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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 06:42

Dans le port d'Ouistreham, y a des migrants qui meurent...

Jean-Noël LEVAVASSEUR : Une Manche perdue.

Divorcé, Martin Mesnil préfère travailler de temps à autre, signant de petits contrats, afin de mieux s'occuper de ses enfants lorsque son ex est en mission professionnelle.

La proposition de travailler de nuit sur le port de Ouistreham à aider et surveiller l'embarquement des camions sur le ferry ralliant les côtes anglaises l'agrée. Il fera équipe avec David qui lui enseigne les principes de base du métier après une réunion avec son nouveau patron.

Son employeur, Novak Borovic, fut un footballeur de bon niveau mais caractériel, chez lui en Salvénie puis en France dans des clubs comme celui du Havre. Heureusement son père Dragan était là pour lui épargner les foudres du corps arbitral lors de distributions gratuites de biscottes (cartons jaunes en langage footballistique). Il faut dire que son père faisait régner l'ordre, ou le désordre, cela dépend de quel côté on se place, en Salvénie lors des affrontements meurtriers qui opposaient les différentes ethnies et religions du pays. Il s'était même fait une spécialité de pendre les terroristes aux branches d'arbres.

Martin Mesnil arrive sur son poste de travail dans une ambiance qui ne prête guère à l'enthousiasme. D'autant que la semaine précédente, un migrant a été retrouvé mort dans d'horribles conditions, accroché à un grillage délimitant le port et empêchant, théoriquement, les migrants de s'infiltrer.

Tandis que David et Martin vérifient grosso modo le passage des camions, des vigiles d'origine salvène, comme leur patron les surveillent, tout en contrôlant les alentours. Et un soir, Martin remarque le manège d'un migrant, mais se garde bien d'intervenir. Mais il n'est pas seul sur place, d'autres personnages, dont les vigiles épient les environs. Martin laisse l'homme s'échapper et recueille une pochette contenant diverses affaires dont de l'argent. Pour les vigiles, il n'a rien vu, rien entendu.

C'est dans cette atmosphère délétère que Martin est amené à travailler, mais à se défendre également contre des individus qui semblent vouloir lui faire la peau. Pourquoi ? Parce qu'il est en possession de cette pochette ? Parce qu'il a fermé les yeux sur les agissements d'un migrant qui ne demande qu'à vivre ?

Martin lui aussi ne demande qu'à vivre, chichement peut-être mais en tout en restant honnête. Son compte bancaire est dans le rouge, rouge sang pour certains, et il se refuse de demander à ses parents la moindre obole qui pourrait le tirer d'affaires.

 

Nouveau venu sur la scène des émules de Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe, Martin Mesnil n'est pas un surhomme. Il habite à Grandcamp-Maisy, un port de pêche près de Caen, et pense surtout à sa famille, ses deux enfants qui constituent son trésor. Ce n'est pas une tête brûlée, loin de là, mais il n'aime pas l'injustice. Il se trouve embarqué, c'est le cas de le dire, dans une histoire trouble qui le dépasse, mais il ne baisse pas pour autant les bras. D'autant qu'il va trouver une alliée en Gisèle, une infirmière libérale bénévole d'une trentaine d'années, belle ce qui ne gâte rien, et qui n'a pas froid aux yeux, prête à s'enflammer pour les bonnes causes, du moins celles qui lui paraissent dignes d'intérêt comme la cause des migrants.

Croit-on qu'en faisant disparaître un camp, on fait disparaître les migrants qui l'habitent ?

Tout le monde aura reconnu en ce pays d'Europe de l'est la Salvénie, représenté par le personnage pas si imaginaire de Dragan Borovic. Et c'est d'après un thème majeur et réel, le parcage des migrants, leur refoulement, que Jean-Noël Levavasseur construit son roman qui traite, gravement, un sujet grave. Mais pour autant il intègre à son récit des personnages pas piqués des vers comme l'on dit communément, comme la paire de truands qui pourraient faire penser à Laurel et Hardy mais n'en possèdent pas la bonhommie.

Ouistreham, tout le monde en a entendu parler, ne serait-ce que par le reportéage effectué par Florence Aubenas sur les conditions de travail des employées chargées du nettoiement des ferries à chaque escale. Mais loin de Sangatte et de Cherbourg, Jean-Noël Levavasseur nous sert de guide dans ce petit port d'embarquement situé près de Caen. Une région qu'il connait bien à cause de ses attaches familiales et professionnelles. Et, entre nous, j'aimerai savoir, mais cela ne nous regarde sûrement pas, s'il existe une ressemblance entre le père de Martin Mesnil et le sien. Le géniteur de Martin dont les manuscrits sont systématiquement refusés par les éditeurs, ce qui le met en colère mais ne le décourage pas pour autant.

Ce personnage de Martin Mesnil est éminemment sympathique, humain même, et ce roman est le premier d'une série, théoriquement. Malheureusement cet opus manque de visibilité sur les étals des libraires et il serait bon que l'auteur ou l'éditeur soient présents lors de manifestations littéraires régionales. Mais ce n'est pas le cas. A Fleury-sur-Orne par exemple, dans le cadre du festival Bloody Fleury qui se tient du 3 au 5 février et dont la une programmation prévue est fort alléchante. Voir le lien :

Lire également de Jean-Noël Levavasseur :

Jean-Noël LEVAVASSEUR : Une Manche perdue. Préface de Jean-Bernard Pouy. OREP éditions. Parution le 12 mai 2016. 216 pages. 9,90€.

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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 06:33

Quoiqu'officiellement disparu, le cougar femelle n'est pas en voie d'extinction... Ouf, on a eu chaud....

Françoise LE MER : L'extinction des cougars.

Retrouver une amie d'enfance un matin sur le marché, trente ans après l'avoir côtoyée sur les bancs de l'école, c'est ce qui arrive à Nathalie Nicette, professeur de Lettres Classiques à Quimper.

A quarante-sept ans, Nathalie vit seule, recevant de temps à autre son fils et sa fille. Son statut de veuve lui convient parfaitement, et elle s'enfonce dans un train-train quotidien douillet que les retrouvailles avec Crista va bousculer, alors qu'elle ne demandait rien, juste être tranquille dans son coin.

Crista lui enseigne à se connecter sur Fakesbox et bientôt elle possède de nombreux amis, dont un Thitrobaud et quelques autres, jusqu'au jour où l'un de ses correspondants anonymement caché sous le pseudo de Xkjim358 l'appelle Ma Nanouche. C'est la première fois que ce Xkjim 358 s'immisce dans une conversation. De plus il l'a appelée Ma Nanouche, un diminutif qu'elle avait occulté depuis des décennies, qui lui avait été octroyé durant quatre ans de sa vie, quatre années qu'elle a balayées comme le pire moment de son existence.

Qui peut bien la relancer ainsi ? Elle en parle à son amie Crista, sa meilleure amie d'adolescente, lui montre les textos qu'elle reçoit, et pour Crista, il s'agit ni plus ni moins que de menaces. Bientôt, avec Marie, elle aussi une ancienne condisciple perdue de vue depuis belle lurette, les trois femmes vont se délurer. Surtout Nathalie, qui entraînée par les deux copines, accepte d'abord de rencontrer Thitrobaud, puis de se rendre dans une discothèque pour danser et éventuellement effectuer quelques nouvelles connaissances mâles.

Les trois quasi quinquagénaires se rendent donc à la discothèque accompagné par Le copine. Un copain qui ne s'y rend que pour danser, et non pour draguer, sa femme préférant rester à la maison. En arrivant sur le parking, Nathalie se gare un peu à l'écart afin de ne pas être embêtée, et Crista et Marie retrouvent une autre habituée du lieu. Comme il est interdit de fumer dans l'enceinte, Nathalie prête ses clés de voiture à cette nouvelle relation afin que celle-ci se serve dans le paquet de cigarettes laissé dans le véhicule. Quand on vous dit que fumer tue, pour une fois c'est vrai. Cette fumeuse qui avait besoin de sacrifier à son besoin est retrouvée morte, assassinée, le lendemain, dans un fossé.

Le Gwen et Le Fur, les personnages fétiches de Françoise Le Mer vont enquêter sur ce meurtre, car l'une de leurs collègues du commissariat de Brest a reconnu dans le journal le portrait de la défunte.

 

Il fut un temps, pas si lointain, où les mères, fières de leurs fils, avaient coutume de dire, rentrez vos poules, je lâche mon coq. Et les garçons de se pavaner au bal populaire, cherchant la gaudriole auprès de quelques donzelles qui, accompagnées de chaperons, désiraient danser, voire plus si affinités. De nos jours, la liberté de mœurs a relégué ces entraves aux oubliettes, mais les femmes qui recherchent des compagnons pour une nuit ou plus sont toujours regardées de travers par les bonnes âmes bien pensantes, tandis que les hommes mûrs tenant à leurs bras de gentilles jeunes filles ou femmes ne font pas l'objet de telles opprobres.

Françoise Le Mer met le doigt où ça démange et gratte afin de montrer qu'il existe encore des à-priori, des réticences, des préjugés tenaces alors que les femmes, des quadragénaires et quinquagénaires libérées, qui veulent empiéter, avec raison, sur un domaine prétendument masculin, devraient bénéficier des mêmes avantages sexuels que les hommes afin de rompre leur solitude. Et en filigrane, cette adolescente qui joue les respectueuses (ou prostitution étudiante) dans le but de se payer des études et de subvenir aux besoins familiaux.

Le côté vécu du roman réside dans les discussions, sur le lieu de travail, entre collègues, les échanges verbaux, les réparties vives, humoristiques, acrimonieuses parfois, ou les relations avec les élèves, reflètent la réalité quotidienne professionnelle, puisque Nathalie professe dans le même collège que l'auteure. De même les promenades dans Quimper permettent de mieux découvrir la cité bretonne et surtout la Vieille ville, et sa fabrique de bols avec le travail des peinteuses qui dessinent les personnages ou fleurs ornementaux dans le récipient qui seront cachés puis découverts peu à peu par l'absorption du café matinal.

 

Mais derrière ces deux aspects de la vie, s'en profile un autre, plus grave, plus délétère, celui des amis recueillis sur Fakebox, un réseau social qu'il n'est point besoin ici de donner la véritable signification. Un engrenage infernal, avec des correspondants anonymes qui peuvent se cacher sous n'importe quel pseudo ou sexe, des soi-disant amis dont le but est parfois de jouer au corbeau.

Un roman fort intéressant par une auteure que je redécouvre et qui n'œuvre pas dans la mièvrerie sans être pour autant dévergondée. Tout est dans la mesure des propos, et dans leurs descriptions. Les traits des côtés humains, sociaux, ne sont pas forcés mais décrits avec justesse.

 

Françoise LE MER : L'extinction des cougars. Série Le Gwen et Le Fur N°17. Editions du Palémon. Parution le 21 octobre 2016. 272 pages. 10,00€.

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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 07:03

Cette revue, ou fanzine, sympathique dont le numéro 1 est paru en 2007, s'est donné pour vocation, je cite :

de s’intéresser à cette branche tantôt ignorée, tantôt méprisée, qu’est la science-fiction populaire. On trouvera au fil des numéros des dossiers sur les auteurs, les héros, les genres ou les diverses séries, mais aussi sur les diverses éditions, en particulier la collection emblématique du genre, FLEUVE NOIR ANTICIPATION, les traductions à l’étranger ou les adaptations en bandes dessinées.

LE MÉTÉORE se consacrera aussi à ce pilier du roman populaire qu’est Bob Morane (plus de deux cents aventures parues) et abordera d’autres séries comme Doc Savage, la bande dessinée avec pour commencer Guy L’Eclair (version Dan Barry) ou des auteurs jeunesse comme Philippe Ebly.

 

Revue Le Météore N°21.

Louable initiative pour plusieurs raisons, dont la primordiale est de rester simple, de ne pas vouloir absolument rédiger des articles universitaires parfois abscons, de proposer aux amoureux de la littérature populaire ce qui les intéresse sans les dévaloriser.

Dans ce numéro, le sommaire décliné ci-dessous est alléchant :

Page 5 : Les maîtres de la SF en France : Jean-Pierre Andrevon. Article signé Reboussin. Le parcours éditorial de cet écrivain multidisciplinaire, qui œuvre aussi bien dans la science-fiction, l'angoisse et le fantastique, le roman noir ou policier mais qui est également auteur-compositeur et interprète, scénariste, poète et dessinateur.

Page 13 : Skull Island : une aventure de Doc Savage. Un article signé Michel Vannereux. Résumé du roman écrit par Will Murray mais non traduit en France. Dommage.

Page 15 : Des nouvelles de Daniel Piret par André Borie. Une courte présentation de Daniel Piret plus une lettre de l'auteur à ses lecteurs.

Page 17 : Daniel Piret : Vae Victis par Michel Vannereux. Un roman décortiqué après une rapide présentation de la collection Anticipation, via les auteurs préférés de Michel Vannereux.

Page 22 : Ardo l’Enthousiaste par Jean-Pierre Laigle. Présentation de La Maison du genre humain, seul roman de Mario Viscardini traduit en français en 1944, le premier d'une trilogie dont les autres n'ont pas eu l'heur de bénéficier de cette reconnaissance. Mario Viscardini se montre utopiste et le thème central préfigure la Cité radieuse de Le Corbusier.

Page 32 : Bob Morane : les dernières parutions par Michel Vannereux. Sont disséqués, Opération Chronos de Brice Tarvel et Retour à Gray de Serge Allemand chez Ananké, dans des collections différentes. Un éditeur difficile à suivre, les rééditions et les inédits des Bob Morane étant mélangés allègrement, dans diverses collections dont Grand format pour Brice Tarvel et Hors commerce pour Serge Allemand. Une bizarrerie éditoriale qui ne sert pas forcément les auteurs.

Page 40 : Table ronde sur Jacques Bergier. Retranscription par Marie-Christine Bussière et André Borie de la table ronde qui s'est tenue à Sèvres en novembre 2015 avec pour intervenants : Natacha Vas-Deyres, modératrice, Gérard Klein et Joseph Altairac. Une évocation notamment de la collaboration entre Jacques Bergier et Louis Pauwels, les auteurs du Printemps des magiciens, l'influence de Jacques Bergier dans les différentes collections dans les années 60/70 chez divers éditeurs, sauf au Fleuve Noir, la mythique revue Planète et autres sujets abordés.

 

En lisant les différents articles écrits par Michel Vannereux, un passionné, je n'ai pas toujours été d'accord avec ses prises de position et ses analyses, mais c'est ce qui justement permet de générer et d'entretenir des discussions qui ne sont pas stériles et d'alimenter les échanges.

Ainsi lorsqu'il affirme avoir lu quelques livres de Maurice Limat mais que ceux-ci ne l'ont jamais emballé, c'est méconnaître à mon avis le pouvoir de Maurice Limat sur l'imaginaire. Michel Vannereux préférait lire les Jimmy Guieu et les K.H. Scheer et Clark Darlton, les heureux créateurs de Perry Rhodan dont les aventures se poursuivent actuellement sous diverses plumes. A ce sujet la traduction des premiers Perry Rhodan date de 1966. S'il cite quelques auteurs de la période fin 1960, Pierre Barbet, J. L. et D. Le May, il est dommage, lorsqu'il écrit et ceux dont je n'ai rien lu (ou alors je n'en garde aucun souvenir), d'oublier quelques romanciers qui ont marqué les années 50/60, Stéfan Wul, Kurt Steiner, et Gilles d'Argyre, pseudo sous lequel se cachait Gérard Klein, par exemple.

Dans son article sur le roman de Brice Tarvel, Michel Vannereux avoue avoir été dérangé par deux éléments : les relations entre Bob et Lady Jamie, reprochant que le caractère de cette dernière ne soit pas très développé. Pour moi, ce ne fut en aucun cas dérangeant, il s'agit d'un roman d'action et non d'une étude de caractère, destiné à des adolescents et plus si affinités. Plus gênante, pour Michel Vannereux, est la présence d'une amie d'enfance de Bob, Chloé. C'est un point positif, à mon avis, à mettre en l'honneur de Tarvel qui justement offre de nouvelles possibilités. L'évocation d'une amie d'enfance de Bob Morane, donne de l'ampleur au personnage, lève un coin du voile sur l'enfance du héros, offrant de nouvelles possibilités, et surtout démontrant que Brice Tarvel a non seulement intégré dans son imaginaire l'Aventurier mais qu'il se démarque du romancier originel se refusant à le copier. Tarvel n'est pas un clone d'Henri Vernes mais se dresse en suppléant, la révélation d 'une partie de la jeunesse du héros dont il poursuit les aventures s'érigeant en petit plus, le petit plus qui lui permet de se démarquer et d'insuffler une nouvelle vitalité à Bob Morane.

De même, Michel Vannereux ne digère pas qu'un produit, en l'occurrence le Juvénis, puisse avoir des effets contraires sur les être humains et les pierres. Un roman d'aventures à dominante fantastique même si le thème repose sur une étude scientifique ne doit pas être lu avec un esprit cartésien. Et puis une des explications scientifiques pourrait être trouvée dans le dosage, comme les engrais dont se servent les horticulteurs, agriculteurs, et autres, dont on sait qu'ils sont à manier avec précaution. Un bon dosage permet à la plante de croître, un surdosage grille celle-ci et se montre donc néfaste à sa croissance. On pourrait arguer également qu'il s'agit d'une asymétrie, comme peuvent l'être le bien et le mal, le noir et le blanc, le riche et le pauvre...

Mis à part ces deux ou trois réserves, mais chacun lit selon sa sensibilité et dans le cas des Bob Morane, il faut garder à l'esprit que ce sont d'abord des romans destinés à des adolescents.et que la part de rêve doit toujours exister et être respectée.

 

Pour commander ce numéro ou s'abonner au fanzine, une seule adresse :

Voir également :

Revue Le Météore N°21. Novembre 2016. 60 pages. 8,00€.

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Published by Oncle Paul - dans Revues
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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 07:13

JE est un autre...

Hugo BUAN : J’étais tueur à Beckenra city.

Délaissant son héros récurrent le commissaire Workan qui s’est illustré durant plusieurs enquêtes, Hugo Buan décide de tourner (provisoirement ?) la page et de nous présenter un nouvel héros : Leonard, chasseur de primes et selon les circonstances tueur à gages.

Lorsque Leonard nait, il a déjà seize ans. Vous avez bien lu, ce n’est pas une coquille. Leonard a seize ans lorsqu’il nait. En réalité, c’est arbitrairement que cet âge lui est attribué.

Il a été retrouvé gisant dans une rue de Beckenra city, en coma léger, amnésique, près du salon de coiffure « chez Leonard ». D’où ce nom qui lui a alors été donné. Parlant couramment la langue du pays, devenant fils adoptif du Roi. Car dans ce pays, qui pourrait être situé en Amérique Latine et dont la capitale est éloignée de plus de quatre cents kilomètres de Beckenra, ainsi sont appelés les pupilles de la Démocratie Royale, ou Monarchie Démocratique.

Beckenra est une grosse mégapole enchâssée dans une vallée bordée de montagnes, puis de marécages et qui donne sur la mer. La cité est traversée par le fleuve Immonde, des eaux sales, tumultueuses descendant en torrent des hauteurs et qui se jette dans la mer comme un vaste égout. La cité, bien que bordée par la mer ne possède pas de port, la configuration géographique ne s’y prêtant pas. C’est une ville verticale, les gratte-ciel s’érigeant comme des piquants sur un hérisson. Sur une petite bordure de la ville vivent les privilégiés, dans de somptueuses villas, mais vers la montagne les marais prédominent.

Des LSL, logements sociaux localisés y ont été construits, souvent sur pilotis, et les habitants sont des Noirs, des Jaunes, des Arabes et autres rejets de la population de Beckenra. Car Beckenra est une ville propre, du moins elle se targue de l’être, une ville blanche, réservée aux Blancs, dont de nombreux émigrés, Allemands et autres qui côtoient les Latinos. La monnaie est le Markados.

Leonard est mis dans un orphelinat dispensant l’instruction dont il a besoin, quoi qu’il sache lire, écrire et compter. A dix-huit ans il s’enrôle dans les Forces Royales Spéciales et effectue des barouds là où on lui demande d’aller, gagnant les galons de capitaine. Au bout de quinze ans, il prend sa retraite, mais celle-ci est trop maigre pour qu’il puisse vivre décemment. Alors il devient mercenaire, offrant ses services un peu partout dans le monde, principalement au Moyen-Orient. Trois ans de ce régime lui suffisent et lorsqu’il rentre au bercail, il devient chasseur de primes. Son principal commanditaire est le juge Laupper, l’un des juges qui règnent sur la cité divisée en comtés. Il doit retrouver des évadés, des malfrats, des assassins, mais cela ne le contente pas car le juge Laupper, afin d’expédier plus rapidement sa justice, ou évincer quelques personnes dérangeantes, le rétribue pour les effacer de la population.

Le juge Laupper propose un nouveau contrat à Leonard : rectifier Luth Miller, la bourgmestre de Beckenra, mariée à un chirurgien spécialisé en réparation esthétique. Un gros morceau, pas physiquement, mais socialement et politiquement. Habitué à obéir, Leonard accepte, mais les événements viennent contrarier sa préparation. Dans un bar proche des LSL il provoque une algarade avec des loubards menés par Gilet de cuir, surnom qu’il donne au chef de bande à cause de ses attributs vestimentaires, et qui malmènent une jeune fille. Il gagne son combat puis s’aperçoit peu après qu’une voiture le suit dans ses déplacements. Mais Gilet de cuir et ses sbires lui mettent la main dessus et l’enferment dans une cave près des marécages où gît déjà une jeune femme. Il ne doit la vie sauve qu’à l’intervention de son ami Castro, amitié datant de ses années dans les Forces Spéciales. Mais il pense surtout à honorer son contrat, il a donné sa parole, ce qui ne va pas sans provoquer de nombreux heurts et cadavres.

 

Hugo Buan nous propose un nouveau personnage, antipathique certes mais moins que les autres protagonistes auxquels il est confronté au risque de sa vie. Le ton n’est plus badin comme dans les romans consacrés à Workan. Si le pays n’est pas défini géographiquement et nommément, on peut penser à un pays similaire l’Argentine.

L’action est concentrée à Beckenra, et aussi bien la voyoucratie que le monde des puissants se ressemblent, la différence se situant dans le rejet de la population d’un côté et la possession du pouvoir et de l’argent de l’autre.

L’épilogue est presqu’une fin ouverte, des zones d’ombre subsistent et je ne serai pas étonné de retrouver un jour ou l’autre Leonard dans de nouvelles aventures et peut-être même des révélations concernant les seize premières années de sa vie.

Hugo Buan change de ton avec cette intrigue mais il démontre une rigueur surtout dans l’élaboration de certaines scènes d’action.

Première édition Pascal Galodé. Parution avril 2012.

Première édition Pascal Galodé. Parution avril 2012.

Hugo BUAN : J’étais tueur à Beckenra city. Editions du Palémon. Parution 13 janvier 2017. 336 pages. 10,00€.

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 07:06

Au programme vaudou et musique cajun...

Sacha ERBEL : L'emprise des sens.

Animée par un besoin de changement, la belle Talia prend l'avion pour La Nouvelle-Orléans, vers des vacances de rêve pense-t-elle.

Lors du vol, elle est même surclassée et se retrouve en première. Elle est sous l'emprise d'un cauchemar issu de la lecture d'Autant en emporte le vent, mais les images sont détournées, violentes, putrides. Ce n'est pas la première fois qu'elle est ainsi sujette à de telles images. Le steward est charmant et comble du bonheur elle est invitée dans la cabine de pilotage. Son charme naturel agit sur le pilote qui lui offre un sourire avec de nombreux sous-entendus.

En sortant de l'aéroport afin d'héler un taxi, elle aperçoit une femme qui pointe le doigt vers elle, semblant la désigner. Un camion passe, Talia craint l'accident, mais lorsque la voie est dégagée, et qu'elle peut traverser pour rejoindre le trottoir d'en face, l'inconnue s'est évaporée.

Talia réside dans une petite maison d'hôtes charmante, de style colonial, mais elle veut visiter la ville. Elle se promène dans le quartier français puis au détour d'une rue elle aperçoit l'enseigne, sur laquelle est inscrit Baron's shop, d'une boutique consacrée à la vente de souvenirs vaudous. Elle entre et tandis qu'elle examine les divers objets qui s'y trouvent, bijoux anciens, amulettes, statuettes, elle est interpellée par une femme à la peau d'ébène, vêtue d'une tunique aux couleurs chatoyantes. Talia discute aimablement avec Azaïa jusqu'au moment où la boutiquière lui affirme qu'elle possède un lien ancestral avec la religion vaudou. Talia est interloquée surtout lorsque la femme lui déclare que dans ses veines coule sang d'une prêtresse.

Cédric, le pilote, lui donne rendez-vous dans un bar branché en début de soirée, et Talia en est tout émoustillée. Mais cette rencontre s'avère assez décevante aussi elle rentre dans sa chambre où, une fois encore elle est en proie à un cauchemar sanglant. Elle distingue une main tenant un couteau, des éclaboussures de sang, une pierre sur laquelle est inscrit un nom : Marie Laveau. Lorsqu'elle se réveille et se regarde dans le miroir, elle s'aperçoit que son visage est en sang.

Alors qu'elle se promène dans le cimetière Saint-Louis, lieu fréquenté par les touristes, Talia distingue un attroupement. Un cadavre, en position assise, nu, les bras le long du corps, la figure maquillée de façon ridicule, plus quelques blessures sur le torse, adossé à une tombe sur laquelle le nom de Marie Laveau est gravé. Les policiers sont sur place. Louis Lafontaine en compagnie du médecin légiste, Basil Pembroke, procèdent aux premières constatations morbides. Les organes génitaux de la victime lui ont été enfoncés dans la gorge.

Le mort n'est autre que Cédric, le pilote. Le rêve, ou plutôt le cauchemar de Talia est effacé comme il est coutume de dire. Commence alors une histoire dans laquelle Talia devient l'héroïne, mais une héroïne malgré elle. Elle fait partie prenante de cette enquête, ne pouvant se résoudre à en être une spectatrice. Car la magie vaudou, bénéfique ou maléfique est partout présente. D'autres victimes sont à dénombrer, torturées selon le même processus. Et cela ressemble furieusement à d'autres meurtres perpétrés douze ans auparavant, alors que Louis Lafontaine et Basil Pembroke étaient en place à Bâton-Rouge. Comme si le sort les rejoignaient. Mais cette fois, c'étaient des femmes qui s'érigeaient en victimes.

En incrustation le lecteur suit le parcours d'un nommé James, rejeté dès sa naissance par sa mère. Elle le maltraite, le bat, mais lui n'est qu'adoration envers sa génitrice. Jusqu'au jour où les événements se précipitant, il décide de franchir la barrière.

 

Ne vous y trompez pas, si l'identité du meurtrier y est partiellement dévoilé, il ne s'agit que d'une manipulation démoniaque de la part de l'auteur.

La description de la Nouvelle-Orléans, l'évocation du jazz et de la musique cajun sont des éléments indispensables mais pas primordiaux et donc n'alourdissent pas le récit. De même la pratique du vaudou est décrite mais sans plus. L'auteur s'attache plus aux personnages qui gravitent dans cette histoire aux multiples rebondissements.

Parfois puéril et naïf au départ, le personnage de Talia prend peu à peu de l'épaisseur, de la consistance, ses cauchemars récurrents la tenaillant. Elle devient le personnage clé d'une enquête à laquelle elle est intimement liée. Ses traumatismes ressurgissent, mais elle n'est pas la seule à être sous l'emprise du Baron samedi. La peur devient envoûtante, et s'imprègne insidieusement dans l'esprit du lecteur. Le final est bien amené et est prometteur malgré un début guère convaincant.

 

Sacha ERBEL : L'emprise des sens. Editions La Liseuse. Parution 14 novembre 2016. 246 pages. 17,99€ version papier. 2,99€ version Kindle.

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 06:58

Comme moi, enfin presque...

Frédéric H. FAJARDIE : Un homme en harmonie.

Cruel dilemme pour le colonel Leroy-Clementi, chef incontesté de l’OSM, « Organisation Secrète Militaire » du Sud-ouest : doit-il et peut-il renseigner l’ennemi afin de sauver la vie de cinq cents de ses hommes, de cinq cents résistants ?

Un marchandage-bras de fer entre un homme qui, reniant son passé, son enfance bourgeoise, se cherche un peu, et un officier SS qui, par son flegme et son horreur affichée de la violence, de la torture, sape moralement son prisonnier. Un compromis entre le jeu d’échecs et le poker.

Leroy-Clementi possède une vision bien à part du rôle de la Résistance et méprise quelque peu les planqués, les parachutés londoniens qui le jalousent. Son code de l’honneur l’entraîne à préserver des vies humaines au détriment de l’armement, mais cela est mal vu, mal ressenti par ceux qui préfèrent les coups d’éclats.

Et les huit mois qui jalonnent son arrestation et le débarquement seront huit mois de souffrances morales, de reniements de certains de ses compagnons, de ceux qui considèrent les faits d’arme comme un mal nécessaire.

Mais Leroy-Clémenti ne doute jamais ni de lui ni du bien-fondé de ce qui est considéré par certains comme une trahison, une collusion avec l’ennemi.

Fils de bourgeois ayant connu la richesse, l’aisance puis la dégradation, la déchéance, Leroy-Clémenti ne renie pas son honneur, ses principes, contrairement à ceux qui, pour une parcelle de gloire, sont prêts à le désigner à la vindicte générale. Mieux, fidèle à sa ligne, il ne déroge pas, n’accepte aucun compromis tandis que dans son camp, par jalousie, par soif de gloriole, on lui jette l’opprobre…

 

Ce roman est composé de deux parties qui s’imbriquent. La première est constituée d’extraits du journal de Leroy-Clémenti, lequel se met à nu, racontant sa guerre, ses choix, sa jeunesse, dans une période datée du 25 juillet au 2 août 1944.

L’autre partie est composée d’annexes, d’extraits de procès-verbaux datant de 1947 à 1957, surtout des interrogatoires entre un juge d’instruction et le préfet Monnier, « Euclyde » dans la clandestinité, et qui s’avère se poser comme le principal rival de Leroy-Clementi.

Une page d’histoire orchestrée par trois hommes : l’Allemand, le SS, qui joue avec la torture morale ; Leroy-Clementi, le pur, qui sera blâmé, méprisé, honnis et Euclyde, le méprisable qui sera honoré grâce, ou à cause, de ses déclarations, de ses actes sournois.

Frédéric Fajardie abandonne depuis quelque temps le roman noir, policier, dur, par lequel il s’est fait connaître, pour effectuer une incursion dans le roman noir historique : la Guerre d’Espagne avec Une charrette pleine d’étoiles et la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale avec ce roman, deux ouvrages édités chez Payot.

Ce n’est pas l’action pure et dure qui préoccupe Fajardie dans ces deux cas, mais bien les retombées psychologiques face aux événements qui dépassent un peu ses héros. Des héros parfois anonymes, qui ne veulent accorder aucune concession à leurs convictions. On est loin des scénarios de David Lansky.

Première édition Payot. Parution 1990.

Première édition Payot. Parution 1990.

Frédéric H. FAJARDIE : Un homme en harmonie. Réédition Collection Folio n°2337. Parution en février 1992. 256 pages. 8,20€.

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 06:57

La fille de l'inventeur de la machine à écrire ?

Jean Jacques REBOUX : Pourquoi j’ai tué Laetitia Remington.

Avec Pourquoi j’ai tué Laetitia Remington, Jean-Jacques Reboux nous plonge dans l’univers ambigu et alambiqué de l’écrivain en proie aux affres de la feuille blanche, et qui pour exorciser ses démons vient de tuer une femme qu’il nomme Laetitia.

Ayant déjà signés plus d’une trentaine de romans de frayeur ou de gore, Willy est en panne d’inspiration.

Est-ce pour cela qu’il décide de tuer une blonde avec un piercing accroché au nombril. A moins que ce ne soit parce que son éditeur a arrêté la collection dans laquelle Willy s’était illustré à maintes reprises. Ou parce qu’une éditrice lui propose de lancer une collection consacrée à l’analphabétisme.

Bref, Willy est l’objet d’une idée fixe qui se solde par un véritable combat entre lui et ses démons intérieurs.

 

Parabole sur le dur métier de l’écrivain, sur les aléas de l’édition, Pourquoi j’ai tué Laetitia Remington est aussi un labyrinthe étonnant avec pour dédales la complexité d’un esprit voué au dédoublement. Jean Jacques Reboux, griffant ici et là, nous offre une œuvre originale, profonde, ironique et caustique.

Des universitaires pourraient vous analyser, vous psychanalyser en cent pages ou plus, ce héros qui sort de l’ordinaire, un écrivain pensez donc, un homme qui écrit c’est-à-dire un marginal en quelque sorte que l’on vient voir sur les stands dans les foires aux livres comme un animal apprivoisé enfermé dans une cage.

Moi je me contenterai de dire qu’il s’agit d’un excellent Reboux et que j’en redemande.

 

Petites précisions, émanant de Jean-Jacques Reboux lui-même, concernant les déboires de ce roman :

Commandé par Andréa Japp pour une collection qui s'arrêta (ma grande spécialité), il devait s'appeler "Pourquoi j'ai tué Lætitia CASTA" mais le papa de ladite, qui est aussi son agent et le gestionnaire de la "marque déposée à l’INPI", menaça l'éditeur d'un procès. Je me rabattis donc sur "Pourquoi j'ai tué Lætitia GAINSBARRE", mais les éditions du Masque me firent comprendre que la famille Gainsbarre risquait de porter plainte. Et voilà comment ce roman, paru sous ce titre un peu naze, sortie repoussée deux fois, aucune promotion, fut voué aux gémonies, me faisant presque regretter… de ne pas être moi-même analphabète.

 

Ce roman, que vous ne trouverez peut-être pas en librairie, peut être commandé directement sur le site dont le lien se trouve ci-dessous :

Quelques titres signés Jean-Jacques Reboux :

Jean-Jacques REBOUX : Pourquoi j’ai tué Laetitia Remington. Collection Grand Format. Editions Le Masque. Parution août 2001. 268 pages. 12,00€.

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 07:06

Un roman à dévorer !

Jean-Christophe MACQUET : Mandoline vs Neandertal.

Alors qu'il a été invité au mariage d'une cousine éloignée, Luc Mandoline remarque dans la salle d'honneur de l'hôtel de ville d'Agen une jeune femme callipyge. Il ne pige pas pourquoi Agen a été transféré dans le Gers mais il pige tout de suite qu'il est attiré par la belle.

C'est lors des festivités qui s'ensuivent qu'il a l'occasion de faire plus amplement connaissance de Laura Auriol. Elle se débarrasse d'un chevalier dansant mais guère servant, un peu éméché et beaucoup entreprenant, d'un coup de boule. Elle est plutôt énervée la belle, néanmoins grâce à sa courtoisie naturelle, Mandoline parvient non seulement à calmer Laura, mais à lui proposer de la ramener chez elle à Toulouse.

En cours de route ils échangent quelques propos. Elle est archéologue, spécialisée dans la préhistoire. Au moins ils possèdent un point commun, ils travaillent tous les deux sur des morts, puisque Mandoline, comme chacun sait mais il est toujours utile de le préciser, thanatopracteur. Et comme Mandoline ne possède pas de point de chute à Toulouse, ce n'était pas prévu comme ça, Laura l'invite chez elle. Tirons les rideaux, ce qui suit ne nous regarde pas, à moins d'être voyeur et de s'immiscer dans la vie des gens lorsqu'ils veulent vérifier si leurs os sont bien enrobés de chair.

Entre Mandoline et Laura l'échange de phéromones se passe si bien que comme Mandoline momentanément est en rupture de travail, qu'après avoir procédé au simulacre de la reproduction ils se dévoilent un peu plus. Mandoline n'a aucune attache particulière tandis que Laura est fiancée à un nommé Néandertal, un vieux compagnon dont elle dépoussière les os.

Ils continuent à se voir, Mandoline cherchant des remplacements dans la région toulousaine et trois mois plus ils sont encore ensemble, périodiquement car ils ne se voient que tous les trois à quatre jours, chacun devant continuer à s'occuper de leurs morts. Trois mois plus tard, au mois de juillet, Mandoline devant profiter de ses vacances, il s'installe dans un camping municipal à Pescart, non loin du site archéologique où Laura travaille quasiment sept jours sur sept.

Arrivé sur place, la première chose que fait Mandoline est de se rendre sur le camp de base de Laura près du hameau de Lavoisin, mais la jeune femme est prise ailleurs. Un rendez-vous manqué, d'autant que le téléphone cellulaire capte mal à cause des montagnes environnantes. Mais Laura arrive enfin et les retrouvailles sont programmées pour le soir même au camping. Mandoline fait la connaissance des autres résidents, dont un couple de jeunes femmes dont l'une d'entre elle est gendarme ce qui n'est pas rédhibitoire, et un couple d'Allemands déjà âgés, Birgit et Jurgen Haas. Ils font du rafting ensemble afin de s'occuper et c'est ainsi que Mandoline apprend que Jurgen est un ancien militaire, un ancien légionnaire, tout comme lui. A cause de la différence d'âge ils n'ont pu se croiser durant les diverses opérations qu'ils ont menées, mais ils sympathisent. Jusqu'au jour où, lors de la visite d'une ancienne bastide à Mirepoix, Jurgen disparait. Mandoline enquête, c'est dans sa nature, sur cette disparition, en compagnie de Mylène la gendarmette, et bientôt ils apprennent qu'un autre ancien légionnaire ami de Jurgen a disparu lui aussi quelques semaines auparavant.

En épluchant le téléphone portable Mandoline et Mylène découvrent un numéro d'appel émanant d'un vieux monsieur, un notaire de la région. Mylène doit rejoindre sa compagnie de gendarmerie, les vacances étant terminées pour elle. Ce n'est pas pour autant qu'elle abandonne Mandoline qui reste sur le terrain. De fil en aiguille, Mandoline remonte à la source et découvre que des extrémistes, ou d'anciens extrémistes de droite ont une corrélation avec une vieille affaire qui remonte à trente ans en arrière, qu'un député aujourd'hui de droite qui a légèrement infléchi son parcours politique est également au cœur de l'affaire. Plus quelques gros bras.

 

Outre l'enquête, menée principalement par Mandoline, il est intéressant de noter que l'effet Haine inspire les auteurs de romans noirs et policiers. En changeant quelques patronymes, situations, le lecteur pourrait presque se croire dans une enquête menée par Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe. Mais Mandoline se comporte en digne filleul de ce redresseur de tort qui travaille le plus souvent en marge des forces de l'ordre, à ses risques et périls.

Dans cet opus, Mandoline va pouvoir peaufiner ses connaissances sur l'homme de Néandertal et celui de Cro-Magnon, apprendre quels étaient leurs différences, leurs relations, à quelle époque ils vivaient et de qui nous sommes les descendants. Mais également nous découvrons une ethnie d'exclus, les cagots. Réfugiés dans les montagnes des Pyrénées, les cagots ont vécu comme des parias pendant des siècles. Peuple maudit, on l'accusait de tous les maux et de porter la peste. Dans un enrobage haut en couleur, on glisse peu à peu vers le gris et le noir, le rouge également.

Il ne s'agit pas pour l'auteur de sonner une charge, de procéder à un réquisitoire, mais d'établir une constatation amère sur l'exclusion et la différence de l'autre.

Un roman frais et charmant, avec parfois quelques particules de croustillant, au début, car par la suite, les particules, élémentaires, deviennent nettement plus rances, voire morbides. Ah Grotte alors....

Jean-Christophe MACQUET : Mandoline vs Neandertal. Collection L'Embaumeur. Editions Atelier Mosesu. Parution 5 décembre 2016. 222 pages. 8,95€.

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 06:16

Plus dure sera la chute ou Un blues vertigineux

Denis ZOTT : La chute du cafard. Jeux dangereux en Berry.

Préfecture de l'Indre, Châteauroux est une petite ville provinciale comme bien d'autres. Pourtant sous ses airs tranquilles, la cité connait de nombreux remous.

L'opération programmée par différentes brigades de gendarmeries au petit matin du 5 juin 2012 et destinée à s'emparer des Winterstein, des Manouches soupçonnés dans divers cambriolages affectant la région, s'avère être un fiasco, ou presque.

Dans la ferme abandonnée, les gendarmes découvrent de très nombreux enfants, attachés par des chaînes placées sur leurs chevilles, dans un état de saleté et de dénutrition impensables. Des femmes également, mais les Winterstein se sont fait la belle. Le gros gibier est passé entre les mailles du filet. Le commandant de gendarmerie Stéphane Lanson est dépité et prévient son frère Didier qui lui est commandant de police, numéro 2 du commissariat de Châteauroux. Ils sont tous deux persuadés qu'une fuite s'est produite et immédiatement ils soupçonnent Yann Lespoir, commandant lui aussi dans le même commissariat.

Les frères Lanson sont des Berrichons pure souche et ils sont respectés, voire plus, par la base, des policiers issus de la région. Lespoir lui est un intrus, et donc mal vu de la plupart de ses collègues. Il n'est pas accepté et de nombreux litiges l'opposent aux frères Lanson. Heureusement la commissaire Kieffer essaie de calmer le jeu, sans véritablement y parvenir toutefois.

Trois ans auparavant, alors qu'il venait d'être muté dans la cité berrichonne, un mendiant l'avait prévenu. Il devait faire attention à ses os et se méfier des jeunes qui s'ennuient. Il est resté et actuellement il prépare le concours de commissaire. Sa femme est avocate et souvent elle doit se rendre à Bourges. Quant à son fils François, il ne se déplace plus qu'en fauteuil roulant. Et l'adolescent reste enfermé la plupart du temps dans sa chambre, occupé avec ses jeux vidéo, entretenant envers son père une rancune tenace.

La chute d'une gamine obèse, âgée de treize ans, surnommée le Cafard, va bousculer le petit monde castelroussin. Elle est grièvement blessée et son pronostic vital est engagé. Le problème réside dans le fait qu'elle est tombée du balcon du studio de Stéphane Lanson, juste devant son nez. Suicide, accident, ou autre ? Elle était nue sous le drap dont elle s'était enveloppée. Ce studio n'est qu'un pied-à-terre pour Stéphane Lanson, le refuge de ses amours passagères. C'est un séducteur impénitent, mais ce que découvrent les policiers arrivés sur place, Lespoir en tête, les laissent sans voix.

Sur l'écran de l'ordinateur s'affichent des photos de la gamine dans des positions qui ne laissent guère de place au doute, concernant certaines de ses occupations.

D'ailleurs, au collège où Anita, oui elle se prénomme ainsi et vous ne savez pas tout, Anita était donc la risée de ses condisciples, masculins et féminins. Pour plusieurs raisons, son obésité d'abord, mais à cause de photos détournées, envoyées sur les portables avec la mention "La reconnaissez-vous ?". Le problème réside dans le fait qu'Anita est la fille d'un notable de la cité. Et que ceci se produit en période électorale.

Une affaire assez importante pour qu'elle relève du domaine de la SRPJ d'Orléans et de la commissaire divisionnaire Jézabel Declercq qui arrive en compagnie d'une jeune commissaire stagiaire. Or entre Jézabel et les frères Lanson un vieux contentieux existe là aussi.

Et pendant ce temps quelqu'un qui signe Greg s'amuse à taguer les édifices publics. Le dernier en date : jesuisdunautrepaysquelevôtre. Une énigme que ce graffiti qui bientôt révèle sa provenance mais pas la véritable identité de son auteur. Il s'agit d'une référence à une chanson de Léo Ferré.

 

Une intrigue complexe et touffue que cette Chute du cafard, avec de très nombreux épisodes qui auraient très bien pu fournir à eux seuls de longues nouvelles, ou des départs pour d'autres romans. Pourtant tout se tient, s'imbrique petit à petit. Les scènes, les descriptions, les personnages sont vivants, et cette impression de tourner en rond, de longueur n'est en réalité que ce qu'il se passe dans la vie réelle, avec les à-côtés d'une enquête, les dissensions entre des individus du même bord, et ceux qui interfèrent au cours des recherches de témoins, de présumés coupables, de renseignements utiles ou futiles et des sentiments de jalousie qui s'exaspèrent.

Le tout baigne sous l'auspice d'Hubert-Félix Thiéfaine, chanteur poète révolté que Lespoir écoute en boucle lorsqu'il conduit son véhicule.

Et parmi ce qui se déroule en marge de l'enquête, ce coup de projecteur jeté sur Lespoir, pivot central de cette histoire.

Alors qu'il a des doutes sur la fidélité de sa femme, Lespoir ne se gêne pas pour lorgner sur la psychologue scolaire et la commissaire stagiaire, voire de leur faire du gringue !

J'ai peur qu'après ce solide roman dans lequel Denis Zott semble avoir jeté toute son imagination, l'auteur ne puisse plus entamer un autre roman sans se répéter. Qu'il ne soit l'auteur que d'un roman, comme cela arrive souvent. Ce n'est que mon avis personnel, que je partage bien évidemment, mais je préfère les romans plus courts, dans lesquels on retrouve certains personnage, avec l'évocation d'autres histoires narrées par ailleurs, dans des volumes précédents ou à venir. Et je pense que cela fidélise les lecteurs. Mais cela reste néanmoins un excellent roman qui augure, si l'auteur veut bien canaliser son imagination, d'une belle carrière.

Denis ZOTT : La chute du cafard. Jeux dangereux en Berry. Collection Le Geste noir. Geste éditions. Parution 12 avril 2016. 600 pages. 16,90€.

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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 06:51

Par le grand Manitou, y'a des indiens partout

si on montre son nez on va se faire scalper!

Marc VILLARD : Hound Dog a fait un rêve.

Il fut un temps, aux XVIIIe et XIXe siècles, les Indiens d'Amérique, communément appelés aujourd'hui Amérindiens, vivaient librement sur leurs territoires. La pêche, la chasse, la mégisserie et le troc des peaux plus quelques activités annexes constituaient leur principale ressource. Puis débarquèrent les migrants qui s'installèrent peu à peu, au début en bon voisinage, et tout a dégénéré par la suite, mais ce n'est pas le propos du roman, donc nous ne reviendrons pas sur ce problème de coexistence guère pacifique.

Hound Dog est un jeune guerrier de la tribu des Ojibwa, mais déjà en lui il porte une haine des étrangers. Envers sa belle-mère par exemple qui est d'origine Cri. Mais pour l'heure il est en compagnie d'autres valeureux guerriers à contempler quatre Blancs, trois hommes et une femme, qui viennent de se perdre sur le territoire Ojibwa. Ils souillent la terre sacrée, du moins c'est ce que pense Hound Dog. Les intrus sont guidés par un pisteur métis qui leur fait disposer les chariots et installer les chevaux.

A la nuit tombée, c'est l'assaut et Hound Dog se voit proposer de porter le coup fatal à la jeune femme d'une vingtaine d'années. Le jeune Ojibwa refuse et soigne sommairement la cuisse transpercée de Maggie Campbell. Au début Maggie est la risée des femmes du campement Ojibwa, à cause de ses dessous en dentelles notamment, mais elle s'intègre, en cousant les peaux et cultivant le riz (c'est Marc Villard qui l'affirme). Mais Maggie s'intègre en apprenant peu à peu le langage Ojibwé et en participant aux divers travaux de la tribu.

Hound Dog est occupé par la pêche et il construit son canoë mais il lui manque quelque chose. Pour être un véritable guerrier il doit accomplir un acte initiatique. Pour être accepter en tant que tel il doit avoir un rêve qu'il doit narrer par la suite au chef de la tribu. Un rêve merveilleux, une expérience unique qui vont s'incruster dans sa tête tandis qu'il va souffrir au cours d'un long périple effectué dans la montagne, en plein hiver.

Maggie-la-folle ainsi surnommée par le chef à cause de sa chevelure rousse qu'Hound Dog a refusé de scalper, ressent envers le jeune guerrier, et c'est réciproque, un sentiment amoureux et pour le lui démontrer elle brode un sac en perles, cadeau qu'elle lui destine en cachette. Seulement cette vie idyllique ne peut durer.

 

Août 2001. D'origine indienne, et donc n'étant pas sujet au vertige, John Moon, d'origine ojibwé est laveur de carreaux suspendu le long des façades des gratte-ciels new-yorkais. Un de ses collègues lui propose de participer au casse d'une bijouterie, comme guetteur. Un peu d'argent frais ne peut faire de mal dans une vie terne, pense John Moon.

Seulement le braquage de la bijouterie tourne mal et John Moon est accusé à tort de la mort du propriétaire de l'échoppe. Une seule solution existe afin de payer l'avocate qui doit le défendre. La sœur de John Moon se résigne à se séparer du sac brodé de perles qui est détenu dans leur famille depuis de longues décennies.

Marc VILLARD : Hound Dog a fait un rêve.

Avec cette sensibilité qui le caractérise, son attachement à l'Amérique et aux êtres humains défavorisés, Marc Villard nous offre une double plongée dans un texte court mais puissant.

Loin des clichés cinématographiques, la vie des Indiens d'Amérique est reconstituée à travers le prisme d'une tribu dont le territoire comprenait le Sud du Canada, le Michigan, le Dakota et une partie du Wisconsin, dans la région des Grands Lacs. Mais les Ojibwés ressemblent à tous les êtres humains, en ce sens qu'ils ne partagent pas et au contraire rejettent les étrangers sauf lorsque des enjeux commerciaux sont en jeu. C'est ainsi qu'ils combattirent les Sioux, les obligeant à refluer vers le Haut-Mississipi, grâce aux armes nouvelles, des fusils, qu'ils troquaient auprès des migrants Blancs, principalement des commerçants Français.

Marc Villard décrit leur quotidien et les amours entre un Indien et une Blanche, ce qui pourrait être un signe de rapprochement des peuples. Mais les divergences, les conflits, les rivalités entre clans, entre races, seront toujours un frein à l'entente supposée cordiale. Et la réconciliation, l'amalgame, le métissage seront toujours à l'ordre du jour mais l'on sait que les métis sont méprisés par les deux représentants des peuples originaires.

 

Cet ouvrage s'inscrit dans un partenariat entre les éditions Invenit, studio de design graphique au service du culturel à sa création en 1991, et dont l'édition est un prolongement naturel depuis 2008, et le Musée des Confluences, qui est un musée d'histoire naturelle, d'anthropologie, des sociétés, et des civilisations, de Lyon en Auvergne-Rhône-Alpes et est l'héritier du Musée d'histoire naturelle Guimet de Lyon.

Dans cette collection Récits d'Objets, on retrouve la plume notamment de Régine Detambel et de Jean-Bernard Pouy.

Marc VILLARD : Hound Dog a fait un rêve. Collection Récits d'Objets. Edition Invenit en partenariat du Musée des confluences. Parution 12 septembre 2016. 80 pages. 12,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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