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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 09:42

Qu'elle est belle ma Bretagne quand elle pleut...

François CADIC : Les contes et légendes de Bretagne.

Les contes et légendes font partie du patrimoine culturel tout comme la cuisine de terroir. Ils sont immuables et pourtant chacun apporte son grain de sel et son savoir-faire.

Si de nos jours, Claude Seignolle s'érige en chantre incontestable des contes et légendes des provinces françaises, il ne faut pas oublier qu'auparavant des glaneurs avaient déjà récolté ces histoires qui se contaient le soir au coin du feu. Au XIXe siècle les colporteurs transportaient les almanachs contenant, outre les marées, les phases de la lune, les jours de marché, et autres renseignements indispensables à la vie quotidienne dans les campagnes, et ces contes, signés ou anonymes, y figuraient en bonne place. Puis des collecteurs prirent le relais ou complétèrent ce qui était déjà présent, en rédigeant des ouvrages qui aujourd'hui nous sont restitués.

Ainsi l'abbé François Cadic, né à Noyal Pontivy dans le Morbihan, le 29 septembre 1864, décédé le 27 juillet 1929 à Saint-Jean-Brévelay, Morbihan, est un écrivain et folkloriste breton. Il enseigne l'histoire dans le collège de Jésuites à Paris, puis occupe en 1897 la chaire d'histoire de l'Institut catholique de Paris et fonde la même année, la Paroisse bretonne de Paris. Il est considéré de nos jours encore comme l'un des meilleurs collecteurs de la tradition orale de la Basse-Bretagne.

 

Ces prolégomènes terminés, passons au contenu de l'ouvrage qui comporte quelques illustrations, des dessins en noir et blanc, et un commentaire explicatif, à la fin de chaque historiette. Deux parties titrées Les puissances inférieures et Les revenants composent ce volume dont la préface est signée de l'auteur.

Justement, cette préface met d'abord en évidence, pour l'auteur, le besoin et le côté utile de glaner ces histoires et de déplorer l'abandon des traditions. Rappelons que cet ouvrage a paru en 1919 avec les commentaires explicatifs, une première édition ayant été réalisée en 1914 et comportant en plus Les puissances supérieures.

La légende s'en va. Notre siècle de sciences positives lui sera mortel. Bientôt de ces fictions merveilleuses qui enchantèrent l'imagination de nos pères et bercèrent la douleur humaine il ne demeurera plus qu'un vague souvenir ou des débris informes. Déjà on a peine à en retrouver quelques dépositaires.

François Cadic faisait montre de pessimisme, et grâce à lui et quelques confrères en écriture, puis de la part d'éditeurs qui exhument ou publient de nouveaux conteurs, les légendes et traditions perdurent, trouvant même parfois un regain de verdeur.

Dans Les puissances inférieures, la part belle est faite au Diable ou au Malin comme il était coutume de l'appeler et de le surnommer Polik ou Guillaume. Il passe un marché, la plupart du temps avec un meunier ou un tailleur, mais ceux-ci parviennent, parfois, à déjouer les pièges et à contrarier son pacte. Et ces puissances inférieures sont les diablotins que le Malin a pêché avec son épuisette et n'ont pas su contrarier son dessein. Et avec les commentaires explicatifs qui suivent chaque légende, légendes situées dans le Pays vannetais et une partie de la Cornouaille, on apprend que les meuniers et les tailleurs représentaient une caste à part, les paysans dépendant d'eux, surtout pour la farine et le pain. Quant aux tailleurs, leurs travaux d'aiguille leur évitaient d'être affligé de mains calleuses.

 

La seconde partie, Les revenants, comme son titre l'indique, est consacrée aux disparus qui ont quelque chose à se reprocher, des indélicatesses commises à l'encontre de leurs voisins, et qui reviennent sur terre, abandonnant pour un temps le purgatoire où ils végètent, pour réparer leurs fautes.

Des paysans qui empiètent sur les lopins de terre de leurs voisins, des religieux qui doivent se faire pardonner une faute quelconque et reviennent afin d'assister le recteur. Mais tous les villageois ne sont pas empreints de catholicisme, et certains empêchent la rémission des péchés.

 

L'une des propriétés remarquables de la Bretagne, ce sont les calvaires qui fleurissent au bord des routes, des carrefours, ou des places. Et en bon prêtre qu'il était, François Cadic ne peut s'empêcher de jeter l'anathème sur les révolutionnaires.

En vain les barbares iconoclastes de la Révolution se sont-ils efforcés de les déraciner, les calvaires ont redressé la tête, plus nombreux que jamais.

 

Si dans l'imaginaire breton l'Ankou, la personnification de la mort, et les korrigans, ou poulpiquets, des lutins farceurs, sont souvent les personnages emblématiques des légendes et contes, François Cadic les évite préférant s'attacher au Diable et ses serviteurs, les diablotins, et aux revenants, car il s'agit bien de mettre en exergue les fautes et de montrer que la pénitence et le pardon peuvent être octroyés même après la mort. Et de fait, le lecteur n'a pas l'impression de lire ou relire des histoires qu'il connait déjà mais de s'immiscer dans un monde parfois onirique et il découvrira une partie de la Bretagne en dehors des ouvrages touristiques convenus.

 

Sommaire :

Préface.

 

Les puissances inférieures.

Le mystère du Blavet

L'étang de Renorche

La ronde des damnés

Le moulin du Ruello

Travail de diables

Le tailleur de Melrand

Le forgeron de Locoyarne

Le cavalier infernal

Les sabots de Noël

 

Les revenants :

Le revenant du Miz du

Bien d'autrui tu ne prendras

A la recherche de la peur

Le moine du Castennec

Le marquis de Pontiez

Le fils du roi de France et le mort

La maison du naufrageur

L'ermite et le damné

François CADIC : Les contes et légendes de Bretagne. Collection Contes et Légendes. Editions Marivole. Parution Mai 2017. 160 pages. 20,00€.

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 08:43

Lady Day, un fruit étrange...

Billie HOLIDAY : Lady sings the blues.

Eleonora aurait pu s’appeler Cendrillon, tant sa jeunesse, son adolescence, sa vie même, seront calqués sur cette héroïne de conte pour enfant. Mais aucun prince charmant ne lui offrira une paire de chaussures de vair, et les souliers vernis qu’elle portera, elle se les aura achetés avec ses propres deniers.

Mais avant de devenir Lady Day, sobriquet affectueux donné par Lester Young, qu’elle même avait surnommé Prez, Billie Holiday, puisque c’est bien d’elle dont il s’agit, aura connu bien des déboires, des misères, des incidents, des viols, des enfermements en maison de redressement, la prison, des brimades familiales, des injures raciales, puis la drogue, toutes choses dont un enfant ne possédant pas sa force de caractère, aurait eu du mal à se relever.

Dès sa naissance, cela s’était mal engagé. Sa mère n’avait que treize ans, son père quinze, et quand ils se sont mariés, Billie en avait trois. Son père rêvait d’être trompettiste mais les aléas de la guerre firent qu’il rentra gazé, les poumons en capilotade. Il se reconverti en guitariste, et au bout de quelques temps trouva un engagement dans l’orchestre de Fletcher Henderson. Sa mère obligée pour gagner son pain, travailla comme boniche, et la confia à la cousine Ida, laquelle avait déjà deux enfants et vivait avec les parents et l’arrière-grand-mère.

Outre les tabassages répétés que la cousine Ida ne manquait pas de lui infliger pour n’importe quelle raison, la plupart du temps sans raison valable, le premier grand choc qu’eut Billie fut de se réveiller coincée dans les bras de l’arrière-grand-mère morte. Afin de se faire un peu d’argent elle lava les perrons blancs des bourgeoises blanches. Lorsqu’elle a commencé à chanter, ce fut pour des picaillons, mais elle courra toujours après l’argent, même lorsque les cachets devinrent conséquent. Faut dire qu’elle se laissait arnaquer naïvement, fallait qu’elle paie sa chambre, ses repas, ses tenues de gala, ses déplacements. Et ce ne sont pas ses enregistrements qui lui assuraient un pécule.

Les faces enregistrées étaient payées au compte gouttes, à la séance, et après, lorsque les disques marchaient bien, avaient du succès, c’étaient les compagnies qui empochaient. Les musiciens, les chanteurs ne touchaient pas de royalties. Et nous étions loin du piratage Internet dénoncé actuellement par les majors.

Elle se sera produit avec les plus grands orchestres et musiciens, Benny Goodman, Lester Young, Ben Webster, Louis Armstrong, et tant d’autres. Dans des clubs huppés ou minables, parfois à sa grande honte. Ne lui a-t-on pas demandé un soir de se foncer la peau car elle était jugée trop claire aux yeux d’un propriétaire de club, en comparaison de ses musiciens.

Le racisme du Sud et du Nord, différents dans leur approche mais tout aussi inconvenant, blessant, désobligeant, offensant, choisissez le qualificatif il ne sera jamais assez fort, elle le subira tout au long de sa vie.

Née le 7 avril 1915, décédée le 17 juillet 1959, Billie Holiday aura vécu un enfer, et succombera d’abus de stupéfiant et d’alcool. Heureusement il restera les disques qu’elle a enregistrés, avec son orchestre ou avec des partenaires prestigieux, et en les écoutant, après avoir lu ce livre, on ne pourra s’empêcher d’être ému et révolté par tout ce qu’elle a enduré. Un véritable roman noir, dans tous les sens du terme, même si ce n’est qu’une biographie.

Billie HOLIDAY : Lady sings the blues. Collection Eupalinos ; Editions Parenthèses. Récit recueilli par William Dufty . Traduit de l’américain par Danièle Robert. Première parution janvier 2002. Réimpression 2013. 12,00€.

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 09:23

Dans les coulisses du pouvoir...

Rien n'est plus jouissif pour un non initié que de se promener dans les arcanes du monde de la politique française et de débusquer tous les petits secrets qui alimentent les couloirs des hôtels particuliers transformés en maisons closes gouvernementales.

Edouard DEVARENNE : Meurtre à Matignon et Michel SOLFERINO : Meurtre au PS.

Les deux romans que nous propose Calmann-Lévy dans la collection Les Lieux du Crime en sont la représentation écrite parfaite. Si Meurtre à Matignon possède une intrigue un peu mince, les personnages décrits ont une saveur qui n'offusquera personne, sauf peut-être les intéressés. L'humour parfois ravageur et caustique de ce roman compense les faiblesses de l'enquête qui se termine en un pied de nez dont malheureusement l'actualité ne sera plus de mise. Jacques Toubon, le Ministre de la Culture, et Jacques Attali, le conseiller du Président, sont présentés comme les bouffons, les Jacques de cette aimable historiette. Au cours d'une réception organisée par le Premier Ministre, Jacques Chirac et Philippe Seguin disparaissent. Tout laisse à supposer qu'il s'agit d'un enlèvement et un mouchoir taché de sang retrouvé près d'une statue invite à toutes les suppositions même les plus pessimistes. Joxe, avec toute l'austérité qui le caractérise, mène l'enquête.

 

Edouard DEVARENNE : Meurtre à Matignon et Michel SOLFERINO : Meurtre au PS.

Meurtre au PS est plus grave dans le propos, et si là encore l'épilogue tient dans une pirouette, l'intrigue proprement dite s'apparente plus au roman policier. Laurent Fabius est sérieusement blessé par deux hommes alors qu'il sort de l'Ecole Normale où il s'est rendu en visite. Les langues vont bon train et au PS les factions sont divisées. Michel Rocard est-il à l'origine de cette tentative de meurtre afin de mieux asseoir sa prépondérance aux instances nationales, ou Fabius lui-même comme certains aiment à le laisser croire, est-il à l'origine de cet attentat ? La droite assiste à ces échanges de propos parfois venimeux en spectateur qui se voudrait impartial.

Là encore nous avons droit à une galerie de portraits à la limite de la caricature, et Michel Charasse n'est pas loin de se servir de ses bretelles comme d'une fronde, fronde qui couve parmi les quadras. Un véritable commissaire dirige l'enquête et il marche sur des œufs, devant éviter l'omelette et les œufs brouillés, même si la sauce est parfumée au Cresson. Deux divertissements qui n'engendrent pas la morosité, au contraire de la politique.

Edouard DEVARENNE : Meurtre à Matignon et Michel SOLFERINO : Meurtre au PS. Collection Les Lieux du crime. Editions Calmann-Lévy. Parution 1993. Ces deux ouvrages sont disponibles en version numérique pour 5,99€ chacun.

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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 07:23

Allez directement à la case Aubenque et lisez avec intérêt !

Alexis AUBENQUE : Retour à River Falls.

Dans ce roman touffu et complexe, comme chacun des romans d'Alexis Aubenque d'ailleurs, chacun des protagonistes peut se référer à Janus, le dieu aux deux visages contraires. La dualité du temps passé et du temps présent, du Bien et du Mal, plus ou moins accentué, l'avers et le revers du comportement caché. Tous possèdent une fissure, une faille, un gouffre dans lesquels sont enfouis des secrets qui peu à peu émergent au grand jour leur permettant de recouvrer le calme et la sérénité, l'estime de soi, ou au contraire accentuant le côté négatif du personnage.

Journaliste de guerre et baroudeur, Stephen Callahan revient à River Falls, treize ans après en être parti. Officiellement, c'est pour se reposer de ses aventures, se ressourcer, et il a même trouvé une place au journal local, le Daily River, qui publiera ses chroniques rubrique arts et culture, concomitamment avec son ancien employeur, News of Washington. Officiellement, car officieusement, il a en tête une sorte de règlement de compte avec lui-même. Alors qu'il aborde l'entrée de la ville, il aperçoit un cirque qui vient de s'installer, mais pour l'heure il a plus pressé à faire.

Il arrive dans le quartier des manoirs, où vit sa grande sœur Ashlyn qui élève seule ses trois enfants. Tawny, adolescente rebelle de dix-sept ans, Beverly, quinze ans, qui, handicapée moteur, passe ses journées en fauteuil roulant, et le petit dernier, Lucas, turbulent, mais c'est de son âge car il n'a que neuf ans et réclame des cadeaux à son oncle.

Il se présente donc à Zucker, le patron du Daily River, lequel lui signifie que certains de ses collaborateurs voyaient d'un mauvais œil cette intégration. Il en profite pour présenter à Callahan Marion, sa nièce, qui est stagiaire et ils devront faire équipe ensemble.

Callahan se rend vite compte que malgré son jeune âge, dix-huit ans, Marion en veut et que son statut de nièce, elle ne le revendique pas. Elle est volontaire et surtout impertinente. Leur premier reportage doit être consacré au Big Circus installé aux abords de la ville. Callahan et Marion sont accueillis par un nain jovial, des gros bras vindicatifs, puis par Esméralda, la cartomancienne, patronne de tout ce petit monde qui n'accepte pas cette intrusion dans son domaine. Marion vitupère contre les conditions de captivité des animaux étiques qui s'ennuient dans leurs cages et Callahan prend quelques photos. Ce qui déplait fortement à Esméralda qui propose à Callahan de combattre l'un des lutteurs, et s'il gagne il pourra effectuer son reportage comme il l'entend. Il l'emporte mais ses ennuis ne sont pas terminés. Enfin ils peuvent quitter, après qu'Esméralda lui a lu les lignes de la main, avec un résultat qu'elle préfère garder pour elle, car apparemment l'avenir de Callahan est chaotique. Mais un autre reportage attend le journaliste et sa stagiaire. Un tueur aurait été repéré dans la forêt.

 

Pendant ce temps, et même un peu avant, des randonneurs ont découvert dans une grotte le cadavre d'une jeune fille. La scène de crime est particulièrement pénible, je vous épargne les détails, et il semblerait qu'un fou se soit amusé à la défigurer, apposant sur les murs de la grotte des dessins représentant des lames de tarot.

L'identité de l'adolescente est rapidement dévoilée et Logan le shérif, qui est revenu à River Falls depuis quelques semaines et a été reconduit dans ses fonctions précédentes, mène l'enquête en compagnie de Lindsay son adjointe. En interrogeant les proches de la victime, et plus particulièrement une amie de son âge, Logan se met sur la piste d'un camp de migrant à la recherche d'un nommé Sam. Lorsqu'ils arrivent sur place, l'adolescent s'enfuit et Lindsay se lance à sa poursuite. Elle parvient presque à l'attraper lorsqu'elle tombe dans la rivière.

C'est à ce moment que Callahan arrive et sauve in extrémis Lindsay. Lindsay qui fut son amour de jeunesse.

 

Logan, son équipe et Jessica Hurley, sa compagne, profileuse de son état, prennent cette enquête à bras le corps, tout comme Callahan et Marion mais en parallèle.

Une enquête douloureuse car les souvenirs, plus particulièrement les mauvais, remontent à la surface, que les événements se précipitent, s'enchainant inexorablement sur des réminiscences du passé proche ou lointain. Tout n'est que mensonges ou vérités cachées.

Une enquête qui montre la perversité humaine et qu'un fait-divers peut en cacher un autre, comme des engrenages complexes. Vous avez un petit bobo, vous passez une radiographie qui n'est pas satisfaisante, puis un scanner, une IRM, et vous vous retrouvez avec cancer généralisé à la fin des examens. Dans ce roman, c'est la même chose, et ce n'est pas fini, car Alexis Aubenque qui maîtrise le suspense à la manière des feuilletonistes d'antan qui au dernier moment vous signifiait un à suivre prometteur, nous donne rendez-vous pour juin 2018 afin de poursuivre ensemble de nouvelles aventures.

L'enquête principale est bouclée, mais les dommages collatéraux subsistent. Et cela me fait penser à une mare, dont la surface est lisse sous le soleil. Il suffit qu'une grenouille plonge et déjà les rides se forment et lorsqu'elle est suivie par toute sa famille, l'eau se trouble, la vase remonte et bientôt cette mare n'est plus qu'un bouillonnement de fange délétère, méphitique.

Alexis AUBENQUE : Retour à River Falls. Collection Thriller. Editions Milady. Parution le 16 juin 2017. 480 pages. 7,90€.

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 12:18

Pierre Pével se met en trois pour votre plaisir, une fantasy de sa part...

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt.

L’univers de la Fantasy n’est pas un genre réservé aux anglo-saxons, et les petits Français (terme qui est loin d’être n’est pas péjoratif, au contraire) ont aussi leur mot à dire dans ce domaine littéraire. Et Pierre Pével le démontre avec talent.

 

Les Ombres de Wielstadt : Durant l’hiver 1620, le chevalier Kantz revient à Wielstadt, une ville germanique qui vit à l’heure d’un protestantisme mal accepté, protégée par un dragon volant. Le chevalier, qui possède des notions de la Kabbale, se lance dans une croisade contre des forces malfaisantes dirigées par le Malin lequel possède une armée de goules à sa dévotion. Une traque qui ne peut aboutir qu’en conjuguant les effets de rapière, de sa connaissance du combat contre les esprits malfaisants et un don pour les repousser à main nue.

Un roman qui emprunte à l’univers d’Alexandre Dumas et à celui de James Barrie puisque l’une des héroïnes est une petite fée, ressemblant étrangement à Clochette, prénommé Chandelle. Un roman original qui ne manque ni d’imagination, d’action, de suspense, avec un souffle épique digne des grands maîtres de la littérature populaire, charpenté et documenté. Une réussite par un auteur qui a déjà signé, précise l’éditeur, sous le nom de Pierre Jacq d’autres romans de Fantasy.

 

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt.

Les masques de Wielstadt : suite des aventures débridées et diaboliques, inscrites dans un contexte historique et empreintes de fantastique, du chevalier Kantz. L’action se situe en 1623, durant la guerre de Trente ans qui sévit dans le Saint Empire romain germanique, dans la ville de Wielstadt. Un démon, aidé de spadassins sortis d’Outre-Tombe, sème la terreur, à la recherche d’un secret ou d’une aide militaire.

Le spectre de la Sainte-Vehme, forme d’Inquisition, s’étend sur l’Empire germanique et le chevalier Kantz, exorciste patenté aux armes redoutables, se dresse en Don Quichotte, combattant redoutable et efficace, afin de résoudre un mystère prenant ses racines d’après une prophétie jalousement tenue secrète depuis des décennies par des Templiers qui s’érigent en forme de secte.

 

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt.

Le chevalier de Wielstadt : Tout comme la guerre de Cent-ans, la guerre de Trente-Ans n’a pas duré durant toute cette période, et en 1624, il semble qu’une paix relative soit instaurée. Mais à Wielstadt la terreur règne. Tous les lundis soirs une jeune fille est assassinée et son visage lui est ôté. Ne restent derrière cet assassin mystérieux que des cadavres ensanglantés. La Sainte-Vehme, une société secrète qui rend la justice de manière expéditive, accapare à son profit la peur ressentie par les habitants de la cité afin de prendre le pouvoir. Le Chevalier Kantz, exerce ses pouvoirs mystérieux afin de découvrir l’identité de l’assassin et contrecarrer les visées de la Sainte Vehme.

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt.

Dans ce troisième épisode des aventures du Chevalier Kantz, le lecteur apprendra enfin qui est ce personnage énigmatique et quel est son origine. Tout comme dans les deux épisodes précédents, se mêlent allégrement les genres, empruntant aussi bien au fantastique, au merveilleux, à la fantasy, qu’au policier, le tout situé dans un contexte historique et religieux.

Comme bien des auteurs, Pierre Pevel s’inspire de situations réelles afin de mieux construire ses intrigues. Et comme l’histoire a tendance à se répéter, le lecteur pourra comparer les motivations de la Sainte-Vehme à certains groupes plus ou moins politiques à travers les siècles jusqu’à nos jours.

Dans un style proche de Dumas père, Pierre Pevel, qui a déjà fait ses preuves sous le nom de plume de Pierre Jacq aux éditions du Khom-Heïdon pour quatre romans regroupés dans un cycle intitulé Chroniques des Sept Cités, aux titres évocateurs comme Le prix du sang ou In Mémoriam, s’affirme comme un auteur de premier plan, tant dans le choix des intrigues que dans l’écriture, le souffle lyrique, l’imaginaire débridé et les restitutions d’une époque en pleine mutation religieuse.

Pierre PEVEL : La trilogie de Wielstadt. (Les Ombres de Wielstadt, Les masques de Wielstadt, Le chevalier de Wielstadt). Réédition Editions Pocket. Parution 14 avril 2011. 760 pages. 11,40€. Existe également en version numérique à 5,99€, chaque volume.

Première édition Fleuve Noir 2001, 2002 et 2004, collection Fantasy.

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 08:22

Hommage à Anthony Berkeley né le 5 juillet 1893.

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Fondé, organisé et depuis peu présidé par Roger Sheringham, le Detective's Club reçoit ce soir là l'inspecteur-chef Moresby de Scotland Yard. D'après les statuts le Club de détectives amateurs devrait comprendre treize membres, mais pour entrer dans ce cercle fermé, le candidat doit posséder un esprit déductif, des aptitudes psychologiques et répondre à un questionnaire concernant un certain nombre de sujets choisis par les membres du club.

Le dernier en date de ces postulants ayant démontré ses qualités est Mr Chitterwick, un petit homme effacé et totalement inconnu. Outre Roger Sheringham, les autres membres sont un avocat célèbre, un sympathique écrivain de romans policiers, une femme auteur dramatique fort connue et une romancière qui n'est peut-être pas aussi connue qu'elle devrait l'être. Six membres donc qui accueillent l'inspecteur-chef Moresby lequel va leur soumettre à leur sagacité un problème de meurtre non résolu.

Et s'il soumet ce cas aux membres du club, c'est parce que la police officielle a pratiquement renoncé à retrouver le meurtrier de Mrs Bendix. Mais quelle est donc cette étrange affaire dont Moresby entretient ces membres tout ouïe ?

 

Membre du club de l'Arc-en-Ciel, la première chose que fait Graham Bendix, en ce vendredi matin 15 novembre, est de demander s'il y a du courrier à son nom. A ce moment entre Sir Eustache Pennefather, comme chaque matin ponctuellement à dix heures demie et qui passe pratiquement tout son temps dans les locaux du Cercle. Lui aussi réclame son courrier qui se compose de trois lettres et un paquet. Les deux hommes qui ne se fréquentent guère, s'installent chacun dans un fauteuil près du feu. Soudain Bendix entend Sir Eustache émettre une exclamation de contrariété. Le paquet contient une boîte de chocolat et une lettre d'accompagnement précise que les friandises sont offertes généreusement pas un célèbre chocolatier qui vient de mettre au point une nouvelle recette de chocolats à la liqueur.

Sir Eustache vitupère, et il n'a pas l'intention d'envoyer un témoignage de satisfaction. De la publicité ! Or justement Bendix se souvient qu'il a engagé un pari la veille avec sa femme et comme il a perdu, il lui doit une boîte de chocolats. Sir Eustache se débarrasse du coffret dont il n'a que faire. Le papier d'emballage et la lettre d'accompagnement vont directement dans la poubelle de l'accueil.

Après avoir lu le journal et joué une partie de billard, Bendix rentre chez lui pour déjeuner avec sa femme. Il lui offre les chocolats qui ne lui ont rien coûté et ils commencent à en déguster quelques échantillons. Trois parfums sont proposés, kummel, marasquin et kirsch. Bendix en savoure deux, sa femme en prendra un peu plus. A priori ce ne sont pas des nouveautés, même s'ils trouvent que le goût en est beaucoup plus prononcé. Plus fort en alcool à première vue, ou au premier goût comme vous voulez, avec pour ceux au kirsch un goût d'amande amère plus accentué.

Bendix sera malade mais s'en remettra tandis que sa femme, un peu plus gourmande, en décèdera. L'analyse des chocolats révèle qu'ils contiennent de la nitro-benzine, produit couramment utilisé dans les confiseries et les parfums, mais en dose mortelle

 

La question primordiale est de savoir si Sir Eustache était visé, lui qui est un coureur de jupons avéré, en instance de divorce. Ou bien a-t-il offert délibérément les chocolats à Bendix ? Ou bien... Les suppositions sont nombreuses, et suppléant les policiers les six membres du Detective's Club font faire fonctionner leurs petites cellules grises et chercher à établir qui est le coupable, pourquoi et comment.

Sept solutions sont donc proposées, sept car l'un d'eux en suggère deux, et toutes se tiennent, toutes sont valables avant que la solution du premier soit balayée, démontée par son successeur qui en offre une autre plus plausible, à son avis.

 

Anthony Berkeley s'amuse à détourner les principes du roman policier, nous sommes en 1929, en explorant les deux positions, déduction et induction, qui gèrent une enquête. Il souffle donc le chaud et le froid, par enquêteurs amateurs interposés, et à partir d'un même fait fournit des interprétations différentes selon les considérations de chacun, interprétations qui toutes tiennent la route, à condition qu'une seule soit avancée et non pas sept.

Comme le fait remarquer l'un des membres, en se basant sur l'écriture de romans policiers :

J'ai souvent remarqué que, dans ces sortes d'ouvrages, l'auteur tire d'un fait donné, une interprétation unique, et qui, bien entendu, est la bonne. Seul le détective intelligent et chéri de l'auteur est capable de trouver quelque chose, et ce qu'il trouve est toujours juste.

Cette déclaration est un peu un pavé dans la mare des écrivains qui concoctent une énigme sur laquelle tout le monde se casse les dents sauf l'enquêteur récurrent d'un auteur de romans policiers. Et sa solution ne souffre d'aucune contradiction. Or dans la vie, ce n'est pas toujours ainsi que cela fonctionne, et les déductions, parfois hâtives, qui désignent un coupable ne sont pas forcément celles qui s'inscrivent dans la réalité. Certaines affaires le démontrent d'ailleurs des années plus tard, et encore de nos jours.

Ces détectives en herbe ne se contentent pas de triturer leurs petits cellules grises. Ils vont sur le terrain et rencontrent les mêmes témoins ou presque. Seulement ils ne posent pas les mêmes questions et leurs conclusions divergent.

Anthony Berkeley était novateur alors que S.S. Van Dine édictait ses règles pour écrire un roman policier, règles qui ne pouvaient se transposer que dans une utopie littéraire. Il détourne les règles comme le fit quelques années avant lui Agatha Christie puis le fera ensuite John Dickson Carr, mais en utilisant des précédés différents.

Anthony Berkeley fonde le Detection Club en 1930. Cette association d'auteurs britanniques accueille en son sein des romanciers tels que Agatha Christie, Dorothy L. Sayers, G. K. Chesterton, Freeman Wills Crofts, John Rhode et la Baronne Orczy, est quasiment calquée sur le Detective's Club mis en scène dans Le Club des Détectives. Un roman, dont chaque chapitre est écrit par un auteur différent, sera écrit et publié sous le nom d'Amiral flottant sur la rivière Whyn, plus connu sous le titre d'Amiral flottant tout court.

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

Anthony BERKELEY : Le club des détectives (The poisoned Chocolate Case - 1929. Traduction de M Faure).

Première édition : coll. Le Domino noir no 4. Éditions Alexis Redier. 1931.

Réédition Collection L'Énigme. Editions Hachette. 1947. 192 pages

Réédition Collection Le Masque n°1783. Editions Librairie des Champs-Élysées. 1985.

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 08:55

Corsélien : Encore, c'est bien !

CORSELIEN : Corps et liens. Tome 1.

Si la collection Angoisse n'avait pas été sabordée en 1974, nul doute que Pascal Marignac, alias Kââ, alias Corsélien, y eut trouvé refuge sans aucun problème et aucune contestation possible, car ses textes sont plus angoissants que Gore, même si pour ne pas déroger à la collection qui a accueilli ses romans il fallait quelques traces de sang et des cadavres démembrés.

Plaçant la plupart du temps ses intrigues dans la campagne profonde, ses textes n'étaient pas dépourvus de l'aspect bucolique que la ruralité mystérieuse engendre, mais ils s'imprégnaient de ce reliquat de superstition qui alimente les contes cruels anciens dans lesquels les animaux tenaient une place prépondérante, sans oublier l'horreur inhérente à ce genre littéraire. Car les contes de Perrault et confrères n'étaient pas si gentillets que ceux que les enfants sont habitués à lire. Ce sont des textes souvent édulcorés sans pourtant être niais.

 

Dans L'état des plaies, Daniel Riche, le directeur de la collection Gore, débutait sa préface ainsi :

Préface en forme de clin d'œil élitiste et cryptique

L'horreur peut-elle produire du beau ? Une poétique de l'effroi est-elle concevable ? Le Mal, l'Atroce, l'Abject sont-ils radicalement étrangers à "l'humaine condition" ? Forment-ils cette part de nous que la culture a reléguée à jamais dans les latrines de l'inconscient pour donner à l'âme l'illusion d'exister ?

Ou bien... ou bien quoi ?

La Bête indomptée, vorace et carnassière, n'attend-elle qu'un signe pour se manifester ? Est-ce le langage qui l'a rende muette ? Suffit-il de nous taire pour l'entendre à nouveau ?

Lisez ce livre au style âpre et désenchanté. On y parle de la Bête. Et l'on exhibe l'homme, sensuel et cruel, animal et trivial.

Et il termine sa préface par une citation de Lautréamont, extraite des Chants de Maldoror, chant premier :

Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu monumentalement féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison.

 

Ce brave Isidore Ducasse savait-il qu'un jour les textes de Corsélien seraient publiés avec ce que l'on pourrait appeler une prémonition ? Une affabulation du scripteur de cette chronique, qui a beau jeu de vouloir placer une concordance entre ce poète prisé par les Surréalistes et trois romans publiés d'abord dans une petite collection souvent décriée, et qui peuvent devenir des classiques au fil du temps, comme le sont les romans d'horreur et de terreur de Jean Ray et de Robert Bloch, sans oublier Rabelais et son Gargantua qui mangeait les pèlerins en salade.

La Bête évoquée par Daniel Riche, c'est bien sûr le spectre de cette fameuse Bête du Gévaudan qui se retrouve propulsé dans l'imaginaire de Corsélien, lorgnant entre légendes et réalité, dans L'état des plaies, mais c'est également le Grawli ou Graoully, symbole de la ville de Metz, Bête monstrueuse évoquée dans Retour du bal, à Dalstein.

 

Dans une collection déjantée, destinée à des adolescents friands de scènes fortes et élevés au Massacre à la tronçonneuse, les romans de Corsélien (et de quelques autres auteurs dont Gilles Bergal alias Gibert Gallerne ou Nécrorian alias Jean Mazarin dont les romans sont réédités chez Rivière Blanche)) s'élevaient au dessus d'un lot parfois poussif, souvent intéressant, ou franchement amusant comme les romans d'Eric Verteuil. Et il est juste et bon de rééditer ces textes qui ne se sont pas flétris avec le temps.

L'état des plaies. Angoisse N°48.

L'état des plaies. Angoisse N°48.

Bruit crissant du rasoir sur les os. N°61. Grand prix du roman gore du Festival d'Avoriaz 1988.

Bruit crissant du rasoir sur les os. N°61. Grand prix du roman gore du Festival d'Avoriaz 1988.

Retour au bal, à Dalstein. N°82.

Retour au bal, à Dalstein. N°82.

Plus une préface de Artikel Unbekannt, une présentation des trois romans par David Didelot, une interview de Corsélien et une nouvelle de Schweinhund.

 

Vous pouvez retrouver un excellent article de huit pages, signé Artikel Unbekannt, présentant des ouvrages de Kââ/Corsélien dans un numéro spécial de La Tête en Noir :

CORSELIEN : Corps et liens. Tome 1. Collection Noire N°89. Editions Rivière Blanche. Parution août 2016. 392 pages. 25,00€.

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 13:30

Bon anniversaire à Georges-Jean Arnaud né le 3 juillet 1928.

La couverture est signée Aslan

La couverture est signée Aslan

Après une entrée fracassante en littérature, obtenant le Prix du Quai des Orfèvres en 1952 pour Ne tirez pas sur l'inspecteur (collection l'Enigme - Editions Hachette) signé Saint-Gilles, il faudra attendre 1957 pour qu'enfin ce romancier populaire prenne son envol majestueux et prolifique.

Publiant aux éditions l'Arabesque sous différents pseudonymes, Saint-Gilles évidemment qui a été choisi en référence à son lieu de naissance, Saint Gilles du Gard, pour les collections Espionnage et Crime Parfait ? qu'il inaugure, mais également sous ceux de Georges Murey et Gil Darcy, créant le personnage de Luc Ferran repris ensuite par d'autres auteurs et qui concurrençait Francis Coplan de Paul Kenny, mais également les alias de Georges Ramos, Gino Arnoldi et Frédéric Mado pour des romans de charme et de libertinage, pour ne pas dire érotiques, notamment dans la collection Parme.

 

Dans Commando pirate, on retrouve l'atmosphère presqu'intimiste qui sera la marque de fabrique de Georges-Jean Arnaud, notamment pour ses romans en Spécial Police du Fleuve Noir, un roman d'Espionnage qui s'intègre plus dans la veine du roman d'aventures.

Cela fait cinq ans qu'elle a quitté le village, pour aller travailler à Recife puis à Rio, et dans le bouge de José, les quelques consommateurs mateurs la regardent avec surprise. Même Luis qui pourtant s'y attendait puisqu'elle lui avait envoyé une lettre. Mais il n'a pas oublié la belle Tarina, et peut-être l'aime-t-il encore malgré son départ avec un bellâtre, Carlos de Coelho de son vrai nom Stan Oberley. L'homme lui avait avoué qu'il faisait partie d'un réseau d'espionnage contrôlant toute l'Amérique du Sud, qu'il désirait rejoindre les USA mais que ses chefs lui ont ordonné de rester.

Si Tarina est revenue dans le village de pêcheurs, c'est peut-être par nostalgie, mais surtout parce qu'elle a besoin de Luis et de deux complices fiables possédant une jangada, sorte de bateau construit comme un radeau. Elle explique à Luis le pourquoi du comment, en partie car elle possède des raisons cachées qu'elle ne veut dévoiler.

Il s'agit d'événements qui se sont déroulés récemment en Argentine. Rappelons que le roman a été publié en 1957 et que les partisans de Peron tentent de chasser les "autres". Peron a été renversé en 1955 par un coup d’État orchestré par les secteurs conservateurs de l'armée argentine, mais il a gardé de nombreux appuis dans le pays.

Le mouvement avait pris beaucoup d'ampleur, preuve que les insurgés avaient de l'argent. Le premier but était de faire revenir Peron mais il y en avait un deuxième et c'est qu'avait découvert Toreco, mon ami. Ce dernier but était de faire un mouvement de masse qui permettrait d'attirer l'attention du gouvernement ailleurs pendant que des documents secrets étaient embarqués clandestinement dans un petit port.

Tarina qui était la maîtresse de Coelho, n'avait plus de nouvelles de celui-ci depuis longtemps et elle avait trouvé une âme sœur en Toreco, journaliste et agent double, qui vient d'être assassiné.

Tandis que Tarina effectue ces révélations, leur conversation est écoutée par un inconnu planqué derrière la porte de la cabane de Luis. L'homme fait une entrée fracassante, apparemment bien déterminé à supprimer Tarina et Luis, mais le pêcheur possède toujours sur lui un couteau de pêche. L'intrus décède et Luis en lui faisant ses poches apprend non seulement l'identité de l'homme mais découvre également un petit papier sur lequel sont signalées les différentes étapes et les dates d'un bateau. Il s'agit du Sao Sebastio sur lequel ont embarqué trois hommes détenant les fameux documents.

Et Luis et Tarina doivent arraisonner ce bateau à bord de la jangada du pêcheur ainsi que deux autres amis à bord d'une autre jangada. Seulement alors qu'ils viennent de prendre la mer, la tempête de vent se lève. Ils parviennent toutefois à monter à bord du bâtiment, un petit yacht, mais plus personne n'est à bord. Des traces de sang sont relevées. Et les deux amis de Luis se mutinent, l'appât du gain aidant. Luis et Tarina doivent reprendre la jangada, qui sous l'effet de la houle se démembre. Ils échouent sur une petite plage où ils sont recueillis par un vieil homme mangeur de chauve-souris près de Natal.

L'aventure n'est pas close pour autant, car des individus, probablement des Argentins, surveillent leurs faits et gestes. Tarina est enlevée et Luis part à sa recherche.

Une jangada.

Une jangada.

Roman d'espionnage donc, puisqu'il s'agit de documents, des microfilms à récupérer, et que des espions argentins et américains se les arrachent, mais il ne s'agit que de personnages secondaires même si leur présence est primordiale. Tout tourne autour de Tarina et de Luis. Et ce sont leurs pérégrinations qui importent dans cette intrigue conférant à cet ouvrage un parfum d'aventures.

Ce que ne pouvait savoir Georges-Jean Arnaud alias Saint-Gilles en rédigeant de roman collant à l'actualité de l'époque, c'est que Peron sera réélu président à son retour d'exil le 12 octobre 1973, décédant le 1er juillet 1974.

Contrairement à certains romans d'espionnage dont le thème central tournait autour de la guerre froide, les personnages, sauf un ou deux, ne sont pas de véritables espions, comme ceux qu'on avait l'habitude suivre dans leurs aventures et qui deviendront des surhommes, presque. James Bond, Francis Coplan, Luc Ferran, et bien sûr Serge Kovaks, alias Le Commander dont les pérégrinations sont signées G.-J Arnaud dans la collection Espionnage du Fleuve Noir.

Georges-Jean Arnaud a souvent utilisé comme décor l'Amérique du Sud, aussi bien en Espionnage, que pour la collection Grand Romans.

SAINT-GILLES : Commando pirate. Collection Espionnage N°49. Editions de l'Arabesque. Parution 2e trimestre1957. 192 pages.

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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 07:36

Mourir dans son sommeil, c'est bien, mais de façon naturelle, c'est mieux !

Anne-Solen KERBRAT : Un simple grain de sable.

Bientôt nonagénaire, Gabrielle du Breil vit dans son bel appartement sis dans un immeuble cossu des Sables-d'Olonne. D'ailleurs elle ne se plaint pas. Elle vit seule mais reçoit très souvent la visite de sa jeune amie Cécilia. Plus jeune qu'elle car la "jeune" femme est toutefois quinquagénaire (et non cinquantenaire, ce terme désignant l'anniversaire d'un événement célébré au bout de cinquante ans) et travaille comme négociatrice pour une agence immobilière. Et une femme de ménage, Candida, d'origine portugaise mariée à Luis, et mère d'un petit Pedro, vient tous les jours en début d'après-midi pour faire la poussière. Parfois Rodolphe, un promoteur événementiel, accompagne Cécilia dont il est l'amant. Ils en ont l'âge, ils sont encore beaux, et célibataires, et ceci ne nous regarde pas. Sauf que Rodolphe n'est pas toujours disponible, il ne termine pas ses nuits. Cécilia se lasse et elle trouve en André, un client de l'agence, une épaule compatissante et plus présente.

A part ces trois personnes, les visites sont rares, même si une fois, il n'y a guère, un homme a désiré rencontrer Gabrielle mais Candida ne lui a pas laissé la possibilité d'entrer. Ah, j'allais oublier le toubib, un nouveau, l'ancien étant parti vers le Sud, comme la plupart des généralistes.

Cécilia promène parfois Gabrielle, afin de lui changer les idées, marchant à petit pas. Mais en ce mois de juillet, le soleil darde abondamment ses rayons sur la cité balnéaire des Sables-d'Olonne, et les sorties sont écourtées.

De petits faits insignifiants pourtant s'instaurent dans cette vie quiète. Cécilia se rend compte que la vieille dame, qui n'est pas indigne, perdu un peu la tête. Oh, pas grand chose, mais elle a des oublis. Et puis Gabrielle à une tendance de plus en plus manifeste à ingurgiter de petits verres de Porto. Normal quand on a une "bonne" native de ce pays fournisseur de cette boisson légèrement alcoolisée. Mais n'y voyez aucune relation de cause à effets.

Candida est très maniaque, et elle traque les grains de poussière jusque sous les tapis. C'est ainsi qu'elle s'aperçoit que des objets supposés posséder de la valeur ont disparu. Notamment un tableau représentant un visage de face et profil. Un tableau qu'elle n'apprécie guère, mais les goûts et les couleurs, n'est-ce pas...

Mais toutes ces personnes, récapitulons, Cécilia, Rodolphe, Candida et Luis son mari, possèdent un point commun. Des difficultés financières. Surtout Luis, maçon-couvreur, qui vient de perdre son emploi à cause des restrictions de personnel opérées par son entreprise.

 

En ce trois août, Candida découvre sa patronne qui a décédé dans la nuit, et dans son sommeil. A son âge, ce n'est guère étonnant pour la plupart des gens. Seulement, la position inhabituelle de Gabrielle dans son lit lui paraît anormale. Elle n'ose pas dire que la vieille dame, veuve et sans enfants, a été assassinée, mais elle se pose des questions. Et elle cherche une réponse auprès du commissariat des Sables-d'Olonne où officient en renfort le commandant Perrot et son ami le capitaine Lefèvre. Et elle est si convaincante que les deux policiers décident d'ouvrir une enquête. Pourtant le médecin de famille a signé le bon d'inhumation sans barguigner.

Et ce qu'ils récoltent, notamment auprès du médecin légiste, confirme les suppositions de Candida. La vieille dame aurait été étouffée par un oreiller et il est peu probable qu'elle se le soit posé sur le visage, ou alors il s'agirait d'un suicide. La piste n'est pas même évoquée. Des interférences médicamenteuses s'inscrivent dans le processus habituel des enquêtes, et voici nos deux policiers à la recherche d'un criminel. Le nombre des présumés coupables est assez restreint, encore faut-il bien cerner cet entourage. Et des faits cachés se trouvent mis au jour comme s'il s'agissait d'un cadavre dans un placard. Une qui pourrait se mordre les doigts, c'est bien Candida dont le mari est toujours sans emploi et comme ils ne roulent pas sur l'or, il devient le candidat idéal.

 

Après une longue mais intéressante présentation des personnages, le lecteur arrive au point crucial, la page 97, lorsque Candida découvre sa patronne décédée.

Ensuite ce sont les déambulations, les recherches, les supputations, les confrontations, de Perrot et Lefèvre qui alimentent l'intrigue avec posé sur une table de nuit un moustique délateur.

Un roman policier qui oscille sans violence, sans vulgarité, avec une pointe de suspense, et lorgne vers le roman d'énigme à l'anglaise. Parfois cela m'a fait penser à Ruth Rendell avec ces digressions qui ramènent peu à peu le lecteur dans l'intrigue.

Si le passé des principaux intervenants est disséqué, quelquefois après leur mort comme pour Gabrielle, la vie quotidienne des policiers est également évoquée. Perrot soigne sa ligne tandis que Lefèvre est un éternel affamé, ce qui d'ailleurs n'influe pas sur sa surcharge pondérale. Perrot possède sa fracture sentimentale et familiale qui le travaille de temps à autre et il rumine, sa femme et ses enfants lui manquant.

Un roman policier simple et pourtant complexe, dans lequel les chausse-trappes sont placées à dessein afin de happer le lecteur friand d'intrigues bien construites, même si le personnage de Cécilia, quinquagénaire rappelé-je, se conduit parfois un peu comme une midinette adolescente.

 

Anne-Solen KERBRAT : Un simple grain de sable. Série Perrot et Lefèvre N°10. Editions du Palémon. Parution le 8 avril 2017. 368 pages. 10,00€.

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 10:07

Un sommaire copieux et éclectique.

Table des matières Premier semestre 2017 Liste des articles publiés sur le blog.

Classement par ordre alphabétique des auteurs et de leurs textes traités du 1er janvier 2017 jusqu'au 30 juin 2017.

Vous y trouverez de l'inédit, des rééditions et des perles rares.

Pour lire une chronique cliquez sur la ligne afférente.

Bon voyage littéraire et bonnes lectures.

 

A.D.G. : La nuit myope.

ANGLEDROIT Cicéron : Hé cool, la Seine.

AUBARD Sophie : Pas de deux.

AUBENQUE Alexis : Aurore de sang.

AUBERT Brigitte : La Rose de fer.

AUDIARD Michel : Massacre en dentelles.

 

*****

 

BABLON Jacques : Nu couché sur fond vert.

BAMEUL Pierre : Pour nourrir le soleil.

BANNALEC Jean-Luc : L'inconnu de Port Bélon.

BASSET-CHERCOT Pascal : Toine, mémoires d'un enfant laid.

BAUDOU Jacques : Le naufragé de l'île de chair.

BENASTRE et LEBOT : La princesse de l'aube.

BLOIS Jacques : La foire à la ferraille.

BOILEAU Pierre : La promenade de minuit.

BOSCO Jacques Olivier : Brutale.

BRAUN Lilian Jackson : Le chat qui voyait rouge.

BRIXTEL Gaëtan : Vous offrir le pire.

BRUSSOLO Serge : La captive de l'hiver.

BUAN Hugo : J'étais tueur à Beckenra city.

BUAN Hugo : L'héritage de Jack l'Eventreur.

 

*****

 

CARIO Daniel : Trois femmes en noir.

CARIO Daniel : Les yeux de Caïn.

CHAUMETTE Jean-Christophe : Les 7 saisons du Malin.

Collectif : Revue Rocambole N°77. Retours sur Edgar Poe.

Collectif : Les avatars de Sherlock Holmes.

Collectif : Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes.

COLLECTIF : Dimension New-York N°2. Cyberbabel.

CONTRUCCI Jean : L'affaire de la Soubeyranne.

CUIDET Arnaud : Les chœurs de la mer rouge.

CURTISS Ursula : L'étreinte des ténèbres.

 

*****

 

DARD Frédéric : La dynamite est bonne à boire.

DARD Frédéric : La crève.

DARD Frédéric : Les confessions de l'Ange Noir.

DARNAUDET François : Le papyrus de Venise.

DARNAUDET François : Boris, ses motos, les Bardenas et autres déserts...

DAZERGUES Max-André : L'aérolithe sous-marin.

DOUNOVETZ Sergueï : Vipère au train.

DOYLE Arthur Conan : La nouvelle catacombe.

DUMAS Alexandre : Le fils du forçat.

DUPUIS Patrice : Le sang des femmes.

 

*****

 

EIBEL Alfred : Jean-Bernard Pouy.

ERBEL Sacha : L'emprise des sens.

 

*****

 

FAILLER Jean : Les mécomptes du capitaine Fortin.

FAILLER Jean : La cité des dogues.

FAJARDIE Frédéric : Un homme en harmonie.

FAJARDIE Frédéric : Polichinelle mouillé.

FECCHIO Thomas : Je suis innocent.

FEVAL Paul : La fabrique de crimes.

FLAGEUL Denis : Pêche interdite.

FRANCIS Dick : Dans l'œil du cyclone.

FRANCIS Dick : A couteaux tirés.

FORI Luc : Vade retro Satanas.

FOUASSIER Eric : Bayard et le crime d'Amboise.

FOUASSIER Eric : Le piège de verre.

FUENTEALBA Jacques : Scribuscules.

 

*****

 

GARDNER Erle Stanley : Perry Mason, avocat justicier.

GAYOT Paul et BAUDOU Jacques : Dictionnaire de Lupinologie.

GEHAN Sébastien : La traque.

GERRARD Paul : La Javanaise.

GOUIRAN Maurice : Le printemps des corbeaux.

GRAND Pascal: De sucre et de sang.

GROC Léon : L'homme qui fait chanter les astres.

 

*****

 

HEINLEIN Robert : Le chat passe-muraille.

HERBRETEAU Romuald : Perdus dans la zone commerciale.

HORST Hugo : Le confesseur.

HOUDU Jean-Luc : Ultime épreuve.

HUGUEN Hervé : L'étrange absence de monsieur B.

HUGUEN Hervé : A toi demain.

HUGUET Sylvie : Point final.

 

*****

 

JACQUIN Bruno : Galeux.

JAN Gabriel : Le Printemps des Magiciens.

JAOUEN Hervé : Le vicomte aux pieds nus.

JOSEPH-JEANNENEY Brigitte : Nocturne au Louvre.

 

*****

 

KERBRAT Anne-Solen : Evaporé.

KLARCZYK Frank : Mort point final.

 

 

*****

 

PAPOZ Micky : Le cahier gainé de noir.

PAULIN Frédéric : Le monde est notre patrie.

PETROSKY Stanislas : Dieu pardonne, lui pas !

PRE Jean-François : Le cheval du président.

PRONZINI Bill : Longue est la nuit.

 

*****

 

QUADRUPPANI Serge : Le sourire contenu.

 

*****

 

RABIER Catherine : Les sirènes de Capri.

RADOCHEVITCH Serge : Hôtel Les Embruns.

RAPPENEAU Patricia : Tout ce qu'ils méritent.

RAUTH Christian : Fin de série.

RAY Jean : Le Grand nocturne et Les Cercles de l'épouvante.

REBOUX Jean-Jacques : Pourquoi j'ai tué Laetitia Remington.

RENARD Maurice : Romans et contes fantastiques.

RENDELL Ruth : La maison aux escaliers.

REVEREND Frédéric : La drolatique histoire de Gilbert Petit-Rivaud.

 

*****

 

SABATINI Rafael : Scaramouche.

SAFRAN Serge : L'amour gourmand.

SANCHEZ-SOLER Mariano : Oasis pour l'OAS.

SCOPPETTONE Sandra : Tout ce qui est à toi...

SECHAN Olivier : La cachette au fond des bois.

SENNY Bruno et FOLLET René : Si tu vas au mont...

STEVENSON Robert-Louis : Ceux de Falesa.

 

*****

 

TARVEL Brice : Opération chronos. Une aventure de Bob Morane.

TARVEL Brice : L'idole viking. Une aventure de Bob Morane.

TARVEL Brice : L'Or et la Toise.

TARVEL Brice : Au large des vivants.

THIBERT Colin : Le bâtard de l'espace.

THIRION Jan : La compil.

TOPIN Tito : L'exil des mécréants.

TOSCHES Nick : Les pièges de la nuit.

TRIGODET Frédérique : An American Hero.

 

*****

 

VALBERT Léon : Crime ou suicide ?

VALEIX V. : Echec à la Reine.

VAST Patrick S. : Incarnatio.

VIDAL Gilles : De sac et de corde.

VILLACAMPA Jean-Hugues : Loyola de la jungle.

VILLARD Marc : Hound dog a fait un rêve.

VILLARD Marc : Si tu vois ma mère.

 

*****

 

WHALE Laurent : Le réseau Mermoz.

WILLIAMS Charles : Aux urnes les ploucs !

 

*****

 

ZINBERG Ivan : Miroir obscur.

ZOLMA : Adios Viracocha.

ZOTT Denis : La chute du cafard.

 

 

Bandes Dessinées

 

BLASCO-MARTINEZ Benjamin : Le train des maudits (Catamount 2).

 

Divers.

 

Revue Le météore N° 21.

Revue Rocambole 78/79.

 

Collection : Aventures Le Carnoplaste.

Collection : Présence des Femmes. Editions Fleuve Noir.

Portrait Pierre Bameul.

Portrait Jacques Blois.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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