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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 11:26

Teddy est revenu, alléluia...

Gilbert GALLERNE. Teddy est revenu.

Depuis l'enlèvement de sa fille Lucie et le divorce d'avec un mari qui ne tenait plus guère à elle, Laura vit dans une espèce de brouillard, travaillant comme un zombi, se gavant de cachets.

Une tragédie qui s'est déroulée cinq ans auparavant. Jusqu'au jour où elle reçoit par la poste dans un carton l'ours en peluche de Lucie.

Elle décide de rejoindre sans plus tarder à Saint-Nazaire d'où a été expédié le colis. Elle rend visite aux directrices d'écoles, surveille les sorties de classe dans l'espoir de reconnaître sa fille, mais en vain.

Alerté, le commissaire Cointeau ne croit guère en son histoire, d'autant qu'elle ne veut montrer le jouet qui lui a permis de relancer ses recherches. Il n'ouvrira le dossier que si elle apporte un élément irréfutable justifiant sa présence et ses démarches.

Elle est démoralisée et ne reprend espoir qu'en lisant dans une feuille locale les avis de bienvenue aux nouveaux habitants de la cité. Elle pense pouvoir découvrir un nom, une piste dans la rubrique parue cinq ans auparavant. Le journaliste local, Albert Toulouse se propose de l'aider.

C'est un être quelque peu désabusé, alcoolique, mais l'idée de pouvoir damer le pion aux journalistes nationaux, et pourquoi pas à la police, lui revigore le moral. Il trouve une piste qui avait échappé à Lucie, mais comment aurait-elle pu la débusquer, elle qui n'est pas de la région. Tandis que lui, qui de par sa profession et de son origine est au courant de pas mal de petits secrets, peut relier entre eux des faits divers qui sont passés inaperçus aux yeux de beaucoup de monde, même de la police.

 

Par petites touches, sans effets grandiloquents, mais avec efficacité, Gilbert Gallerne nous entraîne en compagnie de cette mère qui recherche son enfant, persuadée que sa fille est toujours en vie, malgré les avis de ses proches ou de la police.

Il fait monter la tension jusqu'au dénouement avec pudeur et justesse, dosant subtilement psychologie, montée de l'angoisse et action. Il évite les écueils de la sensiblerie ou du misérabilisme trop larmoyant, trouvant le ton en adéquation entre le fatalisme et le je m'enfoutisme de quelques personnages, de la perversité qui mène certains autres.

Le tout pour en arriver à un mobile mercantile qui règle de nos jours encore, malheureusement, les actes de certaines familles provinciales.

 

Première édition : Collection Attitude. Editions LEFRANCQ.

Première édition : Collection Attitude. Editions LEFRANCQ.

Réédition Edition City 2010.

Réédition Edition City 2010.

Gilbert GALLERNE. Teddy est revenu.

Réédition Collection Objectif Noir. Disponible en version numérique Kindle. Samedi 24 septembre et dimanche 25 septembre : Promotion à 0,99€. Sinon, 4,99€.

23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 08:46

Après La Lutte, qui ne fut pas finale...

Marek CORBEL : En proie au labyrinthe : La Tourmente.

La manifestation qui s'est déroulée devant le Palais de l'Elysée, le 13 février 2016, s'est terminée dans un débordement fatal à Daumal, policier à la DGSI.

Ceci clôturait le premier épisode La Lutte de cette trilogie dont le prochain volume doit paraître en 2017.

Cette manifestation n'a pas été sans conséquence dans la vie politique française. L'état d'urgence avait été décidé et un profond remaniement gouvernemental avait été opéré. Akni, le précédent président, toujours aussi vindicatif, est devenu premier ministre du président actuel Govin, dans le cadre d'un gouvernement d'union nationale. Les fauteurs de trouble incarcérés, sous le coup d'inculpation de meurtre. Mais aucune preuve ne pouvant étayer cette accusation, bon nombre de membres du Collectif ont été relâchés au bout de quelques mois. Une liberté conditionnelle qui affecte certains des affiliés de ce Collectif.

 

Mais les méfaits du Cartel, dirigé par Herrero de La Pena, sont inamovibles, et les pays européens toujours sous la pression. Réduire la dette publique, augmenter le PIB, par tous les moyens même les plus inhumains et quelles que soient les conséquences sur la population.

Or s'immiscer dans les affaires d'un pays, vouloir s'ériger en donneurs de leçons, ne plait pas à tout le monde.

En ce 10 avril 2017, alors qu'Enzo Van den Huyghen doit se rendre en mission à Athènes, il est pressenti pour remplacer Massimo Conti, vieux politicien conservateur italien, ancien président du conseil, chargé d'assurer les (bonnes ?) relations entre les états membre et le Cartel. Car Herrero de La Pena n'a pas apprécié que Conti ait divulgué certaines informations auprès de la NSA, via son représentant Winsley, d'où le projet d'écartement de Conti dans les arcanes du Cartel. Mais à la NSA, les mouvements de personnel depuis l'élection à la présidence des USA d'une Démocrate, se multiplient. Et Morrington, le nouvel Ambassadeur signifie à Winsley qu'il est sur une chaise musicale avec des couacs à la clé.

Enzo Van den Huyghen se rend à l'invitation d'Oloros, le Vice-Premier ministre grec, en compagnie de son chauffeur, au nouveau siège du PASOK, un immense entrepôt sur Le Pirée. Le pire est à venir car des ouvriers syndicalistes réclamant le retrait du plan Docker ont établi un barrage. Oloros a été obligé, à la suite d'ardues tractations, de proposer une loi sur les ports, une nouvelle déréglementation, afin qu'une troisième tranche de subventions soit versée à la Grèce. En rentrant à l'aéroport, le véhicule d'Enzo Van den Huyghen est pris pour cible dans un attentat. Le délégué du Cartel, ainsi que son chauffeur garde-du-corps, ne repartira pas vivant de ce pays en proie à la crise depuis de très et trop nombreuses années.

 

Depuis la manifestation devant le palais de l'Elysée du 13 février 2016, le capitaine Girod s'est reclassé dans une entreprise privée et il revient d'une mission de trois mois en Ukraine. Il a décidé de rétablir l'honneur de son ancienne chef, la commissaire Béhar dite Madame Raymonde, car celle-ci a été obligée de démissionner de son poste à la DGSI.

Et pendant ce temps, les membres du Collectif essaient de se recaser dans la société. Julie vient de trouver un emploi, ce qui lui permettra de mettre du baume au cœur à son banquier qui est désolé (même pas vrai !) de constater que son compte bancaire est souvent, pour ne pas dire tout le temps, dans le rouge. Geneviève tient son journal à l'intention de sa fille qui n'a toujours pas trouvé de travail. Sa rancune depuis les événements l'ont radicalisée et elle ressasse son amertume. Arno, lui, doit terminer sa thèse et devenir maître de conférence en histoire contemporaine à l'Université de Créteil. La politique ne l'intéresse plus.

Quant à Jacques Tomrine, qui fut ancien cadre au Parti réformiste du Président Govin, il a pris ses distances avec la politique menée par le gouvernement actuel et se dresse en adversaire. Il rencontre Arno dans la prison de Fleury-Mérogis afin de lui proposer une place dans le mouvement qu'il reconstruit et il l'invite à se présenter comme candidat aux élections législatives de juin à Creil, fief d'Arno.

 

Tout ceci n'est qu'une extrapolation, une uchronie politique dans ce que pourrait devenir le système politique français, les divergences fondamentales et les restrictions budgétaires imposées aux pays européens par le Cartel. Mais il existe un fond de réalité actuelle dans ce roman, et on peut reconnaitre certains personnages qui gravitent, ou ont gravité, dans le paysage politique français et européen.

Et une fois de plus Marek Corbel nous entraîne dans une histoire qui est une fiction mais pourrait être réelle car les nombreux dérapages de certains ministres, toujours en place ou qui ont démissionné depuis la sortie du roman, énervent, agacent, voire déstabilisent la plupart des électeurs potentiels lors d'un renouvellement politique de plus en plus proche et entraîner un marasme dans lors des prochaines élections présidentielles. Soit par des votes contestataires soit par désaffection de la fréquentation des urnes. Mais attendons le troisième volet de cette trilogie et quelles seront les interférences avec l'avenir.

Un roman peut-être un peu ardu, comme le précédent, mais qui fait néanmoins réfléchir sur les agissements des hommes politiques quels qu'ils soient.

 

Ses petites guiboles coincées contre la base du secrétaire de bois clair, époque Louis XV, le premier ministre Akni considérait, avec mépris, l'hôte présidentiel de l'après-midi.

Marek CORBEL : En proie au labyrinthe : La Tourmente. Volume 2. Editions La Liseuse. Parution 21 juin 2016. 246 pages. 17,99€.

Existe en version numérique : 3,99€.

22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 08:30

En pleine lumière...

Jean-Pierre FAVARD : L'Ombre Noire.

Un esclandre dans la cour de récréation du lycée qu'il fréquente à cause d'une fille qui l'a plaqué et ne le fréquente plus, et Yoann est viré de l'école. Exclusion définitive. Faut croire que le proviseur n'a jamais eu de chagrin d'amour.

Les parents de Yoann n'ont pas trouvé mieux que de le conduire chez sa grand-mère, une vieille dame qui vit seule avec son chien dans un village perdu de Bourgogne. Châteauneuf en Auxois. Quatre-vingts âmes environ. Et son château. Et une pancarte à l'entrée du village annonçant aux touristes qu'ils arrivent dans un village classé parmi les plus beaux de France. Et à par ça ? Rien ou pas grand chose.

Yoann reste la plupart du temps enfermé dans sa chambre. Aussi Mamie lui confie des petits travaux, comme des missions délicates et indispensables pour la bonne tenue de la maison. Ainsi il doit aller chercher du bois pour alimenter le poêle, et des légumes dans le jardin pour les alimenter tous deux.

Mais pour se rendre au jardin, il faut traverser le bois. Et en chemin, Yoann remarque une masure, puis entend un bruit. Il s'agit d'une jeune fille qui sort une boite puis se roule une cigarette. Ils font connaissance et échangent quelques confidences. Garance va au lycée, vit avec sa mère et de temps à autre travaille comme serveuse dans une crêperie mais également au château comme guide ou libraire. D'ailleurs elle lui promet de faire visiter l'édifice qui date du Moyen-âge, sachant où se trouve les clefs pour accéder à la cour intérieure du château.

Ils se retrouvent souvent, pour se promener et converser en toute liberté. Il la trouve très belle Garance, avec ses longs cheveux rouges, surtout lorsqu'ils sont dénoués et flottent sur ses épaules. La mère de Garance est une jeune femme un peu baba-cool, qui a beaucoup voyagé et a ramené du Népal, d'Inde ou du Maroc, de nombreux objets disposés au hasard dans sa maison. Le seul problème qui empêche Yoann de rester à manger, c'est le côté végétarien des repas. Hélène, la mère, lui apprend qu'au château ils ont besoin de monde. Ce serait pas mal pour l'occuper durant les journées puisqu'il ne va plus à l'école.

Et c'est ainsi que Yoann débroussaille les buissons, désherbe, nettoie les lieux et il peut même visiter ce fameux château qui fut la propriété de Philippe Pot, Grand Sénéchal de Bourgogne au XVe siècle. Et dans la crypte repose justement le gisant de ce personnage célèbre pour avoir déclaré que la légitimité des rois était une invention, énonçant les premières théories démocratiques de l'histoire. Théories reprises quelques siècles plus tard.

Ce gisant est entouré de huit statues, des pleurants, et Yoann aime les contempler, avant de se mettre au travail, ou après. Or un jour, il n'a pas bu et d'ailleurs il ne boit jamais, il croit entrapercevoir un mouvement. Une statue a bougé les tête et ses yeux sont devenus jaunes, brillants. Il n'en faut pas plus pour impressionner Yoann qui en parle à Garance, et à sa mère, ainsi qu'à sa grand-mère. Il rencontre également d'autres personnes, dont un auteur local et une dame qui ne sort quasiment jamais de chez elle, qui vont radicalement changer sa vie pour des raisons diverses.

 

Débute alors une histoire semi-fantastique entrecoupée par la relation historique de la vie de Catherine de Châteauneuf, condamnée à la question pour avoir empoisonné son mari. En ce temps-là, on condamnait et on torturait les gens pour leur faire avouer une faute qu'ils n'avaient pas forcément commise. Et bien entendu, ces aveux arrachés sous la torture conduisaient tout droit au bûcher.

Ce court roman est suivi d'un article extrait très intéressant et très instructif des Annales de Bourgogne, signé Hélène Bouchard, qui explique un épisode de la vie de Philippe Pot et remet ses déclarations dans leur contexte.

Cette collection mérite largement le détour par son approche romanesque empruntant à des histoires locales, d'où son titre, méconnues et qui mettent en valeur une petite ville et ses personnalités. Et je verrais bien ce roman très visuel adapté en bande dessinée ligne claire façon années 50/60.

Jean-Pierre FAVARD : L'Ombre Noire. Collection LoKhaLe N°4. Editions La Clef d'Argent. Parution le 26 août 2016. 136 pages. 6,00€.

21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 08:23

Bon anniversaire à Olivier Thiébaut

né le 21 septembre 1963.

Petit entretien express avec Olivier THIEBAUT.

Dans le roman noir, comme en général dans toute littérature, existent les textes qui dérangent et dont les chroniqueurs parfois n'osent rendre compte, peut-être de peur de se mouiller. L'enfant de cœur d'Olivier Thiébaut paru dans la Série Noire (N°2332) quasiment en même temps que La Sirène rouge de Maurice Dantec (N°2326) n'a pas eu les honneurs de la grande presse, ou alors juste quelques lignes en catimini. Il est vrai que ce roman est plus intimiste que la plupart des productions habituelles de la vénérable vieille dame en noir et jaune. Et qu'il aborde un thème un peu tabou. Faut-il pour cela l'occulter ? Non, au contraire, il faut en parler et ne pas hésiter à donner son avis.

Toutes les sensibilités doivent être respectées et ce n'est pas parce qu'une histoire trouble la conscience qu'elle doit se trouver sous l'éteignoir.

 

 

Prévenu Thiébaut: nom, prénom, âge, profession, antécédents scolaires ?

Je m'appelle Olivier Thiébaut, je suis né le 21.09.63 à Cherbourg. Mon père était inspecteur du trésor, ma mère prof d'anglais. Tous deux sont bien vivants, je tiens à le préciser. Scolarité chaotique avec au bout du compte Bac D., DEUG LAEC...

Ce qui veut dire ?

Lettres, arts, expression, communication. Tout un programme pour beaucoup de vent dans la tête. Puis une licence de cinéma. Ce qui est loin de valoir une licence IV...

Pas d'humour déplacé si vous voulez bien.

Bien monsieur. Quant à mon expérience professionnelle, elle se résume en de petits boulots. Animateur et directeur adjoint de jolies colonies de vacances, surtout avec des enfants de la DDASS; puis stagiaire et assistant, mais très peu, à la mise en scène et enfin scénariste sur une dizaine de séries télévisées. Sinon, mis à part les oreillons à 20 ans, je ne vois pas de quoi défrayer la chronique.

Comment vous est venue l'idée de ce roman.

J'avais envie de raconter une histoire d'adolescent. Ce passage entre l'enfance et l'âge adulte engendre, à mon sens, des comportements intéressants dus à la fragilisation, l'incertitude, le manque de confiance en soi... De plus je souhaitais mettre en scène un personnage de "victime" qui devienne malgré lui un "bourreau". De là à me lancer dans une sorte "d'Oedipe version rock and roll", il n'y avait qu'un pas. D'autre part, le côté familial et intimiste sans héros flics ou détectives ( d'autres auteurs font ça mieux que moi) est un genre un peu délaissé. Et pourtant, statistiquement, on a plus de chance de se faire assassiner en famille au coin du feu que dans la rue par un étranger patibulaire... Quant à la poésie, je voulais insérer un élément un peu onirique, en décalage avec le côté sordide de l'histoire. Pour Benoît, le héros, si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi, elle tient lieu de véritable religion même s'il ne l'assimile qu'à la fin. Voilà pour l'idée dont, finalement, je ne sais plus d'où elle vient. Si, de J.B. Pouy qui m'a dit un jour : " Ecris-moi un polar... Je te laisse deux mois..." J'ai mis un an. C'est énervant les gens qui pensent qu'on est aussi doués qu'eux...

Qu'elle est la part d'autobiographie ...

Elle est quasiment nulle pour autant qu'un auteur puisse totalement faire abstraction de son vécu.

Quelles sont vos antécédents littéraires ?

Dès le berceau mes parents m'ont appris à aimer la lecture. . Plus tard, ils ont insisté sur l'importance de l'expression écrite. C'est devenu une quasi obsession. Sinon, j'aimerais bien prendre l'apéro avec le prof de français qui m'a mis 7 à l'oral du BAC et qui m'a dit que si je voulais écrire, j'avais du boulot...

Un peu de respect, s'il vous plaît. Bien, passons à vos auteurs préférés et quelles sont vos influences ?

Ça fait deux question !

Pas d'impertinence et répondez !

Difficile... En polar, j'aime surtout les auteurs français. Moins de flics, de détectives... Et surtout une réalité bien de chez nous que je suis plus facilement capable d'appréhender et où l'identification est plus évidente. Je ne citerai pas de nom pour ne pas passer pour un fayot mais Pouy, par exemple, j'aime beaucoup... Hors polar, encore que, selon moi, la frontière est très mince, j'apprécie particulièrement : Vian, Nabokov, Belleto, Toole - L'unique conjuration des imbéciles - , Céline ... Et encore bon nombre d'auteurs, surtout ceux qui sur un bouquin de 500 pages ne font pas 400 pages de description pour expliquer comment le petit pont qui enjambe la rivière est joli quand le soleil se couche.

Et votre travail comme scénariste à la télé ?

Alimentaire mon cher Watson, oh pardon ...

Vous êtes excusé, mais uniquement parce que vous savez apprécier à sa juste valeur J.B.

Merci de votre mansuétude. Je voulais dire que mon travail comme scénariste c'est ... c'est un boulot qui m'a appris la rigueur, le sens du rebondissement, la simplicité d'une écriture directe et aussi l'humilité.

Acquitté, au bénéfice du doute, et à condition que vous fassiez des petits frères à L'enfant de cœur.

 

(Entretien publié dans la revue 813 N°52 de juin 1995).

 

*****

Des petits frères à L'enfant de cœur, Olivier Thiébaut en a fait quelques-uns, entre deux scénarii et des illustrations notamment pour des ouvrages destinés aux adolescents et publiés aux éditions Sarbacane. Mais il a écrit, seul ou en compagnie d'Eric Kristy, de Jean-Claude Schineizer et autres, des scénarii de téléfilms et séries telles que Une femme d'honneur, Les enquêtes d'Eloïse Rome, Le grand patron, Fabien Cosma ou encore de Chante !

 

Bibliographie :

Enquête d’un père, éd. Après la Lune, coll. Lunes Blafardes, 2006 ;

L’un seul, Editions Lignes noires. 2000.

J’irai revoir mon Cotentin, Éditions Baleine, coll. Tourisme et Polar, 1998.

Les Pieds de la dame aux clebs, Éditions Baleine, coll. Le Poulpe, N°15. 1996.

Rock and Vérole. La Loupiote N°4. 1996.

Larmes de fond, Éditions Baleine, coll. Instantanés de Polar, no 5. 1995.

L’Enfant de cœur, Gallimard, coll. Série noire n° 2392. 1993.

 

Romans Jeunesse

À feu et à sang, Syros, coll. Souris noire, 1996 puis 2000, illustré par Lewis Trondheim.

Frères de sang, Syros, coll. Souris Noire, 1998.

 

19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 09:30

Une nuit à Bangkok

Et le monde vous appartient

Les bars sont des temples

Mais les perles ne sont pas gratuites.

One night in Bangkok. Murray Head.

 

Christophe SEMONT : Une danse avec le diable.

Les adversaires et les lieutenants, à la mort du chef du clan Sukapatana, pensaient pouvoir s'annexer le trafic dont celui-ci était le détenteur. Mais l'héritière, Dao Sukapatana, la fille du défunt, une femme déterminée, mentalement et psychiquement, s'est imposée aux prétendants, parfois avec la manière forte. Et elle sait qu'elle peut compter sur son adjoint Khim Pao et deux tueurs à sa solde et entièrement dévoués, Alisa Keerati et Pawalit Timkul, intraitables et ne se posant pas de questions sur la finalité de ses exigences.

La dernière mission en date, dont ils sont sortis maîtres avec l'aide de quelques hommes, récupérer une cinquantaine de kilos d'héroïne quasiment pure.

 

Prachya Srimonju, cinquante-six ans et capitaine de police de Bangkok, peut s'estimer satisfait. Il a grimpé un à un les échelons de la hiérarchie, mais cela ne suffit pas à son bonheur. Car la solde qu'il perçoit chaque mois est maigre en comparaison à ce que peuvent percevoir les truands et les hommes politiques corrompus dans l'exercice de leurs petites magouilles. Alors en compagnie de son adjoint, le sergent Piak Chaiyon, il propose aux tenanciers de bar et de bordels, leur protection, contre monnaie sonnante et trébuchante, bien entendu. Ce jour-là, il est obligé de s'adjoindre lors de sa tournée une jeune recrue, un stagiaire pas encore perverti. Le jeunot est prié de rester dans le véhicule de fonction, tandis que Srimonju et Chaiyon mettent la pression sur le patron d'un restaurant. Le restaurateur est rétif et les ennuis physiques commencent à lui tomber sur le râble (même si le lapin n'est pas au menu du jour) afin qu'il comprenne qu'il a besoin de protection. Le jeunot assiste à cette échauffourée et Chaiyon lui indique que son avenir dépend de son silence. Mais il existe une fracture dans la vie de Srimonju. Il vit avec sa jeune sœur Pumwaree qui est aveugle. Elle se débrouille seule, mais ne sort uniquement que dans la maison avec jardinet qu'ils habitent.

 

Petchai Nakprasitte est un boxeur raté. Son père misait beaucoup sur lui, des espoirs déçus, mais il pariait sur ses adversaires. Petchai n'a pas réussi une carrière dans cet art martial mais il ne s'est pas laissé abattre et il est devenu propriétaire du Snakes and Dragons, aimable établissement destiné aux détentes masculines. Officiellement, c'est un bar, officieusement un bordel et Petchai est à la tête d'une petite équipe de jeunes femmes qui se prostituent volontairement. Souvent par obligation financière, mais un statut accepté.

Parmi les jeunes femmes qui constituent son cheptel, Mai Lek, une mère dont la fille Chintara a été accidentée et qui depuis végète dans un hôpital. Mai Lek est confiante, nul doute que sa fille va guérir, mais les soins coûtent cher.

 

C'est par l'une de ses protégées que Petchai apprend que le clan est en possession d'une très grosse quantité d'héroïne. Justement, lorsqu'on parle du loup il pointe sa queue, Khim Pao, du clan Sukapatana, lui rappelle incidemment que son père, joueur invétéré, devait une grosse somme à l'héritière du clan, et que lui, le fils, doit rembourser, sinon, les ennuis vont lui tomber dessus comme un nuage de sauterelles sur un champ de blé mûr. Et comme un problème n'arrive jamais seul, le corps d'une de ses protégées est retrouvé par un de ses employés au fond de son établissement. Il décide d'en informer la police et Prachya Srimonju en profite pour lui proposer, sinon imposer, sa protection.

Et Petchai se trouve placé en haut du triangle dont les deux autres angles sont constitués par le clan d'un côté, et le capitaine de police et son fidèle adjoint de l'autre.

Un sacré méli-mélo qui va devenir un affrontement général, aussi violent que la boxe thaïlandaise mais dont les protagonistes ne respecteraient pas les règles. Petchai ne savait pas qu'en informant Prachya du meurtre de l'une de ses protégées qu'il mettait les doigts dans un engrenage infernal qui allait dégénérer en guerre de tranchées avec nombreuses victimes à la clé.

 

Dans les années 1980, le gros reproche qui était fait à l'encontre de Gérard de Villiers était que ses romans comportaient une grosse dose de violence et d'érotisme. Ce qui n'empêchait pas les ventes au contraire. Seuls les critiques vertueux s'élevaient contre l'accumulation de ces deux ingrédients. Depuis, pratiquement tous les auteurs de romans noirs et d'aventures utilisent ces condiments et cela apparemment n'importune plus personne. Au contraire, les critiques et blogueurs spécialisés font leurs choux gras de ce genre de roman. Et insidieusement, le lecteur, qui aurait pu effectuer des critiques négatives dans les années 1980, se délecte à la description de scènes érotiques et violentes. Les temps changent ma brave dame.

Christophe Sémont, comme bien d'autres, a amalgamé ces recettes, se les appropriées et il nous propose un roman noir et dur non dénué de tendresse par moment, d'humanisme parfois, d'émotion également, les moments de tendresse et de misérabilisme alternant avec les scènes d'action.

Un roman exotique placé dans un pays qui attire le tourisme pour la beauté de ses paysages mais également pour des raisons sexuelles. Et dont le propos, le thème, le lieu diffèrent totalement du premier ouvrage de Christophe Sémont, Soleil noir, dont l'action se situe en Argentine.

Une danse avec le Diable est un roman beaucoup plus ambitieux, même si la barre était déjà placée haut dans Soleil noir, et le pari est réussi. Maintenant il ne reste plus qu'à Christophe Sémont à continuer et à réaliser la passe de trois.

Christophe SEMONT : Une danse avec le diable. Thriller. Editions Critic. Parution le 2 septembre 2016. 242 pages. 17,00€.

18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 10:33

Comme un ouragan...

François RAHIER : L'ouragan des Enfants-Dieux.

Dans le froid, la neige, deux hommes surveillent deux enfants et un chien qui s'ébrouent, s'ébattent en riant.

Ce sont des chasseurs d'une espèce nouvelle. Des chasseurs d'enfants.

Il les traquent et les conduisent à une destination inconnue. Des rumeurs circulent. Il paraitrait que les gosses serviraient à alimenter en chair fraîche des laboratoires. Des rumeurs.

Depuis l'explosion, conséquence funeste d'adultes jouant à la guerre, tout est désorganisé, retour à un monde aride et inhumain. Les pillards quadrillent les vallées, les montagnes.

Entre Hilberto, le chef du convoi, et Jori, le gamin arraché à se tranquillité, la méfiance règne. La méfiance et la haine. Hilberto et ses six compagnons qui se disputent un pouvoir illusoire encadrent une quarantaine d'enfants perdus dans la tourmente d'éléments déchaînés.

C'est l'hiver, saison de la froidure et aube de la création.

Jori veille sur Mogol, le petit débile, et sur Husband le chien. Chez les enfants comme chez les adultes, des clans se forment. Des complots se fomentent, des idées de révolte gagnent les esprits. La caravane avance péniblement, bravant tous les dangers.

La nature et l'homme conjuguent leurs efforts, accumulant les embûches sur leur route. Au bout du voyage, le printemps ou l'enfer.

 

L'ouragan des Enfants-Dieux est construit comme si deux histoires prenaient le relais, s'imbriquant peu à peu l'une dans l'autre.

La première partie, à la narration plus fluide, relate l'intégration de Jori et de ses deux compagnons dans le convoi et le long cheminement dans la nature hostile et déchaînée.

La seconde partie, plus hermétique, se veut un peu la parabole sur les progrès de la science et leurs applications à des fins malveillantes.

Mais c'est surtout l'antagonisme dans les relations entre enfants et adultes qui prévaut, et l'incompréhension entre deux mondes, deux époques de la vie, le tout régit par la méfiance et les mensonges.

 

François RAHIER : L'ouragan des Enfants-Dieux. Collection Anticipation N°1853. Editions Fleuve Noir. Couverture de Florence Magnin. Parution décembre 1991. 192 pages.

17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 08:31

Le numéro 2000 de la Série Noire !

Thierry JONQUET : La bête et la belle.

Dans un petit cimetière de Normandie le commissaire Gabelou surveille l'exhumation du cercueil du Gamin. Le médecin légiste qui l'accompagne ne peut déterminer avec certitude si la mort a été accidentelle ou le fait du Coupable. De loin l'Emmerdeur, agent d'une compagnie d'assurances, assiste à cette étrange cérémonie. Une énigme qui s'ajoute à celles du Commis Boucher et de la Vieille.

De retour à Paris Gabelou s'enferme dans son bureau avec Léon, le Clodo, l'ami du Coupable. Etrange affaire que celle du Coupable et que doit démêler Gabelou. Le Coupable était instituteur à Altay, ville champignon de la banlieue. Malgré sa jeunesse, c'est un homme effacé, maniaque, propre, prônant les vieux principes de la scolarité. Irène, sa femme, ne lui accorde ses faveurs qu'une fois par an, étant beaucoup plus sensible aux charmes de ses collègues de l'Education nationale. Le Coupable possède une passion : les maquettes de train.

Un jour la coupe déborde. Irène se moque une fois de plus du Coupable qui a encore loupé le concours d'Inspecteur, alors qu'il n'avait pas le temps de le préparer, obligé de faire des heures supplémentaires en garderies, en cours particuliers, afin de satisfaire ses goûts dispendieux. Il tue Irène et cache son corps dans le congélateur. Puis il entasse les sacs poubelle dessus. Bientôt tout l'appartement est envahi de sacs de détritus. Seul le vestibule est épargné. Le Coupable et Léon sont obligés de ramper sous une sorte de tunnel, des planches supportant les sacs qui s'amoncellent dans toutes les pièces.

Tout cela Gabelou l'apprend par des cassettes que le Coupable enregistrait, un journal parlé, ce qui lui laissait les mains libres pour monter les maquettes. Léon pense qu'il sait tout mais il s'enferme dans son mutisme. Dans ses enregistrements le Coupable avoue être le meurtrier de la Vieille, une voisine, et avoir mis en scène un suicide au gaz. Mais pour Gabelou il ne s'agit pas d'une preuve tangible, concrète. Il écoute les cassettes, les réécoute. La deuxième victime est le Commis Boucher qui se rend à l'appartement du Coupable. Peu de temps après, alors qu'il roulait à vélo, il est victime d'un accident de voiture. Le Coupable se vante d'en être à l'origine, mais les premiers rapports démontrent qu'il n'a pu provoquer l'accident avec son véhicule. L'Emmerdeur parvient à prouver que c'était possible. Ensuite le Gamin qui voulait rendre des outils empruntés au Coupable se faufile sur le balcon. Il décède en tombant d'un wagon alors qu'il rejoignait Paris. Le Coupable se vante d'avoir éliminé ces intrus car ils pouvaient raconter ce qu'ils étaient sensés avoir vu. Les mauvaises odeurs envahissent l'appartement, les sacs éclatent et un jus noirâtre s'en échappe.

 

Si dans Mygale (cf SN1949) Thierry Jonquet mettait en scène une vengeance que l'on pourrait qualifier d'extérieure, dans La bête et la belle il nous livre une histoire tout aussi intimiste et dont le thème est toujours la vengeance, intérieure cette fois.

 

C'est une histoire de misérables dans le sens de Victor Hugo, ce n'est pas une histoire de misérabilisme. De même que dans les Misérables, il y a une miséricorde. (Robert Soulat).

Avec Didier Daeninckx, Joseph Bialot, Jean-Paul Demure, Marie et Joseph, Thierry Jonquet fait partie de la relève de la Série Noire. Robert Soulat à l'occasion de la sortie du numéro 2000 avouait qu'il avait le vertige devant cette prolifération d'auteurs français de talent et se demandait si un jour il n'y aurait pas plus d'auteurs français à la Série Noire que de lecteurs.

 

Rester propre, c'est ne pas avoir besoin des autres, ne rien quémander, subvenir soi-même à ses besoins.

Thierry Jonquet déclarait, toujours à l'occasion de la parution de ce livre et des quarante ans de la Série Noire, que cette histoire est issue d'un fait divers. Il a travaillé dans ce genre de collège et de ville de banlieue sordide. De nombreux cas de rétention d'ordures existent, et leurs auteurs en général sont des gens d'apparence respectable.

 

Première édition Collection Série Noire N°2000. Editions Gallimard. Parution 1985. 160 pages. Il existe de nombreuses rééditions, notamment en 1998 et 2012.

Première édition Collection Série Noire N°2000. Editions Gallimard. Parution 1985. 160 pages. Il existe de nombreuses rééditions, notamment en 1998 et 2012.

Thierry JONQUET : La bête et la belle. Réimpression Folio Policier N°106. Parution 15 septembre 2016. 160 pages. 6,50€.

16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 16:28

L'inusable Perry Rhodan...

Jean-Michel ARCHAIMBAULT : Perry Rhodan, lecture des textes.

Jean Michel Archaimbault, grand spécialiste de Perry Rhodan devant l’Eternel et les autres, a consacré un ouvrage de référence à cette saga unique dans les annales spatiales, si l’on excepte celle de Georges-Jean Arnaud avec la mémorable Compagnie des Glaces.

La saga Perry Rhodan a débuté le 8 septembre 1961 en Allemagne et dès le départ le succès a été foudroyant. Alors que les auteurs n’escomptaient écrire qu’une cinquantaine d’épisodes, il leur fallut remettre chaque semaine la plume dans l’encrier. Heureux Clark Darlton et K.H. Scheer qui avaient véritablement trouvé le filon d’une série populaire dépassant en audience le fameux Jerry Cotton. Et de s'adjoindre des collaborateurs qui écrivirent les épisodes suivants, tout en gardant l'esprit et la lettre à l'aide d'une bible.

Un fabuleux travail de Jean-Michel Archaimbault, et la réhabilitation d’une série trop souvent décriée par les critiques. Faut avouer que cette saga d’origine allemande, donc ne possédant pas la même aura que la production américaine en général, est connue et méconnue à la fois en France. Cent trente et quelques volumes, soit un peu plus de deux cents épisodes traduits seulement en France depuis 1966 jusqu'en 1999, alors qu’en Allemagne on arrive allègrement à plus de deux mille titres, voilà de quoi faire rêver.

Jean Michel Archaimbault fournit la chronologie, critique et commente, décortique la série cycle par cycle, présente les différents auteurs, et propose mille petits détails capables de réjouir tout un chacun, les fans comme les autres.

Le propos de Jean Michel Archaimbault est de démontrer l’intérêt de ces aventures, d’expliquer leur succès, aussi bien en Germanie que durant un certain temps aux Etats-Unis. Mais il va plus loin car rien qu’à la lecture de son ouvrage on a envie de lire, de s’imprégner de cette saga pas comme les autres. Bravo.

Quant à la collection Référence qui abrite cet ouvrage, elle s’affirme au fil des ouvrages proposés comme une collection indispensable aux amateurs de littérature populaire, quel que soit leur genre de prédilection.

Depuis quelques années, les éditions Pocket ont repris le flambeau des éditions Fleuve Noir qui avaient d'abord publié les premiers romans dans la collection Anticipation, à raison de deux titres par volume, puis avaient créé une collection particulière à ce navigateur de l'espace.

 

Jean-Michel ARCHAIMBAULT : Perry Rhodan, lecture des textes.

Jean-Michel ARCHAIMBAULT : Perry Rhodan, lecture des textes. Collection Références N°10. Editions Encrage. Parution février 1999. 184 pages. 10,20€.

15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 12:50

Entre David Goodis et James Ellroy, vous choisissez qui ?

Nicolas DUPLESSIER : Eté pourri à Melun plage.

Heureux les auteurs dont je ne lis jamais la quatrième de couverture avant de me plonger dans un roman et de l'avoir terminé. Car nulle doute que la référence à Ellroy m'aurait fait fuir dès le départ.

Car ce romancier américain, quasi inconnu dans son pays mais choyé en France par les Bobos désireux de s'encanailler à peu de frais et les minettes en mal de sensations, n'entre pas dans mon Panthéon littéraire pour de multiples raisons qui seraient longues à développer ici. Disons que je l'ai rencontré à plusieurs reprises, la dernière fois à Bruxelles en 1991. Passons.

Donc, lorsque j'ai débuté la lecture de cet Eté pourri à Melun plage, j'ai retrouvé avec plaisir l'univers goodisien, avec un perdant (certains chroniqueurs qui aiment étaler leur culture lexicale écrivent loser) dans la plus pure tradition du roman noir américain. Hélas, par la suite j'ai déchanté, les propos et réparties des protagonistes se situant largement au-dessous de la ceinture, et les situations étant quelque peu fouillis comme le dépôt-vente dans lequel travaille le narrateur.

 

En effet, Florian, trente-cinq ans, travaille dans un magasin de déstockage et d'invendus. Entre l'étiquetage, l'inventaire, la caisse de temps à autre et autres bricoles, il bosse sans passion mais il sait qu'il ne va pas se retrouver au chômage pour cause de pénurie de chalands. Le gérant est assez sympa avec lui, mais ce n'est pas à proprement parler un ami.

Ce jour-là du mois de juillet 2014, Florian est en retard, pour une raison propre à son hygiène physique liée à une halte dans la forêt de Fontainebleau. Il pleut sur Melun comme il pleut dans son cœur. Et il est tout étonné de recevoir un appel téléphonique de Roxane. Il en est paralysé du cerveau et s'en remet difficilement. Roxane. L'amour de sa vie. L'ex-grand amour de sa vie.

Roxane lui propose de le rencontrer et bien évidemment il accepte. Les retrouvailles s'effectuent dans la voiture de la belle, oui car elle est restée très belle, plus peut-être que dans son souvenir. Elle a plaqué celui avec qui elle vivait et est revenue à Melun depuis six mois. Et c'est seulement maintenant qu'elle se manifeste. Mais il ne va quand même pas commencer à ronchonner. Elle travaille dans une agence immobilière, mais pas avec son père. Elle s'en voudrait.

Paulo, le gérant, vient d'embaucher Carole, en remplacement d'un collègue de Florian, une jeune femme dont les appas devraient attirer et fidéliser la clientèle. Il a aperçu Florian en train de discuter avec Roxane et il est tout surpris d'apprendre que l'ex de son employé n'est autre que Roxane, la fille de Christian Cotrel, le propriétaire du dépôt-vente et de bien d'autres magasin similaires et d'une agence immobilière. Un notable de Melun.

Florian retrouve donc Roxane chez elle, un petit appartement dans un quartier miteux de la ville briarde. Elle possède pour tout compagnon une chatte, Sardine, et un poisson rouge. Il y a mieux pour la conversation. Et en fait de conversation, après les récriminations d'usage de Florian et les explications de Roxane, après l'écoute de quelques vinyles qui rappellent le bon vieux temps, après quelques verres permettant la décontraction, ils se retrouvent au lit.

Le lendemain matin, Florian se réveille, légèrement pâteux, auprès de Marion. Marion, c'est sa compagne, celle avec qui il vit dans une caravane. Ce n'est pas le grand amour, mais il faut bien une compagnie pour traverser des jours sans joie. Il a encore fait son cauchemar nocturne, un passage de son passé qui le tarabuste, lorsqu'il avait tenté de se taillader les veines. Il couche avec Marion, lui fait l'amour sans conviction et prend plus de plaisir à boire.

Trois jours plus tard, il reçoit un appel de Roxane sur sa boite vocale. Mais ce n'est pas ce qu'il espérait. Elle est en pleurs, annonce qu'elle a des emmerdes, et qu'elle va passer le voir dans sa caravane. Dans sa caravane, c'est risqué, aussi il lui suggère un autre endroit. Un bar avec des musiciens. Il boit, mais cela ne fait pas venir Roxane. Un lapin pense-t-il. D'autant que voulant rentrer chez lui, Marion doit l'attendre et se faire du souci, il découvre sur un parking la voiture de Roxane.

Et lorsqu'un peu plus tard, il veut se rendre à l'appartement de son ex, un homme est à l'intérieur, fouillant les affaires de Roxane.

Roxane a disparu, et pas question d'appeler la police. Roxane, Police, pourtant c'est un concept déjà utilisé.

Si, il va se renseigner auprès de son frère, policier, qu'il ne voit pratiquement jamais ainsi que son père. Policier idem. Ils ne peuvent rien faire pour lui, Roxane étant majeur. Seulement lui donner l'adresse d'un détective privé qui leur est redevable. Même pas besoin de contacter l'enquêteur, puisque c'est celui-ci qui le contacte.

Commence alors une descente aux enfers, pleine de pluie, de boue, de fureur, d'alcool, de bagarres, d'imprévus, d'individus louches et de filles faciles, le tout dans un Melun miteux et d'une banlieue pourrie, avec comme point d'ancrage un entrepôt qui sert de club d'échangisme.

 

Avec cette chronique, je vais encore me faire des amis, du genre Les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux... Mais comme disait Coluche, Les égouts et les odeurs, ça ne se discute pas...

Tant pis, j'assume. Si le début me semblait prometteur, la suite pour moi n'a été qu'un véritable fouillis, dans lequel je me suis perdu. Un quelque chose de pas net, de malsain, dans lequel je ne me reconnais pas. Du Ellroy, sans aucun doute. Seul point positif à mettre au crédit de Florian, il récupère Sardine, la chatte de Roxane, tout en sachant que Marion va se poser, et lui poser, des questions.

 

Si vous désirez un autre avis sur ce roman, un avis plus positif, plus encenseur, n'hésitez pas à découvrir le point de vue de Claude Le Nocher sur Action-Suspense.

Nicolas DUPLESSIER : Eté pourri à Melun plage. Collection Parabellum. Editions L'Atelier Mosesu. Parution le 15 septembre 2016. 260 pages. 13,00€.

14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 09:57

Un roman de politique fiction qui n'est pas tout à fait une fiction mais est résolument politique...

Marek CORBEL : En proie au labyrinthe. Volume 1 La lutte.

13 février 2016.

Arno et Julie attendent l'arrivée des copains puis l'heure de la manifestation organisée par le Collectif. Le rassemblement des mécontents doit partir de la Bastille et rejoindre la place de la République où ils se trouvent.

Arno, d'origine italienne, habitant dans l'Oise, connait le marasme comme la plupart des diplômés. Avec une maîtrise d'histoire en poche, il est réduit à travailler comme chauffeur-livreur pour une boîte de la Plaine Saint-Denis. Ce qui ne l'empêche pas de s'imprégner d'un ouvrage de Curzio Malaparte. Julie est vendeuse de produits de luxe et son salaire, c'est vraiment pas du luxe. Alors vendre des sacs de marque pour vivre chichement dans une cité à Goussainville, il y a de quoi regimber. Dans le petit groupe, il y a aussi Adeeb, l'instigateur du Collectif, ou encore Geneviève, la trésorière qui travaillant à la Mairie de Paris est en colère car l'édile ne veut pas embaucher sa fille, malgré ses nombreux bagages.

Ils se sont connus quelques années auparavant, alors que des tracts étaient distribués à la Gare du Nord pour réclamer l'embauche de cheminots et la réfection des rails de chemin de fer. Les retards ne se comptent plus, ça rouspète, et les patrons des entreprises sont prompts à montrer la porte de sortie pour accumulation de prises de service tardives des pauvres voyageurs qui n'y peuvent rien. Le Collectif a gagné sa bataille pour réhabiliter le Transrégional.

Mais en ce 13 février, la manifestation a un tout autre but. Il s'agit de protester contre la décision gouvernementale de baisser le salaire minimum. Et ça, ça ne passe pas du tout.

 

Pendant ce temps, à Bruxelles, Jan Herrero de La Pena, le président du Cartel, doit prononcer une allocution à la télévision. Mais auparavant deux personnalités politiques françaises demandent à être reçues. Un ancien secrétaire général adjoint de l'Union du rassemblement républicain de droite et un ancien ministre social-démocrate congédié (viré) depuis deux ans. Cet Espagnol qui dirige le Cartel d'une main ferme, veut obliger certains pays européens à opérer des réformes en profondeur afin de résorber leur déficit. Et la France est l'une de ces nations en état de crise. Le président Govin a remplacé le président Akni, mais pour autant rien n'a évolué, ou en pire. Le président actuel ne veut pas se laisser monter sur les pieds par le Cartel, et encore moins se faire commander, de se voir imposer des décisions qui sont contraires à sa politique. Mais en coulisses, les tractations sont âpres, et la NSA, en la personne du Colonel Ted Winsley, tente de contrer l'emprise du Cartel.

 

Quelques semaines auparavant, le capitaine Girod qui avait été affecté aux archives du 36 Quai des Orfèvres après un différent avec son supérieur, Langlois dit L'Angle, se voit muté à la BOPMO, un acronyme rébarbatif. Il est en délicatesse avec son fils Thomas depuis sa séparation d'avec sa femme, ce qui le ronge. Il retrouve avec un certain plaisir et comme Chef Madame Raymonde, qui elle aussi avait purgé une peine de placard. Faut préciser que Langlois était le protégé d'Akni, lorsqu'il était président de la République, mais que depuis l'élection de Govin, les chaises musicales ont fait leur œuvre. Tellement bien que Langlois, après avoir été convaincu de corruption, s'est suicidé. Seul point noir dans cette mutation, celle de son adversaire le commandant Daumal dans le même service. Faut dire que le dernier mot revient tout de même à la commissaire Béhar, alias Madame Raymonde, et les embrouilles entre collègues ne doivent pas dégénérer dans le service.

 

Et en ce 13 février, alors que la révolte gronde, tous les éléments se mettent en place pour l'affrontement.

Un climat délétère entretenu en sous main par Herrero de La Pena et ses deux adjoints, Enzo Van Den Huyghen et Ernst Waldman qui s'étaient résignés à faire élire Govin.

Le Président Govin, malgré ses talents indéniables de rassembleur, n'a pas fait prendre clairement position à sa majorité afin de consolider le traité d'intégration.

Herrero de La Pena s'est également attaché les services de trois grosses pointures de l'économie française : Darbot, dit le maçon, premier groupe de BTP européen, contrôlant une dizaine de journaux régionaux; Ramon, qui pilote un des premiers conglomérats mondiaux d'aérospatiale et qui s'est diversifié dans l'édition et quatre chaines de télévision qu'l dirige d'une main de fer. Sans oublier Viguer qui perpétue la tradition familiale de l'armement sous toutes ses formes et poursuit l'emprise croissante sur la presse dite d'opinion. Darbot se justifie auprès de Herrero de La Pena en lui déclarant :

De toute façon, on a rempli notre part du job. L'extrême-droite, la guerre des sexes, la diversité, l'islam on a usé tous les sujets et titres jusqu'à la corde. Il (Govin) n'a même pas été foutu de faire passer la baisse du salaire minimal, durant les trois années ni d'augmenter certaines exonérations, comme il nous l'avait promis les yeux dans les yeux.

Govin doit rendre des comptes à de La Pena, et se justifie comme il peut.

Vous savez, monsieur Herrero, le pays est à bout. Le conseil national du parti se présente comme houleux. L'extrême-droite prospère... J'ai fait ce que j'ai pu.

Et lorsque je vous aurai présenté ce personnage selon une rapide description physique, vous aurez toutes les clés en mains pour mettre des noms réels sur ces personnages fictifs.

La touche d'humour de Christian Govin ne seyait guère à l'embonpoint du président français. Ce crétin trouvait le moyen de faire de l'esprit. La face guillerette du chef d'état blanchit... Govin, levant ostensiblement son goitre naissant...

 

Politique-fiction uchronique, ce roman a été publié en version numérique en2014 et les événements se déroulent en 2016. Or la version papier parait justement fin 2016, et les événements sont donc devenus obsolètes.

Peut-être eut-il mieux valu placer l'action dans une dizaine d'années plus tard, afin de pouvoir se projeter plus facilement dans le temps.

Mais l'auteur a voulu se placer au plus près des échéances électorales et si certaines décisions n'ont pas été prises, la crise européenne existe et la Loi Travail a remplacé la proposition romanesque de l'abaissement du salaire minimum.

Le propos principal est bien de démontrer les tractations en coulisses des dirigeants européens, nul n'est besoin de remplacer Herrero de la Pena par un patronyme espagnol existant, et des décisions politiques prises en totale contradiction avec les programmes de campagne électorale.

Marek Corbel est diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Toulouse, et cela se ressent dans le contexte décrit par le roman, dans ses analyses également. Et le lecteur, qui comme moi ne s'intéresse guère justement à la politique politicienne, surtout lorsqu'elle est commentée par les médias, peut se trouver parfois largué. Pour autant, il ne s'agit pas d'indifférence mais de lassitude et il ne faut pas assimiler cette désaffection vis à vis des partis à l'engouement provoqué par certaines thèses et réduire le tout comme cet antifasciste de salon, ne sachant pas de quoi il parlait, enseignant ou profession libérale vraisemblablement, dont l'appréhension de cette province en proie au labyrinthe du délitement économique, se résumait à une approche assez sommaire, finalement : des émissions de téléréalité consacrant le côté débile léger de ces familles nombreuses  au chômage depuis des lustres. L'alcool, la misère, autant d'éléments qui permettaient d'expliquer le vote crypto-nazi, dans ces terres reculées.

 

Un livre intéressant à plus d'un titre, qui nous aide à nous y retrouver dans les arcanes, dans le labyrinthe, voire la jungle des politiques européennes, pour ne pas dire internationales.

Marek CORBEL : En proie au labyrinthe. Volume 1 La lutte. Editions La Liseuse. Parution version papier 20 juin 2016. 252 pages. 17,99€.

Parution en version numérique 5 novembre 2014. 2,99€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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