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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 12:51

Moins bien que le Kâma-Sûtra quand même...

Alexis LECAYE : Meurtres en trente-six poses.

A quarante ans, Henri, marié, riche, vivant dans une belle maison de la grande banlieue parisienne, tombe amoureux fou, au premier regard, dans un supermarché, d'une petite fille.

Une nouvelle lubie, pense sa femme habituée aux sautes d'humeur et à l'inconstance de son écrivain de mari. Henri ne vit plus, ne dort plus, ne mange plus. Il lui faut absolument cette petite fille près de lui. Il veut la cajoler, la gorger de bonbons, l'entourer de prévenances, la rendre heureuse, reporter sur elle l'affection pour l'enfant qu'il n'a pas.

Comment les parents de la petite Crystelle pourraient rendre heureuse la gamine alors que le père est au chômage et que la mère a perdu sa fraîcheur de jeune femme, au caractère à tendance acariâtre ? Il faut absolument que Crystelle vive près de lui et pour cela Henri imagine un stratagème.

Il va embaucher son père comme jardinier, lui offrir des gages conséquents, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si la mère ne se mettait pas en tête de trouver du travail, puis de déserter le foyer conjugal.

Henri est trop attaché à cette petite fille pour supporter les bâtons dans les roues. Débute un engrenage infernal.

 

Il est loin le temps où le Masque n'éditait que des ouvrages expurgés de toutes références sexuelles et Alexis Lecaye, sacrifiant à la mode, à la mouvance actuelle stipulant qu'un roman se doit de comporter quelques scènes égrillardes, quelques gaudrioles, nous offre des passages dans lesquels le libertinage est roi, séquences inhabituelles dans cette collection.

Il faut savoir évoluer tout en restant dans les limites de la décence et les pages croquignolettes qui émaillent ce roman accentuent l'atmosphère de suspense et les affres de l'homme désirant garder à tout prix la gamine qu'il a adoptée come s'il s'agissait de sa propre enfant.

Un ouvrage généreux, à la lecture duquel le lecteur se prend d'amitié pour le héros qui balaie les difficultés sans cesse accumulées devant son entreprise, devant sa volonté de procurer le bonheur à tout prix à une enfant.

Je précise que cette chronique date de novembre 1991, depuis les mœurs littéraires ont bien évolué au Masque et ailleurs.

 

Alexis LECAYE : Meurtres en trente-six poses. Le Masque Jaune N°2060. Librairie des Champs Elysées. Parution octobre 1991. 154 pages.

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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 08:59

Comme le Dormeur du val d'Arthur Rimbaud ?

Jacques BABLON: Nu couché sur fond vert.

Se côtoyer au travail et s'ignorer, cela arrive souvent.

Ainsi Margot, mariée et mère de famille de trois filles. Ainsi Romain, célibataire au passé nébuleux. Tous deux sont policiers, et un jour ils se découvrent un penchant pour la santé d'un ficus végétatif, atteint d'une invasion d'araignées rouges, dans l'entrée du commissariat. Ils s'en occupent, plus ou moins, surtout Romain qui se prend d'une passion horticole insoupçonnée.

Un jour Romain invite Margot à dîner, juste comme ça, pour le plaisir, ou pour changer des habitudes. On ne dira jamais assez le bienfait procuré par le voisinage des plantes. Margot parle d'elle et de son ménage, très peu, et Romain se confie un peu plus, sur sa jeunesse.

Romain a perdu son père à l'âge de six ans, d'un accident, puis sa mère l'a abandonné, pendant trois ans, et il s'était cru orphelin. Un incident de parcours, un de plus.

Margot est devenue policière en contradiction avec l'éducation qu'elle a reçue sans l'avoir demandée. L'esprit de contrariété.

Margot et Romain se retrouve incidemment dans une boutique bio. Enfin il l'a vue entrer dans la boutique et comme par hasard ils se retrouvent nez à nez. Romain se confie un peu plus sur sa prime jeunesse. En réalité le père de Romain n'est pas mort d'un accident, mais d'un meurtre, ce qui change la donne profondément. Et c'est pour retrouver l'assassin de son père que Romain est devenu un policier. Un simple policier, d'accord, mais au moins il a un pied dans la maison. Et depuis il n'a guère avancé.

Rentrée chez elle Margot se balade dans les arcanes d'Internet à la recherche du passé des parents et grands-parents de Romain. C'est comme si une épidémie avait décimé la famille de Romain, dont seul le père, alors un adolescent, avait survécu pour être ensuite assassiné. Une famille à qui l'argent n'a pas fait le bonheur

Margot, dont le ménage est en déliquescence, se jette comme une affamée tandis que Romain est aux prises à une affaire personnelle. Son coéquipier Ivo, un chien fou, est décédé dans un accident de la circulation provoqué par des grossistes de drogue, tandis que lui-même est grièvement blessé, se remettant petit à petit dans un hôpital. Au début, il est meurtri dans ses chairs, mais à force de courage il arrive à remonter la pente, cachant même à tous et surtout à Margot qu'il a recouvré ses moyens physiques. Il se met en chasse et coince les meurtriers puis il donne sa démission, préférant se réfugier dans son immense chalet montagnard.

 

On entre dans ce roman comme si on assistait à une projection de diapositives défilant à un rythme soutenu. Parfois elles possèdent ces interférences, des décalages. Le parcours de Romain, son enfance jusqu'à ses six ans, dans le cocon familial, surtout près de son père car sa mère cinéaste est accaparée par des tournages, est placé en incrustation dans les différents avatars que connaissent Margot et Romain dans leurs enquêtes respectives.

La tension monte progressivement, d'un côté alimentée par les recherches couronnées plus ou moins de succès de Margot qui remonte le fil du temps et pense mettre une identité sur la personne à l'origine de la mort du père de Romain, de l'autre par les prospections de Romain concernant les auteurs du carambolage qui a coûté la vie d'Ivo et l'a obligé à se mettre pendant un certain temps en marge de son travail.

Une leçon de courage et de patience pour ce faux couple atypique de policiers qui se fréquentent et peu à peu nouent des relations qui ne sont plus uniquement professionnelles.

Tout s'enchaîne inexorablement jusqu'à un final éblouissant et quasi apocalyptique. L'amitié est l'un des ressorts principaux de cette histoire qui ne ménage pas le lecteur, avec des pointes de tendresse procurées par des enfants dont l'adolescence est marquée familialement ou physiquement.

 

Curiosités :

Il n'est pas bon parfois d'assister à des invitations, des vins d'honneur, des cocktails amicaux, car les boissons avalées conjuguées aux petits fours gobés avec voracité pour éviter à devoir se préparer un repas chez soi, se traduisent par des dysfonctionnements verbaux. Ainsi peut-on lire page 62 : une femme, perchée sur des escarpins façon Louboutin, ouvra un four où elle aurait pu mettre le poing.

Quant à Romain, lorsqu'il déclare à Margot : Ma mère a 45 ans, elle voyage dans le monde entier, on peut supposer qu'il s'agit de sa part d'une forme de galanterie. En effet le meurtre de son père, remonte à vingt-cinq ans alors qu'il avait six ans. Donc par le mode déduction on peut affirmer qu'au moment où il s'exprime ainsi, Romain a trente et un ans. Donc sa mère aurait enfanté à quatorze ans. Ce qui n'est pas impossible en soi, mais avoir réalisé au même âge un film, relève de la pure utopie. Allez, on ajoutera une dizaine d'années supplémentaires à la mère de Romain, et on n'en parlera plus.

 

Jacques BABLON: Nu couché sur fond vert. Polar Jigal. Editions Jigal. Parution 15 février 2017. 216 pages. 17,50€.

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 13:26

Non mais, Allo quoi !

Ursula CURTISS : L’étreinte des ténèbres

Peut-on faire impunément des blagues téléphoniques ? C’est ce que pense la jeune Kitty, qui passe la soirée chez son amie Libby qui garde ses frères et sœurs.

Les parents sont de sortie et normalement une baby-sitter devait garder tout ce petit monde, mais un impondérable l’a empêchée de se déplacer. Tant pis, ou tant mieux, Libby et ses frères et sœurs vont se garder tout seuls, avec Kitty dont la maturité dément ses quatorze ans.

Tandis que les gamins sont plus ou moins laissés à eux-mêmes, Kitty et Libby compulsent l’annuaire et téléphonent au hasard. Kitty a de l’expérience. Ainsi si elle prononce cette phrase : “ Je sais qui vous êtes vraiment, et aussi ce que vous avez fait ”, elle sait qu’en général les gens qui sont au bout du fil vont se poser pas mal de questions. Mais cette fois son interlocuteur lui propose un rendez-vous sur un pont, dans un endroit quasiment désertique.

Elle ne savait pas que Whelk, honorable banquier dont le véritable patronyme est Birucoff, a par le passé assassiné des proches. Tandis que les gamins chahutent, Kitty déserte la maison quelques minutes. Peu après la radio locale annonce le meurtre d’une jeune fille.

 

Ursula Curtiss place son récit sur une nuit, intensifiant au fur et à mesure que le temps passe le suspense, jouant avec subtilité sur les nerfs du lecteur qui ne demande pas mieux que de la suivre dans son intrigue.

Les blagues téléphoniques, ou supposées telles, peuvent se retourner contre leurs auteurs comme le démontre Ursula Curtiss, et sont les prémices des insinuations souvent utilisées par les corbeaux.

Un auteur qu’il était bon de redécouvrir, tant ses intrigues sont peaufinées, ne laissant rien au hasard, et la nouvelle traduction, intégrale, de Maurice Bernard Endrèbe n’est pas étrangère au plaisir ressenti à la lecture.

 

Première édition Collection Mystère N°736. Presses de la Cité. Réédition Presse Pocket 1975.

Première édition Collection Mystère N°736. Presses de la Cité. Réédition Presse Pocket 1975.

Ursula CURTISS : L’étreinte des ténèbres (Out of the dark - 1964. Traduction de Maurice-Bernard Endrèbe). Réédition Bibliothèque du Suspense. Editions du Rocher. Parution octobre 2001. 160 pages.

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 08:49

Pérégrinations et caraudes en Obscurie en

compérage de Clincorgne, le bigle, et de Jodok,

le blondin...

Illustration de couverture : Johann Bodin

Illustration de couverture : Johann Bodin

Les deux échalas, Clincorgne le louchon et Jodok le charmant, dont nous avons fait la connaissance et suivis les aventures mouvementées et humides dans L'Or et la Toise, sont arrivés en frontière de Fagne et d'Obscurie, plus grands et dégingandés que jamais.

Clincorgne ne pense qu'à l'or qu'ils ont récupérés, mais qui recouvre actuellement Renelle la sorcière, la transformant en statue encombrante. Jodok lui est moins chargé, sa gourde contenant toutefois la belle Candorine qui pour avoir trop voulu se baigner dans les eaux pesteuses s'est tout d'abord prise pour un poisson puis s'est transformée en flaque d'eau. Jodok a récupéré la flache tout en se demandant s'il n'a pas oublié quelques gouttes, une omission qui serait dommageable pour la reconstitution éventuelle de Candorine.

Ne pouvant emmener avec eux la statue dorée de Renelle, ils la jettent dans le marécage et partent à la découverte du pays d'Obscurie, moins mouillé que Fagne, mais qui recèle quelques dangers qu'il leur faudra surmonter. Leur but final étant de retrouver où se terre Vorpil, l'emplumeur, le sorcier à l'origine des déboires de Fagne, afin de lui mander quelque sortilège. Ils sont à la recherche d'un charriot mais se dresse devant euxune gamine, Quiquine, une rouquine dont le visage est parsemé d'éphélides comme si elle avait regardé le soleil à travers un tamis et dont les tétins n'ont pas encore germé mais qui raisonne telle une adulte.

Elle accompagne les deux flandrins à la recherche d'une charrette en les mettant en garde contre les calamités humaines qui peuvent se dresser sur leur chemin. Les Vampires, des morts-vivants qui ne pensent qu'à sucer le sang des habitants d'Obscurie, et les sans-yeux, qui se cachent dans des pertuis, quand ils le peuvent, tel Fargouille dont ils font la connaissance dans une cabane où Quiquine la rovelaine les a entraîné. Les sans-yeux sont agressifs sauf lorsqu'ils ont à portée de pognes des serinettes ou des clavecins.

Pendant ce temps, Renelle recouvre une partie de ses moyens et parvient à se débarrasser de sa gangue dorée. Sa crasse et sa surcharge pondérale sont toujours omniprésentes, mais elle y est tellement habituée que cela ne gêne que ses compérages. Les autres, s'ils y voient un inconvénient, n'ont pas le temps de le dire car elle est au cœur d'une échauffourée mettant aux prises Vampires et Epouilleurs. Et elle va suivre un membre des assaillants, n'ayant pas d'autre solution.

Dame Elvège, habite une prétentieuse demeure, un château où elle pourrait vivre des jours tranquille parmi sa mesnie, mais les Vampires ne la laissent pas en repos. Et alors qu'elle s'est réfugiée dans une pièce, un refouloir, la protégeant momentanément des attaques des suceurs de sang, son castel est la proie des flammes. Jodok et Clindorgne arrivent au bon moment, pour la sauver et récupérer un charreton. Ils arrivent en vue d'un moutier dédié à Vivux, le fils d'un Dieu qui mourût écartelé en plein vol par des aigles tenant ses abattis. Ils sont accueillis par une nonette puis la supérieure acariâtre. Les hommes ne sont pas acceptés en général, mais Jodok et Clincorgne seront nourris et logés dans la vacherie s'ils se montrent utiles, en coupant du bois par exemple.

Renelle continue son petit bonhomme de chemin, suivie par un exsanguineur, un suce-sang, et ils s'arrêtent pour aider un marquis dont le coche vient de perdre une roue. Renelle ne perd pas la tête et grâce à ses pouvoirs, répare le carrosse et en route, voilà la sorcière qui se présente comme une marquise, elle ne doute de rien, et est invitée en le manoir de Sylbin. Même si elle n'a pas recouvré toutes ses potentialités et n'a guère l'habitude de s'exprimer en langue châtiée, elle se débrouille pour être sustentée et décrassée. Mieux elle va accepter d'offrir son divertissoire au marquis dont le suspensoir, ou la quenouille si ce vocable vous est plus familier, n'a pas eu l'occasion depuis moult lustres de participer au jeu de l'engendrement, ou plus trivialement au simulacre de la procréation. Mais bientôt ils vont partir vers le septentrion, le marquis étant, entre autres occupations qui lui passent le temps, comme cartographe pour le roi d'Obscurie.

Au nord, y avait, non pas les corons, mais une entité indéfinissable nommée la Mâchoire, dont les mandibules de fer attaquent la montagne, grignotant par-ci, désagrégeant par-là, provoquant des secousses telluriques de mauvais aloi. Et le chemin sera long, traversé d'embûches, pour rallier ce maufaiteur de Vorpil. Si tout ce petit monde éparpillé y arrive.

 

Laissons nos amis, depuis le temps qu'on les fréquente on peut considérer ces compères comme tels même si dans la vie courante on rechignerai peut-être à les côtoyer, vaquer à leurs petites affaires et déambulations qui ne manquent ni de piquant, ni de chaleur ou de froidure car il neige, ni de flaireur.

Entre la Fagne, profondément ancrée dans une atmosphère médiévale et l'Obscurie qui se tourne vers un modernisme proche du XVIIe et XVIIIe siècle, les différences sont profondes, tant géographiques que technologiques. Ainsi Clincorgne et compagnie, habitués aux marécages, évoluent dans un pays montagneux, et eux qui sont munis de glaives découvrent l'existence des rapières et des mousquets. Mais ce ne sont pas les seules dissemblances qui existent, et je vous laisse le soin de les découvrir.

Comme j'ai eu déjà le plaisir de l'écrire, mais le répéter est un autre petit bonheur, Brice Tarvel tout en restant chez lui, est le dernier troubadour d'une époque médiévale littéraire prolongée, et l'on pourrait le placer, de son vivant je précise, près des ouvrages de Marie-Catherine Le Jumel de Barneville, connue sous l'appellation Baronne D'Aulnoy (1650-1705) et dont la vie aventureuse et mouvementée vaut bien tous les contes qu'elle a écrit, de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (1711-1780) dont le conte le plus célèbre reste La belle et la bête, ainsi que Georges Sand et Claude Seignolle, grand recenseur et dépoussiéreur de contes populaires et auteur lui-même, puisque la Fagne pourrait être assimilée au Berry et à la Sologne, plus précisément dans le pays de Brenne. Et l'Obscurie pourrait être la Franche-Comté, mais ce n'est qu'une hypothèse.

Brice Tarvel ne sacrifie pas à une mode scripturale qui se veut résolument moderne en piochant dans des anglicismes malvenus mais en remettant à l'honneur des termes qui fleurent bon le terroir, désuets, obsolètes, surannés, mais au combien expressifs et imagés.

Brice Tarvel exhume des trésors de la langue française et bon nombre de romanciers actuels, à succès ou non, devraient se sentir maupiteux devant un tel florilège lexical.

Brice TARVEL : Au Large des Vivants. Ceux des eaux mortes. Tome 2. Collection Dédales. Editions Mnémos. Parution le 17 juin 2011. 272 pages. 19,30€. Version numérique : 7,99€.

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 14:55

Hommage à Jacques Blois né le 26 mars 1922.

Jacques BLOIS : La foire à la ferraille.

Des entrefilets dans des journaux corses, que lui montre son ami le Baron et voilà Joi lancé dans de nouvelles aventures.

Trois cadavres ont été retrouvés au large du détroit de Bonifacio, flottant dans les eaux ou couchés au fond d’une barque. Trois cadavres ayant reçu une balle dans l’œil gauche.

Joi s’inscrit dans un village-vacances au nord de la Sardaigne. Il est entouré de jolies filles et de jeunes gens qui l’aident dans son enquête, un dérivatif durant leurs vacances.

Des jeunes femmes qui s’inquiètent de son couchage, d’autres cadavres éborgnés de la même façon, des grenades cachées dans le ravitaillement destiné au village vacances, un petit voyage rapide en Corse, une troublante réminiscence de soldats déserteurs, des caisses contenant de mystérieuses spirales de ferraille ponctuent le séjour de Joi qui ne repartira pas les mains vides.

 

Les premiers romans mettant en scène Joi, Jacques-Octave d’Iseran, entraîneur de chevaux à Chantilly, tout comme son frère jumeau, Ami, Arnaud-Mathieu d’Iseran, sont publiés fin 1966 dans la collection L’Aventurier.

Joi a les yeux verts, ceux d’Ami sont bleus. Seule différence visible, lorsque les deux hommes sont habillés. C’est Joi qui narre ses aventures dans lesquelles souvent Ami est impliqué, parfois sans en informer son jumeau. Quelques clichés émaillent ces pérégrinations. Les femmes, plus belles les unes que les autres, se laissent facilement tomber dans les bras de Joi qui n’en demande pas tant et se gargarise au whisky.

Jacques Blois possède un style particulier et plaisant, écrivant à la première personne du singulier, ce qui permet au lecteur de participer aux réflexions intérieures de Joi lequel se pose de nombreuses questions et s’invective lorsque tout ne va pas comme il voudrait.

Les phrases sont courtes, le point de suspension est souvent employé, l’humour et la dérision planent tout du long du récit mais également ce petit brin de poésie enjouée qui met en valeur les descriptions. Si les chevaux sont sa passion, et il en vit bien, Joi se montre bon vivant, esthète, cultivé, polyglotte, ce qui ne l’empêche pas de se servir de ses poings ou d’une arme quand l’occasion s’en fait sentir. Et comme tout aventurier qui se respecte ne dédaigne pas d’arrondir son pécule.

L’un de ses jurons favori est Charrette. Parmi les seconds rôles, l’inspecteur Phil D’Arcy, un Américain spécialisé dans la lutte contre les trafiquants de drogue et Le Baron, patron d’un bar à Saint Germain des Prés où Joi possède ses habitudes.

Jacques BLOIS : La foire à la ferraille. Collection L'Aventurier N°126. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1967.

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 09:55

Hommage à Jacques Blois né le 26 mars 1922.

Jacques BLOIS : Un portrait.

Jacques Blois, de son vrai nom Jacques Faucher est né le 26 mars 1922 à Bonn en Allemagne mais est périgourdin d’origine. Après des études classiques et un passage à la faculté de Sciences puis de médecine-chirurgie avec comme loisirs le jazz, le théâtre et le rugby, il connaît les affres de la Seconde Guerre Mondiale.

En 1943 il est déporté pour une durée de deux ans avec au bout du compte une condamnation à mort signifiée par la S.D. « 65 jours en cellule à attendre corde ou rafale » (correspondance personnelle). Il est libéré par un commando Patton et passe deux ans en internat de sana-chirurgical où les radioscopies dévorent ses hématies. « J’abandonne et vais me refaire une santé en haute montagne. Barrage de Tignes puis chantier expérimental dans les Hautes Pyrénées (ravitaillé par les choucas). En 1954 je suis l’un des assistants de l’Abbé Pierre pour la création d’Emmaüs ».

En 1956 le PDG d’un grand magasin parisien l’appelle et il y restera pendant 27 ans, gravissant tous les échelons. Dans le même temps il se délasse par l’écriture de ses ouvrages pour le Fleuve et multiplie les rencontres au cours de nombreux voyages. Depuis il vit dans la paix magique d’une forêt templière avec la découverte de la pensée complémentaire de Lao-Tseu. L’écriture « n’est qu’une branche de l’éventail largement ouvert tout au long de ma vie pour ma plus grande joie ». Le rugby, l’équitation, le théâtre, le jazz (Hot Club de France), la haute montagne et les voyages dans l’Europe, la Scandinavie et la Chine profonde pour le Tao, le tout lié à ses occupations professionnelles, chantiers de travaux publics d’Emmaüs et commerce, complètent cet éventail.

Mais sa passion principale, c’est bien la vie. « La vie sous toutes ses formes ! Le spectacle gratuit et permanent de la Comédie Humaine ! Toutes mes activités ont été passions d’homme libre loin de l’autoritaire de la philosophie grecque et des brumeuses incertitudes d’un Descartes » Parmi les romanciers de littérature populaire qu’il lit avec plaisir, bon nombre d’auteurs du Fleuve dont Claude Rank, Pierre Nemours, André Caroff et Klotz. En littérature générale, il aime Montaigne, Rabelais, Giono, Céline, Revel, Blondin, Bodard, Morrison, Chester Himes, Gunther Gräss, des Japonais et des Chinois. « Parce qu’ils ont le souffle, la maîtrise du souffle qui donne ce fleuve aux mille caprices sur lequel les mots voguent comme des barques. A l’inverse il y a le tripatouillage (je suis poli) méningé des pédants besogneux et sans souffle... »

S’il est venu à l’écriture, c’est un peu par atavisme régional. « Mes racines sont ancrées dans une région noble, le Périgord, où l’on aime conter, raconter. De la parole à l’écriture, il n’y a qu’à saisir un stylo (à la suite d’un pari que j’ai perdu). Malgré une activité débordante j’ai écrit, dans ma joie, deux ouvrages sans imaginer une seconde qu’un éditeur... C’est un ami qui m’a propulsé dans le cirque en confiant mes histoires aux Presses, et sans m’en avertir. Bonne farce ! Rendez-vous au Fleuve Noir et c’était parti pour plus de soixante-dix ouvrages, toujours avec le même relax, le même plaisir, et surtout sans effort, car comme je raconte, j’écris d’instinct avec le support de banales règles classiques et la beauté de notre langage - hier mais plus aujourd’hui -. Quant au terme populaire, j’ignore ce qu’il veut dire. Cette marée pathologique de tout mettre à rancir dans des bocaux sur des étagères de hauteur différente - quelle sclérose ! Pour moi, il n’y a pas cinquante littératures - il y a une écriture humaine comme la peinture est humaine.

Toutefois Jacques Blois n’aime pas trop le terme littérature populaire, trop ancré selon lui dans l’esprit du public comme une sous-littérature. Il préfère la formule « littérature d’action et d’aventures », citant volontiers Christophe Mercier : « ...la littérature populaire est devenu un grand fourre-tout, comme si le fait d’écrire pour un large public, et de lui plaire, était un péché originel et excluait du Parthénon littéraire... ! Les romanciers populaires ne sont pas des primaires, mais des écrivains conscients, des expérimentateurs de forme. L’art pour l’art - hors de toute démonstration - c’est eux ! ». Ce qu’il ne manquait pas de développer lors de conférences données au profit du Rotary Club notamment. Petite anecdote amusante, le parcours d’un manuscrit - « N’ayant jamais eu le goût et le temps de lécher les moquettes, mes passages au Fleuve Noir étaient rapides et quasi anonymes. Un jour j’adresse un manuscrit de polar au Fleuve. Un mois plus tard il me revient refusé! Trop en avance pour l’époque ??? Sans état d’âme, je le range dans un tiroir. Deux ou trois ans plus tard, coup de fil du Fleuve un rien énervé. As-tu un manuscrit police bientôt prêt, c’est urgent ! Je promets pour la fin de la semaine. Largement le temps de sortir le refusé de son placard. Honnêtement je change le titre. Un mois plus tard, accepté. Trois mois plus tard en librairie. Sic gloria transit. Merci Sainte Modestie narquoise... ». Le cinéma ne s’est pas intéressé ouvertement à l’œuvre de Jacques Blois, pourtant celui-ci constate que des idées lui ont été « prises en toute sérénité silencieuse. Ceci est une autre histoire qui me laisse indifférent ! ».

Jacques Blois est décédé en mai 2010.

Cet article a été réalisé d'après une correspondance échangée avec l'auteur.

Jacques BLOIS : Un portrait.

Collection L'Aventurier:

129 - Retour à l'expéditeur

131 - La Marotte de Dame Marouatte

132 - Gymnastique suédoise

135 - Cure sans sommeil

137 - Le Pool aux oeufs d'or

139 - Le Cheval de proie

142 - Poivre, sel et piment

145 - A contre-carats

147 - A titre d'huile

150 - Bal en berne

152 - Voyage sans horizon

154 - Voltige en Haut-Adige

159 - Vampé, le vampire

162 - Le Bénitier du Diable

167 - Le Radeau des médusés

169 - Trident aux dents

173 - Le signe du trèfle

177 - Paradis, part à deux

181 - Pot aux pruneaux

184 - De l'or dans l'aile

189 - A cloche-cheval

 

Jacques BLOIS : Un portrait.

Espiomatic-Infrarouge -

17 - Le Conch frappe les trois coups

19 - Le Conch joue à la balle

21 - Le Conch, 8ème plaie d'Egypte

23 - Tap tap Conch

25 - Le Conch ne fait pas de fleurs

27 - Spécial pétrole, Conch !

30 - Le Conch au carnaval des anges

43 - Pépites en rafale

 

Jacques BLOIS : Un portrait.

Spécial Police -

732 - Panique en sous-bois

779 - Une bien belle affiche

817 - Qui trop embrase

866 - Le gobe-souris

899 - A brûle-chassis

924 - Blouson à redorer

949 - La mort vient en jouant

992 - Au clair de la mort

1029 - Je tue pour toi

1046 - Quand tout s'effiloche

1078 - Escale pour un voyou

1388 - Trois pieds dans une tombe

1405 - Trop peureux pour être honnête

1442 - Taxi tire-lires

1544 - Le gros, le grand et la pagaille

1588 - Appelez-moi Victoire!

1609 - Silence! on tourne... mal

1655 - Les mains au feu

1694 - Un éphémère chez les books

1799 - Trois belles, trois méchants, trois flic

 

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 06:34

Quitte à en avoir une indigestion...

Michel MAISONNEUVE : Les Tigres ne crachent pas le morceau.

Promis juré, ils ne diront pas qui leur a refilé de la viande fraîche pour leur petit-déjeuner. Car un bon morceau de dompteur, cela ne se refuse, quelle que soit la main qui les a nourrit.

Et Maurice Truche, l'un des employés du cirque Pantaleoni n'en revient pas. Il peut remballer ses gamelles, les trois tigres, Pim, Pam et Poum n'en auront pas besoin, pour le moment. Et Pam, la tigresse, qui ose jouer avec la tête d'Hildeberg, le défunt dompteur ! Il n'y a plus de respect.

Raoul Babinetti, le mari et associé de Giulietta Pantaleoni, la patronne et héritière de ce petit cirque actuellement basé dans l'enceinte de l'hippodrome de Pont-de-Vivaux à Marseille, ne peut que regretter la défection du clou du spectacle. Pis, il faut prévenir la police, qui va enquêter, et peut-être mettre les jours du chapiteau en danger.

Toutefois, le légiste leur apprend une bonne nouvelle, les tigres ne sont pas fautifs. Ils ont simplement profité de l'aubaine. En effet, après avoir procédé à l'examen du morceau avec lequel jouait Pam, il découvre un trou parfaitement circulaire au dessus de la glotte. Et à moins de posséder un tournevis ou quelque objet similaire, un tigre n'a pu perforer délibérément, ou non, la trachée du pauvre Hildeberg qui ne pourra dénoncer son agresseur.

Malgré tout, le spectacle doit continuer, la survie du cirque Pantaleoni en dépend. Car, même si les artistes ne sont guère nombreux, Raoul ne peut se résoudre à les congédier. D'ailleurs où iraient-ils, personne n'embauche. Raoul s'envoie en l'air comme homme-canon, mais il ne peut assurer le spectacle seul. Parmi les artistes qui composent sa petit troupe, citons en premier la belle, la superbe, l'ébouriffante, la grande Miléna (ce n'est pas moi qui le dis mais Raoul qui la présente ainsi), l'écuyère, l'Amazone (ne vous trompez pas d'adresse !) venue de Hongrie et qui avec ses deux frères, Vlad et Andrès, assure un excellent spectacle de voltige.

Ensuite la jeune Perle de Rosée en Jade Précieux, acrobate-jongleuse-contorsionniste, d'origine peut-être chinoise. Ne chinoisons pas. Et enfin, pour clore la partie féminine, Alice, la benjamine, dix ans et demi, tireuse de cartes, fille d'illusionniste, dresseuse de crickets, ces charmants insectes auxquels elle apprend à faire du trapèze, d'origine Rom probablement.

Chez les hommes, bon d'accord, exit le dompteur. Mais il reste toutefois Bibi le clown et Mitchum l'illusionniste, dont ce n'est pas le véritable patronyme mais est ainsi surnommé à cause de sa ressemblance vestimentaire avec l'acteur dans le rôle de Marlowe. Plus les deux monteurs de chapiteau et hommes de main, Truche dont nous avons déjà fait la connaissance dans des conditions pénibles et dramatiques, et Gaétan Noulet.

Ne possédant, plus par la force des événements, de dompteur, de montreur animalier, Raoul pense alors à son vieux copains Dachi El Ahmed, prof de langues orientales, dénoueur d'intrigues occasionnel, rêveur et sage, adepte de la culture orientale.

Dachi accepte de monter un numéro avec le cobra qui se morfond tout seul dans son vivarium, non sans appréhension, on le comprend. Et son amie-amante Léda la Grecque, infirmière de son état, n'apprécie pas du tout cette nouvelle activité. Toutefois elle démontrera par la suite qu'elle est femme à poigne. Dachi, le soufi, requiert également les services de son ami Grook, profession journaliste.

Tandis que Sammartino, le policier chargé de l'enquête s'empêtre parmi les présumés coupables, c'est une mode, Dachi lui aussi se lance dans l'aventure, fouillant dans le passé de chacun des protagonistes. Car chacun d'eux possède son armoire à balais dans lequel il range des cadavres, des accrocs avec la justice, ou de petites déviances. Ainsi, non je ne vous en dévoilerai pas plus, Bibi, l'alcoolique et joueur invétéré, qui doit de l'argent à des camarades de jeu qui le tannent pour qu'il règle ses dettes.

 

Ce roman dont l'enquête est nébuleuse, pour Dachi mais pas pour le lecteur, comporte quelques belles scènes d'action. Par exemple lorsque Léda se frotte aux tigres, habillée en dompteuse (dommage qu'elle ne se soit pas laissée prendre en photo) ou lorsque Dachi poursuit une voiture à dos de dromadaire. Mais c'est également une incursion vivante dans le quotidien des circassiens, et des problèmes que ces gens du voyage peuvent rencontrer dans leur travail et dans la vie courante.

Mais ce n'est pas tout, l'auteur se fait un petit plaisir en incluant dans son texte, outre des citations d'Omar Khayyâm, par le truchement des conversations et des pensées de Dachi, des bribes extraites de l'œuvre de Shakespeare et de Baudelaire dans la bouche de Mitchum l'illusionniste qui a perdu beaucoup de ses illusions et se révèle plus humain que son attitude pourrait le laisser penser.

Un bon roman qui nous ouvre de belles perspectives concernant l'avenir littéraire de l'auteur et qui sort, enfin, des sentiers, voire des autoroutes, battus.

Michel MAISONNEUVE : Les Tigres ne crachent pas le morceau. Editions Pavillon Noir. Parution le 6 mars 2017. 218 pages. 14,00€.

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 06:41

Vous reprendrez bien un petit verre ?

Frédéric DARD : La dynamite est bonne à boire.

Depuis de longs mois, le jeune Santos travaille dans une mine d'extraction d'argent. Comme tous les autres mineurs, il s'est laissé embobiner par des promesses alléchantes, seulement il n'avait pas lu, comme souvent, les petites lignes.

En effet ce qui est donné, gagné à la sueur de leur front, est repris, dépensé en alcool et en prostituées dans les almacen, les casas et les bazars pouilleux. Et comme ils se sont engagés à ne pas quitter Chimihuaca, dans les Andes, avant la fin de leur contrat, et qu'ils dépensent plus que ce qu'ils gagnent, les mineurs sont aspirés dans une spirale infernale.

Pour Santos, les filles, l'alcool, c'est fini, et le soir il rêve à un avenir flou, accroupi au pied d'un tuna, un cactus candélabre. Et il distingue dans la nuit Consuelo, la femme du capataz, le directeur de la mine. Elle est belle, plus jeune que son mari, réservée et distante. Il s'introduit chez le capataz, en l'absence de celui-ci. Consuelo est allongée sur un divan, écoutant de la musique mais elle ne rejette pas l'intrus.

Santos se blesse à la main, et le docteur, ou supposé tel, étant absent, Consuelo le soigne. Peu à peu, ils vont prendre l'habitude de se retrouver le soir jusqu'au jour où Santos tente de la prendre dans ses bras. Mais elle se rebiffe et le griffe au visage.

Auprès de ses deux camarades de chambrée, Santos allègue un contact violent avec une bête. Si Aleichu est trop imbibé pour se réveiller, Oruro le borgne lui est bien réveillé et ne croit pas à la fable que veut lui faire croire Santos.

Santos n'a plus envie de retourner à la mine, et tandis que ses compagnons le quittent, il décide de se pendre. Après l'appel rituel, Santos est porté manquant et le capataz se rend à la casa de Santos pour le découvrir étranglé. Aussitôt il requiert les services du toubib et direction l'infirmerie où le pendu est laissé pour mort. Consuelo est secouée par la vision du corps mais Santos n'est pas décédé.

Consuelo lui demande pardon pour la veille et tous deux avouent s'aimer. Afin de punir Santos, le capataz lui signifie qu'il va le transférer à Tujuy, une autre mine. Consuelo lui propose alors de s'enfuir au Chili, à Antofagasta, où ils pourront voir la mer, car elle même doit partir en voyage et elle le rejoindra. Elle lui avoue qu'elle a travaillé à Tujuy, comme prostituée mais pour Santos, c'est une période révolue qu'il vaut mieux oublier.

Alors Santos s'évadera à dos de mulet, le capataz en possède trois, qu'Oruro empruntera et ils partiront ensemble, malgré le différent qui a opposé les deux hommes. Ils se sont battus, Oruro ayant prononcé des paroles malheureuses concernant Consuelo, mais la hache de guerre est enterrée. Les deux hommes quittent donc le camp à dos de mulet, se dirigeant vers la frontière chilienne par de petits chemins escarpés, bravant les dangers, aussi bien humains que géographiques.

 

Roman d'aventures et de suspense, La dynamite est bonne à boire doit son titre à cause de l'habitude que prennent les mineurs de mélanger de la dynamite à l'alcool qu'ils ingurgitent, provoquant un mélange détonnant leur permettant d'oublier leur condition d'exploités.

C'est également un roman d'amour entre Consuelo, l'ancienne prostituée, et Santos, le frustre et jeune mineur. Amour magnifié par le voyage entrepris par Santos en compagnie d'Oruro, ponctué par le bivouac près d'un mausolée dédié à deux amants qui se donnèrent la mort en 1934 et qui rappelle le destin des amants de Vérone.

Le long périple entrepris par les deux hommes verra son apogée la frontière chilienne franchie. Et la deuxième partie du roman est particulièrement poignant et émouvant. Un des mulets portant un cadavre sur le dos va rebrousser chemin, rentrant au bercail en empruntant les routes parcourues à l'aller.

Un voyage pénible car contrairement aux deux hommes le mulet n'a pas de provisions et d'eau pour subsister et il parcourt les chemins escarpés avec pour seul viatique son obstination, son courage, son inconscience devant les multiples dangers qui se dressent devant lui. Au dessus de lui tournoient les buîtres, des vautours, et à ses pieds se dressent des serpents, tandis que les mouches le harcèlent.

Un roman de suspense qui monte en puissance au fil des pages, et même si le lecteur pense connaitre la fin, il est emmené dans cette intrigue qui recèle son lot de surprises. Un roman psychologique également dans lequel Frédéric Dard démontre toute la puissance de son écriture.

L'un des plus beaux romans de Frédéric Dard, sinon le meilleur et le plus chargé émotionnellement sans mièvrerie.

 

Première édition : Collection Spécial Police N°210. Editions Fleuve Noir. 1959.

Première édition : Collection Spécial Police N°210. Editions Fleuve Noir. 1959.

Réédition : Presses-Pocket 1967.

Réédition : Presses-Pocket 1967.

Réédition : Collection Frédéric Dard N°28. Parution 4è trimestre 1978.

Réédition : Collection Frédéric Dard N°28. Parution 4è trimestre 1978.

Autres chroniques  :

Frédéric DARD : La dynamite est bonne à boire. Editions Pocket. Parution le 23 mars 2017. 192 pages. 6,30€.

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 06:50

Comme celui de la Joconde ?

Serge QUADRUPPANI : Le sourire contenu.

Chassé de son emploi de superviseur au service contentieux dans une compagnie d'assurances, Mark Senders est un adepte des boissons alcoolisées et des produits illicites qui offrent un voyage dans les paradis artificiels.

Alors qu'il vient de passer la nuit dans un tunnel piétonnier de Riverside Park et dans un état d'ébriété avencée, il entend un homme parlant fort dans son téléphone portable (les gens ne se rendent pas compte combien ils peuvent embêter leurs voisins dans les endroits publics avec leur cellulaire), narrant à son correspondant une conversation avec une tierce personne.

C'est ainsi que Senders apprend malgré lui qu'il s'agit d'une photo, d'une femme à identifier et de l'envie de lui crever les yeux. S'il n'y avait que ça, Senders ne se serait peut-être pas mêlé de la conversation, seulement un type en tenue de jogging arrive, bouscule l'homme. Un cri, l'homme est à terre et le joggeur se retourne vers Senders un poignard de commando de marine à la main.

On n'est pas toujours lucide lorsque l'on est quelque peu bourré, ou alors on se découvre un courage insoupçonné dans un fond de bouteille. Senders s'interpose. Le joggeur prend la fuite et l'homme à terre lui demande de prendre son portefeuille. Il ne faut jamais contrarier un homme sur le point de mourir, aussi Senders s'exécute et c'est ainsi qu'il se retrouve avec une belle somme d'argent et la photo d'une femme nue, aux yeux violets et au sourire contenu.

Senders est un dessinateur, mais cette profession ne nourrit pas son homme, pourtant il se promène toujours avec un carnet de croquis sur lui et il est sensible aux paysages, et surtout aux femmes aux yeux violets.

Le portefeuille recélant des pièces d'identité au nom d'Edward Morgan, Senders écoute le répondeur téléphonique de son agressé puis se rend au domicile dudit. Tout d'abord il est éconduit par le gardien de l'immeuble dans lequel réside (résidait ?) Morgan, mais celui-ci (le gardien) intrigué par les dessins que Senders est en train de croquer, l'invite à boire un thé dans la salle de surveillance. Il assiste à une séance de spiritisme organisée en compagnie de deux vieilles dames et d'un chien (pourquoi pas ?), une séance bizarre ponctuée d'un gaz paralysant. Lorsqu'il se réveille, Senders, qui pensait finir dans la gueule du chien, s'introduit en compagnie de celui-ci dans l'appartement de Morgan et découvre sous le téléphone une feuille sur laquelle sont griffonnés les mots Sofia et Shelter Island.

Sophia, probablement la femme au sourire contenu et aux yeux violets. Senders va se mettre à sa recherche et c'est comme ça que débute un étrange périple qui l'emmènera dans un voyage asiatique bravant malgré les dangers inhérents à ce genre de tribulation, surtout lorsque cette partie du monde est en pleine turbulence. Le gouvernement britannique doit céder le territoire de Hong-Kong qui était sous sa domination, à la Chine, et que le Cambodge connait une crise politique ponctuée par des soulèvements militaires dont les civils seront les premières victimes, comme d'habitude.

 

Mark Senders, héros malgré lui de ce roman, est comme un pion sur un jeu d'échec, confronté aux Rois, aux Dames, aux Fous, aux Cavaliers en pousse-pousse, trimballé sur des cases qui vont des Etats-Unis à Hong-Kong, à l'ile de Shelter, au Viêt-Nam et au Cambodge. Il se déplace comme dans un voyage onirique, entre rêves et cauchemars hantés de chimères opiacées.

Il se sent manipulé, mais il ne sait pas pourquoi, ni comment, il se contente de suivre les instructions, les conseils, les demandes, ou les obligations qui lui sont imposées par différents protagonistes dont Sofia, qu'il rencontre incidemment. Mais elle ne peut lui parler, lui montrant qu'elle porte dans son sillon mammaire un micro dont elle ne peut se défaire. Senders apprend toutefois qu'elle est employée au Haut-commissariat aux Réfugiés, un organe de l'ONU.

Une longue quête débute pour Senders, qui perdra de vue, le lecteur aussi, sa recherche de la femme aux yeux violets et au sourire contenu, bousculé par les événements et multiples incidents et traquenards dont il sera l'objet. Inconscience, pugnacité, devoir moral de continuer ou obligation matérielle et physique de se plier aux injonctions, tout cela à la fois et plus encore peut-être.

Senders, et le lecteur par la même occasion, vit comme dans un rêve, à cause des nombreux produits dopants qu'il consomme, souvent fournis aimablement. Mais un rêve, ou plutôt un cauchemar éveillé, comme lorsque l'on poursuit dans un demi-sommeil un rêve éveillé que l'on traîne en longueur, que l'on prolonge malgré soi, ajoutant des épisodes en une semi conscience parce que l'on ne veut pas s'extraire des images qui nous emprisonnent l'esprit et retrouver un quotidien banal. Ou comme dans ce nuage de Shenzen qui s'étend sur la baie de Hong-Kong tel un voile occultant.

Nonobstant, derrière cette quête-enquête, Serge Quadruppani s'attache également à montrer au lecteur confit dans son petit confort la géostratégie dans cette partie du monde, tout en établissant un éloge de l'ambiguïté des sentiments humains confrontés aux manichéismes assassins.

Première édition collection Les Noirs N°43. Editions Fleuve Noir. Parution avril 1998. 224 pages.

Première édition collection Les Noirs N°43. Editions Fleuve Noir. Parution avril 1998. 224 pages.

Serge QUADRUPPANI : Le sourire contenu. Collection La Petite Vermillon N°429. Editions de La Table Ronde. Parution le 9 mars 2017. 256 pages. 8,70€.

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 10:11

Histoires noires pour nuits blanches...

Jean RAY : Le Grand Nocturne suivi de Les Cercles de l'épouvante.

Avec des Si, on mettrait Paris en bouteille, affirme le proverbe. Et l'on peut toujours imaginer que le succès de Jean Ray est dû par l'occupation des Nazis en Belgique et surtout de la fermeture de la frontière avec la France.

Dans sa postface, Arnaud Huftier, grand connaisseur de Jean Ray et de son œuvre précise :

Le 20 août 1940, une ordonnance instaure la censure préalable. L'une de ses missions est de briser l'influence culturelle française prépondérante en Belgique. Il s'agit donc de redonner une visibilité nouvelle à la production littéraire belge au nom des "valeurs nationales".

Ce qui provoque par voie de conséquence une émergence d'auteurs belges, et comme l'a remarqué alors Germaine Sneyers, la production belge gravitait autour de deux pôles : le régionalisme et l'onirisme. Le fantastique est également favorisé de même que l'insolite.

Le Poe belge, comme l'a surnommé Gaston Derycke dans Cassandre le 10 janvier 1943, se voit hissé au sommet de la littérature belge tout simplement parce que son œuvre propose, d'une certaine manière, la synthèse de l'enracinement belge et du fantastique - tout en faisant l'ellipse sur les questions politiques.

Cette période signe la résurrection de Jean Ray, et le natif de Gand se voit porté au pinacle des lettres, tout autant belges que françaises. Il deviendra la Référence du Fantastique, à la hauteur de ses confrères belges Simenon et Steeman qui, eux, œuvraient dans le policier et le roman noir. Si Simenon vivait à l'époque en France, Steeman était en Belgique, fondant avec Jules Stéphane, Thomas Owen, Evelyne Pollet et Max Servais, la coopération d'édition les Auteurs Associés, coopérative que rejoindra Jean Ray.

De 1942 à 1944, des années d'intense activité pour Jean Ray qui se concrétisent par la parution du Grand Nocturne et des Cercles de l'épouvante, avec des textes inédits ou repris dans des publications précédentes dans des magazines belges, mais aussi des Derniers contes de Canterbury et deux romans Malpertuis et L a cité de l'indicible peur, tous devenus des classiques de la littérature fantastique.

 

Certaines thématiques reviennent quasi systématiquement, chères à l'auteur. Le port, l'eau, l'alcool, la nuit, la brume... et des conversations entre adolescents, marins, camarades de comptoir.

Les conversations pour installer l'ambiance, avec souvent un interlocuteur naïf, le port et l'eau pour amplifier l'atmosphère sombre qui s'englue dans nuit et la brume, et l'alcool pour permettre les divagations des personnages, jouant entre réalité et virtualité, entre le tangible et l'irrationnel. Les événements vécus, imposés aux personnages, découlent-ils d'un fantastique quotidien ou proviennent-ils d'une absorption trop fréquente et effrénée d'alcool ?

Le soin de trancher est laissé au lecteur qui se délecte rétrospectivement de la peur et de l'effroi ressentis par des protagonistes se mouvant dans la banalité quotidienne des troquets ou d'endroits tout aussi dangereux et maléfiques, comme les cales d'un navire.

Et pour ceux qui ne connaitraient pas encore Jean Ray et son œuvre, une excellente entrée en matière et un régal de lecture, une écriture dépouillée de tout ce sadisme, cette violence, ces hyperboles dans la brutalité contenus dans la plupart des romans d'horreur qui foisonnent actuellement, le suggestif prenant la place au descriptif.

 

Sommaire :

Le Grand Nocturne

Le Grand nocturne

Les sept châteaux du roi de la mer

Le fantôme dans la cale

Quand le Christ marcha sur la mer

La scolopendre

 

Les Cercles de l'épouvante :

Liminaire. Les cercles.

La main de Goetz von Berlichingen.

L'assiette de Moustiers.

Le cimetière de Marlyweck

L'homme qui osa.

L'auberge des spectres.

L'histoire du Wûlkh.

Le miroir noir.

Fin. Hors des cercles.

 

Autres textes :

Monsieur Briscombe et le feu.

Last chance

En ville inconnue.

 

Postface de Arnaud Huftier.

Bibliographie.

Jean RAY : Le Grand Nocturne suivi de Les Cercles de l'épouvante. Alma Editeur. Parution le 2 mars 2017. 310 pages. 18,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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