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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 14:00

Y'a-t-il un avocat dans la salle ?

Marie DEVOIS : Van Gogh et ses juges.

Les magistrats ne sont pas en odeur de sainteté actuellement, du moins de la part du gouvernement (ce roman a été publié en 2011), et que quelqu’un se charge de les évincer, cela suppose qu’un individu fasse preuve d’excès de zèle.

Il faut réduire les effectifs, ce sont les ordres des ministères, mais de là à les assassiner, il existe une marge à ne pas franchir. Pourtant un individu prend un malin plaisir à égorger des membres de la magistrature, dans la banlieue parisienne, puis à déposer sur les cadavres de petits sachets contenant des éclats de peinture.

Au départ les policiers de la criminelle pensaient avoir à faire à un homophobe, le premier défunt étant homosexuel. Mais ils révisent rapidement leur jugement car par la suite, les autres cadavres ne répondent pas à ce critère. Un par mois, sauf au mois de juillet où l’assassin reproduit ses meurtres par deux fois, la seconde à Vannes. Pour Fred Andersen, surnommé le Danois, cette affaire relève du casse-tête pourtant il ne ménage pas ses efforts. Son supérieur a beau être un ami, il se fait engueuler pour manque de résultat, mais il faut avouer que les ministres de tutelle tempêtent, vitupèrent exigeant que l’affaire soit rapidement résolue.

Mais il ne suffit pas dire Je veux, de taper du poing sur la table, il faut aussi se mettre à la place des enquêteurs. Andersen a beau, lui et ses hommes, gratter dans le passé des victimes, rien à priori ne les reliait, à part leur profession. Ils ne se connaissaient pas, travaillaient dans des juridictions différentes, n’étaient pas issus des mêmes promotions, bref le noir complet. La disparition de Maëlle Aubier, une ancienne policière de l’Office Central de lutte contre le trafic des Biens Culturels et amie d’Andersen, qui quoi que jeune encore avait pris récemment sa retraite et se rendait régulièrement à Auvers-sur-Oise, ce village du Vexin réputé pour avoir hébergé grâce au docteur Gachet le peintre Van Gogh, donne un nouvelle couleur à l’enquête. Andersen ne croit pas à la thèse d’une disparition subite de sa petite sirène, même si elle avait projeté un voyage en Hollande.

 

Van Gogh et ses juges, dont le titre prend toute sa signification vers la fin du livre est un roman en deux temps. La première partie narre les efforts d’Andersen et son groupe à traquer un assassin récidiviste et la présentation, parfois succincte, parfois nettement plus élaborée des victimes. La seconde prend de la couleur avec l’arrivée, ou plutôt la disparition de Maëlle Aubier, et le jeu du chat et de la souris qui s’instaure entre les enquêteurs d’une part et le ravisseur d’autre part dont on connait le nom mais dont les motivations s’éclaircissent peu à peu, et s’érigeant en arbitre bâillonnée la pauvre jeune retraitée. Le final est enlevé mais l’épilogue reste dans le domaine de la fiction.

Car qui oserait imaginer que… Je vous laisse extrapoler toutes les suppositions possibles et si vous ne trouvez pas, il ne vous reste qu’à lire le livre. Et en parlant de l’objet, sa présentation est originale car les pages de garde sont entièrement noires ainsi que les tranches. Un bon roman qui nous change des œuvres actuelles dans lesquels les sérials killers sont trop complaisamment décrits, romans qui ne laissent qu’un arrière-goût d’amertume.

 

Marie DEVOIS : Van Gogh et ses juges. (Première édition Collection ArtNoir, Biro & Cohen éditeurs - 2011). Réédition COhen & Cohen. 13 mars 2014. 242 pages. 20,00€.

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 09:08
Don TRACY : La vape

Un Saint-bernard sans le tonnelet.

Don TRACY : La vape

Appelé en pleine nuit par Ethel Bengstorm, propriétaire d'un motel, Burt Lewis découvre dans les affaires d'Adams, un touriste apparemment sous l'emprise d'une biture carabinée, une lettre dont la teneur le ramène à un passé trouble.

Burt, alcoolique repenti, est incapable de se souvenir deux ans de son existence. Deux années durant lesquelles il a bu comme un trou et qui après quelques accros avec la justice l'ont conduit en prison. Depuis il s'est marié avec Midge, a eu un petit garçon, Bongo, promène les touristes à bord du bateau que lui a légué à sa mort Hjalmar Benstorm, et tente de s'accommoder avec cette amnésie passagère.

D'après la lettre, Burt Lewis alias Bill Logan, aurait commis un acte répréhensible et des gangsters seraient à sa poursuite. Doc Mulloy et Ethel, malgré leur amitié, soupçonnent Burt d'avoir dérobé de l'argent dans le portefeuille d'Adams, connaissant ses difficultés financières. Burt hésite à leur parler de la lettre. Alors qu'il désire interroger Adams, celui-ci est assassiné dans la clinique où il est hébergé.

Un nommé Hawkins requiert les services de Burt pour une partie de pêche en mer et s'enquiert lui aussi de Bill Logan. Toujours incapable de se remémorer s'il a endossé l'alias de Logan pendant sa période de blackout, Burt est la proie d'un adversaire aussi coriace que les truands. La police représentée par le sergent Cliff Reitz et son acolyte le vénal Bruton. Un vieux contentieux perdure entre Reitz et Burt, et le flic n'a de cesse de se mettre en travers de la route de l'ex-alcoolique. Reitz aimerait l'inculper du meurtre d'Adams mais ne peut apporter de preuves.

Pendant leur promenade en mer, Hawkins confie les motifs de son animosité envers Logan. Son fils serait mort à cause de celui-ci, victime d'un trafic de drogue. Il possède une photo de Logan.

 

Dans La vape Don Tracy aborde un problème auquel lui-même a été confronté : l'alcoolisme. Burt Lewis, tout comme Tracy, est responsable de la ligue antialcoolique locale. A plusieurs reprises Burt ressent l'envie de repiquer au flacon, d'écluser un verre afin d'échapper à ses problèmes. Cependant il parvient à chaque fois à surmonter sa crise, ce qui n'est pas évident car sa femme et ses amis ne se privent pas d'absorber du whisky en sa présence.

Ses relations avec Ethel sont ambigües. Il en était plus ou moins amoureux et Hjalmar décédé, il pensait refaire sa vie avec elle. Il lui a proposé de l'épouser mais Ethel lui a répondu que pour elle le mariage c'était fini, ce qui ne l'empêchait pas de l'aguicher. Mais Burt ne répond pas à ses avances.

Malgré ses absences de mémoire et son manque de réflexe mental, Burt s'en sort bien. Cette histoire se termine sur une note optimiste et l'ex-poivrot continue plus que jamais son assistance aux alcooliques; Un peu un Saint-bernard sans le tonnelet.

 

Curiosité :

Roger Vailland note dans ses écrits intimes, en date du 4 novembre 1961 : Don Tracy, La vape, Série Noire, traduit de l'américain. Bien que très loin de la tragédie, encore un que je lis avec bien plus d'intérêt que la plupart des romans littéraires contemporains. Le débat de l'alcoolique avec l'alcool jadis limité aux ouvriers (l'Assommoir) c'est aujourd'hui pour tous les milieux un des conflits capitaux...

 

Citation :

Elle avait le cœur aussi généreux que la poitrine.

 

Don TRACY : La vape (The Big Blackout - 1959. Traduction de G.A. Louedec et R. Amblard). Série Noire n°660. Première parution 1961. Réimprimé 23 juin 1995. 208 pages.

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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 17:00

Barbecue privé !

Anouk LANGANEY : Cannibal Tour.

Tel un clou de girofle, pointe dressée en l'air, posé sur une mare, l'île de Khaya-Re, 4042 habitants, appartenant à l'archipel des Centaurides, est en proie à des heures chaudes qui font les grands titres des médias.

C'est ce qu'apprend Oscar, en lisant le journal à défaut d'apercevoir l'île où il a été muté, l'avion prenant son virage dans le mauvais sens. Pour Oscar qui ne voit que la mer, pas pour l'avion qui va atterrir, on va quand même pas cumuler les drames.

Solenn Gernand et Maxime Hourtin, deux enseignants, des collègues qu'il n'aura pas le plaisir de fréquenter, ont été retrouvés par deux touristes néerlandais dans une grotte du volcan Khirinopoyé. Ils ont été mutilés, les enseignants pas les touristes, et certaines parties internes de leurs corps ont été prélevées. Selon les affirmations du journaliste, il s'agirait probablement d'un cas d'anthropophagie. Le premier cas recensé sur l'archipel depuis 1897.

Le chef Djola, Ban-Ra-Djolaligondaha'r, qui appartenant à la dynastie régnante du peuple grahoré, n'est pas satisfait du comportement de ses fils, Sou-Ra'n, Sou-Ra-Dlohagalanda'r, plus communément surnommé Junior, et Sou-Ra'hani Djodibalodonda'r dit Bobby, mais ceux-ci n'en ont cure. Ils ont autre chose à faire que de se plier à la loi paternelle et même maternelle, quoique, lorsque ça crie trop fort, ils baissent la tête. Junior a une idée qu'il pense très intéressante pour le bienfait financier de l'île : il va contacter une voyagiste, Hélène Reille et lui présenter son île comme un paradis pour touristes, avec des parcours fléchés, des découvertes, notamment la grotte où ont été retrouvés les deux enseignants dont les abattis ont été cuisinés, le légiste est affirmatif sur ce dernier point.

Personne n'attend Oscar à sa descente d'avion et il est obligé de se rendre au collège à pied en trainant sa valise à roulette. Et la montée est fatigante. Et personne n'est là pour l'accueillir, l'établissement étant fermé pour cause de décès. Heureusement une joyeuse petite bande se déplaçant en véhicule archaïque le prend à bord. Ce sont les MacTraqueurs, des joyeux drilles qui s'adonnent à la pêche sportive. Heureusement ils sont aidés dans leur entreprise par un jeune autochtone. Un touriste débarque, mais franchement il n'est pas le client idéal, toujours à râler. Un nouveau meurtre est commis, quasiment dans les mêmes conditions. Presque, car de petits détails diffèrent et il pourrait s'agir d'un copier-coller aléatoire.

Naturellement les journalistes de la métropole s'enquièrent de l'avis d'un spécialiste de la culture grahoré. Albin de Ligre, universitaire octogénaire, a écrit de nombreux ouvrages qui font références et décrivent abondamment les us et coutumes de cette peuplade. Bon, d'accord, il est hors de question de le soupçonner, mais est-il d'une façon ou d'une autre, sinon à l'origine de cette résurgence cannibalesque, pourvoyeur d'idées.

Le capitaine Loko, de la gendarmerie locale ne se sent pas en capacité de résoudre ces mystères et un commandant en provenance de métropole va mener son enquête. Avec rigueur, car Katia Resnier possède un œil neuf, et ne s'en laisse pas conter ni compter. Et tout y passe, non sans y laisser des plumes.

 

Justement des plumes, Djola et ses fils ainsi que quelques autochtones vont s'en vêtir. Car il parait qu'il ne faut pas lésiner sur les moyens pour attirer les touristes. Alors on ressort des vieilles armoires, les vêtements ancestraux, on aménage des chants issus des veillées, bref on s'adapte en régressant. Il faut faire authentique, pour inciter ceux qui ont de l'argent à dépenser et qui veulent se frotter à la culture ancienne de venir en masse sur l'île. Junior et Bobby, ainsi que quelques amis ont des projets plein la tête, envisagent des aménagements, comment transformer Khaya-Re en immense parc d'attraction.

Les présumés coupables ne manquent pas, du proviseur Chen Hu au moindre de ses élèves, en passant par l'infirmière, le touriste, les Mac Traqueurs ou l'un des membres de la famille Djola, et j'en oublie, et le lecteur va de rebondissements en rebondissements, de surprises en surprises, du grignotage apéritif au dessert en omelette norvégienne, chaud dehors et frais dedans.

 

Cannibal Tour est le genre de roman casse-gueule par excellence mais qu'Anouk Langaney a réussi a apprivoiser. Elle s'en sort avec les honneurs, évitant le piège grossier de la caricature exotique.

Elle pointe en dérision le rappel constant du c'était mieux avant, vu de la part de ceux qui ne l'ont pas connus justement cet avant. Un peu comme en métropole, lors des fêtes de batteries du blé, les vieux agriculteurs sont volontaires, ou réquisitionnés, pour faucher le blé, le battre avec les fléaux et en cadence, les lavandières tapant sur le linge mouillé avec leur batte agenouillées près d'une mare, frottant à qui mieux-mieux en s'invectivant comme des harengères, et autres résurgences du bon vieux temps. Et tous les visiteurs de s'extasier.

Cet engouement est source de rentrées d'argent et tout est bon pour appâter le touriste gogo. Alors mettre en scène ou évoquer des pratiques d'anthropophages ne peut, selon quelques-uns, qu'attirer du monde.

Anouk Langaney s'amuse et dépeint ces tableaux avec maîtrise, instillant le doute, l'horreur, tout en restant sobre. Elle joue avec les nerfs du lecteur, passant de l'humour à la gravité du propos, sachant doser ses effets, ne tombant jamais dans le voyeurisme complaisant tout en gardant un côté crédible.

L'écriture d'Anouk Langaney, travaillée, précise, précieuse presque, incite à continuer la lecture même si l'on doit s'arrêter pour une raison ou une autre : l'heure de partir au travail, de préparer à manger, de solliciter son partenaire qui s'impatiente, ou simplement de fermer les yeux parce que le sommeil devient insistant.

 

Au cas où vous auriez encore un petit creux, lisez les précédents ouvrages d'Anoul Langaney

Anouk LANGANEY : Cannibal Tour. Collection Nera. Editions Albiana. Parution le 19 novembre 2014. 294 pages. 15,00€.

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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 09:02
Alan CAILLOU : Conspirons !

Une pierre dans son jardin...

Alan CAILLOU : Conspirons !

Viré à cause d'un article qui n'a pas eu l'heur de plaire à son rédacteur en chef, Mike Benasque végète à Caracas subsistant de petits trafics et percevant des pourcentages sur les consommations bues par les touristes dans les boîtes à strip-tease.

A cause de son passé militaire, il est contacté par De Bries et Vallance, deux représentants d'une mystérieuse organisation. Lazlo, un ex-révolutionnaire devenu ministre de la République de San Antonio doit assister à une conférence dans un pays étranger. Mais il est sous surveillance constante et n'est pas libre de ses mouvements. Benaste accepte plus la mission parce qu'il connait et tient en estime Lazlo que pour la somme d'argent offerte.

Grâce à une légère ressemblance physique et un déguisement d'infirmier, la substitution entre les deux hommes s'effectue dans la gare de Volvoda, sur le territoire de San Antonio. Muni du passeport et des papiers d'identité de Benasque, Lazlo peut franchir la frontière sans encombre. Pendant ce temps le journaliste est hébergé par Trenko, un fidèle de Lazlo. Benasque, quelques années auparavant, a sauvé la vie de Trenko et cela a forgé des liens d'amitié entre les deux hommes, même s'ils ne se sont pas revus depuis longtemps.

Mais les événements se précipitent. De Bries, affublé d'un costume de la police secrète, apprend aux deux hommes qu'ils ont été repérés et que la combine est éventée. Il n'est plus question de repasser la frontière légalement en opérant une nouvelle substitution au retour de Lazlo. Celui-ci est parachuté de nuit dans la forêt. Quant à Benasque, De Bries, Trenko et sa chienne Besta, ils doivent franchir la frontière en fraude. Bientôt les soldats sont à leurs trousses. De Bries et la chienne succombent sous les balles ennemies. Trenko disparait et Benasque est obligé de revenir sur ses pas. Capturé il est emprisonné à Volvoda. Il parvient à fausser compagnie à Weber, un tortionnaire nazi, mais il se rend vite compte que son évasion était programmée.

 

Quels sont les employeurs de De Bries et Vallance ? Quels personnages a rencontrés Lazlo, quelles consignes ou quelles aides a-t-il reçues lors de son déplacement à l'étranger ? Alan Caillou reste énigmatique sur ces questions. Seules comptent les tribulations de Benasque, à Caracas, à Volvoda, dans la montagne ou dans la forêt sud-américaine.

Benasque est un journaliste devenu aventurier par besoin et par goût dont la mission a été menée à bien mais qui le plonge dans une profonde amertume.

Des deux romans mettant en scène Mike Benasque, Conspirons ! est le seul titre à avoir été traduit en France. Conspirons ! est plus un roman d'aventures qu'un roman d'espionnage comme le laisse croire le bandeau en première de couverture. D'ailleurs les autres romans d'Alan Caillou édités en France, principalement aux Presses de la Cité, relèvent de la même veine aventureuse.

Alan Caillou est également scénariste et a écrit quelques épisodes de séries télévisées telles que Le Fugitif ou The Man from UNCLE.

 

Curiosité :

Alan Caillou a joué dans quelques films et dans la série Daktari.

 

Citation :

Il était facile de se débarrasser de ces gros paysans maladroits en uniforme (de policiers) mais je savais qu'ils pouvaient être fort dangereux. Non pas qu'ils pussent penser, mais précisément parce qu'ils ne le pouvaient pas.

 

Alan CAILLOU : Conspirons ! (The Plotters - 1960. Traduction de André Bellac). Série Noire N°654. Parution juillet 1961. 256 pages.

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 13:17

C'est vrai, nous ne l'oublierons jamais... !

Cyrille LEGENDRE : Nous ne t'oublierons jamais.

Après le décès de son ami Jean-Eudes Duplessis, un suicide, Matt Berger a repris les rênes de sa maison d'éditions. Ce qui lui permet par la même occasion d'éditer ses propres ouvrages, des enquêtes en général puisqu'à l'origine il est journaliste.

Matt est obnubilé par la mort de Marie, sa précédente compagne, mort survenue dans des conditions troubles lors d'un accident. Depuis, même s'il vit avec Fiona, une Irlandaise, et qu'ils ont eu ensemble une petite fille, le souvenir de Marie le taraude. Une fois il a cru la reconnaître dans un jardin public, une jeune femme qui a déposé un médaillon sur le banc où il était assis. A l'intérieur, la photo d'un gamin qui lui ressemble.

Il vient de publier un livre-enquête sur le drame de Fayarville, qui a coûté la vie à dix-huit ouvriers qui occupaient l'usine promise à la fermeture. Selon lui, c'est un groupuscule de gauche surnommé les Fils de l'acier qui seraient à l'origine de l'explosion. Or la publication de son analyse et de ses conclusions n'ont pas l'heur de plaire à ces individus. Cela lui importe peu, mais son ami Makkal, un ressortissant de l'Europe de l'Est, et qui possède une agence de sécurité est là pour s'interposer en cas de grabuge. Et lorsqu'il ne peut personnellement surveiller les déplacements de Matt, il délègue auprès de son adjoint et associé Will.

Matt reçoit dans son bureau un jeune homme qui lui demande de s'intéresser à un manuscrit qu'il vient d'écrire. Une enquête qu'il a réalisée grâce à des informations recueillies sur Internet, concernant des meurtres perpétrés dans différentes villes d'Europe et toujours selon le même processus. Matt écoute Adam Dubreuil avec scepticisme et l'éconduit lui demandant de revoir sa copie. Puis il part mais arrivé au sous-sol il est attaqué violemment par des individus qui s'enferment, et lui avec, dans une petite pièce dans le but de le tabasser. C'est grâce à l'intervention d'Adam Dubreuil qu'il est libéré.

Matt décide de reprendre dès le départ son enquête sur les conseils de Dubreuil qui parait plus futé qu'il y parait et des événements qui ont précédé. Mais cette pensée que Marie n'est peut-être pas morte comme tout le laissait supposer, le taraude, ancrée dans son esprit comme une obsession indélébile et il charge Makkal de s'intéresser à son passé. Fiona est une femme entière, d'un caractère parfois irascible, et elle décide de partir pour l'Irlande, emmenant avec elle sa gamine. Matt est inquiet, sentant un danger planer sur sa nouvelle famille.

 

Cyrille Legendre reprend les personnages qui évoluaient dans son précédent roman, Quitte ou double, continuant l'histoire de Matt et ses proches, en insérant dans son récit ces événements particuliers d'un tueur en série sévissant en Suisse, aux Pays-Bas... Un couple de tueurs plus exactement, qui postent les vidéos de leurs forfaits sur un site particulier, accessible uniquement à certaines entités privilégiées mais dans lequel Adam Dubreuil a réussit à s'infiltrer.

Outre son enquête reprise de zéro sur les véritables organisateurs de la catastrophe de Fayarville, interrogations de témoins et d'ouvriers, recherches plus approfondies, Matt tente de comprendre le suicide de son ami et mentor JED, alias Jean-Eudes Duplessis, et la mort accidentelle de Marie remontant là aussi à la source, avec dans ses pattes un commissaire de la criminelle. Et en incrustation, très visuelle, ces meurtres perpétrés dans des chambres d'hôtels et qui à peu vont prendre une importance inattendue.

Matt a la peau dure, heureusement pour lui, car les tabassages et matraquages ne manquent pas de lui parvenir alors qu'il ne demandait rien à quiconque, ou si peu. Il est tiraillé entre passé et présent, entre deux femmes, et il est difficile pour Fiona de faire abstraction de ses démêlés intérieurs et de ses résurgences qui l'obsèdent. Est-ce pour cela que son enquête sur l'usine de Fayarville n'a pas été réalisée sans à-priori, voire bâclée ?

Trois trames qui se rejoignent insensiblement et dans lesquelles Matt est impliqué à différents degrés et qui vont le meurtrir physiquement et psychiquement.

Cyrille Legendre démontre que les articles journalistiques écrits à chaud, sans le recul nécessaire pour démêler le vrai du faux et peut-être avec une certaine partialité, peuvent paraître concluants pour le lecteur qui possède déjà une opinion toute faite ou tout simplement se montre naïf, puisque comme le souligne le bon sens populaire, c'est écrit dans le journal. Tout le monde peut se tromper, de bonne foi parfois. Et Cyrille Legendre n'oublie pas qu'il a été journaliste, sportif, travaillant dans le milieu du football d'abord comme rédacteur puis photographe et actuellement comme chargé de communication. Et il nous emmène donc dans la cathédrale du ballon rond britannique, à Stamford Bridge, le club de Chelsea.

Dans la tradition des romans populaires, Nous ne t'oublierons jamais est tout à la fois roman policier, roman d'énigme, roman d'aventures, roman psychologique et thriller. Seul petit bémol, une réserve qui n'engage que moi, le titre un peu mièvre qui renvoie à ceux des romans de Mary Higgins Clark.

Cyrille LEGENDRE : Nous ne t'oublierons jamais. Le Masque Poche N°53. Editions du Masque. Parution le 7 janvier 2015. 384 pages. 7,50€.

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 10:07

Bon anniversaire à Gilbert Tanugi né le 5 février 1929.

Gilbert TANUGI : David et Isolda.

Tous les ans au Kippour, Papi Zirah réunit sa famille dans sa villa de Montfort-L'amaury et distribue ses largesses.

Attention, pas n'importe comment !

Il faut avoir des idées, savoir les promotionner (de nos jours on dit les vendre), et les rentabiliser au maximum. Dur, dur pour ceux qui ont failli.

David, son petit-fils est sur un coup. Une idée en béton, comme dirait monsieur, monsieur... (veuillez m'excuser, j'ai un trou de mémoire...), je coirs que çà commence par un B.

Enfin bref, il se sent capable d'écrire un script pour le cinéma. Le meilleur jamais proposé depuis une décennie. Voilà qui réjouit Papi Zirah pour qui le cinéma est l'une des passions, sinon l'un des gagne-pain.

Oui mais voilà, le dire c'est bien, le faire c'est mieux.

Isolda arrive au bon moment, celui où l'inspiration fait grève. Cette jolie Brésilienne va donner à David un coup de main qui semble attrayant. Pauvre David qui découvre avec horreur que sa belle fournisseuse d'idées dissimule sous sa robe des attributs masculins. David décide de rompre ipso facto une association qui s'avèrerait pourtant une source inépuisable de scenarii.

Mais le destin, sous forme d'un mafioso qui ne saurait que faire pour contenter sa vieille mère, et un manque flagrant d'inspiration, s'acharne à reconstituer le couple, au grand dam des connaissances et de la famille de David.

 

Un aimable divertissement concocté par Gilbert Tanugi qui toutefois nous avait habitué à mieux, mais on lui pardonnera volontiers à cause de l'humour et de certaines situations désopilantes qui rehaussent ce récit.

David et Isolda est le dernier roman de Gilbert Tanugi à avoir été édité.

Gilbert TANUGI : David et Isolda.

Gilbert TANUGI : David et Isolda. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 16 mai 1989. 156 pages. 12,70€ (disponible).

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 08:53
William Campbell GAULT : Une riche nature

Accessible à tous...

William Campbell GAULT : Une riche nature

Future riche héritière, Fidélia Sherwood a disparu et Willis Morley, spécialisé dans les recherches d'héritiers mais surtout prêteur sur gages (Fidélia lui doit 40 000 $) embauche Puma pour la retrouver.

Muni d'une liste, Puma ne tarde pas à la repérer dans un bar, après avoir eu un entretien avec le docteur Foy, un psychologue. Chez Eddie, un troquet lieu de rendez-vous des homosexuels, Puma lie connaissance avec Fidélia et son ex-mari, Pete Richards, pianiste. Il est pris à partie par Brian Desly, l'un des consommateurs qui tentaient d'engager la conversation avec la jeune femme. Puma passe la nuit chez Fidélia et le lendemain matin il a la désagréable surprise de découvrir son agresseur de la veille dans un fourré, tué d'une balle de revolver.

Suspecté par les policiers, principalement le sergent Loepke avec qui il entretient des relations tendues, Puma, ayant rempli sa première mission, consacre alors son temps et son énergie à la recherche du meurtrier de Desly. Il est encouragé dans cette initiative par Fidélia qui l'embauche. Il dirige ses soupçons en priorité sur le docteur Foy, un charlatan dont le but est de soutirer le maximum d'argent de ses clients, et peut-être même d'épouser Fidélia qui lui voue une admiration et une confiance sans borne, et dont Desly était l'un des patients.

Mais Puma enquête également du côté de Tampett, l'ami de Desly, de Lou Serano, un trafiquant de drogue notoire au casier judiciaire vierge, et à un degré moindre à Pete Richards et Willis Morley, son premier employeur aux agissements douteux.

 

Après un début prometteur, l'intrigue s'enlise comme si William Campbell Gault tirait à la ligne ou était en mal de trouver le coupable idéal.

Joe Puma est un détective privé macho, coléreux, susceptible, au caractère entier. Il apprécie les femmes, surtout si elles sont jolies, mais il les considère comme des êtres à part. Rien ne sert d'essayer de raisonner avec les femmes. Ce n'est pas leur intellect qui les fait agir, elles n'obéissent qu'à leurs impulsions, à leurs passions. La raison n'a aucune prise sur elles.

Mais surtout il professe une antipathie profonde à l'endroit des homosexuels et ses relations avec les policiers souvent sont peu amènes. Ce qui ne l'empêche pas d'émettre ce genre de réflexion : Les instituteurs et les flics, les deux seul métiers dont notre civilisation ne pourraient absolument pas se passer. Et dire que nous les payons avec des haricots!

William Campbell Gault en profite pour dénoncer la facilité de pouvoir s'intituler Docteur en Psychologie et le charlatanisme qui gangrène la profession. Un jugement souvent professé par Puma même si celui-ci ne se montre guère psychologue.

 

Curiosité :

Une riche nature est le second roman traduit en France ayant Puma pour héros alors que la série en compte sept. Mais son caractère homophobe n'a-t-il pas séduit les lecteurs.

 

Citations :

Mr Puma allie à un physique terrifiant un caractère exécrable et il est d'une abominable arrogance.

William Campbell GAULT : Une riche nature (Million Dollar Tramp - 1960. Traduction de Georges Geoffroy). Série Noire N°639. Parution mai 1961. 256 pages.

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 09:02
John MacPARTLAND : Bonjour Maffia !

Il faut savoir rester poli dans la vie, même auprès de ceux que l'on n'aime pas !

John MacPARTLAND : Bonjour Maffia !

Jeune bandit sicilien à la notoriété déjà affirmée, Giuliano est traqué ainsi que sa compagne Maria par des policiers venus spécialement de Rome pour l'emprisonner, ou mieux, l'abattre.

Il réussit à échapper aux mailles du filet mais tombe dans un traquenard. Trois hommes le ligotent et l'embarquent laissant sur place Maria et un cadavre qu'ils vêtent des effets du bandit. Pour tous Giuliano est mort.

Deux ans plus tard, il réapparaît sous l'identité de Johnny Colini. Entre temps il a subi un entrainement poussé en Europe et aux Etats-Unis sous la férule du Grand Maître de l'Ordre et chef occulte de l'Organisation. Johnny Colini est baptisé Johnny Cool par les Américains lors de son séjour Outre-Atlantique et puis retiré dans son pays natal, l'Italie.

Giuliano/Colini est chargé d'une mission particulière et son apprentissage terminé il peut sortir de l'ombre et même se faire remarquer. Ce qui ne manque pas de se produire dans un bar. Le petit bandit sicilien s'est effacé au profit d'un dignitaire de l'Organisation à la prestance, l'assurance, la morgue incontestables. Mark Kromlein, minable truand affilié à l'Organisation, le provoque et Johnny sort vainqueur de l'algarade, attirant l'attention de Dare Guiness, une jeune femme travaillant pour la télévision en écrivant des scenarii.

Johnny dont le compte bancaire est abondamment garni est invité à une partie de dés truquée, dirigée par Kromlein et Jerry Murcia. Lorsque l'aube se lève, Johnny a un passif de 25 000 $ qu'il règle à l'aide d'un chèque. A la banque, le chèque n'est pas honoré suite à la décision du Maître de l'Ordre de lui couper les vivres. Johnny doit assumer sa dette. C'est également le signal d'entamer la procédure d'élimination pour laquelle il a été programmé.

Si Maria, la compagne sicilienne de sa jeunesse est toujours présente à son esprit, Johnny tombe amoureux de Dare. La jeune femme, alors que se déroulait la partie de dés, a été attaquée et violée chez elle sur l'ordre de Murcia. Johnny la découvre prostrée et n'a aucun mal à remonter la piste des voleurs. Il les tue à l'aide d'un couteau et signe son forfait dans la plus pure tradition sicilienne. Santangelo, grand maître de la Fraternité, un des trois chefs de l'Organisation dans le monde, commence à s'inquiéter d'autant qu'il connait bien le véritable Johnny Colini. Il le soupçonne de posséder de nombreux complices.

Entre Dare et Johnny s'établissent des relations amoureuses et la jeune femme succombe au charme du bandit. Johnny participe à une nouvelle partie de dés contre Kromlein et consorts, et cette fois il gagne, récupérant son argent. L'intimidation a résolu son problème financier. L'intimidation mais aussi sa connaissance des noms des différents gros pontifes de l'Organisation ainsi que des signes de reconnaissance. Johnny est fin prêt pour accomplir la mission qui lui a été confiée. Il doit exécuter cinq personnes, une à Los Angeles, deux à Las Vegas et deux à New-York, le tout en un minimum de temps. Une ou deux journées au maximum.

John MacPARTLAND : Bonjour Maffia !

Ce roman contient tous les ingrédients chers à John MacPartland, des thèmes qu'il a utilisés et développés tout au long de son œuvre, alliées à un rythme soutenu, des actions violentes et une complexité des rapports entre les personnages.

Entre Giuliano et Maria, un amour féroce, une sexualité exacerbée qui s'éteint chez le Sicilien lorsque lors de son enlèvement Maria est à moitié dévêtue. Giuliano est atteint dans son honneur.

Entre Giuliano devenu Johnny Colini, aime Dare mais la méprise à cause du vol qu'elle a subi par sa faute. Et Dare aime et hait tout à la fois Johnny, se transformant d'honnête jeune femme réservée en nymphomane impudique à son contact. Un récit biographique qui n'atteint pas toutefois le chef d'œuvre mais s'inscrit dans une bonne moyenne.

 

Curiosité :

Ce roman, tout comme Le bal des piqués (SN 558) a été édité en 1959 après la mort de l'auteur.

 

Citation :

- Je travaille à un scénario pour la télévision. Une histoire policière, mais traitée d'une manière originale, du moins je crois.

- Si c'est original, ça n'ira jamais pour la TV.

 

John MacPARTLAND : Bonjour Maffia ! (Kingdom of Johnny Cool - 1959. Traduction de Jacques Laurent Bost). Série Noire N°542. Parution Janvier 1960. 192 pages.

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 14:16

Mais pas les dernières...

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley.

Cet opus reprend les quatre premières aventures de l'inspecteur Thomas Linley, l'aristocrate, et de sa coéquipière Barbara Havers, l'agressive : Une douce vengeance, Enquête dans le brouillard, Le lieu du crime et Cérémonies barbares.

L'occasion de retrouver ces sympathiques enquêteurs avec leurs différents dans les premiers romans d'ELisabeth George, pour moi peut-être les plus convaincants. Présentation de trois de ces titres.

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley.

Enquête dans le brouillard.

Dans ce roman tout à la fois roman de suspense, roman psychologique, étude de mœurs et de caractères, avec une pointe de gothique et un soupçon de fantastique, l’auteur met en scène des personnages que l’on n’oubliera pas de sitôt, qu’il s’agisse de nos deux policiers-héros, que des différents protagonistes dont les rôles plus ou moins importants sont toujours déterminants.

Parlons-en de nos deux héros-policiers ! Lui, l’inspecteur Thomas Linley, aristocrate jusqu’au bout des ongles, mais ce n’est qu’une façade, et elle, Barbara Havers, jeune femme agressive en permanence, mal fichue de sa personne, qui en veut à tout le monde alors que ses insuccès elle ne les doit qu’à elle-même. Une équipe qui ressemble un peu à Don Quichotte et Sancho Pança. Et les moulins à vent qu’ils combattent, c’est dans leur tête et leur cœur qu’ils se trouvent.

Quand à l’affaire pour laquelle ils sont envoyés dans le Yorkshire, on ne peut pas dire qu’elle soit banale ni théoriquement difficile à résoudre. Roberta, une jeune fille peu gâtée physiquement par la nature s’accuse du meurtre de son père et accessoirement de son chien. Mais quelque chose cloche dans ce qu’il semble être une mise en scène. Thomas Linley aidé de Barbara, tout en réglant leurs problèmes internes, conduiront à bien une enquête qui véritablement débouche sur un mal de société. Un mal, une déviation, une perversité dénoncés plus facilement de nos jours, les barrières de l’hypocrisie commençant à tomber sous les coups de butoir des victimes refusant une quelconque culpabilité. Une détresse ressentie par les acteurs de ce drame, un désarroi, un désespoir qui conduit à tout jusqu’à l’irréparable.

Dans ce roman Elizabeth George frappe fort, très fort et très dur, et le ton guilleret du début n’annonce certes pas un final poignant et dur moralement.

Un premier roman qui la plaçait donc d’emblée aux côtés de Ruth Rendell et de P.D. James. Ses personnages sont décrits de façon plus chaleureuse, plus vivante, alors que ses consœurs dépeignent les leurs d’une manière plus froidement clinique.

Ce roman a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière en 1990.

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley.

Le lieu du crime.

Dans une grande demeure ancestrale écossaise, un manoir transformé en hôtel pour alléger les droits de succession, une troupe théâtrale londonienne se réunit afin de prendre connaissance de la nouvelle pièce qui doit être montée prochainement à Londres. Participent entre autres à cette séance de travail les deux plus grandes vedettes de la scène, un producteur puissant, un journaliste critique au Times, et bien évidemment Joy Sinclair, auteur dramatique reconnu et romancière.

La première soirée se termine dans la confusion, avec coups de gueule, claquements de portes, récriminations de part et d’autre. Le lendemain, la jeune soubrette découvre Joy baignant dans son sang. Une affaire qui sent le souffre et dont le CID local se débarrasse volontiers en faisant appel à New Scotland Yard. Ce sont Thomas Linley et Barbara Havers, un couple d’enquêteurs disparate, lui issu de l’aristocratie mais qui évite d’en faire étalage, elle prolétaire, entretenant une vindicte agressive envers les représentants de la noblesse même déchue, qui se retrouvent sur le terrain en compagnie de Saint-James, criminologue éminent.

Pour Linley cette enquête est un véritable coup bas car son amie Helen Clyde qui fut la fiancée de Saint-James, est impliquée dans cette affaire. Sa chambre jouxtait celle de la victime, et selon les premières constatations le meurtrier, homme ou femme, a été obligé de passer par cette pièce pour entrer dans celle de la victime. C’est également l’occasion pour les participants de ce huis clos de déballer leur rancœur, d’étaler leur jalousie, leur mesquinerie, de sortir les cadavres des placards, mais aussi de faire montre de leur talent de comédien. A un degré ou un autre, chacun recèle un secret honteux. Tous ces participants sont plus ou moins liés affectivement, sentimentalement, familialement et pourtant la haine couve.

Elizabeth George, qui est Américaine et a obtenu avec son premier roman Enquête dans le brouillard le Grand Prix de Littérature Policière en 1990, peut se targuer de faire la pige aux grandes romancières anglo-saxonnes. Sur une trame et une mise en scène dignes des meilleurs Agatha Christie, elle fait évoluer des personnages en mettant l’accent sur leur caractère, leur comportement, avec maîtrise et perversité. Les relations ambigües qui gèrent les rapports conflictuels entre les divers suspects, ou entre les enquêteurs, l’obstination de Linley à porter ses soupçons envers l’amant d’Helen, ses désillusions, entretiennent une atmosphère de tension peu propice à la conduite d’une enquête dans la sérénité et l’objectivité.

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley.

Cérémonies barbares

Déborah Saint-James découvre le corps d'un gamin dans un cimetière où elle s'était rendu dans le but de réaliser des photographies pour illustrer un livre. L'enfant a visiblement été torturé avant son décès et ses poignets portent les marques de liens.

L'inspecteur Linley est sollicité par Corntel, l'un de ses anciens condisciples d'Eton et chef de maison au pensionnat de Bredgar Chambers, de retrouver un élève ayant disparu. Matt devait passer le week-end avec un autre élève, Harry Morant, il devait participer à un match entre élèves, qu'il n'a pas disputé grâce à un certificat médical. Linley en consultant l'ordinateur de la police établit le lien entre le cadavre de l'enfant trouvé par son amie Déborah et Matt. En compagnie du sergent Barbara Havers, il entame son enquête chez les parents de Matt, de condition modeste, puis à l'école de Bredgar Chambers, un campus huppé à la façade plus attrayante que l'intérieur des locaux. Linley et Havers se rendent compte qu'il existe comme une gêne, une restriction dans les réponses aux questions qu'ils posent aussi bien aux élèves qui partageaient le dortoir de Matt qu'à tous ceux qui le côtoyaient : Brian Byrne, préfet du dortoir de Matt, et fils de Gyles Byrne membre du conseil d'administration ayant aidé Matt à obtenir une bourse; Chas, le préfet principal, ami de Brian Byrne et comme lui âgé de dix huit ans; Lockwood, le directeur de l'établissement; Harry Morant chez qui Matt devait passer le week-end ou encore Corntel. Matt ne s'était pas intégré et sa passion pour les modélismes ferroviaires détonnait dans ce monde qui exerce encore les brimades, le bizutage et la ségrégation.

Son visage d'éphèbe aurait pu attirer les convoitises sexuelles de ses "camarades", du moins c'est ce que pensent Linley et Havers. La découverte par le portier des vêtements de Matt dans un brûlot d'ordures laisse à penser que l'enfant ne s'est pas enfui mais qu'il a été enlevé et que son cadavre a été déposé des kilomètres plus loin dans le cimetière de Stoke Poges, immortalisé par un poème de Thomas Gray. Lequel poème possède une analogie avec ce meurtre. Parmi le fatras d'informations qu'ils recueillent, Linley et Havers retiennent le fait que Matt n'avait pas véritablement sa place à Bredgar Chambers, tant de par sa position sociale que par son caractère. Le fait que ses vêtements soient marqués à l'aide d'étiquettes comportant des numéros attire également leur attention. Un stratagème utilisé par sa mère pour éviter les fautes de goût vestimentaire, Matt étant daltonien.

Elizabeth George ne se contente pas dans ce roman de dénoncer les exactions auxquelles ont été soumis, et le sont encore, les étudiants britanniques dans certaines écoles, - des coutumes barbares qui font hurler bien des Français oubliant qu'il est encore de bon goût dans bon nombre de nos établissements de pratiquer de façon obligatoire le bizutage - mais tout ce qui a une relation avec l'écran de fumée derrière lequel se cachent étudiants et enseignants et bien d'autres confréries professionnelles.

Il faut paraître, et ce qui se trame derrière est interdit au public. L'honneur y est également une donnée exacerbée édictée en code. Le manquement à ce code est une faute grave selon Matt ce qui provoquera par ricochet sa mort. L'amitié est également portée au pinacle et c'est peut-être le seul lien défendable dans cette toile d'araignée. En dehors de l'enquête, ce sont les relations problématiques ou conflictuelles entre Linley et ses amis - Helen, une femme inaccessible, Saint-James et Déborah, l'épouse de celui-ci - ou encore entre Barbara Havers et ses parents, qui retiennent l'attention du lecteur. Une trame sous-jacente qui se révèle plus intéressante à disséquer que l'enquête en elle-même.

Ces ouvrages sont également disponibles en collection Pocket.

 

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley. Editions Omnibus. Parution 20 septembre 2012 (réimpression). 1344 pages. 27,00€.

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 09:19
Nick QUARRY : Suivez-moi, jeune homme

Si ma mère me le permet !

Nick QUARRY : Suivez-moi, jeune homme

Toujours à l'affut de petits gadgets inutiles mais parfois couteux, Jacob Barrow est un détective classique qui s'inscrit dans la lignée de bon nombre de ses confrères. Compétent il n'a pourtant pas une grosse clientèle.

Il est embauché par Fred Hiller, un industriel de Chicago, pour retrouver sa fille Julia qu'il n'a pas revu depuis trois ans. Incidemment son marchand de journaux l'a vue posant nue dans un magazine spécialisé pour hommes et Hiller est gêné et atteint dans son honneur par l'orientation artistique de sa fille.

A peine son enquête entamée, Barrow s'aperçoit rapidement qu'il est filé par Hiller lui-même suivi comme son ombre par un inconnu. Un concours de circonstances lui fait perdre la trace des deux hommes.

Martha de Falco, photographe, a réalisé le séance de pose deux ans auparavant. Julia Hiller s'appelait alors Fran Ford. Le modèle présent à l'entretien apprend à Barrow qu'elle a entrevu Julia environ un an auparavant chez Casey Sheldon, un autre photographe. Barrow est convoqué par Larry Flint, un flic que le détective n'apprécie guère. Martha est assassinée d'un coup de marteau. Le principal suspect est Downey, le mari de la victime qui voulait épouser une autre femme. Barrow ne croit pas à la culpabilité de Downey, contrairement à Flint, et il accepte de travailler pour lui. Dans le meuble-classeur de la photographe le dossier Fran Ford a disparu.

Casey Sheldon ne cherche nullement à entraver le cours de l'enquête mais il n'a pas vu la jeune femme depuis qu'il l'a fichue à la porte. Amoureux d'elle il s'est néanmoins rendu-compte qu'elle le menait en bateau. Il ne l'a aperçue qu'une fois en compagnie de Leo Nasan, son ex-assistant, viré pour indélicatesse. Nasan, spécialisé dans le porno, a établi son atelier dans une espèce de grenier minable. A la suite d'un malentendu, Barrow est assommé et mis à la porte manu militari. En rage le détective profite de la première occasion pour s'infiltrer à nouveau chez Nasan et après avoir fait parler ses poings, repart avec le nom de Byron Byron; professeur de chant.

Après une nuit réparatrice, Barrow convoqué par Flint tente d'expliquer au flic obtus, preuves à l'appui, que ni Downey, ni lui, ne peuvent être soupçonnés du meurtre de Martha de Falco. Selon les renseignements téléphoniques, il n'existe aucun entreprise répondant au nom de Hiiller à Chicago. Byron Byron le lance sur une nouvelle piste, le Club Randy, un cabaret du Village. Midge Resko, promue chanteuse, alors qu'elle a débuté comme stripteaseuse, n'a plus entendu parler de Julia depuis un certain temps. Seul renseignement dont elle dispose, c'est la liaison entre Julia et un trompettiste camé, Doak Nevers.

 

Suivez-moi jeune homme est un roman solide, carré, de facture classique, œuvre standard jamais ennuyeuse, comme Marvin H. Albert, auteur qui se cachait sous les pseudos de Nick Quarry, de Al Conroy, Ian Macalisitair, Mike Barone ou encore Anthony Rome (le personnage de Tony Rome fut interprété au cinéma par Franck Sinatra), savait les écrire. Il mène son récit tambour battant, un peu en forme de jeu de piste, et sème une succession d'indices afin d'appâter le lecteur qui imagine connaître le coupable, mais ce ne sont que malheureuses coïncidences.

 

Curiosité :

Jack Barrow, comme tout bon détective qui se respecte, carbure à l'alcool mais il apprécie tout particulièrement un mélange détonnant : double whisky bière.

Dans le recueil collectif Muckraker, hommage à Marvin H. Albert concocté par Roger Martin et paru chez Baleine, Pierre-Alain Mesplède avait signé une nouvelle éponyme.

A noter que ce livre a été achevé d'imprimer le 25 décembre 1959, selon l'indication de l'éditeur, ce qui est bien entendu une erreur le livre étant sorti le 1er décembre.

Nick QUARRY : Suivez-moi, jeune homme (Trail of a tramp - 1959. Traduction de F.M. Watkins). Série Noire N°540. Parution décembre 1959. 192 pages.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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