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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 05:44

Quand le père de Renaud écrivait des romans pour la jeunesse !

Olivier SECHAN : La cachette au fond des bois.

Casse-toi, tu pues, et marche à l'ombre...

C'est ce que pourraient chanter les gamins, voire les habitants de la petite ville de Tournac dans les Cévennes, à l'encontre du père Thoiraud et par ricochet de sa nièce Claire qu'il héberge.

Thoiraud est un vieux bonhomme acariâtre, grincheux, qui vit retiré du village dans une maison entourée de haies et de murs, protégée par un gros chien qui sait montrer ses canines à tout visiteur ou simple passant indiscret. Claire, dix ans environ, en subit les conséquences et elle est la proie des chenapans menés par Max, qui ne cessent de l'importuner. Comme ce matin où elle se rend au marché vendre les quelques tomates et salades qu'elle cultive, entre deux occupations aussi bénignes que couper du bois, faire la cuisine, entretenir la maison.

Emmenés par Max, le plus virulent, Bernard et Jean-Louis courent après la gamine qui traîne une charreton empli de cageots. A l'abordage, comme dans les bons vieux romans de pirates, et la carriole est bousculée, basculée dans le fossé, les denrées des cageots éparpillées à terre. François, un gamin qui est hébergé à cause d'une santé fragile depuis quelques mois chez les Souleyrac, les parents de Max, est témoin de cette attaque de diligence (les cow-boys et les indiens, ça marche aussi bien que les pirates). Il se porte au secours de Claire, mettant en fuite les malandrins en culottes courtes.

Claire remercie son sauveteur, mais elle préfère que leurs relations cessent là. D'abord parce qu'elle n'est pas très rassurée, préférant sa solitude à cause des possibles réactions négatives de son oncle, ensuite parce qu'elle redoute des tensions entre Max et François, d'autant qu'ils vivent sous le même toit. Mais François, malgré son jeune âge, n'est pas du genre à abandonner à la moindre rebuffade.

Evidemment, les retrouvailles entre Max et François chez les Souleyrac ne sont guère amènes, mais ils sont jeunes, François possède des arguments non violents pour démontrer la bêtise de Max s'attaquant à Claire qui n'est pour rien dans le caractère ombrageux de l'oncle, et bientôt l'armistice est déclaré, à défaut de paix.

François, au péril de sa vie, se rend près de chez Claire, malgré les panneaux chien dangereux et les aboiements du molosse. Il surveille les faits et gestes des occupants, l'oncle souvent enfermé, Claire sarclant le jardin. Un jour alors que Claire ne vaque pas à ses travaux habituels, il s'enfonce dans les fourrés et entend des voix. Surtout une, qui parle à un interlocuteur invisible. Il s'agit de Claire qui profite d'un moment de détente en compagnie d'une poupée. Il ne se manifeste pas puis revient un peu plus tard, apportant avec lui des bonbons, pensant faire plaisir à la gamine qui s'est aménagé un coin tranquille sur une petite plate-forme à l'abri des rochers. Il dépose son obole et écrit sur un petit bout de papier Tu as quand même un ami.

Et c'est ainsi que Claire et François vont se revoir, que Max va continuer ses bêtises à l'encontre de l'oncle, lui jouant un sale tour sur la marché, et que cela pourrait tourner au vinaigre si... François déterminé et peut-être inconscient ne découvrait le secret de cet homme irascible qui traîne la jambe.

 

Ce roman, gentiment moralisateur, comme il était de bon ton à l'époque d'écrire des ouvrages pour l'édifications des jeunes - n'oublions pas que le père de Renaud fut professeur d'allemand et directeur de la collection Jeunesse chez Hachette - est un compromis entre la Comtesse de Ségur et de Paul Berna, l'auteur du célèbre Cheval sans tête, plus connu des adultes sous le nom de Paul Gerrard.

Pour autant, ce roman comporte des scènes intéressantes, entre Claire et François ou les démêlés de François avec son ami Max. Il est à noter qu'à l'époque, on ne s'embrassait pas à la première rencontre, et François et Claire se serrent la main lorsqu'ils se voient. Mais c'est bien le passé de l'oncle qui régit l'intrigue. Il était un potier renommé, mais déjà les artisans avaient du mal à vivre de leur production.

La belle poterie est passée de mode, les gens ont préféré les choses à bas prix...

C'est le début du consumérisme qu'Olivier Séchan met en avant, par petites touches, sans s'appesantir dessus, mais le genre de détail qui justement fait mouche.

Première édition Nouvelle Bibliothèque Rose n°72. 1960.

Première édition Nouvelle Bibliothèque Rose n°72. 1960.

Olivier SECHAN : La cachette au fond des bois. Illustrations de Jeanne Hives. Réédition Nouvelle Bibliothèque Rose N° 384. Editions Hachette. Parution février 1971. 192 pages.

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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 05:36

Pour ne garder que le meilleur ?

Gaëtan BRIXTEL : Vous offrir le pire.

L'art de la nouvelle est un exercice littéraire difficile et contraignant, fort prisé des Anglo-Saxons. Mais en France la nouvelle est considérée comme un art mineur, souvent dédaigné, méprisé.

Pourtant que de romanciers ou écrivains se sont illustrés par leurs courts textes, d'Edgar Poe à William Irish en passant par Ernest Hemingway, Conan Doyle, Fredric Brown, Robert Bloch, Isaac Asimov, Raymond Carver, Jean Ray, et bien d'autres, et pour les Français, le maître en la matière Guy de Maupassant et ses émules, Marc Villard, Frédéric H. Fajardie, Georges Olivier Châteauraynaud, Daniel Boulanger, sans oublier ceux qui ont effectué leurs premières armes en publiant dans de petites revues plus ou moins confidentielles comme Pascal Dessaint.

L'art de la nouvelle ne consiste pas à écrire quelques pages, et basta. Non, il faut une histoire, une atmosphère, et surtout une chute, que ce soit issu d'un quotidien qui pourrait sembler banal ou d'un imaginaire survolté.

Il est vrai que souvent une historiette, un événement qui vous arrive à vous ou à une de vos connaissances peut servir de support à une nouvelle, mais encore faut-il donner de la consistance au texte dans la description des personnages et de ce qui leur arrive pour n'en garder que le principal sans être pour autant disert. Il faut un regard aiguisé, une perception acérée des sentiments, pratiquer une économie de mots pour entrer dans le vif du sujet sans attendre. C'est à dire le contraire de cette chronique qui n'a pour but que de vous présenter un nouvel auteur prometteur.

Pour ceux qui fréquentent, en tout bien tout honneur, Madame Ska, ce nom ne leur est pas inconnu : Gaëtan Brixtel. Ils apprécieront aujourd'hui de pouvoir lire plusieurs de ses textes, certains inédits, en version papier, ce qu'on fait de meilleur si l'on veut posséder un ouvrage dédicacé. Mais si on entrait dans le vif du sujet comme disait Casanova !

Deux thèmes majeurs charpentent ces nouvelles : l'enfance et l'adolescence, et la violence, morale et/ou physique, provoquée dans le cadre de la famille ou par des proches.

 

Ainsi Dans ton ventre met en scène une jeune femme qui coure dans la rue, visiblement dans le but de se faire faucher par une voiture. Mais Tu, Toi le lecteur, Tu es cette fuyarde et Tu t'immisce dans son esprit, revivant Tes années de mariage avec un mari violent auquel Tu destines un petit cadeau.

 

Poubelle girl, dont le titre est un hommage au roman Poubelle's Girls de Jeanne Desaubry, possède pour décor un immeuble en décrépitude, dans une zone urbaine sensible qui autrefois connut un certain chic. Mais c'était avant. Aujourd'hui les habitants ont l'habitude de déposer leurs sacs poubelles à l'entrée de la cave, dédaignant les descendre. la puanteur envahit la cage d'escalier. Et il y a la Fille, mal fringuée, mal coiffée, mal lavée, assise sur les marches, qui pleure.

 

Pour sa fête d'anniversaire, Teddy a invité ses copains, Nicolas, Antonin et Pierre, ainsi que sa copine Rachel. Teddy est le plus vieux, quinze ans, les autres sont un peu moins âgés, mais la mère de Teddy pense qu'elle peut leur faire confiance et les laisser seuls dans l'appartement, pour la soirée. Bière au menu, clopes, un peu de shit, Teddy et ses copains font comme les grands et ils s'émancipent. Mais ils ne sont pas habitués à ce genre de mélanges, Rachel encore moins qui s'éclipse dans la chambre afin de se reposer. Et au début c'est Juste pour voir, que les quatre ados la rejoignent.

 

Dernière visite, c'est comme une délivrance pour monsieur Balmain qui vit seul, et il en est content, satisfait même, heureux en un mot. Sa femme dont il est séparé depuis des années vient de décéder dans un EHPAD. De toute façon Renée, la défunte a toujours été malade, souffrante. Du chiqué. Pour certains elle fut même une hypocondriaque vindicative. Mais ne disons pas du mal des morts, ne soyons pas méchants comme elle le fut sa vie durant. N'entamons pas non plus une procédure de réhabilitation, comme ces prêtres qui déclament une apologie totalement mensongère lors de la cérémonie des funérailles. Pour Elise Chassaigne, sa fille, ce sont surtout les remontées nauséabondes de son enfance qui encombrent son esprit. Une enfance tumultueuse qui l'amenait à souiller ses draps, engluée dans la peur de sa mère.

 

Une histoire banale ne l'est pas tant que ça, mais si les gens en parlent en catimini, Julie, qui a vécu cet incident malheureux, essaie de ne pas les entendre. Ce qui lui est arrivé, c'est tout simple. Julie n'avait que quinze ans, le bel âge pour découvrir l'amour. Pas pour se faire violer. Mais faut bien faire comme si, après Ce qui lui est arrivé. Ou pas.

 

Mini-Pouce est une jeune mère célibataire dont la gamine enchante les jours et les nuits des voisins par ses pleurs et surtout ses cris. Mais pour le narrateur, là aussi c'est un peu comme une délivrance. Les cris de la gamine, Alice, dissimulent les Voix qui résonnent dans sa tête. Alors il se propose de garder Alice, il est libre, et la jeune mère pourra aller vaquer à ses propres occupations, rechercher du travail.

 

Des historiettes simples en apparence, voire banales, mais qui prennent une importance vitale si l'on se penche attentivement dessus, et si l'on regarde autour de soi. On se rend compte que nous connaissons tous, plus ou moins, des personnes qui ont vécu ou vivent ce genre de désagrément, des histoires familiales pas piquées des vers, qu'il suffit d'exploiter avec tact.

Toutefois le style narratif de Gaëtan Brixtel incite le lecteur à être partie prenante de ces tranches de vie, lui laissant même le soin d'interpréter selon sa sensibilité la chute, le dénouement. Et bizarrement j'ai cru parfois me trouver en compagnie de personnages issus de l'univers de Reiser, avec un clin d'œil à Francis Veber. En effet on retrouve le nom d'Elise Chassaigne dans deux des textes, Poubelle girl et Dernière visite, sans que pour autant il y ait corrélation entre les deux protagonistes.

Gaëtan Brixtel n'a que vingt-sept ans, et toute la vie devant lui, mais on ne peut s'empêcher de songer qu'il a, sinon vécu personnellement certains épisodes décrits, au moins connus certains de ses faux héros de papier, qu'il a puisé dans son entourage des situations, des traits, des répliques.

 

Gaëtan BRIXTEL : Vous offrir le pire. Recueil de nouvelles. Présentation Jeanne Desaubry. Editions du Horsain. Parution novembre 2016. 176 pages. 8,00€.

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 13:16

Entrez dans l'intimité d'une vedette du cinéma, puisque l'on vous dit que c'est confidentiel...

Michel LEBRUN : Hollywood confidentiel.

Curieux roman et curieuse histoire que celle de cet ouvrage publié aux Presses de la Cité en 1970.

En effet, Hollywood confidentiel, premier manuscrit qu'ait écrit Michel Lebrun, resta dans les tiroirs de celui-ci pendant vingt-sept ans, et lors de sa parution, nombreux furent les critiques qui louèrent la facilité avec laquelle Michel Lebrun savait se renouveler.

Michel Lebrun, qui avec quelques décennies d'avance sur Stuart Kaminsky et bien d'autres, avait utilisé ce qu'on appelle de nos jours la Hollywood-mania, ou l'art rétro de mettre en scène quelques personnalités éminentes de la capitale cinématographique, que ce soit des acteurs, des réalisateurs, des metteurs en scène, des scénaristes...

Plus que l'histoire, c'est la construction feuilletonnesque du roman qui retient l'attention. C'est une parodie, un pastiche jubilatoire de ces feuilletons qui enchantèrent l'enfance de bon nombre d'entre nous, de Rocambole à Fantômas en passant pas Belphégor. Mais c'est aussi un hommage à une littérature qui respecte son statut : celui de plonger le lecteur dans des aventures extraordinaires, de le captiver, de l'intéresser et l'inciter à lire encore et encore de nombreux romans d'aventures.

Les têtes de chapitres et les questions posées à la fin de ceux-ci sont en tous points savoureux et obligent le lecteur à continuer à tourner les pages avec avidité, gourmandise, se délectant des aventures du personnage principal. En voici quelques exemples pris au hasard.

Premier chapitre : Le cri de l'épouvante.

Question posée à la fin du dit chapitre : Quel drame se déroulait dans la mystérieuse demeure ?

Ou encore :

Le tortionnaire au masque noir, Le secret du mort qui marche, Le laboratoire des épouvantes, Au milieu des mangeurs d'homme...

Ou encore :

Le narrateur se réveillera-t-il ? L'homme aux poings d'acier se lavera-t-il de l'infamant soupçon ? Notre héros se rendra-t-il à l'inquiétant rendez-vous ? Le faux prince hindou sera-t-il démasqué ?

 

Voyons maintenant et superficiellement le début de ce roman sans trop en déflorer l'intrigue :

Warren qui vient de purger trois ans dans la prison de Jacksonville, motif meurtre, se fait engager comme garde du corps par Bill Slone, acteur célèbre pour son interprétation dans le rôle du Cow-boy masqué. Drôle de famille quand même que la famille Slone, puisque la femme de l'acteur, Zelda Chevalier, actrice elle aussi, est une fervente adepte du masochisme, tandis que ses deux filles sont nymphomanes. Mais il n'était aucunement prévu que Karl, le chauffeur, se fasse assassiner et les événements qui en découlent mettent notre héros dans des situations impossibles et invraisemblables.

Hollywood confidentiel est en quelque sorte un bain de jouvence qui malheureusement se fait trop rare. Vive l'humour et la bonne humeur, cela aide à rajeunir...

 

Première édition collection Un Mystère 3e série N°49. Parution 1970.

Première édition collection Un Mystère 3e série N°49. Parution 1970.

Michel LEBRUN : Hollywood confidentiel. Editions J'ai Lu Policier N° 2305. Parution 1987.

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 09:00

Honnête, honnête, c'est vite dit. Ou alors comme un homme politique...

Pierre NEMOURS : Le gang des honnêtes gens.

Âgé d'à peine cinquante ans, Paul Récord s'est vu démettre de ses fonctions de directeur chez Nordcoop, pour le simple motif de rendement trop faible. Et pour confier le poste à un homme plus jeune, sans expérience mais bardé de diplômes, mais issu du sérail, gendre du grand patron.

Nous sommes en 1970 et déjà les cadres valsent selon les résultats. Et résultat des courses Paul Record traîne depuis quelques semaines dans la campagne ou en ville, dans les bars et sur le port en attendant de rentrer chez lui, car en homme fier il n'a pas annoncé à sa femme son nouveau statut d'homme libre de ne rien faire.

On lui avait bien proposé un autre poste, bien sûr moins élevé et par conséquence moins rémunéré, mais il a refusé. En tête, il a idée de monter sa propre entreprise, et pour cela il lui faut des fonds qu'il ne possède pas. Il pourrait puiser dans son patrimoine, au risque d'alerter son épouse éloignée de la réalité.

Alors que faire dans ce cas ? Il s'accoquine avec trois autres compagnons, issus de milieux divers mais qui tous sont dans le besoin pour des motifs avouables, ou presque, et dont le métier va servir ses desseins et exécuter l'opération projetée.

Les quatre hommes se retrouvent dans un café tranquille, parmi des joueurs de belote et afin de ne pas se faire remarquer, manipulent les cartes sans vraiment y porter attention. Outre Paul Récord, assis autour de la table se trouvent Francis Ballogne, dont la fille est atteinte d'une maladie neuromusculaire et la seule intervention de chirurgie envisageable ne peut se produire qu'aux Etats-Unis. Norbert Souche et Raphaël Davila eux aussi ont besoin d'argent pour concrétiser leurs rêves. Mais ce sont surtout les métiers qu'ils effectuent qui intéressent Paul Récord.

Ballogne travaille dans une banque où justement Récord possède ses comptes et un coffre. Norbert Souche est un policier qui était promis à un bel avenir mais un excès de zèle lui a coupé les échelons à un grade supérieur. Raphaël Davila à la Caisse Autonome de la construction et du Logement. Métiers disparates mais complémentaires pour ce qu'envisage Récord. Le cambriolage d'une banque, celle où travaille certes Ballogne, mais sans coups de feu. Tout est prévu et chaque corps de métier va apporter la pierre à cet édifice minutieusement élaboré par Record.

De toute façon ce sont d'honnêtes gens, puisqu'aucun d'eux n'a un casier judiciaire entaché de la moindre peccadille.

 

La préparation puis le cambriolage de la banque prennent une grande place dans ce roman resserré dans le temps. Le port, la ville et un peu la campagne forment un décor imaginaire, pour une intrigue qui pourrait se situer aussi bien au Havre qu'à Boulogne sur mer ou Calais. Car c'est bien l'ingéniosité de l'intrigue qui préoccupe l'auteur.

Toutefois, et c'est ce qui rétrospectivement interpelle le lecteur, c'est la similitude ou presque avec le Casse du siècle, préparé par Albert Spaggiari à Nice en... 1976, soit six ans après la parution de ce roman.

Mais il faut remarquer également que dès 1970, les cadres pouvaient valser pour manques de résultats, être virés comme des malpropres, les dirigeants et actionnaires d'entreprises ou sociétés commerciales n'ayant pour humanisme que leur portefeuille.

Un roman prémonitoire qui démontre, une fois de plus que les auteurs de romans policiers et/ou noirs sont plus en phase avec la réalité quotidienne que bien des écrivains qui se piquent d'intellectualisme.

Une réédition fort bien venue.

Première parution Collection Spécial Police N°796. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1970. 240 pages.

Première parution Collection Spécial Police N°796. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1970. 240 pages.

Pierre NEMOURS : Le gang des honnêtes gens. French Pulp Editions. Parution 4 avril 2017. 232 pages. 9,50€. Version numérique 4,99€.

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 05:39

Qu'ils s'arrangent entre eux, ceci ne nous regarde pas !

Stanislas PETROSKY : Dieu pardonne, lui pas !

Se prénommer Estéban n'est pas rédhibitoire, mais porter comme patronyme celui de Lehydeux, surtout quand on n'est pas mal foutu de sa personne, c'est comme une injure à la nature. Alors Estéban préfère qu'on l'appelle Requiem, d'ailleurs ce n'est pas antinomique puisqu'il est prêtre. Et plus particulièrement curé exorciste attaché à un cabinet du Vatican.

Après une journée liturgique à célébrer la messe, puis une soirée supposée de détente en compagnie de son amie Cécile à qui il donne sa bénédiction urbi et orbite à plusieurs reprises, puis une matinée de rattrapage au pieu histoire de se reposer de ses efforts nocturnes, Requiem se sustente afin de récupérer de ses débordements dans la salle de restaurant de l'hôtel chic et lit le journal, un Paris-Normandie du jour qui traine à portée de ses yeux.

Un article l'interpelle (à tarte) concernant une rixe sur le port du Havre, un syndicaliste du nom de Jules Durant étant soupçonné d'assassinat. Jules Durand ne jouait du piano debout, c'est peut-être un détail pour vous, mais pour Requiem ça veut dire beaucoup. Ce nom, banal sans aucun doute, porté par de nombreuses personnes, est pourtant celui d'un homme qui en 1910 fut victime d'une grave erreur judiciaire, et l'homonymie n'échappe pas à Requiem toujours friand de faits divers à résonance libertaire

Et voici Requiem fouillant sur le Net, à la recherche de renseignements concernant cette affaire et il découvre que l'employeur de Jules Durand, le présumé assassin et sa victime travaillaient tous deux pour Ody-Art, une société fondée par Jean-François Roy. Cette société est spécialisée dans l'achat, la revente, la négociation d'objets d'art auprès des collectionneurs privés. Mais pas privée de moyens. Et Roy n'est pas un inconnu, car une photo le montre, posant vingt ans auparavant effectuant un salut nazi avec les breloques et écussons de même nature et évidence, en illustration d'un article posté sur le-libertaire.net signé Sandy M.

Comme Esteban alias Requiem possède une copine demeurant au Havre - tels les marins Esteban aurait-il une femme des chaque port sachant que dans chaque homme sommeille un porc ? - il contacte donc Elena à qui il narre le pourquoi du comment il est dans la cité construite sous François 1er. Elena lui promet de lui trouver un emploi chez Ody-Art par le truchement de Vigneron, un employé affilié à la CGT et grande gueule sympa chargé des recrutements. Requiem avoue à Vigneron son statut de curé exorciste, et c'est ainsi qu'Esteban met les deux pieds dans l'entrepôt et les deux mains dans les opérations de colisage, rôle qui était dévoué auparavant à Jules Durand.

Il est embauché sous le nom d'Alix et il met tant de cœur à l'ouvrage qu'il se fait estimer. Il se fait également apprécier de Sandy M. grâce à sa façon de manier le goupillon, laquelle Sandy ne résiste pas à ses charmes et à sa façon de caresser dans le sens du poil. Il fouille dans les caisses, à l'insu de son patron, mais pas à celui de Sandy, mais restons avec Roy et ne nous immisçons pas dans les draps de Sandy.

Roy, le néo-fasciste est fortement intéressé par ce nouvel employé qui se dit prêtre intégriste, relégué en marge de l'Eglise, et au cours d'un entretien se réfère aux prêtres de Phinéas, une secte néo-nazie.

 

Une aventure dans les méandres des idées néo-nazies propagées par de nouveaux adeptes de cette doctrine nauséabonde, cela ne pouvait pas échapper à Requiem. Et Stanislas Petrosky met tout son cœur et le reste, à la rédaction de cette histoire, légère dans la forme et au combien d'actualité dans le fond.

Naturellement, placée sous le saint patronage de San-Antonio, cette intrigue ne peut manquer d'être humoristique, avec nombre de références et façons de procéder dignes du maître. Notamment avec les interpellations au lecteur et les renvois en bas de pages. Mais comme souvent avec Frédéric Dard lorsqu'il signait San Antonio, surtout dans la seconde partie de sa production, il s'agit souvent d'un humour amer.

Il y a un côté Don Camillo chez Requiem, mais pas que et l'on pourra retrouver quelques ressemblances avec ces prêtres libertins du XVIIIe siècle tels que l'on en voit par exemple sous la plume de Boyer d'Argens dans Thérèse philosophe ou encore avecRabelais qui était ecclésiastique et anticlérical. Enfin, Requeim est un fervent adepte des asticots-cercueil, c'est à dire, pour ceux qui n'auraient pas compris, des verres de bière.

Bon nombre de personnages portent le nom d'auteurs émergeant et émargeant chez Lajouanie ou Atelier Mosesu. Des clins d'œil amicaux sans nul doute, même si certains ou certaines sont traités avec une certaine légèreté.

Curiosité : Chaque tête de chapitre comporte une contrepèterie. Certaines sont faciles, d'autres moins. Amusez-vous à les déchiffrer !

 

Stanislas PETROSKY : Dieu pardonne, lui pas ! Série Requiem N°2. Roman policier mais pas que... Préface de Patrice Dard. Editions Lajouanie. Parution le 14 avril 2017. 200 pages. 18,00€.

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 05:44

Hommage à Robert Heinlein décédé le 8 mai 1988.

Robert HEINLEIN : Le chat passe-muraille

Question : A quel moment un Zygote, c'est à dire l'œuf fécondé produit de l'union des gamètes, peut-il penser, sachant qu'un spermatozoïde et un ovocyte ne pas sont conscients de leur existence ?

Partant de ce principe, n'est-il pas envisageable d'imaginer qu'à force de connexions et d'interconnexions, un ordinateur puisse un jour se mettre à penser ?

Ces deux questions pourraient donner le ton et l'ambiance qui se dégagent de la troisième partie du livre de Robert Heinlein, ce Chat passe-muraille, un chaton plutôt du nom de Pixel qui passe au travers des murs parce qu'il est trop jeune pour savoir que c'est impossible.

Après deux parties farfelues et complètement délirantes débutant comme un roman policier, cette histoire diverge vers les multi-dimensions, les mondes parallèles (l'on retrouve la théorie du chat de Schrödinger) comme si l'auteur avait voulu changer de sujet en cours de route.

Pour rappel :

Un individu qui lui est inconnu demande au colonel Campbell d'assassiner quelqu'un. Mais lui-même meurt assassiné. Du coup Campbell s'enfuit avec sa nouvelle épouse afin d'échapper à un complot. Un trajet qui les oblige à quitter la station spatiale Règle d'or à bord d'une navette trop vétuste et ils s'écrasent sur la Lune. Un incident qui les emmène à fréquenter des personnages de tous bords dans différentes villes lunaires jusque dans un hôtel miteux. La femme de Campbell, avec laquelle il n'est marié que depuis trois jours, tente de le persuader qu'elle est un agent spatio-temporel dans un univers totalement déjanté, où il est difficile de savoir, par exemple, si les gens sont âgés de trente ou trois cents ans, où les navettes ne comportent que quatre places munies de toilettes victoriennes, ce qui est évidemment plus agréable et confortable que la cabane au fond du jardin, et autres élucubrations jouissives.

La troisième partie, qui est légèrement soporifique en comparaison des deux précédentes, ne doit pas justement faire oublier les deux premières. Un roman jubilatoire dû à une imagination débordante et débridée d'un auteur de science-fiction engagé.

Cette citation extraite d'un dialogue souligne la différence pouvant exister entre écrivain et romancier.

- Vous êtes écrivain, vous faites de la littérature peut-être ? Sans intrigue ?
- Moi ? Je ne sais pas écrire de littérature, j'écris des histoires.

Réimpression mars 1993.

Réimpression mars 1993.

Robert HEINLEIN : Le chat passe-muraille (The Cat who walks through Walls - 1985. Traduction de Jean-Paul Martin). Inédit. Collection J'ai Lu Science-fiction N°2248. Parution 1987. 508 pages.

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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 07:57

Un livre de circonstance ?

Charles WILLIAMS : Aux urnes, les ploucs !

Les hommes du shérif du comté de Blossom sont à l'affût. Ce qui n'empêche pas l'oncle Sagamore de déguster sa production locale détenue dans un pot à confiture. Une provocation délibérée et il enterre immédiatement son bocal sous un tas de bois.

Dans douze jours, de nouvelles élections vont avoir lieu afin de choisir un nouveau shérif. Ou reconduire l'ancien, puisqu'il est seul pour l'instant à se (re)présenter. Personne n'envie sa place et pourtant les habitants du comté ne tarissent pas de critiques négatives sur sa façon d'administrer et de gérer les problèmes de production illicite d'alcool.

Les adjoints du shérif déterre le bocal mais lorsqu'ils apprennent qu'il contient de la nitroglycérine, ils repartent la queue entre les jambes, ce qui morphologiquement n'est pas faux mais qui traduit une peur rétrospective à l'idée de s'envoyer en l'air dans avoir pu prendre du plaisir. cela amuse l'oncle Sagamore et Pop, le père du jeune Billy. A part eux, à la ferme Noonan réside également l'oncle Finley, mais il ne compte pas, trop occupé qu'il est par son idée fixe de construction d'arche.

Oncle Sagamore, Pop et son fils Billy partent pour la ville, et ils se ravitaillent en cours de route à une pompe à essence. Tandis que les hommes procèdent à des besoins naturels, Billy entend le garagiste déclarer à un de ses amis qu'il va vendre des pneus rechapés sans difficulté à ceux qu'il prend pour des ploucs. Billy en informe son oncle et commence alors un curieux échange de billets contre pièces d'argent, ce que l'on appelle couramment le vol au rendez-moi. L'oncle Sagamore repart plus riche qu'il était en arrivant, avec en prime les pneus.

Le shérif tient absolument à prendre sur le fait Sagamore et compagnie alors que l'oncle se prépare à une nouvelle séance de distillation. Mais comme il ne peut le faire clandestinement, il va réaliser cette opération en plein air, devant un attroupement de villageois curieux et attendant du shérif qu'enfin il mette fin à ces pratiques.

Sacs de maïs et sacs de sucre sont entassés dans la cour et la bouillotte est installée dans une petite cabane. Théoriquement il va produire de l'alimentation pour cochons, ainsi que de la térébenthine grâce à de la résine prélevée sur les pins environnants. La poudre de maïs et le sucre sont mis à macérer dans des cuves, mais cela ne tourne pas comme le souhaitent Sagamore et Pop. La fermentation provoque des bulles et les cuves sont vidées à terre, le sol engloutissant le liquide. Le shérif et ses adjoints sont présents et ne peuvent que constater que le résultat produit ne peut servir de pièces à conviction.

Le garagiste se lance lui aussi dans la course électorale, contre le shérif actuel, et déclare que s'il est élu, il mettra l'oncle Sagamore en prison. Un programme ambitieux qui est calqué sur celui du shérif. Qui gagnera ?

La question est posée, mais l'oncle Sagamore s'érige en arbitre, et cela nous donne quelques scènes du plus haut effet comique, surtout lorsque madame Horne et ses nièces, qui ne sont pas ses nièces vous l'aurez compris mais des jeunes femmes de petite vertu, sont invitées à participer à ce simulacre de campagne électorale.

 

Narrée par Billy, un gamin de huit ans, cette histoire complètement loufoque reprend les personnages de Fantasia chez les ploucs, dans de nouvelles aventures délirantes.

Bien sûr Billy, vu son jeune âge, ne comprend pas toujours ce que font les adultes, et plus particulièrement son oncle Sagamore. Mais il lui fait confiance de même qu'à Pop, son père. Seul l'oncle Finley est à part, mais incidemment il se trouve au bon endroit au bon moment pour compléter certaines scènes de panique élaborées par les deux hommes, à l'encontre du shérif, de Curly la garagiste vindicatif et sûr de lui, ou les badauds qui affluent de plus en plus à la ferme Noonan.

Mais sous des dehors naïfs, l'oncle Sagamore, et dans sa foulée Pop, est nettement plus retors, matois et roublard que sa dégaine pourrait le faire croire. Il marche pieds nus, ce qui n'est pas rédhibitoire, et agit comme s'il était simplet. Or c'est tout le contraire et il possède une intelligence à faire pâlir d'envie bien des ministres.

Mais sous des dehors de comique façon Branquignols, Charles Williams édicte des propos, sans en avoir l'air, à l'encontre des ligues de vertus, le pouvoir et la façon de procéder des candidats pour gagner des électeurs, l'hypocrisie et le fanatisme religieux. Un roman publié en 1960 et qui n'a rien perdu de son charme, de son humour mais surtout des enseignements que l'on veut bien y trouver, d'autant que de nos jours, ce sont toutes ces dérives qui sont portées parfois à leur paroxysme. Il y a du Rabelais revisité par Voltaire en Charles Williams.

Réédition Carré Noir N°396. Parution juillet 1981.

Réédition Carré Noir N°396. Parution juillet 1981.

Réédition collection Folio Policier N°208. Parution mars 2001. 256 pages. 7,00€.

Réédition collection Folio Policier N°208. Parution mars 2001. 256 pages. 7,00€.

Charles WILLIAMS : Aux urnes, les ploucs ! (Uncle Sagamore and his girls - . Traduction de C. Wourgaft). Série Noire N°602. Parution novembre 1960. 256 pages.

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 05:34

Ce n'est pas parce qu'il est gainé de noir que ce cahier est sexy... Mais son contenu est croustillant !

Micky PAPOZ : Le cahier gainé de noir.

Romancière, nouvelliste et auteure de quelques essais, Micky Papoz est discrète, autant dans la vie que dans sa production littéraire, et en cela elle est précieuse.

Son dernier roman le démontre sans conteste et il aura fallu attendre trois ans pour pouvoir déguster cette intrigue sous forme de huis-clos, même si toute l'intrigue ne se déroule pas au même endroit.

L'hôtel des Citronniers à Cannes n'est pas un établissement haut-de-gamme, mais sympathique, accueillant touristes obligés de compter leur argent, et voyageurs-représentants de commerce, ou acteurs et starlettes de seconde zone se produisant dans des salles de spectacles de la ville ou venus en marge du fameux festival.

Autant de pensionnaires disparates qui illuminent la petite vie tranquille d'Isidorine Bourrier, femme de chambre largement quinquagénaire, célibataire, petite souris grise qui a toujours vécu avec sa mère jusqu'à ce que celle-ci décède sept ans auparavant. Elle est soigneuse, méticuleuse lorsqu'elle nettoie les chambres des pensionnaires, à tel point qu'elle récupère tous les détritus laissés par ceux-ci, emballages divers, bas filés, jusqu'aux cheveux, poils pubiens, mouchoirs papiers poissés de taches douteuses.

Elle enfouit son butin dans de petits sacs plastiques cachés au fond de sa grande poubelle accrochée à un chariot, sacs portant en inscription le numéro de la chambre nettoyée et qu'elle emmène chez elle, à l'insu des propriétaires, puis qu'elle entasse dans des cartons à chaussures. Elle consigne ensuite dans un carnet gainé de noir ses remarques, l'inventaire de son butin, avec le nom des pensionnaires pas gênés de laisser traîner des reliquats d'intimité.

Au mois d'avril 1985, un jeune couple, qui avait réservé, arrive en provenance de Dijon. Guillaume est promis à un bel avenir grâce à l'entregent de son beau-père, tandis que Julia, tout juste dix-huit ans, est déjà exigeante, susceptible, un peu tête en l'air. Mais Guillaume en est tellement épris qu'il lui pardonne ses défauts. Sur l'insistance de Julia, il emmène avec lui sa sacoche contenant l'argent de leur voyage de noces, et ils se rendent sur la plage. Evidemment, leur voiture est cambriolée, et il leur faut écourter leur séjour, promettant de revenir en juillet. Une promesse tenue d'effet.

Parmi les voyageurs qui descendent à l'hôtel des Citronniers, Isidorine est intriguée par un pensionnaire qui ne reste que peu de temps, venant environ une fois par mois, très discret et qui ne laisse dans sa chambre aucun déchet qu'elle peut récolter. Une frustration pour cette vieille fille. Heureusement les autres locataires compensent largement ce manque.

Tous ne sont pas affables, et comme avec Julia qui effectivement revient en juillet avec Guillaume toujours aussi amoureux, elle sent la moutarde lui monter au nez. Faut avouer qu'avec Julia, ce n'est pas difficile, et ce n'est pas parce qu'elle est de Dijon mais parce qu'elle se montre la plupart du temps odieuse.

Isidorine remarque que justement les notes qu'elle prend sur ses cahiers noirs bientôt s'appliquent à ceux auxquelles elles sont destinées. Ainsi cet homme qui reçoit des femmes de petite vertu, ou cet autre qui s'imbibe régulièrement, elle leur prédit un avenir pas vraiment rose. Au début ce ne sont que des déductions, des prédictions dues à sa perspicacité et à ses dons d'anticipation, mais les événements lui donnent raison, et dans ce cas pourquoi ne pas continuer et surtout forcer quelque peu le destin.

 

Le lecteur qui connait ses classiques ne manquera pas, en visitant le petit appartement d'Isidorine, en sa compagnie ou pas, de remarquer une certaine analogie, une certaine ressemblance avec La Bête et la Belle de Thierry Jonquet. Isidorine est quelqu'un de soigneux, et elle n'entasse pas des sacs poubelles mais des cartons méticuleusement rangés et étiquetés. Mais bientôt cet empilement ressemble à un vrai labyrinthe dans lequel elle évolue sans peine. Toutefois les voisins se demandent d'où peut provenir cette odeur nauséabonde tenace qui empuantit l'escalier. Cette similitude ne va pas plus loin car l'intrigue que nous propose Micky Papoz est beaucoup plus complexe et démoniaque. Le côté fantastique est abordé sans être véritablement présent, sauf lors de l'épilogue.

Par petites touches Micky Papoz dessine son intrigue, campant ses personnages, Isidorine, Tonin le gardien de nuit, Magali l'autre femme de chambre qui aide Isidorine les mois d'été pour le service du petit-déjeuner, le nettoyage des chambres et les repas du soir, le couple de propriétaires qui aspirent à la retraite, et surtout les différents pensionnaires qui résident à l'hôtel des Citronniers.

Elle les dépeint avec réalisme, comme autant de pièces d'un puzzle maléfique et naturaliste, un peu à la façon d'un Jérôme Bosch, et tous ces personnages prennent vie devant nos yeux. Elle décrit leurs particularités physiques, leurs traits de caractères, leurs travers, car il est bien connu qu'on fait plus attention aux défauts qu'aux qualités la plupart du temps. Et ils s'imposent à nous comme si un film était projeté devant nos eux.

De Micky Papoz lire également :

Pour commander cet ouvrage, suivez le lien ci-dessous :

Micky PAPOZ : Le cahier gainé de noir. Collection Noire N°95. Editions Rivière Blanche. Parution mars 2017. 196 pages. 20,00€.

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 05:19

Un labyrinthe moderne qui réserve bien

des surprises.

Romuald HERBRETEAU : Perdus dans la zone commerciale.

Souvent le mot Aventure est associé à des contrées exotiques, des lieux emplis de dangers en tous genres, avec peut-être des trésors cachés et des bêtes monstrueuses, des découvertes importantes pour l'humanité, des bagarres homériques... Mais qui irait imaginer que l'Aventure peut se trouver au coin de la rue, dans une zone commerciale parmi la foule pressée d'effectuer ses achats ou déambulant afin de passer le temps.

Pourtant lisez ce qui suit et vous n'en reviendrez pas !

Malgré les consignes de leur mère, Sofiane préfère se promener dans la galerie commerciale avec son copain le gros Enzo que de rester en compagnie de son petit frère Bilal à qui il donne rendez-vous devant le magasin de sport.

Et hop, c'est parti pour l'aventure. Après avoir démontré ses talents d'acrobate, Sofiane accompagné d'Enzo s'embusque dans un cul de sac menant aux toilettes pour se fumer un petit joint. Ce qui est logique, il faut toujours un joint pour les toilettes, si l'on veut éviter les fuites. Et des fuites il va y en avoir, car un agent de la Sécurité les surprend et leur demande de le suivre.

Une injonction qui laissent les gamins de marbre, ou plutôt qui les incite à prendre la poudre d'escampette. Une porte de service, un escalier qui plonge dans l'obscurité, un palier chichement éclairé, les pas de leur poursuivant résonnant sur les marches, une trappe défoncée et les voilà, juste avant que l'agent les saisissent par un pan de vêtement, dans une sorte de parking abandonné.

Un clochard nommé Barnabé les accueille, sa puanteur aussi mais ils s'en seraient bien passé, et il se demande ce que les deux gamins viennent faire dans son royaume, ce parking désaffecté qui a été muré pour des raisons qu'il ignore. Mais d'autres individus rôdent au-delà de la faille qu'emprunte Barnabé, suivi par Sofiane et Enzo, des zombies ou des fantômes, des chalands venus effectuer leurs courses et jamais ressortis car perdus dans cet ensemble souterrain. Ils ont faim et aimeraient déguster cette chair fraîche qui se présente à eux.

Sofiane et Enzo parviennent à leur échapper mais leur pérégrination n'est pas terminée car à la sortie, alors qu'ils sont sur le toit du centre commercial, ils s'aperçoivent qu'une partie du centre commercial s'est écroulée. Est-ce pour fêter cet événement annoncé par un champignon de poussière qu'un cirque défile précédé par des notes de musique discordantes, des animaux mal en point, des clowns, des nains, et un fier personnage fier comme un général de parade d'une armée sud-américaine, et trottinant près de lui, Jasmine le chien qui devait rester avec Bilal, le petit frère de Sofiane.

Et ce n'est que le début de cette aventure qui confine à la parabole, avec ce cirque dont les membres dévorent les spectateurs. Et nous ne sommes pas à la moitié de cette Aventure urbaine, qui décrit un monde citadin en déliquescence.

Une histoire qui pourrait être un cauchemar évolutif dont l'épilogue clôt un épisode appelant une ou des suites et qui nous change des habituels récits d'aventure mais fait froid dans le dos.

 

Romuald HERBRETEAU : Perdus dans la zone commerciale. Collection Aventures N°4. Editions du Carnoplaste. Parution avril 2017. 28 pages. 3,00€.

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 04:59

Le mieux pour éviter les pièges, c'est de dormir la nuit...

Nick TOSCHES : Les pièges de la nuit

Dans le quartier italien de Brooklyn à New-York, Louie exerce, si l'on peut parler de profession, un travail particulier qui aurait dû l'enrichir, mais les aléas de la vie ont voulu qu'il vit honorablement, sans plus.

Il prête de l'argent à des taux usuraires, mais ses débiteurs sont bien obligés de passer par lui, ou par l'un de ses confrères qui sont souvent moins regardant que lui. Il ne leur met pas le couteau sous la gorge, et certains oublient de le rembourser.

Il tâte aussi de la loterie parallèle, en marge de la loterie organisée et officielle, et parfois cela peut rapporter. Et il traîne de bar en bar, pour ses petites affaires qui ne peuvent avoir de bureau avec pignon sur rue. Et c'est dans l'un de ces troquets, celui où il possède ses habitudes, qu'il entend une conversation ayant pour rapport un certain Joe Brusher, un tueur notoire et un homme nommé Il Capraio. Ce qui met la puce à l'oreille de Louie, car Il Capraio est un vieux de la vieille dans le quartier, a des démêlés avec Giovanni, le grand oncle de Louie qui s'est retiré à Newark.

Tout en continuant ses bricoles, Louie en informe Giovanni qui médite une parade. L'argent rentre et entre deux petits arrangements avec les chiffres du loto et prêts à taux usuraires, Louie passe son temps avec Donna Lou. Une liaison sulfureuse, mouvementée, intense et houleuse, passionnée et intermittente.

Louie se dégote une nouvelle occupation, un nouveau moyen pour placer de l'argent, et fructifier sa mise de fonds. Il s'associe avec Goldstick propriétaire d'un PeepShow qui passe des petites annonces dans un journal spécialisé. Goldstick réalise et vend des films pornographiques via sa boutique Rêves & Co, et cela peut s'avérer une affaire juteuse auprès d'amateurs de fantasmes qui n'hésitent pas à payer cher pour voir leurs rêves se réaliser sur pellicule. Du moins c'est ce que pense Louie qui n'hésite pas à investir.

Mais pour autant les démêlés obscurs entre Il Capraio et son oncle Giovanni prennent un tour funeste.

 

Cette histoire, qui est plus un reportage sur la petite truanderie italienne de New-York qu'une véritable intrigue, pèche par un manque de rigueur. Peut-être est-ce dû à une traduction tronquée, d'autant plus que les scènes torrides de sexe sont exploitées. Il est vrai que cet ouvrage est publié sous les auspices de Gérard de Villiers, mais les autres romans de la collection ne souffrent pas d'une telle obsession dans le salace. Il faudrait pouvoir lire le texte dans sa version originelle.

Tout tourne autour, ou presque des chiffres, du Loto et des taux usuraires, chiffres largement commentés, décrits, expliqués. Et la guerre, entre deux vieillards, d'origine italo-albanaise, n'est présente que parcimonieusement, même si elle est le fond même de l'histoire.

Si l'on peut effectuer des rapprochements stylistiques et d'inspiration avec notamment pour les romanciers de la même époque avec Robin Cook (le Britannique) et Lawrence Block (avec notamment Huit millions de morts en sursis), je pencherais plutôt vers les grands anciens de la littérature noire américaine, avec les romans de gangsters et d'atmosphère écrits par William Riley Burnett ou Marvin H. Albert, la rigueur de l'intrigue en moins.

Toutefois certaines réflexions émises par Louie ou Il Capraio valent le détour.

Ainsi Louie donne sa version de l'esclavage à Donna Lou :

Les Noirs et les Blancs ont toujours fait la guerre, profitant de toutes les occasions pour réduire l'autre en esclavage. Et ne t'imagines surtout pas que l'esclavage c'est du passé. Il n'y a que l'emballage qui change. Celui qui trime toute sa vie pour payer son loyer et remplir son assiette n'est rien d'autre qu'un esclave, même si chaque mois son maître lui donne quelques billets qu'il sera obligé de rendre aussitôt pour payer son loyer et remplir son assiette. Bien sûr on peut toujours se racheter, tu diras. Mais c'est bien ce que faisaient les esclaves : ils avaient toujours droit de racheter leur liberté avec de l'argent.

Quant à Il Capraio, il possède sa petite idée sur le trafic de drogue et la légalisation des produits illicites :

La loi, c'est pas toujours logique. Les juges ne veulent pas forcément en finir avec le crime. Ils ont un intérêt dans la came, tout comme les médecins ont un intérêt dans le cancer, et comme les pompes funèbres ont un intérêt dans la mort. C'est leur pain quotidien. C'est pour ça que je ne pense pas qu'il la légaliseront. Ça résoudrait trop de problèmes. Et ça ferait perdre pas mal de fric à pas mal de gros bonnets.

Un premier roman, un peu décevant, et la traduction signée en Série Noire est-elle plus proche de la version américaine, même si le titre de la collection Polar USA, est plus proche du contexte ? La différence de pagination est minime, si l'on considère que les caractères d'imprimerie de Les pièges de la nuit sont assez relativement petits.

 

Chronique publiés dans le cadre du challenge Auteur du mois du site Lecture/Ecriture.

Réédité sous le titre La Religion des ratés dans une nouvelle traduction de Jean Esch. Collection Série Noire no2437. Parution 15 octobre 1996. 272 pages.

Réédité sous le titre La Religion des ratés dans une nouvelle traduction de Jean Esch. Collection Série Noire no2437. Parution 15 octobre 1996. 272 pages.

Réédition collection Folio Policier N°163. 304 pages. Parution 25 mai 2000. 7,70€.

Réédition collection Folio Policier N°163. 304 pages. Parution 25 mai 2000. 7,70€.

Nick TOSCHES : Les pièges de la nuit (Cut numbers - 1988. Traduction de Jean-Loup Coinus). Collection Polar USA N°30. Editions Gérard de Villiers. Parution janvier 1990. 256 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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