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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 10:48
Gordon Mac GILL : Un mauvais moment à passer

Mais cela dépend de la durée du mauvais moment...

Gordon Mac GILL : Un mauvais moment à passer

Ce court roman met en scène une histoire de vengeance entre truands, sujet maintes et maintes fois traité, aussi bien par des auteurs américains, anglo-saxons que français.

Mais ce qui sauve ce roman de l'ennui, de l'impression de déjà lu, c'est cette espèce d'humour britannique dont fait preuve le personnage principal. D'ailleurs il est Britannique.

Willy Parker vit en Espagne, exilé car lors d'un procès il a transgressé la loi du silence. Il a avoué avoir participé à un hold-up et, fait encore plus grave, il a reconnu les autres accusés comme les participants à ce braquage et comme ses complices. Il a même désigné l'un d'eux comme étant le chef de l'entreprise.

Mais un jour il est enlevé et ses ravisseurs ont pour but de le convoyer d'Espagne à Paris. Il semble étrangement détaché, indifférent à son sort. Il a acquis une philosophie dont il ne faisait pas preuve lors du procès.

Il a beaucoup changé, il a lu, il s'est instruit, ne cesse-t-il de répéter.

 

Mais l'auteur a peut-être voulu nous le rendre sympathique, car lors de la présentation de son personnage, pendant le déroulement du procès, nous avons eu affaire avec un personnage un peu falot et arriéré. Tandis que lors de son enlèvement et de ses pérégrinations avec ses ravisseurs, il est tout autre.

 

Curiosité :

Ce roman est la novellisation du film The Hit, Le tueur était presque parfait, de Stephen Frears en 1984 avec un scénario de Peter Prince. Dans les rôles principaux Terence Stamp, John Hurt, Tim Roth, Laura del Sol, Fernando Rey.

Gordon Mac GILL : Un mauvais moment à passer (The Hit - 1984. Traduction de Michel Deutsch). Série Noire N° 2030. Parution décembre 1985. 192 pages.

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 09:34

Monte et vite et haut...

Muriel MOURGUE: Montevideo hotel.

Dans la tête de Thelma Vermont, tourne en boucle la chanson extraite d'un film de série B, Montevideo hotel, une chanson interprétée par Dana Raise, une épigone de Marylin Monroe. Il faut bien se raccrocher à quelque chose et Thelma Vermont a connu trop de vicissitudes pour être d'humeur folâtre. Elle essaye de mettre derrière elle la perte de ses parents, surtout son père, d'un aviateur aussi, qu'elle aimait, et ses années de guerre à Londres. Les années ont passé, nous sommes fin 1956, et Thelma Vermont ne possède que deux amis. Abraham, un exilé européen, et Bennie, un journaliste. Elle est devenue misanthrope, tous ses déboires lui ayant sapé le moral. Son bureau est placé près d'une librairie mais elle n'a même pas échangé un mot avec la gérante depuis son installation. C'est dire son refus de communication !

Ce jour là, alors qu'elle ressasse une fois de plus le passé, un homme lui demande d'enquêter sur un meurtre qui s'est déroulé un mois auparavant. Thelma Vermont est détective privé, mais elle ne s'occupe en général que de cocufiage ou de chantage. Alors enquêter sur un meurtre, c'est du domaine de la police, sauf que celle-ci a entériné un suicide.

C'est bien pour faire plaisir à son quémandeur que Thelma accepte la mission, mais également parce qu'elle aime le jazz. John Ginger est contrebassiste dans une petite formation mixte, composée de Noirs et de Blancs et il veut, souhaite, aimerait que Thelma se penche sur le sort de Martin, qui était saxophoniste dans le même groupe, le Beaulieu's Band. Martin ne faisait partie de la formation que depuis quelques mois, et était en colocation avec John. Martin avait une petite amie, Susan, qui est écrivain mais boucle ses fins de mois en étant serveuse dans un petit restaurant du coin, l'Egril.

Grâce à une photographie que lui montre John, elle peut faire la connaissance des membres du groupe. Leroy Beaulieu, le leader et pianiste, plus âgé que les autres musiciens, fils du propriétaire du Black Coffee, le club dans lequel ils se produisent. Complètent cette formation, Georgie, présent depuis l'origine, et Jackson, le chanteur qui joue également du saxo et remplace Martin en alternant vocal et instrumental.

Thelma déjeune à l'Egril et Susan, jeune femme accueillante et affable, la sert, ce qui tombe bien puisque c'était le but recherché par la détective. Elles sympathisent et Susan ne semble pas abattue par la perte de son amant. En réalité il y avait de l'eau dans le gaz entre eux et ils étaient séparés depuis quelque temps. Et cela arrange bien Beth, la grande sœur acariâtre de Susan, qui grenouille à Hollywood mais revient souvent à New-York.

Thelma va faire la connaissance de la petite bande, musiciens mais également poètes, dont Spencer ami de Leroy qui avait présenté Susan à Martin.

Ce pourrait être la conséquence d'une jalousie entre l'un des membres de ce joyeux petit cénacle, seulement d'autres suppositions se greffent sur ce meurtre. Un malfrat, dépendant d'un pontife de la Famille a été découvert mort non loin du cadavre de Martin, dans une ruelle adjacente. Or deux grands patrons de la truanderie de New-York et Chicago sont en bisbille et les dommages collatéraux ne sont pas à dédaigner.

Thelma s'attelle à cette enquête avec l'apport non négligeable de son ami Bennie, le journaliste, profession qu'elle endosse pour donner le change, ainsi qu'en se liant d'amitié avec certains des musiciens. Mais cette enquête n'est pas de tout repos, elle se sent suivie sans pouvoir découvrir celui, ou celle, qui la file, et elle va même essuyer des coups de feu.

 

Greenwich Village, le haut lieu new-yorkais des artistes, musiciens et écrivains notamment, sert de décor à ce roman ancré dans les années 1950. L'ambiance des clubs de jazz, la renommée grandissante d'Elvis Presley, les manifestations et les tensions entre Noirs et Blancs, les séquelles du Maccarthisme, servent de support à cette intrigue résolument ancrée dans les années d'or du roman noir.

Thelma, détective privée perturbée à cause d'événements familiaux et autres, que l'on découvre peu à peu, n'est plus en phase avec le genre humain, mais pourtant elle ne vit pas recluse. Elle carbure au café mais ne dédaigne pas une goutte, voire deux, d'alcool, fume comme une grande et n'a pas peur, enfin pas trop. Elle se rend compte que le métier de détective n'est pas de tout repos, mais cela lui permet également de s'apercevoir qu'elle n'est pas la seule à posséder des démons intérieurs.

Et on aura le plaisir de retrouver Thelma, sans Louise, dans de prochaines aventures car de nombreuses zones d'ombre subsiste autour d'elle.

 

Muriel MOURGUE: Montevideo hotel. Collection rouge. Editions Ex-Æquo. Parution 12 juin 2012. 170 pages. 16,00€.

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 07:46
Mat MESSAGER : Le Truc.

Y'a un truc, d'accord, mais lequel ?

Mat MESSAGER : Le Truc.

Né dans une lamaserie, de parents américains issus de différents croisements d'émigrés et décédés peu après sa naissance, Taj O'Shean vit à la frontière américano mexicaine.

Il passe son temps à essayer de soulever des pierres à la force de son influx mental, à décocher des flèches dans une cible les yeux fermés et à enseigner aux fils de son ami Alejandro, le bistrotier local, les rudiments du Truc, sorte de karaté philosophique. Il converse aussi avec l'oncle Jorge, le sorcier de la famille, bientôt bicentenaire.

Une armada de cinéastes investit les lieux afin de tourner un clip vidéo ayant pour vedette le chanteur de country, Tim Taylor. Un soir alors que quatre Américains venus jouer à la guéguerre se montrent arrogants, Taj les renvoie dans leurs foyers, en capilotade. Ce qui attire sur lui l'attention de la sœur du chanteur, Wendy. Bientôt ils deviennent amis. Le jour où l'assistant de l'imprésario est assassiné d'une flèche, elle n'hésite pas à requérir ses services.

Tout le monde pense que Tim était visé, supposition confirmée lorsque la troupe repartie, c'est le frère de Tim qui manque être fléché contre sa voiture. Taj rejoint la petite bande en Californie, ce qui n'empêche pas les tentatives d'agressions. Taj en arrive à la conclusion que seul l'un des proches de Tim lui en veut, et qu'il pourrait s'agir de son ami d'enfance, Steve, amoureux de Wendy.

Deux gros bras essayent de s'en prendre à Wendy, mais les dons du lama font merveille. L'impresario qui devait vérifier la comptabilité du chanteur est effacé du monde des vivants. A l'enterrement, Steve est pris pour cible et Taj, prévenu mentalement, lui sauve les abattis. Steve, Wendy et Taj échappent de peu à des coups de feu alors qu'ils roulent en voiture. Le tireur cagoulé leur file entre les doigts et refait son apparition alors que tout le monde est réuni autour de la cheminée. L'intrus n'est autre qu'un ancien condisciple de Tim, agissant par haine pimentée d'une pointe de jalousie.

Il aimait une jeune fille qui elle même désirait Tim qui lui même sortait avec quelqu'un d'autre. Bref l'embrouille complète. Alors que Ron, c'est son nom, s'enfuit en voiture après avoir tenté d'occire tout le monde, un rocher stoppe sa voiture. Il veut abattre Taj mais Wendy se place devant la balle.

 

Roman noir ou roman parodique, ce "Truc" de Mat Messager dont c'est le premier roman ? Il n'en reste pas moins que si l'intrigue est plutôt banale, et que le meurtrier arrive comme un cheveu sur la soupe, le ton est résolument humoristique, plein de sous-entendus, de pensées asiatiques et que les Américains en prennent parfois pour leur grade. Tout du moins une certaine façon de vivre américaine.

Tout est dans la simplicité même lorsque le lama de long en large court après son bout de zen.

 

Les mecs du FBI avaient dans les yeux la connerie rédhibitoire des gens qui sont sûrs d'être honnêtes en servant Dieu et l'Amérique.

Mat MESSAGER : Le Truc. Série Noire N°2409. Parution janvier 1996. 256 pages. 7,10€.

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 12:19

Le petit rat de l'eau paiera...

Marc CERRONE : Dancing machine.

Depuis l’accident de circulation qui a coûté, cinq ans auparavant, la vie à son épouse, Mélissa, Alan Wolf boite, ce qui a brisé sa carrière de danseur, mais ne l’empêche nullement de mener de main de maître son école de danse.

Chico, son second et associé, se révèle être un bourreau de travail envers ses élèves, des femmes attirées par la renommée et l’attrait physique du maître ; accessoirement pour entretenir leur ligne. L’une d’elle, Ella, en même temps qu’elle perd les faveurs du maître, rétrograde : elle ne fait plus partie de l’élite des élèves, si élite il y a, et se voit affectée chez les « bobonnes », surnom péjoratif des débutantes.

Par jalousie et par défi, elle confie à son voisin, l’inspecteur Eparvier, qu’elle suspecte que des accidents survenus à deux ou trois élèves seraient en fait des assassinats déguisés. Un nouvel accident semble corroborer ses dires. Des faits qui coïncident avec l’apparition d’une toute jeune fille ressemblant de façon cruelle à Mélissa.

La belle machine se dérègle. Autour de Wolf et de Chico, tout s’effondre comme un château de cartes. Eparvier, après une période de doutes, jubile. Il tient enfin son enquête, le couronnement de sa carrière. Et, une nuit, Ella est étranglée.

Le commissaire divisionnaire Le Guellec, sans être convaincu par les arguments d’Eparvier, place Chico et Wolf en garde à vue. Quant à la jeune Daphné, révélation faite, c’est la jeune sœur de Mélissa. Amoureuse de Wolf et faisant tout pour l’amener dans son lit, elle se demande toutefois si l’accident de la route ne fut pas un meurtre déguisé. D’autant que lorsqu’Alan Wolf est seul et que personne ne l’épie, il ne boite plus.

En compagnie d’un jeune inspecteur imposé par Le Guellec pour le seconder, Eparvier retourne sur les lieux de l’accident. Mais toutes les traces sont effacées et le laboratoire est formel : le side-car d’Alan n’a pas été trafiqué.

Daphné suit alors les cours de danse avec le Maître. Des cours si intensifs et si épuisants qu’elle s’adonne aux amphétamines pour danser aussi bien que sa sœur. Wolf s’en rend compte et, dans une crise de folie, corrige la jeune fille qui s’enfuit. Recueillie par Eparvier, elle accepte de faire une nouvelle déposition, avouant qu’Alan n’était pas avec elle la nuit où Ella a été assassinée. Cependant, arrivée au siège de la PJ, elle se rétracte. Le Guellec, qui a assisté à ce manège incompréhensible pour lui, décide de les faire suivre.

 

Autant la musique de Cerrone ne m’a jamais fait vibrer les trompes d’Eustache — question de goût car je ne conteste pas son talent, — autant son roman Dancing machine m’a laissé une impression favorable. Un roman qui accroche dès les premières pages, dans un ton, un style élégant, avec un épilogue peut-être pas insolite mais dont le suspense est entretenu jusqu’au bout.

Ce roman a fait l’objet d’une adaptation cinématographique, contestée, en 1990 avec dans les principaux rôles : Alain Delon/Wolf, Claude Brasseur/Eparvier, Patrick Dupont/Chico. Une réalisation de Gilles Béhat, sur un scénario de Marc Cerrone, Paul-Loup Sulitzer et Loup Durand. Adaptation et dialogues de Didier Decoin. Musique de Cerrone, bien évidemment.

Marc CERRONE : Dancing machine. Editions N°1. 1990.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 10:47
Hervé PRUDON : La Revanche de La Colline.

Farce à Trappes

Hervé PRUDON : La Revanche de La Colline.

A la suite d'une vengeance façon vendetta corse, toute la famille d'Ettore Nani est décimée dans un massacre commandé par Raymann.

Seuls survivants sa femme Mara et Petit Garçon. Un an plus tard Ziegler est chargé d'une double mission : tuer Petit Garçon et vérifier si Raymann a entamé le processus d'implantation d'un casino et d'un complexe hôtelier dans la ville nouvelle de Saint Quentin en Yvelines.

Zig est amoureux de sa cousine Nina, laquelle aime Raymann qui a violé Mara. Depuis Mara est devenue à moitié folle et a donné naissance à Petite Fille. Elle délaisse ses enfants confiés à Pelo. Lorsqu'il reçoit la visite de Zig, Pelo vit dans un pavillon. Raymann est contre ce nouveau crime et le fait savoir. Zig rencontre Nina et sa copine Nadège puis Raymann. Il traite ce dernier de fanfaron et Raymann n'hésite pas à tuer en pleine rue un passant.

Puis Raymann décide de lâcher la veuve et de se mettre avec Nina, ce qui enchante la jeune femme. Des rumeurs circulent dans la ville. Une bombe aurait explosé et d'autres attentats seraient programmés. Pendant ce temps Raymann change à nouveau de décision.

Il fait venir un clerc de notaire afin de se marier avec Mara et d'adopter les deux enfants. Pour Mara seule compte la vie de Petit Garçon, même si elle ne s'en préoccupe guère. Tandis que Zig bat la campagne, un cutter à la main, Nina lève dans une librairie un comédien qui possède une vague ressemblance avec Raymann. Elle ne digère pas l'affront qui vient de lui être infligé et couche avec le théâtreux, son premier exercice sexuel depuis un an.

Zig abat l'homme et avoue avoir tué Raymann. Il se fait renvoyer comme un malpropre et se réfugie chez Pelo qui n'a nulle envie de rendre les gosses à qui que ce soit.

 

Ce roman, Hervé Prudon l'a écrit dans le cadre d'une résidence d'auteur à Saint Quentin en Yvelines, association de sept communes dont Elancourt, Guyancourt et Trappes. L'on aurait pu croire qu'il allait faire l'apologie d'une ville. Il n'en est rien.

Il stigmatise, il touche du bout de son stylo les plaies internes de cette ville nouvelle dépourvue d'âme. La population n'est pas issue de cette agglomération, ou plutôt de zone urbaine à laquelle sont rattachées sept communes, elle se contente d'y habiter. Et c'est ce manque de racines qu'il dénonce à travers une histoire un peu factice de tueur devant éliminer le rejeton d'une famille rivale un an après un massacre.

Les personnages sont à moitié déjantés, pour ne pas dire complètement, et seul Pelo, homosexuel transformé en nourrice, tire son épingle de ce jeu de dupes.

 

Curiosité :

La Colline de la Revanche, point culminant d'Ile de France est une ancienne carrière transformée après la Seconde Guerre Mondiale en immense décharge d'ordures ménagères pour Versailles, Trappes, Bois-d'Arcy et Saint-Cyr. Elle a été fermée en 1975, et depuis sert de promenade dominicale, servant de base de départ pour le parapente, et avait été sélectionnée comme site olympique pour les épreuves de VTT. Tous les ans course appelée La Revancharde est organisée pour les amateurs de VTT. Un projet de piste de ski a été envisagé mais pour le moment celui-ci est au point mort.

Hervé PRUDON : La Revanche de La Colline. Série Noire N°2411. Parution février 1996. 240 pages.

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 09:33
Mickey FRIEDMAN : La Grande Roue de Brahma.

Et la Grande Roue brama le soir au fond des bois ?

Mickey FRIEDMAN : La Grande Roue de Brahma.

L'Inde et plus particulièrement Bombay et ses environs, avec ses coutumes, ses paysages, ses bidonvilles, ses croyances, nous est décrite un peu à la façon de Rudyard Kipling. Et avec plus d'un siècle de recul on s'aperçoit qu'en réalité peu de choses ont changé.

Même grouillement, même fourmillement humain, même pauvreté, misère, même résurgence du passé. D'ailleurs l'auteur a su s'entourer et prendre conseils auprès de spécialistes.

 

La Grande Roue de Brahma, apparemment composée de deux histoires en deux temps, est fort habilement construite, contrairement au Loopy-Doop, grande roue d'une fête foraine dont une avarie engendrant morts et blessés, obligera notre héroïne à enquêter sur cet accident malgré elle.

Déprimée, dépressive, Marina reçoit un appel téléphonique mystérieux en provenance des Indes, ainsi qu'une lettre, de même provenance. Tout semble désigner Catherine comme auteur de ces messages.

Or Catherine., sa soeur cadette, est décédée dix ans auparavant, en Indes, entraînées par son gourou et ce malgré tous les efforts de Marina pour briser l'envoûtement subi par l'unique élément familial qui lui reste.

Elle décide d'aller enquêter sur place.

Quête et enquête qui se déroule, je me répète, dans une histoire un peu à la Rudyard Kipling. Evasion assurée, frissons garantis qui parfois semble extraite d'un roman d'Edmond About, Le Roi des montagnes.

 

 

Mickey FRIEDMAN : La Grande Roue de Brahma.(The Fault Tree - 1984. Traduction de Jean-Bernard Piat). Série Noire N°2018. Parution août 1985. 288 pages. 6,05€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 14:03

Il a le Karma, Sutra...

Samuel SUTRA : La Bonne, la Brute et la Truande.

Il était tranquille Tonton, il ne demandait rien à personne Tonton, et ne voilà-t-il pas que le téléphone lui brise les tympans, et que Donatienne, sa servante issue de baronne préposée pour le décrochement du grelot, s'est enfermée dans les toilettes pour affaires pressantes. Et si encore ce fameux téléphone résonnait dans la maison pour lui annoncer une bonne nouvelle. Mais non.

Le correspondant de Tonton lui propose tout simplement de lui vendre le Waïen-Bicôze, un diamant dont la valeur est estimée à plus de 2 millions d'euros. Une bagatelle. Une paille. Mais coudée la paille, car le Waïen-Bicôze, il connait bien Tonton, il l'a même vu de ses propres yeux. Et depuis un an le diamant repose douillettement dans son parc, enterré profond afin que nul n'y touche.

Cela a débuté un an auparavant lorsque Tonton a appris que le Waïen-Bicôze, toujours, était enfermé dans un coffre-fort de l'hôtel des ventes Drouot. Il avait mené une opération visite des caves qui s'était soldée par la récupération du précieux diamant et désirant laisser les médias s'interroger et l'affaire retomber comme un soufflet, il l'avait enterré dans son parc, avec l'aide de ses complices, dont je vais immédiatement vous faire une présentation rapide car nous en reparlerons. Il y a d'abord Gérard et son neveu Pierre, pas très futé, Bruno qui serait plutôt l'intellectuel de la bande mais qui n'arrive toutefois pas aux chevilles de Tonton et Mamour, l'aveugle, pardon ça ne dit plus, le non-voyant. Et en toile de fond, Donatienne baronne décatie à qui appartient la propriété de Tonton et qui sert de gouvernante, lorsqu'elle n'est pas beurrée, c'est à dire une fenêtre de tir de dix minutes environ par jour.

Donc un an plus tard, Tonton reçoit un appel téléphonique et son correspondant lui propose de lui revendre le Waïen-Bicôze. Aussi le rappel est lancé et les pelles en action. Mais à l'instar des fils du laboureur, ils ont beau retourner le terrain à l'endroit précis et ses environs où devrait se terrer le diamant, celui-ci ne les regarde pas planqué dans sa tombe. Envolé, disparu, carapaté, dissous, et un diamant à dix sous, c'est pas cher, le cher Waïen-Bicôze.

Intrigué Tonton embarque sa fine équipe, sauf Donatienne en train de cuver une énième Charrette, mélange d'alcool dont je vous laisse découvrir la recette dans le livre mais que personnellement je n'envisage pas d'essayer d'ingurgiter.

Et en cours de route, Gérard conduisant mollement, pour une fois, le véhicule devant les mener en Normandie, chacun se remémore les incidents qui ont précédés le vol du diamant, son nom maintenant vous le connaissez, puis ceux survenus après, lors de son enfouissement et même après.

Et c'est ainsi que nous pouvons nous imprégner de l'Evangile selon Gérard, deux paires d'yeux, Bruno à jeun et Mamour qui ne voit rien mais n'en pense pas moins.

 

Si par l'écriture enlevée, parfois semi-argotique, l'humour bon enfant et certains scènes et répliques désopilantes, Samuel Sutra ne peut renier être l'enfant, légitime ou non ceci ne nous regarde pas, d'Alphonse Boudard, de San-Antonio et de Michel Audiard, fils de trois pères et trois paires, il ne faudrait pas oublier deux autres romanciers peut-être un peu oubliés de nos jours mais qui ont compté dans la profession d'amuseurs littéraires. Il s'agit de Michel Lebrun et de Fred Kassak. En effet l'inventivité dont fait preuve Samuel Sutra et les nombreux retournements de situation qu'il incorpore dans son récit et dont les protagonistes ne se rendent pas compte, l'ingéniosité et ce goût de tout en remettre en question alors que l'on pensait que la solution était là, sous nos yeux, font de ce roman un tour de prestidigitation mais tout est pensé, disséqué, étudié, mesuré, et tout s'emboîte, s'imbrique comme un engrenage infernal, huilé, sans à-coups, sans soubresaut, chaque rouage pensant pouvoir vivre sa propre vie oubliant qu'il est dépendant des autres.

 

Prévus en réédition chez Flamant Noir :

Samuel SUTRA : La Bonne, la Brute et la Truande. Sous-titré : Tonton, ses hommes, l'effet salaire. Flamant Noir Editions. Parution le 29 mai 2015. 240 pages. 15,00€.

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 11:02
Eva DAVID : Cavale.

Bon anniversaire à Eva David, née un 26 juin.

Eva DAVID : Cavale.

Jeune femme bien sous touts rapports, quoiqu'elle en soit à son septième mari, Alexandra Delys surnommée Cavale à juste titre par Geoffroy son troisième époux, découvre dans le studio qu'elle habite en colocation, quelle aberration, avec celui-ci, le cadavre de Malika.

Malika, elle connait. C'est la maîtresse de son ex et ce fut la femme de leur jardinier Ahmed. Oui, mais voilà, au lieu de prévenir la police Cavale s'affole et demande conseil à Tao, son cinquième mari, et restaurateur de son état. Il est vrai qu'il est délicat d'expliquer à numéro 7 que l'on revoit de temps en temps numéro 3, même en ami, en tout bien tout honneur. En réalité, la raison primordiale et secrète pour laquelle elle ne veut pas prévenir la police réside en ce que Cavale aime, inconsciemment, le danger.

Tu as peur mais ça te plait, comme le fait remarquer finement Tao psychologue à ses heures et imprégné de la légendaire sagesse asiatique. Alors Cavale, femme de décision et impulsive, demande à son amie Gloria de lui prêter un passe-partout, héritage d'un père serrurier, et une robe du soir.

Première chose à faire, visiter la chambre de Malika au casino où celle-ci travaillait et possédait une chambre. Ensuite Cavale organisera son enquête en fonction de ses découvertes.

Ce trio de choc dans lequel chacun se sent plus ou moins impliqué, par amitié ou par vengeance, va devancer l'inspecteur divisionnaire Luc Colin. En quarante-huit heures l'affaire sera réglée, non sans embûches, pour Cavale et ses acolytes, débouchant sur un trafic de drogue et un scandale politico-lubrique de proxénétisme pédophile.

 

Eva David signe son entrée à la Série Noire avec un roman haut en couleurs, épique, et dont l'humour, toujours présent, ne s'impose pas au détriment de l'action.

L'épilogue en cascade confine au jubilatoire et nul doute que cette conclusion en la ville de Nice, lieu de l'action, chère à Patrick Raynal qui était alors directeur de la collection, l'écriture fouillée et la trame dont le suspense est en constante progression, ont joué en faveur de cette intronisation pour une fois justifiée.

Cavale, cette héroïne fantasque, qui masque sa peur par des initiatives impulsive d'aventurière chevronnée et par des répartie cinglantes, impertinentes, du genre de celles que nous aimerions parfois tenir face à un interlocuteur ayant la force et le droit pour lui, mais qu'une certaine timidité, réserve ou respect, nous empêche de proférer, Cavale pourrait bien connaître de nouvelles aventures dans de prochains épisodes. Enfin, ce n'est qu'un souhait...

 

Eva DAVID : Cavale. Série Noire N°2308. Parution novembre 1992. 240 pages. 6,05€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 14:44

Histoire sanglante glaçante mais pas galante à lire sans gant...

Gilles BERGAL : Gore story.

Après avoir infligé trente-sept aventures très saignantes à son héroïne Bloody Marie, Fabien a décidé de tourner la page. Il veut écrire son grand roman, alors il tue sur le papier Bloody Marie de façon définitive et en informe son éditeur qui, on peut le comprendre n'est guère satisfait. La série Bloody Mary est la vache à lait de Garbage River. Et Fabien s'est enrichi aux dépens des aventures trépidantes et sanglantes de Bloody Marie.

Fabien accepte toutefois de promotionner son roman, et de participer à des salons dont celui qui programmé en fin de week-end, les Journées du sang. Il va se rendre en territoire hostile, car il est évident que ses fans sauront lui démontrer qu'il a eu tort de supprimer son héroïne, en compagnie de Noémie, son attachée de presse. Et ce n'est pas parce qu'elle possède les billets du voyage que Fabien est heureux qu'elle l'accompagne, mais parce qu'elle va lui réchauffer les pieds la nuit dans son lit même si deux chambres ont été réservées.

L'emplacement prévu pour Fabien ne lui plait guère car il va être mitoyen de son pire ennemi, Lionel Soubiraud. Non seulement vantard sur ses chiffres de vente, Soubiraud a eu le tort d'exploiter une idée de Fabien alors qu'ils devisaient amicalement quelques années auparavant. Fabien lui avait raconté son prochain scénario et Soubiraud avait profité de cette aubaine. Mais Soubiraud avait saboté sa prose, et depuis Fabien lui en veut à mort, et comme les petites vengeances ne coutent pas grand chose, Fabien demande au libraire organisateur de placer son confrère à côté de la porte des WC, le seul endroit susceptible de l'accueillir dignement.

Cela fait à peine trente minutes que Fabien est confortablement installé devant sa table à dédicaces, les stylos affûtés et un rempart de livres disposés devant lui, qu'il a déjà apposé dix fois sa signature accompagnée d'un petit mot sur la page de garde des ouvrages enviés. Nombreux sont ceux qui aimeraient pouvoir vendre un livre toutes les trois minutes, mais moins nombreux seraient ceux qui apprécieraient se faire agresser par un lecteur déçu. Pour ce jeune homme à l'apparence soixante-huitard, Fabien n'avait pas le droit de tuer Bloody Marie, de s'en débarrasser comme d'une vieille chaussette usée de facteur rural. Il invective l'auteur en lui demandant d'un ton peu amène : ça vous amuserait qu'on vous fasse la même chose que ce que vous lui avez fait subir ?

Le lendemain, tandis que Fabien signe, Noémie se fait agresser, et ce n'est pas verbalement mais physiquement. Les éclaboussures de sang sur les murs prouvent le déchaînement de son meurtrier. Fabien est soupçonné, mais rapidement innocenté. Au moment de l'assassinat sanglant il possédait un alibi irréfutable à moins d'être doté du don d'ubiquité : il dédicaçait. Le commandant Consuela Sanchez est chargée de l'enquête, et à la question de savoir si Fabien se connaissait des ennemis, le romancier la lance sur la race de Soubiraud et du fou pas chantant mais colérique.

Le seul problème réside dans le fait que Noémie est passée de vie à trépas dans les mêmes conditions que Bloody Marie. Et comme si cela ne suffisait pas d'autres victimes sont à déplorer, tuées dans des conditions décrites par Fabien dans ses romans.

 

Gilles Bergal s'amuse comme un petit fou, chantant, dans ce court roman efficace, qui selon l'éditeur est destiné aux adultes consentants, et ajouterais-je aux végétariens récalcitrants. Outre l'intrigue habilement construite, même si au fur et à mesure que s'alignent les cadavres, on pense deviner le nom du coupable, Gilles Bergal ne s(attarde pas sur des scènes grandguignolesques. Mais il s'amuse à brocarder par exemple la posture d'un critique aigri et de certains littérateurs. Par exemple Alain Sauter, autre ennemi de Fabien :

En littérature, il y a deux moyens de se faire un nom : écrire une prose remarquable, qui marque son époque et laisse un souvenir impérissable dans la mémoire des lecteurs (pas facile) ou bien démolir les œuvres des autres avec une hargne et une méchanceté digne d'un Hannibal Lecter mordu par un chien enragé.

Gilles Bergal joue également avec la langue française, et plus particulièrement dans certaines phrases, à des allitérations ou assonances, dont je ne vous confierais qu'un exemple, un seul afin de ne pas tout dévoiler :

Mais avant que quiconque ait eu le temps de réagir, le fan fou furieux faisait demi-tour et, fendant la foule de fidèles férus de fantastique, il se faufila facilement dans la file pour fuir en direction de la fortie. Pardon, sortie.

 

Gilbert Gallerne, plus connu pour ses romans de suspense, et Gilbert Bergal, qui œuvre dans le fantastique, sont les Docteur Jekill et Mister Hyde, les frères siamois du roman fantastique et policier, et de temps à autre ils échangent leur personnalité pour le plus grand plaisir du lecteur qui ne demande qu'à se laisser guider sur le chemin des belles-lettres romanesques de la littérature populaire.

 

Toutefois, s'appeler, pour un éditeur, Trash, c'est à dire poubelle, ordures, détritus, camelote, cela frise l'inconscience ou la provocation. Ne tombez pas dans la poubelle justement et jetez un œil curieux sur la production de Trash Editions, qui accueille des auteurs comme Brice Tarvel, Philippe Ward, Romain d'Huissier ou Julian C. Hellbrock dans oublier ceux qui préfèrent signer sous pseudonyme afin de déconcerter le lecteur.

L'autre facette de Gilles Bergal :

 

Gilles BERGAL : Gore story. Trash éditions N°15. Parution avril 2015. 150 pages. 7,00€.

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 08:08
Laurent FETIS : Chien-Froid.

Le contraire du Hot-dog ?

Laurent FETIS : Chien-Froid.

Agé d'à peine vingt ans, le narrateur débarque à Londres avec déjà derrière lui un passé qui s'attache à lui comme du chewing-gum à la semelle d'une godasse.

Il se présente dans un bureau d'accueil où il fait la connaissance d'une pauvre paumée, Claire, qui l'amène chez elle. Elle a besoin d'une présence amicale, ce que le narrateur peut lui fournir. La nuit il regagne sa chambre d'hôtel, pensant à son avenir pas très rose. Il lui faut assurer sa pitance et le travail ne court pas les rues.

Il apprend par le journal la mort de Claire, et cela lui fout un coup au moral. Tout en cuisinant des hamburgers dans une chaîne de restauration rapide, il va battre le pavé à la recherche du mystérieux meurtrier. On l'avait vu en compagnie de Claire, et il préfère devancer les policiers. Un vigile du bureau d'accueil lui apporte son soutien, mais il est en butte à la vindicte de petits malfrats qui le surnomme Chien-Froid. Ses compagnons sont de pauvres déjantés, des exilés pour la plupart, qui ne pensent qu'à subsister, mal la plupart du temps, pourtant il trouve auprès d'eux un certain réconfort. Et toujours ce souvenir qui le taraude.

 

Depuis qu'il est à la barre de la Série Noire, Patrick Raynal a renouvelé le ton et le style de la glorieuse collection, recherchant de nouveaux auteurs aussi bien à l'étranger qu'en France. Cette démarche revivifie le Polar dans son ensemble puisque d'autres maisons d'éditions le suivent dans cette quête.

En ce qui concerne les auteurs, on peut déplorer la disparition de quelques noms, comme Julius A. Lion, dont l'humour noir était particulièrement tonique, ou Marie et Joseph, mais les petits nouveaux ne se défendent pas mal non plus. Qu'ils s'appellent Pascale Fonteneau, Eva David ou Laurent Fétis. Si le premier roman de Laurent Fétis, Le mal du double-bang, une histoire de truands mâtinée de drogue, m'avait quelque peu laissée sur ma faim, Chien-froid possède une autre envergure, une sensibilité digne d'un grand écrivain. Avec ses vingt-deux printemps (à l'époque de la parution de ce roman) Laurent Fétis s'affirme comme une valeur montante et même si résident encore quelques imperfections, son roman fait preuve d'une grande maturité d'esprit.

 

Laurent FETIS : Chien-Froid. Série Noire N°2328. Parution octobre 1993. 240 pages. 6,65€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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