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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 07:12

Loterie nationale

Balancez vos cent balles

Approchez d' mon comptoir

Le tirage est pour ce soir

Dans mon p'tit kiosque à La Madeleine

J' vends des dixièmes à la douzaine…

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

Il est loin le temps où la Loterie nationale, crée par décret de l'article 136 de la loi de finances du 22 juillet 1933, dans le but de venir en aide aux invalides de guerre, aux anciens combattants et aux victimes de calamités agricoles, n’était pas une société transformée à accumuler les profits pour alimenter les caisses de l’Etat.

Les billets, émis au nom des Gueules cassées ou des Ailes brisées, étaient souvent vendus par des dames, veuves, qui siégeaient dans de petites guérites, genre cabane au fond du jardin, et vantaient les tirages spéciaux de la Saint Valentin, du Vendredi 13 ou autres.

En cette fin mars 1935, Alexandre Gendrot, un mutilé de la face quinquagénaire, est avisé par télégramme de retrouver le colonel Picot qui préside l’association des mutilés de la face. Il n’est pas le seul à avoir été convoqué puisque Fend-la-gueule et Piquemouche, eux aussi des amochés des tranchées de la Der des ders, sont également présents. Car la vie de l’association est en jeu. Deux gagnants de la Loterie nationale viennent d’être découverts morts, l’un probablement suicidé, l’autre franchement assassiné.

Gendrot est obligé de mettre une prothèse oculaire, Fend-la-gueule porte bien son nom et arbore un masque, tandis que Piquemouche est aveugle et se fabricant un nez avec de la pâte à modeler. Tous sont plus ou moins ravagés de la figure, plus que moins d’ailleurs. Mais ils ne sont pas pour autant aigris et même il leur arrive de se moquer d’eux. Un humour noir pour conjurer les affres et les cauchemars qui les tyrannisent la nuit.

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

La première affaire est suivie par un policier qui est persuadé qu’il s’agit d’un suicide. Gendrot va le rencontrer mais auparavant il se rend au domicile du suicidé. La concierge lui fournit quelques renseignements sur cet artiste-peintre qui fréquentait une fille de joie, Minouchette, et lui dit qu’elle a aperçu trois hommes descendant l’escalier le jour du drame peu après avoir entendu le coup de feu. Quant à Minouchette, elle affirme qu’il détestait les armes.

Pendant ce temps Fend-la-gueule et Piquemouche se rendent près de Vaumort dans l’Yonne, lieu où le second gagnant de la loterie a été abattu. Il s’agit d’un paysan et un gamin déclare avoir vu trois hommes sillonner les routes non loin de la ferme. En fouillant les alentours du drame, Piquemouche et Fend-la-gueule trouvent un dé à jouer. Ce sont les gendarmes qui instruisent l’affaire, et l’on sait que les rapports entre policiers et gendarmes sont tendus, ce qui fait que chacun d’eux ne dévoilent pas aux autres les résultats de leurs recherches.

Pourtant des ressemblances existent entre les deux affaires. D’abord les gagnants n’ont pas touché à leur argent, qui est placé à la banque. Ensuite, à chaque fois, trois hommes bien mis, dont l’un était muni d’un carnet, étaient présents sur les lieux. Gendrot distingue une affiche parmi toutes celles qui sont collées sur un mur et aussitôt il effectue une corrélation avec la mort du peintre.

Un journaliste de Paris Soir glose sur l’affaire des gagnants de la Loterie nationale et demande si le prochain heureux élu par le sort subira lui aussi justement le même sort. Ce qui n’arrange pas du tout Gendrot et compagnie et surtout le colonel Picot, ancien député et Président des Gueules cassées.

Ce que le lecteur apprend mais que nos trois amis ne savent pas encore, mais ne sauraient tarder à apprendre, c’est qu’un communiste affilié au Komintern est lui aussi intéressé, qu’un policer des Renseignements généraux, et non généreux, est sur les rangs, et que trois chercheurs, professeurs ou thésard à la Sorbonne, concoctent en secret des formules aléatoires, des algorithmes. Ils rencontrent de temps à autre un nazi allemand qui fait l’objet de la surveillance du communiste espion aux ordres de Moscou.

Un troisième décès est à déplorer, celui d’une mère de famille. Elle avait gagné à la Loterie, le jour du tirage ayant été avancé, et l’identité de la gagnante non dévoilée.

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

Julien Heylbroeck nous restitue avec saveur l’ambiance du Paris d’avant-guerre, avec son parler argotique, et Minouchette avec sa gouaille m’a fait penser à Arletty. Il nous emmène également dans différents lieux de la capitale, la Villette avec ses abattoirs et ses bouchers qui viennent écluser un verre de rouquin dans les troquets, la Goutte d’Or et Barbès, Montmartre, les Grands Boulevards, le quartier Saint-Michel jusque sur la Zone, les anciennes fortifications où sont installés les Bouifs ou chiffonniers. La circulation vient d’être soumise à un nouveau procédé, celui des feux qui remplacent les sonneries. Ce qui est fort dommageable pour les aveugles. Les voitures automobiles et hippomobiles se partagent les rues, dans une promiscuité parfois dangereuse.

Mais la montée du fascisme se précise et les étudiants de la Sorbonne dénigrent la présence de condisciples étrangers. C’est donc dans une atmosphère délétère que se déroule l’enquête confiée par le colonel Yves Picot, qui a réellement existé, aux trois mutilés de la face.

Ceux-ci possèdent une famille sauf Piquemouche qui vit à Luynes dans une sorte de couvent investi par des végétariens. Lui-même ne peut plus manger de viande, dégouté par les morceaux de cadavres stagnant dans les tranchées. Fend-la-gueule porte toujours sur lui une paille afin de boire proprement sinon il en met partout. Quant à Gendrot, qui a eu une fille avec sa femme qui possédait déjà des garçons d’une précédente union, et outre ses problèmes faciaux, il claudique ce qui l’handicape lors de longues promenades. Et ses cauchemars récurrents le montrent toujours dans la même situation, enfant confronté à un orage ou des incendies.

Si l’auteur décrit les ravages physiques subis par ces trois personnages, il le fait sans s’appesantir. Il constate avec bienveillance et pudeur. Mais sans se voiler la face.

Julien Heylbroeck nous propose un thème peu souvent traité, celui des gueules cassées, des débuts de la loterie nationale, par le biais du roman noir et celui de l’aléatoire par le truchement de la science-fiction ou de l’anticipation, voire du fantastique. Quelques scènes épiques sont décrites avec réalisme, surtout vers la fin. Et dites-vous bien que les mathématiques sont toujours aléatoires, quelque soit la formule…

 

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants.

Visitez le site de l’éditeur, vous y trouverez sans nul doute votre bonheur :

 

Julien HEYLBROECK : Malheur aux gagnants. Collection Les saisons de l’étrange. Editions Les Moutons électriques. Parution le 7 septembre 2017. 252 pages. 17,00€.

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 13:03

Apparemment, ne serait pas mort d’épectase contrairement au cardinal Daniélou ou à Félix Faure…

Frédéric CHARPIER : Contrat sur un pasteur.

Nombreuses sont les affaires qui finissent par confiner au secret d’état et dont le simple pékin, vous et moi en l’occurrence, ne connaîtra jamais le fin mot occulté par une réserve médiatique, judiciaire ou autre, après avoir été alléché ou tout bonnement avisé par les gros titres des journaux écrits, télévisés ou radiophoniques.

Montées en épingle ces affaires disparaissent de la Une, rapidement remplacées par d’autres affaires, tout aussi publiques et médiatiques, qui enterrent les précédentes pratiquement corps et biens. Et ce qui a défrayé la chronique resterait sans réponse, sauf pour une poignée de personnages directement impliqués mais inconnus du public, du moins leur rôle et leurs interventions.

Certains journalistes ou écrivains ne s’estiment pas satisfaits des résultats d’une enquête avortée, tronquée, passée sous silence, et enfouie dans des dossiers inaccessibles permettant d’exercer des pressions auprès d’individus gravitant dans les arcanes du pouvoir.

Frédéric Charpier est de ceux-là et la triste et lamentable histoire du pasteur Doucé, sa conclusion ou plutôt sa non-résolution, n’ayant pas contenté son sens de la justice, il a décidé d’enquêter et de raconter sous une forme romancée cette histoire abracadabrante.

La réalité et la fiction se rejoignent, se chevauchent, et les imbrications, les implications politiques, sur fonds de chantages, d’affaires de mœurs, de ballets bleus, d’homosexualité, de manipulations sont pléthores. Les hommes de main, les conseillers occultes se cachent, se réfugient derrière de malheureux quidams sur qui rejaillit l’opprobre général.

Les Renseignements généraux n’ont pas le beau rôle et ne jouissent pas dans l’opinion publique de l’estime générale. Tout le monde s’en méfie, à tort ou à raison, et que l’un de ses membres soit directement impliqué dans une magouille ou une bavure ne peut que corroborer, renforcer les sentiments de défiance, l’atmosphère de suspicion dans lesquels il gravite. Il devient le bouc-émissaire et ses protestations n’y changeront rien. Frédéric Charpier a écrit un édifiant roman à tous points de vue, et si la vérité ne sort pas du puits, elle n’en effleure pas moins la margelle.

Cependant le style sec, abrupt, relève plus du rapport, du document que de la fiction. Charpier n’est pas connu du grand public et pourtant il possède à son actif environ quatre-vingt titres. Il a aidé de nombreuses vedettes à rédiger leurs mémoires, et sous divers pseudonymes il a écrit de nombreuses séries populaires.

Frédéric CHARPIER : Contrat sur un pasteur. Editions Vaugirard. Parution mai 1992. 208 pages.

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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 08:21

Du passé faisons table rase,

Foule esclave, debout ! debout !

Le monde va changer de base :

Nous ne sommes rien, soyons tout !

Malik AGAGNA : Du passé faisons table rase.

Cette phrase qui aurait été prononcée par les révolutionnaires français lors de la nuit du 4 Août 1789, la nuit historique de l’abolition des privilèges, est également présente dans la seconde version de l’Internationale écrite par Eugène Pottier en 1871 lors de la répression de la commune de Paris. Du passé faisons table rase est également un roman de Thierry Jonquet paru en 1982 dans la collection Sanguine N°14 sous le pseudonyme de Ramon Mercader, nom de l’assassin de Léon Trotski.

C’est dire si cette phrase et son adaptation en titre du roman de Malik Agagna est lourde de signification !

 

Malgré son différent avec son voisin, Jérôme Bertin est prêt à venir l’aider lorsque celui-ci quémande son aide pour transporter sa femme de sa chambre jusqu’au rez-de-chaussée. Il attend une ambulance qui doit l’emmener à l’hôpital. Seulement Jérôme Bertin ne parviendra jamais à remplir sa mission, touché au cœur par une balle.

Pour le commissaire Magnard, il serait bon que les enquêteurs affectés à cette enquête se dépêchent à la résoudre car d’autres dossiers sont en instance, dont celui d’un vol de bijoux.

Il nomme le commandant Marie Sevran, une quadragénaire dont le mari vient de quitter le domicile familial pour rejoindre le lit de la jeune et blonde voisine. Ce qui n’est pas favorable pour se défaire d’une addiction à la cigarette et aux petits verres de rosé. Elle sera assisté d’Arsène Chevallier, dont le père aimait les romans policiers d’avant-guerre, marié pendant vingt-cinq ans et célibataire depuis cinq ans, et qui fréquente depuis trois mois une jeune femme de dix ans plus jeune que lui. Enfin, le jeune Rachid Hamidi, natif de la région parisienne et qui ne connait personne à Strasbourg où il a été muté, hormis ses collègues évidement. Il a fait la connaissance trois mois auparavant de Brigitte, une fille d’agriculteurs, sur Internet, cette application qui remplace progressivement les marieuses d’antan ou entremetteuse de mariages. Leur relation est en bonne voie, mais ceci ne nous regarde pas.

La tâche entre les trois enquêteurs est répartie, entretien avec la fraîche mais plus très jeune veuve Hélène Bertin, visite chez le voisin qui apparemment a été la victime, comme sa femme, d’une farce téléphonique, vérification si d’autres meurtres semblables ont été perpétré sur le territoire depuis peu.

Jérôme Bertin travaillait pour une entreprise de sous-traitance automobile et allait bientôt prendre sa retraite. Hélène, sa femme, est originaire de Vilnius en Lituanie, et il avait également deux garçons dont l’un, Didier, est installé avec femme, enfants et bagages à Metz. L’autre, Damien, plus jeune, n’hésite pas à franchir la barrière pour se retrouver du côté des petites frappes. Jérôme était un homme taciturne, réservé, rentrant tous les soirs à l’heure, passant son temps au jardin ou devant la télé. Il a même été délégué syndical mais n’étant pas égoïste a préféré laisser sa place aux jeunes. Il avait également été membre du Parti Communiste Français, voyageant beaucoup entre 1982 et 1989, notamment en Lituanie où il a connu sa femme. Il avait gardé ses convictions politiques tout en se réfrénant dans ses contacts politiques. Et il avait également effectué un voyage en Lituanie, accompagné de sa femme, quelques semaines avant sa mort.

Les renseignements obtenus se recoupent et permettent de mieux cerner le personnage ainsi que ses compagnons, camarades serait plus approprié, qui avaient formé une cellule communiste strasbourgeoise fort active. Ils étaient sept, comme les sept mercenaires ou les sept nains, et Rachid apprend que deux d’entre eux ont été abattus. Une balle à chaque fois. Le tueur est économe. Le fils d’un troisième, dont le père est décédé depuis un bon bout de temps est lui aussi victime. Manquent trois des membres, perdus dans la nature. Ou presque car Arsène arrive à en localiser un, mais l’homme n’a pas donné signe de vie depuis un bon moment. Alors qu’il aperçoit une ombre dans la rue, Arsène est victime du tireur. Réflexe de vieux policier, Arsène s’efface à temps et le projectile ne l’atteint qu’à l’épaule.

Pendant ce temps, Marie Sevran se rend en Lituanie en compagnie de Jennifer, où elles retrouvent le frère d’Hélène Bertin, qui leur sert de guide. Une famille a été assassinée et selon les rumeurs, le père de famille fut, sinon l’âme du KGB en Lituanie, du moins un virulent responsable aux ordres de Moscou. Un certain Markus qui a stigmatisé les mémoires.

 

Une plongée dans le temps, celui d’aujourd’hui avec les recherches conjointes ou séparées des trois policiers à la recherche d’un tueur, et surtout de ses motivations, et des anciens membres d’une cellule communiste, et celui d’hier, alors que le bloc soviétique entrait en déliquescence, le cadenas du rideau de fer étant prêt à sauter.

L’auteur s’attache autant à retracer le parcours des sept communistes qui pour une raison ou une autre ne se sont plus côtoyés depuis des années, qu’à la vie affective des trois policiers. Tous les trois ont connu des perturbations dans leur vie amoureuse, départ, divorce, ou tout simplement recherche de l’âme sœur. Rachid s’éprend de Carole, la fiancée de Daniel Maire, le fils d’un ancien membre de la cellule communiste, qui vient d’être assassiné, et selon toutes vraisemblances, la jeune femme est sensible à ses approches. Marie découvre une autre facette de la sexualité et Arsène pense détenir enfin la perle du foyer. Mais d’autres épisodes interfèrent dans l’enquête, sans que pour autant nos trois protagonistes l’oublient.

Une enquête qui réserve bien des surprises, surprises qui sortent parfois au hasard des conversations, du décryptage d’une photo, de non-dits, comme un diablotin de sa caisse, surprenant tout le monde.

Malik Agagna joue sur les deux tableaux, rendant ses personnages sympathiques malgré leurs défauts, c’est-à-dire qu’ils nous ressemblent plus ou moins, tout en effectuant une plongée dans l’histoire, les heures sombres emplies d’espoir des pays de l’Est.

Argent, amitiés, amours, aventures, ce pourrait être le roman des quatre A, voire des quatre As, tellement l’auteur possède d’atouts narratifs et constructifs pour happer le lecteur. Un premier roman abouti, et une découverte littéraire qui nous change de certains ouvrages fabriqués sur des poncifs.

Malik AGAGNA : Du passé faisons table rase. Collection Roman policier mais pas que… Editions Lajouanie. Parution le 15 septembre 2017. 300 pages. 19,00€.

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 07:30

Allons donc, London…

Pêcher la crevette

Allons donc, London…

Pêcher le petit poisson.

Jason DARK : Peur sur Londres.

Médium amateur mais ne faisant pas commerce de ses dons, Miriam Di Carlo est réveillée brusquement en pleine nuit dans son appartement londonien par un pressentiment.

De sa fenêtre, elle assiste impuissante à un cataclysme qui s’abat sur la capitale britannique. Les bâtiments, les monuments s’effondrent, et dans le ciel s’inscrit l’image d’une jeune femme à la beauté froide, visage surmonté de deux petites cornes.

Il s’agit d’Asmodina, la fille du Diable.

A peu près au même moment, John Sinclair, inspecteur du Yard, spécialiste des affaires criminelles surnaturelles, est lui aussi tiré de son sommeil. Sa montre, arrêtée de même que son réveil, marque cinq heures.

C’est alors que le cauchemar commence.

Sa secrétaire, son patron, ses amis ne le reconnaissent pas. Pourtant il n’a pas changé physiquement. Quant à imaginer un complot, à une farce, ce n’est pas le genre de la maison. Alors ?

Intrigué John Sinclair revient chez lui, bien décidé à tier au clair ces manifestations pour le moins inamicales.

Le cauchemar continue.

L’immeuble où il habite s’effondre, projetant d’énormes blocs de béton sur la chaussée, écrasant les passants. C’est l’affolement général. La catastrophe tourne au chaos, à l’apocalypse. Soho n’est plus que ruines.

 

John Sinclair, chasseur de spectres, n’est pas sans rappeler ces héros qui passent leur vie à combattre les démons, les forces du Mal.

Successeur d’Harry Dickson, qui connut son heure de gloire grâce à Jean Ray mais issu d’une imagination teutonne, John Sinclair pourrait être le cousin de Bob Morane et autres grands pourfendeurs du Mal dans la tradition de la lutte contre les Esprits malfaisants dans une atmosphère de surnaturel.

Priorité est donnée à l’action, au spectaculaire, au divertissement populaire, ce qui n’exclut pas une certaine recherche dans l’intrigue, les rebondissements, et la maîtrise de l’histoire.

Bizarrement cette série a démarré, à quelques jours près, au moment où Léo Campion, chansonnier, homme de théâtre et de cinéma, est décédé. Léo Campion avait interprété pour la télévision une série, La Brigade des maléfices, dans laquelle il incarnait un policier, le commissaire Paumier, spécialisé dans les enquêtes relevant du surnaturel et dont les bureaux étaient situés dans les combles du 36 Quai des Orfèvres. Six épisodes ont été diffusés en 1970.

 

Jason DARK : Peur sur Londres. Une aventure de John Sinclair, chasseur de spectres N°1. (Angst über London – 1981. Traduction de Jean-Paul Schweighauser). Editions Fleuve Noir. Parution mars 1992.

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 07:32

Ma petite est comme l’eau

Elle est comme l’eau Vouivre…

Jean-Pierre FAVARD : La nuit de la Vouivre.

Cela faisait plus de vingt ans la bête avait poussé son cri, et voilà qu’il retentit à nouveau dans la nuit fraîche morvandelle, et plus particulièrement nivernaise.

Aviné comme trop souvent, Jean-Grégoire rentre péniblement chez lui. Sa compagne l’attend, ulcérée et inquiète à la fois. Il a passé la soirée à écluser au bar le Rendez-vous des amis, et Gérard, le bistrotier l’a mis à la porte sous le regard de quelques gamins qui décident de finir la soirée en boîte.

Elno, Bastien, Léon, accompagnés de deux jeunettes, Mona et sa cousine Sidonie, embarquent donc pour l’Hacienda, un dancing perdu en pleine campagne, entouré de bois. Sauf Ludo qui n’est pas un adepte des sorties nocturnes et préfère rentrer chez lui. Mais bientôt il sera obligé de ressortir, empruntant la voiture de sa mère. Après avoir fermé son bistrot, Gérard rentre chez lui, avec son chien Heinrich dont il est inutile de préciser la race.

Les gamins, qui sont à peine majeurs, prennent quelques verres supplémentaires, et ils commencent à être pompettes comme on dit. Plus franchement éméché, Léon tripote Mona mais sans douceur. Ce que n’apprécie pas du tout la jeune fille qui préfère sortir et traverser le parking sous les yeux de Marvin, le videur.

Dans un coin, deux hommes, barbus et chevelus, se rafraîchissent avant de reprendre la route. Ils ont encore une longue distance à parcourir avant d’arriver à Marseille où ils doivent convoyer quelques caisses d’un produit qui ne doit pas tomber entre les mains de la maréchaussée.

C’est à ce moment que le cri de la bête retentit. Les réactions sont diverses.

Jean-Gabriel, après avoir dormi un peu sur un banc rentre chez lui et alors que Marie, sa compagne plus jeune que lui de dix ans, s’apprête à le réprimander, il s’écroule. Un accident cardiaque. Elle alerte immédiatement les secours et une ambulance doit le transporter jusqu’à l’hôpital de Nevers.

Les deux hommes, Tony et Mario, reprennent la route mais bientôt leur van tombe en panne.

Mona n’est pas rentrée et la gendarmerie est prévenue. Si elle s’était perdue, si elle avait été victime de la bête ? Si elle était victime du froid qui règne sur la région ?

Quant à Gérard, il prend son fusil et en compagnie d’Alphonse, et de son chien, il décide lui aussi de parcourir les champs et les bois. Le chien découvre des hardes, appartenant sans conteste à une forte personne et les deux hommes rebroussent chemin. Une brigade cynophile est quémandée afin de retrouver Mona.

Pour le maréchal des logis-chef Anguenin, accompagné par le brigadier Fougerolles, une jeune femme qui prend son rôle au sérieux, et du gendarme Maturin, lequel glose souvent sur son chef, c’est l’histoire qui recommence. Vingt ans auparavant, il avait déjà enquêté sur la bête, la Vouivre, et cela lui remémore de mauvais souvenirs. De nombreux morts avaient été à déplorer, et Anguenin depuis traque toutes les informations susceptibles de lui apporter des éléments de réponse. Mais sa hiérarchie n’avait pas suivi, pis, il avait par la suite végété dans sa brigade sans obtenir d’avancement. C’est ainsi qu’il narre à Amandine Fougerolles ce qu’il a vécu, son savoir, ses connaissances, ses inquiétudes, revenant sur vingt ans de cohabitation spirituelle avec la Vouivre.

La Vouivre, bête légendaire, un dragon ou un serpent ailé portant une escarboucle sur le front et qui au contact de l’eau peut se transformer en naïade. C’est pour cela qu’elle est aussi appelée la Nageuse. Et selon toute vraisemblance, elle vient de réapparaitre, recommençant ses méfaits.

 

Tout s’entremêle, s’enchaîne, se culbute, se percute, se télescope, le passé, le présent, et les imbrications entre les divers protagonistes confinent, parfois, au burlesque et au tragique à la fois. Et cela se traduit par des bavures, des quiproquos, des règlements de compte, et des embrouilles.

Développé en séquences courtes, en alternance avec les divers protagonistes, ce roman débute par une atmosphère angoissante qui ne se dilue pas tout le long du récit. Qui s’amplifie même. Et le lecteur a hâte d’arriver à la fin de l’intrigue en se demandant, existe-t-elle ou non cette Vouivre ? Va-t-elle apparaître, va-t-on la voir perpétrer de nouveaux méfaits ? Et pourtant cette Vouivre, ou Guivre pour les Franc-Comtois, est omniprésente, tout au moins dans l’esprit de la plupart des personnages et de celui du lecteur.

 

Il existe un côté Jules Verne chez Jean-Pierre Favard, par la précision et l’aspect didactique développé dans certaines séquences. Ainsi il s’attarde sur les légendes et aspects de la Vouivre en diverses régions, sur les écrits concernant les légendes et la thérianthropie, remontant le temps jusqu’à Ovide et ses Métamorphoses et se reposant sur divers écrits, de la Vouivre de Marcel Aymé au Nécronomicon de Lovecraft, sur les différentes sortes de drogue et éventuellement comment les reconnaître, ce qui nous ramène à un fameux sketch de Fernand Reynaud, sur les premiers secours, comment diagnostiquer et réagir, une sorte d’examen-test entre secouristes, et bien d’autres détails qui alimentent le récit sans l’alourdir. Lui donnant même une dimension que ne possèdent pas tous les romans d’angoisse. Des explications qui ne sont pas inutiles, car il ne s’agit pas pour l’auteur d’effectuer une forme de remplissage vain.

Un roman remarquable, qui oscille entre enquête policière et œuvre fantastique, ces deux thèmes s’entrecroisant, et nous ramène à nos contes juvéniles mais qui s’adresse toutefois plus aux adultes même si les adolescents ne doivent pas être écartés du lectorat.

Jean-Pierre FAVARD : La nuit de la Vouivre. Grand Format Hors collection. Editions Clef d’Argent. Parution le 10 mai 2017. 336 pages. 19,00€.

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 10:08

Quand le roi Cerf Thet se fait détrôner par son fils, le Cerf Arien…

DARNAUDET – ELRIC : Witchazel et la menace d’Anankor.

Il est bon parfois de retrouver de petits plaisirs de lecture qui nous ramènent à notre enfance tout en étant ancré dans notre quotidien.

Par exemple ces bandes dessinées animalières dont le pionnier fut peut-être Benjamin Rabier puis Maurice Cuvillier qui créa les aventures de Sylvain et Sylvette, lesquelles aventures ont continué à sa mort avec Jean-Louis Pesch notamment. Sans oublier la charmante Chlorophylle puis Sibylline de Raymond Macherot, ou l’inspecteur Canardo de Sokal.

Sans compter les romans dans lesquels les animaux sont les protagonistes principaux, tel Le Roman de Renart, puis les films d’animation dont Walt Disney fut, sinon le précurseur, celui qui porta le genre au pinacle.

Tout ça pour ancrer la série de Witchazel dans le contexte d’un univers imaginaire mais fortement représentatif du monde dans lequel les humains évoluent. Et dès les premières planches les auteurs nous plongent directement dans une atmosphère et une ambiance délétères qui heureusement, même si elles sont comparables à ce que nous vivons, j’allais écrire nous subissons, sont traitées humoristiquement.

 

A Anankor, Arien le Cerf vient de prendre la place de son père le roi Thet et harangue son peuple en ancien dialecte. Mais la résistance s’organise et Pasa le Condor ainsi que Dort écoutent les proférations et objurgations de l’imposteur. Ils sont pris à partie par la foule qui a entendu leurs propos séditieux.

Tandis que Dort s’efforce de détourner l’attention, Pasa doit rejoindre la Lagune brune, cible de Cerf Arien. Or, vit dans la Lagune brune une jeune sorcière très puissante, Witchazel alias Hamamélis la Mulote. Jeune, elle l’est la gentille mulote, aussi pour être prise au sérieux et devenir crédible, elle est obligée de se travestir et de s’attifer en vieille femme. Seulement, elle ne se souvient jamais de quel côté elle plaque sur son visage une verrue lui conférant l’aspect d’une sorcière expérimentée. Et comme le dessinateur non plus ne se souvient jamais…

Le Condor Pasa va l’emmener, ainsi que son ami le Chat Pristi qui désire l’accompagner, jusqu’à Anankor. Les armées du Cerf Arien sont prêtes à investir le site de Stonerolling, lequel possède un passage secret permettant de rejoindre la Lagune brune.

 

C’est une succession de gags, de quiproquos, de jeux de mot, afin de dédramatiser le contexte qui nous renvoie à des heures sombres. Il s’agit donc d’une bande dessinée qui s’adresse aussi bien aux enfants, par le côté ludique qui s’en dégage, qu’aux adultes qui comprendront mieux le côté réaliste et historique. Mais ce n’est pas pour autant une bande dessinée engagée au sens propre du terme. Plutôt un signalement, un avertissement dotés d’une légèreté de ton et de graphisme qui permettent de relativiser le propos tout en le mettant quand même en avant.

A ce propos, une séquence qui n’est pas innocente : l’histoire des trois voleurs qui se font plumer, déplumer puis remplumer avec des couleurs significatives.

D’ailleurs, pour s’en rendre compte, le mieux est visionner les premières planches sur le site consacré à Witchazel ou de suivre les liens relatifs aux articles consacrés aux deux premiers albums de cette série qui va bientôt en compter un quatrième. Mais quand ?

 

DARNAUDET – ELRIC : Witchazel et la menace d’Anankor. Scénario de François Darnaudet et Elric. Dessin Elric. Couleurs Laure Durandelle et Elric.

Editions Kramiek. Parution le 27 septembre 2017. 48 pages. 10,00€.

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29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 10:07

Le papa de Rouletabille et de Chéri-Bibi qui eut tout de même bien d’autres enfants…

ALFU : Gaston Leroux, parcours d’une œuvre.

En créant la collection Références en 1996, Alfu souhaitait proposer de mettre à la portée de tous, dans une présentation claire, l’essentiel des connaissances sur un auteur et son œuvre.

Une entreprise louable qui compte aujourd’hui à son catalogue vingt titres mais qui semble être en hibernation prolongée. Dommage, car Raymond Chandler, Jean-Patrick Manchette, Dashiell Hammett, Jules Verne, Herbert-George Wells, Léo Malet, entre autres, ont eu l’honneur d’être disséqué.

Mais pour autant, comme ces titres sont toujours en vente, notamment sur le site de l’éditeur, tout amateur curieux et désireux de parfaire ses connaissances y trouvera son compte.

 

Le premier volume de cette collection est consacré à l’un des maîtres de la Littérature Populaire qui, à l’instar de bon nombre de ses confrères, Zévaco et Simenon notamment, débuta dans le journalisme. La littérature populaire, Gaston Leroux la revendiquait, mais pas n’importe comment. D’ailleurs il préférait l’appellation Roman d’aventures.

J’ai toujours apporté le même soin à faire un roman d’aventures, un roman-feuilleton, que d’autres à faire un poème. J’ai eu comme ambition de relever le niveau de ce genre si décrié.

Evidemment, le fait d’écrire des romans populaires à succès ne plaisait pas à tout le monde, surtout aux représentants d’une littérature académicienne et ennuyeuse.

Déjà, en 1909, Gaston Leroux avait réglé ses comptes avec l’Académie Française en publiant Le Fauteuil hanté. Dans ce roman trois habits verts décèdent coup sur coup d’une mort mystérieuse. Les candidats ne se pressent pas pour poser leur arrière-train sur les fauteuils des manquants et le secrétaire perpétuel n’a pour seul recours de se rabattre sur un nommé Lalouette. Or cet écrivain dicte ses livres car il ne sait ni lire ni écrire.

En 1920, un différend l’oppose à l’académicien Marcel Prévost, qui siège sous la coupole depuis 1909. Cet écrivain, qui était fort renommé à l’époque, n’appréciait pas le roman d’aventures et il le faisait savoir avec force, ne ménageant pas ses diatribes. En réponse à ces attaques, Gaston Leroux répondit, en insistant sur plusieurs sujets qui lui paraissent primordiaux :

Mon avis est que si le roman d’aventures, dénué de toute psychologie, est la chose la plus méprisable du monde, le roman psychologique dénué de toute aventure est bien, de son côté, l’œuvre la plus ennuyeuse, la plus insupportable, la plus vaine, la plus inutile et la plus haïssable qui soit, car, après avoir fait mourir d’ennui le lecteur, il ferait mourir le « roman » lui-même, qui est le genre de littérature le plus charmant que l’on ait pu imaginer pour la distraction et le délassement des esprits, les plus simples comme les plus cultivés.

Qui dit mieux ?

 

Cet ouvrage, Gaston Leroux, parcours d’une œuvre, est scindé en huit parties d’inégales longueurs. Après son introduction, Alfu s’attache à la biographie de Gaston Leroux en survolant trois étapes : Enfance et adolescence normandes, le journaliste parisien puis le romancier niçois.

Ensuite, la plus longue partie de ce volume nous propose de mieux comprendre l’homme et son œuvre dans Une œuvre double, laquelle est décomposée en cinq sections, elles-mêmes fractionnées en plusieurs sous-chapitres. Un choix d’écriture qui se traduit par une lecture aisée, aérée. Je ne vais pas vous les citer toutes, mais vous en présenter quelques-unes, révélatrices du romancier et de son parcours.

Ainsi dans Trois périodes, Alfu revient sur les trois périodes qui ont jalonné cette courte vie puisque Gaston Leroux est décédé d’une embolie suite à une intervention chirurgicale, alors qu’il n’avait pas encore atteint ses soixante ans : L’enfance et l’adolescence, le journaliste puis le romancier. Ensuite c’est Une âme de journaliste qui est analysé, sachant que dans ses romans Gaston Leroux a mis beaucoup de lui et de ses expériences. Il n’est pas anodin que Rouletabille soit un journaliste, par exemple. Mais Gaston Leroux était également un joueur, au propre comme au figuré.

 

Une autre partie non moins intéressante est la bibliographie commentée. Romans, nouvelles et ouvrages concernant son activité professionnelle de journaliste, des articles réunis dans des volumes comme L’agonie de la Russie blanche, sont disséqués en quelques lignes qui résument et éclairent ces textes.

Sans oublier une partie filmographie et bien d’autres articulets qui cernent et font le tour de la production de Gaston Leroux et mettent en valeur la personnalité de l’écrivain-journaliste homme de théâtre et de cinéma.

Un ouvrage que j’oserais qualifier d’indispensable pour aider à mieux comprendre l’œuvre de Gaston Leroux et d’en appréhender les ressorts. Et pour ceux qui ne le connaissent pas ou ont survolé ses romans, de l’apprécier et de le relire.

Et pour vous faire une opinion sur la diversité de cette collection, retrouvez ci-dessous quelques liens :

 

Si Alfu déplore, avec justesse, qu’aucun ouvrage biographique n’avait été écrit sur Gaston Leroux, quelques articles ayant été publiés par-ci par-là, cet oubli a été réparé en 2003 avec la parution de Gaston Leroux ou le vrai Rouletabille par Jean-Claude Lamy aux éditions du Rocher.

ALFU : Gaston Leroux, parcours d’une œuvre. Collection Références N°1. Encrage éditions. Parution 10 septembre 1996. 128 pages. 9,00€.

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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 07:40

Une histoire raffinée qui n’est pas un échec et mat !

Pascal MARTIN : La Reine noire.

Ce n’est plus l’été en pente douce à Chanterelle-les-Bains. Ce serait plutôt l’hiver.

Autrefois vivant, coquet, Chanterelle-les-Bains, non loin de Bar-le-Duc, est devenu un village mort, pétrifié, depuis que la raffinerie de sucre est fermée. Subsistent quelques commerces, la quincaillerie, la pharmacie, l’Auberge de Joe, le Bar du Centre où se réunissent trois quatre hommes adeptes de la belote. Faut bien passer le temps.

Jusqu’au jour où arrive un homme tout de noir vêtu, lunettes noires cachant des yeux bleus, pâles, conduisant une grosse voiture allemande. Il n’en faut pas plus pour intriguer, d’autant qu’il a pris en location la maison dite du fada, et que c’est madame Lacroix, l’ancienne bonne du curé qui est préposée au ménage.

Un second individu, qui se présente comme psychiatre, tétant une pipe, puant le parfum dont il s’asperge à outrance, demande une chambre à l’auberge de Joe. L’auberge sert également de point relais à Ali qui y amène ses conquêtes d’un jour. Des femmes, souvent délaissées, de Chanterelle et des environs.

Bientôt les deux hommes sont identifiés, par l’un ou l’autre des habitants de la commune, et cela remue de vieux souvenirs, un passé pas toujours agréable à ressasser.

Le gothique se nomme Toto Wotjeck. Il n’avait pas bonne réputation étant gamin, et son père, Polonais, buvait, justement comme le veut la légende, comme un Polonais. Une bouteille de pastis par jour, et cela lui a été fatal. Wotjek s’est installé en Indonésie, et il est devenu tueur pour le compte d’un Chinois. Il est revenu avec une mission, celle d’effacer un notable lui-même également trafiquant de drogue.

Et si Michel Durand est lui aussi revenu à Chanterelle, c’est parce qu’il est policier et non psychiatre comme il le prétend, à l’antenne Interpol de Lyon, et qu’il a appris le retour de Wotjeck. Le père de Michel Durand était le directeur de la raffinerie de sucre, avant de se faire évincer par le nouveau propriétaire qui a délocalisé en Indonésie.

 

Les deux hommes ont un vieux contentieux à régler, et leur cible n’est autre que le maire et propriétaire de la raffinerie à l’abandon, Spätz, sur lequel ils ont focalisé leur haine, le responsable de la mort de leurs pères. Une haine sur laquelle plane la cheminée de la raffinerie, une usine qui s’étend comme une araignée tapie attendant ses victimes.

Entre les deux hommes, gravitent des personnages troubles et bon nombre d’entre eux ont quelque chose à se reprocher. Tout autant la mère Lacroix, l’ancienne bonne du curé, dont la fille Marie-Madeleine est handicapée mentale et suit sa mère dans ses ménages et qui ne cesse d’être houspillée, que les joueurs de belote, ou encore Joe, le phtisique, ou encore Marjolaine, la serveuse du Bar du Centre, toujours occupée à tripoter son téléphone à défaut d’autre chose… Et depuis qu’ils sont là, Durand et Wotjeck, des méfaits se produisent perturbant la monotonie du village. Des poules sont égorgées, le cimetière est profané, des meurtres sont perpétrés. Le trouble s’installe dans les esprits, les langues se délient.

 

S’il fallait, mais ce n’est pas obligé, classer ce roman dans des affinités littéraires, je le placerais sans contestation possible sur l’étagère réservée aux Explorateurs de l’âme humaine en pays rural, entre les ouvrages vosgiens de Pierre Pelot, les romans durs de Simenon et l’intégrale de Pascal Garnier.

Tout y est : l’ambiance et l’atmosphère délétères, avec des protagonistes à double facette. Le village qui se meurt, une ancienne usine promise à la démolition, des personnages décalés ou perdus, possédant un côté sombre et pervers ou déboussolés par une vie en trompe-l’œil, ressassant un passé nébuleux et un avenir incertain, colportant commérages avec jouissance ou s’égarant dans des secrets qui fuitent.

 

Pascal MARTIN : La Reine noire. Collection Polar Jigal. Editions Jigal. Parution le 8 septembre 2017. 248 pages. 17,50€.

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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 07:46

Coups bas à Cuba….

Christophe SEMONT : Les enfants de Chango.

Après avoir partiellement exploré la Bolivie dans Soleil noir, puis visité la Thaïlande, Christophe Sémont nous propose un voyage à Cuba, au pays des cigares, du rhum, de la musique personnifiée par Compay Secundo et de la littérature avec Leonardo Padura et Zoe Valdés.

Seulement il ne s’agit pas pour l’auteur de nous entraîner dans des cars flambant neuf (oui, parfois les cars flambent), de nous accrocher aux déclamations élogieuses d’une guide moulée dans une petite robe rouge et de coucher dans des hôtels-casernes à touristes, mais bien de s’introduire façon routard dans un pays au régime politique controversé. De le découvrir de l’intérieur, avec ses maisons délabrées, fissurées, prêtes à s’effondrer, avec ses habitants toujours dépendants des cartes d’alimentation, ou Livrets de fourniture, une idée de Che (Cubano Hermano Ejamplo : Cubain Frère Exemple) Guevarra et mise en pratique par le Lider Maximo, alias Fidel Castro.

 

Amalia, jeune femme brisée physiquement, survit en récoltant des canettes afin de les revendre à une usine de recyclage d’aluminium. Mais cela ne fait pas bouillir la marmite et Julio, son mari, ne gagne pas grand-chose comme pêcheur. Pourtant elle ne se plaint pas, malgré une hanche douloureuse et une claudication provoquées par un accident lorsqu’elle était toute gamine. Un accident de voiture dans lequel ses parents seraient décédés. Du moins c’est ce qu’on lui a toujours dit.

Aylin, sa fille, va fêter son anniversaire dans quelques jours et pour ses quatre ans, Amalia veut lui offrir un gâteau. C’est tout ce qu’elle peut se permettre financièrement. Mais en cours de route elle se rend compte qu’elle a oublié de prendre son porte-monnaie. Elle rebrousse chemin et assiste impuissante à l’enlèvement d’Aylin par des hommes à forte musculature. Et son mari ni sa voisine, en qui elle avait toute confiance, ne peuvent l’aider, au contraire.

 

Dipsomane, ancien militaire et baroudeur ayant effectué de nombreuses missions en ex-Yougoslavie et en Afrique Noire, Franck Carnac ressasse sa mélancolie. Sa femme l’a quitté et son jeune fils Antoine lui manque. Pour seul palliatif, quelques appels téléphoniques de temps à autre et une photographie des deux êtres qui lui sont chers.

Il est convoqué dans un hôtel parisien renommé et se trouve mis en présence de deux hommes accompagnés de gardes du corps. Une mission de confiance lui est proposée et comme les fonds manquent, la possibilité de recevoir 30 000 € influe sur ses réticences. Il doit se rendre à Cuba et réaliser un contrat sur un nommé Pierre Cuevas.

Cuevas est un ancien activiste, anarchiste, ayant participé comme mercenaire principalement en Amérique du Sud, allié aux troupes révolutionnaires combattant les régimes fascistes. Il possède la double nationalité franco-espagnole et est recherché depuis des années par la CIA. Il a été localisé à Santiago de Cuba, et Franck Carnac doit l’abattre sans se poser de questions.

Muni de quelques renseignements et de contacts qui pourront l’aider, éventuellement, lors de son arrivée à La Havane, Franck Carnac ne perd pas de temps dans ses recherches. Seulement, des incidents se produisent dès son arrivée. Il a l’impression d’être suivi, puis une jeune femme l’aborde. Une petite séance de galipettes n’étant pas prohibée dans le cadre de sa mission, il se laisse entraîner. Une séance qui aurait pu lui être fatale s’il n’était pas sur ses gardes. Et lorsqu’il est en face de Pierre Cuevas, il pense qu’il va pouvoir, sa mission effectuée, s’embarquer à bord d’un petit canot pour la côte de Floride. Mais son départ est différé et il est obligé de fuir et de se cacher.

 

Résolument ancré dans l’histoire de Cuba, les années révolutionnaires, la prise du pouvoir de Fidel Castro, puis la suite, les années d’espoir puis la dégringolade lors de l’éclatement de l’ancienne URSS qui était la principale alliée nourricière de l’île, les difficultés ressenties par les Cubains, le fanatisme politique, Les enfants de Chango joue également sur le registre du fanatisme religieux et de la superstition.

La figure de La Mère s’incruste en surimpression dans ce roman, dont le sujet est la disparition d’enfants. La Mère est une vieille dame qui apparaissait déjà auprès de Castro, et d’autres personnalités politiques, en 1962, et déjà elle était âgée. Elle est la représentation de la Santeria, religion dérivée de la religion Yoruba, et ses représentants personnalisés sous formes de statuettes, les Orishas.

Les Africains déportés en esclavage avaient été obligés d’embrasser la religion catholique sous la férule des missionnaires espagnols. Afin de proroger leur propre religion ancestrale, ils avaient trouvé le moyen de représenter leurs dieux sous la forme de statuettes catholiques. Une religion métissée en quelque sorte.

Si la mission confiée à Franck Carnac relève du roman d’aventures, la recherche d’un individu mis au ban par la CIA, la suite s’inscrit dans une forme hybride entre roman noir policier, avec de nombreuses incursions politiques et historiques, et roman fantastique à base de sorcellerie dont La Mère tient une grande place ainsi que les enfants enlevés.

Si le début est conventionnel, la fin du récit est plutôt sombre, âpre, violente, comme un conte de fée moderne dans lequel les superstitions millénaires interfèrent dans une modernité sans concession.

 

Christophe SEMONT : Les enfants de Chango. Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 7 septembre 2017. 300 pages. 18,00€.

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25 septembre 2017 1 25 /09 /septembre /2017 08:39

Attention, mesdames et messieurs, dans un instant on va commencer

Installez-vous dans votre fauteuil bien gentiment…

Joseph INCARDONA : Trash Circus

En lisant les avis enthousiastes de mes confrères et néanmoins amis blogueurs, puis en découvrant à travers leurs chroniques l’univers de ce roman, un univers qui heurte ma sensibilité, n’étant pas un adepte de la violence, de téléréalités débiles, du sadisme, je me suis dit, ce livre n’est pas pour moi.

Le titre en lui-même me heurtait légèrement. Trash Circus. Circus, qui renvoie aux jeux du cirque romains. Trash, qui selon mon petit dictionnaire franco-anglais, signifie rebut, camelote, fadaise. Bref pas véritablement engageant, mais pas vraiment décourageant non plus. Avant donc de vous donner mon opinion, sans complaisance, entrons donc dans le vif du sujet, si je puis me permettre, car le « héros » lui ne s’en prive pas.

 

Frédéric Haltier, qui porte bien mal phonétiquement son patronyme, est directeur de la programmation sur Canal7, une chaine télévisée dont la renommée s’est construite sur des émissions de téléréalités douteuses. Dernière en date imaginée conjointement avec son collègue Thierry Muget : inviter sur le même plateau un Japonais cannibale qui avait défrayé la chronique des années auparavant et le père d’une de ses victimes. Mais Haltier possède un pénis qui lui sert de cerveau et il réagit en fonction des envies et des besoins de son attribut synonyme de virilité. Alors il s’en sert, ou essaie, en toutes circonstances, en tous lieux et avec n’importe qui, collègues consentantes ou non, jeunes femmes carriéristes, ou hétaïres tarifées, ou employés (au masculin) de salons de massages spécialisés. Il sert également de rabatteur pour son patron.

Toujours sapé costards de luxe, possédant une montre présidentielle, une voiture de sport allemande, il aime aussi troquer ses costumes de ville contre des tenues vestimentaires plus prolétaires et pseudo sportives. Quoiqu’il apprécie les boissons alcoolisées et les drogues dures, les médicaments énergisants, il est également adepte des salles de musculation où il peut évacuer ses toxines. Mais surtout il se mêle avec plaisir aux supporters du Paris Saint Germain, participant avec volupté aux bastons les opposant aux casseurs des équipes visiteuses.

Un différent l’oppose à un informaticien de Canal7 et il l’entraîne, afin de sceller soi-disant une paix précaire, à un match au Parc des Princes. Le pauvre Mourad, qui ne doute de rien, sera sérieusement blessé dans l’altercation. Un guet-apens organisé. Un policier qui avait à l’œil Haltier lors d’une précédente échauffourée lui demande de coopérer, de servir de sous-marin.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là et d’autres péripéties attendent Haltier, qui à force de jouer avec un boomerang pourrait bien voir ses petites manigances se retourner contre lui.

 

Ce qui suit n’est que mon avis et vous n’êtes pas obligés de penser comme moi. A chacun sa sensibilité et ses préférences littéraires. Comme on dit, si tu n’aimes pas, ce n’est pas la peine d’en dégoûter les autres.

Archétype de l’antihéros, franchement odieux, abject, Haltier n’engendre pas la sympathie. Loin de là. Ce n’est pas tellement le personnage en lui-même qui m’a importuné, provoqué des nausées, mais les descriptions complaisantes de l’auteur, l’ambiance délétère qui se glisse comme des fumerolles méphitiques.

Je suis sorti de ce livre mal à l’aise, et je ne comprends pas que l’on puisse aimer. Certains glosent négativement sur les Brigades Mondaines, les aventures érotico sadiques de SAS, cataloguant ces ouvrages basses catégories destinés à des prolétaires en mal de sensations fortes. Pour le peu que j’en ai lu, ce n’est pas pire que dans ce roman, ils seraient même à classer dans la catégorie bière sans alcool.

Ce roman répond peut-être à un besoin, comme les émissions de téléréalités qui sont suivies par des millions de téléspectateurs, de se sentir racaille par procuration, d’assouvir des phantasmes. De toute façon, que ce roman ait du succès ou non, je pense que d’ores et déjà les frais d’impression du livre ont été amortis, si les annonceurs jouent le jeu, car c’est un véritable catalogue publicitaire.

Première édition Collection Noir 7.5. Editions Parigramme. Parution février 2012. 228 pages.

Première édition Collection Noir 7.5. Editions Parigramme. Parution février 2012. 228 pages.

Joseph INCARDONA : Trash Circus. Collection Thriller. Editions Milady. Parution le 22 septembre 2017. 7,20€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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