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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 13:19

Hommage à Ruth Rendell, décédée le 2 mai 2015.

Ruth RENDELL : La demoiselle d’honneur

Depuis la disparition de son père, Philip vit entouré de sa mère Christine et de ses deux sœurs, Fee et Cheryl. Il a la phobie de la violence sous toutes ses formes. Ainsi la disparition de Rebecca Neaves, largement relatée par les médias, l’indispose. Sa mère, elle, songe à refaire sa vie avec Gérard Arnham et lui offre une statue de jardin, souvenir de son voyage de noces, qui représente la déesse Flore.

Au mariage de sa sœur Fee, Philip est fasciné par Senta, la cousine de son beau-frère. Elle devient sa maîtresse et commence alors pour lui une période merveilleuse. Mais Senta ne se contente pas de paroles d’amour ; il lui faut une preuve qui va à l’encontre de l’aversion du jeune homme : un échange de meurtres !

Pendant ce temps, la liaison de Christine avec Gérard est rompue. Et Philip est sidéré lorsqu’il aperçoit de la fenêtre de l’une de ses clientes, la statue de Flore dans un jardin. Il s’en empare. Entre Senta et lui, c’est la rupture. Il ne peut se résoudre à tuer un être humain, même par amour. Mais, au bout de quelques jours, il est en manque et renoue avec elle en lui jurant de passer à l’acte. Il décide de s’attribuer l’assassinat d’un clochard dont le corps a été découvert dans la banlieue londonienne. Folle de joie, Senta lui avoue être elle aussi passée à l’acte : elle a tué Gérard Arnham ! Philip pense qu’elle fabule ; ce que confirme sa rencontre avec l’ancien ami de sa mère qui aimerait bien la revoir.

Selon les journaux, un homme répondant au nom de Myerson aurait été assassiné à l’endroit indiqué par Senta et Philip est persuadé de la mythomanie de son amie jusqu’au jour où il comprend que, prenant Myerson pour Arnham, elle l’a effectivement assassiné. Plus grave, elle avoue avoir tué également, quelques mois auparavant, un certain Martin Hunt ! Un meurtre perpétré sous l’emprise de la jalousie. Les relations entre les amants se dégradent, mais Senta s’accroche désespérément.

Philip a d’autres soucis en tête. Sa sœur Cheryl, à cause du jeu, est arrêtée pour vol. Arnham rend visite à Christine. Par provocation, Philip replace la statue de Flore dans le jardin.

 

Autour d’une histoire d’amour qui se révèle tragique, Ruth Rendell construit un roman psychologique cruel dont tous les protagonistes agissent sous l’emprise d’une phobie, d’une schizophrénie, d’une névrose quelconque. Le personnage de Senta est fascinant. Prompte à travestir la réalité, elle est également en proie à l’agoraphobie. Vivant souvent cloîtrée dans sa petite pièce au sous-sol, elle possède une existence intérieure intense. Sa faculté à édulcorer la vérité est entretenue par son métier puisqu’elle est actrice à la recherche d’un rôle. Elle désire que le couple qu’elle forme avec Philip soit la réincarnation de Arès et Aphrodite, déclarant : Nous devons prouver que nous sommes prêts, l’un pour l’autre, à transcender les lois humaines ordinaires. Et je dirais même : à les réduire à néant, à montrer que, tout simplement, elles ne valent pas pour nous

Si les personnages masculins, en particulier Philip, sont un peu falots, les femmes, elles, sont montées en épingle, sous un angle qui n’est pas à leur avantage. Un roman bourré de métaphores, écrit par une femme qui ne se montre pas l’apologiste de la femme mais la dévoile sous diverses facettes qu’un homme aurait parfois du mal à imaginer.

 

Ruth RENDELL : La demoiselle d’honneur

Ruth RENDELL : La demoiselle d’honneur (The bridesmaid - 1989. Traduction de Pierre-Guillaume Lebon). Hors collection. Calmann-Lévy. Parution 1991. Autres éditions : Le Livre de Poche Policiers n°4315 (1992)

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 10:09

Qui ne sont pas forcément des simples d'esprit...

Tony KENRICK : Heureux les condamnés !

Apprenant par son médecin qu'il n'a plus que quelques semaines à vivre, Harry Mercer, publicitaire, se transforme du jour au lendemain d'agneau bêlant en lion rugissant.

Il accepte de rencontrer Grace, une jeune femme atteinte du même mal incurable que lui et ils se donnent rendez-vous dans un restaurant. A la fin de la soirée, alors qu'ils regagnent l'appartement de la jeune femme, ils mettent en fuite deux malfrats qui tabassent un professeur de musique, propriétaire d'une boulangerie. Ramsey refuse de vendre sa boutique à Kolynos, un malfrat milliardaire racketteur bien connu des services de police, car il veut réaliser un projet qui lui tient à cœur: transformer son magasin en salle de concert dans laquelle les pauvres du quartier pourraient écouter de la musique classique sans pratiquement rien débourser.

Regan, un officier de police ami de Mercer, les éconduit en leur expliquant que sans preuves véritables, la loi ne peut rien contre ce genre d'intimidation. Les deux condamnés par la médecine décident en chœur de contrer Kolynos par leurs propres moyens. Sachant qu'il se trouve en possession de billets de 1000 $ provenant d'un hold-up, Harry et Grace imaginent un moyen pour l'obliger à les produire devant un policier et signer ainsi son forfait.

Kolynos, d'origine grecque, s'est élevé à la force du poignet, mais il exige toujours ce qu'il y a de mieux: le meilleur secrétaire, le meilleur chauffeur, la plus belle femme, etc... et les embauche sous la contrainte. Harry et Grace contactent Osborne, le secrétaire qui souffre de cet enrôlement forcé. Il accepte de trahir son patron en simulant un faux kidnapping. Le cuisinier français est ainsi enlevé et pour pallier cette défection Osborne propose à Kolynos de le remplacer par le numéro 2 dans la liste des meilleurs. En réalité c'est le plus mauvais des cuistots qui est engagé.

Kolynos refusant de payer la rançon, le chauffeur, le maître d'hôtel et la call-girl sont eux aussi pris en otages, à leur plus grand plaisir. La réception donnée par Kolynos à un malfrat du racket tourne à la catastrophe et il accepte à contrecœur de payer la rançon. Harry prévient Regan que la transaction aura lieu dans son bureau.

 

En prenant pour postulat un sujet grave Tony Kenrick le traite avec légèreté et humour, enchaînant les gags et les situations les plus dingues, tout en gardant en réserve les moments sensibles.

Ce qui donne, comme Michel Lebrun l'écrit si bien dans l'Année du Crime 1980, un livre en porte à faux. Aux moments de franche rigolade succèdent des passages émouvants. Ainsi lorsque Harry et Grace se rendent compte qu'ils sont tombés amoureux l'un de l'autre et qu'ils ne pourront pas avoir d'enfants.

Les avatars subits par Kolynos à cause de ses nouveaux employés relèvent de l'anthologie humoristique, même si certaines situations sont démesurées. Quant à l'épilogue, lui aussi est en porte à faux et l'on peut ressentir une certaine frustration.

 

Je cesse de fumer, c'est décidé. Je l'ai déjà fait plusieurs fois et je le ferai encore.

Curiosité :

La cuisine française est à l'honneur. Le chef cuisinier est Français et son remplaçant américain, qui accumule les erreurs à cause de sa myopie, ne jure que par Escoffier.

 

Tony KENRICK : Heureux les condamnés ! (Two lucky people - 1978. Traduction de Jane Fillion). Série Noire N°1744. Parution septembre 1979. 256 pages. 4,90€, disponible sur le site de la Série Noire.

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 14:19

Temps glaciaires, un titre qui refroidit !

 

Le nouveau Fred Vargas, Temps Glaciaires, est sur les étals des libraires. Bizarrement il n'est guère chroniqué sur les blogs dits spécialisés. Parait que ce serait la faute à l'éditeur. Il est vrai que recevoir un prix est plus gratifiant pour l'éditeur, plus important aux yeux du lectorat, que d'envoyer des services de presse onéreux.

Ceci m'a amené à mettre en ligne un article paru dans la défunte revue Caïn N°27, éditions Baleine. Parution octobre 2001. 224 pages. 9,20€. Disponible chez l'éditeur.

Vous avez reçu un nouveau message !

Internet, paraît que c’est bien, genre le maxi micro qui rapproche les hommes (ce n’est qu’une généralité car je n’oublie pas les femmes lorsque j’écris les hommes, je ne suis pas misogyne, loin de là, quoique parfois, mais bon on n’est pas là pour parler de moi et de mes états d’âmes…), donc j’écrivais : Internet, avec le émail (en français courrier électronique, qui permet à deux personnes de correspondre, d’envoyer des fichiers, des photos de leur dernière prise majeure dans le lac ou de leur femme majeure dans le lit, et autres échanges instructifs) offre la faculté de passer par un groupe de discussion qui facilite les échanges d’idées, d’opinions, de point de vue, un peu sous couvert d’anonymat, sans recevoir sauf par écran interposé, de désagréables, pour ne pas dire plus, réflexions qui ne prêtent pas à conséquence (en général) mais fournissent aux scripteurs un moyen facile de se défouler sans passer par un ring de boxe, et autres désagréments qui laissent souvent des traces sur l’épiderme des participants (ouf, j’ai terminé ma phrase !). Donc je voulais simplement mentionner, sans paraître cauteleux (eh oui, je l’ai placé !) auprès de ceux qui lisent cette notule, que dans les groupes de discussion, on trouve de tout et de rien, c’est-à-dire des avis divergents sur tel ou tel sujet sans que le fond du problème soit réellement abordé et les opinions explicitées. En voici une preuve commentée humblement par le scripteur qui a désiré s’en tenir au simple rôle de voyeur d’écran.

 

La discussion débute par un adepte, appelons le X, qui après avoir lancé négligemment le pavé dans la mare, ne se manifestera plus. En réalité c’est une réponse à quelqu’un qui avait critiqué négativement un bouquin mais nous ne reviendrons pas à l’origine du monde et au big-bang, Michel Rocard ayant participé en son temps à cette explosion. Et puis le nombre de pages dédiées à ce dossier nous oblige à rester sobre (dans le texte bien entendu).

Or donc voici cette phrase qui lança le débat, petite pierre qui engendra pas mal de remous et de cercles sur la mare aux polars :

“ J’ai lu le Sylvain l’an dernier ou avant, je ne sais plus. J’ai trouvé ce roman carrément idiot. ”

 

La réponse fournie à cette question, qui n’était qu’une simple réflexion, ne se fait pas attendre et aussitôt nous voyons les cercles concentriques se former à vitesse grand V et se transformer en mascaret d’équinoxe. Désormais nous appellerons les interlocuteurs de cette discussion par les lettres A, B, C et suivantes afin de préserver leur anonymat.

 

Interlocuteur A :

Oui, je crois qu’il y a effectivement un problème avec les polars de Viviane Hamy, quand c’est pas des plagiats (Tabachnick) c’est de la grosse daube (Sylvain… et encore j’ai pas lu “ Vox ” mais je défie quiconque de dépasser la page 12 de son précédent “ Baka ” !) ou alors c’est chiantissime et totalement surfait (Vargas). V. Hamy est une excellent éditrice de littérature Blanche mais en noire… Allez, on va dire qu’elle doit être mal conseillée.

Notes du scripteur totalement impartial : La lecture de la première phrase de ce message m’induirait avec de l’erreur si je ne connaissais pas la maison d’édition. Les polars de Viviane Hamy, est-il écrit. Non, ce ne sont pas les polars de Viviane Hamy mais les polars édités par Viviane Hamy, ce qui est différent. Ensuite, examinons le jugement porté sur les ouvrages de Sylvain (Dominique de son prénom) qui, selon l’auteur de cette critique lapidaire, ne valent pas le déplacement. Pourquoi donc, dans ce cas, Viviane Hamy s’obstine-t-elle à publier des romans de cette gente dame (Dominique Sylvain est de sexe féminin) si les écrits en question sont illisibles et comment se fait il qu’il y ait encore des lecteurs, et inversement ? Ensuite, nous arrivons au cœur du sujet quoique dans ce cas de figure nous nous voyons plutôt confronté à notre corps défendant à un rejet exprimé par une partie anatomique de l’auteur que nous ne dévoilerons pas. Chiantissime, est-il écrit. De deux choses l’une : ou ce roman remplace les bénéfiques dragées Fuca et provoque une diarrhée pseudo littéraire, ou au contraire il faudrait entendre par là (par là je n’entends pas grand chose comme auraient dit les fameux duettistes Pierre Dac et Francis Blanche) que Fred Vargas rédige des ouvrages constipants. Remarquez avec quelle élégance le débat (merdique ?) est lancé.

 

Dorénavant nous nous contenterons d’indiquer les interventionnistes par la lette alphabétique qui leur a été attribuée par ordre chronologique.

 

B :

Plagiat ? De qui ?

Note intermédiaire. Le débat n’est pas encore réellement lancé, et nous tournons autour du pot, si je puis m’exprimer ainsi. Le débat s’avançant dans le temps et dans cette chronique, les intervenants devenant plus nombreux et explicites, les notes intermédiaires seront remplacées par des billets d’humeur modératrice à tendance plus ou moins philosophique, psychologique ou d’obédience pseudo-psychanalytique. Il faut bien gagner sa croûte et réaliser un reportage sur le vif comme si le lecteur se trouvait confronté à un problème hautement sociologique avec à la clé un médiateur intellectuellement débâtant d’une manière circonstanciée.

 

A :

“ Un été pourri ” de Tabachnick est presque intégralement pompé sur “ Le prochain sur la liste ” de Dan Greenburg (en Points Seuil Policiers). Et l’original est beaucoup mieux of course.

Le scripteur (moi-même en l’occurrence) commence à s’interroger : s’agirait-il d’un mauvaise traduction, de quand date le Greenburg, ne serait-ce pas un plagiat à l’envers, l’Américain ayant pompé la Française (n’y voyez dans cette question anodine aucune intervention extra littéraire et/ou à dominante sexuelle, ce qui n’entre d’ailleurs pas dans le propos de cette chronique) ? Mais de toute façon il ne s’agit que d’un aparté dans la discussion qui va véritablement démarrer sous peu.

 

C :

Bonjour, je n’ai pas d’avis sur Sylvain, ne sais pas si “ un été pourri ” est un plagiat. Par contre j’avais beaucoup aimé “ Le festin de l’araignée ” de Tabachnick. Et dire que Vargas c’est chiantissime et surfait ! ! Dis que tu n’aimes pas, que ça te gonfle, que c’est pas ton style. OK. Moi je trouve ça superbe, c’est un de mes auteurs de polar préféré en France, et comme je m’occupe à mes moments perdus d’une bibliothèque d’entreprise, je peux t’aaurer que mon avis est partagé par de très nombreux lecteurs, habitués au polar ou non. Peut-être n’est-ce pas assez noir, ni assez musclé pour plaire aux amateurs de polar pur et dur ; c’est recevable, mais c’est loin d’être chiantissime. Et le dernier écrit et dessiné à 4 mains avec Baudoin est un pur délice.

Tout à fait d’accord dans ton analyse cher correspondant C. Mais avant de la disséquer je voudrais te dire qu’il n’y a pas de moments perdus, et si effectivement tu avais des moments perdus, tu pourrais éventuellement les retrouver dans une officine spécialement dédiée aux objets trouvés, à moins que quelqu’un de peu scrupuleux se les soit accaparés et dans ce cas tu pourras dire définitivement adieu à tes moments qui ne seront pas perdus pour tout le monde. Mais revenons à nos moutons comme disait Jeanne d’Arc en filant sa quenouille et en rêvant du prince charmant aux quenouilles laineuses et soyeuses, mais je m’égare…

 

B

Vargas n’est certes pas une géante (A tous point de vue, hi hi) mais ses livres sont sans prétention et font passer un moment sympa. C’est déjà pas mal.

On sent l’intervenant qui se veut modérateur dans cette réponse tout en jouant sur les maux et les mots. Effectivement Fred Vargas n’est pas grande physiquement, mais ceci n’est qu’un appréciation personnelle en fonction de la taille de l’interlocuteur. Moi-même je ne suis pas grand mais comparé à mes petits-fils, je possède encore une autorité et une aura que nul ne contestera et d’ailleurs ceci n’entre pas en compte dans le sujet traité. Quant à dire qu’elle n’est pas grande en littérature, faut-il attendre la consécration mortuaire ou prendre en considération le nombre d’exemplaire vendus ? Je déborde et m’immisce dans un problème auquel je m’étais promis de ne pas participer.

 

D :

Quand j’ai lu “ L ’homme à l’envers ”, je me suis dit que c’était un polar qui flirtait avec le fantastique sans réussir à y plonger complètement. L’écriture, les personnages, les lieux tout est légèrement décalé, un brin mythique, un tantinet absurde. J’ai beaucoup aimé ce livre mais je l’ai aussi trouvé surfait et chiantissime (je vole des mots là). L’utilisation d’une narration à la polar est un tour de passe-passe, une coquetterie, un pis aller.... parce que ce n’est pas du roman policier. C’est du roman qui utilise les conventions du genre pour structurer son propos. C’est pas un crime. C’est pas un exploit non plus. C’est juste, légèrement, décevant. Ce que j’en dis...

N’en dis pas plus, nous avons tous compris que tu avais aimé, et qu’en même temps tu avais été déçu (par correction envers les auteurs des messages, le scripteur ne s’embarrassera pas des signatures au féminin). Tu exprimes un point de vue personnel bien structuré, poli, avec des appréciations douces-amères. On sent que tu veux ménager la chèvre et le chou, dire que tu n’as pas vraiment aimé le bouquin, mais que tu lui trouves cependant une qualité d’écriture certaine. Sous entendu, Fred Vargas, si elle s’était impliquée un peu moins dans le roman policier et plus dans la blanche aurait pu connaître la consécration, voire plus. Tiens peut-être comme Vautrin, Jean de son prénom, qui après avoir voyagé à la Série Noire puis chez Engrenage, a obtenu le Prix Goncourt (entaché de plagiat selon certains, donc je ne sais plus si c’est une bonne référence) ou encore Daniel Picouly pour ne citer que les exemples qui me viennent à l’esprit. Le côté fantastique, décalé, déjanté même, est effectivement présent dans ce roman, et pour preuve le titre du roman ne prête pas à confusion. Et derrière le “ c’est un peu décevant ”, ne se cache-t-il pas cette pensée profonde mais inavouée, dans le genre “ c’est beaucoup intéressant” ? Mais continuons notre exploration sans nous disperser.

 

E :

Ah ! Je ne suis pas le seul à ne pas aimer Vargas !

Réponse du psy de service. Cet internaute est arrivé en retard dans la discussion et n’apporte aucune précision complémentaire sur les raisons de son intérêt ou désintérêt (désintérêt dans le cas présent) concernant le cas étudié. En réalité, posant une question naïve qui est en réalité une exclamation, il se rend compte qu’il n’est pas le seul sur la planète Internet à ne pas aimer Fred Vargas, sans pour cela se montrer vindicatif, et presque en s’excusant.. Fallait-il pour autant oblitérer sa prestation, qui sans fournir d’avancées sociologiques évidentes, ne tombe pas dans le négationnisme primaire mais ose émettre une opinion qui sans être fondée et démontrée, ne se voile pas la face et se solidarise avec une opinion démontrée plus haut sans pour autant nier fondamentalement le pourquoi du comment. En réalité il se pose la question tout en fournissant la réponse : il n’est pas le seul à ne pas aimer, il constate mais ne dénigre pas pour autant les qualités littéraires des romans de l’auteur passé à la moulinette, et surtout il ne jette pas l’opprobre sur les uns ou les autres.

 

F :

Moi non plus je n’accroche pas trop avec Vargas. J’en ai essayé un, deux, trois, en espérant à chaque fois être mal tombé mais je crois que c’est juste que ça passe pas avec moi. J’arrive pas à croire aux personnages, je trouve ça froid. Bref  je ne rentre pas dedans.

La réponse, négative elle aussi, est plus explicite sans se montrer agressive. L’auteur de cette répartie avoue avoir essayé à moult reprises de se plonger dans l’univers personnel et particulier de Fred Vargas, mais ne pas s’y accrocher. C’est tout à son honneur, on ne s’accroche pas à un auteur, à un personnage, à moins d’être né sous le signe de la sangsue. De plus la dernière phrase est assez ambiguë pour ne pas cacher autre chose, un malaise profond, une personnalité latente qui ne demande qu’à s’extirper d’un corps encombrant. Qu’est-il écrit, “ Bref, je ne rentre pas dedans ”. Bref n’est-il pas la réaction frustrante énoncée sans ambages après un rapport auteur/lecteur qui se serait soldé par une éjaculation précoce et, poussons notre analyse, externe puisque le scripteur confesse ne pas rentrer dedans ? J’avoue ne pas comprendre toutefois la syntaxe car j’ai essayé mais ne suis point arrivé à rentrer dehors.

 

E :

Je n’ai pas réussi à terminer “ L’homme aux cercles bleus ” et “ Debout les morts ”, trop décalé, peu réaliste. AMHA. Par contre pour “ Debout les morts ” dont j’ai lu environ 100 pages, puis la fin, j’ai eu l’impression que l’aspect énigme n’était as mal trouvé, écrit par un G.J. Arnaud ou un expert en énigme cela aurait donné (AMHA) un très bon suspens ou un très bon roman d’énigme, enfin, un comme je les aime. Mais les goûts et les couleurs, hein…

Tout à fait cher ami correspondant, qui explicite ton choix, ton avis négatif sans pour cela vouloir conditionner les autres commentateurs de cette liste d’échange d’idées et d’opinions. Par deux fois tu t’exprimes modestement (pour les néophytes AHMA signifiant à mon humble avis), et développes ta désaffection envers un genre qui te nourrit intellectuellement. Passionné de romans dont l’énigme est reine et les chambres closes un lieu de prédilection, notre interlocuteur (je m’adresse à vous maintenant) avoue ne pas entrer dans l’univers décalé, peu réaliste des deux romans qu’il évoque. Ce qui à mon sens est contradictoire, car la résolution d’énigmes en chambre close se trouve justement, la plupart du temps, dans un univers décalé, peu réaliste, à la limite du fantastique. Mais on notera toutefois cette réflexion que, traité par un autre auteur, le sujet aurait pu donner naissance à un bon roman d’énigme ou de suspens. Hum, je suis dubitatif quant à cette assertion, ne mettant pas en cause cette allégation, mais chaque auteur écrit selon sa sensibilité et si l’on propose un même sujet (l’amour par exemple) à deux auteurs dont la sensibilité diverge, ils le traiteront avec une optique et un stylo diamétralement opposé, surtout s’ils ne sont pas du même sexe.

 

G :

Je suis un peu étonné par ton commentaire sur Vargas. Tu dis que tu trouves ses romans peu réalistes. Cela m’étonne, parce qu’il m’a semblé que tu es un fan de cambres closes qui sont en quelque sorte l’antithèse du roman REALISTE. Il y a là un paradoxe que j’aimerais que tu développes,. N’y vois aucune critique mais c’est un commentaire qui m’a semblé curieux ou peut-être je n’ai pas compris ce que tu as écrit. En ce moment je lis plein de choses sur la réception des œuvres policières par leurs lecteurs et je suis un eu obnubilé par le sujet.

Ah que voilà une remarque simple, limpide, pleine de bon sens, et qui va dans le sens que j’ai voulu développer précédemment. La réponse est formulée avec humilité, modestie, presque une componction moniale, soulignant toutefois le paradoxe existant dans la réponse précédente. Si j’avais su, j’aurais lu cette réponse avant de m’escrimer pendant quelques lignes et rechercher l’adéquation exacte et la formulation lapidaire susceptible de résumer en peu de mots le flot d’interrogations engendré par cette réaction à double sens. M’en suis-je bien sorti ?.

 

E :

La contradiction n’est qu’apparente. Quand je lis un roman de Paul Halter, au hasard ; je sais où je mets les pieds, ou un roman de Moselli. Ah Moselli ! J’accepte que son héros tombe à la mer dans une eau glacée, qu’il y passe la nuit (ou plus) à barboter, qu’au petit jour quand il n’en peut plus, qu’il va couler, tiens un bateau passe et le voit, ce n’est pas réaliste du tout, mais cela fait partie du jeu, quand je lis Moselli j’ai dix ans et accepte tout. Pour un roman de chambre close c’est pareil. Malgré tout, même si les situations sont improbables, l’auteur raconte d’une façon qui me paraît réaliste, et cela pourrait être vrai.

Par contre pour Vargas, je pense être dans un roman réaliste (peut-être que je me trompe) et donc le côté déjanté, un peu en dehors de la plaque de ses personnages, ne me convient pas, il y a un je ne sais quoi qui ne me fait pas adhérer à son univers. Car elle a un “ univers ”, une façon d’écrire qui lui est propre, AMHA. Et puis j’ai sauté au plafond quand elle avait écrit : il décida qu’il avait faim. J’en avais parlé ici même. Non ! on ne décide pas qu’on a faim ! on décide qu’on va aller boire un verre, au restaurant, au ciné, mais pas qu’on a faim ! Cette phrase m’est restée en mémoire ! C’est ce côté un peu surréaliste qui ne passe pas

J’ai réussi l’examen ?

Cher ami, j’espère que tu ne t’es pas fait mal et que le plafond ne se ressent pas de cet impact par quelques fissures de mauvais aloi. Voici une réponse longue mais qui au moins respecte le code de bonne conduite avec des explications sobres, détaillées, logiques et nullement agressives. La cacophonie enregistrée lors des premières interventions devient dialogue constructif, chacun des deux derniers participants apportant sa pierre à l’édifice littéraire et critique. Mais a-t-il réussi l’examen me demanderez-vous ? Nous le saurons dans un prochain épisode.

 

G :

Moi ça m’arrive très souvent de décider d’avoir faim ! ! ! et j’adore Vargas. Elle a son style à elle, je comprends très bien que beaucoup de gens n’aiment pas, mais son monde n’est pas éloigné du mien. Peut-être faut-il être zen pour apprécier ? En tout cas elle a le mérite de faire des polars très différents. A bientôt.

Nouvel intervention dans ce monde qui se partage quant aux qualités d’écriture et de style de Fred Vargas. Nous retiendrons dans cet envoi somme toute assez court, trois directions à explorer. D’abord le fait que cette personne décide d’avoir faim. C’est très bien et il est intéressant de savoir que ce locuteur ne veut pas se laisser mener par le bout du nez par un estomac qui n’en fait qu’à sa tête. Ensuite la question fondamentale est posée : faut-il être zen pour lire Vargas. A mon humble avis non, mais je m’immisce dans une conversation à laquelle je m’étais promis de ne pas prendre part. Enfin, il est écrit : elle a le mérite d’écrire des polars différents. Tout à fait, mais c’est le rôle d’un écrivain, d’un auteur, d’un romancier de ne pas écrire à l’identique de ses confrères ou consœurs. C’est même une obligation sinon cet auteur romancier écrivain ne risque-t-il point d’être accusé de plagiat ? Et vlan !

 

C :

Mais c’est vrai qu’il faut aimer les ambiances décalées, bizarres, pas forcément logiques.

Intervention d’un correspondant qui ne s’était pas manifesté depuis quelques messages. Cette phrase possède un double sens qui, A Mon Humble Avis, ne résout pas le problème puisque son ton sibyllin risque de perturber un peu plus les lecteurs des messages qui ne participent pas activement à cet échange de plus en plus feutré. Il faut aimer… : est-ce une injonction, une obligation de lire des romans décalés et tutti quanti, ou tout simplement un conseil, il faut aimer les ambiances… pour se plonger dans l’univers Vargasien ?

 

E :

C’est bien ce que je disais : c’est une question de longueur d’ondes ! D’équation personnelle, comme disait un personnage célèbre. Pour être très différents, sûr ils le sont ! Et il me semble que beaucoup apprécient, vu qu’elle a eu un grand prix de littérature policière ou un truc de ce genre.

Cher ami, d’abord ce n’est pas ce que tu disais, mais ce que tu écrivais. Mais bon nous ne te tiendrons pas rigueur d’une faute de syntaxe puisque via le Net, la correspondance presque en direct donne l’impression que nous nous parlons plus que nous écrivons. Je ne voudrais pas pinailler mais Vargas n’a pas reçu que le Grand Prix de littérature policière ou un truc de ce genre. Je ne vais toutefois pas recenser tout ces prix qu’elle a obtenu puisque d’autres rédacteurs dans cette revue le feront aussi bien que moi et cela risquerait de faire doublon. Mais j’apprécie que tu écrives qu’il s’agit d’équation personnelle. En effet chacun a le droit de lire ce qu’il lui plait et c’est bien pourquoi il existe autant d’auteurs de romans policiers sur le marché et qu’autant de genres sont proposés aux lecteurs. Un même lecteur peut aimer tout à la fois Mary Higgins Clark, Frédéric Dard/San Antonio (d’ailleurs l’emploi de pseudonymes explique le pourquoi du comment), Chandler, Pouy, Mizio et Vargas. Ce n’est pas incompatible et de plus cela démontre une curiosité littéraire non négligeable tant vis à vis des éditeurs que des auteurs.

 

G :

J’ai réussi l’examen ?

Je te rassure pas de diplômes à la clé. Merci d’avoir répondu : c’était détaillé et intéressant.

Cette phrase qui répond d’abord à une question ci-dessus posée, clôt le débat d’une manière frustrante mais en même temps polie. C’était détaillé et intéressant. Le débat manque toutefois de profondeur, certains ayant répondu plus longtemps que d’autres, avec moult détails, mais il est à noter que celui ou ceux qui ont allumé la mèche et provoqué cette explosion de messages se sont courageusement réfugiés dans un silence ostentatoire.

 

Le scripteur de cet article n’ayant plus grand chose à ajouter se retire sur la pointe des pieds et ne vous livrera pas ses conclusions personnelles quant à la lecture des romans de Fred Vargas. Il ne pourra que vous engager à apprécier un court ouvrage intitulé “ Petit traité de toutes vérités sur l’existence ” et qui s’il n’est pas policier est bourré de bon sens.

Je vous donne rendez-vous dans un prochain article, à définir par le rédac chef qui lui au moins n’est pas à court d’idée et sait vous relancer au bon moment lorsque vous sentez faiblir votre implication. Mais ceci n’était qu’une réflexion personnelle que vous n’étiez pas obligé de lire.

 

Cet échange de civilités s'est tenu sur le site de discussion Rompol du 2 avril au 5 avril 2001.

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Published by Oncle Paul - dans Documents
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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 10:53
Frédéric FOSSAERT : Touche pas à ma cible.

Bon anniversaire à Frédéric Fossaert né lé 2 mai 1954.

Frédéric FOSSAERT : Touche pas à ma cible.

Deux demi-sels, les frères Jean et Louis Monestier, sont à la tête d'une petite entreprise de racket dans un quartier de Paris.

Ils proposent leurs services à un nouveau client qui les accueille à coup de fusil. La riposte se termine mal et ils décident de se rendre à Marseille en passant par le Massif Central. Ils tombent en panne de voiture et louent une chambre chez un couple de paysans dans le Bourbonnais. Alors que Jean et son hôte palabrent auprès du garagiste local pour faire réparer le véhicule, Louis s'occupe de la fermière.

Le paysan n'apprécie guère cette intrusion dans la vie sexuelle de sa femme et Louis, ancien boxeur, frappe un peu trop fort. Lucien décède et il ne reste plus aux deux frères qu'à s'enfuir à pied. Un autochtone découvre le drame et ameute le village. Après un conseil de guerre dans le café local, il est décidé d'en référer au commissaire Brijangoux, un policier en retraite qui eut son heure de célébrité.

Brijangoux vient de recueillir, après l'avoir blessé d'un coup d'arbalète, Eric, un étudiant fugueur déçu par sa petite amie volage et volant mobylette ou voiture au gré de son périple. Eric s'est évadé de la cellule où il était enfermé après "l'emprunt" d'un véhicule, profitant d'une confusion semée par un tueur arrêté pour un motif futile. Brijangoux et sa petite-fille Hélène s'entichent du jeune homme et le soignent. L'ex-commissaire accepte de se lancer sur la piste des deux fuyards, en souvenir du bon temps, et enrôle Eric. Au grand dam d'Hélène, et du représentant du SRPJ à qui est dévolue l'enquête en remplacement de la maréchaussée.

Une battue est organisée par les villageois. Les Monestier pensent pouvoir s'échapper par la forêt mais l'un des chasseurs les aperçoit et tire. Riposte de Louis qui blesse gravement son poursuivant. Les deux frères en cavale s'emparent d'une voiturette, puis d'un second véhicule plus performant abandonné par un couple illégitime occupé à regarder le dessous des feuilles.

 

Second roman de Frédéric Fossaert, qui avait fait une entrée remarquée à la Série Noire avec Prouvez-le (SN N°2022), Touche pas ma cible joue sur le mode humoristique. Les personnages d'Eric, jeune délinquant en mal d'amour, d'Hélène, qui attend le Prince Charmant, de Brijangoux, le commissaire en mal de retraite, des frères Monestier, truands à la petite semaine perdus hors de leur territoire parisien, d'un maréchal des logis qui ne pense qu'à sa promotion, de paysans locaux hâbleurs et revanchards, sont décrits avec une certaine jubilation communicative.

Sans oublier les deux femmes qui subiront les derniers outrages, avec le regret de perdre leur amant d'un jour. Allégrement troussé, ce roman possède toutefois une fausse note. On se demande pourquoi l'auteur commence la narration par la 1ère personne pour l'abandonner au bout de quelques chapitres et remplacer le "je" par le "il".

A peine avez-vous un amant que déjà le destin vous le prend !

Frédéric FOSSAERT : Touche pas à ma cible. Série Noire N°2115. Parution novembre 1987. 256 pages. 6,65€. Disponible sur le site Série Noire

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 13:59

Un bijou et ce n'est pas du toc !

Gilles VIDAL : Maty.

Rien n'est plus énervant que de ne pas pouvoir honorer un contrat.

Bob Richard le sait bien, lui qui s'escrime sur sa guitare acoustique à plaquer des accords afin de composer un thème musical à remettre pour le lendemain. Trois semaines qu'il gratte et rien ne vient. L'écrivain qui pond de temps à autre des chansons afin de mettre du beurre sur la tartine de pain dur attend sa prestation.

Mais rien de vient et tout ça à cause de Mathilde, ou plutôt Maty car elle a en horreur son prénom. Et puis elle est violente, pourtant elle lui devrait le respect avec ses vingt-deux printemps de moins. Mais à vingt-quatre ans a-t-on de la considération pour les quadragénaires avancés, même lorsqu'ils offrent une Mini-Cooper ?

Bref quand elle a failli claquer sa Fender Stratocaster, signée au feutre par une pointure, contre le mur, Bob s'est fâché tout rouge, il lui a gentiment balancé une torgnole afin de lui remettre les esprits à l'endroit.

Alors ? Alors elle est partie et depuis il recherche désespérément l'air qui en fera le tube de l'été, pas dentifrice mais celui qui entre dans une oreille et refuse d'en ressortir.

Seulement, où est passée Maty ? La question bête et méchante à laquelle il ne possède aucune réponse et qui le taraude.

Bon, c'est vrai qu'elle a des raisons de boire et de se défoncer, mais ce n'est pas de sa faute à lui, Bob, c'est celle de son père et de trois clébards au passeport allemand.

Le téléphone sonne, (l'air est déjà pris), Maty bout du fil, qui d'ailleurs n'existe plus avec les portables mais c'était juste une image, Maty qui pleure et a besoin de lui.

 

Dans une ambiance musicale très rock and blues, Gilles Vidal nous emmène à la poursuite de l'amour, celui qui étreint un presque quinquagénaire à une jeune fille. Ce n'est pas tant la différence d'âge qui importe mais la divergence de caractère. Quand on est mature, on connait le poids des responsabilités, même si l'on se conduit comme un imbécile qui pourrait tout faire capoter, et quand on est jeune la fougue vous amène à provoquer des événements inconsidérés. Dans les deux cas, c'est l'amour qui guide, même si justement l'amour est aveugle.

Un texte d'une tendresse bourrue qui joue insensiblement sur la nostalgie et sur la mélancolie, et si nous étions dans la peau de Bob, nous conduirions-nous de façon similaire? Mieux vaut ne pas avoir à se poser la question.

 

 

Pour consulter le catalogue SKA (Romans et nouvelles), deux adresses :

La librairie en ligne et le blog :

Gilles VIDAL : Maty. Nouvelle noire. Collection Noire Sœur. Editions Ska. 1,49€.

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Published by Oncle Paul - dans Livre Numérique
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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 09:20

Le noir lui allait si bien, pourtant Hervé Jaouen troque de temps en temps la couleur fétiche, avec le rouge, de sa carrière de romancier pour celle plus verte de l'Irlande, qui est devenue comme une seconde patrie.

Hervé JAOUEN : Carnets irlandais.

Sa carrière de littérateur a débuté avec La Mariée rouge, roman réédité avec en complément six nouvelles, ce mois-ci chez Bibliomnibus. Cet ouvrage fut le déclencheur d'une carrière littéraire multiforme, Hervé Jaouen abordant quasiment tous les genres, du noir le plus noir, au rose érotique, en passant par la science-fiction et les albums jeunesse.

Mais là où il prend une dimension de témoin, ce sont ses chroniques irlandaises qui au début ne devaient se résoudre qu'en trois volumes, puis qu'il a enrichi, profondément attaché à cette île qu'il a prise comme décor pour quelques romans dont Connemara Queen ou Le Cahier noir.

 

Ses deux premiers ouvrages sur l'Irlande, Journal d'Irlande qui porte sur une période s'étalant de 1977 à 1983 édité en 1985 aux éditions Calligram, puis Chroniques irlandaises qui va de 1990 jusqu'en 1995, publié en 1995 aux éditions Ouest-France. Deux ouvrages qui ont compté dans sa carrière. Hervé Jaouen s'en explique :

Ma femme et moi adorons l'Irlande - la dernière terre habitable d'Europe, comme le dit si bien Michel Déon - et on serait bien allés y habiter si ça n'avait pas posé un tas de problèmes : le boulot de ma femme, la scolarité des gosses, mes parents âgés, etc. On a trouvé un moyen terme : on y va le plus souvent possible. Ce qui m'a amené à écrire des notes de voyage, Journal d’Irlande, Chroniques irlandaises et La cocaïne des tourbières. Je dois dire que cette trilogie a fait autant pour ma notoriété que mes polars, en donnant de moi une autre image, ce que je voulais, d'ailleurs. Quant à être traduit en anglais, c'est presque impossible. Le monde anglophone a une telle production qu'il n'a guère besoin de nous, auteurs continentaux. Ça a toujours été ainsi, malgré les efforts développés par les éditeurs français ou les institutions françaises à l'étranger. Connemara Queen a été traduit en anglais, par une étudiante anglaise dans le cadre d'une maîtrise de traductologie. J'ai fait lire la traduction à un agent anglais et à un agent américain. Ils l'ont trouvée bonne, voire excellente, côté américain. Malgré cela, ils n'ont pas pu la placer. Pourquoi ? Parce que, m'a dit l'agent américain en question, la plupart des éditeurs n'achètent pas un livre mais un auteur. Auteur qui doit être présent, dont on doit pouvoir vendre l'image. Heureusement que nous n'en sommes pas encore là, en France.

Hervé JAOUEN : Carnets irlandais.

La cocaïne des tourbières, dont je précise qu’il s’agit d’une titre à double sens, puisqu’il peut aussi bien signifier que l’Irlande est une drogue et que les gaz qui se dégagent des tourbières produisent des effets similaires à cet alcaloïde, est un agréable patchwork de souvenirs, d’impressions, de petits faits divers, sur la pêche bien entendu mais également sur le mode de vie des Irlandais.

Lors d'un entretien, j'avais posé les question suivantes, en rafale, à Hervé Jaouen qui a bien voulu se prêter au jeu.

Te promènes-tu toujours avec un petit carnet pour noter au fur et à mesure ces chroniques, même si après coup elles ne se semblent pas intéressantes à retranscrire ? Les touristes français ne se montrent guère à leur avantage. Un problème de civisme ? En France bon nombre de nos concitoyens reprochent aux touristes britanniques de ne pas s’adapter ne serait-ce qu’à notre langue et de ne pas faire d’efforts. Le ressens-tu comme tel et fais-tu des comparaisons entre l’attitude des Français à l’étranger et des étrangers (touristes) en France ?

Peu après L’Adieu aux îles j’ai écrit la première mouture de Journal d’Irlande. Toujours avec dans l’idée de brouiller les pistes, de m’éloigner du polar, pour mieux y revenir un peu plus tard avec Coup de chaleur, Histoires d’ombres, Hôpital souterrain, entre autres. Certains lecteurs ont été déconcertés, mais la plupart ont compris très vite que je tenais à ma liberté d’inspiration, que je ne me cantonnerais pas dans un genre. Michel Lebrun, dans sa préface à Toutes les couleurs du noir, a merveilleusement exprimé cela en me qualifiant de " Monsieur Plus… écrivain doué de diversité… grand pervers qui se complaît à défier l’analyse, refuser les étiquettes, affiner sans cesse un talent original…romancier ou missile à têtes multiples… " Rien n’aurait pu me faire plus plaisir, surtout venant de Michel Lebrun. Quand j’ai lu ça, j’ai su que c’en était fini pour moi du débat, intérieur ou extérieur, entre littérature blanche/noire (tiens, à propos, le blanc et le noir sous les deux couleurs du drapeau breton !), polar/pas polar, continuons d’écrire, point.

La cocaïne des tourbières est le troisième et le dernier volume de ma trilogie irlandaise. D’ailleurs, pour que je ne sois pas tenté de continuer, les trois bouquins viennent de paraître en poche. Et sous coffret. (Précision: en 2002 chez Ouest France). Une façon bien "physique" de montrer qu’ils forment un tout définitif. Ils sont bouclés à l’intérieur de ce coffret. L’année dernière, pour la première fois, en Irlande je n’avais pas un carnet dans la poche. Oui, pendant quelque vingt ans, j’ai pris des notes. Mais peu. Je l’explique dans un avant-propos, aux Chroniques je crois. Je n’ai noté, pour écrire ces trois livres, que des choses dont il me serait difficile de me souvenir exactement – par exemple des jeux de mots et des histoires drôles, des métaphores ou des images qu’on est incapable de retrouver après. Il se trouve que ma mémoire ne m’a jamais fait défaut, au moment de rédiger. Au contraire, l’Irlande exerce une telle influence sur moi que quelques mots notés ont toujours suffi à me remettre en mémoire toute une scène, d’une ou de plusieurs pages. Je crois qu’il y a un mot en psychologie, pour traduire ce phénomène, mais il ne me revient pas, à la minute présente. Mystérieux, en tout cas.

Tu me trouves un peu méchant avec les touristes français ? C’est vrai qu’en Irlande je les fuis, comme d’autres me fuient, sans doute. Les amoureux de l’Irlande ne veulent pas partager. C’est vrai aussi que certains Français, pas les amoureux, se comportent très mal, en Irlande ou ailleurs. La réciproque est-elle vrai ? Franchement je n’en sais rien. Je ne fréquente guère les touristes étrangers en Bretagne. Je les fuis, aussi, en partant… en Irlande une partie de l’été, ou bien en faisant du bateau pendant les week-ends. Tout ce que je peux dire c’est que nous avons des amis allemands, que nous voyons tous les ans, parce qu’ils louent une maison pas loin de chez nous. Des gens absolument charmants, qui font un réel effort pour s’adapter. En une dizaine de séjours ils ont appris le français.

 

Hervé JAOUEN : Carnets irlandais.

Malgré ses promesses et souhait d'arrêter d'évoquer l'Irlande, Hervé Jaouen a repris la plume, ne pouvant s'empêcher d'évoquer ses séjours en la Verte Erin. Ce qui a donné Suite irlandaise en 2008 édité aux Presses de la Cité.

A la sortie de ce quatrième opus j'écrivais ceci :

Les chroniques d’Hervé Jaouen sur ses vacances en Irlande se dégustent comme l’on grappille des baies sauvages sur les arbrisseaux des talus, comme les mûres accrochées aux ronces, comme les “ blosses ”, ou prunelles sauvages, âpres mais tentantes car leur ramage buccal n’est pas en rapport avec leur plumage visuel. L’auteur nous entraîne en compagnie d’Oscar Wilde et W.B. Yeats ou encore Ken Bruen, sur les chemins d’une terre bénie des dieux et surtout des pêcheurs à la ligne. Avec en surimpression la musique de Bono. Depuis ses premières incursions dans le Connemara, le Donegal ou le Mayo, les paysages ont bien changés. Des villes se sont étendues, des maisons ont poussé dans les landes désertiques, le tourisme fait grimper les prix. Heureusement, Hervé Jaouen et sa femme se sont fait des relations durables et ils retrouvent tous les ans depuis des décennies les propriétaires des “ Beds and Breakfests ” accueillants où ils sont reçus en amis. Les anecdotes s’enchaînent les unes aux autres, empruntant parfois des chemins de traverse, comme dans une conversation.

Hervé Jaouen est un passionné de l’Irlande, de ses paysages, des relations qu’il peut entretenir avec les autochtones, des parties de pêche en solitaire ou avec des amis, mais c’est un amoureux lucide. Comme partout ailleurs, l’Irlande mute, se modernise physiquement, les mentalités évoluant et même les Irlandais eux-mêmes ne s’y retrouvent pas toujours. Heureusement des lieux de calme et de sérénité subsistent pour le plus grand bonheur des vrais touristes, de ceux qui ne s’imposent pas vacanciers colonisateurs. Breton de naissance Hervé Jaouen est Irlandais dans l’âme, d’ailleurs il existe de nombreux points communs entre ces deux contrées. Alors je ne demande qu’une chose, que notre raconteur d’histoire rallie souvent la verte Erin et nous ramène des souvenirs savoureux comme dans cet ouvrage.

 

Hervé Jaouen écrit avec ses yeux et avec son cœur et nous fait partager agréablement ses souvenirs, ses impressions de voyages. Alors suivez le guide, Hervé Jaouen connait fort bien son sujet.

 

Pour retrouver l'entretien complet avec Hervé Jaouen, je vous incite à vous rendre sur les liens ci-dessous :

Hervé JAOUEN : Carnets irlandais. Editions Ouest-France. Parution 24 avril 2015. 936 pages. 28,00€. Comprend Journal d'Irlande, Chroniques irlandaises, La Cocaïne des tourbières et Suite irlandaise.

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 08:04
Nicholas GAGE : Du vent dans les toiles.

Des tableaux en Gage ?...

Nicholas GAGE : Du vent dans les toiles.

Ayant bien connu leur père, et peut-être responsable de sa mort, Scoraci accepte de prêter caution auprès de son patron à deux jeunes truands, Angelo et Vinnie Zampetta.

Ils sont chargés de négocier la revente de deux tableaux volés quelques années auparavant.

Agent du FBI nommé d'office à New-York après une faute de service, Martin Visco, dont la vie matrimoniale n'est pas au beau fixe, est contacté par son indic, Takis, lequel est en prison pour une histoire de drogue. En échange de sa caution Takis confie qu'un nommé Schlitten serait à la recherche d'un acheteur de tableaux de maître que deux gars essayent de refiler. Martin sent le gros coup et vérifie sur les listes les vols de tableaux déclarés depuis cinq six ans. D'après leur signalement ces œuvres seraient dues à Rubens et à Terboch.

Son ami et collègue Jerry Brancato, promu pour la circonstance le représentant d'un gros client potentiel, rencontre Schlitten puis les frères Zampetta. Sûr de son affaire Martin réquisitionne quelques personnages auxquels il est lié ou qui lui doivent un service. Ainsi Stuart Abrams se voit confier le rôle d'acheteur éventuel et en compagnie de Jerry rencontre Vinnie et Angelo. Ils étudient ensemble les modalités de la transaction. Ils ne remettront les tableaux qu'une fois l'argent en poche.

Hunt, l'agent spécial dont dépendent Martin et Jerry ne veut pas prélever le pognon sur la caisse du FBI et ils sont obligés de contacter une banque qui leur avance l'argent. Cutler, professeur d'art est chargé d'authentifier les toiles. Les spécialistes lui branchent un micro portable puis une souricière est organisée dans l'hôtel où doit s'effectuer l'échange. Seulement à leur sortie d'hôtel Vinnie et Cutler s'évaporent et le micro de Cutler est débranché. Dès lors les policiers perdent leur trace.

Dans le grenier d'une demeure de Staten Island, Cutler constate que les tableaux sont d'époque. Vinnie le laisse prendre seul le chemin du retour. L'expert en profite pour indiquer au FBI le lieu où sont remisées les toiles. Le commissariat de Staten Island, par erreur ou par animosité envers le FBI, se trompe de demeure et arrête un innocent. Martin à la tête de policiers investit la chambre d'hôtel où tout le monde s'est retrouvé. Angelo, malgré une blessure au poignet tente de s'enfuir. Il est rattrapé en essayant de s'échapper par les garages et il est conduit à l'hôpital. Vinnie dont les agents du FBI ignorent l'identité est appréhendé en compagnie d'Abrams, Cutler et Jerry. Il requiert les services de Maître Vecchione, un ancien flic reconverti.

Le Patron fait comprendre à Scoracci qu'il est important qu'Angelo se taise. Lorsque Martin se rend à l'hôpital pour interroger Angelo, celui-ci est décédé. Apparemment d'un suicide.

 

Cette histoire dans laquelle tout le monde sort gagnant ou perdant, selon le point de vue que l'on adopte, met en scène quelques personnages qui se révèlent à l'usage moins mièvres que lors de leur présentation. Si Abrams prend cette aventure comme un jeu, Cutler au départ est mort de trouille. Cela ne l'empêche pas de prendre des initiatives, pas toujours couronnées de succès. Tout comme Martin en butte à un responsable de service qui ne prise guère les initiatives personnelles.

Certaines situations ne manquent pas d'originalité mais ne sont pas misent en valeur. 

L'humour y est présent mais à l'état larvaire et l'on regrette que ce sujet n'ait point été traité à la façon d'un Westlake.

 

Curiosité:

L'un des protagonistes de cette histoire traduite par R. Fitzgerald s'appelle Robert Fitzgerald. Etonnant, non !

Nicholas GAGE : Du vent dans les toiles. (Bones of contention - 1974. Traduction de R. Fitzgerald). Super Noire N°24. Parution novembre 1975. 256 pages. 2,80€. Disponible sur le site Série Noire.

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 12:19

Ah ! que c'est bon la bouillabaisse

Ah ! mon dieu que c'est bon bon bon

DEL PAPPAS : La rascasse avant la bouillabaisse.

Mais que fait donc notre narrateur, qui on l'apprendra plus tard se prénomme Robert d'après son faux passeport, dans le parc d'une demeure marseillaise quasiment à l'abandon ?

Un notaire à la retraite vit dans cette propriété délaissée, ayant engrangé assez de pognon après avoir grugé bon nombre de clients. Il vit en solitaire et a recours à des professionnelles dont l'argent est la seule motivation de le rencontrer. C'est un mordu du jeu, n'hésitant à mettre plein pot, perdant souvent. Toutes les semaines il reçoit ses partenaires, dont le plus jeune est un promoteur devenu riche en oubliant de régler les factures et roulant en décapotable anglaise. Un troisième issu d'un milieu modeste a réussi dans la truanderie et enfin Sonia, la seule femme, racée, élégante, et propriétaire d'un réseau d'escort girl comme on est propriétaire d'un élevage de chevaux de course.

Il attend celui qu'il traque depuis longtemps, afin d'assouvir une vengeance, car Robert n'a pas la mémoire courte, même si les événements se sont déroulés au moins quinze ans auparavant.

Tout a commencé quand, impliqué dans une minable affaire, Robert a dû quitter Marseille et rompre les ponts avec la France. Métropolitaine. Car grâce à un marin qui se fait rémunérer pour transporter parfois un passager encombrant tout en sacrifiant à son plaisir, la navigation, Robert est d'abord parti pour les Antilles puis il s'est retrouvé à Saint-Laurent du Maroni en Guyanne.

Il fait la rencontre dans un bar de Guy Descombes, un blond à l'abord sympathique. Très propre sur lui, et avec des antécédents familiaux, père chirurgien et mère pédiatre, qui plaident pour lui. Ayant perdu gros au jeu, il a été expédié par sa famille voir découvrir le monde afin de lui remettre les idées en place. Bref le garçon auquel on pourrait faire confiance lorsque l'on se retrouve seul loin de chez soi. Mais sous des dehors affables, Guy peut se montrer violent, hargneux, dangereux, incapable de se maîtriser. Robert alias Bob en aura la preuve peu après avoir fait sa connaissance.

En effet les deux hommes doivent participer à une partie de chasse dans la forêt amazonienne en compagnie d'un guide. Ils remontent le fleuve en pirogue et débarquent à l'endroit choisi. En fait de chasse, ils aperçoivent un homme cachant un sac dans un arbre. Ils récupèrent l'objet mais des orpailleurs spoliés les prennent en chasse. C'est alors que le véritable caractère de Guy se révèle. L'homme affable se transforme en un être brutal, véritable bête aveuglée par la rage.

Ils se rendent de l'autre côté du fleuve, chez un receleur puis ils se partagent le magot récolté enfin direction le Brésil. Bob délaisse peu à peu son compagnon et chacun d'eux se fondent dans Belém, traçant leur route séparément. Bob fait la connaissance d'Eduarda, une charmante jeune fille, ils s'apprécient, et cela aurait pu continuer ainsi dans le meilleur des mondes jusqu'au jour où Guy réapparait. Cette rencontre scelle le destin de Bob : il se retrouve en prison où il va végéter durant douze ans, avec les vicissitudes inhérentes à ce genre de séjour.

 

Il existe des truands sympathiques, j'en ai rencontré un. Bon d'accord, Bob, alias Robert, n'est pas franchement un type fréquentable, moralement quoique, mais tout n'est pas de sa faute, et il aurait pu s'amender s'il n'avait pas rencontré un Gugusse nommé Guy, un manipulateur qui n'est lui pas franchement sympathique sous des dehors abordables.

Roman d'aventures pur jus mâtiné de policier, avec une approche amoureuse ainsi qu'une histoire de vengeance à la Monte-Cristo, La rascasse avant la bouillabaisse nous entraîne des bords de la Méditerranée, côté Marseille, jusqu'en Amérique du Sud, ce qui lui permet de raviver quelques mémoires :

Un ministre de la Justice qui voulait devenir président de la République s'est trouvé un moment de faire parler de lui : traquer les anciens gauchistes étrangers et les renvoyer dans leur pays d'origine où comme par hasard, les politiques en place étaient revanchards.

Non les auteurs de polar, de littérature noire, et rose, n'ont pas la mémoire courte, et les lecteurs non plus grâce à eux. Alors, encore une histoire de truands, oui, mais humaniste par certains côtés.

DEL PAPPAS : La rascasse avant la bouillabaisse. Editions Lajouanie. Parution le 20 mars 2015. 200 pages. 18,00€.

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 08:36
Joe L. HENSLEY : Un été pourri.

Ne vous fiez pas aux prévisions météorologiques...

Joe L. HENSLEY : Un été pourri.

Avocat, travaillant pour le gouverneur de l'état, Mike Wright revient dans la petite ville de Lichmont prendre provisoirement la succession de son père, avocat lui aussi, décédé d'un accident dans les escaliers de son étude alors qu'il était chargé de défendre Kate Powell.

D'origine modeste, elle est accusée d'avoir empoisonné Skid, son mari. La sentence doit être prononcée dans quelques jours mais est pratiquement connue d'avance: Kate sera déclarée coupable et finira ses jours en prison. Outre le fait que son père l'avait appelé la veille pour lui dire qu'il pensait être sur une piste, Mike s'intéresse au dossier pour de multiples raisons : d'abord il n'existe aucune preuve probante, les Powell règnent en maîtres sur la ville et pratiquement tout le monde leur mange dans la main. Sans oublier que Mike fut amoureux de Kate au cours de son adolescence et qu'il l'avait perdue de vue à cause d'aléas familiaux.

G.P. Powell, le patriarche, Dave Jordan, le gendre, Stickney, le juge, Axe, le maire, Jett, le chef de la police, tentent de convaincre ou intiment l'ordre à Mike de ne pas rouvrir le dossier. Mais cette affaire lui semble bâclée et les jurés, comme une grande partie de la population, sont redevables auprès des Powell. Seul le shérif et à un moindre degré Charley Powell, le cadet, qu'il a fréquenté un certain temps à l'école, l'encouragent à persévérer dans son entreprise.

Mike interroge tous les protagonistes, accumule les déclarations, les compare. C'est ainsi qu'il apprend que l'usine de produits pharmaceutiques des Powell aurait un marché avec l'armée, qu'un des militaires préposés à la surveillance de la partie top secret de l'usine aurait eu une liaison avec Kate, que la strychnine, le poison employé pour assassiner Skid, proviendrait des laboratoires de l'usine, etc... et il est persuadé que son père est mort d'un acte de malveillance.

Ses investigations n'ont pas l'heur de plaire à tout le monde, et il a droit à quelques coups de fusil, tirés trop haut pour l'atteindre. Une intimidation qui renforce sa détermination à continuer son enquête. Charley se montre aimable avec lui, l'invite au restaurant, lui confie que son ambition serait de diriger l'usine à la place de son beau-frère et qu'il a besoin de Kate pour racheter des parts d'action de l'usine et contrer les éventuels opposants de la prochaine assemblée générale. Susan, la femme de G.P., absorbe une dose mortelle de poison et laisse un message la désignant comme coupable. Un épilogue qui ne satisfait pas Mike.

Il possède sa petite idée concernant l'identité du coupable des deux meurtres.

 

Mike Wright en abordant cette enquête obéit à deux objectifs : d'abord découvrir si son père avec qui il n'avait guère d'atomes crochus, suite au divorce de ses parents, et dont l'association comme avocats n'avait pas été une réussite, n'a pas succombé à une agression, ensuite parce que Kate fut son premier amour. Ce qui donne à ce roman une note romantique.

De sa carrière juridique Joe L. Hensley a gardé le goût des interrogatoires et son roman est une suite de conversations, de dialogues, de recherche de la vérité au travers de ses discussions avec les différents protagonistes de cette affaire. La parole est privilégiée par rapport à l'action et pourtant le roman ne sombre pas dans le blabla soporifique.

 

Avant, elle s'habillait si court qu'on voyait le paradis chaque fois qu'elle se levait ou s'asseyait.

Curiosité :

Cette affaire de famille possède un avant-goût de Dallas.

Joe L. HENSLEY : Un été pourri. (The poison summer - 1974. Traduction de M. Charvet). Série Noire N°1672. Parution juin 1974. 256 pages.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 16:06

La musique, elle vient de là, elle vient du blues...

Max OBIONE : So suspicious.

Véritable caricature empruntée à Robert Crumb, son ramage n'est pas à l'égal de son plumage. A le voir on aurait plutôt tendance à pouffer, à rire à gorge déployée, à le monter du doigt tel un phénomène de cirque. Les yeux fermés, les oreilles en prennent plein le pavillon. On ne sait plus à quel saint se vouer. Saint Elvis, Saint Rod Stewart, Saint Little Richard, Saint Barry White ou Saint Little Bob... Mais pas Saint Thétiseur.

Pas besoin de musique d'accompagnement, du brut pour les brutes, et ceux qui l'écoutent sont scotchés dans leur fauteuil. Une bête de scène interprétant une composition personnelle.

C'était le dernier à passer, il est prié d'aller attendre au bistrot en face, on le rappellera.

La délibération qui s'ensuit n'est entamée que pour la forme car tous ont été bluffés par la prestation de Big Dicky Joe, fallait le trouver ce blaze, un inconnu inscrit via le site, en provenance d'un bled au nom allemand imprononçable.

Ils viennent d'entendre la perle, Le remplaçant de Mac qui s'est pété les cordes vocales. Mac fait la gueule dans son coin, mais comme on dit, le spectacle continue... Se pose la question maintenant de savoir d'où il vient exactement ce chanteur providentiel inconnu de tous et même des autres, peut-être un peu dépressif sur les bords.

 

Avec une écriture brute, râpeuse, et néanmoins poétique, Max Obione nous permet d'espionner une séance musicale, une audition qui pourrait être salvatrice, aussi bien pour les membres du groupe que pour ce chanteur à voix de rogomme venu de nulle part. Et qui aurait pu interpréter Quand t'es dans le désert de Jean-Patrick Capdevielle, cet auteur-compositeur-interprète à la voix rauque quelque peu négligé depuis des années.

Nostalgie et mélancolie sont les deux mamelles de So Suspicious, un blues à déguster avec un verre de Johnny Marcheur à la main.

 

Pour vous procurer ce texte, une seule librairie :

 

Max OBIONE : So suspicious. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution décembre 2014. 1,49€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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