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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 10:10

Un clin d'œil à la Comtesse déchaussée ?

Hervé JAOUEN : Le vicomte aux pieds nus.

En cet été 1895, le vicomte Gonzague de Penarbily, est plus occupé fréquenter les cercles de jeux ou à ôter l'opercule de jeunes pucelles britanniques qu'à se consacrer à ses études de droit. A vingt-huit ans, on a l'avenir devant soi.

Il est en vacances chez sa mère, Hortense de Penarbily, une veuve qui a hérité d'un manoir et quelques terres et métairies dans le pays bigouden, mais ce n'est pas pour autant que l'argent coule à flots. Ce serait plutôt le contraire, et afin de garder un rang social digne de son titre, Hortense a transformé son manoir et des dépendances en gîtes fort prisé par une clientèle venue d'Outre-manche.

Gonzague batifole donc dans la cabine de bains ou joue les herboristes laissant à sa jeune compagne admirer l'envers des feuilles, tout en sachant que dans un mois il doit se marier avec une jeune fille de bonne famille nantaise, dénuée de titre de noblesse mais fort pourvue en dot. Sa sœur Bérénice, plus jeune de deux ans, est promise au fils du notaire local, lequel sait parfaitement gérer ses affaires en plus de celles de la famille Penarbily. Bérénice est offusquée par les frasques de son frère, tandis qu'Hortense est fière de son coq.

Les mois passent, Gonzague se marie, mais dilapide rapidement la dot. Et crime de lèse-épouse, il utilise un condom lors de ses devoirs conjugaux. La mariée n'est pas bréhaigne comme ses parents aurait pu le supposer. Bref, le divorce est prononcé et le père bafoué n'en reste pas là. Alors Gonzague, qui sent le souffle des policiers dans son dos, décide de quitter la France. Il pense d'abord se réfugier en Angleterre, mais finalement il embarque pour les Etats-Unis en deuxième classe.

Les cabines ressemblent à des chambrées de caserne, six lits sur deux rangées superposées, mais la cohabitation avec les autres passagers est enrichissante. Deux techniciens de la compagnie cinématographique des frères Lumière partagent sa cabine, et curieux à juste titre, Gonzague demande des détails sur cette invention. A New-York, il existe déjà les petits films et le projecteur inventé par Edison, mais aussi bien les vues animées et l'appareil ne valent pas ceux des Frères Lumière.

Alors Gonzague rentre en France, réussit à convaincre sa mère à participer à la nouvelle aventure du cinéma et tous deux se rendent à Lyon chez les frères Lumière puis à Paris ils rencontrent Méliès dont les productions sont plus abouties encore.

C'est le départ pour le Canada, et munis du matériel ils s'installent à Montréal. Appuyés par le clergé local qu'ils invitent à visionner leurs vues animées édifiantes, ils aménagent une salle et proposent même des séances à mi tarif pour les scolaires. L'argent rentre et Hortense, en femme réfléchie économise afin de rembourser leurs dettes, les hypothèques et acheter de nouveaux films. C'est le début de la fortune.

Ensuite ils iront aux USA, en Floride, dans le Missouri... Mais les aigrefins veillent, Edison n'est pas satisfait de la concurrence, Hortense s'éprend d'un homme et vice versa, l'argent rentre dans les caisses, Gonzague fait la connaissance de Suzanne, une Louisianaise expansive, pétulante et affranchie qui l'aime, le suivra et l'aidera dans ses entreprises, n'hésitant pas à payer de son corps lorsque le besoin s'en fait sentir, en tout bien tout honneur. Mais comme d'habitude, grandeur est suivi de décadence...

 

Le Vicomte aux pieds nus nous emmène sur trente ans d'une saga familiale foisonnante dont Hervé Jaouen possède le secret.

Tout d'abord le lecteur est confronté à une ambiance bretonne tout en étant gauloise, et il suivra les aventures désordonnées de Gonzague dans ses divers périples. Il sera indulgent, tout comme Hortense la mère, envers ce fils de famille dépensier et folâtre, applaudira à ce qui pourrait être une rédemption lorsqu'il décide de trouver une occupation rémunératrice en s'adaptant à de nouvelles technologies, en étant un novateur dans ce qui n'était pas encore appelé le septième art, travaillant même ensuite lors du retour en France après un départ précipité des Etats-Unis, après un passage à Saint-Pierre Miquelon, comme scénariste et réalisateur-producteur de sa propre production cinématographique.

Il tremblera lorsque Gonzague et Hortense, ainsi que son mari, seront la proie de cousins américains qui ne respectent pas la famille. D'ailleurs intercalé dans la linéarité du récit, le journal d'Hortense nous entraîne au cœur de leurs pérégrinations mouvementées, amoureuses, exploratrices.

De plus la jeune nation possède une appétence pour les nouvelles technologies, se les appropriant en y apportant quelques modifications, en déposant les brevets, et instaurant le commerce unilatéral, tout pour l'exportation, rien pour l'importation. Phénomène amplifié de nos jours dans tous les domaines, ou quasiment.

Mais le lecteur s'amusera surtout car ce roman n'engendre pas la morosité. C'est drôle, c'est vivant, c'est émouvant, c'est égrillard, c'est historique, c'est frais et vivifiant, c'est impertinent, c'est distrayant.... Tout sauf ennuyeux !

 

Si j'ai qualifié ce roman de saga familiale, ce n'est pas tant parce qu'il s'étale sur trente ans, mais bien parce que j'ai relevé quelques greffons, quelques bourgeons qui pourraient donner lieu à des suites.

Par exemple, lors de leur séjour à Saint-Pierre et Miquelon, Hortense et son fils se trouvent en présence d'un Emmanuel Turgot. Et cela nous ramène à un ouvrage précédent de l'auteur. Mais d'autres indices laissent à penser que Hervé Jaouen va explorer la vie quotidienne et les tribulations de Suzanne, de Madeline, fille que Gonzague a eu au Canada mais qu'il n'a jamais connue, Bérénice, la sœur de Gonzague qui au contraire de sa mère n'apprécie pas du tout les frasques de son frère, voire d'autres personnages qui évoluent dans ce roman et qui mériteraient d'être étoffés.

 

Hervé JAOUEN : Le vicomte aux pieds nus. Editions des Presses de la Cité. Parution le 2 mars 2017. 464 pages.20,00€.

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 13:32

Bon anniversaire à Sergueï Dounovetz né le 19 mars 1959.

Sergueï DOUNOVETZ : Vipères au train.

Septuagénaire (et plus) pour l’état-civil, trentenaire dans sa tête d’aventurier, Cyprien attend à l’ombre des hangars l’avion qui doit amener Léo, un copain de longue date, la cinquantaine tranquille et cheminot en retraite.

Un copain, c’est vite dit, disons une connaissance qui aurait mangé dans la même gamelle, qui l’aurait fait cocu, s’il faut tout préciser. Mais si Cyprien attend Léo, c’est parce qu’il a besoin de lui et de son expérience ferroviaire.

Cyprien, qui a passé plus d’un quart de siècle en tôle n’a pas raccroché. Il est en relation avec un truand local, Ted, et de quelques affidés pour le moins ahuris et déjantés. Faut dire que le soleil tape fort dans ce coin d’Amérique latine et la bière tout comme le tord-boyaux local, l’alcool d’agave, coulent à flot. La petite bande, constituée il faut bien le dire de branquignols, s’est mise en tête de dévaliser une banque contenant le trésor, composé de lingots d’or, de pierres précieuses et de diamants bruts, de Zédler, le dictateur régnant sans partage sur le pays.

Mais l’Herbe Rouge, une organisation révolutionnaire en lutte contre le tyran pourrait bien faire avorter ce projet par les actions commandos engagées contre le pouvoir. S’emparer du magot, puis le faire voyager à travers désert de sable, dunes et montagnes, n’est pas un mince problème. D’autant que se greffe l’intrusion d’une guérillera de vingt ans, qui se conduit déjà en femme fatale.

 

Vipères au train est un aimable pastiche de westerns tequila baroques dans lesquels les protagonistes tous aussi déjantés les uns que les autres. Voir les films ayant pour acteurs principaux Terence Hill et Bud Spencer par exemple.

Ce roman oscille entre parodie et gravité, avec parfois des traits d’humour grinçants et des scènes, limite bon goût penseront les pisse-froid, aimables gauloiseries de fin de banquet pour ma part.

Une parodie bon enfant qui ne montre pas toutefois toutes les possibilités d’écriture de Sergueï Dounovetz qui nous avait habitué à plus de rigueur. Un entracte en quelque sorte.

 

Sergueï DOUNOVETZ : Vipères au train. Collection Rail Noir N°6. La Vie du Rail. Parution février 2004. 150 pages. 7,00€

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 06:23

Entrez dans le monde merveilleux

de la fantasy féérique...

Brice TARVEL : L'Or et la Toise.

Depuis que le mage Vorpil a failli à sa mission, celle de protéger le roi Storan II, le puissant monarque du pays de Fagne, ce pays a été scindé en deux par deux barons aux dents longues. Storan II est mort sans successeur mâle ou femelle, pour des causes qu'il n'est point besoin d'approfondir ici mais seulement en relever les conséquences.

Vorpil mûrit sa vengeance, chagriné par cette défection et lance un sort contraire sur les deux baronnies. La Fagne du Nord, dirigée par Varcellon, connaîtra les effets du gigantisme tandis que la Fagne du Sud, le baron Tillot à sa gouvernance, éprouvera les effets opposés, ceux du nanisme.

Fagne est atteint d'un autre fléau, héritage d'alchimistes apprentis sorciers. Fagne est un pays de marais et la pluie qui tombe continuellement ou presque entretient cette humidité sans parcimonie. Et ces brennes aux eaux devenues pesteuses recèlent de nombreux méhaignies, d'animaux infréquentables et de dangers de toute sorte.

Au moment où le lecteur entre sans passeport dans cette histoire, il fait la connaissance de deux flandrins nommés Jodok et Clincorgne.

Ces deux traîne-savates, ou plutôt traîne-vase, vivotent dans les marais, mais ils ont une idée en tête, surtout Jodok. Une légende, mais est-ce vraiment une fable, affirme que les caves du château du baron de Tillot en Fagne du Sud renferment des caisses d'or. Et que si ce trésor pouvait tomber entre leurs mains, ils sauraient quoi en faire. Mais auparavant, il leur faut se munir de toiseur, cet élixir qui permet de ne pas être atteint de gigantisme, au nord, et inversement proportionnel au sud. Clincorgne se plaint notamment que son bras s'allonge, ce qui lui crée une difformité dont il se passerait bien.

Pour se procurer cette panacée, les deux compères se rendent chez Renelle, la sorcière, une matrone ivrognesse aux chairs débordantes, mais qui, jeune fille, était d'un abord aimable et abordable. Clincorgne s'en souvient, mais c'était avant. Donc, ils demandent du pousse-pouce à la mégère, laquelle accepte de leur en fournir, mais sous condition.

Ils doivent raccourcir la chaumine de Renelle, qui tout comme les humains possède cette faculté de grandir seule. Les premiers embarras que les deux camarades vont affronter se dressent devant eux sous la forme de moines dirigés par Ermunoc. Les Moines Pourpres se déplacent à l'aide de radeaux, accompagnés d'aquachiens, répandant la bonne parole, celle du Tout-Haut, et surtout la leur. Et les contrarier n'est pas la solution pour s'en libérer.

Jodok et Clincorgne se débarrassent, non sans mal des intrus, récupérant au passage le radeau qui leur permettra de joindre la Fagne du Sud. Munis de toiseur, les voilà sur la route aquatique, et Renelle qui a compris leur projet, va elle-même tenter de rejoindre la Fagne du Sud, par ses propres moyens, et essayer d'arriver avant eux pour s'emparer du trésor.

 

Et en Fagne du Sud, me demanderez-vous, curieux et impatients que vous êtes ?

Le baron Tillot est aussi gros qu'une souris, refusant d'ingurgiter du toiseur, pour des raisons personnelles et lubriques. Or sa propension à vouloir rester minuscule faillit lui être fatale. Candorine, sa fille issue d'une des nombreuses relations que Tillot entretient avec toutes les gerces du château et d'ailleurs, Candorine a manqué, par inadvertance, l'écraser sous son pied mignon.

Depuis Candorine est encagée en compagnie d'Alda, son accorte meschine, dans les souterrains du castel et elles subissent les effets négatifs du rétrécissement de leur espèce de clapier suspendu au dessus d'une eau fangeuse. Leur geôlier, Gober, assure le ravitaillement et le vidage du jules contenant déjections et pissats. Quand il a le temps.

La situation commence à devenir intenable et Candorine ne désirant pas voir sa jeunesse flétrir dans cette immonde fillette, cet objet qui fut cher en un autre lieu et une autre époque à un certain roi Louis, décide de s'évader. Or pour parvenir à ses fins, il lui faut ruser et obtenir l'aide d'Alda, que la jeune femme ne lui refuse pas, car elle aussi n'en peut plus de stagner dans l'eau marronnasse et limoneuse de toutes sortes de détritus.

Parvenues à leur fin, non sans mal, je raccourci leurs mésaventures afin de vous laisser les découvrir avec cet appétit vorace qui anime tout lecteur, elles vont à l'air libre tenter de rejoindre la Fagne du Nord. Car Candorine est amoureuse d'un paladin qu'elle a aperçu un jour de l'imposte de sa chambre, lequel fort galamment lui a envoyé du bout des doigts un baiser. Les deux femmes ne savent pas qu'elles vont être confrontés à des dangers pouvant attenter à leur santé, voire à leur vie, mais l'attrait de la liberté est plus fort que tout, humains, animaux, maladies, périls en tous genres.

 

En empruntant le vocable issu de la belle langue française, et en digne héritier de Villon, Ronsard et Rabelais, Brice Tarvel nous offre un roman rafraîchissant et non seulement parce que l'eau y présente en permanence. Il ressort de ses tiroirs des termes, certes désuets, mais au combien expressifs.

Et le lecteur les goûte, les roule sous sa langue, tente de les emprisonner dans sa mémoire en essayant de s'en souvenir afin de pouvoir les utiliser plus tard pour la plus grande édification de ses proches. Foin de ces anglicismes qui polluent les textes journalistes, nous replongeons dans le vieux parler françois médiéval.

Brice Tarvel nous entraîne dans un monde imaginaire qui pourrait être le nôtre dans quelques siècles si les soi-disant progrès scientifiques altèrent la faune et la flore avec les pesticides, les désherbants, les produits phytosanitaires dont veulent absolument nous souiller des entreprises attirées par l'appât du gain au détriment de la nature.

Un double voyage et une rencontre inévitable entre les différents protagonistes de ce roman haut en couleurs, passionnant de bout en bout, et on ne se lasse pas de s'ébaubir devant l'imagination sans faille de Brice Tarvel.

Et pour le plus grand plaisir du lecteur, une suite va bientôt compléter cet ouvrage, mais ce sera pour plus tard. Quand j'aurai lu Au large des vivants, ce qui ne saurait tarder.

 

Brice TARVEL : L'Or et la Toise. Ceux des Eaux-mortes Tome 1. Collection Dédales. Editions Mnémos. Parution le 20 janvier 2011. 250 pages. 18,30€.

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 10:42

Bon anniversaire à Brigitte Aubert, née le 17 mars 1956.

Brigitte AUBERT : La Rose de fer.

Les apparences sont trompeuses : Georges Lyons n’est pas économiste et ne pointe pas dans une entreprise comme il l’affirme.

En réalité, lorsqu’il quitte son domicile de Genève le matin, c’est pour se rendre dans un petit bureau où il se livre à des exercices physiques pour entretenir sa forme, ou alors il participe à un hold-up en compagnie de Benny, Phil et Max, la dernière recrue.

Le braquage, ce jeudi 8 mars à Bruxelles, s’effectue sans trop de problèmes. Seul grain de sable dans une machine bien huilée, Lyons croit reconnaître Martha, sa femme, au bras d’un inconnu. Il pense se trouver devant un sosie et téléphone à Martha, sensée se trouver chez sa mère.

La jeune femme décroche et Lyons est rassuré. Arrivé chez lui, il se rend compte que quel que soit le numéro de téléphone qu’il compose, il obtient Martha au bout du fil. Il se confie à Lanzman, un psychiatre qu’il voit régulièrement depuis un accident de voiture dont il est sorti indemne, légèrement amnésique, mais qui a fait une victime, un auto-stoppeur. Les souvenirs affluent parfois, surtout le visage de Grégory, son frère battu et abandonné par leur mère alcoolique à l’âge de quatre ans.

Tout se dérègle lorsque Max lui apprend que Phil a été détroussé et l’accuse d’avoir facilité cette spoliation. Dans le même temps, des tueurs tentent de l’abattre. A nouveau, il aperçoit celle qui ressemble tant à sa femme, couleur de cheveux exceptée, et la suit jusqu’à une réunion chez un avocat du nom de Silberman, dirigeant d’un parti néo-fasciste. La femme dit s’appeler Magdalena et être mariée avec l’un des invités. Il est poursuivi à la fois par des tueurs et par ses anciens acolytes.

Max, le premier, le convoque, mais Georges évite le piège tendu et tue son complice, s’apercevant que celui-ci travaillait en réalité pour les Palestiniens. C’est Phil ensuite qui se présente chez lui, et Georges doit la vie sauve à Martha qui abat sans complexe l’intrus. Une facette de la personnalité de Martha que découvre Georges, le confortant dans sa suspicion envers cette femme devenue énigmatique.

Un ami chinois vivant en fraude à Genève lui donne l’explication des mystères téléphoniques : les numéros qu’il compose sont reliés à un téléphone sans fil détenu par Martha. Le souvenir de Grégory, le frère mythique, le taraude de plus en plus. Une réminiscence obsessionnelle. Benny lui tend également un piège, mais il est abattu par un tueur auquel Georges échappe. Martha confirme à Georges qu’elle est effectivement Magdalena, ce sosie qui se trouve souvent sur son chemin et lui avoue qu’elle est à la recherche d’une liste d’anciens nazis réfugiés en Amérique du Sud. Une liste qu’elle n’est pas seule à convoiter d’où les avatars subis par Georges. Il va comprendre peu à peu qu’il a été manipulé, hypnotisé par son psychiatre et qu’en réalité il est peut-être Grégory, Georges étant mort dans l’accident, et qu’il serait le fils d’un nazi.

 

Autant le précédent roman de Brigitte Aubert — Les quatre fils du docteur March (1992) — jouait sur le suspense psychologique et mêlait avec habileté angoisse et noirceur, autant celui-ci s’avère rocambolesque, parfois à la limite de la parodie du roman d’espionnage, d’aventures et du feuilleton fin de siècle dernier.

Le côté humoristique au deuxième degré et l’absence de temps mort allègent une histoire désordonnée, qui fuse en tous sens. Les thèmes de la gémellité, du double, double vie de certains personnages par exemple, et la quête de l’identité sont une fois de plus largement exploités, alliés à des préoccupations plus actuelles : la chasse aux criminels de guerre et la résurgence du fascisme.

Double intrigue dans laquelle patauge le héros, mais parfois aussi le lecteur. Il faut du talent pour se sortir de cet imbroglio et Brigitte Aubert n’en manque pas. Elle ne se cantonne pas dans un seul genre, et l’entreprise est louable en soi.

 

Réédition Collection Points policiers N°104. Parution juin 1995. 296 pages. 6,10€.

Réédition Collection Points policiers N°104. Parution juin 1995. 296 pages. 6,10€.

Une autre couverture de la Collection Points

Une autre couverture de la Collection Points

Réédition : éditions Alliage. Parution septembre 2016. Version numérique. 3,99€.

Réédition : éditions Alliage. Parution septembre 2016. Version numérique. 3,99€.

Brigitte AUBERT : La Rose de fer. Collection Seuil Policiers. Editions du Seuil. Parution 3 juin 1993. 300 pages. 17,30€.

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 13:48

Vous aimez Hubert Haddad ? Vous aimerez Hugo Horst !

Hugo HORST : Le confesseur.

Jeannot, alias Saint-Chrême, alias le Confesseur, est un tueur ainsi surnommé par son protecteur, un ancien d'Algérie comme lui à cause de sa propension à recueillir les confessions de ses victimes avant de les abattre.

Mais son ami, le Préfet a été rayé de la carte des vivants et il en garde une certaine amertume. Il vient à peine d'achever sa besogne en cours qu'un nouveau contrat lui est proposé par un truand nommé Ceruto.

L'heureuse élue s'appelle Elise et comme à son habitude Saint-Chrême fait sa connaissance à la terrasse d'un café avant d'entamer le travail proprement dit. Une nouvelle rencontre est programmée, seulement elle n'aura jamais lieu.

Il apprend par les journaux qu'Elise a été abattue et qu'il est activement recherché par les flics comme meurtrier présumé, un quidam ayant eu la bonne idée de le prendre en photo alors qu'il discutait avec la jeune femme à la terrasse du bar.

Il ne lui reste plus qu'à filer à l'anglaise. Destination l'Afrique, dans un petit village de vacances, puisque apparemment Elise devait y passer quelques jours, ayant égaré un prospectus vantant les mérites de ce club. Il embarque donc, sous une identité d'emprunt, mais ne s'intègre pas au groupe formé par ses compagnons de voyage.

Pourtant l'une des hôtesses lui montre une affection particulière. Tout va bien jusqu'au jour où Elise débarque en compagnie d'autres touristes. Elise qui affirme être Sophie. La révolte vient à gronder et bientôt le club de vacance est transformé en Fort-Alamo, les autochtones se rebellant contre le gouvernement en place.

 

Malgré un épilogue décevant, un peu tir‚ par les cheveux, ce roman mi-noir, mi-aventures exotiques se lit avec plaisir.

Le "héros" peu banal, puisqu'il ressent le besoin de lier connaissance avec ses futures victimes avant d'accomplir son contrat, pourrait, presque, être sympathique.

Hugo Horst ne plante pas le décor africain, il se contente de brocarder un certain type de villages vacances pour touristes aisés.

De quoi vous dégoûter à jamais des voyages organisés et vous inciter à rester à la maison, en compagnie d'un bon livre d'aventures. Par exemple.

 

Au fait, le lien entre Hubert Haddad et Hugo Horst ? C'est le même auteur !

 

Hugo HORST : Le confesseur. Editions Zulma. Parution 22 janvier 1998. 254 pages. 9,20€.

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 11:14

Il peut encore servir...

Frédéric LENORMAND : Ne tirez pas sur le philosophe !

Légèrement imbu de sa personne et de l'aura dont il pourrait jouir grâce à ses écrits philosophiques, Voltaire revient à Paris, après un an d'absence, pensant être accueilli par une foule en délire. Las, personne ne se précipite au devant de son équipage, il peut franchir l'octroi sans même être embêter par les douaniers. Franchement c'est lui faire injure.

Alors il regagne son domicile rue de Longpont, chez les époux Dumoulin, et décide d'arroser Paris de papillons publicitaires (à l'époque il n'était pas encore en usage de parler de flyers !) vantant ses mérites. Naturellement il reçoit chez lui des quémandeurs, mais ce sont des quémandeurs peu intéressants. Si, quand même, les d'Alas, une fratrie de protestants qui se plaignent des agissement d'un ecclésiastique avec lequel ils entretiennent des relations plutôt tendues. Tellement tendues que l'un d'eux a reçu une bastonnade qu'il n'a pas digérée, obligé de garder le lit durant quelques temps. Le curé hargneux est un certain père Elisabeth, et le portefeuille garni que lui offrent les trois frères est convaincant.

L'abbé Linant, dont la principale préoccupation est de nourrir son estomac, et celui de Voltaire par la même occasion, se voit remettre sur le marché, non point une profession électorale, mais un billet de réclame pour un musée de curiosités anatomiques, tenu par maître Hérissant, taxidermiste de profession. L'entrée n'est pas donnée, mais la curiosité poussant le philosophe, une visite s'impose.

L'empailleur vient justement de recevoir une jeune fille qui a été pendue, coupable d'avoir dérobé à son maître des chemises. La foule, toujours avide de sensations fortes, a pu remarquer que le bourreau a laissé le soin à son apprenti de réaliser la pendaison a sa place, un travail saboté aux yeux de tous. Tellement saboté que la jeune fille n'est pas tout à fait morte. C'est ce que peuvent constater Voltaire et son secrétaire, ainsi que Hérissant qui perd une pièce à naturaliser.

Blanche est emmenée chez le philosophe et il est procédé à un bain revigorant et nettoyeur. Et lorsque la belle Emilie, marquise du Châtelet et néanmoins amante de Voltaire, débarque à l'improviste, c'est pour voir une nymphette à moitié nue, ou à moitié vêtue, déambuler dans l'appartement. Bon ami, ainsi est surnommé Voltaire dans les bons jours, narre, pour faire diversion, les problèmes rencontrés par la fratrie d'Alas avec l'abbé commanditaire, le Père Elisabeth. Et pour faire diversion, c'est loupé. Elisabeth Théodose de Breteuil n'est autre que le frère d'Emilie.

Emilie n'aime pas que l'on touche à sa famille, philosophe ou pas. Elle propose une sorte de marché, elle lance un défi à l'écrivain aux écrits pas vains : Le premier qui résoudrait le problème de Melle Blanche alias Cunégonde prouverait sa supériorité en matière de générosité, d'efficacité dans l'établissement des droits humains, dans la protection de la liberté, et règlerait à sa façon l'affaire d'Alas.

Jolie joute en perspective, d'autant que des cuillers disparaissent mystérieusement et réapparaissent tout aussi mystérieusement dans les effets de Blanche, et que des morts vont interférer dans cette enquête qui va mettre aux prises les deux amants, adversaires le temps de prouver à l'autre une supériorité factuelle, et que des personnages font leur apparition au grand dam des deux antagonistes. Ainsi Marguerite, veuve du marquis de Bernières, qui aimerait bien mettre Voltaire dans son lit afin de lui réchauffer les pieds, ou encore Hérault, lieutenant général de police et Tamaillon son adjoint. Sans oublier que le précédent maître de Blanche a disparu dans des conditions inexplicables, jusqu'à ce que son corps soit retrouvé.

 

Joyeusement iconoclaste et sympathiquement irrévérencieux, Ne tirez pas sur le philosophe ! est une récréation pour le lecteur. Selon la quatrième de couverture, En San Antonio du thriller historique, Frédéric Lenormand crée des héros infatigables, hauts en couleurs.

Si je suis entièrement d'accord sur les deux dernières affirmations, la première, elle, me laisse dubitatif, même si l'on peut lire, par exemple :

Je ne la connais ni d'Eve ni d'avant. Alors que San Antonio écrivait : Je ne la connais ni des lèvres ni des dents.

Mes références iraient plutôt vers P. G. Wodehouse ou Jerome K. Jerome, deux auteurs britanniques certes, mais dont le style de l'auteur se rapproche sérieusement, ou pas.

Le mieux est peut-être de vous proposer un florilège de citations :

Tous les coups sont permis quand on est homme de foi, c'est l'Eglise qui définit la morale.

Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. Hélas, souvent, le bibliothécaire était gaga.

Dans la pièce mitoyenne, son frère Elisabeth s'amusait avec les enfants, une occupation bien masculine. Il jouait à l'inquisiteur avec les peluches, Torquemada-tortue s'apprêtait à brûler sur un bûcher M. Lapin-marrane, ses neveux battaient des mains, il n'est jamais trop tôt pour inculquer à la jeunesse la véritable échelle des valeurs chrétiennes.

Frédéric LENORMAND : Ne tirez pas sur le philosophe ! Série Voltaire mène l'enquête. Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 8 mars 2017. 350 pages. 19,00€.

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 06:05

Où Mary Lester démontre qu'elle a du chien...

Jean FAILLER : La cité des dogues.

Cela fait huit mois que Solange Roch a été retrouvée sur une plage malouine, morte, le corps déchiqueté probablement par les rochers affleurant. C'était le 15 mars alors qu'elle était portée disparue depuis une dizaine de jours. L'enquête de police diligentée par le commissaire Rocca a conclu à un accident cardiaque.

Simone Roch, trente quatre ans, était une sportive accomplie, jouant au tennis et battant les meilleur(e)s, pratiquant la planche à voile et la voile, courant ses dix kilomètres quasiment tous les jours sur le Sillon. Et rien ne la prédisposait à décéder d'un arrêt cardiaque. Mais son mari, le notaire Roch, un notable qui est également le suppléant du député, ne croit pas à la version officielle.

Et c'est ainsi que Mary Lester, auréolée par la résolution de quelques affaires, dépendant du commissariat de Quimper, est chargée de reprendre le dossier et d'y apporter son grain de sel. Le député possède des relations qu'il a contactées afin que la lieutenante soit détachée auprès du commissaire Rocca.

Le commissaire Rocca est imbu de sa petite personne, et ses lieutenants filent droit, notamment le lieutenant Maüer qui évite de prendre des initiatives. Elle se rend à Paramé chez le notaire, dans sa malouinière, ou plutôt son vide-bouteilles, une maison ancestrale qui à l'origine servait de garçonnières et de lieu de rendez-vous pour les corsaires en goguette. L'homme est apparemment attristé par la mort de sa femme et il ne croit nullement en les conclusions du médecin légiste.

Mary Lester rencontre d'abord des partenaires de jeux de Simone, au tennis ou à la voile, mais ceux-ci se contentaient de pratiquer leurs sports en sa compagnie. Rien de sexuel là-dedans, rien de compromettant. Alors elle demande à Maüer de vérifier si des disparitions inquiétantes ne se seraient pas produites à la même époque ou plus tard.

Ce n'est pas de bon cœur que le lieutenant se penche sur les dossiers, pourtant il découvre trois affaires qui n'ont pas été traités. Un jeune homme et deux personnes âgées n'ont pas donné signe de vie depuis quelques mois. Comme il faut bien se sustenter, Mary se rend à la pizzeria où travaillait le jeune homme. Les deux patrons du restaurant italien ont reçu une carte postale de leur ancien employé en provenance des Antilles. Ils avaient tout simplement omis de le signaler au commissariat. Un coup d'épée dans l'eau.

Mais pour les deux personnes âgées, c'est plus inquiétant. Un homme qui s'était installé dans une maison de retraite et une femme qui vivait chez elle. Leur point commun, celui d'être des sportifs, comme Simone. Et tous les jours ou presque, ces deux disparus avaient l'habitude de se promener, en marchant d'un bon pas, sur le Sillon, un chemin qui longe la plage.

 

Ne sentant pas à l'aise dans l'hôtel qu'elle avait dans la vieille ville, Mary Lester prend une chambre dans un autre établissement situé sur le Sillon, ce qui lui permet d'avoir une meilleure vision et un panorama unique sur la mer.

Pour autant, elle n'est pas rassurée, surtout le soir, lorsqu'elle croise un homme à l'air chafouin et rébarbatif, promenant ses deux chiens. Officiellement il est habilité à veiller sur le port comme vigile pour une entreprise de sécurité. Elle apprend que les dogues sont une vieille tradition malouine, abrogée en 1770, et qu'ils étaient lâchés dans les douves et sur la grève afin de protéger la cité des envahisseurs en provenance de la mer. Mary allie donc connaissances historiques et enquête dans une histoire qui m'a fait penser un peu à Charles Exbrayat dans ses romans provinciaux.

 

Jean Failler, nous décrit Saint-Malo et une partie de son histoire sans jouer les guides touristiques. Par petites touches il montre la cité de Robert Surcouf sans encombrer son intrigue.

Le lecteur averti se doutera dès le début, ou presque, de l'identité du ou de la coupable, et le comment, mais c'est le pourquoi qui le tiendra en haleine. Et surtout l'atmosphère du roman, les démêlés de Mary avec le commissaire Rocca et avec Maüer qui traîne les pieds, plus quelques scènes au cours desquelles sa vie ne tiendra qu'à un fil ou à une laisse.

Un roman simple, mais pas simplet, dans lequel l'auteur privilégie l'étude des personnages à la construction de l'intrigue, tout du moins à la résolution de l'énigme.

 

Première édition : Editions Alain Bargain. Parution 2eme trimestre 1996. 240 pages.

Première édition : Editions Alain Bargain. Parution 2eme trimestre 1996. 240 pages.

Jean FAILLER : La cité des dogues. Collection Mary Lester N°8. Editions du Palémon. Parution 1998. 304 pages. 9,00€. Version numérique 5,99€.

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 09:36

De nouvelles révélations ?

Jean François PRE : Le Cheval du Président.

Installé au Guatemala depuis quelques années après un séjour en Amérique du Sud, Willy Anhalt, un Belge reconnu comme l'un des meilleurs chroniqueurs hippiques s'est reconverti dans une petite affaire d'import-export.

Son associé Alvaro Marques lui propose une affaire en relation avec son ancien métier. Le cheval du président guatémaltèque doit participer prochainement au Grand Prix de l'Arc de Triomphe, à Paris. Une course prestigieuse que n'a jamais gagnée un cheval américain. Il est indispensable que Pajecillo remporte la course, c'est ce que lui annonce Villa-Hernandez, le chef de la police, qui pour l'obliger à remplir sa mission gardera sa femme en otage. Il en va de l'honneur de la nation.

Pendant ce temps Jacques-Etienne Musset, dit Jacket et lointain descendant du poète, et son amie Susan Murgrove, deux riches aventuriers se prélassent aux Bahamas. Ils sont convoqués par Kitch-Maillard, un magnat de la presse new-yorkaise, qui a eu vent d'un complot visant le président dictateur de la petite république centre-américaine.

Nouveau venu dans la famille du Fleuve Noir, Jean-François Pré est chroniqueur hippique à Tiercé Magazine, au Parisien et sur TF1. Aussi le domaine des courses, il connait bien, mais contrairement à certains spécialistes qui noient leurs romans des compétences et du savoir acquis dans leur domaine, il n'aborde le sujet que pour justifier son intrigue.

Le couple d'aventuriers aux amours platoniques, au grand regret de la belle Susan soit dit en passant, s'inscrit dans la lignée de Sam et Sally qui fit les beaux jours du Fleuve sous la plume de M.G. Braun et eut son heure de gloire à la télévision.

Un roman agréable mais à Jean-François Pré de confirmer avec une suite de ces deux héros sympathiques, mêmes si ce sont des nantis. Jacket est un socialiste qui réside à Genève, à occulter sa particule afin de rationnaliser son appartenance au PS. C'est un digne descendant des romantiques du siècle dernier, a la phobie des avions qu'il surnomme des cercueils volants, est joueur dans l'âme et oubliant qu'il en est un, se dit que les nantis ont le don de se compliquer la vie. Quant à Susan, elle attend désespérément que Jacket daigne poser outre ses yeux, ses mains sur elle.

Jean François PRE : Le Cheval du Président. Collection Aventures sans frontière. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1997.

Réédition version numérique. Parution octobre 2015. 3,99€.

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 06:02

Cela mettrait ce livre à 5$36... Y'a un truc...

Jean-Hugues OPPEL : 19 500 dollars la tonne.

Homme de principes, Falcon ne veut pas être qualifié de tueur à gages mais tient à l'appellation d'assassin professionnel. Et effectivement, il ne joue pas dans la cour des amateurs, des bricolos qui sabotent le travail qui leur est confié.

Ainsi, à Caracas, où sa mission l'a conduit, il a maquillé son boulot de tireur isolé en attentat laissant sur place assez d'indices pour induire les policiers en erreur. Il quitte les lieux la conscience pas vraiment tranquille. Non pas qu'il regrette son geste, il a été payé pour, mais parce qu'il sent qu'il a omis une petite vérification qui pourrait lui être fatale.

De plus, il commence à vieillir, l'âge de la retraite va bientôt sonner pour lui, et les tueurs à gages, principalement issus d'Europe de l'Est arrivent sur le marché en cassant les prix. D'ailleurs il n'a pas touché la totalité de la rétribution qui lui est due, et, homme de principes, il n'accepte pas ce manque à la déontologie. Et il rencontre aux USA son commanditaire, ou plus exactement le représentant de commanditaires texans. Ce n'est pas Dallas, mais ça sent bien le pétrole.

 

Agent analyste de la CIA, Lucy Chan, d'origine chinoise mais Américaine à part entière, elle sait le préciser lorsqu'on la titille sur la couleur de sa peau et sur son nom, Lucy Chan donc, surnommée Lady-Lee, survole l'Atlantique pour une mission au Nigéria. Après Lagos, elle se rend à Port Harcourt, et là aussi ça sent le pétrole, à plein nez, jusque dans ses bottes dont elle a eu soin de se prémunir. Elle rencontre le chef d'antenne de la base locale de la CIA, qui entretient quelques préjugés sur les femmes et leur capacité à mener à bien leurs missions. Elle le détrompe rapidement. L'agent West a alerté la CIA à cause de la tension actuelle et de la chute des cours du pétrole, ce qui est préjudiciable à tout le monde.

Un message crypté attend Lucy Chan lui demandant de se rendre au Nord-Kivu, dans la région des Grands Lacs, en République Démocratique du Congo. A Goma, l'un des résidents, un major parait-il, lui explique que les avions qu'elle entend voler au dessus d'elle sont chargés de cassitérite, provenant des mines exploitées manuellement par les locaux travaillant dans des conditions dangereuses pour un coût extrêmement bas mais qui à la revente grimpe à des prix d'or. Elle approche un Chinois faisant partie d'un groupe de visiteurs appartenant à un conglomérat guère préoccupé d'écologie ou de recherches zoologiques.

 

A Londres un opérateur de marché surveille jour et nuit, sur les quatre écrans disposés devant lui, les cours des actions et des matières premières, des fluctuations régies selon l'offre et la demande.

 

Pendant ce temps, un individu qui se cache sous l'alias de Mister K. envoie des mails, des newsletters, plus ou moins subversifs prétendant éclairer les masses en divulguant les scandales de la spéculation boursière. Une pratique que n'apprécient pas la CIA et d'autres services d'état. Pour un courtier en immobilier, il ne s'agit que d'un emmerdeur qui peut déranger les esprits faibles et agiter ceux des crétins complotistes. Il est vrai que montrer du doigt certaines pratiques financières en jouant avec de l'argent virtuel, peut déstabiliser les marchés boursiers.

 

Sérieux, détaillé, documenté, précis, ce roman est toutefois nimbé d'un humour subtil et Jean-Hugues Oppel se montre même persifleur par intermittence, lors de certaines scènes.

Et le final pourrait paraître baroque, emprunter au non sens, se révéler comme une immense farce, sauf que ce genre de pratiques s'établit en coulisses, sans que le commun des mortels soit dans la confidence. Le maquillage au nom du secret et de la raison d'état et surtout des financiers.

Et ce n'est pas tant l'histoire en elle-même qui n'en est que le support, mais le fond de l'intrigue qui interpelle (c'est un mot à la mode !), mais qui devrait donner froid dans le dos des petits épargnants. Il ne s'agit pas d'une leçon d'économie pour les Nuls, mais de montrer en évidence quelques pratiques peu avouables, et d'ailleurs peu avouées. Et tant pis pour ceux qui se laissent prendre les doigts dans le pot de confiture, ou dans le paquet d'actions achetées et revendues en quelques secondes, empochant ou perdant quelques millions de dollars ou d'euros. La Bourse n'est qu'un immense jeu de Monopoly.

 

Il faut toujours se méfier des pays qui croient nécessaire de mentionner démocratique (ou populaire) dans leur nom.


- Savoir dépenser pour économiser, ne pas hésiter à commencer par perdre pour gagner ensuite, de sages préceptes que trop de grands patrons négligent ou méprisent. Vous connaissez la différence entre un producteur de cinéma américain et un producteur de cinéma européen, surtout français ?
- Allez toujours, je sens que ça va être hilarant.
- Le producteur français se demande toujours combien va lui coûter un film, l'américain combien il peut lui rapporter. A méditer, mon vieux.

Jean-Hugues OPPEL : 19 500 dollars la tonne. Editions La Manufacture de Livres. Parution le 2 mars 2017. 256 pages. 16,90€.

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 14:47

La devise des Chiens de guerre !

Frédéric PAULIN : Le monde est notre patrie.

Les hommes politiques, souvent par démagogie, regrettent souvent le nombre élevé de fonctionnaires et leur principale préoccupation est d'en diminuer le nombre. La plupart du temps pour des motifs cachés, des conflits d'intérêt, car le travail, quel qu'il soit, doit être assuré et dans ce cas, il faut passer des marchés auprès d'entreprises privées avec lesquelles ils entretiennent quelques accointances, souvent financières.

Ancien légionnaire reconverti comme mercenaire, Maxence Stroobants a créé sa petite entreprise de sécurité avec son ami Blaskó, qu'il connait depuis toujours ou presque. Ils étaient sur tous les fronts et continuent. C'est leur vie. Ils aiment et ils assument.

Pour l'heure, nous sommes en janvier 2014 à Falloujah en Irak. Stroobants et son équipe ont été engagés afin d'assurer la sécurité de l'ambassadeur des Emirats arabes. C'est l'une des premières missions confiées à la Stroobants Secure SA, dont Stroobants est le président et Blaskó le vice-président, et il ne faut pas se louper. Les Américains ont plié bagages depuis quelques semaines et les insurgés sont proches. Il faut exfiltrer l'Ambassadeur qui ne se rend pas compte du danger imminent.

C'est une réussite qui appelle d'autres contrats. La petite structure prend de l'importance, les missions se suivent mais ne se ressemblent pas. Presque pas. A Bagdad, Stroobants et consorts doivent réceptionner à l'aéroport des colis légers, une métaphore pour désigner des passagers. Deux hommes en costume cravate et une jeune et belle femme aux yeux verts. Une gendarme nommée Grace Battilana. Stroobants est troublé par l'apparition de cette jeune femme à l'air déterminé.

Grace Battilana a été affectée en Afrique pour des raisons personnelles, une forme de repentance. Et Grace, femme libre, n'invite dans son lit que celui qu'elle veut. Par exemple, son supérieur hiérarchique qui lui met la main sur le genou et la cuisse dans la voiture qui les emmène à une destination quelconque. Elle le rabroue sèchement devant des témoins gênés. Evidemment cette réaction ne plait pas non plus au commandant Frey-Lefèbvre. Mais avec Stroobants, les atomes crochus se sont immédiatement déployés, et une part de tendresse les lie au lit.

Stroobants a décroché un marché au Niger dans la région d'Arlit, auprès de la société Areva. Toujours la sécurité à assurer, les mines d'uranium sont trop précieuses pour les laisser entre les mains de n'importe qui. Les coins périlleux ne manquent pas pour Stroobants et Blaskó, qui se trouvent sur tous les fronts avec leurs hommes. Il faut déplorer des pertes, ce sont les inconvénients de la guerre.

A cause de son incompatibilité d'humeur avec son commandant, Grace est mutée dans une gendarmerie en Bretagne. Stroobants vient la rechercher et lui offre un poste de vice-président, conjointement avec Blaskó. Elle sera chargée de la partie financière, et grâce à une connaissance elle parviendra à effectuer un montage financier qui devrait leur assurer leurs arrières.

Mais la roue tourne et pas toujours dans le sens souhaité. A cause d'un parlementaire aux dents longues, parlementaire d'opposition est-il besoin de le préciser.

 

Roman de guerre, de politique-fiction, de géopolitique, roman noir et de gangsters, Le monde est notre patrie est tout cela à la fois et même un peu plus. C'est également un docu-fiction fort intéressant qui nous plonge dans les soubresauts des pays du Moyen Orient et de l'Afrique, rongés par les conflits religieux et ethniques.

Stroobants, l'homme à l'oreille coupée, un géant qui mène ses hommes au combat avec charisme, est un mercenaire comme les décrivait Jean Lartéguy dans son roman éponyme :

" A ma connaissance, aucun mercenaire ne répond plus à la définition qu'en donne le Larousse :"Soldat qui sert à prix d'argent un gouvernement étranger". Les mercenaires que j'ai rencontrés et dont parfois j'ai partagé la vie combattent de vingt à trente ans pour refaire le monde. Jusqu'à quarante ans, ils se battent pour leurs rêves et cette image d'eux-mêmes qu'ils se sont inventée. Puis, s'ils ne se font pas tuer, ils se résignent à vivre comme tout le monde -mais mal, car ils ne touchent pas de retraite- et ils meurent dans leur lit d'une congestion ou d'une cirrhose. Jamais l'argent ne les intéresse, rarement la gloire, et ils ne se soucient que fort peu de l'opinion de leurs contemporains. C'est en cela qu'ils diffèrent des autres hommes."

Son indéfectible ami Blaskó, l'Albinos, lui est tout dévoué et quasiment immortel. C'est l'homme de terrain sur lequel Stroobants peut compter lorsqu'il doit se rendre dans un autre endroit chaud ou négocier des contrats.

Grace Batillana, tout comme Stroobants et Blaskó, possède ses fractures qui ont du mal à cicatriser. La vie n'est pas un long fleuve tranquille pour cette femme aux nerfs à fleur de peau.

D'autres personnages apparaissent peu à peu dans cette galerie, comme ce jeune député aux dents longues, élu d'une modeste circonscription provinciale avec seulement quelques voix d'avance sur son adversaire politique, nommé président d'une commission parlementaire chargée de contrôler les finances de structures indépendantes comme Stroobants Secure S.A. S'il n'avait pas été dans l'opposition mettrait-il autant d'ardeur dans ses recherches ?

 

Au départ, je n'étais guère chaud pour lire ce roman, les lieux et les événements décrits ne m'inspirant pas, les journaux et magazines, la radio et la télévision s'étendant largement sur les épisodes sanglants et meurtriers qui secouent l'Irak, la Syrie et autres parties du monde pour des problèmes religieux et ethniques.

Mais j'ai été entraîné, à mon corps défendant, par ces personnages qui tout en étant des chiens de guerre défendent une certaine idée de la liberté face à des bandits de grands chemins réunis en bandes organisées brandissant le Coran pour légitimer leurs exactions. Du moins c'est ce que l'on voit du côté occidental.

 

Frédéric PAULIN : Le monde est notre patrie. Collection Goater Noir N°17. Editions Goater. Parution le 21 novembre 2016. 480 pages. 20,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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