Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 05:16

Hommage à Roger Moore, décédé le 23 mai 2017.

Roger MOORE: Amicalement vôtre. Mémoires.

“ Le 14 octobre 1927, peu après minuit, Lily Moore, née Pope, mit au monde un petit garçon de 58,4 centimètres à la maternité de Jeffrey Road, dans le quartier de Stockwell, au sud de Londres. Georges Alfred Moore, mon père, agent de police au commissariat de Bow Street, avait vingt trois ans. Ça, c’est qu’on m’a raconté. J’étais bien évidemment trop jeune pour me souvenir d’un jour aussi capital que celui de ma naissance. Je fus baptisé Roger Georges Moore et restai fils unique. Dès leur première tentative, mes parents avaient atteint la perfection. A quoi bon recommencer ? ”

Ces premières lignes de la biographie de Roger Moore donnent le ton. L’humour est omniprésent dans le voyage organisé de ses vies. Vies familiale et cinématographique, petits accrocs et grandes joies qu’il aborde avec tact. Le personnage des séries télévisées ou de cinéma ressemble à l’homme. Elégant, raffiné, charmeur, quelque peu aristocrate, il privilégie la distinction aussi bien en paroles qu’en actes mais surtout il se conduit en gentleman. Il se campe avec autodérision, et narre avec une jubilation certaine les blagues d’adolescent pré pubère dont ses partenaires subissent les conséquences. Lorsqu’il a été trop loin, il reconnaît son erreur et se promet de ne plus recommencer. Il ne dit jamais de mal de tous ceux qu’il a pu côtoyer au cours de sa carrière. D’ailleurs il affirme “ J’ai toujours pensé que si l’on a rien de gentil à dire sur quelqu’un, il vaut mieux se taire ” (page 279). L’élégance même vous dis-je.

Le père de Roger, qui était un acteur amateur doué, aimait mettre en scène des pièces de théâtre et réaliser les décors. C’était également un bon musicien et un magicien tout à fait honorable. Et comme il aimait aller au cinéma en compagnie de sa famille, tout était réuni pour que le jeune Roger trouve sa vocation. Pourtant les débuts sont assez difficiles. Il travaille dans un studio d’animation, monte sur les planches, au théâtre des armées notamment en Allemagne durant son service militaire, puis fait de la figuration, de la doublure. Comme il faut assurer sa subsistance, il pose comme modèle pour des catalogues de tricots. Il joue de petits rôles et obtient un engagement pour interpréter Ivanhoé. C’est le début de sa carrière de Serial Actor. Suivront Le Saint assurant une certaine notoriété internationale puis Amicalement vôtre, série avec Tony Curtis, la consécration. Manquait à sa carrière de vrais premiers rôles dans des films de grand spectacle. La série des James Bond y pourvoira. Roger Moore sait aussi se montrer humaniste et les derniers chapitres, parfois poignants, de sa biographie le démontrent. Sous la carapace se révèle un homme engagé, sous la houlette de Audrey Hepburn, et milite depuis plus de quinze ans dans le cadre de l’Unicef. L’épilogue illustre le caractère facétieux de Roger Moore qui conclut par une pirouette : “ …On m’a souvent demandé quelle serait mon épitaphe. La réponse est simple. Comme je n’ai pas l’intention de mourir, je n’en aurai aucune !

Plus qu’une biographie, c’est une belle leçon d’optimisme et de philosophie.

Réédition des Editions de L’Archipel. Parution octobre 2008. Cahier photos 16 pages.

Réédition des Editions de L’Archipel. Parution octobre 2008. Cahier photos 16 pages.

Roger MOORE: Amicalement vôtre. Mémoires. Editions Archipoche. Parution octobre 2012. 450 pages. 8,65€. Avec la collaboration de Gareth Owen. Traduction de Vincent Le Leurch, Bamiyan Shiff et Christian Jauberty. Réédition des Editions de L’Archipel. Parution octobre 2008. Cahier photos 16 pages.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans Hommage Documents
commenter cet article
23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 05:39

Un commissaire qui s'accroche à ses enquêtes !

Valérie LYS : L'enfant pétrifié. Série Commissaire Velcro N°5.

Pour parodier une journaliste critique de cinéma sur France 3 qui affirmait sans vergogne Ce film m'a appris quelque chose que je ne connaissais pas, je pourrais déclarer qu'à la lecture de ce roman j'ai appris quelque chose. Et si j'ai appris, c'est bien parce que je ne connaissais pas, mais bon, passons rapidement au vif du sujet qui est un lithopédion.

Un lithopédion est un fœtus calcifié, ou fossilisé, et cet objet d'origine malgache va être le clou de l'exposition organisée au Centre d'Art contemporain de Quimper en ce mois de novembre 2015. Benoit Syl, fils du fondateur des Antiquités Syl et qui a repris la succession n'est pas peu fier de montrer et prêter le petit corps fossilisé dans son sac. Madame Nielsen, la commissaire de l'exposition en est toute retournée d'extase.

Si Benoit Syl est le propriétaire de cet objet, il le doit à son ami Jimmy Quévélé, brocanteur et revendeur-fournisseur d'objets d'art à l'antiquaire. Et ses trésors, il va les chercher directement sur place, étant grand voyageur, et sachant dénicher à petit prix des œuvres qu'il négocie avec une marge bénéficiaire assez importante. L'un de ses fournisseurs est Jean-Philippe, dit J.P., archéologue et ami des deux hommes, depuis leurs études communes.

Lorsqu'une affaire bretonne requiert les bons offices de la Criminelle sise encore au 36 Quai des Orfèvres (et non quai d'Orsay comme étourdiment placé dans le roman), le commissaire Velcro est immédiatement désigné pour se rendre sur place. Il vient d'arriver à Quimper, sur les ordres de son supérieur afin d'enquêter sur les agissements d'un certain Hennéque, militaire mais surtout négociateur louche auprès de gouvernements non moins louches. Il fournit, ou plutôt fournissait, des bricoles notamment à Jimmy, lequel vient d'être découvert assassiné dans son dépôt-vente. Théoriquement, Velcro doit enquêter sur Hennéque mais l'effet boule de neige l'amène à s'intéresser au meurtre du brocanteur.

Tout en se promenant dans la vieille ville, s'intéressant aux curiosités locales comme la faïencerie, Velcro parvient au dépôt-vente. L'enquête sur la mort de Jimmy est théoriquement dirigée par le commissaire divisionnaire Le Goff, un vieux briscard, et à son adjoint le tout jeune commissaire Le Goff, du commissariat de Quimper, et naturellement l'intrusion du policier parisien venant marcher sur leurs brisées ne plait guère aux flics du cru. Après avoir effectué ses repérages, Velcro est conduit au commissariat où est déjà présent Benoit Syl, qui a découvert le corps de Jimmy.

Myriam, la légiste, après examen du corps, peut donner la cause du décès du brocanteur. Une injection de tanghin mêlé à des sucs de feuilles de grande cardamone, une piqûre placée au dessus de l'omoplate gauche l'atteste. Un poison que l'on ne trouve qu'à Madagascar. Et sur les lieux du crime, car maintenant il ne fait aucun doute qu'il s'agit bien d'un crime de sang, une empreinte de pied nu a été relevée.

Ensuite Velcro se rend à l'inauguration de l'exposition au Centre d'Art Moderne. Et il est le témoin de quelques scènes qui ne manquent pas de piquant, à des altercations entre des personnages qui possèdent des liens, forts ou distendus. Pratiquement tous les protagonistes qui évolueront dans ce roman sont présents mais Velcro se rendra compte par la suite au cours de son enquête que les amitiés de façade recèlent de profondes lézardes.

 

Dans cette intrigue que n'aurait pas désavouée Agatha Christie, l'histoire et les relations entre les personnages sont mis au service d'un plaidoyer pour le respect des civilisations qui nous sont étrangères, et qui parfois existent depuis plus longtemps que celle dans laquelle nous vivons.

Les bienfaits de la colonisation contre la culture ancestrale, un thème porteur qui divisera toujours surtout lorsque les hommes politiques s'en mêlent et s'emmêlent, et pourtant en France, combien des fêtes de villages, de revues, d'associations font la part belle aux traditions.

Mais roman policier ou non, les valeurs morales telles que l'amour, l'amitié, et leurs corollaires sont de mises, avec pour arme la vengeance.

 

Valérie LYS : L'enfant pétrifié. Série Commissaire Velcro N°5. Editions du Palémon. Parution le 28 mars 2017. 224 pages. 10,00€.

Repost 0
22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 05:30

Hommage à Sir Arthur Conan Doyle né le 22 mai 1859.

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe.

Il n'y a pas que Sherlock Holmes dans la vie de Sir Arthur Conan Doyle, l'écrivain Ecossais a écrit également de très nombreux romans et nouvelles d'inspiration historique, maritime, médicale et autre.

Dans ce recueil trois nouvelles qui démontrent son talent de conteur et sa capacité à se renouveler, quitte à parfois égratigner comme on le verra dans Le Drapeau vert.

 

La première de ces nouvelles, La nouvelle catacombe, nous entraîne en Italie, à Rome. Immisçons-nous subrepticement dans un salon. Deux hommes, deux amis, l'un Anglais, l'autre Allemand, sensiblement du même âge et qui partagent la même passion pour l'archéologie, discutent à propos d'objets que Burger a amené dans un plat en vannerie. Kennedy en déduit immédiatement que Burger vient de découvrir une nouvelle catacombe, et il aimerait en connaître l'endroit. Seulement il est avare pour fournir des renseignements, ce que lui reproche Burger. Alors un compromis est trouvé. Burger lui dévoilera le lieu si Kennedy l'informe de ses relations avec une certaine miss Mary Saunderson.

 

Transportons-nous maintenant avec Slapping-Sal dans les Caraïbes, à bord de La Léda, une frégate anglaise de trente-deux canons, commandée par le capitaine A.F. Johnson. Dans une tempête ils ont perdu de vue Le Didon, vaisseau qui les accompagnait. C'est le moment pour le capitaine de prendre connaissance du pli cacheté qui lui a été remis. Sa mission, s'il l'accepte mais il ne peut pas faire autrement, est de rencontrer la frégate française La Gloire, qui perturbe les activités commerciales du Royaume-Uni, et de mettre fin à ses agissements ainsi qu'à ceux de la Slapping-Sal, un navire pirate qui a non seulement pillé des navires britanniques mais a torturé les équipages. Si l'affrontement entre La Léda et La Gloire est particulièrement mortel pour bon nombre de marins, dans les deux fractions, une alliance inopinée peut faire basculer la victoire dans un camp ou dans l'autre, selon l'honneur des participants.

 

Enfin Le drapeau vert nous entraîne d'abord en Irlande puis en Nubie dans les années 1870. Dennis Conolly, malgré la mort de son frère jumeau lors d'un affrontement entre soldats Anglais et fusiliers Irlandais, s'engage sous la bannière britannique. Trop fauché pour s'embarquer vers les Amériques, et la verte Erin devenant trop dangereuse pour lui, il s'enrôle et est avec quelques compatriotes versé dans le bataillon des Royal Mallows. Ce bataillon est destiné à servir à l'étranger, et c'est ainsi que Dennis et ses compagnons se retrouvent en Nubie combattre une alliance conclue entre trois chefs arabes. Le ressentiment des soldats Irlandais envers leurs hiérarchie britannique est vif, une mutinerie est même sur le point de se déclencher, mais un épisode de la bataille va permettre de souder les rangs.

Dans ce dernier texte Sir Arthur Conan Doyle n'est guère respectueux envers la Reine Victoria, dont le nom n'est jamais cité, seulement sous son surnom de la Veuve. Mais le regard qu'il porte envers les combattants résonne quelque peu avec l'actualité :

Assis au milieu des rochers ou couchés à l'ombre, ils regardaient curieusement la colonne [britannique] qui se déployait lentement sous leurs yeux tandis que les femmes,  avec des outres emplies d'eau et des sacs de dhoora, allaient de groupe en groupe, leur récitant aux uns et aux autres les versets de guerre du Coran qui, au moment de la bataille, sont, pour le vrai croyant, plus enivrants que le vin.

Si les aventures de Sherlock Holmes sont très souvent rééditées, il serait bon de ne pas oublier les autres textes, contes, nouvelles et romans, de Conan Doyle, qui offrent toute une palette de plaisirs de lectures.

 

Contient :

La nouvelle catacombe (The New Catacomb - 1898)

Le Slapping-Sal (The Slapping Sal - 1893)

Le drapeau vert (The Green Flag - 1893)

Traductions de Henry Evie. Illustrations de couverture et intérieures de Martin Van Maële

 

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe. Collection Rouge N°27. Société d'Edition et de Publication. Parution vers 1910. 100 pages.

Repost 0
21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 15:27

Point final ? Non, points de suspension...

Sylvie HUGUET : Point final.

Ayant déjà assez glosé lors de précédentes chroniques sur les bienfaits procurés par la lecture de nouvelles, je ne reviendrai donc pas dessus, mais me contenterai de vous présenter un nouveau recueil dû à la plume de Sylvie Huguet qui joue aussi bien sur la dérision que l'ironie.

Oh non, vous n'allez pas vous esclaffer, seulement sourire et surtout réfléchir, car de nombreux textes nous renvoient à ce qui nous rassemble, la lecture, et ce qui tourne autour du livre et de l'écrit en général.

L'écrit qui devient le vecteur prônant le droit à la différence, et conduit à des situations absurdes, abracadabrantesques, amenant à imposer sa différence, focalisant des idées, des pensées, confinant à des déclarations qui sont plus ambigües et délétères que ce qu'elles devaient dénoncer à l'origine. Le droit à la différence qui peut tout aussi bien être morale que physique.

Et si l'écrit ne suffit pas, les paroles, des avocats parfois, viennent contrebalancer le pouvoir des mots en s'insinuant dans des approximations et des failles juridiques.

 

Parcourons quelque peu les textes de Sylvie Huguet et arrêtons-nous sur quelques exemples afin de démontrer ce qui a été écrit ci-dessus.

Dans L'Imprévu, deux hommes, deux écrivains, à la vision de leur art totalement différente, s'opposent cordialement. L'un est prolifique et ses succès ne se comptent plus tandis que l'autre est plus effacé, ne rédigeant parfois qu'une ligne par jour et naturellement ses rares ouvrages sont plus confidentiels. Pourtant ils sont d'accord pour dénigrer une partie de leurs confrères ou consœurs, notamment Betty Mariland, connue pour ses voiles froufroutants de mousseline rose, stigmatisant sa production littéraire sentimentale jugée d'une sottise abyssale.

Epreuves met en scène une romancière qui vient de terminer un manuscrit, mais pour que celui-ci soit accepté elle doit corriger les épreuves, quatre fois de suite. A Graphipolis, les Ecrivains détiennent le pouvoir, et le premier devoir de l'Etat est de préserver et d'illustrer la Langue. Seulement se relire, corriger, traquer les fautes d'orthographe, de syntaxe, de vocabulaire, une fois ça va, mais quatre cela devient un pensum, une punition, un calvaire.

Lettre à Voltaire est une épître écrite au philosophe par un agnostique à la fin du XXIe siècle. Les religions monothéistes ont pris l'ascendant sur le droit de ne pas se conformer à une religion ou une autre, la séparation de l'Etat et de l'Eglise ayant été abolie. Et pour vivre, le rédacteur de cette lettre avoue avoir trompé l'Etat en créant une nouvelle religion basée sur le culte d'Apis. Et on ne manquera pas de mettre des noms sur des ministres revendiquer publiquement une foi qu'ils auraient dû garder en leur particulier, s'ils avaient fait leur devoir.

Dans Morte, nous entrons dans ce droit à la différence légalisé. Et ayant opté pour le droit au suicide, est-il possible de revenir sur sa décision ?

De même dans Criminel, le narrateur avoue avoir refusé son pourvoi, d'avoir transformé son procès en tribune, d'avoir scandalisé tout le monde, et d'avoir aggravé son cas au point de le rendre indéfendable. Mais qu'est-ce qui motivait cette posture ?

Dans La Cérémonie, là encore il s'agit de la mort, dans une mise en scène particulière.

Dans ce droit à la différence, le physique importe beaucoup, et Le crime de Ronsard peut nous renvoyer à une situation familiale et politique actuelle, mais qui démontre que lorsque l'on veut dénoncer certains abus, la façon de procéder est plus nuisible que le but recherché. Dans ce texte nous assistons à une séance de mannequinat, mais l'auteure se repose sur une étude de l'HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité) et qui mettait en exergue un poème de Ronsard, jetant justement un regard discriminatoire sur un texte et une façon de l'interpréter fallacieuse. Déjà refuser de reconnaître le statut de personnes âgées en les gratifiant de Senior alors qu'en toute logique on devrait parler de Vétérans, comme dans les compétitions sportives, est une forme de discrimination jugée politiquement correcte.

Le handicap physique est aussi abordé dans Le Peuple sourd. Des parents sourds bénéficient de certains avantages, par exemple ne pas subir les éclats de voix des voisins, les bruits de radios dont le volume est poussé au maximum, les pétarades des motos et des voitures. Mais pour autant, tout le monde doit-il devenir sourd pour bénéficier d'un avantage silencieux ?

 

Dix-neuf textes dans lesquels Sylvie Huguet transpose toute son regard vif, acéré, caustique, voire corrosif mais toutefois tout en retenue, afin de dénoncer quelques aberrations dont inconsciemment nous sommes victimes. Bien sûr, comme pour le chercheur qui dans son laboratoire examine au microscope une culture microbienne peut prendre une importance visible, Sylvie grossit les traits, les dysfonctionnements, mais n'est-ce pas le meilleur moyen pour que le lecteur en prenne conscience ?

 

Sommaire :

L'avenir de l'homme

L'imprévu

Epreuves

Lettre à Voltaire

La cérémonie

Morte

Criminel

Le crime de Ronsard

Le peuple sourd

Attention, fleurs méchantes

Au nom du droit

Jurisprudence

Reconversion

Longévité

Les Templiers d'Adam

Des anthropoïdes

Serment

L'héritier

Point final

Sylvie HUGUET : Point final. Recueil de Nouvelles. Collection KholekTh N°33. Editions de La Clef d'Argent. Parution le 5 avril 2017. 138 pages. 9,00€.

Repost 0
20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 05:39

Billie, je suis morgane de toi...

Joolz DENBY : Billie Morgan

En préambule de cet ouvrage, cette petite phrase donne le ton :

Ce récit constitue mes mémoires; la vérité, telle qu'elle existe dans mon souvenir.

Et la reviviscence des épisodes malheureux de la jeunesse de Billie Morgan, la narratrice, s'inscrit plus comme un récit, quasiment autobiographique, que comme un roman. D'ailleurs ce mot, Roman, n'est jamais écrit, aussi bien en couverture du livre qu'à l'intérieur.

Et plusieurs pistes peuvent laisser supposer qu'il s'agit d'une histoire réelle, vécue, prégnante dans une mémoire toujours vive. Ainsi le premier chapitre débute par : A vrai dire, je ne sais pas pourquoi je fais ça. Pourquoi j'écris ces mots, pourquoi j'immortalise cette histoire à la con en noir et blanc, en caractères Times New Roman taille 14. Peut-être ai-je besoin de me confesser, comme on le fait dans les mauvais films.

Plus loin, l'auteure ou la narratrice, l'une étant la copie de l'autre, complète son propos par ces mots : Ah, ah, et ça me fait encore mal maintenant, alors que j'écris ce... cette... je ne sais pas ce que c'est. Cette histoire ? Cette confession ? Ce journal ? Ça fait mal et des larmes s'écrasent sur le clavier alors que je martèle les touches d'un seul doigt, le cœur gros.

Oui, le lecteur a l'impression indicible de pénétrer dans un univers non fictionnesque, dans une confession qui peut mener à une rédemption, une expiation, un vomissement d'une enfance et d'une adolescence marquée par une ambiance matriarcale lourde et dénuée d'amour, dans une ville de la province anglaise, Bradford dans le Yorkshire.

Billie n'a quasiment pas connu son père parti avec une autre femme alors qu'elle n'avait que cinq ans et décédé quand elle en avait neuf. Elle a été élevée par sa mère, Jen sa sœur plus âgée qu'elle de huit ans et Liz l'amie de sa mère, qui habitait dans un autre appartement mais était quasiment tout le temps fourrée chez elles.

Son père était une référence, normal pour une petite fille qui cherche des repères, mais sa mère s'ingéniait à briser toute tentative de rapprochement. Billie écrivait des lettres qui aussitôt étaient déchirées par sa génitrice. C'est dans cette atmosphère délétère que Billie a grandi, timide et rebelle à la fois, cherchant à se démarquer et à trouver sa voie. Avec ses copines d'école, c'est presque à qui se maquillerait le plus outrageusement, à porterait des vêtements qui, pour l'époque, choquaient les bonnes âmes, tandis que de nos jours être affublés de pantalons savamment balafrés est pratiquement une mise obligatoire, pour les jeunes s'entend.

C'était l'époque, fin des années 1960, de la libération sexuelle. Mais pas pour tout le monde. En fait, la pilule n'a pas libéré les femmes, mais plutôt les mecs. Ça voulait dire qu'ils n'avaient plus à se soucier de mettre une nana en cloque. C'était sa responsabilité à elle. Et ils ne vous demandaient jamais si vous la preniez, non, pour eux c'était un fait acquis, parce qu'en ce temps là, on ne posait pas ce genre de question, c'était gênant.

C'était l'époque aussi où Billie a commencé, non pas à faire l'amour, il n'en était pas question, mais à ressentir le besoin d'émancipation. Elle est inconsciente et commence à fréquenter les pubs mal famés, pour faire comme ses copines. En mieux si possible et elle se laisse entraîner à devenir porteuse de drogue. Elle-même en use mais si elle accepte de devenir transporteuse de trips, c'est dans la secrète intention d'être acceptée par les Grandes Personnes. Elle aurait fait n'importe quoi.

Elle fait la connaissance de Terry, peut-être le plus malsain de ses fréquentations, et il la viole. Mais elle préfère cacher sa honte et sa peine et si elle se détourne d'une partie de son entourage, elle tombe amoureuse de Mike, un motard qui essaie d'intégrer une bande comparable aux Hell's Angels, les Devil's Own. Ils vont même finir par se marier, dans l'indifférence générale de la famille.

Billie suit des cours aux Beaux-arts, sa passion c'est le dessin, et elle se débrouille bien. Mais un soir que Billie est en manque elle demande à Micky de faire quelque chose. Il y a bien une solution, se rendre chez Terry, qui habite dans une bâtisse située dans un lotissement promis à la démolition. Micky n'est pas en forme, pourtant il accepte de l'accompagner. C'est le drame.

Terry vivait avec Jasmine, une paumée nantie d'un gamin dont il était le mère, Natty. Et Billie va s'occuper de Jas et de Natty. Les années passent et Natty monte en graine, Tata Billie étant son phare, son refuge, son repère. Billie est devenue boutiquière, avec Leckie, qui est également sa meilleure amie. Jusqu'au jour où Natty tombe sur un article journalistique, avec photos en première page, qui s'interroge sur le devenir de personnes disparues. Et Terry y figure en première page. Natty est persuadé qu'il va retrouver son père dont personne n'a plus entendu parler depuis des années.

 

Un livre prenant, dérangeant, pudique, dans lequel Billie se dévoile, intimement, dans fard.

J'ai été quelqu'un de violent. Je n'ai jamais prétendu le contraire. Etant donné que c'est moi qui écrit cette confession, j'imagine que je pourrais me donner le beau rôle. Si je le souhaitais, je pourrais me présenter comme une mère Teresa bis. Je pourrais justifier tout ce que j'ai fait, tracer le portrait idyllique d'une pauvre demoiselle qui a fricoté avec des gens qu'elle aurait pu éviter et... Mais ce n'est pas là mon but. Ce que je veux, c'est dire la vérité.

Et cette vérité, elle s'étale sur le papier, en forme de rémission, peut-être pour l'édification des lecteurs, mais surtout avec l'espérance d'apaiser, de soulager.

Le lecteur ne peut s'empêcher de vibrer à cette histoire, et pour les plus anciens, il retrouvera une époque, celle qui paraît aujourd'hui comme une incursion dans la liberté, dans l'insouciance, dans une forme de délivrance, mais qui n'est qu'un épisode où les hippies prônaient l'amour, mais qui étaient aussi entourés de haine. La drogue, l'alcool, le refus des convenances, étaient comme un soufflet jeté à la figure des personnes campées dans des certitudes morales, religieuses, ancrées dans une époque qui désirait se débarrasser d'un carcan.

Une évocation sans complaisance de la société anglaise des années 1970, période que l'auteure a bien connue puisque Joolz Denby, de son vrai nom Julianne Mumford, est née en 1955. Poétesse, romancière, artiste peintre et photographe, tatoueuse professionnelle, personnalité de la scène punk anglaise depuis les années 1980, elle vit à Bradford, autant d'éléments qui se rattachent à son personnage de Billie Morgan.

Joolz Denby en 2006

Joolz Denby en 2006

Joolz DENBY : Billie Morgan (Billie Morgan - 2004. Traduction de Thomas Bauduret). Editions du Rocher. Parution le 26 avril 2017. 392 pages. 21,90€.

Repost 0
19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 05:33

Huître ou ne pas huître, telle est la question !

Jean-Luc BANNALEC : L'inconnu de Port Bélon

Obligé d'assister à un séminaire pour justifier une promotion, Georges Dupin apprécie durant sa pause les évolutions des manchots dans l'enceinte de l'Océanopolis de Brest. Il traîne des pieds, rechignant à rentrer dans le centre des séminaires lorsque son téléphone vient le perturber, comme d'habitude.

En réalité, il est plutôt content car la nouvelle que lui transmet Labat, l'un de ses inspecteurs, va lui permettre d'échapper à cette corvée. Un homme a été retrouvé allongé près du parking d'un restaurant de Port Bélon, couvert de sang. C'est une vieille dame qui a aperçu le cadavre et elle a immédiatement prévenu la gendarmerie de Riec-sur-Bélon.

Le problème se pose lorsque les autorités arrivent sur place : il n'y a plus de cadavre ! Envolé l'inconnu ! Dupin se rend donc à Port Bélon où il rencontre la vieille dame, qui n'est pas indigne, qui a, la première et apparemment la seule, aperçu le corps volatilisé.

Qu'elle n'est pas la stupéfaction de Dupin, et son immense plaisir, de rencontrer une de ses idoles de cinéma, la belle et talentueuse Sophie Bandol. D'accord, elle n'est plus aussi fringante que dans sa jeunesse, mais avec ses quatre-vingts printemps, c'est toujours une femme agréable avec laquelle il fait bon discuter. Malheureusement elle commence à perdre la mémoire, et elle ne se souvient plus très bien des détails.

Une double déception pour Dupin qui attendait plus de cette rencontre. D'autant que Sophie Bandol n'est pas Sophie Bandol, mais sa sœur jumelle, Armandine, créatrice de mode. Et à part un ou deux amis proches, tout le monde dans la région est persuadé qu'il s'agit de Sophie. Et Zizou n'est pas là pour confirmer ou infirmer. Zizou c'est le chien de Sophie, enfin je veux dire Armandine.

Un autre cadavre est découvert dans les Monts d'Arrée, et l'identification est rapidement effectuée. Il s'agit d'un Ecossais qui possède dans son village une huitrière et sur le bras un tatouage représentant le Tribann, symbole d'une association druidique. C'est un mideste pêcheur qui effectue les saisons à Riec et Port Bélon. Ce pourrait-il qu'une corrélation exista entre les deux cadavres, et surtout qu'un rapport pourrait être établi avec les producteurs et affineurs bretons de Riec-sur-Bélon de ces délicieux mollusques.

A moins que, d'autres possibilités s'offrent au commissaire et à ses deux adjoints, Le Ber et Labat. Le Ber s'est entiché depuis quelques temps de culture bretonne mais surtout celtique et il est incollable sur les légendes, les diverses traditions, les associations druidiques existantes dont d'ailleurs font parties quelques membres de la profession ostréicole locale. Nolwenn, la précieuse assistante de Dupin, est elle aussi une adepte de la celtitude qui passionne bon nombre de finistériens. Quant à Labat, il est plus terre à terre, s'inquiétant des ravages que peuvent provoquer des voleurs de sable sur les côtes du sud Bretagne. Pas les vacanciers avec leurs petites pelles et leurs petits seaux. Non des industriels qui pillent l'estran la nuit avec des camions, et qui revendent leur manne aux constructeurs peu délicats. Et Labat risque de s'enliser dans cette affaire qu'il mène en solitaire.

Tiraillé entre trois potentialités, Dupin mène son enquête entre Riec et Port Bélon, les Monts d'Arrée, et Concarneau, son fief, enquête qui s'étant jusqu'à Cancale et en Ecosse, voire jusqu'à Quimper, mais pour des raisons non professionnelles. Car sa Claire, sa fine de Claire, a décidé de quitter la région parisienne et elle vient de trouver une place en cardiologie à l'hôpital de Quimper.

Outre Nolwenn et ses deux assistants, Dupin va devoir composer avec les autorités locales et les légistes. Et comme dans toutes relations professionnelles il existe des atomes crochus ou pas, ce qui n'entrave pas l'enquête, ou peu. Et surtout il doit subir les acrimonies du Préfet, qui s'emporte vite et a tendance à récupérer les lauriers récoltés par Dupin pour s'en coiffer.

De très nombreux animaux jouent les personnages secondaires : des manchots, un requin pèlerin, une oie grise, un chien nommé Zizou, des fruits de mer en abondance et surtout des huîtres, que Dupin déteste cordialement et qu'il ne mange jamais à cause d'une forme d'appréhension non contrôlée.

C'est surtout l'occasion pour Jean-Luc Bannalec, qui n'est pas Celte mais Allemand, de son vrai nom Jörg Bong, de s'étendre longuement sur les aspects touristiques, de décrire la région, de développer les racines de certains us et coutumes bretons et plus précisément celtes en concordance avec les puristes qui ne reconnaissent que six régions celtiques, c'est à dire, l'Ecosse, l'Irlande, le Pays de Galle, l'île de Man, la Cornouaille et la Bretagne. Il s'intéresse également à l'histoire et à la culture de l'huître et aux maladies qui ravagent actuellement les naissains, au grand dam des ostréiculteurs et par voie de conséquence des dégustateurs. Un roman pédagogique qui sera peut-être superflu pour des Bretons, quoique, mais présente de façon attractive cette province du bout de la terre aux touristes et à ces compatriotes teutons qui s'arrachent ses romans.

Ce suspense est à rapprocher des ouvrages façon Agatha Christie, et d'ailleurs Armandine Bandol ne manque pas de déclarer à Dupin : Vous êtes un véritable détective. Peut-être pas aussi bon qu'Hercule Poirot, mais vous vous débrouillez. Vous aller éclaircir ce mystère !

Jean-Luc BANNALEC : L'inconnu de Port Bélon (Bretonisches Stolz - 2014. Traduction par Amélie de Maupeou). Une enquête du commissaire Dupin. Collection Terres de France. Editions des Presses de la Cité. Parution 13 avril 2017.464 pages. 21,00€.

Repost 0
18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 05:30

Le Poulpe aime les boissons gazeuses.

Mariano SANCHEZ–SOLER : Oasis pour l’OAS.

Gérard, le patron du Pied de Porc, pour une fois accueille Gabriel Lecouvreur de façon un peu trop servile pour être honnête. C'est qu'il a un service à lui demander.

L’oncle et la tante de Maria, les époux Binet (la femme de Gérard pour qui ne connaîtrait pas encore les personnages récurrents de cette saga) ont été abattus à Alicante, lui dans son magasin de confiseries pulvérisé par une bombe, elle dans son bungalow détruit par des explosifs. Vengeance de gangsters, c’est vite dit, et d’abord quel serait le motif ?

La cause en est peut-être dans cette somme d’argent léguée à Gérard et sa femme par des époux, qui franco-espagnols, (Franco étant le mot exact) sont des réfugiés pieds-noirs ayant eu des accointances avec l’OAS, comme le découvrira Le Poulpe en prenant connaissance des documents enfouis dans un coffre-fort d’une banque située à Andorre.

Gabriel est plongé au cœur d’une vieille histoire datant de près de quarante ans. L’OAS de sinistre mémoire, avec comme protagonistes Salan, Susini et un certain lieutenant Le Pen. Les morts s’accumulent parmi les réfugiés ayant appartenu à un groupe Delta et le commissaire qui enquête sur cette affaire n’est pas loin d’inculper Gabriel comme le fauteur de trouble.

Les habitués de la Série Noire retrouveront avec plaisir Martin Brett, de son nom Ronald Douglas Sanderson, qui fournit quinze romans à la célèbre collection dirigée par Marcel Duhamel, avant de voir un de ses manuscrit refusé, jugé comme trop politiquement engagé.

 

Roman écrit par un Espagnol, traduit par Georges Tyras, Oasis pour l’OAS est composé principalement de documents écrits par Binet, de coupures de journaux, qui éclairent l’activité des membres de l’OAS et fournissent une piste sur l’attentat du Petit-Clamart, ou tout du moins offrent une alternative sur cet attentat manqué.

C’est un cas Binet (merci, elle était facile) et ses rejetons par alliance, Maria et Gérard, ne sont guère, dans ce roman, à la hauteur de leur réputation. L’appât du gain les submerge et on les connu meilleurs, plus humains, plus proches de l’idéologie poulpienne.

Un dérapage dans leur comportement mais ne leur en tenons pas rigueur, ils sauront n’en doutons pas, rattraper cette évolution qui ne leur sied guère.

 

Mariano SANCHEZ–SOLER : Oasis pour l’OAS. Traduction de Georges Tyras. Le Poulpe N°206. Editions Baleine. Parution novembre 2000. 168 pages. 8,00€

Repost 0
17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 05:31

Est la reine du crépuscule ?

Sophie BENASTRE & Sophie LEBOT : La princesse de l'aube.

Dans la lignée des contes merveilleux pour enfants, La princesse de l'aube, texte de Sophie Bénastre et illustrations de Sophie Lebot, nous emmène dans un pays imaginaire en un temps imaginaire, mais pour autant tout ce qui est décrit à l'intérieur peut se rapporter à notre environnement et à notre histoire.

Les contes écrits par Charles Perrault, les frères Grimm, Hans Christian Andersen, Jeanne-Marie Leprince de Beaumont ont enchanté notre enfance, et ils proposaient à l'origine une vision sociétale que l'on peut aujourd'hui encore mettre en avant. Destinés d'abord à un public adulte, puis largement édulcorés, ces contes possédaient une valeur moralisatrice et nombreux sont les textes qui dénonçaient notamment l'exclusion, les drames familiaux comme les femmes ou les enfants battus et autres situations qui sont encore de mise de nos jours.

Il faut garder à l'esprit que les auteurs ne rédigeaient pas leurs contes uniquement pour le plaisir,quoique, mais qu'ils cultivaient en arrière-pensée l'idée de dénoncer certains travers de leurs compatriotes, riches ou pauvres, puissants ou plébéiens, par des mises en scènes qui souvent frôlaient la terreur ou l'horreur. Le Merveilleux n'était que factice.

 

Elyséa, tout un symbole, est un pays édénique, dont les habitants sont heureux, aimant leur roi Alcménon et la reine Radamenta. Fleurs, fruits et légumes poussent à profusion, sous un ciel clair dans lequel scintille un doux soleil. Mais un jour la terre tremble, les éléments se déchaînent, le soleil disparait derrière d'épais nuages tandis que la pluie s'abat en tornade. Des fissures se produisent et le royaume est précipité dans les entrailles de la terre.

Les rescapés tentent de s'organiser dans ce qui est devenu le monde d'en bas, évoluant dans des tunnels et se nourrissant tant bien que mal, surtout mal.

Pourtant une lueur d'espoir se produit quand malgré tout nait une petite princesse, Lucia, prénom qui signifie Lumière. Lucia est vive, enjouée, et ses yeux sont de la couleur du ciel, celui qui offrait la vie avant la catastrophe. Organd, un jeune tisserand, est frappé par sa beauté et déploie des trésors d'invention pour confectionner des robes à celle qui avait pris l'habitude d'évoluer dans les tunnels, nue comme au premier jour.

 

Un conte charmant pour des enfants de six à huit ans, selon l'éditeur, mais que les parents se doivent de déchiffrer afin d'expliquer certains messages cachés.

En effet, ce brusque cataclysme ne peut-il être provoqué par des éléments qui ne sont pas forcément ou uniquement des manifestations d'une nature en colère, et ne doit-on pas imaginer qu'une explosion nucléaire serait à l'origine de ce chamboulement météorologique et géologique. D'autres signes peuvent donner lieu à des interprétations, mais serait-ce raisonnable de ma part de vous les souffler ?

Ce texte de Sophie Bénastre est admirablement mis en valeur par les illustrations de Sophie Lebot, tout en lumières et en rondeurs, en douceurs pastels. Mais la noirceur s'installe lorsque les situations l'exigent tout en privilégiant quelques clartés, synonymes d'espérance, surtout lors de la venue de Lucia, la princesse de l'aube. Cette aube nouvelle, promesse d'espoir et annonciatrice de jours meilleurs. Peut-être.

 

Sophie BENASTRE & Sophie LEBOT : La princesse de l'aube. Editions De La Martinière Jeunesse. Parution le 4 mai 2017. 32 pages. 14,90€. Format : 26,5 x 38 cm.

Repost 0
16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 05:35

Bon appétit, bien sûr !

Pascal GRAND : De sucre et de sang.

Installé depuis quelques mois à Orléans, Antoine Léonard Toussaint est un jeune chirurgien juré, une profession à l'origine des médecins légistes.

Il a fait ses études à Rouen, mais pour des raisons qui lui sont propres, il a été obligé de changer de région. Depuis, il enseigne et dissèque les cadavres, quand il y en a, évidemment. Des morts suspectes comme celui de cet inconnu qui est retrouvé dans une bascule, c'est à dire un tonneau empli d'eau dans lequel les pêcheurs sur la Loire glissent leurs prises afin de rentrer au port avec une cargaison encore frétillante.

Toussaint a fait son trou dans la bonne société, fréquentant plus ou moins les édiles, parfois par obligation, mais surtout le libraire Couret de Villeneuve auprès duquel il achète des ouvrages de La Mettrie, médecin libertin, dont il apprend par cœur des passages. L'un de ses ouvrages de référence est intitulé l'Art de jouir, tout un programme. Il n'est pas indifférent aux jeunes filles de la bonne société, ni aux autres d'ailleurs, mais il est affligé d'un problème, pour le moment insoluble : il a l'aiguillette nouée.

Au cours d'une séance organisée de mesmérisme animal par Louis-Amédée Soupault, riche négociant en produit divers, Toussaint fait la connaissance de la belle et jeune Hortense, fille de la famille Marotte dont il ne reste plus que la mère, le père étant décédé, et un oncle, Etienne. Et Hortense, dont il apprécie la conversation, le mande bientôt chez elle afin de soigner un sien cousin qui a été blessé. Toussaint n'est guère convaincu par les liens de parenté, mais après tout, ceci ne le regarde pas.

Toussaint vit dans un petit logement que lui a conseillé Grostête, lieutenant à l'administration des Turcies et Levées, organisme qui est en charge de la construction et de l'entretien des digues édifiées le long de la Loire. Et l'histoire du tonneau ne plait pas du tout à Grostête, cette affaire pouvant jeter le discrédit sur les pêcheurs.

La mère d'Hortense est l'héritière d'une des nombreuses raffineries sucrières orléanaises, et elle dirige son entreprise d'une main de maître. Seulement, des jeunes femmes sont retrouvées égorgées et les pistes suivies par le commissaire Cerisier, qui mène l'enquête en compagnie de Toussaint, semblent converger vers cette raffinerie.

Toussaint, Cerisier et Grôstête qui apporte son aide, ses connaissances des lieux et son soutien par amitié, vont devoir mener une enquête difficile, contrariée et contrecarrée par le lieutenant général de police Miron de Pont le Roy, et surtout des représentants royaux de la justice. D'autant qu'une directive émanant de l'intendant du roi demande à ce que l'enquête sur le cadavre de la bascule soit considérée comme affaire classée.

 

Toussaint et ses compagnons sont confrontés à des affaires et des enquêtes qui s'intercalent les unes dans les autres, comme un imbroglio dont il est difficile de démêler les différents fils. Le cadavre de la bascule, les femmes égorgées, la faction des Illuminés de Bavière, les expériences de mesmérisme animal, le cousin blessé, les dissensions entre les différents service de police et de justice (déjà !), les tentatives de meurtres envers Toussaint et Hortense, des anciens galériens, une faune qui vit dans les bouges sur les ports d'Orléans et des environs, tout un amalgame admirablement maîtrisé par Pascal Grand qui restitue avec vivacité l'Ancien Régime.

En ce mois de mars 1785, la France et ce petit coin du Val de Loire, ne sont pas plongés dans une léthargie lénifiante. La Révolution approche, mais ce sont surtout les innovations qui se profilent grâce à des jeunes promis à un bel avenir et qui désirent se démarquer de leurs anciens confits dans leurs certitudes. Ainsi Toussaint, ce chirurgien juré, dont les attributions sont les prémices de la médecine légale, peste contre les manquements de ses confrères, contre leurs méthodes désuètes et mortifères.

Plus qu'une histoire policière, Pascal Grand nous offre une reconstitution historique à la Dumas, comme dans le Docteur Mystère, mais sans nous plonger au cœur de la Révolution. Cela viendra peut-être si l'auteur daigne poursuivre les aventures de ce chirurgien et de ses amis, Grostête et Cerisier.

 

Si vous introduisez des femmes dans les loges, les maçons, qui aiment à se dire des hommes libres, deviendront des libertins.

Pascal GRAND : De sucre et de sang. Editions Pavillon Noir. Parution le 18 avril 2017. 320 pages. 14,00€.

Repost 0
15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 07:33

Hommage à Michel Audiard né le 15 mai 1920.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Journaliste à Paris-Matin, féru d'arts, Georges Masse attire les femmes, de préférence jolies, tel l'acacia les abeilles.

D'après ses dires il serait le gendre idéal :

Ayant reçu de mes chers parents le bon exemple, solidement instruit chez les Pères, drôlement porté sur le travail honnête, éclairé quant aux bienfaits de la vie rustique et aux méfaits de l'alcool (le whisky... Pouah!); voilà le garçon que je suis.

Tenez ! Mon rêve serait de rencontrer l'âme sœur, une petit provinciale avec des nattes dans le dos et des joues roses, jouant d Mozart au clavecin, lisant Paul Bourget dans le texte et ne voulant pas se laisser embrasser de peur d'attraper un enfant.

Au lieu de cela, devinez sur quoi je tombe à tous les coups ?... Sur des évaporées scandaleuses, moulées dans des pull-overs lance-grenades, avec des jupes à ouverture éclair et des battements de cil à dégeler un Conseil des Ministres.

Donc le garçon bien sous tout rapport qui organise avec ses collègues une petite fête pour l'anniversaire de son patron qui vient juste d'avoir cinquante ans, et tout ce beau monde pointe chez le sieur Golstein les bras chargés de bouteilles. Mais les fioles de champagne ne suffisent pas et Golstein puise dans sa réserve personnelle, perdant justement de sa réserve quant à Masse qu'il avait pourtant reçu avec une cartouchière en bandoulière et un fusil à la main, connaissant l'humeur farceuse de son employé. Et il avait raison Golstein de se méfier du journaliste puisqu'il retrouve Masse avec sa femme dans le même plumard. A la masse il est. En représailles, il lui suggère de prendre des vacances et c'est comme ça que Masse se retrouve à Venise. Et que le début de ses aventures mouvementées commence.

Lors de sa première soirée il est abordé par Arsène de Loubiac, fils de notaire en rupture de ban, qui lui propose de lui faire visiter la ville et ses endroits pas forcément touristiques. Et son cicérone l'entraîne au Triana-Club, un endroit fréquenté par les joueurs de poker. Masse n'est pas contre et les voilà tous deux embarqués dans un canot pour rejoindre le tripot haut de gamme installé sur un yacht, toléré par la police mais supposé clandestin, tenu par le Grec. Personne n'y trouve à redire sauf un concurrent, un certain Saddley.

Masse se rend compte rapidement que ses deux adversaires au poker sont des tricheurs, mais le prouver est une autre paire de manche. Et bientôt son portefeuille est réduit à l'état de limande. Les esprits s'échauffent et Zelos, dit le Grec, invite le journaliste à se rendre dans son bureau afin de régler le contentieux. Il lui ouvre la porte et tandis que Masse s'engouffre dans la pièce plongée dans le noir, un coup de feu est tiré. Une réception pour le moins imprévue.

C'est le début des ennuis pour Masse qui n'en demandait pas autant. La tireuse véhémente se nomme Nora Cassidi et elle en veut au Grec, une vague histoire familiale. Naturellement elle s'était trompée de cible, cela arrive. Mais pour Masse qui pensait rentrer dans ses fonds, c'est le contraire qui se produit. Le Grec exerce une forme de chantage et Masse doit signer un chèque de dix fois supérieur à ce qu'il doit, chèque qui sera remis à la banque le surlendemain. Mais Masse est à sec.

S'ensuit une sorte de complicité entre Nora et lui et ils se rendent chez le père de la jeune fille. Cassidi, qui s'est remarié avec Clara, une femme nettement plus jeune que lui, est alité, malade. Entre dans la danse le fameux Saddley, concurrent du Grec, et Masse est obligé de composer avec lui. Le journaliste est tiraillé entre Nora, sa belle-mère Clara, Cassidi le malade, Saddley et ses sbires, le Grec et les siens. Un imbroglio auquel s'ajoute Térésa Leoni, jeune commissaire de police de Venise qui ne prend pas de gants pour mener ses interrogatoires mais plutôt une lampe à souder. Il paraît que c'est très efficace pour délier les langues.

 

Ce roman ne possède pas la gouaille qui fera la réputation de Michel Audiard, même si le narrateur est ironique, cynique et persifleur.

Dans cet opus Michel Audiard me fait penser à Brett Halliday par certains côtés et en même temps à Peter Cheney. Une intrigue tarabiscotée, noyée dans des relents d'alcool, avec un personnage un peu débordé par les événements et en même temps insolent, possédant une arme à feu, ce qui n'est pas courant pour un journaliste.

Concomitamment à la parution de ce roman est sorti en salles le film éponyme réalisé par André Hunebelle, sur un scénario et des dialogues de Michel Audiard. Avec dans les rôles principaux, Raymond Rouleau, Anne Vernon, Tilda Thamar, Monique Darbaud, Bernard Lajarrige, Jacques Dynam, John Kitzmiller...

 

A noter que la quatrième de couverture précise : Tout ce que le film ne peut montrer, vous le lirez dans Massacre en dentelles, un nouveau succès de Michel Audiard.

J'ai toujours couché avec tous les hommes qui se sont donnés la peine d'y arriver.

S'il fallait que les femmes s'occupent d'où vient l'argent qu'elles dépensent, les bijoutiers pourraient fermer boutique.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.
Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles. Collection Spécial Police N°26. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1952. 224 pages.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables