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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 08:47

Des ombres en pleine lumière...

Marie DEVOIS : Turner et ses ombres.

Se réveiller dans une pièce dépouillée, aux murs blancs, avec comme décoration un crucifix, et subir en boucle la chanson Hailstones des Tigers Lillies, ne plus se souvenir comment elle est arrivée là, voilà de quoi désemparer Camille Magnin, venue à Londres pour quelques jours, sur l'instigation de son mari, Paul, commandant de police à Quimper.

Elle ne porte sur elle qu'un tee-shirt, on lui a ôté ses vêtements, et pour manger elle a droit à un plateau garni que vient lui servir une espèce de scaphandrier. Homme ou femme le scaphandrier mutique ? Et cette musique lancinante qui lui martèle le crâne, alors qu'auparavant elle l'appréciait.

Peu à peu les souvenirs remontent à la surface. Non, elle n'est pas amnésique, juste les quelques instants, minutes ou heures qui ont précédé son enlèvement lui échappent. Elle se souvient qu'elle était venue à Londres visiter, entre autres, la Tate Britain, et s'imprégner des œuvres de Joseph Mallord William Turner exposées dans la Clore Gallery. Des peintures postimpressionnistes impressionnantes.

 

Pendant ce temps, à Quimper, Paul Magnon s'inquiète. Cela fait deux jours maintenant qu'il n'a pas eu de nouvelles de sa femme, alors qu'au début de son séjour elle fui téléphonait régulièrement. Il en informe un de ses collègues britanniques, le superintendant John Adams, dont il a fait la connaissance lors d'un séminaire et avec lequel il est resté en relations. Le policier promet de s'impliquer dans la recherche de Camille, en compagnie de son adjoint, mais une autre affaire requiert ses services.

Une nappe rouge s'étend sur la Tamise, à proximité de la Tate Britain, ressemblant à un écoulement de sang, et des passants ont entendu une musique provenant de nulle part. Puis c'est une installation au goût douteux découverte par des gardiens et dont la signification leur échappe qui s'offre à leurs regards. Et un tableau de Turner est subtilisé, La dixième plaie d'Egypte.

Marie DEVOIS : Turner et ses ombres.

Quel rapport existe-t-il entre ces événements pour le moins anachroniques et quel lien avec l'enlèvement de Camille peuvent-ils se rattacher ?

Autant de questions que se posent Paul Magnin et John Adams, d'autant que des interrogations légitimes se forgent dans leur cerveau. Et dans celui de Camille qui va être libérée, lâchée dans la nature.

Des doutes mettent en cause l'intégrité du couple. Paul serait-il à l'origine de cette captivité puisqu'à priori il est le seul à connaître la passion de Camille pour les Tiger Lillies ? Ce n'est que l'une des suppositions qui traversent les esprits, mais d'autres surgissent nuisant aux relations entre toutes ces personnes et à la bonne résolution de l'enquête.

 

Si dans la première partie de l'histoire, et surtout avec les images de la Tamise ensanglantée et autres événements incompréhensibles pour les enquêteurs, plane un petit air d'intrigue à la Fantômas et autres feuilletons du début du XXe siècle qui empruntaient au sensationnel, la seconde partie est plus tournée vers le roman à suspense additionné d'une réflexion sur le rôle du mécénat et ses imbrications hypothétiques en ce qui concerne leurs motivations, de même que sur celui de certains journalistes.

 

La Clore Gallery

La Clore Gallery

Marie DEVOIS : Turner et ses ombres. Collection ArtNoir. Editions Cohen & Cohen. Parution le 24 mai 2017. 282 pages. 21,00€.

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 10:02

Le personnage de Sherlock Holmes est l'arbre qui cache la forêt luxuriante que constitue l'œuvre littéraire d'Arthur Conan Doyle.

Arthur Conan DOYLE : Contes autour du feu.

Sherlock Holmes a phagocyté aussi bien son créateur que l'œuvre entière de Sir Arthur Conan Doyle, ne laissant que quelques bribes émerger de temps à autres. Bien sûr des rééditions du Brigadier Gérard, de La Grande Ombre, Le Monde perdu et quelques autres, sont programmées chez différents éditeurs et surtout en version numérique, mais le choix est assez succinct dans l'ensemble.

Alors retrouver des textes quasi inédits, la première publication datant de 1911 pour le recueil Du Mystérieux au tragique, et de 1912 pour celui de La main brune, chez Pierre Lafitte dans la collection Idéal-Bibliothèque, ne pourra que réjouir tous ceux qui aiment Conan Doyle et désirent lire autre chose que les écrits de Watson consacrés à son ami détective.

Ces Contes autour du feu auraient pu être intitulés Contes au coin du feu comme l'avait suggéré l'auteur dans son avant-propos :

[Ces contes ] qui sont collectés dans le présent recueil ressortissent au grotesque et au terrifiant - des contes à lire "au coin du feu" par une nuit d'hiver. Telle serait à mes yeux l'atmosphère idéale pour de semblables récits, si un auteur pouvait choisir le lieu et l'heure pour les raconter comme un artiste choisit l'éclairage et l'emplacement pour exposer ses tableaux.

 

Il n'est pas besoin d'attendre les longues heures d'hiver pour déguster ces contes publié entre 1892 et 1908, la majorité toutefois l'étant durant l'année 1898, et qui procurent effroi, peur, terreur, suspense, angoisse, avec un brin de fantastique pour certains. Et même parfois l'ombre de Sherlock se profile lors d'un conte d'énigme et de suspense. Sans oublier des technologies qui semblent de nos jours dépassées mais qui pour l'époque étaient une véritable révolution et offraient ce parfum de mystère indispensable pour fournir une ambiance de surnaturel.

Souvent des médecins sont soit personnages principaux, soit des faire-valoir intéressants, l'auteur n'oubliant pas que lui-même fut médecin et que ses débuts furent difficiles, la clientèle ne se pressant pas à sa porte. C'est un peu le sort réservé au narrateur de Le Chasseur de scarabées, mais un médecin dont l'exercice de son art répugne et qui préfère la science et plus particulièrement la zoologie. Et c'est ainsi que lisant par désœuvrement une petite annonce, le docteur Hamilton est recruté par Lord Linchmère démontrant qu'il connait l'entomologie, les coléoptères. C'est une condition sine qua none, mais le travail pour lequel il embauché est quand même un peu spécial.

L'entonnoir de cuir joue sur le registre du fantastique et aborde le spiritisme. Un ami du narrateur vit à Paris, et précisément avenue de Wagram à Paris, et la description de la maison est celle du grand-oncle paternel et parrain de Conan Doyle (Une précision apportée par Thierry Gilibert dans son admirable préface). Or cet ami chez qui le narrateur est convié à passer la nuit est féru de livres et d'objets rares possédant une histoire, de préférence une histoire digne d'être contée. Il se targue d'avoir acquis récemment un entonnoir qui date de Louis XIV et qui aurait pu appartenir à Nicolas de la Reynie. Nul besoin de préciser que le visiteur est intrigué et durant la nuit, il va être la proie d'un rêve étrange.

L'homme aux six montres aurait pu être une enquête de suspense et d'énigme au cours de laquelle Sherlock Holmes se serait à nouveau illustré. Mais lors de sa parution le célèbre détective barbotait encore dans les eaux suisses. Un homme est retrouvé mort dans un compartiment de première classe réservé aux fumeurs. Un couple s'installe dans le compartiment voisin, ne désirant pas voyager avec un individu s'attaquant les poumons au cigare. Lorsque le train arrive en gare environ un heure et demie plus tard, l'attention des cheminot est attirée par le fait qu'une portière est ouverte. Nulle trace des trois voyageurs. Mais un cadavre est à genoux, atteint d'une balle en plein cœur dans le compartiment du couple. Un véritable tour de passe-passe qui trouvera sa solution dans un courrier adressé à un expert en criminologie qui avait enquêté cinq ans auparavant. Mais Arthur Conan Doyle aborde, ce qui était innovant pour cette époque prude, le sujet de l'homosexualité, en deux ou trois lignes, sans ostentation, comme ça par hasard. Mais qui constitue le ressort même de l'intrigue.

Histoire de train également avec Le train perdu. Comme son titre l'indique, un train spécial affrété par un homme d'affaires s'évanouit entre deux gares. Le principe est simple, ne souffre d'aucune mystification, mais il fallait y penser, à cette époque.

Dans Le Docteur noir, l'affaire se déroule dans un petit village des Midlands, province où naquit un homme de théâtre du nom de Shakespeare, peut-être en avez-vous entendu parler. Mais ce n'est pas de lui que nous entretient Conan Doyle, mais d'un médecin qui vient de s'installer dans la contrée, et qui malgré son teint basané et son origine inconnue est accepté par ses concitoyens. Le seul reproche qu'ils peuvent avoir à son encontre est de rester célibataire. Or justement il vient de trouver chaussure à son pied et des fiançailles sont programmées. Mais pour une raison inconnue le docteur rompt et il est peu de temps après découvert mort dans son bureau. Cette histoire emprunte à une situation qui sera beaucoup exploitée par la suite.

Le thème de La boite de laque pourrait laisser penser à un conte fantastique. Une voix féminine s'échappe de la pièce dans laquelle un veuf se réfugie quotidiennement. Plus jeune, cet homme qui vit quasiment cloîtré, confiant l'éducation de ses enfants à des précepteurs, brûlait la chandelle par les deux bouts, mais il s'était assagi sous l'influence de sa femme aujourd'hui décédée. Arthur Conan Doyle utilise une technologie nouvelle pour l'époque pour expliquer le phénomène, mais il n'en reste pas moins que l'ambiance est particulièrement poignante.

Enfin, avec Le Pot de caviar, il s'agit d'un épisode de la révolte des Boxers, en Chine au début du XXe siècle. Une petite garnison basée à Ichau, non loin du golfe de Liang-Toung, est assiégée par les troupes chinoises. Cette garnison est composée de chrétiens indigènes et d'ouvriers du chemin de fer sous les ordres d'un officier allemand assisté de quelques civils européens. Alors qu'ils espéraient l'arrivée de soldats devant les délivrer, ils se rendent compte qu'ils sont sous les tirs des Boxers. Les vivres ne vont pas tarder à manquer aussi l'officier propose pour dernier repas un pot de caviar à se partager entre tous les assiégés. Pas d'énigme mais un épilogue tragique pétri de suspense qui pourrait de référer à un épisode napoléonien, celui de Waterloo.

 

Des contes qui pour certains sont véritablement ancrés dans leur temps, qui peuvent sembler désuets de nos jours, mais possèdent le charme des contes anciens dans lesquels primaient l'histoire à chute. Depuis, bon nombre de situations ont été utilisées, pas toujours avec bonheur et rigueur. Certains de ces contes sont simples, sans être simplets, et démontrent de la part de l'auteur une imagination au service du plaisir du lecteur, alternant effroi, suspense, énigme, fantastique, sans forcer la dose, et traités avec élégance et même une certaine dérision, voire autodérision, comme si l'ombre de Sherlock Holmes planait.

Des contes qui peuvent tout autant se lire au coin du feu que sous un parasol.

 

Sommaire :

L'entonnoir de cuir

Le chasseur de scarabées

L'homme aux six montres

Le pot de caviar

La boite de laque

Le docteur noir

En jouant avec le feu

Une pièce de musée

Le train perdu

Retiré des affaires

La chambre scellée

Le chat du Brésil

L'étrange collègue

La main brune

L'île hantée

Le voyage de Jelland

Une visite nocturne

Arthur Conan DOYLE : Contes autour du feu. Traduction de Louis Labat revue et complétée par Jean-Daniel Brèque. Introduction de Thierry Gilibert. Collection Baskerville N°37. Editions Rivière Blanche. Parution juin 2017.

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 14:05

Sans peur et sans reproche ?

Pierre PEVEL : Le Chevalier. Haut-Royaume volume 1.

Si la filiation avec Alexandre Dumas, dans Le Comte de Monte-Cristo par exemple mais pas uniquement puisque le roman La tulipe noire pourrait être évoqué, est indéniable, le souffle épique qui se dégage de cette histoire peut également être un clin d'œil à Michel Zévaco avec la fougue, voire la démesure de la saga épique des Pardaillan ou du Capitan. Si ce n'est dans le fond et la forme, du moins dans l'esprit.

Mais l'origine de ce roman prend également pour thème l'univers de la geste médiévale et des romans de chevalerie, incluant des incursions historiques réelles devenues légendaires.

 

Eté 1544, dans la capitale des duchés de Sarme et Vallence, Lorn Askarian est venu délivré son ami Aldéran, dit plus familièrement Alan, d'un ennemi terrible : le Kesh. Mais kesh, pardon, qu'est-ce que c'est ? Une drogue similaire à l'opium et Alan, fils de roi, y a succombé. Lorn le sort des griffes de cet abrutissement dans lequel le jeune homme est plongé, au fond d'une fumerie, grâce à son ami Enzio, le fils du seigneur de la province, et à la belle Alissia auprès de laquelle il ne peut rester, son devoir l'appelant au Haut-Royaume.

 

Printemps 1547. Cela fait maintenant trois ans que Lorn végète dans les cachots de Dalroth, une forteresse transformée en prison, située sur une île au large de Samarande. Convaincu de trahison, Lorn vient d'être gracié par le Haut-Roi sur les conseils des membres de l'Assemblée d'Ir'kans et à la suite d'un second procès qui a conclu à son innocence et sa libération.

Mais on ne vit pas pendant trois ans enfermé dans un cachot au fond d'une forteresse, à l'écart de tout sauf de l'Obscure qui malmène les organismes, sans compter la malnutrition et les brimades, sans être affecté dans son intégrité. Un des yeux de Lorn a changé de couleur tout en lui apportant une acuité visuelle plus conséquente et sur sa main gauche une sorte d'écusson, un sceau de pierre s'est incrusté. Quant à sa santé physique et mentale, elle est en déclinaison.

Des soldats viennent le chercher à bord d'un galion et le voyage retour vers Samarande s'effectue dans la tempête. Lorn essaie de se suicider, mais Alan, qui est venu le chercher, parvient à juguler sa tentative. Le fils du Haut-Roi explique à son ami qu'il n'a pu le contacter et témoigner de son innocence, étant en cure de désintoxication dans une sorte de couvent.

Dans Samarande, Lorn assiste à une réception au cours de laquelle il est approché par une jeune femme. Seulement, il est victime d'étourdissements, sa main puis son bras étant la proie de l'Obscure. Et des individus mal intentionnés tentent de l'occire.

Puis ses pérégrinations l'emmènent à la Citadelle où demeure le Haut-Roi, vieillard décharné mais ayant encore toute sa lucidité, ou presque. Une bague lui est donnée, avec sur le chaton les emblèmes du royaume, une tête de loup, deux épées croisées surmontées d'une couronne. Un drac blanc, un humain à la peau écailleuse, émissaire de l'Assemblée, lui confie qu'il doit réaliser son Destin. Lorn est envoyé une mission auprès du comte Téogen et ensemble ils vont combattre les Ghelts, qui ont attaqué des villages et emmené des captives. Ce passage, qui s'inscrit justement dans un passage montagneux, dans une faille, que Lorn et ses compagnons doivent emprunter sans émettre de bruit afin de ne pas déranger les vyvornes, espèces de dragons volants, puis combattre les Ghelts, m'a fait penser à Roncevaux.

Puis Lorn doit reconstituer la Garde d'Onyx, petite armée dépendant directement du Haut-Roi, et il va embaucher divers compagnons, dont certains qu'il retrouve avec plaisir, remettre en état une tour dans un quartier pauvre d'Oriale, la capitale du Royaume, et sera en butte contre de nouveaux ennemis. Il devra également se méfier de Célyane, la reine qui gère le royaume, son vieil époux étant défaillant, avec l'aide d'Estévéris, son ministre cauteleux.

En parallèle à ses problèmes personnels, il est conscient que d'autres complications peuvent mettre le Haut-Royaume en difficulté. La cession de l'île d'Angborn, une des Cités franches à Yrgaärd, un état avec lequel les relations sont tendues, se révélant un épineux problème.

 

 

Plein de bruits et de fureurs, les actions se succédant en cascades, laissant peu de place aux descriptions oiseuses et aux introspections psychanalytiques et psychologiques rébarbatives, ce premier volume du Haut-Royaume, consacré à Lorn, le Chevalier, se dévore d'une traite, sans crainte d'indigestion.

Les scènes d'action se succèdent avec toujours en ligne de fond la pensée de Lorn vers son passé et son avenir. Car il se demande qui a pu l'accuser de trahison, et seul le désir de vengeance l'obsède. L'emprise de l'Obscure se manifeste de moins en moins, mais il a acquis une force mentale et physique qui lui permet d'endiguer bon nombre de situations périlleuses. Il pratique l'amour courtois, envers Allissia, qu'il retrouve de temps à autre, et d'une amie de jeunesse. Sa profonde affection envers Alan et Enzio ne se dément pas même lorsque les circonstances ne sont guère favorables et pourraient provoquer des dissensions, voire des ruptures.

Et comme il faut des moments de calme entre deux tempêtes, Lorn retrouve la sérénité en compagnie d'Yssaris, un jeune chat roux qui l'accompagne partout dans ses déplacements.

Un roman épique dans lequel la magie, souvent l'ingrédient principal des œuvres de Fantasy, n'y est guère présente, et seuls, la volonté, le courage, la hardiesse, le pragmatisme, portent Lorn vers son destin. Mais celui-ci sera-t-il contrarié ? Suite au prochain numéro.

 

Pierre PEVEL : Le Chevalier. Haut-Royaume volume 1. Collection Fantasy. Editions Milady. Parution 5 avril 2017. 624 Pages. 3,99€.

Réédition de Bragelonne. Parution le 22 janvier 2014. 528 pages. 22,00€.

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 09:42

Qu'elle est belle ma Bretagne quand elle pleut...

François CADIC : Les contes et légendes de Bretagne.

Les contes et légendes font partie du patrimoine culturel tout comme la cuisine de terroir. Ils sont immuables et pourtant chacun apporte son grain de sel et son savoir-faire.

Si de nos jours, Claude Seignolle s'érige en chantre incontestable des contes et légendes des provinces françaises, il ne faut pas oublier qu'auparavant des glaneurs avaient déjà récolté ces histoires qui se contaient le soir au coin du feu. Au XIXe siècle les colporteurs transportaient les almanachs contenant, outre les marées, les phases de la lune, les jours de marché, et autres renseignements indispensables à la vie quotidienne dans les campagnes, et ces contes, signés ou anonymes, y figuraient en bonne place. Puis des collecteurs prirent le relais ou complétèrent ce qui était déjà présent, en rédigeant des ouvrages qui aujourd'hui nous sont restitués.

Ainsi l'abbé François Cadic, né à Noyal Pontivy dans le Morbihan, le 29 septembre 1864, décédé le 27 juillet 1929 à Saint-Jean-Brévelay, Morbihan, est un écrivain et folkloriste breton. Il enseigne l'histoire dans le collège de Jésuites à Paris, puis occupe en 1897 la chaire d'histoire de l'Institut catholique de Paris et fonde la même année, la Paroisse bretonne de Paris. Il est considéré de nos jours encore comme l'un des meilleurs collecteurs de la tradition orale de la Basse-Bretagne.

 

Ces prolégomènes terminés, passons au contenu de l'ouvrage qui comporte quelques illustrations, des dessins en noir et blanc, et un commentaire explicatif, à la fin de chaque historiette. Deux parties titrées Les puissances inférieures et Les revenants composent ce volume dont la préface est signée de l'auteur.

Justement, cette préface met d'abord en évidence, pour l'auteur, le besoin et le côté utile de glaner ces histoires et de déplorer l'abandon des traditions. Rappelons que cet ouvrage a paru en 1919 avec les commentaires explicatifs, une première édition ayant été réalisée en 1914 et comportant en plus Les puissances supérieures.

La légende s'en va. Notre siècle de sciences positives lui sera mortel. Bientôt de ces fictions merveilleuses qui enchantèrent l'imagination de nos pères et bercèrent la douleur humaine il ne demeurera plus qu'un vague souvenir ou des débris informes. Déjà on a peine à en retrouver quelques dépositaires.

François Cadic faisait montre de pessimisme, et grâce à lui et quelques confrères en écriture, puis de la part d'éditeurs qui exhument ou publient de nouveaux conteurs, les légendes et traditions perdurent, trouvant même parfois un regain de verdeur.

Dans Les puissances inférieures, la part belle est faite au Diable ou au Malin comme il était coutume de l'appeler et de le surnommer Polik ou Guillaume. Il passe un marché, la plupart du temps avec un meunier ou un tailleur, mais ceux-ci parviennent, parfois, à déjouer les pièges et à contrarier son pacte. Et ces puissances inférieures sont les diablotins que le Malin a pêché avec son épuisette et n'ont pas su contrarier son dessein. Et avec les commentaires explicatifs qui suivent chaque légende, légendes situées dans le Pays vannetais et une partie de la Cornouaille, on apprend que les meuniers et les tailleurs représentaient une caste à part, les paysans dépendant d'eux, surtout pour la farine et le pain. Quant aux tailleurs, leurs travaux d'aiguille leur évitaient d'être affligé de mains calleuses.

 

La seconde partie, Les revenants, comme son titre l'indique, est consacrée aux disparus qui ont quelque chose à se reprocher, des indélicatesses commises à l'encontre de leurs voisins, et qui reviennent sur terre, abandonnant pour un temps le purgatoire où ils végètent, pour réparer leurs fautes.

Des paysans qui empiètent sur les lopins de terre de leurs voisins, des religieux qui doivent se faire pardonner une faute quelconque et reviennent afin d'assister le recteur. Mais tous les villageois ne sont pas empreints de catholicisme, et certains empêchent la rémission des péchés.

 

L'une des propriétés remarquables de la Bretagne, ce sont les calvaires qui fleurissent au bord des routes, des carrefours, ou des places. Et en bon prêtre qu'il était, François Cadic ne peut s'empêcher de jeter l'anathème sur les révolutionnaires.

En vain les barbares iconoclastes de la Révolution se sont-ils efforcés de les déraciner, les calvaires ont redressé la tête, plus nombreux que jamais.

 

Si dans l'imaginaire breton l'Ankou, la personnification de la mort, et les korrigans, ou poulpiquets, des lutins farceurs, sont souvent les personnages emblématiques des légendes et contes, François Cadic les évite préférant s'attacher au Diable et ses serviteurs, les diablotins, et aux revenants, car il s'agit bien de mettre en exergue les fautes et de montrer que la pénitence et le pardon peuvent être octroyés même après la mort. Et de fait, le lecteur n'a pas l'impression de lire ou relire des histoires qu'il connait déjà mais de s'immiscer dans un monde parfois onirique et il découvrira une partie de la Bretagne en dehors des ouvrages touristiques convenus.

 

Sommaire :

Préface.

 

Les puissances inférieures.

Le mystère du Blavet

L'étang de Renorche

La ronde des damnés

Le moulin du Ruello

Travail de diables

Le tailleur de Melrand

Le forgeron de Locoyarne

Le cavalier infernal

Les sabots de Noël

 

Les revenants :

Le revenant du Miz du

Bien d'autrui tu ne prendras

A la recherche de la peur

Le moine du Castennec

Le marquis de Pontiez

Le fils du roi de France et le mort

La maison du naufrageur

L'ermite et le damné

François CADIC : Les contes et légendes de Bretagne. Collection Contes et Légendes. Editions Marivole. Parution Mai 2017. 160 pages. 20,00€.

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 08:43

Lady Day, un fruit étrange...

Billie HOLIDAY : Lady sings the blues.

Eleonora aurait pu s’appeler Cendrillon, tant sa jeunesse, son adolescence, sa vie même, seront calqués sur cette héroïne de conte pour enfant. Mais aucun prince charmant ne lui offrira une paire de chaussures de vair, et les souliers vernis qu’elle portera, elle se les aura achetés avec ses propres deniers.

Mais avant de devenir Lady Day, sobriquet affectueux donné par Lester Young, qu’elle même avait surnommé Prez, Billie Holiday, puisque c’est bien d’elle dont il s’agit, aura connu bien des déboires, des misères, des incidents, des viols, des enfermements en maison de redressement, la prison, des brimades familiales, des injures raciales, puis la drogue, toutes choses dont un enfant ne possédant pas sa force de caractère, aurait eu du mal à se relever.

Dès sa naissance, cela s’était mal engagé. Sa mère n’avait que treize ans, son père quinze, et quand ils se sont mariés, Billie en avait trois. Son père rêvait d’être trompettiste mais les aléas de la guerre firent qu’il rentra gazé, les poumons en capilotade. Il se reconverti en guitariste, et au bout de quelques temps trouva un engagement dans l’orchestre de Fletcher Henderson. Sa mère obligée pour gagner son pain, travailla comme boniche, et la confia à la cousine Ida, laquelle avait déjà deux enfants et vivait avec les parents et l’arrière-grand-mère.

Outre les tabassages répétés que la cousine Ida ne manquait pas de lui infliger pour n’importe quelle raison, la plupart du temps sans raison valable, le premier grand choc qu’eut Billie fut de se réveiller coincée dans les bras de l’arrière-grand-mère morte. Afin de se faire un peu d’argent elle lava les perrons blancs des bourgeoises blanches. Lorsqu’elle a commencé à chanter, ce fut pour des picaillons, mais elle courra toujours après l’argent, même lorsque les cachets devinrent conséquent. Faut dire qu’elle se laissait arnaquer naïvement, fallait qu’elle paie sa chambre, ses repas, ses tenues de gala, ses déplacements. Et ce ne sont pas ses enregistrements qui lui assuraient un pécule.

Les faces enregistrées étaient payées au compte gouttes, à la séance, et après, lorsque les disques marchaient bien, avaient du succès, c’étaient les compagnies qui empochaient. Les musiciens, les chanteurs ne touchaient pas de royalties. Et nous étions loin du piratage Internet dénoncé actuellement par les majors.

Elle se sera produit avec les plus grands orchestres et musiciens, Benny Goodman, Lester Young, Ben Webster, Louis Armstrong, et tant d’autres. Dans des clubs huppés ou minables, parfois à sa grande honte. Ne lui a-t-on pas demandé un soir de se foncer la peau car elle était jugée trop claire aux yeux d’un propriétaire de club, en comparaison de ses musiciens.

Le racisme du Sud et du Nord, différents dans leur approche mais tout aussi inconvenant, blessant, désobligeant, offensant, choisissez le qualificatif il ne sera jamais assez fort, elle le subira tout au long de sa vie.

Née le 7 avril 1915, décédée le 17 juillet 1959, Billie Holiday aura vécu un enfer, et succombera d’abus de stupéfiant et d’alcool. Heureusement il restera les disques qu’elle a enregistrés, avec son orchestre ou avec des partenaires prestigieux, et en les écoutant, après avoir lu ce livre, on ne pourra s’empêcher d’être ému et révolté par tout ce qu’elle a enduré. Un véritable roman noir, dans tous les sens du terme, même si ce n’est qu’une biographie.

Billie HOLIDAY : Lady sings the blues. Collection Eupalinos ; Editions Parenthèses. Récit recueilli par William Dufty . Traduit de l’américain par Danièle Robert. Première parution janvier 2002. Réimpression 2013. 12,00€.

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 09:23

Dans les coulisses du pouvoir...

Rien n'est plus jouissif pour un non initié que de se promener dans les arcanes du monde de la politique française et de débusquer tous les petits secrets qui alimentent les couloirs des hôtels particuliers transformés en maisons closes gouvernementales.

Edouard DEVARENNE : Meurtre à Matignon et Michel SOLFERINO : Meurtre au PS.

Les deux romans que nous propose Calmann-Lévy dans la collection Les Lieux du Crime en sont la représentation écrite parfaite. Si Meurtre à Matignon possède une intrigue un peu mince, les personnages décrits ont une saveur qui n'offusquera personne, sauf peut-être les intéressés. L'humour parfois ravageur et caustique de ce roman compense les faiblesses de l'enquête qui se termine en un pied de nez dont malheureusement l'actualité ne sera plus de mise. Jacques Toubon, le Ministre de la Culture, et Jacques Attali, le conseiller du Président, sont présentés comme les bouffons, les Jacques de cette aimable historiette. Au cours d'une réception organisée par le Premier Ministre, Jacques Chirac et Philippe Seguin disparaissent. Tout laisse à supposer qu'il s'agit d'un enlèvement et un mouchoir taché de sang retrouvé près d'une statue invite à toutes les suppositions même les plus pessimistes. Joxe, avec toute l'austérité qui le caractérise, mène l'enquête.

 

Edouard DEVARENNE : Meurtre à Matignon et Michel SOLFERINO : Meurtre au PS.

Meurtre au PS est plus grave dans le propos, et si là encore l'épilogue tient dans une pirouette, l'intrigue proprement dite s'apparente plus au roman policier. Laurent Fabius est sérieusement blessé par deux hommes alors qu'il sort de l'Ecole Normale où il s'est rendu en visite. Les langues vont bon train et au PS les factions sont divisées. Michel Rocard est-il à l'origine de cette tentative de meurtre afin de mieux asseoir sa prépondérance aux instances nationales, ou Fabius lui-même comme certains aiment à le laisser croire, est-il à l'origine de cet attentat ? La droite assiste à ces échanges de propos parfois venimeux en spectateur qui se voudrait impartial.

Là encore nous avons droit à une galerie de portraits à la limite de la caricature, et Michel Charasse n'est pas loin de se servir de ses bretelles comme d'une fronde, fronde qui couve parmi les quadras. Un véritable commissaire dirige l'enquête et il marche sur des œufs, devant éviter l'omelette et les œufs brouillés, même si la sauce est parfumée au Cresson. Deux divertissements qui n'engendrent pas la morosité, au contraire de la politique.

Edouard DEVARENNE : Meurtre à Matignon et Michel SOLFERINO : Meurtre au PS. Collection Les Lieux du crime. Editions Calmann-Lévy. Parution 1993. Ces deux ouvrages sont disponibles en version numérique pour 5,99€ chacun.

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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 07:23

Allez directement à la case Aubenque et lisez avec intérêt !

Alexis AUBENQUE : Retour à River Falls.

Dans ce roman touffu et complexe, comme chacun des romans d'Alexis Aubenque d'ailleurs, chacun des protagonistes peut se référer à Janus, le dieu aux deux visages contraires. La dualité du temps passé et du temps présent, du Bien et du Mal, plus ou moins accentué, l'avers et le revers du comportement caché. Tous possèdent une fissure, une faille, un gouffre dans lesquels sont enfouis des secrets qui peu à peu émergent au grand jour leur permettant de recouvrer le calme et la sérénité, l'estime de soi, ou au contraire accentuant le côté négatif du personnage.

Journaliste de guerre et baroudeur, Stephen Callahan revient à River Falls, treize ans après en être parti. Officiellement, c'est pour se reposer de ses aventures, se ressourcer, et il a même trouvé une place au journal local, le Daily River, qui publiera ses chroniques rubrique arts et culture, concomitamment avec son ancien employeur, News of Washington. Officiellement, car officieusement, il a en tête une sorte de règlement de compte avec lui-même. Alors qu'il aborde l'entrée de la ville, il aperçoit un cirque qui vient de s'installer, mais pour l'heure il a plus pressé à faire.

Il arrive dans le quartier des manoirs, où vit sa grande sœur Ashlyn qui élève seule ses trois enfants. Tawny, adolescente rebelle de dix-sept ans, Beverly, quinze ans, qui, handicapée moteur, passe ses journées en fauteuil roulant, et le petit dernier, Lucas, turbulent, mais c'est de son âge car il n'a que neuf ans et réclame des cadeaux à son oncle.

Il se présente donc à Zucker, le patron du Daily River, lequel lui signifie que certains de ses collaborateurs voyaient d'un mauvais œil cette intégration. Il en profite pour présenter à Callahan Marion, sa nièce, qui est stagiaire et ils devront faire équipe ensemble.

Callahan se rend vite compte que malgré son jeune âge, dix-huit ans, Marion en veut et que son statut de nièce, elle ne le revendique pas. Elle est volontaire et surtout impertinente. Leur premier reportage doit être consacré au Big Circus installé aux abords de la ville. Callahan et Marion sont accueillis par un nain jovial, des gros bras vindicatifs, puis par Esméralda, la cartomancienne, patronne de tout ce petit monde qui n'accepte pas cette intrusion dans son domaine. Marion vitupère contre les conditions de captivité des animaux étiques qui s'ennuient dans leurs cages et Callahan prend quelques photos. Ce qui déplait fortement à Esméralda qui propose à Callahan de combattre l'un des lutteurs, et s'il gagne il pourra effectuer son reportage comme il l'entend. Il l'emporte mais ses ennuis ne sont pas terminés. Enfin ils peuvent quitter, après qu'Esméralda lui a lu les lignes de la main, avec un résultat qu'elle préfère garder pour elle, car apparemment l'avenir de Callahan est chaotique. Mais un autre reportage attend le journaliste et sa stagiaire. Un tueur aurait été repéré dans la forêt.

 

Pendant ce temps, et même un peu avant, des randonneurs ont découvert dans une grotte le cadavre d'une jeune fille. La scène de crime est particulièrement pénible, je vous épargne les détails, et il semblerait qu'un fou se soit amusé à la défigurer, apposant sur les murs de la grotte des dessins représentant des lames de tarot.

L'identité de l'adolescente est rapidement dévoilée et Logan le shérif, qui est revenu à River Falls depuis quelques semaines et a été reconduit dans ses fonctions précédentes, mène l'enquête en compagnie de Lindsay son adjointe. En interrogeant les proches de la victime, et plus particulièrement une amie de son âge, Logan se met sur la piste d'un camp de migrant à la recherche d'un nommé Sam. Lorsqu'ils arrivent sur place, l'adolescent s'enfuit et Lindsay se lance à sa poursuite. Elle parvient presque à l'attraper lorsqu'elle tombe dans la rivière.

C'est à ce moment que Callahan arrive et sauve in extrémis Lindsay. Lindsay qui fut son amour de jeunesse.

 

Logan, son équipe et Jessica Hurley, sa compagne, profileuse de son état, prennent cette enquête à bras le corps, tout comme Callahan et Marion mais en parallèle.

Une enquête douloureuse car les souvenirs, plus particulièrement les mauvais, remontent à la surface, que les événements se précipitent, s'enchainant inexorablement sur des réminiscences du passé proche ou lointain. Tout n'est que mensonges ou vérités cachées.

Une enquête qui montre la perversité humaine et qu'un fait-divers peut en cacher un autre, comme des engrenages complexes. Vous avez un petit bobo, vous passez une radiographie qui n'est pas satisfaisante, puis un scanner, une IRM, et vous vous retrouvez avec cancer généralisé à la fin des examens. Dans ce roman, c'est la même chose, et ce n'est pas fini, car Alexis Aubenque qui maîtrise le suspense à la manière des feuilletonistes d'antan qui au dernier moment vous signifiait un à suivre prometteur, nous donne rendez-vous pour juin 2018 afin de poursuivre ensemble de nouvelles aventures.

L'enquête principale est bouclée, mais les dommages collatéraux subsistent. Et cela me fait penser à une mare, dont la surface est lisse sous le soleil. Il suffit qu'une grenouille plonge et déjà les rides se forment et lorsqu'elle est suivie par toute sa famille, l'eau se trouble, la vase remonte et bientôt cette mare n'est plus qu'un bouillonnement de fange délétère, méphitique.

Alexis AUBENQUE : Retour à River Falls. Collection Thriller. Editions Milady. Parution le 16 juin 2017. 480 pages. 7,90€.

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 12:18

Pierre Pével se met en trois pour votre plaisir, une fantasy de sa part...

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt.

L’univers de la Fantasy n’est pas un genre réservé aux anglo-saxons, et les petits Français (terme qui est loin d’être n’est pas péjoratif, au contraire) ont aussi leur mot à dire dans ce domaine littéraire. Et Pierre Pével le démontre avec talent.

 

Les Ombres de Wielstadt : Durant l’hiver 1620, le chevalier Kantz revient à Wielstadt, une ville germanique qui vit à l’heure d’un protestantisme mal accepté, protégée par un dragon volant. Le chevalier, qui possède des notions de la Kabbale, se lance dans une croisade contre des forces malfaisantes dirigées par le Malin lequel possède une armée de goules à sa dévotion. Une traque qui ne peut aboutir qu’en conjuguant les effets de rapière, de sa connaissance du combat contre les esprits malfaisants et un don pour les repousser à main nue.

Un roman qui emprunte à l’univers d’Alexandre Dumas et à celui de James Barrie puisque l’une des héroïnes est une petite fée, ressemblant étrangement à Clochette, prénommé Chandelle. Un roman original qui ne manque ni d’imagination, d’action, de suspense, avec un souffle épique digne des grands maîtres de la littérature populaire, charpenté et documenté. Une réussite par un auteur qui a déjà signé, précise l’éditeur, sous le nom de Pierre Jacq d’autres romans de Fantasy.

 

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt.

Les masques de Wielstadt : suite des aventures débridées et diaboliques, inscrites dans un contexte historique et empreintes de fantastique, du chevalier Kantz. L’action se situe en 1623, durant la guerre de Trente ans qui sévit dans le Saint Empire romain germanique, dans la ville de Wielstadt. Un démon, aidé de spadassins sortis d’Outre-Tombe, sème la terreur, à la recherche d’un secret ou d’une aide militaire.

Le spectre de la Sainte-Vehme, forme d’Inquisition, s’étend sur l’Empire germanique et le chevalier Kantz, exorciste patenté aux armes redoutables, se dresse en Don Quichotte, combattant redoutable et efficace, afin de résoudre un mystère prenant ses racines d’après une prophétie jalousement tenue secrète depuis des décennies par des Templiers qui s’érigent en forme de secte.

 

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt.

Le chevalier de Wielstadt : Tout comme la guerre de Cent-ans, la guerre de Trente-Ans n’a pas duré durant toute cette période, et en 1624, il semble qu’une paix relative soit instaurée. Mais à Wielstadt la terreur règne. Tous les lundis soirs une jeune fille est assassinée et son visage lui est ôté. Ne restent derrière cet assassin mystérieux que des cadavres ensanglantés. La Sainte-Vehme, une société secrète qui rend la justice de manière expéditive, accapare à son profit la peur ressentie par les habitants de la cité afin de prendre le pouvoir. Le Chevalier Kantz, exerce ses pouvoirs mystérieux afin de découvrir l’identité de l’assassin et contrecarrer les visées de la Sainte Vehme.

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt.

Dans ce troisième épisode des aventures du Chevalier Kantz, le lecteur apprendra enfin qui est ce personnage énigmatique et quel est son origine. Tout comme dans les deux épisodes précédents, se mêlent allégrement les genres, empruntant aussi bien au fantastique, au merveilleux, à la fantasy, qu’au policier, le tout situé dans un contexte historique et religieux.

Comme bien des auteurs, Pierre Pevel s’inspire de situations réelles afin de mieux construire ses intrigues. Et comme l’histoire a tendance à se répéter, le lecteur pourra comparer les motivations de la Sainte-Vehme à certains groupes plus ou moins politiques à travers les siècles jusqu’à nos jours.

Dans un style proche de Dumas père, Pierre Pevel, qui a déjà fait ses preuves sous le nom de plume de Pierre Jacq aux éditions du Khom-Heïdon pour quatre romans regroupés dans un cycle intitulé Chroniques des Sept Cités, aux titres évocateurs comme Le prix du sang ou In Mémoriam, s’affirme comme un auteur de premier plan, tant dans le choix des intrigues que dans l’écriture, le souffle lyrique, l’imaginaire débridé et les restitutions d’une époque en pleine mutation religieuse.

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt. (Les Ombres de Wielstadt, Les masques de Wielstadt, Le chevalier de Wielstadt). Réédition Editions Pocket. Parution 14 avril 2011. 760 pages. 11,40€. Existe également en version numérique à 5,99€, chaque volume.

Première édition Fleuve Noir 2001, 2002 et 2004, collection Fantasy.

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 08:22

Hommage à Anthony Berkeley né le 5 juillet 1893.

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Fondé, organisé et depuis peu présidé par Roger Sheringham, le Detective's Club reçoit ce soir là l'inspecteur-chef Moresby de Scotland Yard. D'après les statuts le Club de détectives amateurs devrait comprendre treize membres, mais pour entrer dans ce cercle fermé, le candidat doit posséder un esprit déductif, des aptitudes psychologiques et répondre à un questionnaire concernant un certain nombre de sujets choisis par les membres du club.

Le dernier en date de ces postulants ayant démontré ses qualités est Mr Chitterwick, un petit homme effacé et totalement inconnu. Outre Roger Sheringham, les autres membres sont un avocat célèbre, un sympathique écrivain de romans policiers, une femme auteur dramatique fort connue et une romancière qui n'est peut-être pas aussi connue qu'elle devrait l'être. Six membres donc qui accueillent l'inspecteur-chef Moresby lequel va leur soumettre à leur sagacité un problème de meurtre non résolu.

Et s'il soumet ce cas aux membres du club, c'est parce que la police officielle a pratiquement renoncé à retrouver le meurtrier de Mrs Bendix. Mais quelle est donc cette étrange affaire dont Moresby entretient ces membres tout ouïe ?

 

Membre du club de l'Arc-en-Ciel, la première chose que fait Graham Bendix, en ce vendredi matin 15 novembre, est de demander s'il y a du courrier à son nom. A ce moment entre Sir Eustache Pennefather, comme chaque matin ponctuellement à dix heures demie et qui passe pratiquement tout son temps dans les locaux du Cercle. Lui aussi réclame son courrier qui se compose de trois lettres et un paquet. Les deux hommes qui ne se fréquentent guère, s'installent chacun dans un fauteuil près du feu. Soudain Bendix entend Sir Eustache émettre une exclamation de contrariété. Le paquet contient une boîte de chocolat et une lettre d'accompagnement précise que les friandises sont offertes généreusement pas un célèbre chocolatier qui vient de mettre au point une nouvelle recette de chocolats à la liqueur.

Sir Eustache vitupère, et il n'a pas l'intention d'envoyer un témoignage de satisfaction. De la publicité ! Or justement Bendix se souvient qu'il a engagé un pari la veille avec sa femme et comme il a perdu, il lui doit une boîte de chocolats. Sir Eustache se débarrasse du coffret dont il n'a que faire. Le papier d'emballage et la lettre d'accompagnement vont directement dans la poubelle de l'accueil.

Après avoir lu le journal et joué une partie de billard, Bendix rentre chez lui pour déjeuner avec sa femme. Il lui offre les chocolats qui ne lui ont rien coûté et ils commencent à en déguster quelques échantillons. Trois parfums sont proposés, kummel, marasquin et kirsch. Bendix en savoure deux, sa femme en prendra un peu plus. A priori ce ne sont pas des nouveautés, même s'ils trouvent que le goût en est beaucoup plus prononcé. Plus fort en alcool à première vue, ou au premier goût comme vous voulez, avec pour ceux au kirsch un goût d'amande amère plus accentué.

Bendix sera malade mais s'en remettra tandis que sa femme, un peu plus gourmande, en décèdera. L'analyse des chocolats révèle qu'ils contiennent de la nitro-benzine, produit couramment utilisé dans les confiseries et les parfums, mais en dose mortelle

 

La question primordiale est de savoir si Sir Eustache était visé, lui qui est un coureur de jupons avéré, en instance de divorce. Ou bien a-t-il offert délibérément les chocolats à Bendix ? Ou bien... Les suppositions sont nombreuses, et suppléant les policiers les six membres du Detective's Club font faire fonctionner leurs petites cellules grises et chercher à établir qui est le coupable, pourquoi et comment.

Sept solutions sont donc proposées, sept car l'un d'eux en suggère deux, et toutes se tiennent, toutes sont valables avant que la solution du premier soit balayée, démontée par son successeur qui en offre une autre plus plausible, à son avis.

 

Anthony Berkeley s'amuse à détourner les principes du roman policier, nous sommes en 1929, en explorant les deux positions, déduction et induction, qui gèrent une enquête. Il souffle donc le chaud et le froid, par enquêteurs amateurs interposés, et à partir d'un même fait fournit des interprétations différentes selon les considérations de chacun, interprétations qui toutes tiennent la route, à condition qu'une seule soit avancée et non pas sept.

Comme le fait remarquer l'un des membres, en se basant sur l'écriture de romans policiers :

J'ai souvent remarqué que, dans ces sortes d'ouvrages, l'auteur tire d'un fait donné, une interprétation unique, et qui, bien entendu, est la bonne. Seul le détective intelligent et chéri de l'auteur est capable de trouver quelque chose, et ce qu'il trouve est toujours juste.

Cette déclaration est un peu un pavé dans la mare des écrivains qui concoctent une énigme sur laquelle tout le monde se casse les dents sauf l'enquêteur récurrent d'un auteur de romans policiers. Et sa solution ne souffre d'aucune contradiction. Or dans la vie, ce n'est pas toujours ainsi que cela fonctionne, et les déductions, parfois hâtives, qui désignent un coupable ne sont pas forcément celles qui s'inscrivent dans la réalité. Certaines affaires le démontrent d'ailleurs des années plus tard, et encore de nos jours.

Ces détectives en herbe ne se contentent pas de triturer leurs petits cellules grises. Ils vont sur le terrain et rencontrent les mêmes témoins ou presque. Seulement ils ne posent pas les mêmes questions et leurs conclusions divergent.

Anthony Berkeley était novateur alors que S.S. Van Dine édictait ses règles pour écrire un roman policier, règles qui ne pouvaient se transposer que dans une utopie littéraire. Il détourne les règles comme le fit quelques années avant lui Agatha Christie puis le fera ensuite John Dickson Carr, mais en utilisant des précédés différents.

Anthony Berkeley fonde le Detection Club en 1930. Cette association d'auteurs britanniques accueille en son sein des romanciers tels que Agatha Christie, Dorothy L. Sayers, G. K. Chesterton, Freeman Wills Crofts, John Rhode et la Baronne Orczy, est quasiment calquée sur le Detective's Club mis en scène dans Le Club des Détectives. Un roman, dont chaque chapitre est écrit par un auteur différent, sera écrit et publié sous le nom d'Amiral flottant sur la rivière Whyn, plus connu sous le titre d'Amiral flottant tout court.

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

Anthony BERKELEY : Le club des détectives (The poisoned Chocolate Case - 1929. Traduction de M Faure).

Première édition : coll. Le Domino noir no 4. Éditions Alexis Redier. 1931.

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 08:55

Corsélien : Encore, c'est bien !

CORSELIEN : Corps et liens. Tome 1.

Si la collection Angoisse n'avait pas été sabordée en 1974, nul doute que Pascal Marignac, alias Kââ, alias Corsélien, y eut trouvé refuge sans aucun problème et aucune contestation possible, car ses textes sont plus angoissants que Gore, même si pour ne pas déroger à la collection qui a accueilli ses romans il fallait quelques traces de sang et des cadavres démembrés.

Plaçant la plupart du temps ses intrigues dans la campagne profonde, ses textes n'étaient pas dépourvus de l'aspect bucolique que la ruralité mystérieuse engendre, mais ils s'imprégnaient de ce reliquat de superstition qui alimente les contes cruels anciens dans lesquels les animaux tenaient une place prépondérante, sans oublier l'horreur inhérente à ce genre littéraire. Car les contes de Perrault et confrères n'étaient pas si gentillets que ceux que les enfants sont habitués à lire. Ce sont des textes souvent édulcorés sans pourtant être niais.

 

Dans L'état des plaies, Daniel Riche, le directeur de la collection Gore, débutait sa préface ainsi :

Préface en forme de clin d'œil élitiste et cryptique

L'horreur peut-elle produire du beau ? Une poétique de l'effroi est-elle concevable ? Le Mal, l'Atroce, l'Abject sont-ils radicalement étrangers à "l'humaine condition" ? Forment-ils cette part de nous que la culture a reléguée à jamais dans les latrines de l'inconscient pour donner à l'âme l'illusion d'exister ?

Ou bien... ou bien quoi ?

La Bête indomptée, vorace et carnassière, n'attend-elle qu'un signe pour se manifester ? Est-ce le langage qui l'a rende muette ? Suffit-il de nous taire pour l'entendre à nouveau ?

Lisez ce livre au style âpre et désenchanté. On y parle de la Bête. Et l'on exhibe l'homme, sensuel et cruel, animal et trivial.

Et il termine sa préface par une citation de Lautréamont, extraite des Chants de Maldoror, chant premier :

Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu monumentalement féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison.

 

Ce brave Isidore Ducasse savait-il qu'un jour les textes de Corsélien seraient publiés avec ce que l'on pourrait appeler une prémonition ? Une affabulation du scripteur de cette chronique, qui a beau jeu de vouloir placer une concordance entre ce poète prisé par les Surréalistes et trois romans publiés d'abord dans une petite collection souvent décriée, et qui peuvent devenir des classiques au fil du temps, comme le sont les romans d'horreur et de terreur de Jean Ray et de Robert Bloch, sans oublier Rabelais et son Gargantua qui mangeait les pèlerins en salade.

La Bête évoquée par Daniel Riche, c'est bien sûr le spectre de cette fameuse Bête du Gévaudan qui se retrouve propulsé dans l'imaginaire de Corsélien, lorgnant entre légendes et réalité, dans L'état des plaies, mais c'est également le Grawli ou Graoully, symbole de la ville de Metz, Bête monstrueuse évoquée dans Retour du bal, à Dalstein.

 

Dans une collection déjantée, destinée à des adolescents friands de scènes fortes et élevés au Massacre à la tronçonneuse, les romans de Corsélien (et de quelques autres auteurs dont Gilles Bergal alias Gibert Gallerne ou Nécrorian alias Jean Mazarin dont les romans sont réédités chez Rivière Blanche)) s'élevaient au dessus d'un lot parfois poussif, souvent intéressant, ou franchement amusant comme les romans d'Eric Verteuil. Et il est juste et bon de rééditer ces textes qui ne se sont pas flétris avec le temps.

L'état des plaies. Angoisse N°48.

L'état des plaies. Angoisse N°48.

Bruit crissant du rasoir sur les os. N°61. Grand prix du roman gore du Festival d'Avoriaz 1988.

Bruit crissant du rasoir sur les os. N°61. Grand prix du roman gore du Festival d'Avoriaz 1988.

Retour au bal, à Dalstein. N°82.

Retour au bal, à Dalstein. N°82.

Plus une préface de Artikel Unbekannt, une présentation des trois romans par David Didelot, une interview de Corsélien et une nouvelle de Schweinhund.

 

Vous pouvez retrouver un excellent article de huit pages, signé Artikel Unbekannt, présentant des ouvrages de Kââ/Corsélien dans un numéro spécial de La Tête en Noir :

CORSELIEN : Corps et liens. Tome 1. Collection Noire N°89. Editions Rivière Blanche. Parution août 2016. 392 pages. 25,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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