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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 14:10

Lorsque l'élève dépasse le maître !

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 4.

Ni parodiste, ni pasticheur, ni imitateur, ni copieur, Brice Tarvel est avant tout un continuateur créateur de rêves.

Et son quatrième volume, composé de deux romans, consacré aux dossiers secrets du Sherlock Holmes américain, nous démontre que non seulement Harry Dickson n'est pas un héros démodé mais que de plus Tarvel possède un imaginaire digne de Jean Ray.

D'ailleurs Brice Tarvel ne peut en aucun cas être considéré comme un pasticheur de Jean Ray puisque le grand auteur de fantastique belge lui-même avait écrit les aventures de Harry Dickson en traduisant à l'origine des fascicules hollandais dus à la plume d'auteurs allemands anonymes, et les trouvant fort médiocres les avaient retravaillées ou réécrites en se fiant aux couvertures d'origine.

 

Au sommaire de cet ouvrage deux nouvelles aventures :

 

Le Polichinelle d'argile.

En galopin turbulent et indiscipliné, Victor prend plaisir à exterminer les insectes et à martyriser les chats et les chiens. Kitty, la jeune bonne d'enfant, a eu beau le mettre en garde, lui prédisant :

Un jour, un troll, un géant, te donnera un coup de talon comme tu le fais à la gent trotte-menu.

Un soir Kitty est agressée par un gnome à la face de terre cuite, un nez crochu, coiffé d'un bicorne rouge, une fraise entourant son cou et un pourpoint chamarré ne cachant ni son ventre proéminent ni sa gibbosité. Si elle parvient à se débarrasser du gnome, Victor, lui, est enlevé. Elle a juste le temps d'entendre un homme signifier à son acolyte, c'est bon, Punch, regagnons l'auto en vitesse, et d'apercevoir le véhicule s'enfonçant dans la nuit. Tucky, le fils du pharmacien et trop timide amoureux de Kitty, alerté, découvre sur la route une main d'argile.

D'autres gamins sont portés disparus, et la police nage dans la panade. Le superintendant Goodfield se confie à Harry Dickson qui est fort intéressé par cette affaire fort étrange dont il a entendu parler par des rumeurs. Un polichinelle serait en cause. Muni de la main d'argile il se rend chez un célèbre et éminent minérographe qui après analyse donne son verdict. La terre qui a servi à mouler cette main provient d'Australie, et plus précisément de Pinjarra. Dickson va d'autant plus s'impliquer dans cette enquête qu'un de ses informateurs en culotte courte est lui aussi kidnappé.

Cette recherche va le conduire dans un moulin, en compagnie de Tom Wills, son fidèle assistant, dont une légende dit qu'il abrite un trésor viking. Et Harry Dickson va passer de sales moments par la faute d'un homme en noir borgne passionné de pratiques magiques aborigènes.

Une histoire qui ne laisse pas de pierre.

 

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 4.

La chambre effroyable.

Tout le monde aimerait vivre le plus longtemps possible, en bonne santé bien évidemment, mais quelles pourraient être les conséquences de cette immortalité ?

Un petit groupe de commerçants et de banquier ont imaginé annihiler la mort. Ils se sont regroupés et ont fondé le Cercle sombre, ou Dark Circle. Pour cela ils ont demandé à Asuman, un fakir hindou, de la capturer grâce à des manipulations dont seul il a le secret.

La consternation règne à Londres et plus particulièrement au 221b Baker Street. Mrs Crown, sa logeuse, Tom Wills, son fidèle assistant, le superintendant Goodfield, déplorent le décès accidentel de Harry Dickson, le célèbre détective.

Harry Dickson, alors qu'il poursuivait deux malfrats, a été percuté par un train. Voici pourquoi depuis deux jours il est allongé sur son lit mortuaire. Seulement à la grande stupeur des visiteurs venus à son chevet, il se réveille frais, prêt à repartir au combat.

Ce que n'avaient pas prévus les ravisseurs de la Camarde, c'est que s'ils détiennent Atropos, cela supposent quelques conséquences. Les humains ne meurent plus, de même que la faune dont les principaux représentants se trouvent être les rats qui commencent à pulluler.

Une histoire qui ne devrait pas vous faire mourir d'ennui.

 

En apocryphe talentueux, Brice Tarvel possède une double qualité. Outre un imaginaire que Jean Ray n'aurait pas renié, il puise dans le dictionnaire des mots obsolètes afin d'en truffer ses textes, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs.

Des vocables qui le plus souvent collent au plus près de ce qu'il décrit. Ainsi des joues rubescentes. Aujourd'hui, on ne se sert plus que de rutilant, lorsque l'on veut préciser l'état d'une voiture par exemple. Ne lit-on pas : Une voiture noire rutilante. Or l'adjectif rutilant veut dire d'un rouge éclatant. Le français se perd, ma bonne dame.

Bien d'autres mots sont ainsi remis au goût inimitable du français de bon aloi, et au lieu d'aller piocher comme les bobos (bourgeois bohêmes), ou les bonobos (bourgeois non bohêmes), dans la culture anglo-saxonne, nos romanciers devraient suivre la ligne éditoriale de Brice Tarvel, quitte à eux de s'instruire, et utiliser des mots qui ont été créés depuis des siècles pour en faire bon usage, tout en dégustant une tasse de thé dans laquelle gisent quelques effondrilles.

 

Et si vous souhaitez faire un peu plus ample connaissance avec Brice Tarvel et sa production, jetez-un petit coup d'œil sur les liens ci-dessous :

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 4. Collection Absinthes, éthers, opium. Editions Malpertuis. Parution décembre 2014. 130 pages. 11,00€.

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 13:16

Mais tendres à digérer...

Recueil collectif : Dur(e)s à cuire.

Il existe des dates incontournables auxquelles on ne peut déroger. Le mois de novembre, par exemple : le 1er, jour de la Toussaint. Le 2, jour des morts. Le 11, signature de l'Armistice de la Première Guerre Mondiale.

Il y a celles qui affectives, sentimentales, ne doivent pas être oubliées. L'anniversaire des amis, des proches, du mari ou de l'épouse, des gamins. Celles qui peuvent se révéler juteuses financièrement : l'anniversaire de la belle-mère, qui vous couchera sur son testament, de votre patron, qui pourra vous octroyer une augmentation, de votre député, les relations ça s'entretient, du commissaire ou commandant de gendarmerie, ce n'est pas pour des prunes.

Et celle, devenue incontournable, date que vous cochez avec jubilation, impatient que vous êtes, de vous rendre à Lamballe pour le Festival Noir sur la ville.

Et cette date là, vous l'attendez avec fébrilité. Las, cette année, alors que vous vous apprêtiez à boucler vos bagages, cette sympathique manifestation a avorté avant même de naître. En cause certains événements indépendants de votre volonté. Les 14 et 15 novembre, Noir sur la ville a été plongé dans le Noir.

Heureusement, si vous n'avez pu converser avec les invités, nombreux, vous pouvez en retrouver certains grâce au recueil qui, lui, a été édité et au sommaire duquel vous pouvez retrouver les signatures de trois pointures de la littérature policière noire, et celles de trois auteurs en devenir, pour peu qu'ils continuent dans cette voie.

Honneur aux petits jeunes qui jouent dans la cour des grands et pourraient bientôt les égaler, sinon les dépasser. Félicitations aux heureux parrains qui les accompagnent dans ce recueil. Voici donc par ordre d'apparition en scène :

 

T. A... : Médusé.

En 1920, le narrateur décide d'entrer dans la police de Chicago. D'origine irlandaise, il hait tout autant les Chinois, les Grecs, les juifs, les homosexuels et les Noirs. Mais s'il quitte sa famille, une famille industrielle nantie, c'est une forme de rébellion de sa part. Il veut quitter le Ku Klux Klan natal et arrêter les individus qu'il exècre en toute légalité. Sa première enquête consiste à retrouver le meurtrier d'une jeune Noire. Cela ne l'emballe pas, mais le chef a décidé.

La narration en est fluide et rappelle les auteurs du vingtième siècle pour qui l'écriture comptait autant que l'intrigue. Un début prometteur.

 

Marin LEDUN : Quelques pas de danse.

Emilie aime danser, plus particulièrement dans la boîte de nuit qui fonctionne les deux mois estivaux. Et elle a jeté son dévolu sur le videur, un grand Noir de cent vingt kilos. Il en impose mais devant elle il se fait tout petit. Amorena qu'il se nomme, et lorsqu'il la rejoint chez elle à sa demande, il sent des sueurs froides lui dégouliner sur le front. Emilie est gérante d'un chenil mais ne s'occupe guère de ses animaux. Elle vit avec Simon, un braconnier qui passe son temps dans la forêt à relever ses pièges dans une sorte de caravane.

Si cette histoire se déroule entre Pau et Bayonne, elle pourrait très bien avoir pour cadre un coin du Sud des Etats-Unis, ces contrées chères à Jim Thompson, Erskine Caldwell ou Ernest J. Gaines.

 

Elsa MARPEAU : Comme la pierre.

Son mari a offert à Alicia une paire de boucles d'oreilles, en or blanc. Mais Alicia s'ennuie, et ne s'occupe pas de son gamin de quatre ans. La bonne est là pour ça. Son mari est militaire, un changement de caserne se précise, et il se conduit comme une bête en rut. Leur nouvelle demeure, sise en haut d'une colline, permet de voir ce qu'il se passe au dehors. Il gèle, ou il pleut. Un jour son mari invite un petit soldat, qui bientôt va s'installer chez eux.

Insidieusement, ce récit dont le décor s'inscrit dans une guerre qui ne dit pas son nom, m'a fait penser à Raymond Radiguet. Allez savoir pourquoi.

 

Patricia PORTMAN : La mue.

Parfois, on se demande si les parents réfléchissent lorsqu'ils prénomment leurs enfants. Ainsi s'appeler Bahl et affubler leur fille du prénom d'Annie, au départ, cela ne prête par à conséquence, mais quand les gamins se moquent à l'école parce qu''ils regardent à la télé Agence Tout Risque et que l'un des protagoniste se nomme Hannibal, évidemment les moqueries fusent. Alors Annie décide de devenir Marianne. Un secret que promet de garder son amie, la narratrice. Elles prennent un appartement en commun, Marianne choisit d'étudier le droit. Devenir avocat, tel est son destin. Et son destin, elle va le rencontrer en la personne d'un homme qui fricote dans l'union corse, c'est-à-dire la Mafia.

L'histoire se déroule au Canada, une petite pointe d'exotisme ne nuit pas, et narre le parcours d'une jeune femme handicapée patronymiquement mais saura s'élever dans l'échelle sociale, même si ce n'est pas forcément du bon côté des barreaux.

 

Xavier RUGIENS : Portrait d'un rino féroce.

Travailler dans une morgue et voir le sac contenant le cadavre d'un centenaire bouger, il y a de quoi se poser des questions et même ressentir une pointe d'angoisse. Salvatore Antonino Uovosodo, dit Rino, à cent-cinq ans était résident à la maison du quatrième âge La Boccadoro. Avec Viviane Rutledge, un an de moins, ils faisaient la fine équipe, jouant au scrabble tout en devisant en sourdine. Que c'est-il passé, pourquoi le mort a-t-il ressuscité ? Deux questions auxquelles Xavier Rugiens répond avec humour, dans une chute digne de Fredric Brown.

 

Marie VINDY : Tais-toi !

David est âgé de douze ans, mais il en parait dix. Mais ce n'est pas cela qui le distingue. Il est mutique. L'homme qui l'a amené dans cette maison tente de l'intéresser aux travaux divers à entreprendre pour remettre l'habitation en état, à lui proposer des livres, à lui parler de sa mère qu'il a bien connue. Jusqu'au jour où une femme se pointe chez eux, se présentant comme venant de Paris et étant policière, commandant de la brigade des familles.

Une histoire tout en non-dits, en sous-entendus, avec pudeur, dont le rôle principal est tenu par un gamin, et dont le passé est comme enfoui sous des voiles que l'on n'ose pas soulever de peur de rencontrer des cadavres. Le tout enveloppé de réminiscences de textes de chansons de Maxime Leforestier.

 

Trois jeunes pousses encadrées par trois tuteurs, un bon cru qui aurait pu se déguster avec une bolée de cidre et quelques crêpes (de deuil ?), mais que l'on lira avec plaisir au coin du feu.

Et les organisateurs vous donnent rendez-vous à l'année prochaine dans des conditions qu'ils espèrent plus favorables à des rencontres festives et littéraires.

 

Recueil collectif : Dur(e)s à cuire.

Vous pouvez lire la chronique d'un précédent recueil :

Recueil collectif : Dur(e)s à cuire. Editions Terre de Brume. Parution novembre 2015. 112 pages. 13,50€.

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 09:52

Hommage à John Sladek né le 15 décembre 1937.

John SLADEK : L'aura maléfique

Le spiritisme et le mysticisme ont de tous temps attiré et inspiré les auteurs de romans policiers, à commencer par Conan Doyle lui-même.

Sherlock Holmes ainsi que le Chevalier Dupin, créé par Edgar Allan Poe, sont des détectives repères, des détectives phares et il est de bon ton de s'y référer.

Les histoires de meurtres en chambre close, de meurtres dits impossibles, intéressent d'autant plus le lecteur que le problème proposé parait insoluble alors qu'une fois la solution révélée, une seule phrase vient à l'esprit : Bon sang, mais c'est bien sûr !

L'Aura maléfique de John Sladek contient tous ces éléments propices à l'élaboration d'un bon roman policier, plus quelques autres composantes que je ne vous dévoilerai pas sous peine de vous confier en même temps la clé, ce qui avouez le ôte en grande partie le charme de la découverte et de la lecture.

Autre composante, non pas indispensable mais bienvenue, et que je signale tout de même en passant : l'humour. L'humour léger, subtil, parfois plus ravageur dans le contexte que l'humour à base de jeux de mots, aère le récit, détend le lecteur et la situation parait plus acceptable même si elle est macabre.

 

Thackeray Phin, le Sherlock Holmes des années 1970, infiltré dans une société spirite va assister à des événements étranges, bizarres et parfois tragiques.

Un homme enfermé dans une salle de bain disparait. Un autre, au cours d'une séance de lévitation, va se rompre le cou. Ces adeptes de la communication avec l'au-delà ne sont-ils que de doux illuminés ou des charlatan avisés ?

Une belle brochette que forment un chanteur pop, une jeune fille ravissante dont la principale occupation consiste à rénover les ongles des pieds, un pasteur débonnaire, un membre sceptique, un vrai médium (il en faut !), une jeune femme comptable qui pense pouvoir corriger sa vision par des exercices musculaires, etc.

 

Thackeray Phin attrapera-t-il le meurtrier, si meurtrier il y a ?

L'aura, l'aura pas ,

Un véritable régal dû à John Sladek, un auteur méconnu.

 

Première édition. Collection Engrenage N°133. Editions Fleuve Noir. Parution février 1986.

Première édition. Collection Engrenage N°133. Editions Fleuve Noir. Parution février 1986.

John SLADEK : L'aura maléfique (Black Aura - 1974. Traduction de Jean-Paul Gratias). Collection Série 33 N°7. Editions Clancier-Guénaud. 286 pages. Parution avril 1988.

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 08:40

Le poète a toujours raison...

Gilles VIDAL : La fatalité est la poésie du monde.

Est-ce un recueil de nouvelles, de poésies, une compilation de brèves de comptoir, une succession d'anecdotes et de réflexions, des pensées profondes, philosophales, des billets d'humeur et d'humour...?

C'est un peu tout cela et beaucoup plus à la fois. Car l'esprit d'un littérateur ne se repose jamais. Il fourmille d'idées que son propriétaire doit coucher sur le papier, quel que soit l'endroit où il se trouve, sous peine qu'elles s'évanouissent à jamais dans les limbes de l'oubli.

 

Il est donc difficile de résumer cet ouvrage, qui d'ailleurs est la réédition de quatre livres parus chez divers éditeurs, dont Hors Commerce, dans les années 1990 et 2000, aujourd'hui épuisés. Autant les livres que les éditeurs d'ailleurs.

Des textes plus ou moins longs, comme peut l'être une courte nouvelle, d'une demi-page ou d'une trentaine, selon l'inspiration et le besoin de la chute, qui nous plongent dans un univers onirique trempé dans le quotidien d'un monde pessimiste teinté de nostalgie, d'humeur vagabonde, de dérision, d'envies, de besoins, de souhaits, de regrets, et une pointe (?!) d'érotisme coup de blues. Le spleen cher aux poètes suinte de ces lignes comme une rédemption, une panacée peut-être à effet placebo pour un esprit torturé et fébrile, le cynisme parfois cachant la timidité ou la gaucherie.

J'aurais aimé pouvoir vous donner en pâture quelques extraits, de courts textes de quelques lignes, un poème jeu de mot comme j'affectionne, mais sortir des lignes d'un contexte chimérique ou réel, résultat d'un besoin de s'exprimer, de se soulager, de s'épancher, me semble aller au-delà du souhait de l'auteur.

Pourtant les titres peuvent parler d'eux-mêmes :

Je te meurs; Courage, survivons; Pourtant, tous les espoirs semblaient permis; Je te crève tu me tues (poème); Exister relève du prodige...

 

Mais pour bien en comprendre le sens, la finalité, l'amertume qui se cache sous l'ironie, ou le contraire, l'humour désabusé, alimenté de fantasmes au charme vénéneux, il faut se plonger dans ces écrits comme on décortique un calendrier de l'Avent.

Seulement, si au début on se dit qu'on ne va en lire que quelques pages par jour, en dégustateur avisé et sage, on se prend au jeu et bientôt on se rend compte qu'on engloutit le tout en véritable affamé, avide de littérature proche de nous, que l'on ne peut s'empêcher d'avaler les textes les uns à la suite des autres, quitte à revenir en arrière afin d'en savourer tous les parfums qui se dégagent lentement dans nos petites cellules grises.

Ce recueil est composé de

Hymnes urbains; Angles d'attaque; L'endroit le plus fragile du corps de l'homme; Exister relève du prodige.

Hymnes Urbains. Hors commerce

Hymnes Urbains. Hors commerce

Angles d'attaque. Méréal

Angles d'attaque. Méréal

L'endroit le plus fragile du corps de l'homme. Hors commerce.

L'endroit le plus fragile du corps de l'homme. Hors commerce.

Exister relève du prodige. Atelier de Presse

Exister relève du prodige. Atelier de Presse

Quleques chroniques de lecture :

Gilles VIDAL : La fatalité est la poésie du monde. Hors collection. Multivers Editions. Parution décembre 2015. Format ePub et Kindle. 420 pages environ. 4,49€.

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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 14:33

Comme s'il n'y en avait qu'un à mettre à son actif ! Pour la plus grande joie des cinéphiles...

Georges BAXT : Le meurtre d'Alfred Hitchcock

En 1925, alors qu'Alfred Hitchcock réalise son premier film à Munich, le tournage est émaillé d'incidents divers.

D'abord il aperçoit la silhouette furtive d'un homme au visage tailladé, ravagé, couturé, dont il aimerait faire la connaissance afin d'éventuellement l'engager comme acteur.

Plus grave, Anna Grieban, la script, est assassinée sous sa douche de vingt-neuf coups de couteau. Voilà un tableau qui s'intégrerait parfaitement dans les films que rêve de mettre en scène Hitchcock, des films à suspense au lieu de ces navets cuits au court-bouillon de l'eau de rose.

Ce qu'il préfère, c'est l'action, pimentée d'humour, le tout noyé dans le voile du suspense, du tragique, de l'angoisse.

Mais ce meurtre est réel et Hitchcock est bien embêté. Le tournage du film prend du retard.

Un second meurtre est commis sur le plateau alors qu'un inspecteur de police est en train d'enquêter. Une pure provocation.

Cette fois, la victime est le pianiste, Rudolph Wagner, compositeur d'une charmante mélodie qui trottine dans la tête d'Alma, la fiancée scénariste du cinéaste bedonnant. Hitchcock s'arrache les quelques cheveux qui lui restent.

Onze ans plus tard, alors que la menace nazie est devenue une terrible réalité, le génial metteur en scène se trouve en possession d'un scenario fournit par Fredrick Regner, qu'il a connu à Munich. Il existe des coïncidences bizarres dans la vie. La réalité suit pas à pas le scenario imaginé par l'Allemand apatride. De nouveau les meurtres se succèdent, Alma se fait enlever et Hitchcock est entraîné à son corps défendant dans une sombre histoire d'espionnage.

 

Le Meurtre d'Alfred Hitchcock, roman dans lequel personnages réels et fictifs se côtoient, est d'un humour particulièrement noir, truffé de réparties comiques et de situations cocasses.

La bonne humeur qui se dégage de ce livre n'empêche pas la rigueur d'une trame habilement tissée, et l'on se prend à rêver au film qu'Hitchcock eut pu réaliser d'après cette histoire parfois loufoque.

 

Georges BAXT : Le meurtre d'Alfred Hitchcock (The Alfred Hitchcock Murder Case - 1986. Traduction de Jean Esch). Le Masque jaune N° 2049. Parution juin 1991. 256 pages.

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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 11:13

Aucun rapport avec la Pop-star britannique !

Elton JONES : Tu vas payer !

Vous ne savez pas qu'il ne faut jamais rien dire aux journalistes... surtout quand ce sont des femmes ?

L'homme qui rabroue ainsi Bob Jozan n'est autre que son patron, Raymond Lacy, un détective privé qui commence à avoir une certaine notoriété.

Bob Jozan, gamin mi-Irlandais mi-Français, est bavard, gaffeur. Et s'il possède des intuitions étonnantes, il lui arrive de saboter les enquêtes de Lacy, tout en lui fournissant des révélations qui au bout du compte se révèlent payantes.

Lacy doit quitter Nice, après avoir effectué avec réussite la mission qui lui avait été confiée, et regagner Londres, mais Bob interrompt son travail de rangement vestimentaire dans les valises adéquates, lui annonçant qu'il vient de lui prendre un rendez-vous pour une affaire importante. Lacy se méfie, Bob a l'habitude de lui dégoter des affaires qui sont toujours importantes mais se révèlent banales. Pourtant lorsqu'il apprend le nom de son futur client, le détective décide de sursoir à son départ et d'écouter les desiderata de son assistant.

Le beau-père d'Hervé, un des copains de Bob, a reçu des lettres de menace de la part d'un de ses anciens employés. Il n'en sait guère plus aussi le mieux pour Lacy est de se rendre à Grasse rencontrer Marcellini-Diaz, le destinataire des missives, qui dirige une grosse usine de parfumerie. Comme Lacy ne refuse jamais une possible rentrée d'argent, dès le lendemain direction la ville des parfums à bord d'un autocar. Mais auparavant il se renseigne auprès d'un inspecteur de police et d'un rédacteur en chef d'un journal local.

Roger Téry, condamné à quinze ans pour le meurtre de sa femme en 1947, vient d'être libéré. Il était l'inspecteur des ventes de Marcellini-Diaz mais il a toujours nié être le meurtrier.

Bob, insouciant, ne peut s'empêcher de faire la cour à deux jeunes filles qui voyagent en leur compagnie. Sido est reporter aux Nouvelles Niçoises et sa compagne, âgée de seize ou dix-sept ans, est présentée comme photographe. Elles doivent effectuer un reportage sur les vieux moulins à huile. Sido en profite pour leur demander s'il serait possible d'écrire un papier sur l'usine de parfumerie.

Marcellini-Diaz donne toutes les explications possibles, du moins ce qu'il en sait vraiment, sur cette affaire et sur Roger Téry, un homme aimable, leur montre également les lettres de menaces, et surtout avoue qu'il était l'amant de la femme du meurtrier présumé.

 

Une histoire simple, sans chichis, qui tourne autour d'un drame familial, comme souvent, avec des rebondissements et une chute logique mais pas téléphonée. Pourtant l'auteur, outre la déclaration émanant de Lacy, placée au début de cet article, procède avec un humour involontaire.

Ainsi Sido, la jeune journaliste, à la question de Bob leur demandant :

Votre journal ne vous donne pas de voiture ?

Sido répond en toute ingénuité :

Il faut se mettre à genoux devant le rédacteur en chef, l'administrateur et les chauffeurs pour en avoir une. Nous préférons prendre le car.

Une réponse pour le moins ambigüe qui ferait gloser dans les chaumières de nos jours.

 

Mais qui est cet Elton Jones qui ose mettre de telles réparties dans la bouche de jeunes filles ?

Un écrivain qui a produit de nombreux romans policiers et sentimentaux, sous les pseudonymes de Tony Guilde, Patrick Regan ou encore Gilles Grey, et qui s'appelait Gilette Ziegler, décédée en1981.

Archiviste-paléographe et historienne, cette Niçoise qui fit partie de la Résistance, commença à écrire en 1941 pour diverses maisons d'éditions en zone libre puis chez Ferenczi, Jacquier ou encore Julliard. Son dernier roman policier connu, Le bois du silence parait chez EFR en 1963 puis elle revient à la rédaction d'ouvrages historiques dont Les coulisses de Versailles et Les Templiers.

Malgré son prénom, les romans de Gilette Ziegler n'étaient pas rasoir.

Elton JONES : Tu vas payer ! Collection Mon Roman Policier N°519. Editions Ferenczi. Parution 1er trimestre 1958. 32 pages.

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 14:10

Et pourtant, il parait qu'il vaut mieux avoir de

mauvaises critiques que pas de critique du tout...

Max Allan COLLINS : Un week-end tuant

Un critique, de romans policiers ou autres, cela aide un auteur à se faire connaître du grand public. Nous sommes d'accord. Mais qu'il dénigre systématiquement la production littéraire d'un romancier, cela va bien un certain moment, mais au bout d'un certain temps l'écrivain ainsi incriminé commence à voir rouge.

Et pour Mallory, romancier qui passe à côté de la célébrité à cause d'un tordu du nom de Kirk Rath, cette situation devient vite intolérable.

Ce n'est pas parce qu'il n'est pas le seul à être dans ce cas de figure, que ses confrères eux aussi sont en butte au même genre de sarcasmes, que cela lui met du baume au cœur. Et s'il ne se contrôlait pas, sûr que Kirk Rath passerait un mauvais quart d'heure s'il avait l'occasion de l'avoir en face de lui.

Invité à une murder-party, espèce de jeu de rôle grandeur nature dans lequel les participants à cette réunion sont les suspects, l'assassin et la victime d'un meurtre supposé, Mallory retrouve quelques-uns de ses confrères qui sont également des amis pour la plupart.

La présence de Kirk Rath porte l'atmosphère à son paroxysme. Heureusement celui-ci n'est là que pour quelques heures, ayant été désigné pour figurer la victime. Une hypothèse que beaucoup de personnes présentes aimeraient bien voir tourner à la réalité.

D'ailleurs Mallory, de la fenêtre de sa chambre, croit assister à l'assassinat de l'odieux personnage. Hélas, ce n'était qu'une mise en scène ! Quoi que...

 

Il y a bien longtemps que je ne m'étais autant amusé à la lecture d'un romans policier. L'humour y est présent à tout instant, et personnages fictifs et réels s'entremêlent habilement.

Max Allan Collins, qui nous avait habitué à la reconstitution des années 1930, de la prohibition, et de la grande époque des Dillinger, Al Capone ou Elliott Ness, a écrit avec Un week-end tuant un excellent roman qui aurait mérité d'obtenir le Prix du Roman d'Aventures 1989.

Mais on peut toujours se demander s'il n'existe pas un fond de vérité dans cette intrigue, et si Max Allan Collins ne désirait pas régler quelques comptes, quelques divergences avec un chroniqueur littéraire.

 

Max Allan COLLINS : Un week-end tuant (Nice Weekend for a Murder - 1986. Traduction de Georgia Etienne). Le Masque jaune N°1966. Parution septembre 1989.

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 09:16

Ne scintille plus...

Ivan ZINBERG : Etoile morte.

Décidément, il ne fait pas bon travailler comme femme de service dans les hôtels américains. Quand elles ne sont pas agressées par un individu lubrique, elles découvrent un cadavre !

Seulement celui qui vient d'être repéré n'est pas mort béatement dans son lit, même s'il a participé à une séance de copulation auparavant. L'homme bâillonné est attaché par les membres aux montants du lit, il a été éventré et émasculé d'une soixante de coups de couteau, l'arme enfoncée dans l'anus. Il existe de meilleurs endroits pour ranger ce genre d'ustensile de cuisine.

Sean Madden, de la section homicide du LAPD de Los Angeles, et son coéquipier Carlos Gomez sont chargés de cette affaire peu banale. Tout d'abord il leur faut éplucher les séquences vidéo provenant des environs de l'hôtel ou de l'établissement même. Ils repèrent une femme blonde accompagnant Paul Gamble, le défunt, mais les images sont floues. De plus cette femme prend soin de cacher son visage derrière des lunettes noires grand format, ne se montrant jamais de face.

Les premières constatations dans la chambre du crime ne sont guère positives, rien n'ayant été laissé au hasard par la meurtrière. Seules quelques empreintes sur la moquette permettent de penser qu'un trépied y avait été installé, afin de procéder à un enregistrement des ébats meurtriers.

Ils se renseignent également auprès de l'épouse de Gamble, un riche entrepreneur qui a monté une start-up informatique qui engrange les bénéfices. Auprès de la secrétaire de Gamble, ils apprennent que l'homme était une bête de sexe, qu'il l'avait violée à plusieurs reprises, ainsi que de jeunes stagiaires, les payant ensuite grassement pour qu'elles se taisent. Toutefois, la secrétaire découvre dans le coffre de l'homme d'affaire un CD montrant Gamble en pleine activité, avec elle mais aussi avec une autre jeune femme dans un endroit inconnu. Elle remet l'objet à Sean Madden et son coéquipier, ce n'est pas grand chose, mais les petites informations, révélations mises bout à bout peuvent faire avancer l'enquête.

Toutefois Sean Madden doit déranger car en sortant d'un cinéma il aperçoit une voiture, une femme blonde à l'intérieur et un tuyau qui dépasse comme s'il s'agissait d'un fusil. Le bon réflexe consiste à se coucher sur le trottoir, à l'abri, ce qu'il fait. Il est sain et sauf, mais une jeune asiatique en subit les dommages collatéraux. Elle n'est que blessée, il appelle les secours et va même lui rendre visite à l'hôpital.

 

La veille de la découverte du corps de Gamble, Michael Singer, un reporter-photographe spécialisé dans la traque des vedettes de cinéma. Il possède de très nombreux informateurs qui lui fournissent d'amples renseignements ou l'aident dans ses démarches, des policiers et un informaticien rasta, genre baba-cool adepte de la fumette notamment. Chasseur de scandales il est rémunéré par la presse à sensation, ce qui lui permet de payer ses indics en conséquence.

C'est ainsi qu'il apprend par un policier que Naomie Jenkins, une vedette d'un journal télévisé, a été kidnappée puis violée. Elle a été droguée et s'est réveillée dans un hangar dans une zone industrielle, mais elle ne se souvient de rien. Cette fois il ne s'agit plus pour Mike Singer d'une affaire croustillante mais bien d'un acte répréhensible et il comprend fort bien que les médias n'en aient pas été informés. Il va mettre tout en œuvre pour découvrir qui sont ses ravisseurs violeurs, touché par la grâce et la dignité de la jeune femme. Il en devient même secrètement amoureux.

En remontant la filière grâce à ses contacts, il va se trouver au cœur d'une sombre histoire de films pornographiques.

 

Deux enquêtes qui vont bientôt converger, des hommes étant retrouvés assassinés dans les mêmes conditions que Gamble, et des femmes ayant subi des viols selon les mêmes méthodes endurées par Naomi Jankins.

Un roman qui débute en mode diésel, avec de très nombreuses digressions, explications, mais qui peu à peu s'emballe pour finir en trombe, comme une course contre la montre en côte.

Sean Madden le policier, et Michael Singer le paparazzi, tiennent une place importante, pour ne pas dire prépondérante dans ce récit, aussi bien dans leurs recherches, leur quête, que par leur charisme.

Ivan ZINBERG : Etoile morte.

Sean Madden, est devenu orphelin très jeune, ses parents étant décédés dans un accident de voiture. Mais s'il s'est retrouvé seul, placé en orphelinat, il a eu la chance, si l'on peut dire, de ne pas être démuni, ses parents étant extrêmement riches. Mais il a décidé de travailler, et le métier de policier l'a attiré pour diverses raisons. Il habite la Chemosphère, une construction d'architecte, mais il ne fait pas étalage de sa richesse. Il vit seul, ayant eu une compagne mais celle-ci l'a quitté. Il ne boit pas d'alcool, ne se drogue pas, un homme normal en quelque sorte.

Michael Singer lui aussi est un solitaire, ne vivant que pour son travail de reporter journaliste. Il a su s'entourer d'hommes et de femmes qui sont devenus des complices, mais dans cette affaire il se prend pour un enquêteur, une sorte de détective privé, attiré sentimentalement par Naomi Jenkins et lui vouant une forme de culte.

Les deux enquêtes, totalement différentes au départ, vont converger avec comme point commun Gamble, car les motivations des différents protagonistes se rejoignent, s'aimantent, comme le Bien et le Mal s'attirent justement à cause de leur antagonisme. Deux aiguilles d'une horloge, placée sur un pivot central érectile, qui au départ vont dans des sens opposés, se rejoignent, se superposent puis reprennent leur course dans le temps.

Si les descriptions sont travaillées, sérieuses, minutieuses, détaillées, parfois de façon clinique, minutées, permettant de visiter les différents quartiers et villes qui composent Los Angeles, les traits d'humour et les allusions ne manquent pas. Ainsi Sean Madden est allé voir Bleu Bell, l'adaptation longue de 37.2 le matin, et en sortant du cinéma il distingue une voiture avec la femme blonde à l'intérieur. Ceci ne vous rappelle rien ? Mais si, le roman de Sébastien Japrisot, La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil, adapté plusieurs fois au cinéma !

 

N'hésitez pas a visiter le site des éditions Critic, vous trouverez quelques jolies pépites...

Ivan ZINBERG : Etoile morte. Thriller. Editions Critic. Parution le 5 novembre 2015. 478 pages. 20,00€.

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 12:06

Les médicaments génériques sont-ils

des contrefaçons ?

Mathias BERNARDI : Toxic Phnom Penh.

En 2008, le jeune Pram Rainsy, voyou canadien d'origine khmère, en délicatesse avec les autorités de son pays, s'associe avec l'Oncle, criminel réputé, afin de fabriquer de faux médicaments. Les chiffres qu'il avance sont sans contestation, il y a de quoi se faire beaucoup d'argent. Ainsi pour une mise de mille dollars, le profit escompté dans le trafic de fausse monnaie est estimé à vingt mille billets verts, tandis que dans la contrefaçon de médicaments, cela peut s'élever jusqu'à quatre cent cinquante mille dollars. Il suffit juste de choisir de fabriquerr un médicament populaire et le tour est joué.

Quatre ans plus tard, les autorités policières, et plus particulièrement la division IV, service luttant contre la contrefaçon de médicaments, est alertée. Des antidépresseurs seraient à l'origine d'une mortalité inquiétante. Un incident mortifère empoisonnant pour l'Oncle qui avait misé sur ce profit en élaborant dans un laboratoire semi-clandestin des médicaments théoriquement inoffensifs, des placebos ou des produits pouvant être utilisés sans aucun impact négatif.

Le général de la police cambodgienne, You Philong, dirige également cette division IV qui possède en son sein quelques éléments extérieurs. Ainsi Alexis Renouart, bientôt quarante ans, policier français travaillant pour l'ambassade de l'Union européenne au Cambodge, en est le conseiller technique. Il est ami avec Sam Sonn, un policier local. Le sexagénaire Bob Farnhost est lui aussi conseiller technique et est payé par un consortium d'entreprises pharmaceutiques américaines. Pour ne citer que les principaux membres de cette division spéciale.

Tandis que les forces de la division IV essaient de remonter la filière de distribution et celle de fabrication des médicaments mortels, Rainsy le neveu et Vorn Vitch, un collaborateur de longue date du contrefacteur, se disputent la prépondérance au sein de l'organisation dirigée par l'Oncle.

 

Est-ce l'influence asiatique exercée sur l'auteur, qui a vécu durant de longues années au Cambodge, mais cette histoire traîne longueur comme les palabres qui s'échangent lors de négociations, de longues heures de discussions pour arriver parfois à pas grand-chose. En réduisant de moitié la taille de ce roman, cette intrigue aurait gagné en puissance.

Dès le début, le lecteur habitué à dévorer des romans policiers se doute de l'identité de l'Oncle, d'autant qu'il n'est pas indiqué dans la liste des personnages principaux. Donc l'un d'entre eux joue un double-jeu.

Le principal intérêt ne réside donc pas dans la construction et la résolution d'une énigme, mais dans la description d'un pays déchiré entre la présence et l'influence encore importante des Khmers rouges, et entre les rapports des Cambodgiens avec leurs voisins chinois et vietnamiens. La trame policière n'est que le vecteur d'une narration géopolitique et socio-économique concernant un pays en pleine mutation.

Mathias BERNARDI : Toxic Phnom Penh. Le Masque Poche N° 67. Prix du roman d'Aventures. Parution le 3 juin 2015. 480 pages. 7,90€.

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 16:17

Et n'oubliez pas de vous essuyer les pieds par la même occasion !

Jérôme ZOLMA : En main propre !

Parfois il vaut mieux tourner sa langue sept fois dans sa bouche (ou dans celle de sa copine) avant de prononcer des phrases qui peuvent faire mal, même si l'on n'a pas l'intention de nuire ou de vexer son interlocuteur.

Clerc de notaire chez Maître Bergeaud, à Avignon, Ilyès Janin-Zenati est surpris et agacé lorsque son patron lui dit :

Ilyès ? Vous êtes Algérien, vous, non ?

Le jeune homme lui répond sur le mode poli, mais cinglant, que non, il est Français mais d'origine algérienne par son père. Ce pourrait être un point final, mais le notaire enfonce le clou :

Oui, j'entends bien. Mais vous êtes quand même un petit peu Algérien.

Tout ça pour savoir si un voyage sur la terre de ses ancêtres plairait à Ilyès et s'il parle arabe. Car Maître Bergeaud veut confier une mission à son jeune clerc, une mission dont il n'aura la teneur que le lendemain, lors de l'ouverture du testament Daniel Genovese.

Le défunt ne lègue à ses deux neveux, les seuls héritiers, que des bricoles, le mas qu'il possédait dans les Alpilles devenant la propriété de Noël Ramon dont le dernier domicile connu se situe à Tizi-Ouzou. Et Ilyès est chargé de contacter ce Noël Ramon, sur place, car il ne possède pas le numéro de téléphone et les policiers locaux ne semblent guère intéressés à aider dans ses démarches un notaire Français.

Genovese, soixante-douze ans, se serait tué en tombant d'une échelle. Son héritier est un ancien camarade de régiment, resté sur place après la fin des hostilités en Algérie.

Ilyès est chargé de famille depuis la mort de son père dix ans auparavant. Son jeune frère Nouredine, bientôt quatorze ans, lui cause bien des soucis. Alors qu'il n'avait que onze ans, son instituteur avait découvert du shit dans son cartable, et depuis Nouredine traficote toujours au grand dam de sa mère et d'Ilyès. Pourtant celui-ci aimerait bien que le frérot s'amende, d'autant qu'il fréquente Céline, une jeune fille bien sous tout rapport, sa Gauloise comme disent les jeunes et moins jeunes de la cité. Le père est hypocondriaque, ça se soigne, et surtout il n'aime pas les Arabes tout en affirmant qu'il n'est pas raciste.

 

Il faut remonter quarante trois ans en arrière, en juillet 1962 exactement, alors que Noël Ramon et Daniel Genovese, complices sur le terrain et dans les mauvais coups, avaient spoliés un riche colon, lui barbotant ses lingots d'or, et lui prenant la vie par la même occasion. Daniel Genovese était rentré en France comme un bon petit soldat tandis que Noël Ramon, sur qui les soupçons policiers s'étaient focalisés, a préféré rester sur place, en changeant son nom.

Depuis, ils correspondaient épisodiquement, Daniel Genovese étant le dépositaire de la part de lingots de son copain.

Mais tout ceci, Ilyès ne le sait pas encore, seulement la mort prématurée de Daniel Genovese le tracasse. Il se rend donc en Algérie sur la terre de ses ancêtres, comme lui a dit son patron de notaire. Ses recherches se révèlent ardues, d'autant que peu après il se trouve flanqué du père de Céline, lequel est trop souvent dans ses jambes et le gêne plus qu'autre chose.

 

La guerre d'Algérie, les événements d'Algérie comme il était de bon ton d'appeler cela à l'époque, a provoqué des plaies qui se cicatrisent difficilement, et de temps en temps, cinquante ans plus tard, elles se réveillent provoquant quelques purulences.

Zolma nous décrit avec pudeur et sans parti pris cette histoire, qui oscille entre 1962 et 2005, sans forcer le trait d'un côté comme de l'autre.

Les événements décrits ne sont guère en faveur ni des uns ni des autres. Les Algériens étaient traités de terroristes alors qu'ils souhaitaient tout simplement recouvrer leur liberté, leur autonomie, parfois dans des circonstances extrêmes et avec des moyens belliqueux, tout comme les Résistants français affrontaient les hordes nazies durant la Seconde Guerre Mondiale, employant des méthodes de tortures ne faisant pas partie de l'arsenal guerrier. Mais certains militaires Français, et surtout leurs chefs ne s'embarrassaient guère de scrupules non plus, usant de méthodes similaires proscrites par la déontologie martiale.

Quant aux colons, implantés en Algérie depuis plusieurs générations, si certains essayaient de vivre en bonne intelligence avec les autochtones, d'autres se conduisaient en véritables esclavagistes ne se rendant pas compte qu'ils étaient à l'origine de ce conflit meurtrier.

Mais le parcours d'Ilyès prend également une grande part dans ce récit, plongé dans une enquête riche en péripéties, colportant avec lui ses propres soucis familiaux et se trouvant en butte aux idées préconçues et aux déductions hâtives, comme le décrit si bien le premier chapitre.

Un Zolma grand cru !

 

Voir également l'avis éclairé de Claude Le Nocher sur Action-Suspense :

Jérôme ZOLMA : En main propre ! Editions Lajouanie. Parution 7 mai 2015. 234 pages. 18,00€.

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