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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 14:28

Comme disait ma grand-mère :

Pour faire carrière, faut pas amuser la galerie !

 

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Les anciennes carrières de craie de Lezennes forment un véritable labyrinthe dans lequel l’homme se déplace avec assurance. Certaines galeries portent un nom comme la galerie Sans-Souci, d’autres n’ont pas été répertoriées, oubliées par la mémoire collective. Il les parcourt depuis sa plus jeune enfance, et il a tendu des cordes, véritable fil d’Ariane qui le conduisent avec sûreté là où il le désire. A l’âge de treize ans, le 13 août 1967, en conflit avec sa mère depuis des années, il a commencé à rédiger son journal. Depuis il en a noirci une bonne vingtaine et a nommé son domaine Invictus.

Joséphine Flament, dite Josy pour tous donc pour nous aussi, approche de la soixantaine. Elle est restée célibataire par choix, habite la petite maison héritée de ses parents, et vit chichement en effectuant des ménages par ci par là. Elle a recueilli ses amies d’enfance, Chantal et Marie-Claude, qui ont goûté aux joies du mariage, joies accompagnées de coups à l’âme et au corps pour l’une, d’infidélités pour l’autre. Alors elles ont abandonné leurs conjoints respectifs et depuis toutes trois demeurent ensemble, dans une harmonie sans faille.

Elles sont même allées en vacances à La Panne, une station balnéaire belge et elles en sont revenues émerveillées, avec l’espoir d’acquérir une petite résidence secondaire qui leur permettrait de s’évader de temps à autre. Seul problème, mais d’importance, les fonds dont elles disposent ne pourraient leur permettre que d’acheter un mur, et encore.

Le hasard parfois réserve de bonnes surprises. Ainsi, employée quelques heures par semaines chez une vieille dame, Josy a trouvé dans le dressing (armoire-penderie en français, je traduis) de l’entrée, des billets pour un montant de dix mille euros. Elle les rend à sa patronne, mais l’idée germe en elle de visiter le coffre-fort de la vieille dame en demandant l’aide de son ami Angelo, spécialiste en braquages. Et comme il vaut mieux battre le fer, en l’occurrence l’argent, pendant qu’il est encore chaud, le coffre-fort est forcé, et son contenu emmené. Des bijoux dont elles ne peuvent se débarrasser car trop voyants, des documents à étudier et un peu d’argent.

Justine Maes, quatre-vingt quatre printemps, sénatrice, ancienne résistante, envisage un avenir prometteur à son neveu Norbert Fauvarque, député-maire de son état et séduisant quadragénaire. Elle lui a prédit qu’il pourrait accéder aux plus hautes marches de l’Elysée avec un peu de travail et ses très nombreuses relations, hommes politiques ou personnes influentes. Elle lui avait déclaré alors qu’il était encore jeune : Tu vas commencer par réussir le concours de l’ENA. Nous avons le temps de décider quel parti correspond le mieux à ton tempérament. Quel que soit celui que tu choisiras, garde en mémoire que tes ennemis les plus dangereux seront dans ton propre camp. Un carnet d’adresses bien fourni, un portefeuille bien rempli, un homme de main, un factotum, fidèle, René Laforge, au regard de fouine, tout concourt pour qu’elle vive encore de nombreuses années.

Le commandant Pierre-Arsène Leoni, ou plutôt l’ex-commandant car suite à la mort brutale de sa femme il a préféré se mettre en disponibilité et rejoindre sa Corse natale, le commandant Leoni donc est de retour à Lille afin de régler des affaires familiales mais également sous l’impulsion d’Eliane Ducatel, médecin légiste et accessoirement son amie. Les hommes composant son ancienne équipe, le sachant devant sa maison qui est promise à la démolition le rejoignent. Ils se plaignent de leur nouveau commandant, Vidal, un fonctionnaire borné plus qu’un homme de terrain.

En compagnie d’Eliane et de son neveu Baptiste atteint d’une forme rare d’autisme, Leoni va assister à un concert que l’adolescent doit donner dans une maison de retraite. Mais la propriétaire de la résidence pour seniors (ou personnes âgées, c’est comme vous voulez, moi cela ne me gêne pas) est en retard. Une habitude mais ce soir là, l’attente est un peu longue. Alors Eliane et Leoni décident de se rendre chez la vieille dame, dont la demeure se dresse à une cinquantaine de mètres de là, pour découvrir un cadavre. Celui de Justine Maes, la sénatrice. Un accident cardiaque selon toutes vraisemblances, mais Eliane qui connait son métier prétend qu’une autopsie devrait être réalisée. Ce qui n’est pas du goût de Vidal qui n’apprécie pas qu’on empiète sur ses plates-bandes.

Et puis à quoi correspond ce coup de téléphone émanant d’une personne qui aimerait échanger des documents contre une forte rançon ? Et pourquoi enquêter sur la mort d’une sénatrice octogénaire alors que deux enfants ont disparu ?

 

Tous ces personnages sont comme les membres, jusqu’aux doigts et aux orteils, et la tête d’une marionnette dont les fils seraient attachés aux mains d’Elena Piacentini. Elle les fait évoluer, remuer, se secouer, brasser de l’air, gigoter, danser, avec dextérité, virtuosité et souplesse. Au début le lecteur n’aperçoit qu’une partie du corps, puis une autre, encore une, et peu à peu tout est relié, prend forme et le spectacle peut commencer. Mais il ne faut pas croire que ce pantin est squelettique, étique, hâve. Au contraire, nous sommes en présence d’un être charnu, polychrome, à l’humeur changeante, virevoltant, nous adressant même quelques clins d’œil.lezennes-18

Elena Piacentini nous fait visiter les galeries souterraines d’une ancienne carrière de craie qui circulent sous Lezenne, et dont certaines cheminées sont reliées aux caves des maisons. Elle nous emmène également sur les berges du Lac bleu, mais il ne s’agit pas d’établir un documentaire. Elle s’en sert comme décor pour certaines scènes, en instillant un sentiment d’inquiétude propice à tenir le lecteur en haleine et le faire frissonner. Si les carrières sont plongées dans le noir presque absolu, en surface, c’est la pénombre qui entoure crimes et méfaits. Elena Piacentini offre parfois un lumignon afin d’éclairer quelques événements, mais la lueur est rapidement écartée au profit d’un autre épisode tout aussi sombre. Jusqu’à ce qu’enfin, le lecteur débouche du tunnel, ébloui.


Et la morale là dedans me demanderez-vous avec justesse. Ne vous inquiétez pas, l’ex commandant Leoni s’arrangera avec elle le moment venu, tout comme il s’aménage une porte de sortie avec Eliane Ducatel. Mais chut, nous entrons dans le domaine privé.

C’est le premier roman d’Elena Piacentini que je lis. J’avais lu ici et là des échos élogieux à propos de ses précédents ouvrages, et maintenant je peux confirmer, Elena Piacentini a tout d’une grande.

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Elena PIACENTINI : Carrières noires. Editions Au-delà du raisonnable. 368 pages. 18,50€.

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 19:21

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur 813 sans jamais oser le demander !

 

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Les associations d’amis de… pullulent rendant hommage à des auteurs disparus : Les Amis de Jules Verne, d’Alexandre Dumas, de Flaubert, de Guy de Maupassant… Mais une association d’amis aimant la littérature populaire, c’est déjà plus restrictif, et lorsque 813 a été créée, c’était une nouveauté, un défi, un pavé jeté dans la mare des intellectuels et des bien-pensants. D’autant qu’il ne s’agissait pas pour ses créateurs de former une confrérie, un corporatisme englobant uniquement des auteurs, mais de s’ouvrir à tous les amoureux de la littérature policière sous toutes ses formes (Romans, essais, documents, bandes dessinées, films…) les auteurs côtoyant les lecteurs, et vice versa.

Jean-Louis Touchant, d’abord adhérant de base, puis trésorier puis président, relate l’histoire de cette association avec son sens de la rigueur, son pointillisme, sa pondération, son effacement, sa passion, son attachement à un genre littéraire, à des amis, à l’association elle-même.

Pour les nouveaux adhérents, ce document historique permettra de mieux appréhender la genèse de cette association, d’en percer les coulisses, de se sentir chez eux, même s’ils n’en connaissent pas tous les acteurs, dont certains sont malheureusement disparus aujourd’hui. D’autres ont quittés le navire, préférant voguer vers d’autres rivages, pour incompatibilité d’humeur, parce qu’ils croyaient accéder à une plus grande notoriété (je pense à quelques auteurs qui reprochaient un manque de promotion de la part de l’association), pour diverses raisons.

Restent aujourd’hui quelques-uns des mammouths, comme nous appelait l’ami Pascal Polisset qui alors vivait près du Mans et prit une part active lorsque l’assemblée générale, laquelle au début se tenait à Reims puis émigra à Grenoble, fut hébergée par la cité mancelle.

Dedicace-brac.jpgDès les premières pages, les souvenirs se sont bousculés devant mes rétines. Adhérant depuis mai 1982, j’ai assisté à ma première AG fin octobre 1982 à Reims. Je me souviens de Claude Aveline et son bandeau noir sur l’œil, signant ses romans dans une petite salle du Centre culturel André Malraux, entouré de jeunes et de moins jeunes, affable, répondant volontiers aux questions, de Jean Amila, de Michel Lebrun qui ne faisait aucune différence entre auteurs et lecteurs, d’Alain Demouzon, de Pierre Lebedel, d’Harry Whittington et de bien d’autres, revenant à Reims chaque année jusqu’à la dernière édition en 1986. Mais cette année là, j’étais intimidé, n’osant vraiment approcher les auteurs. En 1983 nouvelles brassées de livres achetés, de dédicaces, dont celle en forme de clin d'oeil d’une débutante qui venait de signer son premier roman intitulé Sourire kabyle publié dans la collection Engrenage : Virginie Brac. Mais également la même année puis les années suivantes de Chrystine Brouillet, de François Guérif, de Pierre Lebedel, de Bill Pronzini, de Léo Malet, de Tito Topin, de Pierre Magnan, de Georges-Jean Arnaud, d’Emmanuel Errer/Jean Mazarin, de Brice Pelman, de Claude Mesplède puis de son frère Pierre-Alain, de Marc Villard, de Ralph Messac, de Georges Rieben, de Christine Ferniot, de Thierry Jonquet, de Robin Cook, de Roger Martin, de Didier Daeninckx, de Michel Quint, de Peter Falk, de Richard Fleisher… J’arrête là, trop de souvenirs pour moi et liste peut-être fastidieuse pour vous.

Jean-Louis Touchant nous narre donc les débuts de 813 qui sont liés à une manifestation qui elle aussi était inédite : le festival du roman et du film policiers de Reims dont la première édition connut le jour en 1979. Histoire imbriquée au départ, plus pacsée que mariée.

Je me souviens des premiers bulletins ronéotypés de 813, puis enfin ce qui deviendra une véritable revue, les rires et les coups de gueule lors des assemblées générales, les nouvelles connaissances, les retrouvailles annuelles, les liens d’amitié qui se sont forgés, tout un pan de ma vie que Jean-Louis Touchant exhume, sans difficulté, de ma mémoire. Un bain de jouvence.

C’est pour les adhérents qui n’ont pas connu cette époqueCarte membre 1982-copie-1 moise, puis celles qui suivirent, grenobloises, mancelles, de s’imprégner de cette ferveur, de découvrir les facettes diverses, aussi diverses que peut l’être la littérature policière, les coulisses dont les adhérents de base ne connaissent pas toutes les imbrications, seule la partie immergée de l’iceberg étant accessible. Mais les à-côtés sont aussi évoqués, la vie en dehors de l’association qui ne se contente pas de besogner lors des assemblées générales, un éclairage sur les éditeurs, sur les parutions marquantes, sur les prix littéraires, sur les nombreux salons ou festivals auxquels 813 participe ou est représenté, sur le travail réalisé lors des réunions de bureau, les points de vue des uns et des autres, les défections, les nouveaux arrivants, les différents bureaux élus, toutes petites informations qui sembleront anecdotiques mais révèlent que le monde de la littérature policière est vaste et dont la population parfois se heurte, n’appréciant que le genre qu’elle vénère et critiquant négativement les autres. Le Noir porté au pinacle et les romans de mystères ou de déduction relégués par exemple dans des culs de basse-fosse.

Jean-Louis Touchant, qui ne se met jamais en avant bannissant le JE de son teste, clôt son ouvrage en 2007, année où il ne se représente pas comme membre du bureau. Aujourd’hui l’équipe dirigeante est plus « professionnelle » que celles des débuts, mais je ne ressens pas l’état d’esprit convivial qui en était la marque de fabrique. La nostalgie peut-être qui me fait écrire ces derniers mots.

Une mine de découvertes pour tous, et pour les anciens, je dirais Préparez-vos mouchoirs…

Pour commander cet ouvrage précieux, adressez votre commande accompagnée d’un chèque de 12€ (10€ + 2€ pour les frais d’envoi) à :

Jean-Louis Touchant

22 boulevard Richard-Lenoir

75011 Paris


Jean-Louis TOUCHANT : Histoire véridique de 813, association des amis de la littérature policière. Editions Arsène. 104 pages. 10€.

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Published by Oncle Paul - dans Documents
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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 13:31

Le recyclage, c’est écologique !

 

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Sherlock Holmes et le docteur Watson sont quelque peu en froid. Que voulez-vous, le biographe du célèbre détective va convoler en justes noces dans quelques semaines avec Mary Morstan ! Cependant cela n’empêche pas les deux hommes de se rencontrer pour une nouvelle affaire qui va mettre les habitants de Londres, déjà traumatisés par les méfaits de Jack l’Eventreur, en émoi.

Un personnage, qui signe ses messages Le Cancrelat, avec une véritable petite bestiole vivante comme preuve à l’appui dans son envoi, ose défier le grand homme, ce qui a pour don d’irriter et d’intriguer tout à la fois celui-ci.

La série débute par le meurtre d’une femme de la haute société, madame de Chalin, femme d’un conseiller de l’ambassade de France. Elle a été étranglée puis égorgée afin de faire bonne mesure. Sherlock et son frère Mycroft unissent leurs petites cellules grises en étudiant la missive du Cancrelat. Leurs premières déductions les amènent à penser qu’il s’agit d’une femme, gauchère, de type masculin, aimant la politique et se parfumant au santal. Pauline avait un amant mais celui-ci possède un alibi irréfutable, il était en Irlande. Tandis que Sherlock suppose que le meurtrier était présent comme invité au cours de la soirée organisée la veille de sa mort par madame de Chalin, Mycroft penche pour un individu évoluant dans les milieux anarchistes.

D’autres meurtres sont perpétrés, toujours sur des femmes. La présence d’un journal dans le sac à main d’une victime l’induit à supposer que le meurtrier attire ses victimes à l’aide de petites annonces. Il repère une jeune femme qui s’enfuit lors du troisième assassinat. Il s’agit d’Ariane Saint-Cyr, peintre de talent, qui enquêtait de son côté.

 

Ce quatrième roman de Béatrice Nicodème, paru dans la PB130020.JPGcollection Crime Fleuve Noir en 1993, et donc à l’origine destiné aux adultes, est réédité dans une collection jeunesse, destinée aux plus de douze ans. Il combine deux formes de romans à la mode, le roman historique et le tueur en série, mais il confirme les promesses contenues dans L’inconnue de la terrasse (Instant Noir- 1987), Terreur blanche (Denoël Sueurs Froides – 1990) et Meurtres par écrits (Fleuve Noir crime – 1992). Il témoigne de l’attirance de Béatrice Nicodème pour le Canon holmésien, même si dans cet ouvrage, la rigueur côtoie la parodie, ainsi que pour le roman historique.

Attrait qui ne se dément pas puisque des romans historiques suivront publiés au Masque : Les Loups de la Terreur, La mort du Loup blanc, Le Chacal rouge… Parallèlement elle entame une carrière de romancière pour jeunes et adolescents. Son premier ouvrage met en scène Wiggins, l’un des gamins des Irréguliers de Baker Street qui aident le détective dans certaines de ses enquêtes, Wiggins qui devient personnage à part entière, Sherlock et Watson étant relégués au second plan. Le premier roman de cette série s’intitule Wiggins et le perroquet muet.


Dedi.jpgOn retrouve dans l’intrigue de Défi à Sherlock Holmes des personnages célèbres comme Alphonse Bertillon, Oscar Wilde, Henry James, ainsi que la compositrice française d’origine irlandaise, Augusta Holmès, l’accent sur le E de son patronyme ayant été ajouté lorsqu’elle acquiert la nationalité française. Ouvrage plaisant à lire, fort documenté, preuve en est la reconstitution du logement de Madame Hudson, bien écrit, Défi à Sherlock Holmes trouve son prolongement à l’envers : initialement édité dans une collection adulte, le voici réédité dans une collection enfant/adolescent. Seul petit reproche, l’éditeur n’a pas, à ma connaissance, signalé la première édition.


A lire mes articles sur Wiggins et les plans de l’ingénieur ainsi que  Les loups de la Terreur.

 

 

 

Voir l'avis de Sharon sur le blog de Sharon.

Vous pouvez également visiter le site de Béatrice NICODEME.


Béatrice NICODEME : Défi à Sherlock Holmes. Hachette jeunesse, collection aventure. 14€.

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 14:44

Cent ans et toutes ses lianes…

 

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Souvent les héros de fiction vampirisent leurs créateurs, leur échappant, devenant plus célèbres que leurs géniteurs. Ils s’arrogent une place prépondérante dans l’imaginaire populaire, reléguant ceux qui leur ont donné vie et consistance dans des oubliettes, ou masquant le reste de leur production.

Ainsi Arsène Lupin vis-à-vis de Maurice Leblanc, Sherlock Holmes enfouissant les romans historiques de Conan Doyle, et bien d’autres. Parfois ils ont connu d’autres aventures, plus ou moins palpitantes, grâce à des continuateurs, des pasticheurs, des parodistes, et leurs émules ou épigones furent nombreux, passés à la postérité ou non.

Le personntarzan2.jpgage de Tarzan ne faillit pas à la règle et il doit sa consécration principalement au cinéma, aux séries télévisées et aux nombreuses adaptations en bandes dessinées dont peu d’entre elles ont été introduites en France. On peut toutefois citer la collection Tarzan des éditions Mondiales Del Duca. Quant à la représentation physique de Tarzan, elle reste attachée à Johnny Weissmuller, l’ancien champion olympique de natation en 1924 et 1928 qui débute sa carrière cinématographique dans la série Tarzan en 1932.


Mais Tarzan fut lui-même, son créateur Edgar Rice Burroughs l’admettra avec réticence, une émanation de personnages mythologiques ou littéraires. On se souvient de Remus et Romulus, nourris par une louve et fondateurs de Rome, de Mowgli mis en scène par Rudyard Kipling dans le Livre de la jungle et le Second livre de la jungle (1894) et adapté par Disney. Moins sûrement du personnage de Saturnin Farandoul d’Albert Robida en 1879. Quant aux continuateurs d’Edgar Rice Burroughs on peut citer Philip José Farmer, et en bande dessinées les clones ou tarzanides comme les appellent les spécialistes, Akim et Zembla qui possèdent une forte ressemblance avec notre héros.

Edgar Rice Burroughs apporte une dimension aventureuse et humaniste dans cette série qui enchante aussi bien les tarzan1.jpgadolescents que les adultes. Mais penchons-nous sur le premier épisode, qui fut suivi de bien d’autres sous l’influence des lecteurs qui en réclamaient toujours plus, comme ce fut le cas pour Sherlock Holmes que Conan Doyle dû sauver des eaux.

Chargé d’une mission délicate et importante au sein du Colonial Office, John Clayton, Lord Greystone, embarque avec sa jeune épouse Alice pour l’Afrique. Partis de Douvres ils joignent d’abord Freetown puis embarquent à bord d’un voilier afin de rejoindre leur destination finale. Au cours du voyage, les marins se mutinent contre leur capitaine, les époux Clayton se contentant d’être spectateurs passifs, quoi que ressentant un sentiment plutôt favorable envers les rebelles. Les marins prennent le commandement du navire et déposent le couple sur une plage de la côte africaine avec tous leurs bagages.

John Clayton, malgré son ignorance en bricolage, parvient au fil des semaines à construire une cabane, l’aménageant au fur et à mesure. Alice est enceinte et il faut prévoir la naissance du bébé. Les débuts se déroulent relativement bien mais la nuit ils entendent des bruits de fauves. Un jour Clayton est attaqué par un anthropoïde gigantesque et il se défend comme il peu à l’aide d’une hache. Heureusement Alice abat le singe avec un fusil. Elle s’évanouit sous le choc de la peur mais lorsqu’elle reprend conscience Clayton se rend compte que son cerveau a été tourneboulé par l’incident. La nuit même elle accouche d’un garçon prénommé John. Un an plus tard, Alice s’éteint dans son sommeil, et Clayton est prostré. C’est le moment choisi par de grands singes, probablement des chimpanzés, pour investir la clairière et s’introduire dans la cabane. Kala, la guenon qui vient de perdre son bébé singe suite à une bagarre entre les anthropoïdes, dépose le petit corps et récupère John Clayton III. Elle le nourrit et l’élève malgré l’hostilité de ses congénères. Tarzan, c’est le nom qui lui sera donné, passe sa jeunesse au milieu des singes, calquant son mode de vie sur eux, insouciant, grandissant en force et en sagesse. Alors qu’il a dix ans environ, il découvre la clairière de ses parents naturels et découvre des livres, des photos, des écrits, son père ayant tenu un journal manuscrit. En se mirant dans l’eau d’un lac il se rend compte également que physiquement il ne ressemble pas à sa mère adoptive et à ceux qui composent le groupe d’anthropoïdes.

Les livres recueillent un vif intérêt auprès de l’enfant, surtout un abécédaire illustré. A force de volonté, Tarzan parvient au fil des années à apprendre à lire et à écrire l’anglais en lettres d’imprimerie. Le véritable autodidacte qui malheureusement ne sait pas parler. Il ne parvient à s’exprimer que dans le langage de ceux qui l’ont élevé, poussant son fameux cri lorsqu’il réalise un exploit, tuant un animal, le plus souvent plus impressionnant que lui, pour se défendre ou se nourrir. Les années vont passer. Des Noirs obligés de quitter leur territoire vont s’installer près de celui des grands singes, puis des hommes blancs, accompagnés d’une jeune femme, Jane Porter, vont être débarqués sur la plage.

 

Burroughs.jpgTout comme dans le premier épisode de la saga de John Carter, héros de la série du cycle de Mars, cette histoire est transmise par une tierce personne qui remet un vieux manuscrit au narrateur. Une pratique courante également chez d’autres romanciers de cette époque, fin du XIXe début XXe siècle. Et le lecteur retrouve bon nombre de thèmes chers à ces auteurs spécialistes en littérature d’évasion. Le thème de l’homme qui suite à une mutinerie ou un naufrage est déposé sur une plage et est obligé de se débrouiller seul ou presque pour survivre et qui composent une longue lignée de Robinsons. Autre thème abordé, celui du trésor enfoui sur une plage ou ses environs. Enfin l’Afrique, qui n’a pas encore dévoilé tous ses secrets, recèle bien des trésors. Il est d’ailleurs facile de comparer certains thèmes de la saga africaine de Tarzan à l’inspiration de Henry Rider Haggard pour l’écriture antérieure des volumes consacrés à ses personnages que sont Allan Quatermain et She. Les conditions changent, leur exploitation est différente, afin de donner un peu plus de saveur à chaque intrigue développée. Mais le retour à la vie urbaine, à la civilisation, est parfois difficile pour ceux qui ont connu et été élevés dans la sauvage liberté.


Le narrateur ne peut pas tout expliquer. Alors il élude. Il (Tarzan) était devenu l’ami de Tantor, l’éléphant. Comment ? Ne me le demandez pas. Mais c’était chose connue des habitants de la jungle.

Edgar Rice Burroughs n’échappe pas à la caricature lorsqu’il décrit les Noirs qui sont obligés de quitter leur village et s’installer hors de leur base. Leurs dents jaunes étaient limées en pointe et leurs lèvres épaisses ajoutaient à la grossièreté et à la bestialité de leurs traits. Une pratique courante à cette époque chez pratiquement tous les romanciers, mais également dans les arts musicaux. Souvenons nous des minstrels, ces artistes blancs américains qui se maquillaient, se fardaient en Noirs et interprétaient chants, musiques, danses, des spectacles dans lesquels les Noirs apparaissaient comme ignorants, stupides, superstitieux, joyeux, et doués pour la danse et la musique. Mais plus loin Edgar Rice Burroughs écrit une vive diatribe envers les Blancs qui obligent les autochtones, les indigènes avant que ce mot soit associé à une connotation péjorative, à s’essaimer vers d’autres contrées. L’hostilité de ces cruels sauvages s’aggravait du souvenir poignant des atrocités, plus cruelles encore, qu’avaient pratiquées contre eux et les leurs les officiers blancs de Léopold II de Belgique, cet hypocrite dont la barbarie leur avait fait quitter l’Etat indépendant du Congo et avait réduit à de misérables vestiges ce qui avait été naguère une puissante tribu.

A la fin du premier volume de la saga de Tarzan, notre homme de la jungle est confronté à la civilisation américaine. Mais cela ne peut durer, l’appel de la forêt, de la liberté, sont plus forts que tout et il retourne là où il est né, en compagnie de Jane et connait d’autres aventures toutes plus trépidantes les unes que les autres. Un fils va naître, il sera amené à vaincre de nombreux dangers, qui ne sont pas uniquement dus aux fauves. L’Afrique mystérieuse est pleine de charme et d’embûches pour le plus grand plaisir des lecteurs qui retrouveront une nouvelle jeunesse.


Edgar Rice BURROUGHS : La légende de Tarzan. Editions Omnibus. Avec une préface et un abécédaire de Claude Aziza. Comprend Tarzan, Seigneur de la jungle ; Le retour de Tarzan ; Tarzan et ses fauves, Le fils de Tarzan ; Tarzan et les joyaux d’Opar. Traductions de Marc Baudoux. 1184 pages. 29€.

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 09:47

Bon anniversaire à François Barcelo né le 4 décembre 1941 !

 

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Plouffe, Plouffe, ce sera toi qui seras l’arrière-petit-fils de Théophile. Cela fait si longtemps qu’il attend un arrière-petit-fils, Théophile Plouffe, que pour fêter ses quatre-vingt-dix ans, Guillaume a décidé de lui faire un beau cadeau. Toute la famille Plouffe sera rassemblée, peut-être pour la dernière fois, mais pour les quatre-vingts ans du doyen la tante Cécile avait énoncé la même réflexion, alors il faut marquer le coup. C’est qu’il a de la ressource Guillaume à défaut d’être père.

Il « emprunte » le fils de sa logeuse, Jonathan, âgé de dix-huit mois officiellement, neuf mois officieusement, Guillaume n’en est pas à un mensonge près. Le comble réside en ce que l’arrière-grand-père lui trouve des traits de ressemblance, faut dire qu’atteint de cataracte, Théophile n’y voit plus guère. Les explications fournies par Guillaume leurrent les autres membres de la tribu et tout se passerait bien s’il n’avait l’idée saugrenue de coucher le gamin dans un tiroir de la commode qui trône dans la chambre qui lui est allouée.

Après une soirée bien arrosée, Guillaume entre dans sa chambre sans vérifier si le gamin repose toujours dans son caisson confortable puisque agrémenté de deux oreillers. Il a en tête de rejoindre sous sa tente sa cousine Marie-Laine, jeune fille au charme prometteur. Hélas il ne faut pas se fier aux apparences, et Guillaume tombera sur un bec, genre comédie de boulevard, et sera aussitôt catalogué comme dévoyé sexuel par sa parentèle. En pleine on peut se tromper n’est-ce pas ? Il subira un autre problème, outre l’affront nocturne, au petit matin. Jonathan a disparu, il n’y a plus de gamin dans le tiroir, parti, envolé, ce qui suscite une inquiétude légitime.

C’est un humour féroce qui prédomine dans ce petit roman ponctué de quelques expressions québécoises qui sentent bon le terroir. Mais ce roman aux personnages plus ou moins déjantés qui est un hommage au célèbre Fantasia chez les ploucs de Charles Williams, oscille entre deux mondes, celui de la ville et celui de la campagne, avec son lot de rebondissements propices à entretenir le suspense. Quand le hasard défie les plans les mieux préparés, ou presque, cela engendre inévitablement des quiproquos pleins de saveur. En réalité seule la couverture est sobre.


François BARCELO : Fantasia chez les Plouffe. Editions La Branche. Collection Suite Noire N° 36.

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 16:46

L’Evangile selon Saint Marc : Je te lessiverai…

 

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Avoir un mal de tête carabiné après s’être adonné à une soirée trop arrosée entre amis, c’est courant. Mais découvrir une femme nue sur la plage de Benidorm en Espagne, où Daemon vient de se réveiller l’esprit embrumé, cela l’est moins. D’autant que cette apparition tient entre ses mains la tête tranchée d’une autre jeune femme aux cheveux roux.

Tandis qu’à Paris, Patrick Boudou, le patron du magazine Paris Flash et trois autres de ses collaborateurs, dont Katie Jeckson la photographe, regardent avec horreur une vidéo qui vient de leur parvenir, Marc Torkan, l’ancien journaliste est en mission en Thaïlande, à Bangkok.

Dans les locaux de Paris Flash, le poids des mots le choc des photos, la vidéo reçue sous forme de fichier montre une jeune femme à la bouche distendue par un bâillon en forme de boule de caoutchouc de couleur rouge vif. Seul son visage apparait à l’écran mais en fond sonore les spectateurs peuvent entendre un moteur électrique similaire à une perceuse et une voix féminine prononcer en anglais Tuez-moi, tuez-moi. Un court message accompagne la vidéo et Patrick Boudou pense qu’il est destiné à Marc Torkan : mon nom est légion car nous sommes beaucoup. Un extrait de la Bible et plus précisément de l’Evangile selon saint-Marc.

L’informaticien de service, pourtant expérimenté, ne peut remonter à la source et Katie pense alors à l’un des amis hacker. Elle essaie de joindre par téléphone Marc mais celui ne répond pas à ses premiers appels. Enfin elle l’obtient et lui narre l’horreur qu’elle vient de voir sur l’écran de l’ordinateur, tandis qu’il lui annonce qu’il se trouve à Bangkok. Paris Flash est branché sur les émissions d’informations télévisées espagnoles. C’est ainsi qu’ils apprennent le drame qui s’est déroulé sur la plage de Benidorm. Aussitôt Katie est envoyée sur place accompagnée de Nathalie qui doit rédiger le texte. Circonstances aggravantes, peu après le tueur présumé est retrouvé mort, suicidé dans une maison ainsi que le cadavre de la jeune femme à la tête coupée. Katie et Nathalie parviennent à s’infiltrer dans la maison et prennent en photo une étrange inscription figurant sur un mur : Teknokillers. Comme l’homme que Marc et elle avaient traqué un an auparavant. Mais au pluriel. D’ailleurs une affaire similaire se produit en Hollande.

Pendant ce temps Marc, accompagné de Kiefer, un garde du corps imposé par une richissime femme d’affaires israélienne se démène à Bangkok. Elle a créé une association nommée Uriel, chargée d’enquêter sur les violences faites aux femmes de par le monde. Elle-même a perdu sa fille un an auparavant par la malveillance du Teknokiller. Le corps d’une jeune femme a été retrouvé flottant dans les eaux du Chao Praya, le fleuve qui traverse Bangkok. Sur place, Marc et son ombre Kiefer apprennent en soudoyant un haut gradé de la police qu’il s’agit d’une prostituée russe qui aurait voulu voler de ses propres ailes. Ils s’attachent les services d’un fixeur, un homme sensé les conduire où ils désirent, et rencontrer des personnes susceptibles de leur apporter des éléments de réponses ou des précisions. C’est ainsi qu’ils se rendent sur l’autre berge du Chao Praya, dans le quartier de Thonbury. Ils tombent dans un guet-apens dressé par des policiers mais grâce aux réflexes et à l’art de la guerre de Kiefer, ancien commando des forces spéciales israéliennes, ils parviennent à éliminer leurs agresseurs. Mais la partie n’est pas terminée. Et d’autres aventures mouvementées les attendent, d’autant qu’ils ne peuvent pas rejoindre leur hôtel cerné par les forces de l’ordre. Tout en fuyant à bord d’un taxi, Marc ne cesse de songer à la clé USB reçue quelques mois auparavant, contenant l’image de Jillian, présumée disparue à Bali lors de l’incendie d’une boite de nuit, incendie dans lequel aurait péri Ulrich Ladik, le Teknokiller. Un message était joint à la clé : ATTENDS. REGARDE. ECOUTE… ET REJOUE.

Point n’est besoin d’avoir lu la première aventure de Marc Torkan et Katie Jeckson, Le chant des âmes, pour comprendre cette intrigue mouvementée, puisque Frédérick Rapilly la remémore peu à peu au fil des chapitres. Mais il est intéressant de la lire, même après ce roman, tout en connaissant ou supposant connaître l’épilogue, car cela permet de mieux appréhender les différents personnages qui gravitent dans cette histoire.

Frédérick Rapilly est un spécialiste des thrillers, et il connait bien son sujet. Le chasseur présumé n’est-il qu’un appât, et pourquoi ?

Aussi les scènes d’action, de violence, les pérégrinations en tout genre, les rebondissements, les petits secrets concernant les personnages dévoilés peu à peu, l’imbrication de deux affaires n’ayant apparemment aucun corrélation, font que le lecteur ressort de cette histoire complètement abasourdi, d’autant qu’il ne peut lâcher, ou difficilement, le livre avant de connaître l’épilogue.

Le tout est empreint d’une musique techno ou rock. Chaque chapitre est annoncé par un extrait de compositions des Rolling Stones, Sympathy for the devil, Paint it black par exemple, Bob Sinclar y fait de la figuration intelligente et une playlist est déclinée et proposée en fin de volume.

Retrouvez Frédérick Rapilly sur son site : Thrillermaniac


Frédéric RAPILLY : Le chant du diable. Collection Thriller. Editions Critic. 252 pages. 16€.

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 14:30

 

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Alors qu’ils pensaient bénéficier d’une journée de repos au calme, dans la détente d’une complicité amoureuse et dinatoire, le commissaire Pieter Van In et sa compagne la juge Hannelore Martens sont dérangés par des coups répétitifs sur la sonnette de la porte d’entrée. Le petit-déjeuner composé d’une belle côte à l’os cuite sur le barbecue et d’un bordeaux bien frais est remisé à une date ultérieure. Ce visiteur impromptu n’est autre que Versavel, l’adjoint et ami de Van In.

Un triple meurtre vient d’être découvert dans une maison située sur les berges du canal de Damme, le quartier chic de Bruges. Louise Hoornaert et ses deux enfants ont été selon toutes vraisemblances assassinés. Un drame familial à première vue qui s’est déroulé quelques heures auparavant. C’est le jardinier qui a découvert les corps le lundi matin et le drame a eut lieu le dimanche dans la soirée. Louise a été abattue à l’aide d’un pistolet retrouvé près de son corps. Les enfants gisent dans leur chambre. La petite fille est en position assise dans un coin de la pièce, le petit garçon, le crâne fracassé à l’aide d’un marteau, allongé devant la fenêtre.

Le père de Louise est sur place, effondré, toutefois il ne tarit pas d’éloge sur son gendre Wilfried Traen, ce qui est suspect aux yeux de Van In qui a connu Traen à l’école primaire, un gentil garçon selon ses dires. Mais depuis il n’en avait plus eu de nouvelles jusqu’au jour du drame. Traen est considéré comme le présumé meurtrier mais son corps est retrouvé par les hommes de la Scientifique, dirigés par Vermeulen dans le grenier, pendu. La chaise sur laquelle il serait monté est renversée. Un suicide après le triple meurtre ? Pourtant, le couple s’entendait bien selon le père de Louise. Traen dirigeait une petite entreprise de recyclage informatique qui prenait au fil des ans de l’essor, avec l’aide financière de son beau-père.

Le légiste Zlotkrychbrto, d’origine polonaise, examine les corps avec sa minutie habituelle, plus habitué à palper, en tout bien tout honneur, les défunts, qu’à s’exprimer en bon flamand. Mais les éléments dont il dispose et encore pas tous car il faut du temps pour faire parler, façon d’écrire, les corps n’aident guère Van In.

Les journaux s’emparent bien évidemment de l’affaire et l’un d’eux titre même : Un altermondialiste extermine toute sa famille, photo prise lors d’une manifestation à l’appui. Altermondialiste Traen ? Première nouvelle. Il serait même l’auteur de deux ouvrages concernant l’économie. Fausse bonne nouvelle. Un journaliste avoue à Van In qu’il est l’auteur des deux ouvrages mais travaillant dans un journal qui ne manque pas de faire l’éloge du capitalisme, son nom en couverture aurait fait bondir les actionnaires.

Une prostituée, une respectueuse comme aurait dit Jean-Paul Sartre, aux charmes indéniables, et répondant au doux nom de Kitty Jouy, s’adresse directement à Hannelore en son cabinet pour se plaindre du manque de respect financier d’un homme politique et de Traen qui avaient eu recours à ses services et lui devaient de l’argent. Elle n’avait vu Traen que quelques semaines auparavant mais l’homme politique, dont le nom figure sur l’agenda de Traen est lui un client régulier.

Suite à un appel téléphonique anonyme, celle-ci est retrouvée morte dans son appartement, et cela obscurci l’horizon de Van In mais pas celui de son voisin habitant l’immeuble en face et qui possède un télescope pour admirer les oiseaux. C’est lui le drôle d’oiseau.

Cela ne résout en rien l’enquête et Van In ne manque pas, afin d’humecter ses neurones et permettre à leurs rouages de fonctionner librement, d’ingurgiter moult bières, des Duvel, précision pour les amateurs et les connaisseurs.

En épluchant la comptabilité de Traen, Van In et consorts se rendent compte que les comptes financiers du mort ne sont pas aussi florissants qu’il est parait. Pourtant, des boites de caviar ont été retrouvées dans son réfrigérateur et une réception était prévue pour le vendredi suivant.

Une piste se profile avec la découverte qu’un employé a été mis à la porte peu de temps auparavant et qu’il pourrait ressentir de la haine envers son ex patron. Mais ce qu’ignore Van In, c’est que la CIA, elle aussi, est sur le coup. De toute façon, la CIA est partout.

Si l’on peut comparer Van In à Maigret, la vie de couple du commissaire flamand est nettement plus riche en péripéties que celle du héros de Simenon. Van In croque, ou plutôt boit la vie avec gourmandise, tandis qu’Hannelore possède une aura, une présence indissociable auprès de la vie professionnelle et familiale de Van In. Ils vivent en couple, s’amusent beaucoup ensemble, ne négligent pas les moments d’intimité, traitent les affaires et les enquêtes ensemble mais les petits accros mettent parfois la pression, comme la bière, sur le couple. Van In professe envers les journalistes une certaine méfiance : Si Van In se méfiait des journalistes, c’était moins à cause des hommes eux-mêmes, car il s’entendait bien avec la plupart d’entre eux, qu’à cause de l’arrogance de l’institution. Mais il devrait se méfier surtout de ses réactions, surtout de ses réparties, lorsqu’il a abusé de la bière. Il est vrai que cette enquête se déroule alors que les conditions climatiques incitent plus à se désaltérer qu’à autre chose.

Versavel lui aussi possède sa vie privée. Il est homo, et se demande si la petite coucherie d’un soir avec un bel inconnu ne va pas influer sur sa santé. Quand au médecin légiste, Zlotkrychbrto, ce n’est pas tant sa pratique de sa profession qui est intéressante, mais sa façon de parler qui apporte la touche d’humour indispensable dans les moments tragiques.

 

Je ne sais pas si c’est le meilleur roman de la série Van In, mais c’est assurément, parmi tous ceux que j’ai lu, celui qui m’a le plus enivré… je veux dire intéressé, qui m’a le plus intéressé et est le plus abouti.


A lire également de Pieter Aspe : Pièce détachée, Le tableau volé, La mort à marée basse.


Pieter ASPE : Le message du pendu (Onder Valse Vlag – 2002. Traduit par Emmanuèle Sandron). Collection Van In 11. Editions Albin Michel.304 pages. 18€.

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 13:41

Ce manuscrit a connu un parcours étonnant que Joseph Bialot m’a dévoilé au Mans en novembre 1994, lors des 24 heures du Livre.

 

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Voici donc l’anecdote. Alors qu’il était régulièrement publié à la Série Noire, je lui avais demandé comment il se faisait que ce livre soit publié au Fleuve Noir. Il m’a répondu : J’avais envoyé mon manuscrit au Fleuve Noir et chez Rivages. Le Fleuve Noir m’a répondu le premier et j’ai signé aussitôt le contrat. Le lendemain, j’ai reçu une réponse positive de Rivages, mais c’était trop pour revenir en arrière. Pas courant, non ?

 

Balade dans un Paris promis à la démolition, aux promoteurs, et qui ne livre ses secrets qu'à ceux qui savent apprécier ses charmes séculaires, cet unique roman de Joseph Bialot, La main courante a donc été édité aux éditions Fleuve Noir en mars 1994.

Un incendie qui ravage un hôtel dans le faubourg Saint Antoine, ce ne pourrait être qu'un banal fait divers. Seulement la présence d'un truand égorgé retrouvé parmi les victimes fait tiquer le responsable des îlotiers du quartier. D'autant que le propriétaire de cet immeuble dortoir pour immigrés, décédé lui aussi tel une Jeanne d'Arc auvergnate, aurait revendu le bien à un promoteur.

Mais les deux îlotiers, compléments indispensables du commissariat et de la Crim, les Starsky et Hutch de Reuilly, un néo Français issu de Portugais et un Martiniquais fils de sorcier manipulateur de fonds et de paysanne beauceronne, sont aux premières loges de cette enquête et ne pensent qu'à alpaguer le coupable pour l'embastiller.

Les cadavres se reproduisent incongrument, les faux billets de cinq cents francs fleurissent sur le bitume, la petite amie de l'îlotier franco-portugais est retrouvée dans le coma et une petite vieille, tout en déplorant le manque d'ardeur de son défunt mari, vitupère contre un fantôme bruyant squattant son pavillon. Les tours de passe-passe entre immeubles mènent nos enquêteurs dans des impasses tandis qu'un loufiat jongle avec les faux papiers et un vrai bulletin de décès: le sien. Un ébéniste historien se contente d'étaler sa culture et l'on se demande lequel de ces personnages est le plus vernis.

Joseph Bialot raconte une de ces histoires dont il a le secret, puisant dans la nostalgie des vieux quartiers parisiens, imprégnant son récit d'une forte dose d'humour. Un livre à trois voix, les deux îlotiers prenant tour à tour la parole et s'immisçant dans ce duo, Diogène, un septuagénaire qui vit dans des containers à ordures, non par nécessité mais parce qu'il y retrouve la liberté et la solitude dont il est privé chez lui, et qui recherche désespérément Rommel, son chien mystérieusement disparu.

Cet ouvrage est une ode à la capitale, mais surtout à ces quartiers, petits villages dans la mégapole, dont les habitants se trouvent déboussolés lorsqu'ils en franchissent les frontières définies par des arrondissements arbitraires. On ne peut s'empêcher de penser à Léo Malet, chantre de ce Paris méconnu et qui désabusé ne mena pas jusqu'au bout son incursion parmi les mystères de Lutèce.

Joseph Bialot est décédé le 25 novembre dernier, et les éditions Rivages peuvent-elles rééditer ce roman qui le mérite ? La question est posée.

 

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De gauche à droite : Joseph Bialot, Jacques Mondoloni, Alain Demouzon et Emmanuel Errer/Jean Mazarin.


Joseph BIALOT : La main courante. Collection Crime Fleuve Noir N°47. Editions Fleuve Noir. 1994. 192 pages.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 13:54

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Long poème en prose, ce recueil est scindé en six parties principales passant en revue les créatures imaginées par Howard Phillips Lovecraft avec en tête de liste la plus connue et la plus immonde : Cthulhu.

La magie des mots scandés, slamés, en une déclamation répétitive et lancinante dans de longues phrases dont les virgules sont absentes la plupart du temps, juste suggérés par des soupirs. L’importance est dans la recherche des sonorités, et des mots qui sortent de l’ordinaire comme les créatures qu’ils décrivent. Des vocables qui obombrent le texte en fumées sombres, en marques obscures, en visions déformées ou déformantes, en hallucinations mystiques.

Cthulhu est ainsi décrit : Onirique titan jaune-vert indéfini cerveau d’azur noyé sous les eaux intangibles et multidimensionnelles de l’océan Pacifique dans la cité de R’lyehla morte aux moellons de sardoine et de jaspe englué de fins goémons ; emprisonné dans la mythique cité de R’lyeh aux frontons de cornaline aux innombrables tours et tourelles festonnées de dentelles d’algues polychromes…

On se laisse emporter par la magie des expressions comme sur une vague frangée d’écume, mais on plonge également dans les profondeurs ténébreuses de l’onde énigmatique.

Azathoth rouge et noir au fin fond des gouffres blancs qui sont le cœur des mondes ; au fin fond des gouffres blancs qui sont le cœur des mondes le cœur de nos songes et du royaume des ombres Azathoth rouge et noir bavote et bave obstinément au son strident et grêle de flûtes ivoirines qui furent jadis humérus ou fémur cubitus ou tibias bavoche et bave opiniâtrement au son monotone et voilé de tambours piriformes dont les peaux grisâtres et tendues furent anciennement l’enveloppe extérieure de milliards d’êtres vivants et pensants…

Penchons nous maintenant rapidement sur l’incohérent messager Nyarlathotep et ses déclamations incantatoires : je suis le vide vif-argent et l’absinthe sidérale dans quoi s’égarent en permanence vos âmes nauséeuses…

On ressort de ce recueil comme abasourdi, anesthésié, l’esprit embrumé sous l’influence d’une drogue lexicale éthylique et hallucinogène, et pourtant on ne peut que s’esbaudir à ces phrases itératives, emplies de couleurs polychromes foncées sublimées dans une déclinaison verdâtre, comme le plongeur gisant au fond de la mer regarde avec fascination tout ce qui l’entoure, objets en décrépitude, faune et flore entrelacées.

Un exercice de style habilement maîtrisé qui a dû demander à son auteur des heures et des heures d’écriture, de réécriture, d’absorption des écrits du maître afin de pouvoir enfiler les phrases les unes après les autres et transposer son univers onirique emprunté à HPL.

Comme il le signifie en début d’ouvrage :

Juste un peu de ses rêves avec des mots à moi

Juste un peu de mes rêves avec des mots à lui.


Christophe LARTAS : HPL Bloc d’éternité. Collection NOKHTHYS N°8. Editions de La Clef d’Argent. 52 pages. 7€.

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 08:59

Mais sans le docteur Alpha...

 

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Avec le recul, certains livres d’anticipation semblent un peu désuets, pour ne pas dire naïfs, candides dans leur expression écrite et dans le propos abordé. Ainsi Docteur Oméga, écrit en 1906, par Arnould Galopin, dont le patronyme renvoie à l’âge présumé de ses lecteurs, conte les tribulations d’un savant énigmatique, le docteur Oméga, et de ses deux compagnons, Fred et Denis Borel le narrateur, écrivain à succès qui s’est retiré dans un petit village de Normandie, fatigué de la vie trépidante parisienne.

Le docteur Oméga est un personnage mystérieux, dont les expériences tirent le bourg d’une certaine léthargie. Les deux hommes se rencontrent fortuitement, disons un hasard fortement aidé par Borel dont la curiosité avait été éveillée, et Oméga propose à Borel de l’aider dans ses recherches. Le savant vient de mettre au point un métal, la stellite, dont les propriétés défient la pesanteur. Un projet insensé germe dans le cerveau fertile du savant : grâce à ce métal, il va pouvoir aller sur Mars, en compagnie de ses deux disciples.

Evidemment lorsque l’on a connu les péripéties des lancements de fusées, des mises en orbites, des premiers pas de l’homme sur la Lune, les tribulations de nos trois amis semblent pour le moins farfelues. Les précisions scientifiques sont balayées d’un revers de plume, le narrateur précisant que le savant, ce n’est pas lui mais le docteur Oméga et que tout ce qui découle du domaine scientifique ne sont pour lui que données abstraites. Ce qui lui ôte une épine du pied, et lui permet de continuer à raconter son histoire sans que le lecteur puisse lui faire le moindre reproche ou relever des anomalies quelconques.

Pourtant les anomalies foisonnent comme la mauvaise herbe dans un jardin non entretenu. Il ne faut retenir que le côté merveilleux, étonnant, aventureux, dans le récit de cette exploration et lire avec une âme d’enfant, celle qui accepte mieux que les adultes les histoires fantastiques, où le fabuleux se le dispute à l’invraisemblable et qui charme les nuits blanches. Arnould Galopin usait de ficelles, comme le marionnettiste, mais les voit-on vraiment, ou alors si l’on garde les yeux fixés sur ces cordelettes qui agitent les membres des pantins fait-on abstraction du spectacle ? Les Américains et les Anglo-saxons ne s’y sont pas trompés puisqu’ils ont calqué leur Docteur Who sur le modèle du docteur Oméga. Arnould Galopin, comme la plupart de ses confrères feuilletonistes, se montrait aussi xénophobe, ce qui à l’époque ne dérangeait guère les esprits bien pensants. Et l’on pourra aussi remarquer les contradictions du narrateur qui laisse appliquer par le Docteur Oméga une action dont lui-même ne veut pas être la victime.

Ainsi, page 169, vitupère-t-il contre les Martiens : “ Qui sait …si nous ne serons pas réduits au rôle humiliant d’ilotes, de misérables domestiques ? On nous montrera sans doute comme des bêtes savantes… Nous irons de ville en ville enchaînés, tels des ours, muselés peut-être, et la maigre nourriture qu’on nous donnera, il nous la faudra gagner par notre docilité, notre soumission à nos maîtres !… ”. Je me garderai bien d’aller plus loin de peur de déflorer l’épilogue.

Au roman d’Arnould Galopin sont joints quatre textes mettant le savant dans parfois de périlleuses situations écrits par Chris Roberson qui met en scène également Albert Einstein, Travis Hitz, Matthew Baugh et Serge Lehman. Enfin le plaisir ne serait pas complet si ne figuraient pas de très nombreuses illustrations, signées Bouard et extraites de l’édition originale. On lira ce roman avec ce petit pincement au cœur qui surgit toujours lorsqu’on évoque son adolescence.

 


Arnould GALOPIN : Docteur Oméga. Rivière Blanche, Hors Série. Illustration de couverture : Gil Formosa. 300 pages. 20€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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