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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 10:47
Hervé PRUDON : La Revanche de La Colline.

Farce à Trappes

Hervé PRUDON : La Revanche de La Colline.

A la suite d'une vengeance façon vendetta corse, toute la famille d'Ettore Nani est décimée dans un massacre commandé par Raymann.

Seuls survivants sa femme Mara et Petit Garçon. Un an plus tard Ziegler est chargé d'une double mission : tuer Petit Garçon et vérifier si Raymann a entamé le processus d'implantation d'un casino et d'un complexe hôtelier dans la ville nouvelle de Saint Quentin en Yvelines.

Zig est amoureux de sa cousine Nina, laquelle aime Raymann qui a violé Mara. Depuis Mara est devenue à moitié folle et a donné naissance à Petite Fille. Elle délaisse ses enfants confiés à Pelo. Lorsqu'il reçoit la visite de Zig, Pelo vit dans un pavillon. Raymann est contre ce nouveau crime et le fait savoir. Zig rencontre Nina et sa copine Nadège puis Raymann. Il traite ce dernier de fanfaron et Raymann n'hésite pas à tuer en pleine rue un passant.

Puis Raymann décide de lâcher la veuve et de se mettre avec Nina, ce qui enchante la jeune femme. Des rumeurs circulent dans la ville. Une bombe aurait explosé et d'autres attentats seraient programmés. Pendant ce temps Raymann change à nouveau de décision.

Il fait venir un clerc de notaire afin de se marier avec Mara et d'adopter les deux enfants. Pour Mara seule compte la vie de Petit Garçon, même si elle ne s'en préoccupe guère. Tandis que Zig bat la campagne, un cutter à la main, Nina lève dans une librairie un comédien qui possède une vague ressemblance avec Raymann. Elle ne digère pas l'affront qui vient de lui être infligé et couche avec le théâtreux, son premier exercice sexuel depuis un an.

Zig abat l'homme et avoue avoir tué Raymann. Il se fait renvoyer comme un malpropre et se réfugie chez Pelo qui n'a nulle envie de rendre les gosses à qui que ce soit.

 

Ce roman, Hervé Prudon l'a écrit dans le cadre d'une résidence d'auteur à Saint Quentin en Yvelines, association de sept communes dont Elancourt, Guyancourt et Trappes. L'on aurait pu croire qu'il allait faire l'apologie d'une ville. Il n'en est rien.

Il stigmatise, il touche du bout de son stylo les plaies internes de cette ville nouvelle dépourvue d'âme. La population n'est pas issue de cette agglomération, ou plutôt de zone urbaine à laquelle sont rattachées sept communes, elle se contente d'y habiter. Et c'est ce manque de racines qu'il dénonce à travers une histoire un peu factice de tueur devant éliminer le rejeton d'une famille rivale un an après un massacre.

Les personnages sont à moitié déjantés, pour ne pas dire complètement, et seul Pelo, homosexuel transformé en nourrice, tire son épingle de ce jeu de dupes.

 

Curiosité :

La Colline de la Revanche, point culminant d'Ile de France est une ancienne carrière transformée après la Seconde Guerre Mondiale en immense décharge d'ordures ménagères pour Versailles, Trappes, Bois-d'Arcy et Saint-Cyr. Elle a été fermée en 1975, et depuis sert de promenade dominicale, servant de base de départ pour le parapente, et avait été sélectionnée comme site olympique pour les épreuves de VTT. Tous les ans course appelée La Revancharde est organisée pour les amateurs de VTT. Un projet de piste de ski a été envisagé mais pour le moment celui-ci est au point mort.

Hervé PRUDON : La Revanche de La Colline. Série Noire N°2411. Parution février 1996. 240 pages.

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 09:33
Mickey FRIEDMAN : La Grande Roue de Brahma.

Et la Grande Roue brama le soir au fond des bois ?

Mickey FRIEDMAN : La Grande Roue de Brahma.

L'Inde et plus particulièrement Bombay et ses environs, avec ses coutumes, ses paysages, ses bidonvilles, ses croyances, nous est décrite un peu à la façon de Rudyard Kipling. Et avec plus d'un siècle de recul on s'aperçoit qu'en réalité peu de choses ont changé.

Même grouillement, même fourmillement humain, même pauvreté, misère, même résurgence du passé. D'ailleurs l'auteur a su s'entourer et prendre conseils auprès de spécialistes.

 

La Grande Roue de Brahma, apparemment composée de deux histoires en deux temps, est fort habilement construite, contrairement au Loopy-Doop, grande roue d'une fête foraine dont une avarie engendrant morts et blessés, obligera notre héroïne à enquêter sur cet accident malgré elle.

Déprimée, dépressive, Marina reçoit un appel téléphonique mystérieux en provenance des Indes, ainsi qu'une lettre, de même provenance. Tout semble désigner Catherine comme auteur de ces messages.

Or Catherine., sa soeur cadette, est décédée dix ans auparavant, en Indes, entraînées par son gourou et ce malgré tous les efforts de Marina pour briser l'envoûtement subi par l'unique élément familial qui lui reste.

Elle décide d'aller enquêter sur place.

Quête et enquête qui se déroule, je me répète, dans une histoire un peu à la Rudyard Kipling. Evasion assurée, frissons garantis qui parfois semble extraite d'un roman d'Edmond About, Le Roi des montagnes.

 

 

Mickey FRIEDMAN : La Grande Roue de Brahma.(The Fault Tree - 1984. Traduction de Jean-Bernard Piat). Série Noire N°2018. Parution août 1985. 288 pages. 6,05€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 14:03

Il a le Karma, Sutra...

Samuel SUTRA : La Bonne, la Brute et la Truande.

Il était tranquille Tonton, il ne demandait rien à personne Tonton, et ne voilà-t-il pas que le téléphone lui brise les tympans, et que Donatienne, sa servante issue de baronne préposée pour le décrochement du grelot, s'est enfermée dans les toilettes pour affaires pressantes. Et si encore ce fameux téléphone résonnait dans la maison pour lui annoncer une bonne nouvelle. Mais non.

Le correspondant de Tonton lui propose tout simplement de lui vendre le Waïen-Bicôze, un diamant dont la valeur est estimée à plus de 2 millions d'euros. Une bagatelle. Une paille. Mais coudée la paille, car le Waïen-Bicôze, il connait bien Tonton, il l'a même vu de ses propres yeux. Et depuis un an le diamant repose douillettement dans son parc, enterré profond afin que nul n'y touche.

Cela a débuté un an auparavant lorsque Tonton a appris que le Waïen-Bicôze, toujours, était enfermé dans un coffre-fort de l'hôtel des ventes Drouot. Il avait mené une opération visite des caves qui s'était soldée par la récupération du précieux diamant et désirant laisser les médias s'interroger et l'affaire retomber comme un soufflet, il l'avait enterré dans son parc, avec l'aide de ses complices, dont je vais immédiatement vous faire une présentation rapide car nous en reparlerons. Il y a d'abord Gérard et son neveu Pierre, pas très futé, Bruno qui serait plutôt l'intellectuel de la bande mais qui n'arrive toutefois pas aux chevilles de Tonton et Mamour, l'aveugle, pardon ça ne dit plus, le non-voyant. Et en toile de fond, Donatienne baronne décatie à qui appartient la propriété de Tonton et qui sert de gouvernante, lorsqu'elle n'est pas beurrée, c'est à dire une fenêtre de tir de dix minutes environ par jour.

Donc un an plus tard, Tonton reçoit un appel téléphonique et son correspondant lui propose de lui revendre le Waïen-Bicôze. Aussi le rappel est lancé et les pelles en action. Mais à l'instar des fils du laboureur, ils ont beau retourner le terrain à l'endroit précis et ses environs où devrait se terrer le diamant, celui-ci ne les regarde pas planqué dans sa tombe. Envolé, disparu, carapaté, dissous, et un diamant à dix sous, c'est pas cher, le cher Waïen-Bicôze.

Intrigué Tonton embarque sa fine équipe, sauf Donatienne en train de cuver une énième Charrette, mélange d'alcool dont je vous laisse découvrir la recette dans le livre mais que personnellement je n'envisage pas d'essayer d'ingurgiter.

Et en cours de route, Gérard conduisant mollement, pour une fois, le véhicule devant les mener en Normandie, chacun se remémore les incidents qui ont précédés le vol du diamant, son nom maintenant vous le connaissez, puis ceux survenus après, lors de son enfouissement et même après.

Et c'est ainsi que nous pouvons nous imprégner de l'Evangile selon Gérard, deux paires d'yeux, Bruno à jeun et Mamour qui ne voit rien mais n'en pense pas moins.

 

Si par l'écriture enlevée, parfois semi-argotique, l'humour bon enfant et certains scènes et répliques désopilantes, Samuel Sutra ne peut renier être l'enfant, légitime ou non ceci ne nous regarde pas, d'Alphonse Boudard, de San-Antonio et de Michel Audiard, fils de trois pères et trois paires, il ne faudrait pas oublier deux autres romanciers peut-être un peu oubliés de nos jours mais qui ont compté dans la profession d'amuseurs littéraires. Il s'agit de Michel Lebrun et de Fred Kassak. En effet l'inventivité dont fait preuve Samuel Sutra et les nombreux retournements de situation qu'il incorpore dans son récit et dont les protagonistes ne se rendent pas compte, l'ingéniosité et ce goût de tout en remettre en question alors que l'on pensait que la solution était là, sous nos yeux, font de ce roman un tour de prestidigitation mais tout est pensé, disséqué, étudié, mesuré, et tout s'emboîte, s'imbrique comme un engrenage infernal, huilé, sans à-coups, sans soubresaut, chaque rouage pensant pouvoir vivre sa propre vie oubliant qu'il est dépendant des autres.

 

Prévus en réédition chez Flamant Noir :

Samuel SUTRA : La Bonne, la Brute et la Truande. Sous-titré : Tonton, ses hommes, l'effet salaire. Flamant Noir Editions. Parution le 29 mai 2015. 240 pages. 15,00€.

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 11:02
Eva DAVID : Cavale.

Bon anniversaire à Eva David, née un 26 juin.

Eva DAVID : Cavale.

Jeune femme bien sous touts rapports, quoiqu'elle en soit à son septième mari, Alexandra Delys surnommée Cavale à juste titre par Geoffroy son troisième époux, découvre dans le studio qu'elle habite en colocation, quelle aberration, avec celui-ci, le cadavre de Malika.

Malika, elle connait. C'est la maîtresse de son ex et ce fut la femme de leur jardinier Ahmed. Oui, mais voilà, au lieu de prévenir la police Cavale s'affole et demande conseil à Tao, son cinquième mari, et restaurateur de son état. Il est vrai qu'il est délicat d'expliquer à numéro 7 que l'on revoit de temps en temps numéro 3, même en ami, en tout bien tout honneur. En réalité, la raison primordiale et secrète pour laquelle elle ne veut pas prévenir la police réside en ce que Cavale aime, inconsciemment, le danger.

Tu as peur mais ça te plait, comme le fait remarquer finement Tao psychologue à ses heures et imprégné de la légendaire sagesse asiatique. Alors Cavale, femme de décision et impulsive, demande à son amie Gloria de lui prêter un passe-partout, héritage d'un père serrurier, et une robe du soir.

Première chose à faire, visiter la chambre de Malika au casino où celle-ci travaillait et possédait une chambre. Ensuite Cavale organisera son enquête en fonction de ses découvertes.

Ce trio de choc dans lequel chacun se sent plus ou moins impliqué, par amitié ou par vengeance, va devancer l'inspecteur divisionnaire Luc Colin. En quarante-huit heures l'affaire sera réglée, non sans embûches, pour Cavale et ses acolytes, débouchant sur un trafic de drogue et un scandale politico-lubrique de proxénétisme pédophile.

 

Eva David signe son entrée à la Série Noire avec un roman haut en couleurs, épique, et dont l'humour, toujours présent, ne s'impose pas au détriment de l'action.

L'épilogue en cascade confine au jubilatoire et nul doute que cette conclusion en la ville de Nice, lieu de l'action, chère à Patrick Raynal qui était alors directeur de la collection, l'écriture fouillée et la trame dont le suspense est en constante progression, ont joué en faveur de cette intronisation pour une fois justifiée.

Cavale, cette héroïne fantasque, qui masque sa peur par des initiatives impulsive d'aventurière chevronnée et par des répartie cinglantes, impertinentes, du genre de celles que nous aimerions parfois tenir face à un interlocuteur ayant la force et le droit pour lui, mais qu'une certaine timidité, réserve ou respect, nous empêche de proférer, Cavale pourrait bien connaître de nouvelles aventures dans de prochains épisodes. Enfin, ce n'est qu'un souhait...

 

Eva DAVID : Cavale. Série Noire N°2308. Parution novembre 1992. 240 pages. 6,05€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 14:44

Histoire sanglante glaçante mais pas galante à lire sans gant...

Gilles BERGAL : Gore story.

Après avoir infligé trente-sept aventures très saignantes à son héroïne Bloody Marie, Fabien a décidé de tourner la page. Il veut écrire son grand roman, alors il tue sur le papier Bloody Marie de façon définitive et en informe son éditeur qui, on peut le comprendre n'est guère satisfait. La série Bloody Mary est la vache à lait de Garbage River. Et Fabien s'est enrichi aux dépens des aventures trépidantes et sanglantes de Bloody Marie.

Fabien accepte toutefois de promotionner son roman, et de participer à des salons dont celui qui programmé en fin de week-end, les Journées du sang. Il va se rendre en territoire hostile, car il est évident que ses fans sauront lui démontrer qu'il a eu tort de supprimer son héroïne, en compagnie de Noémie, son attachée de presse. Et ce n'est pas parce qu'elle possède les billets du voyage que Fabien est heureux qu'elle l'accompagne, mais parce qu'elle va lui réchauffer les pieds la nuit dans son lit même si deux chambres ont été réservées.

L'emplacement prévu pour Fabien ne lui plait guère car il va être mitoyen de son pire ennemi, Lionel Soubiraud. Non seulement vantard sur ses chiffres de vente, Soubiraud a eu le tort d'exploiter une idée de Fabien alors qu'ils devisaient amicalement quelques années auparavant. Fabien lui avait raconté son prochain scénario et Soubiraud avait profité de cette aubaine. Mais Soubiraud avait saboté sa prose, et depuis Fabien lui en veut à mort, et comme les petites vengeances ne coutent pas grand chose, Fabien demande au libraire organisateur de placer son confrère à côté de la porte des WC, le seul endroit susceptible de l'accueillir dignement.

Cela fait à peine trente minutes que Fabien est confortablement installé devant sa table à dédicaces, les stylos affûtés et un rempart de livres disposés devant lui, qu'il a déjà apposé dix fois sa signature accompagnée d'un petit mot sur la page de garde des ouvrages enviés. Nombreux sont ceux qui aimeraient pouvoir vendre un livre toutes les trois minutes, mais moins nombreux seraient ceux qui apprécieraient se faire agresser par un lecteur déçu. Pour ce jeune homme à l'apparence soixante-huitard, Fabien n'avait pas le droit de tuer Bloody Marie, de s'en débarrasser comme d'une vieille chaussette usée de facteur rural. Il invective l'auteur en lui demandant d'un ton peu amène : ça vous amuserait qu'on vous fasse la même chose que ce que vous lui avez fait subir ?

Le lendemain, tandis que Fabien signe, Noémie se fait agresser, et ce n'est pas verbalement mais physiquement. Les éclaboussures de sang sur les murs prouvent le déchaînement de son meurtrier. Fabien est soupçonné, mais rapidement innocenté. Au moment de l'assassinat sanglant il possédait un alibi irréfutable à moins d'être doté du don d'ubiquité : il dédicaçait. Le commandant Consuela Sanchez est chargée de l'enquête, et à la question de savoir si Fabien se connaissait des ennemis, le romancier la lance sur la race de Soubiraud et du fou pas chantant mais colérique.

Le seul problème réside dans le fait que Noémie est passée de vie à trépas dans les mêmes conditions que Bloody Marie. Et comme si cela ne suffisait pas d'autres victimes sont à déplorer, tuées dans des conditions décrites par Fabien dans ses romans.

 

Gilles Bergal s'amuse comme un petit fou, chantant, dans ce court roman efficace, qui selon l'éditeur est destiné aux adultes consentants, et ajouterais-je aux végétariens récalcitrants. Outre l'intrigue habilement construite, même si au fur et à mesure que s'alignent les cadavres, on pense deviner le nom du coupable, Gilles Bergal ne s(attarde pas sur des scènes grandguignolesques. Mais il s'amuse à brocarder par exemple la posture d'un critique aigri et de certains littérateurs. Par exemple Alain Sauter, autre ennemi de Fabien :

En littérature, il y a deux moyens de se faire un nom : écrire une prose remarquable, qui marque son époque et laisse un souvenir impérissable dans la mémoire des lecteurs (pas facile) ou bien démolir les œuvres des autres avec une hargne et une méchanceté digne d'un Hannibal Lecter mordu par un chien enragé.

Gilles Bergal joue également avec la langue française, et plus particulièrement dans certaines phrases, à des allitérations ou assonances, dont je ne vous confierais qu'un exemple, un seul afin de ne pas tout dévoiler :

Mais avant que quiconque ait eu le temps de réagir, le fan fou furieux faisait demi-tour et, fendant la foule de fidèles férus de fantastique, il se faufila facilement dans la file pour fuir en direction de la fortie. Pardon, sortie.

 

Gilbert Gallerne, plus connu pour ses romans de suspense, et Gilbert Bergal, qui œuvre dans le fantastique, sont les Docteur Jekill et Mister Hyde, les frères siamois du roman fantastique et policier, et de temps à autre ils échangent leur personnalité pour le plus grand plaisir du lecteur qui ne demande qu'à se laisser guider sur le chemin des belles-lettres romanesques de la littérature populaire.

 

Toutefois, s'appeler, pour un éditeur, Trash, c'est à dire poubelle, ordures, détritus, camelote, cela frise l'inconscience ou la provocation. Ne tombez pas dans la poubelle justement et jetez un œil curieux sur la production de Trash Editions, qui accueille des auteurs comme Brice Tarvel, Philippe Ward, Romain d'Huissier ou Julian C. Hellbrock dans oublier ceux qui préfèrent signer sous pseudonyme afin de déconcerter le lecteur.

L'autre facette de Gilles Bergal :

 

Gilles BERGAL : Gore story. Trash éditions N°15. Parution avril 2015. 150 pages. 7,00€.

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 08:08
Laurent FETIS : Chien-Froid.

Le contraire du Hot-dog ?

Laurent FETIS : Chien-Froid.

Agé d'à peine vingt ans, le narrateur débarque à Londres avec déjà derrière lui un passé qui s'attache à lui comme du chewing-gum à la semelle d'une godasse.

Il se présente dans un bureau d'accueil où il fait la connaissance d'une pauvre paumée, Claire, qui l'amène chez elle. Elle a besoin d'une présence amicale, ce que le narrateur peut lui fournir. La nuit il regagne sa chambre d'hôtel, pensant à son avenir pas très rose. Il lui faut assurer sa pitance et le travail ne court pas les rues.

Il apprend par le journal la mort de Claire, et cela lui fout un coup au moral. Tout en cuisinant des hamburgers dans une chaîne de restauration rapide, il va battre le pavé à la recherche du mystérieux meurtrier. On l'avait vu en compagnie de Claire, et il préfère devancer les policiers. Un vigile du bureau d'accueil lui apporte son soutien, mais il est en butte à la vindicte de petits malfrats qui le surnomme Chien-Froid. Ses compagnons sont de pauvres déjantés, des exilés pour la plupart, qui ne pensent qu'à subsister, mal la plupart du temps, pourtant il trouve auprès d'eux un certain réconfort. Et toujours ce souvenir qui le taraude.

 

Depuis qu'il est à la barre de la Série Noire, Patrick Raynal a renouvelé le ton et le style de la glorieuse collection, recherchant de nouveaux auteurs aussi bien à l'étranger qu'en France. Cette démarche revivifie le Polar dans son ensemble puisque d'autres maisons d'éditions le suivent dans cette quête.

En ce qui concerne les auteurs, on peut déplorer la disparition de quelques noms, comme Julius A. Lion, dont l'humour noir était particulièrement tonique, ou Marie et Joseph, mais les petits nouveaux ne se défendent pas mal non plus. Qu'ils s'appellent Pascale Fonteneau, Eva David ou Laurent Fétis. Si le premier roman de Laurent Fétis, Le mal du double-bang, une histoire de truands mâtinée de drogue, m'avait quelque peu laissée sur ma faim, Chien-froid possède une autre envergure, une sensibilité digne d'un grand écrivain. Avec ses vingt-deux printemps (à l'époque de la parution de ce roman) Laurent Fétis s'affirme comme une valeur montante et même si résident encore quelques imperfections, son roman fait preuve d'une grande maturité d'esprit.

 

Laurent FETIS : Chien-Froid. Série Noire N°2328. Parution octobre 1993. 240 pages. 6,65€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 12:17

Depuis le 23 juin, la nouvelle fournée des Petits Polars du Monde a fait son apparition sur les étals des libraires et des kiosquiers. Quelques modification mineures ou majeures par rapport à l'an dernier sont à enregistrer.

Tout d'abord deux ouvrages sont mis en vente dès cette semaine et il n'y en aura que neuf, et certaines pointures habituées à cette fête estivale ne se seront pas présents : Marc Villard ou Didier Daeninckx par exemple.

Autre nouveauté, l'ajout d'un mini-guide présentant la ville servant de décor au titre. Ainsi dans Pavillon rouge à la Baule d'Emmanuel Grand, quelques pages sont consacrées à cette station balnéaire.

Enfin le prix n'est plus de 2,50€ mais passe à 3,90€. Espérons que le prix ne rebutera pas les lecteurs, et que les auteurs et dessinateurs sauront en tirer un bénéfice financier. Y'a pas de raison !

Dernier détail à l'attention de ceux qui aiment les jeux de hasard. La SNCF lance un concours vous permettant de gagner des kilomètres entrain, une collection des Petits Polars, des romans, en cliquant sur http://www.sncf.com/fr/petits-polars Chaque ouvrage possède un numéro qui peut éventuellement faire de vous un heureux gagnant.

 

Les Petits Polars du Monde : Saison 4.

Liste des romans de cette saison 4 :

 

Jérémie Guez et Jacques Ferrandez : Là-bas, c'est Marseille.

 

Emmanuel Grand & Pierre Place : Pavillon rouge à La Baule.

 

Chantal Pelletier & Loustal : I Love Lyon.

 

Karim Miské & Florence Dupré La Tour : Les filles du Touquet.

 

Tito Topin & Vincent Gravé : Bloody Paris.

 

Antoine Chainas & Anthony Pastor : Le soleil se couche parfois à Montpellier.

 

Michel Quint & Pozia : Si près du malheur à Lille.

 

Ian Manook & Hervé Bourhis : Retour à Biarritz.

 

Nicolas Mathieu & Florence Chavouet : Paris-Colmar.

 

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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 10:07
Joseph HANSEN : Les ravages de la nuit

Ne sont pas réparés par la chirurgie esthétique !

Joseph HANSEN : Les ravages de la nuit

Chantre de l'homosexualité, Joseph Hansen a osé le premier en parler en termes non stéréotypés, sans clichés, sans complaisance, bannissant la vulgarité, ne vilipendant pas, n'encensant pas, ne ridiculisant pas non plus.

Joseph Hansen a écrit: Dans la plupart de mes romans, mon intention a été de traiter aussi honnêtement que possible des homosexuels et de l'homosexualité en tant que partie intégrante de notre vie contemporaine, et non comme une chose bizarre et étrange.

Nous retrouvons dans Les ravages de la nuit, Dave Brandstetter, enquêteur au service des compagnie d'assurance.

 

Un camionneur indépendant mortellement blessé au cours d'un accident de la route, ça arrive. Lorsqu'une assurance-vie de 100 000 dollars a été souscrite un mois auparavant, cela mérite bien une petite enquête de routine. Surtout si une bombe est à l'origine de cet accident.

Qu'un voyou, chef de bande, soit retrouvé derrière les barreaux à cause de ce camionneur et dont le séjour carcéral vient de se terminer, cela appelle réflexion. Surtout si des paroles vengeresses ont été proférées lors du jugement.

Qu'un routier de ses meilleurs amis, transporteur indépendant lui aussi, soit décédé peu de temps auparavant d'une maladie brutale et subite, drôle de coïncidence !

 

Une enquête qui ne sera pas de tout repos pour Dave Brandstetter dont le petit ami a des problèmes de santé.

Et Joseph Hansen brise un tabou offrant la possibilité à d'autres auteurs, masculins et féminins de s'exprimer sur ce sujet et d'avouer leur homosexualité, ce qui n'entache en rien leurs qualités, au contraire, car leurs personnages sont peut-être plus humains.

Joseph HANSEN : Les ravages de la nuit

Joseph HANSEN : Les ravages de la nuit (Nightwork - 1984. Traduction de Jean-Michel Alamagny). Série Noire N°2026. Parution novembre 1985. 256 pages. Réédition collection Folio N°2626. Parution septembre 1994. 256 pages. 6,40€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 12:15
Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles.

Des corneilles qui ne prennent pas racine...

Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles.

Pour tous ceux qui comme moi pensent que l'humour est indispensable, même et surtout dans le roman noir et le roman policier, je conseille la lecture de cet Envol des corneilles, jubilatoire à souhait.

Esope Manzonnetta, qui fait ici sa troisième apparition après La came à nous autres et Saint-Tropez Oil Compagnie, et malheureusement la dernière, est un personnage haut en couleurs. D'origine napolitaine, Esope s'installe en 1938 à Tunis où il fera la connaissance d'une payse, Maria Candida Sparcamuzzo, laquelle travaille dans une maison close afin de constituer son trousseau. Coup de foudre ! Esope après avoir abattu le patron de l'hôtel se verra confier la direction de l'établissement.

Pendant la guerre il s'engagera dans la Légion étrangère, pendant que Maria Candida fera fructifier les affaires.

En 1954, quittant la Tunisie pour la France, la Côte d'Azur précisément, ils seront possesseurs de trois maisons dites de passe. Rangés des affaires, plus ou moins, ils reçoivent dans leur mas de Saint-Paul de Vence de nombreuses personnalités, que ce soit du monde du spectacle, des arts ou de la politique.

Dans L'envol des corneilles, Esope décide pour son dernier gros coup de s'attaquer à la Banque de France, braquage qui sera fomenté à l'aide de données d'ordinateur.

Seulement l'ordinateur n'avait pas prévu deux choses : une grève de la CGT et la convoitise d'une bande rivale.

 

Ce roman possède le ton que l'on retrouve dans les romans de Donald Westlake, l'un des nouveaux maîtres (lors de la publication de ce roman) de la nouvelle génération des écrivains américains.

 

Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles.

Curiosité :

Les corneilles citées dans le titre sont les billets de 100 francs qui eurent cours en France entre 1965 et 1979. Cela ravivera sûrement quelques souvenirs à quelques-uns d'entre nous.

 

Quelques chroniques montrant les multiples facettes d'Emmanel Errer - Jean Mazarin - Nécrorian :

Un entretien avec Emmanuel Errer - Jean Mazarin

Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles.

Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles. Série Noire N°1711. Parution mars 1976. 192 pages. Réédition collection Carré Noir N°558. Parution novembre 1985. 192 pages. 4,10€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 09:39

Antonia et elle avait raison...

Gildas GIRODEAU : Antonia.

1974. L'Italie entre dans les années de plomb.

L'extrême-droite et l'extrême-gauche se combattent et multiplient les attentats. Le général Dalla Chiesa est chargé d'organier la lutte anti-terroriste mais elle sera principalement dirigée contre les groupes de l'ultragauche, tandis que les fascistes seront la plupart du temps épargnés.

A Milan, une jeune femme, Antonia, surnommée la Pistolera, sait qu'elle doit fuir. A la télévision, un présentateur enthousiaste a annoncé l'arrestation de deux de ses compagnons dans la région de Pinerolo, et elle est consciente que bientôt ce sera son tour si elle ne s'enfuit pas immédiatement. Elle a pris ses dispositions et dans la chambre mansardée qu'elle partage avec Luciana, elle récupère quelques affaires et une perruque blonde qui doit détourner l'attention des policiers. Luciana lui remet une enveloppe contenant un peu d'argent qu'elle a économisé avec Josep, un voisin, puis sans regarder en arrière, Antonia quitte la ville.

Les abords de la gare sont truffés de policiers, toutefois elle se présente à un guichet et demande un billet pour Gênes. Les lunettes qu'elle porte ne sont pas adaptées à sa vue et le regard du guichetier est éloquent. Il l'a reconnue. Elle se débarrasse de sa perruque blonde, se change rapidement d'effets et c'est une autre femme, une touriste allemande qui fait du stop, qui brandit un panneau Frankeich à l'attention des automobilistes.

Antonia devient Astrid, ses vrais faux papiers l'attestent, et son chauffeur improvisé doit se rendre en France en passant par la Suisse. Robert, le conducteur attentionné lui propose une chambre à l'hôtel où il doit faire étape, et elle passe trois nuits et deux jours dont la teneur relève de la vie privée.

Mais elle n'a en tête que deux mots auxquels elle s'accroche, comme son père le lui a enseigné, et qui sont : fuir et disparaître. Elle quitte en catimini son sauveur involontaire et dans le train qu'elle emprunte vers Genève, elle repense à son cousin Anselme. Jésuite, Anselme travaille au Vatican précisant à Antonia : Nous soutenons des mouvements populaires, des pauvres bougres que le système tente de broyer, comme en Amérique latine, et même ici !

Anselme, prévoyant qu'Antonia, qui ne partage pas ses idées religieuses, pourrait subir des déconvenues dans ses activités, lui avait proposé de se réfugier, si besoin était, dans une congrégation à Genève, installée sur la route de Lausanne. Et Antonia, devenue Astrid se souvient du conseil et se présente donc à la directrice, qui l'accueille sans poser de questions. Et c'est ainsi qu'elle sera fortement conseillée et amenée à s'engager dans l'humanitaire et à prodiguer son savoir en Ethiopie, devenant institutrice, enseignant aux gamins l'anglais et l'italien. Elle change une nouvelle fois d'apparence et commence une nouvelle vie. Elle rencontrera à plusieurs reprises Anselme, et au bout de quelques années de tribulations elle sera en poste au Rwanda, coincée entre les Tutsis et les Hutus, au début des années 1990.

Seulement, à Milan les policiers ne l'ont pas oubliée. Le colonel et son adjoint le capitaine Octavio sont obnubilés par la Pistolera et ils mettent tout en œuvre afin de procéder à son arrestation. Un défi qu'ils se sont lancés, une obsession qui confine presque à la paranoïa.

 

Dans ce roman qui est presqu'un récit biographique, Gildas Girodeau soulève de nombreux points d'interrogations, concernant la lutte des Italiens contre les Brigades Rouges, mais également la politique du Vatican et des Etats-Unis, via la CIA, sur les continents africains et sud-américains. Et on ne peut s'empêcher de mettre en parallèle l'histoire et les conviction d'Antonia à celles de Cesare Battisti. La Pistolera a été ainsi surnommée car elle ne tuait pas mais tirait sur les jambes des fascistes. Il est étonnant de constater que les fascistes ne furent que peu ou prou inquiétés alors qu'ils posaient des bombes et s'adonnaient à des attentats meurtriers tandis que les membres de l'extrême-gauche était traqués à outrance, alors qu'ils répondaient, violemment certes, aux provocations. Et dans ce cas on comprend fort bien que les gouvernements de la droite italienne concentraient leurs efforts dans la lutte contre l'extrême-gauche, de même que les gouvernements de droite français, en soutien à leurs homologues transalpins.

Tu sais bien que l'ennemi, c'est la gauche, déclare Octavio lors d'une conversation avec son supérieur, conversation qui tourne sur les événements au Chili et de l'opération Condor.

 

Gildas Girodeau remet également les pendules à l'heure sur les terribles événements qui se sont déroulés d'abord en Ethiopie, Erythrée et Somalie, puis dans l'antagonisme, supposé ethnique, entre Tutsis et Hutus, des combats qui se transforment en génocides par la volonté de tiers dont les principales préoccupations sont la plupart du temps financières en asseyant une hégémonie capitaliste et religieuse sur certaines régions du monde. Comme l'annonce une des principales protagonistes du roman à Antonia : Les élites Tutsies commençaient à lorgner vers le bloc de l'Est, ce qui menaçait les colonisateurs mais aussi la mission d'évangélisation des Pères... Et une fois de plus les supposés bienfaits de la colonisation avec son aspect parfois néfaste, des envahisseurs qui n'agissaient pas par philanthropie, peuvent être remis en cause, de même que l'évangélisation forcée et forcenée par des religieux qui ne se montrent chrétiens que d'appelation.

Toutefois, ce travail d'historien, Gildas Girodeau l'effectue honnêtement, sans prendre partie, sans dévoiler son sentiment, mais en décrivant les faits tels qu'ils se sont déroulés et non pas comme aimeraient le faire croire quelques journalistes inféodés à des partis politiques qui ne veulent regarder que par le bout de la lorgnette favorable dans leur posture. Evidemment on peut toujours arguer que derrière les personnages, se cache l'auteur, mais il faut savoir aussi se rendre à l'évidence. Les déclarations des hommes politiques ne sont pas toujours empreintes de bonne foi.

 

Gildas GIRODEAU : Antonia. Editions Au-delà du raisonnable. Parution 26 mars 2015. 256 pages. 18,00€.

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