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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 08:11
Tonino BENACQUISTA : Trois carrés rouges sur fond noir.

Pas facile de jouer au billard avec des boulées carrées !

Tonino BENACQUISTA : Trois carrés rouges sur fond noir.

Le jour, Antoine travaille dans une galerie d'Art moderne, accrochant les tableaux, disposant les œuvres à l'aide de marteaux et de crochets nés sous X.

Mais pour lui, un vernissage n'est que l'occasion, le lieu de rencontre de vieux tableaux et de jeunes cadres. Et même s'il côtoie des huiles, Antoine a l'impression de gouacher sa jeunesse.

Aussi, à dix-huit heure, il s'éclipse et sa joie de vivre, son évasion, il les trouve sur un bout de pré, moquette verte ou paissent deux boules d'ivoire et une rouge sang qu'il manie à la baguette.

Son univers, c'est le billard dans une salle enfumée.

C'est lors de l'exposition consacrée à Morand, virtuose du noir, que son avenir bascule, comme la statue qui lui tombe dessus. Une toile anachronique disparait et Antoine se réveille à l'hôpital, mais pas sur un billard.

Dès lors, en marge de la police, Antoine mène son enquête personnelle, à la force du poignet.

 

Tonino Benacquista puise allègrement dans ses souvenirs et ses expériences pour écrire ses romans. Rappelez-vous Epinglé comme une pin-up dans un placard de G.I. dans lequel un jeune émigré italien partait à la découverte de l'Amérique et du monde des jeux. Ou encore La Maldonne des sleepings, roman ferroviaire entre Paris et Venise en compagnie d'un couchettiste de wagon-lit.

Dans ce nouveau roman, il nous entraîne dans les mondes interlopes de la peinture et des joueurs de billard. Et disons tout net, en tranchant dans le vif que l'enquête conduite par son héros pathétique ne sera justement pas du billard.

Il ne se contente pas d'esquisser mais peint à grands coups de pinceaux une étude de mœurs joyeusement féroce, à l'aide d'une palette où prédominent le rouge et le noir.

Tonino BENACQUISTA : Trois carrés rouges sur fond noir.

Tonino BENACQUISTA : Trois carrés rouges sur fond noir. Série Noire N°2218. Parution 1990. Réédition Folio Policier N°49. Parution mai 1999. 240 pages. 6,40€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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18 juin 2015 4 18 /06 /juin /2015 09:41
Joseph BIALOT : La nuit du souvenir.

Et le souvenir ne nuit pas... Quoique...

Joseph BIALOT : La nuit du souvenir.

L’enlèvement de son petit-fils Julien, la veille du Jour de l’An et sa reconstitution contre une énorme rançon n’abat pas Lucien Perrain. Au contraire, il se charge de remettre lui-même l’argent réclamé aux ravisseurs, dans la banlieue parisienne près d’Etampes.

Hélas la neige qui recouvre la campagne environnante d’un blanc linceul transformera cette nuit de fête en tragédie. Pour Lucien c’est un retour en arrière qui s’effectue. Les souvenirs affluent. Des souvenirs vieux de quarante cinq ans, la déportation, la vie, si l’on peut appeler ainsi l’existence larvaire dans le camp de concentration de Bonne Espérance.

Des images qui s’impriment en surimpression, lui faisant perdre les esprits, la notion du temps. Et c’est le drame.

Lucien Perrain abat les deux truands chargés de la transaction. Un geste irréfléchi, impulsif, subordonné à des souvenirs poignants. Le fil ténu qui pouvait le mener à son petit-fils semble irrémédiablement cassé.

 

Dans ce roman, Joseph Bialot puise dans ses souvenirs personnels tout en adaptant ce qui pourrait être un fait-divers.

L’humour qui imprégnait son précédent roman, Un violon pour Mozart n’est plus de mise. Ici, c’est le combat âpre d’un homme seul contre les éléments, contre l’adversité, contre lui-même : « Lucien Perrain vivait ainsi, tiraillé entre la nausée et cette passion féroce de respirer, de marcher, de chanter, de jouir qu’il connaissait si bien depuis quarante-cinq ans ».

Un roman qui s’inscrit directement dans la définition que Joseph Bialot donne du roman policier : « Le roman policier représente la tragédie moderne au quotidien. C’est une littérature qui permet d’explorer un univers où les situations individuelles sont poussées au paroxysme. Il y a dans tout roman noir un moment, un seul où tout bascule, où tout le code social, où tout le corps social, se trouve confronté avec sa logique à une situation affective. Et c’est le clash ». Une excellente réédition à ne pas manquer.

Joseph BIALOT : La nuit du souvenir.

Joseph BIALOT : La nuit du souvenir. Série Noire N°2215. Parution février 1990. 224 pages. Réédition Folio Policier N°603. Parution le 16 décembre 2010. 240 pages. 7,00€. Disponible sur le site de la Série Noire

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 16:37

Pas loin de chez vous ?

Benjamin GUERIF : Là où se cache le diable.

Adam, jeune adolescent, croit aux monstres, ceux qui figurent dans les légendes et superstitions des différentes régions qu'il a parcouru depuis sa tendre enfance.

Car Adam est un grand voyageur, par la force des choses, ses parents déménageant souvent pour leur travail. Depuis quelques semaines, il habite une vieille ferme que ses parents ont acheté au fin fond de la Dordogne, et il prend le car pour se rendre au lycée et vice-versa. Ce soir-là il a décidé de couper à travers bois, son âme d'explorateur l'invitant à découvrir d'autres chemins, d'autres paysages, malgré les avertissements du chauffeur du car scolaire.

Il s'enfonce donc dans les bois, se demandant toutefois s'il va retrouver le chemin menant jusque chez ses parents, qui comme d'habitude travaillent et rentrent tard. Il ressent des anomalies, des tremblotements, quelque chose d'anormal qui l'entoure, comme si des bêtes invisibles, ou des êtres maléfiques, le suivaient à la trace ou le précédaient. Ce ne sont que de simples fourmis, des milliers de fourmis qui vaquent à leurs petites affaires. Plus inquiétant, c'est la lueur qu'il aperçoit au loin. Illusion, magie ? Il y repense lorsque rentré chez lui il joue une partie de Roi des elfes sur sa console. Il ressort la nuit tombée, muni d'un coutelas, entend un bruit de cavalcade et décide de rentrer. Il a eu assez d'émotions pour ce jour là.

Toutefois ces phénomènes étranges le tarabustent, même si sa chambre est truffée de dinosaures, de trucs comme dit sa mère, sur la préhistoire, une affiche du Léviathan, et ses jeux de rôles empruntés à la Fantasy. C'est son univers, il s'y sent bien, mais cette forêt qui semble recéler des secrets, il lui faut l'explorer et découvrir ce qui ne va pas.

Il arpente les bois, se trouve nez à nez avec un bélier et sans barguigner lui assène un coup entre les yeux avec son coutelas en forme de glaive. L'animal apeuré s'enfuit. Il découvre un trou, comme un gouffre qu'il se promet d'explorer plus tard, et d'où sortent des émanations nauséabondes. Au fond du vallon s'élève une maisonnette, une pancarte indique qu'il s'agit du Clos de la Sorcière, habitée par une jeune femme. Elle lui apprend que le vallon se nomme l'Antre du Diable. Ils discutent mais sa curiosité n'est pas assouvie.

Alors il parcourt les livres de la bibliothèque, des ouvrages, guère nombreux, consacrés aux légendes de la région, aux châteaux-forts. Heureusement le bibliothécaire s'intéresse à ses recherches et le conseille, lui proposant de rencontrer certaines personnes du village susceptibles de lui fournir des renseignements. Le mystère rôde, entretenu par ces disparitions inquiétantes d'animaux et de personnes.

 

Dans une ambiance semi fantastique, Benjamin Guérif, pour une fois en solo, construit une histoire gentillette destinée aux adolescents. Les adultes ne se laisseront pas mener par le bout du nez dans certaines circonstances, par exemple par cette lueur fantomatique.

Adam ira de surprises en révélations, bien décidé à comprendre ces phénomènes diaboliques.

Comme bien souvent dans ce genre d'histoire, ce sont les à-côtés qui donnent de la saveur à l'intrigue. Par exemple monsieur Julien, le bibliothécaire, qui déclare à Adam : L'erreur d'interprétation, c'est le piège qui guette tout historien ! Trouver un renseignement fiable est une chose, comprendre ce qu'il signifie réellement en est une autre. Mais lorsque l'on sait que Benjamin Guérif est docteur en histoire, ceci explique cela. Un précepte qui devrait être appliqué parfois plus rigoureusement de la part de certains journalistes, juges ou procureurs.

Autre sujet abordé incidemment, par madame Riklho l'habitante de la maison dans le vallon, c'est celui des grandes entreprises. Elle vitupère contre ces grandes machines qui finissent par produire du fric toutes seules, comme en pilote automatique. Dès lors, peu importe qui est aux commandes, il suffit de connaitre un minimum son sujet et de ne pas faire de conneries. Plus loin, elle ajoute : Mais parfois, il y en a qui font des conneries. Ça met la firme en difficulté, et il faut réagir. Dans la précipitation, on a droit à toutes les énormités possibles. Moi, j'ai vu débarquer des gens insupportables. Des donneurs de conseils, qui ne savent rien faire d'utile. Qui brassent du vent en prétendant "élaborer des stratégies". Or ce genre d'entreprises, cela ne manque pas, surtout en ce moment et on se demande parfois comment une entreprise florissante peut être amenée à réduire ses effectifs pour renflouer ses finances. Et ce sont toujours les ouvriers qui trinquent et les donneurs d'ordre, souvent les patrons, qui repartent munis d'un parachute doré.

Un roman pour adolescent plus profond qu'il y parait, suffit juste de mettre les yeux au bon endroit et d'analyser son contenu.

Benjamin GUERIF : Là où se cache le diable. Collection Rat noir. Editions Syros. Parution le 7 mai 2015. 160 pages. 13,50€.

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 12:21
Daniel PICOULY : NEC.

Plus ultra... ?

Daniel PICOULY : NEC.

Lorsque le destin est lié à la reproduction sur carte postale d'une fresque italienne d'une peinture du XVe siècle, lorsqu'un commissaire est dirigé sur l'enquête de la crémation d'un diplomate Sud-Africain parce qu'on le juge trop nul pour réussir, lorsque des attachés d'ambassade désirent que cette enquête avorte, lorsqu'une pellicule photo joue au pigeon voyageur et lorsque plusieurs personnages ne pensent qu'à se tirer dans les pattes, cela donne un roman bizarre, aux formules à l'emporte-pièce, aux phrases oniriques et à l'action quelque peu embrouillée.

Mais Daniel Picouly avait-il envie d'écrire un roman à la trame littéraires ? Non. Il jongle avec les mots, et ses phrases courtes sont autant de déchirures figures de style.

Qu'il s'agisse de NEC? le héros-meurtrier, du commissaire Lomron, de Scoop le journaliste, de Météo l'arroseur de neige, de Béa l'accueillante, de Hondo, l'enfant fasciné par les allumettes, chacun vit avec ses souvenirs, ses allégories, ses envies accrochés à ses basques comme une colonie de pucerons sur une tige de rosier. L'humour et la mort rôdent, s'entrechoquent, et tout n'est que manipulations et images délétères.

Déroutant au premier abord NEC vaut plus par la description des personnages et leurs pulsions que pour l'intrigue faire-valoir. Si l'on a du mal à s'immiscer dans l'histoire labyrinthique, plus on approche de la sortie plus on est absorbé dans une description d'un délire apocalyptique, d'une chasse à l'homme nocturne dans des décors naturels issus d'un film noir et blanc impressionniste.

La Série Noire a accueilli par le passé d'autres romans qui sortaient d'un cadre bien défini et ce livre difficilement classable, à l'atmosphère sulfureuse et à l'écriture râpeuse, joue plus sur le concept surréaliste que sur une intrigue sortie d'un moule à la structure rigide.

 

Daniel PICOULY : NEC.

Daniel PICOULY : NEC. Série Noire N°2297. Première parution mai 1992. Nouvelle édition août 2003. 224 pages. 7,65€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 12:48

Et des crosses, il n'en manque pas Tyler !

Fabien NURY & BRÜNO : Tyler Cross.

Contacté par Di Pietro, un truand multicartes, Tylor Cross doit intercepter une cargaison de mexicaine brune. Vingt kilos à dérober pour une prime de cent cinquante mille dollars. De quoi vivre sans soucis pendant plusieurs années.

L'homme qui gère le trafic n'est autre que Tony Scarfo, le fils d'un ami de Di Pietro, et accessoirement son filleul. Un petit con gominé selon le vieil homme qui désire lui démontrer que malgré son âge il est toujours dans le coup.

Tyler Cross s'adjoint la complicité de ses amis, sa maîtresse C.J. et le géant Ike. La première opération consiste pour C.J. à approcher Tony Scarfo, le subjuguer et il ne reste plus à Tyler Cross et Ike à le faire parler en employant les moyens appropriés, c'est à dire la manière forte. Munis des renseignements concernant la livraison, Tyler monte une embuscade afin de dévaliser les transporteur mexicains qui doivent franchir la frontière de nuit. Seulement l'opération ne se déroule pas comme Tyler l'aurait souhaité. Outre les Mexicains, C.J. et Ike restent sur les cailloux du désert. Après avoir effectué une légère mise en scène afin que sa trace ne soit pas éventée, Tyler se rend à pied son baluchon de mexicaine brune sur le dos jusqu'à la cité voisine.

A l'entrée de la petite ville, il demande à un vieux garagiste de lui louer un véhicule mais pour cela il lui faut de l'agent. Alors il téléphone à son avocat à Galveston et lui demande de le dépanner à l'aide d'un mandat télégraphique. Mais la banque ferme avec une heure d'avance, car une cérémonie est prévue. Le mariage de Stella, la fille du garagiste, avec William, l'un des fils Pragg. Alors non seulement Tyler n'a pas son argent immédiatement, de plus il apprend que Di Prieto vient de décéder.

Black Rock city est le fief de la famille Pragg. Le père est un richissime propriétaire de mines pétrolifères, et les fils sont respectivement maire, shérif et banquier, des postes clés qui leur permettent de tenir les habitants dans leurs grosses menottes.

Une indiscrétion recueillie par la famille Pragg grâce au postier qui a écouté la conversation téléphonique, met en péril la vie de Tyler Cross. D'autant qu'il s'intéresse au cas de Stella qui se marie de force.

 

Résolument ancrée dans cet Ouest sauvage, l'action se déroule dans le Texas. Le scénario lorgne du côté des grands auteurs américains de romans noirs, et l'on pense surtout à Jim Thompson, l'auteur de Le démon dans ma peau, Nuit de fureur, Un nid de crotales et surtout le célèbre 1275 âmes, mais également à William Riley Burnett ou des petits maîtres que furent Clifton Adams et Ray Hogan. Des histoires qui mettent en scène la plupart du temps des sociopathes, d'ailleurs l'un des protagonistes possède un serpent. Une histoire emplie de bruit (qu'on imagine), de fureur et de violence, dans laquelle Tyler Cross le mauvais garçon devient presque le chevalier blanc de la veuve et de l'orpheline.

 

N'étant pas un lecteur assidu de Bandes Dessinées, je ne peux me substituer aux spécialistes de cette discipline mais exprimer simplement mon ressenti à la découverte de cet ouvrage.

Le dessin, stylisé, épuré, et pourtant très expressif, est en adéquation avec l'écriture, texte et dialogues, directe, simple, incisive, rugueuse, le maximum étant raconté en un minimum de mots. Le style béhavioriste initié par Dashiell Hammett, pour une histoire qui s'inscrit dans les années cinquante. Une intrigue sombre servie également par la colorisation bleu nuit, jaune, bistre, ocre, en abondance, avec des éclats verdâtre ou de rouge, de Laurence Croix.

 

Et inscrivez dès maintenant sur votre agenda la date du 28 aout 2015, date de sortie du second (ou deuxième) tome de cette nouvelle série très prometteuse.

Fabien NURY & BRÜNO : Tyler Cross. Couleur de Laurence Croix. Editions Dargaud. Parution le 23 aout 2013. 96 pages. 16,95€.

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Published by Oncle Paul - dans Bande Dessinée
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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 09:40

Bon anniversaire à François Darnaudet né le 16 juin 1959.

François DARNAUDET : Les ports ont tous la même eau.

Sur un coup de tête, et parce qu’il en marre d’être commandé par de jeunes loups arrogants, sans foi ni loi, incompétents et vulgaires, Marsal claque la porte de la boîte d’informatique dans laquelle il travaille puis il quitte Bordeaux.

Il part un peu à l’aventure avec toutefois l’idée de revoir Anna-Maria, son ex et leurs deux filles. En compagnie de Rémy, qui a plaqué son emploi dans un fast-food, direction la Catalogne. Ils s’installent à Collioure, et Marsal flâne, visite les galeries, fait la connaissance des peintres locaux. Il effectue pour le plaisir une recherche sur un tableau pour le compte d’un détective privé.

Francis, le peintre chez lequel loge Marsal à Collioure, est prié par son ami Charly de venir le rejoindre dans le bassin d'Arcachon, afin de peindre le portrait de sa fille Audrey. Une jolie fille d’une vingtaine d’année. Mais Marsal soupçonne bientôt que le désir de Charly n’est qu’un prétexte et que derrière ce motif ce cache quelque chose de plus grave. Charly est né des amours de sa mère et d’un Allemand durant la seconde guerre mondiale. Un épisode douloureux qui soixante ans plus tard ressurgit avec violence dans la vie de Charly.

 

Cette histoire, dans laquelle s’imbrique la relation des amours coupables de la mère de Charly, est elle-même ensachée dans les tribulations de Marsal et en filigrane s’intercale le récit de la destinée de Charles Rennie Mackintosh, architecte décorateur écossais du début du XXème siècle.

Comme à son habitude François Darnaudet fait partager aux lecteurs sa passion pour les arts plastiques et la peinture en particulier. Il s’attache également à montrer les à-côtés de la guerre, celle d’Espagne ou la dernière guerre mondiale, avec un esprit d’humanisme bourru, celui qui manquait aux belligérants, surtout ceux qui se réclamaient de la Résistance de la dernière heure.

Des effets pervers qui aujourd’hui encore marquent la conscience d’un bon nombre d’hommes et femmes et de leur descendance. Un roman simple, parfois émouvant, auquel on pardonnera volontiers une légère faiblesse de l’intrigue. Le propos n’étant pas justement de focaliser sur une intrigue mais d’être le vecteur de ses démons.

A signaler que le début de ce roman cannibalise une nouvelle que François Darnaudet avait écrite pour le CCASINFO, (journal d’information du personnel des industries électriques et gazières) en décembre 2003, sous le titre Les hommes vivent, une nouvelle à connotation fantastique.

 

Quelques articles sur les romans de François Darnaudet :

 

 

Une bande dessinée :

Et un portrait de François Darnaudet :

François DARNAUDET : Les ports ont tous la même eau. Collection Les Polars catalan. Mare Nostrum Editions. Parution 15 juin 2007. 272 pages.

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 08:12
Pierre LEON : Comme de la peste.

Un journaliste pestiféré ?

Pierre LEON : Comme de la peste.

Chroniqueur, responsable dans un journal d'une rubrique sur les manifestations musicales, le narrateur découvre au lendemain d'une cuite carabinée sa chère tante Vitamine étendue au pied de son lit, un couteau dans le cœur.

Le cerveau encore embrouillé par ses libations nocturnes, il se demande, pas trop longtemps, s'il est le meurtrier. Alors, en mémoire de sa chère tante Vitamine mais également pour se disculper, il se lance sur les traces d'un problématique meurtrier.

D'abord il y a l'argent que la vieille dame devait remettre à ses parents et qui se prélasse dans son sac à main. Et puis il y a le portefeuille d'où s'échappe un fragment de photo avec au dos l'inscription Panthère agile. Le plus urgent est de se débarrasser du cadavre encombrant malgré tout le respect qu'il lui porte.

S'emparant sans vergogne d'un fauteuil roulant dans lequel il installe la défunte, notre quidam entame un périple dans les rues de Paris. Pendant ce temps la famille attend l'argent avec impatience. Le père, grognon et vindicatif, comme à son habitude. La mère qui se retranche derrière les décisions paternelles. Et les deux autres tantes, Agathe et Amélie. Et le cousin Elie, que notre héros malgré lui ne peut décidément pas encaisser en peinture. De plus il lui faut subir les humeurs de Réquichot, le rédacteur en chef. Pendant ses tribulations parisiennes notre narrateur fait de drôle de rencontres, des profiteurs, et d'autres qui débarquent comme des cheveux sur la soupe.

Le cadavre déposé dans un cinéma porno, il subit dans la salle les avances de George, un Américain homosexuel, et l'accompagne dans un hôtel. Puis il se cache dans un autre hôtel, tenu par une Anglaise russophile, puis se rend chez sa grand-mère. Il ne découvre que son cadavre. Trahi par sa famille il est aidé par son amie Gudule, d'Albert son chef de rubrique, de Bertha l'hôtelière et de George.

 

Pierre Léon, petit nouveau de la Série Noire, happe le lecteur par la main et l'entraîne dans un tourbillon duquel il ressort un groggy. Un peu comme le malheureux pékin qui déboule dans un drame sans en connaître les tenants et les aboutissants. Pourtant il existe de bonnes choses dans ce roman prometteur et il en reste plus à espérer que l'auteur parviendra à canaliser ses idées et se montrer un peu moins brouillon dans une trame mince comme un filigrane.

 

Ah, c'est assommant ce que les gens peuvent être aimables. Surtout quand on ne leur demande rien.

Pierre LEON : Comme de la peste. Série Noire N°2302. Parution septembre 1992. 176 pages.

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 10:42

Hommage à Pierre Siniac né le 15 juin 1928.

Pierre SINIAC : Sombres soirées chez Madame Glauque.

Un sinistre individu rôde la nuit dans cette petite sous-préfecture de la Charente, et, lors de la pleine lune, ne peut s'empêcher de satisfaire ses besoins de meurtres.

Un homme affublé d'un chapeau, d'un foulard blanc, au visage couturé de cicatrices, s'adonne à cette répréhensible occupation d'envoyer ad patres des innocents qui ne lui ont rien demandé.

Pendant ce temps, dans une espèce de gargote, refuge d'âmes en peine, se réunissent quelques épaves de la cité. Leur souhait, justement se faire trucider. Ils en ont marre de la vie et de son cortège de soucis. Ils ont trop payé et désirent se décharger de leur fardeau.

Alors, si le tueur veut bien d'eux, ils sont candidats.

Leur souhait semble bien avoir été entendu de Satan puisque l'un d'eux rejoint ses ancêtres, abattu par celui qui est surnommé le Maudit. Puis un deuxième, un troisième. Parfois les rouages se grippent quelque peu, mais il ne faut pas se décourager.

 

Dans ce roman, Pierre Siniac laisse libre cours à son imagination diabolique et machiavélique. Un texte noir à l'humour ravageur.

Une farce dont Siniac a le secret et comme à l'habitude l'épilogue prend le contre-pied d'un déroulement qui semble logique.

Tous ceux qui connaissent Siniac et son univers débridé, ne se laisseront pas abuser par une histoire sans faille et avidement aborderont le final avec la curiosité d'un amateur de rebondissements littéraires.

Sinic sortait, à l'occasion de la parution de ce roman, de sa coquille dans laquelle il paraissait hiberner depuis quelques années, et s'épanouissait à nouveau telle une fleur chatoyante et vénéneuse.

Pierre SINIAC : Sombres soirées chez Madame Glauque. Le Masque Jaune N°1983. Parution le 16 novembre 1989. 220 pages.

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 08:05
Stuart KAMINSKY : La case de l'oncle atome

Et l'oncle atome n'avait pas de cases vides...

Stuart KAMINSKY : La case de l'oncle atome

Stuart Kaminsky aime le cinéma, d'ailleurs c'est le titre de l'un de ses romans parus à la Série Noire. Il s'amuse à mettre en scène acteurs et personnalités du 7ème art des années 1940 avec une verve, un humour jamais démentis.

Son héros le détective privé Tobias Pevsner, dit Toby Peters, a travaillé pour la Warner en qualité de gardien, de vigile, puis il s'est mis à son compte, ce qui lui a permis de sauver parfois d'une situation périlleuse ou compromettante des acteurs tels que John Wayne, Errol Flynn, Judy Garland, Gary Cooper, Mae West, Bela Lugosi ou encore les Marx Brothers. Mais il ne se contente pas de secourir des célébrités du grand écran, il lui arrive d'enquêter pour des personnalités comme Joe Louis ou Franklin Delanoe Roosevelt, le président des Etats-Unis de l'époque.

Dans ce roman, l'homme qui a recours aux bons offices de Toby Peters, ne fait pas partie du monde cinématographique, puisqu'il s'agit tout simplement d'Albert Einstein lui-même, qui dans une Amérique traumatisée par les effets de la guerre contre les Nazis, requiert les qualités de déduction du détective.

Le roman débute, comme tous ceux de la série, par nous montrer Toby et son ami le dentiste arracheur de dents Shelly Minck dans une fâcheuse posture.

Toby, une balle dans le bras, essaye de retenir et remonter Shelly qui pend dans le vide. Une dégringolade de vingt-huit étages avant d'atterrir, c'est beaucoup pour un simple mortel. Comment en sont-ils arrivés là, c'est ce que le détective des stars va nous narrer en décrivant humoristiquement ses aventures mêlées de situations dramatiques, cocasses, bizarres, naïves, inextricables.

Nous avons droit à d'aimables digressions sur le golf, la chirurgie dentaire en pleine expansion, à des scènes burlesques, comiques, candides, mais elles sont trop nombreuses pour être recensées. Sachez toutefois que si Einstein à recours au talent d'enquêteur de Toby Peters, c'est qu'une sombre machination se trame autour de lui. Et être Juif et Allemand en 1942, n'est pas toujours perçu d'un bon œil, surtout si l'on détient les secrets d'une bombe révolutionnaire.

Mais qui en veut à sa vie ?

Encore un excellent roman de Stuart Kaminsky qui connait la recette pour nous faire passer des heures agréables à la lecture d'un livre.

Stuart KAMINSKY : La case de l'oncle atome (Smart movies - 1986. Traduction de Madeleine Charvet). Série Noire N°2123. Parution février 1988. 320 pages.

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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 13:54

On prend les mêmes et on recommence, ou presque...

David LECOMTE : ECHOeS. L'Œuvre de sang 2.

Deux ans environ après les événements qui sont décrits dans L'œuvre de sang, nous revenons à Lille et sa région.

Joseph Méneul, vingt-quatre ans, borgne par sa faute, assiste dans le train qui le mène de Lens, où il travaille, jusque chez lui à Isbergues, à une scène mettant aux prises, une grosse femme, son gamin turbulent prénommé Thomas, et un homme qui lui offre des bonbons affirmant avoir lui aussi un enfant du nom de Thomas.

L'homme avoue que le garçon est le sien, mais qu'il ne le voit jamais. L'enfant ne sait même pas qu'il est son père. Joseph lui propose alors de l'aider à rencontrer son fils. Le lendemain Joseph ne va pas à son travail, l'homme l'emmène chez Thomas. Tandis que Joseph frappe à la porte de la maison, l'homme s'infiltre par l'arrière. Sous un prétexte fallacieux Joseph retient la femme un certain temps, mais des détonations suivies de cris éclatent dans la maison. La mère s'engouffre chez elle mais elle est elle aussi abattu par l'homme en pleurs qui s'enfuit laissant le borgne seul devant les cadavres.

Joseph se présente au commissariat de Lille où il est reçu par le commissaire Lutgen, une ancienne connaissance. Cela ne fait que deux jours que Lutgen est en poste, mais il est natif de la région et Joseph fut son plus proche voisin des années auparavant. Joseph s'accuse des crimes.

Noël. Chez Odette Bauchelart, une petite fête est organisée en honneur de Jérémie, son petit-fils qu'elle a recueilli, et de ses amis Raoul et Huguette, les anciens circassiens, et Martin, huissier en retraite. Jérémie offre des cartes, des collages les représentant, mais ce n'est pas franchement réussi. Mécontent Jérémie appelle au téléphone son amie Nadia. Sept jours plus tard, Jérémie, Nadia et quelques copains passent le réveillon du Nouvel An dans une nouvelle discothèque, à l'initiative de Marc Antoine dont le père est préposé au service d'ordre. Ils commandent des vodkas (à leur âge !, à peine quinze ans) avec l'approbation du paternel, mais bien évidemment, au bout de quelques heures Jérémie s'enferme dans les toilettes, malade. Nadia, titubante est a sa recherche. Un des fêtard, qui n'appartient pas à leur groupe s'en prend à Nadia, voulant lui faire goûter un appendice qu'il se trimballe entre les jambes. L'adolescente lui remonte les gonades jusque dans la gorge, et l'agresseur ne peut que s'esbigner. Jérémie ressort et Nadia préfère taire ce qu'elle vient de subir. Le lendemain, premier janvier, la jeune femme de ménage préposée au nettoyage n'est pas interloquée par l'état crasseux des toilettes. Elle est habituée. Mais ce qu'elle découvre dans le cabinet qu'a utilisé Jérémie la laisse coite et émerveillée. Des fleurs magnifiques, majestueuses, une véritable féérie s'offre à ses yeux éblouis.

Une autre femme et son gamin sont abattus dans les mêmes conditions que les premières victimes, et Lutgen est chargé de l'enquête.

 

 

Véritable roman noir, dans le sens anglo-saxon du XVIIIe siècle, et que l'on appelle aujourd'hui le roman gothique, Echoes possède l'arsenal surnaturel (apparitions, fantômes, etc.) et argument moral, le genre se spécialise dans la peinture de l'excès et de l'horreur, et produit un récit à grands effets qui dit la force et la cruauté du mal, ainsi que la misère (mais aussi la victoire) de l'innocence. Le roman gothique est ainsi une perversion de l'esthétique du sublime, et illustre un imaginaire obsédé de claustration, présentant le passé comme une détermination pathologique (article extrait de l'ouvrage Larousse Dictionnaire mondial des littératures). Roman noir donc dans l'acception ancienne et moderne du terme, Echoes s'inscrit dans une démarche à la fois violente et poétique, frôlant, ou l'intégrant, le fantastique, avec toujours une part d'inconnu feuilletonnesque.

On retrouve quelques-uns des protagonistes du premier volume de cette série entamée avec L'œuvre de sang soit de façon perpétuelle tels que Jérémie et Nadia, lesquels jouent un rôle primordial dans l'histoire, Odette la grand-mère et ses amis les circassiens ainsi que l'huissier en retraite, soit de façon diffuse comme Grandjean, le principal du collège et Agnès sa secrétaire maîtresse. D'autres personnages font une apparition plus ou moins fugace dont Monsieur Formose, dont le statut n'est pas encore bien défini, mais qui semble être l'un des rouages essentiels de cette trilogie puisque l'on retrouvera tout ce petit monde dans Soli†udes, le troisième tome de L'Œuvre de sang.

Un suspense qui monte en puissance au fil des pages, mais qui dès le premier chapitre est déjà présent, qui absorbe le lecteur, l'amenant vers des scènes aussi maléfiques que vénéneuses comme les fleurs nées sous la pulsion de Jérémie, dont le pouvoir est de plus en plus prégnant.

David LECOMTE : ECHOeS. L'Œuvre de sang 2. Editions Fleur Sauvage. Parution 5 septembre 2013. 238 pages. 16,80€.

 

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