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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 12:43

J’ai deux amours… Panthéra et Orloff !

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra.

A la demande de l’avocat Formellot, Antoine Carlier, ancien policier reconverti dans les filatures, s’attache aux pas d’Heinrich von Verschtaufen, l’ancien nazi qui s’était réfugié en Bolivie, et de son compagnon, Huayna l’Inca, lorsque ceux-ci quittent le cimetière du Père Lachaise et s’engouffrent dans une Floride rouge de location.

Au moins, pense-t-il, il ne risque pas de la perdre de vue et il s’enfourne dans sa petite Dauphine. Et les voilà partis en procession, mais Huayna qui conduit la Floride le repère immédiatement, mais ce n’est pas pour autant qu’il s’affole. Il parvient à coincer Carlier et à le maîtriser, puis il l’oblige à suivre la Floride conduite par l’Allemand et direction Saint-Maur-des-Fossés.

Ils arrivent devant une magnifique propriété et Heinrich demande à rencontrer le docteur Jean Oster, anciennement Osterweil, qu’il a connu durant la guerre. Le chirurgien n’est pas présent et sa (nouvelle) femme le reçoit. A l’énoncé de son nom, elle est effrayée, car elle sait que durant la guerre, son mari et l’ancien SS étaient dans des camps diamétralement opposés. Le bon docteur appartenait à la Résistance et il avait organisé la fuite à l’étranger de Juifs menacés de déportation. Le toubib, alerté par son épouse arrive en catastrophe, mais Heinrich rumine sa vengeance. Il prend en otage la fille du couple, qui n’a que onze ans, et enferme Carlier dans la cave, se promettant de lui faire passer de chauds moments grâce au chalumeau qu’il repère parmi les outils.

La romancière-journaliste Marie-France d’Aygues-Vives a publié dans le magazine où elle donne des piges, un article demandant à rencontrer Panthéra. Une solution qui s’avère payante puisqu’une personne qui se présente sous ce nom lui donne rendez-vous en banlieue. Seulement il ne s’agit pas de la vraie Panthéra et celle-ci, qui apprend la manigance, décide de surveiller les déplacements de Marie-France. Et elle fait bien. Car la correspondante de Marie-France, s’est déguisée en Panthéra et projette un mauvais coup.

Fautus a réussi à s’enfuir de la demeure où il était enfermé, faussant compagnie à ses deux geôlières, des jumelles pourtant passées maîtres en art martial. Lui aussi peaufine sa vengeance envers ceux qui avaient réussi à le capturer.

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra.

Toujours aussi virevoltant, enchainant les scènes d’action, les épisodes mouvementés, avec les mêmes personnages et de nouveaux arrivants, ou des revenants, cet Amour de Panthéra est toutefois plus grave dans son propos et dans la trame que dans les précédents épisodes. Tout en décrivant les péripéties endurées par ses personnages, l’auteur n’oublie pas de développer le côté psychologique de ses créatures qu’il fait évoluer avec un plaisir quasi sadique.

Personne, ou presque, n’est épargné dans ces péripéties tourmentées, mais cela n’empêche pas que de la tendresse imprègne certaines scènes. Ainsi Tanya, qui travaille dans un laboratoire, s’éprend de Bertrand, le domestique de son employeur, le professeur Bellières. Mais l’homme préfère ne pas montrer les sentiments qui l’animent envers la jeune femme au pied-bot et voûtée, un handicap auquel s’est habituée Tanya. C’est que Bertrand n’est pas un véritable domestique, s’appelant en réalité Jean Brochart, appartenant au Deuxième Bureau. Et si les Services Secrets sont dans la course, bientôt d’autres éléments vont interférer. Une Licorne par exemple, ou des Trolls qui sont embauchés dans les CFS, Compagnie Faërienne de Sécurité.

Si Tanya trouve en Bertrand une âme sœur, Alice de Sérigny alias Panthéra n’est pas en reste avec Percival Arlington. Pourtant l’amitié qui relie les deux jeunes femmes devrait être incompatible avec les relations qu’elles entretiennent avec des personnes du sexe opposé au leur. Ce qui confère une touche de tendresse dans un monde de brutes mais les aventures de tous ces protagonistes ne sont pas terminées et un nouveau volume est en préparation.

Alors monsieur Michel Pagel, car depuis peu l’on sait que sous le pseudonyme de Pierre-Alexis Orloff se cache ce grand maître de l’intrigue feuilletonesque, s’il vous plait, ne tardez pas trop, j’aimerai connaître la suite des aventures de Panthéra avant de mourir. Sinon, je serais capable de me retourner dans ma tombe de désespoir et de frustration.

 

Vous pouvez commander cet ouvrage directement ici :

Si vous préférez la version numérique, c’est ici :

Retrouvez les précédents épisodes de Panthéra en cliquant sur les liens ci-dessous :

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra. Panthéra, roman feuilleton, quatrième épisode. Collection Noire N°92. Editions Rivière Blanche. Parution novembre 2016. 220 pages. 20,00€.

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 08:42

Mais ça, c'était avant. Maintenant c'est meurtre aux ampoules basse-consommation !

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles

Tout comme Sherlock Holmes, dont la première aventure Une étude en rouge est parue deux ans auparavant, possédait son historiographe ami et confident en la personne du bon docteur Watson, Oscar Wilde est souvent accompagné de Robert Sherard, poète, romancier, écrivain et journaliste. Leur première rencontre ne prédisposait pourtant pas à ce qu'une amitié relie les deux hommes mais depuis ils se sont découvert une affinité sans faille.

Lorsque Wilde arrive en retard, ce qui n'est pas dans ses habitudes, ce soir-là à son club, l'Albemarle, c'est pour annoncer une bonne et une mauvaise nouvelles à son ami Robert Sherard, qui l'attendait stoïquement comme tout bon Anglais sait le faire lorsqu'il est inoccupé.

La bonne nouvelle, c’est qu’Oscar Wilde a rencontré l’après-midi même son éditeur et qu’il a fait la connaissance d’un médecin écossais installé à Southsea et romancier promis à un bel avenir, Arthur Conan Doyle. D’ailleurs le poète s’est entiché de Sherlock Holmes dont la première aventure, Une étude en rouge, a paru deux ans auparavant, en 1887.

La mauvaise nouvelle, c’est la découverte du cadavre d’un jeune homme dans un meublé où se rendait Wilde. Et il a eu la désagréable surprise de reconnaître en ce défunt assassiné un de ses amis, Billy Wood. Autour du corps étaient disposées des chandelles allumées, comme si le meurtre relevait d’un rituel.

Mais il est minuit, l’heure pour Oscar Wilde de rentrer chez lui, retrouver femme et enfants. Sherard lui est moins pressé, son épouse étant en voyage en France. Lorsqu’il sort du club, il aperçoit Wilde en compagnie d’une jeune femme au visage défiguré.

Le lendemain, 1er septembre 1889, les deux amis se retrouvent en compagnie d’Arthur Conan Doyle, et Wilde en profite pour démontrer qu’il possède des qualités d’observation et de déduction dont pourrait se targuer Sherlock Holmes, au grand ébahissement du médecin-écossais. Il narre sa découverte macabre de la veille, comment la porte de l’immeuble lui a été ouverte par une personne à laquelle il n’a guère prêté attention, puis s’est trouvé face au cadavre égorgé du jeune Billy Wood. Ils se rendent ensemble à l’endroit du drame, mais la pièce est vide, nettoyée, le parquet ciré fraîchement.

Wilde décide d’enquêter sur ce meurtre et de découvrir l’assassin et ses motivations. Conan Doyle et Sherard, qui possède un petit carnet qu’il trimballe en permanence, vont lui servir d’assistants. Heureusement Billy Wood lui avait fait quelques confidences, notamment qu’il était venu à Londres parce qu’il ne supportait plus l’ambiance familiale, en butte aux tracasseries et aux coups assenés par son oncle.

 

Wilde et Sherard se rendent à Broadstairs où il vivait et informent sa mère de la mauvaise nouvelle. Madame Wood, enceinte jeune, avait perdu son amant, gardien de phare, dans une noyade. Ils n’avaient pas eu le temps de se marier et le gamin n’avait pas connu son père. Le frère aîné du père à l’époque était au Canada, mais depuis il est rentré et impose sa loi dans Le Château, nom de la villa de madame Wood, un héritage de ses parents. Edward O’Donnell est un ivrogne au caractère belliqueux mais madame Wood est bien obligée de le supporter.

Munis de ces confessions, Wilde et Sherard regagnent la capitale pour continuer leur enquête. Une enquête en dents de scie, car le poète doit livrer à son éditeur un roman, Le portrait de Dorian Gray, et il est fort occupé. Quant à Sherard, il fait la connaissance d’une jeune femme dont il s’éprend, et comme sa femme est absente…

Seulement cette jeune femme n’est pas n’importe qui. Elle se nomme Veronica et est la fiancée de l’inspecteur Fraser du Yard. Fraser, qui, mit au courant du meurtre, n’engage pas de procédure n’ayant pas de cadavre à se mettre sous la main. C’est un ami de Doyle, qui a présenté le policier aux deux détectives en herbe.

Entre Veronica et Robert Sherard une amitié amoureuse s’établit sous les yeux de Fraser qui est occupé ailleurs. Et c’est dans cette atmosphère que Wilde et consorts vont résoudre cette énigme.

 

Un roman dont justement l’énigme se révèle classique, mais c’est tout ce qui entoure l’enquête qui importe. Sherard est le Watson de Wilde, lequel se pique de se montrer à la hauteur de Sherlock Holmes.

Personnages réels et de fiction se complètent ou s’affrontent, mais c’est surtout pour l’auteur, Gyles Brandreth, de montrer Oscar Wilde sous un jour différent de celui qui nous est présenté habituellement. Et si la fumée vous incommode, n’hésitez pas à ouvrir la fenêtre, car Oscar Wilde fume beaucoup de cigarettes mais pas la pipe. Et même s’il ne roule pas sur l’or, il n’hésite pas à inviter ses amis, à leur offrir des cadeaux, souvent des étuis à cigarettes avec leur nom gravé à l’intérieur, et à distribuer les pourboires avec munificence.

Les bons mots et les petites phrases ironiques ne manquent pas, pour preuves les quelques citations ci-dessous :

 

C’est une chose terrible que de voir son nom dans la presse, mais c’est plus terrible encore que de ne pas l’y voir.

Il n’y a pas de bon âge pour se marier, plaisanta Oscar. Le mariage est aussi démoralisant que les cigarettes, et bien plus coûteux.

Quand l’Angleterre sera une république, et que j’en serai l’empereur, cet animal – ma fidèle Rossinante – sera nommé sénateur. Il semble avoir toutes les qualités dont manquent nos législateurs actuels : travailleur, discret et conscient de ses limites !

Fumer une cigarette est l'exemple parfait d'un plaisir parfait, ne trouvez-vous pas ? C'est exquis tout en vous laissant sur votre faim.

Première parution 5 février 2009. 386 pages.

Première parution 5 février 2009. 386 pages.

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles (Oscar Wilde and the Candlelight Murders – 2007. Traduction de Jean-Baptiste Dupin). Collection Grands détectives N°4194. Editions 10/18. Première parution 5 février 2009. 386 pages. Réimpression le 10 septembre 2013. 7,50€.

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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 08:34

A en perdre la tête…

Jérôme SORRE & Stéphane MOURET : Le Chérisseur de têtes et autres pacotilles pour Le Club Diogène

Combinaison entre le Club des Cinq d’Enyd Blyton et celui des Veufs noirs d’Isaac Asimov, (il en existe d’autres, mais ce n’étaient que deux exemples) voici le Club Diogène créé par Jérôme Sorre et Stéphane Mouret.

Ou plutôt dont les aventures sont narrées par Jérôme Sorre et Stéphane Mouret et créé par Monsieur dont la tête de bébé joufflu repose sur un corps de vieillard et qui intervient de temps à autres dans les récits. « Le club Diogène n’a vœu d’exister que pour contrecarrer l’anesthésie croulante dans laquelle nous maintient la société », déclaration prononcée dans Un péché presque de chair.

Composé de sept membres, cinq hommes, Le Maréchal, D’Orville, Vayec, Franklin et Fédor, et deux femmes, Camille et Lison, ce club évolue dans le Paris de la fin du XIXème siècle, à l’affût de faits divers croustillants et mystérieux.

Ils ne se connaissent que par leur nom d’emprunt, et ne possèdent aucune précision sur leur vie privée. Ils se réunissent le soir rue du Tonneau dans une suite, la 52, d’un hôtel décrépit, l’hôtel Impérial. Ils peuvent se chamailler pour un rien, cela devient un jeu, une joute verbale.

Dans Attention : Traquenard, la nouvelle qui introduit nos personnages, le lecteur est invité à les rencontrer, en chair et en os, une expérience déchirante.

Une amie commune se déroule pendant la semaine sanglante, fin mai 1871. Les Versaillais et les Communards s’affrontent dans des combats sans merci, alors que les denrées viennent à manquer. Le Maréchal, le plus âgé du groupe, accompagné de Lison et Fédor, sent que La Bosse, entité diabolique qui se repaît de la chair fraîche, va sortir de son trou. Tous trois tentent de la pourchasser, de l’annihiler, jusque dans les gargouilles de Notre-Dame ou dans les égouts parisiens jusqu’au Père Lachaise.

Dans Chef d’œuvre, Le Maréchal, doyen du club, vient d’assister à un événement étrange. Un homme s’est emparé de la tête d’un condamné à mort et du panier qui la contenait, avec l’aval du bourreau qui a actionné la guillotine. Qui est donc cet homme, et pourquoi cette emplette d’un genre macabre ? C’est ce que vont s’attacher à découvrir les membres du Club Diogène, dans une enquête qui donnera quelques sueurs froides à l’un d’eux et mettra en scène un personnage mystique et collectionneur.

Ça pour une… met en scène une étrange bestiole tandis que dans Stupre une séance de spiritisme va se clore au cimetière du Père Lachaise.

 

Ce club de l’étrange est un recueil de onze nouvelles plaisantes à lire, écrites dans une langue savoureuse. Cet opus, premier d’une série qui en comporte plusieurs, joue avec la terreur, l'épouvante, mais sans artifice grandguignolesque ou outrageusement sanglant quoique certaines scènes se révèlent assez dégoulinantes. Bref un petit bonheur de lecture.

Un conseil, si vous désirez acquérir cet ouvrage que je vous recommande fortement, évitez de passer par la Zone mais commander le directement chez l’éditeur, cela vous reviendra moins cher et il sera neuf.

 

Jérôme SORRE & Stéphane MOURET : Le Chérisseur de têtes et autres pacotilles pour Le Club Diogène (1871-1877). Collection Absinthes, éthers, opiums N°9. Editions Malpertuis. Parution décembre 2009. 402 pages. 18,00€.

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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 09:33

L'orgueil, un péché capital que certains prônent par intérêt...

Lawrence SANDERS : Chevaliers d'orgueil

Divorcé, Daniel Blank est invité par ses amis et voisins Morton qui lui présentent une jeune femme, Célia Montfort, avec laquelle il se sent rapidement complice. Ils couchent ensemble et, pour lui prouver son amour, il tue à l’aide de son piolet de montagne un inconnu dans la rue. Puis il assassine une seconde fois.

Le capitaine Edward X. Delaney, responsable du secteur 251, doit théoriquement être chargé de l’enquête. Mais il est déchargé de cette affaire au profit de Broughton, premier commissaire adjoint, un homme fort ambitieux. Ce que n’approuvent pas ses supérieurs qui lui conseillent de prendre une disponibilité et de résoudre cette histoire le plus rapidement possible, afin de couper l’herbe sous les pieds de Broughton.

Delaney accepte mais il lui faut avancer à pas feutrés. Il requiert l’aide de Langley, spécialiste des armes et outils anciens en retraite, puis de Monica Gilbert, la veuve de la deuxième victime, ainsi que de Calvin Case, un alpiniste cloué dans son lit à la suite d’un accident de montagne.

Delaney confie à ses adjoints officieux le soin de répertorier les magasins de sport, d’éplucher leurs factures, d’établir des fiches, d’effectuer des recoupements. Pendant ce temps, Daniel qui se sent investi d’une mission de propreté continue son carnage. Une troisième, puis une quatrième victime trépassent sous ses coups de piolet.

Broughton, présomptueux et incapable d’organiser efficacement la chasse au tueur, s’embourbe et Delaney est officiellement chargé cette fois de mener l’enquête à bien.

Daniel est localisé et le policier s’introduit chez lui sans mandat de perquisition. Il découvre quelques preuves matérielles de ses crimes, malheureusement il ne peut s’en servir, son action étant illégale. Utilisant à bon escient et selon leurs capacités les hommes qui lui sont affectés, Delaney organise une surveillance permanente.

 

Premier roman de Lawrence Sanders consacré à sa série des « Péchés mortels », Chevaliers d’orgueil, comme son titre l’indique, met en scène trois personnages habités par le démon de l’orgueil, mais dont les motivations et les procédés diffèrent.

Aussi bien Delaney, Daniel que Broughton sont orgueilleux de nature. Delaney d’une manière terre à terre, prenant son rôle de policier et de justicier à cœur. Broughton, vaniteux et ambitieux, lorgnant du côté de la Maison Blanche, croyant pouvoir résoudre les problèmes de manière arbitraire et considérant les policiers sous ses ordres comme de la simple valetaille.

Daniel s’imposant dans sa société mais se sentant investi d’une mission quasi divine d’épuration, amalgamant passion et rejet d’une homosexualité sous jacente qui ne demande qu’à s’extérioriser. D’ailleurs, il couchera avec Tony, douze ans, le jeune frère de Célia, recherchant d’autres sensations et un besoin de justification de ses actes.

Malgré les six-cents pages du livre, on ne s’ennuie pas dans cette histoire qui parfois se recoupe, le projecteur étant braqué alternativement sur l’assassin et sur le policier.

 

Réédition : Le Livre de Poche Thriller n°7598. Parution 1993.

Réédition : Le Livre de Poche Thriller n°7598. Parution 1993.

Lawrence SANDERS : Chevaliers d'orgueil (The first deadly sin - 1973. Traduction de Gilles Berton). Hors collection. Editions du Masque. Parution septembre 1991.

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 11:46

Quand l'arsenic devient de l'art scénique...

Jean FAILLER : Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu.

Un cadavre découvert à Quimper et voilà le commandant Mary Lester encore sur la route, cette fois en direction de Dinard, en compagnie de son ami et adjoint le capitaine Fortin qui se remet doucement de ses émotions de l'affaire précédente.

L'homme serait mort d'une absorption d'arsenic, mais il n'avait rien à faire près de Quimper, gisant dans un fossé lorsqu'il fut retrouvé par les gendarmes. Il était originaire de Dinard, la Perle de la Côte d'Emeraude, station balnéaire fort prisée en son temps par Agatha Christie, Victor Hugo, et autres personnages célèbres dont je ne m'attarderai pas à vous en fournir une liste exhaustive, une enquête nous attend.

Il a été établi que ce jeune homme était le neveu d'un homme influent, Bonnadieu, qui fut directeur de cabinet au ministère de la Justice, et ce durant quelques vingt-cinq ans. Mais depuis un accident de la route, cinq ans auparavant, il est bloqué dans un fauteuil roulant. Et sa femme, Béatrice, est fortement soupçonnée d'avoir empoisonné Anthony Lemercier, le neveu décédé et adopté par le couple lorsque tout jeune il s'était retrouvé orphelin.

Il est vrai qu'Anthony n'était pas vraiment net et exerçait une forme de chantage auprès de ses parents adoptifs, leur pourrissant la vie, et dilapidant l'argent qu'il récoltait à gauche et à droite et surtout au centre. Les gendarmes de Dinard ayant retrouvé un bocal contenant de l'arsenic dans la cave de la villa Belle Epoque des Bonnadieu, ils ont immédiatement refilé le bébé à leurs collègues de Quimper où a été découvert le corps, et la juge d'instruction a confié la mission à Mary Lester d'aller chercher Béatrice Bonnadieu afin de l'interroger. La pauvre femme est dans un état mental déliquescent, ce qui se comprend, car une garde à vue laisse toujours des traces. Surtout lorsque l'on se déclare innocent.

 

Jean FAILLER : Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu.

Retour à la case départ de l'affaire, c'est à dire Dinard, cette fois en compagnie du lieutenant Gertrude Le Quintrec, une forte femme qui ne s'en laisse pas ni conter ni compter, et cette fois Mary Lester se présente au commissaire Nazelier, chaudement recommandé par le sien de commissaire. Affable, cauteleux, Nazelier lui adjoint un de ses hommes, Bernoin, avec lequel elle partagera un bureau décrépit, pour ne pas dire insalubre. Un mauvais point pour Nazelier, suivi bientôt par un carton jaune. En effet il fréquente un peu trop, jusque sur les greens de golf, ou plutôt les links puisqu'il s'agit d'un terrain en bord de mer, un certain Antonio Morelli, homme d'affaires influent possédant de nombreux hôtels, restaurants et boites à Dinard et ses environs, mais pas très net.

Mary Lester en profite pour s'adonner à la dégustation de produits locaux, telles les fameuses huîtres de Cancale, tout autant pour les besoins de l'enquête que pour la satisfaction personnelle de ses papilles.

Et c'est dans ce contexte que Mary Lester et Gertrude sont amenées à enquêter, mettant à jour un curieux chantage dont était victime madame Bonnadieu, mais également soulevant un coin du voile sur une ancienne affaire qui avait décrié la chronique dans les années cinquante, le talc Baumol.

Jean FAILLER : Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu.

Les aller-retour Dinard-Quimper sont fréquents, Mary Lester ayant besoin pour l'enquête de commissions rogatoires, délivrées par la juge Laurier en charge de l'affaire, et des compétences de Passepoil, l'informaticien du commissariat. Les affrontements entre les deux femmes ne manquent pas de saveur, la juge étant imbue de ses prérogatives et pète-sec.

Mary Lester se montre une redoutable rhétoricienne, aussi bien vis-à-vis de la juge Laurier qu'envers le commissaire Nazelier ou encore Maître Lessard, l'avocat et ami de la famille Bonnadieu, ce qui engendre des dialogues savoureux, dialogues au cours desquels l'auteur, Jean Failler, se montre quelquefois acerbe, ironique et mettant les pieds dans le plat, éclaboussant tout avec allégresse.

L'art de passer son humeur ou d'exprimer des vérités premières en laissant ses personnages dialoguer.

La connerie, c'est la chose la mieux partagée dans ce pays. D'ailleurs, elle gagne du terrain tous les jours. C'est même le seul terrain où les administrations sont en pointe.

Ou encore, concernant le bac :

Les examinateurs ne paraissent plus aussi exigeants qu'autrefois, quand ils éliminaient impitoyablement nos grands-parents pour cinq fautes dans une dictée de certificat d'études. Si vous voyiez les rapports que rédigent certains de ces bacheliers ces dernières couvées !

Sans être prétentieux, Jean Failler s'amuse à comparer la réalité, via les aventures de Mary Lester, à la fiction :

La brave cuisinière était férue des enquêtes que Mary lui racontait et elle n'hésitait pas à proclamer qu'elle préférait cent fois cela aux séries policières de la télévision.

Il est que Mary Lester, si elle a eu les faveurs d'un téléfilm et d'une courte série, mérite mieux.

Un roman de facture classique avec un joli tour de passe-passe que n'aurait pas désavoué Dame Agatha et qui se clôt avec une sorte de nostalgie et l'impression que de grands changements, voire des bouleversements, vont se produire au cours des prochains épisodes.

Jean FAILLER : Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu. 2 volumes. Série Les enquêtes de Mary Lester N°46 et 47. Editions du Palémon. Parution le 22 avril 2017. 270 & 288 pages. 10,00€ chaque volume.

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 07:59

A ne pas confondre avec La courtine de Lise...

Gilles SERVAT : Skinn Mac Dana ou la courtise de Lirn.

Auteur-compositeur-interprète, Gilles Servat est avant tout un poète, chanteur rebelle, barde et chantre des cultures bretonne et celtiques.

Tout le monde se souvient de La blanche hermine qui figure sur son premier disque, enregistré en 1971, et surtout de son prologue qui indisposa ou irrita bon nombre d'auditeurs et de festivaliers par son engagement humaniste. Une chanson protestataire devenue une sorte d'hymne non officiel de la Bretagne.

Depuis, la roue a tourné et Gilles Servat se produit toujours, toujours aussi rebelle et bretonnant, fidèle à lui-même, avec Dan Ar Braz et l'Héritage des Celtes. Un sacré bonhomme, la simplicité même, abordable, et merveilleux conteur.

En 1995 paraît Skinn Mac Dana, le premier volet des Chroniques d'Arcturus et qui comprend à ce jour sept volumes. Mais Skinn Mac Dana est une nouvelle version de La naissance d'Arcturus paru en 1986 aux éditions Kornog à Morlaix.

 

Skinn Mac Dana, épris d'évasion, a quitté sa planète d'origine, Erth, à bord d'un engin spatial. Celui-ci tombe en panne et Skinn parvient à s'en extraire sautant en parachute sur la planète Bré. Son arrivée ne passe pas inaperçue de la princesse Lirn, et des habitants du petit royaume de Delienn, l'un des cinq états composant l'île-continent et unique terre de Bré.

Mais Skin Mac Dana est accueilli et agressé par une bête fabuleuse, particulièrement agressive, et il parvient à s'en défaire non sans dommage. Son casque l'a protégé de l'hypnose dont se sert l'animal, un nerden, et les soldats de Delienn, lorsqu'ils le recueillent évanoui, n'en reviennent pas de cet exploit.

Le royaume de Delienn vit des heures sombres. Son champion vient de mourir et comme souvent dans ces cas-là, le royaume voisin, Tir, jette un œil concupiscent sur Delienn. Seul un nouveau champion pourrait tirer le royaume de l'embarras, et Arstan, un chevalier orgueilleux et amoureux de Lirn, se propose de prendre la place libérée.

Entre Lirn et Skinn Mac Dana, des relations amicales, affectueuses, voire plus, se tissent. Elle apprend au nouvel arrivant la langue et les us et coutumes de Bré afin qu'il s'intègre facilement sur sa nouvelle patrie. Pourtant c'est avec Ners, une servante, qu'il couche à l'insu de tous. La jeune femme l'a rejoint en catimini dans sa couche et ils pourraient passer ensemble des nuits merveilleuses si la jeune femme ne décédait, empoisonnée. Un breuvage qui sans nul doute était destiné à Mac Dana. Mais avant de mourir elle a le temps de lui offrir Solution Brutale, une épée qui l'aidera à affronter les épisodes difficiles et mouvementés qui l'attendent.

Le jeune homme porte immédiatement ses soupçons sur Arstan, d'autant qu'il déjoue une autre tentative de meurtre à son encontre. Krisan, le champion de Tir s'immisce dans les affaires de Delienn et il s'arroge le droit de prétendre à Lirn. Un rude combat oppose Arstan et Krisan, et comme il ne faut qu'un vainqueur, c'est Arstan qui en fait les frais.

Skinn Mac Dana devient le garde du corps de Lirn, l'ayant sauvée d'une attaque de nerdud (pluriel de nerden), et s'appelle dorénavant Kilirné. Seulement un obstacle se dresse devant lui : il n'a pas le droit de coucher avec Lirn.

Krisan emmène Lirn et son garde du corps en son royaume mais la jeune femme et Kilirné s'enfuient, échappant aux soldats qui accompagnent la troupe. Ils parviennent à se réfugier dans le royaume du grand-père de Lirn, et après quelques vicissitudes et péripéties dont se sort victorieusement Skinn Mac Dana, il épouse Lirn et tous les deux deviennent parents. Entre temps Skinn Mac Dana affronte nerdud et autres monstres, et il hérite du territoire ainsi nettoyé.

Lorsque l'enfant paraît, dans le ciel l'étoile Arcturus se transforme en nova et le gamin est ainsi nommé Arcturus. Mais pour Skinn Mac Dana les aventures périlleuses ne sont pas terminées.

 

Dans une ambiance d'Héroïc-Fantasy, ce premier volet du cycle d'Arcturus est presqu'un hommage déguisé aux coutumes, aux mythes et au mode de vie celtes. D'ailleurs il existe des drwidhs, sorte de médecins-sorciers et prêtres, que l'on peut comparer aux druides celtes.

Si les combats sont furieux, la jalousie prégnante, les interdits nombreux sur Bré (diminutif de Bretagne ?), le roman est empreint de poésie et de lyrisme, mais également d'un réalisme anarchiste, d'une revendication militante à l'égal des textes des chansons de Gilles Servat.

 

Ce roman est toujours disponible aux éditions de l'Atalante.

 

Gilles SERVAT : Skinn Mac Dana ou la courtise de Lirn. Les chroniques d'Arcturus. Bibliothèque de l'évasion. Editions de l'Atalante. Parution février 1995. 350 pages. 17,00€.

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 13:05

C'est dur de partir, de laisser au pays une femme enceinte et de bonnes terres labourables.

Jean-Claude PONÇON : Le fantassin d'argile.

C'est d'autant plus dur qu'il faut rejoindre le front, du côté de Reims. Et Louis ne comprend pas, et il n'est pas le seul, pourquoi il est mobilisé. Sûr qu'il serait mieux à la ferme en ce mois de juin 1916, alors que Marie est sur le point d'accoucher et qu'il va falloir rentrer les foins puis les blés. Alors, dans les tranchées, Louis se morfond, malgré les orages d'obus allemands.

Il pense à Marie, à son futur bébé. Mais il a peur, peur que Marie le trompe. Avec le notaire ou encore le mitron dont elle l'entretient dans ses lettres. Alors l'idée de déserter s'incruste dans l'esprit de Louis et il prépare des vivres dans une musette qu'il cache dans une grange. Un accident cardiaque le conduit à l'hôpital. Il fait la connaissance d'une infirmière et tous deux sympathisent. Elle va jusqu'à lui procurer des vêtements civils.

Là-bas, dans la Beauce, Marie accouche d'un petit garçon. C'est une femme de la ville et si elle aime la campagne, la vie à la ferme ne l'enchante guère. Mais elle est charnelle et Louis le sait. Alors il s'inquiète. Comment réagit-elle, maintenant qu'elle est mère, délivrée et seule?

Un soir, il saute le pas et déserte. Lorsqu'il arrive à la ferme, après un long périple pédestre, il la surprend dans les bras d'un homme.

 

Chronique intime d'une vie ordinaire durant la Première guerre mondiale, Le fantassin d'argile nous compte les affres d'un homme attaché à sa terre, à sa femme, et qui se retrouve déboussolé‚ loin des ses attaches. Il n'a pas demandé à partir et la jalousie le tenaille. Il n'a pas confiance : sa femme n'est pas issue de son milieu et elle ne s'est pas véritablement intégrée à sa nouvelle famille, aux travaux de la terre qu'elle a toujours dédaignés.

D'ailleurs le ménage ne s'était pas installé dans la ferme familiale. Ils vivaient à la ville et Louis tous les jours partait à vélo pour soigner les bêtes et s'occuper des travaux des champs.

Mais ce roman consacré à un couple durant la Première Guerre Mondiale met en exergue l'antagonisme qui existe entre le monde rural et la Ville. Et l'on s'aperçoit que la guerre engendre des dommages collatéraux à l'encontre d'individus qui sont envoyés sur le front pour des causes belliqueuses auxquelles il ne comprennent ni les tenants ni les aboutissants.

Un roman sobre et qui transpire l'amour de la nature.

 

Réédition Pocket. Parution 15 juin 2006. 188 pages.

Réédition Pocket. Parution 15 juin 2006. 188 pages.

Jean-Claude PONÇON : Le fantassin d'argile. Collection Terra. Le Cherche Midi éditeur. Parution octobre 1994. 188 pages.

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 10:03

Où Panthéra passe, l'ennui trépasse !

Pierre-Alexis ORLOFF : La mère de Panthéra.

Il aura fallu attendre trois ans pour retrouver nos amis, Panthéra et consorts, que l'on avait laissé en piteux état, dans une situation périlleuse mais pas désespérée, quoique, on ne sait jamais avec l'auteur. Certains protagonistes ont quitté définitivement la scène, d'autres sont mal en point physiquement et moralement.

Heureusement, grâce à la magie des blogs, dont celui-ci en particulier, vous pouvez suivre en intégralité ou presque cette histoire ô combien édifiante, pittoresque, démoniaque, échevelée, et tout ce que vous voulez de positif, en quelques jours.

Donc Panthéra a réussi à s'échapper mais elle a été touchée gravement à une jambe par les balles tirées par l'inspecteur (stagiaire) Carlier. Elle se réfugie derrière une voiture, affalée sur le trottoir, et elle sera récupérée quelques temps plus tard par son amie Tanya, qui avait senti l'embrouille venir grâce, ou à cause, d'un article journalistique écrit par Renouard dans Soir Nouvelles.

Article qui d'ailleurs a engendré en partie cette réunion inopinée. Et Renouard s'en mord les doigts tout en buvant, rentré chez lui, verre sur verre, ce qui l'oblige à rester cuver dans son lit et même par terre. Ce qui n'est pas plus mal, pendant ce temps il n'écrit pas n'importe quoi, même s'il approche plus ou moins de la réalité.

Carlier a préféré tirer sur Panthéra au lieu d'abattre Faustus le faune, le laissant s'enfuir rapidement, juché sur ses sabots sans passer par la Lorraine. Et cet incident va lui coûter cher. Va leur coûter cher devrai-je préciser. Car Fautus est mis à l'index par son employeur Marcel, enfin par son fils Antoine, qui n'apprécie pas vraiment le genre de bévue dont s'est rendu coupable le satyre. Quant à Carlier, il se voit proposer une promotion loin de Paris, à Cahors. Il ne se résigne pas à entrer dans un placard et préfère démissionner, au grand dam de sa femme qui ne s'était marié avec lui que parce qu'il avait embrassé la profession de policier. Ah, l'amour de l'uniforme ! Et Carlier est embauché par l'avocat Formellot pour réaliser quelques opérations de filature.

Passons rapidement sur la présence d'Erynia, la nymphe qui accompagnait Carlier, sur les blessures de Percival Arlington qui s'en remettra, et les autres participants de cette joyeux rassemblement qui aurait pu tourner au drame, et tournons notre regard vers Marcel Duchard qui a la bonne idée de décéder, Antoine ayant décidé de prendre définitivement sa place. Et son amie Berthe Windgassen se mue en Jane Camden, afin de ne pas dépareiller par rapport à son ami Duchard fils.

 

L'article de Renouard ne pas inaperçu non plus d'un ancien nazi réfugié en Bolivie, et qui fut vingt ans auparavant le complice de Duchard, de Windgassen, et d'un prêtre, Honorin, devenu prélat. Et Heinrich von Verschtaufen, ancien colonel de la Waffen SS, décide de venir à Paris, endroit qu'il n'a pas fréquenté depuis des années alors qu'il se rend régulièrement à Londres.

 

Et voilà, tous les personnages sont mis en place ou presque. Dorilien le farfadet compagnon habituel de Faustus, a eu la tête tranchée par Panthéra, mais ne le plaignons pas, il le méritait.

Non, l'incident primordial a été déclenché par Faustus le satyre qui avait commencé à envoûter Panthéra, obligeant la jeune femme à retirer sa cagoule et à avouer son nom, Alice de Sérigny. Et ce patronyme fait réfléchir Marcel/Antoine Duchard et Berthe Windgassen/Jane Camden. Une hypothèse qui les laisse rêveurs se forge dans leurs esprits, les ramenant vingt ans en arrière.

 

Aventures endiablées pour ce troisième opus et ce n'est pas fini, tant mieux pour le lecteur qui se prend d'addiction pour Panthéra. D'autant que l'auteur en révèle un peu plus sur la genèse en incluant dans son récit des épisodes qui se sont déroulés en octobre 1943. Rappelons que les événements décrits se déroulent eux en 1963.

Michel Pagel, zut je l'ai dit, Michel Pagel signe donc un roman-feuilleton en tout point remarquable sans omettre quelques références littéraires, voulues ou non.

Ainsi, si Michel Pagel a pris pour pseudonyme Pierre-Alexis Orloff, ce n'est pas innocent. Mais disséquons, un peu seulement, faut en laisser pour les autres.

Orloff, de son prénom Tania, n'est pas un rôti, mais un personnage de la série Bob Morane. Et on retrouve une Tanya dans ce feuilleton. Tandis que le prénom Pierre-Alexis nous renvoie à Pierre-Alexis de Ponson du Terrail, le créateur de Rocambole, d'ailleurs les aventures de Panthéra sont effectivement rocambolesques. Et puisque l'on cite le nom de Terrail, signalons au passage que le supérieur hiérarchique de l'inspecteur stagiaire Carlier se nomme Duterrail. Et précisons que le commissaire chargé de reprendre l'affaire retirée à Carlier s'appelle Malet, Léon Malet. Comme le monde est petit ! Mais les grands hommes ne manquent pas ! Et pour finir la romancière Marie-France d'Aygues-Vives, dont Alice de Sérigny est la secrétaire lorsqu'elle n'enfile pas la combinaison de Panthéra, écrit un roman qui a pour titre Marion. Faut-il y voir un clin d'œil à la série des Marion de Georges-Jean Arnaud, quinze romans au total publiés sous le pseudonyme d'Ugo Solenza ? Georges-Jean Arnaud, né à Saint-Gilles du Gard, commune du Gard, tout comme, non pas Aygues-Vives qui se situe en Haute-Garonne, mais Aigues-Mortes.

 

Pour commander cet ouvrage, placez le curseur de votre souris sur le lien suivant :

Si vous préférez la version numérique c'est par ici :

Pierre-Alexis ORLOFF : La mère de Panthéra. Panthéra, roman feuilleton, épisode numéro 3. Introduction de Jean-Marc Lofficier & Jean-Luc Rivera. Collection Noire N°69. Editions Rivière Blanche. Parution novembre 2014. 248 pages. 17,00€.

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 09:44

Toute la musique que j'aime, elle vient de là elle vient du blues...

Doug ALLYN : Juke-box Cadillac.

Motown est le nom d’un célèbre label de disques de chanteurs de soul et de blues, mais c’est également le surnom de Détroit, la cité de l’automobile.

Si Tommy DeMeo est devenu un délinquant, peut-être est-ce la faute de sa mère. Peut-être en possédait-il les gènes aussi. Car son père, Bello, était le complice de Moishe Abrams, qui possède des juke-boxes et rackette pour le compte d’un capo de la Mafia dans le quartier noir de Motown. Son père est décédé alors qu’il était jeune. Il ne l’a pas connu et a été élevé par sa mère, qui récoltait les hommes, en pressait le jus mais ne savait pas les garder.

Le drame a éclaté lorsqu’il surprend l’adjoint du shérif, Wes McKinney, en train de tabasser sa mère. S’emparant d’une batte de base-ball, il lui fracasse le poignet alors que l’homme est en train de se rafraîchir, et peut-être raconter ses exploits dans un bar. Bénéfice net pour Tommy, qui n’a que seize ans, un an de prison. Mais ses codétenus apprécient la chair fraîche et de nouveau il doit se rebeller afin d’éviter de subir des outrages sexuels. Ce qui lui joue bien évidemment un mauvais tour.

A sa sortie de prison il part pour le Sud chez son grand-père fermier. Passionné par les véhicules automobiles, il cumule le travail à la ferme et un emploi chez un garagiste local. Mais il est mal vu par les autochtones et pour s’affirmer il entre dans un club de boxe où il apprend les rudiments du noble art. Ses poings lui servent souvent à se faire respecter, jusqu’au jour où son grand-père est victime d’un accident cardiaque. Le shérif local et le pasteur, qui est aussi banquier, lui démontrent que la ferme leur appartient pour la fallacieuse raison d’un arriéré d’impôts fonciers, et qu’il n’a plus qu’à dégager. Retour pour Tommy à la case départ, c’est-à-dire Détroit.

Il est engagé par Moishe Abrams pour l’aider à récolter les enveloppes que lui doivent commerçants et autres, seulement l’affaire tourne mal auprès d’un chanteur guitariste de blues dans le quartier noir, Maurice Walker surnommé Mojo. Mojo se défend à l’arme blanche, Tommy est légèrement blessé, Moishe plus sérieusement atteint tandis que Mojo est bon pour le cimetière qui ne sera autre qu’un marécage, son véhicule servant de linceul. Tandis que Moishe se remet lentement à l’hôpital, Tommy s’installe dans le bureau minable de son mentor et prend la relève en tant que facteur, mais au lieu de distribuer les enveloppes, il les récolte.

Il lui faut parfois user d’arguments frappants, et dans un bar où il attendu comme un chien dans un jeu de quilles il est obligé de défendre sa peau laissant sur le sol quelques cadavres. Et il sait que McKinney guette la moindre occasion de se venger. Il possède deux passions, les belles et grosses voitures américaines, et ses connaissances acquises dans le Sud lui permettent parfois d’en emprunter au nez et à la barbe de leurs propriétaires légitimes, ainsi que la musique. Pas n’importe quoi comme musique. S’il a une coiffure à la Elvis, c’est parce que c’est la mode, mais le blues le fait chavirer, lui petit blanc d’origine italienne. Et lorsque la possibilité lui est offerte de s’offrir le studio d’enregistrement de Mojo, qui à cause de son décès n’a pas pu régler sa dette, il nage dans le bonheur.

Et comme Moishe possède plus de trois cents juke-boxes disséminés dans divers bars et clubs, il accepte, après mûre réflexion, la proposition de Léo Brown.

La plupart des musiciens noirs sont dépendants des studios d’enregistrements officiels, mais il n’existe que de trop rares stations de radio qui diffusent leur musique. Aussi, puisque maintenant Tommy possède un studio, celui de Mojo qu’il a récupéré, il n’y a qu’à presser des vinyles et en inonder les juke-boxes, avec des programmations qui permettront, par des passages en boucle, de mettre en valeur la production de musiciens noirs. Enfin, il est subjugué par Martika, la belle secrétaire du studio, une jeune femme volontaire à la tête sur les épaules. Cette double passion musicale va-t-elle l’inciter à sortir de l’ornière dans laquelle il semble s’enfoncer irrémédiablement ? D’autant qu’il doit se plier aux exigences de l’employeur de Moishe, devenu le sien, et de ses hommes de main.

 

Ecrit parfois à coups de serpe, ce roman qui ressemble à une biographie, est placé sous le signe du blues et du soul. D’ailleurs y sont évoqués des musiciens et interprètes tels que Bo Didley, John Lee Hooker, Dinah Washington, les Shirelles, Sam Cooke, Lightning Slim et bien d’autres qui évoluèrent aussi dans le rock, celui des origines. Un roman qui me fait penser, par les thèmes traités, à Willy Mélodia d’Alfio Caruso ou à des auteurs de romans noirs comme Marvin H. Albert alias Tony Rome et Nick Quarry. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne possède pas sa propre atmosphère, au contraire. La plongée dans l’univers musical, auréolé du prestige de la Motown, la présence de musiciens qui ont fait la réputation du label, imprègnent ce roman qui se lit avec une petit pointe de nostalgie.

Un auteur que je découvre et que j’aurai plaisir à retrouver.

Enfin, petite précision, à ne pas confondre avec Cadillac Juke-box de James Lee Burke.

Doug ALLYN : Juke-box Cadillac. traduction de Fabienne Duvigneau. Collection Rivages/Thriller. Editions Rivages. Parution 13 octobre 2010. 400 pages. 22,00€.

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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 15:11

L'argent contre l'amour !

Jules VERNE : Un billet de loterie.

Loin des romans d'aventures exotiques, mystérieuses, scientifiques, voire didactiques ou pédagogiques, Un billet de loterie, tout comme Le Pilote du Danube, Famille-Sans-Nom, ou encore César Cascabel, s'attache à s'intéresser au sort d'une famille sans pour cela que les protagonistes effectuent un long voyage ou alors, s'ils le font, l'auteur ne s'appesantit pas dessus et surtout sur des découvertes extraordinaires.

Un billet de loterie s'apparente plus à un roman d'amour qu'à une exploration aventureuse et périlleuse, même si certains épisodes dont le caractère de dangerosité est évident mais nécessaire pour présenter quelques personnages y sont intégrés.

Dans le comté de Telemark, situé au sud de la Norvège, vit une famille composée de la mère, Dame Hansen, et de ses deux enfants, Hulda et Joël, ainsi que d'un cousin, Ole Kamp, adopté à la mort de ses parents. Elle est veuve et tient une auberge fréquentée surtout l'été par les touristes venus visiter la région.

Si Hulda, qui n'a que dix-huit ans, aide sa mère, Joël sert de guide aux touristes et Ole est marin. Il s'est embarqué sur un chalutier un an auparavant et il donne régulièrement de ses nouvelles depuis Terre-Neuve. Sa dernière lettre remonte à un mois, annonçant son retour entre le 15 et 20 mai, de l'année 1862, et déjà toute la famille s'apprête à fêter les noces. Seulement le temps passe, Ole ne rentre pas. Le navire aurait-il fait naufrage ?

Un individu arrive à l'auberge, et sans se présenter, demande gîte et couvert. Rien ne lui agrée, tout lui déplait, il dénigre, mais pour autant, tel un maquignon, il examine, il observe, il vérifie, il calcule, comme si l'auberge allait tomber dans son escarcelle. Dame Hansen ne voit pas d'un bon œil ce client désagréable, mais lorsqu'enfin il part en inscrivant son nom sur le registre, elle pâlit et devient renfermée, déchirant la note qu'elle avait préparée.

Ole ne donne toujours pas de ses nouvelles et cela devient de plus en plus inquiétant. Pour autant la vie continue, et Joël doit rejoindre un touriste afin de lui faire visiter le pays. Il incite Hulda à l'accompagner afin de lui changer les idées, et il fait bien car lorsqu'ils arrivent au point de rendez-vous, c'est pour découvrir le touriste dans une situation inconfortable, en équilibre instable sur les chutes du Rjukanfos. Ils parviennent à sortir Sylvius Hog du mauvais pas dans lequel il s'était fourvoyé, lui épargnant une dégringolade mortelle.

Sylvius Hog n'est pas un touriste banal. Il est professeur de législation à Christiania et député au Storthing, et est connu, apprécié et honoré dans le pays norvégien qui à l'époque était sous la domination du roi de Suède. Hog possède de nombreuses relations, et est ami avec les armateurs du Viken, le bateau de pêche sur lequel Ole est devenu maître, grâce à ses qualités. Aussi, en remerciement de son sauvetage inespéré, il envoie des courriers un peu partout afin de savoir ce qu'est devenu le navire, et par voie de conséquences les marins-pêcheurs qui étaient à bord. Et c'est ainsi qu'un jour, alors que la date fatidique du retour est largement dépassée qu'il reçoit un pli de la Marine, pli qui contient entre autre un billet de loterie qui avait été enfermé dans une bouteille jetée à la mer. Au dos de ce billet, un mot de Ole expliquant que le navire est en perdition, qu'il sombre dans les eaux glaciales et témoigne de son amour à Hulda.

 

Mais ce billet de loterie attise l'envie et nombreux sont ceux qui sont prêts à l'acheter. Les enchères montent rapidement, car si par hasard, ce billet était gagnant, on peu toujours rêver, il rapporterait à son heureux possesseur la coquette somme de cent mille marks. Cela ne rendra pas Ole à Hulda, mais il lui reste au moins un souvenir de son fiancé. Or Dame Hansen doit une forte somme à Sandgoïst, qui rime avec égoïste, ayant effectué des placements malheureux et son auberge étant hypothéquée.

Série Jules Verne inattendu. 10/18 N°1274. Parution 4ème trimestre 1978.

Série Jules Verne inattendu. 10/18 N°1274. Parution 4ème trimestre 1978.

Loin des longues, et parfois fastidieuses, descriptions dont Jules Verne aimait émailler ses récits d'aventures, Un billet de loterie met en situation une famille banale, si l'on peut s'exprimer ainsi, confrontée à un double problème, la perte d'un être cher et le manque d'argent par impécuniosité ou maladresse dans des placements d'argent.

Face à cette famille, surtout le frère et la sœur, qui essaient de ne pas perdre courage devant l'adversité et les nouvelles guère rassurantes, voire négatives, se dressent deux hommes au comportement totalement contraire. Si le député est proche des petites gens, l'usurier est surtout proche de son portefeuille et le malheur l'indiffère. Car seul l'argent qui devrait rentrer dans son escarcelle l'importe, malgré le tollé général provoqué par sa conduite.

Moraliste et empreint de bons sentiments comme on pouvait en trouver sous la plume d'Hector Malot par exemple, dans Sans famille ou En famille, Un billet de loterie est un roman plaisant, touchant, agréable à lire, frais et n'ayant pas subi les outrages du temps. On se rend compte combien étaient tributaires des moyens de communication les habitants vivant dans des villes ou villages plus ou moins isolés, mais que pour autant ils prenaient leur mal en patience, sans accuser qui que ce soit.

Il est évident que ce roman a été écrit pour l'édification de la jeunesse, mais les adultes ne doivent pas bouder leur plaisir à la lecture de ce roman de Jules Verne, moins connu que Vingt mille lieues sous les mers, Michel Strogoff, Le tour du monde en quatre-vingts jours ou Cinq semaines en ballon, mais plus proche de nous par bien des côtés.

Certains, que je n'ose qualifier de rabat-joie, pourraient penser que ce roman possède une trame simpliste pétrie de bons sentiments, ce que je concède volontiers, mais il faut savoir garder son âme d'enfant, et même si l'épilogue est par trop heureux, il s'agit d'une preuve d'optimisme non négligeable à une époque où tout nous amène à douter et à nous plaindre dès le premier accroc.

 

Jules VERNE : Un billet de loterie. Collection Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 16 mars 2017. 224 pages. 11,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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