Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 novembre 2017 6 18 /11 /novembre /2017 07:20

Petits fours, chauds ou froids, sucrés ou salés,

à déguster sans modération…

Céline MALTERE : Les nouvelles charcutières.

Les nouvelles ayant pour thème la charcuterie et ses dérivés et en général la nourriture, font flores en littérature populaire ainsi que dans les contes destinés, à l’origine pour des adultes, mais rapidement dégraissés pour un lectorat juvénile. Et les ogres mangeant, ou voulant déguster de petits enfants, ne sont pas les moindres de ses protagonistes affamés.

Alors on pense immédiatement à Gargantua dévorant les pèlerins, ou plus proche de l’idée de Céline Maltère, aux Souhaits ridicules de Charles Perrault, un conte, recueilli dans Les contes de ma mère l’Oye en 1697, qui met en scène un brave bûcheron qui se voyant offrir trois souhaits, les perds par inadvertance puis sous une impulsion colérique. Il a une envie de boudin, puis sous les remontrances de sa femme, les boudins obtenus se retrouvent pendus au nez de son épouse, et enfin le dernier souhait est utilisé afin de permettre à celle-ci de reprendre figure humaine.

 

Et c’est bien dans cette continuité satirique que s’engouffre Céline Maltère, nous proposant une vingtaine de nouvelles et poèmes avec quelques illustrations de Jean-Paul Verstraeten, dans l’esprit de Topor et Jean-Christophe Averty.

Céline Maltère fait œuvre de création, mettant en scène des personnages simples, des femmes de préférence, des charcutières particulièrement, concoctant des pâtés, des saucissons, des andouilles (Ah l’andouille d’Elvire !), autant de plats appétissants sublimés par l’art culinaire et littéraire de la conteuse.

L’alchimie de la charcuterie dans un laboratoire ! Car l’endroit où les charcutiers officient s’appelle bien un laboratoire ! Et bien évidemment cela entraîne toutes les suppositions que l’esprit peut se faire en évoquant ce mot.

Mais si on parlait un peu des nouvelles, non ? Je vous sens impatients, affamés, l’estomac dans les talons et non dans l’étalon.

Dans le prologue, Charcutières de légende, l’auteur nous entraîne dans une assemblée, entre théâtre et tribunal, afin d’assister à un Agôn, une compétition ou joute oratoire. Ont été convoqués les esprits des grandes meurtrières qui vont s’affronter en déclinant leurs forfaits.

Un préambule pour nous offrir d’autres voies issues de l’imaginaire de l’auteur, empruntant parfois à des événements historiques ou mythologiques, mais en les détournant. Un humour noir décapant qui démontre la dérision dont nous sommes victimes consentantes, comme, lorsque nous lisions les contes et nouvelles d’auteurs tels que Perrault et confrères, ou en regardant des films issus de la grande tradition du théâtre du Grand Guignol dont le représentant le plus célèbre fut André de Lorde.

 

Si le prologue pourrait être comparé à l’entame d’un pâté ou d’un saucisson, le reste est découpé en tranches, avec une pause dite intermède qui serait propice à déguster un bon verre de vin, ou un verre de bon vin, et la fin, tout comme l’entame, est tout aussi délicieuse, car elle n’a pas eu le temps de sécher.

Prenons quelques tranches au hasard et croquons dedans avec gourmandise.

Ainsi dans Profession artiste, la narratrice revendique le côté artiste de sa profession, et non artisan. Elle travaille sa viande, ses abats, enfin les abats des bêtes, tel un sculpteur le ferait de l’argile, mais elle n’aime pas être importunée, comme par exemple les trois petits vauriens qui se moquent d’elle, vitrine interposée.

La guerre de Troyes nous invite à revisiter la mythologie, et non la mite au logis, avec la belle Hélène, principale protagoniste de cette histoire. Hélène, qui travaille à la ferme, sert un jour au fils du propriétaire quatre saucisses alléchantes, baignant dans la gelée, grosses comme un sexe d’homme. Il n’en faut pas plus pour que ce bourgeois demande la main de la fermière. Mais la renommée d’Hélène, avec ou sans sabots l’histoire ne le précise pas, et de ses saucisses dépasse les frontières de la petite ville, attisant la jalousie. Et une famille de viticulteurs spécialisée dans le vin à bulles prend ombrage. Peut-être un moyen de caser Pâris, le frère attardé du châtelain Hector.

Dans Les pieds dans le plat, la narratrice narre l’époque où toute jeune elle possédait des lapins. De compagnie pensait-elle, sauf que sa mère refuse qu’elle promène Jeannot en laisse. Alors que sa copine Cécile possède un joli angora blanc. Seulement les parents sont plus sadiques que les enfants, malgré ce que l’on voudrait nous faire croire. Et plus tard, beaucoup plus tard, la narratrice se souviendra d’un épisode de sa jeunesse et saura se venger.

Une petite dernière bouchée ? Enfant de lait nous propulse dans un monde dont les animaux auraient acquis la particularité de se tenir debout, sur leurs deux pattes. Marguerite, un prénom pas anodin, emmène son bébé au spectacle. Son dernier né qui marche encore à quatre pattes.

Quant à Rosande, une femme à l’âge indéfini, fouine et récupère dans les poubelles sises près des boucheries, des cliniques, des entrepôts, des morceaux de barbaque qu’elle ramène chez elle, un lieu où elle est née et qu’elle a transformé en laboratoire.

 

Bon, maintenant je vous laisse, j’ai un petit creux et des pieds amoureusement préparés n’attendent que mon bon vouloir…

 

Céline MALTERE : Les nouvelles charcutières. Collection l’Ange du Bizarre. Editions Ginkgo. Parution 4 novembre 2017. 128 pages. 9,00€.

Repost 0
17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 08:06

Hommage en retard à Marcel Priollet, alias Henri de Trémières, Claude Fleurange, René Valbreuse et René-Marcel de Nizerolles, décédé le 10 novembre 1960.

R.M. De NIZEROLLES : L’océan vagabond. Les aventuriers du ciel N°21.

Tandis que Tintin le petit Parisien et ses compagnons se trouvent captifs du monde géant de Jupiter, sans grand espoir de jamais retourner sur leur planète d’origine, sur Terre la vie continue avec quelques aléas pour leurs amis.

Notamment pour Jean de Requirec, fougueux descendant des corsaires malouins et fidèle camarade d’Yvonne, la sœur de Tintin. Cette gentille jeune fille a été enlevée et Jean se lance sur sa trace afin qu’elle puisse participer à l’aventure du Bolide N°2 destiné à partir à la recherche des Aventuriers.

Jean, habillé en boy-scout, a retrouvé la tanière de Ferdinand Lahoulette et de Jack Smith, les kidnappeurs, et il se rend dans leur gîte rue du Moulin Vert. Lahoulette étant parti, il subit les assauts de Jack Smith qui tente de l’étrangler. Mais Jean possède des ressources insoupçonnées. Par exemple de retenir son souffle, feignant d’étouffer, puis lorsque Smith se penche sur sa poitrine, de simuler sa mort en suspendant les battements de son cœur.

Persuadé que Smith le croit mort, Jean quitte la pièce quelques moments plus tard et interrogeant finement la tenancière de l’hôtel il apprend que Lahoulette était revenu en taxi chercher son compère. Si elle est incapable de donner le numéro du véhicule, elle sait toutefois que le taxi a parcouru 14 kilomètres aller-retour, et qu’il s’était arrêté place du Théâtre-Français, son client désirant effectuer une course. Des informations précieuses dont va se servir Jean de Requirec en se rendant chez son ami Gérard Lonvalet, le célèbre explorateur.

Grâce à leurs calculs, Jean situe à peu près le garage, d’où est parti le chauffeur, du côté de la rue Dautancourt. Et c’est sur un coup de chance, comme souvent, et à un chat un peu familier, qu’il repère le bâtiment, miteux. Il converse avec un jeune employé et feint de s’intéresser à un véhicule couvert de boue. En fouillant discrètement il découvre une feuille de papier griffonnée portant ces quelques lignes : Yvonne Blanchard sera embarquée à Boulogne à bord du cargo hollandais Gogh.

C’est peu et c’est beaucoup à la fois. Tandis que Gérard Lonvalet va continuer d’enquêter à Paris, Jean de Requirec et Jacques Lambert, un pilote aérien, s’envolent à bord d’un monoplan. Arrivés à Boulogne, ils se mettent en quête du Gogh qui possède quelques heures d’avance sur eux. Le bâtiment a gagné la haute mer, mais pour quelle destination ?

 

Pendant ce temps, que deviennent Tintin, le petit Parisien, et ses amis, M. Saint-Marc, Timmy-Ropp et Rhinoff ? Ils ont été accueillis avec enthousiasme dans le palais du roi du Douzième Etat, et peuvent à loisir découvrir les nombreuses inventions joviennes.

Ils avaient pu cultiver l’impression d’avoir sous les yeux le spectacle de nos cités futures, lorsque le progrès, sur Terre, aura dit son dernier mot.

Sous la houlette d’un guide jovien, que Tintin surnomme Chrysostome, ce qui veut dire Bouche d’or, ce que tout le monde sait mais que j’ai appris, ils visitent le pays et découvrent le secret de la fameuse Tâche rouge sur Jupiter, voyagent à bord d’une bulle et s’aperçoivent que sur Jupiter, des attentats peuvent aussi être perpétrés.

 

Parmi tous les récits d’expéditions interplanétaires, cette série des Voyages extraordinaires d’un petit Parisien dans la lune et les planètes est peut-être la plus susceptible d’intéresser, voire de passionner les jeunes lecteurs. Du moins c’est que pensait l’éditeur à l’époque et qui déclarait en quatrième de couverture :

Ce merveilleux récit – destiné aux jeunes… mais qui passionnera aussi les grands – constitue une lecture saine et abondante, paraissant en volume illustré.

Et il est vrai qu’on ne s’ennuie pas dans cette suite, parfois farfelue, parfois scientifique, du moins certaines thèses avancées sont plausibles, qui n’a que pour but de divertir.

L’imagination de l’auteur n’était pas centrée que sur un seul genre et Marcel Priollet s’était diversifié dans sa production romanesque, passant aussi bien du roman d’aventures à la science-fiction et au roman policier, mais surtout au roman de mœurs et d’amour, avec des titres tels que : Mère à quinze ans (6 fascicules), Trompée au seuil de la chambre nuptiale (30 fascicules), Pour une heure d’abandon (6 fascicules), tous titres évocateurs qui ne pouvaient qu’attirer l’œil des lecteurs, et lectrices, en mal de sensations émotionnelles.

Au total, plus de 350 titres ont été recensés pour le catalogue de la BNF, ce qui en fait l’un des auteurs les plus prolifiques de la littérature dite de gare mais que l’on nommera tout simplement littérature d’évasion ou littérature populaire.

La série des Aventuriers du ciel est composé dans son édition originale de 1936 comporte 108 fascicules de 16 pages chacun. La deuxième édition ne comporte que 26 fascicules de 32 pages.

 

Première édition Les Aventuriers du ciel n°47. FERENCZI (Joseph Ferenczi et fils éditeurs), Parution juillet 1936. 16 pages. Illustration de Raymond HOUY.

Première édition Les Aventuriers du ciel n°47. FERENCZI (Joseph Ferenczi et fils éditeurs), Parution juillet 1936. 16 pages. Illustration de Raymond HOUY.

R.M. De NIZEROLLES : L’océan vagabond. Les aventuriers du ciel N°21. Editions Ferenczi. Parution janvier 1951. 32 pages.

Voyages extraordinaires d'un petit Parisien dans la Lune et les planètes - 2ème édition.

Repost 0
16 novembre 2017 4 16 /11 /novembre /2017 11:04

Et les brunes ne comptent pas pour des prunes, c’est bien connu…

Frédérique TRIGODET : Dix blondes pour une brune.

A la terrasse du café où il essaie de passer inaperçu, comme toujours depuis sa naissance et même avant, le narrateur remarque le manège d’une belle brune. Il n’est pas attiré par les femmes, par les hommes non plus d’ailleurs, mais par la solitude. Il est effacé et invisible. Il travaille comme manutentionnaire dans un supermarché, souvent aux fruits et légumes et il possède son jardin secret.

Car notre narrateur cultive une seconde vie.

Il se définit comme un Psychopathe de l’amour, et il écrit des nouvelles, dans lesquelles il s’éclate, se montrant totalement différent de ce qu’il est dans la vie civile. Et ses textes paraissent dans une revue dont il est l’auteur-vedette, sous pseudonyme évidemment, ce qui lui permet d’amasser un petit pécule pour l’avenir.

Et cette belle brune attifée comme un garçon, il a remarqué son manège. Elle se conduit comme s’il fallait absolument qu’il la remarque. Elle ose même l’aborder pour lui demander du feu, et s’assied à sa table. Contre la flamme de son briquet il lui demande une cigarette, mais pas de whisky. Nous ne sommes pas dans un roman américain, genre Cigarettes, whisky et p’tites pépées, restons sobres.

Et elle commence à parler. D’elle surtout. De sa vie, de sa tante Renée qui vit dans le village. Et les cigarettes s’enchaînent les unes aux autres. Jusqu’au moment où il distingue comme une anomalie.

Ce serait un bon début de nouvelle, lui qui se délecte des situations dans ses écrits pour le moins incongrues, mais quel en sera l’épilogue ?

 

Une histoire simple qui s’entortille dans une atmosphère à la Simenon. Il ne se passe rien ou presque, et pourtant, c’est comme un volcan endormi. Le calme est trompeur en surface mais à l’intérieur, ça bouillonne.

Frédérique Trigodet s’affirme de plus en plus comme un auteur en devenir, jouant sur les situations, les ambiances, les mystères de la vie. Et de la mort. Et je lui souhaite de continuer ainsi, dans des textes courts, plus percutants souvent que des romans. Ou alors des romans courts, plus dégraissés que les pavés encombrés de digressions inintéressantes.

Vous pouvez également retrouver la plume de Frédérique Trigodet dans l’hebdomadaire Nous Deux. Mais pas toutes les semaines…

 

Pour commander cette nouvelle un bon réflexe, cliquez sur le lien ci-dessous.

Et lisez les chroniques de quelques textes de Frédérique Trigodet ci-dessous :

 

Frédérique TRIGODET : Dix blondes pour une brune. Nouvelle numérique. Collection Noire sœur. Editions Ska. Parution 2 novembre 2015. 18 pages. 1,49€.

Repost 0
15 novembre 2017 3 15 /11 /novembre /2017 09:02

Deux mots indissociables ?

Nicolas GRONDIN : L’Afrique, le fric.

Accompagné de son chauffeur Jeeves et de quelques comparses, le senor Arenas, qui n’est autre qu’Alias grimé, détourne un camion transportant du matériel militaire, liquidant complices et agents de d’accompagnement. Il destine la marchandise aux indépendantistes de Casamance, via un pays limitrophe, la Gambie. Il oblige le capitaine d’un navire breton à convoyer le matériel tout en faisant halte dans une petite île de l’archipel de Madère.

Leïla, déjà sur place, s’est emparée de Clotilde, la fille d’un éminent conseiller aux affaires monétaires du gouvernement européen, supprimant la mère et son fiancé putatif. Tandis qu’Alias troque la marchandise avec Cissoko, déjouant les pièges tendus par l’un des intermédiaires, Leïla enregistre une cassette montrant Clotilde violée par trois mâles en pleine possession de leurs moyens.

Une pression est exercée auprès du père afin de lui extorquer les plaques originales des futurs billets en €. Un chantage est exercé à l’encontre d’un ancien ambassadeur devenu secrétaire d’état afin qu’il fournisse le papier à billet. Alias conduit l’insurrection des Indépendantistes de Casamance mais les rebelles, pas assez entraînés et peu soucieux de discipline envahissent difficilement une vile frontière.

Jeeves abat un couple de Français, ce qui alimente les chroniques médiatiques. Alias fait également construire un hangar qui lui servira d’imprimerie, possédant déjà le matériel adéquat.

Cette nouvelle aventure d’Alias est de loin la plus intéressante de la série, comportant moins de scènes vantant l’apologie du crime, du sadisme, de la violence ou de la misogynie bas de gamme.

La violence et le sadisme déployés dans les autres volumes sont ici juste évoqués, avec tact oserais-je écrire. L’on sent que Grondin, tout en essayant de respecter les règles édictées par la bible, a voulu écrire quelque chose qui ne choque pas trop.

Il fait au détour des pages un petit clin d’œil au Poulpe ainsi qu’au créateur d’Alias.

 

Nicolas GRONDIN : L’Afrique, le fric. Collection Alias N°4. Editions Fleuve Noir. Parution février 1998. Réédité en version numérique. Février 2015. 4,99€.

Repost 0
14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 09:03

Abraham Lincoln, président ? Mais pas que…

Abraham LINCOLN : Le mystère Trailor

En général, je lis les préfaces avec un certain recul, car cela ne présente la plupart du temps aucun intérêt. En effet, le scripteur a plus tendance à se mettre en avant, à parler de lui plutôt que d’apporter des éléments novateurs concernant l’auteur et son texte.

Naturellement, tout le monde sait, sauf la nouvelle espèce d’ignares, comme le précise le préfacier, qui arguent du fait qu’ils n’étaient pas nés, que Lincoln fut président des Etats-Unis deux fois mais n’alla pas jusqu’au bout de son second mandat par la faute de son engouement pour le théâtre. En effet il fut assassiné dans le Théâtre Ford, et non dans une automobile comme le nom pourrait le laisser supposer, d’une balle dans la tête le 14 avril 1865. Balle tirée par un Sudiste médiocre comédien, mais qui réussit sa sortie.

Faut-il y voir une relation de cause à effet, le général Robert Lee venait de signer sa reddition à Appomattox le 9 avril, soit quelques jours auparavant. Les mois d’avril sont meurtriers comme chacun sait. Le fameux Lee sudiste qui, à la tête des Confédérés, avait combattu l’abolition de l’esclavage prônée par Lincoln. Il en reste des traces encore de nos jours. Sans oublier que Lincoln fut le premier président républicain, un nouveau parti qui venait de se créer et qui depuis a bien mal tourné. Mais nous ne referons pas l’histoire, nous ne sommes pas mandatés pour.

Revenons donc à Lincoln qui lorsqu’il écrivit ce texte était en bonne santé. Autodidacte, il apprend seul le droit et devient avocat itinérant. Et ce fameux mystère Trailor ne pouvait le laisser insensible. Il en a tiré un texte qui pourrait s’apparenter à une nouvelle criminelle ou à un article journalistique, publié le 15 avril 1846, reprenant les faits, les décortiquant, les analysant et surtout s’interrogeant sur la possibilité de la Justice de rendre un verdict à l’encontre de présumés coupables, reposant sur des témoignages aléatoires, des rumeurs, des aveux peut-être extorqués, et en l’absence de corps. Mais qu’est-ce que ce mystère Trailor ?

En ce printemps 1841, les trois frères Trailor, qui vivent séparément à Springfield, petite ville située dans l’Illinois, ou dans ses environs, se retrouvent un beau (?) jour. Puis ils partent, accompagnés d’un nommé Fischer, lequel est le voisin d’un des frères, pour une promenade en voiture. A cheval je précise. Lorsqu’ils reviennent dans la soirée, un par un, le dénommé Fischer manque à l’appel. Ils s’engagent à le rechercher le lendemain, mais leurs démarches restent vaines. Les jours suivants aussi. Les suspicions des voisins, puis des habitants, puis des journalistes font qu’ils sont soupçonnés puis accusés de meurtre, mais sans qu’aucun cadavre vienne confirmer les allégations.

Pour la suite, je vous renvoie à la préface de Claude Mesplède puisque celui-ci dévoile malicieusement l’épilogue, un système intéressant pour le lecteur qui économise du temps et peut se vanter de connaître la solution, ou presque, sans avoir lu le texte. Mais il s’agit d’un fait-divers authentique que vous connaissez peut-être déjà, même si vous n’étiez pas né à l’époque.

Le fait que le texte français soit suivi du texte original, en américain, réjouira les anglophones, ou plutôt les américanophones, qui pourront lire cet article en version originale, et par la même occasion me préciser ainsi du bienfondé de cette phrase : L'accusation fit une pose. Personnellement, je pencherais pour : L’accusation fit une pause. A moins qu’il y ait une pause pour prendre une pose photographique, par exemple. Je sais, je suis un pinailleur, sans pour cela tromper ma femme.

Quoiqu’il en soit, ce texte, débarrassé de fioritures stylistiques, pose la question fondamentale d’un jugement reposant uniquement sur des intimes convictions. Ce qui peut entraîner, et cela est arrivé à moult reprises et encore dernièrement, à emprisonner de présumés coupables alors qu’ils sont innocents.

 

Abraham LINCOLN : Le mystère Trailor (The Trailor Murder Mystery. Traduction de Franq Dilo). Préface de Claude Mesplède. Collection Noir sœur/Perle noire. Editions Ska. Parution 2 novembre 2015. 33 pages. 2,99€. Edition bilingue. Ebook.

Repost 0
13 novembre 2017 1 13 /11 /novembre /2017 09:35

L’héritier ? Oui, de Dumas et de Zévaco !

Pierre PEVEL : L’Héritier. Le Haut-Royaume 2.

Dans le précédent volume du Haut-Royaume, Le Chevalier, nous avions laissé Lorn Askarian dans une fort mauvaise posture. Pour preuve, en l’hiver 1547, se déroulent ses funérailles dans la Citadelle. Les chevaliers de la Garde d’Onyx, dont il avait trié sur le volet les membres, assistent à l’enterrement, en présence du Haut-Roi Erklant II, un souverain en fin de vie.

La reine Célyane, nettement plus jeune que son époux, n’est que la régente en attendant le décès, proche selon les apparences, du roi. Pour autant elle ne devrait pas régner, car Erklant II possède un fils de son premier mariage, et d’autres de son remariage avec Célyane. Elle est conseillée par Estévéris, son premier ministre.

Alan a pris la tête de la Garde d’Onyx, qui était plus ou moins dissolue, suite à la mort présumée de Lorn et il en a fait une petite armée qui recommence à s’imposer dans le paysage politique trouble du Haut-Royaume.

Dans le même temps, au duché de Sarme, Alissia se morfond et vit en recluse. Elle pleure son amour, Lorn, et passe son temps à la lecture. Mais on n’échappe pas à son destin, surtout lorsque celui-ci est commandé par des intérêts politiques. Elle est promise à un vieux noble, le Duc Erian d’Ansgarn. Dans quelques mois elle sera mariée et auparavant il faut sacrifier à la cérémonie des fiançailles. Le vieux duc est représenté par le jeune comte Brendal de Forland lors de cette fête, et alors que normalement les deux jeunes gens ne doivent pas se voir avant d’être présentés officiellement, Alissia l’aperçoit. Ils se retrouvent côte à côte, et ce qui n’était pas prévu arrive. Ils tombent amoureux l’un de l’autre.

Les frontières sont fragiles, des hommes complotent en secret, des armées se constituent, la guerre est prête à être déclenchée. Il suffit d’un rien pour que tout bascule. Et ce rien est provoqué par la mort d’un homme, un assassinat.

Mais un événement que nul n’avait prévu se produit. Lorn n’est pas mort comme annoncé à la fin du premier épisode, Le Chevalier. Et bientôt il va faire son retour, bousculant les événements. Certains seront contents de sa réapparition, d’autres, peut-être les plus nombreux, beaucoup moins satisfaits car il dérange des plans ourdis par des personnages réunis en congrès.

 

Cette suite des aventures d’Alan, d’Alissia, de Lorn et autres personnages dont on a fait la connaissance dans Le Chevalier, est tout aussi prenante, même si elle est un peu touffue, les chapitres se succédant selon le principe sacré du roman-feuilleton, au moment où un personnage est en difficulté, où un événement se profile, hop, on saute dans un nouvel univers et on reprend ceux qu’on avait perdus ou laissés en plan quelques chapitres précédents.

Amours, trahisons, combats, retournements de situation, réapparition de personnages, tout est employé pour appâter le lecteur, sans oublier quelques animaux merveilleux, dont les dragons-volants chers à Pierre Pevel. Un souffle épique plane sur cette saga, et l’on ne peut s’empêcher de penser à quelques romans lus dans notre jeunesse et qui nous ont profondément marqués.

Il existe une filiation avec Dumas, le grand Alexandre, et son héros du Comte de Monte-Cristo, Edmond Dantès, mais également à Michel Zévaco, pour la bravoure, la ruse, les situations inextricables, les chevauchées, l’amitié, les amours et les trahisons, des éléments indispensables, qui animaient Pardaillan ou Le Capitan.

Pierre Pevel est le digne héritier de ces romanciers, mais il évolue dans un domaine qui à l’époque leur était inconnu, l’heroic-fantasy ou en français le merveilleux fantastique. Il maîtrise admirablement et rigoureusement ses intrigues, même si le lecteur se sent parfois un peu perdu dans le foisonnement bouillonnant de son imaginaire et du déroulement de ses intrigues.

 

Pierre PEVEL : L’Héritier. Le Haut-Royaume 2. Collection Fantasy. Editions Milady. Parution le 26 août 2016. 628 pages. 8,20€.

Repost 0
12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 10:16

Il n’y a plus de saisons !

Gabriel JAN : Et le vent se mit à souffler.

Combien de fois avons-nous entendu cette antienne dans notre enfance et encore de nos jours, par nos parents, grands-parents et autres personnes âgées, sachant que nous-mêmes approchons de la porte de sortie.

Mais en 2048, cette affirmation prend toute son acception.

Le 12 novembre, lorsque Virgile quitte en compagnie de son chien Pirate, sa maison le thermomètre affiche déjà 23°. Mais le réel problème, c’est le vent qui souffle souvent en rafale. Comme la veille, il a plu d’abondance, Virgile pense récolter quelques champignons qui amélioreront l’ordinaire et qu’il pourra déguster avec son ami Horace, qui pourrait être son grand-père.

Virgile a trente-deux ans et il vit seul, un célibat qui lui convient très bien, dans l’Ardèche. Horace son plus proche voisin est à deux cents mètres de chez lui, et parfois il se rend à Aubenas, rebaptisé Obnas en langage jeune, pour effectuer quelques courses.

De champignons, il n’en trouve pas, juste un lapereau que Pirate vient de débusquer. Pour une fois sa gamelle sera plus consistante qu’à l’accoutumée. Il traverse à gué un ruisseau, et s’enfonçant sous la cépée, il se sent oppressé. Comme si quelque chose l’empêchait d’avancer. Pirate ressent lui aussi comme des manifestations étranges. La tempête se déchaîne et la forêt ressemble à un rideau mouvant. Soudain Virgile aperçoit ce qui les troublait, lui et son chien. Une jeune femme nue, mouillée, gît sous les frondaisons. Elle est encore vivante mais éprouve beaucoup de mal à respirer.

Virgile la prend dans ses bras et l’emporte de l’autre côté du ruisseau. Il la sèche avec un linge et à ce moment un homme surgit. Il se présente, Vigo, et se prétend le frère de la belle Sybille qui se remet doucement. Elle affirme avoir été surprise pas un Muzul et se rend compte qu’elle vient de laisser échapper une information capitale que ne comprend pas Virgile. Vigo se prétend climatologue mais quelques jours plus tard il avouera que tous deux sont des Eltys, et que les Muzuls, tout comme eux, viennent de planètes situées quelque part dans la galaxie.

Virgile a narré cette aventure à son ami Horace, mais il ne peut s’empêcher de songer à Sybille. Alors il décide revenir sur les lieux où il a découvert la jeune femme et il assiste à un nouveau phénomène. Il est entraîné, enchâssé dans une sorte de bulle qui l’emmène jusqu’à la cabane où vivent Sybille et Vigo. Il est au cœur du Pangéa, en un lieu nommé Reconquête 102.

Les Muzuls, qui comme eux possèdent un aspect humanoïde, sont leurs ennemis. Pire, ces extraterrestres ont décidé d’annexer la Terre. Les Eltys, quant à eux se sont implantés sur Terre également, formant des colonies, mais vivant dans un monde parallèle nommé Terre II.

Et c’est ainsi que Virgile, Horace, puis un journaliste travaillant en indépendant pour un magazine spécialisé dans les Mystères, un habitant d’Obnas, ancien professeur de philosophie surnommé Socrate, et une gamine dont les parents ont été assassinés par les Rats, des déchus de la société, vont se retrouver au cœur d’une histoire qui enregistre la lutte entre Muzuls, dont certains se disent des dissidents proches des Eltys, les Eltys et une compagnie dite BIIS, Brigade d’Intervention Internationale de Sécurité.

 

Mais ce roman est à double lecture. La première, l’histoire d’une anticipation proche, l’affrontement entre les Eltys et les Muzuls, est un peu la parabole du Bien et du Mal, des Anges et des Démons, s’opposant dans une société en déliquescence. Avec toutefois une once d’optimisme, puisque certains Muzuls décident de se mettre en dissidence et de rejoindre les Eltys dans leurs combats.

Mais au second degré, qui d’ailleurs est peut-être le premier, c’est le coup de colère et de désabusement de Gabriel Jan avec son regard porté sur les agissements délétères des hommes politiques en général et sur les financiers, ce qui parfois est la même chose, pour qui tout est bon, même la dégénérescence de la planète. Des procédés et des méthodes qui mènent la Terre à sa perte, mais comme ce sera dans des décennies, ils s’en moquent, ils ne seront plus là pour voir la fin du Monde.

Ou plutôt la fin d’un Monde.

Alors les petites phrases, les réflexions, les coups de gueule, les constats, les vérités ne manquent pas d’être assénées, venant soit de la part de l’auteur, indirectement car il ne se met pas en scène, soit de la part des protagonistes « sains » évoluant dans ce roman et traduisant la vision pessimiste d’un écologiste, avoué ou non, s’effrayant d’un soi-disant progrès.

 

Ce secteur était probablement le triste résultat d’une pollution, une autre forme de cette pollution qui sévissait dans le monde… Ce ne pouvait être que cela : une conséquence de l’utilisation sans conscience des engrais, des pesticides et autres poisons.

- La fin du monde est inéluctable. Ce qui me hérisse, cependant, c’est que les dirigeants de tous les pays font semblant de ne rien voir et qu’ils continuent bêtement de parler de progrès.

- Oui, je suis très critique en ce qui concerne les opinions de nos dirigeants, parce que ceux-ci s’entêtent à parler de choses futiles, voire ridicules, quand le sort du monde est en jeu ! Que font les gouvernements contre la pollution galopante, contre la fonte des calottes polaires, contre la désertification, contre la famine, contre l’extinction d’espèces entières d’animaux, contre le pillage des mers et des océans, contre le réchauffement planétaire ?...Rien, rien du tout ! Parce qu’ils ne pensent qu’à leurs fauteuils, à leurs sous, à leurs places. Ils se complaisent dans leurs paradis artificiels qu’ils replâtrent avec de beaux discours qui puent la lâcheté et l’hypocrisie. La politique de l’autruche n’a jamais apporté de solutions. Jouer du violon à cordes boursières non plus !

Chose incroyable on parlait une fois de plus des retraites dont les montants allaient encore baisser. On assistait au discours d’un « spécialiste politique », un discours fait d’une suite ininterrompue de platitudes gonflées occasionnellement de redondances et de formules superfétatoires. Une grosse pilule à faire avaler.

Gabriel Jan énonce des vérités premières, qui souvent dérangent. Pourtant il suit les traces de René Barjavel. Quand aura-t-il enfin la même reconnaissance littéraire. Ce n’est pas un visionnaire, mais quelqu’un qui observe et en tire des conclusions pour le moins pessimistes. Mais comme souvent la porte est entrouverte à un monde meilleur, à venir.

Gabriel Jan nous fait entendre la voix et nous montre la voie de la raison et de la sagesse.

Pour acquérir ce roman, le bon réflexe est de cliquer sur le lien suivant :

Gabriel JAN : Et le vent se mit à souffler. Illustration de Mike Hoffman. Collection Blanche N°2122. Editions Rivière Blanche. Parution octobre 2014. 244 pages. 17,00€.

Repost 0
11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 11:19

La Superwoman ligérienne !

Jean-Pierre SIMON : L’héritage mortel de la Vouivre.

La Vouivre est un animal mythique merveilleux ou maléfique que l’on retrouve dans les contes et légendes de la plupart des provinces françaises et même en Europe.

Mais celle qui évolue dans ce roman est une femme, une vraie, originaire de Russie, championne olympique de natation, ayant subi des traitements des expérimentations biologiques afin d’améliorer ses performances puis qui a été exfiltrée par le général Loiseau. Il l’a incorporée dans les Services Spéciaux. Ils se sont mariés, il l’a entraînée, elle est devenue le commandant des nageurs de combat interarmes, elle a subi des améliorations biologiques (encore !), elle a été manipulée (son mari était un drôle de Loiseau !), elle est encore porteuse d’un, je cite : d’un dispositif expérimental d’optimisation de ses capacités subaquatiques, offrant l’apparence d’une gemme sertie dans le nombril.

Loiseau de mauvais augure est décédé, et Oxana, devenue Roxane Maujard, s’est remariée avec quelqu’un de simple, qui a connu quand même des déboires et quelques avatars dans sa jeunesse, et depuis elle vit dans les environs de Gien, mais ayant gardé par devers elle les Dossiers rouges de Loiseau. Elle est âgée de cinquante-quatre ans mais en paraît à peine quarante, et c’est une athlète accomplie. Mais lorsqu’elle est en colère, comme dans ce qui va suivre, ses yeux d’un bleu très délavé deviennent d’un blanc laiteux, sa pupille se réduit à un minuscule orifice, ses traits se contractent.

Cette présentation rapide effectuée, retrouvons Oxana dans une banque de Gien où elle a placé dans un coffre les fameux dossiers. Elle vient d’en compulser un, a prélevé quelques feuillets ne prêtant pas à conséquence, le principal étant dans sa tête grâce à une mémoire infaillible, suite à un message sibyllin reçu par la poste et comportant quatre vers d’un poète ami (l’auteur !).

Trois jeunes voyous ont investi l’agence et tiennent en respect les quelques clients. Oxana ne perd pas le nord et la combattante qui demeure en elle agit immédiatement. Seulement, dans la bagarre, si deux des voleurs sont rapidement annihilés, le troisième profite de ce qu’elle lui a lancé son document afin de l’assommer pour s’en emparer et fuir avec. Il saute d’un pont où il est accueilli par un complice qui l’attendait dans un canot à moteur.

Les gendarmes et la procureure la mettent en garde à vue, ne croyant pas à son histoire et, comme elle est douée, quand elle est en colère, d’une force prodigieuse, elle parvient à s’échapper avant le terme de sa résidence d’une geôle de dégrisement. Elle prévient aussitôt son ami Guy Tournepierre, qui fut son second dans les Services Spéciaux et a pris la succession de Loiseau, et elle lui narre ses démêlés. Nul doute que les malandrins en avaient après les fameux Dossiers rouges.

En y réfléchissant bien, ils arrivent à la conclusion que ce n’est qu’un épisode d’une affaire qui s’est déroulée dix ans auparavant, une nouvelle preuve de l’esprit manipulateur de Loiseau. Je ne vous raconte pas tout, cela enlèverait du charme à cette histoire, mais je ne suis pas loin d’adhérer à la version de cet épisode par l’auteur, une hypothèse littéraire qui en vaut bien d’autres et n’est peut-être pas bien loin de la réalité et de la vérité dans l’accomplissement de certains faits mais dont la relation est déformée auprès des médias afin de ne pas choquer le bon peuple qui serait écœuré par la politique. Il y a déjà assez de couleuvres à avaler.

Nonobstant, Tournepierre et Oxana sont persuadés que les braqueurs recherchent une valise dans laquelle sont soigneusement rangés des lingots d’or, le prix d’une mission confidentielle effectuée dix ans auparavant.

Et c’est ainsi qu’elle va devoir mener à bien quelques travaux d’Hercule dont le premier consiste à débloquer un bateau-moulin encastré entre deux piles du Pont Royal d’Orléans, avec l’aide quand même d’un matériel technique de haute qualité et sous le regard d’hurluberlus portant uniforme, tout en sachant qu’à tout moment tout peut exploser. Tout ça à cause de lingots d’or trop bien cachés et d’énigmes à résoudre.

Le pont sauvé des déferlantes de la Loire et des assauts du navire, les missions continuent, avec Tournepierre en qualité de second et de bouclier, au barrage de Villerest, non loin de Roanne, dans une centrale nucléaire, le genre de monument qu’en général on ne visite pas, ou le pont de Saint-Nazaire qui enjambe la Loire sur une longueur de 3356 mètres, pour ceux qui aiment les précisions.

 

Pont Royal d'Orléans

Pont Royal d'Orléans

Un roman ébouriffant avec comme héroïne une super combattante aux pouvoirs sinon exceptionnels, au moins surdéveloppés. Oxana ne déroge pas à l’image qui reste gravée de ces nageuses olympiques russes aux muscles de déménageurs. Mais il existe un petit plus, celui de rester jeune physiquement, et quelques aménagements biologiques affectant une personnalité complexe. Le type même du super héros dans la lignée des Superman, Spiderman, Batman et autres mais dont seuls le regard et le visage changent lorsqu’elle se met en colère. Et comme déguisement, une combinaison de plongée.

Pourtant toutes les missions, tous les actes de bravoures, toutes les séquences dangereuses auxquels elle participe, tout est narré avec une rigueur technique qui fait indéniablement penser aux romans de Jules Verne mais sans pour autant entrer dans une science-fiction anticipative.

Dans le même temps, on ne peut s’empêcher de se remémorer  tous ces romans qui galvanisent le héros contre des empêcheurs de tourner en rond. Le combat du bon, avec quand même quelques restrictions, contre les méchants. Oxana est le contraire de Furax, de Fu-Manchu, de Zigomar, de Fantômas, et pourtant dans le déroulement des épisodes, il existe une certaine corrélation.

Une véritable jubilation, car le lecteur retrouve ce souffle qui imprégnait les romans-feuilletons populaires, le côté littéraire résidant dans les dialogues léchés, presque trop « littéraires » justement pour être véritablement naturels. Mais bon, on ne reprochera pas à l’auteur de se démarquer de ses confrères qui emploient de l’argot, du verlan, des incongruités à chaque phrase pour faire « jeune ».

Et c’est une belle balade que le lecteur effectue sur la Loire, ou le long de ses berges, découvrant ce fleuve cher à Maurice Genevoix dans toute sa splendeur et ses nombreux visages.

Jean-Pierre SIMON : L’héritage mortel de la Vouivre. Corsaire Editions. Parution le 15 septembre 2017.

Repost 0
10 novembre 2017 5 10 /11 /novembre /2017 08:58

Hommage à André Ruellan, alias Kurt Steiner, décédé le 10 novembre 2016, à l'âge de 94 ans. L'une des figures marquantes des collections Angoisse et Anticipation du Fleuve Noir.

Kurt STEINER : Le prix du suicide.

Agée de vingt-quatre ans, Catherine vient d'enregistrer une désillusion qui la laisse désemparée. Joël, son amant artiste-peintre lui a signifié que leur liaison est terminée. Son emploi de laborantine n'est plus à la hauteur de ses espérances et de son ambition, lui dont l'avenir est prometteur.

Heureusement pour elle, elle avait gardé le petit logement qu'elle habitait avant de s'installer chez Joël. Elle tergiverse, indécise sur son avenir. Elle choisit le suicide, et comme elle travaille dans un laboratoire d'analyse médicale, elle possède sous la main tout ce qu'il lui faut pour quitter la vie. Toutefois, avant de procéder à l'acte ultime elle attend un appel téléphonique de la part de son ancien amant. Résignée, elle s'injecte une dose concentrée de penthotal pur. C'est alors que le téléphone sonne. Elle décroche et entend Joël s'excusant pour son geste. C'est trop tard.

Joël se rend immédiatement chez Catherine, en compagnie d'un médecin et d'un serrurier. Ils ne peuvent que constater le décès.

Rentré dans son atelier à Montparnasse, Joël est perturbé par la présence de portraits de Cathy qu'il a réalisés et accrochés au mur. Il les retourne contre les parois et décide toutefois de peindre un dernier visage de Catherine, celui de son souvenir. Or il a beau faire, y passer des heures, le résultat n'est pas celui qu'il espérait. Alors qu'il voulait la représenter telle qu'elle était au début de leur liaison, il ne parvient qu'à mettre sur toile une Cathy morte. Cela ne lui convient pas et la pose à terre, à l'envers contre le mur.

Alors que d'habitude ses nuits étaient peuplées de cauchemars, cette nuit-là se passe sans anicroche. Sauf qu'au réveil il s'aperçoit que la toile a été retournée et que Catherine le regarde. Il a beau la remettre à l'envers, la toile n'en fait qu'à sa tête et il la retrouve dans des endroits où il est sûr de ne pas l'y avoir entreposée. Il en vient à se demander si ce tableau ne possède pas une vie propre, si le fantôme de Catherine ne joue pas avec ses nerfs.

Il décide d'entreposer la peinture dans un placard mais au cours de la nuit, il entend la voix de Catherine s'échappant du réduit. Il n'en peut plus et fuit avec sa Jaguar vers la Bretagne, pensant ainsi échapper à ses tourments. En cours de route, le visage de Catherine lui apparaît sur le pare-brise. Il s'affole et l'accident est inévitable. Il continue son périple en train puis en car jusqu'à Kerguillou, petit village sis non loin de Quimper.

Sur place, Joël retrouve d'anciennes connaissances qu'il n'avait pas revu depuis trois ans et plus. Le père Le Hermeur, un marin qui vient d'acheter un navire neuf et embaucher un équipage, sa femme, et surtout sa fille Anaïk. Il a du mal reconnaître en cette belle jeune fille de dix-neuf ans, la gamine qu'il avait connu quelques années auparavant.

Il retrouve également Kermadec, un ancien avocat à la réputation sulfureuse. Il fréquente selon les rumeurs les korrigans, ces lutins qui peuvent se montrer bienveillant ou malveillant.

Le problème pour notre peintre, réside en cette faculté délétère de superposer Cathy à AnaïK et bien entendu il tombe amoureux de la jeune fille. Seulement celle-ci disparaît.

 

Ce roman justifie amplement le titre de la collection. L'auteur ne joue pas sur le registre du fantastique, tout au plus en parsème-t-il son texte d'une petite couche légère, mais c'est bien l'angoisse qui prédomine.

Catherine n'apparaît que peu dans le récit, juste au début, mais sa présence est insistante et perturbe le peintre. Il a quasi assisté à sa mort en direct et il tente en vain de l'oublier. D'abord chez lui en conjurant le sort par une nouvelle peinture, puis en essayant de les cacher et enfin en fuyant vers une région qui lui semble-t-il sera propice à l'oubli. Mais c'est l'angoisse qui sournoisement l'étreint.

Catherine s'insinue dans son esprit, le harcèle, le broie, et Joël est obnubilé par cette présence fantomatique qui lui fait perdre le sens des réalités. Et lui qui se jouait des femmes, grâce ou à cause de sa gloire naissante, devient le proie d'une morte et éventuellement d'une vivante.

Un roman qui est plus axé sur le côté psychologique du personnage principal que sur l'action. Et, si ce titre n'avait pas été classé Angoisse, il aurait figurer dans des séries romantiques, comme les collections des années 1950, Nous-Deux, Intimité, Stella et autres, en proposaient, alternant aussi bien roman dit à l'eau de rose, angoisse et policier ou le tout conjugué.

La femme délaissée qui se venge post-mortem par imprégnation dans l'esprit d'un homme égoïste. Le roman du remord.

 

Réédition Super luxe N°108. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1981. 192 pages.

Réédition Super luxe N°108. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1981. 192 pages.

Kurt STEINER : Le prix du suicide. Collection Angoisse N°48. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1958. 222 pages.

Repost 0
9 novembre 2017 4 09 /11 /novembre /2017 10:40

Un écrit de jeunesse de Conan Doyle !

Arthur Conan DOYLE : Alabama Joe

Prononcer le nom de Sir Arthur Conan Doyle, s’impose immédiatement à l’esprit celui de Sherlock Holmes, ce qui est, vous en conviendrez, restrictif.

En effet, le célèbre détective n’est que la partie émergée de l’œuvre littéraire en forme d’iceberg du grand conteur qu’est ce médecin écossais né à Edimbourg en 1859.

Le Récit de l’Américain, ou Alabama Joe, fait partie d’un ensemble n’ayant pas de définition exacte, regroupé sous Autres contes, aux côtés des Contes de mystère, Contes de médecins, Contes du ring, Contes d’autrefois, Contes du camp, Contes de pirates, et quelques autres recueils possédant une thématique précise.

Ce conte, paru anonymement début 1880, pour un numéro spécial de Noël de la London Society, est ce que l’on peut appeler une œuvre de jeunesse, puisque l’auteur à l’époque n’a que 21 ans et n’a pas encore mis les pieds en Amérique, et plus précisément aux Etats-Unis. Il est en 3e année de médecine et le 28 février 1880 il embarque comme officier de santé à bord d’un baleinier pour une campagne de chasse au phoque et à la baleine qui durera jusqu'au 11 août 1881 et emmènera le navire au Groenland, au Spitzberg et aux Îles Féroé.

 

Alors que l’auteur, du moins c’est ce que Doyle laisse entendre, pénètre dans la pièce dans laquelle se tient une réunion d’un cercle mi-social mi-littéraire, un homme tient en haleine les personnes présentes par la narration d’anecdotes qu’il a vécues ou entendues raconter.

Jefferson Adams est un Yankee et après quelques préliminaires consistant à démontrer que les gens de peu et sans véritable instruction ont souvent plus de faits vraiment intéressants à raconter que tous les scientifiques possédant une érudition sans faille, quelque soit leur domaine de connaissance, débute son témoignage censé être véridique en affirmant qu’il fit partie des flibustiers de Walker. Et c’est en Arizona, où il a vécu quelques années, qu’il a approché une plante dite piège à mouche, une plante carnivore dont un membre présent donne son nom latin, ce dont se moque complètement le narrateur qui poursuit.

Et il en vient à l’objet de cette histoire, la mort Joe Hawkins, dit Alabama Joe, un bon garçon très soupe-au-lait, vindicatif, qui prend justement la mouche au moindre propos qui lui semble déplacé ou à la vue d’un Anglais. Alabama Joe, ainsi que d’autres vauriens de son acabit, leur en veut à mort pour des raisons qui leur sont propres et arrive alors ce qui devait arriver, lorsque, bien éméché, il est mis en présence, dans un bar du Montana, d’un consommateur représentant la fière et perfide Albion.

 

Dans ce court récit, Conan Doyle démontre toutes ses capacités littéraires, instillant l’angoisse et le suspense comme un vieux routier. Histoire inventée de toutes pièces ou entendue alors qu’il travaille au cabinet du Dr Reginald Ratcliffe Hoare à Birmingham, fréquenté par une clientèle considérable composée de petites gens (Sources : La vie de Sir Arthur Conan Doyle par John Dickson Carr, Editions Robert Laffont, 1958), nul ne pourrait le dire, mais cela sonne juste, même si une incohérence géographique apparait dans le récit. Mais, toujours d’après John Dickson Carr, son esprit est préoccupé par le comique et l’horrible et il se délecte dans les deux. Et il est vrai que ces deux thèmes apparaissent dans ce court texte prometteur. D’ailleurs, parmi les nombreuses nouvelles qu’écrivit Conan Doyle à cette époque et envoyées à divers journaux, celui-ci fut l’un des rares a être retenu. Ce qui ne l’empêcha pas par la suite de connaître gloire et consécration.

 

Arthur Conan DOYLE : Alabama Joe (The American’s Tale – 1880). Autre titre : Le récit de l’Américain. Préface de John Moodrow. Collection Noire sœur Perle noire. Editions Ska. Parution 12 décembre 2016. 21 pages. 2,99€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables