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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 07:49
A.C. WEISBECKER : Cosmix Banditos

Lorsque la Mécanique Quantique s'invite dans le roman noir...

A.C. WEISBECKER : Cosmix Banditos

Pour inaugurer le nouveau look de la Série Noire, on peut dire que Patrick Raynal, qui débarquait comme le nouveau directeur de la collection, avait fait fort.

Voilà un roman qui a dû en déconcerter plus d'un, moi le premier.

Les adjectifs me manquent pour qualifier ce roman imprévu, hilarant, burlesque, situé entre le cours de physique et le dessin animé à la Tex Avery.

 

Le narrateur, recherché par toutes les polices d'Amérique du Nord et du Sud pour trafic d'armes et de narcotiques, pense que tout est lié au processus Sub Atomique et à la Mécanique Quantique. D'ailleurs il ne jure que par la Théorie des Particules Sub Atomiques et s'érige en professeur lorsqu'il trouve un interlocuteur sur son chemin.

Pour compagnons, il possède un chien nommé High Pocket, aux éternuements chroniques, et un serpent semi-apprivoisé qui aime se lover autour du canon brûlant d'un fusil.

De temps en temps il reçoit dans sa cabane perdue en pleine nature un bandito colombien du nom de José. Un jour José subtilise dans un aéroport les papiers d'identité de touristes américains. Dans la pochette de Tina, il découvre un diaphragme. Il envoie alors des lettres signées M. Quark, à ces malheureux Américains détroussés, leur demandant de répondre sous forme d'annonces dans un journal.

Commence alors la folle équipée en compagnie de José mais également de Jim et Robert dont la présence n'est pas clairement définie, sauf à l'épilogue. La téquila coule à flot, le campagne aussi, et les bouts de joint ne leur permettent pas toujours de joindre les deux bouts.

 

Un roman étrange dont l'histoire se chevauche dans le temps et à la trame tarabiscotée. Les notules en bas de pages sont nombreuses et l'auteur qui se cache derrière un pseudonyme que personne pour l'instant a décrypté, toutefois certaines précisions sont dévoilées dans un article que vous pouvez découvrir ici, se réfère aussi bien à Gary Joukow qu'à Albert Einstein.

Un roman à ne pas lire toutefois après un bon repas, une certaine somnolence de la part du lecteur risquant de lui empêcher d'en apprécier toutes les subtilités.

Réédition Folio Policier N°77. Parution mai 1999. 304 pages. 8,00€.

Réédition Folio Policier N°77. Parution mai 1999. 304 pages. 8,00€.

A.C. WEISBECKER : Cosmix Banditos (Cosmix Banditos - 1986. Traduction de Richard Matas). Série Noire N°2288. Parution janvier 1992. 256 pages.

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 17:03

Ah chat ira, chat ira, chat ira....

André FORTIN : Le chat Ponsard.

Même si l'appellation a changé en directeur financier, le travail de chef-comptable est de vérifier les factures qui sont adressées à l'entreprise où il est employé.

C'est ainsi que Lucien Ponsart relève des erreurs manifestes dans le calcul de la TVA de trois factures transmises par les établissements Floricole, une société de pépiniéristes basée à Nantes. Il veut leur téléphoner mais aucun numéro ni adresse ne sont indiqués. Il laisse le soin à sa secrétaire, Louise, d'effectuer quelques recherches. Celles-ci s'avèrent vaines, la société n'apparaît nulle part sauf sur le registre du commerce. En outre les vingt-trois arbres adultes prévus ne sont que des buissons. Immédiatement il en réfère à son patron, Bernon, le directeur de l'entreprise du même nom, qui travaille notamment dans l'immobilier et dont la plupart des marchés proviennent de la mairie de Tracy, dirigée par le sénateur-maire Rupert.

Bernon, qui fait l'ignorant devant Ponsard, alerte immédiatement son ami Rupert lequel fait appel à Cano, président-directeur général d'une société de conseil en recrutement, une couverture respectable pour des activités qui le sont moins. Rupert et Cano se sont connus durant la guerre d'Algérie, ils se sont liés d'amitiés et depuis l'un a souvent recours à l'autre pour divers petits boulots. Rupert demande à Cano de faire éliminer Ponsard qui vient de mettre des bâtons dans la roue de la fortune. Car bien évidemment les fausses factures, car il s'agit de fausses factures, permet à Rupert et consorts d'engranger des sommes rondelettes, et plus particulièrement à Rupert qui brigue un maroquin.

Ali et Léonard sont chargés de l'élimination. Les deux hommes se sont connus lorsqu'ils étaient dans un centre pour enfants, abandonnés ou ayant des problèmes avec la justice, ou encore parce que leurs parents ne pouvaient plus les élever. Un épisode vécu lors leur long passage au Mas Saint-Paul les a rapproché et depuis ils effectuent ensemble des coups de mains. Léonard est un homme renfermé, ne laissant à personne la possibilité de lire ce qu'il ressent. Ali est plus expansif, sans pour autant parler à tort et à travers. Ali conduit la moto tandis que Léonard abat tranquillement Ponsard rentrant chez lui après sa journée contrastée. Il avait remis sa démission puis après avoir réfléchi avait voulu revenir sur sa décision, mais il n'avait pu communiquer à Bernon son retour en arrière.

La mort de Ponsard affecte profondément Louise, qui aimait en secret le directeur financier. Louise travaille depuis plusieurs décennies chez Bernon, malgré un léger handicap. Elle est extravertie, s'agite beaucoup, surtout en dehors de son travail. Elle parle à la petite voix qui habite son corps et son esprit, gesticule et ne passe pas inaperçue dans la rue et pas forcément à cause de ses cheveux qui tirent sur le rose. Alors elle décide de s'introduire dans le bureau de Ponsard, qui depuis son décès est fermé à clé et photocopie le dossier gênant. Mais sa conduite n'est pas passée inaperçue de Bernon.

Ali n'est pas à l'aise car s'il est habitué des coups de main c'est la première fois qu'il participe à un meurtre envers un individu qui n'est pas un malfrat et n'a pas d'antécédents. Un meurtre inutile à son avis. Il se rend cher Ponsard et recueille le petit chat que celui-ci possédait depuis quelques temps.

La rencontre entre Louise et Ali va décider en premier lieu du sort d'Ali mais aussi de tous ces protagonistes qui pensaient avoir éradiqué l'épine que Ponsard leur avait enfoncé dans le pied. Mais aussi le sens du devoir, la conscience professionnelle de l'inspecteur Borgoni, qui contrairement au commissaire Ravier, un incapable talonné par le procureur, n'est pas inféodé aux édiles. Sans oublier l'apport précieux de Georges, obèse mais efficace, ancien condisciple d'Ali et Léonard au Mas Saint-Paul et avec qui Ali a gardé des relations.

 

Une fausse facture, un employé consciencieux, une secrétaire amoureuse et un peu fofolle, un tueur qui regrette son acte, il n'en faut pas plus à André Fortin pour écrire un roman sobre, rigoureux, et au combien d'actualité. Car le système des fausses factures et des édiles se servant au passage a de tout temps été une pratique illégale mais difficile à éradiquer. Tant de personnes gravitant dans des milieux politiques sont impliquées que la justice préfère fermer parfois les yeux, même si depuis quelque temps les affaires de concussion, délits d'initiés, de malversations sont plus traquées qu'auparavant. Mais André Fortin, qui connait bien son sujet, il fut lui-même juge, ne nous embarque pas dans un roman délire mais au contraire dans une intrigue solide et crédible même si cela ne parait pas évident. Revenez un peu en arrière et penchez-vous sur le cas d'un maire de père en fils de la région PACA.

 

André Fortin ne joue pas avec les effets de manche, pas de grandes envolées, tout est en nuance même si certains personnages peuvent sembler dérisoires. C'est ce qui leur donne ce côté attachant et André Fortin se démarque de ses confrères romanciers en livrant un récit qui ressemble presque à une biographie, tout au moins à une enquête implacable vue des deux côtés de la barrière.

 

Et le chat Ponsard là dedans me demanderez-vous ? Il est l'élément de la parabole de cette histoire. Recueilli par Ponsard, puis orphelin, à nouveau recueilli par Ali et délaissé pour des circonstances indépendantes de sa bonne volonté, il va se montrer faible, décharné, un SDF félin cherchant sa pitance dans des poubelles jalousement gardées par un congénère et par la suite se montrera plus associable et vindicatif que ceux auxquels il se frottait avant de devenir un nanti. Et la morale s'appliquera aussi bien à lui qu'aux être humains.

André FORTIN : Le chat Ponsard. Editions Jigal, collection Jigal Poche. Réimpression. Parution septembre 2015. 296 pages. 9,50€.

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 08:01
Jacques SYREIGEOL : Une mort dans le Djebel.

Une parmi tant d'autres !

Jacques SYREIGEOL : Une mort dans le Djebel.

Tous les auteurs vous le diront : accoucher d'un second roman, en attendant que ce roman se transforme en deuxième, ne s'effectue pas toujours dans la sérénité.

Surtout si le premier a reçu un accueil favorable de la part des critiques et du public. L'auteur a peur de décevoir, même s'il écrit pour le plaisir et non pour de futiles considérations mercantiles, et croit avoir épuisé son potentiel d'imagination.

A moins de tomber dans la mégalomanie, il ne peut puiser continuellement dans des souvenirs autobiographiques ou faits-divers vécus par des proches.

Digression un peu longue qui ne s'applique pas forcément au roman que je vous propose mais utile à énoncer de temps à autre. Si vous ne vous souvenez pas de tout le bien que j'avais pu écrire, avec une réserve toutefois, de Vendetta en Vendée, vous pouvez retrouver cette chronique en cliquant sur ce titre.

Voici donc le second roman de Jacques Syreigeol, et je vous sens tous tendus, posant cette question primordiale : Alors, comment-il ?

Cessons le suspense, en un mot : bravo !

Ayant rencontré Jacques Syreigeol a plusieurs reprises avant la parution du livre, je connaissais grosso modo la trame de cette intrigue de même que son troisième qui s'intitule Miracle en Vendée, chroniqué bientôt. Mais je ne me rendais pas compte combien ce roman était chargé de force, d'émotion, de tout ce qui fait la qualité d'une œuvre appelée à consacrer un écrivain. Eternel problème de la discrimination littéraire, Série Noire ou Série Blanche ? Littérature Populaire ou Littérature Elitiste ? En oubliant un peu vite que c'est Louis Hachette qui créa la Bibliothèque des Chemins de Fer (d'où le nom de littérature de gare) et que Zola en fut le principal auteur et principal bénéficiaire. Mais je m'égare (je ne pouvais pas ne la placer celle-là !) et vous pouvez retrouver mon article sur l'origine du roman de gare ici. 

Résumer le roman de Jacques Syreigeol ne relève pas forcément du défi, mais en dévoiler la structure, les ressorts lui font perdre incontestablement le plaisir de la découverte. Cependant, je vais essayer de vous planter le décor succinctement :

Un homme blessé à la tête, sort peu à peu de l'inconscience. Il se réveille amnésique et il lui faut tout apprendre, tout réapprendre, jusqu'à son nom. Il sort de l'hôpital avec en poche son nom, un peu d'argent et quelques souvenirs qui peu à peu se réveillent en lui. Il rentre dans son village, mais entre lui et la réalité oscillent quelques fantômes. Un démarquage s'opère en lui.

La mort rôde en ce mois de février 1962. Le conflit entre Algériens et coloniaux, entre FLN et OAS est à son paroxysme. Un décalage constant entre réalité et réminiscences l'étreint. Le voile se soulève, mais d'autres sont derrière, en succession labyrinthique.

L'épilogue nous réserve de bien belles surprises, cependant, un conseil : sachez que l'emploi de citations en début de ce livre n'est jamais gratuit, aussi méditez celles qui sont placées en exergue de cette œuvre, surtout la première.

Une mort dans la Djebel n'est pas une histoire de plus sur la guerre d'Algérie. C'est une histoire dans l'histoire dans l'histoire et peut-être le plus beau roman noir de cette fin d'année 1990. Et ce n'est pas pour rien qu'il a obtenu le Prix Mystère de la Critique 1991.

 

Jacques SYREIGEOL : Une mort dans le Djebel. Série Noire N°2242. Parution octobre 1990. 192 pages. 6,65€.

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 13:15

Ce n'est pas un nouveau groupe de Jazz !

Jacques CHAMBON : Les kidnappers de New Orléans.

Alors qu'il songeait sérieusement à finir de préparer ses bagages et prendre son train pour Miami, pour une nouvelle prestation, l'artiste Walt Gobbler est importuné par un visiteur.

Ce n'est autre qu'un vieux camarade de Havard devenu policier, avec quelques affaires délicates résolues avec succès à son actif. Et Den Borson souhaite utiliser les talents de Walt Gobbler pour mener à bien une transaction dans laquelle sont impliquées deux gamines.

En effet Walt Gobbler est un transformiste à l'égal de Fregoli et ses interprétations de personnages célèbres tels que Mussolini, Hitler, Chamberlain, le président Roosevelt, Lindbergh ou encore Maurice Chevalier enchantent les spectateurs partout sur les scènes où il se produit, étant même surnommé l'homme-protée.

Les filles de Morrimer, un gros industriel surnommé le Roi du béton, ont été kidnappées et la rançon exigée s'élève à deux cent mille dollars. Et Walt Gobbler doit endosser le personnage de Morrimer afin de rencontrer les kidnappers afin de leur remettre l'argent de la rançon sous la forme d'un chèque.

Il devient à s'y méprendre Morrimer et parvient à imiter la signature du Roi du béton puis c'est le début de la grande aventure. Il se rend sur le lieu du rendez-vous où il est réceptionné par une jeune femme qui l'emmène au refuge des truands.

Le grimage est parfait, trompant tout le monde, y compris les fillettes, mais il faut compter sur les impondérables. De petites erreurs de comportement qui ne prêtent pas à conséquence, mais les accessoires ne sont toujours... au poil.

 

En soixante-quatre pages, à la typographie petits caractères, ce qui équivaut au double au minimum d'une pagination actuelle, Jacques Chambon nous emmène dans les environs de la Nouvelle-Orléans pour une histoire simple et plaisante. Certes il n'entre pas dans tous les détails, il ne digresse pas, le quota de pages exigé par l'éditeur lui imposant de respecter un cahier des charges.

Pourtant il met en scène de façon presque parodique des truands, une affaire de kidnapping rondement menée, et les transactions qui s'ensuivent sans s'embarrasser de détails inutiles. Avec bien entendu un retournement de situation auquel on s'attend peut-être mais qui est le bienvenu. Pas de violence, pas de trémolos non plus, juste une histoire policière rondement menée.

Donc pas de musique en général ni de jazz en particulier, pas de descriptions touristiques sauf par moments le Mississipi, ses berges et leurs retenues d'eau afin de planter rapidement le décor, rien de ce qui fait le charme de cette ville et de ses environs ou encore l'ambiance des carnavals. L'intrigue pourrait tout aussi bien se dérouler en France, dans une petite ville de province.

Il est amusant de constater qu'en juin 1939, date de parution de ce roman, des personnages célèbres pouvaient être copier sur scène et plus particulièrement Hitler ou Mussolini. Quelques semaines plus tard, il est évident que ceux-ci ne provoquent plus l'amusement.

 

J'allais omettre le principal. Sous la signature de Jacques Chambon, ce cache le créateur de Catamount, Albert Bonneau. Vous pouvez découvrir cet auteur dans un ouvrage lui a été consacré et dont la chronique se trouve ici

Et une chronique des aventures de Catamount ici

Jacques CHAMBON : Les kidnappers de New Orléans. Collection Police N°321. Editions Ferenczi & Fils. Parution 12 juin 1939. 64 pages.

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 12:11
Karen KIJEWSKI : Ta langue au chat ?

N'y voyez aucune connotation érotique !

Karen KIJEWSKI : Ta langue au chat ?

Kat s'en rappellera du jour où par amitié elle a accepté de rendre service à Charity qui tient dans un journal la rubrique conseils d'une psychologue.

Charity sollicite donc son amie Kat, détective privée, afin de vérifier les dires de son mari Sam Collins avec qui elle est en instance de divorce. Celui-ci aurait dilapidé au jeu à Las Vegas deux cent mille dollars prélevés sur la cagnotte familiale.

Pour Charity il s'agit de tout autre chose, de l'argent mis à gauche par exemple.

Kat vérifie les communications téléphoniques de Sam, relève quelques numéros correspondants à la cité du jeu, et décide d'enquêter sur place. A sa descente d'avion, un hasard lui fait rencontrer Deck, un ancien camarade d'école qu'elle n'a pas revu depuis au moins quinze ans. Il l'invite à une exposition d'objets destinés à une vente aux enchères.

Kat découvre dans les toilettes le cadavre d'une femme encore jeune mais égorgée. Une enquête qui débute vraiment sous de mauvais auspices. Kat fouine auprès de promoteurs immobiliers, de la New Capital Venture, et de conseillers municipaux, mais apparemment cela n'a pas l'heur de plaire à tout le monde puisqu'un soir elle est agressée.

Elle se défend tant bien que mal et fait la connaissance d'un policier, seul au monde comme elle. En compagnie de Joe Rider, un journaliste, de Betty, sa femme, et de Hank, le flic, Kat s'incruste à Las Vegas, mettant ses pieds, ses yeux et ses oreilles là où il ne faut pas.

Ce qui lui vaut un séjour à l'hôpital, un chauffard ayant tenté de l'écraser. Quant à Sam Collins, il effectue un vol plané lors de la visite d'un immeuble en construction. Et six étages, en chute libre, sans parachute ni filet, ce n'est pas bon pour l'organisme. Un accident mortel qui conforte Kat dans son idée que cette histoire à base de magouilles financières et immobilières est plus que pourrie.

 

Avec ce premier roman de Karen Kijewski traduit en France, nous faisons la connaissance d'un détective privé féminin, une espèce à la mode.

Pas bégueule, ne détestant pas boire une bière ou un alcool de temps en temps, ne faisant pas étalage de sa féminité, sans complexe, Kat est sympathique même si sa recette de crêpes n'est pas orthodoxe.

On aurait pu s'attendre, l'action se déroulant à Las Vegas, à être entraîné dans l'enfer du jeu. Que nenni, on évite les habituels clichés et les casinos ne sont évoqué ici que pour le blanchiment d'argent.

En réalité, ce sont les milieux immobiliers qui sont dans la ligne de mire de Karen Kijewski, un auteur que l'on retrouvera avec plaisir. A noter des têtes de chapitres pour le moins originaux.

Karen KIJEWSKI : Ta langue au chat ? (Katwalk - 1989. Traduction de Jacqueline Lenclud). Série Noire N°2248. Parution novembre 1990. 288 pages.

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 12:22

Comme si cela allait les requinquer...

Luck SURMER : Du bouillon pour les morts.

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Parfois le chercheur et amateur de littérature populaire est tenté de se fier à sa propre intuition et d'extrapoler des pseudonymes à l'aide de suppositions qui ne sont pas étayées.

Ainsi, longtemps j'ai pensé que ce Luck Surmer pouvait être l'alias de quelqu'un qui résidait sur la côte normande, et plus particulièrement près de la station balnéaire de Luc-sur-mer. Donc pour moi il ne faisait aucun doute que ce ne pouvait être que le pseudonyme de Volkaert, belge vivant en France à Courseulles-sur-Mer et ayant écrit de nombreux ouvrages sous les noms de J.V. Kramer (au Fleuve Noir) puis sous ceux, pour les plus connus, de Luc Bernières et Kurt Gerwitz aux éditions du Gerfaut. D'ailleurs pour Luc Bernières il s'agit justement de l'apposition du nom de deux communes limitrophes de Courseulles-sur-Mer : Luc-sur-Mer et Bernières-sur-Mer.

Or il parait qu'il n'en est rien car selon le forum Littérature Populaire il s'agirait de Lucien André Carton, qui aurait signé Luc Carnot, Cantor pour des romans ou encore Luc Saint-Bert pour des scénarii de bandes dessinées chez Jacquier. Dont acte. Je raye donc ce que j'avais présumé et me fie à un spécialiste en recherches patronymiques.

 

Cela dit et écrit, pensons quand même à présenter, succinctement peut-être, ce roman, narré par un certain Caryl Wild-Killer. Un patronyme qu'il a hérité d'un arrière grand-père ainsi surnommé Tueur Sauvage par des Peaux-Rouges qui voulaient absolument accrocher sa chevelure à l'entrée de leur wigwam et dont la confrontation tourna à l'hécatombe, expédiant les indigènes au Pays des Chasses Eternelles. Petite précision assez longuette et peut-être inutile, alors passons rapidement à la suite.

 

Caryl après des études pour devenir avocat et un passage dans l'armée chez les Marines dans le Pacifique, devenant un tueur légal aux yeux de l'Oncle Sam, est revenu à Los Angeles pour se retrouver les mains vides. Alors comme il ne désire pas devenir truand il décide de frapper, muni de ses certificats de bons et loyaux services militaires, à l'OSS devenue la CIA, et il est embauché. Et c'est ainsi que nous le découvrons à Hong-Kong, sur les quais, poursuivi par une horde de policiers. Il court tant et si bien qu'à un certain moment il bute et lorsqu'il sort de son évanouissement il est face à un Noir, un Nègre est-il précisé dans le roman, assis sur un rouleau de cordages. Bénédict, ainsi se nomme-t-il, lui rend son revolver qu'il avait emprunté tandis que Caryl était dans les vapes et le ramène à quai. Caryl comprend alors qu'il est sur un canot et que c'est ainsi qu'il a pu échapper aux forces de l'ordre.

Caryl et Bénédict deviennent potes, après avoir échangé quelques coups dont ils ne sortent vainqueur ni l'un ni l'autre, l'avantage d'avoir suivi les mêmes entrainements de combat à mains nues, et vont entreprendre ensemble à s'acquitter de la mission dont la CIA a chargé l'agent américain. Bénédict est un bon bougre qui immédiatement accepte la domination de Caryl, qui ne cherche pas pour autant à en profiter. Il lui offre même cinq cents dollars pour bons et loyaux services... à venir.

La veille à Manille, Caryl devait retrouver un agent américain, Bruce Donald, or celui-ci n'a pas daigné se trouver au rendez-vous. A moins qu'il ait eu un empêchement, ce qui ne serait pas impossible. Benedict propose à Caryl de se rendre de l'autre côté de Hong-Kong, à Kowloon, et de prendre une chambre chez Li-Chiang. L'endroit ressemble plus à un bouge qu'à un hôtel quatre étoiles, mais il possède toutefois ses avantages.

Après une nuit tranquille, les deux hommes se rendent à Hong-Kong. Ils ont loué une voiture afin de se déplacer rapidement et Caryl téléphone à l'hôtel où théoriquement Bruce Donald réside, avec une petite idée derrière la tête.

Il précise au réceptionniste qu'un ami Noir se rend à la réception et ce qu'il subodorait se déroule : quatre hommes sortent d'une voiture, s'engouffrent dans l'hôtel et ressortent en tenant fermement Bénédict. Un enlèvement en bonne et due forme. Il suit le véhicule puis parvient à libérer Bénédict emmené sur un canot. Les quatre hommes, qu'il prenait pour des policiers sont des hommes de main. Trois d'entre eux restent sur le carreau et le dernier est habilement interrogé par Benedict, avant de rendre son âme noire au diable. Il a eu le temps de parler avec d'expirer et munis des renseignements Caryl et Benedict se rendent dans une maison isolée, près de Canton. Caryl interrompt un échange charnel entre une jeune femme qui se prénomme Clara et un homme qui ne pourra terminer ce qu'il venait d'entreprendre. Mais Caryl découvre aussi dans un placard, c'est là qu'ils se cachent en général, le cadavre de Douglas. S'ensuit quelques péripéties et aventures périlleuses.

 

Dans tout bon roman policier, la logique veut que l'intrigue repose sur cette affirmation : cherchez la femme. Caryl n'a pas eu besoin de se fouler, la femme est là, dans les bras d'un autre, et elle lui en est reconnaissante jusqu'à un certain point :

- Je ne vous ai enlevé qu'un amant, faites comme vous êtes vous vous en offrirez un autre et...
- Vous trouveriez aimable quelqu'un qui a cassé votre tirelire, vous ?

De l'humour, il y en a, de la violence un peu, mais il faut également se projeter dans le contexte de l'époque et accepter certains mots qui aujourd'hui sont devenus tabous. Par exemple, Caryl, le narrateur et donc par conséquent l'auteur, parle de Nègre, un mot couramment utilisé. Mais il se défend de tout racisme.

Je ne souffre d'aucun préjugé racial et ne nourris nulle rancœur particulière contre les Nègres.
Qu'un homme soit noir, cela me laisse indifférent s'il l'est au naturel. La seule chose qui m'irrite c'est que cette noirceur il la doive au whisky ! A noter que je ne reproche à personne de boire - même du whisky et même du Coca-Cola - et que ce que je ne puis supporter c'est qu'un gars absorbe ainsi qu'une futaille quand il ne contient pas plus qu'une cuiller à café !

Quand à l'histoire en elle même, on ne sait pas trop ce qui amène Caryl à Hong-Kong et s'il a réussi sa mission, mais ça c'est une autre histoire.

Annoncé comme un roman d'espionnage, ce livre relève plus du roman d'aventures même si le héros principal qui est le narrateur, appartient à la CIA.

Luck SURMER : Du bouillon pour les morts. Collection Le Verdict N°1. Editions Presses de la Renaissance. 3e trimestre 1960. 256 pages.

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 08:00
François JOLY : L'homme au mégot.

Il fait un tabac !

François JOLY : L'homme au mégot.

A quelques semaines d'intervalle, des voyous récemment sortis de prison sont assassinés en différents points du territoire français.

D'abord à Lyon, un homme qui fut condamné pour le viol d'une adolescente. Puis à Marseille un souteneur sadique. Dans le Jura, où des frères célibataires se défoulaient en pillant et violant.

Des exécutions sans lien apparent, du moins pour la police et pour les journalistes, car pour Curveillé qui découvre par hasard la relation d'un des faits-divers, il s'agit bel et bien du même personnage qui s'adonne à cette chasse d'un genre nouveau.

Manie ou signature ? Le tueur a écrasé dans l'une des douilles un mégot de cigarette. Et cette façon de procéder pour le moins bizarre renvoie Curveillé vingt-six ans en arrière, en pleine guerre d'Algérie.

Celui qui assassine et signe ainsi ses crimes ne peut être que l'un de ses anciens camarades, l'un de ses anciens compagnons d'arme.

En compagnie de Morizio, homme de main de Saryan le marchand d'armes, Curveillé se lance sur les traces de cet ami perdu de vue. Pas pour le livrer à la police, non, mais pour le comprendre, le raisonner, l'exhorter à cesser ce petit jeu.

Et puis il y a toujours un moment où l'action, juste ou non, se retourne contre son auteur et Curveillé arrivera à point nommé. Dans la douleur.

 

Curveillé, le lecteur fidèle de la Série Noire a fait sa connaissance dans Be-Bop à Lola, roman paru sous le numéro 2180. Un premier roman qui m'avait laissé sur une bonne impression. Impression favorable que ne dément point L'homme au mégot.

Curveillé n'est pas un surhomme, il a simplement traversé de dures épreuves et il essaie de s'en sortir. Et lorsqu'il s'agit d'un camarade, même perdu de vue depuis longtemps, il se sent investi d'une mission. Ce qui dénote de sa part un manque d'égoïsme.

En toile de fond la guerre d'Algérie, cette guerre peu glorieuse et qui entache l'honneur de la France et de ses militaires.

Et puis le Jazz imprègne ce récit, un jazz éclectique, dépendant de l'humeur du moment.

Un roman qui ne peut laisser indifférent, et François Joly, avec Jacques Syreigeol dans un registre différent mais complémentaire, parle de la guerre d'Algérie avec sobriété, justesse et réalisme. Depuis quelques temps (fin des années 1980), relater des faits de guerre, l'attitude des uns et des autres, voire les dénoncer, n'est plus un tabou, et les petits Français à l'instar des Américains qui exorcisent le drame vietnamien, osent écrire sur ce sujet sensible.

 

François JOLY : L'homme au mégot. Série Noire N°2247. Parution novembre 1990. 224 pages.

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 13:54

Bon anniversaire à Olivier Thiébaut né le 21 septembre 1963.

Olivier THIEBAUT : Larmes de fond.

Enfermé dans un hôpital psychiatrique pendant sept ans, Alex retrouve une liberté qu'il respire goulûment.

Il s'installe dans un appartement meublé dans une cité où il ne connaît personne et se retranche entouré de ses souvenirs.

Remontent à la surface ses premiers émois sexuels avec Sylvie, sa première relation charnelle, et le dépit, la colère qu'il a ressentis en la voyant avec son père. Il est devenu assassin par chagrin.

Sept ans de sa vie passés derrière les barreaux d'un hôpital et lorsqu'il ressort, il n'a que vingt-cinq ans. Il reçoit la visite d'une assistante sociale, Laure, mais il l'éconduit. Il s'entiche d'un jeune blondinet et lui offre un vélo, rouge. Rouge comme le sang de l'enfant que l'on retrouve dans un terrain vague.

Il est accusé de meurtre par ses voisins et Laure pense lui sauver la mise en lui fournissant un alibi. Seulement cet alibi fait long feu et Alex est emmené manu militari dans un commissariat où il subit la pression d'un policier tenace et agressif.

Il prend en otage son tortionnaire et parvient à s'enfuir en compagnie de Laure dans une maison du Perche dont a hérité la jeune femme.

 

Deuxième roman d'Olivier Thiébaut, Larmes de fond est singulièrement proche de son précédent ouvrage, L'enfant de cœur paru à la Série Noire. L'on ne peut s'empêcher de penser aux romans de Robert Bloch Psychose et Psychose 2.

Olivier Thiébaut met en scène deux personnages différents mais ce pourrait être le même qui traverse deux conflits en continu. En cause, les relations familiales et les traces laissées par une enfance houleuse et une adolescence perturbée. Une constante qui laisse penser que l'auteur est particulièrement attaché à ce problème sans pour cela l'avoir vécu.

Mais il faudrait qu'Olivier Thiébaut qui a toutefois peaufiné son personnage central et imposé celui de Laure, lequel s'avère tout à la fois simple et complexe dans le rôle de détonateur, qu'Olivier Thiébaut change de registre pour confirmer son talent. Ou tout du moins son imaginaire personnel.

 

Olivier THIEBAUT : Larmes de fond. Instantanés de Polar. Editions Baleine. Parution novembre 1995. 182 pages. 9,00€.

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 07:43
John DOUGLAS : Arrêtez le folklore

Les traditions se perdent...

John DOUGLAS : Arrêtez le folklore

A vingt et un ans, Bill Edmonson ne connait pratiquement rien de la vie ni de la politique interne des Etats-Unis, ni même des principaux hommes qui dirigent le pays.

Ce qui ne l'empêche pas de vouloir devenir détective privé.

Grant, son partenaire, lui inculque les principaux principes d'une profession dangereuse et de la nécessité d'une bonne utilisation d'une couverture afin de pouvoir passer inaperçu lors d'une enquête.

C'est ainsi qu'en cette année 1922 le voilà promu folkloriste, à la recherche de vieux chants, de vieilles ballades, alors qu'il se sent tout feu tout flammes et ne souhaite qu'une chose, foncer dans le tas afin de régler au moins la mission dont ils sont chargés.

Mais dans ce petit village de Virginie où tout est nouveau pour lui, Bill est déboussolé. D'abord de cette enquête, il n'en connait que vaguement les grandes lignes. Ensuite, lorsque son compagnon disparait, il se retrouve bien seul à affronter un potentat local, le shérif et ses adjoints, véritables sbires du dit potentat et un envoyé du Syndicat qui essaie d'organiser une grève parmi les travailleurs mécontents.

Ce n'est pas parce qu'il est débutant que Bill va se laisser marcher sur les pieds et s'il ne possède pas la maturité et l'expérience nécessaires pour mener à bien et dans les règles de l'art la mission qui lui est confiée, il a au moins une qualité : la ténacité.

Et comme les jeunes roquets accrochés aux jambes du pantalon, il ne lâche sa proie que pour mieux mordre.

 

Dans une ambiance rétro et historique, John Douglas met en scène un nouveau détective privé fort sympathique auquel je souhaite de nombreuses aventures, pour le plus grand plaisir des lecteurs.

John DOUGLAS : Arrêtez le folklore (Blind Spring Rambler - 1988. Traduction de Simone Hilling). Série Noire N°2193. Parution août 1989. 256 pages. 7,10€.

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Published by Oncle Paul - dans Spécial Série Noire
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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 12:59

Tous des planqués, surtout les gradés...

Léo LAPOINTE : Le planqué des huttes.

Printemps 1903 dans la région d'Abbeville. Julien, douze ans, avant d'aller à l'école doit aider ses parents et notamment emmener les vaches pâturer tandis que P'tit frère, trois ans, ramasse les œufs en essayant de ne pas les casser.

Un matin comme les autres, sauf qu'un inconnu l'aborde, lui demandant où se trouve la gendarmerie. Puis, après avoir donné quelques piécettes à Julien, il se dirige vers l'opposé de Pont-Rémy, ce qui étonne le gamin. Il ne sait pas qu'il vient de rencontrer Alexandre Marius Jacob, l'anarchiste recherché par toutes les polices, et qu'il va entraîner de ce fait sa famille dans la déroute. Mais un autre homme, l'oncle Emile, le frère de leur mère, sera lui aussi le pion de ce drame qui plongera ses parents, P'tit frère et leur deux sœurs dans la tourmente.

L'homme s'éloigne surveillé par Julien et P'tit frère. Les gendarmes ne sont pas loin et interrogent les gamins qui bien entendu ne disent rien, pas même qu'ils ont trouvé une longue-vue perdue par l'inconnu. L'homme n'est pas un inconnu pour les gendarmes, il s'agit d'Alexandre Marius Jacob, recherché comme anarchiste.

L'oncle Emile est colporteur, et dans sa musette et sous ses habits il transporte des tracts jugés subversifs. Alors qu'il est abordé pour un contrôle de routine il est arrêté par des représentants de la maréchaussée qui découvrent les papiers compromettants. Aussitôt il est catalogué lui-aussi comme anarchiste, les faits ne plaidant pas en sa faveur. Il devient la bête noire du commissaire Giraud d'Abbeville, lequel fera tout pour le coincer et l'envoyer en prison. Les gendarmes s'acharneront même sur Capi, le chien d'Emile, une pauvre bête qui ne leur avait rien fait mais qui est exécutée.

Mais Giraud ne s'arrête pas là, car il est obsédé par ces groupuscules qui menacent le gouvernement selon lui. Et non content de traquer l'oncle Emile, il va également forger son ire envers la famille Coulon, le père Gustave, la Mère Victoire, et les quatre enfants, Rémi et Julien les garçons, France et Jeanne les filles.

Les gendarmes sont obtus, ils détruisent tout à l'intérieur de la ferme des Coulon, à la recherche de Jacob, éventuellement de l'oncle Emile. Celui-ci emprisonné ne sera guère longtemps derrière les barreaux et libéré il trouvera du travail dans une usine à Amiens. Mais les méthodes patronales, réduisant les ouvriers en esclaves, encouragent ceux-ci à fomenter une grève qui sera réprimée. L'oncle Emile est catalogué dans le lot des meneurs. Le commissaire Giraud, qui élabore et tient à jour ses petites fiches sur toutes les personnes ayant eu maille à partir avec la justice, inculpés, famille proche, amis, une première qui bientôt deviendra chose courante, se focalise sur Gustave et sa famille. Ils seront obligés de déménager et se rendre dans l'ancienne ferme qui appartenait aux parents de Victoire à Nolette près de Nouvion.

 

Les années passent, les Coulon essayent de s'en sortir comme ils peuvent, malgré Giraud. L'oncle Emile est au bagne, et Julien est incorporé mais la guerre arrive. Il partira au front et participera aux nombreux combats qui se déroulent dans la région et en Champagne. L'armée ayant de plus en plus besoin de viande fraîche pour combler les tranchées, Rémi lui aussi va être convoqué pour participer au bal de la mitraille. Une guerre plus ou moins attendue par les habitants de la région, de nombreux Français ne digérant pas la défaite de 1870 et l'annexion de l'Alsace et La Lorraine à la Prusse. Mais Rémi ne veut pas quitter la terre afin de protéger sa famille et il se réfugie dans des gabions (d'où le titre du roman), ces édifications semi enterrées qui permettent aux chasseurs de traquer le gibier à plumes.

Des troupes britanniques s'installent non loin de la ferme des Coulon, et érigent un camp. Bientôt c'est l'arrivée de Chinois, transportés par bateaux via le Canal de Suez ou par le Canada. Ces supplétifs son traités rien moins que des bêtes de somme, de nouveaux esclaves, et les tentatives d'évasion sont durement réprimées.

 

Roman naturaliste, roman historique, roman de guerre, roman engagé, Le planqué des huttes est tout cela à la fois, et même un peu plus. L'auteur n'est pas tendre envers les Anglais, dont la méthode pour s'approprier les terrains est comparable à celle des envahisseurs et colonisateurs. Mais c'est la guerre, ce sont des alliés, ils ont donc tous les droits. L'arrogance et le mépris affiché des officiers tant Français que Britanniques à l'encontre des soldats et des civils, ne peut qu'aviver la rancœur et l'amertume. Et des scènes d'entraide sont particulièrement poignantes et démontrent le courage des petites gens face à ceux qui considèrent qu'ils peuvent tout se permettre.

Ainsi la scène au cours de laquelle la ferme des Coulon à Nolette est déménagée car empiétant sur le terrain annexé par la soldatesque britannique est émouvante, tout le village s'unissant pour que les bâtiments ne soient pas détruits et que la famille soit à la belle étoile.

 

Léo Lapointe remet les pendules à l'heure concernant les généraux français qui planqués dans leurs bureaux envoient sans scrupules leurs hommes à la boucherie. Clémenceau n'est pas épargné lui non plus, mais l'auteur ne fait qu'exprimer les sentiments de l'oncle Emile.

Il savait toutefois que son ennemi, le commissaire Giraud, était toujours en poste à Abbeville avec une autorité grandissante depuis son rapprochement avec le traître Clémenceau. Cette année-là, le moustachu, à la fois président du Conseil et ministre de l'intérieur, avait définitivement renié tout son passé à l'extrême-gauche en décidant de forger un appareil répressif contre le mouvement populaire. Il modernisait l'organisation de la Sûreté générale notamment par la création de brigades régionales de police mobile et par la mise en place d'un fichier central. Brigade des Renseignements généraux qu'il l'avait appelée, au lieu tout bêtement de police politique comme avant.

Petit aparté : c'est cet homme, Clémenceau, que Luc Ferry, professeur de philosophie et ancien ministre de l'éducation, aurait préféré que François Hollande rende hommage au lieu de Jules Ferry, dont il serait un cousin éloigné. Il est vrai que Jules Ferry était en faveur de la colonisation et non Clémenceau. Mais c'est oublier, impardonnable de la part de Luc Ferry, que Clémenceau fut un briseur de grèves et qu'il réprima dans le sang la révolte des vignerons au printemps 1907. Fin de l'aparté.

 

Le commissaire Giraud, un paranoïaque, obtus, sadique, a réellement existé et qu'une partie de ses rapports peuvent être consultés aux archives départementales de la Somme ainsi que sur le lien ici proposé.

 

Si l'histoire de la famille Coulon est fictive, quoi que possédant peut-être un fond de réalité, bien des événement décrits dans ce roman se sont réellement déroulés.

 

Mais ce roman aurait dû, à mon avis, être publié en deux parties. La première en effet s'intéresse plus aux avatars de la famille Coulon, par le truchement de la présence de Marius Jacob et de l'oncle Emile, tandis que la seconde est plus axée sur la guerre de 14/18, avec l'affaire de cette "invasion" britannique et le comportement de l'armée envers des déracinés chinois. Si l'oncle Emile est quelque peu perdu de vue dans la seconde partie, le lien est effectué par la présence malsaine du commissaire Giraud. Quant à l'épilogue, il suggère une suite.

 

Léo LAPOINTE : Le planqué des huttes. Collection 14/18. Pôles Nord éditions. Parution le 5 juin 2014. 504 pages. 12,50€.

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