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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 10:34

Oui, c'est nous les fameux corsaires

Les rois redoutés de la mer

Jean-Marie PALACH : Sabre d'or. Les aventures de Loïc le corsaire.

Qui de nous n'a jamais vibré, lors de son enfance ou adolescence, aux exploits littéraires ou cinématographiques des corsaires et des pirates ?

Ce roman nous permet de retrouver les frissons qui n'étaient pas dus au froid durant les longues soirées journées d'hiver passées à lire. Le temps n'existait plus, nous recevions cachés sous la couette les embruns de plein fouet, nous nous lancions conquérants à l'abordage, nous vibrions au cliquetis des armes blanches, au tonnerre des canons, aux cris des combattants, aux plaintes de douleur des blessés...

Longtemps j'ai confondu corsaires, pirates, boucaniers et flibustiers. Les corsaires avaient un ordre de mission du roi et devaient combattre l'ennemi, et apporter au royaume or et denrées rares. Les pirates étaient les brigands des mers et travaillaient pour leur propre compte. Ceci précisé, intéressons-nous maintenant à Loïc, le jeune héros de cette histoire qui, je l'espère, en vivra d'autres.

En l'an de grâce 1711, deux navires de l'escadre de René Duguay-Trouin, le célèbre corsaire du roi Louis XIV, s'apprêtent à mouiller dans le port de Saint-Malo de l'Isle. Loïc, quinze ans, beau, blond comme les blés avant la moisson, et déjà bien charpenté, sert les marins dans la taverne tenue par son oncle. Il n'a pas de père, tout au moins déclaré, et sa mère, après avoir vécu de belles années à la cour versaillaise, a connu la déchéance. Elle s'est prostituée et maintenant c'est une vieille femme qui végète dans un débarras attenant au café.

Avec ses camarades, dont il est devenu le chef naturel, malgré l'opposition des parents qui n'apprécient pas du tout que leurs gosses fréquentent un fils de putain, il veut s'approcher au plus des navires mais ils en sont empêchés par la soldatesque. Qu'importe, ils se dirigent dans les dunes malgré l'interdiction.

Un marin apparait, mal en point et s'effondre. Les adolescents s'enfuient sauf Loïc qui s'approche et soigne le malheureux qui lui souffle les consignes pour le requinquer. Seulement, le lendemain, alors qu'il vaque dans la taverne, le prévôt accompagné de gens d'arme, pénètre dans l'établissement et veut procéder à son arrestation pour avoir désobéi aux ordres. La belle marquise, ainsi fut surnommée la mère de Loïc, tente bien de s'interposer mais en vain et il leur est signifié par le prévôt qu'ils sont bannis de la cité et qu'ils doivent déguerpir au plus vite. Heureusement Duguay-Trouin, au même moment, s'introduit dans l'auberge, accompagné de quelques marins et de son second, Jean Doublet, qui n'est autre que l'homme rescapé par Loïc.

Les affaires s'arrangent et Loïc est embauché comme mousse sur L'Invincible. Son tuteur, Grand Timon, ne peut que se réjouir d'une telle recrue qui apprend vite, se montre même parfois trop entreprenant, brave, courageux, apprécié des autres marins.

L'escouade se dirige vers Rio de Janeiro, où les corsaires ont quelques comptes à régler avec les Portugais mais une tempête se profile à l'horizon. Pris dans la tourmente, les navires se trouvent éparpillés. Grâce à Loïc et à son initiative, malgré les objurgations de Grand Timon et du capitaine, L'invincible ne sombre pas.

Mais d'autres dangers guettent le navire. D'abord avec une frégate anglaise, puis une portugaise. Loïc, par sa bravoure et sa gentillesse est estimé. Il se fait un ami de Clément l'indiscret, mousse de son âge, toujours à l'affût de ragots qu'il colporte avec un malin plaisir. Seul le médecin-chirurgien du bord, Simon le barbier, un homme renfrogné, solitaire, reste pour lui une énigme. Et Loïc rencontrera sur sa route la jeune et belle Lisboète Amalia mais n'est-ce pas un danger de plus ?

Quoi qu'il soit, l'île de la Tortue est en vue mais elle semble déserte. 

 

Ce roman destiné aux jeunes de 9 à 99 ans, voire plus si affinités, me fait penser à ceux écrits à l'origine pour des adultes mais qui sont tombés dans le domaine juvénile justement de par leurs qualités.

L'île au trésor de Robert-Louis Stevenson, L'ancre de miséricorde de Pierre Mac Orlan, Les révoltés de la Bounty de James Norman Halle et Charles Nordhoff, même titre mais en nouvelle par Jules Verne, Le Mousse d'Hector Malot, voire Romain Kalbris du même auteur, Le galion d'or de Franck Crisp, et combien d'autres dont Capitaines courageux de Rudyard Kipling, Pêcheurs d'Islande de Pierre Loti, qui possèdent une parenté avec la mer et ses dangers, les corsaires, les voyages au long cours.

Naturellement ce roman possède ce qu'un jeune septuagénaire, lecteur compulsif, ce que d'aucun pourrait appeler des clichés. L'enfant orphelin de père, dont la mère fut une ancienne prostituée, le côté hasard heureux avec la rencontre inopinée d'un marin malade et que Loïc va soigner, le courage, la témérité même du mousse qui sabre en main se défend comme un beau diable et dont les prouesses magnifiées par les rayons du soleil se reflétent sur son arme, une action qui lui fournit son surnom, la touche romantique avec Amalia, et d'autres ingrédients dont le secret de Simon le barbier.

Mais tout ceci s'agence avec un entrain communicatif, une fougue liée à la jeunesse, un plaisir évident de la part de l'auteur de retrouver quelques belles pages engrangées issues de son enfance et de faire partager les émois et les émotions ressentis lors de ses lectures de jeunesse aux plus jeunes, et pourquoi pas aux plus anciens.

Jean-Marie PALACH : Sabre d'or. Les aventures de Loïc le corsaire. Editions du Volcan. Parution 14 novembre 2016. 176 pages. 12,00€.

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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 13:38

Hommage à Phyllis Dorothy James décédée le 27 novembre 2014 à l'âge de 94 ans.

P. D. JAMES : Sans Les mains.

Adam Dalgliesh, inspecteur de police londonien, rend visite à sa tante sur la côte du Suffolk.

Il veut se changer les idées, les esprits, se mettre au vert, après une enquête particulièrement pénible. De plus il a à résoudre une affaire de cœur : doit-il épouser ou non Déborah ? Mais ces quelques jours qu’il s’octroie afin de faire sa mise au point sentimentale vont être perturbés par la découverte d’un cadavre aux mains coupées, flottant au fond d’un canot.

Il s’agit de Maurice Seton, un auteur de romans policiers. Pourquoi cet assassinat et cette mise en scène morbide ?

C’est l’inspecteur Reckless qui mène l’enquête, enquête que suit de loin Dalgliesh et dans laquelle se trouvent impliqués sa propre tante et ses voisins. Voisins qui d’ailleurs ont tous un rapport avec la littérature, soit comme écrivain, soit comme critique littéraire.

Une enquête qui réservera bien des surprises aussi bien à Dalgliesh qu’à son homologue Reckless lequel ne souhaite aucune intrusion, même de la part d’un célèbre collègue londonien.

 

P. D. James déploie dans ce roman toute la palette d’un savoir-faire aux touches subtiles, délicates, savamment dosées, que ce soit dans la description d’un paysage ou la présentation d’un personnage.

Sans les mains est un suspense psychologique au final cataclysmique !

Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€.

Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€.

Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

P. D. JAMES : Sans Les mains. (Unnatural Causes - 1967. traduction Lisa Rosenbaum). Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€. Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

Réédition format Kindle 16 octobre 2016. 2,99€.

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 14:00

Oh Marie si tu savais
Tout le mal que l'on me fait
Oh Marie si je pouvais
Dans tes bras nus me reposer

Denis FLAGEUL : Jagu.

Dix ans qu'il n'était pas revenu à Guingamp, cette charmante cité costarmoricaine qui accueilli durant des décennies les futurs appelés pour effectuer leurs trois jours.

Et en débarquant sur les quais de la gare, Guénolé Le Maout plus familièrement surnommé Guéno, se sent un peu perdu, lui qui sort de deux ans de taule, pour des bricoles non avouables mais qu'il a fini par avouer, dans la capitale. En attendant la correspondance pour Paimpol, le train vert avec ses trois voitures, il s'enfile quelques bières dans un troquet. Pas grand monde dans l'établissement, juste une fille un peu plus loin. Son regard est attiré par ses cheveux bruns courts. Comme s'il l'avait déjà vue, voire connue.

Allez, c'est l'heure de monter dans la micheline. Paimpol, ses mythiques falaises, chantées par Théodore Botrel, le bout du voyage. Et sur le quai, un contrôleur qui l'interpelle. Malard, l'ineffable Malard, un ancien condisciple, dont il a du mal à se débarrasser.

Guéno trouve réconfort et soutien auprès de Serge, un ami, un vrai, qui tient un bar à Paimpol. Serge ne lui demande rien, pas même de raconter ses années de galère. Il lui propose, pour s'occuper, de retaper un appartement qu'il vient d'acquérir et lui prête la maison de ses parents à Guingamp afin qu'il ait un pied à terre où se loger. Marché conclu.

Guéno fera donc tous les jours le trajet Guingamp-Paimpol aller-retour. Ce n'est pas le Transsibérien, celui qui va à Moscou, la ville aux mille et trois clochers et aux sept gares d'après Cendrars, un auteur qu'il lit et relit avec plaisir, mais ce train aux trois voitures va l'emmener dans une aventure mouvementée.

D'abord il reconnait sa belle inconnue lorsqu'elle monte en gare de Traou-Nez, une gare à l'abandon. Les voyageurs qui désirent descendre doivent prévenir le contrôleur, tandis que ceux qui veulent monter font du train-stop. Oui, c'est bien elle, celle qu'il appelait Cousine, comme la plupart de ses condisciples. Cousine, de son prénom Marie-Jeanne, mais plus familièrement Marie tout court.

Il revoit Marie, tous les jours. Marie qui est contente de le voir. Bref ils sont contents tous les deux de se voir, de se revoir, de parler ensemble le temps du trajet, de prendre un pot ensemble, de partager le même lit, chez elle, dans un vieux manoir de Traou-Nez.

Seulement, car bien évidement il existe un seulement, Marie n'est pas seule. Elle a perdu son père et son jeune frère dans un accident, sa mère est décédée ensuite, et il ne lui reste plus que son frère Richard. Mais Guéno ne le sent pas Richard, et encore moins Tino, cet homme aux yeux de poisson mort d'amour qui l'accompagne en permanence mais ne dit rien.

Cherchez la femme disait, ou plutôt écrivait, Alexandre Dumas dans Les Mohicans de Paris. Là, Guéno n'a pas eu besoin de la chercher, il l'a trouvée, seulement il a également trouvé son frère et le copain de celui-ci. Et les ennuis qui se profilent à l'horizon, plus rapidement que la micheline qui effectue le trajet Guingamp-Paimpol, vont bientôt s'abattre sur les épaules du pauvre Guéno qui n'en demandait pas tant. Et tous ça à cause d'une histoire de vengeance.

 

C'est un beau roman, c'est une belle histoire comme chantait Michel Fugain. Le lecteur se trouve transporté dans une histoire courte mais intense. Sous cette histoire d'amour se cache une sombre intrigue ferroviaire qui nous ramène au bon vieux temps des déplacements au cours desquels le voyageur pouvait s'intéresser au paysage, et dont les voitures ne sont pas bondées.

Mais cette nostalgie ne dure guère car outre l'aspect touristique pas trop appuyé mais avec des lieux de passage remarquables, comme le château de La Roche-Jagu ou le viaduc du Trieux, ce sont bien les personnages auxquels il faut s'intéresser. Guéno, dont le passé est juste effleuré, Marie dont le passé recèle bien des drames, Malard le contrôleur qui effectue les navettes en réclamant les billets avec une pointe de facétie, et les deux vilains car il en faut bien dans toute histoire noire qui se respecte.

Nous sommes loin de la Madone des Sleepings, quoi que, mais cette idée du Transsibérien qui trottine dans la tête de Guéno nous y fait penser insidieusement. Ainsi que de lire, ou relire Blaise Cendrars. Mais indépendamment de ces deux réflexions, c'est l'ambiance même du roman qui fascine.

Un court roman aux courts chapitres, légèrement déstructuré, avec un épisode qui s'intercale dans la narration du retour de Guéno au pays et cette rencontre avec Marie et la suite. Si au départ, du train, cela peut sembler perturbant, le rythme prend tranquillement sa cadence, et ces intercalaires sont comme autant de stations dans ce voyage dramatique.

Denis FLAGEUL : Jagu.

Denis FLAGEUL : Jagu. Collection Goater Noir N°16. Editions Goater. Parution le 24 novembre 2016. 160 pages. 16,00€.

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 06:34

Oh mon bateau...

Denis FLAGEUL : Fantôme de mer.

Planté devant sa fenêtre, Louis Gonidec scrute l’horizon, la mer en proie à la colère du vent de décembre.

Malgré le tiraillement qu’il ressent dans le bras gauche, il stationne jusqu’à ce qu’enfin il aperçoive ce qu’il espère et redoute à la fois. Une barque, une fluorescence qui flotte rapidement sur l’eau, entre Erquy et Fréhel. Absorbé, il ne voit pas le temps passer.

Viviane, sa maitresse… de maison, monte se coucher tandis que lui reste devant la croisée, avant de s’intéresser à ses documents et ses tableaux. Des marines, dont des toiles de Méheut et Böcklin, puis il sort.

Lorsqu’il rentre il se retrouve nez à nez avec deux personnages qui sont en train de dévaliser sa bibliothèque. Une attaque, une douleur dans la poitrine et Louis tombe à terre. Viviane réveillée par le vacarme descend précipitamment, mais ne peut que constater le départ des intrus et apercevoir Louis gisant. Les gendarmes procèdent aux premières constatations mais Viviane ne peut accompagner Louis plongé dans le coma à l’hôpital, n’étant pas de la famille.

Irène, la fille de Louis et Armel son mari armateur, ainsi que Mona une de ses petites-filles, arrivés aussitôt sur les lieux du drame, doivent procéder à un inventaire. Entre Mona et ses oncle et tante, l’entente ne règne guère. Ils ne voient que par Murielle, leur fille, mariée à un homme destiné à la politique et à un avenir prometteur.

L’inventaire est long, mais avec un peu de méthode, Mona et Murielle se rendent compte que des dossiers contenant des documents et deux tableaux ont disparu. Murielle repart, ses parents aussi, ils ont autre chose à faire, et Mona s’accroche. Elle était attachée à Grand-Pa, et des photos réveillent ses souvenirs. Murielle, la pleurnicheuse, Richard et elle sur la grève. C’était il y a vingt ans de cela. Depuis Mona est étudiante en histoire de l’art, elle a des problèmes financiers, mais malgré tout elle s’accroche à ce larcin et l’énigme qui en découle.

Les deux voleurs ont perpétré leur forfait à la demande d’un certain Kovalsk, mais les inimitiés, les dissensions s’installent dans le petit groupe et l’un d’eux s’enfuit, jetant dans une benne à ordures le sac contenant les documents, ne gardant par devers lui qu’un paquet assez volumineux.

 

Dans une ambiance frisant le fantastique, Denis Flageul nous entraîne dans une histoire dont l’un des éléments principaux est le Bag Noz, la barque de nuit, censée convoyer les personnes péries en mer.

Et la dernière victime de l’année, tout comme pour l’Ankou sur terre, deviendra le nouveau marin, le pilote de cette embarcation. Une superstition, une légende qui est ancrée dans l’imaginaire populaire breton.

Mais est-ce vraiment une affabulation ? Tout pourrait porter à le croire, sauf que les témoignages concernant la vision de cette barque flottant au dessus de l’onde par des personnes apparemment dignes de foi et relatée dans différents journaux locaux dans les années 1960 abondent.

Le fantastique nous entoure, il suffit pour le percevoir de montrer un peu de bonne volonté. L’intrigue qui en elle-même est plaisante, nous permet de voyager dans les Côtes d’Armor avec des intrusions en Ille et Vilaine, entre terre et mer.

Le Grand-Pa, Louis Gonidec, recherche ses racines et possède une quantité impressionnante de livres, de documents sur la vie maritime des siècles précédents, des tableaux achetés dans des brocantes et qui se révèlent être de valeur.

Et de nombreux lecteurs acharnés pourront se retrouver en ce personnage sympathique. Sûrement plus que certains de ses ancêtres. L’épilogue peut éventuellement laisser sur sa faim, mais avec un peu de fantaisie imaginative, vous pouvez continuer l’histoire en lui collant le dénouement qui vous agrée.

Denis FLAGEUL : Fantôme de mer. Collection Polar & Grimoire. Edition Terre de Brumes. Parution 20 octobre 2011. 160 pages.

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 07:17

Franchement Berty aurait mieux fait de ne pas regarder à la télé Patrick Bruel jouer au poker.

Hugo BUAN : Cézembre noire. Une enquête du commissaire Workan.

Car Berty se retrouve sans un rond et à bord d’une vieille caisse, il effectue le trajet Paris Saint-Malo sans vraiment savoir ce qu’il va faire au pays des binious. Si, il doit, afin de garnir son portefeuille désespérément vide à part quelques quittances de dettes, s’improviser tueur. C’est Kolo qui l’a décidé et quand Kolo commande, il vaut mieux obéir. Renseigné sur le parcours à effectuer par téléphone portable, crypté, il arrive donc dans la cité des corsaires, son look de rocker quinquagénaire à la banane défraîchie ne plaidant guère en sa faveur. Il embarque à bord d’un rafiot manœuvré par un ancien d’Indochine affublé d’une une prothèse, Hale-ta-patte.

Le même jour à Rennes, le commissaire Workan réunit ses troupes sur l’injonction de son supérieur. Magouillant avec la DST, il est le policier idéal pour aller enquêter sur les agissements de deux Américains sur l’île de Cézembre. La mission des deux Etats-uniens consiste théoriquement en l’étude de l’écosystème de l’île qui durant la Seconde guerre mondiale a subi des largages de bombes, dont des explosifs au napalm, alors que les Allemands y régnaient en maîtres. En compagnie de ses adjoints, Lerouyer qui possède une embarcation amarrée justement à Saint-Malo et connaît bien Cézembre, de Roberto, Leila et Cyndi, il part à l’assaut des éléments. Car la tempête fait rage en ce 8 novembre et les conditions ne sont guère favorables pour la traversée qui se révèle houleuse. D’ailleurs les deux embarcations s’échouent non loin l’une de l’autre et ils n’ont d’autre solution que de se réfugier au Barge’hôtel.

Habituellement désert en cette période de l’année, le rafiot transformé en hôtel regorge de pensionnaires. Outre les tenanciers, Léon, le grand-père, Marie-Line la fille et Noël le petit-fils de 18 ans, ainsi qu’une famille d’industriels venus en séminaire, les Monsiret, composée de cinq personnes dont la fille, Daphnée. Ils se retrouvent tous bloqués sur ce lopin de terre et les moyens de communications sont défaillants. Les téléphones portables sont inopérants et Berty est le premier à regretter cette lacune : Kolo doit lui transmettre la photo de la personne à abattre et s’il ne réalise pas son contrat c’est lui qui va se retrouver au boulevard des allongés.

La situation est grave mais pas désespérée, pensent-ils tous, sauf que Daphnée qui revient d’une petite promenade affirme avoir vu un Allemand, que des tirs de mitrailleuse se font entendre et qu’un Stuka survole l’île. Un son qui ne peut être confondu avec les rafales de vent. Les mines enfouies lors des bombardements d’Août 1944 ne sont pas toutes neutralisées, les canons se dressent toujours fièrement malgré la rouille, et les bunkers peuvent receler des pièges. Enfin l’ombre de Rommel plane sur ce morceau de terre ainsi que celle d’un nommé Ruhbescht, ancien de l’Africa Korps, décédé le 6 juin 1944 mais qui aurait enterré auparavant des diamants, en espérant peut-être qu’ils fassent des petits. Bref ce qui ne devait être pour chacun des pensionnaires qu’un week-end presque tranquille se transforme en enfer bordé d’eau.

Hugo BUAN : Cézembre noire. Une enquête du commissaire Workan.

Dans un style percutant et complètement déchaîné, je dirais même mieux démonté comme la mer de Raymond Devos, Hugo Buan nous invite à le suivre sur un terrain miné guère exploré.

Nous sommes en Bretagne, loin des légendes celtiques et des menhirs. L’histoire emprunte à un décor réel et à l’histoire réelle elle aussi, avec soixante ans de recul, d’un épisode de la dernière guerre mondiale. Les touristes qui parcourent les côtes de la Manche ne peuvent guère y échapper, mais Hugo Buan nous mitonne une sorte de huis clos jubilatoire qui dure soixante douze heures. Trois jours durant lesquels les événements, les incidents, les tensions, les drames se succèdent en un véritable feu d’artifice angoissant et grotesque. Mais l’épilogue, même si le roman joue dans le registre des tontons flingueurs et autres farces cinématographiques, est néanmoins fort bien amené et vaut plus qu’un détour. La visite approfondie du livre s’impose, et les sceptiques pourront toujours consulter sur Internet “ Cézembre ”.

Première édition Collection Univers Grands Romans. Pascal Galodé éditeurs.

Première édition Collection Univers Grands Romans. Pascal Galodé éditeurs.

Hugo BUAN : Cézembre noire. Une enquête du commissaire Workan. N°2. Réédition éditions du Palémon. Parution 19 février 2016. 352 pages. 10,00€.

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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 06:57

Sur la route 66
Personne ne t’attend la bas
Plus d'musique bars désertique
Y a qu'des fantômes que tu ne vois pas

(Eddy Mitchell)

Sophie LOUBIERE : White coffee.

La page de la route 66, avec ses multiples cadavres retrouvés et son tueur en série mis hors course, semble tournée. Lola est rentrée à Nancy après avoir risqué sa vie et celles de ses enfants, sauvée par Desmond Blur, criminologue et accessoirement apparenté à David Owens, le tueur. Entre Desmond et Lola s'est forgée une histoire d'amour mais elle est retournée chez elle, afin de faire le point et de soigner ses blessures, morales et physiques, tandis que Desmond a repris ses cours et ses conférences.

Et Pierre Lombard, son mari, qu'est-il devenu ? Elle ne le sait pas. Elle ignore qu'il a été emprisonné, pour complicité avec David Owens. Mais Pierre est relâché, aucune preuve ne pouvant lui être imputée. Peut-être que s'il avait gardé son carnet où il notait tout ce qui s'est déroulé durant les années vécues en compagnie du tueur, ses confidences et bien d'autres choses encore, n'aurait-il pas eu maille à partir avec le FBI, mais il avait transmis ce fameux cahier à Lola en France.

Le FBI ne possède pas le moindre début de preuve pour inculper Pierre Lombard, d'ailleurs il clame son innocence, s'érigeant en victime, et il est extradé vers son pays d'origine. Ce qui n'empêche pas les deux agents du FBI de continuer de sillonner la route 66 et les points d'ancrage de David Owens et de Pierre Lombard afin de récolter des renseignements complémentaires sur les deux hommes et leur degré de connivence.

Pierre Lombard de retour à Nancy est contacté par un ami, qui est également un opportuniste, afin qu'il écrive un livre narrant ses tribulations américaines. Lola a tenu un certain temps un blog qu'elle alimentait à partir des écrits de Pierre, des extraits du fameux carnet. Gaston, le fils, est tout heureux de retrouver son père. A neuf ans, il s'agit bien d'un manque d'affection qu'il veut combler et Pierre y est sensible. Il va même jusqu'à emménager dans leur ancienne maison, mais la cohabitation avec Lola est difficile, tandis qu'Annabelle, née d'un premier mariage, est plus sceptique. Mais comme elle adore son petit frère, ce qui n'empêche pas les chamailleries, elle se résigne.

Là-bas, aux Etats-Unis, Desmond est pressenti pour une série de conférences à l'université de Chautauqua dans l'état de New-York. Or d'étranges phénomènes se produisent dans cette paisible cité.

Par exemple un homme se promène la nuit tenant une ampoule rouge dans la main et l'habitant se demande s'il ne s'agit pas du fantôme de Thomas Edison. Ou encore une femme emprunte des livres à la bibliothèque alors qu'elle est sensée être décédée depuis deux ans. Sans oublier l'orgue de l'amphithéâtre qui joue du Liszt tout seul, une façade du Women's club barbouillé de graffitis d'insultes, le chat crucifié d'un couple, la disparition inquiétante des écureuils du parc, une femme sans tête retrouvée dans Bischop's Garden, et bien d'autres choses encore.

C'est à la demande du président du Chautauqua Institution que Desmond va s'atteler à cette tâche peu commune. Ses conférences ont recueilli un joli succès, et comme il était parti précipitamment sans se prêter à la traditionnelle séance de dédicaces de ses œuvres, après un court séjour de remise en forme, il revient enquêter tout en cultivant par téléphone son jardin secret, sa relation avec Lola.

Et sur la route 66, que se passe-t-il de neuf ? Patty, la serveuse du Bagdad Café et veuve de David Owens a retrouvé cachée dans un tiroir d'un meuble de la chambre de Desmond une enveloppe contenant un bracelet aux perles bleues. Elle le remet au shérif, qui est secrètement amoureux de la belle sexagénaire, et celui-ci pense que cette affaire pourrait rebondir. D'autant que des restes de cadavre sont découverts dans le désert de Mojave.

 

Ce roman est la suite de Black coffee, publié chez le même éditeur et réédité chez Pocket, mais point n'est besoin d'avoir lu le premier de la série avant d'entamer White coffee. Disons que c'est mieux pour comprendre toute l'affaire dans ses détails, mais pas indispensable.

Sophie Loubière nous entraîne dans une histoire comportant plusieurs nivaux, aux multiples rebondissements, qui s'imbriquent les uns dans les autres. L'auteur nous tricote son intrigue comme une écharpe aux nombreux fils de couleurs qui se positionnent en strates, sans vraiment empiéter les unes sur les autres mais tout en offrant une sorte d'arc-en-ciel de couleurs.

Le parcours nancéien de Lola et de ses enfants, celui de Pierre qui retrouve une gloire éphémère en devenant animateur d'une émission télévisée musicale, lui qui fut un des membres d'un ancien groupe ayant connu un relatif succès, l'enquête de Desmond à Chautauqua, les événements qui continuent à se produire sur la route 66, tout est autant de stations de croix dans une histoire complexe mais éblouissante.

La tension monte car les relations entre Gaston et son père indisposent Lola, le garçon étant attiré par ce baroudeur dont il a été privé durant de longues années. Et le drame couve.

Et quelques chapitres sont placés comme de petits dessins dans cette longue écharpe, des chapitres sous forme de nouvelles qui pourraient être lues indépendamment, s'intégrant en souplesse dans le récit sans le perturber mais qui sont comme des entractes. Ainsi les relations téléphoniques entre Lola et Desmond qui remplacent une fusion charnelle à distance entre les deux amants et révèle un érotisme léger. Cela sent le vécu.

Sophie LOUBIERE : White coffee. Editions Fleuve Noir. Parution le 13 octobre 2016. 624 pages. 21,50€. Disponible en version numérique : 15,99€.

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 06:28

Sort de l'ombre...

Arthur Conan DOYLE : La grande ombre

Le personnage de Sherlock Holmes a tellement vampirisé son créateur que la plus grande partie des romans et nouvelles d'Arthur Conan Doyle sont souvent relégués aux oubliettes de l'histoire.

Or justement les romans historiques de Conan Doyle sont ceux que l'auteur préféraient parmi sa production et plus particulièrement cette Grande ombre, dont il déclarait : Je le place au premier rang de mon œuvre. Et il avait raison même si d'autres romans ou recueils de nouvelles sont à placer dignement dans votre bibliothèque, dont Rodney Stone, ou la série des Exploits du Professeur Challenger dont Le monde perdu.

Cette grande ombre, c'est naturellement celle de Napoléon Bonaparte, Boney pour les Anglais, qui se profilait sur toute l'Europe mais n'a jamais pu atteindre en totalité la Grande-Bretagne. Cet homme qui avait étendu au dessus de toute l'Europe cette grande ombre, qui avait plongé les Nations dans les ténèbres...

Âgé de cinquante-cinq ans, Jock Calder, né à West Inch, placé à la frontière entre l'Ecosse et l'Angleterre, avec vue sur la Mer du Nord, se remémore son enfance et les tribulations qui en découlèrent.

Son premier exploit, involontaire, alors qu'il est en internat scolaire à Berwick, son amitié avec Jim, plus vieux que lui et qui veut devenir médecin comme son père, ses premiers émois ressentis envers sa cousine Edie. Celle-ci, d'un an plus jeune que lui, est devenue orpheline et dépense sans compter son héritage familial. Elle se montre aguicheuse, futile, et bientôt les deux amis se disputent ses faveurs.

Mais le grand tournant dans la vie de Jim se produit lorsqu'il récupère un naufragé qui vient de s'échouer à bord d'une barque. L'homme est mal en point, assoiffé, affamé, et s'il n'a pas de ressources alimentaires, il possède une sacoche garnie de pièces d'or.

Il dit s'appeler Bonaventure de Lapp, et a vécu mille vies sur les champs de bataille, ne comptant plus les combats auxquels il a été mêlé. Le visage buriné, il parait plus vieux que son âge. Un major en retraite, voisin des parents de Jock le reconnait pour l'avoir côtoyé quelques années auparavant, les armes à la main. Jock est sous le charme de Bonaventure et des exploits qu'il a réalisé. L'homme vit chez les parents de Jock et paie royalement le gîte et le couvert.

Mais insidieusement Bonaventure de Lapp va semer la zizanie entre Jock, Jim et Edie qui se montre toujours aussi aguicheuse. A nouveau la guerre, que certains, dont le major, pensaient éloignée pour des dizaines d'années, se profile à l'horizon. Boney s'est échappé de l'ile d'Elbe et des milliers de soldats se sont ralliés à sa cause et son charisme.

Alors que Bonaventure a déjà embarqué depuis quelques semaines quittant West Inch, Jim et Jock partent sur le sol belge, et participent à la bataille de Waterloo.

 

Jock narre sa propre histoire, son enfance, son adolescence, sa présence à la fameuse bataille qui mit fin définitivement à cette ombre sur le continent européen. Pour autant, il ne raconte que ce qu'il voit, que ce qu'il entreprend, que ce qu'il ressent.

Vous pourrez trouver dans les livres d'histoire les causes et les raisons de tout. Je laisserai donc tout cela de côté, pour vous parler de ce que j'ai vu de mes propres yeux, entendu de mes propres oreilles.

Plus loin, il confirme cette première impression, ne désirant pas s'ériger en héros, mais bien comme un humble participant parmi tous les soldats engagés dans cette bataille.

Il ne m'appartient pas de chercher à vous raconter l'histoire de cette bataille, et d'ailleurs je n'aurais pas demandé mieux que de me tenir en dehors d'un tel événement, s'il n'était pas arrivé que notre destin, celui de trois modestes êtres qui étaient venus là de la frontière, avait été de nous y mêler au même point que s'il s'était agi de n'importe lequel de tous les rois ou empereurs.

A dire honnêtement la vérité, j'en ai appris sur cette bataille plus par ce que j'ai lu que par ce que j'ai vu.

Ce fut par les lèvres et par les conversations d'autres personnes que j'ai appris comment la grosse cavalerie avait fait des charges, comment elle avait enfoncé les fameux cuirassiers, comment elle fut hachée en morceaux avant d'avoir pu revenir.

 

Ce voyage à l'étranger dans le but de s'engager aux côtés de soldats aguerris pour mettre fin à une dictature impériale, permet aussi et principalement à Jock de revenir sur des à priori, sur des préjugés, sur des affirmations qu'il avait entendu ici et là, et de se forger sa propre opinion sur un peuple dont il n'avait entendu parler qu'en mal.

Pendant toutes ses années-là, on m'avait toujours habitué à regarder les Français comme de très méchantes gens, et comme nous n'entendions parler d'eux qu'à l'occasion de batailles, de massacres sur terre et sur mer, il était naturel pour moi de les croire vicieux par essence et de compagnie dangereuse.

Après tout, n'avaient-ils pas entendu dire de nous la même chose, ce qui devait certainement nous faire juger par eux de la même manière.

Mais quand nous eûmes à traverser leur pays, quand nous vîmes leurs charmantes petites fermes, et les bonnes gens si tranquillement occupés au travail des champs, les femmes tricotant au bord de la route, la vieille grand-maman, en vaste coiffe blanche, grondant le bébé pour lui apprendre la politesse, tout nous paru si empreint de simplicité domestique, que j'en vins à ne pouvoir comprendre pourquoi nous avions si longtemps haï et redouté ces bonnes gens.

Ces simples constatations effectuées sur le terrain lui permettent de réviser son jugement.

Je suppose que, dans le fond, l'objet réel de notre haine, c'était l'homme qui les gouvernait, et maintenant qu'il était parti et que sa grande ombre avait disparu du pays, tout allait reprendre sa beauté.

Ce roman humaniste délivre incidemment un message, celui de ne pas écouter les hommes politiques, de ne pas s'esbaudir devant leurs paroles belliqueuses, leurs promesses, de réfléchir, de regarder et d'analyser. Ce qui n'était guère possible à l'époque où la parole des hommes sensés être éduqués et dont la voix forte primait avant tout, faisait office de vérité, devrait l'être de nos jours, l'information étant disponible à tous. Mais il existera toujours des faibles qui se laisseront mener par le bout du nez par des tribuns et n'écouteront que les belles déclarations mensongères. Nous en avons la preuve tous les jours, aussi bien en France qu'à l'étranger.

 

Autre édition : Editions 10/18. Préface de Francis Lacassin. Parution avril 1982. 190 pages.

Autre édition : Editions 10/18. Préface de Francis Lacassin. Parution avril 1982. 190 pages.

Conan DOYLE : La grande ombre (The Great Shadow - 1892). Collection Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution le 1er septembre 2016. 208 pages. 9,90€.

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 12:18

Le vrai faux de Defoe ?

Laurent WHALE : Le manuscrit Robinson. Les Rats de poussière 2.

Alors que Bernt Klesser, vieux chasseur d'épaves et de trésors, consulte une carte maritime, tandis que son navire, le Wrackjäger, mouille dans la baie de Cumberland, à l'île Robinson située au large du Chili, un commando composé de dix personnes investissent sa cabine. Le capitaine et les membres de l'équipage sont tous neutralisés, sauf un.

Il manque à l'appel Fabrizio, l'homme le plus important, celui qui dirige Flipper, le robot permettant de visionner les épaves ou autres dans les profondeurs sous-marines. Fabrizio est obligé de rejoindre ses compagnons, une petite torture à l'encontre de l'unique femme à bord qui est plongeuse (en profondeur et non pas pour laver la vaisselle) l'ayant décidé à quitter sa cachette.

A la tête du commando russe, Douknine, un être intraitable, voire pervers, qui ingurgite des pilules afin de rester éveillé le plus longtemps possible et plus si nécessaire, leur explique qu'ils doivent découvrir l'emplacement d'un ekranoplane, un avion un peu spécial à effet de sol. Il prend ses ordres après de La Louve, une femme à la solde de Poutine, pense-t-il, et fort connue pour son intransigeance et ses décisions radicales.

Pendant ce temps à la bibliothèque du congrès de Washington, Richard Benton, le chef des Rats de bibliothèque reçoit la visite de l'ex-amiral Pilsner, qui fut son supérieur hiérarchique dans l'armée. Le vieil homme souhaiterait que le manuscrit qu'il vient de lui confier soit authentifié comme étant une version inédite de l'histoire de Robinson Crusoé ou plutôt d'Alexander Selkirk, puisque Daniel Defoe s'était inspiré d'une histoire vraie. Kerouac, l'archiviste, est chargé de vérifié l'authenticité de ces feuillets, ce qu'il fait avec un plaisir évident.

Il semblerait que Pilsner, qui a été élu comme sénateur et est chargé d'une mission auprès de la commission, avait autre chose à demander. Mais il repart enveloppé de son silence.

Richard Benton est inquiet et légèrement furieux car Antonia, une des membres de sa petite équipe de Rats, spécialiste en informatique, n'a pas donné de ses nouvelles depuis longtemps, depuis la résolution de l'affaire Goodbye Billy. Heureusement il peut toujours compter sur Maureen, la punkette aux cheveux verts, la généalogiste, qui n'a pas son pareil pour déloger les antécédents des protagonistes dont ils doivent éplucher le passé. Cette petite équipe peut également compter sur Jack, le motard et compagnon de Maureen, ami de longue date de Richard.

Et heureusement que Richard Benton peut solliciter à tout moment Jack car il échappe de peu au tir d'un inconnu et que Pilsner, qui l'avait appelé sous un prétexte donc il n'avait pas voulu donner les détails, est retrouvé mort dans son bureau, victime d'un meurtre habilement maquillé en suicide. Richard est quelque peu suspecté par le FBI, organisme auquel il a appartenu, et dont un des représentants lui rend visite. Le problème de Pilsner résidait peut-être dans l'évaporation de son fils Mark dans la nature, lui-même soupçonné de méfaits répréhensibles.

Grâce à Antonia, qui n'a pas fait réapparition pour des motifs qui lui sont personnels, et à Maureen, les deux femmes conjuguant leurs efforts, la piste de Mark les conduit jusqu'à île Robinson. Elles ont réussi, surtout Antonia, à localiser Mark à l'aide des communications téléphoniques entre le père et le fils.

Alors, ni une, ni deux, mais trois personnes s'envolent vers cette petite île du Pacifique, au large des côtes chiliennes, à la recherche de Mark tandis que Kérouac l'archiviste continue son exploration du manuscrit qui s'avère être de première main, Antonia toujours absente physiquement mais qui correspond avec Maureen. Comme pilote d'un Maule M4 antédiluvien, une jeune Française qui époustouflera ses passagers lors de l'atterrissage sur le tarmac exigu de l'île Robinson.

 

Et c'est ainsi que Richard et ses compagnons vont se trouver amenés à se confronter à l'équipe russe de Douknine, et que s'établiront de nombreux combats, sur terre, sur et sous mer mer et dans le ciel, avec pour sublimer ces luttes des orages et une pluie quasi perpétuelle, avec moult précisions réalistes dignes d'un professionnel de l'aéronautique et de la plongée sous-marine. D'ailleurs l'auteur évoque rapidement Clive Cussler. Mais il aurait pu éventuellement citer Tom Clancy et quelques autres dont Stephen Coonts.

Ce récit haut en couleurs et en actions est entrecoupé par le récit de l'Ecossais Alexander Selkirk, qui ne fut pas naufragé mais débarqué sur l'île Juan Fernandes après une mutinerie justifiée ou non. Comment il assiste en 1706 à l'arrivée d'une frégate arborant pavillon espagnol, auquel il ne veut pas signaler sa présence car la guerre entre L'Angleterre et l'Espagne fait rage et il ne serait pas accueilli à bord mais passé par les armes, tout comme les trois ou quatre marins qui sont amenés sur la plage et abattus. Sauf un, un gamin d'une douzaine d'années qu'il va recueillir et dont il se prend d'amitié, sentiment réciproque de la part du mousse. Comment il assistera à une bataille navale entre d'autres bâtiments espagnols et le navire flibustier sur lequel était le gamin et le naufrage de cette frégate.

 

Le but de Klesser étant donc de retrouver le trésor aztèque qu'avait amassé Hernan Cortés de Monroy Pizzaro dans le massacre de Tenochtitlan au Mexique en 1521, puis l'épisode dans la résidence du gouverneur de Véra Cruz, toujours au Mexique, au cours duquel les flibustiers mené Van Hoorn parviennent à mettre la main sur le fameux trésor en torturant la famille de Luis de Cordoba, trésor ayant sombré lors du naufrage du flibustier.

Tandis que celui de Douknine et de sa commanditaire La Louve, elle-même obéissant à une entité dont l'identité ne sera dévoilée qu'en fin de volume, est de retrouver l'ekranoplane et surtout une mallette qui gît parmi les nombreux cadavres de l'avion immergé.

Double recherche dans laquelle se perd un peu au début Richard Benton qui arrive dans cet imbroglio comme un chien dans un jeu de quilles alors que lui et son équipe, à laquelle se joignent deux charmantes jeunes femmes, sont à la poursuite du fils Pilsner tout en essayant d'échapper au(x) tueur(s) lancé(s) à leur poursuite.

Comme dans Goodbye Billy, Laurent Whale reconstitue une époque historique tout en l'intégrant de nos jours, la plaçant dans des conflits qui vont au-delà de la recherche d'un trésor hypothétique et d'une mallette à secrets.

Une nouvelle réussite à mettre à l'actif de Laurent Whale dont on peut se demander avec impatience et jubilation quelle sera la prochaine enquête des Rats de poussière, quel personnage de légende en sera le héros, d'autant qu'il reste deux ou trois faits passés sous silence et dont l'explication devrait être dévoilée dans un prochain opus, la disparition et le silence d'Antonia par exemple.

 

Première édition : Editions Critic. Parution le 21 mai 2015. 520 pages. 20,00€.

Première édition : Editions Critic. Parution le 21 mai 2015. 520 pages. 20,00€.

Laurent WHALE : Le manuscrit Robinson. Les Rats de poussière 2. Réédition Folio Policiers N°812. Parution le 20 octobre 2016. 624 pages. 8,70€.

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 07:08

Marseille, tais-toi Marseille
Tu cries trop fort
Je n'entends pas claquer
Les voiles dans le port

 

Jean CONTRUCCI : La ville des tempêtes.

Il est souvent bon de se plonger dans des récits historiques, dont l'action remonte à plusieurs siècles.

Outre le plaisir de la lecture, le lecteur peut peaufiner ses connaissances, et surtout, mettre en parallèle les événements actuels et ceux qui se sont déroulés à une époque donnée.

Ainsi en ce 21 novembre de l'an 1595, le Twee Leeuwen, un voilier dont la coque est entièrement peinte en rouge et comportant deux léopards sur la figure de proue, entre fièrement dans le port de Marseille. Son capitaine, le corsaire Simon Danzer, dont le port d'attache est Alger, une importante cargaison de blé ce qui réjouit fort les Marseillais affamés.

Depuis quatre ans le port phocéen est sous la coupe du Premier consul Charles de Casaulx, et de son ami et bras droit le viguier Loys d'Aix. Ils dirigent la cité comme une république indépendante, à l'égal de celle de Gênes, refusant de se soumettre au Roi Henri IV, l'Hérétique. Ils sont en lutte ouverte contre le pouvoir royal, cherchant des appuis auprès du roi d'Espagne et du Pape.

Ce sont des fanatiques, exhortant la religion catholique, s'appuyant sur la Sainte Ligue, prenant de ce fait Marseille et ses habitants affamés en otages. Ce sont également des ambitieux qui sont prêts à tout pour servir leurs intérêts. L'arrivée de ce navire dans le port est synonyme de débordements de joie, un enthousiasme que contemple, appuyé à la proue du navire, le chevalier Thibault de Cervières, de retour au pays onze ans après l'avoir quitté précipitamment.

A cause d'une bêtise de jeunesse, il a embarqué plus vite qu'il le souhaitait pour s'engager dans la Commanderie de Saint-Jean des chevaliers de Malte. Le navire qui devait rejoindre La Valette ayant été pris à l'abordage par des pirates, il s'était retrouvé esclave à Alger. Cependant sa stature et ses études de médecine lui ont permis d'être placé chez un médecin herboriste arabe, et il a beaucoup appris du vieil homme.

Thibault de Cervières est déçu, personne ne l'attend sur les quais de Marseille. Pourtant il avait envoyé de nombreuses missives à sa famille, mais n'a reçu aucun réponse. Pour cause ! Son père négociant est décédé, sa jeune sœur Claire est introuvable, et ses biens ont été annexés par son oncle qui refuse de les restituer, niant une identité que Thibault ne peut prouver. Il effectue des recherches, aidé en cela par son ami Simon Danzer, le corsaire.

Thibault a soigné, grâce aux conseils du médecin arabe, la jeune épouse de Simon, du nom de Noor, qui avait été piquée par une tarentule et dont les jours étaient en danger. Noor n'est toujours pas guérie mais son était de santé s'améliore même si elle est devenue mutique et impotente. Simon, en reconnaissance des soins prodigués, offre au chevalier son aide morale et logistique afin qu'il puisse faire toute la lumière sur la disparition de sa parentèle, recouvrer ses biens et retrouver sa sœur.

 

Une intrigue à la Dumas, placée dans un contexte particulièrement sensible, celui du fanatisme religieux. Les événements décrits, même s'il s'agit d'un fiction, sont réels ainsi que certains des personnages.

Les exemples ne manquent pas et le lecteur impartial peut juxtaposer des épisodes relatés à des actes commis de nos jours ou des déclarations émises par des maires, des hommes et femmes politiques en général, des acharnés du renvoi chez eux de migrants miséreux, des intolérants qui se réclament de la Chrétienté pour taper sur les autres religions, entretenant de ce fait la méfiance en stigmatisant, ne se rendant même pas compte qu'ils enveniment les relations et forgent la haine.

Quelques extraits de ce roman seront plus parlant que toutes explications, peut-être énoncées avec maladresse, ou une dissertation oiseuse et longuette.

Ainsi le père de Thibault victime entre autre des intolérants fanatiques :

Monsieur de Cervières n'était d'aucun parti. C'était un homme tolérant. Ceux-là, les enragés les appellent des bigarrats (mélangés) parce qu'ils refusent de dresser une faction ou une religion l'une contre l'autre et n'ont d'autres soucis que de s'occuper de leurs affaires. Pourtant, c'est bien en raison du climat d'intolérance qui régnait sur Marseille que monsieur votre père est mort. Quelqu'un l'aura désigné à la vindicte des ligueurs.

Thibault déclare, parlant du Premier consul de Marseille et de son bras droit le viguier :

C'est aux pauvres gens réduits à l'état de misère que je veux me consacrer. Mon épée, mon savoir, nulle question que je les misse au service de ceux qui s'affrontent autour de la dépouille du grand port de mon enfance, dont ils ont ruiné la prospérité, où ils règnent par la terreur, érigent l'intolérance en règle morale et agissent à la façon des brigands guettant le voyageur au coin du bois pour le voler.

Il serait indécent de ma part d'accumuler les exemples et les citations, de trop dévoiler la substance de ce récit, toutefois il en est une, la dernière, que je ne peux m'empêcher de vous proposer. Il s'agit d'un décret qui : ordonne de chasser tous les inutiles dans tous les quartiers. Et dresse la liste suivante :

Mendiants, fous, éclopés véritables ou non, désœuvrés qui encombrent places, tavernes, portes des couvents distributeurs de soupes populaires.

Et Jean Contrucci de commenter, par la voix de Hugues de Saint-Chamas Commandeur des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Marseille :

Il est interdit de leur donner de quoi manger ou de leur faire l'aumône. Les mendiants étrangers à la ville sont expulsés sans espoir de retour car on les marque au fer rouge pour mieux les désigner.

Edifiant, n'est-ce pas ? Et vous ne manquerez pas de relever certaines similitudes entre aujourd'hui et avant-hier. Et peut-être même que vous aurez des noms à accoler à celui de Charles de Casaulx.

Jean Contrucci ne manque pas de mettre en exergue une citation empruntée à Voltaire, extraite du Dictionnaire philosophique, article Fanatisme :

Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant.

Placez ici le nom de la ou des religions qui pourraient correspondre à cette phrase.

Autres romans de Jean Contrucci à lire sans modération :

Jean CONTRUCCI : La ville des tempêtes. Editions HC. Parution le 3 novembre 2016. 416 pages. 19,00€.

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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 06:34

Y' a des gens qui sont nés à Paris
Y'en a d'autres qui sont nés dans l'Berry
Moi j'suis d'la deuxièm' catégorie
On est d'où on peut, et c'est la vie

Serge JANOUIN-BENANTI : Mes crimes en Berry.

En véritable explorateur de la criminalité provinciale rurale, Serge Janouin-Benanti visite, après l'Anjou, l'Aquitaine et quelques départements dont le Morbihan, une ancienne province englobant le Cher et l'Indre, aux nombreux aspects touristiques dont la Brenne, chère aux ornithologues, et le Sancerrois, un vignoble très apprécié accompagné du p$até berrichon ou du fameux Crottin de Chavignol, et berceau de cette admirable femme de lettres et féministe Georges Sand.

Loin d'une aimable promenade géographique, viticole, gourmande ou littéraire, Serge Janouin-Benanti nous propose de nous plonger dans les arcanes d'affaires criminelles des siècles derniers pour notre plus grande édification.

Sordides, révoltantes, émanant d'esprits imbus ou infatués d'eux-mêmes, ces faits-divers révèlent le comportement égoïste, pitoyable, simplet, machiavéliques d'individus jaloux ou perdus, dont les motivations sont la plupart du temps la pauvreté, et son corollaire le besoin d'argent, la cupidité mais aussi l'attrait exercé par les femmes ou la vengeance.

J'irai pas en prison, Sébastien Daize l'affirme avec vivacité et colère. Travailleur saisonnier, Sébastien a estimé qu'il avait été grugé par son patron lorsqu'il a été renvoyé pour insubordination. Une retenue sur salaire consécutive à une période de maladie. Alors Sébastien, vingt-sept ans, s'est forgé de nombreuses initiatives au cours desquelles son patron lui rendait sous la menace la somme dont il a été spolié.

J'voulais juste changer de femme déclare Jacques Reverdy, quinquagénaire et maire de Crézancy. Il est marié, père de cinq enfants, mais il est ce que l'on appelle un queutard. Et il faut qu'il aille voir ailleurs pour satisfaire ses besoins charnels, et surtout du côté des jeunettes. Il avait jeté son dévolu sur Madeleine, elle lui a résisté pendant de nombreuses années, puis un beau jour, elle a cédé. Mais Madeleine est mariée, et elle culpabilise.

Dans Je suis lamentable, Etienne Crochet cherche un emploi afin de subsister, seulement il traîne derrière lui une casserole. Bâti en Hercule, il avait trouvé un travail comme garçon meunier, mais il a été arrêté pour vol chez son oncle, et il est resté un mois en préventive. L'enquête n'a rien donné seulement son passé ne plaide pas en sa faveur. Alors il part sur les routes, mais cela se passe mal, non seulement il ne trouve pas de travail, mais de plus il commet des actes délictueux.

 

Parce que sa mère voulait que son fils devienne un homme considéré, Athanase a poursuivi laborieusement des études de pharmacien. Il s'est installé dans la maison familiale à Levroux, le rez-de-chaussée ayant été aménagé pour ouvrir son échoppe. Son père est décédé avant sa naissance, et sa mère s'est remariée peu après. Son beau-père l'a emmené lorsqu'il avait dix-sept ans au bordel pour le déniaiser, et c'est ainsi qu'il a ressenti pour les femmes un attrait, un besoin à satisfaire de façon hebdomadaire. Un jour il a voulu coucher avec Marie, la jeune bonne de quinze ans, mais celle-ci s'est défendue. Afin que Marie ne colporte pas partout qu'Athanase a voulu profiter d'elle, la mère a retourné la situation en faveur de son fils. Il était impensable que le fiston se mésallie. Un peu niais et imbu de lui-même, Athanase s'est entiché ensuite de Valentine, sa voisine qui tient également un commerce, une épicerie-mercerie. Mais elle est mariée, et Athanase malgré tout la poursuit de ses assiduités. Telle est la trame du drame intitulé Je cherche ma Valentine.

Dans Je boirai plus, juré ! Edmond Duplaix est emprisonné. Il est en proie à un gros délirium tremens, il délire dans sa geôle, il a des visions et se remémore ce qui l'a amené en prison. Tout ça parce que cafetier il buvait son fond, et qu'il était devenu jaloux, croyant, à tort ou à raison, que sa femme Azoline couchait avec un de ses clients. Une longue descente en enfer, un naufrage éthylique.

 

Si dans les histoires précédentes, la jalousie, les femmes et le besoin d'argent étaient le moteur principal, le ressort qui amenait les protagonistes à commettre leur forfait, dans Je l'ai échappé belle nous abordons un domaine qui s'inscrit dans l'actualité : le rejet de l'autre, de l'étranger ou supposé tel, mais avec toujours à la clé l'argent et les femmes, d'une façon détournée. L'histoire se déroule durant la guerre de 1870 et Louis Arnoux, d'origine vosgienne, est inculpé d'intelligence avec les Prussiens. Tout ça parce que la mission que lui avait confiée son employeur, le comte de Cahen, l'un des fondateurs de Paribas, était de mettre à l'abri en province son fiacre et ses trois chevaux. Mais le voyage s'est effectué en compagnie de deux couples, dont des bouchers qui avaient fait provision d'avoine afin de pouvoir spéculer sur le prix de cette céréale.

En 1915, c'est Ottilie Voss, la seule femme à bénéficier d'une notice, Je suis une espionne, qui est emprisonnée pour connivence avec l'ennemi, c'est à dire les Allemands, et trahison. D'origine germano-batave, Ottilie Voss s'était installée pour des raisons de santé à Agen en 1907, enseignant l'Allemand et l'Anglais, des cours privés qui lui permettaient de subsister, guère plus. Mais à cause de ses origines, à la déclaration de la guerre, elle fut rejetée par la population locale et embrigadée par les Allemands qui la chargèrent de récolter des renseignements. Ce qu'elle fournit à l'ennemi ne valait pas tripette, ou si peu, mais le capitaine qui instruisit son procès et le soldat chargé de la défendre, ayant une antipathie et des préjugés à son encontre firent tout pour qu'elle soit condamnée à la peine maximum.

 

Comme on peu s'en rendre compte, ce sont toujours les mêmes ressorts qui guident la société, paysannerie ou bourgeoisie, la jalousie, l'argent, et les préjugés à l'encontre de personnes qui de par leur origine sont la cible privilégiée d'individus dont les actes de malveillance, parfois, sont plus à blâmer que ceux qui sont traduits devant la justice. Quelque soit l'époque et le lieu.

A noter que toutes ces histoires, dix au total, sont écrites à la première personne, procédé qui donne plus de force à la narration, et plus particulièrement dans Je boirai plus, juré !. Le lecteur s'investit dans le personnage, prend fait et cause pour lui, ou au contraire en ressent encore plus d'aversion.

 

Sommaire :

J'irai pas en prison (Sébastien Daize)

J'voulais juste changer de femme ( Jacques Reverdy)

Je suis lamentable (Etienne Crochet)

Je cherche ma Valentine (Athanase Pineau)

Je l'ai échappé belle (Louis Arnoux)

Je boirai plus, juré ! (Edmond Duplaix)

Ma pitoyable vie (Jules-César Barry)

Je suis une espionne (Otillie Voss)

J'ai fait la guerre, moi ! (Edouard Thomas)

Protège-moi, ma fille ! (Roger Briffaut)

Serge JANOUIN-BENANTI : Mes crimes en Berry. Gestes Editions. Parution août 2016. 296 pages. 19,90€.

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