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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 12:37
Yves FREMION : Le tueur.

Mais un tueur bucolique....

Yves FREMION : Le tueur.

Au début des années soixante-dix, un phénomène social défraya la chronique.

Des hippies - des allumés pour certains, des aventuriers modernes pour d’autres - s’installèrent à la campagne souvent dans des endroits défavorisés, ou semi désertiques parce que laissés à l’abandon, fuyant la ville et ses embarras. Des amoureux de la nature qui croyaient pouvoir se refaire une santé morale.

C’est ainsi qu’une bande de soixante-huitards se sont installés dans un petit hameau des Cévennes non loin d’un village qui agonise. Les maisons sont vides, les terrains sont en friche, leurs propriétaires ayant fait le chemin contraire, croyant trouver dans les zones urbaines un bonheur aléatoire.

Bébert, Mireille, sa compagne, et quelques autres, avec l’accord du maire, retapent les bâtisses sous le regard amusé, sceptique, ou franchement hostile des quelques indigènes restant. Ils vivent de leur production potagère et élèvent des chèvres qui vagabondent au grand dam des agriculteurs locaux. Bébert et ses compagnons, dont quelques-uns ne sont que de passage, ne roulent pas sur l’or. Loin s’en faut.

Et pourtant cela leur serait fort utile. Ne serait-ce que pour acheter quelques arpents de terre qui jouxtent leur domaine afin d’évoluer à leur aise. Il faut dire qu’on les accable de tous les maux. La jalousie n’est qu’une paire d’œillères. Et ceux, ou leurs descendants, qui étaient partis voir si ailleurs c’était meilleur se réveillent. L’atmosphère est gangrenée. Comme les banquiers ne sont pas décidés à ouvrir les coffres-forts, Bébert pense pallier la pénurie financière en organisant un casse. Tout ce serait bien déroulé si un petit grain de sable ne s’était pas infiltré dans l’engrenage pourtant bien huilé.

 

S’inspirant d’un célèbre fait-divers, Yves Frémion, qui connaît la région, nous livre un roman qui est aussi un documentaire sur la vie d’une communauté aspirant à quitter les miasmes de la ville, à s’oxygéner les bronches et le cervelet.

Un roman intéressant mais la partie descriptive de cette communauté, des aléas de leur installation, des problèmes liés à leur intégration, empiète sur l’action, ce qui nuit au rythme. Seuls les chapitres narrant le casse puis la fuite se moulent véritablement dans le cocon du roman noir.

Le reste s’apparente à une étude sociologique, intéressante certes, je me répète, mais qui traîne trop en longueur. Les répétitions abondent et c’est dommage.

Yves Frémion a peut-être trop voulu justifier l’acte de Bébert, ou de celui dont il s’est inspiré.

Yves FREMION : Le tueur. Série Noire N° 2502. Parution juin 1998. 240 pages. 6,05€.

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 08:39
Serge PREUSS : Le programme E.D.D.I.

E.D.D.I. soit bon, sois bon...

Serge PREUSS : Le programme E.D.D.I.

Dans un bistrot de Belleville autour de Momo, alias Mohamed, le patron, se retrouvent les habitués : Léon, l'ex trotskiste qui connaît tous les trucs pour passer ses nuits au chaud; Karl Marx, ex-cadre du Parti Communiste aujourd'hui squatter et intermittent chez l'abbé Paul; Pierrot, titulaire du RNI - revenu notable d'insertion - géographe sans emploi et anar par conviction.

Il s'est fait virer par son propriétaire ne pouvant plus régler son loyer. Karl Marx lui donne l'adresse d'une avocate spécialisée dans les affaires d'expulsion et qui habite un taudis sans plaque professionnelle. Cherchant un endroit où dormir, Pierrot se renseigne auprès d'un copain, Bakounine, sous-chef dans un centre social. Bakounine ne s'occupe plus d'hébergement. Il est affecté à l'insertion. D'ailleurs il a reçu une note explicative mais elle a disparu. Il ignore que ce document transmis par erreur a été récupéré par un spécialiste des réparations d'erreurs administratives.

Les ennuis commencent lorsque Pierrot découvre sous un porche le cadavre d'un Polonais, puis celui d'un Tchèque flottant dans le canal Saint Martin, puis celui d'un Roumain... Point commun entre tous ces macchabés, leur situation irrégulière. Mais bizarrement, juste avant leur décès, ils se trouvaient en possession d'une coquette somme d'argent en liquide et avaient tâté de la drogue. Des overdoses fatales.

Le docteur qui avait fournit une ordonnance au Polonais ne fait plus partie de Médecins sans Limite des Pauvres. Dans un squat Pierrot apprend que le Roumain déposait des paquets dans un foyer d'accueil réservé à ses compatriotes. L'enquête effectuée par Pierrot ne passe pas inaperçue et donne lieu à concertation entre chefs de cabinet de différents ministères sur la suite à donner au programme EDDI.

La liste des cadavres s'allonge, des Africains cette fois. Pierrot reçoit une lettre recommandée à en-tête de la Santé sociale, avec un rajout : programme EDDI, lui signifiant la suspension de son RNI. En poursuivant son enquête du côté du Docteur Ange, le toubib aux ordonnances, Léon l'aperçoit en compagnie d'un haut fonctionnaire. Les deux hommes échangent documents contre argent.

Pierrot poursuit ses investigations mais il est arrêté. L'avocate, qui connaît l'un des chefs de cabinet, à qui elle a présenté Pierrot, surprend une conversation entre hauts fonctionnaires échangeant leurs points de vue sur le programme EDDI. Officiellement, Etudes et Développement De l'Insertion. Officieusement, Elimination Définitive Des Indésirables.

 

Cette plongée dans les monde des RMIstes, des marginaux, des SDF, des clodos, est tout autant un reportage sans complaisance que le prétexte pour Serge Preuss de dénoncer certaines pratiques tant de la part des médias, d'associations à caractère caritatif, ou du pouvoir politique.

Une fiction qui s'inspire de la réalité, et peut-être ne la dépasse pas. Afin de faire digérer les combines et machinations honteuses issues de cervelles n'ayant pas de problèmes financiers, Serge Preuss enrobe son récit d'un humour noir féroce et l'on se demande si c'est du lard ou du cochon.

A noter que chaque chapitre débute par une citation, dont les auteurs vont de La Boétie à Michaux en passant par Jarry et Sanisette Decaux. Quant aux dialogues, ce sont des brèves de comptoirs améliorées, à déguster sans modération.

Serge PREUSS : Le programme E.D.D.I. Série Noire N°2438. Parution novembre 1996. 144 pages. 5,55€.

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 15:55

Ne vous inquiétez pas, d'autres frappent à la porte du

cercueil...

Fredric BROWN : Mort d'un vampire.

Mort d'un vampire, titre éponyme du recueil, Rouge comme l'Enfer et Meurtres chez les monstres, trois nouvelles inédites de Fredric Brown composent ce volume proposé par les éditions Clancier-Guenaud.

Trois nouvelles dans lesquelles on retrouve les thèmes chers à Frédric Brown, mais aussi les hantises et les préoccupations des Américains durant la dernière guerre mondiale.

En effet, ces trois nouvelles datent de 1942, 1943, et Rouge comme l'Enfer, dont le cadre d'action est une fabrique d'explosifs et le héros un pyromane repenti, reflète bien certaines obsessions et ségrégations raciales de l'époque.

 

Je préfère ne pas en dire plus, de peur de par trop déflorer le sujet (certains qui se piquent d'anglicismes disent spoiler, ce qui me fait se poiler justement), et donc d'en ôter toute la saveur au futur lecteur.

 

Autre thème récurrent chez Fredric Brown, et que l'on retrouve avec plaisir, c'est celui du crime et de l'enquête qui en découle, dans l'enceinte d'une fête foraine.

Dans Meurtres chez les monstres, le personnage principal, Pete Gaynor, est aboyeur, c'est à dire que son rôle consiste à attirer les badauds, les appâter en présentant un court spectacle gratuit en plein air, puis de les inviter à entrer sous la tente pour une représentation, payante celle-ci. Pete Gaynor est soupçonné du meurtre de Al Hriner, avec lequel la veille il aurait joué aux dés, et perdu quelques dollars, sûrement à cause de dés pipés. Cette longue nouvelle, presque un petit roman, annonce deux réussites de Fredric Brown : Maboul de cristal mais surtout Crime à Chicago, première enquête du couple de détectives, Am et Ed Hunter, l'oncle et le neveu.

Quant à Mort d'un vampire, qui donne son titre au recueil, nous assistons au meurtre de Dracula, tout au moins l'acteur qui incarne ce rôle dans une ambiance quelque peu fantastique.

 

Fredric Brown, un auteur que l'on ne se lasse pas découvrir ou redécouvrir.

Fredric BROWN : Mort d'un vampire. Collection Série 33. Editions Clancier-Guenaud. Parution 22 novembre 1988. 182 pages.

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 07:47
Rolo DIEZ : L'effet tequila

L'effet : t'es qui là ?

Rolo DIEZ : L'effet tequila

L'inspecteur Hernandez n'a pas assez de sa solde pour contenter ses deux enfants et sa femme Lourdes, belle mais exigeante, et Gloria, sa maîtresse qui lui donné d'autres rejetons, tout aussi belle, moins exigeante mais connaissant des problèmes pécuniaires elle aussi.

Alors il traficote dans la fausse monnaie, le marché noir d'armes à feu, protège Rosario son ancienne bonne devenue prostituée, ainsi que ses sœurs, sert d'intermédiaire auprès de son patron Le Commander dans les extorsions de fonds, etc. Ce qui lui prend beaucoup de temps, sans oublier qu'il doit contenter de temps à autre quelques femmes en manque et des nymphomanes.

Le cadavre d'un Gringo, un Américain du nom de Jones, est découvert un hôtel louche. L'homme est monté en compagnie d'une blonde, c'est un blond qui est redescendu. Hernandez est chargé de l'enquête en plus de ses autres attributions. La veuve est une jeune colombienne dont l'affliction semble de commande.

Grâce à ses relations, plus ou moins louches, et aux proches de Jones, il apprend que l'homme était impliqué dans une vilaine histoire de pornographie et de drogue. Il utilisait des femmes, des prostituées en général, organisant des soirées d'orgie pour hauts fonctionnaires, tournant des films qui se terminaient mal, avec des cadavres à la clé. Mais soit il bénéficiait de protections, soit on n'avait pu déterminer avec exactitude son rôle dans les décès, le dossier le concernant étant rangé dans les archives.

Hernandez pense que le coupable pourrait être Estela Lopez, la femme de Jones, qui se serait déguisée. Le Comptable, sa femme et Valadez, des proches de Jones, sont assassinés. Le Gringo possédait un ranch dans les environs de Mexico. Hernandez s'y rend en compagnie de Quasimodo, l'archiviste qui lui a fournit une partie des renseignements et d'un autre policier. Ils sont reçus par une salve de coups de feu et Hernandez se blesse à la tête.

Le trio envahit le bureau du Commander et Hernandez menace son supérieur, l'accusant de l'avoir attiré dans un piège. Il est ceinturé par ses compagnons et emmené à l'hôpital où il est soigné pour une commotion cérébrale. A sa sortie, il s'entretient avec son supérieur, à la demande de celui-ci. Le Commander lui offre de passer l'éponge si Hernandez trouve une solution pour classer le dossier. Hernandez comprend qu'une personnalité haut placée est impliquée dans l'affaire.

Une bande, dite du Lézard, dévalise les maisons vides d'un quartier résidentiel. Le Lézard est arrêté.

 

Rolo Diez, d'origine argentine, après avoir passé quelques années sur le continent européen, vit depuis 1980 au Mexique.

Et l'on ne peut pas dire que l'image qu'il donne de la police mexicaine soit flatteuse. Corruption, magouilles, proxénétisme, trafic d'armes et de fausse monnaie, tout y passe.

Hernandez ne résiste pas aux petits extras dont il peut jouir, avec l'aval ou les impératifs fixés par son supérieur. Et lorsque la raison d'état l'exige, il est contraint à fermer les yeux. Un roman à l'humour sous-jacent et plaisant à lire malgré un épilogue qui ressemble à un dossier classé sans suite.

 

Etre chef, c'est aussi sacrifier parfois l'intérêt général au bénéfice d'intérêts particuliers.

Réédition Folio Policier 147. Parution février 2000. 192 pages. 5,80€.

Réédition Folio Policier 147. Parution février 2000. 192 pages. 5,80€.

Rolo DIEZ : L'effet tequila (Mato y voy -1992. Traduction d'Alexandra Carrasco). SN2419. Parution avril 1996. 192 pages.

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 15:27

Pour amoureux de sensations fortes...

André HELENA : Week-end chez les tueurs.

Dubitatif devant le message reçu par pneumatique, Jean Jérôme se demande s'il est en face d'une farce ou si ce qui est écrit est bien réel.

Un homme lui donne rendez-vous dans un bar dans le XIVe arrondissement parisien, signifiant qu'il s'agit de vie ou de mort. Il doit demander un certain Raphaël.

Seulement un autre petit mot, écrit sur le même feuillet par un scripteur différent, affirme que le nommé Raphaël ne sera pas présent au rendez-vous fixé, pour cause de décès et que le destinataire de ce petit mot risque lui aussi quelques balles qui ne seraient pas perdues.

Dominique, le garde du corps du détective, pense lui aussi à une blague, mais le mieux est d'aller sur place vérifier les assertions du second rédacteur. Toutefois Jean Jérôme doute de la rencontre, car ce pli a été envoyé trois jours auparavant mais il n'a pu en prendre connaissance que ce jour, ayant été en délicatesse avec des policiers.

Il se rend donc au Buridan le bar du rendez-vous accompagné de Dominique et s'enquiert auprès du serveur, primo s'il connait monsieur Raphaël, secundo si quelqu'un aurait demandé Jean Jérôme. Cela provoque un certain remous parmi les clients et le patron assisté de gros bras se mêle à la conversation. S'installe un quiproquo, le cafetier pensant qu'il est en face du fameux Raphaël. Jean Jérôme et son acolyte sont conviés à se rendre chez le grand patron, un nommé Esposito, en traction avec une petite escorte. Mais en chemin, des individus, dont une femme blonde aux bottes rouges, se mettent en travers de la route, des coups de feu sont échangés.

C'est le début pour Jean Jérôme et Dominique d'un week-end d'enfer, placés au milieu d'une guerre des gangs, et mal placés car leur vie ne tient parfois qu'à un fil.

 

Autant l'avouer tout de suite ce roman d'André Héléna ne figure pas dans les grands crus de l'auteur.

Comme si André Héléna avait travaillé dans l'urgence, remettant son manuscrit sans le corriger. A croire qu'il avait écrit le scénario un peu brouillon d'une histoire qu'il se proposait de fignoler par la suite mais qu'il l'avait remis à l'éditeur précipitamment, poussé par des fins (faims ?) alimentaires.

Une banale et classique histoire de guerre des gangs, dans laquelle est impliqué un détective qui ne comprend pas trop bien ce qu'il vient faire là-dedans, d'autant qu'il ne connait pas ce monsieur Raphaël. Mais l'épilogue lui permettra, ainsi qu'aux lecteurs, de mieux interpréter le processus avec un bon petit retournement de situation.

La couverture est signée Jeff de Wulf et offre une vision habilement floutée de la femme dont on ne voit que le haut du corps et une jambe.

André HELENA : Week-end chez les tueurs. Collection Black Out. Editions La Flamme d'or. Parution 2è trimestre 1952. 192 pages.

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 12:59
Dick BELSKY : Où va-t-elle chercher tout ça ?

Vous vous le demandez, eh bien moi aussi !

Dick BELSKY : Où va-t-elle chercher tout ça ?

Elle, c'est Lucie Shannon, journaliste au Scalpel, un quotidien new-yorkais. Si elle n'en est pas encore à se prendre pour une vedette, elle espère le devenir un jour. Aussi, le travail avant tout ! Le journalisme, c'est sa vie.

Elle est jolie, possède un sens de la répartie assez cinglant, ce qui lui crée parfois des inimitiés. Mais ce n'est pas parce qu'elle est une femme qu'elle doit se laisser marcher sur les pieds.

Envoyée en catastrophe pour réaliser un reportage sur le meurtre d'une jeune fille, un mannequin, ses investigations vont la mener dans un magasin de disques, le Paradis Stéréo. Bizarre : tout ceux qui ont un lien avec cette boutique décèdent d'une mort qui est loin d'être naturelle. Retroussant ses manches (c'est une image !) elle va fouiner en journaliste respectueuse de la déontologie de sa profession. Ce qui va la conduire à côtoyer quelques représentants de la Mafia et effectuer quelques rapprochements corporels réconfortants auprès de l'un des fonctionnaires de la police municipale.

 

Ce roman n'est peut-être pas une œuvre impérissable mais il se lit avec plaisir.

Si les journalistes sont souvent mis à contribution dans les romans policiers, on a souvent à faire avec des hommes et non des Rouletabille en jupon. Aussi, proposer aux lecteurs une héroïne journaliste est une initiative fort bien venue.

Il faut dire que Lucy Shannon ne s'en laisse pas conter, qu'elle n'a pas sa langue dans sa poche, qu'elle ingurgite allègrement les différents alcools qui lui sont offerts et qu'elle ne manque pas d'arguments frappants.

Qui a dit que c'est une femme macho ? Mais non, tout simplement une femme libérée.

 

Dick BELSKY : Où va-t-elle chercher tout ça ? (One for the money - 1985. Traduction de Laurette Brunius). Série Noire N°2147. Parution aout 1988. 224 pages. 6,65€.

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 12:32

Sombres, les héros sombrent...

Gilles VIDAL : Sombres héros.

Né en 1955 à Carcanpoix, village placé nulle part mais ailleurs et loin de tout, orphelin à six ans ses parents s'étant bêtement tués dans leur bagnole toute neuve, élevé par son grand-père qui n'a jamais quitté le village sauf en 1936, Antoine Fouget vivote comme détective.

Après avoir vécu une enfance un peu comme tous les gamins puis adolescents de son âge, le refus de son grand-père de le voir fréquenter l'église puis sa petite amie qu'il accompagnait au bal, lui ne dansant pas alors qu'elle virevoltait sur la piste, après les réglementaires quatre vodkas à l'orange leurs ébats dans un coin tranquille, il part à vingt et un ans pour Paris. Il passe le concours d'inspecteur de police, concours auquel il échoue lamentablement, il se fait embaucher après des mois de galère dans une agence de détectives privés. Puis il s'installe à son propre compte. Il se marie, divorce, hérite de son grand-père la vieille demeure de Carcanpoix habitée son ex afin de garder l'endroit en vie, et un message : Creuse au pied de la pyramide.

L'agence tenue par Fouget n'est guère fréquentée, et cela fait trois semaines qu'un client n'a pas franchi l'huis. Suzie, sa secrétaire s'ennuie, ce qui la met de mauvaise humeur, on la comprend, et elle ne s'en cache pas auprès de son patron, quadragénaire, qui n'en peut mais. Enfin le client providentiel se pointe : Raymond Waringue, assureur, recommandé précise-t-il par le commissaire Ferrer. Au grand étonnement de Fouget, mais après tout client, c'est un client.

Aurique Summer, jeune comédienne très en vue, qui vivait avec Aldin, footballeur talentueux sympa sur le terrain mais une vraie peste dans la vie, est dans la tourmente. Aldin est décédé au domicile d'Aurique et de Mike son frère qui lui sert également d'imprésario, à moitié calciné, ou consumé. Les journaux se sont emparés avec avidité de cette affaire accusant Mike d'être à l'origine de la mort du footballeur, qui était annoncé en partance pour un club italien. Un déchaînement médiatique qui alimente l'appétence des lecteurs pour ce genre de fait-divers.

 

Un décès pour le moins bizarre car les scientifiques qui se sont penchés sur le cas d'Aldin parlent d'auto-combustion. Un phénomène qui tend à se généraliser, se produisant en vase clos, sans flammes, le feu ne se propageant pas. Un non-lieu a été prononcé, donc théoriquement il n'y aurait pas d'affaire, sauf que depuis Summer frère et sœur reçoivent des menaces de mort. Or si le ou les expéditeurs anonymes passent à l'acte, le courtier en assurances, l'un des rares indépendants qui subsistent dans sa profession, en sera de cinq millions de francs de sa poche. Un joli pactole qu'il peut se permettre de perdre. Et comme la somme que lui propose son client est assez conséquente, Fouget ne peut refuser surtout qu'une transaction à l'américaine, sur laquelle je ne m'étendrai pas mais est assez significative des accroches envers la clientèle, lui est offerte. Bref, il doit enquêter et protéger Aurique Summer.

Seulement, le client une fois parti, Fouget ne peut s'empêcher de se poser moult questions et la première chose à faire est de se renseigner sur le footballeur défunt. Et ce qu'il apprend auprès d'un copain journaliste qui connaissait le talentueux Aldin, n'est joli, joli. Mais la famille Summer non plus n'est pas en odeur de sainteté. Sans compter son agent, qui comme tous les agents de joueurs, ou presque, n'est pas net et le transfert programmé sujet à controverse financière.

Fouget est contacté par Summer sœur qui lui apprend qu'elle a reçu des menaces, quant à la porte de son appartement, elle a été fracturée, un petit mot étant scotché le sommant de s'occuper de ses affaires et pas de celles des autres. Je synthétise. Et comme plus on est de footballeurs, plus on s'amuse, un des coéquipiers d'Aldin lui aussi est menacé. Or l'équipe doit jouer un match de la plus haute importance.

 

Un préliminaire onirique, une ambiance très polar des années 50 pour une histoire ancrée résolument dans notre siècle. L'écriture est rythmée tout en gardant une part de poésie, l'humour y est présent, et les métaphores abondent apportant une touche de légèreté dans une atmosphère parfois tragique. Et le lecteur ne sera pas déboussolé d'apprendre qu'il s'agit d'un jeu de manipulation, le détective servant un peu de pion dans une partie d'échec, ou de remplaçant dans un match de foot dont le résultat pourrait être connu à l'avance. Un petit clin d'œil est adressé à Léo Malet au passage, mais surtout à son personnage de détective Nestor Burma, dont peut s'inspirer Antoine Fouget.

Gilles Vidal ancre son intrigue dans les milieux du foot, ce qui n'est pas anodin car ce sport est l'une de ses passions, et les histoires de transfert et de matchs truqués. Et il nous gratifie d'un article journalistique sur le déroulement d'un match de foot, tel qu'aurait pu en écrire, mieux même peut-être, un journaliste de l'Equipe. Il n'oublie pas également sa passion pour les romans noirs et le cinéma de même couleur, en plaçant ici et là quelques références. Seulement une seconde histoire se greffe sur l'enquête de la mort du footballeur, celle de l'énigme que le grand-père d'Antoine Fouget laisse à sa mort.

Je ne les ai pas tous recensés, mais certains noms de protagonistes m'ont fait tilt, comme un hommage rendu à des copains. Par exemple un policier se nomme Merle, comme Jean-François, qui est romancier, traducteur et éditeur, notamment aux Presses de la Cité.

 

Gilles VIDAL : Sombres héros. (Première édition Atelier Presse, collection Atelier Noir). Editions Ska. Collection Noire Sœur. Parution juillet 2015. Environ 180 pages. 3,99€.

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 07:47
Gérard LECAS : Overdrive.

Un rapport de transmission ?

Gérard LECAS : Overdrive.

Après quinze ans passés à Singapour, Jean Guermeur est de retour à Paris, avec dans ses bagages vingt kilos d'héroïne pure, dix milliards de centimes de francs.

Quinze ans qu'il n'a pas revu la capitale, ayant tiré un trait sur son passé.

A Singapour, il s'est refait une nouvelle vie et s'il revient ce n'est pas par nostalgie, mais comme convoyeur de la China White, une poudre d'une pureté exceptionnelle.

Alex, son réceptionniste, puis Hong Wong Tseu, son contact dans le 13e arrondissement, le Chinatown parisien, sont éliminés. L'héroïne a pris la poudre d'escampette.

Ce serait une bonne tête de chapitre dans un roman d'aventures, mais cela représente trop d'argent pour rigoler.

Guermeur va donc tenter de remonter la filière et découvrir qui lui coupe l'herbe sous les pieds.

Pendant ce temps, Simon Delluc, le premier ministre d'une France cohabitationniste doit régler de nombreux problèmes, dont le moindre n'est pas les attentats terroristes qui secouent la capitale. Quel lien relie les deux hommes ? Quels souvenirs rattachent Guermeur à cette Volvo rouge sang, à la calandre carnassière ?

 

Situé entre le roman d'aventures exotiques à la Edgar Wallace avec ces Chinois qui se sont annexés un quartier parisien, et le roman de politique-fiction, Overdrive est un roman qui se lit d'une traite.

Gérard Lecas arrive à nous rendre sympathique et attachant un personnage qui de prime abord relèverait plutôt de l'homme à éviter qu'à côtoyer. Mais Gérard Lecas est un écrivain à la production parcimonieuse, et c'est dommage.

 

Gérard LECAS : Overdrive. Série Noire N°2144. Parution juin 1988. 224 pages. 6,65€.

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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 12:30

Allez en paix...

Emmanuel VARLE : Rédemption fatale.

Quel lien unit Hippolyte Goubier, ancien gauchiste demeurant à Deuil-la-Barre, et Jocelyn de Grahaume, curé de la paroisse Saint-Pierre de Neuilly ? Ils ont été assassinés tous les deux à pratiquement un mois d'intervalle, le premier le 9 juin, et le second le 6 juillet, par la même arme.

Mais ce n'est pas le seul rapport entre eux. Ils ont tous deux participé à une émission de témoignage grand spectacle à la télévision, l'un racontant ses années dans la branche ultragauche des NAPAP (Noyaux Armés Pour l'Autonomie Populaire) puis ses années de prison et son désengagement politique, l'autre ses missions comme aumônier et sa rencontre avec Goubier dans l'une des prisons où celui-ci était détenu. Deux objets religieux ont également été retrouvés près de l'endroit où ils sont morts. Et accessoirement 170 pages entre la découverte des deux corps.

Hippolyte Goubier, avait à la fin des années soixante-dix participé à une attaque contre Berlin-Rotier, le patron du CNPF, ancêtre du MEDEF, et l'homme depuis est tétraplégique, véhiculé dans son fauteuil roulant par son neveu Jerémy. Berlin-Rotier avait refusé l'invitation qui lui avait été faite de participer à l'émission afin de ne pas raviver des souvenirs douloureux. Mais il n'en veut pas à Goubier, acceptant ses excuses et son envie de rédemption.

Le groupe 4 du 36 Quai des Orfèvres, sous la houlette d'Olivier de Crassens, constitué du nouveau commandant Pecqueux, de Maryse, qui possède le grade de capitaine, des lieutenants Enzo et Stéphane et du brigadier-chef Corentin, est chargé de cette affaire. D'abord le meurtre d'Hippolyte Goubier qui a été retrouvé sous un saule, près du cimetière de Deuil-la-Barre. Une mise en scène macabre car apparemment l'homme était à genoux lorsque son assassin lui a tiré dessus, et près du cadavre un porte-cartes, qui s'avère être un objet pouvant appartenir à un policier, et une croix, celle que portait le défunt.

L'enquête se focalise à Deuil-la-Barre et ses environs, notamment sur un dénommé Donatien Tarembleau, qui fut à la fin des années soixante-dix un enfant star de la télévision, ayant interprété un gamin dans une série qui n'eut pas vraiment de succès pour des causes indépendantes de sa bonne volonté. Il allait souvent jouer chez Berlin-Rotier, quelque peu délaissé qu'il était par sa famille. Puis il avait grenouillé chez les malfrats, s'était retrouvé en prison où il avait côtoyé Goubier. Depuis il vit avec son RSA, son chat, et son copain Pascal aimerait qu'il participe avec lui à un braquage chez un numismate qui vit non loin. Mais Donatien refuse, et il fait bien car Pascal est abattu par le collectionneur.

L'enquête semble s'enliser lorsque le curé de Saint-Pierre de Neuilly est retrouvé à la Seine. Il manque à son costume de religieux une croix qui normalement devrait se trouver au revers. Elle sera découverte plus tard sur une berge.

 

Mais Donatien n'est pas le seul à être dans le collimateur d'Enzo et le groupe 4. D'autres personnages vont se trouver sous le feu des projecteurs des policiers, et ils sont issus d'univers aussi différent que varié. Un ancien policier, des brocanteurs, de jeunes garçons qui vendent leur corps, un numismate, des indicateurs, des SDF, en nombre car pour une raison qui m'échappe ce sont surtout les Gitans et les Roms qui sont en point de mire, des squatteurs et même des représentants de la noblesse. Tout un petit monde hétéroclite. Mais en décapant bien les couches d'honorabilité qui recouvrent certains des témoins, les policiers se rendent compte qu'ils ne sont pas si franc du collier que cela.

 

Au départ, mon avis était mitigé quant à ce roman. Pourquoi autant taper sur les mouvement de l'ultragauche, et oublier d'autres composantes politiques aussi, sinon plus, néfastes ? Et surtout cette propension à écrire que tous les SDF, tous les malfrats, voleurs et autres, sont des Gitans et des Roms habitent tous dans des bidonvilles ? Par là suite le propos est plus nuancé, heureusement, surtout qu'Enzo possède du sang Gitan par son grand-père.

Les nombreuses anecdotes, les petits potins, les épluchages de la vie privée des policiers (Si Enzo est un coureur invétéré de jupons, Stéphane, lui, s'intéresse à tout ce qui porte pantalon, tandis que Maryse est quelque peu confinée en religion), les retours en arrière concernant des faits-divers criminels le plus souvent réels, et bien d'autres divagations, font que ce roman traîne un peu en longueur, tout comme l'enquête d'ailleurs. Au grand dam d'Olivier de Crassens, qui ne manque pas de le signaler à Pecqueux, lequel invective ses collaborateurs. Le système de la chute d'eau en cascade.

Donc toutes ses digressions, ce délayage sont lassants à la longue, et d'ailleurs, à plusieurs reprises, des protagonistes du roman le déplorent, comme le commandant Pecqueux qui à un certain moment déclare un peu vertement :

Accélère sur sa vie, c'est pas un suspect.

Mais on se prête au jeu, car dans la réalité de la vie quotidienne, tout est composé de petits moments, de petits faits qui mit bout à bout forment une journée, puis une semaine, et ainsi de suite. Mais on a l'impression que les policiers du groupe 4, parfois aidés par des collègues détachés d'autres services, n'ont que cette enquête, la mort de Goubier puis du curé de l'église Saint-Pierre de Neuilly, à résoudre. Peut-être, ptêt comme disent quasiment tous les protagonistes, eut-il été préférable que le laps de temps entre les deux assassinats soit plus resserré afin de donner de la vivacité au récit.

A noter qu'Enzo est un passionné des aventures apocryphes de Tintin, des éditions pirates aux titres évocateurs dont celui-ci : L'étrange créature de la mare aux nénuphars de Moulinsart.

Emmanuel VARLE : Rédemption fatale. Collection Crimes et châtiments N°57. Editions Les Presses Littéraires. Parution 8 juin 2015. 452 pages.

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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 11:19
Max Allan COLLINS : Loterie en noir et blanc

Un jeu en négatif ?

Max Allan COLLINS : Loterie en noir et blanc

Après avoir purgé la police de Cleveland de ses éléments indésirables, corrompus, et procédé à d'autres actions d'éclat, Elliot Ness s'attaque à la bande de Mayfield Road.

Sal Lombardi et son cousin Angelo Scalise sont à la tête de cette organisation, héritée de leurs parents, et dont la principale activité est le racket de la loterie. Ce jeu, considéré illégal, était organisé par des Noirs et ne prêtait pas à conséquence. Depuis, la loterie est devenue une véritable entreprise sous monopole, meurtres à l'appui.

Pour contrecarrer Lombardi, Ness désire s'allier au Révérend Hollis, chef de file des Noirs contestataires et qui veut bien aider les policiers sous condition que ses condisciples puissent reprendre à leur profit la loterie d'une façon plus ou moins légale. Ness n'est guère enthousiasmé par ce marché. Il sait toutefois qu'une discrimination raciale existe et il ne tient pas à l'envenimer. C'est pourquoi il s'adjuge le concours de Toussaint Johnson, l'un des rares policiers noirs de la ville.

Quelques années auparavant Murphy, un pontife du jeu avant la mainmise de Lombardi, a été abattu par les sbires de celui-ci et Toussaint s'est juré de venger celui qu'il protégeait, dont il touchait des pots-de-vin et qui fut son ami. Des truands de Pittsburgh souhaitant investir à Cleveland sont abattus par Scalise.

Grâce notamment à Hollis et à Toussaint les langues se délient et plus d'une cinquantaine de personnes sont prêtes à témoigner contre la bande de Mayfield Road. Un flic blanc est retrouvé mort assassiné près du domicile de l'un des ex-rois de la loterie, un Noir. Ce meurtre attise la colère des policiers et Ness parvient à éviter une répression qui annihilerait toutes ses démarches. Une voiture sillonne le quartier noir et ses occupants proposent de l'argent afin d'acheter le silence ou des renseignements sur l'identité des témoins.

 

Ses précédents succès n'ont pas monté à la tête de Ness qui continue à vouloir épurer Cleveland de ses truands, quel que soit le domaine dans lequel ils opèrent. Ce qui lui pose toutefois un cas de conscience : la légalité du jeu de loterie dans un quartier à prédominance noire et miséreuse, sans entrer dans une entreprise politicienne en faveur de son ami le maire et en évitant de se montrer raciste envers une fraction de la population subissant déjà des brimades.

D'ailleurs Toussaint Johnson, l'un des rares policiers Noirs de la ville, par le biais de cette affaire, et malgré des antécédents un peu douteux, se verra proposer une promotion.

Un livre plaisant dans lequel Ness est, malgré sa position de directeur de la sécurité et ancien Incorruptible, dépeint comme un être humain possédant lui aussi ses propres faiblesses.

 

Max Allan COLLINS : Loterie en noir et blanc (Murder by the number - 1993). Trad. de l'américain : Noël Chassériau. Gallimard, Série Noire N°2428. Parution juin 1996. 304 pages. 7,80€.

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