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Mardi 18 juin 2013 2 18 /06 /Juin /2013 15:41

  J'aime flâner sur les grands boulevards, y'a tant de choses, tant de choses, tant de choses à voir...

 

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Mai 1861. Sous les ordres du baron Haussmann, de vieux immeubles et des maisons insalubres sont démolis, des bidonvilles sont rasés, afin de récupérer de la place pour l’ouverture de boulevards, la construction d’immeubles de prestige et de parcs. La surface viabilisée de la capitale passe de treize arrondissements à vingt et les travaux concernant le boulevard Malesherbes et le parc Monceaux doivent être terminés pour le 13 août date officielle de l’inauguration.

En ce lundi 27 mai, malgré les consignes qu’il avait données la veille à sa vieille nourrice Tamara, Achille Bonnefond est réveillé de bonne heure. Un envoyé du ministre de l’Intérieur Victor de Persigny, lui annonce qu’il est attendu Place Beauvau, le nouveau siège du ministère. Détective privé, spécialiste des affaires criminelles, ayant l’oreille de Napoléon III, Achille se voit souvent confier des enquêtes en raison de ses capacités, enquêtes qui ne peuvent être diligentées par les forces de polices habituelles. Or celle qui se profile entre ce cadre d’une mission de confiance et doit être tenue secrète.

Dans le parc Monceaux qui est en rénovation, le cadavre d’une jeune femme a été découvert. Il est malaisé de l’identifier car le visage et le corps, même les parties intimes qui sont en général à l’abri des regards, ont été arrosés de vitriol. Seule particularité, ses longs cheveux roux. Le cadavre tenait dans la main un mot signé par la Nouvelle Charbonnerie Démocratique Universelle. En effet les carbonari italiens ne se sont pas remis de la condamnation puis de l’exécution d’Orsini qui avait perpétré un attentat visant Napoléon III trois ans auparavant et ils veulent venger leur compagnon. Sous sa tête est glissée une lame de tarot.

D’après le médecin légiste, cette inconnue vivait misérablement, aurait eu un enfant et peut-être eu à faire avec une faiseuse d’anges. Cela n’avance guère Achille qui décide de confier l’enquête à son ami et ex-associé Félix. Ils s’étaient connus sur les bancs de l’école puis ils avaient monté ensemble une agence de détectives privés. Achille préférant enquêter en solo, Félix avait gardé l’agence. Il s’est marié, contrairement à Achille qui aime la liberté mais accumule les conquêtes, il s’est enrobé aussi tandis qu’Achille est resté svelte. Félix accepte donc la mission, et d’après la description qui lui a été faite de la jeune femme, il décide de se renseigner auprès d’une de ses connaissances, un chiffonnier du nom de Baise-la-mort surnommé ainsi pour avoir échappé à l’échafaud et au bagne. Seulement Félix est victime d’un accident de la route et il est obligé de garder le lit, Cécile son épouse le bichonnant. Avec une double fracture de la jambe et des côtes cassées, il ne peut plus assumer sa tâche.

Achille reprend alors le flambeau et s’enquiert du dénommé Baise-la-mort, lequel va l’entraîner de la Petite Pologne (près de l’actuel Parc Monceau) jusqu’à Clichy en passant par le Champ Perrey (aujourd’hui Neuilly et Levallois-Perret), les quartiers Mazas et Maubert. Tous quartiers miséreux servant de refuges aux indigents, aux relégués de la société, aux chiffonniers… Achille, sous la houlette de Baise-la-mort se déguise en biffin et arpente les venelles, les taudis, les bouges de ces endroits déshérités, à la rencontre de personnes susceptibles de pouvoir fournir une identité à la morte. Enfin, un nom leur est proposé, la Vierge-folle. Suffit de trouver quelqu’un l’ayant suffisamment connue pour dévoiler son identité réelle et ses antécédants.

Après avoir planté le décor historique et parisien dans lequel vit Achille Bonnefond, qui demeure boulevard des Capucines, avoir exposé son passé familial, il est le fils d’un riche homme d’affaires mais a coupé les ponts pour emboiter le pas dans les traces de son idole Vidocq, décrit ses amours, actuellement la belle et jeune Lucille de Brizacq mariée à un homme complaisant et surtout riche, et dont il commence à se lasser se rendant compte qu’elle est surtout égoïste, sa maîtresse Marthe qu’il retrouve de temps à autre, sa nourrice et servante Tamara et sa chatte Pakoune qui n’a qu’un œil, Frédérique Volot change tout à coup de registre.

Après l’étude d’une société bourgeoise et d’une ville en pleine mutation, ce dont profitent les spéculateurs immobiliers, Frédérique Volot nous plonge dans l’envers du décor. Loin des fastes, des ors, des dorures, des insouciances, le lecteur est invité à visiter les quartiers où se terrent les miséreux, les ivrognes, les pochardes, les filles de joie, les pédophiles, les incestes, les gamines ayant déjà connu les assauts des mâles, des chiffonniers. Ces derniers forment une sorte de caste organisée en une sorte d’échelle sociale. Le lecteur ne peut s’empêcher de penser aux Mystères de Paris d’Eugène Sue en découvrant cet univers cosmopolite. A noter que les chiffonniers, ou biffins, procédaient déjà au tri sélectif et au recyclage, des activités dont Achille Bonnefond ignorait l’existence. Achille et son compagnon Baise-la-mort, affublé d’un chien portant le sobriquet de Totor la guillotine, marchent dans la boue et les détritus, dorment dans des endroits insalubres, côtoient la maladie, les miasmes et les rongeurs. Grimé plus vrai que nature, Achille essaie de se fondre dans la masse, regrettant son logis douillet et ses repas fins.

Le côté énigme policière sert de fil rouge à ce roman historique afin de reconstituer une époque en pleine mutation dans un roman qui est aussi une étude de mœurs et nous ne sommes pas loin des romans naturalistes chers à Zola et confrères.

Voir également l'avis de Claude sur Action-Supense.


Frédérique VOLOT : La Vierge-Folle. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. 336 pages. 19,50€.

Par Oncle Paul - Publié dans : Nouveautés & Rééditions - Communauté : Culture Polar
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Mardi 18 juin 2013 2 18 /06 /Juin /2013 10:41

Sans oublier le blues du lecteur !

 

 

blues libraire


Depuis quelques mois Bernie Rhodenbarr s'est rangé des voitures. Il s'est acheté une conduite (intérieure et extérieure) et gagne honnêtement sa vie avec son métier de bouquiniste.

Seulement de temps en temps ça le démange, et il doit trouver des excuses, des palliatifs pour ne pas redevenir l'espace d'une nuit monte-en-l'air, une activité qui lui a permis d'ouvrir son échoppe. Seulement son propriétaire, un spéculateur mais pas un lecteur, lui annonce que son loyer va augmenter dans des conditions astronomiques. Il faut donc que Bernie trouve de l'argent, le plus rapidement possible. Un seul moyen pour combler le gouffre qui s'évase devant lui : reprendre son ancien métier. Une opportunité se présente qu'il ne laisse pas passer. Un couple doit partir en voyage, un petit renseignement que lui fournit une jeune femme qu'il rencontre en sortant du métro, et envolées les bonnes résolutions. C'est le début des embrouilles et des soucis pour Bernie qui se retrouve avec un cadavre sur les bras.

Bourré d'humour, ce nouveau roman de Lawrence Block mettant en scène ce sacripant de Bernie Rhodenbarr, dont on attendait les nouvelles aventures avec une certaine impatience. Il joue comme à son habitude sur les retournements de situation, tout se dénouant à la fin avec une explication entre les divers protagonistes. Outre l'histoire, qui est parfois un peu tirée par les cheveux, ce sont les réflexions de l'auteur vis à vis de la spéculation du marché du livre d'occasion qui apportent la note philosophique. Et les digressions sur les livres de Sue Grafton et plus particulièrement sur le choix des titres, ne manquent pas de piquant. Nous sommes loin de la noirceur des livres dont Matt Scuder est le héros, mais une pinte d'humour ne fait pas de mal de temps à autre.


Lawrence BLOCK : Le blues du libraire. Editions Points N° 533. 304 pages. 7,30€.

Par Oncle Paul - Publié dans : Nouveautés & Rééditions
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Lundi 17 juin 2013 1 17 /06 /Juin /2013 16:08

Recueil constitué de deux longues nouvelles : Psykoses et Retour à Teen Town.

 

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Psykoses

Teen Town est composée de Psykos et de Victimes, dirigée par la direction du Casting. Pas besoin de développer sur les Victimes, leur nom étant assez parlant. Les Psykos sont un mélange composite de Castes Majeures, et de Seconds Rôles. Parmi ce beau monde, on trouve les Savants fous, Les Eventreurs, les Tronçonneurs, les Morts-vivants, les Vampires, Les Loups-garous et autres représentants tels que Jason ou Boggeyman issus de l’imagination populaire, de personnages à l’identité non élucidée ou de héros de cinéma et de littérature.

Ce jour là une réunion de crise réunit les représentants du Directoire. Des crimes ont été perpétrés sur des Victimes sans l’aval du Directoire. Ainsi Jenny a été tronçonnée. Puis c’est au tour de Jenkins, le roi des hamburgers, dont des morceaux de cadavre rissolent avec des morilles dans sa cuisine. Le Directoire fait appel à un jeune détective, Mordon. Présenté comme étudiant, il loge chez les sœurs Park et s’intègre au petit groupe formé par Johnny Bowdie, la star locale de tri-ball, de Betty-Sucre sa fiancée, de Glass, Mario et Vénus. La prof d’histoire géographie, vieille fille acariâtre qui dirige sa classe d’une main de fer, est retrouvée dans un magasin de confection, étripée. Cela n’empêche pas Mordon de reprendre les cours mais surtout de réfléchir.

Un Psyko mal contrôlé pourrait être à l’origine de ces meurtres seulement il n’existe que cinq Psykos résidant à Teen Town, dont les trois sœurs Park, un Hannibal et un Vampire. L’Hannibal est rapidement mis hors de cause. Mordon est invité par Bowdie à un barbecue chez lui avec ses amis. En prenant une douche Vénus est attaquée par une silhouette à coups de couteau. Légèrement blessée, elle parvient à mettre son agresseur en fuite. Mordon tente de le poursuivre mais il le perd en débouchant sur un jardin botanique où évoluent de nombreux sportifs, tous en sueur comme devrait l’être l’assaillant, alias le Bates. Alors il propose d’organiser une sorte d’hommage à Jenny, dont il a appris qu’elle était amoureuse de Johnny, hommage qui se tiendrait dans un camp doté de nombreux équipements sportifs dont un gymnase. Lors de l’inhumation de l’enseignante, il prend contact avec le Vampire qui se terre dans un ancien caveau. Les prélèvements de sang effectués dans sa réserve l’innocente. Mordon pense alors qu’il pourrait s’agir d’une Victime qui aurait muté.

Bref, rondement mené et très visuel, sinon cinématographique, ce premier opus nous entraîne dans une histoire qui sort quelque peu de l’ordinaire. Une histoire qui s’inspire largement des films américains de série B, du moins en ce qui concerne les personnages et qui pourrait s’inscrire comme une parabole si l’on voulait gratter sous la surface de l’histoire. Du sang neuf qui revigore.

Retour à Teen Town. 

L’Alliance Révolutionnaire, échappant à l’influence de l’Empire, s’est réfugiée sur une petite planète : Prohibido. Mais l’Empire a retrouvé leur trace et décide d’attaquer la communauté dirigée par Terek et composée de Céphaliens, de Bems, de Body Snatchers et de Klings. La solution vient de V’gnh, le dernier représentant de la race des Moïcans. Il propose d’émigrer sur Terre, à Teen Town, localité qu’il a visitée vingt ans auparavant. Par effet de mimétisme il s’était transformé d’insectoïde en humain. La capsule des voyageurs se pose non loin de Teen Town comme prévu. Johnny, le joueur de tri-ball, qui s’essaie au deltaplane, aperçoit bien quelque chose dans le soleil mais n’y prête guère attention.

Les nouveaux arrivants s’installent et construisent une ferme et vivent de plantes qu’ils font pousser. Leurs relations avec les habitants sont réduites mais empreintes de courtoisie. D’abord c’est V’gnh, qui part en repérage et retrouve certains des habitants de Teen Town. Il était plus connu lors de son précédent passage sous le nom de Tim Tann et s’était intégré dans la petite communauté, ne rechignant pas à l’ouvrage. Il avait même eu une liaison avec Monica, la fille d’un fermier. Tandis que certains des Aliens restent dans leur ferme, d’autres se propagent, certains investissant l’enveloppe charnelle de paysans du cru afin de mieux se confondre dans le paysage. Pendant ce temps Bobby, un jeune Psyko qui doit faire ses preuves à la tronçonneuse, essaie de réaliser son premier meurtre mais chaque tentative est vouée à l’échec. Toutefois les envahisseurs commettent quelques erreurs d’appréciation semant le doute chez leurs voisins.

Cette seconde nouvelle tout aussi cocasse que la première s’inscrit plus dans un registre aventures bucoliques, tandis que la première offrait une partie énigme policière. Deux nouvelles réjouissantes, tant par le ton débridé qui y règne que par la créativité et l’imagination de l’auteur. On notera le double clin d’œil de Philippe Heurtel dans le second texte. L’un en direction de Star Wars, l’autre à Sylvie Miller avec son Miller’wood, et à Philippe Ward, la famille organisant l’anniversaire s’appelant justement Ward. Espérons que Philippe Heurtel à l’inverse de bien d’autres romanciers qui débutent n’en restera pas là et ne sera l’auteur d’un seul livre.


Philippe HEURTEL: Psykoses. Editions Rivière Blanche ; collection Blanche N°2052. (décembre 2008). 308 pages. 20,00€.

Par Oncle Paul - Publié dans : Nouveautés & Rééditions - Communauté : Culture Polar
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Lundi 17 juin 2013 1 17 /06 /Juin /2013 10:56

  Et encore, à cettte époque le réfrigérateur n'existait pas !

 

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Certains artistes, écrivains, peintres, musiciens… tombent dans l’oubli sans que leurs œuvres déméritent, tandis que d’autres ne connaissent pas l’érosion du temps. Ainsi Maurice Drack, pseudonyme d’Auguste Alfred Poitevin, né en 1834 et décédé en 1897 à Paris, dont le nom resté attaché à l’adaptation théâtrale de la San Felice d’Alexandre Dumas, est tombé dans les oubliettes de la mémoire et de l’histoire de la littérature, sauf de celles de quelques spécialistes qui s’échinent à les sortir des limbes. Hommage soit ainsi rendu à Stéphane Beau de nous proposer cette Chair fraîche sur le pavé de Paname dont le titre à lui seul est un véritable programme et une incitation à ouvrir une œuvre tombée en désuétude. Pourtant le style littéraire, l’écriture, la narration, la trame, l’histoire en elle-même, ne sont en rien moins aboutis, moins intéressants, moins captivants, que des ouvrages signés Ponson du Terrail, Gaston Leroux ou encore Maurice Leblanc, par exemple, dont les œuvres sont postérieures. Quel mauvais sort a pesé sur son œuvre pour qu’elle soit ainsi occultée ? Nul ne pourra peut-être répondre à cette question, mais contentons-nous déjà de découvrir cet ouvrage et peut-être aurons nous le plaisir, si le succès est là, de découvrir d’autres petits trésors oubliés écrits par d’autres auteurs négligés.

Revenant de voyage, au cours duquel il a remarqué une belle jeune fille accompagnée d’un chaperon de sexe masculin au faciès désavantageux, Maxime Charly, étudiant en médecine, rencontre inopinément son ami Christian Sévérus d’origine danoise, sculpteur dont le nom commence à s’imposer dans la capitale. Dans la foule qui gravite autour de la gare Saint-Lazare, les deux hommes échangent quelques propos tout en épiant le manège de la belle inconnue qui ne l’est plus très longtemps. Il s’agit d’Amalia, une compatriote d’ascendance noble, avec laquelle Christian avait des projets de fiançailles, mais ceux-ci ont capoté à cause d’un refus de la part de la belle-mère de la belle Danoise. Christian, toujours amoureux d’Amalia, est intrigué car la jeune fille se comporte comme si elle était devenue aveugle, accompagnée d’Olaf Molner, l’intendant du comte et âme damnée de la marâtre. Utilisant une situation qui sera souvent reprise par les auteurs de romans policiers par la suite, les deux amis s’engouffrent dans un fiacre, demandant au cocher de suivre le véhicule qui les précède et en avant. Mais Olaf se rend compte qu’ils sont suivis et entraîne les deux amis jusqu’à un troquet. Dans le bouge une rixe éclate entre deux consommateurs et dans le chahut qui suit, Christian et Maxime perdent de vue Amalia et son protecteur. Tête de mule Christian retournera le soir même sur les lieux afin d’enquêter mais il tombe dans les rets des deux consommateurs, deux aigrefins qui gravitent dans les milieux des cirques ambulants, et qui avaient organisé l’échauffourée afin de détourner l’attention.

Pendant ce temps Maxime est confronté à un autre problème qui le touche plus particulièrement. Son parrain, Max Puyravault, agent immobilier connu pour sa probité, a disparu depuis quelques semaines, après que trois clients potentiels lui aient demandé d’effectuer des transactions. Tronche, le caissier, qui devait réaliser un inventaire, est inquiet et sur sa demande deux juges assistent, ainsi que Maxime et un notaire, maître Briançon, à la perquisition de l’étude. Des billets à ordre signés par les clients, de l’argent ainsi que des coupons d’emprunt ont disparus. Maxime et le notaire trouvent l’intervention du caissier pour le moins louche alors que les magistrats pensent aussitôt à des opérations frauduleuses. Ni Maxime, ni le notaire son convaincus par les conclusions des juges et du caissier, d’autant que celui-ci n’est au service de Puyravault que depuis deux ans, le précédent employé ayant donné sa démission pour des raisons plus ou moins vaseuses.

Maxime se trouve donc confronté à deux problèmes : retrouver et éventuellement laver de tous soupçons son parrain, et délivrer son ami Christian. Pour cela il sera aidé par une jeune violoniste hongroise, Martine Valerio et son serviteur tzigane, et l’association des Flemmards, six compagnons qui vivent dans une demeure ayant été habitée par des religieux. Paris, les environs d’Orléans et la Provence sont le théâtre des péripéties décrites dans ce roman avec des personnages hauts en couleur, pour qui l’amitié n’est pas un vain mot. Tous les ingrédients nécessaires à élaborer un suspense foisonnant sont mis en place, dans un juste dosage, et nos aventuriers sont confrontés à des malfaiteurs sans scrupules, des prélats qui quittent la chaire pour la chair, des forains pour qui le cirque n’est qu’une couverture et un alibi pour leurs déplacements, des empoisonneurs, ou au contraire aidés par des hétaïres au grand cœur, des tziganes, une prestidigitatrice adepte de la magie blanche, un petit chien ancêtre de Milou pour son flair et ses prises d’initiatives, des compères qui manient aussi bien l’art des armes que la chimie et utilisent leur intelligence et leur science pour aider les amis en détresse. Bref toute une faune composée de personnages qui ne sont pas mis en scène pour jouer les figurants mais ayant tous leur rôle à jouer dans une histoire que n’aurait pas renié Eugène Sue, Dumas et consorts.

Maurice Drack ne se contente pas d’écrire une histoire prenante, mais déjà émet de petites réflexions qui aujourd’hui encore sont d’actualité. Ainsi lorsque l’un des protagonistes se plaint des « mauvais repas des buffets de chemins de fer », ou lorsque l’auteur dénonce à mots feutrés l’urbanisme : La rue Notre-Dame des Champs appartient à cette zone de Paris où les pierres de taille n’ont pas encore dévoré toute la verdure. Et que penser du portrait de Martine, qui, dans ses allures, dans son caractère décidé, dans son costume même, avait beaucoup plus du jeune homme que de la femme, tenait fort à ce que ceux chez elle comme des amis la traitassent en garçon, c’est-à-dire en laissant de côté toute arrière-pensée de galanterie, et en oubliant franchement son sexe.

Et pour ceux qui oseraient trouver que les descriptions soient par trop longuettes, cas évoqué mais non prouvé, l’auteur précise à son lecteur : Il faut bien des lignes pour exprimer par la plume ce que l’observateur a saisi d’un clin d’œil. Qu’en termes choisis et avec quelle élégance, cela est fort joliment écrit. Quant aux jactances des petites frappes parigotes, elles ne manquent pas de sel et nul n’est besoin d’un dictionnaire de l’argot pour les décrypter.

Un livre et un auteur à découvrir et à redécouvrir.


Maurice DRACK : Chair Fraîche sur le pavé de Paname. Collection Arkhaia, éditions du Petit Pavé. Préface de Stéphane Beau. 348 pages. 22,00€.

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Dimanche 16 juin 2013 7 16 /06 /Juin /2013 14:21

 

Aux âmes bien nées....

 

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Dans ce roman Jean-Bernard Pouy se donne complètement à ce qui sous-tend tous ses autres romans et nouvelles : l’exercice de style. Exercice de style et recherche car il ne suffit pas d’essayer d’épater la galerie, il faut être lisible.

Jean-Bernard Pouy réussit le tour de force de nous emmener sur les traces d’un écrivain sans le pasticher, revisitant son œuvre sans la piller. Mais voyons plutôt.

En mettant en scène un personnage nouveau de détective (pas tout à fait nouveau puisque Lawrence Block avec Bernie Rhodenbarr nous en propose un particulièrement savoureux mais il ne faut pas oublier que son état de libraire n’est qu’une façade de même que celui inventé par Roy Harley Lewis ou encore par Alix Clémence dont le bouquiniste est spécialisé dans les romans libertins) du nom de Pierre de Gondol, bouquiniste érudit. D’ailleurs Pierre de Gondol s’amuse en répondant aux questions les plus diverses de ses clients, soit en retrouvant l’auteur d’une citation, soit en affabulant sur des biographies les plus saugrenues.

Justement l’un de ses clients lui demande d’enquêter sur la disparition de cinq personnages entre le roman original de Jim Thompson Pop 1280 et la traduction française 1275 âmes. Une enquête qu’il prend au sérieux en se rendant à la Bilipo, reçu par “ des dames d’une gentillesse exquise, un peu anglo-saxonnes dans l’approche et le maintien ” et en étudiant les thèses de Michael MacCauley ou les articles déjà consacrés à ce phénomène de tour de passe-passe, hommage au regretté Pierre Bertin, et parus dans 813. Ainsi que des passages occultés dans les diverses éditions et rééditions et qui donnent parfois un tout autre sens au récit ou lui apportent une joyeuse note farfelue. Et tout en se délectant à la vision de rediffusions de films adaptés de romans de Thompson, Pierre de Gondol oppose le cinéma au livre, l’avantage étant à ce dernier.

Mais le mieux est peut-être, sûrement même, de lire ce roman jubilatoire en diable qui nous ouvre bien des horizons, et dont l’épilogue est pour le moins iconoclaste. Si les autres auteurs de cette nouvelle série se comportent dans la lignée de Pouy, nul doute que Pierre de Gondol pourrait supplanter Le Poulpe. C’est ce que je pensais en écrivant cette chronique lors de la parution du roman, malheureusement ce ne fut pas le cas malgré les textes de qualité qui furent publiés dans cette collection éphémère. Pouy ne nous mène pas en bateau, mais qu’est-ce qu’on se gondole.


Jean-Bernard POUY : 1280 âmes. (réédition de la collection Pierre de Gondol, éditions Baleine). Editions Points. Juin 2011. 160 pages. 6,00€.

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Dimanche 16 juin 2013 7 16 /06 /Juin /2013 09:57

Hommage à Jean Forton né le 16 juin 1930.

 

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Ecrire un roman à la première personne, c’est mettre un peu de soi dans l’intimité du personnage-narrateur et il est parfois difficile de dissocier la fiction de la réalité. Renfermé, solitaire, notre héros (au sens de personnage principal) tient une sorte de journal de bord non daté, une façon personnelle de coucher sur le papier ses avatars afin de mieux les revivre.

Il n’a pas grand-chose à faire dans une existence oisive, percevant une rente mensuelle d’un héritage paternel. Son frère perpétue le négoce en vin qu’avait créé leur père et lui, il encaisse tous les mois sa quote-part. Il ne se plaint pas, même s’il pense être grugé, d’ailleurs que pourrait-il réclamer, lui qui à part se présenter pour toucher son obole ne participe en rien à l’entreprise familiale.

Il baguenaude, il vadrouille, il observe, habillé le plus souvent de fripes informes, se moquant totalement de son apparence, du regard des passants honnêtes comme le chantait Brassens. Il fréquente peu, et ne prend plaisir qu’en établissant des liaisons avec êtres blessés par la vie qui n’attendent plus rien de l’avenir. Ce sont les rares qui trouvent grâce à ses yeux « c’était un être frustre, et par bien des côtés plus proche de la bête que de l’homme. Mais il avait atteint un tel degré de misère qu’il avait bien le droit d’avoir une opinion ».

Il s’encanaille car ses fréquentations ne le jugent pas, négativement ou non : « En moi sommeillent de bas instincts, je ne participe vraiment aux joies collectives qu’avec des gens simples, des ivrognes. Ils ne me jugent pas, ils n’en ont pas le temps. Et s’ils le font malgré tout, ils ont la délicatesse de n’en laisser rien voir ». Un peu plus loin il écrit : « Ces rencontres d’un soir, ces amitiés d’une heure, m’ont toujours semblé précieuses. Il y a, dans cette intimité que rien ne vient troubler, une liberté, une franchise qu’interdisent les longs rapports ».

Une profession de foi qui se racornit un beau jour, lorsqu’il croise par hasard une jeune fille à la sortie d’un pensionnat. Il la trouve belle, en tombe amoureux et grâce à sa persévérance, sa volonté, sa patience, sa gentillesse, il va peu à peu apprivoiser ce petit oiseau et l’emmener dans sa cage. La belle, dont le père est lui aussi riche négociant en vin, est naïve. Faut dire qu’entre un père absorbé par son travail et une mère atteinte d’une sorte de maladie récurrente, Isabelle ne connait rien à la vie. Il va se charger de son apprentissage, lui apprendre à manquer l’école, à sortir de sa réserve, à s’émanciper. Il l’aime mais parfois regrette que sa présence soit trop effective, car il reste profondément solitaire dans l’âme. « Dieu sait que je l’aime, mais il arrive parfois que sa présence me pèse…On devrait interdire, même aux maîtresses les plus chères, certains lieux secrets où elles n’ont pas leur place ». Il n’est pas franchement cynique et pourtant il agit comme tel. Et sa grande question sera « A quoi me sert d’aimer si je dois souffrir ? ».

Par essence un lecteur est un être curieux, et ne dérogeant pas à cette assertion, j’ai entamé ce roman par la fin afin de recueillir quelques renseignements, le nombre de pages, la date d’imprimerie, la lecture de la postface sensible et érudite de Catherine Rabier Darnaudet, et plein de petites autres bricoles. Ainsi en apprenant que ce roman n’était tiré qu’a deux mille deux cent vingt deux exemplaires, je ne peux m’empêcher de penser qu’il n’y en aura pas pour tout le monde et que seuls les premiers seront servis, alors n’hésitez pas à vous le procurer.

forton1.jpgConsidéré comme son chef d’œuvre (je ne peux juger n’ayant pas lu les autres ouvrages de cet auteur, une lacune que je ne devrais pas tarder à combler), La Cendre aux yeux de Jean Forton pourrait passer pour un roman nombriliste. Cela se dément bien vite car le lecteur, qui suit les pensées du narrateur, peut se demander à juste raison si cette histoire n’est pas la sienne, ou tout au moins une aventure qu’il aurait pu vivre. Evidemment il faut s’investir, endosser le rôle et se plonger dans les années cinquante, quand les relations Filles/Garçons relevaient d’un code qui n’existe plus, d’une façon de penser et de se conduire qui sont devenues obsolètes. Il plane sur cet ouvrage comme un parfum d’authenticité qui relève plus de la confession que de l’imaginaire, avec un petit goût d’autodérision salutaire.


Jean FORTON : La cendre aux Yeux. Editions Le Dilettante. Postface de Catherine Rabier-Darnaudet. Octobre 2009. 320 pages. 19,00€.

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Samedi 15 juin 2013 6 15 /06 /Juin /2013 17:26

Comme disait ma grand-mère, on ne joue pas avec les couteaux...

 

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Figés tels des statues, simples soldats, samouraïs et ninjas attendent l’ordre de fondre sur la forteresse qui se dresse fièrement dans la vallée. Le daimyo, le roi dragon, envoie un cavalier porter un message à Dame Kachiko, la femme de Thoshiro le maître des lieux et vassal du daimyo. La réponse, négative, ne se fait pas tarder alors l’attaque est lancée et s’ensuit un véritable massacre.

Quinze ans plus tard, Hatanaka, un ancien samouraï devenu un yamabushi (guerrier de la montagne) et le jeune Ichirô rodent dans la montagne. Ichirô est âgé de quinze ans et un élève assidu du vieil Hatanaka qui lui apprend le maniement du Katana, une arme blanche redoutable, ainsi que la sagesse. Il lui fait également quelques révélations sur sa naissance.

Lors de l’attaque de la forteresse par le daimyo, les parents d’Ichirô qui étaient les seigneurs du lieu, sont décédés et Hatanaka, l’un des rares survivants, s’est occupé du nouveau-né. Depuis ils voyagent dans les montagnes. Ichirô est effondré par cette nouvelle et il est décidé à se venger. Ils recueillent un jeune paysan, qui erre dans la nature, rejeté de son village à cause de sa couardise. Mais Buta (porc en japonais), s’il est pleutre, est une force de la nature et il porte à lui seul les ballots contenant les affaires des voyageurs. Lorsqu’ils arrivent devant la forteresse du daimyo, un recrutement de samouraïs est organisé. Ichirô, malgré les avis contraires d’Hatanaka, s’inscrit dans ce jeu du quitte ou double. Heureusement les premières passes d’arme s’effectuent à l’aide d’un Bokken, un sabre en bois, réplique du katana. Ôno, le jeune samouraï recruteur, un individu imbu de son pouvoir, qui affiche sa morgue et son mépris avec ostentation, décide de changer les règles du jeu. Dorénavant ce sera avec le katana que les combattants se départageront, le perdant restant définitivement sur le carreau. Les candidats se pressent moins, mais que ne ferait-on pas lorsqu’on est un rônin, un samouraï sans emploi ? Et pour faire bonne mesure Ôno défie Ichirô. Malgré sa science des armes Ichirô encaisse les coups, son adversaire jouant au chat et à la souris avec lui. Et bientôt l’issue fatale se profile…

Lorsqu’il sort de son étourdissement, Ichirô, affaibli par de nombreuses blessures se rend compte qu’il a été déposé sur le charnier composé des corps des combattants défunts. Hatanaka et Buta confectionnent une civière de fortune et sortent de l’enceinte malgré les soldats qui gardent la porte. L’étrange convoi se replie sur la montagne enneigée et se terre dans une grotte, jusqu’au jour où Ôno rejoint les trois membres. Il est en fuite car il a enfreint la loi en laissant la vie sauve à Ichirô et que des gardes en charge de l’entrée, et donc par la même occasion de la sortie, ont péri sous la colère de Hatanaka. Il craint le courroux du daimyo, ce qui n’est pas une idée en l’air mais une réalité. Le Shogun a fait appel à un ninja pour retrouver, et pourfendre, les fuyards.

Les pérégrinations de la petite troupe se poursuivent, et ils seront bientôt rejoints par un voleur et un ninja.

Ce roman semi-fantastique, truffé de combats acharnés, de retournements de situation, réserve bien des surprises dont l’épilogue qui appelle une suite et offre déjà une résolution de certains mystères. Situé dans un Japon médiéval, il est destiné à ceux que l’on pourrait appeler de jeunes adultes mais il ne leur est pas uniquement réservé. Les lecteurs avides de sensations fortes, de fantastique pas trop appuyé, d’effets spéciaux dignes des films ou séries télévisées (genre Power rangers) aux arts martiaux japonais avec cascades réalisées par des ninjas n’ayant pas de problèmes de sciatiques et autres maladies articulaires, seront enthousiasmés par les prouesses des combattants et les nombreuses péripéties qui foisonnent dans ce roman. L’auteur habilement a préféré jouer sur les scènes d’action, reléguant une quelconque philosophie ennuyeuse au fond du placard.

Katana s’apparente donc à un roman d’aventures qui se lit avec une certaine jubilation. Si l’aspect nippon n’est pas appuyé, et les décors pouvant tout aussi bien être transposés au Tibet ou toute autre chaîne montagneuse, ce sont bien entendu les techniques de combat et les armes blanches utilisées ainsi que la présence de geishas qui situent le roman dans cette partie énigmatique du monde. Un divertissement qui ne s’encombre pas d’explications oiseuses. Cela fait du bien de temps à autres.


Jean-Luc BIZIEN : Katana. Vent rouge, volume 1. Editions Le pré aux clercs. Collection Pandore. Mai 2013. 336 pages. 16,00€.

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Samedi 15 juin 2013 6 15 /06 /Juin /2013 16:07

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Pas vraiment policier, pas fantastique, La Muraille emprunte aux éléments de ces deux genres pour mieux se démarquer. Roman noir également, un peu comme on l’entendait à l’origine de cette appellation et que l’on désigne aujourd’hui sous celle de roman gothique, dans une ambiance moyenâgeuse, historique, épique, chevaleresque, ce roman vous plonge dans un univers onirique composé de bruit, de fureur, de couleurs, de faux semblants, de miroirs aux alouettes et de drames sordides.

Troubadours et bateleurs se pressent pour participer à la fameuse fête des fous qui chaque année se déroule au village de Mornas, dont la forteresse se dresse fièrement au dessus d’un ravin. Thibault, Ninon et leurs compagnons, La Pie et Taureau arrivent alors que l’orgie bat son plein. Mais pour La Pie, comme pour Taureau, l’intérêt ne réside pas dans ce débordement d’énergie.

Ils sont obnubilés par l’hypothétique trésor du seigneur de Mornas, réputé pour ses nombreuses épousailles et les disparitions souvent prématurées de ses femmes. Tandis qu’Arlequins italiens subjuguent Ninon, pourtant en proie à des cauchemars destructeurs, que Thibault endosse tant bien que mal son accoutrement usurpé de chevalier, que La Pie et Taureau ne pensent qu’à remplir leurs sacoches, Côme de Blagnac et ses troupes assiègent la forteresse. Les villageois n’ont qu’une seule échappatoire, se réfugier dans la citadelle. Malgré le manque d’eau et de vivres qui ne va pas tarder à se faire ressentir, le seigneur de Mornas ne semble pas abattu. C’est le moment choisi par La Pie pour mener son enquête dans les souterrains.

Sur une trame historique, servi par une atmosphère lourde, angoissante, fantasmatique, ce roman de fureur et d’action, de cupidité et d’amour, d’honneur et d’humeur, de trompe l’œil et d’horreur, de comédie et de tragédie, souffle le froid et le chaud, décoiffe mais ne rase pas. Une plongée médiévale qui laisse peu de place à la réflexion tant l’auteur enchaîne rapidement les rebondissements, les morceaux de bravoure, les moments d’émotion, parfois entre rire et larme.


Jean Luc BIZIEN : La Muraille. Collection Moyen Format, Le Masque. Octobre 2001. 396 pages.

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Vendredi 14 juin 2013 5 14 /06 /Juin /2013 10:55

Quel diplomate !

 

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La collection Angoisse du Fleuve Noir est devenue mythique au fil des ans, alors que du temps de son vivant elle n’a jamais connu l’aura et le succès de ses grandes sœurs Spécial Police et Espionnage. Aujourd’hui elle est très recherchée par les collectionneurs et donc pratiquement introuvable sauf à des prix souvent prohibitifs chez les bouquinistes spécialisés. Dans l’entretien accordé par Dominique Rocher à Richard D. Nolane, les ventes des romans de la collection Angoisse s’étalaient au début des années soixante-dix entre 10 000 et 35 000 exemplaires. Ce qui, comparé aux chiffres de ventes des deux collections citées ci-dessus (voir mon article sur les chiffres de vente du Fleuve Noir), ne comptait guère dans la balance commerciale. A cela une raison simple. Les lecteurs pensaient découvrir des romans dédiés au fantastique et comme ce genre littéraire ne fut guère prisé, et ne l’est guère plus aujourd’hui encore, ils n’ont pas été attirés par le contenu. Pourtant le titre même de cette collection annonçait la couleur : Angoisse. Et c’est bien l’angoisse qui prédominait, une angoisse parfois teintée de fantastique, mais également d’horreur ou de terreur.

L’Ambassadeur des âmes, courte nouvelle qui ouvre le recueil et donne son titre éponyme à l’ouvrage, m’a fait penser à un spot publicitaire tourné par George Clooney. Je vous laisse découvrir pourquoi et attardons nous sur le premier des deux romans qui figurent dans ce volume et ont été tous deux publiés dans la collection Angoisse au début des années 70.

L’homme aux lunettes noires. Marie a décidé de partir en Inde en compagnie de Marc, son amant. Avec Gilles son mari, ce n’est plus ça, quant à son fils Renaud, il est dans une institution en Suisse à cause d’une santé défaillante. Avant leur départ Marc et Marie dînent dans un restaurant chinois et sont abordés par une diseuse de bonne aventure. Bonne aventure, vraiment ? La Gitane « voit » du sang sur la main de Marie, une mort est annoncée. Pas de quoi refroidir les envies de Marie de tout quitter, Paris, son mari, son enfant, pour aller en Inde avec Marc. Car dans le bureau de son époux elle a découvert un dossier la concernant et révélant son incartade. Toutefois comme il n’est jamais inutile de prendre quelques précautions, elle propose à sa servante qui est enrhumée, le chauffage dans la chambre de bonne étant défaillant, de coucher dans sa chambre. De toute façon, ce n’est pas un problème puisqu’elle fait chambre à part avec son mari, comme cela est de coutume dans le grand monde, et ce soir là elle est ailleurs. Le seul petit hic, c’est qu’elle retrouve Anna assassinée avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur son avenir. Tant pis, ce voyage, elle l’a voulu, elle le fera, et même si Marc n’est pas au rendez-vous au départ de l’avion, elle embarque comme cela était convenu. Elle remarque un homme portant des lunettes noires qui semble surveiller ses faits et geste. Arrivée sur place elle est prise en charge par un guide, Rani, qui s’impose à elle. Mais l’homme aux lunettes noires est souvent présent mais il possède la faculté de disparaitre aussitôt dès qu’elle tourne la tête. Elle le suspecte d’appartenir à la police, Interpol pourquoi pas. Et Marc qui n’arrive toujours pas alors que sa chambre d’hôtel est réservée.

Humeur le second roman présent dans ce volume, édité à l’origine sous le titre de Humeur rouge, met en scène un psychanalyste à la tendance masochiste refoulée, exerçant son métier pour le plaisir. Mais ses clients eux ont vraiment besoin de lui. Témoin ce patient du nom de Robert Hamelin, atteint d’un eczéma douloureux provoqué par sa nervosité, qui suit des séances de psychanalyse. Bizarrement ce psoriasis disparait lorsqu’il assiste à un accident, ou à un homicide, qu’il a provoqué. Son humeur, sa nervosité, son comportement caractériel peu à peu déteignent sur le médecin.

Les quatre autres nouvelles qui complètent l’ouvrage, La route du destin, Lov’machine, Meurtre à la page et Tu as dit vampire ? jouent sur le cauchemar, sur l’introspection des pensées de ceux qui côtoient le protagoniste auquel un docteur visionnaire a greffé une sorte de détecteur de mensonge, les effets parfois néfastes d’Internet, et enfin sur la visite intempestive d’un inconnu dans la chambre d’hôpital d’un jeune malade atteint de leucémie.


Ces romans et nouvelles d’une agréable facture se lisent avec plaisir, car si le fantastique n’est pas loin, c’est l’angoisse insidieuse qui se détache de ces textes. Pas de débordement d’hémoglobine, pas de complaisance, pas de sensationnel, pas de clichés, pas d’outrance dans l’horreur, tout réside le plus souvent dans la suggestion que dans la description.

Le lecteur retrouvera une constante dans pratiquement tous ces romans et nouvelles : la médecine représentée par des toubibs ou des infirmières. Pas étonnant puisque Dominique Rocher a fait des études d’infirmière avant de se tourner vers le journalisme. Elle explique d’ailleurs son parcours dans l’entretien réalisé par Richard D. Nolane. Alain Sprauel quant à lui a établi une bibliographie complète des œuvres de Dominique Rocher, romans nouvelles, et autres.

Vous serez sûrement intéressés de parcourir le catalogue des éditions Rivières Blanches. L’illustration de couverture est signée Arnaud Demaegd.


Dominique ROCHER : L’Ambassadeur des âmes. Collection Noire 23. Rivière Blanche. 336 pages. 20,00€.

Par Oncle Paul - Publié dans : Nouveautés & Rééditions - Communauté : Culture Polar
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Jeudi 13 juin 2013 4 13 /06 /Juin /2013 18:34

Au cas où il ne serait pas complètement mort !

 

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L’étrange découverte que viennent de faire le capitaine Mord-bœuf et les quelques sergents qui l’accompagne ne va sûrement pas leur remettre les idées à l’endroit, eux qui ont déjà des difficultés à comprendre même ce qui est simple. Alors trouver dans le cimetière de Cahors le cadavre d’un défunt, mort depuis quinze jours, sur la glèbe, hors de son tombeau et un poignard fiché dans la poitrine, cela a de quoi vous retourner le ciboulot et regarder alentours si le diable ne s’amuserait pas à la vue de leur visage déconfit.

Mord-Bœuf, en compagnie du sergent Pelfort Pasturat, fait part immédiatement de sa trouvaille pour le moins incongrue à Guillaume de Cardaillac, seigneur-comte et évêque de Cahors, qui se dit in petto que le sieur Enguerrand de Cessac, usurier de son vivant, continuera à l’enquiquiner même dans la tombe. Puisqu’il en est sorti. Aussitôt mission de renvoyer le cadavre dans le trou et ramener l’arme du crime, est confiée aux deux gens d’arme mais celle-ci est sabotée. La mission, pas l’arme. Pasturat a glissé le cadavre en sa destination finale dont il n’aurait jamais dû ressortir oubliant de ce fait le poignard dans le corps.

En époque bénie où ni Internet ni téléphone portable existaient, les rumeurs et mauvaises nouvelles se propagent sans l’apport de technologies. Et c’est ainsi que Dame Braïda, mariée avec Domenc et maman d’une jolie petite Ava de deux ans, apprend les avatars du corps de Cessac. Elle a repris les affaires de son père, finances et transports de ballots par gabarres sur la rivière l’Olt, mais de nature curieuse, sitôt qu’un mystère se présente à elle, elle le prend à bras le corps et il lui faut le résoudre, quitte à sacrifier les affaires en cours. Dans le ménage, c’est elle qui porte les braies, ce qui ne déplait en rien à son époux. Ava tient de sa mère, refusant de se coucher ou prendre son biberon si elle en a décidé ainsi et en proférant des litanies de no-no-no-no-no-no-non ! Un côté rebelle qui fait fondre ses parents.

Pendant ce temps, en sa maison forte, le chevalier Aimard de Roquebrune, au passé entaché de quelques vilenies, tient conciliabule avec son quintet de coupe-jarrets. Sont présents, Plate-couille dont l’historique du patronyme est décrit dans l’ouvrage, de Godet-fendu, une particularité due à l’apparence de son visage qui lui permet de renverser sur ses habits autant de liquide qu’il en boit, ce qui n’est pas peu dire, de La Feuille dont l’unique accessoire destiné à ouïr ressemble un peu à celle de Monsieur Spock, et enfin Les-Jumeaux, appelés ainsi pour des raisons évidentes dont point n’est besoin de s’attarder sur l’origine. Or Aimard s’aperçoit que sous la ceinture de l’un des jumeaux il manque un poignard. Le sicaire est incapable de s’expliquer sur cette vacuité ventrale. Passablement énervé, le chevalier demande à ses hommes, si tant est qu’ils puissent comprendre les ordres, de s’enquérir de cette disparition et de la rumeur qui se propage concernant la réapparition d’un cadavre affublé d’une arme blanche.

Braïda enquête de son côté, auprès de Giovanni Conti le Lombard et autres personnages ayant eu affaires avec Enguerrand de Cessac, ou de Jacob le médecin juif qui affirme que le défunt aurait succombé d’une mauvaise fièvre aggravée par les tergiversations de trois autres médicastres mandés par sa servante, Arsende. Mais il est persuadé qu’en réalité il y avait eu crime. Les deux serviteurs de Braïda qui lui font office de garde du corps, Géraud et Pisse-dru, point n’est besoin de justifier cet alias, traquent les informations dans les bouges et tripots, au Mouton embroché principalement, lieu de rendez-vous des hommes du guet et autres poivrots de gente compagnie.

Braïda se demande, si, j’insiste sur le si, l’origine de ce meurtre ne résiderait pas en la construction future d’un pont sur l’Olt, près de l’embarcadère. Ce passage de pierre étant édifié au détriment financier de l’évêque Guillaume de Cardaillac, qui tire profit du péage pour la traversée à l’aide d’un bac. Braïda aussi, dans une moindre mesure, mais elle n’est pas concernée dans ce (double ?) meurtre. Tandis que penser que l’évêque aurait fait occire l’un de concitoyens pour une vulgaire rentrée d’argent défaillante, serait pour le moins incongru.

 

Dans le cadre d’un roman historique, ce livre est aussi la chronique d’une petite ville au Moyen-âge, mais sans posséder la lourdeur des descriptions ennuyeuses que certains romanciers privilégient au détriment de l’intrigue. Le décor est simplement posé, l’auteur privilégiant les portraits physiques et intellectuels des personnages. Car il faut bien l’avouer et l’écrire, qu’ils soient hommes du guet ou coupe-jarrets, ceux-ci manquent singulièrement de finesse mentale. Les rouages de leurs cellules grises sont passablement grippés, et ceux qui s’adressent à eux doivent choisir des mots simples afin qu’ils saisissent le message qui leur est adressé. Ce qui ne va pas sans incompréhension de leur part, la plupart du temps, et je suis modeste.

 

Un humour frais, léger, primesautier, règne sur ce roman dont l’épilogue est pour le moins inattendu, dont l’intrigue est savamment amenée et agencée. Dame Braïda est une forte femme, psychiquement et non physiquement, et cela nous change des femmes fatales ou écervelées. On disait de Braïda qu’elle pourrait faire se mettre en rang les chênes têtus des causses. D’ailleurs c’est quasiment la seule femme au visage et au corps avenant présente dans ce roman. Les autres ressemblant plus à des fantômes ou à des fées Carabosse, ce dont elles n’ont pas toujours conscience. De plus Braïda est énergique, impulsive, ce qui ne l’empêche point de s’adonner à la réflexion lorsque son enquête l’exige. Ainsi elle se remémore un vieux précepte édicté par son père : Lorsque l’on veut dissimuler un objet, ou une lettre, la meilleure cache est de le laisser à la vue. Ceci ne vous rappelle rien ?

Après avoir fait sa connaissance dans La chair de la Salamandre, nous restons sous le charme de Braïda et espérons la retrouver prochainement dans de nouvelles aventures médiévales. En attendant je vous invite à déguster un bon petit Cahors gouleyant, mais attention, sans en renverser une goutte.


Jean-Louis MARTEIL : L’assassinat du mort. La Louve éditions. 240 pages. 15,00€.

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Par Oncle Paul - Publié dans : Nouveautés & Rééditions - Communauté : Culture Polar
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L'Oncle Paul et ses lectures

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Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort.

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Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti.

Un grand merci à lui !

TOP 12

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Retrouvez le Top 12  2012 de l'oncle Paul

Et bonnes lectures !

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