un psychiatre à la clientèle dispersée et dont la femme peintre est muette. Une veuve et sa fille de quinze ans qui ne désire qu’une chose, s’affranchir. Il y a aussi deux copines vivant dans le même appartement, guère pratique pour recevoir les petits amis. Une jeune femme nymphomane qui n’arrive pas à assouvir ses désirs, un jeune étudiant qui a arrêté ses études et possède la particularité de s’endormir n’importe où, n’importe quand et dont la petite amie s’évertue à réveiller la virilité. Egalement un vieil homme, artiste en tous genres qui reçoit de temps à autre la visite de son attachée de presse, et qui ne rechigne pas sur quelques prises de cocaïne, un jeune homme, nouvellement arrivé, épris de lecture, et un célibataire aux nombreuses conquêtes et aux dents longues.

Maintenant que vous avez les ingrédients, vous brassez le tout, vous saupoudrez d’une pincée de mystère, de quelques taches de sang par ci par là, vous laissez mijoter et vous dégustez. Un roman original, subtil, tendre et inquiétant à la fois, fort bien maîtrisé dans la construction, dans le rythme, dans l’approche des personnages. En un mot un livre jubilatoire en diable.

Jan JOUVERT : Eau et Gaz. Collection Fleuve Noir Crime N°65. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1999. 256 pages.

ISBN : 9782265067868

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 03:57

Ce n’est pas la clé de Sol, alors ?

Sax ROHMER : La clé du temple du ciel.

Le véritable héros, le véritable protagoniste des œuvres de Sax Rohmer, romans et nouvelles, ce n’est pas le diabolique docteur Fu-Manchu, mais bien l’Orient.

Pas seulement la Chine et ses habitants, quoiqu’ils tiennent une place prépondérante, mais également l’Inde ou l’Asie mineure. C’est l’Orient, l’Orient mystérieux transposé, transplanté, réduit telle une maquette dans un quartier londonien, Chinatown, situé entre Limehouse Causeway et Pennyfields.

Un quartier mal famé, aux impasses noyées dans le brouillard, aux ruelles peu sûres, aux bouges enfumés, exhalant une forte odeurs d’épices et d’encens, avec une arrière senteur d’opium ; des façades grises, monotones, des fenêtres aux carreaux sales qui dissimulent des richesses incomparables, anachroniques, dans un décor de misère, de beuveries, de crimes crapuleux et sinistres, avec en bruit de fond la Tamise et ses docks.

L’on pourrait croire que Sax Rohmer a un compte à régler avec les Asiatiques, mais en réalité ce n’est qu’un paravent (chinois). Pour preuve ce dialogue extrait de la première nouvelle de ce recueil, Rhapsodie pour Limehouse.

Parfois dans vos écrits vous avez dit du mal de mes compatriotes. N’est-ce pas la vérité ?

C’est la vérité, répondis-je, mais seulement dans une certaine limite. Peut-être ai-je dépeint sous un jour défavorable certains individus de votre race ; mais jamais le Chinois en général. Il y a des méchants en Chine comme dans tous les pays.

L’exotisme et le mystère ont toujours fasciné et l’aventure est toujours plus belle lorsqu’elle est parée de dorures et de brocards scintillants, dissimulée dans des boîtes ou des cercueils à secrets, parfumée à l’encens et aux extraits de pavots, gardée et défendue par des dragons de jade.

Sans oublier les sectes mystérieuses et leurs mots de passe, leurs rendez-vous énigmatiques.

Composant ce volume, où l’on retrouve les inspecteurs Wessex et Kerry, le détective Paul Harley et le journaliste Malcolm Knox, le narrateur, huit nouvelles aux titres alléchants, dans la tradition des feuilletons et romans populaires. Parmi ces nouvelles deux ont déjà été traduites en France et non pas une seule comme annoncée dans la bibliographie due à Francis Lacassin. Mais tout ceci est détaillé dans le sommaire ci-dessous :

 

Préface par Francis Lacassin.

Rhapsodie pour Limehouse (Limehouse Rapsody – 1939. Traduction Jacques Brécard. Publiée dans Le Saint Détective Magazine n°53 de juillet 1959 sous le titre Un bourreau respectable).

La clé du temple du ciel (The Key of the Temple of Heaven – 1922. Traduction Robert-Pierre Castel)

Le mandarin noir (The Black Madarin – 1922. Traduction de Jacques Brécard. Publiée dans Le Saint Détective Magazine n° 139 de septembre 1966).

La fille de Huang Chow (The daughter of Huang Chow - 1921. Traduction Robert-Pierre Castel).

La natte de Hi Wing Ho (The Pigtail of Hi Wing Ho – 1916. Traduction Robert-Pierre Castel).

La maison de l’idole d’or (The House of the Golden Joss – 1920. Traduction Robert-Pierre Castel).

L’homme au crâne rasé (The Man with the Shaven Skull – 1920. Traduction Robert-Pierre Castel).

Le gosse de Kerry (Kerry’s Kid – 1922. Traduction Robert-Pierre Castel).

Bibliographie par Francis Lacassin avec l’indication des revues et éventuellement des recueils dans lesquels ces nouvelles ont été publiées.

Sax ROHMER : La clé du temple du ciel. Série L’Aventure insensée dirigée par Francis Lacassin N°2067. Edition 10/18. Parution décembre 1989. 320 pages.

ISBN : 9782264013040

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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 03:55

Où il est prouvé que la chasse peut être mortelle…

Margaret RING : Pièges mortels pour Camilla.

Le Prince Philip, qui tout comme la Reine, a peur qu'un attentat soit perpétré sur Camilla, la maîtresse de Charles, demande à l'inspecteur Buckingham d'assister à une partie de chasse organisée par Lord Moor, propriétaire du Daily Star.

Participent à cette vénerie, Lord King, propriétaire d'un journal rival, le Prince Charles, Camilla, Parker-Bowles l'ex-mari de Camilla, Rosemary, sa nouvelle maîtresse, James Hewitt, l'amant de Diana qui a défrayé la chronique en publiant un livre sur ses amours princières, et Hannibal Chesterfield.

Lord King est tué par un engin explosif placé sous la selle de son cheval. La bombe, composée d'un détonateur et d'un poignard, n'était pas forcément destinée au défunt. L'animal a été successivement dévolu à Lord Moor, à Sita, sa maîtresse pakistanaise et à Camilla.

Buckingham est perdu en conjectures. Tout le monde est suspect y compris les palefreniers. L'un d'eux, d'origine pakistanaise, est victime d'un accident provoqué par une voiture. Or l'auto de Sita a disparu. Selon les experts la bombe infernale est d'origine yéménite. Lord Moor est blessé par le même type de machine infernale. Buckingham se rend au Yémen afin d'en rencontrer le constructeur.

 

Trop de répétitions dans ce roman qui aurait gagné en force s'il avait été élagué et réduit. En réalité il ne s'agit que d'une longue nouvelle délayée.

Le caractère de l'inspecteur Buckingham, toujours horrifié lorsque quelqu'un ose critiquer la Souveraine et sa famille, oscille entre rouerie, snobisme et naïveté.

A part l'humour qui s'en dégage, les estocades portées contre la famille régnante par exemple ou les tribulations de Buckingham au Yémen, ce roman est plat et l'intrigue un peu faible, désuète.

Sous le pseudonyme de Margaret Ring se cache l’écrivain et journaliste Philippe de Baleine qui a également écrit quelques romans sous celui de Philip Whale.

Margaret RING : Pièges mortels pour Camilla. Collection L'inspecteur Buckingham. Editions du Rocher. Parution octobre 1995. 174 pages.

ISBN : 9782268021140

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 04:40

Entre Arsène Lupin et Sam et Sally.

Anthony FEEK : Echec à Barnaby.

Alors qu’il attend le moment favorable pour s’introduire dans la demeure de Sir Happleton, Barnaby Hope s’aperçoit qu’il est devancé par une silhouette qui se déplace dans la nuit.

Il avait pourtant bien préparé son expédition consistant à s’emparer des pierres précieuses du châtelain. Sir James Happleton avait emmené au restaurant sa conquête du moment, Jemina Sharp rencontrée lors de l’un de ses nombreux déplacements à Londres, et théoriquement la place était libre, nonobstant la présence de son serviteur. Barnaby s’était installé à l’auberge du village de Saint John’s sous le nom de Ginspotter et il avait réglé sa note, devant regagner son domicile le vol effectué.

Mais les choses n’ont pas tourné comme il l’avait prévu, et il s’introduit quand même dans le château par le même chemin que son prédécesseur afin de constater les dégâts. Les vitrines dans lesquelles les diamants étaient enfermés n’ont pas été fracturées et le fil de l’alarme a été coupé près de la porte de la pièce aux trésors. Ce qui fait tiquer Barnaby.

Le soir même il avait remis une lettre destinée à sir James Happelton à l’aubergiste, pensant ne pas revenir dans l’établissement, mais lorsqu’il désire la récupérer, trop tard. L’aubergiste avait fait du zèle.

Les policiers locaux ainsi que le directeur de la compagnie d’assurance sont avertis du vol, et débutent leur enquête sous les yeux du propriétaire. A ce moment sir James Happelton reçoit la fameuse missive mais il en retarde la lecture. Il part pour Londres en compagnie de l’assureur. Barnaby alias Ginspotter rencontre comme par hasard miss Jemina Sharp, qui n’est autre que sa sœur Mabel. Elle avait demandé à sir James de l’emmener au restaurant afin que son frère puisse œuvrer en toute liberté, préparant le terrain, ou plutôt le chemin.

Seulement, coup de théâtre : sir James Happelton, de retour au château, se fait assassiner dans les bois, alors qu’un certain capitaine Garvin Jones venait de solliciter une entrevue.

 

Un roman français dû à Anthony Feek, pseudonyme sous lequel se cache Auguste Franco, mais à forte connotation britannique. Et au lieu d’Arsène Lupin, j’aurais dû évoquer Raffles, son prédécesseur créé par W.E. Hornung, le beau-frère de Conan Doyle.

Echec à Barnaby est constitué de deux épisodes qui se complètent car le meurtre de sir James Happelton est rapidement résolu, le capitaine Garvin Jones s’accusant du méfait. Il avait connu l’officier au cours de la seconde guerre mondiale en Afrique du Nord, dans des conditions guère glorieuses pour le nobliau. Mais la seconde partie est nettement plus vivante, façon de s’exprimer car les morts se comptent à la pelle.

Barnaby, qui est recherché sous un autre nom ainsi que Mabel/Jemina, se confie à son meilleur ennemi, un policier de Scotland Yard. Car les diamants sont toujours dans la nature, et le vol lui est toujours imputé, du moins à son alias, quoi qu’il s’en défende. Et il veut absolument les récupérer afin de les empocher. Il ne s’attaque qu’à des individus méprisables et le plus gros de ses gains est reversé à des œuvres caritatives. Ainsi, s’il récupère les diamants, une partie du produit de la vente sera destinée à un organisme s’occupant de l’avenir des orphelins de guerre.

Barnaby connaîtra au moins trois aventures dans la même collection chez le même éditeur, et Anthony Feek sera publié au Fleuve Noir dans les collections Angoisse et Feu.

Anthony FEEK : Echec à Barnaby. Collection Le Corbeau. Editions Oris. Parution3e trimestre 1947. 224 pages.

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3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 04:36

Au feu, au feu les pompiers,
V'là la maison qui brûle !
Au feu, au feu les pompiers,
V'là la maison brûlée !

Patrice DARD : Un pompier nommé Béru.

Bérurier, toujours égal à lui-même, et San-Antonio fils ont la redoutable charge de recueillir la plainte de madame Godagno, Pélagie de son prénom, charmante et jeune quadragénaire, qui vient d’être agressée chez elle par un pompier.

Pour preuve elle est en peignoir et nue dessous, ce que Béru demande à constater de visu. La procédure explique-t-il. Donc madame Godagno vient d’être agressée par un pompier, du moins par un individu casqué, brandissant une hache de pompier, mais la figure masquée par une cagoule.

Sur ce entre dans le bureau des pleurs San-Antonio père qui assiste à la fin de la déposition. Le mari de madame Godagno est parti sans crier gare en ne lui laissant que quelques bricoles intimes dont des olibos, d’ailleurs elle a amené les objets du délit qui servent au lit, tandis que l’agresseur a dérobé quelques ustensiles dont on se demande à quoi cela pourra lui servir. Fin de la récréation car une autre affaire bientôt accapare le commissaire, autrement plus sérieuse. Et c’est là qu’on voit à quoi le commis sert.

Un patient en fin de vie dans un hôpital parisien désire le rencontrer. Malade du sida, il avoue être le coupable d’un meurtre perpétré quelques années auparavant. Un aveu qui contrarie San-Antonio car il avait arrêté le présumé coupable qui depuis passe ses jours en prison. Trop de faits concrets accusent le malade et l’inculpé du nom de Carmino est libéré. Seulement, peu après l’infirmière qui s’occupait du malade est retrouvée assassinée. Carmino échappe à la surveillance des policiers qui devaient le pister.

Le pompier dont s’est plainte madame Godagno fait à nouveau parler de lui, enchaînant ses méfaits, et les crimes de sang, et le seul moyen possible pour découvrir son identité conduit à ce que Béru intègre une compagnie de pompiers. Ce qui l’amènera à circonscrire un incendie dans des conditions particulières.

 

Si l’intrigue de cette histoire est bien menée, ce sont les délires linguistiques qui prévalent. Les jeux de mot, les à-peu-près, les calembours, les situations humoristiques, décapantes, oserai-je écrire jouissives et grivoises, gauloises puisque nous sommes en France, s’enchaînent les unes derrières les autres comme des chenilles processionnaires.

Mais parfois, c’est un peu trop et l’aimerait pouvoir suivre l’histoire en toute sérénité, car l’attention est bien souvent accaparée par la logorrhée verbale au détriment du suivi de la narration. Ce n’est qu’un détail, mais qui compte pour le lecteur.

Tel père, tel fils, et l’on sent une continuité dans l’œuvre dardienne concernant les aventures du commissaire chéri de ces dames. Commissaire qui va ressentir des sueurs froides mais Salami, entre autre, est là pour rétablir bon ordre dans la maison.

Patrice Dard retrouve la verve de la première période consacrée à la saga du trio composé de San-Antonio, Béru et Pinaud, oui le vieux débris fait également partie de la distribution, et le style m’incite à penser fortement que les derniers ouvrages de Frédéric Dard sous le pseudo de San-Antonio sont peut-être de son cru. Comme le volume titré Napoléon Pommier paru le 11 mai 2000, soit quelques jours avant le décès de Frédéric Dard le 6 juin 2000.

Patrice DARD : Un pompier nommé Béru. Les nouvelles aventures de San-Antonio. Editions Fayard. Parution septembre 2002. 280 pages.

ISBN : 9782213613680

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 03:07

Enervant ces romans français aux titres en anglo-saxon !

Michel HONAKER : The Verb of Life.

Ce roman de Michel Honaker s'inscrit directement dans la lignée des ouvrages dans lesquels le fantastique, la fantasmagorie, le surnaturel, la magie, la sorcellerie, la démonologie, les références aux textes anciens, aux formules cabalistiques, prennent une place plus que prépondérante. La lutte éternelle du Bien contre le Mal, la dualité entre la Vie et la Mort.

Aussi l'inclure dans une collection qui à l'origine était dédiée à la Science fiction et à l'Anticipation, comme son nom l'indique, est un peu une hérésie. Mais il n'existe plus de collection spécifique au fantastique, depuis la disparition de la collection Angoisse, et il aurait peut-être été judicieux de créer une collection à part pour ce qui se promet d'être une série. Mais bon, ne boudons pas notre plaisir, quoique ce procédé risque de perturber le lecteur qui se fiant à un genre se trouve en face d'un autre.

Deux jeunes assistent impuissants au réveil, à la délivrance dans une synagogue désaffectée d'un être mi-homme. Un fabricant de poupées et d'automates voit se liguer contre lui ses propres créations. Des jouets animés de vie, des homoncules habités d'une rage meurtrière.

 

Ebenezer Graimes, dit Le Commandeur, dont on a fait la connaissance dans Bronx Cérémonial pour ceux qui ont eu le plaisir de le lire, aura bien du mal à remettre de l'ordre dans le quartier de Loisada, un quartier juif de New-York entre deux cours de démonologie dans une université new-yorkaise.

 

Et ce n'est pas fini : d'autres aventures pleines de fureur, d'incantations magiques, de combats et de sorcellerie sont prévues dans les prochains mois. Ce deuxième volet consacré aux aventures du Commandeur est plus enlevé, plus envoutant que le précédent, Bronx Cérémonial, moins accrocheur, moins racoleur aussi. Ce qui prouve que l'histoire se suffit à elle-même et qu'il n'est pas besoin d'employer des artifices éculés pour capter l'attention et captiver le lecteur.

 

Première édition : Editions Média 1000. Parution mars 1988. 160 pages. Réservé aux adultes.

Première édition : Editions Média 1000. Parution mars 1988. 160 pages. Réservé aux adultes.

Michel HONAKER : The Verb of Life. Série Le Commandeur N°2. Fleuve Noir Anticipation N° 1735. Parution mars 1990. 192 pages.

ISBN : 2-265-04271-4

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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 04:17

Bon appétit, bien sûr !

Pierre LETERRIER et Jean Pierre XIRADAKIS : Fricassée de meurtres à la bordelaise.

L'harmonie du Gascon, restaurant bordelais tenu par Joseph Lauriance, un défenseur acharné de la cuisine du terroir, est troublée par l'intrusion de Camille. Camille est affolée : sa grand-mère Germaine a disparu, le soir même de ses noces, après avoir préparé le repas nuptial.

Germaine est une cuisinière fort prisée et fort demandée lors de réceptions, et qui, tout comme Lauriance son élève, privilégie la cuisine traditionnelle à la nouvelle cuisine. Le motif de cette disparition, de cet enlèvement, semble résider dans l'obtention de son carnet de recettes.

Un carnet secret convoité par de nombreux personnages, dont un Japonais. Mais faut-il aller jusqu'au meurtre pour réussir la sanguette à la ventrêche, la daube de cèpes, l'omelette de pauriées de vigne, la mitonnée de tripes au sauternes, les bouchées de foie de volailles à l'oseille ?

 

Ce polar gastronomique roboratif et savoureux, dû à un journaliste et à un restaurateur bordelais, est à déguster avec gourmandise.

L'histoire prétexte se tient de façon fort honorable, et le liant qui épaissit la sauce lui apporte une onctuosité ni trop épicée, ni trop fade, délicatement parfumée.

La nouvelle cuisine y est battue en brèche, ce que ne déplorerons pas ceux qui savent apprécier à leur juste valeur les nourritures terrestres.

Et l'évocation des templiers ou de la plantureuse Maïté de la cuisine des Mousquetaires agrémentent ce plat d'une pointe de piment, d'Espelette évidemment, ingrédient qui rehausse agréablement la subtilité de ces mets régionaux. Un roman qui ne pouvait qu'être publié à la Table Ronde !

 

Pierre LETERRIER et Jean Pierre XIRADAKIS : Fricassée de meurtres à la bordelaise. Editions de la Table Ronde. Parution le 24 février 1994. 230 pages.

ISBN : 9782710306023

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 03:05

Qui de nous n’a jamais eu envie d’être quelqu’un d’autre ?

Tonino BENACQUISTA : Quelqu’un d’autre.

Après une partie de tennis pour retrouver des sensations ou simplement passer le temps, Thierry Blin et Nicolas Gredzinski, qui ne s’étaient jamais vus, décident de mieux faire connaissance autour d’un verre dans un bar. Ils papotent de tennis et d’anciennes gloires, et au cours de la conversation, alors que Nicolas évoque son apprentissage pianistique, il avoue qu’après avoir joué un morceau appris par cœur, le Clair de lune de Debussy, avec comme récompense les bravos et les sourires d’une poignée de jeunes filles, il avait eu l’impression d’être quelqu’un d’autre.

Ils se prennent au jeu. Et s’ils devenaient quelqu’un d’autre ? Rendez-vous est pris dans trois ans, même lieu, même heure. Un peu comme dans la chanson de Patrick Bruel, Place des grands hommes. Un défi lancé après absorption de moult verres de vodka glacée. Pour Nicolas, c’est une première, lui qui ne boit jamais.

Nous suivons alors, au cours des chapitres suivants, le parcours des deux hommes en alternance.

Thierry Blin est encadreur dans une échoppe non loin du métro Pernety dans la quatorzième arrondissement parisien, et vit depuis quelques années avec Nadine. Peu à peu il va se transformer moralement et physiquement, va brader son atelier, résilier son abonnement au cours de tennis alors qu’il n’était inscrit que depuis son match contre Nicolas, et se faire embaucher comme stagiaire dans une officine de détective privé, sous une nouvelle identité. Ce qui a pour conséquence de déboussoler Nadine qui va voir ailleurs par dépit.

Nicolas travaille dans un grand groupe aux diverses activités, La Parena, dont le siège est à la Défense. Il est l’assistant du directeur d’un service de publicité. Son initiation à la vodka laisse des traces dans sa tête et dans son estomac et peu à peu il devient addictif à l’alcool. Vodka, bière et autres liquides qui l’emmènent sur les chemins tortueux d’une indépendance vis-à-vis de son boss et de ses collègues.

Afin de cacher sa propension à se rafraîchir les papilles dès potron-minet, il imagine un cache représentant une marque de soda pour enrober ses canettes de bière au bureau. Car cela commence à jaser dans les couloirs. Et le soir dans un bar il fait la connaissance d’une jolie fille secrète prénommée Loraine. Il n’aura pas Loraine, ni l’Alsace d’ailleurs, le premier soir, ni les autres, une proposition édictée sous l’influence de l’alcool, mais il la reverra par la suite, se contentant de parler et d’échanger avec elle, sans savoir qui elle est exactement. C’est une femme secrète qui possède néanmoins de fortes connaissances œnologiques. Il consigne dans un petit carnet ses pensées du soir ou de la nuit qui consistent la plupart du temps en aphorismes.

 

Ce parcours atypique de deux personnages totalement différents est presque un parcours initiatique dans lequel les deux protagonistes vont vivre des épisodes dans lesquels ils n’auraient jamais pensés se sentir impliqués dans leur petite vie étriquée, ou presque. Ils se révèlent à eux-mêmes, se haussent dans la hiérarchie, même Nicolas qui, malgré son addiction à l’alcool, trouve des ressources insoupçonnées pour devenir inventeur d’un gadget qui fera fureur.

L’auteur se cache derrière les lignes, entre les pages, comme s’il voulait devenir quelqu’un d’autre en traversant le miroir du texte. En effet, on retrouve dans certains personnages la vie d’avant de Tonino Benacquista, avant qu’il connaisse le succès à travers ses romans, noirs et policiers publiés à la Série Noire ou chez Rivages : l’encadreur qui nous ramène à son métier d’accrocheur de tableaux comme dans Trois carrés rouges sur fond noir, l’opportuniste qui s’invite dans une réception à laquelle il n’était pas invité, le pique-assiette que fut l’auteur dans une vie et décrit dans Les Morsures de l’aube, l’Italie bien entendu, pays d’origine de sa famille composée d’émigrés provenant de la province de Frosinone.

 

On devrait interdire l’alcool aux angoissés, ce sont des proies faciles : ils ont la faiblesse de croire, l’espace d’un soir, qu’ils ont droit à leur part de bonheur.

 

Plus on marche sur la tête des faibles, plus on est enclin à lécher les bottes des forts.

 

Bardane a fait le choix d’être arrogant, c’est celui des médiocres.

Tonino BENACQUISTA : Quelqu’un d’autre. Collection Blanche. Editions Gallimard. Parution janvier 2002. 280 pages.

ISBN : 9782070763962

Réédition Folio. Parution 1er mai 2003. 378 pages.

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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 04:18

Un roman terriblement actuel !

Freddie LAFARGUE : Ibrahim Lancelot.

Ibrahim Guezmir a purgé de dix années d'exil un meurtre jamais prouvé puisque le corps de la victime présumée n'a jamais été retrouvé. Dix années à Chastelmort, dans le Grand Nord au cours desquelles il a végété, abruti par les drogues, mis hors circuit du monde dit normal.

Blummenfeld a décidé de le libérer et de lui donner une petite chance de réinsertion. Ibrahim théoriquement n'est plus qu'une larve intellectuelle, du moins c'est ce que croit le Maître de Chastelmort.

Dans une mine de l'Est vivote Arthur Bronstein réfugié en compagnie d'une poignée de dissidents et attendant le signal annonciateur de liberté. Or il apprend qu'Ibrahim aussi appelé Lancelot vient de rejoindre la Capitale. C'est le moment pense-t-il de relancer le Gral, nom de code du programme Génie Rayonnant de l'Action Libératrice. Il confie à Yvain la mission de contacter Lancelot.

 

Reprenant le mythe des Chevaliers de La Table Ronde, et le transposant dans un futur assez proche, Freddie Lafargue, alias Gérard Guégan, nous livre une fable moderne qui se voudrait optimiste. La quête de l'identité, la quête de la liberté, la quête de l'inaccessible, la quête éternelle d'un avenir qui ne serait que paix. Mais pour accéder à cette paix, il faut la gagner par la guerre.

Sous la fable l'auteur livre ses réflexions, son angoisse presque de la vision d'un monde moderne incontrôlable, et qui se cherche sous la férule de dictateurs, la science étant l'un de ces maîtres auxquels on se plie avec plus ou moins bonne grâce.

Une anticipation philosophique et caustique mais une anticipation malheureusement proche et inexorable, la poésie étant étouffée par le modernisme et le scientisme que l'on nous impose.

 

Freddie LAFARGUE : Ibrahim Lancelot. Collection Furies. Editions Dagorno. Parution 1er mai 1994. 180 pages. 70 francs

ISBN : 978-2910019143

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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 03:43

Je préfère le vin d’ici à l’eau de-là (Pierre Dac)

André HELENA : Passeport pour l'au-delà.

Jo vient d'effectuer un stage de six mois à l'hôpital. Six mois, ça compte, surtout lorsque le dit stage a été occasionné par la rencontre inopinée de quatre balles de revolver et d'un corps humain. Encore, s'il n'y avait eu que ça !

Pendant six mois ou presque, Jo a dû affronter les questions insidieuses d'un certain nombre de flics soupçonneux et dépassés par les événements. Pourquoi lui avoir tiré dessus, lui qui arrivait du Venezuela et ne se connaissait pas d'ennemis ?

Jo va donc tenter de découvrir le pourquoi du comment et essayer de retrouver Mireille, la jeune femme qui l'accompagnait le soir où il a essuyé les pruneaux, comme l'on dit d'une façon imagée dans ce milieu interlope. Ses pas le conduisent de Montmartre à Pigalle, de bars en tripots.

Jo furète, interroge, questionne truands et prostituées, à la recherche du fil conducteur qui le mènera jusqu'à ceux qui ont vainement tenté de lui faire passer le goût du vin et du cognac. Des boissons qui le rendent quelque peu euphorique et déprimé à la fois, vindicatif, quinteux, dans un Paris printanier. Pour Jo c'est le début de la perte de ses illusions et du peu d'argent qui lui restait en poche.

 

Ce parcours, cette longue descente aux enfers, cette déchéance accompagnée de sursauts, c'est un peu ce qu'André Héléna a vécu toute sa vie.

Brillant écrivain, Héléna n'a jamais été reconnu par ses pairs et la critique. Comme le fait si bien remarquer Georges-Jean Arnaud dans sa postface : Héléna possédait une grande facilité d'écriture mais il était prodigue. C'est un don qu'on vous pardonne rarement, non seulement les critiques mais aussi les confrères. Un roman laborieux et sans originalité écrit en un an l'emportera toujours dans l'estime sur celui qui aura été pondu en quinze jours.

L'alcool a eu raison d'Héléna qui avec une ironie amère écrit : Le Corse haussa les épaules. Il n'avait que mépris pour les gens qui boivent. Réflexion amère d'un écrivain désabusé mais bourré (!) de talent. Trop peut-être !

 

André HELENA : Passeport pour l'au-delà. Série les Compagnons du destin. Couverture Jef de Wulf. Collection Fanval Noir. Editions Fanval. Postface de Georges-Jean Arnaud. Septembre 1988. 192 pages.

ISBN : 9782869284104

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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