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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 07:47

Voyage au pays, des mères veillent !


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S’agit-il d’une forme de masochisme littéraire ? A première vue, il semblerait que oui car cela fait plusieurs mois que ce livre me nargue, jouant au yoyo dans ma PAL, descendant ou remontant au gré de mon humeur, mais toujours à proximité des yeux et des mains. Pourquoi ce rejet et cet attrait en même temps, vis-à-vis d’un roman dont j’ai lu ici ou là des chroniques positives et même laudatives. A cause du titre ? Je n’aime pas qu’on m’appelle ma puce. Oups (ça fait bien, ce n’est pas vulgaire, et démontre une certaine contrition de la part de celui qui prononce ce mot) ce n’est pas ma puce, mais Mapuche. Et qu’est-ce que cela signifie ? Je ne m’intéresse aux quatrièmes de couverture qu’après avoir lu le roman. A cause du lieu où se déroule l’intrigue ? L’Argentine, je le sais parce que je l’ai appris en glanant ici et là quelques renseignements, souvent par hasard, et en m’intéressant à autre chose. Mais en règle générale je ne suis pas plus intéressé par les histoires se déroulant dans les pays d’Amérique du Sud, que par ceux qui ont l’Europe du Nord pour cadre.

Et puis l’envie me titillant de plus en plus, et me disant qu’il était temps de sursoir à cette torture imposée, irréfléchie, et avouons-le imbécile, j’ai entamé la lecture. D’abord avec ce regard de l’entomologiste qui pense n’avoir découvert qu’une espèce d’insecte déjà recensée, puis après un examen approfondi se rend compte qu’il examine un cas rare.

Déjà, dès les premières pages, mais j’y reviendrai, je me suis senti en osmose avec quelques réflexions énoncées par Caryl Ferey, et de savoir que nous abondions dans le même sens, fit que je me suis laissé allé à continuer ma lecture balayant mes premiers préjugés. Ensuite l’histoire en elle-même, ou plutôt les personnages décrits avec réalisme, humanisme, empathie, et bien loin de la caricature.

Jana ne vit que par l’art. Elle est sculptrice et peintre, et la vente de ses œuvres lui suffit pour survivre. Elle est seule, n’est pas dispendieuse, mais elle est libre. Et cela vaut toutes les richesses du monde. Alors qu’elle s’escrime sur ce qu’elle pense être son chef d’œuvre, la carte du cône Sud de l’Argentine dressé sur un socle de béton et dont elle défonce à l’aide d’une masse les anciens territoires. Jana est une Mapuche, une ethnie qui a été dépouillée et quasiment décimée par les chrétiens lors de l’invasion espagnole.

Elle est dérangée en plein travail par un appel téléphonique émanant de son amie Paula. Paula est inquiète, elle n’a pas de nouvelles de Luz, un travesti comme elle qui tapinait avec elle sur les quais depuis six mois. Luz avait laissé un message vers une heure et demie, lui donnant rendez-vous à cinq heures. Il est sept heures et Paula est alarmée. Rendez-vous est pris au Transformer, une boite où Jana n’a pas mis les pieds depuis des années. Mais l’ambiance n’a pas changé, toujours aussi glauque.

Luz est retrouvée, son corps émasculé flottant parmi les immondices qui stagnent sur les eaux du Richuelo. Les policiers sont sur place et interrogent Jana et Paula. Mais cette dernière ne peut apporter que de vagues renseignements. Elle ne connait que le véritable prénom de Luz, Orlando. C’est tout.

Ruben Calderon est un rescapé des geôles clandestines de Videla, dans l’école de Mécanique de la Marine. Il avait été incarcéré, adolescent, puis après avoir végété quelques mois en cellule, libéré un jour de juillet 1978, sans aucune explication, lorsque l’équipe nationale d’Argentine avait gagné la coupe du monde de football. Son père, Daniel Calderon, poète de renommée internationale, avait quitté l’Europe où il séjournait pour rejoindre son pays, mais il avait été arrêté à son arrivée puis avait disparu de la circulation, tout comme sa jeune sœur. Elena, la mère de Ruben, avait alors pris la tête des Grands-mères de la Place de Mai. Ruben qui s’était tourné provisoirement vers le journalisme s’est alors installé comme détective, afin de retrouver les responsables des disparitions, d’hommes, de femmes, d’enfants. Et ce sacerdoce se fait dans la douleur, car la grande majorité des juges, des militaires qui officiaient sous la dictature ont été reconduits dans leurs fonctions.

Trente ans ont passés. Son ami Carlo, journaliste d’investigation ce qui n’est pas sans danger non plus, lui apprend qu’une de ses amies, Maria Victoria Campallo, photographe, avait essayé de le joindre sans résultat, lui annonçant qu’elle avait quelque chose d’important à lui montrer. Mais elle n’a plus donné signe de vie. Or Maria est la fille d’un important homme d’affaires de Buenos Aires, principal soutien du maire. Ruben veut bien, par amitié, essayer de retrouver la jeune femme.

Les chemins de Ruben et de Jana vont se croiser et remuer la boue. Les vieux fantômes ne sont pas loin et le voile qui recouvre les forfaits et les exactions des militaires durant les années de sang va peu à peu se déchirer. Mais les religieux ne sont pas non plus en odeur de sainteté, oubliant ce pour quoi ils se sont engagés, bafouant la vocation de charité, d’amour, de paix, de fraternité. Mais ceci s’est vérifié tout au long de l’histoire. Des enfants arrachés à leurs parents et adoptés par des personnes influentes sont au cœur de l’intrigue. Mais également les anciens militaires qui ont réussi à camoufler leurs méthodes sanguinaires et leurs responsabilités dans la dictature.

Mapuche est certes un roman noir car les événements décrits relèvent de l’histoire la plus glauque de l’Argentine, mais également un thriller car certaines des scènes proposées s’inscrivent dans la plus pure tradition du roman d’aventures. Spectaculaires elles sont narrées avec fougue, virtuosité, délire, enthousiasme, frénésie, violence, sauvagerie et le lecteur les vit, les ressent en étant littéralement au plus près de l’action.

J’allais oublier : La politique néolibérale de Carlos Menem avait conduit le pays en une spirale infernale à la banqueroute, avec à la clé accroissement de la dette, réduction des dépenses publiques, exclusion, flexibilité du travail, récession, chômage de masse, sous-emploi… le tout sous les encouragements du FMI. Et la tendance s’était inversée lorsque justement cette politique avait été abandonnée. Cela ne vous rappelle rien ? La Grèce par exemple, non ? Il est vrai que le FMI œuvre dans l’intérêt des financiers et non dans celui des pays.

Juste une petite erreur, à mon avis, dans une description de bagarre, de tentative de meurtre à laquelle est confrontée Ruben. Un homme derrière lui tend sur sa gorge une corde à piano. Pour se défendre Ruben attrape les testicules du tueur dans son dos et les tord. Sous la douleur l’homme recule. Je ne veux pas essayer cette figure de combat mais il me semble que l’homme qui tenait la corde à piano en reculant aurait dû trancher la gorge de Ruben. Or il n’en est rien. Tant mieux pour Ruben, sinon, l’histoire tournait court. Cela me laisse sceptique, mais comme je vous l’ai dit, je ne veux pas essayer.


Caryl FEREY : Mapuche. Série Noire. Editions Gallimard. 462 pages. 19,90€.

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 16:06

Entre l'espoir et le faux mage !

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Projet espoir : A la suite d’une “ dernière ” guerre mondiale qui se révèle être un véritable cataclysme, la Terre est scindée en deux entités. D’un côté les Tours et les Maîtres des Tours, personnages puissants mais que personne ne connaît, imposant l’ordre avec une armée de Brigade de sécurité composée de soldats appelés les Noirs, de l’autre la Cité, un territoire peuplé de mutants, tels les hommes-courtilières, les hommes poissons, les harpies, les Marqués, et les Normaux, en nombre restreint.

L’air est vicié, une brume acide plane sur les décombres, des nuées urticantes flottent au ras du sol, la nourriture est rare. Ces survivants traqués par les Tours et les Noirs, sont dirigés par le Sacrificateur qui selon les renseignements obtenus préparerait une subversion.

Cham et ses amis Lusi et la jeune Maud sont envoyés en mission afin de tuer le Sacrificateur. Ils s’efforcent de passer inaperçus, et sont pris en charge par deux Normaux mais sont démasqués. Lusi reste sur le carreau tandis que Cham et Maud parviennent à s’échapper. De retour aux Tours, ils se ressourcent dans un endroit paradisiaque, rare privilège. Il leur faut retourner accomplir leur mission, supprimer le Sacrificateur, avant que celui-ci parvienne à fédérer les différents habitants de la Cité. Et de la façon dont ceux-ci se comportent, cela ne risque pas d’être pour demain. Ils parviennent bravant moult dangers auprès de cet homme qui se montre affable et conciliant. Cham va alors découvrir que sa mission est peut-être un piège mais surtout qu’il peut changer le cours du destin de la Terre, hypothétiquement pour des jours meilleurs.

 

Le crépuscule des idoles : Suite à une déception amoureuse, Samuel, jeune adolescent de dix sept ans considéré comme utopiste, certains le qualifieraient d’anar, a tenté de se suicider en entrant dans un transformateur électrique. Le professeur Joly constate que si Samuel est mort cliniquement, son cerveau continue à travailler, et que son activité a même augmentée, dépassant nettement plus que la moyenne. Son activité cardiaque a également repris.

Relié à un ordinateur afin d’évaluer son encéphalogramme, et au grand étonnement du professeur Joly et d’un informaticien spécialiste de cybernétique, le docteur Sunday, Samuel semble correspondre avec la machine. Cette conversation mentale dépasse même l’entendement puisqu’il communique avec le Grand Coordinateur, l’ordinateur central qui régit les Etats-Unis d’Europe, lequel est aussi en liaison avec les autres appareils des grandes nations. En guise d’ultimatum, le Grand Coordinateur organise une panne immense qui perturbe le pays pendant quelques minutes.

Samuel est alors mis au secret, sous la garde d’androïdes, près de l’appareil devenu pour tous l’Idole, et ni sa famille, ni son amie Lydia ne peuvent le voir. Seul Sunday s’autorise le droit de visite. Bientôt le Grand Coordinateur prend des initiatives inattendues, telles que parler, émettre des avis, et pis, donner des ordres. Ainsi les dettes des pays pauvres sont effacées, des livraisons de provisions alimentaires sont distribuées, au grand dam des spéculateurs qui ne peuvent que constater les résultats. Tout semble en règle, personne, chefs d’états, informaticiens, banquiers, profiteurs, personne ne peut contester les décisions prises. Le système des vases communicants est engagé.

 

Ecrits au début des années 80 pour les éditions Fleuve Noir et la collection Anticipation, ces deux romans ne furent pas publiés car Daniel Piret fit partie de la charrette qui propulsa bon nombre d’auteurs, lesquels pourtant firent la renommée de la maison d’édition, vers la sortie par le bon vouloir d’un nouveau directeur.

Heureusement les manuscrits étaient bien rangés et ils n’ont pas pris une ride, même si l’action du Crépuscule des idoles se déroule en 2008, soit un avenir très proche au moment de l’écriture. Il est amusant d’ailleurs de comparer notre époque à celle décrite par Daniel Piret dans ce roman. Et comme déclare l’un des protagonistes : “ La morale n’a rien à voir avec la finance et le désintéressement n’est qu’une utopie ”.

Quant à Projet espoir, dont l’action se situe dans quelques millénaires, Daniel Piret nous propose la vision pessimiste mais réaliste d’une humanité déchirée. Comme toujours une majorité de pauvres hères est asservie par une minorité méprisante et arrogante. Seulement, les plus faibles, au lieu de s’unir, ne pensent qu’à s’entredéchirer, creusant un peu plus le fossé. Seul un humaniste, un utopiste penseront certains, qui fasse preuve d’abnégation, allié à un être doté de facultés dont il n’a pas conscience, peut faire pencher la balance et retourner la situation. Mais pour combien de temps ?


Daniel Piret : Projet espoir suivi de Le crépuscule des idoles. Préface de Rémy Lechevalier. Collection Rivière Blanche 2049. 248 pages. 17€.

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 11:17

Ou passion délirante ?

 

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Antoine est étonné de se réveiller avec dans son lit une inconnue, nue comme lui. Lucienne, dite Lulu, est moins déconcertée et impute cette situation scabreuse à l’absorption d’un verre de trop. Un coup de téléphone de son ami Théo dissipe rapidement le malentendu. La veille, Tony et ses copains ont fait la tournée des grands ducs et flirté avec quelques filles dont Lulu qui tenait le vestiaire d’une boîte de nuit.

Robert et Théo ont raccompagné, déshabillé et couché Lulu et Tony bien éméchés dans le lit du jeune homme pensant leur faire une bonne blague. Comme Lulu est consentante, ils sacrifient au réveil au démon de la chair. Tony est stupéfait de démontrer à la jeune fille sa virilité à plusieurs reprises. Ce qui le surprend, pensant être devenu plus ou moins détaché des plaisirs charnels depuis le départ de sa femme avec un homme plus fortuné que lui.

Lulu lui avoue avec candeur avoir connu plusieurs hommes et se faire entretenir. Sa situation de courtisane ne la gêne pas et ils adoptent vite un compromis. Elle s’installe chez Tony. Une sorte de contrat moral qui les satisfait, surtout au lit. Cependant Tony est un peu agacé par la propension de Lulu à mettre en parallèle ses précédentes aventures.

Chacun de leur côté, ils connaîtront d’autres aventures, sans lendemain. Le cœur n’y est pas. Ils se retrouvent avec plaisir et le mariage se profile à l’horizon.

 

Portrait d’une femme libérée avant la fameuse révolution sexuelle, Délire passionné joue beaucoup sur la métaphore et le subjectif pour décrire les scènes d’amour. Un roman à l’écriture ampoulée, vieillotte, mais sauvé par les situations modernes subies par les personnages.

 

Citation : Une femme sans homme c'est comme un petit chien sans maître. (Page 129).

 


DOLNEY Robert J. : Délire passionné. Collection Noire et rouge du Fleuve Noir (1953).

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 08:50

Y'a-t-il un homme dans son lit ?


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Jeune et jolie, veuve après seulement quinze mois de mariage, Renée est devenue solitaire et taciturne. Ce n’est pas l’accident qui a coûté la vie à son mari qui l’a rendue quasi neurasthénique, mais sa nuit de noces ratée. Vierge, elle a subi les assauts d’un soudard qui n’a pas su éveiller sa féminité.

Depuis, elle est devenue frigide. Au bout de quelques mois elle prend pour amant Dino, un ami de sa cousine Monique qui habite Neuilly. Quoique réputé comme Don Juan, et excellent dans ses rapports avec les femmes, Dino essuie un échec. Renée restée sur sa faim rompt et décide de changer d’air.

Elle passe quelques semaines en Suisse, prend un nouvel amant qui lui aussi loupe son entrée en matière. Dépitée par ce manque de résultat, elle s’installe chez Monique qui vit maritalement avec Raymond. Le couple, libre de mœurs, héberge un toubib reconverti comme musicien de jazz, Jimmy.

Renée confie à Monique ses problèmes de libido. La cousine n’a de cesse de décoincer la jeune veuve. Elle l’incite à vivre comme eux, partageant la salle de bains en toute simplicité. Elle lui vante les qualités viriles de son amant et lui conseille même de coucher avec. Une expérience qui une fois de plus s’avérera décevante. Lorsque Dino vient la relancer, elle accepte l’offre de Jimmy qui lui propose de partager sa chambre.

Les deux jeunes gens sont attirés l’un par l’autre, et ce qui doit se produire arrive au plus grand plaisir de Renée. Enfin !

Cette simple histoire d’amour paraît aujourd’hui bien fade. Les scènes érotiques n’ont d’érotique que le nom. Pourtant à l’époque certains ont crié au scandale. Que n’ont ils lu l’amant de Lady Chatterley !

L’auteur évoque surtout la poitrine de Renée, se complaisant à la décrire. Quant aux réactions de la jeune femme vis à vis de l’amour physique, il tente de les expliquer par de pseudos psychanalyses. Il reconnaît toutefois que l’aversion que Renée peut éprouver lors de ses rapports est due aux précipitations masculines, l’homme ne pensant qu’à son plaisir, même s’il est considéré comme un amant hors pair par ses autres conquêtes. En fait, c’est l’amour qui résoudra les problèmes de Renée.

 

Citation : Quand on trompe une femme, on peut faire tout sauf le lui dire ! (Page 42).

 


FAXEN S.T. : Ardeur secrète. Collection Noire et rouge. Le Fleuve Noir. (1952)

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 13:56

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En octobre 1949 paraît le premier roman d’une collection à tendance érotique, Rouge et Noire, bientôt surnommée par les collectionneurs La Flamme à cause du graphisme particulier de sa couverture : sur fond noir figure une incrustation rouge ressemblant vaguement à une flamme dans laquelle figure le titre. Un dessin réalisé par Guy Mouminoux, dessinateur qui passera rapidement la main, laissant la place à Michel Gourdon qui fera la carrière qu’on connait. Pour d’autres cette incrustation évoque un parchemin. Pour mettre tout le monde d’accord, disons un parchemin enflammé, ce qui serait proche de la vérité, ces romans étant considérés par les censeurs comme de véritables brûlots attentant aux bonnes mœurs. Il est à noter que ce genre de graphisme a été aussi tulisé par les éditions du Scorpion et les éditions de La Tarente. Elle est principalement alimentée par des auteurs “ cornaqués ” par Eugène Maréchal, qui dans un entretien dans le Petit Détective, affirme avoir non seulement fournis ses auteurs, mais écrit seul ou en collaboration, ou retravailler, des romans.

 Elle fut jugée pour l’époque comme tendancieuse voire érotique. Sous l’avalanche de procès qui l’atteint elle est abandonnée au bout d’une quarantaine de romans. Le genre érotique n’est pas à l’époque aussi sulfureux que l’on pourrait croire, et ce malgré les plaintes et jugements que subira la collection. Les âmes bien pensantes font pression peut-être sans avoir lu un seul roman. La plupart des romans dont les titres, il est vrai, sont aguichants, ne sont en réalité que d’aimables friponneries. Cela n’a pas l’heur de plaire à une cohorte de censeurs qui aujourd’hui doivent se retourner dans leurs tombes.


Parmi les auteurs qui se cachent sous pseudonyme, quelques-uns d’entre eux feront une carrière de longue durée. Seul René Poscia signe de son vrai patronyme. Parmi ces romanciers Jean-Martin Rouant et Joyce Lindsay par exemple qui de son vrai nom s’appelait Jean Brochet mais fit les beaux jours du Fleuve Noir avant d’émigrer vers les Presses de la Cité sous celui de Jean Bruce. Sous le pseudo de Ralph Bertis se cachait Victor Marie Lepage qui signa au Fleuve Noir sous l’alias de Zep Cassini mais est plus connu sous celui d’Ange Bastiani. Charles M. Marel n’est autre que l’anagramme de Eugène Maréchal, éditeur et écrivain belge qui avait créé l’agence Marchall. Harry Mitchell était tout simplement François Richard, le directeur littéraire du Fleuve Noir.

Pour les autres signatures : Lionel Rams = Jean Isnard ; Maurice Baccarat = Paul Darlix ; Eric Corten = Frédéric Certonciny ; Georges Mhorris = André Delpeuch ; Stéphane Lauran = S Delaur et Patricia Saint-Clair = Monique Dubois. Tous les autres auteurs de cette collection sont issus de l’agence Maréchal soit des auteurs belges qui se nommaient José-André Lacour, Jean Libert et Gaston Van den Panhuise (plus connus sous le pseudonyme de Paul Kenny), et Paul Kinnet.

Anecdote : dans un entretien accordé à Frank Evrard et François Ducos (Le Petit détective n° 8) Eugène Maréchal a précisé qu'un titre de cette collection a été écrit en une nuit par Jean Libert, Gaston Van den Panhuise et Paul Kinnet.

Cette collection, contrairement à ce qui est indiqué sur la liste ci-dessous, n’était pas numérotée et les achevés d’imprimer pratiquement toujours absent.

1 - Mitchell Harry : Elles ne sont pas toutes comme ça[Fév-49]chairbrulante.jpg

2 - Faxen St. : La fille à tout le monde [Avr-49]

3 - Higgins Barbara : Pas plus vicieuse qu'une autre[Jun-49]

4 - Baccarat Maurice : La cage aux vices [4/49]

5 - Lindsay Joyce : Le piège à femmes [4/49]

6 - Lindsay Joyce : Tout mais pas ça ! [Fév-50]

7 - Poscia René : Comment y résister [Jul-50]

8 - Higgins Barbara : Une fille en forme [Mai-50]

9 - Lindsay Joyce : Le vice dans la peau [Oct-50]

10 - Rams Lionel : Tu m'auras dans la peau [1950]

11 - Corten Eric : Cascade de voluptés [1950]frenesie.jpg

12 - Mhorris Georges : La rage passionnelle [1950]

13 - Higgins Barbara : Quand elles s'y mettent [1950]

14 - Lindsay Joyce : Chair brûlante [1951]

15 - Rams Lionel : Les possédées du diable [1951]

16 - Faxen St. : Vertiges sensuels [1951]

17 - Bertis Ralph : Dangereuses étreintes [1951]

18 - Rouant Jean - Martin : Tentations [1951]

19 - Higgins Barbara : Troublantes aventures [1951]

20 - Lauran Stéphane : Une fille est passée [1951]

21 - Buxton Andrew : Le diable en femme [1951]

22 - Faxen St. : Frénésie amoureuse [1951]

23 - Anders Alex : Fureur du désir [1951]nuesurroute.jpg

24 - Marel Charles M. : Magie voluptueuse [1951]

25 - Buxton Andrew : Ardentes folies [1952]

26 - Anders Alex : Audace interdite [1952]

27 - Faxen St. : Griseries [1952]

28 - Wehller Edgard : Péchés de jeunesse [1952]

29 - Buxton Andrew : Amours brûlantes [1952]

30 - Marel Charles M. : Caprices de feu [1952]

31 - Dissen Walter : Insolente nudité [1952]

32 - Faxen St. : Ardeur secrète [1952]flamme4.jpg

33 - Anders Alex : Démon torride [1952]

34 - Dissen Walter : Extase de la chair [1952]

35 - Bergen Eric : Désirs et convoitises [1952]

36 - Buxton Andrew : Passions [1952]

37 - Bryal Serge : Vibrante sensualité [1952]

38 - Wehller Edgard : Corps de feu [1953]

39 - Saint - Clair Patricia : Jeux d'amour [1953]

40 - Dolney Robert J. : Abîmes de plaisir [1953]flamme5.jpg

41 - Wehller Edgard : Ardents conflits [1953]

42 - Bryal Serge : Amoureuse volupté [1953]

43 - Wehller Edgard : Fille de feu [1953]

44 - Saint - Clair Patricia : Nue sur la route [1953]

45 - Dolney Robert J. : Délire passionné [1953]

46 - Wehller Edgard : Extase sans fin [1953]

47 - Bryal Serge : La soif du plaisir [1953]

 

Sources diverses dont le site Littérature Populaire.

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 17:07

Ardéchois Cœur fidèle ?

 

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Le corps de Boris vient d’être incinéré au crématorium de Valence. Ce qui n’est qu’une prolongation, un aboutissement puisque Boris avait été carbonisé dans l’accident de voiture qui lui a coûté la vie. Diane, sa femme, se retrouve seule avec sa fille la petite Mélodie et son chien Milord. Seule ? Pas tout à fait puisque Gatien, leur ami Gatien depuis trois ans lui propose de rester dormir à la maison, chez elle à Flaviac Elle a couché un fois avec Gatien, un accroc, mais c’était juste un accident de parcours, une passade. Et puis Boris était absent, comme trop souvent, parti en Jordanie pour vendre des plans de climatisation aux représentants d’une usine de transformation de produits agricoles. Mais elle refuse cette immixtion, préférant se réfugier chez ses parents.

Diane est libraire à Privas et alors qu’elle s’apprête à monter dans sa voiture pour se rendre à sa boutique, elle aperçoit sur le capot le cadavre d’une pie à la tête tranchée. Bizarre ce cadavre de volatile déposé là, par un oiseau nocturne. Quoique les pies en général ne volent pas la nuit. Elle préfère fermer l’échoppe quelques jours afin d’avoir le temps de se retourner. Après un après-midi et une soirée passés chez ses parents, afin de mettre au point quelques détails concernant la garde de sa fille, elle rentre chez elle. Elle est importunée par un appel téléphonique, mais c’est Anonyme qui l’appelle. Anonyme mutique. Elle se résout à requérir la présence de Gatien, mais elle le prévient, et il est d’accord, ce sera en tout bien en tout honneur.

Gatien instille dans l’esprit de Diane la suspicion que cet accident n’est pas naturel. En effet l’agenda de Boris n’a pas été retrouvé, de même que les clés de voiture. Elle devra s’en référer à la maréchaussée.

A Privas un certain Pierre-Etienne, alias Poséidon, est confronté à une énigme. Il est en possession d’un document, épais de trois-cents feuillets qui alignent des groupes de cinq signes, lettres et chiffres mélangés. Il ne s’agit pas de participer à un jeu télévisé mais bien de décrypter ce document pour le moins hermétique. Il se rend à Chomérac où il doit rencontrer un vieil ami, Albert Faragues, qui était franc-maçon et pouvait éventuellement l’aider à déchiffrer les messages codés. A l’imparfait car Albert Faragues est décédé, victime de la piqûre d’une veuve noire. Pas une femme, mais bien un arachnide, spécimen assez rare dans l’ardéchois. Et cette bestiole a semble-t-il essaimé, car la femme de ménage d’Albert est découverte morte elle aussi dans les mêmes conditions. Une épidémie pour le moins étrange.

 

Plus spécialisé dans l’écriture de romans de science-fiction et de fantastique, Gabriel Jan se tourne avec bonheur vers le roman policier depuis quelques années. Ce qui n’est pas incompatible, me rétorquerez-vous, et j’en conviens. De glorieux aînés ont touché à tous les genres de la littérature dite populaire avec talent. Et Gabriel Jan aborde donc la littérature policière, cataloguée classique, mais en se renouvelant. Si Meurtre à Jaujac frisait le meurtre en chambre close et était franchement humoristique, Meurtres à Chomérac se veut plus complexe, avec résolution d’énigmes codées, et lorgnant vers l’espionnage ou le contre-espionnage. Exit donc l’humour, mais pas le bon sens dont fait preuve Gabriel Jan dans les réflexions émises par les personnages.

Ainsi : Inutile de commencer un ouvrage s’il n’a aucune chance de voir le jour. Cependant, tu le sais mieux que moi, les éditeurs n’aiment pas prendre de risques. Ils marchent au son de la musique. Ils éditeront un bouquin qu’ils auront refusé deux ans plus tôt, sous prétexte d’un nouvel engouement du public pour le sujet traité. La plupart ne sont que des marchands de papier.

C’est ce que j’appelle de la lucidité.


A lire du même auteur :  Par le rêve et la ronce, Le réveil des menhirs,  Qui veut tuer le roi Henri,  Ys le monde englouti,  Meurtre à Jaujac.


Sans oublier un portrait de l'auteur.


Gabriel JAN : Le mort qu’il faut assassiner. Meurtres à Chomérac. Editions E&R La Bouquinerie. 192 pages. 13€.

 

challenge régions

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 15:26

Hommage à Pierre Bourgeade, né le 7 novembre 1927.

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Mais que dit Di ?

Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, est par définition un homme curieux, aussi c’est avec plaisir qu’il se rend, à l’invitation de son ami Papa Bombo, faux prêtre haïtien vaudou mais véritable charmeur, au sacrifice d’un coq dans l’enceinte du Père Lachaise. Une cérémonie au cours de laquelle le volatile est égorgé.

Deux soirées plus tard, nouvelle mise en scène et miracle, le gallinacé ressuscite comme si de rien n’était. Ce qui donne une idée à Gabriel, premièrement pour faire plaisir à Chéryl, deuxièmement pour faire la nique à la couronne d’Angleterre, troisièmement parce que ce thème n’avait pas encore été évoqué dans ses aventures. Bref, ressusciter Lady Di dont le véhicule a bêtement embrassé un pilier du souterrain de l’Alma.

Pour Papa Bombo, pas de difficultés majeures mais les deux hommes doivent d’abord se rendre clandestinement dans la propriété du comte Althorp, sur la petit île où réside le corps de la princesse. Opération réussie, pour la plus grande joie des admirateurs et fans de la ressuscitée, des journalistes, de Chéryl bien évidemment, mais tout ceci au grand dam de la maison royale qui n’avait pas besoin de ce genre de publicité.

 

Atmosphère de magie, de fantastique, images d’apocalypse également pour ce roman qui nous dévoile une nouvelle facette du Poulpe. Mais la Princesse des cœurs n’était pas de sang noble à cent pour sang, alors pourquoi ne pas défier la monarchie régnante. Après tout, il s’agit bien d’une œuvre de fiction et l’auteur a le droit de débrouiller son intrigue comme il en a envie. Et ce ne sont quand même que des personnages publics, non mais. Un petit livre charmant qui nous change du sérieux avec lequel certains s’enveloppe pour faire passer des messages.Pierre_Bourgeade.jpg


Pierre Bourgeade : Gab save the Di. Le Poulpe N° 214, éditions Baleine. 8€.

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 17:13

Les souris vont-elles lessiver le chat ?

Jean-Paul NOZIERE : Le chat aux aguets.

S’appeler Mouse et avoir un père qui se prénomme Donald, il fallait peu de choses pour que le jeune Yonis soit surnommé Mickey. Et bien évidemment Mylène, le bébé avec qui il a été élevé a tout de suite eu droit elle aussi à son alias qui ne pouvait être autre que Minnie.

Les deux gamins, qui n’ont qu’un jour de différence, ont été élevés ensemble, les parents vivant les uns près des autres. Les deux maisons sont situées dans un immense parc entouré d’un mur et séparées par une rivière, l’Agon. Donald Mouse est chirurgien dentiste et sa femme écrit des romans pour enfants, qui n’ont pas grand succès mais elle persévère dans son entreprise malgré tout. Le père de Minnie est architecte et sa mère, qui travaille dans la publicité est toujours pas monts et par vaux. Ce sont les grands-parents, Louis et Joséphine, qui s’occupent en grande partie des loupiots. Des inséparables, des jumeaux, des siamois presque. Déjà dans le parc qui les empêche de vadrouiller dans les pièces, ils s’embrassent sur la bouche. Les années passant, cette fusion ne s’est pas démentie et cela amuset les parents.

Grand-père Louis, un ancien d’Algérie, vitupére contre les arabes, les fellouzes comme il dit, et cache même sous la paille dans le grenier, une dépendance à proximité des maisons, un vieux fusil de l’armée. Il apprend à Mickey à s’en servir et le gamin montre des dispositions étonnantes pour son âge. C’est Minnie qui raconte en voix off l’histoire de leur jeunesse puis du dérapage, et ce qui s’est passé après ce qui fut considéré comme un accident.

Depuis la mort de sa femme Irène et son départ à la retraite, l’ex commandant Christian Milius, alias Slo, s’ennuie à Blovac. Alors il vend son appartement, racle les fonds de tiroirs et s’achète une grande maison à Sponge, afin de créer une agence de détectives privés en association avec Yasmina Rihali, la sœur de Slimane dont nous avons pu suivre les aventures dans des romans précédents et qui devraient être réédités chez Rivages. Son ancien chef de service, avec lequel il ne s’entendait guère, le convoque et lui demande de reprendre officieusement du service. Bénédicte Latax, leur collègue, a été assassinée trois semaines auparavant et il n’a aucun début de piste. De plus dans quelques jours le Président de la République doit faire étape à Blovac et les policiers sont sur les dents. Slo n’avait pas d’atomes crochus avec Bénédicte mais il accepte néanmoins la mission qui lui est confiée. En compagnie de Yasmina il se rend sur la tombe de la jeune policière et ils découvrent une mise en scène pour le moins énigmatique. Des sujets de porcelaine ont été disposés comme s’il s’agissait d’un jeu genre Cluedo. Un chat, un agneau, un chien, un club de golf et une boite d’allumettes.

De plus un DVD a été déposé dans la boite aux lettres chez Bénédicte et au visionnage cela s’avère une véritable énigme. Une jeune femme assise dans une voiture regarde à travers la vitre et pleure. Une avalanche de larmes qui dure environ cinq minutes sans interruption. Pas d’explications en complément à ce DVD.

En poussant plus avant leurs investigations, Slo et Yasmina découvrent qu’un autre meurtre a été perpétré sur la personne d’un propriétaire d’une concession automobile. Un assassinat à l’aide d’un club de golf et en rendant visite à la famille de Christian Rotaru, le défunt, des objets similaires sont retrouvés. Aucun doute, quelqu’un s’amuse à vouloir signer ses forfaits. Un autre assassinat a été perpétré sur la personne d’un professeur, meurtre réalisé par l’attaque d’un chien et là encore des figurines, mais en nombre plus restreint.

Entre les chapitres relatant l’enquête de Slo et Ysamina, la petite voix s’intercale et peu à peu le lecteur découvre le parcours amoureux et chaotique de Mickey et Minnie.

Entre passé qui ressurgit et enquête au présent, Jean-Paul Nozière jongle et le lecteur, s’il croit tout connaître au fur et mesure de la lecture et se dit, bon je sais comment cela va finir, se trompe. En effet, une grande part du mystère n’est dévoilée que progressivement, sur la fin, mais ce n’est pas véritablement l’enquête qui prime. Jean-Paul Nozière reprend un de ses thèmes qui lui sont chers, l’Algérie et ce qui fut la guerre pour les uns, une révolte et une révolution pour d’autres, un conflit sanglant et meurtrier pour tous, et les cicatrices physiques et psychiques qui perdurent encore. Certains des combattants français envoyés au front sont revenus traumatisés à vie.

Mais ce roman fera aussi penser à ces héros enfantins de la littérature, Paul et Virginie en tête ou encore Miette et Silvère de Zola dans la Fortune des Rougon. Des amours juvéniles qui débutent comme des contes de fée, des amours attendrissantes, telles que l’on aurait aimer connaître dans notre jeunesse sans se demander ce que le verbe aimer voulait vraiment dire, une fusion exacerbée au fil des ans, des contrariétés qui se greffent, l’indulgence des parents puis leurs réticences.

Jean-Paul Nozière traite aussi de la solitude via le personnage de Christian Milius. Il forme avec Yasmina, qui n’est pas gênée de monter ses charmes à son ami qui lui l’est gêné, un couple ambigu. Le rhum blanc La Mauny (50° et un parfum qui n’a pas son pareil) les réconforte lors des moments de déprime, et le chien Bogart, qui se fait vieux, ne leur est plus de grand secours. Mais Slo est taraudé par la mort de sa femme Irène et ses enfants, un garçon et deux filles, ne lui donnent de leurs nouvelles qu’avec parcimonie.

Et comme la politique n’est jamais bien loin, intéressons nous au cas de Christian Rotaru, le concessionnaire automobile d’origine romani et qui a fait fortune. Il fait don à l’UMP de fortes sommes mais pour une fois lorsque le trésorier local du parti le sollicite, il regimbe. Ton président que tu es si fier d’accueillir à Blovac et que j’ai soutenu de mon fric pendant des années, vire les Roms de France, les présente comme des voyous voleurs, casseurs et j’en passe. Il les fourre dans des avions, trois cents euros en poche, les expédie en Roumanie. Il agit ainsi pas seulement avec les Roms. Il encourage la xénophobie. L’ennemi est l’étranger. Bref cette politique pue. Cela fait du bien parfois de vider son sac, de l’écrire, et peut-être de se sentir en phase avec une majorité de personnes qui combattent l’ostracisme, la ségrégation, le racisme. Une réussite de plus à mettre à l’actif de Jean-Paul Nozière. Mais en France on n’a pas de Sarah Palin, cela se saurait.

 

A lire du même auteur : Cocktail Molotov, Je vais tuer mon papa, Dernier tour de manège et pour les adolescents : Un été algérien et  Le ville de Marseille.

 
Jean-Paul NOZIERE : Le chat aux aguets. Rivages Noir n°890 ; Editions Rivages. 352 pages. 8,65€.

 

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 15:08

Les comptes de fée !

 

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« Vous êtes bien Clinty Dabot, le célèbre handicapé ? » A cette question, posée par une charmante jeune fille, le narrateur ne peut répondre que oui. Célèbre dans son quartier, il s’appelle effectivement Clinty et est handicapé. Il n’est pas encore minuit, et Clinty se demande bien qui vient l’importuner à cette heure indue alors qu’il regarde un dessin animé à la télévision. La jeune fille, en pleurs, se présente : Je suis la fée Benninkova, j’ai envie de faire pipi, j’ai perdu ma baguette magique et je suis poursuivie par les Lutins noirs. Le premier petit problème réglé, Clinty et la fée Benninkova, qui n’a plus rien d’une fée sans baguette, commencent à discuter, surtout Clinty qui s’épanche.

Il a tant de choses à dire, à raconter, et la Fée Benninkova est si attentive. Elle peut se le permettre, d’ailleurs ce n’est qu’un geste de courtoisie, car Clinty a accepté de lui commander une baguette de remplacement. Par téléphone, avec envoi contre-remboursement, à son nom et à son adresse. Alors en attendant la réception de l’objet indispensable à tout statut de fée qui se respecte, ils papotent. Clinty était un assoiffé de documentation sur la femme, sur son anatomie, sur le mystère du charme du sexe dit faible et il a trouvé son bonheur, les réponses à toutes ses interrogations et plus avec Marylène, hôtesse de caisse.

Marylène qui va se marier avec Raoul, un gars qui ne lui arrive pas à la cheville, chef de rayon aux accessoires automobiles dans le même supermarché que Marylène. Clinty est invité à la messe de mariage mais pas au repas qui doit s’ensuivre. Et ça, Clinty ne le digère pas. La Fée Benninlova écoute religieusement, avec une patience de fée, Clinty raconter comment il a fait la connaissance de Marylène, l’opulente, la pulpeuse Marylène en effectuant ses emplettes malgré sa patte folle et son dos qui se tord. Marylène après bien des difficultés consent à venir le retrouver dans sa tanière.

Subjugué, Clinty lui a demandé après plusieurs visites qu’elle lui montre un sein. Evidemment Marylène n’est pas une femme facile, vénale, elle se récrie et devant le désarroi de son hôte, elle accepte finalement mais contre une petite rétribution : l’équivalent de vingt kilos de sucre. Proposition tout de suite acceptée par Clinty et avec enthousiasme qui plus est. Ah cette jouissance des yeux ! La visite d’après il lui demande de lui montrer l’autre sein, Marylène veut bien, toujours contre l’équivalent de vingt kilos de sucre. Enfin, la bouche sucrée il requiert de pouvoir comparer les deux, en échange de trente kilos de sucre. Et c’est l’engrenage, avec les réticences habituelles. Le nombril lui coûte six paires de draps. Mais comme il le déclare à sa visiteuse : « La femme nue est rare dans la vie d’un handicapé. Ce qui est rare est cher. Mais ce qui fait du bien n’a pas de prix ».

Lorsqu’il veut apercevoir une autre partie du corps, la partie charnue et arrière de Marylène, les pourparlers se révèlent longs, interminables. Faut la comprendre aussi cette pauvre Marylène (enfin pas si pauvre que ça depuis les bontés octroyées par Clinty subordonné par son désir, son besoin, sa soif d’explorateur charnel) Marylène qui estime que ses fesses, enfin les fesses d’une caissière, étaient soumises à d’abominables déformations professionnelles.

 

Même si la phrase sacramentelle Il était une fois ne débute pas ce récit le lecteur entre véritablement dans ce conte de fée, ou plutôt ce qui devient rapidement un compte de fée. Une histoire émouvante, poignante, attendrissante, d’un handicapé qui ne pense qu’à ça, c’est-à-dire découvrir la femme dans sa nudité, pouvoir en profiter comme un explorateur découvre une terre inconnue qui se refuse à lui. Il lui faut beaucoup d’abnégation, de persuasion, de sacrifices, d’éloquence et de dons financiers car la plantureuse caissière joue les jeunes filles effarouchées à la moindre proposition honnête. Ne la paie-t-il pas pour ce déshabillage qui se déroule sur de longs mois, et qui lui coûte la peau… de ses économies. Une histoire charmante et pas forcément morale qui met en scène les difficultés d’un handicapé à pouvoir jouir des petits plaisirs de la vie comme tout un chacun. Un roman dans lequel le mot onirisme prend toute sa signification. Franz Bartelt possède à son actif plus d’une trentaine d’ouvrages dont deux Séries Noires : Le jardin du Bossu et Chaos de famille.


Franz BARTELT : La fée Benninkova. Editions Le Dilettante. 160 pages. 15€.

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 17:30

Le vert : à moitié vide ou à moitié plein ?

 

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Le narrateur s’est fixé un but, une mission, un sacerdoce : traquer les faiseurs de guides qui dégradent le monde par leurs publicités, le dévoilement des secrets, l’envoi de nouveaux prédateurs...

Car divulguer la beauté des sites peu fréquentés et les proposer à tous engendre un afflux de touristes qui dégradent ces lieux et leur font perdre leurs charmes. Et c’est anti écologique selon le Tuard, dont le nom est le raccourci de Tueur de routard. Tout est pensé pour le plaisir des touristes et des guides sont payés pour découvrir les petits coins sympathiques, la nature sauvage afin de les offrir en pâture à des individus qui vont tout détériorer. Il est contre ces voyages organisés qui favorisent le déploiement de gaz carbonique, de vapeurs d’essence et le réchauffement climatique.

Et lorsqu’il tue un de ces guides à la recherche d’un nouveau terrain de chasse à proposer à ces prétendus amoureux de la nature, la vraie, il le fait dans les règles de l’art. Il maquille ses forfaits en accidents, et bien entendu les endroits réputés paisibles deviennent des lieux à éviter car dangereux.

Son nouveau terrain de chasse programmé se situe en Franche Comté et en Lorraine. Pour l’aider dans cette mission, Monty, jeune géant ancien sapeur des forces de l’ONU en Bosnie, dont le point de fixation est les éoliennes. Il fait Kourou, c’est-à-dire qu’il truffe d’explosifs les pieds des éoliennes afin que les engins dressés comme des fusées se prennent pour une fusée Ariane sur une base de Kourou délocalisée.

Tout ceci aurait pu durer longtemps si le grain de sable ne s’était pas glissé dans l’engrenage.

Dans cette nouvelle, Jacques Mondoloni s’amuse à mettre en avant les fausses valeurs de l’écologie, de cette mode qui veut que l’individu fasse un retour à la nature parce que c’est bien, parce que c’est tendance, parce que c’est sain, sans se rendre compte que souvent il va à l’encontre de la véritable écologie. En réalité, cela devient le nouveau poumon de l’économie, en douceur, insidieusement. D’ailleurs ne trouvons pas dans des endroits que l’on supposait vierge, là où la main de l’homme n’avait pas mis les pieds !, des emballages de sandwich, des bouteilles, des tubes de crème solaire, des déchets divers. Ce que l’on appelle peut-être le tourisme raisonné.

 

Le carton jaune est adressé à l’éditeur qui propose ce petit livre au prix de 12,95€. Un peu coûteux à mon avis, d’autant que d’autres petits éditeurs, ceci n’est pas péjoratif, offrent des livres pour le même prix ou presque avec un nombre de pages multiplié par trois ou quatre. Il me semble qu’un éditeur qui veut se faire une place au soleil et conquérir des lecteurs se doit d’être moins onéreux. Je ne suis pas un économiste, d’ailleurs ceux-ci établissent souvent des diagnostics souvent à l’encontre du bon sens, mais il vaut mieux vendre plus d’exemplaires à petit prix que moins et plus cher. Mais ceci n’est que mon avis.


A noter que cette nouvelle-roman a été prépubliée dans L'Est républicain à partir du 31/08/2011.


Jacques MONDOLONI : Le guide du tuard (Halte au réchauffement climatique) Collection Osaka, éditions Oslo. 56 pages. 12,95.

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