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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 15:52

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Sans le personnage d’Arsène Lupin, le nom de Maurice Leblanc serait-il toujours à l’honneur chez les éditeurs et dans nos bibliothèques ? Il est probable que non. Pourtant Arsène Lupin n’est qu’une maigre partie de l’œuvre de Maurice Leblanc et grâce à ce dossier vous pourrez en savoir un peu plus. Mais auparavant, je vous invite à découvrir cette revue telle que je le pratique régulièrement avec toutes revues.

Je m’approprie la revue comme l’abonné d’un quotidien parcourt le matin sa gazette, d’une façon systématique, l’ouvrant à la page qui l’intéresse : les courses hippiques, les sports, les programmes télé, les petites annonces ou encore la rubrique nécrologique, avec le secret espoir dans ce dernier cas de ne jamais y voir figurer son nom. Trêve de tergiversation et entrons donc en passant par la case Sommaire :

D’abord Les chroniques avec Le Front populaire et Le courrier des lecteurs. Toujours intéressant le courrier des lecteurs puisque ceux-ci se manifestent afin d’apporter des compléments d’information sur des dossiers précédents. Dans le Front Populaire, recensement de quelques ouvrages dont la parution peut échapper au commun des lecteurs, la diffusion étant quasiment confidentielle. Ainsi deux ouvrages sont parus récemment, l’un concernant Michel Gourdon, le mythique illustrateur des éditions Fleuve Noir, l’autre sur Jef de Wulf qui fit les beaux jours notamment de l’Arabesque. Deux hommages sont rendus à Roland C. Wagner, romancier, et Jacques Goimard, spécialiste incontesté de science-fiction, critique et éditeur. Il est bien entendu question des rééditions, dont celles de Gaboriau, chez Omnibus et surtout chez Pascal Galodé qui a remis à son catalogue La clique dorée, roman qui n’avait pratiquement jamais été réédité. Sont également cité des ouvrages de Charles Monselet, La Franc-maçonnerie des femmes, ou Fortuné de Boisgobey, Rubis sur l’ongle , dans la collection Labyrinthes du Masque. J’en profite pour asséner un petit Pan sur le bec à l’encontre du scripteur de l’article sur ces rééditions. Il se plaint (à juste raison) que des coquilles soient disséminées ici et là dans le texte de ces romans. Hélas, son texte en comporte aussi : On vole de enfants à Paris de Louis Forest ou encore On avait repéré sa mis en ligne récemment.


Mais ne soyons point moqueur et intéressons-nous à ce qui constitue le plat principal de cette revue. Les Textes de Maurice Leblanc dans lesquels Arsène Lupin n’apparait pas ou artificiellement.

Dans son article Usurpations d’identités, Marc Georges revient sur quelques romans dans lesquels Arsène Lupin n’apparaissait pas originellement mais dont, pour des raisons probablement éditoriales, les aventures lui ont été attribuées. Le même Marc George nous invite à découvrir les Contes héroïques signés Maurice Leblanc parus dans diverses revues comme Gil Blas, Le Journal et l’Auto et dont certains sont publiés dans cette livraison et dont je vous entretiens plus bas.

Jacques Baudou nous signale quelques romans policiers dont Lupin n’est pas le héros tandis que Daniel Compère nous offre une facette de Maurice Leblanc méconnue, celle de son apport à la science-fiction, et que Hervé Lechat se penche sur une production sur laquelle j’aurai le plaisir de revenir : Maurice Leblanc saisi par la débauche. En lisant les contes héroïques de Maurice Leblanc peut-être partagerez vous le sentiment de Noëlle Benhamou qui écrit l’article Maurice Leblanc, conteur et romancier : disciple de Maupassant ? une interrogation à laquelle on peut répondre par l’affirmative.

Jean-Luc Buard, toujours aussi sobre et érudit a sorti de ses archives un texte peu connu dont le titre peut prêter à confusion mais se révèle édifiant : L’Aiguille creuse. En effet dans cet article qui se veut référence au roman éponyme, l’auteur expose l’envers du mécanisme des machinations littéraires qu’il [Maurice Leblanc] s’ingénie à combiner pour le plaisir du public, et qui n’ont pas attendu l’avènement d’Arsène Lupin pour fonctionner.


La revue ne serait pas ce qu’elle est si elle ne comportait pas des exemples concrets de la valeur intrinsèque de l’auteur auquel elle est vouée. Aussi quelques contes, préfigurant peut-être une réédition attendue et bienvenue, nous sont proposés, issus des journaux et magazines auxquels Maurice Leblanc collaborait avec assiduité, pour la plus grande joie des lecteurs.

Ce sont des contes émouvants, tragi-comiques, insolites, mettant en scène des personnages ordinaires, tellement ordinaires qu’ils se dévalorisent. Dans les Contes de guerre, par exemple, un Poilu ne se rend pas compte qu’il a fait acte d’héroïsme, d’altruisme et de courage (La lettre à Catherine), ou encore ces deux braves militaires fauchés pour qui le mot probité est inconnu mais qui se comportent comme peu de gens le feraient dans les mêmes conditions (Le portefeuille). L’ironie et le dérisoire se côtoient. Un cabotin enrôlé malgré son âge et son manque d’enthousiasme, va interpréter son meilleur rôle en créant une version inédite du théâtre aux armées (Grand premier rôle). Ou encore ce militaire confronté à un dilemme que ne pourrait trancher un juge selon les préceptes de Salomon (Le fils du capitaine).

Signant ses articles dans le journal L’Auto (grand quotidien sportif et littéraire créé par Henri Desgranges), comme bon nombre de ses confrères de l’époque, Maurice Leblanc aborde tout naturellement son sport favori : l’automobile. Il met en scène des situations originales pour l’époque, banales aujourd’hui, synonymes de liberté (Les évadés) ou de tragédies (Ce brave monsieur Martin, Et la mort passa…) allant même jusqu’à écrire une apologie de la panne (L’imprévu).


Mais ce numéro ne serait pas accompli si la bibliographie complète des contes et romans de Maurice Leblanc n’était pas déclinée. Aussi Daniel Compère, Jean-Luc Buard, Jacques Derouard, Marc Georges (omis dans le sommaire), Hervé Lechat, Philippe Radé & Claude Rebierre se sont mis en sept pour l’établir, recensant pas moins de 467 titres d’après leur ordre de parution et qui sont repris en index alphabétique.

Une revue indispensable à tout amateur curieux de Maurice Leblanc qui se rendra compte que Maurice Leblanc n’était pas que le scripteur des aventures d’Arsène Lupin. 

 

En vente dans toutes les bonnes librairies et sur le site du Rocambole.


Revue Rocambole N° 61 : Maurice LEBLANC sans Lupin. Editée par l’association Les Amis du Roman Populaire. 176 pages. 16€.

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 16:57

La part fine du parfum

 

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C’est par hasard que l’auteur retrouve lors de la fête de la rose de mai à Grasse une jeune femme qu’il a croisée lors d’un voyage en avion l’emmenant aux Etats-Unis. Il lui demande, comme un service, de lui narrer ce voyage qu’elle effectuait en compagnie de Tony Curtis en septembre 2009.

Sabrina, ainsi se nomme-t-elle, avait failli louper son vol à cause d’un surligneur baladeur épris de liberté sous un fauteuil dans le hall d’embarquement. Heureusement par un heureux concours de circonstance, elle parvient à embarquer mais elle n’a plus le choix de place. Elle est installée par l’hôtesse près d’un vieux monsieur octogénaire, portant sur le chef un chapeau de cow-boy et le cou ceint d’une écharpe de luxe. De lui se dégage un parfum féminin qui réconcilie le nez de Sabrina après les miasmes endurés dans l’aéroport et dans la carlingue. Mais l’homme semble souffrir. Elle sort de son sac de petites fioles de parfum, laisse tomber sur un carré de tissu quelques gouttes du précieux liquide et l’homme parait revivre. Il avoue être atteint d’aérodromophobie et d’acrophobie. Entre ces deux personnes s’engage une conversation à laquelle elle ne pouvait s’attendre. L’homme affable se propose de lui faire réviser son cours sur l’histoire du parfum à l’aide de l’encyclopédie dont elle s’est munie. De temps à autre ils sont dérangés par des passagers demandant des autographes à son voisin qui déclare en toute innocence s’appeler Tony Curtis. Elle ne connait pas, sa culture cinématographique s’arrêtant à Brad Pitt.

Dans cet ouvrage qui est tout autant roman, récit, biographie, document, le lecteur suit deux parcours tout en apprenant l’histoire et les subtilités des parfums.

C’est ainsi que la jeunesse de Tony Curtis, ses débuts dans le cinéma, ses aventures professionnelles et amoureuses sont déclinées. Comment gamin alors qu’il s’appelait encore Bernard, dit Bernie, Schwartz, il se faisait un peu d’argent comme cireur de chaussures, comment de petits nazillons new-yorkais s’en étaient pris à lui et l’avaient tabassé, puis ses débuts au théâtre et au cinéma, les premiers petits rôles qui lui ont été confiés, les efforts qu’il dut faire pour effacer son accent, son mariage avec Janet Leigh, sa rencontre avec Norma Jean Mortensen ou Baker qui deviendra Marylin Monroe, le rôle négatif joué par des journalistes de la presse à sensation qui détournèrent une de ses phrases, Qu’est-ce que tu crois, mec ? Que c’est comme embrasser Hitler ? devenant Embrasser Marylin, c’est pire que d’embrasser Hitler ? Ses succès dans Les Vikings, Spartacus ou le célèbre Certains l’aiment chaud.

Sabrina raconte comment, encore adolescente elle a quitté le giron familial biarrot. Elle travaillait au réassortiment des étalages ou comme caissière dans une supérette mais un jour elle en a eu marre. A l’âge de cinq ans après un orage qui avait décuplé les senteurs des tilleuls et des fleurs, elle s’était aperçue qu’elle possédait un nez capable de distinguer les fragrances dans l’air. Suite à la lecture d’un article sur les roses de Grasse, elle avait pris le train et la chance aidant elle s’était retrouvée dans la ville du parfum comme cueilleuse. Son don olfactif n’étant pas passé inaperçu, elle avait été embauchée et l’un des pontes locaux lui avait proposé de suivre les cours d’une prestigieuse école de parfumerie. Elle doit se rendre à Los Angeles, plus précisément à Neverland afin de tenter d’élaborer une gamme de parfums dédiée à Michael Jackson. Si elle n’a jamais vu un seul film avec Marylin Monroe, elle connait l’actrice surtout grâce à son visage affiché dans le monde entier. Elle incarne la femme-sandwich des parfums et dérivés, bougies parfumées, chandelles, bâtons de rouge à lèvres.

Roman donc, récit et biographie, Le roman du parfum est aussi un ouvrage didactique sans être pédant ou rébarbatif. Le lecteur plonge dans cet historique comme dans un conte des milles et une nuits, avec la partie consacrée à la mythologie égyptienne, le rapport entre la religion chrétienne et le parfum, les différentes marques et leurs composition avouées, leurs fragrances, la fabrication, utile mesdames, d’un parfum maison, et tous les petits à-côtés de la parfumerie et de la vente. Le prix de revient d’un flacon de parfum, par exemple, ou comment dans les grandes surfaces le nez du client potentiel est accroché par des artifices afin que du stade de chaland il passe à celui de consommateur.

Si Pascal Marmet, l’auteur, se met rapidement en scène, comme passager de l’avion, c’est pour mieux donner de la crédibilité à son roman. Tony Curtis et Sabrina tenant la vedette ou servant de fil rouge au propos premier, une histoire du parfum qui nous permet de l’être… au parfum. Et bien entendu une histoire d’amour se greffe dans le récit, mais comme il s’agit de la vie privée de Sabrina, je n’en dirai pas plus.

Relevé page 17, cette phrase que je pourrais faire mienne :

Lire fut ma câlinothérapie, mon espace de soin, la cathédrale où j’édifiais mon être, le palais de mots qui tapissait mon mur intérieur. Dans la poussière des bibliothèques, je me vautrais, et quand viendrait l’heure, on m’enterrerait dans cette poussière, telle était ma folle décision.

Alors Messieurs, si vous désirez faire plaisir à votre compagne ou à votre maman, ou toute autre personne qui vous est chère, je vous conseille ce livre que vous pourriez offrir par exemple pour les étrennes, la Saint-Valentin ou tout autre moment agréable. Ce qui vous permettra en outre de le lire sans ressentir ce petit sentiment de culpabilité qui parfois nous étreint comme si on était en possession d’un ouvrage qui est pas destiné aux hommes, aux vrais, aux machos, ceux qui se refusent à admettre un côté fleur bleue.

Cet ouvrage est complété par une bibliographie, la filmographie complète de Tony Curtis et une liste des parfums fabuleux, leur créateur et leur date de naissance.


A lire du même auteur : A la folie


Pascal MARMET : Le roman du parfum. Collection Le roman des lieux et destins magiques. Editions du Rocher/ Vladimir Fédorovski. 270 pages. 20,20€.

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 15:46

T’as le bonjour d’ailleurs !

 

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Ce n’est pas parce qu’il a passé une bonne partie de la nuit à manger, à boire et à discuter avec des amis habitant Le Bugue, entre Bergerac et Sarlat, que Pierre Laurin, pilote de ligne, est atteint de visions. Non, il est bien lucide et la soucoupe volante qu’il aperçoit n’est pas issue d’un brouillard éthylique. Intrigué, il prend note des coordonnées, examine les lieux mais il ne trouve aucune trace d’atterrissage. Comme si l’engin s’était enfoncé sous terre sans effort, sans bouleverser le paysage. Il se rend à la gendarmerie, effectue sa déposition, mais est obligé d’attendre car le commissaire ( ?) n’est pas encore arrivé. Alors suivant le conseil du planton, il va boire un café au bar du village où il est servi par une jeune femme avenante qui se moque quelque peu de lui. A la gendarmerie, ils ont autre chose à faire que d’enregistrer une plainte, et si elle est prise elle sera classée sans suite.

Pierre rencontre au camping où il passe ses vacances et discute avec son voisin, chauffeur de taxi, féru de science-fiction. Il appelle également son ami André, expert convaincu, et convaincant, en ufologie qui rapplique immédiatement. Seulement Pierre est étonné de voir que la jeune serveuse, Thérèse, installer sa tente non loin de la leur. Ils se rendent non loin du gouffre de Proumeyssac, là où Pierre a aperçu la soucoupe et discutent avec un paysan. Celui-ci affirme que de très nombreuses personnes ont été portées disparues mais parfois certaines d’entre elles réapparaissaient mais ne se souvenaient de rien.

D’un seul coup ils se trouvent entraînés par une force invisible et se réveillent sous terre. Deux personnages ainsi que Thérèse qui est une extra-terrestre, se présentent à eux. Ce sont des Onaphim qui les accueillent comme des amis et narrent leurs aventures et surtout leurs attentes. Leur planète n’est plus viable et ils ont besoin de s’installer sur Terre afin de survivre. Commencent alors l’explication des phénomènes étranges qui se produisent depuis des décennies ainsi que des éclaircissements concernant des lieux considérés comme stratégiques depuis l’antiquité.

Dans Les Ancêtres de l’humanité, l’histoire est un peu la même mais à rebours. Des objets volant dans la stratosphère sont détectés par les énormes lunettes astronomiques, des représentations d’objets tels que les statues de l’île de Pâques et autres. Quatre jeune gens, deux garçons et deux filles, issus d’ethnies différentes sont envoyés dans l’espace afin d’observer ces phénomènes étranges. Leur périple dure des années et ils abordent enfin un vaisseau spatial démesuré contenant des extra-terrestres contraints de quitter leur planète en déliquescence. Ils désirent s’installer sur Terre afin que leur communauté ne soit pas réduite à néant.

On retrouve dans ces deux romans toutes les préoccupations de Daniel Piret, édictées dans son portrait.

Ainsi page 33 : Il n’y a qu’une seule race, la race humaine, qu’elle soit noire, jaune, blanche ou rouge. Les différences ne sont que des questions d’éducation, de tradition. Ce dont une ethnie est capable, n’importe quelle autre doit l’être.

Il dénonce les affairistes, ceux qui plongent une partie de l’humanité dans la famine afin d’engranger des bénéfices. Page 34 : Il est absolument indispensable que nous répartissions équitablement TOUTES les richesses planétaires afin de supprimer les rancœurs, les envies, les guerres justes ou injustes… Il faut exploiter non détruire, donc changer la notion d’intérêt, ne pas confondre intérêt financier et INTERET tout court.

Page 72 : Il faut changer alors la mentalité humaine… Extirper la notion de profit et d’intérêts privés autant dire bouleverser l’ordre établi.

Ceci pourrait être un discours altermondialiste, et pourtant j’ai l’impression que ce roman, donc ces lignes, ont été écrites avant même que ce mouvement existe. En effet l’histoire se déroule à partir du 23 aout 2021 mais l’un des protagonistes effectue un parallèle entre l’homme de Cro-Magnon et l’homme de ce siècle que vous dénommez 20ème. Thérèse se déplace à bord d’une 2CV. Et page 16, dans la discussion entre Pierre et son voisin chauffeur de taxi, ce dernier avoue être un adepte de Rivière Blanche. Et il cite pêle-mêle, J. et D. Le May, Richard Bessière, Max-André Rayjean, Gabriel Jan. Or J. et D. Le May n’est pas (encore ?) au catalogue des éditions Rivière Blanche. Il faudrait donc lire qu’il est un adepte du Fleuve Noir, et conclure que ce roman a été écrit depuis quelques décennies mais que le manuscrit, pour une raison ou pour une autre n’avait pas été retenu.

Quoiqu’il en soit, c’est l’utopie qui prédomine. Dans Aliens en Périgord Betsabel, le maître des Onaphim, vit dans l’espérance que les Terriens et son peuple vivent en bonne intelligence. Hélas, déjà sur Terre, la discorde existe entre voisins proches, alors espérer que l’homme puisse accepter l’arrivée d’extra-terrestres et leur implantation sur notre planète relève du souhait, du leurre, qui jamais ne sera suivi d’une quelconque concrétisation. Mais on peut toujours rêver. De même les graines mises à disposition des Terriens pourraient soulager la population et réduire la famine, seulement cela va à l’encontre des intérêts financiers d’une poignée de spéculateurs.

L’épilogue d’Ancêtres de l’humanité est certes convenu et a été utilisé par maintes fois, mais il est logique, indubitable, l’histoire étant un éternel recommencement.


Daniel PIRET : Aliens en Périgord, suivi de Les Ancêtres de l’humanité. Collection Blanche N°2094, éditions Rivière Blanche. 228 pages. 17€.

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 17:09

 

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Né le 28 mars 1933 à Paris (XIIème) Daniel Piret effectue des études dites normales et se considère comme bon nombre d’auteurs dont la vocation première était peut-être l’écriture mais qui pour des raisons familiales et financières ont été obligés de se tourner vers une occupation plus rémunératrice. Ses études secondaires, il les effectue dans divers établissements de la banlieue parisienne, établissements qui “ le libèrent rapidement, ne l’appréciant sans doute pas à sa juste valeur ” (FNI 98 – 1973).

Déjà il possède un caractère épris d’indépendance, état d’esprit qu’il impute à son signe astrologique Le Bélier, et se considère comme un fonceur qui supporte mal l’autoritarisme hiérarchique, et par voie de conséquence se révèle comme un subordonné que l’on pourrait qualifier d’insubordonné. Cette indépendance, Daniel Piret l’a concrétisé à dix-neuf ans, en se mariant et en débutant dans la représentation. Quelques années plus tard, il se met à son compte, activité qu’il cesse en 1972 pour travailler comme vendeur dans un grand magasin. 1972, c’est également l’année de parution de son premier roman au Fleuve Noir.

piret2.jpgSi Daniel Piret a commencé très jeune à écrire, des contes de fées et de poèmes, c’est en 1968 qu’il s’est tourné vers l’anticipation puis à la rédaction d’un ouvrage traitant de philosophie et de religion. Ses violons d’Ingres étant le dessin, la sculpture sur bois et bien sûr la lecture, avec des préférences pour les ouvrages de religion, de philosophie, d’ésotérisme, bien entendu la science-fiction, la science tout court avec la biologie, l’astronomie, et tout ce qui est relatif à l’écologie et l’évolution. Sans oublier l’occultisme, la paléontologie et l’histoire de l’univers. Son livre de chevet est la Bible, (un des nombreux points communs qu’il partage avec Jimmy Guieu. Jimmy Guieu, qui est l’un de ses auteurs préférés en science-fiction, avec Robert Clauzel, Maurice Limat, Gabriel Jan, et en littérature générale Henri Troyat et Hélène Carrère d’Encausse), ce qui l’a amené à apprendre l’hébreu, suite peut-être aussi à un voyage en Terre Sainte, en 1969 et dont il est revenu enthousiasmé.

Atteint durant un temps de bougeotte, il a visité en caravane la Yougoslavie, la Suisse, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, l’Allemagne, la Hollande puis il s’est calmé et depuis préfère le calme de la campagne périgourdine. Il avoue qu’il est très pessimiste en ce qui concerne l’avenir de l’espèce humaine, considérant que la science qui devrait le servir, l’opprime chaque jour davantage, et il rejette la société actuelle en ce qu’elle a d’inhumain. Il reste persuadé que si l’homme ne change pas il court à sa perte. Il s’élève contre toute forme d’oppression et de racisme, ne reconnaissant qu’une seule race : l’humaine.

En 1979 il dirige une collection chez un éditeur de province, les éditions Garry, où il publie des romans de ces confrères refusés par le Fleuve Noir. C’est ainsi que l’on retrouve sous pseudonyme Gabriel Jan, Robert Clauzel ou lui-même sous le nom de Red Ilan. Certains de ces ouvrages ont été traduits en Espagne et La mort des Dieux est même paru en feuilleton dans le journal d’Israël à Tel-Aviv.

  

Collection Anticipation du Fleuve Noir

490 : Année 500 000piret3.jpg

525 : Les Deux soleils de Canaé

554 : Les Egarés du temps

575 : Les Disques de Biem-Kara

595 : Le Maître de Phallaté

604 : Les Fils de l'Atlantide

621 : Naître ou ne pas naître

640 : Ahouvati le Kobek

649 : Le Grand passage

668 : Le Tell de la puissance

680 : Le Onzième satellite

687 : Les Egrégores

702 : Sakkara

711 : Les Survivants de Miderabi

721 : Vae victis!

727 : La Dernière mort

739 : Le Rescapé de Gaurisankar

754 : Le Manuscrit

761 : Sogol

781 : Xurantar

804 : La Mort des dieux

813 : L'Ile des Bahalim

825 : Les Dévoreurs d'âmesredilan

848 : L'Ancêtre d'Irskaa

861 : Interférence

878 : Le Navire-planète

947 : N'Ooma

983 : Strontium 90

1113 : Sloma de l'Abianta

1119 : Les Envoyés de Méga

1140 : Prométhée

1201 : La 666e planète

1233 : Le Fils de Prométhée

1278 : La Parole

 

Editions Gary

Cholom (1979) 

Diaspora cosmique (1979) 

Péril végétal (1979) 

La Sphère des templiers (1979) piret4.jpg

Univers Alpha (1980) 

 

Editions Rivière Blanche, collection Blanche :

2049 : Projet espoir suivi de Crépuscule des idoles (voir chronique)

2060 : Les enfants de la lumière (voir chronique)

2070 : Stase onirique

2080 : La saga des Ibars suivi de Le domaine

2094 : Aliens en Périgord suivi de Les ancêtres de l’humanité. (Voir chronique)

 

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 06:55

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Chroniqueur et critique cinématographique spécialisé dans les films d’horreur, pigiste pour un petit magazine parisien, Boris Phécrier est aussi auteur de romans du même genre sous le nom de Julien Gras. Et ce n’est pas parce qu’il habite place du Panthéon qu’il roule sur l’or. Il vivote dans un petit studio de huit mètres carrés, est marié mais sa femme va voir ailleurs si c’est meilleur, et une gamine de douze ans nommée Cuivre. Il a Cuivre en garde de temps en temps, lorsque sa femme est en déplacement charnel, et l’amusement principal entre le père et la fille est de se faire de petits quizz sur des films d’horreur.

En compagnie de son ami Fuchiglia, qui est bouquiniste sur les quais mais également touche-à-tout puisqu’il cumule les emplois de photographe de jazz, d’agent musical, de directeur littéraire chez Dupneu, directeur de la collection qui a accueilli Le rivage des tripes de Julien Gras, Boris se rend à une soirée prétendument littéraire. En réalité il s’agit de fêter la sortie d’un livre géant, texte de Dhûle et dessins de Nick Mégalo, une nouvelle aventure imaginaire de Gary Pinson, le Sherlock Holmes belge. En effet beaucoup de monde se presse dans cette galerie d’art, sise dans une petite rue du XIVème arrondissement de la capitale, le gratin de la littérature populaire, auxquels se sont adjoints quelques pique-assiettes, sans lesquels les soirées parisiennes ne seraient pas ce qu’elles sont, et une jeune femme qui fait du charme à Boris.

Phécrier et Fuchi retrouvent parmi les convives le capitaine Duclos, fervent passionné de Gary Pinson, Le Mosque, ancien directeur de la défunte collection Saignant chez Talbin Michel et agent littéraire et scénariste, JBPP, intellectuel et inventeur de la série La Pieuvre et auteur à la Série Glauque, Faty romancier chez Talbin Michel et directeur de la Série Glauque, ainsi qu’Aldo Selma, le meilleur rital de polars français qui a signé Eviscéré comme une playmate dans le plumard d’un GI. Seul manque à l’appel, pour le moment car il est attendu avec impatience, Dhûle qui devait assister à une séance un peu spéciale avec quelques amis. Selma prend à part Phécrier et lui propose un travail qui devrait être juteux. Un scénario d’horreur déniché par Le Mosque, mais les quatre amis achoppent sur l’épilogue, incapables de terminer le texte sur une scène finale forte. Quatre pages à écrire et un gros paquet de billets à la clé.

Une rumeur circule concernant un film, Au château d’alcool, un film d’horreur dont la projection s’avérerait maléfique et mortelle. Lors d’une première séance privée, des spectateurs, une quarantaine environ, seraient décédés ou devenus fous. Et lors de la fameuse séance spéciale organisée par Dhûle, séance dont quelques uns se gaussaient laissant penser qu’il s’agissait d’une partie fine, quelques-uns des participants dont Dhûle lui-même, décèdent d’une crise cardiaque. L’écrivain s’était procuré une copie de ce film funeste. Duclos, le policier, a récupéré dans le lecteur de DVD l’enregistrement et invite Boris Phécrier et des spécialistes de l’analyse de vidéos à participer à un visionnage de l’objet du délit, en prenant toutefois quelques précautions.

Si la lecture du disque permet de solutionner quelques mystères, l’enquête n’en est pas pour autant close. Qui et pourquoi sont les questions qui restent en suspens, plus quelques autres qui en découlent.

 

Avec Au château d’alcool, François Darnaudet nous invite à lire un roman transgenre, qui marie polar, fantastique, gore et suspense, ce qui n’est pas forcément incompatible. La dose entre tous ces éléments est savamment mesurée, pondérée, et chacun pourra y trouver son content. Des passages savoureux où alternent humour, émotion (Ah la petite Cuivre !), petits coups de griffe pas méchants et réflexions pertinentes. Ainsi, Boris Phécrier déclare sans acrimonie aucune, une simple constatation de sa part que se partagent bon nombre de lecteurs de journaux : La critique cinématographique moderne répugne souvent à résumer un film. Il m’arrive parfois de lire des articles dans Libé ou Le Monde en me demandant de quoi parle le journaliste et quel est le thème du film chroniqué. Moi, à 7 jours sur Paris je commence toujours par donner un résumé avant de décortiquer la structure scénaristique et rappeler les principaux titres de gloire du réalisateur et des acteurs. Mais je suis sûrement un tocard puisque je ne suis pas à Libé ou au Monde. Cela sent le vécu…

De plus François Darnaudet, outre l’intrigue resserrée, invite le lecteur à s’amuser et pose des jalons, en incitation à découvrir quels auteurs réels se cachent sous les patronymes des personnages du roman. De même que pour les maisons d’éditions citées ou les titres des romans évoqués. Un des protagonistes qui apparait plus tard dans l’histoire se nomme Piter Surlot. Il compte à son actif plus de cent-quarante titres de romans, vit dans les Vosges et possède un chien qu’il a appelé Gallimard, parce que c’est la seule maison d’édition qui a refusé de le publier. Je suis persuadé qu’avec votre sagacité habituelle vous découvrirez tous ces private-joke, comme l’on dit en bon français, et que vous vous amuserez à la lecture. Je ne vous donne pas d’indice et si vous séchez, vous pouvez toujours me laisser un commentaire afin que j’éclaire votre lanterne.

Au château d’alcool, un livre comme je les aime : divertissant, plaisant, amusant, alerte, prenant, dénué de digressions vaseuses. Une véritable récréation. Une petite citation en passant :

-      C’est quoi un louseure ?

-      Un loser ! Le mot anglais… C’est un soixante-huitard qui a mal digéré l’avènement du socialisme libéral !

 


François DARNAUDET : Au château d’alcool. Collection Noire 34. Editions Rivière Blanche. 204 pages. 17€.

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 15:19

Comme je sais qu’en ces heures de préparatifs intenses d’emballages, de mises au four et de décorations de dernière minute, de gamins à calmer, vous serez trop occupés à baguenauder de blog en blog je me contente modestement de vous souhaiter à toutes et à tous de joyeuses fêtes de Noël !

 

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 10:45

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Les qualificatifs ne manquent pas lorsqu’il s’agit d’évoquer Georges-Jean Arnaud : si certains le surnomment le Balzac du Polar. Lui conviendraient tout aussi bien les appellations de Simenon français ou encore celle de Dumas du XXème siècle. Se plonger dans l’un de ses romans est synonyme d’immersion totale, d’apnée à plus de deux cents pages, bref il est difficile de le lâcher avant la dernière ligne. Qu’Arnaud œuvre dans la littérature de science-fiction, de science-friction (entendez par là les érotiques !), dans le fantastique, le roman noir, l’espionnage, l’historique ou encore ses réminiscences enfantines et adolescentes, mettant en scène des personnages familiaux, il nous concocte à chaque fois un formidable et prenant roman d’aventures et d’actions, terme préféré à celui de roman populaire par certains auteurs.

G.-J. Arnaud n’a jamais été si à l’aise que dans la description psychologique des personnages ordinaires, du décorticage de ce qui les a amenés à se vautrer dans une déchéance morale et physique, à les faire évoluer dans un univers à consonance fantastique. Avec ce qui au départ devait se réduire à une trilogie consacrée aux frères Roquebère mais qui sous l’impulsion conjuguée de ses lecteurs (et peut-être de son éditeur) se transforme peu à peu en feuilleton, les aventures de Séraphine la saute-ruisseau et de ses employeurs prend une ampleur dont nul n’aurait pu en mesurer les conséquences (a fortiori le Fleuve Noir qui paraît-il aurait refusé les manuscrits de peur de ne pas enregistrer assez de ventes !). L’action se déroule entre la fin 1829 et le début des années 1830, période au cours de laquelle les prémices de la révolution de Juillet se font ressentir puis leurs séquelles politiques. Arnaud renoue avec le roman historique inspiré du feuilleton cher à nos romanciers du XIXème siècle.

roquebere3.jpgA quelques jours de Noël, Thierrois le pourvoyeur d’enfant de l’Institution des Enfants Assistés, trimbale sur son dos dans une caisse spécialement aménagée, un nouveau-né. L’homme qui lui a confié ce fardeau peu ordinaire lui a remis une somme d’argent cinq fois plus conséquente que celle remise à l’habitude. Thierrois est persuadé que le nourrisson qu’il doit livrer à l’Hospice est le fruit d’un terrible secret. Entre Hyacinthe et Narcisse, notaires de profession et frères jumeaux, existent autant de différence qu’entre le jour et la nuit. Si l’un est sérieux et distingué, l’autre est un gai-luron dont la principale occupation réside dans la démonstration de ses talents culinaires. Séraphine, qui rêve de devenir un jour clerc de notaire et est secrètement amoureuse de Hyacinthe, s’avère plus qu’un saute-ruisseau diligent. Son passé de petit ramoneur en compagnie d’un père virtuel mais amant concret l’a rendue, malgré ses quatorze printemps, une gamine délurée, entreprenante, mature et débrouillarde. En arrière plan de cette galerie de portraits directement inspirés de Balzac et de Sue, l’officier de paix Parturon, guidé par la cupidité, la sensuelle marquise de Listerac, un couple composé d’un oncle et de son neveu que les mauvaises langues cataloguent comme un vieux birbe et son godelureau, un cocher qui apprécie les boissons alcoolisées, une camériste fantôme, et surtout Vidocq, ex-bagnard, ex-patron de la police, reconverti comme patron d’une papeterie. L’homme au fiacre est le premier volet prometteur de cette trilogie qui grâce à l’Atalante voit le jour alors que ces romans étaient dans un tiroir, commandés par une maison d’édition qui n’avait pas honoré son contrat. Souvent nous sommes obligés, lorsque nous avons aimé le début d’une saga, d’attendre quelques mois avant de retrouver les personnages qui nous ont fait rêver. Heureusement le délai de parution est assez proche pour que nous n’oubliions point ces quelques protagonistes, tout en n’ayant pas non plus un phénomène de rejet par saturation.

Nous retrouvons donc ces deux personnages dans une nouvelleroquebere4.jpg aventure, Le rat de la Conciergerie, à laquelle Séraphine, leur dévouée saute-ruisseau, prendra une part active et grâce à qui ils devront la résolution de l’enquête. Car ils se sont pris au jeu, les braves avoués, et même s’ils ressentent parfois les affres de la peur, celle-ci justement les titille assez pour qu’ils embrayent sur de nouvelles aventures.

Lamercie, leur ancien clerc, refuse de signer un testament. Il ne reconnaît pas la mourante dont il a eu à traiter les affaires quelques années auparavant. Il prévient immédiatement ses anciens patrons. Il n’aurait pas dû refuser d’apposer son paraphe au bas du document car peu après son cadavre est retrouvé en bas des escaliers de son logement. Apparemment un banal accident. Mais pour l’officier de police Parturon, qui ne néglige aucun moyen pour arrondir son bas de laine, cet accident est pour le moins bizarre, pour ne pas dire plus. Et voilà les deux frérots sur le pied de guerre, encouragés par Séraphine qui n’a ni froid aux yeux ni sa langue dans sa poche mais l’esprit d’initiative aiguisé. Même si cela n’a pas l’heur de plaire à Hyacinthe, le principal intéressé dans l’affaire. Le procureur Cerneau, surnommé le Rat de la Conciergerie, est un atrabilaire qui ne connaît qu’une seule raison d’être : la sienne, et n’écoute que ses décisions. Les frères Roquebère seront bien contents d’utiliser pour une fois leur ressemblance, à l’instigation de Séraphine qui malgré tout sait reconnaître Hyacinthe de Narcisse, puisqu’elle est amoureuse de l’un des jumeaux. Ce qui ne manque pas de plonger dans l’embarras le prude homme.

Arnaud joue avec les nerfs de ses personnages, et du lecteur par la même occasion, et tisse une toile digne des plus grands feuilletonistes du XIXème siècle, Balzac, dont il se réclame, en tête, usant de toutes les ficelles du genre et un peu plus. Mais il ne faudrait pas croire qu’Arnaud se contente d’utiliser ces ficelles pour envelopper le paquet. Et sous la barde gauloise, et l’emballage, se nichent quelques à-propos dont il a le secret. Car Arnaud n’est pas seulement un conteur, c’est également un homme de cœur. L’injustice le révolte, même si celle-ci est dénoncée de façon sous-jacente dans certains de ses romans. Il n’y a pas que ça pour le mettre hors de lui et lorsqu’il dénonce, il faut savoir lire entre les lignes. Il ne distille pas de petites phrases assassines mais enrobe dans le contexte, dans l’atmosphère, dans la trame même de ses romans ses dénonciations, ses colères. Mais passons au troisième volet de la trilogie avec La Congrégation des assassins.

Cette foiroquebere5.jpgs Narcisse et Hyacinthe Roquebère tombent sous le charme d’une jeune fille dont le père a disparu. En fait il est mort, “ assassiné ” non loin de Sens par des policiers appartenant à une fraction secrète de la Congrégation, les Chevaliers de la Foi. De plus, le brave, qui partait à Toulon présenter de nouvelles toiles pour les militaires embarquant combattre le Dey d’Alger. Comme si cela ne suffisait pas à ses malheurs, Pauline hérite d’une dette contractée par son père et s’élevant à plus de 800 000 francs, ce qui pour l’époque est une véritable fortune. La Congrégation, c’est une société occulte dont tout le monde a peur, même les policiers officiels. Elle s’érige comme le seule représentante des valeurs fondamentales, de celles d’avant les évènements de 1789, composée d’ultra qui prônent le retour d’une mystique où la chrétienté et la royauté vont main dans la main, le rétablissement de l’Inquisition et autres foutaises. Seulement ces foutaises provoquent des victimes. Et le père de Pauline n’est pas le seul à avoir été grugé, spolié, et assassiné. Hyacinthe et Narcisse Roquebère ne pourront que se féliciter de leur gémellité et du corollaire de ressemblance. Grâce à Séraphine, à sa débrouillardise et à ses connaissances de l’envers du décor de la capitale, ils se sortiront une fois de plus d’un mauvais pas. En plaçant son roman en 1830, alors que commence à souffler le vent de l’insurrection de Juillet, G.-J. Arnaud fait œuvre d’historien mais le lecteur ne peut s’empêcher d’établir des comparaisons avec, non pas une secte, mais bien un parti politique qui se veut le bastion et le garant des valeurs morales dites chrétiennes ou tout du moins catholiques. Même si pour cela il faut commettre des exactions qui sont condamnées par l’Eglise.

Le Prince des Ténèbres s’inscrit daroquebere6.jpgns un tournant dans l’Histoire. Charles X et le gouvernement Polignac sont de plus en plus impopulaires. L’insurrection gronde en ce 27 juillet 1830, première journée agitée de ce qui deviendra dans les manuels d’histoire “ Les Trois Glorieuses ”. Le Prince des Ténèbres, figure légendaire, en profite pour refaire son apparition, exhortant le peuple qui construit barricades et autres obstacles pour mieux enquiquiner la maréchaussée (l’histoire n’est qu’un éternel recommencement, rappelez-vous mai 68 !). Le Prince des Ténèbres sort de sa léthargie à chaque mouvement social pour encourager les débordements populaires légitimes (ils le sont toujours, selon le point de vue des revendicateurs, illégitimes du côté du gouvernement, mais cette pensée n’a rien à voir avec l’histoire, donc reprenons le cours habituel de cet exposé). Le Prince de Condé craint pour sa vie et désire quitter le navire c’est à dire la France. Mais pour cela il lui faut récupérer le nerf de la guerre, l’argent confié aux frères Roquebère, et surtout modifier son testament. Les deux sacs d’or qui représentent sa fortune placée chez les avoués sont volés au cours de leur transport entre l’étude et le domicile du prince. Quant au testament pas question de substituer ne serait-ce que la moindre virgule à ce qui est déjà consigné. Sa maîtresse, dans tous les sens du terme, anglaise, Sophie Dawes, perverse comme pas une, a décidé qu’il n’en changera pas un iota. Bon, d’accord, faut la comprendre, elle ne toucherait plus rien, la pauvre (je parle de l’argent, bien sûr !). N’empêche que les deux sacs d’or sont subtilisés , qu le convoyeur est assassiné, et que Séraphine est plongée dans une nouvelle aventure, entraînant avec elle ses deux patrons, maîtres pas encore mais cela ne la gênerait pas qu’ils le devinssent, tout au moins l’un d’eux, mais je m’égare. Dans un Paris révolutionnaire, déchiré, avec Louis-Philippe qui pointe le bout de sa tête, normal vu la forme qu’elle a, Arnaud évolue à son aise, et se pique au jeu puisque ce qui devait à l’origine n’être qu’une trilogie tourne gentiment à la saga.

Le voleur de roquebere7.jpgtête Il existe toutes sortes de jeux et de paris, mais aller narguer le bourreau et les forces de l’ordre afin de s’emparer de la tête d’un condamné à mort fraîchement guillotiné en place de Grève, s’agit-il vraiment d’un jeu ou d’un pari ? Un tour de force que vient de réaliser un adolescent. Casimir, jeune clerc employé dans l’étude des frères Roquebère croit reconnaître en ce voleur de butin pour le moins particulier, Séraphine, la saute-ruisseau. Séraphine se défend comme un beau diable, et Narcisse et Hyacinthe ont tendance à la croire.

Un coin du voile va enfin être levé sur la naissance de Séraphine, ce Gavroche avant la lettre, et non pas la traumatiser, mais au moins lui fournir quelques désillusions puisqu’elle saura enfin qui est sa mère. Un fort désappointement s’ensuit et elle aurait préféré peut-être ne jamais connaître ses origines qui lui pèsent désormais sur les épaules. La reconstitution historique est occultée, contrairement au précédent roman du cycle, mais ce sont la vie sociale et surtout le parler populaire de l’époque qui imprègnent la trame de ce volume. Une fois de plus Arnaud excelle à mettre en scène les personnages et à les insérer dans une histoire simple en apparence mais qui se révèle complexe, fouillée, travaillée, à l’image de ce qu’écrivaient ses maîtres en littérature.

La mort en guenilles n’est pas le prolongement du volume précédent mais Séraphine est de nouveau plongée dans son enfance, celle droquebere8.jpgont elle se souvient le mieux et dont elle n’a pas forcément honte, malgré certaines vicissitudes. La mère d’un petit ramoneur savoyard vient la trouver car son enfant ne lui a pas donné de nouvelles depuis de trop longues semaines. Séraphine accepte d’enquêter car non seulement elle même a exercé ce métier avant d’être recueillie par les frères Roquebère, mais cette mère éplorée quelque a connu lorsqu’elle vivait près de sa grand-mère dans cette province aux accès italiens et qui ne demande qu’à être rattachée à la France. Malgré les interdictions de leurs employeurs, des personnages le plus souvent sans scrupules, de petits ramoneurs travaillaient au noir. Ainsi Vincent Pergotti, le disparu, après son labeur, et malgré la fatigue physique ressentie, nettoyait les conduits de cheminées afin de pouvoir envoyer à sa mère quelques pièces d’argent qui il le savait étaient les bienvenues au foyer familial. Très rapidement Séraphine soupçonne une mendiante, la Joncaille, de ne pas être très claire dans cette affaire, d’autant que la mendigote ne se conduit pas comme la vieille femme dont elle voudrait endosser la défroque. Les frères Roquebère eux ont autre chose à faire que de s’occuper d’un petit Savoyard disparu, une jeune femme déplorant que son mari et d’autres membres de sa famille se soient évaporés dans la nature, partis aux Amériques à la conquête de l’or, via l’Angleterre. Mais les jumeaux ont bon cœur, et permettent à Séraphine d’enquêter sur son temps de travail et l’aident même à l’occasion. Or il semble bien que les deux affaires ont des points communs, par personnages interposés. Séraphine, curieuse dans le bon sens du terme, va faire la connaissance d’un vieux monsieur qui originaire de Châlons sur Saône ne se plaît guère à Paris, mais se trouve dans l’obligation matérielle de rester dans la capitale à cause de son invention et des subsides provenant de son associé, un certain Daguerre. Nicéphore Niepce, c’est le nom de cet inventeur, a mis au point une boîte noire qui permet de reproduire sur un support métallique des images. Le système est long à produire son effet mais il est persuadé, comme Séraphine, que cette invention devrait un jour devenir usage courant. D’autres aussi en sont convaincus puisqu’ils n’hésitent pas à utiliser cette technique pour obtenir des images obscènes vendues sous le manteau.

Avec La mort en guenilles, G.-J. Arnaud nous entraîne dans une nouvelle aventure dont Séraphine est l’héroïne incontestée. Elle prend une place de plus en plus importante dans l’étude des avoués, et dans le cœur des lecteurs, à défaut de celui de Hyacinthe qui batifole à son grand regret avec une cliente. Ce qui n’est guère déontologique. Ce roman mêle comme tout bon roman historique avec bonheur réalité et fiction, et dresse un portrait saisissant de l’inventeur de la photographie et en même temps de démontrer que toute invention destinée à œuvrer pour le Bien est aussitôt détournée pour alimenter son contraire. Il est également établi que les bases de données ont parfois leurs raisons d’être.

Ce qui ne devait être à l’origine qu’une trilogie, je me répète, devient sous la plume de maître Arnaud une formidable saga passionnante, tant par le point de vue historique que dans la mise en scène des personnages peu utilisés dans le domaine du roman noir ou qui évoluent parfois d’une manière subreptice, en second plan, mais qui deviendront plus tard des célébrités. Arnaud ne renoue pas avec le roman feuilleton, il le perpétue, le développe, lui assure une pérennité tout zen le préservant de débordements farfelus. Une série qui a sa place sur les rayons de votre bibliothèque en compagnie de Dumas, Féval, Zevacco ou encore Sue.

L’homme au fiacre, Le rat de la Conciergerie, La congrégation des assassins (tome 1. 480 pages, 21€). Le Prince des Ténèbres, Le voleur de tête et La mort en guenilles (tome 2. 576 pages, 23€) de Georges J. Arnaud aux éditions de l’Atalante. Collection Insomniaques & Ferroviaires.

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 14:42

Auprès de ma Blonde...


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Le format a changé, l’emballage est modifié, la formule aussi, mais l’idée première reste. Le treizième recueil issu du concours organisé par La Noiraude/La Fureur du Noir se compose cette année non point de cinq auteurs chevronnés et cinq débutants ayant brillamment franchis le cap des sélections, mais d’une figure de proue à laquelle sont accrochées trois armoiries.

Si l’on vous dit, abruptement, comme ça sans prévenir, sans prendre de précautions oratoires, le mot Blonde, à quoi pensez-vous ?

A une cigarette, longtemps synonyme de luxe ?

A une bière fraîche et mousseuse ?

A une jeune femme écervelée ? Quoique dans ce cas particulier, il faut avancer sur la pointe des pieds, car certaines se teignent en blondes afin de ressembler à une star de cinéma, afin d’affirmer leur côté un peu fofolle, et que d’autres préfèrent abandonner leur couleur naturelle pour devenir brune, rousse, châtain, sans oublier les autres couleurs vives de l’arc-en-ciel.

Chacun d’entre nous peut tourner son regard vers l’image qui le tente, à la rigueur pour les gourmands les images, et encore dans ma déclinaison j’omis de citer les bovidés d’Aquitaine, les céréales de la Beauce, le sable des plages bretonnes, la grosse blonde paresseuse qui n’est autre qu’une laitue…

Et lorsque l’on demande à un écrivain confirmé, ou en devenir, de se pencher sur le sujet, sans qu’il se prenne immédiatement pour un épigone de la tour de Pise, et d’exprimer son point de vue, voici ce que cela donne :

 

Profonde de Jean-Bernard POUY.

Fernandel, en réalité il se nomme Ariel, mais on l’a surnommé ainsi parce qu’il se promène depuis quelques semaines le long des chemins de la Bretagne dite profonde avec Louise, une magnifique Blonde d’Aquitaine, qui lui sert de passeport ou de sauf-conduit. Car en ces temps troublés, Ariel alias Fernandel n’a pas trouvé meilleur moyen de se déplacer sans attirer le regard circonspect des autochtones, et des membres de l’Agrocorp qui se déplacent en 4X4, ou encore des cochons en liberté devenus des animaux carnassiers. Faut avouer que les nourritures que l’être humain leur a données à manger depuis quelques décennies a favorisé leur comportement cannibale. Mais Ariel ne se promène pas ainsi au hasard. Il recherche des membres de son groupe, les décroissants comme on les appelle, des réfractaires qui refusent les pesticides, les engrais nocifs. Car dans ce groupe quelqu’un a trahi, alors Ariel recherche, marchant au pas de son bovin placide qui se régale entre les rails d’herbe non polluée. Le premier à décéder c’est Gwen, qui s’est réfugié dans une gare désaffectée.

Ceci n’est pas une nouvelle de science-fiction, juste d’anticipation, une projection de ce que pourrait être la vie rurale bretonne en 2014, les conflits entre gros agriculteurs qui recherchent le profit, au détriment de la santé, et ceux qui essaient le retour à la nature propre. Et ce temps n’est pas loin, puisque ceci se passe en 2014.

 

Terminal Atlantique de Dominique CHAPPEY.

Ils étaient trois, Disney, Blonde et le narrateur. Trois adolescents prolongés qui vivent dans une cité portuaire, pas pire que les autres, pas mieux non. Ils ont trouvé une solution facile pour se faire de l’argent de poche, piller des conteneurs qui sont débarqués des immenses navires en provenance des pays d’Orient. Disney, il a été surnommé ainsi parce qu’en réalité il se prénomme Sidney, seul rapport avec son père qu’il ne connait pas, sa mère ayant fauté une fois avec un Australien de passage. Le défaut de Disney, c’est sortir en n’importe quelle circonstance des blagues pourries. Blonde, c’est un mutique, et parfois Disney lui porte sur les nerfs. Comme Britannicus d’ailleurs, la pièce de théâtre diffusée sur France-Culture, et que tous trois écoutent, subissent, car le lecteur de CD est mort, et qu’ils ne captent qu’une seule station de radio. Blonde, c’est un cas, et il veut mieux ne pas se moquer de lui, même s’il n’est pas tout à fait comme tout le monde. Quant au narrateur, il est là entre eux deux, et cogite au nouveau pillage auquel ils vont procéder.

Une plongée dans la vie nocturne du port du Havre, même si le nom n’est jamais dévoilé, avec le mystère de la nuit et des docks. Une histoire intéressante et son auteur possède déjà du métier.

 

Suicide blonde d’Anne-Cécile Dartevel.

De Los Angeles à Tijuana en passant par Cinnecita, le parcours d’une comédienne mariée à un acteur qui se voit consacré au cinéma dans un film, Suicide blonde, aux côtés de la star du moment, adulée du public et qui fait chavirer bien des cœurs. Mais il n’est jamais bon de quitter son mari pour tourner un film et le laisser dans les bras d’une autre. Une histoire qui se déroule dans les années 50.

 

Banco d’Olivier Roux

Lucas est coiffeur à Aix-en-Provence, Le Coiffeur attitré des blondes de la cité. Mais Lucas possède une activité annexe, sous l’alias de la Blonde. De temps à autre il doit éliminer quelques cheveux blancs, blonds ou bruns, des chauves aussi cela dépend des contrats qu’on lui propose. Et son prochain boulot est de s’occuper d’un conseiller général, lequel une fois mort pourra s’attirer la reconnaissance de ses concitoyens. Un personnage public est plus souvent encensé décédé que vivant !

 

Telle la petite poule qui accompagne ses poussins, leur montrant quelles graines picorer, ou plutôt telle la locomotive entraînant dans son sillage quelques wagons (métaphore plus judicieuse le concernant) Jean-Bernard Pouy est toujours disponible pour se muer en chef de file et donner un gage de qualité aux recueils dans lesquels il figure.


Blonde(s) : recueil de nouvelles signées Jean-Bernard Pouy, Dominique Chapey, Anne-Céline Dartevel & Olivier Roux. Editions Terre de Brume. 128 pages. 13,50€.

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 06:56

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Pour une fois, il n’a pas été assez attentif. Louis, dormant à terre derrière les fauteuils situés en fin de station, est réveillé manu militari par deux vigiles accompagnés d’un chien et de leur chef. Seul l’animal, qui ne peut parler à cause d’une muselière, semble lui accorder un semblant de sympathie. Le temps de rapatrier ses maigres affaires dans deux sacs plastiques et Louis est raccompagné à la sortie, les grilles sont refermées derrière lui et il est obligé de chercher un autre abri plus ou moins accueillant.

Le quotidien de Louis et bon nombre de ses copains. Ceux avec lesquels il se regroupe se nomment Dédé et Daniel, même si parfois la mésentente s’installe entre les trois hommes. Faut dire que Daniel est un profiteur. Afin de se payer le minimum vital, Louis connait, et met en pratique, quelques astuces, comme s’accaparer un caddie dans le hall de la gare de Lyon et le proposer contre une petite rétribution aux voyageurs pressés et surchargés de bagages. Heureusement, l’hiver, des associations caritatives s’occupent des plus démunis leur fournissant vivres et toit.

Cela ne convient pas toujours à ces habitués du bitume qui n’apprécient guère la promiscuité. Alors Louis s’arrange, se débrouille, vit ou plutôt survit grâce à de petits expédients. Il a bien l’espoir de toucher le RMI, c’est ce que lui suggère une femme de la Mission Evangélique en lui proposant de l’aider dans ses démarches, mais celles-ci sont longues et compliquées, alors il abandonne.

 

Sous-titré roman, ce petit ouvrage est un docu-fiction dans lequel gravite comme personnage principal Louis et épisodiquement ces deux compagnons de misère. Un roman touchant, émouvant, qui nous entraîne de l’autre côté du miroir. Bulgare d’origine, Svetlan Savov muni d’un visa a pu s’installer en France. Et ce qu’il narre dans cet ouvrage, il a dû le vivre durant quelque temps, même si aujourd’hui il est chauffeur de taxi en région parisienne. Une intégration réussie diront certains, mais à quel prix.

Publié en 2001 aux éditions Gaspard Nocturne, ce livre méritait d’être réédité, surtout en cette période où les hommes politiques se gargarisent d’identité nationale, d’expulsion, de reconduite aux frontières, et autres joyeusetés ignobles. Et l’on pardonnera volontiers certaines maladresses dans la tournure des phrases car ce roman, son premier, a été écrit directement en français. A noter cette phrase lucide : « Une chose est sûre et certaine, c’est que l’homme a inventé le progrès pour se compliquer la vie ».


Svetlan SAVOV : Noël ensemble. Editions Noir sur Blanc. Janvier 2010. 120 pages. 9,15€.

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 15:35

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Entre 1957 et 1971, Fred Kassak aura signé onze romans, sous son nom ou sous les alias de Pierre Civry et Jean Céric. C’est peu, trop peu. Pourtant cet auteur reste, à juste titre, valeur de référence, notamment pour son ami Michel Lebrun, tant pour la complexité de ses intrigues, son ton humoristique, que pour ses « trouvailles » criminologiques.

Mais qui est Fred Kassak ?

De son véritable patronyme Pierre Humblot, il est né le 4 mars 1928 à Paris, d’une père haut-fonctionnaire et d’une mère au foyer. Son envie d’écrire date de sa prime enfance et il compose moult poèmes et nouvelles dans un registre romantique et fantastique. Comme bien des littéraires qui trouvent grâce et encouragement auprès de leurs professeurs de lettres, il est fâché avec les mathématiques et par voie de conséquence avec ceux qui enseignent cette matière.

kassak4.jpgSon goût pour la littérature policière s’est révélé pendant l’exode. Une villa des bords de la Loire, près de Saumur, accueille la famille Humblot, refuge bénéfique pour le jeune Pierre puisqu’il découvre dans le grenier une collection complète du Masque, qu’il dévore pendant que la bataille fait rage. Le meurtre de Roger Ackroyd reste l’un des romans ayant marqué notre auteur en herbe.

Dévorer des livres, c’est bien, mais ça ne nourrit pas son homme. En 1941, soir après soir, il compose un romans « à clef » ayant pour cadre le lycée et pour protagonistes principaux les professeurs eux-mêmes. Le lendemain, à la récréation, il en fait profiter auditivement un groupe de fidèles, groupe qui croît de jour en jour. Acte qui s’avère profitable et nourricier puisque ses auditeurs paient sa prestation sous forme de biscuits vitaminés.

Après la guerre, il travaille successivement au Touring Club de France, vend des machines à écrire et est même guide bilingue au Musée Grévin (l’un des rares guides ne sachant parler qu’une seule langue !) et fait la connaissance de Michel Lebrun.

Mais le virus de l’écriture le tenaille, et après avoir écrit une pièce de théâtre (Juanito, qui n’obtient qu’un relatif succès d’estime), kassak5.jpgil décide de se consacrer à la littérature. Mais ses ambitions ne sont plus celles de son enfance (à dix ans   il proclame son intention non seulement de devenir écrivain mais aussi d’être le Dickens français), aussi il se rabat sur le roman policier. La mode étant au roman d’espionnage, il en écrit deux, publiés par les éditions de l’Arabesque qui créent peu après la collection Crime Parfait, collection qui voit les débuts de Pierre Siniac.

Pierre Humblot devient Fred Kassak (Kassak étant le nom de jeune fille de sa mère) : … Fred Kassak n’est pas très joli et sonne comme un sac de noix, mais je me console en pensant que l’éditeur aurait pu choisir sur ma liste : Peter Van Bold ou Charlie Jinx !

Parallèlement il est secrétaire de René Wheeler, scénariste-réalisateur, puis rédacteur d’un journal d’assurances. Considéré comme écrivain non-salarié, il travaille depuis plus de vingt ans pour la Radio et la télévision. Il a été le scénariste du premier numéro de la série Les Cinq dernières minutes et y a collaboré par la suite à maintes reprises.

Comme beaucoup de jeunes de sa génération, Sartre et Camus ont été ses « maîtres à penser », mais cette époque est révolue. Ses préférences littéraires restent Queneau et les Britanniques Wodehouse et Dickens. D’ailleurs certains de ses livres ont des accents dickensiens (Livre de référence et de comparaison : Les papiers posthumes du Pickwick Club). L’humour est présent d’une façon sobre, apparemment facile, excluant toute vulgarité ; c’est un humour axé sur le descriptif et les situations des personnages.

kassak1.jpgC’est après avoir écrit trois romans noirs que Kassak a découvert sa voie, et sa veine humoristique. Il se sent coincé, enfermé dans un genre, dans une production qui n’incite pas (selon lui) à la relecture ; tandis qu’en employant le ton humoristique, l’intérêt du lecteur ne se condense plus uniquement sur la chute finale, mais peut être capté par le « comique de certaines situations et la manière de les raconter ». « Dans l’humour, je me sentais dans mon élément ».

L’intrigue, la trame d’une histoire souvent lui sont inspirées par de petits faits, de petites histoires qui peuvent lui arriver. Aussi il imagine les développements possibles et comment ce petit fait aurait pu donner lieu à un crime.

« Ainsi Carambolages est directement inspiré de mon expérience au Touring Club de France qui était une mine de personnages et de situations : il y avait vraiment des Fêtes de Printemps sous une pluie battante, des défilés en costume d’époque, un doyen des campeurs, et l’organisme du T.C.F. était le même : il ne restait plus qu’à pousser les situations. Une fois l’idée au point, je faisais ma distribution : choisissant parmi mes amis et connaissances passés ou présents ceux et celles qui pouvaient le mieux incarner mes personnages fictifs. Je n’aime pas beaucoup créer de toutes pièces un personnage : c’est la réalité qui est originale, l’imagination ne reproduit que des lieux communs ».

« J’ai toujours fait des plans détaillés laissant très peu de place à l’imagination – ce qui n’est pas forcément une bonne chose. Mais je suis sujet au vertige de la feuille blanche et le plan me rassure, me permet de me lancer et de continuer. Dans un roman purement littéraire, un plan trop détaillé peut être un handicap, un frein à l’imagination. Le roman policier, lui, est un mécanisme de trop haute précision pour qu’on puisse, à mon avis, s’en passer ou s’en écarter beaucoup en cours de rédaction. L’imagination peut et doit être au pouvoir pendant le développement, la mise au point et la construction – mais après, c’est la fin de la récréation et la fantaisie ne doit plus avoir le droit de s’exprimer que par le style ».

Mais Fred Kassak est aussi un spécialiste dans le choix des kassak2.jpgarmes du crime. Par exemple la poudre de champignon vénéneux séché (Bonne vie et meurtres) ou la voix de Mireille Mathieu déclenchant une avalanche.

« Mireille Mathieu et son avalanche ont été imaginées tout spécialement et sur mesure pour Voulez-vous tuer avec moi ? où le narrateur, après s’être livré à deux tentatives de meurtres avortées : voiture sabotée et piscine électrifiée, réussissait enfin le troisième en faisant exploser à distance, par téléphone, un pavillon préalablement soumis à une fuite de gaz. Tout cela allait donc crescendo et, quand j’en suis arrivé à devoir imaginer un quatrième crime, je me suis trouvé embarrassé car, évidemment, il devait lui aussi aller crescendo : impossible de revenir au revolver ou à l’étranglement. Après l’explosion d’une maison entière, il fallait quelque chose d’encore plus spectaculaire ; une sorte de petit cataclysme : une catastrophe pouvant être provoquée puisqu’il s’agissait d’un crime, mais devant, en outre, paraître naturelle puisqu’il devait s’agir d’un crime parfait. Et quand on fait l’inventaire des catastrophes naturelles pouvant être provoquées, on en vient très vite à l’avalanche en montagne qui peut être provoquée par un cri humain. Le roman ayant des prétentions humoristiques, il fallait un cri humain contrastant avec l’aspect criminel de l’avalanche : par exemple, un chanteur d’opéra beuglant son grand air. Mais un peu démodé, l’opéra. Pourquoi pas un jeune chanteur actuel ? Et parmi les jeunes chanteurs beuglant d’amour le plus fort, un nom s’imposait aussitôt : Mireille Mathieu qui, comme vous voyez, a résulté davantage de la nécessité et de la logique que de l’imagination ».

kassak6.jpgKassak qui, depuis plusieurs années, s’était tourné vers la télévision et la radio et n’écrivait plus de romans, en prépare un actuellement. Un roman policier, précise-t-il, et non un polar : « Je ne crois pas que le roman policier ait gagné en prestige et considération en devenant… polar. Je ne vois pas en quoi cette espèce de raccourci simili-argotique à consonance désagréable peut contribuer à revaloriser un genre qu’on a trop tendance à mépriser. Je n’éprouvais nulle honte à être un auteur de romans policiers. Je suis moins fier de me retrouver… polardeux ».

 

Ce portrait a été réalisé d’après une correspondance personnelle avec Fred Kassak et a été publié dans la revue Encrage N°20 en 1988.

 

Romans

Tonnerre à Tana (L'Arabesque, coll. "Espionnage" no 46, 1957)

L'Amour en coulisse, sous le pseudonyme de Jean Céric (L'Arabesque, coll. "Parme" no 13, 1957)

Plus amer que la mort... (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 4, 1957 ; réédition Presses de la Cité, collection Punch 2e série N°7 - 1976)

Estocade à Stockholm (L'Arabesque, coll. "Espionnage no 56, 1957)

Savant à livrer le..., sous le pseudonyme de Pierre Civry (Editions du Gerfault, coll. "Chit !" no 3, 1957)

Nocturne pour assassin (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 8, 1957 ; réédition Presses de la Cité, collection Suspense N°8 – 1972 ; Prix mystère de la Critique 1972 ; Réédition Presses de la Cité collection Punch 2e série N°36 – 1976)

On n'enterre pas le dimanche (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 16, 1958 ; Grand Prix de littérature policière ; Réédition Presses de la Cité collection Mystère 3e série N°183 – 1972- ; Presses de la Cité collection Punch 2e série N°16 - 1976)

Carambolages (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 25, 1959 ; réédition Presses de la Cité collection Un mystère N°640  - 1962 ; Presses de la Cité collection Presses-Pocket N°758 - 1970)

Crêpe Suzette (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 33, 1959)

Une chaumière et un meurtre (Presses de la Cité, coll. "Un mystère" no 570, 1961)

Bonne vie et meurtres, novélisation de la pièce radiophonique Vocalises (Presses de la Cité, coll. "Mystère" no 18, 1969)

Voulez-vous tuer avec moi ?, d'après la pièce radiophonique Le Métier dans le sang (Presses de la Cité, coll. "Mystère" no 119, 1971)

Ces romans ont été réédités pour la plupart dans la collection Le Masque Jaune et dans l’Intégrale en deux volumes.

 

Recueils de nouvelles :

Qui a peur d'Ed Garpo ?, nouvelles (Le Masque no 2241, 1995)

On ne tue pas pour s'amuser !, dramatiques et nouvelles (Cheminements, coll. "Chemin noir", 2005)

Assassins et noirs desseins, dramatiques et nouvelles (Cheminements, coll. "Chemin noir", 2006)

Les fins mots de l’histoire, recueil de pensées, de curiosités diverses. Philosophie, religion, Histoire, théâtre, beaux arts, médecine, sciences humaines, musicologie, art culinaire … pour s’instruire en s’amusant (Le Léopard Masqué - 2008).

 

Romans portés à l’écran :

On n’enterre pas le dimanche, réalisé par Michel Drach n 1959. A reçu la même année le Prix Louis Deluc.

Carambolages, réalisé par Marcel Blüwal en 1962. Avec Louis de Funès, Kean-Claude Brialy, Michel Serrault.

Une chaumière et un meurtre réalisé par Pierre Chenal sous le titre L’assassin connait la musique. Avec Paul Meurisse, Maria Schell, Jacques Dufilho.

Bonne vie et meurtres réalisé par Michel Audiard en 1970 sous le titre Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas… mais elle cause ! avec Berbard Blier, Mireille Darc, Annie Girardot, Sim.

Voulez-vous tuer avec moi ? a inspiré le film de Michel Audiard tourné en 1972 Comment réussir dans la vie quand on est con et pleurnichard. Avec Jane Birkin, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort et Jean Carmet.

Sans oublier les romans adaptés pour la télévision, à la radio (dans la série Mystères de Pierre Billard), les dramatiques écrites pour Les Maîtres du mystère de Pierre Billard, les dramatiques écrites pour la série Les Tréteaux de la nuit de Patrice Galbeau et les épisodes de la Série télévisée Les Cinq dernières minutes (12)

 

Vous pouvez retrouver la présentation de On n'enterre pas le dimanche sur Action-Supense

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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