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14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 09:52

Pour lutter contre la morosité automnale, prenez une véritable panacée naturelle, pas un placebo pharmaceutique qui risque de vous démolir

les neurones !

Samuel SUTRA : Le pire du Milieu.

Si toi tu te coupes avec une enveloppe, lui peut s’égorger avec le timbre. Lui, c’est Bruno, dit le Zébré, un vieux copain de cellule de Tonton. Son surnom, il le doit à toutes les années passées en tôle, à regarder le soleil à travers les barreaux. Tonton, c’est un vieux de la vieille, un truand patenté, dont le réseau sanguin transporte l’atavisme familial. Digne fils de ses parents, Aimé Duçon alias Tonton, n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis et à organiser des affaires tordues susceptibles de gonfler son portefeuille. Et c’est grâce justement au Zébré qu’il sent l’odeur de l’argent flotter sous son nez.

Donc, comme je l’ai dit, Le Zébré, fidèle hôte des prisons, peut-être parce qu’il apprécie la nourriture abondante et raffinée qui y est servie et assuré d’avoir un toit sur la tête lors des intempéries, Le Zébré a fait la connaissance du Belge qui lui a narré comment il a réussi à glaner quelques millions d’euros, cachés précautionneusement chez lui. Tonton, sachant que son ami, à peine sorti de geôle a trouvé le moyen d’y retourner, décide de s’accaparer de cette petite fortune qui lui tend les bras.

Il convoque l’arrière-ban de ses fidèles, Gérard, Pierre son neveu pas très futé de l’avis de tous, et Mamour, un non-voyant qui traîne à ses basques un chien appelé Kiki. Pour leur expliquer ce qu’il envisage, Tonton est obligé de prendre des détours lexicaux mais il parvient quand même à leur inculquer les prémices de son idée. Tandis que ses comparses doivent se conformer à ses instructions précises, plus ou moins bien, il faut l’avouer, Tonton requiert les services d’un vieil ami, Le docteur Moreau-Défunt. Déguisé en Jules César, accompagné de ses fidèles Centurions Gérard and Co, Tonton est accepté dans la clinique Le Vilipende du psychiatre Branlant-Dudaume. Le pourquoi du comment me demanderez-vous à juste raison ? Tout simplement parce que le Belge, de son vrai nom Emile Von Stroumpf, serait interné dans l’établissement suite à une altercation avec un codétenu, lequel n’est autre que Le Zébré qui lui serait passé de vie à trépas.

Tout est soigneusement pensé, Tonton a fignolé son plan en gérant les moindres détails. D’ailleurs il précise : « Bon, les enfants, on synchronise nos montres, qu’on soit sûr d’être tous le même jour ».

De nombreux gags, je voulais dire de nombreux incidents, vont émailler les pérégrinations de nos lascars, avec quelques cadavres déposés ici et là comme les cailloux du Petit Poucet. Et un épilogue fin ouverte qui nous laisse présager que nos Branquignols vont revenir dans de nouvelles aventures.

 

Ce roman, sous-titré Tonton et ses chinoiseries, possède un humour dans la narration, dans la description des situations, dans les dialogues, qui pourrait rapprocher de San Antonio, première période, de Charles Exbrayat, mais surtout de Viard & Zacharias comme dans leur roman La bande à Bonape. Un humour qui sera peut-être dédaigné par les réfractaires à la lecture de ce genre de production, préférant les romans noirs, durs, violents et âpres. Ils ne savent pas ce qu’ils perdent, mais à chacun son choix que je ne peux que respecter.

Avoir l’air con, c’est à la portée du premier intello venu. Avoir l’air fou n’est pas forcément à la portée d’un sain d’esprit.

Samuel SUTRA : Le pire du Milieu. Tonton et ses chinoiseries 1. Editions Flamant Noir. Parution 12 juillet 2017. 240 pages. 15,00€.

Première édition Editions Terraciea. Parution 2011.

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 09:42

Un hommage non déguisé à Jules Verne.

Pierre BARBET : Voyage au centre de la Lune.

Le 21 juillet 1969, le monde entier est rivé devant son téléviseur ou les oreilles accrochées à son poste de radio. Pour la première fois, un homme va poser un pied sur la Lune. Puis un deuxième et ainsi de suite. Armstrong et Aldrin entrent dans la légende faisant naître des vocations.

Ainsi, en France, Jacques, douze ans, et son frère Eric, son aîné de trois ans, ont demandé à leur père de les réveiller afin d’assister en direct à cet événement. Au Japon le jeune Natsumé profite également de ce reportage, tout comme à Moscou Grégory, dont les parents ne possèdent pas la télévision, écoute à la radio les commentateurs.

Douze ans plus tard, et après de sérieuses études scientifiques, les quatre gamins devenus des adultes, sont sélectionnés pour participer à un voyage sur la Lune pour une mission qui leur sera signifiée sur place. Le parcours s’effectue en quelques étapes, avec arrêts sur des stations orbitales et deux autres compagnons leur sont adjoints : Guiseppe, un Italien et Karl, un Allemand. Ils sont géologue, spéléologue, géophysicien, spécialiste de la communication radio ou vulcanologue et ensemble ils devront mener à bien ce pour quoi ils ont été embauchés.

L’arrivée sur le sol lunaire, à bord d’une capsule, une espèce de canot de sauvetage en forme du suppositoire, leur réserve quelques surprises. Bientôt les six hommes commencent à manquer d’oxygène, l’un d’eux tombe même en syncope. Heureusement, des pionniers installés dans une base sur la face cachée de la Lune les retrouvent et ils sont soignés. Mais leur mission doit se poursuivre, et Jane, une médecin-psychologue, intègre le petit de même qu’un petit singe rhésus, qui leur tient compagnie dans leurs déplacements, les amusant par ses facéties.

Enfin la mission peut débuter et les voilà tous les sept, plus le macaque, s’enfonçant dans les entrailles lunaires à bord d’une fouisseuse munie d’une tarière.

 

Dans ce roman inédit, écrit probablement au début des années 1970 et qui était resté inédit, Pierre Barbet démontre son engagement écologique et son pacifisme, surtout vers la fin de l’intrigue. Une utopie, mais l’on peut toujours rêver. Alors que bien d’autres de ces romans, il s’amusait avec l’uchronie, mettant en scène des épisodes de l’histoire de France et les détournant, ici c’est dans une anticipation proche qu’il nous entraîne.

Ainsi que le déclare l’un des protagonistes :

Pour éviter une guerre meurtrière, il faut que les habitants de ces planètes possèdent un sens moral, une notion de fraternité qui, souvent, ne se développe pas de pair avec les sciences de la matière. Il faut donc éduquer ces gens sur le plan moral en faisant disparaître les luttes entre états, en provoquant la formation d’un gouvernement international qui soit au-dessus de tous les préjugés raciaux et répartisse les richesses du globe.

Il y a du travail pour, avant de mettre en pratique cette déclaration, en faire comprendre le sens et le bienfondé à nos dirigeants.

Les développements scientifiques sont nombreux mais pas lourds à digérer, contrairement parfois à ce que pouvait développer Jules Verne, et donc abordable à tout un chacun, adolescents compris.

 

Quatre nouvelles complètent ce recueil préfacé par Jean-Marc Lofficier, ainsi que deux articles. Le premier étant une conférence, Le pharmacien devant la science-fiction, dans lequel il retrace, un peu, son parcours et fait l’éloge de quelques grands maîtres Français et Américains, dont l’un des fondateur de ce qui était nommé à l’époque le Merveilleux scientifique, Jules Verne, l’autre article étant relatif à la Bionique, contraction de biologie électronique.

La première de ces nouvelles, Psycho-contrôle, est une critique ironique et désabusée de la Terre vue par un extraterrestre chargé d’étudier le comportement des humains.

Stupéfiante planète est une aimable parodie de roman noir et policier, avec un enquêteur qui a pour but de mettre fin aux agissements d’un trafiquant de drogue sur une planète lointaine. Avec quelques gadgets qui semblent issus de la panoplie d’un James Bond futuriste. A noter que l’une des protagonistes de cette histoire se prénomme Dora, Dora comme la compagne de Jean-Louis Le May qui était fort ami avec le couple Barbet.

Des ossements dans une épave relève tout aussi bien du passé que de l’avenir. Mais le titre à lui seul est quelque peu explicite donc je n’en dirais pas plus. Toutefois, dans Voyage au centre de la Lune, une phrase annonce cette nouvelle.

Les papillons sont au parfum joue également dans le domaine du policier. Le narrateur est dérangé durant ses vacances par un sien ami hippie. L’homme fait partie d’un petit groupe d’écologistes, le Process, qui effectue des recherches notamment sur des appareils pouvant fonctionner sans pollution. Or il semblerait qu’il y ait des fuites. Une histoire qui respire l’écologie, avec des technologies nouvelles à inventer comme le moteur à collagène.

Cette petite phrase pourrait, aujourd’hui, faire bondir quelques personnes au langage politiquement correct, ou se prétendent ouvertement hostiles à certaines déclarations, mais n’en pensent pas moi le contraire.

Je déteste qu’on m’appelle flicard : les flics, il en faut. Tout le monde n’apprécie pas leur boulot, mais c’est comme les putes : ils existent depuis le commencement du monde – dit civilisé – et personne ne peut s’en passer.

 

Pierre BARBET : Voyage au centre de la Lune. Collection Blanche N°2149. Editions Rivière Blanche. Parution janvier 2017. 246 pages. 20,00€.

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 08:09

Si tu vas à Rio, n’oublie pas de monter là-haut…

Jean-Marie PALACH : La prise de Rio de Janeiro.

En ce mois d’août 1711, Loïc, le jeune mousse de quinze ans surnommé Sabre d’or, se prépare à une excursion prochaine dans la capitale brésilienne.

L’Amiral René Duguay-Trouin envisage une expédition à Rio de Janeiro pour un double motif. D’abord soumettre et rançonner la colonie lusitanienne, et délivrer les prisonniers français détenus après l’échec de l’expédition de Duclerc. Et il lui faut compléter l’équipage de la prise de la Coimbra rebaptisé La Belle Marquise.

Loïc est chargé, avec son ami Clément l’indiscret, du recrutement, et c’est Grand Timon qui prendra le capitanat. Port-au-Rocher, la capitale de l’île de la Tortue, a été décimé partiellement par une épidémie, un mal inconnu, mais la main d’œuvre est assez conséquente pour faire un tri. Seulement le jour de l’embarquement, personne ne se présente. Le Baron Caussade, l’un des trois nobles qui commandent trois navires, sur seize, de la flotte de Duguay-Trouin a débauché les marins pressentis. Un accroc dans la bonne entente mais l’affaire se tasse.

Pourtant ce ne sera la seule qui opposera le jeune marin, devenu le second de Pierre Pongérard, alias Grand Timon, à ce nobliau qui est apparenté au roi Louis XIV par une histoire de coucherie de sa mère. Les aventures et mésaventures ne manquent pas de se produire, affectant les relations entre marins, entre les différents capitaines de cette armada, car la jalousie envenime parfois les rapports entre tout ce petit monde.

Loïc a reçu une lettre de son amie Amalia et il peut enfin prendre connaissance de son contenu. La belle Lisboète lui déclare sa flamme, ce qui lui met le cœur en joie et les sens en émoi, mais elle lui écrit aussi que son père songe à la marier, lorsqu’elle aura seize ans, date fatidique qui se rapproche, avec un noble Portugais.

 

Au cours de la traversée vers Rio de Janeiro, les marins de La Belle Marquise recueillent des naufragés, deux hommes, une femme et un enfant. L’un des hommes est décédé mais les autres sont soignés par le médecin du bord. D’après lui ce sont des esclaves noirs qui se sont enfuis. Loïc est stupéfait du traitement qui leur était réservé, et indigné lorsqu’il apprend qu’à leur retour aux Antilles ces trois fuyards, le frère et la sœur, l’enfant que celle-ci a eu de son employeur qui l’avait violée, que ces trois fuyards seront revendus. Le Code noir édicté par Louis XIV en 1685, inique mais observé par tous.

En attendant, ils restent à bord et l’on verra par la suite qu’un bienfait n’est jamais perdu.

L’escadre parvient en baie de Rio de Janeiro, mais la cité est gardée par douze mille soldats, deux forts tenant en respect tout bâtiment ennemi, et six navires patrouillant dans le port. René Duguay-Trouin ne peut attaquer de front Rio de Janeiro, aussi une tactique est mise en avant, les artilleurs, dont ceux de La Belle Marquise, réputés pour être les meilleurs vont devoir montrer leur adresse.

La cité prise, il faut finir le travail, car les soldats portugais se sont réfugiés dans la forêt, là où sévissent les réducteurs de tête. Loïc pourra une fois de plus démontrer son courage, et son humanisme.

 

Roman d’aventures maritimes et terrestres, ce second, pour le moment, volet des aventures de Loïc, dit Sabre d’Or, est plus qu’un livre destiné à la jeunesse. Leçon de courage, certes, mais également de respect de la parole et respect de soi et des autres.

Les scènes d’action ne manquent pas, normal pour un roman d’aventures, mais une certaine tendresse se dégage du récit, surtout dans les missives échangées entre Amalia et Loïc. Mais ce ne sont pas les seuls instants qui procurent ce moment de pause entre deux combats.

La prise de Rio par Duguay-Trouin et ses hommes, est un épisode marquant parmi les hauts faits maritimes et les combats navals. L’Espagne, qui connait une crise de succession, et la France sont en guerre contre une coalition menée par l’Angleterre, le Portugal et de nombreux pays européens. Ce qui constitue la partie historique de l’ouvrage. Mais cette épopée met en avant le sort des esclaves, qui sont considérés par les Portugais comme des marchandises et les achètent ou les vendent au gré de leur besoin.

Comme le précise monsieur de Jessey, un médecin herboriste qui fait partie de l’expédition afin de recueillir de nouvelles plantes, le monde n’est pas régi par des êtres généreux et bienfaisants, mais par des administrateurs soucieux de leurs intérêts et de ceux de leur pays.

Et lorsque Loïc réclame la liberté pour les trois esclaves en fuite, il lui est rétorqué que ceci n’est pas envisageable :

Parce que les esclaves appartiennent à la Couronne de France. Les planteurs des Antilles nous en réclament toujours plus. Louis XIV les soutient. Nos navigateurs les achètent sur les côtes d’Afrique et les revendent un bon prix dans les colonies. Ce commerce enrichit nos ports, nos marins, nos armateurs, nos colons et la Couronne. Tout le monde y trouve son compte.

Un roman qui dépasse le cadre d’un lectorat composé de jeunes, mais que bien des adultes devraient lire afin de changer leur regard méprisant sur toute une population souvent mise à l’index. Mais il n’est pas sûr pour autant que cela infléchira leur état d’esprit et leurs sentiments racistes.

Jean-Marie PALACH : La prise de Rio de Janeiro. Les aventures de Loïc le corsaire N°2. Editions du Volcan. Parution le 20 juillet 2017. 192 pages. 12,00€.

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 08:37

Comme on fait son lit, on se couche. Il parait !

Johny SOPPER : Johny Sopper et le lit de l’enfer.

Mais ce n’est pas dans les habitudes du capitaine Johny Sopper, agent du gouvernement, qui en ce mois de novembre se sent perdu dans New-York. Il a plus l’habitude de parcourir les plaines de l’Alabama que parcourir les rues d’une ville dont les habitants résident dans des immeubles de six étages.

Avec le sergent Steve, il doit réceptionner un professeur en provenance de Paris et le conduire à Washington. Seulement il a la désagréable impression, ressentie pareillement par Steve, d’être suivi au cours de ses déambulations sur le port. D’ailleurs il fait sensation auprès des gamins, habillé avec sa veste en pécari, ses culottes de cheval, ses bottes noires et son feutre à larges bords.

Enfin ils récupèrent le voyageur, un nommé Adalbert Durandal, du Musée d’Histoire de Paris. Des chambres d’hôtel sont réservées aux trois hommes en attendant de joindre Washington. Durandal confie qu’il doit remettre des documents, soigneusement gardée dans un portefeuille rouge, concernant des trésors qui auraient été enfouis par les premiers migrants, dont notamment au lac Erié, sur une île. Mais à cet hôtel s’est installée également une jeune femme, une Française selon le directeur, Jeanne Berry.

Alors que Johny Sopper avait prévu une soirée au théâtre, Durandal annonce qu’il se sent quelque peu malade. Il préfère rester dans sa chambre qu’il boucle à double tour. Au retour de leur sortie, Sopper et le sergent Steve s’aperçoivent que la porte n’est plus fermée et que Durandal a disparu. Les événements se précipitent.

Les deux hommes partent à la recherche du professeur, chacun de leur côté, et le lendemain, un cadavre est découvert sur les rails. Il s’agit probablement de Steve car l’inconnu porte ses bottes et sa montre. Jeanne Berry a quitté l’hôtel, direction Saratoga selon le directeur de l’établissement. Mais Sopper apprend qu’en réalité elle a pris le train pour Albany. Le directeur de l’hôtel est assassiné et le portier est trop serviable pour être honnête.

Sopper, après déjà avoir été agressé et assommé, part pour Albany et retrouve inopinément Steve qui n’était pas mort. Ils apprennent que Jeanne Berry voyage en compagnie de son frère et d’un homme qui ressemble fort à Durandal. Puis c’est la suite du voyage vers le lac Erié.

 

Johny Sopper échappe à de multiples dangers dont, dans le désordre, un affrontement homérique avec un grizzli, des agressions avec des individus particulièrement belliqueux, à quelques noyades et un plongeon dans les chutes du Niagara, des bagarres avec des Comanches, puis des coups de feu, des rencontres inopinées avec des gourdins, de quoi démontrer sa force herculéenne mais également qu’il n’est pas à l’abri d’interventions musclées, aidé dans tous ses démêlés par la présence opportune de Comanches, une autre tribu que la précédente, puis de Cheyennes qui pensent le délivrer, les deux peuples ne s’appréciant guère.

Mais si les « Indiens » ne sont pas toujours montrés sous un jour favorable, il existe un code de l’honneur que ne pratiquent pas en général les Blancs. Ils ne peuvent pas tuer un homme qu’ils sont sauvé d’un péril. Celui que nous avons sauvé est des nôtres, affirme ainsi Tête d’Or le chef Cheyenne. D’ailleurs Johny Sopper, s’il ne pratique pas la langue française, comme on le constate au début du récit, s’exprime aisément en langue comanche ou cheyenne, ce qui est quand même un avantage dans certaines situations.

Un roman qui privilégie l’action au détriment des longues narrations descriptives des lieux et des personnages. Pas le temps pour le lecteur de s’ennuyer, de reprendre son souffle, son seul souci étant de tourner les pages afin de connaître la fin de cette intrigue très mouvementée. Johny Sopper encaisse, et donne, de nombreux coups, comme dans les scènes de bagarre au cinéma, au cours desquelles chaque protagoniste se rue contre son adversaire sans jamais ressentir le moindre mal ou presque.

 

Johny SOPPER : Johny Sopper et le lit de l’enfer. Collection Western N°8. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1953. 192 pages.

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 08:10

Visite guidée du Chinatown parisien ? Ne chinoisons pas...

Gérard DELTEIL : Les huit dragons de jade.

Journaliste à Ponctuel, Didier Pierlin, d'origine chinoise, est chargé par son rédacteur en chef d'enquêter sur la communauté chinoise et indochinoise qui vit dans le 13ème arrondissement de la capitale, le fameux Chinatown parisien.

Guère passionné par ce sujet, il se rend chez sa tante qui, vu son origine, pourra lui fournir bon nombre de renseignements pour pondre son papier. Peu de temps après sa tante décède, étranglée par un lacet.

Il fait la connaissance de Kouei Houa, une jeune réfugiée vietnamienne, mais bientôt c'est lui qui servira de cible à de mystérieux tueurs. L'enjeu semble résider en d'étranges statuettes de jade, héritage de sa tante, et disséminées dans différents coffres bancaires.

Des statuettes d'origine Mhu, comme sa tante. S'agit-il d'un trafic de drogue, d'objets d'art ? La CIA, le KGB et les Triades, la fameuse mafia chinoise, sont sur les rangs et se tirent dans les pattes à qui mieux-mieux, sans compter d'autres personnages qui agissent pour leur propre compte.

 

En écrivant ce roman ambitieux, paru en 1989 chez le même éditeur, un roman que je qualifierais plus volontiers de thriller que de polar, Gérard Delteil a gagné le pari qu'il s'était imposé.

Captivant, passionnant, fort bien structuré, au suspense de plus en plus intense au fil des chapitres, Les huit dragons de jade néanmoins n'est pas dépourvu de ces petites touches d'humour qui décompressent le lecteur, juste le temps de se replonger dans un mystère plus épais.

Gérard Delteil a écrit son roman comme en hommage aux maîtres de l'exotisme asiatique, Edgar Wallace ou Sax Rohmer par exemple, mais sans tomber dans le pastiche ou la parodie. L'épilogue n'est pas dû au hasard ou à un savant tour de passe-passe. C'est du travail sérieux, du travail de pro, comme on dit.

 

Gérard DELTEIL : Les huit dragons de jade. Collection Picquier Poche. Editions Philippe Picquier. Réédition mai 2009. 296 pages. 8,00€.

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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 13:27

On l’appelle le Dénicheur…

Maurice GOUIRAN : Le diable n’est pas mort à Dachau.

Un surnom qui convient comme un gant à Maurice Gouiran qui à chacun de ses livres parvient à amalgamer Grande Histoire, faits-divers et fiction avec un réalisme impressionnant.

Dans ce nouvel opus, Maurice Gouiran nous entraîne dans une aventure basse-alpine en l’an 1967 mais qui prend ses racines dans les années sombres de la Seconde Guerre Mondiale, à Dachau, entre 1943 et 1945.

 

Lorsqu’Henri Majencoule, installé près de San Francisco, revient après quinze ans d’absence dans son village natal d’Agnost-d’en-haut, l’atmosphère d’insouciance, d’allégresse, de permissivité californienne tranche avec la rigueur et le mutisme des habitants du village.

Prévenu par son père du décès proche de sa mère, il vient de voyager durant plus de trente heures, avion, train, car, mais lorsqu’il arrive sur place, c’est trop tard. Sa mère est allongée dans son cercueil de bois remisé dans la chambre du bas.

Henri est un mathématicien, qui dès ses douze ans est parti à l’école loin de ses parents, qu’il ne voyait plus que de temps à autre, et ses études terminées, il a été recruté par une société américaine pour des développements informatiques. Il travaille au Standford Resarch Institute, le SRI, à Menlo Park en Californie, et son patron Doug Engelbart met au point de nombreuses applications dont il serait difficile de se passer aujourd’hui, par exemple les réseaux informatiques, ou tout simplement la délicieuse petite souris que l’on tripote activement face à son écran.

Il couche avec une collègue, histoire de se décompresser, et s’adonne à la prise de LSD, mais il dépasse la dose prescrite par l’organisme militaire qui fournit cette drogue susceptible d’améliorer l’intellect et favoriser les recherches.

Maurice GOUIRAN : Le diable n’est pas mort à Dachau.

Lors de l’enterrement de sa mère, il retrouve dans le cimetière deux de ses anciens copains d’école, mais ce ne sont pas les seules retrouvailles. Il y a aussi Alida, son amie Alida Avigliana, qu’il avait embrassée, chastement, avant de partir au collège à Marseille. Elle a vieilli physiquement, pourtant il ressent un petit pincement au cœur. Puis au café local, c’est Antoine, connu au collège, devenu journaliste réputé qui s’est fait un nom en couvrant la guerre des Six jours, qui l’aborde.

Antoine est envoyé par son journal pour couvrir une affaire de meurtre qui s’est déroulé trois semaines auparavant, celui d’une famille américaine venue passer quelques jours dans une maison du village. L’homme, Paul Stokton, un scientifique, était venu dans le village au début des années 1950, Henri s’en souvient vaguement, il avait acheté une magnanerie délabrée, puis il revenait tous les deux ou trois ans avec sa femme, plus jeune que lui, et sa fille âgée de huit ans au moment du drame.

Les soupçons se sont immédiatement portés sur le patriarche de la famille Avigliana, originaire du Piémont, et donc un étranger, ainsi que sur l’un des fils, réputé comme mauvais garçon. Le commissaire Castagnet de Marseille, un personnage imbu de ses prérogatives et de son grade, organise de temps à autre une conférence de presse dans le café, délivrant les informations aux nombreux journalistes qui se sont installés dans la vallée.

Antoine demande à Henri s’il veut bien participer à son enquête, et comme celui-ci ne doit retourner aux Etats-Unis que quelques jours plus tard, il accepte. Or quelle n’est pas leur surprise d’apprendre, grâce aux appels téléphoniques qu’Henri passe à des connaissances américaines, et à son amie collaboratrice, que Stokton est inconnu des services, et que les diplômes qu’il s’enorgueillissait de détenir, d’après son C.V., il ne les avait jamais obtenu dans les prestigieuses écoles qu’il aurait soi-disant fréquentées.

 

En interlude, le lecteur visite le camp de Dachau et peut assister à quelques expériences réalisées notamment par Sigmund Rascher un médecin sans véritable envergure mais désireux de complaire à son mentor. S’il est exécuté le 26 avril 1945 à Dachau, pour avoir déplu à Heinrich Himmler, son mentor, ses travaux seront récupérés et utilisés notamment par la NASA. Certains de ces scientifiques seront jugés à Nuremberg, d’autres, comme le docteur Paul Nowitski qui travaille sur la mescaline et ses effets, seront récupérés par l’armée américaine et l’OSS, ancêtre de la CIA, et seront même naturalisés américains un peu plus tard, l’exemple le plus connu étant Von Braun, le père des V2, qui participera activement au programme de vols habités comme Gemini et Mercury. Il deviendra même administrateur adjoint de la NASA. Toutes les récupérations sont bonnes.

 

Sigmund Rascher

Sigmund Rascher

Comme le précise en liminaire Maurice Gouiran, même si ce roman fait référence à des événements historiques, toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait purement fortuite. Une précaution de la part de l’auteur, et effectivement, les personnages du roman n’ont pas existé, du moins sous les noms qui leur ont été attribués. Mais outre les recherches scientifiques effectuées par des médecins, les fameux savants fous à Dachau et autres camps de concentration, on ne peut s’empêcher de penser à deux affaires qui ont défrayé la chronique dans les années 1950.

L’affaire Dominici, par exemple. Petit rappel : dans la nuit au 4 au 5 août 1952, trois Anglais, Sir Jack Drummond, un scientifique de 61 ans, sa femme et sa fille de 10 ans sont retrouvés assassinés à proximité de la ferme des Dominici, à Lurs dans ce qui était à l’époque les Basses-Alpes, devenues aujourd’hui les Alpes de Haute-Provence. Le patriarche, Gaston Dominici est accusé et condamné à mort, sans que sa culpabilité soit prouvée. Mais il sera grâcié.

Autre affaire, l’histoire du pain empoisonné de Pont-Saint-Esprit. Durant l’été 1951, une série d’intoxications alimentaires se déclarent en France dont la principale à Pont-Saint-Esprit, dans le Gard. De nombreux morts, une cinquantaine de personnes internées et plus de deux cent cinquante atteintes de troubles plus ou moins grave. Les symptômes ressemblaient à une forme d’ergotisme, une maladie provenant de l’ergot du seigle, mais le diagnostique n’a pu être prouvé. De nombreux romanciers et journalistes ont glosé sur ces deux affaires, apportant des solutions toutes plus ou moins réalistes mais n’amenant aucune preuve de leurs conjectures.

Maurice Gouiran apporte sa pierre à l’édifice, sans référencer ces deux affaires, mais ceux qui ont connu, vu, lu ou entendu dans leur enfance les reportages sur ces drames, reconnaitront aisément les protagonistes de ce qui reste des mystères.

Quant aux savants démoniaques ou tout simplement qui pensaient en toute bonne foi ou presque faire avancer la science médicale, ce sujet grave a également été traité maintes fois, mais tout ce qu’écrit Maurice Gouiran s’inscrit dans une logique romanesque non dénuée de logique et de preuves. Il a réussi à imbriquer les uns dans les autres trois faits avérés, et offre des solutions qui tiennent la route, plausibles à défaut d’être véridiques, et mieux encore en respectant les dates, les événements, les conclusions.

 

A lire également la chronique de Pierre de Black Novel1 :

Autre chronique sur un récent roman de Maurice Gouiran :

Maurice GOUIRAN : Le diable n’est pas mort à Dachau. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. Parution 18 mai 2017. 216 pages. 18,50€.

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 08:12

Maman vient de terminer
L'histoire de cow-boy Johny …

La collection WESTERN du Fleuve Noir.

Cette collection, sous-titrée Aventures et Bagarres de Johny Sopper, s’inscrit dans une mode cinématographique alors florissante, le Western.

Contrairement à d’autres collections concurrentes elle ne rencontra pas le succès espéré. Peut-être parce que vouée quasi en exclusivité à un auteur et à un héros récurrent, elle ne sut pas se renouveler ou s’adapter à de véritables actions de western.

Le cinéma de western connaissait ses plus beaux jours et la prolifération des bandes dessinées petit format (Kit Carson, Hopalong Cassidy…) et des fascicules romans-photos adaptés des films détournèrent peut-être aussi les lecteurs potentiels de cette série qui débuta en 1952 pour mourir en 1954.

L’auteur principal Johny Sopper n’était autre José-André Lacour qui signa dans les différentes collections du Fleuve Noir sous les pseudonymes de Benoît Becker (pour certains ouvrages de la collection Angoisse), Marc Avril (Espionnage) ou Christopher Stork (Anticipation) en collaboration avec Stéphane Jourat. Seul il fut également Connie O’Hara pour le fameux Clayton’s collège. Sous son nom on retiendra L’année du bac (pièce de théâtre) en 1958, et Le rire de Caïn en 1980. Mais participa également à l’aventure Eugène Maréchal, un auteur et éditeur belge, qui apporta à Armand de Caro, l’un des fondateurs du Fleuve Noir, quelques auteurs qu’il avait déjà publié ou dont il connaissait les qualités d’écriture. Et l’on se rend compte de l’apport de l’un et de l’autre dans les aventures de Johny Sopper, le style étant différent parfois entre deux ouvrages, voire deux chapitres.

A noter que le dernier roman de cette collection serait une traduction de l’Américain par Gertie Colin.

Or l’épouse J-.A. Lacour s’appelait Gertie Colin et était romancière. Pour certains, il se pourrait donc que Cole Laramee soit J.-A. Lacour ou une œuvre de Gertie Colin qui dans ce cas aurait pu signer également au Fleuve Noir sous le nom de Lise Lacour.

Autre piste selon littérature populaire Cole Laramée, ou plutôt Cole LARAMEE. Il semble que ce dernier ait fini par livrer son secret: il ne s'agit pas, comme certains le suspectaient, d'un alias de J.A Lacour, ni de sa femme, mais de l'écrivain anglais Leonard Gribble, mieux connu des amateurs de romans policiers! (d'après la Bibliothèque du Congrès américaine, mais non confirmé par les ouvrages de référence anglo-saxons, notamment le bien informé TCCMW).

 

Dans le recueil de la collection Superpoche, publié en juin 1995, comprenant quatre romans de la collection Angoisse signés Benoît Becker, José-André Lacour précise dans sa préface :

Sans doute le western n’est-il pas fait pour la France qui est un pays trop petit pour cela. En conséquence, Johnny Sopper ne fit pas la fortune de Johnny Sopper, qui descendit de son cheval.

On remarquera au passage que Johny devient Johnny…

 

En quatrième de couverture du N°4, Johny chasse l’homme, le héros est ainsi présenté :

Avec le prestigieux Johny Sopper, les lecteurs de notre collection Western vont vivre des épopées exaltantes et suivront à la trace des hommes farouches qui n’ont peur de rien, qui aiment la bagarre et les ardentes chevauchées dans un décor de plaine immense, de vaste ciel et où le souffle héroïque et vivifiant des luttes, de la force, de la ruse et du courage sont indispensables.

 

Et effectivement Johny Sopper, dont le lieu de naissance diffère selon les romans, ce qui conforte l’idée qu’en réalité plusieurs auteurs se sont attelés à la tâche de l’écriture de ses aventures, n’a peur de rien, ni de personne, se battant comme un lion, n’abandonnant jamais la partie, et triomphant toujours, malgré les nombreuses scènes au cours desquelles il est vaincu par des quidams qui en veulent à sa vie. Mais il s’en sort toujours, seul ou avec l’aide de protagonistes arrivant fort opportunément.

 

Les couvertures sont signées Gourdon.

1 - Sopper Johny : Johny prends ton colt [1952]

2 - Sopper Johny : Johny et le démon blanc [3/52]

3 - Sopper Johny : Johny dans l'Arizona [1952]

4 - Sopper Johny : Johny chasse l'homme [1952]

5 - Sopper Johny : Johny règle un compte [1953]

6 - Sopper Johny : Johny et les pirates noirs [1953]

7 - Sopper Johny : Johny a disparu [1953]

8 - Sopper Johny : Johny et le lit de l'enfer [2/53]

9 - Sopper Johny : Johny et les esclaves blanches [1953]

10 - Sopper Johny : Johny et le tueur sans visage [1953]

11 - Sopper Johny : Johny joue avec la mort [1953]

12 - Sopper Johny : Johny et le garçon sauvage [1953]

13 - Sopper Johny : Johny casse le calumet [3/53]

14 - Sopper Johny : Les sioux voient dans la nuit [1953]

15 - Sopper Johny : L'agonie de Fort Anaconda [3/53]

16 - Sopper Johny : Piste de la tragédie [1953]

17 - Sopper Johny : Le poteau de torture [1953]

18 - Sopper Johny : Les pendus du Nevada [1/54]

19 - Sopper Johny : L'indienne captive [1/54]

20 - Sopper Johny : Massacre des pionniers [2/54]

21 - River J.S. : La diligence des maudits [2/54]

22 - Sopper Johny : Le fusil de l'homme mort [2/54]

23 - Laramee Cole : Frontière de la mort [3/54]

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Published by Oncle Paul - dans Collections Roman Western
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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 13:28

Le Diable au corps ?

Serge et Viviane JANOUIN-BENANTI : Les Possédées de Loudun.

Si dans la mémoire collective proche la bonne ville de Loudun reste attachée à ce garagiste qui fut durant quatre décennies le maire de la cité et devint ministre, président du Conseil régional de Poitou-Charentes et Président du Sénat, j’ai nommé René Monory, dans les années 1630, elle fut le théâtre d’une affaire retentissante liée aux guerres de religion et aux superstitions mises en scène dans le but d’édifier les Loudunais et d’asseoir un peu plus la prédominance du catholicisme sous la houlette du Cardinal de Richelieu.

Tout commence par une série de malheurs telle cette grande peste qui s’était abattue sur la ville au printemps 1632, laissant derrière elle plus du quart de la population défuntée, soit trois mille cinq cents personnes environ. Ensuite le Cardinal de Richelieu, jaloux et inquiet de la prépondérance de cette ancienne place-forte huguenote décide de détruire la forteresse édifiée par Philippe-Auguste, et de construire à une vingtaine de kilomètres de là une ville portant son nom.

Si bon nombre d’habitants se résignent, d’autres comme le gouverneur de la ville, proche de Luis XIII, et Urbain Grandier, le curé de Saint-Pierre du Marché, s’opposent à ce qu’ils pensent être un rabaissement de la ville.

 

En mercredi 13 octobre 1632, dans la chapelle du couvent des Ursulines, se tient une nouvelle séance d’exorcisme. Depuis douze jours, le père Barré, venu de Chinon, et le père Mignon, qui ne l’est pas, tentent de démontrer la présence de démons dans les corps de quelques Ursulines soi-disant possédées par les forces du Mal. La mère supérieure, sœur Jeanne des Anges, la trentaine, se contorsionne furieusement, et les autres sœurs, nettement plus jeunes et issues de la noblesse, ne sont pas en reste. Elles crachent des insanités, répondent en latin aux questions des deux curés, alors que théoriquement elles ne connaissent pas un traître mot de cette langue.

Le bailli, tout comme le lieutenant civil Louis Chauvet, ne sont pas convaincus et pensent que tout ceci n’est qu’une mise en scène éhontée. Toutes accusent Urbain Grandier d’avoir eu avec elles des relations charnelles, et de pactiser avec le diable et ses affidés, très nombreux, et dont les curés déclinent avec virulence les noms.

Les deux prêtres, mais ce ne sont pas les seuls, ont en commun d’entretenir une haine et une jalousie féroces envers Urbain Grandier. Pour des raisons diverses. Il ne manque pas de bonnes fortunes et il ne s’en plaint pas. Seulement ce sont ses prises de position envers des problèmes de société, qui vont à l’encontre des dogmes religieux qui énervent ses détracteurs. Et son Traité contre le célibat des prêtres, qu’il écrit à la suite de sa liaison avec Madeleine de Brou, laquelle lui réclame le mariage, n’est pas du tout à l’ordre du jour. Une revendication qui aujourd’hui encore divise les Catholiques.

 

A son ami le père Pierre Bucher qui lui signifie :

Ne blasphème pas, un prêtre ne peut pas se marier, il se doit sans partage à Dieu.

Urbain Grandier rétorque :

Je ne suis pas d’accord, ce n’est pas une hérésie. Le célibat n’est pas un dogme de notre Eglise, juste une règle disciplinaire que notre pape peut à tout moment défaire. C’est pure hypocrisie d’affirmer la règle du célibat et de fermer les yeux quand des curés entretiennent des concubines sous leur toit sous couvert de servantes, de sœurs ou de nièces.

 

Plus loin, toujours au cours de cette discussion, il remémore une affaire qui s’est déroulée quelques années auparavant, celle du conseiller de Langre chargé de purger le Pays basque de ses sorcières. Une centaine de femmes ont ainsi été torturées puis menées au bûcher, accusées de sorcellerie.

En fait, elles n’étaient coupables que d’être des musulmanes, juives, gitanes, chassées d’Espagne ou d’exercer comme cartomanciennes, guérisseuses… En lisant son Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons, j’ai compris ce qu’il reprochait principalement aux femmes qu’il a soumis à la torture : c’est de croire qu’elles étaient l’égales de l’homme… Il ne concevait la femme que voilée, pour cacher sa chevelure enivrante et ses yeux ensorcelants, et soumise à son mari.

Ce qui nous ramène à une forme d’intégrisme actuel développé par d’autres religieux, d’une autre religion, et dont les dictats provoquent des fêlures dans la société, pour ne pas dire qu’ils entraînent de nouvelles guerres de religion.

 

Accusé de sorcellerie, il est arrêté et jugé devant un tribunal ecclésiastique. Il est acquitté, ce qui n’a l’heur de plaire à Richelieu, et un nouveau procès est instruit sous la présidence de Jean Martin de Laubardemont, homme lige du cardinal et parent de la mère supérieure. Tout est falsifié, les témoignages, les aveux, les pièces du procès, et dans ce cas, il est difficile d’échapper à la décision des plus hautes instances, et des Jésuites et du père Joseph, l’éminence grise du cardinal.

 

Evidemment, il ne s’agit que d’un roman historique s’inspirant de faits réels, selon les auteurs, et s’ils se sont imprégnés de diverses sources, dont les archives nationales et départementales, Serge et Viviane Janouin-Benanti n’en ont pas moins écrit un roman à la tonalité actuelle. Rien n’a vraiment changé dans les esprits, la mentalité, la façon de procédé, même si, en France, la chasse aux sorcières n’existe plus. Officiellement. Mais la femme est-elle enfin reconnue comme l’égale de l’homme ? Il est permis d’en douter lorsqu’on entend certains propos, ne serait-ce qu’à l’Assemblée Nationale, instance qui devrait montrer l’exemple.

Un titre qui est plus qu’un roman, mais une leçon de tolérance, de réflexion, de méditation, de compréhension, de respect des autres, quel que soit leur religion, leur appartenance ethnique, leur origine.

 

Serge et Viviane JANOUIN-BENANTI : Les Possédées de Loudun. Editions La Geste. Parution mars 2017. 256 pages. 20,00€.

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6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 07:48

Un vœu pieux ? (A ne pas confondre avec un peu vieux !)

Gaétan BRIXTEL : Justice pour tous.

Dès les premières lignes, nous sommes, nous lecteurs, plongés dans le bain de la confidence. Le narrateur se dévoile, peut-être dans l’optique d’une rédemption. Et il en a des choses à dire, ce narrateur, des révélations pas vraiment en sa faveur, mais cherche-t-il vraiment une absolution ?

Il a vingt six ans, mais professe à l’encontre de l’alcool une addiction qui engendre une nouvelle période de chômage, la troisième. Son père lui conseille d’arrêter de s’enfiler les petits (et les grands aussi d’ailleurs) verres, mais contrit le narrateur continue. Il est vrai que son père vieillissant en a déjà eu sa dose avec ses filles, plus vieilles que le narrateur, et qui ont goûté à tout et au reste. Dans l’idée d’en dénoncer à leurs enfants les effets néfastes ? Pourquoi pas, on ne parle jamais mieux que de ce que l’on connait et les affres par lesquelles on est passé.

Le chômage, l’alcool, l’alcool, le chômage… Une spirale infernale… Et en plus il est écrivain, mais est-ce un métier ?

 

Non, le narrateur ne veut pas déplaire à ses parents, il aimerait en se regardant dans la glace voir devant lui le visage d’un type bien. Car ses parents sont vieux, même s’il en parle avec un certain cynisme.

Dans le salon, Papa est installé dans son fauteuil avec le journal, mais en réalité il dort ; Maman allongée sur le canapé, couverte d’un plaid. Avec le feu allumé dans la cheminée ; un confortable crématorium.

 

Et pour mieux vous faire comprendre par quels avatars, quelles angoisses, quelles tentatives de viol, quelles régurgitations dues à des mélanges confinant au petit chimiste amateur, à quelles provocations il est confronté, il se déballonne (normal après un ballon de bière) et s’épanche. Pour mieux se comprendre, mieux se donner les moyens intellectuels, s’imprégner les neurones d’arrêter de fréquenter les bars.

 

Une nouvelle qui sent le vécu, jusqu’à un certain point. Quoique, on ne sait jamais. Et puis, on peut toujours enjoliver, ou noircir, noircir c’est le mot pour un mec qui a bu, enfin on peut toujours raconter une histoire qui nous est arrivée, ou aurait pu nous arriver.

Gaétan BRIXTEL : Justice pour tous. Nouvelle numérique Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution septembre 2017. 16 pages. 1,99€.

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 08:44

C’est un os long ou un au secours ?

Jonathan CARROLL : Os de lune

Ils se sont connus à l’université dans le New Jersey, puis chacun a fait sa vie de son côté. Des expériences malheureuses la plupart du temps. Pourtant elle, Cullen, et lui, Danny, entretiennent des relations épistolaires, ce qui leur permet de garder le contact, voire parfois de s’épancher.

Cullen tombe enceinte des œuvres d’un certain Peter, un homme qu’elle croyait aimer. Mais, cruelle désillusion, il abandonne la partie en cours de jeu, et Cullen décide d’avorter. Son angoisse, son mal de vivre, ses regrets, elle les confie par lettre à Danny qui aussitôt accourt. Des retrouvailles qui se terminent par un mariage. Cullen tombe de nouveau enceinte alors qu’ils vivent en Italie, à Milan. Une vie qui pourrait se poursuivre ainsi dans la banalité, le confort, si Cullen ne se mettait bientôt à rêver…

Pas de rêves répétitifs. Un rêve-feuilleton qui, nuit après nuit, se poursuit dans un pays imaginaire, Rondua, en compagnie de Pepsy, un petit garçon qui l’appelle Maman. Des rêves qui, peu à peu, interfèrent avec la réalité et oscillent entre le magique et le cauchemar. L’île de Rondua est peuplée d’animaux géants, parlant italien : Mr Tracy, un gros chien qui porte un chapeau, Félina la Louve, Martio le Chameau…

Blessé lors d’un match de basket, Danny est remercié par son équipe, et le couple doit retourner aux Etats-Unis, emménageant à New York. Cullen donne naissance à une petite fille, Mae, et poursuit son rêve, visitant Rondua en compagnie des animaux parlants. Les médecins qu’elle consulte la rassurent sur son état mental et lui conseillent de ne pas s’inquiéter. Elle décide alors de consigner par écrit son feuilleton. Pendant ce temps, Alvin Williams, leur voisin, tue dans un acte de démence sa mère et sa sœur.

A Rondua, Cullen découvre, avec Pepsy et ses amis, un objet ressemblant à du bois, un « Os de Lune » qui, cassé en morceaux et sculpté, leur sert de bâton de voyage… Cependant, dans la vie réelle, les pensées, les souhaits de Cullen se réalisent, comme par transmission. Elle fait la connaissance d’Eliot, un voisin homosexuel, passionné de sciences occultes. Elle lui raconte ses rêves, les interférences qui se produisent entre eux et la réalité, et il lui propose de rencontrer Weber Gregston, un cinéaste qui se révèle trop entreprenant. Lorsqu’elle veut se défendre, un rayon lumineux, surgi de sa main, frappe Weber qui s’effondre. Face à ce phénomène, Eliot décide de mettre dans la confidence une chiromancienne qui ne décèle aucun pouvoir surnaturel chez la jeune femme.

A Rondua, le périple se poursuit et les voyageurs font connaissance de Pouce Brûlant, le premier être humain qu’ils rencontrent. Cullen lui remet son morceau d’Os de Lune, et ils repartent à la recherche d’un second Os. De grands dangers se profilent à l’horizon…

Weber contacte Cullen afin de s’excuser de son comportement et lui déclare sa flamme. S’ensuit un déluge de correspondances. De son côté, Alvin, du fond de sa cellule, demande à correspondre avec Cullen, ce qu’elle n’ose refuser.

A Rondua, Cullen se rend soudain compte que Pepsy n’est autre que l’enfant dont elle s’est défait quatre ans auparavant et comprend qu’elle doit absolument l’aider à trouver les cinq Os de lune.

Weber est atteint lui aussi de l’étrange pouvoir onirique de Cullen. Il rêve de Pepsy, de Mr Tracy, de la jeune femme et de quelques autres personnages. Et les péripéties se poursuivent sur Rondua. Pepsy est en possession de trois Os de Lune et Félina la Louve décède… Les personnages de Weber s’immiscent parmi ceux de Cullen, plus particulièrement un certain Jack Chili, dont elle et Pepsy doivent se méfier. Blessé, Mr Tracy se rend compte qu’il a commis une erreur et que, sous les traits de Martio, se dissimulait Jack Chili, l’ignoble…

 

On se sert toujours du passé pour condamner le présent dit Cullen un jour à Danny. Mais au travers de ses rêves, ne serait-ce pas plutôt la condamnation du passé par le présent ? Avec Le pays du fou rire, Jonathan Carroll s’était imposé comme un conteur du merveilleux fantastique, à l’univers feutré.

Des récits qui progressivement basculent du réalisme le plus cartésien dans l’imaginaire onirique. L’imbrication des rêves de Cullen dans le roman, ces interférences font irrémédiablement penser à l’envers du décor reflété dans l’autre côté du miroir. Peut-être l’homonymie avec le créateur du célèbre Alice au pays des merveilles y est-il pour quelque chose ?

Alors, cette petite phrase extraite de ce roman prend toute sa force et une signification plus particulière dans l’univers carrollien : « Un monde où des lapins faisaient surgir des magiciens de leurs haut-de-forme. »

 

Première parution collection Série blême. Editions Albin Michel. 1990.

Première parution collection Série blême. Editions Albin Michel. 1990.

Réédition Collection Terreur n°9230. Editions Presses Pocket. Parution octobre 2001.

Réédition Collection Terreur n°9230. Editions Presses Pocket. Parution octobre 2001.

Jonathan CARROLL : Os de lune (Bones of the moon - 1987 Traduction de Danielle Michel-Chich). Réédition Editions Les Forges de Vulcain. Parution le 11 mai 2017. 236 pages. 19,00€.

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