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25 septembre 2017 1 25 /09 /septembre /2017 08:39

Attention, mesdames et messieurs, dans un instant on va commencer

Installez-vous dans votre fauteuil bien gentiment…

Joseph INCARDONA : Trash Circus

En lisant les avis enthousiastes de mes confrères et néanmoins amis blogueurs, puis en découvrant à travers leurs chroniques l’univers de ce roman, un univers qui heurte ma sensibilité, n’étant pas un adepte de la violence, de téléréalités débiles, du sadisme, je me suis dit, ce livre n’est pas pour moi.

Le titre en lui-même me heurtait légèrement. Trash Circus. Circus, qui renvoie aux jeux du cirque romains. Trash, qui selon mon petit dictionnaire franco-anglais, signifie rebut, camelote, fadaise. Bref pas véritablement engageant, mais pas vraiment décourageant non plus. Avant donc de vous donner mon opinion, sans complaisance, entrons donc dans le vif du sujet, si je puis me permettre, car le « héros » lui ne s’en prive pas.

 

Frédéric Haltier, qui porte bien mal phonétiquement son patronyme, est directeur de la programmation sur Canal7, une chaine télévisée dont la renommée s’est construite sur des émissions de téléréalités douteuses. Dernière en date imaginée conjointement avec son collègue Thierry Muget : inviter sur le même plateau un Japonais cannibale qui avait défrayé la chronique des années auparavant et le père d’une de ses victimes. Mais Haltier possède un pénis qui lui sert de cerveau et il réagit en fonction des envies et des besoins de son attribut synonyme de virilité. Alors il s’en sert, ou essaie, en toutes circonstances, en tous lieux et avec n’importe qui, collègues consentantes ou non, jeunes femmes carriéristes, ou hétaïres tarifées, ou employés (au masculin) de salons de massages spécialisés. Il sert également de rabatteur pour son patron.

Toujours sapé costards de luxe, possédant une montre présidentielle, une voiture de sport allemande, il aime aussi troquer ses costumes de ville contre des tenues vestimentaires plus prolétaires et pseudo sportives. Quoiqu’il apprécie les boissons alcoolisées et les drogues dures, les médicaments énergisants, il est également adepte des salles de musculation où il peut évacuer ses toxines. Mais surtout il se mêle avec plaisir aux supporters du Paris Saint Germain, participant avec volupté aux bastons les opposant aux casseurs des équipes visiteuses.

Un différent l’oppose à un informaticien de Canal7 et il l’entraîne, afin de sceller soi-disant une paix précaire, à un match au Parc des Princes. Le pauvre Mourad, qui ne doute de rien, sera sérieusement blessé dans l’altercation. Un guet-apens organisé. Un policier qui avait à l’œil Haltier lors d’une précédente échauffourée lui demande de coopérer, de servir de sous-marin.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là et d’autres péripéties attendent Haltier, qui à force de jouer avec un boomerang pourrait bien voir ses petites manigances se retourner contre lui.

 

Ce qui suit n’est que mon avis et vous n’êtes pas obligés de penser comme moi. A chacun sa sensibilité et ses préférences littéraires. Comme on dit, si tu n’aimes pas, ce n’est pas la peine d’en dégoûter les autres.

Archétype de l’antihéros, franchement odieux, abject, Haltier n’engendre pas la sympathie. Loin de là. Ce n’est pas tellement le personnage en lui-même qui m’a importuné, provoqué des nausées, mais les descriptions complaisantes de l’auteur, l’ambiance délétère qui se glisse comme des fumerolles méphitiques.

Je suis sorti de ce livre mal à l’aise, et je ne comprends pas que l’on puisse aimer. Certains glosent négativement sur les Brigades Mondaines, les aventures érotico sadiques de SAS, cataloguant ces ouvrages basses catégories destinés à des prolétaires en mal de sensations fortes. Pour le peu que j’en ai lu, ce n’est pas pire que dans ce roman, ils seraient même à classer dans la catégorie bière sans alcool.

Ce roman répond peut-être à un besoin, comme les émissions de téléréalités qui sont suivies par des millions de téléspectateurs, de se sentir racaille par procuration, d’assouvir des phantasmes. De toute façon, que ce roman ait du succès ou non, je pense que d’ores et déjà les frais d’impression du livre ont été amortis, si les annonceurs jouent le jeu, car c’est un véritable catalogue publicitaire.

Première édition Collection Noir 7.5. Editions Parigramme. Parution février 2012. 228 pages.

Première édition Collection Noir 7.5. Editions Parigramme. Parution février 2012. 228 pages.

Joseph INCARDONA : Trash Circus. Collection Thriller. Editions Milady. Parution le 22 septembre 2017. 7,20€.

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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 08:18

Mais attention aux piquants des bogues…

Arthur MORRISON : Dorrington, détective marron

Si Arthur Morrison, 1863 – 1945, fut célébré de son vivant comme un brillant représentant anglais du naturalisme et un des maîtres de la detective fiction, de nos jours il est quasiment oublié, sauf des nostalgiques des parutions anciennes.

Or cet auteur fut un précurseur et un innovateur dans le domaine de la littérature policière, mettant en scène Dorrington, un détective peu scrupuleux. Ses aventures sont narrées par l’une de ses victimes, James Rigby, ce qui le différencie d’un Watson par exemple lequel était béat d’admiration devant son colocataire et ami, mais de plus ses exploits sont racontés à rebrousse-temps.

Nous découvrons le personnage Dorrington, par l’intermédiaire de James Rigby qui voyage à bord d’un steamer le menant en Angleterre. Rigby, en confiance envers ce compagnon affable et fin diseur, lui narre son enfance en Australie, puis lors d’un voyage en Europe la mort de son père assassiné par la Camorra alors qu’il n’avait que huit ans, son adolescence, la mort de sa mère et son intention de réaliser ses affaires, un héritage immobilier concernant un terrain susceptible de receler des gisements de cuivre. Il doit rencontrer un solicitor mais Dorrington est fort intéressé et il envisage de s’approprier les documents. Rigby va se trouver dans une fâcheuse posture et grâce à un ouvrier parvient à s’en sortir vivant. C’est ainsi qu’il s’accapare quelques documents appartenant à Dorrington, dans le bureau de celui-ci, et qu’il va pouvoir remonter le parcours délictueux de ce détective peu commun.

 

Après Le récit de Mr. James Rigby, nous remontons donc le temps, avec toujours ce spolié comme narrateur. Janissaire est un jeune cheval de course, un yearling, prometteur. Naturellement, peu de temps avant la course auquel ce poulain de deux ans doit participer, les paris vont bon train. Dorrington, apprenant par hasard que l’animal risque de subir un traitement néfaste, imagine un artifice pour déjouer les manigances.

Le Miroir de Portugal est, comme son nom ne l’indique pas forcément, un diamant à la valeur inestimable qui a parcouru les siècles, passant de main en main jusqu’à sa disparition au cours de la Révolution Française. Deux cousins, d’origine française mais installés à Londres, se disputent cette pierre, et Dorrington est sollicité pour trancher. Il le fera, mais à sa façon.

Dans La Compagnie Avalanche, Bicycle et Pneu, Limited, nous retrouvons le monde des paris, mais cette fois dans un sport en plein développement, la course de bicycle sur piste. Le vélocipède prend une telle ampleur que de nombreuses entreprises se montent, et afin de se développer lancent un système de participation financière par action. Et naturellement, certains petits débrouillards s’immiscent dans ce qui peut devenir un marché juteux. Heureusement Dorrington est là pour rétablir la situation.

Comme le dit fort justement l’un des protagonistes :

Comme je l’ai dit mille fois, les parieurs sont, de nos jours, le fléau de tous les sports.

Plus de cent ans après cette déclaration, cela ne s’est pas arrangé.

 

La mort étrange de Mr. Loftus Deacon nous entraine dans les aîtres d’un vieux collectionneur d’objets japonais. L’homme a été retrouvé assassiné dans son appartement, et les policiers se trouvent devant un problème de meurtre en chambre close. Un ami de cet amateur de japonaiseries et exécuteur testamentaire sollicite l’aide de Dorrington, lequel va découvrir, sinon l’assassin, mais comment il s’est débrouillé pour perpétrer son forfait. Une arme blanche a été dérobée, un Katana forgé par un maître armurier quelques siècles auparavant. Or ce Katana est un objet sacré dont un Samouraï ne peut se défaire, quel qu’en soit le motif. L’un des principaux présumés coupables n’est autre que le fils de celui qui a cédé le Katana à Mr. Loftus Deacon, et il désirait à tout prix récupérer l’objet.

L'argent du vieux Cater prend pour intrigue également, comme Le Miroir de Portugal, une histoire d’héritage que se disputent deux cousins. Dorrington va mettre son grain de sel dans cet imbroglio dont les trois protagonistes principaux, le vieux Cater et les deux cousins, sont de fieffés usuriers, n’ayant aucun scrupule et n’hésitant pas à mettre sur la paille leurs débiteurs.

 

Si ces trois histoires mettent en scène un détective dont la préoccupation principale est de gruger clients et autres, parfois la morale est sauve.

L’auteur s’attache plus à décrire les traits de caractère des personnages que leur physique, et n’hésite pas à remonter dans le temps pour leur donner du volume.

Ces nouvelles, qui ont été publiées dans The Windsor Magazine de janvier à juin 1897, n’ont en rien perdu de leur saveur, et ne sont en rien désuètes, même si elles reflètent une certaine époque. Or justement, c’est cette plongée dans le vieux Londres, qui parfois fait penser à Dickens, dans les milieux sportifs ou des collectionneurs, milieux qui n’ont guère changé dans leur comportement même si le modernisme est passé par là, ou des usuriers dont les pratiques sont aujourd’hui celles de certaines banques, qui donnent du charme à ces historiettes. Les valeurs morales sont battues en brèche, légalement ou non, et Dorrington est toujours présent pour essayer d’en tirer profit. Essayer, car parfois il se retrouve le bec dans l’eau, ne tirant pas le profit qu’il escomptait, mais sachant retomber toutefois sur ses pieds.

Arthur Morrison, un auteur à découvrir ainsi que son personnage dont Arsène Lupin a emprunté quelques traits de caractère et de façon de procéder.

 

Sommaire :

Introduction de Jean-Daniel Brèque.

Le récit de Mr. James Rigby

Janissaire

Le Miroir de Portugal

La Compagnie Avalanche, Bicycle et Pneu, Limited

La mort étrange de Mr. Loftus Deacon

L'argent du vieux Cater

Sources.

Arthur MORRISON : Dorrington, détective marron (Dorrington Deed-Box – 1897. Traduction d’Albert Savine, revue et complétée par Jean-Daniel Brèque). Collection Baskerville N°35. Editions Rivière Blanche. Parution février 2017. 236 pages. 20,00€.

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22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 07:22

L’homme est un cobaye pour l’homme

et inversement…

Pascal MARTIN : La Vallée des cobayes.

Imaginez un patchwork, dont chaque élément serait de couleur sombre. C’est un peu dans ce genre de construction que se décline la série de Pascal Martin consacrée aux Coureurs de la Nuit, des hommes et des femmes recrutés par le mystérieux Foch, créateur de l’organisation l’Œuvre.

Chaque roman de cette saga se lit séparément mais on retrouve des personnages qui voyagent d’un livre à un autre, qui apparaissent furtivement ou tiennent le haut du pavé, qui sont évoqués, renvoyant à d’autres affaires déjà traitées. Ces Coureurs de la Nuit sont des orphelins enrôlés alors qu’ils purgent une peine de prison, et obéissent aux ordres de Foch sans se poser de questions, ou presque. Et souvent les enquêtent auxquelles ils participent les renvoient à leur propre passé, comme si l’un était subordonné à l’autre.

Eva, dont le lecteur assidu avait fait la connaissance dans L’Archange du Médoc, vit à Sidney en Australie où elle exerce le métier d’orthophoniste. Que Foch lui enjoigne de quitter immédiatement son travail et de se rendre en France pour une enquête, cela ne la perturbe pas plus que cela, mais lorsqu’il précise que des habitants meurent plus vite et plus jeunes qu’ailleurs dans le petit village de Saint-Jean-du-Verdon, Eva est complètement tourneboulée. Ses parents sont morts trente-cinq ans auparavant d’un accident de barrage. Eva n’avait qu’un an et elle avait été retrouvée dans un couffin pris dans les herbes du rivage. Et c’est justement à Saint-Jean-de-Verdon que le drame avait eu lieu. Elle renoue donc avec un passé qu’elle n’a pas connu, ou si peu, et s’installe dans le nouveau village, reconstruit quasiment à l’identique de l’ancien enfoui sous les eaux du lac artificiel. Une certaine Alphonsine vient de décéder, soit disant de vieillesse.

Les premières démarches d’Eva la conduisent auprès du maire de la commune qui lui indique qu’une jeune femme, Marie Dauman, s’est focalisée sur une carence en iode des habitants du village. Elle la rencontre et commence alors une galère dont elle aura du mal à se dépêtrer. Marie lui indique qu’un couple vivant en marge, les Robique, pourraient éventuellement lui fournir des précisions. La femme l’accueille comme un chien dans un jeu de quilles mais lorsqu’elle prétend qu’elle est médecin, sa démarche de vient plus aisée. Le Robique qui traîne dans les bois est atteint d’un énorme goitre et ne peut qu’émettre des sons. Toutefois il communique avec elle par ordinateur interposé, ayant appris seul à lire et écrire, sa sœur étant analphabète. Retournant au village, Eva est arrêté par des gendarmes, sous un prétexte futile, puis elle est renvoyée de son hôtel, le curé intégriste la rejette, le gérant du camping où elle s’est réfugiée la met à la porte.

A chaque fois elle constate qu’un homme au faciès de renard la surveille. Le journaliste qui avait relaté l’évènement survenu trente-cinq ans auparavant veut bien la recevoir et lui montre même une morasse du journal qui devait paraître et qui finalement sera abandonnée. Peu après il est retrouvé la gorge tranchée par un cutter, la thèse du suicide étant retenue. Mais il aura eu le temps de la mettre sur une piste. Celle des yellowcake, des boues jaunes qui ont été transportées nuitamment lors de la construction du barrage, et qui contiennent une forte dose de radioactivité, à l’insu des villageois.

 

Dans cette double enquête, celle sur le laboratoire expérimental organisé secrètement et celle sur sa naissance, Eva se démène aidée heureusement par ce couple de gitans auprès de qui elle trouve refuge et un policier marginal, Mignoni (qui apparait dans de précédentes aventures) et dont elle requiert les services. Pascal Martin lève, par le biais d’un roman policier et d’une fiction scientifique, le voile sur le problème des déchets nucléaires et des secrets-défense auxquels la population est confrontée sans en être avertie. Des mensonges organisés sciemment au détriment de la société, sous couvert d’expériences, et qui peu à peu se dégagent des brumes.

On pourrait évoquer les essais nucléaires en Océanie ou dans le Sahara, et bien d’autres affaires qui deviennent des sujets brûlants. Mais aujourd’hui que penser des transports par voie ferroviaire entre Cherbourg et la Russie et le Japon de ces fameux déchets que Greenpeace et autres organisations écologiques dénoncent en vain. Que penser des agissements d’Areva ayant l’aval des gouvernements. Il est vrai que les intérêts financiers passent avant ceux de la population. Et moi qui habite à quatre-vingts kilomètres de la centrale de Flamanville et du centre de retraitement de La Hague, moins à vol d’oiseau, dois-je avoir peur ? Et on m’affirme que fumer provoque des cancers !

 

Pascal MARTIN : La Vallée des cobayes. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution avril 2010. 336 pages. 21,50€.

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Published by Oncle Paul - dans Roman Policier et Noir
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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 08:50

C’est un fameux trois-mâts, fin comme un oiseau, hisse et haut…

Charles NORDHOFF et James Norman HALL : Dix-neuf hommes contre la mer.

Aventure mythique s’il en est, authentique, vécue il y a un peu plus de deux siècles par des marins courageux, ombrageux, coléreux, mais amoureux de la mer, souvent reprise et exploitée par des romanciers attirés, fascinés par cet avatar maritime, transposée au cinéma, la mutinerie de La Bounty reflète ce soubresaut à al discipline qui devait embraser la France peu de mois après, ainsi que la soir de justice et de liberté.

Tous ceux qui ont vibré à la lecture des Révoltés de la Bounty, mêmes auteurs et même éditeur, vont enfin pouvoir connaître la suite des péripéties maritimes subies par les marins qui ont accompagné leur capitaine déchu.

Et Bligh, ce fameux capitaine Bligh, montré comme un tortionnaire, exerçant une discipline de fer, démontre dans cette odyssée que sous la carapace d’airain bat un cœur.

Marin accompli, il va pendant plus de huit mille kilomètres combattre les éléments et amener à bon port son équipage, dix-sept hommes, le dix-huitième, Norton, tombant sous les projectiles des sauvages à l’aube de leur traversée du Pacifique.

Répartissant équitablement les vivres, encourageant les plus timorés, se montrant dur à la tache et aux agressions extérieures, défiant les éléments déchaînés, le vent, la mer et la pluie conjuguant leurs efforts pour faire sombrer le frêle esquif dans l’immensité glauque et froide, Bligh va se transcender et transcender ses hommes, réalisant la performance d’amener tout son équipage à bon port.

Leçon de courage, de discipline, Dix-neuf hommes contre la mer est un roman chaleureux où la dimension humaine atteint son apogée, malgré ou à cause des privations, du froid, du découragement qui atteint parfois les limites du supportable, les reculant même.

Et si Bligh était jugé lorsqu’il était aux commandes de La Bounty comme un homme fier, intraitable, impitoyable, ce sont ces défauts qui transformés en qualité permettront à ces marins de défier l’adversité, et de gagner un impossible pari.

Un troisième volet, Pitcairn, mêmes auteurs et même éditeur, décrit les aventures de Christian Fletcher et ses compagnons, quinze hommes et douze femmes, Blancs et « Indiens » liés par un même destin de mutins, se réfugiant sur un îlot perdu du Pacifique, tentant d’instaurer une République.

 

Charles NORDHOFF et James Norman HALL : Dix-neuf hommes contre la mer. L’odyssée de La Bounty tome 2. (Men Against the Sea, 1933. Traduction de Gérard Piloquet). Editions Libretto. Parution 26 avril 2002. 256 pages. 9,05€.

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 08:02

Les particules pour les nobles, c’est comme la barbe pour l’Oncle Paul. Cela ne sert à rien, mais ça fait plus distingué !

Samuel SUTRA : Les Particules et les menteurs.

L’art et la manière, tout se résume en cette expression qui offre un champ de possibilités infinies à Aimé Duçon, plus connu sous le surnom de Tonton.

L’art est représenté par un tableau de Ruffy, peintre hongrois exilé en France au début des années trente, contemporain de Buffet et autres peinturlureurs colorés au talent intimiste, voire anecdotique. Pour Bruno, l’un des comparses de Tonton, c’est du n’importe quoi, mais comme chacun sait, les égouts et les odeurs, ça ne se discute pas. Et la valeur financière d’un tableau ne se juge pas à ce qu’il représente ni à au talent de son auteur.

Ce tableau est convoité par un richissime collectionneur et cela suffit. Or il existe deux exemplaires de cette œuvre, fait rarissime, et le premier n’étant pas le bon d’après Chicaude, l’homme qui désire ardemment s’approprier la toile, le second qui pourrait n’être qu’une copie du premier, ou inversement, se trouve accroché chez une famille nobiliaire de Touraine. J’ai omis de vous préciser que cette huile est connue sous le titre de La Dame aux Godasses. Tout un programme.

 

La manière, c’est Tonton qui l’a cogitée, mais pour cela il a besoin de Gérard, un ineffable obtus du bulbe, et d’une de ses vieilles amies qu’il n’a pas vue depuis des lustres. C’est ainsi qu’il se rend en compagnie de Gérard, qui n’y comprend rien mais on ne lui demande pas d’interpréter les résultats des cogitations des petites cellules grises qui travaillent à plein régime dans le cerveau de Tonton, chez la Baronne Donatienne de Gayrlasse, qui possède une immense demeure en plein Paris.

Qui possédait, car cette dernière descendante d’une longue litanie de nobles remontant en des temps fort reculés où l’on se battait encore à main nue et à pied, le cheval n’ayant pas encore été inventé, car cette gente dame a été obligée de vendre sa résidence à un émir. L’entretien coûte cher et elle n’a plus que la jouissance de chambres de bonne, ce qui lui suffit largement pour vivoter et se payer le vin blanc sec qu’elle déguste dans des bols et le tabac pour ses cigarettes qu’elle se roule sur la cuisse.

Et Tonton pensait naïvement que cette Donatienne allait pouvoir transformer Gérard en prince charmant et lui inculquer les bonnes manières. C’en est trop pour Gérard qui est nature comme l’on dit des niais indécrottables. Les séances de rattrapage ne sont même pas envisageables. Toutefois une autre solution se profile aux yeux ébaubis de Donatienne et de Tonton. En effet l’indécrottable Gérard, s’il ne peut acquérir les bonnes manières, est le sosie parfait du Vicomte George De La Taille.

George doit convoler prochainement avec Benoite, fille du vicomte de Rompay-Layran et une répétition du mariage va avoir lieu au Château Froy de Crin, à Echauday, Touraine, précisément là où trône le fameux tableau qui sous ses airs de barbouillage vaut une fortune. Mariage contre nature, pourtant les deux fiancés proviennent de familles de haute lignée, mais George possède des attirances sexuelles qui théoriquement ne permettent pas à ses partenaires de procréer un jour.

 

Je clos ici mon petit résumé qui n’est qu’une entame dans les moult tribulations qui ponctueront le parcours aventureux de Tonton, Gérard et leurs acolytes, Pierre, Bruno et Mamour qui, même s’il est aveugle, est le plus clairvoyant de tous.

Une cascade de péripéties en tous genres attendent le lecteur qui halète de plaisir comme un chien devant le nonos qui lui est promis et qui sait qu’il pourra le déguster avec un contentement non dissimulé lorsque son maître aura fini de jouer avec ses nerfs. Pas de temps morts dans cette histoire un peu farfelue, loufoque, baroque, et quelques rebondissements s’interposent en montagnes russes jusqu’à l’épilogue surprenant mais fort bien venu.

Un ouvrage qui engendre la bonne humeur et devrait être remboursé par la sécurité sociale en lieu et place des anxiolytiques, antidépresseurs et autres panacées supposées remettre le cerveau en place mais qui provoquent parfois des dommages stomacaux. Ce n’est pas la première fois que j’émets cette réflexion, mais elle est toujours d’actualité !

 

Samuel SUTRA : Les Particules et les menteurs. Tonton, l’art et la manière 2. Editions Flamant Noir. Parution 15 août 2017. 200 pages. 15,00€.

Première édition Editions Terriciaë. Parution juin 2012. 152 pages.

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 09:12

Il existe deux catégories de cancres : les cancres

  résistants et les cancres las…

Pierre BENGHOZI : Loki 1942.

Et les cinq cancres qui évoluent dans ce roman appartiennent plutôt à la première catégorie.

Ils sont consignés par leur institutrice Ida Grieg dans une petite école de Stavanger, seulement ce qui devait être une séance de rattrapage devient une claustration. Les soldats allemands les ont enfermés, Ida Grieg étant soupçonnée détenir un document destiné aux résistants mais également afin d’assouvir un contentieux.

Malgré le principe de neutralité affichée par la Norvège, les troupes nazies ont envahi le pays et la Résistance s’est organisée. Ida, comme bon nombre de ses collègues, s’est engagée contre l’avis des autorités. Puis elle est redevenue institutrice, on ne se refait pas.

Lorsque la soldatesque nazie déboule dans se classe, elle cache précipitamment un papier dans son corsage. Elle reçoit un coup de crosse qui la laisse un œil en vrac et étourdie. Les gamins ne sont pas impressionnés, au contraire, ils s’intéressent à l’intimité de l’évanouie. Seulement une menace plane sur leurs têtes.

Cinq soldats ont été abattus par les Résistants, et pour venger cet affront, le lieutenant Abel Lehmann doit répliquer en exécutant cinq personnes. Son choix s’est porté sur les occupants de cette classe, mais comme ils sont six, un seul survivra.

Un seul ou une seule, car outre l’institutrice, sont présents Nils l’aîné et Mathias le puîné, les jumeaux monozygotes, Dagmar, le gros, Jan, l’effacé, et Solveig, la seule fille du lot mais pas la moins délurée. Ils révisent manuellement les sciences naturelles et leur système reproducteur. Mais comme ceci se déroule sous le pupitre, on n’en dira pas plus afin de ne pas passer pour un voyeur.

Ida Grieg sort de son étourdissement, et entreprend d’apprendre à ses élèves un poème, Les invectives de Loki, l’ancien dieu de la discorde, extraits du Codex Regius. Un choix qui n’est pas innocent, car ces vers contiennent un message caché que seul un Résistant peu comprendre. Mais pour enfoncer ce texte dans la tête de ces chères têtes blondes, il va falloir du temps, y passer la nuit peut-être, selon le principe du Lire-Ecrire. Et tous doivent le connaître par cœur ce texte, sachant qu’il ne devrait y avoir qu’un seul survivant qui sera désigné au sort.

 

Construit comme un huis-clos, les principales scènes se déroulant dans la classe, parfois entrecoupées de réminiscence de l’institutrice qui retombe à plusieurs reprises dans un évanouissement qui ressemble à un coma, ou une scène ou deux dans lesquelles on est en compagnie du lieutenant dans un bureau exigu, Loki 1942 nous entraîne dans un épisode peu connu de la Seconde Guerre Mondiale.

En effet l’Allemagne envahit la Norvège en 1940 malgré le principe affiché de neutralité, mais l’auteur ne s’étend guère sur cet épisode, préférant placer son intrigue dans un seul lieu, une classe d’école. Le lieutenant Abel Lehmann ne se sent pas vraiment impliqué mais il obéit aux ordres, tandis que le soldat qui l’accompagne parfois est nettement plus virulent.

Même si les antécédents politiques, professionnels et familiaux d’Ida Grieg sont dévoilés, ils n’influent guère sur l’intrigue. Son comportement, sa force de caractère, ses idées et sa ténacité importent plus. Et surtout c’est la conduite de ses cinq élèves qui est analysée, presque disséquée, des trublions qui pensent plus à démontrer leur paresse, leur mauvaiseté, loin du cancre rêveur de Prévert. Pourtant ils parviennent peu à peu, sous la pression des éléments, à se transcender, sans pour autant perdre leur caractère d’électron libre.

Un court roman, prenant, sans digressions inutiles, qui se clôt en une fin ouverte qui ne demande pas pour autant une suite.

Pierre BENGHOZI : Loki 1942. Editions Serge Safran. Parution 7 septembre 2017. 160 pages. 15,90€.

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 09:28

Le voile est ténu entre le rêve et la réalité.

Jérôme SORRE : L’hiver du magicien.

En cette fin d’après midi de l’été de 1790, le jeune Charles Nodier erre dans les rues. Le temps est exécrable et l’agitation de la populace révolutionnaire importune ce gamin dont le père est notable. De plus il vient de subir une déception, et il n’a guère envie de rentrer chez lui.

Tout en ruminant une déconvenue amoureuse, il arrive dans un quartier dans lequel s’élève un édifice religieux. Des femmes chantent la Carmagnole et vendent de la bimbeloterie religieuse qu’elles ont chapardée.

L’intérieur est ravagé et près du chœur il aperçoit trois petites chapelles grillagées. Deux sont vides et ouvertes, la dernière est fermée, et dans le réduit gît ce qu’il suppose être un homme. Apeuré, il s’enfuit et se heurte à un individu qui se tient sur le porche, avec à ses côtés une épée qui manifestement ne lui appartient pas. Le garde lui demandant ce qui lui arrive, Charles l’invite à le suivre dans la chapelle. L’homme ne voit rien, pour cause il n’y a personne. Pourtant Charles discerne ce corps recroquevillé.

Charles rentre enfin chez lui, mais sa nuit est mouvementée. Et le lendemain, il retourne à cette église des Dames du Battant. Mircea, c’est le nom de cet être qui n’est visible que pour lui, lui demande de trouver la clé pour ouvrir ce qui constitue son cachot. Mais quelle clé ? D’après Mircea, qui se prétend magicien, ce n’est pas une clé ordinaire, matérialisée en un métal quelconque, mais à Charles de la découvrir.

 

Dans ce court roman fantastique, Jérôme Sorre nous entraîne sur les traces du jeune Charles Nodier qui deviendra le précurseur du romantisme, écrivain, romancier, poète et académicien. Il sera également bibliothécaire, notamment à Laybach, ou Laibach, qui deviendra Ljubljana. Mais ce côté fantastique joue sur la sobriété, et est surtout constitué de rêves entremêlés de tristes réalités. La révolution française s’affirme dans les rues, par la destruction des églises, la décapitation des statues, le vol des objets, la dégradation des lieux.

Pourtant un voyage initiatique lui est quasiment offert, un passage obligé afin devenir adulte. Charles Nodier est amoureux des livres et il a soif de culture. Mais il choisit les matières qu’il préfère, délaissant les mathématiques, que lui enseigne sa mère.

Dans un épisode décrit par Jérôme Sorre, et on ne peut mettre en doute cette fausse biographie, une image naît dans l’esprit du lecteur. Une scène que, peut-être, un certain James Matthew Barrie a empruntée pour mettre en scène son personnage de Peter Pan. A moins que ce ne soit le contraire. Mais quel épisode ? Je vous laisse le découvrir…

 

Ce texte est suivi d’une étude signée Alain Chestier, Rêver la réalité, un texte passionnant qui en révèle un peu plus sur Charles Nodier, un auteur quelque peu délaissé ou oublié de nos jours mais qui influença Victor Hugo, Alfred de Musset ou Sainte-Beuve, excusez du peu.

 

Jérôme SORRE : L’hiver du magicien. Collection LoKhaLe N°6. Editions La Clef d’Argent. Parution 7 septembre 2017. 120 pages. 6,00€.

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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 05:35

Si vous allez à San Francisco

Vous y verrez des gens que j'aime bien…

Florent MAROTTA : Le meurtre d’O’Doul Bridge.

Installé depuis quelque temps à San Francisco, à cause d’une incompatibilité d’humeur avec la justice française, Michael Ballanger s’est rapidement fait une solide réputation de coach de vie.

Il possède un cabinet, pouvant se permettre de choisir ses patients, certains ne venant qu’à une seule et unique séance, ne désirant pas les revoir car il sent que ses conseils ne seront pas suivis d’effet. Il participe à des émissions de radio, effectuant ses consultations en direct et a écrit quelques livres.

Un policier le convoque par téléphone, pour affaire le concernant, la phrase rituelle qui n’engage à rien mais inquiète toutefois ceux à qui elle est adressée. Comme il a projeté un week-end dans sa maison blottie dans les collines, à Shaver Lake, en compagnie de sa jeune amie Kim, en tout bien tout honneur, il décline l’invitation.

Qu’elle n’est pas sa surprise le lendemain de voir débouler devant sa paisible retraite, alors qu’il est en pleine émission radiophonique par téléphone, trois véhicules et cinq policiers, patibulaires, mais presque. Le lieutenant Larkin, accompagné de son jeune collègue l’inspecteur Kukotch, l’emmène au commissariat et désire, exige plutôt, des renseignements sur un de ses clients qui l’aurait appelé la veille par téléphone.

Ballanger admet l’avoir eu comme patient, mais pour une seule séance. Son client parlait de refaire sa vie, le syndrome de la quarantaine. Pour Larkin, ce n’est pas satisfaisant comme réponse. L’homme un dénommé Calvin Tennesson est décédé, abattu d’une balle en pleine tête sur un parking près du Lefty O’doul Bridge. Mais Calvin Tennesson n’est pas, n’était pas, n’importe qui. Il était marié avec Teagan Robbins-Tennesson, la présidente de l’empire pharmaceutique. Peu lui chaut à Ballanger qui a autre chose en tête.

Sa fille Karine qui vit avec sa mère à Paris et qu’il n’a pas revue depuis des années, depuis les événements qui ont pourri sa vie avant qu’il se redresse, sa fille Karine doit lui rendre visite. Mais à cause de Larkin, il ne peut se rendre à l’aéroport. Ce que n’apprécie pas Karine qui est réceptionnée par Kim. Et pendant ce temps Ballanger est mis en présence de Teagan Robbins-Tennesson, un glaçon, et de son garde du corps, véritable armoire à glace antipathique.

Lors d’une promenade dans San Francisco, destinée à faire découvrir la ville à sa fille, Ballanger s’aperçoit qu’il est suivi. Il pense tout de suite à un policier mais ce n’est qu’un pauvre homme désemparé par la mort de son ami Calvin. Les deux hommes sont homosexuels et Ballanger en a confirmation dans un bar gay qui vient d’être saccagé par des skinheads. Toutefois il peut obtenir une copie de la vidéo de surveillance et il passe un pacte avec un journaliste paranoïaque qui travaille en libéral, mettant en ligne ses articles.

 

Si le fond de l’intrigue n’est pas alambiquée, et c’est tant mieux, ce sont les personnages qui importent. Peu à peu on découvre les antécédents de Michael Ballanger, ce que fut sa vie en France, le drame qui le traumatise toujours et l’empêche de dormir sereinement, ainsi que ses relations platoniques avec Kim, serveuse de charme dans un bar, étudiante en psychologie, et ancienne call-girl.

Quant à Karine, elle est volcanique et attendrissante. Il est vrai qu’elle était présente lors du drame qui a fichu en l’air non seulement la vie de son père mais celle de toute sa famille. Elle est jeune encore, à peine majeure, et elle subit une dualité intérieure qui la fait passer du rire aux larmes et inversement.

Le côté cliché réside en Larkin, ce flic ventripotent imbu de sa personne, raciste, xénophobe, homophobe, qui connait les antécédents de Ballanger, qui nourrit une haine tenace envers le French coach, mais se plie servilement devant les désirs, les ordres des notables. Et comme Larkin personnifie le flic malsain, le méchant, Kukotch se montre plus aimable, plus affable, plus compréhensif. Dans son tempérament, et surtout, il n’est pas encore entré dans l’engrenage des policiers qui se considèrent comme les maîtres du monde.

Tout n’est pas dit sur les antécédents de Ballanger, et l’épilogue nous laisse entrevoir une suite, qui devrait s’avérer intéressante. Et ce roman entre plus dans les goûts littéraires que le précédent ouvrage de l’auteur. Mais, ça, ce n’est qu’un problème de compatibilité que tout un chacun peut ressentir envers un genre, sans pour cela que le roman incriminé soit une daube, au contraire.

 

Florent MAROTTA : Le meurtre d’O’Doul Bridge. Une enquête du French Coach. Editions Taurnada. Parution le 7 septembre 2017. 248 pages. 9,99€.

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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 06:55

Une potion à déguster sans modération…

Patrick S. VAST : Potions amères.

Les hypermarchés et les grandes surfaces commerciales, situés en dehors des villes, drainent la clientèle sans vergogne, ne laissant souvent dans les centres-villes que les miettes financières.

Pourtant, certaines échoppes continuent, bravant ce flot mercantile, à subsister, offrant des services, des conseils, des produits inconnus de la grande distribution ou jugés peu rentables.

Ainsi à Béthune, dans une petite rue marchande, les époux Rogonot tiennent une herboristerie, et, faut bien sacrifier à la mode, proposent également des produits bio.

Aux côtés de ce couple sexagénaire, travaille Denise, l’employée trentenaire qui ne s’est pas remise de la mort de son fiancé cinq ans auparavant, puis de sa mère l’an passé. Elle s’enfonce tout doucement dans une vie morne, monotone, dénuée de sourires, et André Ansart, représentant en produits bio et secrètement amoureux d’elle, aimerait la voir revivre, si possible avec lui.

Le destin de Denise bascule à cause de plusieurs conjonctions, qui s’avéreront néfastes pour certaines personnes de son entourage. Un lundi après-midi, elle est chargée par ses employeurs, Patrice, qui se remet doucement d’un problème cardiaque, et Germaine, une femme au caractère trempé dans ses décoctions amères, de déposer à la banque la recette du week-end. 2000 euros dans une sacoche qui lui est subtilisée par un motocycliste.

L’individu peu scrupuleux qui vient de s’adonner à ce vol à la tire, est sorti de la prison de Sequedin peu de temps auparavant. Gérard Bourgeois est un petit malfrat, et surtout père de famille. Sa compagne Lydie, qui lui avait déjà donné deux enfants, en a profité pour en avoir un troisième durant son absence, faut bien occuper ses journées. Seulement, cela ne paie pas le loyer, et c’est pour cela que Gérard a arraché la sacoche de Denise.

Il retrouve un ancien codétenu, qui n’est pas si ancien mais c’est la formule consacrée, Abdel, qui lui aussi a besoin d’argent liquide. Pendant son incarcération, sa copine Sandra est devenue hôtesse d’accueil dans un bar montant, avec son consentement, et il voudrait bien la récupérer. Seulement cela a un coût, et comme il n’a pas les fonds nécessaires, il lui faut trouver de quoi payer, rapidement, car quinze jours plus tard, la prime de débauchage sera doublée.

En attendant de monter leur coup, Gérard retrouve son ancien patron, vendeur de cycles. Entre-temps, le commerçant s’est reconverti dans les scooters, et Gérard devient le mécanicien attitré et vendeur. D’ailleurs l’une de ses premières ventes, il va la réaliser auprès de Denise qui a reçu une pub dans sa boîte aux lettres. Elle pense que les déplacements motorisés dans la campagne pourraient être une panacée à sa morosité et sa déprime.

Et voilà comment en peu de personnages Patrick S. Vast construit une intrigue linéaire solide, voire machiavélique, reposant sur quelques protagonistes secondaires entourés de faire-valoir convaincants. Des commerçants voisins de l’herboristerie principalement, mais également un policier, un docteur à l’ancienne, c’est-à-dire qu’il se déplace au moindre appel de sa clientèle, une jeune fille handicapée mentale…

Le fil rouge est constitué par Denise, qui s’éprend de Gérard, lequel se joue de la jeune femme comme d’une marionnette ; par Caroline, l’handicapée mentale mutique ; et surtout par Germaine, l’herboriste.

Germaine et ses idées toutes faites, ses déductions hâtives, ses conclusions à l’emporte-pièce, son manque de réflexion, et son assurance dans ses analyses qui manquent de profondeur.

 

Si Patrick S. Vast dédie ce roman à Simenon, Steeman et Duchâteau, il peut logiquement se revendiquer comme l’héritier de Georges-Jean Arnaud, Louis C. Thomas, Boileau-Narcejac et de petits maîtres qui ont œuvré dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir, tels que André Lay et quelques autres, et dont la spécialité était le roman policier d’inspiration suspense psychologique. De l’action certes, mais pas de violence décrite inutilement, des moments de tendresse, et des personnages ancrés dans un quotidien, notre quotidien. Et c’est également le système de l’autodéfense qui est abordé, une réplique souvent employée par des commerçants spoliés mais qui se retrouvent souvent au banc des accusés.

Patrick S. Vast effectue un retour aux sources après avoir tâté, brillamment, du thriller à tendance fantastique, étoffant sa palette de romancier en verve.

 

Vous pouvez vous procurer cet ouvrage auprès de l’éditeur en cliquant sur le lien ci-dessous, ou chez votre libraire en lui indiquant le numéro d’ISBN

978-2-95661888-0-8

 

Patrick S. VAST : Potions amères. Editions Le Chat Moiré. Parution le 7 septembre 2017. 240 pages. 9,50€.

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 08:02

Non, non, rien n’a changé
Tout, tout a continué…

JEAN-CHARLES : La foire aux cancres.

Dans son préambule, Jean-Charles écrit, attention accrochez-vous aux branches car ceci est tellement d’actualité qu’on oublie que l’ouvrage a paru en 1962 :

Si les lycées avaient des clochers, ils sonneraient sans cesse le tocsin. L’enseignement secondaire français traverse en effet une crise grave qui s’explique par plusieurs raisons.Nous sommes obligés de refuser des élèves, disent les proviseurs.

Les classes sont surchargées, se plaignent les professeurs.

On ne s’occupe que des élèves les plus doués, protestent les parents.

Cela commence bien, vous ne trouvez pas ? Et les cancres là-dedans ? Ils sont furieux. Et pourquoi sont-ils furieux ?

Moins, comme l’imaginent les parents, parce que l’on ne s’occupe pas d’eux que parce qu’ils se rendent compte de l’ineptie des programmes scolaires.

Naturellement la solution est toute trouvée : modifier les programmes scolaires. Plus facile à dire qu’à faire, vous en conviendrez, à moins de laisser ce soin à des technocrates qui n’y connaissent rien mais se font fort de trouver des réponses à ces questions angoissantes.

Le Ministre de l’éducation nationale a annoncé, lors de la dernière rentrée, la création d’une commission chargée de supprimer, dans les programmes scolaires, tout ce qui n’était pas essentiel… Sur quoi, on apprit, qu’en plus du reste, les élèves allaient avoir droit à des cours d’éducation civique.

Il a dû frapper fort sur son clavier de sa machine à écrire, Jean-Charles, en rédigeant cette critique qui ne manque pas de bons sens.

 

A l’école, les cancres rivalisent d’âneries, ceci est un fait avéré. Mais ils ont de qui tenir, car nos romanciers, et non des moindres ne furent pas en reste. L’on connait les célèbres bourdes littéraires de Ponson du Terrail, mais bien moins celles de Balzac :

Un commissaire de police répond silencieusement : Elle n’est point folle.

Ou encore de Prosper Mérimée :

Enfin, mettant la main sur ses yeux comme les oiseaux qui se rassurent…

Les traducteurs n’échappent pas non plus aux erreurs. Florian, dans sa traduction de Don Quichotte affirme :

Ces belles qui, toujours sages, couraient les champs sur leurs palefrois et mourraient à quatre-vingts ans tout aussi vierges que leurs mères…

 

Il ne faut pas croire que ce livre n’est qu’une recension de bons mots, d’à-peu-près, de réponses désopilantes, de perles d’incultures qui auraient fait les délices de Ray Ventura et ses Collégiens qui ont chanté Le Lycée Papillon, une chanson de Georgius, mais il s’agit bien d’un véritable réquisitoire sous forme de diatribe, pour la défense de l’enseignement et des enseignants.

 

Ainsi peut-on lire, page 81 de la présente édition :

Je ne vais pas cependant jusqu’à prétendre qu’il faut remplacer les professeurs par des machines. … Nous savons que rien ne remplace un excellent professeur. Malheureusement il y a de moins en moins d’excellents professeurs. Pourquoi ? Je l’ai déjà dit : parce qu’ils ne sont pas assez payés. Un homme est un homme, disait ma grand-mère. Que l’on essaie donc de rétribuer les médecins de campagne au même tarif que les instituteurs et de payer les cardiologues et autres spécialistes comme les professeurs de faculté, on verra alors si le niveau de la médecine française ne diminue pas.

 

Ceci mérite réflexion, n’est-ce pas ? Mais il semble que le niveau intellectuel des hommes, et femmes, politiques a baissé plus vite et plus profondément que celui des étudiants et du commun des mortels. Et de nos jours, tous les ans on nous informe que des changements vont intervenir à chaque rentrée, que de nouveaux programmes vont être appliqués, avant d’être expérimentés, et qu’il y aura de plus en plus de bacheliers, la France en a besoin.

Comme l’écrit Jean Failler dans Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu :

Les examinateurs ne paraissent plus aussi exigeants qu'autrefois, quand ils éliminaient impitoyablement nos grands-parents pour cinq fautes dans une dictée de certificat d'études. Si vous voyiez les rapports que rédigent certains de ces bacheliers ces dernières couvées !

 

Alors que bon nombre d’animateurs télé ou radio, de comédiens, de romanciers, de chefs d’entreprises, voire d’hommes politiques se vantent, s’enorgueillissent d’avoir été des cancres à l’école, il est désolant de constater que des BAC +3, 4, 5, frappent, sans succès, à la porte de madame Paule Emploi.

Il serait bon que cet ouvrage, dont la dernière édition remonte à 1999, soit réédité, et fourni à nos braves députés et ministres, afin de leur donner un sujet de réflexion, ce qui les occuperait au lieu de pondre des lois qui n’ont aucun sens, et répondre n’importe quoi lors des interviews. N’est-ce pas monsieur Emmanuel Macron, qui déclarait le 26 mars dernier :

Ce qu'il se passe en Guyane depuis plusieurs jours est grave. C'est grave en raison des débordements. Mon premier mot est celui d'un appel au calme parce que, je crois que bloquer les pistes d'aéroport, bloquer les décollages, parfois même bloquer le fonctionnement de l'île ne peut être une réponse apportée à la situation.

JEAN-CHARLES : La foire aux cancres. Editions Calmann-Lévy. Parution 1962. 220 pages.

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