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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 15:04

Ça peut rapporter gros !

Raphaëlle ADAM : Chasse au trésor.

Cela faisait vingt et un ans que Paul, professeur d’histoire dans une université d’Ohio, n’avait pas eu un contact quelconque, ou même des nouvelles, avec Plume de corbeau.

Un mail dans sa boîte aux lettres et ce sont les souvenirs, bons ou mauvais, qui affluent tels des nuages d’orage lors d’une tempête tropicale. Franck et Joe, reçoivent eux aussi un message similaire les invitant à une chasse au trésor.

Franck réside à Sacramento et végète dans un cabinet d’architecte, tandis que Joe est installé à Dallas et vit en compagnie d’Angela qui fut sa psychiatre des années auparavant, alors qu’il avait des pulsions de suicide.

Paul l’Encyclopédie, Franck l’Eclaireur, Joe l’Ingénieux, tels étaient leurs surnoms à l’époque où adolescents ils se fréquentaient assidument dans la petite ville de Cottenbourg dans le Kansas. Partageaient leurs jeux, Eddie alias Plume de corbeau, la seule fille du groupe, et Tim l’Intrépide qui aujourd’hui n’est plus. Paul, Franck, Joe, Tim et Eddie, l’Hispanique étaient inséparables et s’amusaient à la recherche de trésors sur des pistes concoctées par Tim. C’était le bon temps jusqu’au jour du drame.

Peu après ils avaient été séparés, déménagement ou autre, et avaient suivi des voies divergentes se perdant de vue. Alors, qu’aujourd’hui Plume de corbeau les contacte, en cette année 1990, et leur propose une chasse au trésor en Louisiane afin de se retrouver et d’évoquer le bon vieux temps, cela émoustille nos trois protagonistes. Paul, Franck et Joe sont accueillis par Eddie, plus resplendissante que dans leurs souvenirs, il est vrai qu’elle a bien changé et changé en bien, la petite Plume de corbeau de leur jeunesse.

Elle les accueille donc en haut du perron de CypreyHall, une immense bâtisse coloniale, une demeure historique datant des années 1720. Le premier propriétaire, concepteur de cette résidence garnie de meubles d’époque, est décédé tragiquement en 1734. Alice MacBride, qui n’avait pas d’héritiers directs, et dernière descendante de cette lignée de coloniaux ayant possédés champs de cotons et esclaves noirs dans la plus pure tradition louisianaise, a légué cette ancienne plantation à Eddie, l’infirmière qui s’est occupée d’elle durant les dernières années de sa vie. Un remerciement de valeur dont elle veut faire profiter ses anciens amis en organisant cette fameuse chasse au trésor. Elle leur fait visiter le domaine, les bayous, le village des esclaves, et dévoile une partie de son plan : retrouver les souterrains qui reliaient différents sites.

 

Trois époques qui s’interfèrent composent la trame de ce roman dont l’atmosphère adroitement et astucieusement décrite happe le lecteur. Les retrouvailles entre les différents membres de cette bande d’adolescents séparés par une fracture pas forcément indépendante de leur volonté, leurs années de joyeuse insouciance entre 1965 et 1969 jusqu’à cette séparation, le mystérieux drame qui se déroula en 1734, tout est dévoilé peu à peu, progressivement, subtilement, jusqu’à l’épilogue ou plutôt les épilogues de ces trois tranches de vie.

Un panachage de trois destinées qui se chevauchent, s’entremêlent, se superposent, se complètent, pour le plus grand plaisir du lecteur. Comme une tranche napolitaine dans laquelle dominent le rose, le vert et le noir. Le rose de la jeunesse et de l’insouciance, le vert de l’espérance et de la flore, et le noir de la mort. Si la note exotique avec description des bayous est quasiment occultée, celle de l’esclavagisme est présente, avec le rappel du Code Noir datant de 1685 dont le but premier était d’interdire le mariage et le concubinage interraciaux et qui fut adapté par Louis XV en 1724 pour la Louisiane.

Et quand on vous dit que les Américains ont un siècle d’avance sur les Européens, ce n’est pas une affabulation. La preuve, le père de MacBride, le bâtisseur de CypreyHall, cette magnifique demeure enfouie dans les bayous de Louisiane, avait été un pionnier dans les transports ferrés. Etonnant, non ?

Raphaëlle ADAM : Chasse au trésor. Pascal Galodé éditeurs. Parution octobre 2010. 256 pages. 17,90€.

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 09:57
MARIE ET JOSEPH : La grande arpente des champs d'en bas.

Des champs Elysées non bitumés...

MARIE ET JOSEPH : La grande arpente des champs d'en bas.

Par la faute d'un chauffard, Line, bientôt 18 ans, est morte.

Un ouvrier agricole un peu innocent, le berdin, est en plein désarroi et raconte avec ses mots à Selve, le musicien qui était son amant, combien il aimait Line. Selve est assommé par le père de Line, au cours de la cérémonie mortuaire. Le fermier radin n'appréciait pas que sa fille sorte avec un homme qui de plus avait le double de son âge.

Selve est abordé à la fin d'un bal par Laurence, la meilleure copine d'école de Line. La jeune fille veut lui remettre une valise que la morte lui avait confiée. Un inconnu convoite également cette mallette puisqu'il s'est introduit chez Laurence. Selve le poursuit mais l'homme parvient à lui échapper utilisant un matraque à pile, laissant son butin composé de lettres et de billets de banque sur la chaussée et son arme. Selve, en lisant les bafouilles, apprend qu'il n'était pas seul en lice.

Line sortait avec un de ses professeurs, lequel lui a écrit ces déclarations enflammées. Il rencontre son concurrent chez lui et le moleste. L'enseignant nie avoir fourni de l'argent à sa maîtresse et avoir tenté de récupérer ses missives. Sa femme, qui entre temps est rentrée de promener le chien, remet les pendules à l'heure. Le soir de l'accident elle a surpris une conversation téléphonique de Line qui demandait à son mari de la rejoindre parce qu'elle avait de gros ennuis.

Selve récapitule les faits à Gabor, son ami éducateur, et ils se demandent si une histoire de drogue ne se cacherait pas sous cet accident qui pourrait bien être un assassinat. Les deux hommes se rendent à l'endroit où l'inconnu a faussé compagnie à Selve. Un clodo, qui se prétend le gardien du temple - ils sont dans un cloître en ruine - n'est pas le seul habitant des lieux. Deux quidams ont élu domicile, mais seul Tcharsi y est présent. Marcosias a disparu.

Selve oblige Tcharsi, en employant les grands moyens, de lui révéler les tenants et aboutissants de cet avatar. Line servait de dealer à Marcosias, ayant besoin d'argent pour assouvir ses envies de voyage. Tcharsi avait voulu voler la valise, lui aussi pour partir, se rendre au Népal. Seulement Marcosias a disparu. Entre deux bouffées d'herbe et deux molestages, la mémoire revient à Tcharsi. Ils se sont rendus avec Marcousias dans une ancienne briqueterie non loin de la ferme du père de Line. Tcharsi, Selve et Gabor se rendent sur les lieux. Marcousias ne donnera plus jamais signe de vie : les trois hommes découvrent son corps dans un wagonnet. Alors Tcharsis révèle enfin tout ce qu'il a vu ce soir là : Line est arrivée avouant qu'elle avait de sérieux ennuis.

Prié de s'éloigner il comprend que la jeune fille a du perdre la came. Puis il assiste à une séance de gâteries sexuelles. Mais il n'est pas seul. Un inconnu juché sur le toit est ulcéré par ce qui se passe et leur jette des pierres. Tcharsis prend la tangente et trouve près d'un véhicule la fameuse trique à pile.

 

Loin de Paris et de sa grande truanderie, voici une histoire rurale narrée avec lyrisme par Marie et Joseph.

La province, même la plus reculée n'échappe pas à l'invasion de la drogue, et les jeunes filles désireuses de s'échapper d'un univers qu'elles jugent étouffant ou dont l'avenir reste calqué sur celui étriqué de leurs parents, s'engouffrent dans toutes les propositions dont elles méconnaissent les conséquences. Il en va de même pour les adolescents de sexe masculin.

Marie et Joseph apportent une nouvelle façon d'écrire, de raconter une histoire et de la traiter. Et le blues vous colle à la peau.

 

On dit des accidents fatals ou fataux ? a demandé le journaliste des faits-divers à son collègue dans le bistrot silencieux, mais l'autre ne savait pas trop alors dans leurs demis ils ont remis émois et orthographe, et l'article s'est intitulé "Un accident tragic".

 

Curiosité :

Le dessin de couverture dû à Donald Grant, représente la silhouette d'une femme, un sac à la main, sur un panneau qui ressemble vaguement à celui d'interdiction de s'arrêter ou de stationner.

Ce qui pourrait faire penser à une prostituée. Ce que ne reflète pas tout à fait l'histoire. L'arpente des champs d'en bas étant le nom du lieu-dit où se déroule l'action, le dessinateur se serait-il laisser berner par le titre, assez évocateur, sans avoir lu le livre ?

MARIE ET JOSEPH : La grande arpente des champs d'en bas. Série Noire N°2025. Parution novembre 1985. 192 pages.

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 14:57

Dans les arcanes de la franc-maçonnerie...

Jean VERDUN : La franc-maçonne du Lubéron.

Dès le prologue, à ne pas manquer, le lecteur est averti.

Titou, le narrateur, Jean Verdun se contentant de tenir la plume et de corriger son texte, n'est pas un écrivain professionnel. Il est employé comme homme à tout faire dans une coopérative vinicole de La Roquebrussanne, et n'a pas fait d'études. Toutefois, il est le secrétaire de la Loge Justice, du Grand Orient de France, l'une des trois loges qui siègent dans la rue Tournefort.

Il s'est mis en tête d'écrire l'histoire de l'affaire de cette franc-maçonne disparue, puis une fois son manuscrit achevé, un client de la coopérative lui a conseillé de l'envoyer chez Gallimard. C'était peut-être viser un peu haut pour un premier ouvrage, mais de toute façon Titou ne l'entendait pas de cette oreille :

Comme je ne suis pas un philosophe, mais l'homme à tout faire d'une coopérative vinicole, je me suis dit que Gallimard allait me ranger avec les polars.

Je ne veux pas de ça. Je ne méprise pas le roman policier, mais s'il y a un meurtre dans mon manuscrit, cela n'est pas de ma faute.

 

Pas de mépris donc, mais une certaine réserve envers un genre dit populaire. Mais il est vrai que cette histoire relève plutôt du docu-fiction car tout ramène à la franc-maçonnerie. Et donc ce n'est pas l'à-priori affiché envers le genre policier qui m'a fait lire ce livre en pointillé, mais parce qu'il traite d'un thème auquel je n'accroche pas.

Une femme disparue, ou morte, on ne sait pas trop au départ, est au cœur de l'enquête menée par le commandant de police Jean-Louis Moret, surnommé Fantoche. Or ce policier qui investigue à La Roquebrussanne et ses environs, a pris pour cible et principaux témoins, voire susceptibles coupables, les francs-maçons de cette paisible cité.

Les francs-maçons sont plus nombreux que l'on pourrait penser. Ceux de La Roquebrussanne se répartissent en trois loges distinctes mais qui se partagent le même local, à l'ombre de l'église Saint-Sauveur dans la rue Tournefort. La Justice, Grand Orient de France, Le Chemin, Grande Loge de France, La Lumière, Ordre mixte international du Droit Humain. Seulement l'affaire de la franc-maçonne du Lubéron attise la curiosité de même que la Coupe des Deltas, une confrontation de pétanque. Des touristes affluent, des joueurs de pétanques mais aussi des francs-maçons d'obédience diverses. Ce qui crée des confrontations d'idées, des antagonismes, les uns prêchant pour le secret entourant la franc-maçonnerie, les autres préférant s'exprimer ouvertement afin de mieux faire comprendre et accepter leurs prises de position absconses.

 

Selon la Grande Loge unie d'Angleterre, La franc-maçonnerie est l'une des organisations non religieuses, non politiques, fraternelles et charitables les plus anciennes et les plus grandes au monde. Mais en général les francs-maçons revendiquent leur appartenance à des valeurs de gauche tout en gardant l'esprit philanthropique, philosophique et progressiste qui est le leur depuis des siècles. Ce rejet de l'église, certaines loges, particulièrement aux USA, dans l'état du Maine, l'ont aboli, et lorsque l'un des représentants de la Grande Loge du Maine arrive dans le village, les dissensions ne manquent pas de même que les récriminations. S'ensuit une sorte de conflit sectariste entre les différentes obédiences.

 

Evidemment ce roman est plus un plaidoyer pour la franc-maçonnerie qu'une histoire véritable et une enquête. Il s'agit plutôt d'un document déguisé en roman, une apologie affirmant les valeurs des francs-maçons, et encore pas de toutes les composantes nombreuses qui se réclament de la franc-maçonnerie.

Il est évident que pour Titou, le narrateur, et pas voie de conséquence Jean Verdun, sa plume, la franc-maçonnerie locale et ses adeptes ne pourraient être tenus pour responsable dans cette disparition et qu'il serait plus logique d'aller voir ailleurs, soit chez ceux qu'ils considèrent comme des dissidents, soit chez les profanes, ceux qui vivent sans bénéficier de l'enseignement maçonnique, ceux qui n'ont pas eu le plaisir d'être cooptés et bénéficiés des rites initiatiques.

Cet ouvrage devrait passionner tous ceux qui s'intéressent à la franc-maçonnerie et à tout ce qui s'y rapporte, mais personnellement je dois avouer que je me suis ennuyé. Peut-être est-ce pour cela que mon billet est quelque peu décousu et ne reflète pas la véritable philosophie exprimée par l'auteur, du moins telle qu'il l'a voulu.

Jean VERDUN : La franc-maçonne du Lubéron. Collection Les inédits. Editions Retrouvées. Parution le 19 mars 2015. 366 pages. 14,00€.

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 13:20

Au moins, cela ne peut être considéré comme du racolage sur la voie publique...

Jérémy BOUQUIN : Phone sex.

Accrochée au téléphone, Cynthia attend que son client se manifeste. Elle a l'habitude Cynthia, qui d'ailleurs ne se prénomme pas ainsi mais on ne va pas chipoter. Michel est un mutique.

Ses autres clients ne se conduisent pas lui, ils ont tous leurs propres réactions. Ceux qui causent beaucoup ne laissant pratiquement pas Cynthia placer une parole, ceux qui vitupèrent, ceux qui quémandent, des brutaux de la gueule, des timides, des passionnés, il y en a pour tous les goûts. Il y en même un qui parfait son éducation sexuelle en posant des questions. De toute façon, cela ne la gêne pas, Cynthia, bien cachée derrière son écouteur.

Michel ne s'exprime pas, ou si peu. Alors elle est obligée de combler les silences, et faire durer le plaisir. Elle est payée au temps passé, et plus longtemps reste le client au bout du fil, plus les piécettes tombent dans son escarcelle. Les billets plutôt, mais j'aime bien l'image sonore des piécettes.

Car Cynthia, qui est comédienne, pratique un métier pas très difficile en apparence mais qui requiert une grande imagination, une voix sensuelle et doigté avec les clients. Il ne faut pas les brusquer et les garder le plus longtemps possible. Elle est employée au téléphone rose. Elle ne fait de mal à personne, au contraire. Ils sont soulagés de l'entendre Cynthia lorsqu'elle suggère qu'elle déboutonne son corsage, que ses petits tétons pointent sous la dentelle, qu'elle glisse un doigt sur la couture du pantalon. Certains en bavent de plaisir.

Mais Michel ce soir là est en veine de confidence. Et il trouve que Cynthia a la voix de quelqu'un qu'il connait.

 

Rangée dans la collection Culissime, cette nouvelle aurait tout aussi bien pu être cataloguée comme Noire Soeur. En effet le final, particulièrement bien amené, nous démontre que tout n'est pas rose dans la vie, pas comme le téléphone, et que les à-côtés sont frangés de noir. Jérémy Bouquin laisse monter la pression tout en finesse, avec subtilité, et nombreux sont ceux qui, je le pense, vont se laisser piéger par l'épilogue.

Jérémy BOUQUIN : Phone sex. Collection Culissime. Editions Ska. 0,99€.

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 12:14
Thierry JONQUET : La bête et la belle.

Le numéro 2000 de la Série Noire : un numéro... impérissable !

Thierry JONQUET : La bête et la belle.

Dans un petit cimetière de Normandie le commissaire Gabelou surveille l'exhumation du cercueil du Gamin. Le médecin légiste qui l'accompagne ne peut déterminer avec certitude si la mort a été accidentelle ou le fait du Coupable. De loin l'Emmerdeur, agent d'une compagnie d'assurances, assiste à cette étrange cérémonie. Une énigme qui s'ajoute à celles du Commis Boucher et de la Vieille.

De retour à Paris Gabelou s'enferme dans son bureau avec Léon, le Clodo, l'ami du Coupable. Etrange affaire que celle du Coupable et que doit démêler Gabelou. Le Coupable était instituteur à Altay, ville champignon de la banlieue. Malgré sa jeunesse, c'est un homme effacé, maniaque, propre, prônant les vieux principes de la scolarité. Irène, sa femme, ne lui accorde ses faveurs qu'une fois par an, étant beaucoup plus sensible aux charmes de ses collègues de l'Education nationale. Le Coupable possède une passion : les maquettes de train.

Un jour la coupe déborde. Irène se moque une fois de plus du Coupable qui a encore loupé le concours d'Inspecteur, alors qu'il n'avait pas le temps de le préparer, obligé de faire des heures supplémentaires en garderies, en cours particuliers, afin de satisfaire ses goûts dispendieux. Il tue Irène et cache son corps dans le congélateur. Puis il entasse les sacs poubelle dessus. Bientôt tout l'appartement est envahi de sacs de détritus. Seul le vestibule est épargné. Le Coupable et Léon sont obligés de ramper sous une sorte de tunnel, des planches supportant les sacs qui s'amoncellent dans toutes les pièces.

Tout cela Gabelou l'apprend par des cassettes que le Coupable enregistrait, un journal parlé, ce qui lui laissait les mains libres pour monter les maquettes. Léon pense qu'il sait tout mais il s'enferme dans son mutisme. Dans ses enregistrements le Coupable avoue être le meurtrier de la Vieille, une voisine, et avoir mis en scène un suicide au gaz. Mais pour Gabelou il ne s'agit pas d'une preuve tangible, concrète. Il écoute les cassettes, les réécoute. La deuxième victime est le Commis Boucher qui se rend à l'appartement du Coupable. Peu de temps après, alors qu'il roulait à vélo, il est victime d'un accident de voiture. Le Coupable se vante d'en être à l'origine, mais les premiers rapports démontrent qu'il n'a pu provoquer l'accident avec son véhicule. L'Emmerdeur parvient à prouver que c'était possible. Ensuite le Gamin qui voulait rendre des outils empruntés au Coupable se faufile sur le balcon. Il décède en tombant d'un wagon alors qu'il rejoignait Paris. Le Coupable se vante d'avoir éliminé ces intrus car ils pouvaient raconter ce qu'ils étaient sensés avoir vu. Les mauvaises odeurs envahissent l'appartement, les sacs éclatent et un jus noirâtre s'en échappe.

 

Si dans Mygale (cf SN1949) Thierry Jonquet mettait en scène une vengeance que l'on pourrait qualifier d'extérieure, dans La bête et la belle il nous livre une histoire tout aussi intimiste et dont le thème est toujours la vengeance, intérieure cette fois.

C'est une histoire de misérables dans le sens de Victor Hugo, ce n'est pas une histoire de misérabilisme. De même que dans les Misérables, il y a une miséricorde. (Robert Soulat).

Avec Didier Daeninckx, Joseph Bialot, Jean-Paul Demure, Marie et Joseph, Thierry Jonquet fait partie de la relève de la Série Noire. Robert Soulat à l'occasion de la sortie du numéro 2000 avouait qu'il avait le vertige devant cette prolifération d'auteurs français de talent et se demandait si un jour il n'y aurait pas plus d'auteurs français à la Série Noire que de lecteurs.

Thierry JONQUET : La bête et la belle.

Rester propre, c'est ne pas avoir besoin des autres, ne rien quémander, subvenir soi-même à ses besoins.

Thierry JONQUET : La bête et la belle.

 

Curiosité :

Thierry Jonquet déclare, toujours à l'occasion de la parution de ce livre et des quarante ans de la Série Noire, que cette histoire est issue d'un fait divers. Il a travaillé dans ce genre de collège et de ville de banlieue sordide. De nombreux cas de rétention d'ordures existent, et leurs auteurs en général sont des gens d'apparence respectable.

Thierry JONQUET : La bête et la belle. Série Noire N°2000. Parution 1985. 160 pages. Réédition mai 1995. Nombreuses autres rééditions disponibles que le site de la Série Noire.

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 12:34

Lire ou relire Paul d'Ivoi, un agréable plongeon dans le passé...

La revue Rocambole N°70 : Dossier Paul d'Ivoi. Explorations de Paul d'Ivoi.

Si Paul d'Ivoi est surtout connu pour son roman Les cinq sous de Lavarède, cosigné avec Henri Chabrillat, et premier volume de la série Les Voyages excentriques, il ne faut pas oublier qu'il est l'auteur d'autres romans non moins intéressants mais quelque peu confinés dans des placards dépourvus de lumière.

C'est justement pour mettre en lumière ces romans que le comité de rédaction de la revue et la coordinatrice du dossier, Marie Palewska, ont choisi de développer des articles sur des romans mais également des récits dits d'exploration méconnus ou dont le propos a parfois été déformé.

Ainsi, avoir présenté brièvement la dynastie Paul d'Ivoi - en effet ils furent trois à porter ce nom : le père, né Charles Deleutre, peintre avant de devenir homme de lettres et chroniqueur pour divers journaux, Paul d'Ivoi fils, celui qui nous intéresse, puis le fils de celui-ci qui se tournait également vers la profession de chroniqueur avant de mourir sur le front, dans la Somme, le 6 septembre 1916, un an jour pour jour après son père - Marie Palewska nous présente le roman Les juifs à travers les âges. Publié pour la première fois en 1890 en vingt-neuf livraisons de huit pages, cette œuvre aurait dû être plus conséquente mais fut abandonnée pour des raisons mal définies.

Ne furent offertes aux lecteurs que deux parties, Jésus puis La république de Gaule. Contrairement aux idées antisémites de l'époque, idées relayées par l'église catholique et qui perdurent encore de nos jours, Paul d'Ivoi démontre que les juifs ne furent pas à l'origine de la crucifixion du Christ mais bien les Romains. Marie Palewska intitule son chapitre consacré à cette première partie : Jésus ou les juifs innocents de la mort du Christ et propagateurs des idées de liberté, égalité et fraternité. L'auteur de l'article dissèque les écrits de Paul d'Ivoi et démontre qu'en réalité il était philosémite, donc à contre-courant des idées de son époque. Idées délétères qui amenèrent à la condamnation injuste du capitaine Dreyfus.

 

Charles Ridoux nous entretient ensuite de deux romans napoléoniens : La mort de l'Aigle et Les cinquante. Si Paul d'Ivoi se dresse en apologue de l'Empereur Napoléon 1er, une démarche qui peut en réjouir certains et offusquer d'autres, le trait marquant, que l'on retrouvera dans d'autres romans, est bien le constat suivant. Si l'Angleterre est considérée comme l'ennemi séculaire de la France, Paul d'Ivoi met l'accent sur l'Allemagne, ou à l'époque la Prusse, et l'accable de tous les maux, démontrant que de l'autre côté du Rhin cet ennemi était encore plus virulent que l'Angleterre.

 

Aussi bien dans les deux volumes napoléoniens, que dans La Patrie en danger, histoire de la guerre future, coécrit avec le colonel Royet, et publié en 1904, ou encore Un, la mystérieuse, publié en 1905, toujours avec la participation du colonel Royet. L'Allemagne, qui semble être la bête noire de Paul d'Ivoi, lequel décrit des événements futuristes prémonitoires, notamment la révolution russe. L'analyse est signée Daniel Compère.

Paul d'Ivoi va même plus loin dans ses romans historiques car dans Jalma la double, il place son intrigue en Turquie, avec comme principaux protagonistes des personnages encore en exercice à l'époque, dont Abdul Hamid, le sultan successeur de Mourad V. Un roman qui aurait pu figurer dans la série des Voyages excentriques comme le fait justement remarquer Marie Palewska, signataire de l'article.

Et un dossier sur un auteur, un écrivain, un romancier ne serait pas complet sans quelques textes choisis. Deux nouvelles parachèvent donc ce dossier, deux nouvelles tournées vers l'humour et la dérision. Le siège d'un cœur et L'Ad-mi-nis-tra-tion : plaidoyer d'une petite feuille de papier.

 

Vous pouvez retrouver les rubriques habituelles, Le courrier des lecteurs, Le Front Populaire qui présente les nouveautés en matière d'études, de thèses, de magazines et revues, ou encore La revue des autographes par Jean-Pierre Galvan, qui nous propose quelques extraits de lettres écrites par Hector Malot, de Maurice Leblanc ou encore d'Emile Richebourg.

Enfin, rubrique qui pourrait devenir permanente, celle de Jérôme Serme de la Librairie Mompracem : l'analyse d'un roman catalogué dans les seconds rayons, ces ouvrages qui ont connu un succès fort honorable mais depuis longtemps oubliés de même que leurs auteurs. Pour cette livraison Jérôme Serme s'est penché sur La fille des fétiches d'Henri-Georges, auteur dont on ne possède guère de renseignement, ouvrage publié dans la collection Grandes aventures, Voyages excentriques et plus familièrement nommée les Tallandier Bleus.

Retrouvez sur ce blog quelques chroniques concernant des numéros du Rocambole :

 

Vous pouvez vous abonner au Rocambole, 48,00 euros par an pour trois numéros dont un double, en dirigeant le curseur de votre souris ci-dessous:

La revue Rocambole N°70 : Dossier Paul d'Ivoi. Explorations de Paul d'Ivoi. Parution avril 2015. 176 pages. 17,00€.

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 08:14
Malcolm BRALY : La neige était noire

Alors que la poudre est blanche ?

Malcolm BRALY : La neige était noire

Carver, lieutenant de police à la Brigade des Stups, voue une profonde aversion pour les musiciens de jazz et les drogués.

Et son point de fixation, c'est Gabiness, saxophoniste qui, avec quelques comparses musiciens, prône le jazz avant-gardiste. Carver s'est juré de faire tomber Gabiness, et pour cela tous les moyens sont bons.

Il exerce un chantage sur Sullivan, une cloche qu'il alimente en poudre, et il le charge de fourguer de l'herbe, des sachets ou des comprimés à Gabiness et ses amis. Gabiness ne tâte que modérément aux paradis artificiels, contrairement à Furg le tromboniste ou Kovin le trompettiste.

Un soir, lors d'une rafle organisée par Carver, Gabiness sauve la mise à Claire Hubler, riche héritière à la recherche de sensations fortes et frigide. Il vit plus ou moins à la colle avec Jean, hôtesse de bar, cependant Claire l'attire. Et puis elle a de l'argent, ce qui n'est pas négligeable pour un fauché perpétuel.

Carver a raté son entreprise mais il ne s'avoue pas vaincu et il relance Sullivan, afin qu'il continue son opération intoxication, aux deux sens du terme. Sullivan surprend fortuitement Carver en train de se piquer, et le policier a beau avancer l'hypothèse du diabète, le fourgue reste sceptique. Gabiness s'installe chez Claire tandis que Jean est draguée par John Randozza, espèce de playboy. Le rêve de Gabiness, pouvoir monter une petite formation de jazz avec Kovin, Furg et un batteur. Mais il est alpagué par Carver pour une peccadille et Claire le fait libérer de prison en versant la caution. Il devra passer devant un tribunal mais pour le moment il est libre.

Le directeur d'un cabaret miteux accepte d'engager Gabiness et son équipe, mais Randozza est derrière et effectue quelques transformations afin de rendre la boite plus attractive. Jean devient plus distante envers le jazzman et évolue physiquement, plus provocante dans sa mise vestimentaire. Il ne réalise pas immédiatement qu'elle est devenue prostituée et que Randozza n'est qu'un souteneur. Claire dont les sautes d'humeur sont trop fréquentes et à la frigidité incurable n'intéresse plus Gabiness qui la plaque. Il retourne chez ses amis Kovin, Furg et Ann, professeur de littérature dans une école du soir pour adultes.

Un jour Furg décède d'une overdose, la came étant empoisonnée, contenant un mélange trop corsé de strychnine.

 

Musique, sexe et drogue. Trois thèmes du roman noir réunis pour cette histoire tranche de vie.

Le jazz y est omniprésent, avec des références à Charlie Parker, Miles Davis et autres innovateurs. Le sexe, pas encore débridé, annonce l'amour libre prôné peu de temps après par les beatniks et les babas cools. Quant à la drogue, c'est la poudre qui lie la sauce avec la présence de Carver, ce flic des stups lui-même drogué et qui essaie par tous les moyens de coffrer ceux à qui il voue une haine tenace et incompréhensible.

Un flic qui travaille en solitaire, espérant pouvoir profiter de ses confiscations et qui se bat contre une chimère. Pour une raison ou une autre, pas clairement définie, il ressent une haine viscérale envers Gabiness, mais contrairement à d'autres musiciens de son entourage, celui-ci n'est pas un dépendant à la drogue. Il en tâte en dilettante, la musique étant sa passion, quoique celle-ci passera après ses résolutions de s'établir comme employé et de fonder un foyer.

Les personnages qui gravitent dans cette histoire ne sont pas véritablement des paumés, à part Sullivan qui malgré tout veut briser l'emprise exercée par Carver et désire se racheter, mais des marginaux. Et plus que les musiciens, toujours à la recherche d'un son - et d'un engagement - de la fameuse note bleue, ce sont les femmes qui acceptent volontiers de descendre la pente tout en prodiguant conseils et une relative honorabilité : Claire, frigide et vaguement lesbienne, en quête d'orgasme, alliant frénésie et répulsion; Ann, professeur de littérature amoureuse de Kovin et qui copule allègrement avec Furg, faisant plaisir à l'un parce que cela ne dérange pas l'autre; Jean qui se prostitue par dépit, par jalousie, ce que ne peut comprendre Gabiness puisque selon lui il n'a fauté qu'avec une seule femme.

L'alcool, autre thème porteur, est absent du débat. Les musiciens boivent, comme tout le monde, mais ils se contentent d'ingurgiter du vin rouge.

C'était duraille de secouer le public de North Beach. Les gens prenaient soin de surveiller leurs réactions. Personne ne tenait à applaudir de la vacherie, et on ne savait pas toujours très bien faire la différence.

 

Curiosité :

A noter que le titre français rappelle étrangement un roman de Georges Simenon : La neige était sale.

Ce roman a reçu le Prix 813 de la meilleure réédition 1983.

Malcolm BRALY : La neige était noire

Malcolm BRALY : La neige était noire (Shake Him till the Ratlles - 1963. Traduction de France-Marie Watkins) Série Noire N°937. Parution mai 1965. 192 pages. 4,90€. Disponible sur le site de la Série Noire

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 14:26

Et le narrateur ne se nomme pas Quasimodo...

Pascal PRATZ : Esméralda.

La grande Ducasse bat son plein et le narrateur flâne parmi les manèges, les stands, assailli par les odeurs de frites, de barbe à papa et pommes d'amour. Une fête foraine qui va durer pendant deux mois.

Il est seul et donc il peut se rendre où il le désire sans être tiraillé par des demandes émanant de gamins turbulents et exigeants ou de femme désireuse de trouver le grand frisson ailleurs que dans la chambre conjugale.

Ce n'est pas le décor externe du Palais des Horreurs qui l'attire, ni les cris, les hurlements d'extase des demoiselles qui s'engouffrent dans cette bouche géante pour en ressortir par une ouverture en forme d'anus (c'est pas moi qui ai eu l'idée de cette image suggestive, mais l'auteur), non, c'est la gente demoiselle qui se tient à la caisse.

Elle est belle comme... Tiens l'image m'échappe... Ses cheveux couleur d'incendie et ses yeux verts l'aspirent et aussitôt il lui pose une question qui dénote une recherche linguistique savante et osée, du genre : Vous finissez à quelle heure ?

Rendez-vous est pris pour minuit, heure de fermeture de l'attraction. Minuit personne, le temps passe, un peu plus tard, personne, il poireaute, personne, enfin vers une heure du matin, la voilà qui arrive, toujours aussi belle, éblouissante, provocante. Et à ce moment se joue une scène qui le pétrifie. Elle lui prend la main et s'en va et lui, il reste comme un manchot accroché à sa banquise. Retour arrière et s'engage une conversation pour le moins passionnante, qui consiste à savoir ce qu'ils vont pouvoir faire et où.

Non seulement elle a un corps admirable, qu'il dévore des yeux, mais au goût c'est une déferlante de friandises dont il se repait avec volupté. Et rendez-vous est pris pour le lendemain soir, afin de savoir si les sensations seront les mêmes et aussi sensationnelles. Mais il semblerait bien qu'une diablerie se soit glissée dans leur chambre, des pattes fourchues pouvant en attester.

 

Nouvelle érotique, comme le laisse supposer le titre de la collection, mais également à tendance onirique et fantastique, Esméralda joue avec les sens, et pas uniquement celui du toucher du narrateur, et par voie de conséquence du lecteur. Esméralda, comment dire, s'envoie en l'air dans toute l'acception du terme, aussi bien au figuré qu'au propre. Et le narrateur la suit dans cette explosion charnelle, à sa grande joie mais également à son grand étonnement. Bref ils passent tous les deux une nuit mémorable et le lecteur un moment lui aussi mémorable.

 

Pascal PRATZ : Esméralda. Collection Culissime. Editions Ska. 0,99€.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 12:38

Oui mais Salve à tort...

Eva SCARDAPELLE : Salves.

La narratrice est devenue misanthrope. Comme ça d'un seul coup ou presque. En réalité cela c'est fait progressivement mais à son insu et un beau jour elle s'est rendu compte qu'elle n'aimait plus les gens.

Et quand je dis, j'écris, les gens, c'est tout le monde. Même ses enfants. D'ailleurs ce rejet a débuté par ses gamins qu'elle nourrissait à la va-comme-je-te-pousse. Des plats trop froids. Des bains trop chauds. Allant même jusqu'à les oublier à l'école.

La vie continue, en pointillé, sans elle. Elle a autre chose à faire.

Salves est une courte nouvelle pour exprimer une longue dégringolade. A cause d'une addiction, à cause de réseaux sociaux aussi, des miroirs aux alouettes qui ne tiennent pas leurs promesses. A cause d'un abandon de soi et des autres.

Une nouvelle profondément pessimiste, mais qui reflète sûrement le lot quotidien de nombreuses personnes, des jeunes principalement, qui ne savent pas ou plus quoi faire de leur vie. Dont l'esprit est englué de pensées négatives. Une nouvelle alarmiste dont il serait bon de chercher les origines de ce dédain de soin, de cette forme de rejet envers les autres, de ce repli.

 

Eva SCARDAPELLE : Salves. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 0,99€.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 08:21
Thierry JONQUET : Mygale.

Une araignée au plafond !

Thierry JONQUET : Mygale.

Chirurgien plasticien réputé, Richard Lafargue est un homme pervers. Il cloître dans sa maison de la banlieue parisienne une jeune femme, Eve, la soumettant au caprice d'hommes dépravés pour son seul plaisir si cela l'incommode parfois. Lorsqu'ils se rendent dans des restaurants, dans des réceptions, ils se conduisent comme un couple normal.

Alex est une petite frappe qui, après avoir réussi un braquage de banque au cours duquel un flic a été tué, s'est réfugié en Provence dans un mas prêté par un copain. Il n'a pas de nouvelles depuis quatre ans de son ami Vincent lequel lui aurait surement évité les bavures survenues au cours de son hold-up.

Vincent Moreau a été kidnappé sur une route de campagne par un homme qui le séquestre dans une cave. Après avoir l'avoir privé de nourritures liquides et solides son tortionnaire lui fournit peu à peu le minimum. Vincent devient sinon amoureux tout du moins reconnaissant envers cet homme qui lui apporte des vêtements, meuble son réduit, lui propose des divertissements sous forme de peinture et un piano. Puis tous les jours son kidnappeur, qu'il a surnommé Mygale, lui injecte un produit.

Obligé de quitter sa planque Alex remonte à Paris et se réfugie dans une villa. En regardant une émission à la télévision sur la chirurgie plastique, l'idée lui vient de changer de visage et d'identité et de quitter le pays. Il suit dans ses déplacement l'un des invités, le professeur Lafargue. C'est ainsi qu'il découvre que l'homme de l'art possède une fille enfermée dans un asile psychiatrique en Normandie.

La folie de sa fille Viviane est l'un des sujets de préoccupation de Lafargue. Et lorsqu'elle est en crise, il passe sa douleur en soumettant Eve à une séance de flagellation avec un des clients de sa compagne, prostituée sur rendez-vous.

Alec enlève Eve, sans que celle-ci voit son visage et l'enferme dans la cave de son pavillon. La jeune femme en se réveillant pense à une brimade de la part de son protecteur tortionnaire. Elle se revoit quatre ans plus tôt, lorsqu'elle était encore Vincent Moreau, avant que Lafargue lui injecte des produits destinés à développer ses tissus mammaires et l'opère pour le transmuer en femme. Ensuite Alec pose ses conditions au chirurgien plasticien et lui demande de lui modifier le visage. Le toubib l'anesthésie et le voyou est enfermé à la cave, là où a vécu durant des mois Vincent/Eve. Une nouvelle injection lui délie la langue et il donne les coordonnées du pavillon où il a enfermé Eve. Lafargue délivre la jeune femme qui ne comprend rien, croyant à un nouveau jeu sadique de Lafargue, pensant que l'histoire du truand kidnappeur n'est qu'un mensonge. Lorsqu'elle aperçoit Alec, Eve suppose que Lafargue vient de peaufiner sa vengeance. Vincent et Alec avaient quatre ans auparavant violé Viviane, ce qui avait fait perdre la raison à la jeune fille.

 

Tout est ambigüité dans ce roman : ambigüité des situations, des personnages, des sentiments. En peu de pages, ce qui démontre que point n'est besoin d'écrire un gros pavé pour construire une histoire, Thierry Jonquet nous entraîne dans un monde de folie et de vengeance. Il tisse sa trame avec une maestria digne d'un auteur aguerri, alors qu'il n'en est qu'à son cinquième roman. Ce qui lui vaudra d'être choisi pour porter les couleurs de la Série Noire avec le numéro 2000.

Thierry JONQUET : Mygale.

Thierry JONQUET : Mygale. Série Noire N° 1949. Parution avril 1984. 192 pages. Nombreuses rééditions dont Folio Policier N°52. Janvier 1999. 6,40€. Disponible sur le site Série Noire.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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